15
Theses
Ethics
ISBN 978-2-88931-037-1
15
Theses
Ethics
Les héroïnes sans couronnes
Leadership des femmes dans les Églises de Pentecôte en Afrique Centrale Les héroïnes sans couronne
Leadership des femmes dans les
Kilongo Fatuma Ngongo Églises de Pentecôte en Afrique Centrale
Les héroïnes sans couronne
est née à Bukavu le 02.11.1966. Professeur Dr à l’Université
Évangélique en Afrique/Bukavu et évangéliste à l’Eglise de
Penuel Francophone/8èmeCEPAC/Bkv. Elle donne les cours
du Mouvement œcuménique, Missiologie, Leadership et
transformation des conflits, Initiation à la recherche scien-
tifique et Education à la citoyenneté dans plusieurs facultés
de l’UEA. Elle reste convaincue que l’octroi des chances égales aux hommes
et aux femmes ainsi que l’éducation à l’égalité des sexes dès le bas-âge sont
Kilongo Fatuma Ngongo
des facteurs clés pour un leadership féminin responsable sur tous les plans.
Le concept of leadership | transformati
Les femmes, c’est ça l’Église! Ces dernières décennies se caractérisent par la recon-
naissance de la place prépondérante qu’occupent les femmes dans la bonne marche
Église du Christ au Congo | 8ème commu
égalité | discrimination | la culture de l’Église
Kilongo Fatuma Ngongo
communautaire des sociétés à travers le monde, que ce soit sur le plan politique,
économique et religieux. Cette thèse de doctorat historique, empirique, missiolo-
gique et éthique montre le rôle clef des femmes dans une église pentecôtiste en
Afrique Centrale entre 1921 et 2011. Le service dans tous les domaines et l’absence
des femmes dans les organes de décisions sont les grandes caractéristiques du leader-
la politique | éducation | les rôles de
ship de femmes. La consécration des femmes au ministère pastoral reste un défi. Le
livre est un appel bien-fondé pour un nouveau paradigme du genre et de coopération
pentecôtisme | leadership féminin | influence
des femmes et des hommes dans les églises.
leadership | la mission | l’Afriqu
Globethics.net
Les héroïnes sans couronne
Leadership des femmes dans les
Églises de Pentecôte en Afrique Centrale
Les héroïnes sans couronne
Leadership des femmes dans les
Églises de Pentecôte en Afrique Centrale
Kilongo Fatuma Ngongo
Globethics.net Theses No. 15
Globethics.net Theses
Éditeur de la série : Christoph Stückelberger. Fondateur et Directeur de
Globethics.net et Professeur d’Ethique à l’Université de Bâle/Suisse
Globethics.net Theses 15
Kilongo Fatuma Ngongo, Les héroïnes sans couronne. Leadership des femmes
dans les Églises de Pentecôte en Afrique Centrale
Genève: Globethics.net, 2015
ISBN 978-2-88931-037-1 (version numérique)
ISBN 978-2-88931-038-8 (version imprimée)
© 2015 Globethics.net
Éditeur : Ignace Haaz
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TABLE DE MATIÈRES
Sigles et abréviations ........................................................ 11
Avant-Propos .................................................................... 17
1 Introduction générale .................................................... 21
1.1 Problématique et objet ................................................................. 21
1.2 État de la question ....................................................................... 27
1.3 Hypothèse de travail .................................................................... 33
1.4 Intérêt du sujet ............................................................................. 34
1.5 But et objectifs............................................................................. 35
1.6 Questions de méthode et techniques du travail ........................... 36
1.7 Techniques de récolte des données .............................................. 38
1.8 Sources d’information et leurs problèmes .................................. 40
1.9 Délimitation spatio-temporelle du sujet...................................... 41
1.10 Subdivision du travail ................................................................ 42
2 Histoire du pentecôtisme
et de l’ECC/8ème CEPAC ............................................ 43
2.1 Introduction ................................................................................. 43
2.2 Origine du pentecôtisme .............................................................. 43
2.3 Le pentecôtisme suédois et son expansion .................................. 55
3 Le concept de leadership ............................................. 115
3.1 Introduction ............................................................................... 115
3.2 Définition du concept de leadership .......................................... 116
3.3 Leadership transformationnel et transactionnel ......................... 118
3.4 Le leadership et la fonction ....................................................... 121
3.5 Style de leadership ..................................................................... 129
3.6 La place de la vision dans le leadership .................................... 132
3.7 Le leadership de Jésus de Nazareth ........................................... 136
3.8 Leadership biblique et leadership profane ................................. 169
3.9 Leadership féminin .................................................................... 173
3.10 Conclusion partielle ................................................................. 200
4 Le leadership dans l’ECC/ 8ème CEPAC .................... 205
4.1 Introduction ............................................................................... 205
4.2 De 1921 à 1960 : Période des missionnaires ............................. 206
4.3 De 1960 à 1993 : Période de Jean Ruhigita
Ndagora Bugwika ..................................................................... 228
4.4 De 1993 à 2002 : Période de Menhe Mushunganya Luanda ..... 240
4.5 La Période de Banyene Bulere .................................................. 245
4.6 Les femmes leaders dans l’ECC/8ème CEPAC .......................... 257
4.7 Les femmes congolaises et leurs influences ............................. 271
4.8 Organisation des femmes dans l’ECC/8ème CEPAC .................. 283
4.9 Les héroïnes sans couronne ....................................................... 294
4.10 Femmes congolaises et mission à l’étranger dans
l’ECC/8ème CEPAC ................................................................. 310
4.11 Les femmes qui s’occupent des orphelins abandonnés ........... 314
4.12 Femmes et politique ................................................................ 317
4.13 Les femmes à initiatives créatrices de revenu ......................... 323
4.14 Les femmes et le ministère de guérison................................... 324
4.15 Difficultés rencontrées ............................................................ 332
4.16 Conclusion partielle ................................................................. 332
5 Présentation, analyse et interprétation des résultats
d’enquête ...................................................................... 337
5.1 Introduction ............................................................................... 337
5.2 Résultats des enquêtes ............................................................... 338
5.3 Dépouillement du questionnaire ................................................ 341
5.4 Analyse et suggestions .............................................................. 367
5.5 Conclusion partielle ................................................................... 434
6 Conclusion générale..................................................... 439
7 Annexes ......................................................................... 447
Annexe 1 : Liste des personnes interviewées .................................. 447
Annexe 2 : Questionnaire de recherce ............................................. 456
Annexe 3 : Organigramme de la CEPAC ........................................ 460
Annexe 4 : Répartition des Églises locales de l’ECC/8ème
CEPAC selon les régions ecclésiastiques ...................... 461
Bibliographie ................................................................... 463
Ouvrages .......................................................................................... 463
Revues et périodiques ...................................................................... 471
Documents et rapports officiels ....................................................... 478
Travaux de fin de cycle, mémoires et thèses doctorales .................. 480
Notes des cours ................................................................................ 482
Webographie ................................................................................... 483
LISTE DES TABLES
Tableau n°1 : Présentation schématiquement de l’évolution
du travail des missionnaires suédois en RDC ............ 207
Tableau n° 2 : Répartition des enquêtés par province d’origine
et par sexe.................................................................. 341
Tableau n° 3 : Répartition des enquêtés suivant leur tranche
d’âge. ......................................................................... 342
Tableau n° 4 : Répartition des enquêtés selon leur niveau
d’étude ...................................................................... 343
Tableau n° 5 : Répartition des enquêtés selon leur fonction
