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Poésie du XIXe : Évolution et Révolutions

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LA POÉSIE AU XIXE SIÈCLE : UN SIÈCLE DE

BOULEVERSEMENTS
-----------------------------------------------
INTRODUCTION
Alors que le XVIIIe siècle a relativement peu privilégié la poésie, au profit en particulier
d'une littérature d'idées, le XIXe siècle apparaît au contraire comme une période très
féconde sur le plan de la création poétique. Le genre est florissant durant tout le
siècle et représente le mode d'expression de bon nombre des auteurs les plus
marquants de la littérature française : d'Hugo à Verlaine, de Baudelaire à Rimbaud
ou Mallarmé. Si ces poètes s'affirment tous par leur singuralité et la puissance de
leur création, la poésie suit l'évolution globale de la littérature au cours du siècle et se
fait l'écho de plusieurs des mouvements majeurs du siècle : romantisme, Parnasse
ou symbolisme. En tout cas, le genre connaît une évolution particulièrement
importante durant le siècle, subit un renouvellement profond aussi bien de ses
thèmes que de sa forme et ouvre la voie à la poésie moderne du XXe siècle. Ainsi, le
vers lui-même est mis à mal et la distinction fondamentale entre prose et poésie vole
en éclats au milieu du siècle avec l'apparition d'un nouveau genre : le poème en
prose.
La poésie romantique
Le lyrisme romantique

• L'ère qui s'ouvre au début du XIXe siècle est ponctuée de bouleversements sociaux
et politiques qui aboutissent bien souvent à une suite de désillusions. La Révolution
et la sensibilité rousseauiste qui la précède ont en tout cas placé l'individu et son
épanouissement au centre des préoccupations. Dans ce contexte, le romantisme qui
émerge et s'épanouit en France au début du XIXe siècle se traduit d'abord par une
exaltation du moi, par une expression lyrique des sentiments passionnés et
tourmentés de l'individu. Les romantiques choisissent pour cela tous les modes
d'expression : théâtre, roman, mais aussi bien sûr poésie. Ils créent alors une poésie
véritablement lyrique, dont ils reprennent les thèmes classiques en leur donnant une
couleur véritablement personnelle. La poésie se fait le lieu de l'épanchement des
sentiments intimes de l'individu.
• Le premier recueil caractéristique de cette nouvelle conception et annonçant le
début de la poésie romantique est l'œuvre de Lamartine : Méditations poétiques,
parues en 1820. Le poète y trace une sorte d'autobiographie sentimentale et, sur le
ton de la confidence, se laisse aller à l'expression de ses souffrances. Amour perdu,
nostalgie, angoisse devant la fuite du temps sont autant de thèmes qui apparaissent
dans ce premier recueil, dont un des poèmes les plus célèbres reste « Le Lac ».
• La nature occupe également une place considérable dans la poésie romantique. La
nature sauvage est à la fois refuge pour le poète solitaire et souffrant du mal du
siècle, mais aussi reflet de ses tourments et de son exaltation dans ses
débordements, ou encore source de méditation dans sa beauté mystérieuse et dans
sa permanence face à l'éphémère de l'homme. Musset également dans ses Nuits se
livre à un lyrisme élégiaque très poignant. Enfin, Hugo avec
ses Contemplations nous laisse un chef-d'œuvre du lyrisme romantique : dans ce
recueil, le poète retrace sa vie et évoque son enfance passée comme le deuil
douloureux de sa fille Léopoldine – par exemple dans « Demain dès l'aube… ».
Le poète comme prophète

• Cependant, la poésie romantique n'est pas seulement repli sur soi et simple
expression de sentiments personnels. À travers ses propres confidences, le poète
romantique cherche à toucher le cœur du lecteur et à lui parler un langage universel.

1
Surtout, le romantisme ne se désintéresse pas de l'Histoire et du sort de ses
semblables. Les poètes romantiques que sont Hugo et Lamartine jouent ainsi un rôle
politique et ont un engagement républicain.
• Pour Hugo, le poète se voit assigner une mission ambitieuse : il doit se faire mage,
c'est un « rêveur sacré » qui « jette sa flamme/ sur l'éternelle vérité ». Tel un
prophète, le poète a une vision du passé, du présent comme de l'avenir, qui doit lui
permettre de guider le peuple. La Légende des siècles est ainsi conçue comme une
vaste épopée du genre humain, depuis ses origines jusqu'à un avenir rêvé. Le poète
y exalte le peuple et blâme les injustices et l'oppression exercée par les plus
puissants, en représentant la lutte incessante du Bien contre le Mal qui doit mener au
progrès de l'humanité.
Le poète s'engage donc dans sa vie comme dans son œuvre, et cela de façon
encore plus nette avec Les Châtiments. Ce recueil est composé durant l'exil du poète
qui a dû fuir la France après s'être opposé vigoureusement au coup d'État et au
régime tyrannique de Napoléon III. Dans ces poèmes, Hugo livre une satire
mordante de celui qu'il nomme « Napoléon le Petit ».
La poésie entre romantisme et modernité
Naissance du poème en prose

