Syllabus : Principes de l'économie 2023-2024
Syllabus : Principes de l'économie 2023-2024
Licence 2
Mathématiques
Cours
Principes de l’économie
avril 2024
SYLLABUS
2
1. Cours
Titre : Principe de l’économie
Année : 2023 – 2024
Niveau : Licence 2 Mathématiques
Volume horaire : 24 h
2. Enseignant
Nom et Prénoms : NIAMIEN Edano Cédric
Courriel : [email protected]
Téléphone : 07 59 54 36 78
3. Résumé
Le cours ≪ Principes de l’économie ≫, destiné à des étudiants en licence mathématique se veut
une introduction aux ≪Sciences Economiques ≫. Ce cours se focalise sur des notions essentielles
que l’apprenant rencontre au quotidien.
Cette introduction sera ciblée sur les deux approches dominantes en économie à savoir l’ap-
proche keynesienne et l’approche des néoclassiques connues aussi comme étant respectivement
l’approche macroéconomique et l’approche microéconomique.
Le cours retracera en comment on en est venu à ces deux approches entre la fin du 19e siècle
et la première moitié du 20e . On verra alors que c’est lors d’une tentative de donner un statut de
science exacte à la discipline que les économistes néoclassiques de la fin du 19e siècle parleront
désormais de ≪ Sciences Economiques ≫ et non plus ≪ d’Economie Politique ≫ comme leurs
prédécesseurs de l’école classique d’Adam Smith (1776) et de David Ricardo (1819) et autres.
L’utilisation de la formalisation mathématique par les néoclassiques jouera un rôle fon-
damentale dans la recherche de ce statut de ≪ Science ≫ auquel aspire les économistes jaloux
du prestige qu’avait la ≪ Physique ≫ au 19e siècle.
Après la présentation succinte des grands courants qui ont dominé dette discipline, nous
reviendrons dans un premier chapitre sur les bases et principes qui fondent la macroéconomie
et analyserons le système économique au niveau agrégé à travers les relations entre les grands
agrégats économiques que sont le revenu (PIB), l’investissement, la consommation. Nous verrons
par la suite la microéconomie qui étudie le comportement rationnel des agents économiques. Ces
agents sont des individus, ou des organisations qui prennent part à des relations économiques
qui sont la production, la consommation ou l’échange. Ce cours porte exclusivement sur la
théorie du consommateur.
4. Objectifs
5. Prérequis
6. Méthodologie
La méthode d’animation sera la pédagogie participative par objectif afin de permettre aux
étudiants de se familiariser à la théorie économique et au lexique économique :
3
− Cours magistraux
− Travaux dirigés
7. Contenu du cours
8. Modalités d’évaluation
4
Introduction générale
Le mot économie vient du grec oı̈konomia qui est composé de ≪ oı̈kos ≫ qui signifie maison
et ≪ nomia ≫ qui veut dire loi ou norme. Ainsi, de son étymologie grec, l’économie signifiait
toutes les règles ou lois qui régissaient la gestion une maison.
D’abord, sa définition dite formelle de Robbins L. (1932) nous montre que l’économie est
la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens
rares à usages alternatifs. La notion ≪ usages alternatifs ≫ implique un choix : je peux acheter
soit un jeans, soit un livre d’économie, soit aller déjeuner dans un chic restaurant du coin,
avec la même somme d’argent. Cette définition formelle à la prétention de s’appliquer à toutes
les situations, c’est-à-dire quelles que soient les sociétés ou les cultures et quelle que soit la
nature de l’activité, dans lesquelles l’homme doit effectuer des choix. Ensuite, nous avons la
définition dite substantive ou matérielle qui se trouve être à l’opposé de la définition formelle.
Pour cette approche définitionnelle, l’économie est un processus institutionnalisé d’interaction
entre l’homme et son environnement naturel et social qui permet un approvisionnement en
moyens matériels de satisfaire les besoins (Polanyi, 1957).
De ces définitions, il ressort que la science économique (économie politique) est une science
sociale (humaine) dont le champ privilégié est l’étude des comportements des agents économiques
face à la rareté des ressources. De ce fait, elle cherche, de façon optimale, à répondre à trois
principales questions : que produire ? – pour qui produire ? – comment produire ?
Au fil des années, l’économie politique (sciences économiques) a évolué à travers des contro-
verses doctrinales. Il y a eu d’abord les contemporains à la révolution industrielle et à l’essor
du capitalisme (fin du XV III e – début XIX e siècles), ce sont les précurseurs de la science
économie en tant que discipline autonome. Il s’agit des anglais Adam Smith dont, par conven-
tion, l’ouvrage Recherche sur les causes et la nature de la richesse des nations (1776) fait de
lui le père de l’économie politique ; David Ricardo ; John Stuart Mill ; Thomas Robert Malthus
et le français Jean-Baptiste Say. Ensuite, il y a eu l’avènement de la révolution marginaliste
(fin XIX e – début XX e siècles) conduite par l’anglais Stanley Jevons, le français Léon Walras
et l’autrichien Carl Menger. Enfin, l’avènement du keynésianisme (XX e siècle) avec à sa tête
l’anglais John Maynard Keynes. Des deux dernières révolutions, la science économique s’est
faite deux principales branches à savoir la Microéconomie et la Macroéconomie.
5
Première partie
Macroéconomie
6
Introduction
La macroéconomie est une branche de la science économique qui étudie le système économique
au niveau agrégé à travers les relations entre les grands agrégats économiques que sont le
revenu, l’investissement, la consommation, etc. La macroéconomie constitue l’outil es-
sentiel d’analyse des politiques économiques des États ou des organisations internationales. Il
s’agit d’expliquer les mécanismes par lesquels sont produites les richesses à travers le cycle
de la production, de la consommation, et de la répartition des revenus au niveau national ou
international.
Elle repose sur une approche globale, quoiqu’elle puisse se fonder sur des comportements
microéconomiques. La macroéconomie est aussi une représentation hiérarchisée de l’économie,
articulée entre ses agents, via des flux. Elle cherche à expliciter ces relations et à prédire leur
évolution face à une modification de certaines variables. La macroéconomie permet par exemple
d’estimer la réaction d’un système économique possédant telles caractéristiques face à un choc
pétrolier, ou à une politique économique particulière.
Contrairement à la microéconomie, qui favorise les raisonnements en équilibre partiel, la
macroéconomie se place toujours dans une perspective d’équilibre général, ce qui l’amène à
accorder plus d’attention au bouclage des modèles et à la dynamique de création et de maintien
d’institutions essentielles, comme les marchés, la monnaie.
La macroéconomie a évolué à travers le temps pour devenir plus précise et plus sûre. Ses
origines se trouvent dans les premiers travaux économiques du 18e siècle, mais elle prend
véritablement forme grâce aux travaux de John Maynard Keynes. Sa théorie, le keynésianisme,
se fonde sur ce qui fut appelée la macroéconomie keynésienne, qui est l’interprétation keynésienne
de la macroéconomie. Elle crée des outils de base de la macroéconomie (le modèle IS/LM, la
courbe de Phillips, etc.).
La macroéconomie n’est aujourd’hui plus rattachée à une quelconque école de pensée. Elle
a évolué vers la construction de modèles économiques complexes, incluant à la fois des relations
supposées entre variables et des relations comptables servant à définir les agrégats. Très utilisés
pour analyser et prévoir les résultats des politiques économiques, ces vastes modèles qualifiés,
le plus souvent, d’économétriques (les plus frustes comportent une dizaine d’équations, les plus
complexes dépassent les 1 500) sont à l’heure actuelle employés par la plupart des gouver-
nements, institutions statistiques (comme l’INSEE), organisations internationales (OCDE) et
certains acteurs privés voulant disposer de leurs propres prévisions quant à la conjoncture.
7
Chapitre 1
Le fonctionnement de l’économie
8
Table 1.1 : Les secteurs institutionnels
Secteurs Ressources
institutionnels Fonction principale principales
Sociétés non Produire des biens et services
financières (SNF) marchands non financiers Résultat de la vente
Fonds provenant des
Sociétés financières Financer en collectant, transformant engagements
(SF) [1] (Institution et répartissant des disponibilités financiers contractés,
de crédit / OPCVM) financières intérêts...
Sociétés financières
(SF) [2] (Compagnie Primes contractuelles
d’assurances / caisses Assurer en fournissant des services de ou cotisations sociales
de retraite) mutualisation des risques volontaires
Production de services non marchands Versements
Administrations destinés à la collectivité et effectuer obligatoires des
publiques (APU) des opérations de redistribution autres secteurs
Institutions sans but Contributions
lucratif au service des Production de services non marchands volontaires des
ménages (ISBLSM) destinés aux ménages particuliers ménages
Rémunérations des
Ménages [1] facteurs de
(Consommateurs) Consommer production
Ménages [2] Production de biens et services
(Producteurs) marchands Résultat de vente
Il regroupe l’ensemble des unités non
résidentes auxquelles on s’intéresse
uniquement dans la mesure où elles
Reste du monde sont entrées en rapport avec les unités
(RDM) résidentes
9
services s’échangeant habituellement sur le marché et obtenus à partir de la combinaison des
facteurs de production (matières premières, travail, capital, terre,...) s’échangeant sur le marché.