dans l’Église. .............................................................. 344
Tableau n° 6 : Répartition des enquêtés selon leur occupation
dans la société. .......................................................... 346
Tableaux n°7 : Répartition des fidèles selon la connaissance
de l’existence d’une organisation des femmes
dans l’Église . ........................................................... 347
Tableau n° 8 : Répartition des enquêtés sur la participation
des femmes à l’évangélisation. ................................. 348
Tableau n° 9 : Répartition des enquêtés sur l’encadrement
des femmes auprès de leurs semblables...................... 349
Tableau n° 10 : Représentation des enquêtés sur l’encadrement
des jeunes filles et garçons par les femmes .............. 350
Tableau n° 11 : Répartition des enquêtés sur les visites que les
femmes effectuent auprès des malades .................... 351
Tableau n° 12 : Répartition des enquêtés sur l’assistance
femmes aux endeuillés ............................................. 352
Tableau n° 13 : L’assistance des femmes aux prisonniers, aux
orphelins et autres .................................................. 353
Tableau n° 14 : Répartition des enquêtés sur les critères de
choix des femmes aux hautes fonctions.................... 355
Tableau n°15 : Répartition des enquêtés sur les avantages de la
participation des femmes à l’exercice de leurs
talents. ...................................................................... 356
Tableau n°16 : Répartition des enquêtés selon leur point de
vue sur le ministère pastoral tel qu’il est
exercé dans nos Églises. ......................................... 357
Tableau n° 17: Répartition des enquêtés sur leur point de vue
sur la non-consécration des femmes au
ministère pastoral. .................................................... 358
Tableau n°18 : Répartition des enquêtés suivant la question
« à qui la priorité est accordée pour les études
dans nos familles ? » ................................................. 360
Tableau n° 19 : Répartition des réponses des enquêtés sur
l’impact du travail des femmes sur la vie de
gens. .......................................................................... 361
Tableau n° 20 : Répartition des enquêtées suivant leurs années
de fréquentation de l’Église ....................................... 362
Tableau n°21 : Répartition des enquêtés selon les réponses sur les
avantages des enseignements reçus dans les
réunions des axes et Districts. .................................. 364
Tableau n°22 : Répartition des enquêtés sur la voie d’accès à un
leadership féminin efficace ........................................ 365
Tableau n° 23 : Répartition des enquêtés selon les domaines
d’intervention des femmes misionnaires
suédoises dans la mission. ....................................... 366
Tableau n°24 : Place de la fille dans les écoles primaires,
secondaires et professionnelles de l’ECC/8ème
CEPAC...................................................................... 417
Tableau n° 25 : Participation de la femme dans les organes de
décision à l’UEA ...................................................... 420
Tableau n° 26 : Participation active pour atteindre une
participation égale entre homme et femme
aux tâches sociales .................................................. 420
Tableau n° 27 : Effectifs des étudiants de l’UEA de 2008-2009
à 2011-2012............................................................. 423
Tableau n°28 : Répartition des tâches journalières entre filles
et garçons .................................................................. 425
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
ACIPA : Action Citoyenne pour la Paix
ADEPR : Association des Églises de Pentecôte du Rwanda
ADGA : Administrateur Directeur Général Adjoint
A.E.P. : Association des Églises de Pentecôte
AELN : Association des Églises Libres de la Norvège
AFDL : Alliance de Forces Démocratiques pour la Libération
APCM : American Presbyterian Congo Mission
CA : Conseil d’Administration
CAFCO : Cadre de Concertation des Femmes du Congo
CEPAC : 8ème Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique
Centrale
CELPA : Communauté des Églises Libres de Pentecôte en Afrique
CEPZA : Communauté des Églises de Pentecôte au Zaïre
CFF : Centre de Formation Féminine
COE : Conseil Œcuménique des Églises
DEA : Diplôme d’Etudes Approfondies
DEFAP : Département Evangélique Français d’Action
Apostolique
DUDH : Déclaration Universelle de Droits de l’Homme
EAP : École d’Apprentissage Pédagogique
E.C.A.A.L. : Église de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et
Lorraine
ECC : Église du Christ au Congo
Ecodim : École de dimanche
EED : Evangelischer Entwicklungsdienst e. V. (Service des
Églises Evangéliques en Allemagne pour le
développement).
EELRAE : Église Evangélique Luthérienne de Russie et autres Etats
EJCSK : Église de Jésus-Christ sur la terre par son envoyé Spécial
Simon Kimbangu
ERF : Église Réformée de France
FLM : Fédération Luthérienne Mondiale
FPFK : Free Pentecostal Fellowship in Kenya
IBEP : Institut Biblique des Églises de Pentecôte
IPPKI : Institut Pédagogique Protestant du Kivu.
ISTEKI : Institut Supérieur de Théologie Evangélique au Kivu
ISP : Institut Supérieur Pédagogique
MLS : Mission Libre Suédoise
MPR : Mouvement Populaire de la Révolution
NCA : Norwegian Church Aid
ONU : Organisation des Nations Unies
PDGA : Président Directeur Général Adjoint
RDC : République Démocratique du Congo
RCD : Rassemblement Congolais pour la Démocratie
TFC : Travaux de Fin de cycle
TOB : Traduction Œcuménique de la Bible
UEA : Université Evangélique en Afrique
UPC : Université Protestante au Congo
UPRECO : Université Presbyterienne Sheppard et Lapsley du Congo
ÉPIGRAPHE
La vie est une chance, saisis-la.
La vie est beauté, admire-la.
La vie est un rêve, fais-en réalité.
La vie est un défi, fais-lui face.
La vie est un devoir, accomplis-le.
La vie est un jeu, joue-le.
La vie est précieuse, prends-en soin.
La vie est une richesse, conserve-la.
La vie est un amour, jouis-en.
La vie est un mystère, perce-la.
La vie est une promesse, accomplis-la.
La vie est une tristesse, surmonte-la.
La vie est un combat, accepte-le.
La vie est une tragédie, prends-la à bras.
La vie est une aventure, ose-la.
La vie est un bonheur, mérite-le.
La vie est vie, défends-la.
Mère Teresa de Calcutta
DÉDICACE
À nos parents, Angeline Kiyombo Kibibi et Sylvestre Ngongo
Nyembo pour nous avoir imprégné de l’amour et de la crainte de Dieu
dès notre bas âge ;
À notre cher époux, Norbert Masine Kinenwa, pour sa fidélité aux
engagements pris pour nos études doctorales et pour tous les sacrifices
endurés pendant les six ans de notre formation doctorale et pour tous ses
encouragements ;
À nos enfants : Bugale Kinenwa, Angeline Masine, Marietty Masine
et Raha Buki Masine pour votre amour et vos prières qui nous ont
soutenu pendant ces années de formation ;
À toutes les personnes soucieuses d’un leadership efficace pour la
promotion de la vie et du développement durable en Afrique et dans le
monde en général ;
Nous dédions ce travail.
AVANT-PROPOS
Au terme de ce travail centré sur « Leadership des femme du
pentecôtisme et de l’ECC/8ème CEPAC », qui a comme motivation de
montrer l’influence de la femme dans la mission plurielle de l’Église, en
général, et de la 8ème Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique
Centrale (8ème CEPAC) en particulier, nous voulons, de tout notre cœur,
rendre gloire à Dieu, notre Père en Jésus-Christ pour ses bienfaits et
toutes ses grâces manifestés à notre égard avant, pendant et après notre
formation doctorale.
Nos remerciements s’adressent à toutes les autorités académiques de
l’Université Protestante au Congo, celles de l’Institut Protestant de
Théologie de Paris et celles de l’Institut Supérieur des Études
Œcuméniques de l’Institut Catholique de Paris ainsi qu’à leur corps
professoral pour l’encadrement scientifique qu’ils nous ont donné durant
notre formation doctorale.
Qu’il nous soit permis de remercier de tout notre cœur le Professeur
émérite Mushila Nyamankank pour ses remarques de fond et de forme
ainsi que ses suggestions qui nous ont aidé à étayer nos idées et à
préciser notre réflexion. Que Nicola Stricker, professeur à l’Institut
Protestant de Théologie de Paris, trouve aussi ici l’expression de notre
reconnaissance pour son encadrement durant notre séjour de recherche à
Paris.
Nous exprimons notre gratitude à la PMU qui nous a pris en charge
financièrement pendant les trois dernières années de notre formation
doctorale à l’UPC, à l’Evangelischer Entwicklungstiendst e.V.- Service
des Églises Evangéliques en Allemagne pour le Développement (EED),
qui nous a pris en charge pendant le DEA et a facilité notre participation
18 Les héroïnes sans couronne
au Séminaire sur le Genre tenu à Bonn, en juin 2010, ainsi que la
publication du livre « Femme et paix dans la ville de Bukavu de 1996 à
2006. Réflexion théologique » paru en 2009 aux Editions de l’Université
Protestante au Congo (EDUPC) ainsi que le DEFAP qui a pris en
charge, financièrement, notre séjour de recherche à Paris ; que tous
trouvent ici l’expression de notre sentiment de gratitude. Leur appui
vient de matérialiser notre vision.
