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SMART CITY

La donnée, véritable ADN


de nos vi[ll]es de demain ?

Novembre 2017

Emmanuelle PETRAUD
MBA Spécialisé Marketing et Commerce sur Internet
MCI PART TIME 2017
INSTITUT LEONARD DE VINCI
2

À l’heure où notre monde se
transforme en profondeur sous
l’effet de grandes mutations
technologiques, économiques,
sociétales, environnementales et
politiques, les espaces urbains
cristallisent tous les enjeux de
notre développement futur. Et
pourtant – la ville de demain,
comme celle d’hier, doit être un
lieu de rencontres, d’échanges,
de vie, une ville pour les femmes
et les hommes qui l’habitent et la
rendent vivante.

Carlos Moreno, Professeur des Universités, expert


international de la Smart City humaine et Chevalier de l’Ordre
de la Légion d’Honneur

3
4
Préambule

Des bouleversements Smart city : une somme de solutions pour


résoudre les problèmes urbains
Les bouleversements à l’œuvre dans les
grandes villes sont en passe de L’expansion du Big Data et le
transformer la vie quotidienne de milliards développement de l’internet des objets
d’urbains. Dans moins de trente ans, le (IOT) jouent un rôle important dans la
nombre d’urbains dans le monde aura faisabilité des initiatives de la ville
doublé. intelligente et connectée. Mais les NTIC
(Nouvelle Technologies de l’Information et
Le XXIème Siècle : Siècle des métropoles
de la Communication), l’hyperconnectivité,
Née de la convergence de deux des l’Open Data et autres constituent-ils
grandes révolutions de ce début de siècle véritablement le noyau de la Smart City ?
(l’urbanisation massive et l’explosion des Quels sont - ou doivent être - les
technologies de l’information), l’expression fondements de nos vi[ll]es de demain ?
Smart City, que l’on traduit en français par
Mon travail va s’attacher à expliquer le
ville intelligente, s’impose depuis quelques
plus exhaustivement possible ce qu’est
années comme synonyme de la ville
fondamentalement une Smart City
expérimentale, innovante, plus consciente
aujourd’hui. Il est ensuite très important
et plus durable, plus respectueuse de ses
de comprendre le rôle que tiennent les
habitants. L'objectif est d’optimiser le
nouvelles technologies mais aussi les
fonctionnement de la cité, de mobiliser les
nouveaux acteurs dans cet écosystème
nouvelles technologies pour simplifier la
complexe et multidisciplinaire. Mais il faut
vie des habitants, de faciliter la
noter que tout ceci se fait pour et par les
concertation et la participation, de rendre
habitants des métropoles et qu’il est
les immeubles (bureaux, logements,
essentiel d’analyser leurs besoins - leurs
commerces) plus vertueux dans leur
“pain points” - et leurs attentes vis à vis de
impact environnemental, les systèmes de
la ville et par là même ce qui les
mobilité moins consommateurs en énergie
motiveraient à vivre dans une Smart City.
et en temps.

L'impact du numérique sur le développement de la ville de demain ou


comment les nouvelles technologies - et la donnée - peuvent apporter des
solutions aux problématiques des urbains toujours plus nombreux. Mais
est-ce bien le principal levier d’amélioration de la qualité de nos vi[ll]es ?

5
Executive Summary

Upheavals Smart city: a sum of solutions to solve


urban problems
The upheavals at work in the big cities are
transforming the daily lives of billions of The expansion of Big Data and the
urban dwellers. In less than thirty years, development of the Internet of Things
the number of urban dwellers in the world (IOT) play an important role in the
will have doubled. feasibility of Smart and Connected City
initiatives. But NICT (New Information and
The 21th Century: Century of Metropolis
Communication Technologies),
Born from the convergence of two of the hyperconnectivity, Open Data and others
great revolutions of the beginning of this are they really the core of the Smart City?
century (massive urbanization and the What are - or should be - the foundations
explosion of information technologies), the of our future lives?
expression Smart City, which is translated
My job will be to explain as much as
into French as a smart city, is For some
possible and also most simply what is a
years now, it has been synonymous with
Smart City today. It is then very important
the experimental, innovative, more
to understand the role of new
conscious and more sustainable city, more
technologies and new actors in this
respectful of its inhabitants. The objective
complex and multidisciplinary ecosystem.
is to optimize the operation of the city, to
But we must not forget that all this is done
mobilize new technologies to simplify the
for and by the inhabitants of the
lives of residents, to facilitate consultation
metropolises and that it is essential to
and participation, to make buildings
analyze their needs - their "pain points" -
(offices, homes, businesses) more virtuous
and their expectations towards the city
in their environmental impact mobility
and by the same that would motivate
systems consume less energy and time.
them to live in a Smart City.

The impact of digital on the development of the city of tomorrow or how


new technologies - and data - can provide solutions to the problems of
urban ever more numerous. But is this the main lever for improving the
quality of our wines?

6

Nous sommes seulement à l’aube
d’une révolution technologique,
l’Internet se -déploie désormais
dans l’espace physique, réservé
autrefois aux architectes et aux
urbanistes, et il va nous permettre
d’interagir avec des objets tout
autour de nous, de mille manières.
Ce mouvement puissant est en
train de faire émerger de véritables
smart cities : de l’énergie à la
gestion des déchets, de la mobilité
à la distribution de l’eau, de
l’urbanisme à la participation
citoyenne.

Carlo Ratti, qui dirige le plus prestigieux des laboratoires


urbains, le Senseable City Lab, à Boston, au sein du
Massachusetts Institute of Technology (MIT)

7
8
Introduction

Pilotées par la donnée, nos villes deviennent des Smart Cities,


notre vie en deviendra-t-elle plus smart ?

L’humanité se développe essentiellement dans les centres urbains ou périurbains, a fortiori


dans les villes, d'où l’émergence du concept de Smart City, c’est-à-dire pourquoi et
comment la ville peut et doit devenir plus “smart”. Cette ville plus intelligente ne doit pas
freiner ce développement humain et faire en sorte qu’il soit soutenable car c’est également
là que surgissent la plupart des problèmes à résoudre (congestion, pollution, gaspillage,...).
Partant de ce constat, et parce que moi-même habitante de la plus grosse agglomération
française, Paris, j’ai choisi de m’intéresser à ce concept relativement nouveau qu’est la
Smart City dans le cadre de mon MBA Marketing et Commerce sur Internet. J’ai beaucoup
réfléchi aux différents axes d’analyse que je pourrais aborder et surtout à l’angle d’accroche
qu’il serait le plus judicieux d’adopter pour traiter le sujet de la Smart City. Très rapidement,
grâce aux entretiens que j’ai pu mener et aux conférences auxquelles j’ai assisté, il m’a paru
intéressant et surtout incontournable d’approcher la Smart City par l’angle de la donnée : la
Smart City est-elle synonyme d’une Data-driven City ? Va-t-on vers une ville pilotée par la
donnée ? Doit-on y aller ?
Le monde va vers une société de la “data” - Big data, Open data, Smart data - qui est la
promesse que si nous pilotons les activités humaines grâce à la donnée que nous sommes
capable de produire et d’analyser, alors nous allons vers un monde meilleur. De cette
promesse, nous envisageons d’être en capacité d’améliorer et de résoudre les grands
problèmes de développement humain du 21e siècle. Mais quels sont-ils ? J’ai choisi de n’en
sélectionner que quatre qui me semblent être clés dans l’univers urbain :
La mobilité, car il s’agit de la préoccupation principale de millions d’urbains
confrontés à la congestion des villes et soumis à l’offre de transport - satisfaisante ou non -
et c’est également l’un (si ce n’est le principal) facteur de pollution en ville.
Les infrastructures et les bâtiments qui constituent notre environnement de vie au
quotidien et qui doivent aussi s'adapter à l’explosion du nombre d’habitants en ville en
proposant toujours plus de performance et de confort, il n’est pas question pour les citadins
de vivre dans des cités ghettos.
La gouvernance qui est un élément clé de développement et de succès des villes qui
veulent devenir smart, et doivent réussir à obtenir l’adhésion de leurs citoyens dans les
différentes démarches lancées.
Et enfin les énergies, puisque nous avons tous conscience aujourd’hui qu’il nous est
impossible, voire suicidaire, de continuer à vivre comme nous le faisions par le passé. La
tendance émergente, et qui deviendra prédominante, étant la sobriété.

9
Alors, allons-nous vers des villes pilotées par la donnée ? Pour y répondre, il m’a fallu
d’abord passer par une phase d’observation et d’analyse qui m’a permis de constater qu’il
s’agit d’une tendance forte et que l’usage des données, volontairement ouvertes par les
municipalités dans certains cas, est en constante progression.
Mais une autre question peut en conséquence être posée, la donnée - sa collecte et son
analyse - est-elle gage de ville plus “Smart” ? Nous verrons que dans certain cas oui et dans
d’autres non. Sans oublier bien sûr celui qui est au centre de toute cette donnée, au centre
des transformations et des nouveaux usages : le citoyen. Qu’attend t-il de sa ville ? Quelles
sont ses préoccupations ?

Toutes ces recherches et observations, analysées et critiquées, me permettent de dessiner


une direction qu’il conviendrait de suivre pour rendre la ville plus intelligente grâce à l’usage
de la donnée. Un usage raisonné et respectueux, apporterait des solutions sans entraver les
libertés individuelles, à savoir garantir le respect la vie privée des individus tout en
favorisant l’émergence d’une ville intelligente et connectée, dont les ressources,
l’environnement, l’énergie ou la sécurité seraient préservés et la vie des citoyens améliorée.

10
Quelques
chiffres clés
Dans le monde, 1 personne sur 2 vit en ville
66% de la population y vivra en 2050
Soit 2,5 milliards de citadins
supplémentaires en 35 ans

En 2050, notre planète comptera


environ 10 milliards d’êtres
humains dont 75 à 85% vivront dans
les villes

On estime que la population mondiale augmentera de


246 000 habitants / jour soit 90 millions de
personnes / an

les villes occupent 2% de la surface


terrestre mais produisent
80% des gaz à effet de serre

(1) Source Le Monde “Comment le big data change les villes en chiffres”, ONU 2016
http://www.lemonde.fr/smart-cities/video/2016/11/22/comment-le-big-data-change-les-villes-en-chiffres_5035621_4811534
.html
12 (2) Selon les analyses du Groupe Intergouvernemental des Experts sur le Climat (GIEC)
29 Mégapoles (villes de plus de 10 millions
d’habitants) dans le monde aujourd’hui(1)

10 en 1990 40 en 2030

3 en 1970

1 100 mds €
Marché mondial de la smart city en 2025(2)

6,5 Millions
de décès dans le monde / an liés à la pollution(3)

6,4 milliards
d’objets connectés en 2016. En 2018, ils seraient, selon
différentes études, entre 11,4 et 50 milliards(1)

(1) Source Le Monde “Comment le big data change les villes en chiffres”, ONU 2016 13
(2) Source étude Roland Berger”Smart Cities Francaises”
(3) Source étude publiée le 20 octobre 2017 dans la revue médicale The Lancet.
14
Sommaire
La donnée, véritable ADN de
nos vi[ll]es de demain ?

1. Qu'est-ce que la Smart City ?


1.1. Plus qu’une vision, une nécessité………………………………………..……………………………………………19
1.2. Quelques mots d’histoire……………………………..……………………..……………………………………....……21
1.3. L’essentiel pour tout comprendre ……………………………………………....................................................23

2. Les 4 grands axes de déploiement de la Smart City


2.1. SMART MOBILITY : les données, carburant de la mobilité 3.0 (IoT, Big Data, algorithmes et
deep learning)…………………………..…………………....…………………..……………………………………....……29
2.1.1. L'évolution de l'offre de transport en commun…..……………………………….………....…...31
2.1.2. L'avènement du véhicule autonome et connecté…..………………………....……………...…33
2.1.3. Les nouveaux services de mobilité liés aux nouveaux usages des citoyens………....35
2.2. SMART BUILDING : une nouvelle façon de concevoir et de gérer les infrastructures grâce à la
donnée (IoT, 3D printing, IA)……………...…………....…………………..……………………………………....……38
2.2.1. La digitalisation de la conception à la gestion du bâtiment : le BIM……………………..40
2.2.2. Les infrastructures communicantes…………………………………………………………….……..41
2.2.3. Des logements aux espaces mutualisés, réflexion globale sur la création d’
éco-quartier…………………………………………………………….……………………………….……..42
2.3. SMART GOVERNANCE : quand le citoyen interagit avec l’administration et co construit grâce
aux nouvelles technologies (chatbot, open data, robot)………………………………………………...…..44
2.3.1. L’e-administration, la simplification des démarches…………………………………………...46
2.3.2. La force du collectif et de la participation citoyenne………………………….………………...48
2.3.3. Les vertus d'une approche bottom-up…………………………………………………..…………...49
2.4. SMART ENERGY & UTILITY : la donnée facteur clé d’économies majeures et de rationalisation
de la consommation (machine learning)…………………………..………………………...51
2.4.1. Les smart grids et les économies d’énergie……………………………...………………………...53
2.4.2. La gestion des déchets……………………………………………………………………....……………...55
2.4.3. La gestion de l’eau…………………………………………………………………………..………………...56

15
Sommaire
La donnée, véritable ADN de
nos vi[ll]es de demain ?

3. La digitalisation et la connectivité, réseau veineux de la ville d'aujourd'hui et de demain


3.1. La place de la donnée dans la Smart City……………………………………………………………..……………...58
3.1.1. L’essor du Big Data……………………………………………………………….………………..……………...58
3.1.2. L'Open data……………………………………………………………………………………….…..……………...59
3.1.3. Les Réseaux Sociaux……………………………………………………………….……………..……………...61
3.1.4. Data Analytics………………………………………………………………………………...……..……………...62
3.1.5. Protection des données……………………………………………………………..…………..……………...63
3.2. Les objets connectés, facteurs clés de nos vies rêvées ……………………………………………….………65
3.2.1. Qu'est-ce que l'IoT ?……………………………………………………………………………....………………65
3.2.2. Protocoles et fonctionnement………………………………………………………….……………………67
3.2.3. Problématiques et limites………………………………………………………………………..……………68
3.2.4. En conclusion………………………………………………………………………………………………..………69
3.3. La place des GAFAM………………………………………………………...…………………………………………………70

4. Villes pionnières et état des lieux de la Smart City


4.1. De la complexité de classer les villes intelligentes…...………………………………………………..…………74
4.1.1. Villes “remarquables” : Singapour, Lyon, Santander…………………………………....…………77
4.1.2. Villes “contestables” : San Francisco, Songdo, Masdar……………………………...…..………80
4.1.3. Villes “expérimentales” à suivre : Santander, Toronto, projet “Side Walk”.....................84
4.2. Qu’attendent les citoyens des Smart City ?………………………………………………………..……..…………87
4.2.1. Résultats et analyse de l’enquête de perception sur la ville de demain……………………89

5. Conclusion et recommandations…………………………………………………………………………………...……..…………91

16
1.
Qu’est-ce que la
Smart City ?

Une smart city est une ville qui répond aux problèmes
urbains d’aujourd’hui et de demain : nouvelles
technologies, connexion de réseaux, exploitation et
croisement de données pour l'efficience et l'optimisation
de son organisation, de ses coûts et du bien-être de ses
habitants
17
18
1.1
Plus qu’une vision,
une nécessité

Smart city : une somme de solutions pour Il doit y avoir un équilibre entre l'économie,
résoudre les problèmes urbains l'environnement et la société pour construire une
ville forte et résiliente qui survit à l'épreuve du
La population urbaine dans le monde est en
temps.
augmentation continue, conséquence d’un
double phénomène : la croissance de la Dans leur livre "Smart City, une enquête sur la
population et la concentration de celle-ci dans ville intelligente" les auteurs Jean Daniélou &
les pôles urbains. Selon les projections de l’ONU, François Ménard nous expliquent qu'il est
l’effet combiné de l’urbanisation croissante et important de "[...] noter une spécificité
de la croissance économique contribuera à une primordiale dans l'émergence de la smart city. Il
augmentation de la population des villes de 2,5 s'agit d'une offre ‐ industrielle autant que
milliards de personnes, dont 37 % en Inde, suivie technologique ‐ dont la promotion est faite par
par la Chine et le Nigeria. En France, ce de nouveaux entrants sur le marché de la ville
mouvement est également vérifié avec près de (entreprises venues de l’informatiques et de TIC
80 % de la population habitant en zone urbaine (technologies de l'information et de la
d’après la Banque mondiale, part en communication),…) lesquels obligent les
augmentation constante. opérateurs historiques à créer à leur tour une
offre nouvelle issue de leur métier propre. Le jeu
Dans ce contexte, rendre les villes intelligentes réglé entre les acteurs de la fabrique urbaine est
et durables, c’est essayer de diminuer l’impact recomposé, et la question à venir pour les
environnemental, mais, également, de repenser pouvoirs publics locaux est de déterminer leur
en profondeur les modèles d’accès aux stratégie d'exploitation de cette nouvelle
ressources, les transports, la gestion des ressource qui a) nécessite une maîtrise
déchets, la climatisation des édifices et surtout technique élevée b) représente un coût
la gestion de l’énergie (production, conséquent c) est une source d'informations
acheminement, etc.). redéterminant les pratiques de gouvernance."
"La smart city, ou ville intelligente, est une ville
Mais revenons d’abord sur ce qui a été moteur
dont les infrastructures communicantes et
dans le développement de cette nouvelle
durables améliorent le confort des habitants."
conception de la ville dite intelligente.
selon Schneider Electrics
La ville intelligente doit tenir compte d'éléments
tels que les énergies renouvelables, les réseaux
intelligents, le stationnement intelligent et le
transport intelligent.

19
LA SMART CITY TOUCHE
TOUS LES SECTEURS DE
L’ECONOMIE

20
1.2
Quelques mots
d’histoire

Au cours des 30 dernières années, près de Pendant ce temps, le géant et pionnier de


80 % de la hausse de population urbaine l'Informatique IBM avait ouvert des plans
relève d'une agglomération de 400 000 semblables. En 2008, il a lancé son initiative
habitants ou plus. "Smarter Planet", un vaste programme d'étude
de l'application de «l'instrumentation,
En 1950, quand le monde sortait de la 2ème
l'interconnexion et l'intelligence» (capteurs,
guerre mondiale, le monde était à plus de 70%
réseaux et analyses) à certains des problèmes
rural avec seulement 7,3% des populations qui
les plus pressants du monde. L'année suivante,
vivaient dans des villes supérieures à 1
le programme "Smarter Cities" d'IBM s'est
millions d’habitants, et dont moins de 1% dans
concentré sur l'utilisation de cette combinaison
une ville supérieure à 10 millions. Aujourd'hui,
de technologies dans un contexte urbain.
les urbains sont devenus majoritaires et la
Quelques années plus tard, IBM et Cisco ont
proportion habitant dans des villes
chacun un certain nombre de projets de villes
supérieures à 1 million d’habitants est passée
intelligentes respectifs qui démontrent à la fois
à plus de 22%. 6,4% des citadins vivent
la gamme de problèmes qui peuvent être
maintenant dans des villes supérieures à 10
adressés et l'ampleur de l'opportunité
Millions et les 15 premières villes du monde
économique offerte. Lors du deuxième Sommet
dépassent les 20 millions d’habitants.
mondial des autorités locales sur la société de
En 2005, par l'intermédiaire de son l’information qui s’est tenu en 2005 à Bilbao, les
organisation philanthropique, la Fondation participants ont défini une stratégie commune
Clinton, l'ancien président américain a mis au d’accès de leurs territoires aux TIC Ctechnologies
défi le fabricant d'équipements de réseaux de l’Information et de la Communication). C’était
numériques Cisco à utiliser son savoir-faire la première fois que ce genre de réunion,
technique pour rendre les villes plus durables. organisée par l’ONU et traditionnellement
réservée aux États, était ouverte aux autorités
C’est ainsi que Cisco a consacré 25 millions de locales, aux entreprises privées et à la société
dollars sur cinq ans à la recherche sur le sujet, civile.
engendrant ce qu'il appelle le "Connected La tendance s’est accélérée en 2008, le
Urban Development program". Cela a consisté chercheur Anthony Townsend explique dans son
à travailler avec les villes de San Francisco, livre “Smart Cities: Big Data, Civic Hackers, and
Amsterdam et Séoul sur des projets pilotes the Quest for a New Utopia” : "C’est l’année de
pour prouver le potentiel de la technologie. En trois points d’inflexion déterminants pour le monde
2010, lorsque le gage de Cisco pour la entier, trois dépassements : la population rurale par
Fondation Clinton a expiré, il a lancé sa l’urbaine ; le nombre des lignes fixes (DSL, câble ou
division "Smart+Connected Communities" fibre optique) par les lignes à haut débit sur mobile ;
afin de commercialiser les produits et services le nombre d’humains en ligne par les objets
qu'il avait développés au cours du connectés."
programme.

21
Les grandes dates
du déploiement des composants
de la Smart City

Ces quelques dates sélectionnées démontrent un mouvement qui tend à s’accentuer


de l’usage de la donnée, une tendance se dessine et on observe bien une accélération
des projets “data-driven” à travers le monde depuis 2010.

22 Source : dates issues d’une étude L’Atelier, veille et prospective BNP Paribas
Infographie réalisée avec Pictochart
1.3
L’essentiel pour tout
comprendre

"La ville intelligente est un pléonasme, Pour Wikipédia en français : "Une ville peut être
explique Jean-Louis Missika, adjoint au qualifiée d’intelligente quand les
maire de Paris et responsable de investissements en capitaux humains, sociaux,
l’urbanisme. C’est l’intelligence qui a poussé en infrastructures d’énergie (électricité, gaz), de
les humains à s’urbaniser depuis des milliers flux (humains, matériels, d’information)
d’années". alimentent un développement économique
durable ainsi qu’une qualité de vie élevée, avec
Le Smart Cities Council, l’organisation formée
une gestion avisée des ressources naturelles, au
par les principales entreprises proposant aux
moyen d’une gouvernance participative et d’une
municipalités d’installer l’infrastructure (hard
utilisation efficiente et intégrée des NTIC".
et soft) susceptible de rendre leur ville
"intelligente" définit une Smart City comme A ces visions relativement globales, il faut
une ville dans laquelle les technologies ajouter l’approche par secteurs comme le fait
numériques sont intégrées à toutes les une étude du cabinet Frost & Sullivan qui
fonctions de la ville". "identifie huit aspects essentiels [chacun devant
être “intelligent”] : gouvernance, énergie,
“Personne n’est vraiment d’accord sur ce qu’est
constructions, mobilité, infrastructure,
une ville intelligente" rappellent les
technologie, attention sanitaire et citoyen",
chercheurs de Sheffield
auxquels il est courant d’ajouter un volet
Mais le terme Smart City est loin de faire sécurité.
l’unanimité, nous avons affaire à une
multitude de termes qui tous essayent d’
évoquer de meilleures villes en mettant
l’accent sur des dimensions différentes. (1)

(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes” 23
L’ensemble est plus
grand que la somme des
pièces

Une stratégie idéale de ville intelligente couvre des domaines d'action interdépendants,
comprenant une foule de sous-catégories et de solutions

24
Paramètres clés qui
définissent une ville
intelligente

Smart L'énergie : Smart, elle utilise la technologie numérique grâce à une infrastructure de
comptage avancée (AMI), à la gestion du réseau de distribution et aux systèmes de
energy transmission haute tension, ainsi qu'à la réponse à la demande pour une transmission
et une distribution intelligente et intégrée de l'énergie.