Il peut s’agir d’une production marchande ou d’une production non marchande. Dans
le premier cas, les biens et les services sont vendus sur un marché à un prix qui peut au
moins couvrir ses coûts de production. Dans le second cas, le service est rendu à titre gratuit
ou quasi gratuit (c’est à dire à un prix inférieur au coût moyen de production) ou si l’unité
institutionnelle fixe moins de 50% de ses ressources de la prestation ou de la vente du service.
Il existe deux types de consommation : la consommation intermédiaire et la consom-
mation finale . La consommation intermédiaire correspond à l’acquisition de biens et
services qui sont détruits ou transformés au cours du processus de production d’autres biens et
services. La consommation finale est constituée par l’ensemble des biens et services utilisés
pour la satisfaction des besoins individuels et collectifs.
L’investissement est constitué de la FBCF (formation brute du capital fixe) et des
variations de stocks ∆s. La FBCF (formation brute du capital fixe) est la valeur des
acquisitions, par les producteurs résidents, d’actifs fixes utilisés de façon répétée ou continue
dans le processus de production pendant au moins un an. Les stocks comprennent tous les biens,
autres que le capital fixe, détenus à un moment donné par les unités productrices résidentes.
En ce qui concerne les échanges, on distingue les exportations (X) et les importations
(M). Les exportations (X) sont constituées par l’ensemble de biens neufs ou d’occasion
quittant définitivement le territoire économique national (TEN) à destination du reste du monde
(RDM). Les importations concernent la valeur de tous les biens et services venant du RDM
et entrant définitivement sur le TEN.
L’équation d’équilibre fondamentale :
P + M = CI + CF + F BCF + ∆s + X
Dans cette équation, nous avons la demande intermédiaire qui correspond à la consom-
mation intermédiaire, la demande finale qui correspond à la somme de la consommation
finale, de la formation brute du capital fixe, de la variation des stocks et des exportations.
Nous avons aussi la demande intérieure qui correspond à la somme de la consommation
intermédiaire, de la consommation finale, de la formation brute du capital fixe, de la variation
des stocks. Les exportations correspondent à la demande extérieure.
10
1.2.3 Les opérations financières
Une opération financière entre unités institutionnelles implique soit la création ou la liqui-
dation simultanée d’un actif financier et de son passif de contrepartie, soit le changement de
propriété d’un actif financier, soit encore la souscription d’un engagement.
11
aux autres (taux de change ou parités monétaires) selon le principe de l’offre et de la demande
de chaque monnaie nationale.
De même que sur les marchés précédents, sur le marché du change, d’une part, la rencontre
de l’offre de monnaie nationale et, d’autre part, la demande monnaie étrangère, permet de
déterminer le taux de change entre les deux monnaies.
12
En ce qui concerne les revenus, ceux-ci font l’objet d’un système de redistribution et permet
de financement de l’économie.
Une autre manière de représenter le circuit permet de mettre en évidence les relation qu’en-
tretiennent les agents (secteurs institutionnels). Dans une économie simplifiée composée (Figure
1.2) d’agents qui produisent (les entreprises) et d’agents qui consomment (les ménages), on peut
schématiser la circulation entre eux de la façon suivante :
Les ménages fournissent aux entreprises des services et des biens productifs et ces dernières
leur livrent des biens et services : ce sont les flux réels ou flux matériels. La contrepartie
de ces flux réels est constituée par les flux monétaires ou financiers qui représentent les
échanges d’argent, revenus et dépenses des ménages. Les flux sont, en général, réciproques et à
un flux réel, le travail par exemple, correspond, en contrepartie, un flux monétaire, le salaire.
Cependant, certains flux sont unilatéraux et n’ont donc pas de contrepartie. Il peut s’agir,
par exemple, d’un flux réel qui n’a pas de contrepartie monétaire, comme le service gratuit
d’une administration publique ou le travail d’un bénévole pour une association. À l’inverse, un
flux monétaire, un flux monétaire peut ne pas donner lieu, en retour, à un flux réel ou un flux
monétaire.
Mais selon la réalité, l’économie est plus complexe. Cette complexité nous permet de tenir
compte des relations avec l’extérieur (reste du monde), de l’État et d’un secteur financier (Figure
1.3).
13
Figure 1.3 : Le circuit économique élaboré
Optique dépense : le PIB est égal à la somme des emplois finals intérieurs de biens et de
services (consommation finale, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les
exportations, moins les importations (solde de la balance des biens et services)
Optique revenu : le PIB est égal à la somme des emplois des comptes d’exploitation des
14
secteurs institutionnels ou des branches d’activités : rémunération des salariés, impôts sur la
production nets de subventions d’exploitation (IPI - SE), excédent brut d’exploitation et revenu
mixte (EBE) plus les impôts et taxes nets de subventions sur produits.
P IBn − P IBn−1
× 100
P IBn−1
15
Figure 1.4 : A gauche, Évolution du PIB ; à droite, Évolution du PIB par habitant
16
Chapitre 2
Les biens et services qui résultent de l’activité économique reçoivent deux affections. Les
uns sont destinés à la consommation et sont utilisés immédiatement afin de satisfaire les
besoins des ménages, sous la forme de biens et services marchands ou de services collectifs
fournis gratuitement ou subventionnés par les collectivités publiques. Les autres sont mis en
réserve (l’épargne) et assignés à l’investissement (public ou privé) afin de concourir à un
accroissement ultérieur de la production.
La consommation et l’investissement apparaissent ainsi comme les éléments moteurs du
circuit économique. Ils contribuent tous deux à déterminer le niveau de l’activité économique
à un moment donné, en tant que composantes fondamentales de la demande globale.
L’analyse macroéconomique débute donc traditionnellement par l’étude des variables économiques
pouvant contribuer à la formation des dépenses de consommation et d’investissement. À l’image
de la démarche suivie par Keynes dans la théorie générale, l’objectif est alors d’aboutir à la
construction de fonctions macroéconomiques. En s’appuyant à la fois sur un raisonnement
théorique et des faits empiriques, il s’agit ainsi de dégager au niveau global une relation simple
et suffisamment stable – d’où le terme de fonction – entre une (ou quelques) variable(s) expli-
cative(s) et la variable à expliquer, i.e. la consommation totale des ménages ou l’investissement
national.
17
accroı̂tre leur consommation à mesure que le revenu croı̂t, mais non d’une quantité
aussi grande que l’accroissement du revenu. Trois formulations analytiques et graphiques
s’offrent à nous pour l’interpréter :
C1 C2 Ci C dC
= = ··· = = cste = =c=
Y1 Y2 Yi Y dY
18
Enfin, dans le dernier cas, la propension marginale et la propension moyenne varient suivant
le niveau de revenu ; compte tenu de l’hypothèse de concavité de la fonction de consommation,
la propension moyenne à consommer (C/Y ) diminue avec le niveau de revenu ; la propension
marginale à consommer (définie comme la dérivée de la fonction) a une valeur donnée par la
pente de la tangente aux différents points de la courbe ; on peut vérifier sans difficultés que la
propension marginale diminue avec l’augmentation du niveau de revenu, et de consommation.
C’est ce cas qui correspond aux indications de Keynes : La propension marginale à consommer
n’est pas la même quel que soit le niveau de l’emploi et il est probable qu’en règle générale elle
tend à diminuer quand l’emploi augmente ; autrement dit, lorsque le revenu réel augmente, la
communauté ne désire consommer qu’une proportion graduellement décroissante de son revenu.
Cependant il est commode de retenir comme hypothèse de travail la relation C = cY + Co
qui facilite la présentation graphique.
C S
+ = P MC + P MS = 1
Y Y
dC dS
1= + = P mC + P mS
dY dY
19
fonction de consommation affine C = cY + Co : S = Y − (cY + Co ) = (1 − c)Y − Co . Puisque
0 < c < 1,
dS
=1−c>0
dY
La formulation précédente montre que l’épargne est fonction croissante du niveau de revenu ; la
propension marginale à l’épargne dS/dY = (1 − c) = Cste et il sera commode de la représenter
par s (on a par conséquent : s + c = 1). La propension moyenne à épargner est évidemment
variable suivant le niveau de revenu et on remarque que pour un niveau de revenu nul, l’épargne
serait négative, égale à (−Co ) ; c’est la contrepartie de l’hypothèse faite de consommation
incompressible : si la consommation est positive pour un niveau de revenu nul, c’est qu’il y
a eu désépargne, épargne négative, prélèvement sur des avoirs antérieurs qui ont permis de
financer cette consommation incompressible.