Que le Comité de gestion de l’UPC soit remercié pour le cadre mis à
notre disposition pendant nos études doctorales.
Nos remerciements s’adressent, également, au Comité de Direction
de la 8ème Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale
(8ème CEPAC), en particulier au Révérend pasteur Banyene Bulere, Ex
Représentant Légal et au comité de gestion de l’Université Évangélique
en Afrique (UEA), spécialement à l’Ancien Recteur de l’UEA, le
Révérend Pasteur Daniel Halldorf et Märtha Greta, son épouse, de nous
avoir recommandé pour les études doctorales et d’avoir facilité notre
séjour en Suède pour consulter des archives de la Mission Libre
Suédoise (MLS) et échanger avec quelques anciens missionnaires et
femmes pasteurs suédoises par rapport à l’objet de nos recherches. Que
le nouveau Recteur de l’UEA, Gustave Nachigera Mushagalusa, daigne
agréer l’expression de notre reconnaissance pour son accompagnement à
notre formation.
Que le Professeur Muke Zihisire, doyen de la Faculté de Sciences
économiques de l’UEA et ancien Secrétaire Général Académique de
l’ISP Bukavu, trouve nos remerciements pour nous avoir aidé à préciser
la question principale de notre thèse. Les professeurs Bosco Muchukiwa,
son Excellence Bulangalire Majagira, Lise Vibila Vuadi, Josée Ngalula
ainsi que Mamy Rahanimananstoa trouvent notre gratitude pour les
échanges tenues par rapport à notre travail.
Que le Professeur N’Kwim Bibi Bikan trouve notre reconnaissance
d’avoir rendu visite à notre fils aîné se trouvant à Johannesburg et de
Avant-propos 19
nous avoir invité à participer au séminaire sur le Leadership et
Management organisé par l’Église la Louange en 2011. Que les
Professeurs Afumba Wandja, Sébastien Kalombo Kapuku de l’UPC,
Lévi Ngangura Manyanya de l’ULPGL/Goma et Simon Kabwe de
l’UPRECO, soient remerciés pour leurs accompagnements et leurs
encouragements.
Que la famille de son Excellence Pierre Lumbi Okongo trouve nos
remerciements pour ses encouragements pendant notre formation.
Merci Marieti Rugonya Shagayo, notre belle-mère, pour le soin
apporté à notre famille pendant tout le temps de notre formation. Que
tous nos frères et sœurs ainsi que nos beaux-frères et belles-sœurs :
Kumba Kassongo, Epela Kemonda Ngongo, Mwakana Olela, Nyembo
Uweza wa Bwana, Yole Ngongo, Ununu Ngongo, Mupasa Makengo,
Aziza Adihula Owanga, Ombo Mangaza, Yema Olowa, Osonge Feza
Mayani, Alenge (Mariamu) Ngongo et Nyembo Usu, Camarade
Kinenwa, Mazambi Kinenwa, Mulambo Kinenwa, Muruta Kinenwa,
Buloze Kinenwa, Marie-Josée, Nakatale, Solange, Fikiri, ainsi que leurs
familles trouvent dans ces lignes l’expression de notre amour pour eux.
Que les familles ci-après reçoivent notre gratitude pour leur amitié :
nos parrains Mugabane et Alima à Bukavu, Feza et Boris Soubokto à
Leuven en Belgique, Mideto Feza Kalala et Äke Wickberg à Stockholm,
Emmanuel Bujiriri Babunga et Esther Tabu Kabwanda à Paris, Lungulu
et Neema à Aarhus au Danemark, Olga et Dick Nkanga à Paris,
Claudine et son Excellence Dr Mwanza, Chance et Barthon Nganga à
Bukavu, Bugalagadja et Kituza, Kamarade et Sylvia, Benjamin et
Monique Kingwengwe à Kinshasa, Nganga Mudekere à Bukavu, Musa
Nabirire Busogoye à Strasbourg, Edna et Mulambo à Dar- es- salam
ainsi que l’honorable Gérard Kwigwasa Nakahuga.
Tous les collègues de promotion du DEA trouvent en ce mot notre
reconnaissance pour leur collaboration. Thèrese Pongi de l’Apparitorat
central de l’UPC et Isabelle Masika soient remerciées pour leur amitié.
20 Les héroïnes sans couronne
Que Justice Ndjadi Osombo, Germaine Yeka Losale, Hekima Kidoge et
Christelle Luyindula trouvent nos remerciements pour toutes les leçons
de la vie que nous avons eues d’eux, les petites Likango Bofindo
Christelle et Bagenda Komba Ruth pour leur amitié.
Que les directeurs des écoles de l’ECC/8ème CEPAC Sud-Kivu et
Nord-Kivu, via Batachoka ainsi que tous les étudiants et les étudiantes
de la Faculté de Théologie de l’UEA de l’année académique 2009-2010
trouvent ici nos remerciements pour nous avoir épaulé dans la
distribution des questionnaires et la collecte des réponses aux
questionnaires.
Que toutes les femmes leaders, les responsables de différents
groupes dans nos Églises ainsi que les pasteurs de l’ECC/8ème CEPAC
trouvent ici l’expression de nos remerciements pour nous avoir accordé
leur temps pour répondre à nos questions et pour leur encouragement.
Que les collègues enseignants de la Faculté de Théologie de l’UEA,
les chrétiens du culte matinal du Centenaire Protestant de Kinshasa,
ceux de l’Église de l’ECC/8ème CEPAC Bandalungwa, ceux et celles de
l’Église de Penuel Francophone de Bukavu ainsi que ceux de l’Église
Réformée de France à Vincennes trouvent ici l’expression de notre
gratitude pour leur soutien mutuel et leur prière pour nous.
Que tous les agents de la Bibliothèque Centrale de l’UPC reçoivent
nos remerciements pour leur sens de serviabilité. Dans le même ordre
d’idée sont également remerciés, Jean-Victor Ngaie, Professeur Samson
Ruhekenya Djumapili, Chef des Travaux Mapenzi Maneno et Rosette
Baguma qui malgré leurs grandes charges, respectivement à l’UPC,
comme Appariteur Général, Secrétaire Général Académique de
l’ISP/Bukavu, Conseiller provincial au ministère du Budget au Sud-
Kivu et Secrétaire à la Coordination des écoles Primaires et secondaires
de l’ECC/8ème CEPAC Bukavu qui ont d’une manière ou d’une autre lu
et corrigé notre texte en lui donnant l’agrément stylistique nécessaire.
NGONGO Kilongo Fatuma
1
INTRODUCTION GÉNÉRALE
1.1 Problématique et objet
Ces dernières décennies se caractérisent par la reconnaissance de la
place prépondérante qu’occupent les femmes dans la bonne marche
communautaire des sociétés à travers le monde, que ce soit sur le plan
politique, économique et religieux. Anne Marie Akwety Male note que
ces efforts sont entre autres dus au souci des Nations Unies qui militent
pour l’égalité de chances entre les sexes. Elle affirme qu’« au cours des
dix dernières années, la situation des femmes est arrivée au premier plan
des débats politiques internationaux. Plusieurs conférences et résolutions
majeures des Nations-Unies ont lancé un appel à une plus grande égalité
pour les femmes et à une amélioration des opportunités qui leur sont
offertes » 1. C’est dans ce souci que depuis 2006, la République
Démocratique du Congo a consacré dans l’article 14 de sa constitution la
parité, qui, à cause du manque de mesures d’accompagnement, n’est pas
encore réellement effective.
Le constat de Fonds des Nations Unies pour la population est
que « le refus d’accorder aux femmes les droits élémentaires de la
1
A.-M. AKWETY Male, « Le leadership politique féminin en RDC : Données
statistiques et perspectives d’avenir », in Le leadership politique féminin face
aux enjeux de la reconstruction en République Démocratique du Congo, Actes
des Septièmes Journées Philosophiques du Philosophât Saint-Augustin, du 18 au
20 décembre 2003, pp. 77-109.