• Les poètes romantiques respectent globalement le vers classique. Cependant, en


cherchant une langue plus authentique et familière, capable d'exprimer avec sincérité
leurs sentiments, ces poètes tendent tout de même à libérer le vers de certains de
ses carcans et en particulier l'alexandrin, le vers noble de la poésie française. Hugo
affirme ainsi dans Les Contemplations : « J'ai jeté le vers noble aux chiens noirs de
la prose. »
• Toutefois, c'est avec un poète romantique mineur que la poésie va connaître une
de ses plus importantes révolutions. En effet, en 1842, un an après la mort de son
auteur, est publié un recueil qui influencera grandement l'avenir de la
poésie : Gaspard de la nuit, sous-titré Fantaisies à la manière de Rembrandt et de
Callot. Son auteur, Aloysius Bertrand, crée alors un genre nouveau : le poème en
prose, faisant ainsi éclater la frontière qui séparait jusque-là poésie et prose. Les
courts textes de ce recueil sont écrits en prose, mais par leur rythme, par leur unité et
leur densité, par leurs images, ils ont la puissance de la poésie. Évocation de rêves,
portraits troublants, scènes de rue, etc., Bertrand crée ici un univers onirique, sombre
et mystérieux avec une grande force de suggestion et transfigure le réel. Baudelaire
se placera dans la filiation de ce poète au moment d'écrire ses Petits Poèmes en
prose qui sont souvent des réécritures de poèmes en vers.
Baudelaire

• Baudelaire s'impose au milieu du siècle comme le premier poète moderne. En


1857, sa grande œuvre Les Fleurs du Mal essuie un procès pour atteinte aux bonnes
mœurs à cause « d'expressions obscènes et immorales », l'année même où le
roman de Flaubert Madame Bovary, est lui aussi attaqué pour les mêmes raisons.
Mais, alors que Flaubert est acquitté, le recueil poétique est condamné et certaines
pièces sont censurées. Il faudra attendre la mort du poète « maudit » pour que
l'œuvre rencontre un véritable succès.
• Pour Baudelaire, l'artiste doit exprimer la modernité : « le transitoire, le fugitif, le
contingent, la moitié de l'art dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable ». À la
différence des romantiques, le poète considère la nature comme un lieu de
corruption et de dégénérescence. Ses poèmes des Fleurs du mal évoquent le monde
urbain dans lequel vit l'homme moderne et le déchirement de celui-ci, accablé par le
spleen, un sentiment de profond désespoir et de mal-être, et en même temps exalté

2
par la recherche de la beauté et de l'idéal. L'homme est partagé entre ses aspirations
vers Dieu et vers Satan, entre le plaisir de la sensualité et la douleur. La femme
dépeinte dans le recueil est elle-même représentative de cette dualité : tantôt source
de bonheur et d'évasion pour le poète, tantôt perverse et repoussante,
« abominable ».
• Seule la poésie est capable d'exprimer le monde, de redonner une unité à cette
fragmentation angoissante du monde moderne, par le jeu des images qui mêlent les
différentes sensations selon la théorie des « correspondances » développée par le
poète : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »
La poésie symboliste et décadente
Rimbaud

• Rimbaud paraît une sorte de comète dans le paysage littéraire français. Le jeune
poète n'a pas vingt-deux ans lorsqu'il cesse définitivement d'écrire, après avoir créé
une œuvre magistrale et radicalement nouvelle. Les premiers poèmes qu'il publie à
dix-sept ans portent déjà la marque d'un esprit libre et révolté. C'est à partir de sa
rencontre avec Verlaine et de l'errance que les deux poètes vivent ensemble que sa
poésie évolue encore.
• Pour Rimbaud, le poète doit se faire « voyant » et explorer un monde inconnu, en
procédant à un « immense et raisonné dérèglement de tous les sens ». Le poète doit
opérer une révolution totale de tout son être car « je est un autre ». Sa poésie aboutit
aux Illuminations, recueil qui regroupe des poèmes en prose, des sortes
d'instantanés de paysages, de scènes qui semblent nés d'hallucinations ou de
rêveries fulgurantes. La poésie classique semble radicalement renouvelée dans son
œuvre.
Le symbolisme