Smart Les bâtiments : Smart, ils sont écologiques, éconergétiques et intelligents, avec une
infrastructure automatisée avancée qui contrôle et gère des aspects tels que
building l'éclairage et la température, la sécurité et la consommation d'énergie de manière
indépendante ou avec une intervention humaine minimale.

Smart La mobilité : Smart, elle permet grâce à l'utilisation de technologies et de solutions


innovantes et intégrées, telles que les voitures à faibles émissions et les systèmes de
mobility transport multimodaux. Elle améliore la qualité du transport urbain.

Smart La technologie : Smart, elle connecte la maison, le bureau, le téléphone mobile et la


voiture sur une seule plateforme informatique sans fil. Elle comprend l'adoption d'un
technology système de réseau intelligent, des solutions pilotées pour la maison, une connexion
haut débit et le déploiement de la technologie 4G.

Smart La santé : Smart, elle utilise des systèmes de cybersanté et de santé mobile et des
dispositifs médicaux intelligents et connectés. Cela implique également la mise en
healthcare œuvre de politiques qui encouragent la santé et le bien-être de ses citoyens, en plus
de la surveillance de la santé et du diagnostic plutôt que du traitement.

Smart L'infrastructure : Smart, elle comprend des systèmes intelligents et automatisés qui
gèrent, communiquent et s'intègrent dans différents types d'infrastructures
infrastructure intelligentes, telles que les réseaux d'énergie, les réseaux de transport, les systèmes
de gestion de l'eau et des déchets et les télécommunications.

Smart La gouvernance : Smart, elle englobe des politiques et des services numériques du
gouvernement qui aident et soutiennent l'élaboration de solutions vertes et
governance intelligentes au moyen d'incitations, de subventions ou d'autres promotions.

Smart La sécurité : Smart, elle comprend des technologies et des solutions telles que la
vidéosurveillance, la sécurité publique et les services de sécurité gérés conçus pour
security protéger les personnes, les biens et les informations.

Smart citizen Il s’agit de l’ensemble des solutions intelligentes et écologiques adoptées par les
citoyens dans leurs activités quotidiennes, y compris dans les choix de mode de vie.
25
En quoi sont caractérisés ces
paramètres clés : les différentes
briques de la Smart City

Smart Energy : Smart Buildings Smart Mobility :


:

•Smart grids •Automatisation du • Système de


•Smart meters bâtiment gestion du trafic
•Intelligent energy • BIM • Stationnement
storage • IoT • Tarification (STI)

Smart Smart Smart


Technology : Infrastructure : Government :

• 4G • Très haut •Réseaux de • e-gouvernement


débit • Wi-Fi gratuit capteurs • Gestion • eEducation
• Téléchargement numérique de l'eau • Gestion des
de 1 Gbit / s et des déchets catastrophes

Smart
Healthcare : Smart Citizen : Smart Security :

• Systèmes eHealth et • Civic Digital Native • • Surveillance • Biométrie


mHealth • Dispositifs Choix de style de vie • Modélisation de
médicaux intelligents intelligents simulation et protection
et connectés contre la criminalité

26
2.
Les 4 grands axes de
déploiement de la
Smart City

La ville peut être décomposée en un ensemble de domaines


spécifiques rencontrant chacun des problématiques
particulières. Je propose dans mon travail sur la Smart City
de distinguer dans la ville les piliers de développement
suivants : SMART MOBILITY, SMART BUILDING, SMART
GOVERNANCE et SMART ENERGIES & FACILITIES
27
28
SMART
MOBILITY
#ITS
#OpenData
#MobileApp
#temporalité
#transportalternatif
#intermodalité

29
2.1 SMART MOBILITY
les données, carburant
de la mobilité 3.0

Plus que la circulation des données, c’est Le monde des transports connaît un réel
celle des citadins qui constitue aujourd’hui le bouleversement avec une modification profonde
grand défi des villes. de l'offre et des usages suite à l'arrivée du
digital.
Préoccupation quotidienne pour des millions
de personnes, le transport est naturellement Vers une mobilité urbaine plus durable
l'axe de développement majeur pour les
Dans ce domaine, les données jouent un rôle
agglomérations dans leur volonté de tendre
prépondérant et il est possible aujourd'hui de
vers la smart city.
développer de nouvelles formes de coopération
Fluidifier les déplacements avec le secteur privé et, par l'utilisation de la
data, d'améliorer la mobilité des usagers.
La notion de mobilité a changé en l'espace de
Du transport à la demande à l’arrivée des
quelques dizaines d'années : la distance
véhicules autonomes en passant par de
s'efface au profit du temps de trajet et de
nouveaux partenariats avec le secteur privé, les
l'optimisation des déplacements grâce
solutions pour inventer la mobilité urbaine du
notamment au phénomène d'intermodalité.
futur se multiplient.

Conditions de circulation difficiles, pollution de l’air, qualité de vie sacrifiée. Vivre en ville apparaît
comme de plus en plus compliqué.
30
Une des première actions menées par les
2.1.1 L'évolution de l'offre collectivités dans leur programme de Smart
de transport en commun Mobility est de déployer des flottes de véhicules
électriques en partage tel qu’Autolib à Paris par
exemple. Un autre moyen pour faire croître le
Les réseaux de transports en commun, parc de véhicules électriques est l’ensemble des
efficaces il y a encore quelques décennies, mesures d’incitation à l’achat de tels véhicules
s’avèrent désormais peu adapté aux exigences avec des subventions entre autre comme le met
des urbains. Moins polluants, plus rapides, les en place la Finlande.
trajets doivent offrir plus de confort aux L’accès à la donnée : vers une mobilité
usagers et mieux s’inscrire dans réinventée
l’environnement. Outre la construction de
nouvelles lignes ferroviaires, les tramways et Les données publiques ont beaucoup de valeur.
les bus électriques font partie intégrante de Et l'engouement n’est sans doute nulle part
l’offre de transport collectif et envahissent peu aussi fort que dans le secteur des transports, ou
à peu le paysage urbain. Dans bien des villes, plus largement des mobilités. Ce qui se justifie
cette offre s’étoffe également de mise à au regard de la part de leur vie que passent les
disposition de modes de transport tels que les individus, dans le monde entier, à se déplacer, et
vélos en libre service, l’autopartage etc. souvent à perdre du temps. Or, les réseaux de
transports, souvent publics, produisent des
Le rail : un exemple emblématique de monceaux de données, aujourd’hui collectées
l’avancée du transport dans l'usage de la mais peut exploitées. Les automobilistes
données et de l’IoT produisent eux-aussi, via des applications sur
smartphones, de précieuses données de
L'exemple ferroviaire est intéressant à
circulation temps réel. Pour les acteurs des
plusieurs titres. Tout d'abord parce des trains
mobilités, l’enjeu, désormais, c’est bien de
automatiques roulent depuis déjà longtemps.
pouvoir agréger ces données, les croiser, pour
Et ensuite parce qu'un certain nombre de
produire de nouveaux services pour la ville. Il
concepts sont transposables plus ou moins
faut donc, non pas les posséder (la possession
directement au domaine de la route
n’est pas nécessaire dans un univers numérique)
intelligente ou du véhicule automatisé.
mais y accéder.
Le premier métro automatique au monde a été
mis en service en 1983. C'est le VAL de Lille. Que faire avec les données : l’exemple de
Transport for London (TfL)(1)
Les Véhicules électriques
Les systèmes d'information transport sont
Outre leur caractère silencieux, un des atouts systématiquement alimentés avec un certain
principaux des véhicules électriques est de ne
nombre de données qu'ils utiliseront pour
pas dégager de gaz d’échappement, en partie
réaliser un service et ainsi produire d'autres
responsable de la pollution dans les zones
données. Ainsi les Systèmes d'Aide à
urbaines. Bien que sa contribution climatique
l'Exploitation vont permettre, à partir de la
globale soit fortement dépendante du contenu
description du réseau, des positions des
carbone du mix électrique, l’analyse de cycle
véhicules et des informations relatives aux
de vie d’un véhicule électrique montre que son
conducteurs, d'améliorer le fonctionnement du
empreinte carbone globale est environ deux
service et produiront, entre autres, les
fois plus faible que celle d’un véhicule
informations d'heure de passage temps réel à
thermique. Cette constatation amène les
l'arrêt.
pouvoirs publics à vouloir favoriser son
déploiement.

(1) Source MOOC Challenges et enjeux de la mobilité


31
Dans le cas emblématique des Système mouvement, mais seulement une fois par heure
d'Information Multimodaux, généralement quand le bus est stationné ou immobile) et
appelés SIM, l'objectif est de collecter les l’usager peut suivre l’ensemble de leurs
données planifiées et temps réel relatives à déplacements. L’ensemble est optimisé pour
tous les modes de transport disponibles sur consommer très peu d’énergie et les capteurs,
un territoire donné, pour proposer des services munis de batteries indépendantes, disposent
permettant de faciliter les déplacements des d’une durée de vie de plusieurs années. La même
voyageurs. Le service emblématique du SIM technologie peut servir à localiser un véhicule de
est bien sur le calcul d'itinéraire, mais il ne faut location sur un parking ou à suivre les
pas négliger les autres services comme la mouvements de containers réfrigérés.
présentation des cartes faisant figurer l'offre
Par ailleurs, on ne peut présenter les services de
de transport, la recherche des transports et
mobilité sans évoquer les médias à partir
services à proximité et tous les services
desquels on y accède. Et les smartphones sont
connexes.
aujourd'hui les médias les plus utilisés en
Transport for London (ou TfL) est un des sites
mobilité. Pendant un temps, d’autres médias ont
emblématiques au niveau international,
fait leur apparition tels que les lunettes
comme le sont ViaNavigo du STIF pour
connectées (Google glass) mais dont l’usage ne
l'Ile-de-France ou le site de MTA à New-York.
s’est pas répandu, supplantés actuellement par
Ces services publics offrent la possibilité de
les montres connectées et l'Internet des objets.
découvrir l'offre de transport à proximité, et
Les médias sont donc encore en pleine évolution,
propose un calcul d'itinéraire. A partir de la
et il conviendra de bâtir les systèmes
saisie des départs et arrivées, on obtient des
d'information d'une façon la plus indépendante
résultats de trajets en transport en commun
possible des périphériques de présentation et
multimodaux, puis restreints aux modes métro
qui se voudront évolutifs.
ou bus. Un autre exemple est celui de
Citymapper, société privée cette fois, qui
complète son offre d’itinéraire par trajets
piétons, voiture ou taxi et vélo. A Paris, sur un
mois, 20 % des automobilistes utilisent Waze.
Et Waze est l’outil qui signale en premier une
information relative à la route dans 70% des
situations, y compris avant les services de Focus:
secours en cas d’accident. Ces chiffres sont
significatifs et prouvent que la donnée fournie Moovit
par les autorités publiques et les usagers à des
partenaires tels que Waze est intéressante et Le Waze de la Cartographie
génératrice de nouveaux services. Moovit est l’application pour les transports en
commun la plus téléchargée dans le monde.
Autre exemple français, Actility tire parti de la
technologie LPWAN (Low Power Wide Area Utilisée par plus de 60 millions de voyageurs dans
plus de 1400 villes à travers 75 pays, Moovit s’appuie
Networks, ou réseaux sans fil à faible
sur une communauté de plus de 75.000 éditeurs
consommation énergétique, destinés bénévoles dans le monde pour cartographier
notamment aux ensembles de capteurs de rapidement de nouvelle ville et obtenir la donnée la
l’Internet des objets) et de la géolocalisation plus précise et la plus à jour.
pour offrir des solutions innovantes en
En combinant les données des transporteurs avec les
matière de suivi des déplacements. Le procédé
rapports en temps réel des utilisateurs, Moovit met
a été mis en oeuvre en juillet 2017 à Las constamment à jour en temps réel les horaires des
Vegas, en partenariat avec Cisco, sur une flotte opérateurs (SNCF, RATP, TCL, TBM, RTM etc...) et
de 150 bus. Ces derniers sont équipés de informe des changements ou perturbations dans les
capteurs intelligents (envoyant leur position transports.
chaque minute quand le bus est en

32
En 1997, le consortium américain AHS piloté par
2.1.2 L'avènement du General Motors fait la démonstration à San
Diego d'un convoi de véhicules automatisés.
véhicule autonome et Toutefois ce projet présentait des limites : sa
connecté focalisation sur voies dédiées et le caractère peu
mature de ses technologies sous-jacentes. Pour
ces deux raisons, les financements de la suite du
L'automatisation de la conduite n'est plus
projet n'ont pas été accordés.
seulement un concept.
En 2005 et 2007 l'agence américaine de
Après une bonne quinzaine d'années où il est
développement de systèmes pour la défense
resté dans le monde de la recherche, le concept
relance le sujet en organisant 2 concours, les
s'est fortement concrétisé et des prototypes
Darpa Challenges, remportés par Sebastian
circulent aujourd'hui un peu partout dans le
Thrun. En 2010 Google décide de poursuivre les
monde.
recherches sur le sujet, recrute Sebastian Thrun
Quels sont les objectifs attendus et une bonne partie de l'équipe de Standford.
L'équipe de Google adopte alors une stratégie
L’automatisation décharge le conducteur et directe et originale en faisant progresser leur
introduit la maîtrise des trajectoires, la prototype directement sur route ouverte.
régularité et le contrôle des espace-temps En 2011, Google fait présenter un projet de loi
entre véhicules. Cela introduit des changements auprès de l'Etat du Nevada pour obtenir
importants dont on attend beaucoup sur l’agrément de la conduite automatisée, il est
plusieurs plans(1). définitivement adopté en 2013. On peut ainsi
acheter aujourd'hui une plaque d'immatriculation
Sur le plan de la sécurité, on peut en attendre au Nevada permettant de circuler en conduite
une réduction des accidents qui sont causés par automatique. Plusieurs états ont suivis depuis.
des erreurs des conducteurs, et sur le plan de
Mais qu'est-ce qu'une voiture autonome ?
l'efficacité des ouvrages l'objectif est d'accroître
les capacités donc de réduire les congestions. C'est une voiture bardée de capteurs, de radars
Sur celui de l'environnement, l’objectif est de assez classiques, de caméras et de lidar (capteur
réduire les consommations donc les émissions. optique laser), et bien évidemment d’une
Les conducteurs attendent de ce procédé une intelligence embarquée.
plus grande voire une totale liberté en voiture
offrant donc une disponibilité pour d’autres
tâches au cours des trajets.
Enfin, l'automatisation constitue une solution
de mobilité pour les personnes frappées par l’
âge ou le handicap, et privé de la mobilité
fournie par l’automobile aujourd’hui.
Un concept qui ne date pas d’hier, un peu
d'histoire(1)
En février 1958, General Motors annonçait
avoir effectué en guidage automatique un mile
sur une route interne de son centre de
développement. En 1994, les équipes de
recherche du grand projet européen
PROMETHEUS démontraient au Nord de Paris,
une première version des briques de base de
l'automatisation de la conduite. La faible
puissance des processeurs de l'époque ont fait
dériver les développements vers les aides à la
conduite.

(1) Source MOOC Challenges et enjeux de la mobilité


33
Aujourd’hui, cinq niveaux progressifs Un futur plutôt prometteur(1)
d'automatisation ont été identifié allant de
1. Le concept d'automatisation se concrétise
l'absence totale d'automatisation, niveau zéro,
enfin en de grands programmes industriels.
à l'automatisation totale, mode de niveau 5.
2. Bien que les difficultés a priori ne manquent
pas, les avantages individuels et collectifs à
terme justifient les efforts de R&D à effectuer.
3. Les programmes industriels actuels ont été
précédés par une vingtaine d'années de
recherche. Sur cette période, de grands projets
européens, américains jugés trop précurseurs
ont induit une période d'abandon du sujet par
l'industrie. C'est GOOGLE qui relance le thème
de développement en montrant directement la
faisabilité sur route et en intervenant pour faire
accepter la conduite automatisée sur route par
un état américain.
La plupart du temps, par véhicule autonome 4. Enfin, la dynamique est créée, le thème est à
on entend véhicule individuel mais cette l'agenda de tous les industriels de l'automobile.
nouvelle technologie concerne aussi les Les autorités soutiennent partout dans le monde
camions et poids lourds (convois de camions par de grands programmes de subvention
dirigés par un véhicule de tête), dans les financière.
chantiers et les carrières où des robots sont 5. Cependant, le chantier est immense : il faut
utilisés pour transporter les matériaux. Il y a développer les nombreuses briques de base,
également les tracteurs et engins agricoles. phaser les développements, coordonner les
Pour le milieu urbain, les applications visées se travaux non techniques permettant de déployer
concentrent sur le transport public avec des à grande échelle.
navettes autonomes offrant un service de
transports collectifs, circulant seuls ou en
convoi, ou encore des taxis en mode
automatique sans conducteur.
Mais les promesses du véhicule autonome Focus:
sont freinées par le coût de ses nouvelles
technologies. L'une des options est dans Navya
quelle mesure une partie de cette intelligence
embarquée peut être mutualisée au sein de
l'infrastructure pour faire baisser le prix Le premier véhicule automatisé commercialisé au
unitaire monde

Le marché aujourd'hui Conçues pour effectuer des trajets courts et


prédéfinis, les navettes vous embarquent
L'automatisation est le thème fort du secteur automatiquement pour un tour pre-programmé
de l'automobile, le marché associé est évalué à grâce à ses balises GPS. Elles se déplacent sans
70 milliards d'euros à l'horizon 2030. La chauffeur tout en garantissant un haut niveau de
compétition règne aujourd'hui chez les sécurité. De nombreux projets de collaboration ont
actuellement court à l’international : Los Angeles,
constructeurs pour faire sortir au plus vite les
Atlanta, New Orleans, Darwin (Australie), Helsinki…
premiers produits. Les industriels français ne ou Singapore.
sont pas en reste : Navya, une société
lyonnaise développe une navette automatisée,
Akka développe sa voiture-salon Link&Go. Les
grands industriels de l'automobile ont chacun
leur programme.

34 (1) Source MOOC Challenges et enjeux de la mobilité


Crédit image Léonard
2.1.3 Les nouveaux
services de mobilité liés
aux nouveaux usages des
citoyens

Une ville nouvelle, connectée et multimodale


Le rapport de l’Observatoire des Mobilités
Émergentes 2016 (1) met en avant la
progression des mobilités émergentes et
l’attraction des mobilités douces. Il calcule la
part des Français ayant eu recours au moins
une fois au cours des 12 derniers mois aux
pratiques de mobilité émergentes. Ainsi, le
covoiturage est la forme la plus répandue
(30%). La pratique du vélo dans les
déplacements du quotidien (23%) est
importante. Le recours aux VTC affiche une
croissance rapide avec une pénétration de
10% contre 3% il y a deux ans.
Une consolidation des pratiques de mobilités
émergentes
Alors que les offres se multiplient, les
pratiques de mobilités émergentes se
consolident.
On y trouve le covoiturage qui est la forme de
mobilité émergente la plus répandue, l’usage
de la location de véhicules entre particuliers, la
pratique du vélo dans les déplacements du Part des français ayant eu recours au moins une
fois au cours des 12 derniers mois aux pratiques de
quotidien, ainsi que celle du vélo en
mobilité émergentes (1)
libre-service, ou encore le recours aux VTC
(Véhicule de Tourisme avec Chauffeur) et
l’autopartage.

Il est de moins en moins intéressant, voire de


plus en plus contraignant de posséder son
propre véhicule dans une grande ville. Et les
nouveaux acteurs de la mobilité et de la
technologie l’ont bien compris. Dans un marché
en pleine expansion, ils se plient en quatre pour
offrir de nouveaux services aux usagers en
parfaite adéquation avec les nouveaux usages
liés à la mobilité : location libre-service,
moto-taxi, autopartage,…

(1) Source : L’ObSoCo, Chronos / SNCF, ADEME, 2016


35
Crédit image Léonard et Chronos
Des pratiques multimodales et intermodales
Alors que les solutions de mobilité se
multiplient, la propension à faire varier son
mode de transport, voire à combiner les
différents modes lors d’un même
déplacement, progresse. Ceci est d’autant plus
vrai dans les zones urbaines, dans lesquelles
multi et intermodalité sont devenues la
norme, alors que dans les zones moins denses
du territoire la mobilité reste centrée autour
d’un seul et unique mode de transport(1).
En facilitant l’accès à l’offre et en réduisant les
incertitudes liées aux conditions de transport,
les TIC permettent de se déplacer plus
facilement et donc d’accroître le volume de
déplacements. Parallèlement, à travers le
développement du e-commerce ou du travail à
distance par exemple, elles facilitent la
circulation de l’information et rendent donc
parfois facultatifs une partie des
déplacements du quotidien.
“La vraie question n’est plus de savoir si on va
réduire les espaces publics livrés aux voitures –
c’est en marche –, mais si nous sommes capables
d’accompagner les mesures répressives
(financières ou autres) de propositions plus
intelligentes et plus sociales – c’est moins
courant. Cela va de plans d’aménagements
urbains à la multiplication de moyens de
transport souples et décents, sans oublier les Focus:
outils permettant de choisir (et de payer) comme
on veut.”, Francis Pisani(2) Cityscoot
Cityscoot, le scooter électrique en libre-service(3)
Cityscoot est disponible à Paris, depuis juin 2016. Une
flotte de 1500 scooters blancs siglés en bleu est
disponible, sur l’ensemble du territoire de Paris
intra-muros, mais aussi dans quatre communes
limitrophes des Hauts-de-Seine.
Simple et efficace : Une carte géolocalise les
scooters. L’usager clique sur le plus proche qui est
réservé pendant dix minutes. Cityscoot envoie un
SMS avec un code à quatre chiffres, à tapez sur le
clavier situé sur le guidon, et il ne reste qu’à sortir le
casque et rouler. Plus de recharge à une borne, plus
de restitution à un endroit fixe.
Il est concurrencé aujourd’hui par COUP, importé de
Berlin par le groupe Bosch.

