Thèse MBAMCI EPetraud25012018
Thèse MBAMCI EPetraud25012018
Novembre 2017
Emmanuelle PETRAUD
MBA Spécialisé Marketing et Commerce sur Internet
MCI PART TIME 2017
INSTITUT LEONARD DE VINCI
2
“
À l’heure où notre monde se
transforme en profondeur sous
l’effet de grandes mutations
technologiques, économiques,
sociétales, environnementales et
politiques, les espaces urbains
cristallisent tous les enjeux de
notre développement futur. Et
pourtant – la ville de demain,
comme celle d’hier, doit être un
lieu de rencontres, d’échanges,
de vie, une ville pour les femmes
et les hommes qui l’habitent et la
rendent vivante.
3
4
Préambule
5
Executive Summary
6
“
Nous sommes seulement à l’aube
d’une révolution technologique,
l’Internet se -déploie désormais
dans l’espace physique, réservé
autrefois aux architectes et aux
urbanistes, et il va nous permettre
d’interagir avec des objets tout
autour de nous, de mille manières.
Ce mouvement puissant est en
train de faire émerger de véritables
smart cities : de l’énergie à la
gestion des déchets, de la mobilité
à la distribution de l’eau, de
l’urbanisme à la participation
citoyenne.
7
8
Introduction
9
Alors, allons-nous vers des villes pilotées par la donnée ? Pour y répondre, il m’a fallu
d’abord passer par une phase d’observation et d’analyse qui m’a permis de constater qu’il
s’agit d’une tendance forte et que l’usage des données, volontairement ouvertes par les
municipalités dans certains cas, est en constante progression.
Mais une autre question peut en conséquence être posée, la donnée - sa collecte et son
analyse - est-elle gage de ville plus “Smart” ? Nous verrons que dans certain cas oui et dans
d’autres non. Sans oublier bien sûr celui qui est au centre de toute cette donnée, au centre
des transformations et des nouveaux usages : le citoyen. Qu’attend t-il de sa ville ? Quelles
sont ses préoccupations ?
10
Quelques
chiffres clés
Dans le monde, 1 personne sur 2 vit en ville
66% de la population y vivra en 2050
Soit 2,5 milliards de citadins
supplémentaires en 35 ans
(1) Source Le Monde “Comment le big data change les villes en chiffres”, ONU 2016
http://www.lemonde.fr/smart-cities/video/2016/11/22/comment-le-big-data-change-les-villes-en-chiffres_5035621_4811534
.html
12 (2) Selon les analyses du Groupe Intergouvernemental des Experts sur le Climat (GIEC)
29 Mégapoles (villes de plus de 10 millions
d’habitants) dans le monde aujourd’hui(1)
10 en 1990 40 en 2030
3 en 1970
1 100 mds €
Marché mondial de la smart city en 2025(2)
6,5 Millions
de décès dans le monde / an liés à la pollution(3)
6,4 milliards
d’objets connectés en 2016. En 2018, ils seraient, selon
différentes études, entre 11,4 et 50 milliards(1)
(1) Source Le Monde “Comment le big data change les villes en chiffres”, ONU 2016 13
(2) Source étude Roland Berger”Smart Cities Francaises”
(3) Source étude publiée le 20 octobre 2017 dans la revue médicale The Lancet.
14
Sommaire
La donnée, véritable ADN de
nos vi[ll]es de demain ?
15
Sommaire
La donnée, véritable ADN de
nos vi[ll]es de demain ?
5. Conclusion et recommandations…………………………………………………………………………………...……..…………91
16
1.
Qu’est-ce que la
Smart City ?
Une smart city est une ville qui répond aux problèmes
urbains d’aujourd’hui et de demain : nouvelles
technologies, connexion de réseaux, exploitation et
croisement de données pour l'efficience et l'optimisation
de son organisation, de ses coûts et du bien-être de ses
habitants
17
18
1.1
Plus qu’une vision,
une nécessité
Smart city : une somme de solutions pour Il doit y avoir un équilibre entre l'économie,
résoudre les problèmes urbains l'environnement et la société pour construire une
ville forte et résiliente qui survit à l'épreuve du
La population urbaine dans le monde est en
temps.
augmentation continue, conséquence d’un
double phénomène : la croissance de la Dans leur livre "Smart City, une enquête sur la
population et la concentration de celle-ci dans ville intelligente" les auteurs Jean Daniélou &
les pôles urbains. Selon les projections de l’ONU, François Ménard nous expliquent qu'il est
l’effet combiné de l’urbanisation croissante et important de "[...] noter une spécificité
de la croissance économique contribuera à une primordiale dans l'émergence de la smart city. Il
augmentation de la population des villes de 2,5 s'agit d'une offre ‐ industrielle autant que
milliards de personnes, dont 37 % en Inde, suivie technologique ‐ dont la promotion est faite par
par la Chine et le Nigeria. En France, ce de nouveaux entrants sur le marché de la ville
mouvement est également vérifié avec près de (entreprises venues de l’informatiques et de TIC
80 % de la population habitant en zone urbaine (technologies de l'information et de la
d’après la Banque mondiale, part en communication),…) lesquels obligent les
augmentation constante. opérateurs historiques à créer à leur tour une
offre nouvelle issue de leur métier propre. Le jeu
Dans ce contexte, rendre les villes intelligentes réglé entre les acteurs de la fabrique urbaine est
et durables, c’est essayer de diminuer l’impact recomposé, et la question à venir pour les
environnemental, mais, également, de repenser pouvoirs publics locaux est de déterminer leur
en profondeur les modèles d’accès aux stratégie d'exploitation de cette nouvelle
ressources, les transports, la gestion des ressource qui a) nécessite une maîtrise
déchets, la climatisation des édifices et surtout technique élevée b) représente un coût
la gestion de l’énergie (production, conséquent c) est une source d'informations
acheminement, etc.). redéterminant les pratiques de gouvernance."
"La smart city, ou ville intelligente, est une ville
Mais revenons d’abord sur ce qui a été moteur
dont les infrastructures communicantes et
dans le développement de cette nouvelle
durables améliorent le confort des habitants."
conception de la ville dite intelligente.
selon Schneider Electrics
La ville intelligente doit tenir compte d'éléments
tels que les énergies renouvelables, les réseaux
intelligents, le stationnement intelligent et le
transport intelligent.
19
LA SMART CITY TOUCHE
TOUS LES SECTEURS DE
L’ECONOMIE
20
1.2
Quelques mots
d’histoire
21
Les grandes dates
du déploiement des composants
de la Smart City
22 Source : dates issues d’une étude L’Atelier, veille et prospective BNP Paribas
Infographie réalisée avec Pictochart
1.3
L’essentiel pour tout
comprendre
"La ville intelligente est un pléonasme, Pour Wikipédia en français : "Une ville peut être
explique Jean-Louis Missika, adjoint au qualifiée d’intelligente quand les
maire de Paris et responsable de investissements en capitaux humains, sociaux,
l’urbanisme. C’est l’intelligence qui a poussé en infrastructures d’énergie (électricité, gaz), de
les humains à s’urbaniser depuis des milliers flux (humains, matériels, d’information)
d’années". alimentent un développement économique
durable ainsi qu’une qualité de vie élevée, avec
Le Smart Cities Council, l’organisation formée
une gestion avisée des ressources naturelles, au
par les principales entreprises proposant aux
moyen d’une gouvernance participative et d’une
municipalités d’installer l’infrastructure (hard
utilisation efficiente et intégrée des NTIC".
et soft) susceptible de rendre leur ville
"intelligente" définit une Smart City comme A ces visions relativement globales, il faut
une ville dans laquelle les technologies ajouter l’approche par secteurs comme le fait
numériques sont intégrées à toutes les une étude du cabinet Frost & Sullivan qui
fonctions de la ville". "identifie huit aspects essentiels [chacun devant
être “intelligent”] : gouvernance, énergie,
“Personne n’est vraiment d’accord sur ce qu’est
constructions, mobilité, infrastructure,
une ville intelligente" rappellent les
technologie, attention sanitaire et citoyen",
chercheurs de Sheffield
auxquels il est courant d’ajouter un volet
Mais le terme Smart City est loin de faire sécurité.
l’unanimité, nous avons affaire à une
multitude de termes qui tous essayent d’
évoquer de meilleures villes en mettant
l’accent sur des dimensions différentes. (1)
(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes” 23
L’ensemble est plus
grand que la somme des
pièces
Une stratégie idéale de ville intelligente couvre des domaines d'action interdépendants,
comprenant une foule de sous-catégories et de solutions
24
Paramètres clés qui
définissent une ville
intelligente
Smart L'énergie : Smart, elle utilise la technologie numérique grâce à une infrastructure de
comptage avancée (AMI), à la gestion du réseau de distribution et aux systèmes de
energy transmission haute tension, ainsi qu'à la réponse à la demande pour une transmission
et une distribution intelligente et intégrée de l'énergie.
Smart Les bâtiments : Smart, ils sont écologiques, éconergétiques et intelligents, avec une
infrastructure automatisée avancée qui contrôle et gère des aspects tels que
building l'éclairage et la température, la sécurité et la consommation d'énergie de manière
indépendante ou avec une intervention humaine minimale.
Smart La santé : Smart, elle utilise des systèmes de cybersanté et de santé mobile et des
dispositifs médicaux intelligents et connectés. Cela implique également la mise en
healthcare œuvre de politiques qui encouragent la santé et le bien-être de ses citoyens, en plus
de la surveillance de la santé et du diagnostic plutôt que du traitement.
Smart L'infrastructure : Smart, elle comprend des systèmes intelligents et automatisés qui
gèrent, communiquent et s'intègrent dans différents types d'infrastructures
infrastructure intelligentes, telles que les réseaux d'énergie, les réseaux de transport, les systèmes
de gestion de l'eau et des déchets et les télécommunications.
Smart La gouvernance : Smart, elle englobe des politiques et des services numériques du
gouvernement qui aident et soutiennent l'élaboration de solutions vertes et
governance intelligentes au moyen d'incitations, de subventions ou d'autres promotions.
Smart La sécurité : Smart, elle comprend des technologies et des solutions telles que la
vidéosurveillance, la sécurité publique et les services de sécurité gérés conçus pour
security protéger les personnes, les biens et les informations.
Smart citizen Il s’agit de l’ensemble des solutions intelligentes et écologiques adoptées par les
citoyens dans leurs activités quotidiennes, y compris dans les choix de mode de vie.
25
En quoi sont caractérisés ces
paramètres clés : les différentes
briques de la Smart City
Smart
Healthcare : Smart Citizen : Smart Security :
26
2.
Les 4 grands axes de
déploiement de la
Smart City
29
2.1 SMART MOBILITY
les données, carburant
de la mobilité 3.0
Plus que la circulation des données, c’est Le monde des transports connaît un réel
celle des citadins qui constitue aujourd’hui le bouleversement avec une modification profonde
grand défi des villes. de l'offre et des usages suite à l'arrivée du
digital.
Préoccupation quotidienne pour des millions
de personnes, le transport est naturellement Vers une mobilité urbaine plus durable
l'axe de développement majeur pour les
Dans ce domaine, les données jouent un rôle
agglomérations dans leur volonté de tendre
prépondérant et il est possible aujourd'hui de
vers la smart city.
développer de nouvelles formes de coopération
Fluidifier les déplacements avec le secteur privé et, par l'utilisation de la
data, d'améliorer la mobilité des usagers.
La notion de mobilité a changé en l'espace de
Du transport à la demande à l’arrivée des
quelques dizaines d'années : la distance
véhicules autonomes en passant par de
s'efface au profit du temps de trajet et de
nouveaux partenariats avec le secteur privé, les
l'optimisation des déplacements grâce
solutions pour inventer la mobilité urbaine du
notamment au phénomène d'intermodalité.
futur se multiplient.
Conditions de circulation difficiles, pollution de l’air, qualité de vie sacrifiée. Vivre en ville apparaît
comme de plus en plus compliqué.
30
Une des première actions menées par les
2.1.1 L'évolution de l'offre collectivités dans leur programme de Smart
de transport en commun Mobility est de déployer des flottes de véhicules
électriques en partage tel qu’Autolib à Paris par
exemple. Un autre moyen pour faire croître le
Les réseaux de transports en commun, parc de véhicules électriques est l’ensemble des
efficaces il y a encore quelques décennies, mesures d’incitation à l’achat de tels véhicules
s’avèrent désormais peu adapté aux exigences avec des subventions entre autre comme le met
des urbains. Moins polluants, plus rapides, les en place la Finlande.
trajets doivent offrir plus de confort aux L’accès à la donnée : vers une mobilité
usagers et mieux s’inscrire dans réinventée
l’environnement. Outre la construction de
nouvelles lignes ferroviaires, les tramways et Les données publiques ont beaucoup de valeur.
les bus électriques font partie intégrante de Et l'engouement n’est sans doute nulle part
l’offre de transport collectif et envahissent peu aussi fort que dans le secteur des transports, ou
à peu le paysage urbain. Dans bien des villes, plus largement des mobilités. Ce qui se justifie
cette offre s’étoffe également de mise à au regard de la part de leur vie que passent les
disposition de modes de transport tels que les individus, dans le monde entier, à se déplacer, et
vélos en libre service, l’autopartage etc. souvent à perdre du temps. Or, les réseaux de
transports, souvent publics, produisent des
Le rail : un exemple emblématique de monceaux de données, aujourd’hui collectées
l’avancée du transport dans l'usage de la mais peut exploitées. Les automobilistes
données et de l’IoT produisent eux-aussi, via des applications sur
smartphones, de précieuses données de
L'exemple ferroviaire est intéressant à
circulation temps réel. Pour les acteurs des
plusieurs titres. Tout d'abord parce des trains
mobilités, l’enjeu, désormais, c’est bien de
automatiques roulent depuis déjà longtemps.
pouvoir agréger ces données, les croiser, pour
Et ensuite parce qu'un certain nombre de
produire de nouveaux services pour la ville. Il
concepts sont transposables plus ou moins
faut donc, non pas les posséder (la possession
directement au domaine de la route
n’est pas nécessaire dans un univers numérique)
intelligente ou du véhicule automatisé.
mais y accéder.