• Verlaine, dont la vie est liée à celle de Rimbaud, a écrit une poésie qui annonce le
symbolisme. Le poète compose de courts poèmes, teintés d'une douce mélancolie et
qui jouent sur une esthétique impressionniste. Il s'agit surtout pour lui de suggérer
des sensations fugitives, de susciter des impressions, loin de tout réalisme, en
décrivant par exemple des paysages tristes en demi-teinte. Il privilégie également la
musicalité de la poésie et pour cela préfère les vers impairs courts au traditionnel
alexandrin : « De la musique avant toute chose,/ Et pour cela préfère l'Impair »,
affirme-t-il dans son « Art poétique ».
• Cependant, le maître incontesté du symbolisme reste Mallarmé. Reprenant la
théorie des correspondances développée par Baudelaire et rejetant le réalisme qui
triomphe dans le roman, Mallarmé veut suggérer le monde et non le décrire, il veut
saisir l'essence des choses, peindre « non la chose mais l'effet qu'elle produit ». Pour
cela, la langue poétique doit être radicalement différente du langage parlé
quotidiennement. Mallarmé pratique donc une poésie épurée, particulièrement
exigeante, au risque de paraître parfois un peu hermétique. Le poète est hanté par la
quête de l'azur, un idéal inaccessible, que seule une poésie qui tend vers le silence
peut tenter d'approcher.
Poètes décadents

• La fin du siècle voit apparaître une génération désabusée. La modernité et les


remises en question qui l'accompagnent, les crises politiques comme la défaite face
à l'Allemagne, l'essor de la bourgeoisie et d'une société de plus en plus matérialiste
diffusent un certain pessimisme et favorisent l'émergence du décadentisme.
Les poètes expriment bien cette crise du sujet lyrique. Après Mallarmé ou Rimbaud, il
semble de plus en plus difficile d'écrire à la première personne. Ces poètes
décadents se réfugient alors dans la dérision et dans une distance ironique vis-à-vis

3
de leur propre poésie et de leur propre figure de poète. Laforgue ou Corbière ne
peuvent faire entendre leurs plaintes qu'avec une forme de désinvolture.

Zoom sur…
Le Parnasse
Théophile Gautier, romantique de la première heure, marque une rupture significative
avec le mouvement dont il est issu en publiant un article en 1857 qui affirme la
primauté de l'art pur, de « l'art pour l'art » et s'oppose donc à la conception d'une
poésie engagée. C'est dans ce sillage que s'inscrit le mouvement parnassien. Le
Parnasse désigne un courant qui prône une poésie impersonnelle, loin des effusions
lyriques du romantisme de Lamartine ou d'Hugo.
La poésie doit pour les parnassiens atteindre une beauté, une perfection formelle,
résultat d'un travail minutieux, et ne doit pas véhiculer de message, mais au contraire
prendre ses distances par rapport au monde. Les poètes qui se rassemblent autour
de Leconte de Lisle s'inspirent en ceci de la formule de Gautier : « Il n'y a de
vraiment beau que ce qui ne sert à rien. » Les parnassiens privilégient donc les
scènes de l'Antiquité, un bel objet ou les paysages exotiques, comme dans le poème
suivant :
Le Sommeil de Leïlah
« Ni bruits d'aile, ni sons d'eau vive, ni murmures ;
La cendre du soleil nage sur l'herbe en fleur,
Et de son bec furtif le bengali siffleur
Boit, comme un sang doré, le jus des mangues mûres.

Dans le verger royal où rougissent les mûres,


Sous le ciel clair qui brûle et n'a plus de couleur,
Leïlah, languissante et rose de chaleur,
Clôt ses yeux aux longs cils à l'ombre des ramures.

Son front ceint de rubis presse son bras charmant ;


L'ambre de son pied nu colore doucement
Le treillis emperlé de l'étroite babouche.

Elle rit et sommeille et songe au bien-aimé,


Telle qu'un fruit de pourpre, ardent et parfumé,
Qui rafraîchit le cœur en altérant la bouche. »

Leconte de Lisle, Poèmes barbares

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Pour aller plus loin


À découvrir

Peinture
 Voyageur au-dessus de la mer de nuages, Friedrich ;
 Impression, soleil levant, Monet ;
 Le Champ de blé aux corbeaux, Van Gogh ;

4
 L'Apparition, Moreau.
Musique
 Nocturnes, Chopin ;
 Symphonie fantastique, Berlioz ;
 Tannhäuser, Wagner ;
 Prélude à l'après-midi d'un faune, Debussy.