36 (1) Source et crédit image : L’ObSoCo, Chronos / SNCF, ADEME, 2016


(2) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
(3) Lire l’article de mon blog DigitalzeMe “Les nouvelles tendances de mobilité urbaine, petit avant-goût du transport3.0”
SMART
BUILDINGS
#IoT
#Interopérabilité
#BâtimentsConnectés
#Urbanisme
#BIM
#LogementMixte
#EcoQuartier
2.2 SMART BUILDINGS
une nouvelle façon de concevoir et
de gérer les infrastructures grâce
à la donnée
La smart city, une réponse aux enjeux de Une nouvelle manière de concevoir, de
l’urbanisation croissante. construire et d’exploiter le bâtiment
L’accélération de l’urbanisation est un vrai défi Parce qu’il est connecté et s’appuie sur des
pour l’humanité: d’ici à 2050, la population équipements et infrastructures mutualisées et
urbaine va croître de 66%, soit 2,5 milliards interopérables, le Smart Building permet
d’habitants supplémentaires selon un rapport l’agrégation de nombreux services pour le
de l’ONU, de juillet 2014. Dans les vingt bénéfice des usagers, qui y gagnent en bien-être,
prochaines années, la population mondiale et des investisseurs qui voient leur actif
devrait être à 80% urbaine. Conséquence: des immobilier se valoriser au fur et à mesure de l’
stratégies doivent être mises en œuvre pour émergence de nouveaux services(1).
assurer à l’ensemble de la population une
Décloisonner les métiers,
meilleure qualité de vie dans les villes(1).
Travailler avec de nouveaux partenaires,
L’approche urbaine doit aujourd’hui passer Acquérir de nouvelles compétences dans les
par l’approche humaine technologies de l’information,
Ouvrir les systèmes pour les rendre
Pour les urbanistes et les élus, il s’agit de
interopérables,
repenser la ville et de créer un espace urbain
Imaginer les applications et les services de
plus “désirable”, qui place l’humain et le
demain…
développement durable au coeur des projets.

La révolution numérique imprègne l’ensemble des métiers liés aux bâtiments, principalement via la
maquette numérique et les web services.

38
(1) Source : Manifeste Smart Buildings Alliance
En France, le Plan Transition Numérique dans le
2.2.1 La digitalisation de Bâtiment (PTNB) a rendu le BIM obligatoire dans
la conception à la gestion les marchés publics en 2017. Ce PTNB vise en
effet à accélérer le déploiement des outils
du bâtiment : le BIM(1) numériques à l’échelle de l’ensemble du secteur
du bâtiment.
La révolution numérique commence à La réalité augmentée
imprégner l’ensemble des métiers liés aux
bâtiments, aux services urbains et aux Récente innovation, ludique et étonnante, la
territoires, en conception, en réalisation et en réalité augmentée porte de réels enjeux pour le
gestion, principalement via la maquette bâtiment. Elle offre la possibilité de reconstituer
numérique et les web services. et de superposer virtuellement un ouvrage ou un
objet d’une maquette numérique pour le voir
La maquette numérique pour une meilleure dans son environnement réel. Les applications
exploitation du bâtiment sont multiples : visualiser un bâtiment avant et
Le BIM (Building Information Modeling) n’est ni pendant sa construction, visualiser un réseau de
un outil, ni un logiciel, mais l’ensemble des gaz in situ ou l’emplacement idéal d’une
processus collaboratifs qui alimentent une infrastructure dans un bâtiment. La réalité
maquette numérique tout au long du cycle de augmentée apporte une aide à la décision parce
vie des ouvrages (infrastructure et bâtiment), qu’elle rend tangible ce qui n’existe pas encore et
depuis sa construction en passant par son permet de lever les doutes, ce qui facilite les
utilisation et jusqu’à sa démolition. choix et accélère les projets. (2)

La valeur ajoutée vient de l’utilisation qui en


est faite par tous les intervenants sur un
projet. Dans un processus de conception BIM,
chaque acteur de la construction (maître
d’ouvrage, Facility Manager, gestionnaire…)
utilise la maquette 3D et en tire les
informations dont il a besoin pour son métier.
En retour, il alimente la maquette de nouvelles
informations pour aboutir à un objet virtuel,
parfaitement représentatif de la construction. Focus:
Construire mieux et moins cher tout en Finalcad
permettant aux concepteurs, constructeurs
et autres acteurs concernés de travailler sur Finalcad propose la reconnaissance d’objets offline et
un mode collaboratif. utilise la réalité augmentée pour signaler
directement les points de contrôle effectués ou les
L’enjeu est de relier toutes les informations et
défauts présents à un endroit précis. En fonction de la
d’assurer leur convergence vers un seul et personne qui l’utilise, différents calques peuvent être
unique système d’exploitation, à l’opposé de la visibles de ses utilisateurs pour garantir la conformité
gestion en silos. La méthode BIM apporte de de son travail avec les plans d’origine.
nombreux avantages, qu’ils soient
Les solutions de Finalcad ont pour vocation de
économiques, écologiques ou même socials.
faciliter la collaboration entre les différents
Elle permet entre autre de détecter les intervenants et acteurs du chantier. Elles permettent,
éventuels problèmes bien en amont de la mise par exemple, aux chefs de chantiers de saisir
en chantier, rendant ainsi les infrastructures directement leurs observations sur des plans
de meilleure qualité. Elle est considérée numérisés sur tablette ou smartphone, ce qui peut
comme une solution de premier ordre et est représenter un gain de temps. Depuis sa création en
adoptée par la majorité des acteurs du secteur 2011, la start-up est intervenue sur plus de 10.000
du BTP. Aujourd’hui, elle est d’ailleurs chantiers dans 30 pays.
encouragée par différents gouvernements.

39
(1) Lire l’article de mon blog DigitalzeMe “Êtes-vous prêt pour le BIM BANG ?”
(2) Source : Manifeste Smart Buildings Alliance
2.2.2 Les infrastructures L’introduction de l’IA permettra de gérer les
communicantes niveaux de complexités élevés du fait de la
combinatoire à l’échelle d’un bâtiment ou d’un
groupe de bâtiment que les systèmes actuels
Une approche servicielle du bâtiment échouent à piloter efficacement.

Le traitement et le partage des données De nouveaux acteurs


internes et externes des bâtiments ouvre la Cette digitalisation ouvre la voie à de nouveaux
voie d’une optimisation active des flux acteurs issus de l’informatique et des télécoms.
énergétiques et des équipements (systèmes Les plateformes IoT ou de services foisonnent et
intelligents de comptage, contrôle et vont permettre d’injecter de l’intelligence dans
régulation). les ouvrages. Elles ouvrent un champ
Des leviers simples tels que la visualisation d’innovation aux start-up et aux développeurs
des consommations en temps réel ou la tiers qui pourront créer un large éventail de
gamification peuvent permettre d’inciter nouveaux services pensés pour les usages, le
l’utilisateur à des comportements plus sobres. confort, la performance énergétique… Ces
Avec le digital, l’usager est au cœur du acteurs savent parfaitement structurer et
système et décide de l’avenir des solutions analyser les données pour en exploiter toutes les
qu’on lui propose. potentialités. Par leur expertise, ils vont faire du
bâtiment une plateforme de services, à l’image
Pas de smart building sans interopérabilité du smartphone qui permet de télécharger des
Comme l’écrit Emmanuel François, président applications, optimisant les fonctionnalités du
de la Smart Buildings Alliance, “connecter des bâtiment, améliorant le confort et facilitant les
capteurs, des systèmes d'éclairage, de usages. (1)
chauffage, ne fera pas tout. Le vrai sujet, c'est
l'accès aux données des bâtiments et
l'ouverture des systèmes. On ne peut plus
penser en silos : l'interopérabilité est la clé. La
plupart des acteurs déploient des technologies

Focus: Intent
propriétaires au faible degré d'ouverture,
principalement pour des raisons de sécurité et
d'efficacité. C'est l'un des écueils de la
domotique d'hier, mais aussi de la smart home
Technologies
aujourd'hui, chaque marque essayant
d'enfermer le consommateur à l'intérieur de L’agrégateur de flux des données issues de vos
bâtiments
son propre écosystème.”(1)
La plate-forme mise au point par Intent Technologies
La montée en puissance de l’IoT offre une connecte entre eux les différents intervenants –
collecte de données plus riche, sous réserve de municipalités, bâtisseurs, sous-traitants – tout en
l’interopérabilité des systèmes. En leur permettant de partager des données de toutes
comparaison, il y a aujourd’hui moins de natures (capteurs, contrats, équipements,
capteurs dans un logement que dans une opérations...).
voiture et plus de confort (thermique) dans sa La solution vise à agréger des données provenant
voiture … d’innombrables sources avant d'être mises à
Building as a service (BaaS) disposition du public ou de partenaires privées, via
des API. L’ensemble est consultable et pilotable grâce
Le Smart Building devient une plateforme à un tableau de bord ergonomique et multi-device,
multifonction et multiservice pour les utilisable par les équipes depuis le terrain ou par les
différents utilisateurs, qu’ils soient à l’intérieur locataires depuis leur logement.
ou à l’extérieur du bâtiment.

40
(1) Source : Manifeste Smart Buildings Alliance
et doivent évoluer en cohérence les uns avec les
2.2.3 Des logements aux autres. Les immeubles de demain ne seront donc
espaces mutualisés, plus monolithiques mais mixtes et à considérer
dans un ensemble pluridimensionnel avec des
réflexion globale sur la commerces, des bureaux, des services… Ils
création d’éco-quartier devront aussi répondre aux enjeux énergétiques
et climatiques tout en maximisant le confort et le
bien-être des utilisateurs.

Le quartier, cet espace de vie, multi-activités Des espaces mixtes


et connecté Pour être performant, l'immeuble de demain
Toujours selon Emmanuel François, “la smart devra ainsi s'adapter aux nouveaux modes de
city est fondamentalement connectée, travail des utilisateurs (coworking, desk sharing,
communicante, adaptative, résiliente. Elle est télétravail…), tenir compte de la rareté des
capable de monitorer et d’optimiser son ressources, et être pensé en fonction de la valeur
fonctionnement et ses infrastructures grâce à d'usage du bâtiment. Dans cette optique, les
des données exploitées en temps réel. smart buildings seront capables de répondre aux
Polycentrique, elle mixe les zones enjeux de la smart city, à savoir : une ville plus
résidentielles aux pôles d’activités et de écologique, intégrant le bien-vivre ensemble
commerces pour éviter la construction d’ avec des bâtiments pluriels et mutualisables, et
écoquartiers dortoirs, offrant des espaces de inclusive et participative avec le développement
coworking qui permettent d’éviter les de réseaux sociaux de quartier.
déplacements inutiles, favorisent les échanges
et développent une certaine forme d’ubiquité.
Ces nouveaux «cercles de proximité»
intelligents, où tout est accessible en quelques
minutes à pied.”(1) Focus:
Le bâtiment n’est plus un élément isolé
Calypso
Comme le livre Jean-Claude Tanguy (BNPP real
estate) dans une interview au journal Le Calypso, l’écoquartier fluvial de l’Ile-Saint-Denis
monde sur la Smart City : aujourd'hui, on ne
peut plus considérer l'immeuble comme un Création d'un quartier mixte assurant un grand
élément isolé, aussi performant soit-il. nombre de fonctions urbaines (logements, activités
économiques, commerces de proximité, bureaux,
L'immeuble s'envisage « contextuellement »,
équipements...).
intégrant un quartier et un territoire, qui
eux-mêmes concentrent tout un ensemble de Fruit d’une concertation entre la ville, le maître d’
données et de flux à prendre en compte. Les œuvre et les habitants, cet écoquartier dont la
données sont d'ailleurs structurantes et réalisation est étroitement lié aux JO2024 se veut
innovant : sans voitures - il faudra laisser son
essentielles dans notre métier, qu'il s'agisse
véhicule sur un parking avant d’y circuler -iI offrira un
de géolocalisation, de la détermination de la service de voitures en auto-partage, un atelier de
valeur des loyers et des charges, de réparation de vélo et des chariots accessibles aux
l'appréciation de la qualité des bâtiments ou résidants pour déplacer ses courses.
de leur performance environnementale. Cette
manière de voir la ville globalement est Quant aux bâtiments, certains sont 100 % bois,
d'ailleurs à l'œuvre dans la manière dont se d’autres en mixte béton et bois mais tous répondent
construit actuellement le territoire du Grand aux exigences énergétiques avec une conception
technique qui réduit la consommation d’énergie.
Paris. Transports, établissements de santé, de
sport, de loisirs, immeubles résidentiels ou Ce chantier est organisé par les deux promoteurs
d'entreprises… tous les composants de la Atland et Quartus.
métropole partagent de l'énergie, des données

41
(1) Source : Manifeste Smart Buildings Alliance
(2) Source : Interview Jean-Claude Tanguy, BNPP real estate
42
SMART
GOVERNANCE
#Empowerment
#CoConstruction
#OpenData
#Robot
#MachineLearning
#Transparence

43
2.3 SMART GOVERNANCE
quand le citoyen interagit avec
l’administration et co construit
grâce aux nouvelles technologies
Le numérique redonne du pouvoir à l'échelon Le citoyen : ce membre à part entière de la cité
local en permettant aux collectivités
Parler de ville intelligente, de technologie et de
d'améliorer leurs services publics tout en
transition écologique, tout en faisant fi du
abaissant les coûts, grâce à la collecte, et au
citoyen, de la démocratie participative et du lien
traitement de grandes quantités de données.
social n'a pas de sens. Car le citoyen doit être au
Pour des villes participatives et des coeur du processus.
administrations proactives
L’information circule mieux : l’internet remplace “Conçues comme de véritables plateformes au
le papier et le bouche-à-oreille, il permet service des citoyens, les villes intelligentes
d’avoir accès à n’importe quel type s’appuient sur des réseaux toujours plus puissants
d’information de manière exhaustive, ainsi d’infrastructures, de services numériques et de
qu’en temps réel. Les citoyens sont consultés systèmes d’informations interconnectés pour
et peuvent s’exprimer grâce à des plateformes exploiter et valoriser la donnée et mettre
collaboratives. Mais la gouvernance devient l’information à disposition des habitants et de leurs
aussi plus complexe, car Big Data et numérique nouveaux usages.”
génèrent à la fois de la simplicité au niveau Alexandre Guillo 7 juin 2017 Points de vue
individuel et de la complexité à l’échelle de la
collectivité.

Le citoyen : ce membre à part entière de la cité

44
Assistance civique et optimisation des services
2.3.1 L’e-administration, publiques : IA, Chatbot et blockchain
simplification des L’intelligence artificielle, notamment sous la
démarches et forme de chatbots, permet aux Smart Cities de
fournir des services automatisés construits sur
transparence l’analyse de données.
Un Chatbot, ou « agent conversationnel » est un
L’e-Administration est la dématérialisation des agent qui dialogue avec un utilisateur sur
documents administratifs, leur accès et la
Internet dans le but de l’aider dans une
possibilité de les remplir directement de chez soi
démarche administrative ou pour une explication
et la possibilité de contacter par e‐mail,
sur un service. Cet agent est doté d’une
l’ensemble des services municipaux avec la
intelligence artificielle (IA) qui aide l’utilisateur en
promesse d’une réponse rapide par le même
répondant à ses questions. Certaines entreprises
canal.
se servent de ces Chatbots pour aider leurs
clients à utiliser l’interface de leur site, alors
pourquoi ne pas envisager un tel service pour les
administrations publiques ? Les premiers
bénéfices attendus peuvent être simplement de
palier l’obsolescence de certains sites internet de
l’Administration ou encore d’offrir une
disponibilité 24h/24 7j/7 et éviter ainsi une
attente aux guichets physiques bondés et aux
horaires non adaptés à la vie active du citoyen.
Certaines expériences ont déjà été menées avec
succès. Le chatbot Visabot, par exemple, facilite
l’obtention d’un visa pour entrer sur le sol des
États-Unis. Il permet de compiler les données du
demandeur via Facebook (prénom, nom,
adresse…), de transmettre les documents à
remplir sans avoir à les chercher (et être sûr
qu’ils sont à jour), de sauvegarder ces derniers et
d’améliorer la description et les raisons de la
Adoption du “web2.0”as a service demande de visa.
Pour Luc Belot(1), l’adoption par les collectivités Interface du chatbot Visabot
de la logique du « web 2.0 » autorise une
interactivité plus grande et déplace
sensiblement la production de contenu du
service ou de l’autorité détentrice du site vers
l’usager, lequel contribue (volontairement ou à
son insu), relaie et participe au déploiement
et à l’enrichissement de l’offre initiale. Si les
collectivités semblent avoir pris du temps avant
d’intégrer ce nouveau schéma de relation,
certaines l’investissent de façon forte, avec,
entre autre, le recours au crowdsourcing*. Le
principe d’une « communauté » d’utilisateurs
alimentant un système qui redistribue
l’information ainsi collectée à ses utilisateurs
n’est pas nouveau ni spécifique aux villes.

(1) Source : “De la smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir de la smart city”, rapport de Luc Belot
* Crowdsourcing : utilisation de la créativité, de l'intelligence et du savoir-faire d'un grand nombre de personnes pour réaliser
45
certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur.
Blockchain dans les collectivités : quelles «On a une délibération réelle, qui aboutit à la
possibilités ?(1) réalisation de projets, contrairement à beaucoup de
consultations de citoyens.», Antoine Bézard
La blockchain, avant tout connue comme
support du Bitcoin est une technologie qui En France toujours, les montants alloués varient
permet de stocker et de transférer des de 9 euros à 41 euros par habitant. Le projet
informations, de façon transparente et parisien est le plus ambitieux, avec 92 millions
décentralisée (elle fonctionne sans organe d’euros octroyés en 2017, soit une moyenne de
central de contrôle). Différents cas d’usage 41 euros par habitant. A titre de comparaison,
possibles sont apparus et la smart city aussi Rennes finance des projets à hauteur de 3,5
sera un terrain de jeu pour la blockchain. Le millions d’euros, soit 16 euros par habitant.
secteur de la commande publique est un des Le principe qui est d’associer les habitants au
secteurs où l’utilisation de la blockchain sera la choix de dépenses d’investissement qui les
plus intéressante, avec notamment la concerne constitue aujourd’hui un réel outil
possibilité d’automatiser l’exécution de certains d’empowerement citoyen.
contrats grâce aux smart contracts.
La grande tendance des Smart City aujourd’hui
La blockchain peut également participer à la consiste à proposer et développer une
construction d’une nouvelle forme e‐Administration web 2.0 qui intégrerait les
d’administration. Par exemple, elle pourrait initiatives citoyennes, le vecteur d’une nouvelle
permettre de remplacer la transmission de démocratie urbaine tend à se développer,
documents par des transferts de traces (hash) notamment grâce à des acteurs nouveaux issus
de documents. de l’univers du digital. Ils proposent des
solutions clé en main pour renouer le dialogue
Budget participatif, outil de démocratie
entre les citoyens et leurs représentants.
participative
Depuis la naissance des budgets participatifs à
Porto Alegre, au Brésil, il y a trente ans, visant à
associer les citoyens aux décisions budgétaires,
l’idée a fait du chemin : plus d’un millier
d’expérimentations se sont développées à
travers le monde. Un rapport de l’ONG
allemande “Engagement Global” publié en 2014 Focus:
estimait que 1 269 à 2 778 villes dans le monde
disposaient d’un budget participatif, avec des OpenBudget
formes variées. Des mouvements citoyens ont
même réussi à s’emparer du pouvoir et
inaugurent des formes nouvelles de Pour savoir où va l'argent public.
gouvernance, comme à Barcelone (voir le focus).
Des métropoles comme Nantes, Paris ou Metz Que fait le Conseil municipal avec les taxes payées
par les résidents de Barcelone? D'où viennent les
ont fait de la participation une ligne majeure de
revenus? Quelle entreprise a facturé le plus l'année
leur action. En France, le nombre de communes dernière? Combien dépense le conseil municipal pour
concernées a quasi doublé en un an, passant de le nettoyage?
vingt-cinq à quarante-six, selon une étude
réalisée par Antoine Bézard, fondateur du site Barcelone, via l’outil Open Budget , permet au public
de consulter librement les finances et les allocations
lesbudgetsparticipatifs.fr. Cet essor s’explique
budgétaires de la ville, de façon globale ou très en
par une volonté politique d’associer davantage détail, avec accès à chaque facture acquittée par la
les citoyens, mais aussi par le développement municipalité.
de plates-formes techniques sur Internet qui L'idée est que les comptes du Conseil municipal
facilitent cette expression. Dans 40 % des soient aussi clairs et transparents que possible et
projets actuels, le dépôt et le vote du projet se accessibles à tous.
font désormais en ligne.

46
(1) Source La Gazette des Communes “Expérimentation de la blockchain dans les collectivités : quelles possibilités ?”
L’empowerment des citoyens est un enjeu
2.3.2 La force du collectif majeur de la Smart City
et de la participation Les espaces de participation citoyenne se
citoyenne multiplient. La politique représentative
traditionnelle est plus efficace quand une autre
Le concept de Smart Cities fonctionnera forme de démocratie plus vivante, plus critique,
seulement si les citoyens deviennent acteurs de se déploie à l’extérieur des institutions.
la vie municipale et s’approprient les Renouer le dialogue entre les citoyens et les
technologies. Cette implication passe d’abord maires
par l’instauration de portails interactifs, de
guichets uniques et de services en ligne. Citons l’exemple très parlant de l’application
Fluicity qui se veut un outil d'anticipation et
d'aide à la prise de décision pour les élus. Elle
permet aux élus de dialoguer avec leurs
administrés : les maires peuvent faire descendre
de l'information ciblée à leurs citoyens et
inversement les habitants peuvent donner en
temps réel leur avis sur les propositions de la
collectivité, signaler un dommage dans leur rue
ou tout simplement proposer une idée. « Les
données recueillies permettent aux élus de prendre
des décisions et d'être plus efficaces. Les citoyens
mesurent en retour l'impact de leurs avis sur les
décisions des maires », Julie de Pimodan, CEO
Fluicity. Utilisée par de plus en plus de
Affiche de la campagne pour le budget participatif de municipalités en France, Fluicity est déjà en place
la ville de Grenoble dans 7 villes et en déploiement chez 35
nouvelles municipalités dont de nombreuses
Les propositions doivent émaner des citoyens faisant partie du projet Grand Paris.