22 Les héroïnes sans couronne
personne persiste très largement dans presque toutes les structures
qu’elles soient sociales, politiques ou religieuses » 2. Dans une émission
radio télévisée que nous avons animée à Bukavu avec deux responsables
de l’ECC/8ème CEPAC en 2010 pour le compte de la radio « Neno la
Uzima », à la question de savoir si un jour l’ECC/8ème CEPAC pourrait
ordonner la femme comme pasteur, un des interlocuteurs avait avancé
l’idée selon laquelle le pouvoir « ni kiboko ya wanaume » (le pouvoir est
l’éléphant des hommes) pour signifier qu’il est difficile de partager le
pouvoir dans les Églises avec les femmes. Ce dernièr reste un domaine
réservé aux seuls hommes. N’est-ce pas une mauvaise conception du
pouvoir ou du leadership ?
En ce qui concerne l’univers chrétien, est-il possible de définir un
nouveau modèle du leadership basé non sur les titres ou le
positionnement social mais sur le service ? A ce sujet, John C. Maxwell
dit que « le leadership, c’est l’influence - rien de plus, rien de moins » 3".
Il importe de noter que la tendance mondiale vers une plus grande
égalité entre les hommes et les femmes reste un des préalables pour un
développement durable susceptible d’amener des changements positifs
pour une justice sociale. La femme a-t-elle une influence dans
l’ECC/8ème CEPAC ? Qu‘a-t-elle fait qui pourrait justifier son
influence dans la vie de l’Église ? La structure de la Communauté lui
permet-elle de se réaliser comme l’imago Dei ? La femme elle-même
est-elle consciente de son apport à la vie de l’Église ? L’ECC/8ème
CEPAC participe-t-elle à la réalisation des objectifs du millénaire ? 4
2
G. CLACK, A propos de l’Amérique. Des femmes influentes, Département des
Etats-Unis d’Amérique, International de l’information, 2006, p. 1.
3
J.C. MAXWELL, Les 21 lois irréfutables du Leadership. Suivez-les et les
autres vous suivront, Florida, Africa Nazarene Publications, 2001, p.39.
4
Ces objectifs sont les suivants : réduire l’extrême pauvreté et la faim, assurer
l’éducation primaire pour tous, promouvoir l’égalité de chances des sexes et
l’autonomisation des femmes, réduire la mortalité infantile, améliorer la santé
maternelle, combattre le VIH /sida, le paludisme et d’autres maladies, préserver
l’environnement et mettre en place un partenariat mondial pour le
développement.
Introduction générale 23
Depuis 2007, l’ECC/8ème CEPAC a pensé reconnaître une place à la
femme par l’acceptation d’une femme comme membre effectif dans le
Conseil d’Administration (CA) et par la matérialisation du Département
Femmes et Familles. Les quelques femmes œuvrant au sein de certains
départements de la Communauté qui participaient à l’Assemblée
Générale ont vu leur nombre augmenté par des observatrices. Ces
dernières sont des femmes responsables de leurs consœurs au niveau de
différentes provinces dans lesquelles l’ECC/8ème CEPAC est implantée.
La structure des femmes est une de celles qui existent à partir des
Églises locales, celles en essai, dans chaque Axe/District, au niveau
provincial/régional jusqu'au niveau national. La présence des femmes
dans les Assemblées Générales, peut-elle changer grand-chose dans les
décisions prises dans ces assises ? Quel est l’avantage que les autres
femmes tirent de leur participation ? Rappelons ici que les femmes
représentent dans nos Églises plus de la moitié des membres.
La vision globale de l’ECC/8ème CEPAC veut qu’elle soit une
association des Églises vivantes, unies, émergeant d’un leadership
performant dans l’expansion de l’Evangile du Christ dans le monde
entier et utilisant le charisme de chaque croyant (membre). Nos
dirigeants sont-ils réalistes quant à cette vision de la Communauté ? Les
charismes de tous les membres sont-ils réellement utilisés ? Quels sont
les obstacles qui bloquent l’éclosion des charismes de certains
membres? Les membres des Églises de l’ECC/8ème CEPAC connaissent-
ils cette vision? Les hommes sont-ils les seuls à exercer le leadership ?
Steven Sample montrant l’importance du leadership révèle que parmi
tous les biens que possède l’humanité, le leadership est certainement le
plus rare et le plus précieux 5. L’Afrique, en général, et la RDC, en
particulier, traverse des moments déterminants de leur histoire, marquée
par des soulèvements des populations, des guerres interminables, des
5
S. SAMPLE, Devenez un grand leader (traduit de l’anglais pas Sabine
Rolland), Paris, Editions d’Organisation, 2005, p.14.
24 Les héroïnes sans couronne
conflits sanglants qui ont abouti aux génocides quant au Rwanda en
1994, aux massacres et aux tueries des multitudes des personnes. Cette
situation est une preuve de la crise du leadership. D. Shu suggère un
leadership au service des populations et la qualité des citoyens actifs
pour relever les nombreux défis du développement de l’Afrique 6. Le
leadership de Jésus ne peut-il pas servir de modèle à tous ces leaders
politiques, sociaux et religieux qui se servent en oubliant la population ?
Autant des préoccupations aussi simples qu’essentielles auxquelles
nous tenterons de répondre dans les pages qui suivent pour remettre la
parole aux premières envoyées du message chrétien tel qu’il nous est
rapporté par les témoignages évangéliques (Mt 28, 5-10 et par).
La mission est notre champ d’investigation ; elle est la tâche globale
que Dieu a confiée à l’Église dans le monde ; elle inclut la responsabilité
sociale, culturelle et politique. Cette dernière est plurielle et reste
toujours à définir. Selon Mushila Nyamankank, « le champ sémantique
de ce terme comprend, en dehors de l’annonce de Jésus-Christ crucifié,
mort et ressuscité, d’autres composantes. On le voit, la première
composante demeure invariable, tandis que les autres ne sont pas
nommées d’emblée. Dieu se révèle à son Église par le moyen des
contextes et circonstances immédiats, lesquels sont variables » 7.
L’annonce de la bonne nouvelle du salut et l’engagement de l’Église
dans la vie sociale constituent l’essentiel de la mission. Eu égard à la
mission, quelle est l’influence que la femme a eu sur celle-ci au sein de
l’ECC/8ème CEPAC ?
Dans son livre « Pingstmission i Kongo och Ruanda-Urundi »,
Margit Söderlund présente les statistiques des missionnaires suédois
ayant œuvré au Congo, au Rwanda-Urundi pendant la période
missionnaire. Sur 192 missionnaires, 132 étaient des femmes et 60
6
D. SHU, Le leadership africain. Etat des lieux et perspectives. Yaoundé,
Haggai Institute, (S.d), p.85.
7
MUSHILA Nyamankank, « La mission de l’Église aujourd’hui », in Revue
Zaïroise de Théologie Protestante, n° 1, Décembre 1986, p. 225.
Introduction générale 25
étaient des hommes 8. Cet écart entre les deux sexes ne montre-t-il pas le
rôle majeur qu’avaient joué les femmes suédoises dans la mission au
sens pluriel dans ces trois pays ? Les procès-verbaux et les rapports
consultés de la période du Représentant Légal Ruhigita Ndagora 9 de
1960 à 1992 montrent que les femmes missionnaires continuaient à
œuvrer dans l’Église et participaient dans les organes de décisions de la
Communauté, certaines comme membres effectifs et d’autres comme
membres observateurs du CA; et elles n’étaient pas absentes dans les
grandes réunions de la Communauté 10. Kavuye Ndondwa 11 nous a
révélé qu’une des missionnaires avait même joué le rôle de
Représentante Légale suppléante de la Communauté dans les années
1960. Il s’agit de Marianne Henriksson 12. Les œuvres médicales,
sociales, en particulier l’enseignement, n’étaient-elles pas l’apanage des
femmes missionnaires ?
Il est indéniable que les femmes exercent une grande influence, à
partir de la cellule de base ecclésiale qu’est la famille. Notons que si les
femmes sont nombreuses au culte et dans les tâches locales, plus on
s’éloigne de la base et plus la proportion des femmes est faible.