L’épargne ne devient positive qu’au delà d’un certain niveau de revenu Y , dit ≪ seuil de
rupture ≫, seuil au-delà duquel la collectivité cesse de désépargner ; ce seuil de rupture est défini
par S = 0, avec S = (1 − c)Y − Co d’où (1 − c)Y − Co = 0 et le seuil de rupture Y est au niveau
Y = Yr = Co /(1–c).
Exercice d’application
Par une régression effectuée sur les valeurs des revenus disponibles annuels et de consommation
annuelle dans le pays Math-Info de 1965 à 1974 donne une valeur estimé de la propension
marginale à consommer de 0,82 et de C0 = 12, 58 milliards d’u.c. (unité de compte).
• Dresser un tableau de l’évolution de la consommation et de l’épargne en fonction du revenu.
• Représenter graphiquement.
20
rendements attendus d’un bien d’équipement (l’efficacité marginale du capital) au regard
du niveau des taux d’intérêt ;
21
Chapitre 3
Comment expliquer les fluctuations économiques ? En quoi consiste une politique budgétaire,
une politique fiscale ou une politique monétaire ? Qu’est-ce qu’un policy-mix ? Comment fonc-
tionnent les politiques économiques en économie fermée et en économie ouverte ? Comment
résorber le chômage ? Faut-il maı̂triser l’inflation ? Existe-t-il un arbitrage entre l’inflation et le
chômage ?
L’objectif de ce chapitre est de présenter le fonctionnement de l’économie dans un horizon
temporel de court terme. Il s’agit donc d’analyser et de comprendre les fluctuations économiques
de l’économie. Cette partie sera d’une très grande utilité pour étudier les différentes composantes
de la demande et de l’offre et leurs interactions. L’analyse des politiques économiques – en
économie fermée puis ouverte – permettra également d’appréhender la notion de multiplicateur
et d’efficacité des politiques économiques.
22
les entreprises peuvent produire plus que ce que souhaitent les agents ; à l’inverse, elles peuvent
produire moins. Pour résumer, l’équilibre comptable – celui qui constate les dépenses effectuées
– peut ne pas coı̈ncider avec l’équilibre macroéconomique – celui qui est souhaité initialement.
D’où l’apparition de déséquilibres qui ne permettent pas d’assurer le plein-emploi. On parle
alors d’un équilibre de sous-emploi.
Le modèle revenu-dépense (ou keynésien élémentaire) postule également que les prix et les
salaires sont rigides, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas s’ajuster de manière instantanée pour
résorber toute situation de déséquilibre. C’est donc par les volumes (de production et d’emploi),
et non par les prix (des biens et du travail), que l’ajustement va se produire.
Enfin, Keynes renverse la logique de détermination de l’équilibre macroéconomique puisqu’il
s’oppose vigoureusement à la loi de Say selon laquelle l’offre crée sa propre demande. Pour
Keynes, c’est la demande qui détermine l’offre.
D =C +I
23
L’offre globale correspond au niveau de production (que nous notons Y ), i.e. la quantité de
biens et services produite par les entreprises. Pour produire, l’entreprise dispose de facteurs
de production : le facteur travail (i.e. la main-d’œuvre), que nous notons N , et le facteur
capital (i.e. les équipements), que nous notons K. L’utilisation de ces facteurs de production
est décrite au sein de ce que l’on appelle la fonction de production. La fonction de production de
l’entreprise relie le volume de production obtenu, que nous notons Y , à partir de la combinaison
des facteurs de production K et N . Le niveau de production s’obtient ainsi à partir de la fonction
de production suivante :
Y : F (K, N )
Comme nous sommes dans une analyse de court terme, nous considérons le stock de capital
comme donné. Ainsi : K = K . Dès lors, la fonction de production peut s’écrire :
Y = F (K, N ) ⇔ Y = F (N )
Lorsque les entreprises décident de produire, elles anticipent que cette production sera
écoulée. Les entreprises n’ont donc aucun intérêt à produire plus que ce qu’on leur demande. En
effet, une production supérieure à la demande ne serait pas vendue – les prix étant rigides, ils ne
peuvent pas diminuer pour rendre plus attractif le ≪ surplus ≫ d’offre – et viendrait alimenter
les stocks de l’entreprise. Cela n’est pas dans son intérêt. L’entreprise ne va par conséquent
produire que le montant strictement demandé. On peut donc dire que les entreprises sont
contraintes sur leurs débouchés.
Une fois ce niveau de production déterminé, et compte tenu de l’état de la technologie –
la fonction de production – les entreprises vont déterminer un niveau d’emploi. Il s’agit de
la demande de travail – également appelée offre d’emploi – des entreprises. Nous noterons
cette demande de travail N d . La demande de travail des entreprises découle de la fonction de
production :
N d = F −1 (Y )
Cependant, cet équilibre sur le marché des biens ne signifie pas que l’économie soit dans une
situation de plein-emploi.
24
3.1.2.2 L’équilibre épargne-investissement
On a :
Y =D
D =C +I
Nous savons également que la production, Y , donne lieu au versement de plusieurs revenus
que sont les salaires, les dividendes et intérêts, etc. De plus, nous savons que le revenu national
(somme des revenus distribués) se répartit entre d’un côté la consommation (C) et, de l’autre,
l’épargne (S ). Ainsi :
Y =C +S
d’où
S=I
Cette équation représente l’égalité entre l’épargne et l’investissement. Il s’agit d’un équilibre
macroéconomique. Elle n’est, au final, qu’une autre manière d’exprimer l’égalité entre offre et
demande globales. Nous pouvons mieux spécifier l’équation sachant que l’épargne est fonction
du revenu (Y) et que, pour le moment, l’investissement est exogène (I = I0 ). Dès lors, l’équation
s’écrit :
S(Y ) = I0
Cette équation nous indique que l’égalité entre l’épargne et l’investissement ne peut s’effectuer
qu’avec un ajustement du revenu Y . De cette égalité va émerger le revenu d’équilibre, i.e. celui
qui équilibre offre et demande globales.
• d’un axe des abscisses sur lequel figure le revenu national (Y ) qui est, par définition, égal
25
à la production des entreprises, i.e l’offre globale ;
• d’un axe des ordonnées sur lequel figurent la fonction de consommation (C) et la fonction
d’investissement (I). Ces deux fonctions reflètent les dépenses en biens, respectivement,
de consommation et d’investissement et constituent la demande globale (D).
D = cY + C0 + I0
La droite à 45 degrés (la bissectrice des axes) indique l’ensemble des points correspondant à
l’égalité entre offre et demande globales. Ainsi, le long de cette droite, nous avons l’égalité
suivante : Y = D. Soit, en remplaçant D par son expression D = C + I issue de :
Y =C +I
Cette équation est la condition d’équilibre entre offre (les quantités produites) et demande
globales (les quantités désirées). La courbe de demande globale est obtenue en additionnant
verticalement la droite liée à la fonction de consommation et celle liée à la fonction d’investis-
sement.
Enfin, sur cette même figure, nous pouvons faire apparaı̂tre la fonction d’épargne S puisque,
par définition :
S =Y −C
S = Y − cY − C0 = (1 − c)Y − C0
26
point assurant l’équilibre sur le marché des biens et services. L’abscisse du point E correspond
par conséquent au revenu d’équilibre, i.e. le revenu qui assure l’équilibre entre offre et demande
globale ou qui assure l’équilibre sur le marché des biens et services. On note ce revenu d’équilibre
Y ⋆.
Par ailleurs, on peut également faire apparaı̂tre l’égalité entre l’épargne et l’investissement.
′ ′
Cet équilibre macroéconomique est assuré au point E . L’abscisse du point E correspond au
′
revenu qui équilibre l’épargne et l’investissement. On remarque que les points E et E ont la
′
même abscisse : Y ⋆ . Il n’y a rien de choquant à cela. Au point E , l’équilibre entre l’épargne
et l’investissement est assuré. Or, on sait que l’équilibre sur le marché des biens et services
est assuré lorsque l’offre (Y) est égale à la demande (D), cette dernière étant composée de la
consommation (C) et de l’investissement (I). Donc : Y = C + I.
De plus, on sait que la production (Y) procure des revenus (salaires, etc.), elle est par
conséquent égale au revenu national. Ce dernier est partagé entre la consommation (C) et
l’épargne (S). Dès lors : Y = C + S. L’équilibre sur le marché des biens et services caractérise
également l’égalité entre l’épargne et l’investissement1
′
Enfin, si le point E (le point E ) assure l’équilibre sur le marché des biens et services (l’égalité
entre l’épargne et l’investissement), rien n’indique qu’il soit un équilibre de plein-emploi, c’est-à-
dire un équilibre qui permettrait d’embaucher toute la population active disponible. Si tel n’est
pas le cas, on se trouve dans une situation d’équilibre de sous-emploi, due à une insuffisance de
la demande. Le chômage qui résulte de cette situation de sous-emploi est qualifié de chômage
dit keynésien (car il est la conséquence d’une insuffisance de la demande).