Le premier métro automatique au monde a été
mis en service en 1983. C'est le VAL de Lille. Que faire avec les données : l’exemple de
Transport for London (TfL)(1)
Les Véhicules électriques
Les systèmes d'information transport sont
Outre leur caractère silencieux, un des atouts systématiquement alimentés avec un certain
principaux des véhicules électriques est de ne
nombre de données qu'ils utiliseront pour
pas dégager de gaz d’échappement, en partie
réaliser un service et ainsi produire d'autres
responsable de la pollution dans les zones
données. Ainsi les Systèmes d'Aide à
urbaines. Bien que sa contribution climatique
l'Exploitation vont permettre, à partir de la
globale soit fortement dépendante du contenu
description du réseau, des positions des
carbone du mix électrique, l’analyse de cycle
véhicules et des informations relatives aux
de vie d’un véhicule électrique montre que son
conducteurs, d'améliorer le fonctionnement du
empreinte carbone globale est environ deux
service et produiront, entre autres, les
fois plus faible que celle d’un véhicule
informations d'heure de passage temps réel à
thermique. Cette constatation amène les
l'arrêt.
pouvoirs publics à vouloir favoriser son
déploiement.
32
En 1997, le consortium américain AHS piloté par
2.1.2 L'avènement du General Motors fait la démonstration à San
Diego d'un convoi de véhicules automatisés.
véhicule autonome et Toutefois ce projet présentait des limites : sa
connecté focalisation sur voies dédiées et le caractère peu
mature de ses technologies sous-jacentes. Pour
ces deux raisons, les financements de la suite du
L'automatisation de la conduite n'est plus
projet n'ont pas été accordés.
seulement un concept.
En 2005 et 2007 l'agence américaine de
Après une bonne quinzaine d'années où il est
développement de systèmes pour la défense
resté dans le monde de la recherche, le concept
relance le sujet en organisant 2 concours, les
s'est fortement concrétisé et des prototypes
Darpa Challenges, remportés par Sebastian
circulent aujourd'hui un peu partout dans le
Thrun. En 2010 Google décide de poursuivre les
monde.
recherches sur le sujet, recrute Sebastian Thrun
Quels sont les objectifs attendus et une bonne partie de l'équipe de Standford.
L'équipe de Google adopte alors une stratégie
L’automatisation décharge le conducteur et directe et originale en faisant progresser leur
introduit la maîtrise des trajectoires, la prototype directement sur route ouverte.
régularité et le contrôle des espace-temps En 2011, Google fait présenter un projet de loi
entre véhicules. Cela introduit des changements auprès de l'Etat du Nevada pour obtenir
importants dont on attend beaucoup sur l’agrément de la conduite automatisée, il est
plusieurs plans(1). définitivement adopté en 2013. On peut ainsi
acheter aujourd'hui une plaque d'immatriculation
Sur le plan de la sécurité, on peut en attendre au Nevada permettant de circuler en conduite
une réduction des accidents qui sont causés par automatique. Plusieurs états ont suivis depuis.
des erreurs des conducteurs, et sur le plan de
Mais qu'est-ce qu'une voiture autonome ?
l'efficacité des ouvrages l'objectif est d'accroître
les capacités donc de réduire les congestions. C'est une voiture bardée de capteurs, de radars
Sur celui de l'environnement, l’objectif est de assez classiques, de caméras et de lidar (capteur
réduire les consommations donc les émissions. optique laser), et bien évidemment d’une
Les conducteurs attendent de ce procédé une intelligence embarquée.
plus grande voire une totale liberté en voiture
offrant donc une disponibilité pour d’autres
tâches au cours des trajets.
Enfin, l'automatisation constitue une solution
de mobilité pour les personnes frappées par l’
âge ou le handicap, et privé de la mobilité
fournie par l’automobile aujourd’hui.
Un concept qui ne date pas d’hier, un peu
d'histoire(1)
En février 1958, General Motors annonçait
avoir effectué en guidage automatique un mile
sur une route interne de son centre de
développement. En 1994, les équipes de
recherche du grand projet européen
PROMETHEUS démontraient au Nord de Paris,
une première version des briques de base de
l'automatisation de la conduite. La faible
puissance des processeurs de l'époque ont fait
dériver les développements vers les aides à la
conduite.
La révolution numérique imprègne l’ensemble des métiers liés aux bâtiments, principalement via la
maquette numérique et les web services.
38
(1) Source : Manifeste Smart Buildings Alliance
En France, le Plan Transition Numérique dans le
2.2.1 La digitalisation de Bâtiment (PTNB) a rendu le BIM obligatoire dans
la conception à la gestion les marchés publics en 2017. Ce PTNB vise en
effet à accélérer le déploiement des outils
du bâtiment : le BIM(1) numériques à l’échelle de l’ensemble du secteur
du bâtiment.
La révolution numérique commence à La réalité augmentée
imprégner l’ensemble des métiers liés aux
bâtiments, aux services urbains et aux Récente innovation, ludique et étonnante, la
territoires, en conception, en réalisation et en réalité augmentée porte de réels enjeux pour le
gestion, principalement via la maquette bâtiment. Elle offre la possibilité de reconstituer
numérique et les web services. et de superposer virtuellement un ouvrage ou un
objet d’une maquette numérique pour le voir
La maquette numérique pour une meilleure dans son environnement réel. Les applications
exploitation du bâtiment sont multiples : visualiser un bâtiment avant et
Le BIM (Building Information Modeling) n’est ni pendant sa construction, visualiser un réseau de
un outil, ni un logiciel, mais l’ensemble des gaz in situ ou l’emplacement idéal d’une
processus collaboratifs qui alimentent une infrastructure dans un bâtiment. La réalité
maquette numérique tout au long du cycle de augmentée apporte une aide à la décision parce
vie des ouvrages (infrastructure et bâtiment), qu’elle rend tangible ce qui n’existe pas encore et
depuis sa construction en passant par son permet de lever les doutes, ce qui facilite les
utilisation et jusqu’à sa démolition. choix et accélère les projets. (2)
39
(1) Lire l’article de mon blog DigitalzeMe “Êtes-vous prêt pour le BIM BANG ?”
(2) Source : Manifeste Smart Buildings Alliance
2.2.2 Les infrastructures L’introduction de l’IA permettra de gérer les
communicantes niveaux de complexités élevés du fait de la
combinatoire à l’échelle d’un bâtiment ou d’un
groupe de bâtiment que les systèmes actuels
Une approche servicielle du bâtiment échouent à piloter efficacement.
Focus: Intent
propriétaires au faible degré d'ouverture,
principalement pour des raisons de sécurité et
d'efficacité. C'est l'un des écueils de la
domotique d'hier, mais aussi de la smart home
Technologies
aujourd'hui, chaque marque essayant
d'enfermer le consommateur à l'intérieur de L’agrégateur de flux des données issues de vos
bâtiments
son propre écosystème.”(1)
La plate-forme mise au point par Intent Technologies
La montée en puissance de l’IoT offre une connecte entre eux les différents intervenants –
collecte de données plus riche, sous réserve de municipalités, bâtisseurs, sous-traitants – tout en
l’interopérabilité des systèmes. En leur permettant de partager des données de toutes
comparaison, il y a aujourd’hui moins de natures (capteurs, contrats, équipements,
capteurs dans un logement que dans une opérations...).
voiture et plus de confort (thermique) dans sa La solution vise à agréger des données provenant
voiture … d’innombrables sources avant d'être mises à
Building as a service (BaaS) disposition du public ou de partenaires privées, via
des API. L’ensemble est consultable et pilotable grâce
Le Smart Building devient une plateforme à un tableau de bord ergonomique et multi-device,
multifonction et multiservice pour les utilisable par les équipes depuis le terrain ou par les
différents utilisateurs, qu’ils soient à l’intérieur locataires depuis leur logement.
ou à l’extérieur du bâtiment.
40
(1) Source : Manifeste Smart Buildings Alliance
et doivent évoluer en cohérence les uns avec les
2.2.3 Des logements aux autres. Les immeubles de demain ne seront donc
espaces mutualisés, plus monolithiques mais mixtes et à considérer
dans un ensemble pluridimensionnel avec des
réflexion globale sur la commerces, des bureaux, des services… Ils
création d’éco-quartier devront aussi répondre aux enjeux énergétiques
et climatiques tout en maximisant le confort et le
bien-être des utilisateurs.
41
(1) Source : Manifeste Smart Buildings Alliance
(2) Source : Interview Jean-Claude Tanguy, BNPP real estate
42
SMART
GOVERNANCE
#Empowerment
#CoConstruction
#OpenData
#Robot
#MachineLearning
#Transparence
43
2.3 SMART GOVERNANCE
quand le citoyen interagit avec
l’administration et co construit
grâce aux nouvelles technologies
Le numérique redonne du pouvoir à l'échelon Le citoyen : ce membre à part entière de la cité
local en permettant aux collectivités
Parler de ville intelligente, de technologie et de
d'améliorer leurs services publics tout en
transition écologique, tout en faisant fi du
abaissant les coûts, grâce à la collecte, et au
citoyen, de la démocratie participative et du lien
traitement de grandes quantités de données.
social n'a pas de sens. Car le citoyen doit être au
Pour des villes participatives et des coeur du processus.
administrations proactives
L’information circule mieux : l’internet remplace “Conçues comme de véritables plateformes au
le papier et le bouche-à-oreille, il permet service des citoyens, les villes intelligentes
d’avoir accès à n’importe quel type s’appuient sur des réseaux toujours plus puissants
d’information de manière exhaustive, ainsi d’infrastructures, de services numériques et de
qu’en temps réel. Les citoyens sont consultés systèmes d’informations interconnectés pour
et peuvent s’exprimer grâce à des plateformes exploiter et valoriser la donnée et mettre
collaboratives. Mais la gouvernance devient l’information à disposition des habitants et de leurs
aussi plus complexe, car Big Data et numérique nouveaux usages.”
génèrent à la fois de la simplicité au niveau Alexandre Guillo 7 juin 2017 Points de vue
individuel et de la complexité à l’échelle de la
collectivité.
44
Assistance civique et optimisation des services
2.3.1 L’e-administration, publiques : IA, Chatbot et blockchain
simplification des L’intelligence artificielle, notamment sous la
démarches et forme de chatbots, permet aux Smart Cities de
fournir des services automatisés construits sur
transparence l’analyse de données.
Un Chatbot, ou « agent conversationnel » est un
L’e-Administration est la dématérialisation des agent qui dialogue avec un utilisateur sur
documents administratifs, leur accès et la
Internet dans le but de l’aider dans une
possibilité de les remplir directement de chez soi
démarche administrative ou pour une explication
et la possibilité de contacter par e‐mail,
sur un service. Cet agent est doté d’une
l’ensemble des services municipaux avec la
intelligence artificielle (IA) qui aide l’utilisateur en
promesse d’une réponse rapide par le même
répondant à ses questions. Certaines entreprises
canal.
se servent de ces Chatbots pour aider leurs
clients à utiliser l’interface de leur site, alors
pourquoi ne pas envisager un tel service pour les
administrations publiques ? Les premiers
bénéfices attendus peuvent être simplement de
palier l’obsolescence de certains sites internet de
l’Administration ou encore d’offrir une
disponibilité 24h/24 7j/7 et éviter ainsi une
attente aux guichets physiques bondés et aux
horaires non adaptés à la vie active du citoyen.
Certaines expériences ont déjà été menées avec
succès. Le chatbot Visabot, par exemple, facilite
l’obtention d’un visa pour entrer sur le sol des
États-Unis. Il permet de compiler les données du
demandeur via Facebook (prénom, nom,
adresse…), de transmettre les documents à
remplir sans avoir à les chercher (et être sûr
qu’ils sont à jour), de sauvegarder ces derniers et
d’améliorer la description et les raisons de la
Adoption du “web2.0”as a service demande de visa.
Pour Luc Belot(1), l’adoption par les collectivités Interface du chatbot Visabot
de la logique du « web 2.0 » autorise une
interactivité plus grande et déplace
sensiblement la production de contenu du
service ou de l’autorité détentrice du site vers
l’usager, lequel contribue (volontairement ou à
son insu), relaie et participe au déploiement
et à l’enrichissement de l’offre initiale. Si les
collectivités semblent avoir pris du temps avant
d’intégrer ce nouveau schéma de relation,
certaines l’investissent de façon forte, avec,
entre autre, le recours au crowdsourcing*. Le
principe d’une « communauté » d’utilisateurs
alimentant un système qui redistribue
l’information ainsi collectée à ses utilisateurs
n’est pas nouveau ni spécifique aux villes.
(1) Source : “De la smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir de la smart city”, rapport de Luc Belot
* Crowdsourcing : utilisation de la créativité, de l'intelligence et du savoir-faire d'un grand nombre de personnes pour réaliser
45
certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur.
