Hélène Dorion, texte bac 10/ notes de cours
Situation du texte dans l’œuvre, dans le livre : troisième partie « l’onde du chaos »
Après célébration de la forêt (partie 1) et contemplation d’éléments séparés, de détails (gros plans),
voici une partie où les voix se multiplient, où l’homme est plus présent avec comme thème principal
le rapport de l’homme au monde, comme question principale : le monde moderne et ultra
technologique d’aujourd’hui est-il encore à dimension humaine ?. Opposition entre monde humain
et monde de la forêt comme pour y puiser une leçon de sagesse. (dimension philosophique du
poème, dimension de réflexion)
Plusieurs poèmes de cette section commencent ou contiennent l’expression anaphorique « il fait un
temps de… », ce sont à chaque fois des dénonciations du monde moderne, des visions pessimistes et
empreintes de tristesse et d’inquiétude face au monde d’aujourd’hui :
« il fait un temps de bourrasques et de cicatrices »
« il fait un temps jamais assez »
« il fait un temps de foudre et de lambeaux »
« il fait un temps à s’enfermer »
« il fait un temps d’insectes affairés »
« il fait un temps d’arn »
« il fait un temps à fermer les yeux »
Création d’une anaphore comme un refrain, harmonie sonore et harmonie thématique de la section
(peut-être un seul long poème…) Unité interne
Jeu sur une expression de la langue quotidienne évoquant le temps extérieur, la météo, et un sens
plus abstrait « le temps »= l’époque actuelle. Voc. De la météo devient alors métaphorique.
Allers-retours entre extérieur et intérieur, entre le monde et l’intimité du poète.
Plan du texte :
St.1 : rapprochement temps extérieur/ temps intérieur, le désastre LA NATURE
St.2 : un monde moderne proche du chaos LE MONDE
St.3 : l’intime, le repli sur soi pour trouver refuge L’INTIME
ST.1
Dans la strophe s’entremêlent ce qui semble désigner le temps (climat) extérieur : foudre, arbres
abattus, pluie, glace, et l’intimité de l’être, ses secrets et ses sentiments intérieurs : au-dedans de soi,
rêves qui fondent, poids des silences.
Le monde qui fait naufrage, qui est en train de souffrir et de disparaître à cause de l’action humaine
« arbres abattus »
Violence vient de la nature elle-même (cataclysmes naturels) = « foudre » mais aussi de l’homme
Champ lex destruction : foudre, lambeaux (tissus déchirés), abattus (mort),
Champ lex souffrance : maigre (misère), glace et dos courbé, poids
v. 2 et 3 : enjambement qui souligne la violence de l’abattage, de la chute + passage d’une vision du
monde extérieur à une vision intime, psychologique de l’abattement moral, du désespoir
la nature sert au poète pour dire ses propres désarrois, ses tristesses
lien entre météo extérieure et météo intérieure, avec « au-dedans de soi ». Effet de généralisation,
l’émotion partagée par tous les humains. La nature humaine.
« pluie maigre » Gn étonnant, métaphore. On dit couramment une pluie fine. « maigre » est plus cru.
Le sens est plus large. Plus tard, dans le poème, seront évoquées les « famines ». Il s’agit d’un
manque, d’une souffrance, d’une fragilité inscrite dans le corps. Même idée dans « fondent »
« labyrinthe » : idée de se perdre, de ne plus savoir quelle direction prendre. L’homme moderne sait-
il où il va ? N’est-il pas à la croisée de plusieurs chemins ?
« miroirs » = surface, image et non vérité. Peut-être que l’homme confond les images et la réalité, se
perdant dans le virtuel. On peut voir dans ces vers un discours pour la préservation de la planète,
pour retrouver des ressources vraies dans la nature qui, elle ne ment pas, est en vie.
L’homme comme la nature sont blessés, meurtris : attitude « dos courbé » et absence de paroles
« poids des silences ». Entre les deux GN v. 8= un blanc pour matérialiser ce silence justement.
Impression d’une nature morte, nature d’hiver, associée à un état d’âme triste, à une solitude
(absence de paroles) ou à des secrets enfouis.
St 2
Strophe au message plus clair : une description apocalyptique du monde qui nous entoure et du rôle
des médias, des écrans qui diffusent en continu ces images désespérées. Critique aussi de l’usage du
langage, avec une perte de sens. Un langage des acronymes, dépourvu de poésie (sens du beau,
recherche des émotions…), et qui ne parvient pas à exprimer nos sentiments les plus profonds
(« pour ne rien dire de l’inquiétude »).
La poète, elle, pose les mots, et leur laisse le temps (cf les blancs) de faire leur effet v. 9 (mots pour
être lus et être entendus/ ici, le cas du pluriel) Allitération[R]= terreur
Douleurs des hommes associées à la saison de l’hiver, aux « orages » (parallèle nature- vie des
hommes). Dans le langage même du poème, l’homme est lié indissociablement à la nature.
Réflexion sur le temps (aujourd’hui, demain) : présent et avenir. But du message : alerter, réveiller
les consciences pour que l’homme ne détruise pas la planète, ne se détruise pas.
Difficulté à trouver le mot juste pour exprimer le sentiment (ici l’inquiétude) = travail du poète. Il
travaille avec toutes les dimensions du mot, avec les associations de mots, la mise en page, les
connotations..
« lettres échevelées »= personnification.
« cassées » = rime intérieure, + gradation soulignée par « bientôt ». Le langage même, on est en train
de le détruire
(PIB : poids intérieur brut
NIP : numéro identification personne (code PIN en anglais)
FMI : fonds monétaire international)
Les acronymes sont jetés sur la page, trois lettres à chaque fois, un i à chaque fois (entre deus
consonnes), et pourtant aucun sens. Un sens purement économique. L’homme n’est-il qu’un être
économique et plus une personne sensible et intelligente ? La poésie doit prendre en charge cet
aspect, sinon il risque de se perdre…
Vision donc noire du monde actuel avec violences et perte de sens
ST 3
L’intime
Retour vers soi, comme pour trouver un refuge (« s’enfermer », « secret », « nos maisons »). Se
protéger de tout ce fracas est encore possible. Reprise anaphorique de « il fait un temps » en guise
de conclusion, de solution. La solution est à l’intérieur. « maisons de forêt », forêt au singulier,
comme on dirait l’âme, comme on avait au v. 3 « au-dedans de soi ».
« bruit secret des nuages », « nuit »= champ lex du rêve , de l’imaginaire.
Le langage secret des nuages, des éléments de la nature= un langage à décrypter pour le poète, un
langage vivant (mouvement et connotation du mot « souffle », car le souffle c’est la vie)
Dans le monde intérieur, c’est là qu’est la vraie vie, le vrai souffle
« de l’autre côté de la nuit », = comme Alice qui va « de l’autre côté du miroir », c'est-à-dire dans le
monde de l’imaginaire, de la littérature.
Vers 20 à 22, comme un murmure suggéré par le sens des mots (secret, nuit) , par l’harmonie sonore
(rime interne « bruit » « nuit »), le silence (v. 21 de deux syllabes et fin avec e muet).
Une douceur pour finir, un apaisement trouvé, un refuge possible dans les mots, l’intériorité, les
ressentis, le rêve. Appel à ne pas se laisser manipuler, à garder une liberté intérieure inviolable, elle.