Une ville intelligente ne peut être orchestrée


que par le citoyen, car c'est de lui que doivent
émaner les propositions; à ce sujet d'ailleurs, la Focus:
technologie permet l'expression de ces
propositions, comme l'ont montré les dernières
megacities-s
expériences de budget participatif. Les citoyens hortdocs.org
expriment des souhaits, les politiques les
traduisent pour définir les contours de la Court-métrages réalisés par des citoyens pour
stratégie ; quant aux partenaires privés, ils en mettre en lumière des solutions et inspirer de
dirigent l'application au quotidien. nouvelles initiatives.
Aux nouveaux modèles économiques de la ville Le citoyen est sollicité pour mettre en lumière, par
intelligente (auto partage, véhicules électriques, des documentaires courts, des solutions locales
production décentralisée d'énergies inspirantes qui ont été initiées par une personne ou
renouvelables) doivent correspondre de une communauté, près de chez lui, et qui ont relevé
nouveaux modèles socio-politiques de tous ces défis. Avec son histoire, il peut
potentiellement changer la vie d’un(e) ami(e), d’un(e)
citoyenneté (referendum locaux d'initiative
voisin(e), d’une famille dans une autre MegaCity.
populaire, budget participatif, collaboration
collectivités / associations). De plus en plus Les ShortDoc sont officiellement projetés lors de
d’initiatives viennent des citoyens, qui agissent cérémonies des Award à Paris, NYC, Tokyo, São
à leur échelle sans passer par les institutions. Paulo, Shanghai, Mumbai et Lagos.

47
Facebook, Twitter, Instagram ou Snapchat :
2.3.3 Les vertus d'une nouveaux outils pour porter la voix du citoyen
approche bottom-up D’autre part, la pression des citoyens sur les
réseaux sociaux a de plus en plus d’impact. Les
Des modes de collecte et d’organisation de utilisateurs des services ne sont plus de simples
l’information et d’engagement des citoyens usagers mais deviennent des acteurs.
qui ont fait leur preuve Aujourd’hui, les collectivités utilisent quasiment
Les outils de signalement (ou citizen-reporting systématiquement leurs comptes Facebook,
apps) sont parmi les outils les plus simples à Twitter, Instagram ou Snapchat pour relayer
mettre en œuvre et portent une promesse rapidement toute information utile aux habitants
concrète d’efficacité technique. Et il n’est pas connectés (trafic, travaux, évènements,
récent, l’outil pionnier FixMyStreet ayant été situations exceptionnelles). Quant aux habitants,
lancé il y a presque dix ans au Royaume-Uni. ils se sont aussi appropriés les réseaux sociaux
notamment pour créer des communautés dans
leurs villes par exemple dans le sport (strava,
runtastic) ou encore dans les milieux associatifs.
Ils s’en servent également pour manifester leur
mécontentement et faire remonter des
dysfonctionnements, et ce en fédérant d’autres
citoyens.

Fix My Street est une plateforme internet et


mobile à la disposition du citoyen et de
l’administration pour signaler et suivre la
résolution des incidents dans l’espace public. Il
existe à Paris sous le nom de “Dans ma rue”. Ce
type d’outils offrent également la possibilité de
remonter des suggestions (ou idées).
L’utilisation de ces outils peut soutenir
l’engagement dans une« communauté locale » -
mon quartier par exemple - en ligne ou hors
ligne, et présente le bénéfice de transformer un
acte simple de signalement en expérience
48 civique.
Civic tech, une remise en cause des formes 2 : Assurer la souveraineté, éviter la
classiques de la représentation privatisation de la ville
Les civic tech, ces plates-formes a priori Les enjeux de souveraineté doivent être
transpartisanes qui promettent, comme appropriés à tous les niveaux de décisions pour
Voxe.org (voir Focus), de « révolutionner la s’assurer que les territoires gardent la maîtrise
démocratie ». Il existe beaucoup d’initiatives du de la donnée, des outils, applications
même genre aujourd’hui : Accropolis, chaîne smartphone, des logiciels métiers, et que la
vidéo d’actualité politique en ligne, Ma Voix, standardisation et la réversibilité soient des
créée pour « hacker » les élections législatives préalables.
de juin 2017 en faisant élire des anonymes, ou
3 : Garantir une ville inclusive
encore Bayes Impact, start-up espérant «
redonner le pouvoir aux chômeurs » Donner une place à chaque citoyen, sans fracture
sociale ou numérique. Dans une vraie logique
d’empowerment le mettre au cœur des projets
en passant d’une approche centrée usager (user
centric) à une approche centrée citoyen (citizen
centric).
Au delà des opportunités qu’offrent les nouvelles
technologies, la smart governance consiste en
premier lieu à replacer l’usager au cœur de la
stratégie publique, de chercher à répondre à ses
besoins, et de concentrer les efforts à la mise en
place d’une « expérience utilisateur » riche,
positive et inclusive.

En résumé, remettre l’habitant, le citoyen, au


cœur de la démarche publique pour construire Focus:
les villes intelligentes
Dans son rapport daté d’avril 2017 sur l’avenir
Vox.org
des Smart Cities au Premier Ministre “De la
smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir
Mieux s'informer, pour mieux s'engager.
de la smart city”, le député de Maine-et-Loire
Luc Belot(1) définit trois principes directeurs de la L’outil facilite l'accès à l'information politique,
smart city et qui s’applique selon moi d’autant propose un comparateur de programmes politiques
plus au pilier de la Smart Governance: et deux newsletters : "What the Voxe ?!", qui
décryptent l'actualité politique, et "Happy
1 : Organiser une réelle gouvernance Democracy", qui fait connaître les initiatives de
Chaque structure intercommunale devra se transition démocratique. Enfin, la Voxe Academy
propose des ateliers qui réinventent l'éducation
doter d’une structure de gouvernance associant
civique et donnent à chacun les outils pour
à minima élus et administration, et plus dédramatiser le débat politique et avoir un impact sur
efficacement l’enseignement supérieur et des la vie publique. Pour les élections de 2017, Voxe.org a
acteurs économiques, permettant de sortir des lancé hello2017.org, la plateforme qui rend le citoyen
politiques de silo vers une réelle transversalité. acteur de l'élection en lui permettant de s'informer,
de comparer les programmes, d’interpeller les
candidats et de se rencontrer pour débattre.

49
(1) Source : “De la smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir de la smart city”, rapport de Luc Belot
50
SMART
ENERGY
#Smartgrids
#EnergiesRenouvellables
#MaintenancePrédictive
#Environnement
#EfficacitéEnergétique

51
2.4 SMART ENERGY & UTILITY
la donnée, facteur clé d’économies
majeures et de rationalisation de
la consommation
La protection de l’environnement est LA L’usage et les usagers
priorité mondiale. Qu’il s’agisse d’éclairage
Comme toujours, le citoyen qu’il soit
intelligent, de collecte de déchets repensée, de
consommateur ou producteur, est au cœur des
protection de l’eau ou même de l’air… les villes
solutions mises en oeuvre dans les économies
se dotent de plus en plus d’outils pour piloter,
d'énergies et l’optimisation des ressources. Il
réutiliser, optimiser les ressources dont nous
doit trouver dans les technologies un moyen de
avons besoin pour vivre.
simplifier et d’améliorer son quotidien, mais ne
Smart Grids doit pas être asservi à cette technologie, ni
déresponsabilisé par elle de ses actes.
Mieux comprendre, gérer et distribuer l’énergie
pour réduire les consommations d’un territoire Impact direct sur la vie de tous les citoyens
tout en assurant un haut niveau de service :
Bien que souvent focalisées sur la gestion de l’
voici le défi que les collectivités françaises
énergie, des flux de personnes et de transport,
doivent relever. L’arrivée des technologies
les Smart Cities lancent aussi de initiatives
smart grids et de leurs applications à la cité
autours de la valorisation des détritus et une
leur ouvre dans ce domaine des perspectives
gestion améliorée des déchets représente un
prometteuses.
gisement d’économies pour les collectivités non
negligeable.

Conditions de circulation difficiles, pollution de l’air, qualité de vie sacrifiée. Vivre en ville apparaît
comme de plus en plus compliqué.
52
Les consommateurs bien informés sur leurs
2.4.1 Les smart grids et propres usages pourront alors disposer
les économies d’énergie d’informations les rendant capables d’adapter
leurs usages de l’électricité, en adéquation avec
les besoins de pilotage du réseau. On peut
Pour s’adapter aux nouveaux usages de l’
imaginer par exemple, des tarifs incitatifs
énergie électrique, on estime aujourd’hui que
variables dans le temps.
les réseaux électriques doivent évoluer vers des
“réseaux électriques intelligents” ou “smart Les microgrids ouvrent la voie des échanges
grids”. entre pair
Le concept de « réseau électrique intelligent » Autre opportunité, les microgrids : ces réseaux
est une vision prospective qui a émergé au peuvent fonctionner de manière autonome en
début des années 2000 sous l’effet : d’une part cas d’incident grave, tout en offrant la possibilité
de la volonté de recourir fortement aux énergies de développer localement un marché d’échange
renouvelables dans le mix de production d’énergie de pair à pair. C’est ce qu’expérimente
électrique, afin de nous affranchir des divers TransactiveGrid à Brooklyn avec plus de 50
inconvénients des énergies primaires fossiles, participants (habitants, entreprises, écoles,
et d’autre part des progrès stupéfiants des TIC pompiers), et une plateforme décentralisée de
(technologies de l’information et de la gestion des échanges exploitant la technologie
communication). BlockChain.
Lorsque le réseau électrique est absent, se
Pour quels avantages
constituent désormais des microgrids
Florent Cadoux, Titulaire de la chaire Enedis sur autonomes autour de producteurs d’énergie
les smart grids, présente l’objectif individuels. Les perspectives d’optimisation
d’optimisation énergétique de la manière locale de l’offre et la demande sont décuplées.
suivante : “Les smart grids devraient permettre Outre la résilience et l’accessibilité, des gains
d’optimiser l’utilisation des actifs (lignes, énergétiques sont attendus de la part de ces
transformateurs, etc.) en utilisant de nouveaux systèmes réduisant le transport d’électricité.
leviers pour tenter de piloter le réseau plus près
de ses limites. Ainsi les smart grids pourraient
consister d’une part en de nouveaux leviers
opérationnels permettant par exemple de jouer Focus:
sur les consommations et les productions pour
répondre à des contraintes du réseau, et TransactiveGrid
d’autre part en de nouvelles solutions
techniques permettant l’observation du réseau TransActive Grid utilise la technologie blockchain
par des capteurs, des télécoms et des outils de pour permettre l’échange d’énergie “peer-to-peer”
traitement de l’information afin d’améliorer la Transactive Grid permet aux particuliers de produire
connaissance de l’état du réseau et donc et d’échanger leur énergie localement via une
permettre un pilotage plus fin des nouveaux nanogrid, qui permet de réduire les coûts de
leviers opérationnels précédemment cités.” transport, de distribution et les pertes énergétiques.
La plate-forme utilise la technologie et les protocoles
Les données, un actif stratégique, l’usager, le BlockChain pour stocker les données de
pivot central de la Smart Grid consommation/transaction et optimiser le partage d’
énergie, même sur une très petite échelle comme
Fournissez des données, le consommateur
celle de la communauté de Brooklyn, quartier de New
réduira ses usages. Une promesse simple et York. La blockchain permet également de vendre
séduisante. À condition de fournir une directement des crédits d'énergie, ce qui permet de
information claire, des conseils et la possibilité réduire considérablement le coût de ces transactions.
de réaliser des économies. Ceci suppose l’usage
Cette initiative combine énergies propres et
de compteurs connectés et d’équipements
économie de partage.
domotiques, répondant à l’exigence d’agilité des
utilisateurs.
53
Éclairage public : vous avez dit smart ?
L’éclairage public est un «gouffre énergétique»,
selon la formule de la Commission de régulation
de l’énergie (CRE). Il représente le premier poste
de consommation d’électricité d’une commune,
soit près de la moitié en volume, un gros tiers
de la facture et le cinquième des dépenses
totales d’énergie. Il y a donc un potentiel d’
économie énorme.
Outre le remplacement systématique des
ballons fluorescents par des LED, dont le coût
est certes élevé mais le rendement nettement
supérieur, les LED permettent aussi l’allumage
Quand nature, technologie et imagination
instantané avec un pilotage à distance, une
permettent de créer une expérience unique
gradation de 0 à 100 %, une segmentation de
l’offre selon le besoin et la création de nouveaux Autre exemple d’innovation technologiques au
services. service de l’environnement dans le milieu urbain,
les supertrees. Ces structures emblématiques du
Utiliser des données mobiles pour faire des
parc “Gardens by the Bay” à Singapour imitent la
économies d’énergie en éclairage
fonction écologique des arbres. Modèle
Des expérimentations sont en cours, d’intégration de nouvelles technologies au sein
notamment à Paris. Afin de réduire la pollution d’espaces naturels, ces arbres artificiels hauts de
lumineuse et faire des économies d’énergie, 18 à 50 mètres sont de vrais champions de
l’idée est de savoir si on peut moduler l’ technologies alliant jardins verticaux, énergies
éclairage urbain en fonction de la fréquentation durables et fonctionnalités diverses : éclairage,
dans la rue, sans utiliser de capteurs (de collecteur d’eau ou encore conservatoire pour
présence par exemple), limitant ainsi les coûts espèces végétales.
d’infrastructure. La ville de Paris y est parvenue
en croisant les mesures de flux de l’opérateur
SFR avec ses données d’open data pour calibrer
un modèle de prédiction. Focus: SANSI
L’expérimentation, menée début 2017 dans le
cadre du programme DataCity de la ville de
Paris, a permis de démontrer qu’il est possible
Un lampadaire à capteurs intelligent et
d’utiliser des données mobiles pour faire des multifonction
économies d’énergie en éclairage. Déployée
dans toute la ville, une telle solution permettrait Le lampadaire intelligent du chinois Sansi permet d’
de faire une économie de 6% sur la facture d’ éclairer à moindre coût grâce à une technologie LED,
électricité de la ville, sans aucun investissement mais intègre surtout une caméra de
matériel. vidéo-surveillance, des prises pour charger son
smartphone, un écran tactile permettant l’accès à
Au delà de l’aspect technologique et des infos sur la ville, ou appeler les secours en cas
économique, de nombreux exemples de d’urgence. Il peut également servir de borne WiFi
mobiliers urbains connectés s’inspirent de la publique et être équipé de capteurs
nature, par leur forme essentiellement, mais environnementaux pour mesurer la qualité de l’air par
aussi de plus en plus dans leurs fonctionnalités exemple.
De grandes villes chinoises comme Shenzhen ou
Hangzhou les ont déjà adoptés et Bonneval en France
(Eure-et-Loire) va prochainement en tester un.

54
2.4.2 La gestion des
déchets
On l'a bien compris, un
des enjeux majeur de la
Smart City est l'impact
environnemental de
l’urbanisation croissante:
plus d’habitants dans les
villes signifie immanqua-
blement plus de déchets
à traiter.
Des enjeux
d’optimisation et de
performance

Vouée à être transparente au quotidien, la Des enjeux de valorisation


problématique des déchets prend une
Autre exemple différenciant à Séoul où est
importance démesurée dès lors que son bon
installé un système de collecte pneumatique
fonctionnement est perturbé. Pour optimiser
chez les particuliers ou dans toute la ville. Il
leurs tournées comme pour délivrer aux
mène les déchets à un centre de tri, ce qui
usagers des informations fiables, les services
apporte non seulement une simplification pour
de collecte de déchets ont à gagner à
l’habitant mais maximise aussi les possibilités de
instrumenter leurs équipements. Toute la
valorisation des déchets, en réduisant les pertes
chaîne est concernée par la numérisation de la
et les erreurs de tri.
collecte : les agents, comme les services
administratifs et informatiques qui utilisent les
outils au quotidien. En l'occurrence, les données
émises par les équipements de la chaine des
déchets (puces des containers, données GPS et Focus:
de collecte des camions) devraient remonter en
temps réel pour assurer un suivi dynamique. Valovisio
Outre le fait d’archiver les actions réalisées, ces
données vont être valorisées en dressant des Centre de pilotage de SUEZ pour la gestion et la
statistiques afin de mesurer concrètement les valorisation des déchets, lancé le 26 octobre 2017.
évolutions des comportements, des utilisations A partir de capteurs équipant les véhicules et les
et des améliorations. Ces modèles de prévision conteneurs, toutes les informations convergent
automatiquement et en temps réel vers le centre
rendent possible une allocation au plus juste
VALOVISIO. Cela permet, le cas échéant, de
des ressources par une adaptation de la replanifier une collecte de déchets en temps réel, en
politique des territoires urbains en matière de fonction de telle ou telle situation (disponibilité d’un
gestion des déchets. chauffeur par rapport à un incident ou demande
particulière et urgente d’une entreprise). Le centre
Amsterdam, par exemple, a intégré
propose un scénario en quelques secondes quand il
l’optimisation de la collecte des ordures à son fallait plusieurs jours avec l’ancienne organisation.
projet de réduction de son empreinte carbone.
Concrètement, grâce à des capteurs Selon SUEZ, le centre Valovisio doit conduire, en
déterminant le taux de remplissage des termes d’optimisation des tournées, à une économie
containers, la flotte de camions dédiés suit une de 700 000 km par an (soit 10 %), soit « un
route calculée au mieux en évitant les détours aller-retour vers la lune ! ».
inutiles.

55
Suez, le géant français de la gestion de l'eau et
2.4.3 La gestion de l’eau des déchets a notamment développé deux
solutions de gestion intelligente : Aquadvanced,
pour optimiser la performance des réseaux d'eau
Pour vivre, l’être humain à besoin d’être potable (débit, pression, qualité de l'eau, etc.) et
approvisionné en eau potable et l’eau sale doit Influx, pour la gestion anticipée et dynamique
être traitée de façon appropriée pour respecter des systèmes d'assainissement.
l’environnement. Présente en masse ou trop
Ces installations permettent une gestion
rare, trop polluée ou trop salée, l’eau peut être à
prédictive de l'infrastructure, et d’anticiper des
l’origine de problématiques qu’il est aujourd’hui
événements comme les inondations ou la
possible de régler si l’on fait en sorte d’allier
pollution des eaux de baignade, par exemple.
réflexion, organisation et moyens financiers.
Télérelève
La télérelève est très bien implantée sur le
territoire français, qui compte déjà 3,5 millions
de compteurs d'eau intelligents. C'est un service
à la base pensé pour l'usager, pour lui permettre
de mieux suivre ses consommations et ainsi
contrôler sa facture, mais les collectivités se
rendent compte que l'on peut aller plus loin avec
la mise en place de services innovants et de
synergies avec la smart city, notamment sur la
surveillance des personnes âgées et l'envoi d' un
Les problèmes de gestion de l’eau se font de
signal alerte en cas d'un arrêt total de la
plus en plus menaçants et freinent le
consommation d'eau, peut-être synonyme d'un
développement de nombreux pays.
malaise ou d'un accident
Une gestion optimisée de l’eau s’organise
autour de deux approches : persuader la
population et les industries de consommer
moins d’eau et faire appel aux dernières
technologies afin d’utiliser l’eau de manière plus
Focus:
efficace. Hydrocity
Aujourd’hui, les acteurs majeurs du secteur
(Veolia, Suez, etc.) développent tous des Recycler les eaux usées et les eaux pluviales
solutions de télérelève des compteurs, afin de Hydrocity est un groupement de quatre entreprises
gérer la distribution d’eau de manière plus qui ont décidé de développer ensemble un concept de
précise, à distance et de réaliser des économies. gestion des eaux pluviales et des eaux usagées.
Cela englobe plusieurs thématiques : détection Concrètement, le concept prévoit un réseau en trois
des fuites, comptage intelligent, suivi en temps flux d’eau : les eaux pluviales de toiture, les eaux de
ruissellement et les eaux grises.
réel de la qualité de l’eau, connaissance du
patrimoine et de son évolution à long terme, La récupération des eaux pluviales et des eaux grises
gestion en temps réel des réseaux d’eau peut ainsi subvenir aux besoins non alimentaires et
potable et création de nouveaux services pour corporels des utilisateurs. De plus les calories
les usagers. Améliorer l’efficacité énergétique contenues dans les eaux grises sont récupérées pour
la production d’eau chaude sanitaire.
de la production et de la distribution d’eau
potable consiste à réduire la consommation Hydrocity répond ainsi à différents enjeux : économi-
énergétique de deux postes principaux : le que pour les particuliers et pour la collectivité (coût de
pompage et le traitement. Il est en effet l'assainissement) et environnemental (réduction des
possible de réduire la consommation d’énergie installations d'assainissement, création de zones
d’une station de traitement des eaux en humides).
réutilisant la chaleur des effluents pour chauffer
les bâtiments.
56
3.
La digitalisation et la
connectivité, réseau veineux
de la ville d'aujourd'hui et de
demain

Un nouveau paysage se dessine où la donnée devient


centrale et son partage fondamental pour pouvoir déployer
des services, pour mettre en œuvre des dispositifs qui
améliorent la performance et la résilience des villes, enfin,
pour exploiter de manière transversale et en approche
globale des quantités de données intrinsèques à la ville
intelligente et issues de tous les acteurs.
57
3.1
La place de la donnée
dans la Smart City

3.1.1 L’essor du Big Data Le Big Data, de quoi parle-t’on ?


Le big data, ou mégadonnées, désignent des
L'utilisation du Big Data pour la ville ensembles de données devenus si volumineux
intelligente permet un stockage et un qu'ils dépassent l'intuition et les capacités
traitement efficaces des données pour humaines d'analyse et même celles des outils
produire des informations susceptibles informatiques classiques de gestion de base de
d'améliorer les différents services de la Smart données ou de l'information. L’explosion
City. En outre, le Big Data aide les décideurs à quantitative de la donnée numérique contraint à
planifier l'expansion des services et des de nouvelles manières de voir et analyser.(1)
ressources. Cependant, le Big Data a besoin Actuellement, une grande quantité des données
des bons outils et méthodes pour une analyse est générée à partir de différentes sources, telles
efficace des données. Ces outils et méthodes que les smartphones, les ordinateurs, les
peuvent encourager la collaboration et la capteurs, les caméras, les systèmes de
communication entre les acteurs et fournir des positionnement global, les sites de réseaux
services à de nombreux secteurs de la ville sociaux, les transactions commerciales et les
intelligente, tout en améliorant “l'expérience jeux. Étant donné que les données générées ne
client” du citoyen (si on s’autorise une analogie cessent de croître, des installations efficaces de
en utilisant les termes du Marketing Digital) et stockage et de traitement des données posent
en ouvrant de nouvelles opportunités de des défis aux plates-formes traditionnelles
marché. d'exploration de données et d'analyse.