Blockchain dans les collectivités : quelles «On a une délibération réelle, qui aboutit à la
possibilités ?(1) réalisation de projets, contrairement à beaucoup de
consultations de citoyens.», Antoine Bézard
La blockchain, avant tout connue comme
support du Bitcoin est une technologie qui En France toujours, les montants alloués varient
permet de stocker et de transférer des de 9 euros à 41 euros par habitant. Le projet
informations, de façon transparente et parisien est le plus ambitieux, avec 92 millions
décentralisée (elle fonctionne sans organe d’euros octroyés en 2017, soit une moyenne de
central de contrôle). Différents cas d’usage 41 euros par habitant. A titre de comparaison,
possibles sont apparus et la smart city aussi Rennes finance des projets à hauteur de 3,5
sera un terrain de jeu pour la blockchain. Le millions d’euros, soit 16 euros par habitant.
secteur de la commande publique est un des Le principe qui est d’associer les habitants au
secteurs où l’utilisation de la blockchain sera la choix de dépenses d’investissement qui les
plus intéressante, avec notamment la concerne constitue aujourd’hui un réel outil
possibilité d’automatiser l’exécution de certains d’empowerement citoyen.
contrats grâce aux smart contracts.
La grande tendance des Smart City aujourd’hui
La blockchain peut également participer à la consiste à proposer et développer une
construction d’une nouvelle forme e‐Administration web 2.0 qui intégrerait les
d’administration. Par exemple, elle pourrait initiatives citoyennes, le vecteur d’une nouvelle
permettre de remplacer la transmission de démocratie urbaine tend à se développer,
documents par des transferts de traces (hash) notamment grâce à des acteurs nouveaux issus
de documents. de l’univers du digital. Ils proposent des
solutions clé en main pour renouer le dialogue
Budget participatif, outil de démocratie
entre les citoyens et leurs représentants.
participative
Depuis la naissance des budgets participatifs à
Porto Alegre, au Brésil, il y a trente ans, visant à
associer les citoyens aux décisions budgétaires,
l’idée a fait du chemin : plus d’un millier
d’expérimentations se sont développées à
travers le monde. Un rapport de l’ONG
allemande “Engagement Global” publié en 2014 Focus:
estimait que 1 269 à 2 778 villes dans le monde
disposaient d’un budget participatif, avec des OpenBudget
formes variées. Des mouvements citoyens ont
même réussi à s’emparer du pouvoir et
inaugurent des formes nouvelles de Pour savoir où va l'argent public.
gouvernance, comme à Barcelone (voir le focus).
Des métropoles comme Nantes, Paris ou Metz Que fait le Conseil municipal avec les taxes payées
par les résidents de Barcelone? D'où viennent les
ont fait de la participation une ligne majeure de
revenus? Quelle entreprise a facturé le plus l'année
leur action. En France, le nombre de communes dernière? Combien dépense le conseil municipal pour
concernées a quasi doublé en un an, passant de le nettoyage?
vingt-cinq à quarante-six, selon une étude
réalisée par Antoine Bézard, fondateur du site Barcelone, via l’outil Open Budget , permet au public
de consulter librement les finances et les allocations
lesbudgetsparticipatifs.fr. Cet essor s’explique
budgétaires de la ville, de façon globale ou très en
par une volonté politique d’associer davantage détail, avec accès à chaque facture acquittée par la
les citoyens, mais aussi par le développement municipalité.
de plates-formes techniques sur Internet qui L'idée est que les comptes du Conseil municipal
facilitent cette expression. Dans 40 % des soient aussi clairs et transparents que possible et
projets actuels, le dépôt et le vote du projet se accessibles à tous.
font désormais en ligne.
46
(1) Source La Gazette des Communes “Expérimentation de la blockchain dans les collectivités : quelles possibilités ?”
L’empowerment des citoyens est un enjeu
2.3.2 La force du collectif majeur de la Smart City
et de la participation Les espaces de participation citoyenne se
citoyenne multiplient. La politique représentative
traditionnelle est plus efficace quand une autre
Le concept de Smart Cities fonctionnera forme de démocratie plus vivante, plus critique,
seulement si les citoyens deviennent acteurs de se déploie à l’extérieur des institutions.
la vie municipale et s’approprient les Renouer le dialogue entre les citoyens et les
technologies. Cette implication passe d’abord maires
par l’instauration de portails interactifs, de
guichets uniques et de services en ligne. Citons l’exemple très parlant de l’application
Fluicity qui se veut un outil d'anticipation et
d'aide à la prise de décision pour les élus. Elle
permet aux élus de dialoguer avec leurs
administrés : les maires peuvent faire descendre
de l'information ciblée à leurs citoyens et
inversement les habitants peuvent donner en
temps réel leur avis sur les propositions de la
collectivité, signaler un dommage dans leur rue
ou tout simplement proposer une idée. « Les
données recueillies permettent aux élus de prendre
des décisions et d'être plus efficaces. Les citoyens
mesurent en retour l'impact de leurs avis sur les
décisions des maires », Julie de Pimodan, CEO
Fluicity. Utilisée par de plus en plus de
Affiche de la campagne pour le budget participatif de municipalités en France, Fluicity est déjà en place
la ville de Grenoble dans 7 villes et en déploiement chez 35
nouvelles municipalités dont de nombreuses
Les propositions doivent émaner des citoyens faisant partie du projet Grand Paris.
47
Facebook, Twitter, Instagram ou Snapchat :
2.3.3 Les vertus d'une nouveaux outils pour porter la voix du citoyen
approche bottom-up D’autre part, la pression des citoyens sur les
réseaux sociaux a de plus en plus d’impact. Les
Des modes de collecte et d’organisation de utilisateurs des services ne sont plus de simples
l’information et d’engagement des citoyens usagers mais deviennent des acteurs.
qui ont fait leur preuve Aujourd’hui, les collectivités utilisent quasiment
Les outils de signalement (ou citizen-reporting systématiquement leurs comptes Facebook,
apps) sont parmi les outils les plus simples à Twitter, Instagram ou Snapchat pour relayer
mettre en œuvre et portent une promesse rapidement toute information utile aux habitants
concrète d’efficacité technique. Et il n’est pas connectés (trafic, travaux, évènements,
récent, l’outil pionnier FixMyStreet ayant été situations exceptionnelles). Quant aux habitants,
lancé il y a presque dix ans au Royaume-Uni. ils se sont aussi appropriés les réseaux sociaux
notamment pour créer des communautés dans
leurs villes par exemple dans le sport (strava,
runtastic) ou encore dans les milieux associatifs.
Ils s’en servent également pour manifester leur
mécontentement et faire remonter des
dysfonctionnements, et ce en fédérant d’autres
citoyens.
49
(1) Source : “De la smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir de la smart city”, rapport de Luc Belot
50
SMART
ENERGY
#Smartgrids
#EnergiesRenouvellables
#MaintenancePrédictive
#Environnement
#EfficacitéEnergétique
51
2.4 SMART ENERGY & UTILITY
la donnée, facteur clé d’économies
majeures et de rationalisation de
la consommation
La protection de l’environnement est LA L’usage et les usagers
priorité mondiale. Qu’il s’agisse d’éclairage
Comme toujours, le citoyen qu’il soit
intelligent, de collecte de déchets repensée, de
consommateur ou producteur, est au cœur des
protection de l’eau ou même de l’air… les villes
solutions mises en oeuvre dans les économies
se dotent de plus en plus d’outils pour piloter,
d'énergies et l’optimisation des ressources. Il
réutiliser, optimiser les ressources dont nous
doit trouver dans les technologies un moyen de
avons besoin pour vivre.
simplifier et d’améliorer son quotidien, mais ne
Smart Grids doit pas être asservi à cette technologie, ni
déresponsabilisé par elle de ses actes.
Mieux comprendre, gérer et distribuer l’énergie
pour réduire les consommations d’un territoire Impact direct sur la vie de tous les citoyens
tout en assurant un haut niveau de service :
Bien que souvent focalisées sur la gestion de l’
voici le défi que les collectivités françaises
énergie, des flux de personnes et de transport,
doivent relever. L’arrivée des technologies
les Smart Cities lancent aussi de initiatives
smart grids et de leurs applications à la cité
autours de la valorisation des détritus et une
leur ouvre dans ce domaine des perspectives
gestion améliorée des déchets représente un
prometteuses.
gisement d’économies pour les collectivités non
negligeable.
Conditions de circulation difficiles, pollution de l’air, qualité de vie sacrifiée. Vivre en ville apparaît
comme de plus en plus compliqué.
52
Les consommateurs bien informés sur leurs
2.4.1 Les smart grids et propres usages pourront alors disposer
les économies d’énergie d’informations les rendant capables d’adapter
leurs usages de l’électricité, en adéquation avec
les besoins de pilotage du réseau. On peut
Pour s’adapter aux nouveaux usages de l’
imaginer par exemple, des tarifs incitatifs
énergie électrique, on estime aujourd’hui que
variables dans le temps.
les réseaux électriques doivent évoluer vers des
“réseaux électriques intelligents” ou “smart Les microgrids ouvrent la voie des échanges
grids”. entre pair
Le concept de « réseau électrique intelligent » Autre opportunité, les microgrids : ces réseaux
est une vision prospective qui a émergé au peuvent fonctionner de manière autonome en
début des années 2000 sous l’effet : d’une part cas d’incident grave, tout en offrant la possibilité
de la volonté de recourir fortement aux énergies de développer localement un marché d’échange
renouvelables dans le mix de production d’énergie de pair à pair. C’est ce qu’expérimente
électrique, afin de nous affranchir des divers TransactiveGrid à Brooklyn avec plus de 50
inconvénients des énergies primaires fossiles, participants (habitants, entreprises, écoles,
et d’autre part des progrès stupéfiants des TIC pompiers), et une plateforme décentralisée de
(technologies de l’information et de la gestion des échanges exploitant la technologie
communication). BlockChain.
Lorsque le réseau électrique est absent, se
Pour quels avantages
constituent désormais des microgrids
Florent Cadoux, Titulaire de la chaire Enedis sur autonomes autour de producteurs d’énergie
les smart grids, présente l’objectif individuels. Les perspectives d’optimisation
d’optimisation énergétique de la manière locale de l’offre et la demande sont décuplées.
suivante : “Les smart grids devraient permettre Outre la résilience et l’accessibilité, des gains
d’optimiser l’utilisation des actifs (lignes, énergétiques sont attendus de la part de ces
transformateurs, etc.) en utilisant de nouveaux systèmes réduisant le transport d’électricité.
leviers pour tenter de piloter le réseau plus près
de ses limites. Ainsi les smart grids pourraient
consister d’une part en de nouveaux leviers
opérationnels permettant par exemple de jouer Focus:
sur les consommations et les productions pour
répondre à des contraintes du réseau, et TransactiveGrid
d’autre part en de nouvelles solutions
techniques permettant l’observation du réseau TransActive Grid utilise la technologie blockchain
par des capteurs, des télécoms et des outils de pour permettre l’échange d’énergie “peer-to-peer”
traitement de l’information afin d’améliorer la Transactive Grid permet aux particuliers de produire
connaissance de l’état du réseau et donc et d’échanger leur énergie localement via une
permettre un pilotage plus fin des nouveaux nanogrid, qui permet de réduire les coûts de
leviers opérationnels précédemment cités.” transport, de distribution et les pertes énergétiques.
La plate-forme utilise la technologie et les protocoles
Les données, un actif stratégique, l’usager, le BlockChain pour stocker les données de
pivot central de la Smart Grid consommation/transaction et optimiser le partage d’
énergie, même sur une très petite échelle comme
Fournissez des données, le consommateur
celle de la communauté de Brooklyn, quartier de New
réduira ses usages. Une promesse simple et York. La blockchain permet également de vendre
séduisante. À condition de fournir une directement des crédits d'énergie, ce qui permet de
information claire, des conseils et la possibilité réduire considérablement le coût de ces transactions.
de réaliser des économies. Ceci suppose l’usage
Cette initiative combine énergies propres et
de compteurs connectés et d’équipements
économie de partage.
domotiques, répondant à l’exigence d’agilité des
utilisateurs.
53
Éclairage public : vous avez dit smart ?
L’éclairage public est un «gouffre énergétique»,
selon la formule de la Commission de régulation
de l’énergie (CRE). Il représente le premier poste
de consommation d’électricité d’une commune,
soit près de la moitié en volume, un gros tiers
de la facture et le cinquième des dépenses
totales d’énergie. Il y a donc un potentiel d’
économie énorme.