La Poésie De 1848 à 1900

En poésie, Victor Hugo continue à étonner le monde par sa prodigieuse imagination; mais des écoles
nouvelles surgissent à l'ombre de son grand nom, dont la plus célèbre fut incontestablement l'école
parnassienne. Entre cette école et l'école romantique, se placent quelques poètes d'un talent
considérable dont l'oeuvre eut une action déterminante sur le mouvement poétique qui suivit :
Théophile Gautier, Théodore de Banville, Charles Baudelaire et Leconte de Lisle. C'est vers 1865 que
prit corps l'école parnassienne.

« Vers cette époque, dit Bernardin, rimaient dans Paris un certain nombre de jeunes poètes, groupés
les uns autour de M. Leconte de Lisle, comme MM. Sully-Prudhomme, José-Maria de Hérédia,
Armand Silvestre et Léon Dierx, les autres autour de M. Catulle Mendès, qui ouvrait sa Revue
fantaisiste aux vers de MM. François Coppée, Albert Glatigny, Villiers de l'Isle-Adam, Mérat et Valade.
Le libraire Lemerre, qui venait de devenir l'éditeur du journal l'Art, rédigé par un autre poète, M.
Louis-Xavier de Ricard, entra en relation avec eux et finit par leur conseiller de tranformer l'Art en un
de ces recueils poétiques comme il en existait au XVIe siècle, paraissant par fascicules et pouvant
plus tard former un volume. L'idée fut adoptée, et, par une sorte de défi, on voulut mettre en tète de
ce recueil le mot de Parnasse, auquel la poésie du XVIIIe siècle et de l'Empire avait attaché quelque
ridicule. »

C'est ainsi que se forma l'école connue sous le nom de Parnasse (ou de Parnasse contemporain), à
laquelle vinrent bientôt se joindre Stéphane Mallarmé, Verlaine, Lafenestre, d'Hervilly, André
Theuriet, etc. Ecole de style surtout, soucieuse avant tout du rythme et de la beauté plastique, le
Parnasse vit peu à peu se disperser et reprendre leur liberté les talents les plus originaux qui s'étaient
momentanément groupés autour de son programme, entre autres Sully-Prudhomme, François
Coppée, Stéphane Mallarmé et Paul Verlaine. L'évolution de ces deux derniers poètes eut un
retentissement particulier et agit avec force sur la direction du mouvement poétique auquel on a vu
prendre successivement les titres de décadent, de déliquescent, de symboliste et de roman. Un peu à
l'écart de ces différents groupes, et sans s'abstraire entièrement des préoccupations courantes, nous
devons citer pour terminer les noms de quelques poètes indépendants, tels que Victor de Laprade,
Joseph Autran, Ackermann, Soulary, Eugène Manuel, Cazalis, Anatole France, Richepin, Paul Bourget,
Gabriel Vicaire, Maurice Bouchor, Rollinat, Jean Aicard, Ed. Haraucourt, et surtout Arthur Rimbaud et

5
Guillaime Apollinaire, qui ont marqué leur place, en des genres très différents, dans la poésie de la
seconde moitié du XIXe siècle. (Ch. Le Goffic).

RIMBAUD

Biographie de Rimbaud (1854-1891)

1854 Naissance, le 20 Octobre, d’Arthur Rimbaud à Charleville. Son père, Fréderic Rimbaud est militaire et sa mère, Vitalie Cuif, la
fille de propriétaires ruraux. Arthur Rimbaud a un frère, Frédéric et aura deux sœurs Vitalie (1858) et Isabelle (1860) .
Lors de son enfance, son père est le grand "absent" et sa mère, dévote, susceptible et austère incarne une attitude qu’il rejette
et qu'il va chercher à fuir. L’école va lui permettre de s’éloigner de l’emprise familiale et de découvrir les plaisirs de la lecture.