Y =C +I
En remplaçant les fonctions de consommation (C) et d’investissement (I) par leurs expressions
respectives, on obtient :
Y = cY + C0 + I0
1
Y⋆ = (C0 + I0 )
1−c
S=I
27
et compte tenu des équations des fonctions, on :
(1 − c)Y − C0 = I0
D’où :
1
Y⋆ = (C0 + I0 )
1−c
Le multiplicateur ici étudié est appelé multiplicateur d’investissement car il repose sur le
lien qui existe, via la relation d’équilibre, entre le revenu et l’investissement. L’objectif de
ce multiplicateur va être d’étudier les effets d’une variation de l’investissement autonome sur
le revenu d’équilibre. Grâce au jeu du multiplicateur, on montre qu’une impulsion initiale
de l’investissement autonome entraı̂ne une variation plus que proportionnelle du revenu ; la
variation du revenu se faisant par vagues successives et décroissantes.
I = I0 + ∆I0
28
celui tenant compte de cette augmentation. Les droites en pointillés correspondent aux nouvelles
droites représentant les fonctions d’investissement et de demande globale suite à l’augmentation
de l’investissement autonome.
La droite horizontale représentant la fonction d’investissement se déplace vers le haut suite
à l’augmentation de l’investissement autonome (pour un montant de ∆I0 ). Par conséquent, la
demande globale, qui est la somme de la consommation et de l’investissement est également
rehaussée vers le haut pour un montant égal à ∆I0 . L’intersection de la droite de demande
globale avec la première bissectrice se produit au point E1 . L’abscisse de ce point est égal à
Y1⋆ . Il s’agit du nouveau revenu d’équilibre de l’économie. Par comparaison avec l’ancien point
d’équilibre, celui avant l’augmentation de l’investissement, représenté par Y ⋆ , on voit que le
nouveau revenu d’équilibre Y1⋆ est plus élevé que l’ancien puisqu’il se trouve sur sa droite.
L’étude de l’égalité entre l’épargne et l’investissement aboutit au même résultat. La fonction
d’épargne n’a subi aucune modification mais la fonction d’investissement s’est déplacée vers le
haut. Le nouveau point d’intersection entre la fonction d’épargne et la fonction d’investissement
′
se produit au point E1 . L’abscisse de ce point est le point Y1⋆ .
∆I0 = ∆Y
Or, cette augmentation de revenu provoque à son tour une augmentation de la consommation
de ∆C. Sachant que C = cY + C0 , l’accroissement de revenu provoque un accroissement de la
consommation :
∆C = c∆Y
On peut l’écrire
∆C = c∆I0
puisque ∆I0 = ∆Y .
Ce supplément de consommation provoque à son tour un supplément de production (l’offre
doit répondre au supplément de demande), donc de revenu (la production a augmenté donc les
revenus distribués ont augmenté). Ce supplément de revenu provoque à nouveau un supplément
de consommation égal à :
c(c∆Y ) = c2 ∆Y = c2 ∆I0
29
à chaque fois décroı̂t donc au fil du temps pour atteindre 0 en fin de parcours. Lorsque ce
supplément de revenu est égal à 0, l’effet multiplicateur ne joue plus.
Au final, on peut écrire le supplément de revenu comme la somme successive de ses varia-
tions :
.
∆Y = ∆I0 + c∆I0 + c2 ∆I0 + c3 ∆I0 + .. + cn ∆I0
.
c∆Y = c∆I0 + c2 ∆I0 + c3 ∆I0 + c4 ∆I0 + .. + cn+1 ∆I0
∆Y − c∆Y = ∆I0
Soit
1
∆Y = ∆I0
1−c
∆Y = k∆I0
1
avec k = .
1−c
k est appelé le multiplicateur d’investissement. Il est également appelé le multiplicateur
keynésien élémentaire. L’équation montre qu’un accroissement de l’investissement autonome
provoque une augmentation plus que proportionnelle du revenu d’équilibre car 0 < c < 1.
L’effet multiplicateur sera d’autant plus élevé que la propension marginale à consommer (c) est
élevée. Enfin, point très important, le multiplicateur fonctionne aussi bien en récession qu’en
expansion.
Introduire l’État dans le modèle keynésien simplifié peut s’effectuer sans réelles difficultés
ni même modifications profondes des caractéristiques de l’équilibre sur le marché des biens et
services étudiés précédemment.
Pour déterminer le revenu d’équilibre, i.e. le revenu qui équilibre le marché des biens et
services, en introduisant l’État, on doit faire appel aux fonctions d’impositions et de dépenses
publiques.
Supposons que les impôts prélevés par l’État soient exogènes, i.e. T = T . Ainsi, le revenu
disponible des ménages pour consommer est égal à Y −T . Dès lors, la fonction de consommation
30
s’écrit :
C = c(Y − T ) + C0
G=G
Supposons, comme depuis le début de l’ouvrage, que nous sommes dans une économie fermée
(absence d’importations et d’exportations). L’équilibre sur le marché des biens et services s’écrit
alors :
Y =C +I +G
Y = c(Y − T ) + C0 + I0 + G
À partir de cette équation, on peut définir le revenu d’équilibre, i.e. le revenu qui équilibre le
marché des biens et services, c’est-à-dire celui qui assure l’égalité entre l’épargne et l’investis-
sement, comme :
1
Y⋆ = (−cT + C0 + I0 + G)
1−c
Grâce à cette équation, on peut calculer trois multiplicateurs : le multiplicateur de dépenses
publiques, le multiplicateur fiscal, le multiplicateur de budget équilibré.
Le principe de ces différents multiplicateurs repose sur l’impulsion que transmet l’État, via
les impôts ou les dépenses publiques, à l’économie. Plus exactement, le principe du multipli-
cateur mesure l’effet d’une variation des dépenses publiques et/ou des impôts sur le revenu de
l’économie. Au final, cet effet multiplicateur est donc la conséquence que va avoir une modifi-
cation des impôts ou des dépenses publiques sur l’activité économique.
Le principe du multiplicateur répond ainsi à la question suivante : de combien varie le PIB
lorsque l’État fait varier ses dépenses publiques (ou ses impôts), les autres variables exogènes
restant constantes ?
1
Y ⋆ + ∆Y ⋆ = (−cT + C0 + I0 + G + ∆G)
1−c
1
Y⋆ = ∆G
1−c
Cela montre qu’une augmentation de ∆G des dépenses publiques provoque une augmen-
31
1
tation ∆Y ⋆ du revenu est égal à . On a :
1−c
∆Y ⋆ 1
=
∆G 1−c
1 ∆Y ⋆
kG = =
1−c ∆G
On voit que ce multiplicateur de dépenses publiques est identique au multiplicateur d’in-
vestissement élémentaire. La variation du revenu est du même signe que celle des dépenses
publiques. L’augmentation des dépenses publiques provoque ainsi une augmentation (plus
que proportionnelle) du revenu de l’économie.
On aurait également pu aboutir à un résultat identique en adoptant une approche pure-
ment mathématique. En effet, déterminer le multiplicateur budgétaire revient à calculer
la dérivée première de Y ⋆ par rapport à G . Partant de l’équation
1
Y⋆ = (−cT + C0 + I0 + G)
1−c
• Le multiplicateur fiscal : ∆G = 0 et ∆T ̸= 0
L’État décide d’agir sur les impôts. Cette variation peut être positive (augmentation des
impôts : ∆T > 0) ou négative (diminution des impôts : ∆T < 0). Pour la suite, on
supposera que l’État décide de diminuer les impôts qu’il prélève : ∆T < 0. Il s’agit dans
ce cas d’une politique fiscale expansionniste.
Quel est l’impact d’une diminution des impôts, ∆T < 0, sur le revenu d’équilibre (Y ⋆ ) ?
Pour répondre à cette question, repartons de l’équation
1
Y⋆ = (−cT + C0 + I0 + G)
1−c
∆Y ⋆ −c
= kT = = −ckG
∆T 1−c
Comme 0 < c < 1, le multiplicateur fiscal est plus faible que le multiplicateur de dépenses
32
publiques. En effet, en valeur absolue, le multiplicateur fiscal s’écrit :
∆Y ⋆ c ∆Y ⋆ 1
= < =
∆T 1−c ∆G 1−c
La politique fiscale expansionniste (∆T < 0) est donc moins efficace que la politique
budgétaire expansionniste (∆G < 0). Pourquoi ? Une baisse des impôts, entraı̂ne tout
d’abord une augmentation du revenu disponible (égale à −∆T < 0). Si le revenu dispo-
nible augmente, la consommation va à son tour augmenter (dans une proportion égale
à −c∆T ) mais également l’épargne. Cette dernière n’alimente pas la demande, elle
représente donc une fuite du circuit économique. Puis, dans un second temps, l’augmenta-
tion de la consommation va, à son tour, augmenter la demande. La baisse des impôts, que
l’on peut appeler le ≪ cadeau ≫ fiscal que fait l’État, a donc deux effets : un effet direct et
un effet indirect. L’effet direct est le supplément de revenu disponible pour consommer.