Ajoutons, aussi, que, si elles ont quelques places dans les petits groupes
8
M. SÖDERLUND, Pingstmission i Kongo och Ruanda-Urundi, Ekerö,
MissionsInstitutet-PMU 1995, pp.229 à 249
9
RUHIGITA Ndagora fut le premier Représentant Légal congolais qui a
remplacé le missionnaire Palmertz en qualité de Représentant Légal en mai
1960. N.B. : Nous parlerons en large de la vie des leaders communautaires au
deuxième chapitre.
10
P.-V. du Conseil d’administration de l’Association des Églises de Pentecôte du
Kivu, 11e session du 14 ami 1971 ; celui de la 15e session du 10 novembre
1972 ; P.-V. de la Conférence annuelle de 1975 tenue à Bukavu le 16 mai 1975.
11
KAVUYE Ndondwa, Révérend Pasteur de l’Église de Kasenga, Rapporteur
des Réunions du C.A. de L’ECC/8ème CEPAC du temps de RUHIGITA
Ndagora, Interview accordée le 27 juillet 2010 dans son bureau à l’Église de
Kasenga-Uvira.
12
M. HENRIKSSON, née le 8 avril 1934, a travaillé au Congo à partir du 25
janvier 1959, cfr aussi MUSHUNGANYA Menhe Luanda, Aperçu historique
de la Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale (CEPAC) de
1921 à nos jours, s.l., Shahidi- Presse, Juillet 2002, p. 21.
26 Les héroïnes sans couronne
de l’Église, elles sont plus rares dans les instances de décision (conseil
ou collège pastoral,…). Les femmes se voient confiées les fonctions
d’enseignante de leurs semblables, les tâches matérielles, parfois, le
secrétariat de séances, les visites, l’accueil, le travail à la base, pour
lesquelles elles semblent faites et ont le temps. Les postes de direction et
de responsabilités sont souvent confiés à des hommes, même dans un
groupe des femmes, l’Église y adjoint toujours un homme. On dirait que
la valeur homme est plus cotée que la valeur femme. L’Église est dans le
monde mais sa mission est d’être le sel et la lumière. N’est-elle pas
aussi appelée à rechercher la justice ? La mission de l’Église se limite-
elle à prêcher un Royaume de Dieu futur et invisible, ou bien se
reconnaît-elle la mission d’interpeller les chrétiens et les non-croyants
sur les inégalités et les injustices qui entravent la vraie conversion ? Ne
risque-t-elle pas de louper en entretenant les injustices sociales déjà
décriées dans le monde ? N’est-ce pas qu’en reproduisant les structures
sociales patriarcales fondées sur la force, la domination, nos structures
ecclésiales se sont transformées en moyens de ségrégation ?
La communion à laquelle la femme participe chaque semaine avec
les femmes à problème et à travers elles, leurs familles et leur entourage,
la joie qu’elle partage avec celles qui se réjouissent, le temps qu’elles
passent avec les autres familles pour consoler et réconforter ne sont- ils
pas des signes d’un leadership que Dieu nous réclame en tant que
chrétiens ? Comment les femmes doivent-elles renforcer leur leadership
pour plus d’efficacité ? Existe-t-il des modèles d’inspiration des femmes
et des hommes qui furent des leaders dans l’histoire ainsi que dans la
Bible ? Y a-t-il des préalables pour y arriver ?
Pour des actions d’une importance sociale, elles n’hésitent pas à
collaborer avec les femmes d’autres confessions. Elles participent, de ce
fait, au souhait de l’œcuménisme sans le nommer ou le savoir. En
visitant les malades dans des hôpitaux et en portant assistance aux
prisonniers dans les lieux de détention sans aucune discrimination, n’est-
Introduction générale 27
ce pas là une preuve de leur pratique d’un œcuménisme d’amour que
nous recommande Jésus dans les évangiles et que les Actes des apôtres
perpétuent ? Kalombo Kapuku qualifie cet élan d’« œcuménisme
spirituel » qui se manifeste par le témoignage et le service 13.
La question principale qui va conduire notre recherche est sous-
jacente de toutes celles que nous posons dans cette problématique, et
peut être formulée comme suit : les femmes dans l’ECC/8ème CEPAC
réalisent-elles quelques actions qui prouvent leur influence significative
dans la mission de l’Église ? L’objet de notre étude est le leadership
féminin dans l’ECC/8ème CEPAC, de 1921-2011, approche
missiologique.
Notons que dans ce travail, lorsque nous parlons de l’Église comme
une institution ou quand elle a le sens du corps du Christ, nous écrivons
avec majuscule, de même en parlant de la mission comme entreprise ou
une structure. Mais quand nous parlons de l’Église comme lieu du culte,
ou bâtiment, nous écrivons avec minuscule, aussi quand nous parlons de
la mission comme un cas particulier ou comme un lieu. Aussi le
désequilibre des chapitres s’explique par l’objet de notre étude, le
troisième chapitre est plus long que les deux premiers du fait qu’il traite
le nœud de notre recherche.
1.2 État de la question
Les lignes qui suivent font remarquer l’état de la question en deux
volets : Le premier concerne les recherches faites en rapport avec la
mission et le second, celles liées au leadership.
De par l’objet de notre étude, c’est particulièrement la Mission Libre
Suédoise et l’ECC/8ème CEPAC qui nous intéresse. Il y a sept ans,
13
KALOMBO Kapuku, Église en République Démocratique du Congo et
Mission : Pentecôtisme, Églises traditionnelles, défi du dialogue, Mémoire
présenté en vue de l’obtention du Diplôme d’Etudes Approfondies en Théologie,
UPC, Kinshasa, Mai 2005, p. 2.
28 Les héroïnes sans couronne
Gunilla Nyberg Oskarsson a écrit Le mouvement pentecôtiste -Une
Communauté alternative au sud du Burundi 1935-1960 14. Sa thèse
doctorale est une grande contribution aux recherches sur les Églises
pentecôtistes africaines. Elle brosse la situation du mouvement
pentecôtiste suédois et la création de la Mission Libre Suédoise (MLS)
de 1907-1960, ses relations avec le gouvernement Belge et les missions
protestantes au Congo avant 1930, particulièrement au Congo Belge,
pour enfin toucher le Ruanda –Urundi. Le milieu burundais et les
origines de la MLS au Burundi (1921- 1939) la préoccupent. Elle
montre comment le Mouvement pentecôtiste s’est consolidé et répandu
(1940-1948), en passant par le temps de réveil et de l’engagement social
de 1948 à 1960. Elle parle des femmes suédoises et burundaises qui ont
joué un rôle important dans le mouvement pentecôtiste et dans la MLS.
Ce livre est une réponse à nos préoccupations sur le début du
Mouvement pentecôtiste, la MLS et l’ECC/8ème CEPAC. L’organisation
et l’expansion de ce mouvement nous a beaucoup intéressé ainsi que les
informations sur le rôle de la femme dans ses origines et son
développement. Notre travail touche spécialement la mission dans
l’ECC/8ème CEPAC depuis 1921 jusqu’à 2011 avec comme
préoccupation majeure de chercher à faire connaître ce que les femmes
sous la mouvance du Saint-Esprit ont fait et continuent de faire comme
membres actifs de l’Église en ce qui concerne la mission. Cette dernière
est plurielle : elle touche les sphères sociale, culturelle, politique et
religieuse.
Margit Söderlund a écrit deux livres : Women Misionnaries in the
Swedish Pentecostal Mission in Burundi et Pingstmission i Kongo och
Ruanda-Urundi 15. Le premier ouvrage montre le rôle de la femme
14
G. NYBERG Oskarsson, Le mouvement pentecôtiste -Une Communauté
alternative au sud du Burundi 1935-1960, Uppsala, The Swedish Institute of
Missionary Research, 2004, p.327.
15
M. SÖDERLUND, Women Misionnaries in the Swedish Pentecostal Mission
in Burundi, University Microfilms International (U.M.I.), Michigan, Dissertation
Introduction générale 29
suédoise dans l’émergence du Mouvement pentecôtiste suédois,
particulièrement dans l’évangélisation et l’implantation des Églises au
Burundi. Elle présente le travail de cinq femmes.