Outre le remplacement systématique des
ballons fluorescents par des LED, dont le coût
est certes élevé mais le rendement nettement
supérieur, les LED permettent aussi l’allumage
Quand nature, technologie et imagination
instantané avec un pilotage à distance, une
permettent de créer une expérience unique
gradation de 0 à 100 %, une segmentation de
l’offre selon le besoin et la création de nouveaux Autre exemple d’innovation technologiques au
services. service de l’environnement dans le milieu urbain,
les supertrees. Ces structures emblématiques du
Utiliser des données mobiles pour faire des
parc “Gardens by the Bay” à Singapour imitent la
économies d’énergie en éclairage
fonction écologique des arbres. Modèle
Des expérimentations sont en cours, d’intégration de nouvelles technologies au sein
notamment à Paris. Afin de réduire la pollution d’espaces naturels, ces arbres artificiels hauts de
lumineuse et faire des économies d’énergie, 18 à 50 mètres sont de vrais champions de
l’idée est de savoir si on peut moduler l’ technologies alliant jardins verticaux, énergies
éclairage urbain en fonction de la fréquentation durables et fonctionnalités diverses : éclairage,
dans la rue, sans utiliser de capteurs (de collecteur d’eau ou encore conservatoire pour
présence par exemple), limitant ainsi les coûts espèces végétales.
d’infrastructure. La ville de Paris y est parvenue
en croisant les mesures de flux de l’opérateur
SFR avec ses données d’open data pour calibrer
un modèle de prédiction. Focus: SANSI
L’expérimentation, menée début 2017 dans le
cadre du programme DataCity de la ville de
Paris, a permis de démontrer qu’il est possible
Un lampadaire à capteurs intelligent et
d’utiliser des données mobiles pour faire des multifonction
économies d’énergie en éclairage. Déployée
dans toute la ville, une telle solution permettrait Le lampadaire intelligent du chinois Sansi permet d’
de faire une économie de 6% sur la facture d’ éclairer à moindre coût grâce à une technologie LED,
électricité de la ville, sans aucun investissement mais intègre surtout une caméra de
matériel. vidéo-surveillance, des prises pour charger son
smartphone, un écran tactile permettant l’accès à
Au delà de l’aspect technologique et des infos sur la ville, ou appeler les secours en cas
économique, de nombreux exemples de d’urgence. Il peut également servir de borne WiFi
mobiliers urbains connectés s’inspirent de la publique et être équipé de capteurs
nature, par leur forme essentiellement, mais environnementaux pour mesurer la qualité de l’air par
aussi de plus en plus dans leurs fonctionnalités exemple.
De grandes villes chinoises comme Shenzhen ou
Hangzhou les ont déjà adoptés et Bonneval en France
(Eure-et-Loire) va prochainement en tester un.
54
2.4.2 La gestion des
déchets
On l'a bien compris, un
des enjeux majeur de la
Smart City est l'impact
environnemental de
l’urbanisation croissante:
plus d’habitants dans les
villes signifie immanqua-
blement plus de déchets
à traiter.
Des enjeux
d’optimisation et de
performance
55
Suez, le géant français de la gestion de l'eau et
2.4.3 La gestion de l’eau des déchets a notamment développé deux
solutions de gestion intelligente : Aquadvanced,
pour optimiser la performance des réseaux d'eau
Pour vivre, l’être humain à besoin d’être potable (débit, pression, qualité de l'eau, etc.) et
approvisionné en eau potable et l’eau sale doit Influx, pour la gestion anticipée et dynamique
être traitée de façon appropriée pour respecter des systèmes d'assainissement.
l’environnement. Présente en masse ou trop
Ces installations permettent une gestion
rare, trop polluée ou trop salée, l’eau peut être à
prédictive de l'infrastructure, et d’anticiper des
l’origine de problématiques qu’il est aujourd’hui
événements comme les inondations ou la
possible de régler si l’on fait en sorte d’allier
pollution des eaux de baignade, par exemple.
réflexion, organisation et moyens financiers.
Télérelève
La télérelève est très bien implantée sur le
territoire français, qui compte déjà 3,5 millions
de compteurs d'eau intelligents. C'est un service
à la base pensé pour l'usager, pour lui permettre
de mieux suivre ses consommations et ainsi
contrôler sa facture, mais les collectivités se
rendent compte que l'on peut aller plus loin avec
la mise en place de services innovants et de
synergies avec la smart city, notamment sur la
surveillance des personnes âgées et l'envoi d' un
Les problèmes de gestion de l’eau se font de
signal alerte en cas d'un arrêt total de la
plus en plus menaçants et freinent le
consommation d'eau, peut-être synonyme d'un
développement de nombreux pays.
malaise ou d'un accident
Une gestion optimisée de l’eau s’organise
autour de deux approches : persuader la
population et les industries de consommer
moins d’eau et faire appel aux dernières
technologies afin d’utiliser l’eau de manière plus
Focus:
efficace. Hydrocity
Aujourd’hui, les acteurs majeurs du secteur
(Veolia, Suez, etc.) développent tous des Recycler les eaux usées et les eaux pluviales
solutions de télérelève des compteurs, afin de Hydrocity est un groupement de quatre entreprises
gérer la distribution d’eau de manière plus qui ont décidé de développer ensemble un concept de
précise, à distance et de réaliser des économies. gestion des eaux pluviales et des eaux usagées.
Cela englobe plusieurs thématiques : détection Concrètement, le concept prévoit un réseau en trois
des fuites, comptage intelligent, suivi en temps flux d’eau : les eaux pluviales de toiture, les eaux de
ruissellement et les eaux grises.
réel de la qualité de l’eau, connaissance du
patrimoine et de son évolution à long terme, La récupération des eaux pluviales et des eaux grises
gestion en temps réel des réseaux d’eau peut ainsi subvenir aux besoins non alimentaires et
potable et création de nouveaux services pour corporels des utilisateurs. De plus les calories
les usagers. Améliorer l’efficacité énergétique contenues dans les eaux grises sont récupérées pour
la production d’eau chaude sanitaire.
de la production et de la distribution d’eau
potable consiste à réduire la consommation Hydrocity répond ainsi à différents enjeux : économi-
énergétique de deux postes principaux : le que pour les particuliers et pour la collectivité (coût de
pompage et le traitement. Il est en effet l'assainissement) et environnemental (réduction des
possible de réduire la consommation d’énergie installations d'assainissement, création de zones
d’une station de traitement des eaux en humides).
réutilisant la chaleur des effluents pour chauffer
les bâtiments.
56
3.
La digitalisation et la
connectivité, réseau veineux
de la ville d'aujourd'hui et de
demain
58
(1) Source wikipédia
Quelques données sur la donnée Un nombre de plus en plus important de villes,
de territoires, ainsi que l’Etat ont mis en place
Entre 2000 à 2017, le nombre d’internautes a
des démarches d’Open data. La France figure
explosé de 400 millions à 3.7 milliards…
d’ailleurs dans les toutes premières places des
presque la moitié de la population mondiale.
classements européens sur le sujet (classement
Chaque minute, 18 millions de personnes ePSI Forum).
veulent savoir quel temps il va faire sur ce laps
L’ouverture des données publiques ne remet pas
de temps, 3.6 millions de recherches sont
en cause l’importance des systèmes
effectuées à l’aide de Google. L’infographie de la
d’information, à savoir un modèle intégré qui
page suivante illustre bien ce phénomène
puise sa valeur dans sa capacité à regrouper un
d’intensification du Big Data : 4.1 millions de
grand nombre de données issues de systèmes
vidéos sont regardées sur YouTube, 69 444
hétérogènes au sein d’un seul et unique outil de
heures de vidéos sont streamées sur Netflix,
pilotage. En considérant l'information publique
527 760 photos sont partagées sur Snapchat et
comme un bien commun dont la diffusion est
46 740 sur Instagram… et 13 nouvelles
d'intérêt public et général, le mouvement Open
chansons sont ajoutées sur Spotify.(1)
Data ouvre le champs des expérimentations à
Bracelets connectés, voitures autonomes, tous les acteurs de la ville qui souhaitent
implants médicaux, caméras connectées, résoudre une problématique ou améliorer des
compteurs électriques intelligents ou jouets usages, et autorise la ville à tirer parti des
connectés sont autant de machines qui dynamiques naissantes qui peuvent émaner de
génèrent de plus en plus de données. petites structures - telles que les startup - ou
des citoyens.
La capacité de recueillir et de traiter de telles
quantités de données permet d’envisager une Ce qui distingue les deux approches, c’est la
grande variété de produits et de services question du partage des données. Faut-il en
nouveaux. L’analyse des données peut ouvrir le limiter l’usage à quelques acteurs (les opérateurs
chemin à des innovations incrémentales en de la ville intelligente) ou en promouvoir une
permettant de mieux comprendre, voire de appropriation et une réutilisation plus large par
prédire à partir d’éléments existants, désirs et des tiers, entrepreneurs et innovateurs locaux ou
besoins des utilisateurs. Elle peut permettre de nationaux ?
savoir comment les citoyens réagissent aux
Approche intégrée et logique de partage des
innovations qu’on leur propose ce qui renforce
données, quelle tension ?
l’importance de la phase d’expérimentation (à
condition de pouvoir faire les tests avec un Le Grand Lyon restreint l’usage des données de
nombre suffisant de personnes).(2) mobilité à quelques acteurs sélectionnés, pour
garantir que les applications développées ne
«nuisent pas aux services commerciaux pilotés
3.1.2 L’Open Data(3) par la collectivité en délégation de service
public». En clair, il s’agit ici de protéger aussi les
intérêts économiques de l’entreprise délégataire,
L'open data, ou donnée ouverte, est une donnée au détriment d’un accès au plus grand nombre.
numérique dont l'accès et l'usage sont laissés
Derrière la problématique de la gouvernance des
libres aux usagers. Elle peut être d'origine
données (modèle intégré vs. approche ouverte),
publique ou privée, produite notamment par
c’est bien une question politique qui se pose :
une collectivité, un service public ou une
quel est le rôle de l’acteur public à l’heure de la
entreprise. Elle est diffusée de manière
ville intelligente ? Comment tirer parti des
structurée selon une méthode et une licence
dynamiques naissantes sans pour autant
ouverte garantissant son libre accès et sa
abandonner toute souveraineté (numérique) aux
réutilisation par tous, sans restriction
opérateurs de la smart city ?
technique, juridique ou financière.(3)
(1) Source infographie domo.com “Data never sleep 5.0, how much data is generated every minute?”
(2) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
(3) Source numéro 25 de la revue urbaine Place Publique
59
(4) Source wikipédia
60
De l’usage des données issues des réseaux
3.1.3 Les réseaux sociaux sociaux
Prenons l’exemple de Facebook qui a mis en
Les réseaux sociaux, gisement de données au place le “service safety check” utilisé pour la
service de la smart city(1) première fois en France lors des attentats de
Si la Smart City exploite pour le moment Paris de novembre 2015 et qui s’est depuis
essentiellement les données récoltées par les généralisé. Citons également Twitter qui a été le
capteurs physiques, les données des réseaux relais du #portesouvertes lors de ce même
sociaux - souvent géolocalisées - pourraient événement tragique. On peut légitimement se
constituer une autre source prometteuse pour poser plusieurs questions : quelle est la
comprendre la ville. L’avantage de ces données légitimité d’une entreprise privée à déterminer la
est double. Elles sont bon marché comparées à gravité d’un événement ? Quand lancer cet outil
la pose de capteurs physiques et elles peuvent afin qu’il ne soit ni trop tôt et ni trop tard et ne
contenir une analyse de la situation, là où le pas nuire à d’éventuelles actions de secour en
capteur se contente d’une information cours ? ou encore est-ce bien avisé d’indiquer
quantitative sans analyse terrain. son domicile sur un réseau social entièrement
public ? Certaines sociétés proposent de faire de
Dès le début des réseaux sociaux, villes et la surveillance des réseaux sociaux («social
habitants ont développé eux-mêmes leurs media monitoring»). Cette activité permet aux
usages pour mettre ceux-ci au service de leur entreprises de suivre la perception de leur image
environnement. Ainsi, les collectivités utilisent de marque mais peut aussi servir à surveiller les
quasiment systématiquement leurs comptes populations. Il est difficile d’obtenir des
Facebook, Twitter, Instagram ou Snapchat pour informations sur ce sujet. Les réseaux sociaux
relayer rapidement toute information utile aux communiquent peu sur les données qu’ils
habitants connectés (trafic, travaux, rendent accessibles commercialement. Et les
évènements, situations exceptionnelles). Quant entreprises ou même les services de l’état qui
aux habitants, ils se sont aussi appropriés les utilisent ce type de prestation communiquent
réseaux sociaux notamment pour créer des rarement dessus.
communautés dans leurs villes.
Les données des réseaux sociaux constituent
Certains réseaux sociaux l’ont bien compris et réellement une source intéressante pour rendre
cherchent à faciliter le lien entre l’utilisateur et la ville encore plus “smart”. Mais la question de
les informations liées à son lieu de vie. la protection des données et de la vie privée est
centrale.
(1) Source energystream-wavestone.com “Smart cities quel usage pour les réseaux sociaux” 61
3.1.4 Data Analytics
“La data a deux forces auxquelles nous ne pouvons pas
échapper : la première est qu’elle révèle des vérités que
nos discours cachent. La seconde est qu’elle permet,
quand il y en a vraiment beaucoup et qu’on peut les
analyser à fond (data analytics), de rendre compte de
situations en temps réel, voire de prévoir ce qui pourrait
arriver et donc d’agir en conséquence”, Francis Pisani
Data Analytics et prédictibilité
Dans toute ville, l'analyse des données est
considérée comme la principale source
d’amélioration des diverses thématiques
“Smart city” visant à augmenter la qualité de vie
des citoyens et rendre leurs villes plus durables.
Obtenir des informations à partir des données
et prendre des décisions nécessite de nouveaux
algorithmes et des techniques de visualisation
qui modifient la façon de gérer la ville. Par
exemple, les pertes d'énergie ou d'eau causées
par des dispositifs défectueux peuvent être
réduites en faisant correspondre la
consommation mesurée par les compteurs des
utilisateurs avec celle mesurée par les
systèmes d'autres services publics. Ainsi, le
traitement à la volée des données devient de
plus en plus important, alors que les approches
traditionnelles de stockage puis de traitement,
dans lesquelles chaque entreprise récupère ses
données et les stockent pour y accéder à
l'avenir, peuvent ne plus être appropriées. C’est
la notion de “time to market” tant utilisé dans
les programmes de transformation des grandes
entreprises notamment.