L’effet indirect correspond au supplément de demande induit par l’augmentation de la
consommation. Dans le cas du multiplicateur de dépenses publiques l’effet direct concerne
la demande puisque la variation de cette dernière est égale à la variation des dépenses
publiques (soit ∆G). Avec le multiplicateur fiscal, l’effet direct concerne l’augmentation
du revenu donc de la consommation (et de l’épargne par définition !). L’effet indirect est
celui de l’augmentation de la consommation sur la demande. Comme une partie du re-
venu supplémentaire est épargnée, elle ne participe pas à l’accroissement de la demande.
L’épargne est donc une fuite en dehors du circuit qui vient amoindrir l’effet multiplicateur.
∆Y ⋆ = kG ∆G + kT ∆T
33
velmo. Cela ne signifie pas que l’effet multiplicateur ne fonctionne pas. Au contraire
puisque si tel était le cas, le multiplicateur serait égal à 0. Le théorème d’Haavelmo in-
dique simplement que l’effet multiplicateur, i.e. l’effet de la relance à budget équilibré,
est relatif puisque le supplément de revenu obtenu est strictement égal au supplément de
dépenses publiques injecté dans l’économie.
En réalité, les impôts sont fonction du revenu. Afin d’en tenir compte, on peut écrire la
fonction d’imposition comme : T = tY + T0 . La fonction de consommation s’écrit désormais
comme :
C = c(Y − tY − T0 ) + C0
1
Y⋆ = (−cT0 + C0 + I0 + G)
1 − c(1 − t)
∆Y ⋆ 1
= =k
∆I0 1 − c(1 − t)
On voit que ce multiplicateur est plus faible que celui déterminé précédemment – du fait de la
présence du terme ct au dénominateur. Dès lors que l’imposition est endogène, une partie de
l’effet de relance est ≪ captée ≫ par les impôts. Il s’agit donc en quelque sorte d’une fuite puisque
la part du supplément de revenu qui est taxée, i.e. t puisque ∆T = t∆Y , ne participe pas à
la dynamique de relance, à la dynamique du multiplicateur. Au contraire, il s’en échappe, d’où
le terme de fuite. Il en est de même pour les autres multiplicateurs. Une fonction d’imposition
vient réduire l’efficacité du multiplicateur.
Supposons à présent que l’économie étudiée s’ouvre au reste du monde, i.e. elle importe et
exporte des biens. Par souci de simplification, on considère les exportations, que nous notons
X, comme exogènes – X = X ou, de manière équivalente, X = X0 – et on suppose que les
importations, que nous notons M , sont fonctions du revenu domestique : M = mY . On suppose
également que les impôts sont exogènes : T = T .
34
Compte tenu de ces notations, l’équilibre sur le marché des biens et services s’écrit :
Y +M =C +I +G+X
soit
Y + mY = c(Y − T ) + C0 + I0 + G + X0
1
Y⋆ = (−cT + C0 + I0 + G + X0 )
1−c+m
Y⋆ 1
=
∆I0 1−c+m
1
Y⋆ = (C0 + I0 + G + X0 )
1 − c(1 − t) + m
Y⋆ 1
=
∆I0 1 − c(1 − t) + m
Ce multiplicateur est d’autant plus faible par rapport au précédent qu’il y a une forte propension
marginale à importer (m élevé) et une propension marginale d’imposition (t) élevée. Ainsi,
une imposition endogène et l’ouverture de l’économie viennent diminuer l’effet multiplicateur
puisqu’ils constituent des fuites du circuit économique qui n’alimentent pas la demande.
35
Deuxième partie
Microéconomie
36
Introduction
La microéconomie est une conception de l’économie bâtie par les néoclassiques en 1870,
eux-mêmes inspirés par Adam Smith. Pour ce dernier, une ≪ main invisible ≫ conduit
l’économie : en recherchant leur intérêt propre, les individus œuvrent pour l’intérêt collec-
tif. En effet, c’est grâce à la volonté des individus de s’enrichir que la production et donc les
possibilités de consommation s’accroissent. Cette théorie est utilitariste car elle part de l’hy-
pothèse que des individus rationnels cherchent à maximiser leur utilité, c’est-à-dire à maximiser
leur satisfaction et à minimiser leurs coûts.
La microéconomie étudie le comportement des principaux agents économiques (essentiel-
lement les consommateurs et les producteurs) et postule que c’est l’agrégation de leurs compor-
tements qui forme l’économie. Ces agents économiques rationnels évoluent dans une économie
de marché régulée par la variation des prix. Pour que la régulation par les prix soit optimale
et donc pour que l’économie soit réellement et totalement une économie de marché, la science
économique moderne en général et la microéconomie en particulier a adopté en grande partie
la démarche hypothético-déductive. C’est à dire qu’on obtient des résultats en partant des
hypothèses particulières et ces hypothèses caractérisent complètement le domaine de validité
des résultats obtenus. Ainsi, chaque fois que l’on vous annoncera un résultat, il sera dépendant
des hypothèses qui lui sont sous-jacentes. Il n’existe pas de résultat absolu, valable en tout
temps et en tout lieu en économie. Par conséquent, l’exigence principale de l’enseignement de
l’analyse économique est un raisonnement clair et cohérent.
Dans cette démarche, les mathématiques sont un outil particulièrement efficace. En effet, les
mathématiques permettent de se libérer des contraintes et des ambiguı̈tés du langage courant
et elles nous fournissent un système de représentation objective, protégé des interprétations
subjectives diverses (ce qui n’empêche pas que les résultats obtenus soit parfois abusivement
interprétés dans d’autres sphères de la société, en occultant les conditions sous lesquelles ces
résultats ont été établis). Par conséquent le raisonnement déductif conduit à des résultats
clairs et quand le raisonnement est défectueux, ces défauts peuvent être facilement repérés.
Les mathématiques nous fournissent donc une assurance contre le manque de rigueur et l’in-
cohérence de notre raisonnement. Dans les sciences, la démarche hypothético-déductive est
complétée par la validation empirique des théories, que cela soit au niveau de la pertinence des
hypothèses initiales retenues, que celle des résultats obtenues.
Au centre de l’analyse microéconomique se trouve la question de l’allocation des ressources
rares entre des usages alternatifs dans les économies modernes et le rôle que jouent les prix
37
et les marchés dans ce processus. Cette question couvre une large partie des analyses, qu’elles
soient sur l’organisation des marchés, sur les stratégies des agents économique ou sur le rôle
des institutions. Une partie non-négligeable des travaux analyse néanmoins la manière dont
ces ressources sont créées et le rôle des phénomènes du type l’innovation des entreprises dans
cette création. La meilleure compréhension de ces phénomènes que cherche à atteindre l’analyse
microéconomique vise aussi à renforcer les capacités de prédiction et de contrôle : les concepts
et les causalités que les économistes ont développés dans leur tentative de mieux comprendre les
mécanismes économiques ont fourni les bases nécessaires à l’élaboration des politiques en vue
d’influencer les résultats de ce processus (comme les politiques industrielles, par exemple). Grâce
au développement des techniques de type recherche opérationnelle ou de gestion scientifique,
les concepts de la microéconomie ont été utilisés pour aider la prise de décision rationnelle dans
les affaires. Les concepts, relativement abstraits, de cette approche ont donc donné lieu à des
prolongements et à des applications qui influencent chaque jour le fonctionnement du processus
économique.
38
Chapitre 1
La fonction d’utilité
39
seule.
Le consommateur utilise son revenu pour acheter et consommer des biens en certaines
quantités et retire une satisfaction de cette consommation. Le problème qui se pose à lui est
de choisir quelles quantités acheter des différents biens proposés en fonction de ses goûts et
préférences et de son budget.
40
plusieurs fois à la satisfaction du besoin correspondant. Dans le cas des biens de consommation,
un bien alimentaire est un bien non durable, un meuble est un bien durable.