1861 Séparation des parents d'Arthur Rimbaud

1865 A partir de Pâques, Arthur Rimbaud est admis au Collège municipal de Charleville Il est brillant, premier en latin et en français,
et s’éveille à la poésie . Il rêve déjà d’être publié

1868 Il écrit les poèmes qui composeront les Etrennes des Orphelins.

1870 En janvier, Georges Izambard entre comme professeur au Collège de Charleville. Il aura une influence libératrice sur le jeune
élève. Grâce à ce jeune enseignant, Arthur Rimbaud découvre les célébrités parnassiennes (Leconte de Lisle, Banville,
Verlaine) avec lesquelles il entretient une correspondance. En mai, Rimbaud adresse des poèmes à Théodore de Banville
Le 29 Août, en pleine guerre entre la France et la Prusse, Rimbaud fait sa première fugue. Il est arrêté à Paris le 31 août,
conduit au dépôt, puis à la prison de Mazas. Il est enfin libéré le 4 septembre.
Le 7 Octobre, deuxième fugue qui le mène à Bruxelles puis à Douai. Il complète un ensemble de textes qui aura pour nom Le
cahier de Douai .

1871 Arthur Rimbaud prend parti pour les Insurgés parisiens. Il adresse à Georges Izambard et Paul Demeny ses fameuses lettres
du voyant, très marquées par cette épisode historique.
Fin Septembre 1871, il s’installe dans le cercle familial de Verlaine.
Lors d’un rituel dîner, il lira devant tout le parnasse son Bateau Ivre qui soulèvera un enthousiasme général.

1872 Début 1872, Verlaine qui a quitté sa femme Mathilde est devenu son compagnon . Ils mènent une vie d’errance entre la
France, l’Angleterre et la Belgique.

1873 De janvier au début d'avril, puis du 27 mai au 3 juillet, Rimbaud et Verlaine sont à Londres. Le 3 juillet, ils se querellent et se
quittent. Le 8 juillet, les deux poètes sont à Bruxelles et, le 10 juillet, Verlaine blesse son ami d'un coup de révolver. C ela lui
vaudra deux ans de prison.
De retour à Roche, Rimbaud termine Une saison en enfer qui sera imprimé en Belgique en Octobre 1873, seul livre à être
publié de son vivant. Une page est tournée. C’est l’adieu à la poésie

1874-1878 L'homme aux semelles de vent comme l'appelle Verlaine multiplie les voyages et les petits boulots à travers l’Europe. Il
séjourne à Londres avec Germain Nouveau. Puis il va en Allemagne, en Autriche, Hollande, Suède, Danemark, Suisse et
Italie.

1878 Rimbaud vit à Chypre où il dirige une équipe d'ouvriers qui exploitent une carrière.

1879 En mai 1879, la fièvre typhoïde l'oblige à retourner en France.

1880 Départ pour l’Afrique où il passe les dernières années de sa vie.


A Aden, il est engagé par l’agence Mazeran, Vianney Bardey et Cie spécialisé dans le commerce d’import–export. Il sera
éprouvé par les fièvres et la syphillis et rejoint l’agence de Harar en Ethiopie en 1881.

1884 Publication de son rapport sur l’ogadine qui témoigne de sa curiosité ethnologique et linguistique.

1886-1887 Une expédition commerciale qui devait lui rapporter une fortune (un trafic de fusils et de cartouches pour le roi du Choa) tourne
au désastre.
Arthur Rimbaud est de plus en plus fatigué, égaré.
Pendant cette période, le Vogue publie ses illuminations

1888-1890 Rimbaud continue à faire du commerce en Abyssinie.

1891 Au début de l'année, il souffre d’une violente douleur au genou. Il est opéré à Marseille, le 20 mai . Le 27 mai, il est amputé de
la jambe droite. Il quitte Marseille pour Roche, près de Charleville.
Le 23 août, il revient à Marseille. La maladie progresse rapidement. Au début d'octobre, le bras droit est paralysé et la jambe
gauche est prise de tremblements.
Le 9 novembre, il a des hallucinations.
Le 10 novembre, mort d'Arthur Rimbaud, à l'âge de trente-sept ans.

Recueils

Poésies Poésies est le titre attribué aux recueils des poèmes écrits par Arthur
Rimbaud entre 1869 et 1872. Les seuls poèmes publiés pendant la « vie littéraire » de Rimbaud

6
furent : « Les Étrennes des orphelins » (La revue pour tous, 2 janvier 1870), « Trois baisers » (La
Charge, 13 août 1870) et « Les Corbeaux » (La renaissance littéraire et artistique, 14 septembre
1872). Le premier recueil de ses poèmes fut publié sous le titre Le Reliquaire par Rodolphe
Darzens (Genonceaux, 1891) pendant que Rimbaud agonisait à Marseille. Suit : Poésies complètes,
préface de Paul Verlaine (Vanier, 1895). Parmi les éditions récentes : Poésies complètes, édition de
Pierre Brunel, Le Livre de poche.