58
(1) Source wikipédia
Quelques données sur la donnée Un nombre de plus en plus important de villes,
de territoires, ainsi que l’Etat ont mis en place
Entre 2000 à 2017, le nombre d’internautes a
des démarches d’Open data. La France figure
explosé de 400 millions à 3.7 milliards…
d’ailleurs dans les toutes premières places des
presque la moitié de la population mondiale.
classements européens sur le sujet (classement
Chaque minute, 18 millions de personnes ePSI Forum).
veulent savoir quel temps il va faire sur ce laps
L’ouverture des données publiques ne remet pas
de temps, 3.6 millions de recherches sont
en cause l’importance des systèmes
effectuées à l’aide de Google. L’infographie de la
d’information, à savoir un modèle intégré qui
page suivante illustre bien ce phénomène
puise sa valeur dans sa capacité à regrouper un
d’intensification du Big Data : 4.1 millions de
grand nombre de données issues de systèmes
vidéos sont regardées sur YouTube, 69 444
hétérogènes au sein d’un seul et unique outil de
heures de vidéos sont streamées sur Netflix,
pilotage. En considérant l'information publique
527 760 photos sont partagées sur Snapchat et
comme un bien commun dont la diffusion est
46 740 sur Instagram… et 13 nouvelles
d'intérêt public et général, le mouvement Open
chansons sont ajoutées sur Spotify.(1)
Data ouvre le champs des expérimentations à
Bracelets connectés, voitures autonomes, tous les acteurs de la ville qui souhaitent
implants médicaux, caméras connectées, résoudre une problématique ou améliorer des
compteurs électriques intelligents ou jouets usages, et autorise la ville à tirer parti des
connectés sont autant de machines qui dynamiques naissantes qui peuvent émaner de
génèrent de plus en plus de données. petites structures - telles que les startup - ou
des citoyens.
La capacité de recueillir et de traiter de telles
quantités de données permet d’envisager une Ce qui distingue les deux approches, c’est la
grande variété de produits et de services question du partage des données. Faut-il en
nouveaux. L’analyse des données peut ouvrir le limiter l’usage à quelques acteurs (les opérateurs
chemin à des innovations incrémentales en de la ville intelligente) ou en promouvoir une
permettant de mieux comprendre, voire de appropriation et une réutilisation plus large par
prédire à partir d’éléments existants, désirs et des tiers, entrepreneurs et innovateurs locaux ou
besoins des utilisateurs. Elle peut permettre de nationaux ?
savoir comment les citoyens réagissent aux
Approche intégrée et logique de partage des
innovations qu’on leur propose ce qui renforce
données, quelle tension ?
l’importance de la phase d’expérimentation (à
condition de pouvoir faire les tests avec un Le Grand Lyon restreint l’usage des données de
nombre suffisant de personnes).(2) mobilité à quelques acteurs sélectionnés, pour
garantir que les applications développées ne
«nuisent pas aux services commerciaux pilotés
3.1.2 L’Open Data(3) par la collectivité en délégation de service
public». En clair, il s’agit ici de protéger aussi les
intérêts économiques de l’entreprise délégataire,
L'open data, ou donnée ouverte, est une donnée au détriment d’un accès au plus grand nombre.
numérique dont l'accès et l'usage sont laissés
Derrière la problématique de la gouvernance des
libres aux usagers. Elle peut être d'origine
données (modèle intégré vs. approche ouverte),
publique ou privée, produite notamment par
c’est bien une question politique qui se pose :
une collectivité, un service public ou une
quel est le rôle de l’acteur public à l’heure de la
entreprise. Elle est diffusée de manière
ville intelligente ? Comment tirer parti des
structurée selon une méthode et une licence
dynamiques naissantes sans pour autant
ouverte garantissant son libre accès et sa
abandonner toute souveraineté (numérique) aux
réutilisation par tous, sans restriction
opérateurs de la smart city ?
technique, juridique ou financière.(3)

(1) Source infographie domo.com “Data never sleep 5.0, how much data is generated every minute?”
(2) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
(3) Source numéro 25 de la revue urbaine Place Publique
59
(4) Source wikipédia
60
De l’usage des données issues des réseaux
3.1.3 Les réseaux sociaux sociaux
Prenons l’exemple de Facebook qui a mis en
Les réseaux sociaux, gisement de données au place le “service safety check” utilisé pour la
service de la smart city(1) première fois en France lors des attentats de
Si la Smart City exploite pour le moment Paris de novembre 2015 et qui s’est depuis
essentiellement les données récoltées par les généralisé. Citons également Twitter qui a été le
capteurs physiques, les données des réseaux relais du #portesouvertes lors de ce même
sociaux - souvent géolocalisées - pourraient événement tragique. On peut légitimement se
constituer une autre source prometteuse pour poser plusieurs questions : quelle est la
comprendre la ville. L’avantage de ces données légitimité d’une entreprise privée à déterminer la
est double. Elles sont bon marché comparées à gravité d’un événement ? Quand lancer cet outil
la pose de capteurs physiques et elles peuvent afin qu’il ne soit ni trop tôt et ni trop tard et ne
contenir une analyse de la situation, là où le pas nuire à d’éventuelles actions de secour en
capteur se contente d’une information cours ? ou encore est-ce bien avisé d’indiquer
quantitative sans analyse terrain. son domicile sur un réseau social entièrement
public ? Certaines sociétés proposent de faire de
Dès le début des réseaux sociaux, villes et la surveillance des réseaux sociaux («social
habitants ont développé eux-mêmes leurs media monitoring»). Cette activité permet aux
usages pour mettre ceux-ci au service de leur entreprises de suivre la perception de leur image
environnement. Ainsi, les collectivités utilisent de marque mais peut aussi servir à surveiller les
quasiment systématiquement leurs comptes populations. Il est difficile d’obtenir des
Facebook, Twitter, Instagram ou Snapchat pour informations sur ce sujet. Les réseaux sociaux
relayer rapidement toute information utile aux communiquent peu sur les données qu’ils
habitants connectés (trafic, travaux, rendent accessibles commercialement. Et les
évènements, situations exceptionnelles). Quant entreprises ou même les services de l’état qui
aux habitants, ils se sont aussi appropriés les utilisent ce type de prestation communiquent
réseaux sociaux notamment pour créer des rarement dessus.
communautés dans leurs villes.
Les données des réseaux sociaux constituent
Certains réseaux sociaux l’ont bien compris et réellement une source intéressante pour rendre
cherchent à faciliter le lien entre l’utilisateur et la ville encore plus “smart”. Mais la question de
les informations liées à son lieu de vie. la protection des données et de la vie privée est
centrale.

(1) Source energystream-wavestone.com “Smart cities quel usage pour les réseaux sociaux” 61
3.1.4 Data Analytics
“La data a deux forces auxquelles nous ne pouvons pas
échapper : la première est qu’elle révèle des vérités que
nos discours cachent. La seconde est qu’elle permet,
quand il y en a vraiment beaucoup et qu’on peut les
analyser à fond (data analytics), de rendre compte de
situations en temps réel, voire de prévoir ce qui pourrait
arriver et donc d’agir en conséquence”, Francis Pisani
Data Analytics et prédictibilité
Dans toute ville, l'analyse des données est
considérée comme la principale source
d’amélioration des diverses thématiques
“Smart city” visant à augmenter la qualité de vie
des citoyens et rendre leurs villes plus durables.
Obtenir des informations à partir des données
et prendre des décisions nécessite de nouveaux
algorithmes et des techniques de visualisation
qui modifient la façon de gérer la ville. Par
exemple, les pertes d'énergie ou d'eau causées
par des dispositifs défectueux peuvent être
réduites en faisant correspondre la
consommation mesurée par les compteurs des
utilisateurs avec celle mesurée par les
systèmes d'autres services publics. Ainsi, le
traitement à la volée des données devient de
plus en plus important, alors que les approches
traditionnelles de stockage puis de traitement,
dans lesquelles chaque entreprise récupère ses
données et les stockent pour y accéder à
l'avenir, peuvent ne plus être appropriées. C’est
la notion de “time to market” tant utilisé dans
les programmes de transformation des grandes
entreprises notamment.
IA et deep learning
L’intelligence artificielle (IA) permet de
transformer les données en ressources
exploitables. L’IA transforme notre façon de
capturer et d’analyser des données dans de
nombreux secteurs allant de la sécurité
publique à la gestion de la circulation
automobile et du stationnement en passant par
le maintien de l’ordre et les services
municipaux. Par exemple, l’IA peut transformer
la vidéo en informations précieuses : couplée
avec le deep learning, elle fournit des analyses
en transformant les données vidéo en
informations utiles.

62
(1) Source numéro 25 de la revue urbaine Place Publique
Les cyberdélinquants sont parvenus à les faire
3.1.4 Protection des sonner une quinzaine de fois avant que les
Données autorités de la ville ne parviennent à reprendre le
contrôle, déclenchant un vent de panique dans la
population et occasionnant une explosion du
Smart City : les clés de la ville aux mains des
nombre d’appels au numéro des urgences.
pirates ?
On ne peut s’empêcher de penser à l’utilisation
“L’autre facette obscure du big data utilisé dans les
de tous ces jeux de données dans le cadre
villes est celle de la centralisation des données et
d’attaques terroristes
des menaces que cela peut poser pour la vie privée
des citoyens”, Francis Pisani On peut imaginer également différents services
paralysés par des cybercriminels qui auront
Par le biais des plateformes web, des millions
infecté un réseau informatique avec un
de données sont collectées. La garantie de la
ransomware (virus chiffrant toutes les données
sécurité publique est primordiale. Pour contrer
d’un serveur ou d’ordinateurs) et exigeront le
les éventuelles actions malveillantes, les
paiement d’une rançon pour tout débloquer.
collectivités doivent investir dans des systèmes
informatiques ultra-performants.(1)
À l'ère du Big Data, l'information sur les
individus dans la ville intelligente est exposée à
l'analyse, au partage et à l'abus, préoccupation
grandissante qui suscite des inquiétudes quant
au profilage, au vol et à la perte de contrôle de
la donnée. Par exemple, de nombreuses
données d'identification personnelle concernant
les citoyens, telles que les activités sociales et
les lieux, sont collectées et il convient de veiller
à ce qu’elle ne soient pas utilisées à de
mauvaises fins.
Cyber-sécurité et cyber-attaques
De nombreux efforts sont déployés pour
répondre à cette préoccupation, et la
sécurisation de la grande quantité de données
privées collectées par les technologies des villes
intelligentes auprès des pirates et du vol
devient une problématique grandissante dans
la Smart City. En effet, bien que les
cyber-attaques réussies sur les villes restent
relativement rares, les technologies des villes
intelligentes soulèvent un certain nombre de
préoccupations qui nécessitent l’attention de
tous les acteurs, publics et privés.
Aucune ville ne peut se prévaloir d’être
totalement à l’abris d’une attaque, et des
pirates ont déjà infecté des réseaux électriques,
le réseau du tramway à San Francisco, des
systèmes d’alerte de Dallas. En avril 2017, le
système d'alarme de la ville américaine de
Dallas, qui compte 156 sirènes réparties dans
toute la ville et qui est utilisé pour prévenir la
population en cas de problème, a été piraté.
63
(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
Même en matière de Smart City, il faut La Smart City est-elle synonyme de
respecter les règles fondamentales. Le surveillance généralisée ?
chiffrement des communications de la smart
la création de données urbaines est souvent le
City et le cloisonnement des données sont
fait d’entreprises privées comme Waze/Google,
prioritaires. Mais surtout il est primordial
Uber ou Facebook. Ils proposent des services
d’intégrer la sécurité dès le début, notamment
gratuits en échange de données (qui ne connaît
par le “Privacy by Design, d’un projet, car il est
pas la fameux adage : “Si c’est gratuit c’est vous
très compliqué de l’intégrer plus tard.
le produit”) qui sont souvent largement utilisés
Privacy by Design(1)(2) par nos concitoyens utilisés car ils présentent un
réel intérêt. Malheureusement si ces acteurs
La protection intégrée de la vie privée (PIVP) (ou
produisent un service au public, ils ne relèvent
le respect de la vie privée dès la conception) en
pas du service public. Sauf exception, il n’y a pas
anglais «Privacy by Design», (PbD) est une idée
de contractualisation avec une collectivité locale,
développée durant les années 1990 par la
une délégation de service public (DSP). “Les
Commissaire à l’information et à la protection
acteurs du numérique savent clairement tirer de la
de la vie privée de l’Ontario (Canada) Ann
valeur de ces données mais quid de l’utilisateur qui
Cavoukian. Partant du principe que le cadre
en est coproducteur et des organismes publics ?(4)”
légal ne serait pas suffisant pour assurer la
explique Valérie Peugeot, chercheuse au sein
protection de la sphère privée, elle a proposé
d'Orange Labs, membre de la Cnil et ancienne
d’intégrer le respect de la vie privée directement
vice-présidente du Conseil national du
dans la conception et le fonctionnement des
numérique.
systèmes et réseaux informatiques, mais
également dans l’élaboration de pratiques Pour arriver à cette meilleure réutilisation des
responsables. données urbaines au service du collectif, la Cnil
explore quatre scénarii dans son cahier. Le
Le respect de la vie privée dès la conception
premier existe déjà, il s’agit de l’open data privé.
signifie prendre en compte dès le début les
Il s’agit de données qui sont réutilisées par les
exigences en matière de protection de la sphère
acteurs publics mais aussi, à partir du moment
privée/protection des données et intégrer les
où elles sont en open data, par des sociétés
outils de protection directement dans le produit,
privées pour créer de nouveaux services. Le
au lieu de les ajouter ultérieurement sous forme
deuxième concerne les données d’intérêt général
de compléments.
augmentées. Les données ne sont plus
Pour vivre heureux, vivons cachés(4) anonymisées comme en open data – ce qui
dégrade mécaniquement leur qualité – mais
Dans la ville de demain, les capteurs seront
pseudonymisées, avant d'être livrées à l'acteur
potentiellement partout et, par essence,
public. Le troisième scénario porte sur la création
largement invisibles comme dans le cas de la
de plateformes d’accès aux données, des
reconnaissance faciale appliquée à la
entreprises mettent leurs données au service du
vidéosurveillance. Dès lors, la smart city est-elle
bien public comme par exemple le projet Opal
compatible avec la data privacy ? Est-il possible
(pour « open algorithm ») qui associe Orange au
de respecter la vie privée des individus sans
MIT. Enfin, le dernier scénario repose sur la
entraver le développement de services
portabilité citoyenne. Un principe introduit par le
innovants ? En réponse à ces questions, la Cnil a
futur règlement européen sur la protection des
publié un cahier innovation et prospective
données (RGPD) qui permet à tout un chacun de
intitulé « La plateforme d’une ville – Les
récupérer ses données sous un format ouvert et
données personnelles au cœur de la fabrique de
lisible.
la smart city ».(5)

(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
(2) Source wikipédia
(3) Source Blog Sylvain Métille “Privacy by design, ça veut dire quoi?”
(4) Source L’Atelier BNP Paribas “Pourra-t-on encore êtr anonyme dans la ville de demain ?”
64 (5) Source CNIL cahier Innovation et prospective « La plateforme d’une ville – Les données personnelles au cœur de la
fabrique de la smart city ».
3.2
Les objets connectés, facteurs
clés de nos vies rêvées ?

Nous venons d’aborder le sujet de la donnée et la différence près qu’ils n’étaient que des
plus globalement du Big Data et des récepteurs. Les objets connectés sont à la fois
problématiques qu’il engendre. Mais penchons des émetteurs, des capteurs d’informations qui
nous maintenant sur l’une des sources qui émettent, mais également interagissent avec un
crée et fournit aujourd’hui la grande majorité ensemble plus large (serveurs, autres objets
des données dans la ville, à savoir les objets connectés). Ils fonctionnent de manière
connectés. autonome ce qui leur confère un début
d’intelligence.(1)
L’Internet des objets ou IoT
Les objets connectés connaissent une croissance
IoT est le raccourci utilisé pour désigner
exponentielle depuis le début de l’année 2015.
“l'Internet Of Things” ou en français “l'Internet
Des estimations indiquent qu’ils seraient près de
des objets connectés”. Selon l’Union
15 milliards en circulation dans le monde actuel.
internationale des télécommunications (UIT),
Ils pourraient être entre 50 et 80 milliards d’ici
l’internet des objets se définit comme «
2020.
l’infrastructure mondiale pour la société de
l’information, qui permet de disposer de Les objets connectés et les données qu’ils créent
services évolués en interconnectant des objets et communiquent sont voués à augmenter et à
(physiques ou virtuels) grâce aux technologies enrichir autant la sphère publique que privée :
de l’information et de la communication maintenance prédictive, détection des fuites
interopérables existantes ou en évolution ». dans les zones inaccessibles, collecte de
données dans les enseignes physiques pour
Au sens large, un objet connecté est un objet
cibler les achats des consommateurs ou des
communicant. D’une certaine façon, les postes
notifications pour savoir quand arrive le prochain
de radio et les TV sont des objets connectés, à
bus dans les villes.

65
(1) Source objetconnecte.com “Qu’est-ce qu’un objet connecté?”
L’IoT dans la ville
Les smart cities sont également un des
terrains de développement de l’IoT,
aussi bien dans la dimension espace
public que pour toutes les applications
privées liées à des services publics (voir
Tableau 1 : nombre d’objets connectés
installés dans les smart cities dans le
monde par sous-catégorie (en
millions)(1)

Ces objets permettent de recueillir des


données qui reflètent les
comportements individuels et
d’améliorer le service public autour de
quatre axes : personnalisation,
prévention, prédiction et participation.

66 (1) Source : “De la smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir de la smart city”, rapport de Luc Belot
En parallèle, les acteurs de la sécurité, présents à
3.1.4 Protocoles et tous les niveaux de la chaine, depuis
fonctionnement la conception de l’objet jusqu’aux services.
Un foisonnement de technologies(2)(3)
L’internet des objets correspond à un ensemble Le développement de l’internet des objets
d’objets connectés, de communications et s’appuie sur l’accès à des réseaux d’objets de
d’internet, qui se conjugue avec les vagues du natures hétérogènes. Toute la variété des
cloud et du big data : technologies de communication est mise à
- Les objets physiques possèdent des contribution pour répondre aux multiples usages
technologies embarquées de capteurs, attachés à ces objets.
d’intelligence et de connectivité, leur
permettant de communiquer avec d’autres
objets ;
- Les réseaux de communications électroniques
permettent de transporter les données issues
des objets ;
- L’informatique, plus ou moins distribuée,
apporte les outils pour le stockage, la
corrélation et l’analyse de ces données. C’est
d’ailleurs souvent dans ce cloud que se trouvent
les processus décisionnels à même de rétroagir
sur les objets physiques.
La nébuleuse de l’internet des objets est
constituée d’une multitude d’acteurs, issus de
secteurs différents et fonctionnant ensemble.
Si certaines sont bien connues, à commencer par
Une multitude d’acteurs
le Wi-Fi, le Bluetooth, ZigBee et les technologies
- Les concepteurs et fabricants d’objets à cellulaires 2G/3G/4G, il faut également compter
connecter ; avec de nouvelles options émergentes. En
- Les fabricants des composants de modules, fonction de l'application, certains facteurs
qui apportent la connectivité aux objets via des spécifiques, tels que la portée, les exigences en
composants matériels et logiciels embarqués ; termes de données, les questions de sécurité et
- Les opérateurs et équipementiers de réseaux d'alimentation et l'autonomie de la batterie,
permettant de connecter les objets et les détermineront la ou les technologies à utiliser.
services du cloud ;
- Les opérateurs de cloud assurant Les réseaux longue portée, comme Sigfox, LoRa
ou encore les technologies cellulaires (GSM, 2G,
principalement le stockage et le traitement des
3G…) sont capables de faire transiter des data
données brutes ;
d'un appareil à l'autre sur de vastes distances. Ils
- Les fournisseurs d’interfaces logicielles, ou de
sont utilisés par les entreprises qui veulent
middleware, permettant de faire communiquer
connecter des kilomètres d'infrastructures à
les différents objets (éditeurs traditionnels de
Internet ou dans des projets de smart cities par
logiciels) ;
exemple.
- Les intégrateurs qui orchestrent l’ensemble
Les réseaux à courte portée comme le Wifi, le
des briques précédentes ;
Z-Wave, le ZigBee, ou encore le Bluetooth Low
- Les fournisseurs de services et agrégateurs de
Energy, permettent de transférer des données
données qui exploitent les données
sur de faibles distances. Ils sont beaucoup
des utilisateurs générées par les objets pour
utilisés dans la domotique ou sur le marché des
répondre à leurs besoins.(1)
wearables grand public.

