Éditorial
Catherine Fino
Dans Revue d'éthique et de théologie morale 2023/1 (N° 316), pages 7 à 10
Éditions Éditions du Cerf
ISSN 1266-0078
ISBN 9782204152556
DOI 10.3917/retm.321.0007
© Éditions du Cerf | Téléchargé le 13/08/2024 sur www.cairn.info (IP: 154.0.187.15)
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Éditorial
Des anthropologies bibliques
en éthique, quel enjeu ?
Pourquoi proposer un dossier sur les anthropologies bibliques
en éthique ? L’intention qui a présidé à la décision de proposer
un dossier sur les anthropologies bibliques en éthique était double.
Il s’agissait d’abord de dénoncer l’illusion de pouvoir définir une
anthropologie biblique pour fonder le discours éthique normatif
assuré pour les chrétiens. Face au sentiment de crise ou de mutation
anthropologique, le consentement à accueillir avec bienveillance une
pluralité de discours anthropologiques déjà présents dans l’Écriture
pourrait ensuite nous aider à questionner ou éclairer à nouveaux
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frais nos certitudes et nos pratiques, à stimuler notre questionnement,
à ouvrir le débat, qu’il soit philosophique ou théologique. Mais nous
étions encore implicitement dans une posture de consommateurs de
vérités bibliques.
Or les exégètes comme les moralistes ont résisté à la commande qui
leur a été faite, et la problématique honorée s’est déplacée progressi-
vement, à l’écoute de l’Écriture et de ses multiples (ré)
interprétations
au sein du texte biblique et jusqu’à aujourd’hui, vers la conviction
de recevoir d’abord une impulsion pour assumer notre propre travail
d’interprétation d’une anthropologie croyante.
C’est d’emblée dans cette perspective que nous engage Christophe
Pichon, à qui nous avions demandé d’expliciter les enjeux du texte
publié en 2020 par la Commission biblique pontificale : Qu’est-ce
que l’homme ? Son article qui conserve un style littéraire accessible,
à l’instar du document qu’il analyse, n’est pas la vulgarisation d’une
prise de position romaine au sein du débat entre anthropologies
contradictoires. Il se présente plutôt comme une leçon de chose, en
dévoilant la pédagogie proposée par les exégètes, en cohérence avec
celle des Écritures, pour initier leurs lecteurs à pratiquer à leur tour la
lecture interprétative de la Bible. Il s’agit de venir avec son monde et
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ses questions devant le texte biblique, tout en écoutant les différents
« mondes » du texte biblique avec leurs questions ou leurs formulations
sur l’humain (p. 14-15). Pour mieux identifier ce qui relève de la
contingence historique de l’Écriture, le principe de lecture canonique
laisse demeurer les tensions entre diverses anthropologies et évite d’en
absolutiser une seule. La leçon est immédiatement mise en pratique
autour de la question de l’homosexualité. Au total, le document de
la Commission biblique pontificale « apparaît autant comme un texte
à lire pour lui-même » – afin de bénéficier du travail exégétique et
de la synthèse déjà effectuée – que comme « une invitation à relire
par soi-même » le texte biblique à partir de son propre contexte afin
d’enrichir l’itinéraire anthropologique et éthique de la communauté
croyante (p. 17‑18). L’analyse de la condition humaine dans la Bible
opérée par Sophie Ramond confirme cette approche qui dévoile la
diversité et la complexité des expériences de l’humain proposées dans
l’Écriture, en portant attention aux différents genres littéraires – par
exemple, le manque est signifié dans les textes narratifs – ou au fil
des relectures intertextuelles qui permettent de conserver une distance
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herméneutique suffisante vis-à-vis de chaque proposition anthropolo-
gique, et de les mettre en débat. Mais Sophie Ramond nous fait faire
un pas de plus à partir du constat que « la condition humaine ne s’y
laisse dire que dans la perspective de Dieu » (p. 30), en soulignant
les dimensions dialogique et exodale de l’existence humaine qui
progresse ainsi vers la convivialité avec Dieu, quand bien même le
discernement et la production du bien demeurent précaires.