Le deuxième ouvrage est en suédois, mais nous disposons d’une
partie de sa version électronique en français grâce à l’ancien recteur de
l’UEA, Daniel Halldorf. L’auteur y retrace l’histoire de la mission
suédoise au Congo, au Rwanda et au Burundi de 1921-1960. Il décrit la
vie des missionnaires dans ces trois pays dans les différentes péripéties
et les succès enregistrés. Il cite nommément leurs grandes réalisations,
l’acquisition des terrains pour la mission, les femmes suédoises ayant
participé à l’action missionnaire, plus particulièrement dans
l’évangélisation, l’enseignement, les œuvres sociales et médicales, la
littérature et les médias ainsi que certains leaders hommes de ces trois
pays. Cela nous a énormément intéressé. Car le travail de ces femmes
missionnaires sera un soubassement de notre recherche, dans le souci de
restituer et perpétuer leurs expériences dans la mission au bénéfice des
générations futures. Il s’avère qu’avec la nationalisation, les
missionnaires deviennent rares, les nouveaux pasteurs et les nouveaux
convertis qui ignorent l’évolution de la Communauté oublient certains
faits historiques, en particulier ce que les femmes missionnaires ont fait
comme travail de Dieu.
Le plus que nous apportons réside dans l’accent mis sur la
participation des femmes missionnaires et surtout l’apport des femmes
congolaises dans la mission, leur organisation au niveau local, régional
et national, leur implication spirituelle, politique et sociale, le contexte
dans lequel elles travaillent et le point de vue des chrétiens de
l’ECC/8ème CEPAC aujourd’hui sur leur travail. C’est ainsi que nous
découvrons leur participation à l’œuvre de Dieu, les différents
Information Service, 1990, p.156. et Pingstmission i Kongo och Ruanda-Urundi,
Ekerö, MissionsInstitutet - PMU, 1995, p.245.
30 Les héroïnes sans couronne
ministères auxquels elles participent ainsi que les limites qui leur sont
imposées et les perspectives d’avenir.
Notre travail se veut une contribution sur le leadership féminin au
sein de l’ECC/8ème CEPAC. Il constitue un apport dans le cadre général
des recherches effectuées sur la mission, avec une spécificité touchant la
problématique féminine.
Pour faire assoir nos réflexions, nous avons aussi consulté un certain
nombre d‘ouvrages ayant trait au leadership en général et au leadership
chrétien et féminin.
Chakkalakal a écrit Discipleship a Space for Women’s Leadership ?
A Feminist Theological Critique 16. Dans cet ouvrage, elle brosse une
théologie féministe critique sur la nature du leadership féminin dans
l’Église Catholique en Inde. Elle y préconise l’égalité et défend la
dignité de la femme dans une Église patriarcale où les femmes sont
marginalisées contrairement à la vision chrétienne qui proclame l’égalité
de sexes. Son souci est de contribuer à la création d’un monde plus
humain sur base des principes bibliques qui prônent un leadership non
autoritaire qui suit le modèle de Jésus. Ce genre de leadership est, par
conséquent, ouvert au leadership des femmes. L’auteur propose la
relecture de la Bible pour y découvrir les autres images de Dieu
contraires au patriarcat que prône son Église d’origine. Son travail fait
ressortir une optique exégétique et théologique.
Ce livre est une question traduite en français comme suit : le
discipolat, un espace pour le leadership féminin ? Bien que son contexte
soit différent du nôtre (elle est dans l’Église catholique et en Inde mais
nous, nous sommes dans une Église protestante de surcroît pentecôtiste
en RDC). Notre préoccupation majeure est de chercher à faire connaître
ce que les femmes sous la mouvance de l’Esprit ont fait et continuent de
faire comme membres actifs de l’Église en ce qui concerne la mission.
16
P. CHAKKALAKAL, Discipleship a Space for Women’s Leadership? A
Feminist Theological Critique, Mumbai, Paulines Publications, 2004, p .394.
Introduction générale 31
Le mémoire d’Espérance Akano Ndukutea sur « le leadership
ecclésial féminin. Cas de l’Église du Christ au Congo » 17 présenté au
programme du Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) nous intéresse à
double titre. L’auteur aborde la question du leadership féminin dans une
optique systématique et sa cible est l’Église du Christ au Congo (ECC).
Notre thèse va scruter la question dans l’ECC/8ème CEPAC. Nous
exploitons le sujet dans une approche missiologique.
La Collection « Thèmes philosophiques » a décrit Le leadership
politique féminin face aux enjeux de la reconstruction en République
Démocratique du Congo, Actes des septièmes journées philosophiques
du philosophât Saint-Augustin du 18 au 20 décembre 2003 18. Cette
collection regroupe des articles sur le leadership politique féminin dans
un cadre philosophique.
Plusieurs questions sont abordées dans ces journées, entre autres la
place de la femme dans la politique et son apport dans la gestion de la
chose publique, le rôle de l’éducation dans le développement de la
femme, quelques statistiques prouvant l’écart entre les deux sexes dans
la gestion de la chose publique ainsi que quelques témoignages.
La philosophie étant la base de toute réflexion profonde, elle est à
encourager en ce qui touche le questionnement sur le leadership
politique féminin. L’approche missiologique que nous adoptons dans ce
travail répond aussi à certains questionnements et a pour but de prouver
que les femmes, loin d’être des éternels enfants, ont fait preuve d’un
sens de maturité en travaillant dans un contexte de discrimination. Elles
17
E. AKANO Ndukutea, « Le leadership ecclésial féminin. Cas de l’Église du
Christ au Congo», Mémoire présenté en vue de l’obtention du Diplôme d’Etudes
Approfondies (DEA) en Théologie, UPC, Kinshasa, 2005. p.167.
18
Collection «Thèmes philosophiques », Le Leadership politique féminin face
aux enjeux de la reconstruction en République Démocratique du Congo. Actes
des septièmes journées philosophiques du philosophât Saint-Augustin du 18 au
20 décembre 2003, (S .l.), Editions Paulines Centre Multimédia, Thèmes
philosophiques, n°1, 2004, p.195 .
32 Les héroïnes sans couronne
dépassent les barrières humaines et se fraient des chemins dans le roc
pour la gloire de Dieu.
Les ouvrages de J.C. Maxwell sur le leadership dont : Les 21 lois
irréfutables du leadership et The Maxwell Leadership Bible 19. Le
premier ouvrage parle du leadership, en général, sans mettre l’accent
particulier sur le leadership féminin. La Bible du leadership est un outil
dans lequel l’auteur essaie d’expliquer les différentes actions des leaders
cités dans l’histoire biblique. Les figures féminines expliquées nous ont
inspiré dans nos analyses sur les femmes leaders dans l’histoire biblique.
Nous innovons en citant quelques femmes suédoises et congolaises de
la MLS et de l’ECC/8ème CEPAC qui ont influencé des groupes de gens
dans leur ministère au sein des Églises. Elles ont osé faire des actions au
nom de leur foi et à celui de leur Dieu.
Enfin, citons l’ouvrage de K. Blanchard et M. Miller, Comment
développer son leadership, 6 préceptes pour les managers 20. Ces auteurs
sont tous deux entrepreneurs, ils pensent que toute personne en situation
d’autorité est appelée à développer un authentique leadership, efficace et
humain, qui bénéficiera à ceux qui l’entourent et à lui-même. Le leader
n’est pas là pour commander ni pour lui-même : il est là pour servir ceux
avec qui, il travaille.
Servir et non se servir, tel devrait être le slogan de tout leader. Le
secret des meilleurs leaders, c’est servir. Il est motivant de remarquer
que la vision de Jésus sur le leadership est épousée même par les
profanes. Le fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour
servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup (Mt 20.26-28). Pour
Aubrey Malphurs, toute la vie de Jésus peut-être résumée par le
19
J.C. MAXWELL, op.cit., p. 272 et The Maxwell Leadership Bible, Second
Edition, Nashville/Dallas/Mexico City/Rio de Janeiro/ Beijing, Thomas Nelson,
2007, p.587.
20
K. BLANCHARD et M. MILLER, Comment développer son leadership, 6
préceptes pour les managers, Paris, Nouveaux Horizons, 2008, p.127.