Enfin, distinguons les biens dits ≪ substituables ≫ des biens dits ≪ complémentaires
≫. Deux biens sont substituables s’ils peuvent satisfaire le même besoin, comme le beurre
A≻B
41
La relation d’indifférence établit que deux paniers de biens apportent exactement la même
satisfaction au consommateur qui est donc ≪ indifférent ≫ entre les deux paniers de biens. Ainsi,
lorsque le consommateur est indifférent entre le panier de biens A et le panier de biens B, on
écrit :
A∼B
Les deux relations peuvent être combinées en une seule indiquant qu’un panier de biens est
préféré ou indifférent ou au moins aussi désiré à un autre panier de biens. Ainsi, lorsque
le panier A est préféré ou indifférent au panier B, on écrit :
A≿B
Chaque agent possède une structure de préférences qui lui est propre, mais la relation de
préférence doit vérifier un certain nombre d’hypothèses pour que le consommateur puisse être
comme rationnel au sens strict.
L’analyse microéconomique impose des contraintes particulières à la relation de préférence ≿.
Elle suppose en particulier que cette relation satisfait les propriétés d’un préordre complet.
En pratique ces contraintes prennent la forme d’hypothèses invérifiables (ou infalsifiables) que
l’on ne pourra confirmer ou infirmer à partir de l’observation des comportement des agents.
C’est pourquoi ces contraintes sont posées sous forme d’axiomes.
Ces axiomes fonctionnent comme critères de jugement du comportement de chaque agent quant
à sa rationalité : tout consommateur qui à travers son comportement transgresse au moins une
fois au moins un de ces axiomes est déclaré ≪ non rationnel ≫. On précise parfois ≪ non rationnel
au sens de l’analyse microéconomique ≫. Tout consommateur qui a travers son comportement
respecte intégralement et sans défaillance tous les axiomes est reconnu ≪ rationnel ≫.
• Axiome de totalité
L’axiome de totalité énonce que le consommateur doit être capable de comparer tout panier
à tout autre panier de l’ensemble de consommation. Autrement dit, il n’y a pas de papier
inclassable par un consommateur. Si un tel panier existe, on admettra qu’il est en dehors de
l’ensemble de consommation.
Plus formellement, un consommateur qui considère deux paniers de biens A et B doit pouvoir
affirmer que l’une des deux situations suivantes est vérifiée :
A ≿ B ou B ≿ A
• Axiome de réflexivité
Tout panier étant indifférent à lui-même, on peut affirmer que tout panier est préféré ou in-
différent à lui-même :
A≿A
42
L’axiome de transitivité énonce que si un panier A est préféré ou indifférent à un panier B,
lui-même préféré ou indifférent à un panier C, alors le panier A est préféré ou indifférent au
panier C :
(A ≿ B et B ≿ C) ⇒ A ≿ C
Si la relation de préférence n’était pas transitive cela pourrait conduire à des situations de
préférences telles que : A ≿ B ≿ C ≿ A. Un consommateur serait alors incapable de dire quel
panier il préfère : il donne l’impression de ≪ tourner en rond ≫.
U: (x1 , x2 ) −
7 → U (x1 , x2 )
∀X, Y, X ≿ Y ⇔ U (X) ≥ U (Y )
∀X, Y, X ∼ Y ⇔ U (X) = U (Y )
Dans cette approche ce qui compte c’est la valeur relative d’un panier par rapport à un
autre et non la valeur absolue de chaque panier (U (·)) . On demande uniquement à la fonction
d’utilité de représenter l’ordre des différents paniers et non la satisfaction tirée de chaque
panier individuel : on a une fonction d’utilité ordinale.
Exemple : Si l’on a A ≻ B ≻ C, les trois fonctions d’utilité U, V, W représentent ces mêmes
préférences :
La fonction d’utilité n’est donc pas unique. En fait, si U est une fonction d’utilité ordinale
qui représente les préférences d’un individu, toute transformation monotone croissante de U
représentera toute aussi bien ces préférences :
√
U , αU + b(α ≥ 0), eU , ln(U ), · · ·
43
dépend des quantités de biens intégrées dans le panier de consommation :
U = U (x1 , x2 , · · · , xn )
Cette fonction est censée refléter les préférences du consommateur qu’elle représente. Histori-
quement, deux interprétations de cette fonction ont été proposées.
44
raisonnant sur deux paniers de biens A et B, on aura :
En raisonnant sur des quantités infiniment petites, il est alors possible d’utiliser le calcul
différentiel :
∂U (x1 , x2 , · · · , xn )
U xi =
∂xi
De par sa définition, même, le concept d’utilité marginale est un concept cardinaliste : pour
l’utiliser, il faut pouvoir mesurer le supplément d’utilité engendré par la consommation d’une
unité supplémentaire de bien.
C’est l’Allemand Gossen qui énonce ce principe en 1854. Dans une approche cardina-
liste de l’utilité, il établit que l’utilité marginale procurée par la consommation d’une unité
supplémentaire d’un bien par un individu décroı̂t à mesure que l’individu augmente la consom-
mation de ce bien. L’exemple classique du verre d’eau illustre ce principe : un verre d’eau
procure une grande utilité à un voyageur perdu dans le désert, un deuxième verre d’eau lui pro-
45
cure une utilité supplémentaire moindre bien qu’encore importante, le centième verre d’eau ne
lui apporte plus qu’une utilité supplémentaire très faible, voire négative si le voyageur a dépassé
le seuil de satiété. L’utilité de l’eau est décroissante et, selon Gossen, ce principe s’applique à
tous les biens.
Cette propriété est intéressante en ce qu’elle permet, comme nous allons le voir, de simplifier
l’interprétation des conditions d’optimalité du consommateur. Dans une approche ordinale, en
revanche, l’hypothèse d’une utilité marginale décroissante n’a aucun sens.
Le taux marginal de substitution (TMS) est défini comme le taux auquel le consom-
mateur est disposé à échanger une quantité de bien contre une quantité d’un autre bien tout
en conservant la même satisfaction. En raisonnant sur deux biens, il mesure le nombre d’unités
supplémentaires de bien 2 qu’il faut donner au consommateur pour qu’il accepte de renoncer à
une unité de bien 1.
En considérant des variations infinitésimales, le calcul différentiel peut être utilisé. Pour
conserver une utilité constante, on doit vérifier dU (x1 , x2 ) = 0. Comme par différenciation on
a:
dU (x1 , x2 ) = Ux1 dx1 + Ux2 dx2 = 0,
on obtient la relation entre les variations dx1 et dx2 qui laissent inchangée la satisfaction du
consommateur. Dans le repère (x1 , x2 ) le TMS devient finalement :
∂U (x1 , x2 )
dx2 ∂x1 Ux1
T M S(x1 ,x2 ) = − = =
dx1 ∂U (x1 , x2 ) Ux2
∂x2
46
A ce stade, il est usuel de poser certaines hypothèses complémentaires. Les hypothèses de
monotonicité et de convexité portent sur les préférences et définissent un comportement
normal au sens économique du terme. L’hypothèse de substituabilité porte sur les biens.
(txA B A B A A
1 + (1 − t)x1 , tx2 + (1 − t)x2 ) ≻ (x1 , x2 ) ∀t ∈]0, 1[
(txA B A B B B
1 + (1 − t)x1 , tx2 + (1 − t)x2 ) ≻ (x1 , x2 ) ∀t ∈]0, 1[
47
Graphiquement, cette hypothèse implique que les courbes d’indifférence soient convexes.
Comme le montre la figure ci-dessus, tous les paniers situés sur la droite reliant les deux paniers
A et B sont situés sur une courbe d’indifférence supérieure et sont donc préférés au panier A
ou au panier B.
Dans des cas extrêmes, l’hypothèse de convexité n’est pas vérifiée, dans ce cas, les courbes
d’indifférence sont concaves.
• Substituabilité des biens
Enfin, le raisonnement porte habituellement sur des biens substituables. Si les biens étaient
complémentaires, les courbes d’indifférence auraient l’allure suivante :
On reconnaı̂t en effet la complémentarité des deux biens : le panier A apporte une utilité
de U1 . Si la quantité d’un seul des deux biens est augmentée par rapport aux quantités du
panier A, comme dans le panier B, l’utilité ne s’accroı̂t pas. Pour que l’utilité augmente, il faut
accroı̂tre simultanément les quantités des deux biens, comme dans le panier C.