Avec Jean-Marc Ferry, la pertinence de la question anthropolo-
gique est affirmée du point de vue de la philosophie morale, en en
faisant dès l’introduction le principe unifiant des quatre questions
kantiennes. Mais il demeure nécessaire de contextualiser la réflexion,
et la longueur de cet article renvoie à la nécessité d’expliciter les
questions propres au contexte contemporain (p. 45ss). Jean-Marc Ferry
souligne les tensions créées par la perte de « la résonance du corps
sensible à son environnement » (p. 55) et plus largement l’affectation
de la nature humaine par la Technique désormais réquisitionnée
pour compenser tous les manques. Sa proposition est ensuite de
passer « d’une Métaphysique du Sujet » […] à une « Métaphysique
du Verbe » qui caractérise l’être (ou l’anthropologie) par ses rela-
tions et sa grammaire (p. 62). Les déplacements contemporains de
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cette « grammaire » des relations humaines sont identifiés comme
un double « élargissement » à la nature, aux animaux, aux plantes,
et dans le temps puisque la responsabilité morale doit désormais
« reconnaître les fautes et les crimes passés, afin de lever le destin du
ressentiment et de la haine » (p. 65). Le théologien moraliste perçoit
ici l’intérêt d’interroger les dimensions cosmiques et historiques de
la tradition biblique prise dans son ensemble.
Nous interrogeons enfin le point de vue du moraliste avec René
Heyer, à qui nous avions demandé d’analyser la publication de la
RETM depuis son origine, pour vérifier ce qu’il en était de l’usage
de l’Écriture au fil de soixante-quinze années de théologie morale
francophone. René Heyer veille d’emblée à expliciter à partir de quel
contexte les auteurs mènent leur réflexion et ce qu’ils ont privilé-
gié – ou non – de l’Écriture pour fonder leur propos. Les anthropo
logies bibliques sont rejointes à travers les sollicitations qui leur sont
faites à l’occasion de quatre débats à teneur anthropologique : nature
et loi, immanence et finalité, santé et salut, spiritualité et morale
(p. 70). Le recours à l’Écriture est tributaire de la problématique du
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moment, tel que le déplacement « d’une universalité qui se faisait
par le cosmos à une universalité qui se fait par l’histoire » (H. Faes,
p. 73). Si on fait jouer à la Bible des rôles différents en fonction
des controverses où elle est sollicitée, deux points de résistance sont
néanmoins soulignés : même lorsque la réflexion anthropologique
des auteurs bibliques ne permet pas de résoudre les questions posées,
elle élargit la perspective en dévoilant que « c’est Dieu seul qui fait
vivre » (p. 75) ; et si « l’évangile ne vient pas imposer une anthropo
logie qui lui serait propre, il dénonce en revanche les inversions et
perversions des prétendues évidences anthropologiques » (p. 78),
ce qui constitue une fonction de veille critique particulièrement
précieuse pour les croyants.
Chaque discipline veille ainsi à conserver l’interrogation réciproque
entre les questions et convictions formulées en fonction du contexte
historique et culturel où elle travaille, et les questions et convictions
formulées au fil de l’Écriture. On retrouve ici la triple herméneutique
de l’expérience, de l’Écriture et de la Tradition défendue par Alain
Thomasset, ou en amont le cercle herméneutique prescrit par Xavier
Thévenot, qui invitait à s’ouvrir aux clés d’interprétations ration-
nelles du réel proposées par les sciences humaines pour interroger
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à nouveaux frais l’Écriture ou la Tradition, tout en portant une
particulière attention aux points sur lesquels ces dernières résistaient
aux « évidences » anthropologiques ou éthiques du moment1.
Je vous invite enfin, comme il est d’usage, à la lecture des deux
varia de ce numéro. Vous y trouverez un article qui nous pré-
sente de manière stimulante « l’éthique du caractère » du théologien
nord-américain de renom, Stanley Hauerwas, pour lequel Alexandre
Nussbaumer vient de recevoir le prix de l’ATEM 2022, et un hom-
mage au philosophe et théologien lyonnais Xavier Lacroix qui nous
a quittés l’an dernier, rédigé par Catherine Denis.
Catherine Fino
Rédactrice en chef
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1. Alain Thomasset, « Dans la fidélité au concile Vatican II. La dimension herméneutique de
la théologie morale », RETM n° 263, mars 2011, p. 31‑61 ; RETM n° 264, juin 2011, p. 9‑27 ;
Xavier Thévenot, « Le cercle herméneutique qui relie la “loi naturelle” et la “Révélation” », Le
discernement éthique. La méthodologie du moraliste catholique, ICP : Cours Polycopié André
Robert, 1993‑1994, p. 33‑34.
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