IA et deep learning
L’intelligence artificielle (IA) permet de
transformer les données en ressources
exploitables. L’IA transforme notre façon de
capturer et d’analyser des données dans de
nombreux secteurs allant de la sécurité
publique à la gestion de la circulation
automobile et du stationnement en passant par
le maintien de l’ordre et les services
municipaux. Par exemple, l’IA peut transformer
la vidéo en informations précieuses : couplée
avec le deep learning, elle fournit des analyses
en transformant les données vidéo en
informations utiles.
62
(1) Source numéro 25 de la revue urbaine Place Publique
Les cyberdélinquants sont parvenus à les faire
3.1.4 Protection des sonner une quinzaine de fois avant que les
Données autorités de la ville ne parviennent à reprendre le
contrôle, déclenchant un vent de panique dans la
population et occasionnant une explosion du
Smart City : les clés de la ville aux mains des
nombre d’appels au numéro des urgences.
pirates ?
On ne peut s’empêcher de penser à l’utilisation
“L’autre facette obscure du big data utilisé dans les
de tous ces jeux de données dans le cadre
villes est celle de la centralisation des données et
d’attaques terroristes
des menaces que cela peut poser pour la vie privée
des citoyens”, Francis Pisani On peut imaginer également différents services
paralysés par des cybercriminels qui auront
Par le biais des plateformes web, des millions
infecté un réseau informatique avec un
de données sont collectées. La garantie de la
ransomware (virus chiffrant toutes les données
sécurité publique est primordiale. Pour contrer
d’un serveur ou d’ordinateurs) et exigeront le
les éventuelles actions malveillantes, les
paiement d’une rançon pour tout débloquer.
collectivités doivent investir dans des systèmes
informatiques ultra-performants.(1)
À l'ère du Big Data, l'information sur les
individus dans la ville intelligente est exposée à
l'analyse, au partage et à l'abus, préoccupation
grandissante qui suscite des inquiétudes quant
au profilage, au vol et à la perte de contrôle de
la donnée. Par exemple, de nombreuses
données d'identification personnelle concernant
les citoyens, telles que les activités sociales et
les lieux, sont collectées et il convient de veiller
à ce qu’elle ne soient pas utilisées à de
mauvaises fins.
Cyber-sécurité et cyber-attaques
De nombreux efforts sont déployés pour
répondre à cette préoccupation, et la
sécurisation de la grande quantité de données
privées collectées par les technologies des villes
intelligentes auprès des pirates et du vol
devient une problématique grandissante dans
la Smart City. En effet, bien que les
cyber-attaques réussies sur les villes restent
relativement rares, les technologies des villes
intelligentes soulèvent un certain nombre de
préoccupations qui nécessitent l’attention de
tous les acteurs, publics et privés.
Aucune ville ne peut se prévaloir d’être
totalement à l’abris d’une attaque, et des
pirates ont déjà infecté des réseaux électriques,
le réseau du tramway à San Francisco, des
systèmes d’alerte de Dallas. En avril 2017, le
système d'alarme de la ville américaine de
Dallas, qui compte 156 sirènes réparties dans
toute la ville et qui est utilisé pour prévenir la
population en cas de problème, a été piraté.
63
(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
Même en matière de Smart City, il faut La Smart City est-elle synonyme de
respecter les règles fondamentales. Le surveillance généralisée ?
chiffrement des communications de la smart
la création de données urbaines est souvent le
City et le cloisonnement des données sont
fait d’entreprises privées comme Waze/Google,
prioritaires. Mais surtout il est primordial
Uber ou Facebook. Ils proposent des services
d’intégrer la sécurité dès le début, notamment
gratuits en échange de données (qui ne connaît
par le “Privacy by Design, d’un projet, car il est
pas la fameux adage : “Si c’est gratuit c’est vous
très compliqué de l’intégrer plus tard.
le produit”) qui sont souvent largement utilisés
Privacy by Design(1)(2) par nos concitoyens utilisés car ils présentent un
réel intérêt. Malheureusement si ces acteurs
La protection intégrée de la vie privée (PIVP) (ou
produisent un service au public, ils ne relèvent
le respect de la vie privée dès la conception) en
pas du service public. Sauf exception, il n’y a pas
anglais «Privacy by Design», (PbD) est une idée
de contractualisation avec une collectivité locale,
développée durant les années 1990 par la
une délégation de service public (DSP). “Les
Commissaire à l’information et à la protection
acteurs du numérique savent clairement tirer de la
de la vie privée de l’Ontario (Canada) Ann
valeur de ces données mais quid de l’utilisateur qui
Cavoukian. Partant du principe que le cadre
en est coproducteur et des organismes publics ?(4)”
légal ne serait pas suffisant pour assurer la
explique Valérie Peugeot, chercheuse au sein
protection de la sphère privée, elle a proposé
d'Orange Labs, membre de la Cnil et ancienne
d’intégrer le respect de la vie privée directement
vice-présidente du Conseil national du
dans la conception et le fonctionnement des
numérique.
systèmes et réseaux informatiques, mais
également dans l’élaboration de pratiques Pour arriver à cette meilleure réutilisation des
responsables. données urbaines au service du collectif, la Cnil
explore quatre scénarii dans son cahier. Le
Le respect de la vie privée dès la conception
premier existe déjà, il s’agit de l’open data privé.
signifie prendre en compte dès le début les
Il s’agit de données qui sont réutilisées par les
exigences en matière de protection de la sphère
acteurs publics mais aussi, à partir du moment
privée/protection des données et intégrer les
où elles sont en open data, par des sociétés
outils de protection directement dans le produit,
privées pour créer de nouveaux services. Le
au lieu de les ajouter ultérieurement sous forme
deuxième concerne les données d’intérêt général
de compléments.
augmentées. Les données ne sont plus
Pour vivre heureux, vivons cachés(4) anonymisées comme en open data – ce qui
dégrade mécaniquement leur qualité – mais
Dans la ville de demain, les capteurs seront
pseudonymisées, avant d'être livrées à l'acteur
potentiellement partout et, par essence,
public. Le troisième scénario porte sur la création
largement invisibles comme dans le cas de la
de plateformes d’accès aux données, des
reconnaissance faciale appliquée à la
entreprises mettent leurs données au service du
vidéosurveillance. Dès lors, la smart city est-elle
bien public comme par exemple le projet Opal
compatible avec la data privacy ? Est-il possible
(pour « open algorithm ») qui associe Orange au
de respecter la vie privée des individus sans
MIT. Enfin, le dernier scénario repose sur la
entraver le développement de services
portabilité citoyenne. Un principe introduit par le
innovants ? En réponse à ces questions, la Cnil a
futur règlement européen sur la protection des
publié un cahier innovation et prospective
données (RGPD) qui permet à tout un chacun de
intitulé « La plateforme d’une ville – Les
récupérer ses données sous un format ouvert et
données personnelles au cœur de la fabrique de
lisible.
la smart city ».(5)
(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
(2) Source wikipédia
(3) Source Blog Sylvain Métille “Privacy by design, ça veut dire quoi?”
(4) Source L’Atelier BNP Paribas “Pourra-t-on encore êtr anonyme dans la ville de demain ?”
64 (5) Source CNIL cahier Innovation et prospective « La plateforme d’une ville – Les données personnelles au cœur de la
fabrique de la smart city ».
3.2
Les objets connectés, facteurs
clés de nos vies rêvées ?
Nous venons d’aborder le sujet de la donnée et la différence près qu’ils n’étaient que des
plus globalement du Big Data et des récepteurs. Les objets connectés sont à la fois
problématiques qu’il engendre. Mais penchons des émetteurs, des capteurs d’informations qui
nous maintenant sur l’une des sources qui émettent, mais également interagissent avec un
crée et fournit aujourd’hui la grande majorité ensemble plus large (serveurs, autres objets
des données dans la ville, à savoir les objets connectés). Ils fonctionnent de manière
connectés. autonome ce qui leur confère un début
d’intelligence.(1)
L’Internet des objets ou IoT
Les objets connectés connaissent une croissance
IoT est le raccourci utilisé pour désigner
exponentielle depuis le début de l’année 2015.
“l'Internet Of Things” ou en français “l'Internet
Des estimations indiquent qu’ils seraient près de
des objets connectés”. Selon l’Union
15 milliards en circulation dans le monde actuel.
internationale des télécommunications (UIT),
Ils pourraient être entre 50 et 80 milliards d’ici
l’internet des objets se définit comme «
2020.
l’infrastructure mondiale pour la société de
l’information, qui permet de disposer de Les objets connectés et les données qu’ils créent
services évolués en interconnectant des objets et communiquent sont voués à augmenter et à
(physiques ou virtuels) grâce aux technologies enrichir autant la sphère publique que privée :
de l’information et de la communication maintenance prédictive, détection des fuites
interopérables existantes ou en évolution ». dans les zones inaccessibles, collecte de
données dans les enseignes physiques pour
Au sens large, un objet connecté est un objet
cibler les achats des consommateurs ou des
communicant. D’une certaine façon, les postes
notifications pour savoir quand arrive le prochain
de radio et les TV sont des objets connectés, à
bus dans les villes.
65
(1) Source objetconnecte.com “Qu’est-ce qu’un objet connecté?”
L’IoT dans la ville
Les smart cities sont également un des
terrains de développement de l’IoT,
aussi bien dans la dimension espace
public que pour toutes les applications
privées liées à des services publics (voir
Tableau 1 : nombre d’objets connectés
installés dans les smart cities dans le
monde par sous-catégorie (en
millions)(1)
66 (1) Source : “De la smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir de la smart city”, rapport de Luc Belot
En parallèle, les acteurs de la sécurité, présents à
3.1.4 Protocoles et tous les niveaux de la chaine, depuis
fonctionnement la conception de l’objet jusqu’aux services.
Un foisonnement de technologies(2)(3)
L’internet des objets correspond à un ensemble Le développement de l’internet des objets
d’objets connectés, de communications et s’appuie sur l’accès à des réseaux d’objets de
d’internet, qui se conjugue avec les vagues du natures hétérogènes. Toute la variété des
cloud et du big data : technologies de communication est mise à
- Les objets physiques possèdent des contribution pour répondre aux multiples usages
technologies embarquées de capteurs, attachés à ces objets.
d’intelligence et de connectivité, leur
permettant de communiquer avec d’autres
objets ;
- Les réseaux de communications électroniques
permettent de transporter les données issues
des objets ;
- L’informatique, plus ou moins distribuée,
apporte les outils pour le stockage, la
corrélation et l’analyse de ces données. C’est
d’ailleurs souvent dans ce cloud que se trouvent
les processus décisionnels à même de rétroagir
sur les objets physiques.
La nébuleuse de l’internet des objets est
constituée d’une multitude d’acteurs, issus de
secteurs différents et fonctionnant ensemble.
Si certaines sont bien connues, à commencer par
Une multitude d’acteurs
le Wi-Fi, le Bluetooth, ZigBee et les technologies
- Les concepteurs et fabricants d’objets à cellulaires 2G/3G/4G, il faut également compter
connecter ; avec de nouvelles options émergentes. En
- Les fabricants des composants de modules, fonction de l'application, certains facteurs
qui apportent la connectivité aux objets via des spécifiques, tels que la portée, les exigences en
composants matériels et logiciels embarqués ; termes de données, les questions de sécurité et
- Les opérateurs et équipementiers de réseaux d'alimentation et l'autonomie de la batterie,
permettant de connecter les objets et les détermineront la ou les technologies à utiliser.
services du cloud ;
- Les opérateurs de cloud assurant Les réseaux longue portée, comme Sigfox, LoRa
ou encore les technologies cellulaires (GSM, 2G,
principalement le stockage et le traitement des
3G…) sont capables de faire transiter des data
données brutes ;
d'un appareil à l'autre sur de vastes distances. Ils
- Les fournisseurs d’interfaces logicielles, ou de
sont utilisés par les entreprises qui veulent
middleware, permettant de faire communiquer
connecter des kilomètres d'infrastructures à
les différents objets (éditeurs traditionnels de
Internet ou dans des projets de smart cities par
logiciels) ;
exemple.
- Les intégrateurs qui orchestrent l’ensemble
Les réseaux à courte portée comme le Wifi, le
des briques précédentes ;
Z-Wave, le ZigBee, ou encore le Bluetooth Low
- Les fournisseurs de services et agrégateurs de
Energy, permettent de transférer des données
données qui exploitent les données
sur de faibles distances. Ils sont beaucoup
des utilisateurs générées par les objets pour
utilisés dans la domotique ou sur le marché des
répondre à leurs besoins.(1)
wearables grand public.