(1) Source arcep: “Préparer la révolution de l’internet des objets”


(2) Source Design Spark “11 protocoles à connaître pour l'Internet des objets (IoT)” 67
(3) Source JDN “IoT : quel protocole de communication choisir pour ses objets connectés ?”
conviendra d’éviter aux particuliers de faire face
3.1.4 Problématiques et à une multitude de modalités de connectivité en
limites leur proposant des objets parlant la même
langue pour leur éviter des coûts
d’apprentissage et des dépenses
Le chapitre précédent nous montre bien que l’ supplémentaires pour le contrôle de leurs
émergence de l’internet des objets équipements. Il faudra que les collectivités, à la
s’accompagne de l’éclosion d’une multitude de tête d’une multitude d’objets connectés,
technologies. De nombreux écosystèmes puissent rationaliser leurs parcs pour diminuer
cloisonnés structurent actuellement l’IoT, les coûts et croiser les données collectées. Dans
malgré quelques initiatives allant vers plus de le cas des véhicules connectés, il sera crucial que
standardisation. Or, pour que les objets les véhicules communiquent entre eux et avec
connectés s’organisent en réseau, et répondent les territoires connectés qu’ils seront amenés à
à leur promesse, il est nécessaire qu’a minima traverser.
des formes d’interopérabilité existent entre les
Les collectivités territoriales qui testent encore à
objets.
petite échelle des solutions qui leur sont
La question de l’interopérabilité est celle de la proposées ne mesurent pas toujours
compatibilité entre les objets et entre les l’importance à accorder à l’interopérabilité qui
applications. L’interopérabilité se traduit par leur donnerait la capacité à y incorporer par la
deux effets économiques. D’une part, suite une étape d’intégration, avant d’envisager
l’interopérabilité favorise la fluidité du marché, un déploiement massif.
condition nécessaire au plein exercice de la
On comprend donc bien que le manque
concurrence, puisqu’elle laisse aux utilisateurs
d’interopérabilité peut se révéler comme un frein
le choix des solutions de l’internet des objets
au déploiement de l’IoT.
sans contrainte de changement de
technologies, donc de fournisseurs. D’autre Problème de sécurité
part, elle permet de maximiser les effets de
Aujourd’hui, les objets connectés sont jugés
réseau. En effet, en rendant les objets
insuffisamment sécurisés et 70 % des objets
compatibles, elle permet aux utilisateurs
connectés, utilisés le plus fréquemment,
d’enrichir la gamme et le volume d’objets
présentent des vulnérabilités, selon un rapport
connectables à leurs propres objets. Cela
de HP security research.(2)
permet d’enrichir les offres et de faire émerger
de nouveaux usages. Vulnérabilité quant aux données collectées puis
stockées pour être analysés (cf chapitre 3.1.4)
Problème d’intéropérabilité(1)
mais aussi scepticisme et réticences de certains
Néanmoins, à court terme, l’interopérabilité ne usages face à l’internet des objets. Par exemple,
semble pas le premier enjeu pour les fabricants les compteurs communicants qui permettent un
; les solutions technologiques ne sont pas relevé à distance des consommations
encore matures, les usages restent souvent permettent également aux différents opérateurs
locaux, limités sur le plan géographique ou au de connaître à tout moment le nombre et le type
sein d’une entité unique, et relèvent plutôt de la d'équipements électriques installés ainsi que la
télémesure, en particulier dans le contexte fréquence et la durée d'utilisation de chaque
industriel. Les nombreux fabricants ont ainsi appareil connecté, avec la possibilité d'établir
tendance à développer leurs objets des "profils de consommation".
indépendamment les uns des autres,
Cette technologie vulnérable, comme toutes
conduisant à une multitude d’offres en silo.
autres, aux cyberattaques pourrait générer des
Pourtant, les acteurs de l’internet des objets risques de pannes électriques et de black-out.
ont conscience que tout objet connecté sera Mais aussi de connaître la présence ou l’absence
valorisé en fonction de sa capacité à des résidents d’une habitation par exemple, ce
communiquer avec un écosystème. Par qui laisse la porte ouverte aux cambrioleurs
exemple, dans le cas de la maison connectée, il entre autre.

68 (1) Source arcep: “Préparer la révolution de l’internet des objets”


(2) Source HP Fortify on Demand “Internet of things State of the Union Study”
Illustration de l’écosystème du Big Data et de l’Iot

En conclusion, sans les technologies de Entre datapolis et participolis(1)


l’information et de la communication il est
Francis Pisani pose le problème sous forme de
difficile de rendre nos villes vraiment plus
tension entre deux pôles : datapolis, la ville
intelligentes. Si elles ne sont, en soi, la solution
entièrement gérée à partir des données
d’aucun problème, elles peuvent jouer un rôle
recueillies par l’infrastructure technologique, et
essentiel dans l’amélioration de nos cités.
participolis, la cité dans laquelle les citoyens
Mais nous ne pouvons pas tout miser sur les
participent au design et à la gestion de l’espace
données (la tendance dominante aujourd’hui).
dans lequel ils vivent.
L’autre dimension essentielle des TIC est
qu’elles permettent la communication Manque d'interopérabilité, de sécurité et de
horizontale et donc la participation, voire la transversalité
collaboration. Les grandes entreprises qui
Il ne suffit pas de mettre des objets connectés
promeuvent les villes intelligentes parient sur
partout. Pour être utiles, les données qu’ils
le premier aspect. Les acteurs publics
transmettent doivent être échangeables ou, plus
devraient pousser le second. Les technologies
exactement, leurs logiciels doivent être
proposées peuvent être utiles pour améliorer
interopérables. Et le problème principal
les services urbains et permettre aux
aujourd’hui est qu’il n’existe pas de standard.
municipalités de faire des économies. Mais il
faut garder en tête que tout objet pouvant Une autre problématique est l'existence de
fournir un service (les lampadaires intelligents failles de sécurité.
par exemple) peut aussi servir à recueillir des
Enfin les acteurs de l’internet des objets ont une
informations qui sont ensuite centralisées. Et
approche bien trop souvent silotée qui ne
puis cette accumulation de données, tolérable
favorise pas la mutualisation et n’amplifie pas
parce que nous avons encore l’impression qu’il
l’efficacité des solutions proposées.
s’agit, dans chaque cas, d’expériences, nous
transforme vite en cobayes.(1)

69
(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
3.3
Les GAFAM

Le domaine de la Smart City n’échappe pas Quant à Apple, au delà de son intérêt confirmé
aux ambitions de croissance des GAFAM. (officiellement en juin dernier) pour les voitures
autonomes avec le lancement des premiers
Comme dans tous les secteurs de l’économie
tests de son Apple Car, la firme semble
actuelle, les GAFAM (Google Amazon
davantage déterminé à se positionner en leader
Facebook Apple Microsoft) s’intéressent tout
sur le marché de l’Iot.
particulièrement au secteur de la Smart City,
“infrastructure” alimentée par les données L’action d’un géant des nouvelles technologies
quotidiennes du citoyen. dans un domaine de la Smart City : Google et la
mobilité
Amazon, parce qu’il règne en maître absolu sur
toute la chaîne de nos besoins quotidiens, de Prenons l’exemple de Sidewalk Labs, nouvelle
la recherche de produits et services grâce à division de Google consacré à la Smart City. Le
Amazon Echo, en passant par la commande, géant américain veut mettre toutes ses
jusqu’à l’arrivée dans notre frigidaire. Google, technologies (IoT, big data, machine learning) au
parce qu’il est le roi incontesté de la service de nouvelles formes de mobilité, pour
cartographie, ce qui lui permet de s’approprier décongestionner les villes. Ce programme appelé
et de verrouiller la problématique de la “Flow” permet également à Google d’accélérer
géolocalisation et donc de la mobilité dans la son projet de Google Car, en récupérant les
ville, jusqu’à garantir la mobilité des biens et données liées aux problèmes de congestion et
des personnes grâce à ses véhicules de trafic des villes. Google améliore ainsi le
autonomes.(1) Facebook parce qu’il constitue système embarqué de sa voiture autonome
un vecteur d’information au sein de la Smart “Waymo”.(2) Google utilise donc l’éventail de ses
City, les villes et les habitants ayant développé données collectées pour créer une expérience
eux-mêmes leurs usages pour mettre ceux-ci globale de mobilité nouvelle et tenter par la
au service de leur environnement. En effet, les même occasion de traiter l’un des aspects de la
services proposés font appel à des données problématique Smart Mobility. De part sa
souvent géolocalisées, moins coûteuses que la puissance et son ancienneté dans le domaine de
mise en place de capteurs physiques (souvent la collecte des données, Google est souvent
essentiels à la réalisation de projets Smart désigné comme l'acteur qui risque d'éradiquer
City), ainsi les Réseaux Sociaux dans leur toutes les autres initiatives du domaine de la
ensemble constituent une source mobilité. Cette crainte, aussi légitime qu’elle soit
prometteuse de développement. Microsoft est n’est toutefois pas avérée et on a même plutôt
quant à lui un des acteurs pionniers, avec Cisco vu l'émergence de nombreux acteurs tiers ces
et IBM, qui a oeuvré à définir et à lancer le dernières années parmi lesquels Moovit ou
concept même de Smart City. Citymapper, ce qui tendrait à montrer un effet
inverse. D’autant que

70 (1) Source l’Atelier BNP Paribas “Amazon et Google se disputent l’empire de la Smart City”
(2) Source l’Usine Digitale “Comment Google veut révolutionner le transport en ville”
des villes comme Toronto ou Montréal, par Un regain de souveraineté des Etats.
exemple, qui après avoir remis leurs données à
Alors bien sûr il faut veiller à ce que ces
Google, ont finalement réinvesti dans des
technologies qui révolutionnent nos vies et les
solutions, notamment des sites d'information
entreprises qui les développent ne soient pas
voyageur, répondant mieux aux besoins de leur
tentées d'abuser de leur position dominante. Du
population en intégrant leurs spécificités
fait de l'emprise croissante de ces entreprises
locales.(1) Si on prend justement le cas de
dans nos vies (Google capte près de 90% des
Toronto, les expérimentations avec Google n’y
requêtes sur les moteurs de recherche), les Etats
sont qu’à leurs prémisses. Comme je l’explique
tentent de s'organiser pour riposter ou pour le
plus loin dans ma partie consacrée au projet
moins contenir la mainmise des GAFAM dans
Quayside, quartier pilote de la ville, Toronto
tous les moments clés de notre quotidien. Il faut
offre à Sidewalk Labs un accès libre aux
faire en sorte que la souveraineté des Etats, et
données de la ville en échange des technologies
en particulier leur souveraineté numérique, ne
de Google, et crée ainsi un véritable terrain de
soit pas oubliée ou reléguée au second plan sous
jeu pour le géant américain. Toutes les données
prétexte que les GAFAM ont étendu leur
qui permettent de mieux comprendre comment
influence auprès de presque toute la population
vivent les gens intéressent forcément Google.
mondiale.
Non seulement l'entreprise crée une relation
privilégiée avec les villes, et les citoyens, mais Globalement, il semble que seuls Google,
en plus cela lui permettra de comprendre avant Amazon et Microsoft aient de réelles ambitions
les autres ce dont le marché aura besoin dans le domaine de la Smart City. De part leur
demain. savoir-faire et leur expérience, ils souhaitent
conquérir ce centre de pouvoir qu’est la ville et
GAFAM : danger ou opportunité ?
trouver de nouveaux territoires digitaux pour
Mustapha Derras* répond dans le journal Les accroître leur business et exploiter ainsi toute la
Echos(2) à une Tribune publiée dans le même donnée monétisable. Mais ces géants de
journal qui critiquait ouvertement la place des l'informatique ne finiront-ils pas par se heurter à
GAFAM dans la Smart City. Il y défend son point la méfiance des autorités publiques et des
de vue différent sur le sujet et nous explique usagers ? D’autant que les autorités
que ces “[...] entreprises qui sont durement elles-même, notamment européennes,
critiquées (à tort ou à raison) sont tout de s'apprêtent à prendre des mesures
même celles qui ont fondées nombre des outils réglementant l’exploitation des données
que l'on nous demande de mettre en oeuvre personnelles, en incitant les organisations et les
pour justement faciliter l'émergence de la entreprises à être davantage vigilantes. Ce
“Smart City”. En effet, qu'il soit question de règlement général sur la protection des données
participation citoyenne, de transmission ou de (ou General Data Protection Regulation, GDPR)
stockage des données, des API, de plateforme entrera en vigueur le 25 mai 2018 et concernera
de dématérialisation de démarches l’ensemble des données attenantes à un
administratives et j'en passe, nous employons individu. Les entreprises internationales traitant
massivement des solutions et des briques des données à caractère personnel devront, elles
techniques issues de ces grands “profiteurs” aussi, s’y conformer. Les GAFAM en tête car elles
que sont Google, Cisco, IBM, Oracle et Cie. sont détentrices de 95% des données
Devrions-nous alors déployer plus de solutions personnelles des européens. Pour beaucoup, la
et engager une réelle ouverture des données et GDPR est une bonne nouvelle, car c'est une loi
de l'accès de tous les citoyens avec... des qui renforce l'Europe et promeut l'intérêt général
technologies provenant de ces mêmes des citoyens de l'UE. Elle va dans le sens de la
“profiteurs”? [...] Il existe là une véritable démocratie des usages d'Internet et constitue
question de fond qui concerne notre une réponse démocratique contre l'autocratie de
indépendance technologique dans le domaine l'Internet américain menée par les GAFAM.
du numérique.”

(1) Source MOOC Mobilité 3.0


(2) Source Les Echos : “La véritable route de la « Smart City » à la française” & “La Smart City à la française fait fausse route”
*Mustapha Derras est administrateur de DigitalPlace et directeur de la recherche, de l'innovation et des technologies à 71
Berger-Levrault
72
4.
Villes pionnières et état des
lieux de la Smart City

"Il n’y a pas de modèle de smart city parce que toutes


puisent dans leur histoire, leur géographie, leurs multiples
spécificités. C’est déjà vrai pour un pays, mais c’est encore
plus vrai quand on essaye de comparer au niveau mondial."
Francis Pisani

73
4.1
De la complexité de classer
les villes intelligentes

Une abondance de classements Beaucoup d’initiatives dans les Smart Cities,


mais des résultats inégaux
Si les classements abondent, les critères et les
méthodes divergent et donc, les résultats Je me propose dans cette partie de présenter
diffèrent. Même le Smart Cities Council, qui plusieurs exemples de smart cities
regroupe IBM, Cisco, Schneider Electrics et emblématiques qui selon mon analyse peuvent
leurs – pas si petites – sœurs, s’est vu obligé être qualifiées de “remarquables” telles que
dans sa liste – les " Best of the Best " – de Singapore, Helsinki et Lyon. D’autres dont les
retenir plusieurs classements sans choisir. performances ou résultats comme on préfère
seraient plutôt “contestables” comme San
Tout le problème tient à l’absence d’étalon de
Francisco, Songdo ou Masdar. Enfin, j’ai retenu
mesure et au fait que personne n’est vraiment
deux villes que je présente comme
d’accord sur ce qu’est une ville intelligente.
“expérimentales”, Santander qui est un test
Notons qu’à Genève, l’ISO vient d’adopter la grandeur nature pour l’Union Européenne, et le
recommandation 37120:2014 qui définit une projet Side Walk à Toronto mené par Google.
série " d’indicateurs standardisés " qui vont de
la gestion des déchets à la finance en passant
par la santé, le transport, l’énergie et les Exemple de classement, Baromètre mondial des Smart Cities
de Guardian Cities. Source: Saffron Consultants
loisirs, sans oublier la gouvernance.

74
(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
Un exemple de critères pour mesurer
le niveau de maturité des ville en
matières de Smart City

*Scorecard based on Guidance Document published by European Commission Initiative, Smart Cities and
Communities.
Smart City Scoring Criteria* Global, 2013
Source: Frost & Sullivan

75
Panorama des Smart Cities
dans le Monde

Image Source: Dreamstime Source: Forbes Smart City List 2009; Innovation Cities Global Index 2012-2013;
specific Smart Project Websites for each city;
Source : Frost & Sullivan

76
Singapore, l’inspirante

Avec ses 4,7 millions d’habitants, la « petite » La municipalité a déjà un système de mapping de
Singapour s’est imposée comme l’un des toute la ville qui compte parmi les plus
modèles de la smart city dans le monde. sophistiqués du monde. Plus intéressant encore,
L’Etat-nation se positionne comme une sorte elle accepte de confier à des hackathons civiques
de laboratoire mondial grandeur nature de la la recherche de certaines solutions et permet,
ville de demain avec des expériences avancées pour cela, aux hackers d’accéder à des données
sur les véhicules autonomes ou la mixité publiques comme privées.(2)
ethnique par quartier. Et surtout la collecte
Singapour : entre technologies, innovations,
massive des données combinée à l’intelligence
sens civique et agriculture verticale
prédictive du big data est utilisée dans tous les
domaines pour modéliser les projets, planifier Surnommée “ville dans un jardin”, Singapour
les transformations et tenter d’offrir les peut s'enorgueillir d’espaces verts incroyables
services les plus novateurs(1). qui occupent la moitié du territoire. Gardens by
the Bay(3) et ses 100 000 espèces de plantes
Prêt à renoncer à la voiture ?
rivalise avec le jardin botanique qui abrite la plus
Vous vous plaignez de la circulation impossible. grande collection d’orchidées du monde, pour ne
Profitez-en plutôt. Lieux et villes où les voitures citer qu’eux.
sont interdites se multiplient. A Singapour, les
Autre exemple d’innovation saisissant, le
impôts extrêmement élevés, couplés des droits
lancement de l’agriculture verticale dans une
de douane et de frais d’enregistrement,
ville qui ne produit que 7% de la nourriture qu’elle
dissuadent la population de posséder un
consomme. La technologie – conçue par la
véhicule. D’autant plus qu’il faut encore payer
compagnie Sky Greens – repose sur des tours en
chaque jour en fonction des routes qu’on prend
aluminium de 9 mètres de haut, bardées de 38
et des heures où on les emprunte. Le site
rangées de bacs dans lesquels sont cultivés des
ExpatSingapore.com prévient les candidats : "le
légumes. Les roues qui les font tourner
coût de possession d’une voiture est prohibitif.
régulièrement – pour que chacun soit exposé à
Le gouvernement veut que les gens prennent
la même lumière et au même air – utilisent la
les transports publics"(2). Au moins font-ils des
gravité pour consommer le moins d’énergie
efforts pour les rendre utiles et agréables.
possible et les eaux sont recyclées. Selon Jack
Singapour et ses transports publics connectés Ng, le fondateur, 60 watts – soit l’équivalent
d’une lampe électrique classique – suffisent
Les impôts sur les voitures en doublent le prix,
pour faire fonctionner le système qu’il dit être
en conséquence il faut beaucoup d’argent pour
entre cinq et dix fois plus productif que les
s’en offrir une. Le gouvernement veut que les
fermes traditionnelles(2). Cent vingt tours de ce
gens prennent les transports publics. Et
type ont déjà été installées. L’objectif est d’en
beaucoup de mesures incitatives sont prévues,
monter 2 000 et de faire passer de 7% à 10% la
du moins pour les détenteurs de smartphones.
production locale de nourriture. Les légumes
Il prévoit notamment des bornes pour charger
vendus sont 10% plus chers que les autres, mais
les mobiles, du wi-fi gratuit dans les stations
s’arrachent, car " ils sont plus frais ".
les plus importantes et des points qui peuvent
être gagnés (puis échangés contre des prix) à Singapour a réussi à devenir en quelques années
ceux qui voyagent hors des heures de pointe. une Smart City remarquable grâce à un
Singapour, ville ultra-connectée, est en train gouvernement proactif, une population
d’installer des capteurs à un rythme accéléré technophile et beaucoup de données et de
dans l’espoir d’avoir le plus de données psychologie civique.
possibles à exploiter.

(1) Source Le Monde “Singapour, laboratoire mondial grandeur nature”


(2) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
77
(3) Lire l’article de mon blog DigitalzeMe “Supertrees, quand les arbres vous rendent la vi[ll]e plus belle”
Helsinki
L’ouverture
à la donnée
La capitale finlandaise d'Helsinki est un vrai Cela donne beaucoup de latitude pour
modèle en matière de Smart City, notamment expérimenter des services intelligents dans la vie
avec son quartier Smart Kalasatama - exemple réelle pour les habitants, en tirant parti d'une
de participation et de co construction citoyenne multitude de petites et grandes entreprises,
- et ses pilotes de transport intelligents. d'entrepreneurs, de chercheurs, du secteur
public et des citoyens.
Smart Kalasatama est aujourd'hui une
plateforme d'innovation urbaine active, où de Harmoniser les transports pour une mobilité
nouvelles solutions peuvent être développées réinventée, sans propriété
et testées dans un environnement réel. Les
La capitale finlandaise est très engagée dans la
habitants disposent d’outils pour co-créer des
lutte contre la pollution, la ville projette en effet
infrastructures et des services intelligents.
de retirer les voitures personnelles d’ici 2025.
À Helsinki, smart city rime avec open data Véhicules électriques et autonomes, service de
mobilité partagée, mode de transport alternatif
Afin de contourner sa propre complexité
et autres services de mobilité as a service,
administrative, la capitale finlandaise a lancé un
Helsinki a déployé un large panel d’offres de
programme d’ouverture massive et gratuite de
transport pour ses habitants.
ses données publiques.
Grâce à la data, elle va expérimenter fin 2017
Plus de 1.200 jeux de données ont été libérés
une nouvelle application, appelée Whim(2), qui
et ont permis la création de plus d’une centaine
permettra enfin de centraliser absolument tous
d’applications. Les données concernées
les aspects de la mobilité : planification,
recouvrent les domaines suivants : santé,
réservation, paiement, abonnement. Pour la
commerce, conditions de vie, culture, économie,
première fois, une application intégrera tous les
éducation, emploi, environnement, logement,
modes de transports et permettra de les
population, transport, urbanisme. Au-delà de la
combiner sans la moindre friction : taxi, location
municipalité, entreprises, étudiants,
de voiture, transports publics et vélos en
développeurs, curieux... chacun peut y avoir
libre-service s’imbriquent parfaitement pour
accès, notamment grâce au programme
trouver le trajet le plus rapide. Enfin la clé d’une
“Helsinki Region Infoshare”.
intermodalité facilitée et sans couture.
Des programmes qui favorisent l’expression
Autre effet attendu, en optimisant les trajets
du citoyen
grâce à la planification en temps réel, l’appli peut
L'”Open Knowledge Foundation Finland” fondée avoir un impact significatif sur la congestion du
en 2012 regroupe des passionnés finlandais et centre ville et des centres urbains en périphérie.
des experts de l'open data et fait partie de la
Les innovations sont la technologie et
plus grande communauté de données ouvertes
l'inclusion
au monde. La ville maintient aussi une
plateforme de co-création appelée “Helsinki A Helsinki, les innovations ne sont pas
Loves Developers” et co-organise des uniquement liées aux technologies mais elles ont
hackathons et des concours d'applications de aussi des aspects sociaux. La participation et la
données ouvertes(1). collaboration civile jouent un rôle important et
central dans la stratégie urbaine de la capitale
finlandaise.