Une saison en enfer est un recueil de poèmes en prose d'Arthur Rimbaud, rédigé en juillet 1873,
après une période de crise dans la vie du poète — l'accident de Bruxelles avec Verlaine et le retour
à Roche dans la ferme familiale — à partir d'une ébauche commencée quelques mois auparavant,
le Livre païen ou Livre nègre.

Chant païen halluciné, le poème est aussi une profession de foi, marquée par la quête du
salut[réf. nécessaire], les déceptions sentimentales et artistiques, et un réquisitoire contre la civilisation
occidentale et ses valeurs.

« Prodigieuse autobiographie psychologique, écrite dans cette prose de diamant qui est la propriété
exclusive de son auteur », selon les termes de Paul Verlaine1.

Une Saison en enfer est la seule œuvre de Rimbaud dont il ait entrepris la publication, à compte
d'auteur. Seuls les exemplaires d'auteur furent distribués par Rimbaud à ses amis. Un stock de
quelque cinq cents exemplaires de l'ouvrage fut retrouvé en 1901 à Bruxelles 2.

Les Illuminations, ou Illuminations

Il est devenu usuel de mentionner le titre du recueil sans article après l’édition critique du recueil par
Henri de Bouillane de Lacoste chez Mercure de France, en 1949, sous le titre Illuminations : Painted
plates. Bouillane de Lacoste a choisi ce titre, après une longue correspondance avec le premier
éditeur des Illuminations, Félix Fénéon2, en raison du sens anglais possible de ce titre, tel que Paul
Verlaine, ami et amant de Rimbaud, l’a évoqué : d'abord en 1878, dans une lettre à Charles de Sivry,
Verlaine a écrit « Avoir relu "Illuminations" (painted plates) du Sieur que tu sais »3 ; puis en préface
de l'édition originale de 1886 aux éditions de La Vogue, il a confirmé que « Le mot Illuminations est
anglais et veut dire gravures coloriées, — coloured plates »4,5.

Au xxie siècle, le chercheur en littérature française Steve Murphy a plaidé efficacement pour la
réhabilitation du titre complet6.

La correspondance et les notices de Verlaine, à condition de se reporter aux documents originaux,


montrent que celui-ci met tantôt l'article en italique, tantôt non, et qu'il procède ainsi pour
beaucoup d'autres titres. Il faut également apprécier le fait que, de 1886 à 1895, Verlaine n'a jamais
protesté contre cet article.

Intertextualité

7
Le titre Les Illuminations évoque un rapprochement significatif et ambitieux, de la part de Rimbaud,
avec d'autres fameux recueils antérieurs, représentatifs de la modernité poétique du xixe siècle et
du romantisme : les Méditations poétiques (1820) d'Alphonse de Lamartine et Les
Contemplations (1856) de Victor Hugo7.

Rédaction

On a longtemps cru que les poèmes en prose composant ce recueil avaient été écrits avant Une
saison en enfer. Cette idée a été renforcée (et non pas créée) par le témoignage d'Isabelle Rimbaud
qui voulait faire passer Une saison en enfer pour le testament littéraire d'un frère répudiant ses
égarements de poète. Mais depuis 1949 et la publication de l'ouvrage d'Henry Bouillane de Lacoste
(Rimbaud et le problème des Illuminations, au Mercure de France), il est établi que les copies des
poèmes en prose contenus dans Les Illuminations sont postérieures à la Saison8. Cette démonstration
se fonde sur deux éléments : d'abord, l'apparition tardive d'un f bouclé sous la plume de Rimbaud ;
ensuite, la présence de l'écriture de Germain Nouveau qui a recopié un des deux poèmes
intitulés Villes et pratiquement les trois derniers paragraphes deMétropolitain. Hélas, Bouillane de
Lacoste a minimisé le fait que sa démonstration se fondait sur des copies (et non sur des brouillons
de premier jet, par exemple), tandis queBeing Beauteous et A une Raison sont de probables
intertextes du poème Beams, lequel clôt les Romances sans paroles de Verlaine et est à peine
antérieur à Une saison en enfer9.

Bouillane de Lacoste a également fait croire que Verlaine avait clairement soutenu la postériorité des
poèmes en prose par rapport à Une saison en enfer, mais cette analyse est inexacte. Il existe
plusieurs témoignages contradictoires de la part de Verlaine, dont plusieurs qui plaident, parfois
explicitement, pour la composition de poèmes en prose des Illuminations dès 1872. On ne peut non
plus exclure le caractère intéressé du témoignage verlainien. Celui-ci ne voulait pas passer pour
responsable, à la suite de l'événement du 10 juillet 1873, du renoncement à la poésie de son ex-
compagnon.