48
cette valeur est une variable exogène, c’est-à-dire une variable qui s’impose au consommateur
indépendamment de son comportement. Par ailleurs, la dépense, D, du consommateur s’écrit
comme la valeur des biens consommés. Elle s’établit comme la somme des quantités de biens
multipliées par leur prix, soit dans le cas de n biens :
D = p 1 x1 + p 2 x2 + · · · + p n xn
D = p 1 x1 + p 2 x2
Dans la mesure où le consommateur ne peut dépenser plus que son revenu le lui permet,
l’inégalité suivante doit être vérifiée :
R ≥ D ⇔ R ≥ p 1 x1 + p 2 x2
Les paniers (x1 , x2 ) de l’ensemble de consommation qui respectent cette condition forment
l’ensemble des paniers accessibles au consommateur. Cependant, l’hypothèse de monotoni-
cité implique que le consommateur va chercher à obtenir la quantité maximale de biens ; il va
donc dépenser tout son revenu. On dit que le consommateur sature sa contrainte de revenu et
l’inégalité devient donc égalité
R = p 1 x1 + p 2 x2
Partant de cette égalité, il est simple d’en faire la représentation graphique dans le repère
(x1 , x2 ). En effet, il suffit d’exprimer x2 , en fonction de x1 , pour obtenir ce que l’on appelle
l’équation de la droite de budget ou droite de revenu.
p1 R
R = p 1 x1 + p 2 x2 ⇔ x2 = − x1 +
p2 p2
En dessous de cette droite de budget de pente (−p1 /p2 ), tous les paniers de biens sont
accessibles au consommateur (il a les moyens de les acheter). En revanche, tous ceux qui sont au-
dessus de la droite sont au-dessus de ses moyens. Compte tenu de cette contrainte, le problème
49
du consommateur consiste à choisir parmi l’ensemble des paniers accessibles celui qui maximise
sa satisfaction. Le problème est ainsi ramené à un problème de maximisation.
La représentation graphique de la droite de budget et celle de la fonction d’utilité vont
permettre de donner une première intuition du choix du consommateur à travers la résolution
graphique du problème.
1.5.2 Résolution
1.5.2.1 Résolution graphique
On sait que les paniers au-dessus de la droite de budget ne sont pas accessibles au consom-
mateur. Par ailleurs, on sait également que le consommateur sature sa contrainte de revenu (du
fait de l’hypothèse de monotonicité) : par conséquent, le panier de biens qu’il va choisir se situe
nécessairement sur la droite de budget. Les paniers A et B appartiennent à cette droite, mais
ils ne procurent pas le niveau d’utilité le plus élevé. Le panier qui procure le niveau d’utilité
le plus important, tout en respectant la contrainte de revenu, est le panier C. Il correspond au
point de tangence entre la courbe d’indifférence U2 , et la droite de budget. Ce point
caractérise le panier de bien qui maximise l’utilité du consommateur.
Le consommateur (s’il est rationnel) veut maximiser son utilité sous la contrainte d’un
budget limité afin de déterminer les quantités x1 de bien 1 et x2 de bien 2 qu’il va demander.
Mathématiquement ce problème s’écrit :
(
maxx1 ,x2 U (x1 , x2 )
s.c. R = p1 x1 + p2 x2
Deux méthodes peuvent être utilisées pour résoudre ce programme, la méthode de substitution
et la méthode de Lagrange.
50
• Méthode de substitution
Cette méthode consiste à transformer le programme de maximisation d’une fonction à deux
variables sous contrainte en un programme de maximisation d’une fonction à une variable
sans contrainte. Il s’agit dans un premier temps d’exprimer une des variables en fonction de
l’autre (par exemple x1 en fonction de x2 ) à partir de la contrainte et ensuite reporter cette
expression dans la fonction d’utilité qui devient donc une fonction d’une seule variable (ici x2 ).
On optimise la nouvelle fonction obtenue.
R p2
R = p 1 x1 + p 2 x2 ⇔ x1 = − x2
p1 p1
!
R p2
U (x1 , x2 ) = U [x1 (x2 ), x2 ] = U − x2 , x2
p1 p1
dU
=0
dx2
Par différenciation, on obtient :
or,
R p2 p2
x1 = − x2 ⇔ dx1 = − dx2
p1 p1 p1
on peut donc écrire :
p2
dU [x1 (x2 ), x2 ] = Ux1 dx1 + Ux2 dx2 = −Ux1 dx2 + Ux2 dx2 = 0
p1
dU p2 Ux2 p2
= −Ux1 + Ux2 = 0 ⇔ =
dx2 p1 Ux1 p1
R p2
x∗1 = − x∗2
p1 p1
La condition de second ordre permet enfin de vérifier que l’optimum trouvé correspond à un
maximum. On doit vérifier :
d2 U [x1 (x2 ), x2 ]
<0
dx22
51
• Méthode du Lagrangien
La méthode de Lagrange permet de résoudre directement le programme de maximisation
sous contrainte. La première étape consiste à écrire la fonction de Lagrange (ou Lagrangien) :
La troisième condition assure que la contrainte est bien saturée. Cette condition permet de
confirmer la solution graphique précédente. En effet, à l’optimum, la pente de la courbe d’in-
différence −Ux1 /Ux2 doit être identique à celle de la contrainte de budget −p1 /p2 . La solution
optimale qui appartient à la droite de budget doit correspondre à un point de tangence entre
les deux courbes.
La condition de second ordre pour un maximum est vérifiée si le déterminant suivant est
positif :
L11 L12 L1λ
L21 L22 L2λ > 0
Lλ1 Lλ2 Lλλ
∂L(x1 , x2 , λ)
où Lij correspond à la dérivée partielle seconde : , avec i = x1 , x2 , λ et j = x1 , x2 , λ.
∂i∂j
52
Cette condition de second ordre peut se réécrire :
53
Chapitre 2
La demande du consommateur
Une telle demande est plus précisément appelée demande marshallienne. On la distingue de
la demande hicksienne ou demande compensée dans laquelle le revenu est remplacée par
le niveau de satisfaction ou d’utilité du consommateur : x1 = f (R, p1 , p2 , p3 , · · · ). Lorsqu’on
traite les demands sans autre précision, il s’agit toujours de demandes marshalliennes.
La demande marshallienne exprime la quantité optimale à consommer, en fonction du revenu
et des prix données par le marché : x1 = f (R, p1 , p2 , p3 · · · ). Le consommateur marshallien ajuste
sa satisfaction maximale (U max) aux fluctuation de ces variables. Ainsi, il compense une hausse
de prix par une baisse de sa satisfaction. La fonction de demande hicksienne exprime la quantité
optimale à consommer, en fonction de la satisfaction et des prix, dans le but de minimiser le
revenu : x1 = f (U, p1 , p2 , p3 · · · ). Le consommateur hicksien ajuste son revenu minimal pour
chaque bien (R min) aux fluctuations de ces variables. Il compense une hausse de prix par une
hausse du revenu minimal qu’il alloue à l’obtention du niveau de satisfaction qu’il s’est choisi.
C’est le revenu qu’il consacre à cette satisfaction qui lui sert de compensation.
La détermination de la fonction de demande marshalllienne a été décrite dans la section 2.3
(l’optimum du consommateur). C’est le programme marshallien qui permet de déterminer
cette demande
maxx1 ,x2 U (x1 , x2 )
(2.1)
s.c. p1 x1 + p2 x2 = m
54
Par contre pour déterminer la demande hicksienne, on effectue le programme hicksien
minx1 ,x2 p1 x1 + p2 x2
(2.2)
s.c. U = f (x1 , x2 ) = U0
55
Figure 2.2 : Variation ou déplacement de la courbe (de demande de prix)
La demande qui concerne un bien pour un consommateur est appelée demande individuelle,
par opposition à la demande de tous les consommateurs présents sur le marché du bien, appelée
demande globale ou, plus rarement, demande collective.
Sur le marché d’un bien, pour passer des demandes individuelles des consommateurs à la
demande totale du marché, il suffit d’agréger les demandes individuelles, c’est à dire d’addi-
tionner, pour cahque niveau de prix, les quantités correspondantes demandées par tous les
P
consommateurs. On obtient : DG = Di .
Un consommateur est toujours disposé à payer moins cher ; les intentions d’acheter à un prix
donné sont donc réalisées lorsque le prix du marché est inférieur ou égal au prix intentionnel ; S’il
est inférieur, la différence de prix entre le prix maximum intentionnel et le prix payé constitue
pour le consommateur un bonus que les économistes nomment surplus. Lorsque le prix baisse,
le surplus augmente, la variation du surplus est positive. Prix et surplus varient donc en sens
opposé.
Si par exemple une demande rigide de 4 unités d’un bien s’exprime à partir d’un prix
intentionnel de 10, on aura pour un prix effectif de 7 un surplus de 3 (10 − 7) par unité
et de 12(3 × 4) pour les 4 unités demandées. Si le prix remonte à 8 le surplus ne sera plus
respectivement que de 2 unité (10 − 8) et de 8 pour la demande (2 × 4). La variation du surplus
sera égale à −1 (= 2 − 3 ou 7 − 8) par unité et à −4(8 − 12) pour la demande.
Dans le cas d’une hausse de prix, la variation du surplus est négative et peut s’interpréter
comme le revenu supplémentaire qu’il faudrait donner au consommateur pour compenser la
hausse de prix afin de revenir à la satisfaction précédente. Ce montant de monnaie permettrait
en effet au consommateur de racheter le panier précédent. On retrouve ici la variation compen-
satoire du revenu sur le critère de Slutsky que nous verrons plus loin. Par agrégation, la somme
des surplus de chaque consommateur constitue le surplus des consommateur.