78 (1) Source The Huffingtonpost “Helsinki: A Very Smart City”


(2) Source L’Atelier BNP Paribas “A Helsinki, l’ambition d’une mobilité sans propriété”
Lyon
La visionnaire
française

Lyon, précurseur de la Smart City en France La conception et la réalisation des nouveaux


espaces publics doit associer tous les acteurs de
La municipalité a pu faire du quartier
la ville : sociologues, ethnologues, urbanistes,
Confluence une «smart community» avec des
paysagistes, aménageurs et même résidents.
bâtiments à énergie positive, des compteurs
Des études sociologiques sont réalisées en
intelligents et des voitures électriques en
amont – pour saisir les habitudes et usages des
auto-partage. Depuis, les projets se sont
quartiers (femmes au foyer, immigrés, jeunes…)
multipliés sous le label «Grand Lyon Métropole
– et des outils de concertation assurent un
Intelligente» dans les domaines de la mobilité,
dialogue continu avec les habitants. La politique
de l’énergie et du numérique.
d’inclusion repose, en outre, sur l’équité de
Les grands projets urbains portés par la traitement des territoires : la métropole ne
métropole (Lyon Confluence, Lyon Part-Dieu, privilégie pas le centre-ville par rapport à la
Lyon Gerland, Carré de Soie…) sont devenus périphérie.
des territoires d’expérimentation « grandeur
Tubà, premier lieu d'innovation dédié aux
nature » pour imaginer et construire de
expérimentations urbaines
nouvelles façons de vivre, d’habiter et de
travailler en ville. Parmi les projets Dans ce lieu atypique - directement inspiré des
emblématiques, le quartier de Confluence est Fab Lab - collectivités locales, grands groupes et
l’un des projets urbains d’extension de start-up imaginent des services intelligents dans
centre-ville les plus ambitieux en Europe ! les domaines du transport, de l'énergie, du
Conçu sur 150 hectares, Lyon-Confluence va logement, de la culture à partir de la matière
permettre de doubler la taille du cœur de ville brute du Big Data. En 2014, le Tubà fut le
dès 2025 dans le respect du plan climat. premier espace d’innovation, de co construction
et de portage de ce type en France : d'un côté, la
Lyon est la première collectivité à avoir ouvert
métropole et ses jeux de données en open
l'ensemble de ses données (854 jeux en open
source, de l'autre, une vingtaine de grands
source sur la plate-forme data.grandlyon.com).
groupes : EDF, Orange, Veolia, Keolis… qui
Dans le domaine de la mobilité, Lyon a partagent leurs data en mode restreint avec près
également joué un rôle pionnier en matière de 200 start-up naviguant autour de
d’innovation comme la mise à disposition de l'écosystème tech. On y imagine les futurs
vélos, encourageant ainsi les comportements services de la smart city, lesquels sont testés par
éco-citoyens avec les Vélo'V, précurseurs des des panels de citoyens. Utilisateur final des
Vélib' parisiens. services de demain, le citoyen devient la pièce
maîtresse du processus d'innovation. Le grand
Inclusion sociale : la “méthode à la lyonnaise”
public, acteur indispensable au développement
qui repose sur l’idée de “co-construction”(3)
de nouvelles solutions urbaines est associé dans
A la fin des années 1980, Lyon engage les étapes.
résolument une politique d’intégration sociale :
Depuis ces lieux d’innovation et de partenariat
espace public doit rimer avec « solidarité
public/privé fleurissent dans de nombreuses
d’agglomération » et « ville inclusive ».
métropoles françaises.

(1) Source Les Echos Entrepreneurs “À Lyon, le Tubà rassemble public et privé pour repenser la mobilité
(2) Source Only Lyon, site officiel de Lyon métropole 79
(3) Source La Fabrique de la Cité “Au delà des limites et des frontières”
San Francisco, Freaks and Geeks
Capitale officieuse de la Sillicon Valley et des Ses conducteurs ayant passé en moyenne 83
nouvelles technologies, San Francisco se vante heures dans les embouteillages en 2016(3).
d’être l’une des villes les plus intelligentes du Viennent avec cette inefficacité chronique à
monde. Elle a été la première à nommer un résoudre le problème de circulation automobile,
chief innovation officer, un responsable de les problèmes de pollution aux particules fines et
l’innovation, dont la mission est d’utiliser la de qualité de l’air. Selon l’OMS,en comparant la
technologie pour faire de la municipalité une qualité de l’air de la baie de San Francisco, en
entité « réactive, flexible et efficace ». Pour le Californie, à celle de Shanghai, en Chine, il est
maire, Edwin Lee, la technologie doit avant tout apparu que les deux villes présentaient des
stimuler l’esprit de collaboration, les citoyens mesures similaires sur une période de 30 jours,
étant les mieux placés pour améliorer la cité.(1) tournant autour de 35 ug/m3(4).
San Francisco peut faire mieux San Francisco, futur ghetto de riches geeks
San Francisco, point focal de toutes les Du côté américain, le challenge se trouve certes
attentions quand il s’agit de technologies de dans la décongestion de la ville mais aussi au
l’information n’est pas le modèle niveau de l’exclusion sociale « nous avons connu
“d’intelligence” tant attendu. Certes, elle a été une flambée des prix de l’immobilier. Il faut
pionnière dans bien des domaines : un réseau améliorer la qualité de vie, accueillir de nouvelles
de bus efficace et des moyens de paiement en populations (souvent les travailleurs de la Tech),
ligne ou sans contact performant, un système et essayer de ne pas exclure les populations
de parking intelligent qui sait en temps réel où historiques qui essaient difficilement de rester
sont les emplacements disponibles et une dans la ville », explique Nathalie Doré, CEO de
tarification dynamique. Mais c’est surtout dans l’Atelier BNP Paribas(1).
le domaine du développement durable que San
“Les villes les plus équipées technologiquement
Francisco est aux avant-postes avec une
connaissent une érosion de la classe moyenne,
politique : « zéro déchet ». Comparée aux villes
comme à San Francisco”, confirme Clément
d’Asie, et même à certaines villes d’Europe, les
Marquet, doctorant en sociologie à ParisTech.
smart cities américaines sont en retard. San
Francisco fait bien partie du lot de tête (à côté "Defend the Bay area", un mouvement contre
de New York et de Boston), mais pas d’une la gentrification
façon vraiment impressionnante puisque, parmi
Pour lutter contre la "gentrification", ce
les réalisations retenues, on compte près de
phénomène d’augmentation des loyers à cause
cinq kilomètres de wi-fi gratuit sur Market
d’une arrivée massive d’habitants au pouvoir
Street, l’artère principale de la ville et le fait que
d’achat plus important (ici, les entrepreneurs et
les déchets sont soigneusement triés pour le
salariés qui emménagent dans la Sillicon Valley,
recyclage ainsi que l’existence de cent bornes
temple de l’innovation technologique), certains
d’alimentation pour véhicules électriques.(2)
citoyens multiplient les actions (dégradation de
Le défis toujours présent du trafic automobile véhicules de partage, de bornes Wifi, casse de
google-glass) contre ce qu’ils appellent une
Malgré la proximité des géants des nouvelles
«bulle de start-up spécialisées dans les
technologies installés pour la plupart dans la
nouvelles technologies» qui fait notamment
Silicon Valley située à quelques encablures de la
flamber le prix des logements.(5)
“la ville du brouillard”, San Francisco reste la
4ème ville la plus congestionnée au monde.

(1) Source Le Monde “SF, la ville smart d’entre les smarts”


(2) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
(3) Source étude INRIX 2016 “The worst traffic hotspots in the 25 most congested US cities”
(4) valeurs standard maximales considérées comme sans danger étaient de 10 ug/m3 en moyenne annuelle, et 25 ug/m3 en
80 moyenne sur 24 heures.
(5) Source Les Inrocks “A San Francisco, un mouvement anti-technologie prend de l’ampleur”
Songdo
Le rêve
inachevé

Songdo, en Corée, est une ville entièrement Comme trop souvent, geeks, ingénieurs et
nouvelle qui est sortie de terre dans le cadre du développeurs ont pensé à la technologie qu’ils
lancement en 2005 d’un plan de douze u-cities, pouvaient installer sans s’interroger vraiment
(ou Ubiquity-Cities). Elle mise tout sur sur qui paye… l’installation et l’entretien. En
l’infrastructure informatique qui peut être matière de vie en ville, il ne suffit pas de bien
installée avant la construction des bâtiments concevoir et un cadre de vie parfait qui manque
d’habitation et de travail. de vie ne constitue pas un attrait pour les
citoyens. Problème courant dans les
"Songdo est une ville ultramoderne et improbable,
agglomérations modernes, pire encore dans les
un tour de force technologique tout droit sorti des
villes nouvelles qui ne s’appuient sur aucun tissu
flots de la Mer Jaune", écrivait en mars dernier,
social préexistant.
Frédéric Ojardias, correspondant de La Tribune
en Corée Aujourd’hui, 120 000 habitants vivent à Songdo,
soit la moitié du nombre d’habitants espéré au
Un parfait laboratoire big data
lancement du projet. Les larges avenues qui le
En quelques années, sur cinquante-trois traversent sont globalement vides. Les 25 km de
kilomètres carrés de terrains gagnés sur la Mer piste cyclable également. Il n’y a ni musée ni
Jaune, ont été construits des barres cinéma. Trop de gens hésitent à venir vivre dans
d’immeubles résidentiels, des gratte-ciel une ville tirée au cordeau, en conséquence, les
encore à moitié vides, de larges avenues tirées entreprises tardent à s’installer. Souffrant d’être
au cordeau et de vastes espaces verts, sur le à une heure quarante-cinq de transport de
modèle de Central Park, et des plans d’eau Séoul, Songdo n’a attiré que 58 entreprises
artificiels. étrangères, et quelques sociétés coréennes
attirées par les avantages fiscaux initialement
Le projet a été conduit par un consortium privé
réservés aux groupes étrangers.
avec deux dimensions ; en premier la
technologie au travers de la notion ‘d’ubiquité’ Pas d’inclusion
ou de connectivité maximale : caméras,
Songdo reste figée à sa dimension technologique
batiments connectés, sécurité, lecteurs de
et ultra-connectée et n’a pas encore réussi à
plaques ; en second la notion de ville écologique
développer sa dimension sociale. Cet effet est
avec 40% d’espaces verts, la mobilité douce et
accru par les coûts de gestion d’une telle ville qui
le symbole constitué par ‘Central park’ présenté
en font un espace réservé aux Coréens aisés.
comme le poumon vert au centre de la ville.
Aseptisée et sans âme, la ville présente un -
Une ville sans âme visage différent des villes coréennes. Pas de
pauvres, pas de vendeurs de rue, pas de
Tout est conçu pour que les habitants puissent
personnes âgées.
circuler en quinze minutes à pied entre leur
logement, leur lieu de travail et le centre “Si le digital n’apporte pas de valeur pour le
commercial. Mais la profusion d’écrans, de citoyen et pour l’écosystème, alors la ville sera
capteurs, et de technologies ne permet pas de peut-être intelligente mais elle sera artificielle
rapprocher les habitants. voire vide comme Songdo”, Louis Treussard, CEO
de L’Atelier BNP Paribas
81
Masdar
Isolée du
désert

Une tour à vent avale le vent chaud par son sommet et renvoie de l’air frais par sa base

Ville vitrine d’un savoir faire technique, Ces "concept cities", comme Masdar,
technologique et industriel fonctionnent plus à la manière de laboratoires
d’innovations que d’espaces urbains vivants.
Masdar, ville des Emirats Arabes Unis, est en
construction depuis 2008 et constitue une Ville fantôme
véritable “éco-ville”, mais aussi une ville test
«Le soir, on travaille ou on se couche tôt,
pour le concept de Smart City sous certains
témoigne Miguel Diago, un doctorant espagnol
aspects.
arrivé en 2013. La principale sortie du week-end,
Construire un nouveau modèle, où les c’est d’aller dans les centres commerciaux du
hydrocarbures prendront moins de place au centre-ville ! »
profit des énergies renouvelables
Avec un budget de dix milliards d’euros, Masdar
En 2006, face à la croissance rapide de la devait abriter près de 50 000 habitants et plus
demande énergétique de l’émirat et sa de 1500 entreprises. Aujourd’hui, la ville ne
dépendance aux importations de gaz, le Cheikh mesure que 150 000 mètres carrés et ne
Mohammed Zayed, prince héritier et ministre compte qu’une centaine d’habitants. A noter qu’à
de la Défense d’Abu Dhabi, avait conçu le projet ce jour, le seul lieu à visiter est le campus de
de Masdar. Masdar souhait atteindre l’objectif recherche. Ce qui signifie que les seuls
de "zéro carbone et zéro déchets". Elle devait personnes que l’on peut rencontrer sont les
donc être organisée en îlots et quartiers à ouvriers, les étudiants et quelques touristes. La
haute performance énergétique et ville n’est pas prête à atteindre les cinquante
environnementale, et comptait même devenir à mille habitants.
énergie positive (qui produira plus d’énergie
Francis Pisani dans son livre(2) nous explique que
qu’elle n’en consomme).
“[...] les TIC sont un bel outil pour aborder la
Mais pour l’instant, Masdar City se résume à
révolution urbaine en cours dans de meilleures
deux îlots d’une superficie totale de 150 000
conditions. Mais les exemples dont on parle le
m2, l’un autour de l’Institut des sciences et des
plus aujourd’hui – qu’il s’agisse des villes " nées
technologies, l’autre autour du siège flambant
intelligentes " comme Songdo en Corée ou
neuf de l’Agence internationale des énergies
Masdar en Abu Dhabi, ou de celles qui essayent
renouvelables
de le devenir comme Rio de Janeiro ou Londres –
Le chantier de « Masdar City » devait s’achever
semblent aller tout droit dans le mur. Les raisons
en 2016. Il ne prendra fin qu’en 2030… dans le
abondent, depuis le coût jusqu’au fait que le
meilleur des cas. Dix ans après son lancement,
projet vient d’en haut et ne fait guère de place
l’«écocité» guidée par les énergies
aux citoyens, dans la majorité des cas.”
renouvelables, un réseau de transport bas
carbone et une stratégie zéro déchet, reste un
mirage. La crise financière de 2008 ayant freiné
les ambitions émiraties.(1)

82 (1) Source Le Monde “Au milieu du désert, le mirage de Masdar”


(2) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
Santander
Bac à sable
de l’Europe
La ville de Santander en Espagne(1) est un des La ville met à disposition des citoyens un site
exemples les plus aboutis de mise en œuvre internet pour partager les données et des
d’un projet de Smart City. En un peu plus de 3 applications pour compléter l’information
ans, près de 20 000 capteurs ont été placés transmise par les capteurs, mais aussi pour
dans le centre de la ville pour mesurer en diffuser l’ensemble des données collectées
temps réel la lumière, le bruit, la température librement à tous les acteurs qui souhaitent
ou les places de parking disponibles. s’investir dans la démarche.
Ces données sont ensuite analysées par un
Avec près de 20 000 capteurs pour 180 000
centre de calcul dédié et restituées à la
habitants, la ville est un laboratoire vivant
population sous forme d’information diffusée
unique au monde.
par la ville, via un mobilier urbain digitalisé ou
via des applications Internet et mobiles Pendant trois ans, les efforts de déploiement de
gratuites. Ces informations sont également l’infrastructure ont servi en priorité à améliorer
transmises aux organismes publics et privés qui les services de santé et de bien-être de la ville
opèrent les services de la ville (santé, énergie, avec par exemple une détection de pics de
voirie etc.). pollution (air, eau, bruit), les services liés à l’
énergie (économies de lumière, de chauffage…),
Mettre en œuvre les services à l’échelle de la
les services de voirie (optimisation des parcours
ville
de relève des bennes à ordure lorsqu’elles sont
Le projet, financé en partie par des fonds pleines uniquement), les transports (horaires des
européens, est réalisé en partenariat avec bus, places de parking disponibles…).
l’université de Cantabrie, avec des grandes Depuis 2013, le dispositif s’étend au commerce
entreprises comme IBM, Telefonica ou NEC et local, au tourisme et à la culture, dans une
avec un ensemble d’organisations publiques ou logique d’optimisation des synergies entre
privées, non seulement pour mener à bien les secteurs d’activités complémentaires.
efforts de R&D nécessaires à la réussite du
Le projet de recherche en lui-même s'est achevé
projet (optimisation technique et optimisation
en décembre 2014, avec les félicitations de la
des coûts), mais aussi pour mettre en œuvre
Commission européenne. Mais l'aventure ne
les services à l’échelle de la ville
s’est pas terminée pour autant et la municipalité
(essentiellement le centre-ville). La ville, sa
a développé de nouvelles applications,
population et son tissu de petites et moyennes
notamment de services culturels, et a lancé un
entreprises participent activement au projet à
projet pour concevoir son propre centre de
travers des mécanismes participatifs.
contrôle et de pilotage.

83
(1) Source le Forum d’Avignon, rapport de L’Atelier “Big Data : Big Culture”
Toronto
Side
A quoi va ressembler walk

la ville selon Google ?

Google à travers sa filiale Sidewalk Labs a pour Sidewalk Labs déclare vouloir ouvrir son quartier
projet de transformer le quartier Quayside de à toute la population de Toronto, et dément avoir
Toronto, une des plus grandes friches pour but de créer une structure privée pour
industrielles en centre-ville d'Amérique du Nord employés d'une entreprise de la Silicon Valley.
située au bord du lac Ontario, en une ville En effet, le quartier abritera au passage le siège
dynamique qui évolue selon les données social canadien de la firme et ses 300 employés.
récoltées sur ses habitants. Sidewalk Labs va y
Un seul acteur = une seule vision de la smart
investir 50 millions de dollars, et Toronto, avec
city
la province de l'Ontario, devraient en tout
financer le projet pour plus d’un milliard. Mais au delà de ces considérations purement
sociale d’accès à ce nouvel éco-quartier, il faut
Une ville totalement gouvernée par
garder en tête que c’est un projet à haut risque à
l’expérience de vie quotidienne de ses
suivre absolument car Google pourra y mettre en
habitants et des données qu’ils génèrent
œuvre sa vision du développement urbain, et
Caméras, capteurs, GPS, micros et interfaces une Smart City conçue par un seul acteur signifie
seront présents dans tous les recoins de la ville une seule vision de cette ville de demain. Il
pour analyser en permanence l’activité, les faudra également rester attentif et vigilant sur la
conditions et la qualité de vie. Est-ce que ce question de la protection des données
parc est souvent visité, ce banc utilisé ? Cet personnelles.
endroit est-il le plus optimisé pour y construire
Toronto confie les clés d'une partie de sa ville à
une épicerie ? D’où viennent les clients ? Les
Google
réponses à ces questions seront issues des
données qui rythmeront la vie de la ville. Sans C'est la première fois qu'une ville confie un vaste
oublier la gestion de l’eau, des déchets et de la projet de réaménagement urbain à un géant du
pollution. Sidewalk Labs a d’ailleurs pour numérique. Jusqu'ici, leur intervention en matière
objectif de créer le quartier le plus écologique d'architecture et d'urbanisme se limitait à
possible, pensé pour les piétons, avec des l'aménagement de leurs sièges sociaux et leurs
transports en commun adaptés. Un monde où abords, comme Facebook à Menlo Park, Apple à
les data scientists ont remplacé les urbanistes Cuppertino ou Amazon dans le centre-ville de
et architectes.(1) Seattle. Sidewalk Labs pousse cette logique un
cran plus loin, preuve que les GAFA veulent
Une ville conçue comme votre compte
davantage imprimer leur marque dans le monde
Google+
physique. “Ces acteurs n’ont pas pris le pouvoir sur
Tous les habitants du quartier auront leur la ville, mais ils [ont] pris le pouvoir sur la vie dans la
propre compte utilisateur qui permettra l’accès ville, en sachant incarner la donnée, transformée en
aux différents services de la ville et de des services devenus quasiment indispensables” (2).
communiquer avec le reste de la population.
La ville de Toronto avec Quayside sera la ville
témoin des ambitions de Google, « le premier
quartier construit à partir d’Internet » (et des
outils Google).

84 (1) Source Usbek & Rica “Une filiale de Google construit un quartier entier à Toronto”
(2) Source CNIL dans “IP5,le 5ème cahier Innovation et prospective”

Il n'y a pas de ville intelligente,
dans le sens technologique, si
elle ne mobilise pas l'intelligence
de tous les gens de la ville. [...]
C'est aussi chaque voisinage qui
a une connaissance de la ville qui
n'est pas celle du centre, à la
mairie ou auprès des experts, et
qu'il faut capturer.

Saskia Sassen, Professeur de sociologie à l'Université de


Columbia, connue en particulier pour son travail sur les
villes dans une économie mondialisée

85
86
4.2 SURVEY
Qu’attendent les citoyens
de la Smart City ?

Attente, mais par rapport à quoi ? Mon sondage


On comprend que très peu de gens sache ce L’objectif de cette enquête est de mesurer le
qu’est une ville intelligente. Un récent niveau d'intérêt et de sensibilité que les citadins
sondage montre qu’un Français sur deux ont à l'égard de la "Smart City", à savoir une ville
l’ignore. Les définitions abondent et la plupart "intelligente" et connectée qui utilise les
sont façonnées pour représenter des intérêts, technologies nouvelles pour améliorer la vie des
pour affirmer des prises de position, voire des habitants tout en préservant les ressources,
souhaits. l’environnement, l’énergie ou la sécurité.
Pour me forger ma propre opinion, j’ai décidé La transformation des villes, devenue
de mener moi-même mon propre sondage. nécessaire, est-elle bien en phase avec les
préoccupations des urbains ?

Méthode de diffusion
Réseaux sociaux essentiellement (Facebook, Twitter) et emailing.

87
Source sondage SMART CITY, enquête de perception sur la ville de demain
Emmanuelle Petraud - Novembre 2017
Infographie réalisée grâce à Pictochart

88
Chiffres clés et grands
enseignements du
sondage

Cette étude m’a permis de faire ressortir les grands enjeux de la Smart City pour les
citoyens et les préoccupations actuelles de ceux qui y habitent. En complément de
l’infographie réalisée en page précédente, en voici les grandes tendances notables.

53% des personnes interrogées placent la thématique de la mobilité et des


transports comme étant cruciale pour la Smart City.

Cette problématique apparaît 2 fois dans le top 3 des problèmes


qui impactent leur qualité de vie, sous le thème des problèmes de congestion et de
circulation et de l’offre de transport en commun.

62% des sondés estiment que la pollution de l’air est une


problématiques impactante sur leur qualité de vie, ce qui la place en 1ère position.
Pour les personnes interrogées, les problématIques les plus impactantes sur la qualité de
vie sont (par ordre d’importance et présentant un ratio égal ou supérieur à 20%) :
● Pollution de l’air
● Problème de circulation et congestion
● Offre de transport public
● Sécurité publique
● Gestion des déchets
● Complexité des administrations

Les critères de choix pour le lieu de vie des citoyens :

N°1 : l’offre de transport en commun


Quels sont les critères déterminants dans le choix de la ville de résidence ? Sans grande
surprise par rapport aux problématiques déjà remontées, les sondés ont choisi en premier
l’offre de transport en commun, en seconde position vient l’aménagement (espaces verts
et infrastructures respectueuses de l’environnement) et en 3ème position on voit
apparaître une nouvelle thématique qui est la sécurité des biens et des personnes. Plus
surprenant, la qualité de l’air et la circulation et le stationnement n’apparaissent
respectivement qu’à la 4ème et 6ème position alors que les mêmes personnes interrogées
plaçaient ces problématiques comme primordiales dans les défis à relever de la Smart City.
Est-ce à dire qu’elles n’estiment pas que les villes dans lesquelles elles vivent sont
confrontés à ces enjeux ? Ou que ce problèmes sont si généralisés dans leur régions
d’habitation qu’ils ne constituent plus en soi un critère de choix ?