Le témoignage le plus célèbre pour prétendre que Les Illuminations sont postérieures à Une saison en
enfer n'est pas exempt de contradictions patentes. En 1873, Rimbaud n'a fait que de courts séjours
en Belgique et il n'avait pas la possibilité de composer10. Du 25 au 27 mai, il ne fait que traverser la
Belgique de Bouillon à la mer du Nord, pour rejoindre l'Angleterre. Du 9 juillet au 20 juillet, il est pris
dans la tourmente du drame de Bruxelles et maintenu à l'hôpital, avec une blessure au poignet dont
la minute du procès fait à Verlaine le huit juillet prétend qu'elle empêchait l'homme de lettres
Rimbaud de travailler, c'est-à-dire d'écrire ! On peut raisonnablement penser que Rimbaud n'a pas
composé à tour de bras à ce moment-là, d'autant qu'il s'intéresse alors à la finition du livre Une
saison en enfer et il n'existe aucun document permettant de dire que Rimbaud, qui n'avait pas
d'argent, est resté à Bruxelles au-delà du 20 juillet. Le 24 octobre, il ne fait que récupérer quelques
exemplaires de son livre et en déposer un exemplaire à la prison des Petits-Carmes où Verlaine est
détenu. Un rapport de police précise que Rimbaud est très vite reparti. En 1874, Rimbaud ne revient
plus séjourner en Belgique. Par conséquent, le témoignage de Verlaine selon lequel Rimbaud a
composé Les Illuminations de 1873 à 1875, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne, est au mieux
approximatif. Si Rimbaud a composé des Illuminations en Belgique, ce ne peut être qu'en juillet-août
1872, ce qui coïncide avec la fin de sa production en vers. Verlaine ne peut plus être considéré
comme un témoin privilégié pour tout ce qui a suivi son incarcération. Rimbaud a pu composer

8
des Illuminations en France comme en Angleterre en 1873 et 1874. Ajoutons à cela le fait que si les
manuscrits furent récupérés en février à Stuttgart, Rimbaud n'étant en Allemagne que depuis un
mois, la thèse de poèmes en prose composés « dans toute l'Allemagne » est peut-être à
renvoyer intégralement au néant.

En résumé, Les Illuminations ont été composées pour l'essentiel avant juin 1874, peut-être et même
probablement dès 1872. Certaines des Illuminations ont pu être composées après juin 1874, du
moins pour celles qui ne font pas partie du dossier numéroté de 24 pages, mais nous sommes loin de
toute certitude. En tout cas, tous les poèmes étaient composés avant le milieu de l'année 1875, date
à laquelle Verlaine transmet le dossier à Germain Nouveau.

En revanche, Bouillane de Lacoste n'a prouvé que deux choses. D'abord, les manuscrits que nous
connaissons des poèmes en prose des Illuminations n'ont été recopiés que tardivement, peu avant le
mois de juin 1874. Ensuite, les copies des poèmes en prose des Illuminations sont plus tardives que
les copies des poèmes en vers seconde manière, bien qu'un tel dossier de poèmes en vers fut inclus
dans le recueil Les Illuminations du vivant de Verlaine, sans que celui-ci ne proteste.

Publication

L'ensemble de ces poèmes aurait été remis à Verlaine en février 1875 à Stuttgart. Quelques mois plus
tard, Verlaine transmet ce dossier de poèmes en prose qu'il n'appelle pas encore Les Illuminations à
Germain Nouveau, selon le témoignage d'une lettre de Verlaine à Ernest Delahaye. En 1886, Les
Illuminations rassemblaient non seulement les poèmes en prose que nous connaissons sous ce titre,
mais encore l'ensemble dit des Derniers vers. En 1895, c'est cet ensemble de proses et de vers que
Verlaine a préfacé. Paterne Berrichon a commencé à publier Les Illuminations, en deux parties, une
en vers, une contenant le recueil en prose et vers libres actuel. Enfin, Bouillane de Lacoste a décidé
d'extraire la partie en vers du recueil des Illuminations, sous prétexte que Verlaine privilégiait la
partie en prose de ce recueil et sous prétexte que les manuscrits des poèmes en prose formaient un
ensemble de copies distinctes de l'ensemble des copies de poèmes en vers. Les copies des proses ont
été faites en 1874, celles des poèmes en vers datent de 1872 sinon de 1873. Toutefois, Rimbaud
avait très bien pu décider finalement de conjuguer les deux dossiers sous le seul titre Les
Illuminations.