Introduction générale 33
mot « service » 21. Le leadership féminin que nous défendons a pour
soubassement le service rendu par les femmes aux chrétiens et à leur
entourage. Parmi ces femmes nous trouvons aussi les responsables des
autres au niveau national jusqu’au niveau des Églises locales. Cette
forme de leadership est à imiter dans les Églises, les entreprises et la
société entière pour redonner la vraie caractéristique du leadership.
Les différents ouvrages cités ci-dessus ne parlent pas directement de
notre sujet de recherche, mais nous y puisons quelques éléments de
référence. Le leadership féminin dans l’ECC/8ème CEPAC comme sujet
est donc une originalité.
1.3 Hypothèse de travail
Les femmes de l’ECC/8ème CEPAC accomplissent beaucoup
d’actions significatives dans cette Communauté. Ces actions sont à la
base de son développement sur tous les plans et impliquent leur
leadership.
A partir de leurs Églises locales en passant par les Axes, les
Districts, les Régions Ecclésiastiques jusqu’au niveau national,
l’encadrement qu’elles donnent aux autres femmes et aux filles par des
enseignements et par des séminaires, les campagnes d’évangélisation et
les conventions des femmes qu’elles organisent au profit de leurs
semblables et à celui de tout le peuple de Dieu, - la consolation aux
familles éprouvées, le soutien aux malades dans des hôpitaux, le
réconfort moral apporté aux prisonniers, les visites mutuelles lors des
événements heureux et malheureux, les fonctions qu’elles exercent au
nom de Dieu : bon nombre des femmes sont prophétesses, chantres,
diaconesses, évangélistes, encadreurs des enfants dans les Églises
locales - sont autant des preuves qui justifient que leur leadership
réjoigne le leadership de Jésus de Nazareth.
21
A. MALPHURS, Être leaders. L’essence du véritable leadership chrétien,
Montréal, Sembeq, 2009, p.41.
34 Les héroïnes sans couronne
Au regard de ce qui précède, nous pensons qu’elles peuvent
développer un leadership responsable qui devra être celui de
transformation basé sur le service rendu aux autres pour un
développement durable et pour la promotion de la justice sociale.
Les femmes de l’ECC/8ème CEPAC peuvent faire plus au sein de
cette Communauté ; malheureusement, elles travaillent dans des grandes
restrictions du à leur manque d’intégration totale dans les organes de
décision, les textes qui régissent la Communauté ne leur laissent pas une
grande ouverture pour exercer leurs talents et cela, malgré la vision
globale de la Communauté qui prévoit l’émergence d’un leadership
performant de ses Églises dans l’expansion de l’Evangile du Christ dans
le monde entier et l’utilisation des charismes de chaque membre.
Le changement profond de la part des dirigeants et des dirigés au
sein de l’Église est de rigueur ! En effet, le sens d’organisation du
travail des femmes, la définition d’une vision, la mise en pratique de
leur compétence au profit de l’Église, leur détermination à se changer
par elles-mêmes restent une source du pouvoir personnel nécessaire à un
engagement dans le monde. Cette transformation de soi est essentielle à
tout changement positif. Pour y arriver, elles doivent apprendre à
contextualiser certains passages bibliques qui découragent la mise en
pratique des dons leur fournis gracieusement par l’Esprit auquel tous et
toutes croyons et recevons une fois sauvés et s’ouvrir à la formation
formelle et informelle.
1.4 Intérêt du sujet
En réalisant ce travail, nous écrivons premièrement une histoire des
femmes dans l’ECC/8ème CEPAC afin de restituer et de valoriser leurs
actions dans la mission. Eliane Gubin révèle que « l’histoire des femmes
a longtemps souffert de son invisibilité et plus spécifiquement de son
Introduction générale 35
absence de pérennisation et de transmission 22 ». Nous rémedions à cette
situation, en rendant visible l’apport des femmes de notre Communauté
dans la mission, depuis l’époque missionnaire jusqu’en 2011.
Ce travail est une contribution à la meilleure saisie de la mission au
sein de l’ECC/8ème CEPAC du leadership en général, et du leadership
féminin en particulier.
1.5 But et objectifs
Cette dissertation doctorale réflechit sur les voies et moyens à mettre
en place par l’Église pour que le leadership des femmes soit reconnu et
pris comme modèle du leadership ecclésial et national, du fait qu’il est
basé non sur le titre seulement, mais bien plutôt sur le service. Loin de
nous l’idée de confisquer le pouvoir à l’homme, nous proposons plutôt
que l’homme du sexe masculin comprenne la vision de Dieu en créant
l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance, et la tâche que
Dieu leur a donnée dans la sauvegarde et le maintien de la création.
Cette mission fut réalisée pleinement par Jésus au travers de sa mort
et de sa résurrection qui font de l’homme et de la femme les
collaborateurs à la grande mission qu’est l’Église. Il est confirmé qu’il
n’y a pas de mission sans Église tout comme il n y a pas d’Église sans
mission ; les deux sont les faces d’une même médaille 23. Les rapports
qui devraient unir l’homme et la femme à cette œuvre dont Dieu est
l’architecte sont ceux d’interdépendance, de collaboration et de
complémentarité et non ceux de dépendance, de domination et
d’exclusion dans tous les domaines de la vie, y compris dans les
différents ministères au sein de l’Église.
22
E. GUBIN, Choisir l’histoire des femmes, Bruxelles, Editions de l’Université
de Bruxelles, 2007, p.6.
23
N’KWIM Bibi Bikan, Séminaire sur la Théologie de la mission à l’ère de la
mondialisation animé au DEA, Faculté de Théologie Protestante à l’UPC, année
Académique 2007-2008.
36 Les héroïnes sans couronne
Nous soutenons les efforts fournis par l’ECC/8ème CEPAC dans
l’acceptation de la femme dans un des organes de décision qu’est le CA
et celle des femmes responsables des autres au niveau provincial comme
observatrices dans l’Assemblée Générale de la Communauté depuis
2007. Nous souhaitons qu’elle continue dans la même direction pour
leur ouvrir les autres accès en vue de la promotion du genre au sein de
l’Église, mais aussi pour les amener à comprendre que la justice
mondiale passe par la justice envers les femmes et les autres catégories
des personnes négligées dans nos sociétés. Les hommes ont intérêt à
faire d’elles des alliées.
1.6 Questions de méthode et techniques du travail
1.6.1 Méthodes
Madeleine Grawitz définit la méthode comme « le moyen de
parvenir à un aspect de la vérité, de répondre plus particulièrement à la
question ‘comment’. Elle est liée au problème de l’explication » 24. P.
Mukuna-Mutanda wa-Mukendi et B. Ilunga-Tshipama wa-Mbayi
renchérissent en disant qu’« elle est l’ensemble de cheminements par
lesquels la pensée s’oriente en vue d’observer les événements en fixant
l’ordre des opérations à accomplir pour atteindre un résultat, regrouper
les faits, les influencer, les décrire et établir les liens entre ceux-ci » 25.
Déduisons que la méthode est cette démarche intellectuelle qu’emprunte
la pensée dans la recherche d’une vérité donnée.
Deux méthodes principales sont utilisées : la méthode dialectique et
la méthode comparative.
24
M. GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales (10ième édition), Paris, Dalloz,
1996, p. 379.
25
P. MUKUNA- Mutanda wa –Mukendi et B. ILUNGA-Tshipama wa-Mbayi,
Méthodologie de la Recherche scientifique. De la direction à l’évaluation d’un
travail de fin d’études, 2e éd. revue et augmentée, [s.l.], Presses de la FUNA,
2005, p. 82.
Introduction générale 37
Parlant de la méthode dialectique, Gaston Mwene Batende souligne
sa perspicacité en montrant que toute société est traversée par des
éléments contradictoires, par des éléments positifs et négatifs qui
exigent leur dépassement. Dans cette perspective, les phénomènes
sociaux s’inscrivent dans un processus dynamique de structuration, de
déstructuration et de restructuration 26. Au travers cette démarche, on
peut se rendre compte des disfonctionnements sociaux et des
perspectives de transformations sociales. A Albert Muluma Munanga
G.Tizi de renchérir : « Elle nous paraît plus complète que les autres, la
plus riche et la plus achevée des méthodes conduisant à l’explication en
sciences sociales et humaines. La méthode dialectique permet de
découvrir le lieu d’origine et de développement des contradictions ainsi
que la manière dont les individus ou les groupes tentent de les
surmonter 27. Elle nous a été utile dans l’analyse de l’évolution historique
de notre Communauté sur tous les plans par rapport à la mission, à la
place et à l’action de la femme et nous aidera à envisager des
changements utiles pour l’intérêt de tous.