89
En croisant les données de la taille de l’agglomération de résidence des personnes
interrogées et du niveau de satisfaction de ces mêmes personnes quant à leur qualité de
vie (de 1 à 5, soit de insatisfait à très satisfait), on obtient les informations suivantes.
Niveau de satisfaction des personnes interrogées en fonction de la taille de leur
agglomération d’habitation

Source sondage SMART CITY, enquête de perception sur la ville de demain - Emmanuelle Petraud
- Novembre 2017

On constate bien que le niveau de satisfaction tend à baisser plus l'agglomération est de
taille importante. Constat partagé avec les résultats d’une enquête menée cette année par
l’Observatoire des usages émergents de la ville sur les aspirations résidentielles des
citoyens, menée auprès de plus de 4 000 français(1). Rendue publique en novembre, cette
enquête tente de répondre à la question “Quelle serait pour les Français leur ville idéale ?”.
Premier constat : 48% des Français aimeraient « vivre ailleurs » s’ils en avaient la possibilité.
Cette aspiration est tout particulièrement marquée chez les habitants des grands centres
urbains. 56% des habitants de Paris et 59% des habitants des autres métropoles souhaitent
ainsi déménager en dehors des grands pôles d’activité. La question de la qualité de vie est
très présente parmi les interrogés qui souhaitent quitter la ville. La pollution, le bruit,
l’absence de contact avec la nature font ainsi partie des réponses les plus citées quand on
évoque les gênes ressenties par les habitants des centres urbains.
Le rejet de la smart city ?
Interrogés par l’enquête sur six modèles d’évolution de la commune, les Français se
projettent dans la « ville nature », suivie de près par « la ville autosuffisante » entourée
d’une ceinture verte agricole en mesure de nourrir sa population et « la ville aux courtes
distances ». La smart city n’arrive qu’en dernier des modèles souhaités. Moins d’un Français
sur trois accepterait d’ailleurs de partager ses données pour contribuer au bon
fonctionnement des « smart cities ». Ce sentiment se développe alors même que les
réflexions sur la ville hyper connectée sont au cœur des recherches des urbanistes,
aménageurs et de nombreux acteurs des transports.
“C’est une critique de la modernité et de la sur-consommation qui s’exprime, pas forcément
un rejet du numérique” nuance l’économiste Philippe Moati. Au moment où la smart city et
les aires urbaines deviennent de plus en plus denses, il convient pour les décideurs
politiques et autres aménageurs du territoire de réfléchir sur leurs choix futurs.

90
(1) Source L’Observatoire Société et Consommation http://www.lobsoco.com/
5.
Conclusion et
recommandations

"Il va sans dire que nous voulons l’intelligence, mais je ne


veux pas que ma vie soit réglée par des algorithmes. Je veux
savoir ce que l’intelligence peut faire pour les citoyens".
Peter Madden, le CEO de Future Cities Catapult, centre
britannique d’innovation urbaine

91
La donnée, véritable ADN de nos
vi[ll]es de demain ?

Travailler sur ce sujet m’a ouvert à des problématiques auxquelles certes j’étais sensible
mais que je ne pensais pas aussi riches et diversifiées. La Smart City couvre tous les champs
de la Société : c’est un enjeu écologique, économique, social et sociétal.

Citoyens, élus, acteurs du public ou du privé, nous sommes tous aujourd’hui conscients de
l’importance à accorder à l’amélioration de nos conditions de vie, à la protection de notre
environnement et à l’optimisation des ressources, là où l’humanité se trouve être le plus
concentrée, en ville. Et la Smart City nous offre cette promesse.

Mes lectures et les rencontres que j’ai faites m’ont apprises qu’il y a beaucoup de paroles
mais parfois peu d’actions concrètes mises en place au niveau global d’une ville. De plus,
certains investissements ne sont pas toujours aussi prometteurs ou rentables
qu’escomptés. C’est pourquoi il est utile, voire primordial, d’adopter une posture “test &
learn”, comme dans de nombreux domaines aujourd’hui. Essayer, rectifier, pivoter comme
on parlerait dans le jargon startup, telles sont les clés pour parvenir à innover et répondre
aux problèmes qui se posent à nous. Si les solutions trouvées échouent quelques fois, elles
ont le mérite d’avoir été testées. Les villes qui ne font rien ne se trompent pas mais ne
progressent pas également. La survenance de l’échec doit toujours mener à l’évaluation car
il est essentiel de vérifier que le dispositif technique déployé - l’innovation - correspond
bien à un cas d’usage. Comme j’ai pû le démontrer dans les différentes parties, c’est le
citoyen - l’usager de la ville - qui est au coeur de la transformation. Il faut donc trouver des
solutions qui répondent à ses besoins et usages, car si ceux-là sont bien aujourd’hui la
cause principale des désagréments et congestion de la ville, ils en sont également une des
solutions. En effet le comportement de l’urbain d’aujourd’hui, notamment au travers de
nouveaux usages liés à l’arrivée massives des NTIC, des smartphones et de la connectivité
déployée, rend possible la réalisation de nouvelles solutions. Car c’est bien les données
recueillies qui autorisent aujourd’hui les acteurs à plus de créativité et permettent de
prévoir grâce à leur analyse la survenance des situations et donc leur prévention.

On comprend par là même que cette ouverture à la donnée soulève des inquiétudes et des
réticences. L’exemple de la banque que je connais bien, étant moi acteur au sein de l’une
d’elle, montre bien les questions que cela pose : déposé sur des comptes bancaires, notre
argent travaille et fructifie davantage grâces aux solutions - placements et autre -
proposées par la banque qu’en restant sous nos matelas. Pourtant, en enregistrant les
mouvements de nos comptes, la banque a accès à une source incroyable de données nous
concernant (actif, passif, impôts, usage de consommation, composition familiale,
changement de situation, etc). Malgré cela, tout le monde remet son argent entre les mains
des banques car celles-ci ne disposent pas d’une liberté totale quant à l’exploitation des
données qu’elles détiennent, et surtout elles s’interdisent - pour combien de temps encore
- à les utiliser pour n’importe quel usage : un code de conduite et les entités régulatrices
veillent à ce qu’il ne soit pas fait mauvais usage.
92
L’exploitation de la donnée n’est donc pas un problème en soi si on sait ce qui peut en être
fait mais cela nécessite des règles et un encadrement. Et c’est bien ce qui est
progressivement en train de se faire (GDPS, DSP2).
On peut alors se poser la question de la sécurité des données et du risque de piratage.
Comme dans tous les domaines de la vie, absolument tous, le risque zéro n’existe pas. On
cherche certes à le minimiser autant que possible mais on ne peut garantir l'infaillibilité de
la sécurité. Les voitures autonomes sont l’illustration de la question des risques à encourir.
Elles font couler beaucoup d’encre et n’en sont qu’à leur balbutiement, certains imaginant
un déploiement dès 2025, d’autres pas avant 2050 du fait de toutes les questions
juridiques et sécuritaires soulevées. Mais n’oublions pas qu’aujourd’hui en France le
problème de la sécurité routière, c’est plus de 3600 personnes qui sont tuées chaque année
sur les routes, et cela sans que la machine ait pris le contrôle de leur véhicule. Donc la
question est : l’IA et les algorythmes feront-ils plus ou moins de victimes ? Quelle est la
prise de risque que nos sociétés sont capables d'accepter ? Le débat est plus que jamais
posé et reste ouvert également au sein de la ville. Il faut aujourd’hui s’entendre et
déterminer les limites à donner à l’utilisation et la sécurité de la donnée, de l’IA, etc.
A ce point nous pouvons légitimement nous demander si nous allons vers des villes pilotées
par la donnée ? Et par extension, allons-nous vers une humanité pilotée par la donnée ?
Pour y répondre, je suis passée par une phase d’observation et d’analyse qui m’a permis de
mettre en lumière que l’usage de la donnée est une tendance majeure du 21ème siècle, et
notamment dans les villes où la data trouve son carburant dans la forte concentration d’une
population qui est par ailleurs ultra connectée. Comme l’illustre très bien la timeline en page
22, c’est un phénomène qui s’est accéléré en 2010 et qui ne cesse de se développer depuis.
En effet nous nous trouvons à un tournant majeur et qui est la preuve qu’une nouvelle ère
est arrivée, celle de la donnée mais plus encore celle de la donnée publique, ouverte, et qui
se partage.
Un autre facteur d’attention à mon sens - et pas de moindre - est l’arrivée des GAFAM dans
ce secteur en pleine expansion. Cela constitue un enjeu d’importance pour les villes. Celles
qui cherchent à devenir plus smart n’ont pas toujours le budget des grosses métropoles.
C’est pourquoi elles ont rapidement compris qu’il fallait accepter de travailler avec des
opérateurs privés pour répondre à leur problématique. Elles ouvrent alors les accès à leurs
données, voire elles donnent leurs données à des acteurs du privé. Et ceux-là ne se font pas
prier. Tous les gros opérateurs, GAFAM en tête, veulent investir les villes (avec Amazon Go
par exemple qui déploie ses magasins, à l'antipode de son modèle économique initial), car
c’est là que se concentre la valeur, à savoir les gens. La population est la source de création
et de diffusion de la donnée.
Si ces opérateurs peuvent développer des services innovants qui enrichissent la Smart City
beaucoup plus facilement que la mairie, ils prennent également le pas sur l’acteur public et
peuvent notamment accroître la prédominance de leur offre commerciale au dépend des
autres acteurs de la ville. Quand l’acteur privé connaîtra mieux la ville que la mairie ou les
acteurs publics, comment se joueront les enjeux de pouvoir ? Or nous savons qu’il faut être
attentif à la préservation du tissus économique de la ville. Ne pas tuer l’âme des villes.

93
Recommandations

Si, tel que je pense l’avoir démontré et tel que j’en ai l’intime conviction, la donnée
est bien l’ADN de nos villes, alors comme dans le domaine scientifique du génome
humain, cela suscite et suscitera davantage encore dans les années qui viennent
d’importants débats sur l’utilisation de la donnée et les limites à ne pas franchir.
On ne parle pas uniquement de données publiques, mais aussi des données privées,
que les acteurs concernés voudront bien libérer. Et ces données sont naturellement
accompagnées de conditions d'utilisation, qui doivent en garantir un libre accès et
une réutilisation par tous. L’Open Data constitue une opportunité, celle d’innover et
de développer des modèles économiques nouveaux, mais il offre aussi l'équité
d'accès à l'information et permet de considérer la donnée publique comme un bien
commun. D'autres aspects positifs découlent du fonctionnement de l’Open Data
comme la co-construction et l'implication des citoyens, mais aussi les thématiques
de l'interopérabilité, de l'efficacité ou la qualité des données et services.
Dans une gestion de la ville “Data-driven” (pilotée par la donnée) pour répondre aux
enjeux des grands centres urbains, voici les recommandations concernant la
stratégie de gestion de la donnée que je préconise de suivre.

Transparence & Engagement


au travers d’une déclaration d’intention

S’engager en toute transparence et expliquer clairement l’usage de la donnée et les


bénéfices apportées de leur utilisation
1 quelles données ? De quelle façon est-elle collectée et comment est-elle
stockée ?
2 pour quoi faire ? les motifs qui nous pousse à utiliser ces données, quelle
est la valeur promise liée à son usage ?
3 ce qui ne sera pas fait avec ces données ? être capable de garantir ce qui
ne sera jamais fait avec les données
4 pour qui ? Dans la mise en œuvre des partenariats publics/privés, chaque
acteur souhaite accéder à toutes les données pour se positionner au centre de la
valeur. Alors qui y a accès ? Et qui l’utilise ?
5 Quelle protection ? Car enfin il est essentiel de garantir la sécurité en
matière de gestion de la donnée avec une Data Policy.

94
Intégrité & confiance
au travers d’une Data Policy

La mise en place d’une Data Policy, politique en matière de gestion de la donnée, est
primordiale avec quelques règles d’or.
1 Accélérer le déploiement d’un open data respectueux de la protection des données
personnelles, en phase avec les nouvelles règles établies par le régulateur (GDPR) ;
2 Anonymiser les jeux de données (Prévoir, dès la conception de la base, dans la
perspective de sa possible ouverture, les modalités de son anonymisation
éventuelle) ;
3 S’engager à pouvoir communiquer sur toutes les bases de données que la ville
détient et qui seraient susceptibles d’être communiquées, a fortiori si le citoyen en
fait la demande et qu’il fait l’objet d’une diffusion publique ;
4 Marquage des jeux de données afin d’être en mesure de suivre les réutilisations
éventuelles et dénoncer les mésusages ;
5 Adapter la diffusion en fonction du risque : En cas de risque avéré sur les données
personnelles, impossible à éliminer par des procédés d’anonymisation, refuser
l’ouverture des données ou, si le bénéfice attendu de cette ouverture est jugé très
important, procéder à une ouverture restreinte de cette base ;
6 Assurer une veille sur la diffusion et les réutilisations des données communiquées
par la ville ;
7 Mettre en place une structure dédiée à la protection des données à caractère
personnel.

Accompagnement & éducation


au travers d’une conduite du changement

Comme nous l’avons vu le citoyen est au coeur des transformations. Sans son
adoption il n’est pas de projet qui puisse réellement réussir. Franche et radicale ou
sporadique et mesurée, toute décision de transformation doit être accompagnée et
expliquée dans toutes les phases du projet, de la construction à la mise en place.
L’idéal étant bien sûr d’intégrer des représentants de tous les acteurs dès la génése.
Comme les grandes transformations digitales que connaissent de nombreux grands
groupes aujourd’hui, pour moi c’est l’accompagnement des acteurs, des projets qui
constitue la réussite. Il ne s’agit pas de petits changements mais d’une profonde
transformation. Dans les entreprises nous parlons souvent de changement de
paradigme, et pour la Smart City c’est la même chose, la ville plus que se
transformer doit se réinventer. D’ailleurs de nombreux programmes prennent le
nom de “Hacking” ou “Hackeur” comme “Hacker l’Hôtel de ville” pour Paris ou
“Hacker l’Elisée” en septembre 2017.

95
Sobriété & efficacité
à travers une démarche “Test & Learn”

Une démarche d’Open Data et notamment une stratégie de gestion “data-driven”


n'implique la nécessité de définir une stratégie complète avant toute action
concrète, ni de monter un grand projet. Il est tout à fait possible, et cela est même
souvent constaté dans les faits, de commencer par des actions simples et peu
coûteuses, qui permettent un premier retour d'expérience. cela limitera beaucoup les
arguments (risques éventuels, coût élevé). Par exemple, il est tout à fait possible de :
- changer de licence si cela s'avère pertinent;
- publier un jeu de données existantes, en l'état, puis de l'améliorer progressivement
- mettre en place une API (service web) si cela est pertinent.
Les villes servent maintenant de plateformes pour l’innovation, et de nombreux
projets sont lancés par les municipalités avec des acteurs traditionnels de l’industrie,
de la finance, des opérateurs et des startups. Pour les startups, cela leur donne plus
de visibilité, un écosystème pour présenter leur travail, un accès à des opportunités
de financement et à des opportunités de partenariat d'entreprise, et un échange de
connaissances entre pairs.

Mes Convictions

Pour permettre l’ouverture de la donnée et son utilisation en toute tranquillité il faut


offrir des garanties : comment en tant que ville je la collecte, où je la stocke et la
traite, avec qui je la partage et l'enrichis, et pour quels usages ? Par ailleurs il faut
expliquer et convaincre pour aller plus loin dans les mesures prises, prouver par la
donnée également que les choix sont pertinents et démontrer par l’analyse, la
prédiction, par l’usage de l’Intelligence Artificielle et des algorithmes que la ville va
dans la bonne direction. Il est temps d'agir. Et la passivité n'est plus une option.

96
Un Grand Merci
Des remerciements sincères et chaleureux aux personnes sans qui cette thèse n’aurait pu
exister. À Béatrice Dessaints pour m’avoir fait partager son expertise aux différentes étapes de
cette thèse, pour ses encouragements et son enthousiasme ; À Philippe Torres et Stéphane
Leguet pour leur partage de connaissance, leurs conseils et orientations précieuses ; À Emilie
Le Riche sans qui ces rencontres n’auraient pas eu lieu ; À Marc Panic pour son aide sur le sujet
des GAFAM ; À Benjamin Ulrich pour m’avoir accueilli dans sa startup et partager son expertise
sur les sujets de Smart Building et IoT.
Je veux remercier également mes managers : Laurent Marin, Jérôme de Labriffe, Rabia
Lamsouber et Vladimir Milojkovic, sans qui la reprise de mes études n’aurait pas été possible et
qui m’ont toujours soutenu dans ma démarche. Mais plus globalement je voudrais remercier
mes collègues pour leur curiosité et leur patience dans nos échanges sur ce sujet de Smart City
qui me tient à coeur et a monopolisé les débats.
Merci à Alexandre Stopnicki et Christophe Dané, pour leur précieux conseils et le challenge qu’a
constitué la rédaction de cette thèse (j’aurai au moins fait ça une fois dans ma vie), et plus
globalement merci à toute l’équipe pédagogique pour leur écoute, partage de connaissance et
leur dynamisme tout au long de cette année de cours.
Merci à notre club des 7. On ne retourne pas sur les bancs de l’école sans se constituer un
nouveau groupe d’amis avec qui partager ses moments de joie et de détresse, alors merci Elsa,
Fanny, Laura, Sylvie, Farhad et Florian.
Last but not least, je remercie mon époux, mes parents et ma famille qui m’ont permis d’avoir
cette ouverture d’esprit, cette curiosité et surtout qui ont toujours fait preuve d’une grande
confiance en moi et en mes capacités à relever de nouveaux challenges. Merci de m’encourager
au quotidien à me dépasser et surtout merci de croire en moi. 97
Sources

Les salons & conférences :


▪ Forum Smart City Paris 27 & 28 novembre 2017
▪ Conférence “Mobilité & Urbanisme” , 13 novembre 2017
▪ Salon SMART CITY+SMART GRID 2017 5 & 6 octobre 2017
▪ Forum “EDF Pulse day” septembre 2017
▪ Conférence Léonard (Groupe VINCI) "Véhicules autonomes & infrastructures" au Numa 17 juillet 2017
▪ Programme “Datacity Paris”, série de plusieurs Rdv au premier trimestre 2017

Les vidéo & sources audios


▪ Ted Talks Benjamin Barber “Why mayors should rule the world?”
▪ TEDCity2.0 Day 20 sept 2013
▪ Suivie en retrnascriot du Salon Michelin à Chengdu novembre 2014 (youtube)
▪ [ENERGIE CITY] L’énergie dans la ville : quelles évolutions ? NUMA (youtube)
▪ Carlo Moreno - La ville intelligente : fantasme ou réalité ? (à UnivNantes) (youtube)
▪ France Culture La Méthode scientifique “Ville de demain : une ville intelligente ?” avril 2017
▪ France Inter “Algorythmes & mobilité” septembre 2017

Les MOOCs que j'ai suivi et obtenus

▪ “Challenges et enjeux de la mobilité 3.0” - MOOC Mines Telecom


▪ “Smart Grids : les réseaux électriques au cœur de la transition énergétique” - MOOC Grenoble INP –
Ense³
▪ “Prescrire et estimer à l'heure du BIM” - MOOC Bâtiment Durable / ADEME
Les blogs

▪ Blog de Carlo Moreno : http://www.moreno-web.net/


▪ THE HUMAN MOBILITY BLOG : http://blogurbanmobility.com/
▪ Site spécialisé : http://www.smartcitymag.fr
▪ Blob IoT : https://www.objetconnecte.net/
Les livres

▪ “Voyage dans les villes intelligentes : Entre datapolis et participolis”, essai Francis Pisani - 2015
▪ “La guerre des intelligences”, Laurent Alexandre
▪ “Smart Cities. Big Data, Civic Hackers, and the Quest for a new Utopia”, Anthony M. Townsend
▪ “The City of Tomorow: Sensors, Networks, Hackers, and the Future of Urban Life”, Carlo Ratti

98
Sources

Les études et dossiers spéciaux

▪ “Voyage au centre de la ville de demain”, Études et Prospective de la CNIL - 2017


▪ CAHIERS IP #5 “La plateforme d’une ville, les données personnelles au cœur de la fabrique de la
smart city”, Études et Prospective de la CNIL - 2017
▪ “Big Data, Big Culture”, L’Atelier BNP Paribas pour le Forum d’Avignon - 2013
▪ “L’Observatoire des mobilités émergentes”, étude L’ObSoCo et Chronos - 2017
▪ “De la smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir de la smart city”, Rapport au Premier
ministre confié à Luc Belot, député de Maine-et-Loire - 2017
▪ “Smart city, smart strategy : Cities around the world are embracing the digital revolution. But how
well are they really doing?”, étude Roland Berger - 2017
▪ Smart cities à la française : Quels gagnants et quels perdants dans le nouveau paradigme urbain
mondial ?”, étude Roland Berger - 2017
▪ “Harnessing Public Private Cooperation to Deliver the New Urban Agenda 2017”, Rapport World
Economic Forum - 2017
▪ “SMART HOME : De la maison connectée à la maison intelligente”, étude Joshfire - 2017
▪ “SMART CITY : En quête d’une ville (d’une planète) où il fait bon vivre…”, étude Joshfire - 2017
▪ “Manifeste Smart Building Alliance for Smart Cities” - 2017
▪ La donnée, clé de voûte des transports de la Smart City de demain, étude WaveStone - 2017
▪ De la ville au territoire intelligent : La donnée au cœur de la transformation des Smart Cities”,
étude EY - 2017
▪ “Les villes intelligentes : expériences françaises”, étude Vivapolis - 2016
▪ “Une ville plus contributive et durable : crowdsourcing urbain et participation citoyenne
numérique”, étudie IDDRI SciencePo - 2017
▪ “The Role of Big Data in Smart City”, étude ResearchGate - 2016
▪ “Objets-Connectés, un 360° pour bien les comprendre”, étude CIGREF - 2016
▪ “Les Français et les objets connecté”, OpinionWay - 2017
▪ “L’Internet des Objets: état des lieux et perspectives”, Hewlnett Packard - 2016
▪ “Préparer la révolution de l’Internet des Objets”, Livre Blanc de l’ARCEP - 2016
▪ “Concilier les temps de la ville”, La Fabrique de la Cité - Synthèse Séminaire International boston
2016
▪ “Strategic Opportunity Analysis of the Global - Smart City Market”, étude Frost & Sullivan - 2014
▪ “Construire la ville de demain : Au delà des limites et des Frontières”, rencontres internationales de
La Fabrique de la Cité - juillet 2017

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