La première édition des Illuminations parut dans cinq livraisons de la revue La Vogue, à Paris, en
1886, avant d'être republiée en volume la même année (accompagnée d'une présentation de
Verlaine). Elle était incomplète tant au niveau des poèmes en vers que des poèmes en prose. Il fallut
attendre 1895 pour que l'intégralité du dossier connu soit publié. Nous ignorons si des poèmes en
vers et des poèmes en prose se sont perdus entre 1886 et 1895. Nous savons seulement que les
manuscrits des poèmes Dévotion etDémocratie ont disparu, faisant peut-être les frais d'une
publication sauvage (querelles au sein de la Vogue, non consultation d'un auteur encore en vie, etc.).
Les poèmes en vers seconde manière qui furent publiés entre 1886 et 1895 ne le furent qu'à partir
de versions manuscrites uniques à l'exception notable du texte Enfer de la soif dont la provenance
est inconnue et dont la découverte est probablement postérieure à 1886, puisque la Vogue a préféré
publier la version sans titre et moins soignée du même poème.

Nombre de poèmes

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On considère que ce recueil se compose de 57 poèmes, mais ce chiffre est approximatif. En effet, à la
différence des sections numérotées Enfance, Veillées et Jeunesse, les trois parties de Vies ne sont
comptées que comme un seul poème, tandis que le titre Phrases rassemble en huit subdivisions
plusieurs poèmes brefs considérés comme distincts. En général, on estime que Phrases se compose
d'un premier poème en trois temps qui figure sur un premier feuillet manuscrit avec le titre en
mention et de cinq poèmes réunis sur un second feuillet sans titre, mais visiblement inscrit dans la
continuité du feuillet intitulé Phrases. Ainsi, on obtient le chiffre total de 57 poèmes en considérant
que Vies n'est qu'un seul poème et non trois, que Phrases n'est pas un poème, mais une suite de six
poèmes, et que Being Beauteous est bel et bien suivi d'un poème bref sans titre.

Genre

Deux poèmes des Illuminations, « Mouvement » et « Marine », qui ne sont pas à proprement parler
des poèmes en prose, sont considérés par certains comme des textes fondateurs du vers
libre français moderne. Les symbolistes ont affirmé que la paternité des vers libres revenait à
Rimbaud, mais ils n'ont pas tenu compte de la possibilité d’une influence de la métrique et du
décompte des syllabes, étant donné que Rimbaud n'a pas indiqué de règles de composition du vers
libre.

Mais au-delà des vers libres pour les textes « Mouvement » et « Marine », il n'est pas prouvé qu'il
faille écarter les poèmes en vers du recueil des Illuminations. Quand ils sont datés, les poèmes en
vers des Illuminations renvoient à la période mai-août 1872, plusieurs sont datés de mai ou juin. Sur
un autre plan, d'autres témoignages de Verlaine disent explicitement que Rimbaud n'a pas composé
de vers au-delà de 1872, ni même au-delà de ses dix-huit ans (20 octobre). La théorie actuelle qui
veut que les poèmes en prose des Illuminations soient postérieurs à la composition du recueil Une
saison en enfer laisse à entendre que Rimbaud n'a pratiquement rien composé de juillet 1872 à avril
1873, à savoir pendant la plus grande partie de son compagnonnage quasi exclusif avec Verlaine.
Selon cette thèse, la composition même des vers et celle des poèmes en prose seraient nettement
séparées dans le temps. Cette thèse laisse également supposer que, dans Alchimie du verbe, le poète
répudie sans ambiguïté ses vers de 1872 qui relèveraient d'un état d'esprit incompatible avec les
poèmes en prose. Et donc cette thèse s'interdit de penser que le dossier des dits « Derniers vers » a
pu être constitué après la rédaction du livre Une saison en enfer. Toutefois, le cheminement des
manuscrits de l'ensemble aujourd'hui appelé « Derniers vers » pose problème. Nous n'avons aucun
témoignage selon lequel Rimbaud aurait remis à Verlaine, dès 1872, les versions publiées dans la
Vogue et dans la première édition des Œuvres complètes en 1895. Nous n'avons aucune preuve que
l'envoi de « poèmes en prose » à Nouveau en 1875 coïncide avec le recueil au titre Illuminations qui
n'apparaît en mention qu'à partir de 1878. Un dossier de poèmes en vers a pu être ajouté aux
poèmes en prose entre l'envoi de ces derniers à Germain Nouveau et la première mention du
titre Illuminations en 1878.

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