69
(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
3.3
Les GAFAM
Le domaine de la Smart City n’échappe pas Quant à Apple, au delà de son intérêt confirmé
aux ambitions de croissance des GAFAM. (officiellement en juin dernier) pour les voitures
autonomes avec le lancement des premiers
Comme dans tous les secteurs de l’économie
tests de son Apple Car, la firme semble
actuelle, les GAFAM (Google Amazon
davantage déterminé à se positionner en leader
Facebook Apple Microsoft) s’intéressent tout
sur le marché de l’Iot.
particulièrement au secteur de la Smart City,
“infrastructure” alimentée par les données L’action d’un géant des nouvelles technologies
quotidiennes du citoyen. dans un domaine de la Smart City : Google et la
mobilité
Amazon, parce qu’il règne en maître absolu sur
toute la chaîne de nos besoins quotidiens, de Prenons l’exemple de Sidewalk Labs, nouvelle
la recherche de produits et services grâce à division de Google consacré à la Smart City. Le
Amazon Echo, en passant par la commande, géant américain veut mettre toutes ses
jusqu’à l’arrivée dans notre frigidaire. Google, technologies (IoT, big data, machine learning) au
parce qu’il est le roi incontesté de la service de nouvelles formes de mobilité, pour
cartographie, ce qui lui permet de s’approprier décongestionner les villes. Ce programme appelé
et de verrouiller la problématique de la “Flow” permet également à Google d’accélérer
géolocalisation et donc de la mobilité dans la son projet de Google Car, en récupérant les
ville, jusqu’à garantir la mobilité des biens et données liées aux problèmes de congestion et
des personnes grâce à ses véhicules de trafic des villes. Google améliore ainsi le
autonomes.(1) Facebook parce qu’il constitue système embarqué de sa voiture autonome
un vecteur d’information au sein de la Smart “Waymo”.(2) Google utilise donc l’éventail de ses
City, les villes et les habitants ayant développé données collectées pour créer une expérience
eux-mêmes leurs usages pour mettre ceux-ci globale de mobilité nouvelle et tenter par la
au service de leur environnement. En effet, les même occasion de traiter l’un des aspects de la
services proposés font appel à des données problématique Smart Mobility. De part sa
souvent géolocalisées, moins coûteuses que la puissance et son ancienneté dans le domaine de
mise en place de capteurs physiques (souvent la collecte des données, Google est souvent
essentiels à la réalisation de projets Smart désigné comme l'acteur qui risque d'éradiquer
City), ainsi les Réseaux Sociaux dans leur toutes les autres initiatives du domaine de la
ensemble constituent une source mobilité. Cette crainte, aussi légitime qu’elle soit
prometteuse de développement. Microsoft est n’est toutefois pas avérée et on a même plutôt
quant à lui un des acteurs pionniers, avec Cisco vu l'émergence de nombreux acteurs tiers ces
et IBM, qui a oeuvré à définir et à lancer le dernières années parmi lesquels Moovit ou
concept même de Smart City. Citymapper, ce qui tendrait à montrer un effet
inverse. D’autant que
70 (1) Source l’Atelier BNP Paribas “Amazon et Google se disputent l’empire de la Smart City”
(2) Source l’Usine Digitale “Comment Google veut révolutionner le transport en ville”
des villes comme Toronto ou Montréal, par Un regain de souveraineté des Etats.
exemple, qui après avoir remis leurs données à
Alors bien sûr il faut veiller à ce que ces
Google, ont finalement réinvesti dans des
technologies qui révolutionnent nos vies et les
solutions, notamment des sites d'information
entreprises qui les développent ne soient pas
voyageur, répondant mieux aux besoins de leur
tentées d'abuser de leur position dominante. Du
population en intégrant leurs spécificités
fait de l'emprise croissante de ces entreprises
locales.(1) Si on prend justement le cas de
dans nos vies (Google capte près de 90% des
Toronto, les expérimentations avec Google n’y
requêtes sur les moteurs de recherche), les Etats
sont qu’à leurs prémisses. Comme je l’explique
tentent de s'organiser pour riposter ou pour le
plus loin dans ma partie consacrée au projet
moins contenir la mainmise des GAFAM dans
Quayside, quartier pilote de la ville, Toronto
tous les moments clés de notre quotidien. Il faut
offre à Sidewalk Labs un accès libre aux
faire en sorte que la souveraineté des Etats, et
données de la ville en échange des technologies
en particulier leur souveraineté numérique, ne
de Google, et crée ainsi un véritable terrain de
soit pas oubliée ou reléguée au second plan sous
jeu pour le géant américain. Toutes les données
prétexte que les GAFAM ont étendu leur
qui permettent de mieux comprendre comment
influence auprès de presque toute la population
vivent les gens intéressent forcément Google.
mondiale.
Non seulement l'entreprise crée une relation
privilégiée avec les villes, et les citoyens, mais Globalement, il semble que seuls Google,
en plus cela lui permettra de comprendre avant Amazon et Microsoft aient de réelles ambitions
les autres ce dont le marché aura besoin dans le domaine de la Smart City. De part leur
demain. savoir-faire et leur expérience, ils souhaitent
conquérir ce centre de pouvoir qu’est la ville et
GAFAM : danger ou opportunité ?
trouver de nouveaux territoires digitaux pour
Mustapha Derras* répond dans le journal Les accroître leur business et exploiter ainsi toute la
Echos(2) à une Tribune publiée dans le même donnée monétisable. Mais ces géants de
journal qui critiquait ouvertement la place des l'informatique ne finiront-ils pas par se heurter à
GAFAM dans la Smart City. Il y défend son point la méfiance des autorités publiques et des
de vue différent sur le sujet et nous explique usagers ? D’autant que les autorités
que ces “[...] entreprises qui sont durement elles-même, notamment européennes,
critiquées (à tort ou à raison) sont tout de s'apprêtent à prendre des mesures
même celles qui ont fondées nombre des outils réglementant l’exploitation des données
que l'on nous demande de mettre en oeuvre personnelles, en incitant les organisations et les
pour justement faciliter l'émergence de la entreprises à être davantage vigilantes. Ce
“Smart City”. En effet, qu'il soit question de règlement général sur la protection des données
participation citoyenne, de transmission ou de (ou General Data Protection Regulation, GDPR)
stockage des données, des API, de plateforme entrera en vigueur le 25 mai 2018 et concernera
de dématérialisation de démarches l’ensemble des données attenantes à un
administratives et j'en passe, nous employons individu. Les entreprises internationales traitant
massivement des solutions et des briques des données à caractère personnel devront, elles
techniques issues de ces grands “profiteurs” aussi, s’y conformer. Les GAFAM en tête car elles
que sont Google, Cisco, IBM, Oracle et Cie. sont détentrices de 95% des données
Devrions-nous alors déployer plus de solutions personnelles des européens. Pour beaucoup, la
et engager une réelle ouverture des données et GDPR est une bonne nouvelle, car c'est une loi
de l'accès de tous les citoyens avec... des qui renforce l'Europe et promeut l'intérêt général
technologies provenant de ces mêmes des citoyens de l'UE. Elle va dans le sens de la
“profiteurs”? [...] Il existe là une véritable démocratie des usages d'Internet et constitue
question de fond qui concerne notre une réponse démocratique contre l'autocratie de
indépendance technologique dans le domaine l'Internet américain menée par les GAFAM.
du numérique.”
73
4.1
De la complexité de classer
les villes intelligentes
74
(1) Source Francis Pisani dans son livre “Voyage dans les villes”
Un exemple de critères pour mesurer
le niveau de maturité des ville en
matières de Smart City
*Scorecard based on Guidance Document published by European Commission Initiative, Smart Cities and
Communities.
Smart City Scoring Criteria* Global, 2013
Source: Frost & Sullivan
75
Panorama des Smart Cities
dans le Monde
Image Source: Dreamstime Source: Forbes Smart City List 2009; Innovation Cities Global Index 2012-2013;
specific Smart Project Websites for each city;
Source : Frost & Sullivan
76
Singapore, l’inspirante
Avec ses 4,7 millions d’habitants, la « petite » La municipalité a déjà un système de mapping de
Singapour s’est imposée comme l’un des toute la ville qui compte parmi les plus
modèles de la smart city dans le monde. sophistiqués du monde. Plus intéressant encore,
L’Etat-nation se positionne comme une sorte elle accepte de confier à des hackathons civiques
de laboratoire mondial grandeur nature de la la recherche de certaines solutions et permet,
ville de demain avec des expériences avancées pour cela, aux hackers d’accéder à des données
sur les véhicules autonomes ou la mixité publiques comme privées.(2)
ethnique par quartier. Et surtout la collecte
Singapour : entre technologies, innovations,
massive des données combinée à l’intelligence
sens civique et agriculture verticale
prédictive du big data est utilisée dans tous les
domaines pour modéliser les projets, planifier Surnommée “ville dans un jardin”, Singapour
les transformations et tenter d’offrir les peut s'enorgueillir d’espaces verts incroyables
services les plus novateurs(1). qui occupent la moitié du territoire. Gardens by
the Bay(3) et ses 100 000 espèces de plantes
Prêt à renoncer à la voiture ?
rivalise avec le jardin botanique qui abrite la plus
Vous vous plaignez de la circulation impossible. grande collection d’orchidées du monde, pour ne
Profitez-en plutôt. Lieux et villes où les voitures citer qu’eux.
sont interdites se multiplient. A Singapour, les
Autre exemple d’innovation saisissant, le
impôts extrêmement élevés, couplés des droits
lancement de l’agriculture verticale dans une
de douane et de frais d’enregistrement,
ville qui ne produit que 7% de la nourriture qu’elle
dissuadent la population de posséder un
consomme. La technologie – conçue par la
véhicule. D’autant plus qu’il faut encore payer
compagnie Sky Greens – repose sur des tours en
chaque jour en fonction des routes qu’on prend
aluminium de 9 mètres de haut, bardées de 38
et des heures où on les emprunte. Le site
rangées de bacs dans lesquels sont cultivés des
ExpatSingapore.com prévient les candidats : "le
légumes. Les roues qui les font tourner
coût de possession d’une voiture est prohibitif.
régulièrement – pour que chacun soit exposé à
Le gouvernement veut que les gens prennent
la même lumière et au même air – utilisent la
les transports publics"(2). Au moins font-ils des
gravité pour consommer le moins d’énergie
efforts pour les rendre utiles et agréables.
possible et les eaux sont recyclées. Selon Jack
Singapour et ses transports publics connectés Ng, le fondateur, 60 watts – soit l’équivalent
d’une lampe électrique classique – suffisent
Les impôts sur les voitures en doublent le prix,
pour faire fonctionner le système qu’il dit être
en conséquence il faut beaucoup d’argent pour
entre cinq et dix fois plus productif que les
s’en offrir une. Le gouvernement veut que les
fermes traditionnelles(2). Cent vingt tours de ce
gens prennent les transports publics. Et
type ont déjà été installées. L’objectif est d’en
beaucoup de mesures incitatives sont prévues,
monter 2 000 et de faire passer de 7% à 10% la
du moins pour les détenteurs de smartphones.
production locale de nourriture. Les légumes
Il prévoit notamment des bornes pour charger
vendus sont 10% plus chers que les autres, mais
les mobiles, du wi-fi gratuit dans les stations
s’arrachent, car " ils sont plus frais ".
les plus importantes et des points qui peuvent
être gagnés (puis échangés contre des prix) à Singapour a réussi à devenir en quelques années
ceux qui voyagent hors des heures de pointe. une Smart City remarquable grâce à un
Singapour, ville ultra-connectée, est en train gouvernement proactif, une population
d’installer des capteurs à un rythme accéléré technophile et beaucoup de données et de
dans l’espoir d’avoir le plus de données psychologie civique.
possibles à exploiter.
(1) Source Les Echos Entrepreneurs “À Lyon, le Tubà rassemble public et privé pour repenser la mobilité
(2) Source Only Lyon, site officiel de Lyon métropole 79
(3) Source La Fabrique de la Cité “Au delà des limites et des frontières”
San Francisco, Freaks and Geeks
Capitale officieuse de la Sillicon Valley et des Ses conducteurs ayant passé en moyenne 83
nouvelles technologies, San Francisco se vante heures dans les embouteillages en 2016(3).
d’être l’une des villes les plus intelligentes du Viennent avec cette inefficacité chronique à
monde. Elle a été la première à nommer un résoudre le problème de circulation automobile,
chief innovation officer, un responsable de les problèmes de pollution aux particules fines et
l’innovation, dont la mission est d’utiliser la de qualité de l’air. Selon l’OMS,en comparant la
technologie pour faire de la municipalité une qualité de l’air de la baie de San Francisco, en
entité « réactive, flexible et efficace ». Pour le Californie, à celle de Shanghai, en Chine, il est
maire, Edwin Lee, la technologie doit avant tout apparu que les deux villes présentaient des
stimuler l’esprit de collaboration, les citoyens mesures similaires sur une période de 30 jours,
étant les mieux placés pour améliorer la cité.(1) tournant autour de 35 ug/m3(4).
San Francisco peut faire mieux San Francisco, futur ghetto de riches geeks
San Francisco, point focal de toutes les Du côté américain, le challenge se trouve certes
attentions quand il s’agit de technologies de dans la décongestion de la ville mais aussi au
l’information n’est pas le modèle niveau de l’exclusion sociale « nous avons connu
“d’intelligence” tant attendu. Certes, elle a été une flambée des prix de l’immobilier. Il faut
pionnière dans bien des domaines : un réseau améliorer la qualité de vie, accueillir de nouvelles
de bus efficace et des moyens de paiement en populations (souvent les travailleurs de la Tech),
ligne ou sans contact performant, un système et essayer de ne pas exclure les populations
de parking intelligent qui sait en temps réel où historiques qui essaient difficilement de rester
sont les emplacements disponibles et une dans la ville », explique Nathalie Doré, CEO de
tarification dynamique. Mais c’est surtout dans l’Atelier BNP Paribas(1).
le domaine du développement durable que San
“Les villes les plus équipées technologiquement
Francisco est aux avant-postes avec une
connaissent une érosion de la classe moyenne,
politique : « zéro déchet ». Comparée aux villes
comme à San Francisco”, confirme Clément
d’Asie, et même à certaines villes d’Europe, les
Marquet, doctorant en sociologie à ParisTech.
smart cities américaines sont en retard. San
Francisco fait bien partie du lot de tête (à côté "Defend the Bay area", un mouvement contre
de New York et de Boston), mais pas d’une la gentrification
façon vraiment impressionnante puisque, parmi
Pour lutter contre la "gentrification", ce
les réalisations retenues, on compte près de
phénomène d’augmentation des loyers à cause
cinq kilomètres de wi-fi gratuit sur Market
d’une arrivée massive d’habitants au pouvoir
Street, l’artère principale de la ville et le fait que
d’achat plus important (ici, les entrepreneurs et
les déchets sont soigneusement triés pour le
salariés qui emménagent dans la Sillicon Valley,
recyclage ainsi que l’existence de cent bornes
temple de l’innovation technologique), certains
d’alimentation pour véhicules électriques.(2)
citoyens multiplient les actions (dégradation de
Le défis toujours présent du trafic automobile véhicules de partage, de bornes Wifi, casse de
google-glass) contre ce qu’ils appellent une
Malgré la proximité des géants des nouvelles
«bulle de start-up spécialisées dans les
technologies installés pour la plupart dans la
nouvelles technologies» qui fait notamment
Silicon Valley située à quelques encablures de la
flamber le prix des logements.(5)
“la ville du brouillard”, San Francisco reste la
4ème ville la plus congestionnée au monde.