56
2.1.2 Les élasticités
Lorsque l’on veut mesurer l’effet d’une variation d’un phénomène sur un autre, on peut
calculer la ≪ sensibilité ≫ en faisant le rapport entre les deux variations. Mais cela a peu de
sens lorsque les ordres de grandeur des deux phénomènes sont très différents. Pour résoudre ce
problème, il suffit de comparer non pas les variations absolues comme le font les sensibilités mais
les variations relatives, ce qui neutralise les différences de grandeurs puisque chaque niveau de
variation est rapporté à son niveau de grandeur. On appelle de telles mesures les ≪ élasticités
≫.
Prenons un exemple : existe-t-il une relation de cause à effet entre la fluctuatin du prix p du
kilogramme de la viande de porc et la fluctuation de sa demande D et, si oui, cette incidence
est-elle forte et dans quel sens joue-t-elle ?
∂y
y (∂y)x ∂y x
= ou encore : ×
∂x (∂x)y ∂x y
x
Lorsqu’on ne dispose que des données empiriques, la mesure de l’élasticité se fait en me-
surant les variations et en les rapportant à leurs grandeurs :
variation de y
variation initiale de y
variation de x
variation initiale de x
ou
valeur finale moins valeur initiale de y
valeur finale plus valeur initiale de y
valeur finale moins valeur initiale de x
valeur finale plus valeur initiale de x
Cette élasticité mesure l’arc de la courbe compris entre les deux valeurs. D’où son nom d’élasticité
d’arc.
Lorsqu’on dispose d’une fonction algébrique, la variation de y rapportée à la variation de x
57
correspond à la dérivée de y par rapport à x. On calcule :
variation de y
variation initiale de y variation de y valeur de x ∂y x
= · devient ·
variation de x variation de x valeur de y ∂x y
variation initiale de x
Cette élasticité se calcule pour une valeur ponctuelle de x ; d’où son nom d’élasticité point.
Pour analyser les biens dont on soumet les demandes aux élasticités, il faut tirer de chaque
élasticité deux types de résultats : le signe et la valeur absolue de l’élasticité. Le signe de
l’élasticité indique si la demande varie dans le même sens que la variable étudiée :
• si elles sont toutes deux de même sens, l’élasticité sera toujours positive ;
Lorsqu’on se pose le problème des relations entre une demande et le revenu qui correspond,
on parle de demande par rapport au revenu ou par abréviation de la ≪ demande-revenu ≫.
L’expression graphique de cette demande est appelée courbe d’Engel.
L’évolution du panier demandé en fonction du revenu est appelée courbe de consommation-
revenu, chemin d’expansion du revenu ou encore sentier d’expansion du revenu.
58
2.2.2 Élasticité de la demande au revenu
C’est la grandeur notée ex/R . L’élasticité de la demande au revenu, x de la demande du bien
X et R le revenu, on obtient :
∂x
∂x R Propension marginale à consommer X
ex/R = x = · (= )
∂R ∂R x Propension moyenne à consommer X
R
• Lorsque ex/R est comprise entre 0 et 1 alors la variation de la demande d’un bien augmente
moins vite que celle du revenu. Il s’agit de biens normaux comme les vêtements. La
demande est peu élastique au revenu.
• Lorsque ex/R est supérieure à 1 alors la demande de ce bien augmente plus rapide que le
revenu. Il s’agit de ≪ biens supérieurs ≫ ou de ≪ biens de luxe ≫ (exemple : les produits
électroniques) dont la demande est très élastique au revenu.
• Lorsque ex/R est inférieure à 0 alors la demande de ce bien diminue quand le revenu
augmente. Il s’agit de ≪ biens inférieurs ≫ auxquels on substitue des biens de meilleure
qualité, lorsque le revenu le permet (exemple : vin ordinaire contre vin de qualité).
• Lorsque l’élasticité-prix est supérieure à 1, en valeur absolue (ex/p < −1) alors une faible
variation du prix d’un bien entraı̂ne une forte variation de sa demande. On dit que la
demande est très élastique. (C’est le cas des produits très substituables ou des biens
supérieurs ou de luxe)
• Lorsque l’élasticité-prix est comprise entre 0 et 1, en valeur absolue (−1 < ex/p < 0) alors
la demande ne varie pas ou peu quand le prix varie. Elle est inélastique au prix. Ce sont
des biens de consommation courante pour lesquels il existe peu de biens de substitution.
• Lorsque l’élasticité-prix est supérieure à 0 (ex/p > 0) alors la demande augmente avec
le prix. Ce cas est rare. Il s’agit des biens de Giffen (biens de première nécessité) et des
biens Veblen (biens de luxe comme le parfum), dont l’augmentation du prix accroı̂t la
consommation ostentatoire.
59
2.2.4 Analyse de la demande par rapport au prix des biens liés
On appelle la demande d’un bien X1 au prix d’un autre bien X2 une ≪ demande indirecte
≫ ou ≪ demande croisée ≫, plus précisément la ≪ demande croisée de X1 au prix X2 ≫.
Si on note ex1 /p2 pour l’élasticité croisée de la demande du bien X1 au prix du bien X2 , x1 pour
la demande du bien X1 et p2 pour le prix du bien X2 , on obtient :
∂x1
x1 ∂x1 p2
ex1 /p2 = = ·
∂p2 ∂p2 x1
p2
Lorsque l’élasticité croisée est positive, le bien est dit ≪ substituable ≫ ou concurrent ; lors-
qu’elle est négative, le bien est dit ≪ complémentaire ≫.
60
Table des matières
Introduction générale 5
I Macroéconomie 6
Introduction 7
1 Le fonctionnement de l’économie 8
1.1 Les acteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.1 Selon la théorie économique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.2 Selon la comptabilité nationale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2 Les opérations économiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.1 Les opérations sur biens et services . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.2 Les opérations de répartition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.3 Les opérations financières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.3 Les marchés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.3.1 Les marchés selon l’objet de l’échange . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.3.2 Les marchés selon la structure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.4 L’analyse en circuit économique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.5 Les agrégats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.5.1 Produit Intérieur Brut (PIB) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.5.2 Taux de croissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.5.3 Évolution d’indicateurs macroéconomiques . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
61
3.1.2 L’équilibre de sous-emploi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.1.2.1 Le principe de la demande effective . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.1.2.2 L’équilibre épargne-investissement . . . . . . . . . . . . . . . . 25
3.1.3 Le diagramme à 45 degrés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
3.1.3.1 Détermination graphique du revenu d’équilibre . . . . . . . . . 25
3.1.3.2 Détermination analytique du revenu d’équilibre . . . . . . . . . 27
3.1.4 Le multiplicateur keynésien élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.1.4.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.1.4.2 Approche graphique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.1.4.3 Approche analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.1.5 L’État et le rôle de la politique budgétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.1.5.1 L’équilibre macroéconomique avec l’État . . . . . . . . . . . . . 30
3.1.6 Les freins de l’effet multiplicateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
3.1.6.1 Les multiplicateurs keynésiens avec imposition endogène . . . . 34
3.1.6.2 L’ouverture de l’économie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
II Microéconomie 36
Introduction 37
1 La fonction d’utilité 39
1.1 Notions élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
1.1.1 Le consommateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
1.1.2 Les besoins économiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.1.3 Les biens économiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.1.4 Les paniers de consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.1.5 L’ensemble de consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.2 La relation de préférence du consommateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.3 La notion d’utilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.3.1 Les deux approches de la notion d’utilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
1.3.2 Utilité marginale et TMS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
1.4 Les courbes d’indifférence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
1.4.1 Définition des courbes d’indifférences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
1.4.2 Hypothèses complémentaires sur les préférences . . . . . . . . . . . . . . 47
1.5 L’optimum du consommateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
1.5.1 La contrainte de revenu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
1.5.2 Résolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
1.5.2.1 Résolution graphique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
1.5.2.2 Résolution algébrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
62
2 La demande du consommateur 54
2.1 Fonction de la demande et élasticité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
2.1.1 La fonction de demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
2.1.1.1 Variations sur la courbe de demande et variations de la courbe
de demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.1.1.2 De la demande individuelle à la demande globale sur un marché 56
2.1.1.3 Le surplus du consommateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.1.2 Les élasticités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
2.2 Analyse des demandes et des biens correspondants . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.2.1 Analyse de la demande par rapport au revenu . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.2.1.1 Courbe d’Engel et chemin d’expansion . . . . . . . . . . . . . . 58
2.2.2 Élasticité de la demande au revenu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
2.2.3 Analyse de la demande par rapport au prix du bien . . . . . . . . . . . . 59
2.2.4 Analyse de la demande par rapport au prix des biens liés . . . . . . . . . 60
63