Chapitre 1 : Les fondements de la sociologie économique
La sociologie économique est un éclairage des faits économiques par l’analyse sociologique.
Cette approche est assez ancienne puisqu’elle est apparue dès la fin du 19 ème siècle (entre
1890 et 1920). Ensuite les deux disciplines se sont séparées : les comportements rationnels
pour l’économie et les comportements non rationnels pour la sociologie. L’économie utilise le
concept d’individualisme méthodologique (avec l’homo oeconomicus), c’est-à-dire qu’elle
considère que les phénomènes collectifs peuvent (et doivent) être décrits et expliqués à partir
des propriétés et des actions des individus et de leurs interactions mutuelles. Le tout est la
somme des parties. La sociologie se réfère au holisme méthodologique selon lequel les
propriétés des individus ne se comprennent pas sans faire appel aux propriétés de l'ensemble
auquel ils appartiennent. La société « imposerait » des pratiques aux individus.
Mais cette opposition systématique des deux disciplines doit être dépassée, car elle est trop
simplificatrice. L’individu agit effectivement sur la société par ses comportements (exemple
des pénuries de produit annoncée et devenant effective par le comportement moutonnier
des agents), mais il est également contraint et accompagné par la société (exemple de l’école
et de la montée des qualification). Par ailleurs, l’évocation des parcours des transfuges de
classe, montre que le déterminisme n’est pas le seul vecteur du comportement des agents.
La sociologie économique tente de dépasser ces oppositions disciplinaires.
Une définition de la sociologie économique par Philippe Steiner : l’étude des faits
économiques en les considérant comme des faits sociaux (avec une certaine régularité dans
la société).
A partir des années 70, la sociologie a réinvesti le champ économique. Il s’agissait de montrer
que les relations sociales interviennent dans le déroulement de la régularité économique. Par
exemple pour l’usage de la monnaie) ; et d’expliquer sociologiquement la formation des
grandeurs marchandes (dans laquelle on trouve une dimension cognitive et culturelle).
Chez certains auteurs économiques, on trouve une décomposition de l’économie en plusieurs
éléments dont certains peuvent se rapprocher de la sociologie économique.
C’est le cas chez Walras.
Pour Léon Walras, l'économie se scinde en trois blocs (en reprenant la typologie qu’il a établi
pour les sciences) :
- L’économie politique pure (comme la science) où l'économiste, à partir des concepts
essentiels qu'il tire de la réalité, établit des lois mathématiquement formalisées. L’économie
politique pure traite de la théorie de l’échange et de la valeur d’échange selon le critère de la
vérité. La validité de l’économie politique pure est liée aux procédures de raisonnement mises
en œuvre. Comme pour les mathématiques, Walras considère que l’exactitude d’une
démonstration mathématique tient à l’absolue nécessité qui enchaîne les conclusions aux
prémices du raisonnement (tout argument d’où découle une conséquence et non prémices
qui signifie un signe avant-coureur). Il va déduire logiquement ses conclusions des axiomes et
des définitions qu’il a initialement établis. Il choisit donc une méthode rationnelle pour rendre
dans une certaine mesure, incontestables les résultats obtenus. Ce sera l’établissement d’une
scientificité de l’économie. Ainsi l’économie politique pure démontre pour Walras, selon les
critères du vrai (non contestables) les bienfaits des marchés de libre concurrence pour
résoudre la question de l’échange des richesses sociales.
- L’économie politique appliquée (qui est un art), qui tire de la précédente des
préceptes à mettre en œuvre pour la gestion de la politique économique, ce que Walras
appelle la gestion des choses et qui traite la production selon le critère de l’utilité. L’économie
appliquée montre la supériorité de la concurrence dans l’organisation de la production de
certains biens mais aussi la nécessité de monopole dans d’autres cas. Ceci en fonction de
l’utilité et de l’efficacité.
- L’économie sociale (qui est une science morale), qui rassemble les mesures
permettant d'éviter la pauvreté et l'injustice, comme par exemple la création d'un salaire
minimum. Elle montre comment répartir la richesse sociale pour atteindre la justice sociale.
Chez Pareto aussi, on trouve des éléments qui préfigure la sociologie économique.
Notamment, lorsqu’il distingue l’économie pure comme celle de Walras, une discipline
scientifique au même titre que la physique ou les mathématiques et l’économie appliquée,
qui emprunte aux autres sciences sociales, en particulier l’histoire et la sociologie. Avec cet
aspect de l’économie, Pareto se préoccupe du fonctionnement de l’économie sociale.
Pareto se préoccupera du comportement humain dans la recherche du gain optimal. Il
développera le concept d’ophélimité : Utilité d’un bien ou d’un service, ressentie par un agent
économique donné à un moment donné, par opposition à l’utilité objective de ce même bien
ou service.
Selon Mark Granovetter (sociologue américain né en 1943, principal représentant de la
sociologie des réseaux sociaux), que l’on peut considérer comme le fondateur de la Nouvelle
Sociologie Economique, il y a trois niveaux d’objet dont s’occupe la Sociologie économique :
- L’action économique individuelle : « action orientée vers la satisfaction des besoins,
tels que définis par les individus, en situation de rareté » (Weber) ;
- Les phénomènes situés au-delà de l’action individuelle, dont les résultats
économiques (formation de prix stables, de différences de salaires etc..) ;
- les institutions économiques (désignent de plus larges ensembles d’actions et
comportent une dimension normative).
Granovetter (1990) essaie de se situer entre les premiers et troisièmes niveaux, en définissant
ainsi sa méthode : « mon approche de la sociologie économique repose sur deux propositions
sociologiques fondamentales : premièrement, l’action est toujours socialement située et ne
peut pas être expliquée en faisant seulement référence aux motifs individuels ;
deuxièmement, les institutions sociales ne jaillissent pas automatiquement en prenant une
forme incontournable, mais sont construites socialement.