Songdo, en Corée, est une ville entièrement Comme trop souvent, geeks, ingénieurs et
nouvelle qui est sortie de terre dans le cadre du développeurs ont pensé à la technologie qu’ils
lancement en 2005 d’un plan de douze u-cities, pouvaient installer sans s’interroger vraiment
(ou Ubiquity-Cities). Elle mise tout sur sur qui paye… l’installation et l’entretien. En
l’infrastructure informatique qui peut être matière de vie en ville, il ne suffit pas de bien
installée avant la construction des bâtiments concevoir et un cadre de vie parfait qui manque
d’habitation et de travail. de vie ne constitue pas un attrait pour les
citoyens. Problème courant dans les
"Songdo est une ville ultramoderne et improbable,
agglomérations modernes, pire encore dans les
un tour de force technologique tout droit sorti des
villes nouvelles qui ne s’appuient sur aucun tissu
flots de la Mer Jaune", écrivait en mars dernier,
social préexistant.
Frédéric Ojardias, correspondant de La Tribune
en Corée Aujourd’hui, 120 000 habitants vivent à Songdo,
soit la moitié du nombre d’habitants espéré au
Un parfait laboratoire big data
lancement du projet. Les larges avenues qui le
En quelques années, sur cinquante-trois traversent sont globalement vides. Les 25 km de
kilomètres carrés de terrains gagnés sur la Mer piste cyclable également. Il n’y a ni musée ni
Jaune, ont été construits des barres cinéma. Trop de gens hésitent à venir vivre dans
d’immeubles résidentiels, des gratte-ciel une ville tirée au cordeau, en conséquence, les
encore à moitié vides, de larges avenues tirées entreprises tardent à s’installer. Souffrant d’être
au cordeau et de vastes espaces verts, sur le à une heure quarante-cinq de transport de
modèle de Central Park, et des plans d’eau Séoul, Songdo n’a attiré que 58 entreprises
artificiels. étrangères, et quelques sociétés coréennes
attirées par les avantages fiscaux initialement
Le projet a été conduit par un consortium privé
réservés aux groupes étrangers.
avec deux dimensions ; en premier la
technologie au travers de la notion ‘d’ubiquité’ Pas d’inclusion
ou de connectivité maximale : caméras,
Songdo reste figée à sa dimension technologique
batiments connectés, sécurité, lecteurs de
et ultra-connectée et n’a pas encore réussi à
plaques ; en second la notion de ville écologique
développer sa dimension sociale. Cet effet est
avec 40% d’espaces verts, la mobilité douce et
accru par les coûts de gestion d’une telle ville qui
le symbole constitué par ‘Central park’ présenté
en font un espace réservé aux Coréens aisés.
comme le poumon vert au centre de la ville.
Aseptisée et sans âme, la ville présente un -
Une ville sans âme visage différent des villes coréennes. Pas de
pauvres, pas de vendeurs de rue, pas de
Tout est conçu pour que les habitants puissent
personnes âgées.
circuler en quinze minutes à pied entre leur
logement, leur lieu de travail et le centre “Si le digital n’apporte pas de valeur pour le
commercial. Mais la profusion d’écrans, de citoyen et pour l’écosystème, alors la ville sera
capteurs, et de technologies ne permet pas de peut-être intelligente mais elle sera artificielle
rapprocher les habitants. voire vide comme Songdo”, Louis Treussard, CEO
de L’Atelier BNP Paribas
81
Masdar
Isolée du
désert
Une tour à vent avale le vent chaud par son sommet et renvoie de l’air frais par sa base
Ville vitrine d’un savoir faire technique, Ces "concept cities", comme Masdar,
technologique et industriel fonctionnent plus à la manière de laboratoires
d’innovations que d’espaces urbains vivants.
Masdar, ville des Emirats Arabes Unis, est en
construction depuis 2008 et constitue une Ville fantôme
véritable “éco-ville”, mais aussi une ville test
«Le soir, on travaille ou on se couche tôt,
pour le concept de Smart City sous certains
témoigne Miguel Diago, un doctorant espagnol
aspects.
arrivé en 2013. La principale sortie du week-end,
Construire un nouveau modèle, où les c’est d’aller dans les centres commerciaux du
hydrocarbures prendront moins de place au centre-ville ! »
profit des énergies renouvelables
Avec un budget de dix milliards d’euros, Masdar
En 2006, face à la croissance rapide de la devait abriter près de 50 000 habitants et plus
demande énergétique de l’émirat et sa de 1500 entreprises. Aujourd’hui, la ville ne
dépendance aux importations de gaz, le Cheikh mesure que 150 000 mètres carrés et ne
Mohammed Zayed, prince héritier et ministre compte qu’une centaine d’habitants. A noter qu’à
de la Défense d’Abu Dhabi, avait conçu le projet ce jour, le seul lieu à visiter est le campus de
de Masdar. Masdar souhait atteindre l’objectif recherche. Ce qui signifie que les seuls
de "zéro carbone et zéro déchets". Elle devait personnes que l’on peut rencontrer sont les
donc être organisée en îlots et quartiers à ouvriers, les étudiants et quelques touristes. La
haute performance énergétique et ville n’est pas prête à atteindre les cinquante
environnementale, et comptait même devenir à mille habitants.
énergie positive (qui produira plus d’énergie
Francis Pisani dans son livre(2) nous explique que
qu’elle n’en consomme).
“[...] les TIC sont un bel outil pour aborder la
Mais pour l’instant, Masdar City se résume à
révolution urbaine en cours dans de meilleures
deux îlots d’une superficie totale de 150 000
conditions. Mais les exemples dont on parle le
m2, l’un autour de l’Institut des sciences et des
plus aujourd’hui – qu’il s’agisse des villes " nées
technologies, l’autre autour du siège flambant
intelligentes " comme Songdo en Corée ou
neuf de l’Agence internationale des énergies
Masdar en Abu Dhabi, ou de celles qui essayent
renouvelables
de le devenir comme Rio de Janeiro ou Londres –
Le chantier de « Masdar City » devait s’achever
semblent aller tout droit dans le mur. Les raisons
en 2016. Il ne prendra fin qu’en 2030… dans le
abondent, depuis le coût jusqu’au fait que le
meilleur des cas. Dix ans après son lancement,
projet vient d’en haut et ne fait guère de place
l’«écocité» guidée par les énergies
aux citoyens, dans la majorité des cas.”
renouvelables, un réseau de transport bas
carbone et une stratégie zéro déchet, reste un
mirage. La crise financière de 2008 ayant freiné
les ambitions émiraties.(1)
83
(1) Source le Forum d’Avignon, rapport de L’Atelier “Big Data : Big Culture”
Toronto
Side
A quoi va ressembler walk
Google à travers sa filiale Sidewalk Labs a pour Sidewalk Labs déclare vouloir ouvrir son quartier
projet de transformer le quartier Quayside de à toute la population de Toronto, et dément avoir
Toronto, une des plus grandes friches pour but de créer une structure privée pour
industrielles en centre-ville d'Amérique du Nord employés d'une entreprise de la Silicon Valley.
située au bord du lac Ontario, en une ville En effet, le quartier abritera au passage le siège
dynamique qui évolue selon les données social canadien de la firme et ses 300 employés.
récoltées sur ses habitants. Sidewalk Labs va y
Un seul acteur = une seule vision de la smart
investir 50 millions de dollars, et Toronto, avec
city
la province de l'Ontario, devraient en tout
financer le projet pour plus d’un milliard. Mais au delà de ces considérations purement
sociale d’accès à ce nouvel éco-quartier, il faut
Une ville totalement gouvernée par
garder en tête que c’est un projet à haut risque à
l’expérience de vie quotidienne de ses
suivre absolument car Google pourra y mettre en
habitants et des données qu’ils génèrent
œuvre sa vision du développement urbain, et
Caméras, capteurs, GPS, micros et interfaces une Smart City conçue par un seul acteur signifie
seront présents dans tous les recoins de la ville une seule vision de cette ville de demain. Il
pour analyser en permanence l’activité, les faudra également rester attentif et vigilant sur la
conditions et la qualité de vie. Est-ce que ce question de la protection des données
parc est souvent visité, ce banc utilisé ? Cet personnelles.
endroit est-il le plus optimisé pour y construire
Toronto confie les clés d'une partie de sa ville à
une épicerie ? D’où viennent les clients ? Les
Google
réponses à ces questions seront issues des
données qui rythmeront la vie de la ville. Sans C'est la première fois qu'une ville confie un vaste
oublier la gestion de l’eau, des déchets et de la projet de réaménagement urbain à un géant du
pollution. Sidewalk Labs a d’ailleurs pour numérique. Jusqu'ici, leur intervention en matière
objectif de créer le quartier le plus écologique d'architecture et d'urbanisme se limitait à
possible, pensé pour les piétons, avec des l'aménagement de leurs sièges sociaux et leurs
transports en commun adaptés. Un monde où abords, comme Facebook à Menlo Park, Apple à
les data scientists ont remplacé les urbanistes Cuppertino ou Amazon dans le centre-ville de
et architectes.(1) Seattle. Sidewalk Labs pousse cette logique un
cran plus loin, preuve que les GAFA veulent
Une ville conçue comme votre compte
davantage imprimer leur marque dans le monde
Google+
physique. “Ces acteurs n’ont pas pris le pouvoir sur
Tous les habitants du quartier auront leur la ville, mais ils [ont] pris le pouvoir sur la vie dans la
propre compte utilisateur qui permettra l’accès ville, en sachant incarner la donnée, transformée en
aux différents services de la ville et de des services devenus quasiment indispensables” (2).
communiquer avec le reste de la population.
La ville de Toronto avec Quayside sera la ville
témoin des ambitions de Google, « le premier
quartier construit à partir d’Internet » (et des
outils Google).
84 (1) Source Usbek & Rica “Une filiale de Google construit un quartier entier à Toronto”
(2) Source CNIL dans “IP5,le 5ème cahier Innovation et prospective”
“
Il n'y a pas de ville intelligente,
dans le sens technologique, si
elle ne mobilise pas l'intelligence
de tous les gens de la ville. [...]
C'est aussi chaque voisinage qui
a une connaissance de la ville qui
n'est pas celle du centre, à la
mairie ou auprès des experts, et
qu'il faut capturer.
85
86
4.2 SURVEY
Qu’attendent les citoyens
de la Smart City ?
Méthode de diffusion
Réseaux sociaux essentiellement (Facebook, Twitter) et emailing.
87
Source sondage SMART CITY, enquête de perception sur la ville de demain
Emmanuelle Petraud - Novembre 2017
Infographie réalisée grâce à Pictochart
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Chiffres clés et grands
enseignements du
sondage
Cette étude m’a permis de faire ressortir les grands enjeux de la Smart City pour les
citoyens et les préoccupations actuelles de ceux qui y habitent. En complément de
l’infographie réalisée en page précédente, en voici les grandes tendances notables.
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En croisant les données de la taille de l’agglomération de résidence des personnes
interrogées et du niveau de satisfaction de ces mêmes personnes quant à leur qualité de
vie (de 1 à 5, soit de insatisfait à très satisfait), on obtient les informations suivantes.
Niveau de satisfaction des personnes interrogées en fonction de la taille de leur
agglomération d’habitation
Source sondage SMART CITY, enquête de perception sur la ville de demain - Emmanuelle Petraud
- Novembre 2017
On constate bien que le niveau de satisfaction tend à baisser plus l'agglomération est de
taille importante. Constat partagé avec les résultats d’une enquête menée cette année par
l’Observatoire des usages émergents de la ville sur les aspirations résidentielles des
citoyens, menée auprès de plus de 4 000 français(1). Rendue publique en novembre, cette
enquête tente de répondre à la question “Quelle serait pour les Français leur ville idéale ?”.
Premier constat : 48% des Français aimeraient « vivre ailleurs » s’ils en avaient la possibilité.
Cette aspiration est tout particulièrement marquée chez les habitants des grands centres
urbains. 56% des habitants de Paris et 59% des habitants des autres métropoles souhaitent
ainsi déménager en dehors des grands pôles d’activité. La question de la qualité de vie est
très présente parmi les interrogés qui souhaitent quitter la ville. La pollution, le bruit,
l’absence de contact avec la nature font ainsi partie des réponses les plus citées quand on
évoque les gênes ressenties par les habitants des centres urbains.
Le rejet de la smart city ?
Interrogés par l’enquête sur six modèles d’évolution de la commune, les Français se
projettent dans la « ville nature », suivie de près par « la ville autosuffisante » entourée
d’une ceinture verte agricole en mesure de nourrir sa population et « la ville aux courtes
distances ». La smart city n’arrive qu’en dernier des modèles souhaités. Moins d’un Français
sur trois accepterait d’ailleurs de partager ses données pour contribuer au bon
fonctionnement des « smart cities ». Ce sentiment se développe alors même que les
réflexions sur la ville hyper connectée sont au cœur des recherches des urbanistes,
aménageurs et de nombreux acteurs des transports.
“C’est une critique de la modernité et de la sur-consommation qui s’exprime, pas forcément
un rejet du numérique” nuance l’économiste Philippe Moati. Au moment où la smart city et
les aires urbaines deviennent de plus en plus denses, il convient pour les décideurs
politiques et autres aménageurs du territoire de réfléchir sur leurs choix futurs.
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(1) Source L’Observatoire Société et Consommation http://www.lobsoco.com/
5.
Conclusion et
recommandations
91
La donnée, véritable ADN de nos
vi[ll]es de demain ?
Travailler sur ce sujet m’a ouvert à des problématiques auxquelles certes j’étais sensible
mais que je ne pensais pas aussi riches et diversifiées. La Smart City couvre tous les champs
de la Société : c’est un enjeu écologique, économique, social et sociétal.
Citoyens, élus, acteurs du public ou du privé, nous sommes tous aujourd’hui conscients de
l’importance à accorder à l’amélioration de nos conditions de vie, à la protection de notre
environnement et à l’optimisation des ressources, là où l’humanité se trouve être le plus
concentrée, en ville. Et la Smart City nous offre cette promesse.
Mes lectures et les rencontres que j’ai faites m’ont apprises qu’il y a beaucoup de paroles
mais parfois peu d’actions concrètes mises en place au niveau global d’une ville. De plus,
certains investissements ne sont pas toujours aussi prometteurs ou rentables
qu’escomptés. C’est pourquoi il est utile, voire primordial, d’adopter une posture “test &
learn”, comme dans de nombreux domaines aujourd’hui. Essayer, rectifier, pivoter comme
on parlerait dans le jargon startup, telles sont les clés pour parvenir à innover et répondre
aux problèmes qui se posent à nous. Si les solutions trouvées échouent quelques fois, elles
ont le mérite d’avoir été testées. Les villes qui ne font rien ne se trompent pas mais ne
progressent pas également. La survenance de l’échec doit toujours mener à l’évaluation car
il est essentiel de vérifier que le dispositif technique déployé - l’innovation - correspond
bien à un cas d’usage. Comme j’ai pû le démontrer dans les différentes parties, c’est le
citoyen - l’usager de la ville - qui est au coeur de la transformation. Il faut donc trouver des
solutions qui répondent à ses besoins et usages, car si ceux-là sont bien aujourd’hui la
cause principale des désagréments et congestion de la ville, ils en sont également une des
solutions. En effet le comportement de l’urbain d’aujourd’hui, notamment au travers de
nouveaux usages liés à l’arrivée massives des NTIC, des smartphones et de la connectivité
déployée, rend possible la réalisation de nouvelles solutions. Car c’est bien les données
recueillies qui autorisent aujourd’hui les acteurs à plus de créativité et permettent de
prévoir grâce à leur analyse la survenance des situations et donc leur prévention.
On comprend par là même que cette ouverture à la donnée soulève des inquiétudes et des
réticences. L’exemple de la banque que je connais bien, étant moi acteur au sein de l’une
d’elle, montre bien les questions que cela pose : déposé sur des comptes bancaires, notre
argent travaille et fructifie davantage grâces aux solutions - placements et autre -
proposées par la banque qu’en restant sous nos matelas. Pourtant, en enregistrant les
mouvements de nos comptes, la banque a accès à une source incroyable de données nous
concernant (actif, passif, impôts, usage de consommation, composition familiale,
changement de situation, etc). Malgré cela, tout le monde remet son argent entre les mains
des banques car celles-ci ne disposent pas d’une liberté totale quant à l’exploitation des
données qu’elles détiennent, et surtout elles s’interdisent - pour combien de temps encore
- à les utiliser pour n’importe quel usage : un code de conduite et les entités régulatrices
veillent à ce qu’il ne soit pas fait mauvais usage.
92
L’exploitation de la donnée n’est donc pas un problème en soi si on sait ce qui peut en être
fait mais cela nécessite des règles et un encadrement. Et c’est bien ce qui est
progressivement en train de se faire (GDPS, DSP2).
On peut alors se poser la question de la sécurité des données et du risque de piratage.
Comme dans tous les domaines de la vie, absolument tous, le risque zéro n’existe pas. On
cherche certes à le minimiser autant que possible mais on ne peut garantir l'infaillibilité de
la sécurité. Les voitures autonomes sont l’illustration de la question des risques à encourir.
Elles font couler beaucoup d’encre et n’en sont qu’à leur balbutiement, certains imaginant
un déploiement dès 2025, d’autres pas avant 2050 du fait de toutes les questions
juridiques et sécuritaires soulevées. Mais n’oublions pas qu’aujourd’hui en France le
problème de la sécurité routière, c’est plus de 3600 personnes qui sont tuées chaque année
sur les routes, et cela sans que la machine ait pris le contrôle de leur véhicule. Donc la
question est : l’IA et les algorythmes feront-ils plus ou moins de victimes ? Quelle est la
prise de risque que nos sociétés sont capables d'accepter ? Le débat est plus que jamais
posé et reste ouvert également au sein de la ville. Il faut aujourd’hui s’entendre et
déterminer les limites à donner à l’utilisation et la sécurité de la donnée, de l’IA, etc.
A ce point nous pouvons légitimement nous demander si nous allons vers des villes pilotées
par la donnée ? Et par extension, allons-nous vers une humanité pilotée par la donnée ?
Pour y répondre, je suis passée par une phase d’observation et d’analyse qui m’a permis de
mettre en lumière que l’usage de la donnée est une tendance majeure du 21ème siècle, et
notamment dans les villes où la data trouve son carburant dans la forte concentration d’une
population qui est par ailleurs ultra connectée. Comme l’illustre très bien la timeline en page
22, c’est un phénomène qui s’est accéléré en 2010 et qui ne cesse de se développer depuis.
En effet nous nous trouvons à un tournant majeur et qui est la preuve qu’une nouvelle ère
est arrivée, celle de la donnée mais plus encore celle de la donnée publique, ouverte, et qui
se partage.
Un autre facteur d’attention à mon sens - et pas de moindre - est l’arrivée des GAFAM dans
ce secteur en pleine expansion. Cela constitue un enjeu d’importance pour les villes. Celles
qui cherchent à devenir plus smart n’ont pas toujours le budget des grosses métropoles.
C’est pourquoi elles ont rapidement compris qu’il fallait accepter de travailler avec des
opérateurs privés pour répondre à leur problématique. Elles ouvrent alors les accès à leurs
données, voire elles donnent leurs données à des acteurs du privé. Et ceux-là ne se font pas
prier. Tous les gros opérateurs, GAFAM en tête, veulent investir les villes (avec Amazon Go
par exemple qui déploie ses magasins, à l'antipode de son modèle économique initial), car
c’est là que se concentre la valeur, à savoir les gens. La population est la source de création
et de diffusion de la donnée.
Si ces opérateurs peuvent développer des services innovants qui enrichissent la Smart City
beaucoup plus facilement que la mairie, ils prennent également le pas sur l’acteur public et
peuvent notamment accroître la prédominance de leur offre commerciale au dépend des
autres acteurs de la ville. Quand l’acteur privé connaîtra mieux la ville que la mairie ou les
acteurs publics, comment se joueront les enjeux de pouvoir ? Or nous savons qu’il faut être
attentif à la préservation du tissus économique de la ville. Ne pas tuer l’âme des villes.
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Recommandations
Si, tel que je pense l’avoir démontré et tel que j’en ai l’intime conviction, la donnée
est bien l’ADN de nos villes, alors comme dans le domaine scientifique du génome
humain, cela suscite et suscitera davantage encore dans les années qui viennent
d’importants débats sur l’utilisation de la donnée et les limites à ne pas franchir.
On ne parle pas uniquement de données publiques, mais aussi des données privées,
que les acteurs concernés voudront bien libérer. Et ces données sont naturellement
accompagnées de conditions d'utilisation, qui doivent en garantir un libre accès et
une réutilisation par tous. L’Open Data constitue une opportunité, celle d’innover et
de développer des modèles économiques nouveaux, mais il offre aussi l'équité
d'accès à l'information et permet de considérer la donnée publique comme un bien
commun. D'autres aspects positifs découlent du fonctionnement de l’Open Data
comme la co-construction et l'implication des citoyens, mais aussi les thématiques
de l'interopérabilité, de l'efficacité ou la qualité des données et services.
Dans une gestion de la ville “Data-driven” (pilotée par la donnée) pour répondre aux
enjeux des grands centres urbains, voici les recommandations concernant la
stratégie de gestion de la donnée que je préconise de suivre.
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Intégrité & confiance
au travers d’une Data Policy
La mise en place d’une Data Policy, politique en matière de gestion de la donnée, est
primordiale avec quelques règles d’or.
1 Accélérer le déploiement d’un open data respectueux de la protection des données
personnelles, en phase avec les nouvelles règles établies par le régulateur (GDPR) ;
2 Anonymiser les jeux de données (Prévoir, dès la conception de la base, dans la
perspective de sa possible ouverture, les modalités de son anonymisation
éventuelle) ;
3 S’engager à pouvoir communiquer sur toutes les bases de données que la ville
détient et qui seraient susceptibles d’être communiquées, a fortiori si le citoyen en
fait la demande et qu’il fait l’objet d’une diffusion publique ;
4 Marquage des jeux de données afin d’être en mesure de suivre les réutilisations
éventuelles et dénoncer les mésusages ;
5 Adapter la diffusion en fonction du risque : En cas de risque avéré sur les données
personnelles, impossible à éliminer par des procédés d’anonymisation, refuser
l’ouverture des données ou, si le bénéfice attendu de cette ouverture est jugé très
important, procéder à une ouverture restreinte de cette base ;
6 Assurer une veille sur la diffusion et les réutilisations des données communiquées
par la ville ;
7 Mettre en place une structure dédiée à la protection des données à caractère
personnel.
Comme nous l’avons vu le citoyen est au coeur des transformations. Sans son
adoption il n’est pas de projet qui puisse réellement réussir. Franche et radicale ou
sporadique et mesurée, toute décision de transformation doit être accompagnée et
expliquée dans toutes les phases du projet, de la construction à la mise en place.
L’idéal étant bien sûr d’intégrer des représentants de tous les acteurs dès la génése.
Comme les grandes transformations digitales que connaissent de nombreux grands
groupes aujourd’hui, pour moi c’est l’accompagnement des acteurs, des projets qui
constitue la réussite. Il ne s’agit pas de petits changements mais d’une profonde
transformation. Dans les entreprises nous parlons souvent de changement de
paradigme, et pour la Smart City c’est la même chose, la ville plus que se
transformer doit se réinventer. D’ailleurs de nombreux programmes prennent le
nom de “Hacking” ou “Hackeur” comme “Hacker l’Hôtel de ville” pour Paris ou
“Hacker l’Elisée” en septembre 2017.
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Sobriété & efficacité
à travers une démarche “Test & Learn”
Mes Convictions
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Un Grand Merci
Des remerciements sincères et chaleureux aux personnes sans qui cette thèse n’aurait pu
exister. À Béatrice Dessaints pour m’avoir fait partager son expertise aux différentes étapes de
cette thèse, pour ses encouragements et son enthousiasme ; À Philippe Torres et Stéphane
Leguet pour leur partage de connaissance, leurs conseils et orientations précieuses ; À Emilie
Le Riche sans qui ces rencontres n’auraient pas eu lieu ; À Marc Panic pour son aide sur le sujet
des GAFAM ; À Benjamin Ulrich pour m’avoir accueilli dans sa startup et partager son expertise
sur les sujets de Smart Building et IoT.
Je veux remercier également mes managers : Laurent Marin, Jérôme de Labriffe, Rabia
Lamsouber et Vladimir Milojkovic, sans qui la reprise de mes études n’aurait pas été possible et
qui m’ont toujours soutenu dans ma démarche. Mais plus globalement je voudrais remercier
mes collègues pour leur curiosité et leur patience dans nos échanges sur ce sujet de Smart City
qui me tient à coeur et a monopolisé les débats.
Merci à Alexandre Stopnicki et Christophe Dané, pour leur précieux conseils et le challenge qu’a
constitué la rédaction de cette thèse (j’aurai au moins fait ça une fois dans ma vie), et plus
globalement merci à toute l’équipe pédagogique pour leur écoute, partage de connaissance et
leur dynamisme tout au long de cette année de cours.
Merci à notre club des 7. On ne retourne pas sur les bancs de l’école sans se constituer un
nouveau groupe d’amis avec qui partager ses moments de joie et de détresse, alors merci Elsa,
Fanny, Laura, Sylvie, Farhad et Florian.
Last but not least, je remercie mon époux, mes parents et ma famille qui m’ont permis d’avoir
cette ouverture d’esprit, cette curiosité et surtout qui ont toujours fait preuve d’une grande
confiance en moi et en mes capacités à relever de nouveaux challenges. Merci de m’encourager
au quotidien à me dépasser et surtout merci de croire en moi. 97
Sources
▪ “Voyage dans les villes intelligentes : Entre datapolis et participolis”, essai Francis Pisani - 2015
▪ “La guerre des intelligences”, Laurent Alexandre
▪ “Smart Cities. Big Data, Civic Hackers, and the Quest for a new Utopia”, Anthony M. Townsend
▪ “The City of Tomorow: Sensors, Networks, Hackers, and the Future of Urban Life”, Carlo Ratti
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Sources
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