Quant à la méthode comparative, Muluma montre qu’elle sert des
types. Elle consiste à comparer les types de sociétés, à les catégoriser.
On peut dire que liée à la typologie, la méthode comparative vaut, sur le
plan scientifique, ce que valent les types qu’elle compare 28». Nous
l’utilisons dans ce travail, pour établir le nœud entre le leadership de
Jésus et les autres types de leadership afin d’établir l’authenticité du
leadership des femmes dans l’ECC/8ème CEPAC.
26
G. MWENE Batende, « Quelques aspects des principales méthodes de
recherche dans les sciences sociales », in Problèmes de méthodes en philosophie
et sciences humaines en Afrique, Actes de la 7ème semaine philosophique de
Kinshasa du 24 au 30 avril 1983, Faculté de Théologie Catholique, Kinshasa,
1986, pp. 157-164.
27
A. MULUMA Munanga G. Tizi, Le guide du chercheur en sciences sociales
et humaines, Kinshasa, éd. SOGEDES, 2003, p.103.
28
Ibid., p.93.
38 Les héroïnes sans couronne
1.6.2 Techniques de récolte des données
Quant aux techniques, elles sont définies comme l’ensemble des
moyens et des procédés qui permettent au chercheur de rassembler des
informations originales ou de seconde main sur un sujet donné. Elles
comprennent l’ensemble des procédés mis en œuvre pour arriver à un
but.
Dans ce travail, nous avons recouri à la technique documentaire en
maniant notamment :
Les documents écrits constitués d’ouvrages qui traitent de la
mission, du leadership et en particulier du leadership féminin dont ceux
traitant sur la place de la femme dans l’Église, la société et la politique ;
le règlement d’ordre intérieur de l’ECC/8ème CEPAC, les statuts de
celle-ci, les rapports des activités et des grandes assemblées de
l’ECC/8ème CEPAC, les travaux de fin de cycle des étudiants et des
étudiantes ainsi que les mémoires ayant traité de tel ou tel autre aspect
soulevé dans cette recherche, ainsi que les rapports des groupes des
femmes nous intéresseront à titre particulier pour analyser leur rôle et
leur apport dans la mission.
Les documents privés : certains pasteurs et certaines femmes
gardent des correspondances, des recommandations pour réaliser telle
ou telle autre mission dans le cadre d’évangélisation, d’affermissement
ou d’une œuvre caritative. Certains rapports des réunions de la
communauté, les Procès-Verbaux (P.-V.), les rapports des Assemblées
Générales se trouvant entre les mains des anciens secrétaires ou des
personnes ayant joué un rôle au cours de telle ou telle autre période de la
Communauté nous ont été utiles.
Les documents visuels sont constitués de bandes vidéos dans
lesquelles les femmes de l’ECC/8ème CEPAC interviennent lors des
prédications, des conférences, des émissions pour la cause des femmes
et de l’Église ; des photos qui décrivent les actions de ces femmes dans
la mobilisation de la masse, les conventions des femmes, etc.
Introduction générale 39
Les documents officiels nous ont servi dans l’analyse de diverses
statistiques décrivant la place des femmes dans l’enseignement à tous les
niveaux au sein de notre Communauté qui compte plus de 1057 écoles
maternelles, primaires et secondaires sur toute l’étendue de la RDC.
L’UEA a été aussi citée pour le même objectif.
L’échantillon alléatoire ou non probabiliste a été utilisé, ses risques
sont le fait qu’il aboutisse presque toujours à une surreprésentation ou à
une sous représentation de certains éléments de la population étudiée.
Nous avons utilisé l’échantillon accidentel qui nous a permis de
consulter les premières personnes que nous avons rencontrées dans notre
univers d’enquête. L’échantillon raisonné nous a permis de nous limiter
volontairement à une certaine catégorie d’individus dans l’Église pour
avoir un résultat probant.
L’observation participation nous a aidé non seulement à formuler les
questions de notre questionnaire, mais aussi à interpréter et à
comprendre quelques paroles, gestes et actions réalisés par des pasteurs
et membres de l’ECC/8ème CEPAC à l’égard des femmes.
L’interview, qui est un procédé d’investigation scientifique utilisant
un processus de communication verbale pour recueillir des informations
en relation avec le but fixé, nous a été d’un précieux concours parce
qu’elle nous a fourni des données qui ne sont pas obtenues par la
technique documentaire. Souvent, en Afrique, les gens préfèrent
s’exprimer verbalement que de mettre leurs opinions par écrit 29. La
plupart des femmes qui ont contribué à la création des Églises n’ont pas
un niveau d’études suffisant, elles nous ont livré leur contribution en
swahili. Et, par souci de fidélité, nous restituons certains de leurs propos
en swahili pour ne pas altérer le sens des mots utilisés. L’interview s’est
avérée indispensable aussi pour les membres du comité de direction de
29
Cf. MUNDUKU Ngamayamu, Séminaire sur la méthodologie de la recherche
scientifique, animé au DEA, Faculté de Théologie Protestante, UPC, 2006-
2007.
40 Les héroïnes sans couronne
l’ECC/8ème CEPAC ainsi que pour certaines femmes responsables au
niveau de la Communauté à cause de leurs charges.
La statistique nous a aidé dans le dépouillement de notre
questionnaire d’enquête qui a été administré sur 603 personnes des
Églises du Sud-Kivu, celles du Nord-Kivu et particulièrement celles de
Bukavu et de Goma. Les femmes bénéficiaires du travail des
responsables féminins dans les Églises, les pasteurs, les évangélistes, les
diacres et diaconesses, les responsables des groupes dans l’Église, les
choristes, les moniteurs et les monitrices de l’Ecodim et ceux des classes
de baptême, ainsi que les intercesseurs ont été abordés en vue de
recueillir leurs points de vue sur ce que la femme réalise comme travail
dans l’Église.
1.7 Sources d’information et leurs problèmes
Malgré ses quatre-vingt-dix ans d’existence, l’ECC/8ème CEPAC n’a
pas assez documenté son histoire. Des auteurs suédois ont écrit sur la
mission réalisée au Congo, Ruanda et Burundi pendant la période
missionnaire mais l’accès à leurs ouvrages se butte à un problème de
traduction, la majorité d’ouvrages se trouvent en suédois. Envisager
traduire certains ouvrages serait idéal pour permettre aux historiens et
aux missiologues l’appropriation par l’accès à une source fiable de
l’histoire des origines de nos Communautés à l’Est de la RDC, où se
trouve le siège social de la Communauté ; le pillage du aux guerres
connues à l’Est, n’avait pas épargné les archives de la Communauté.
Comme sources primaires, le livre de Margit Söderlund et celui de
Gunilla Nyberg Oskarsson nous ont servi pour restituer les événements
de la période de 1921 à 1960 en RDC. Certains P.-V. ainsi que les
rapports des réunions de C.A. et des Assemblées Générales du temps du
Représentant Légal Ruhigita Ndagora Bugwika, retrouvés entre les
mains de certains pasteurs qui ont travaillé à ses côtés nous ont aussi
donné des traces de ce que les femmes ont accompli entre 1960-1992.
Introduction générale 41
Pour les quatre derniers mandats, l’équipe des membres du comité de
Direction du dernier mandat vient d’écrire un ouvrage qui pallie à cette
situation. Malgré ce fait, notre corpus du savoir était très difficile à
constituer quant au travail qui se fait dans la Communauté par rapport
aux femmes. Cependant, les TFC et les mémoires des étudiants et
étudiantes en théologie et en histoire sur la question ainsi que les
interviews nous accordées par les responsables de l’ECC/8ème CEPAC à
Bukavu et à Goma, deux anciens missionnaires suédois en Suède et par
les femmes leaders ciblées à Bukavu, à Goma et en Suède sont nos
sources de base fiables au même titre que les résultats des
questionnaires récoltés.
Une autre difficulté est relative au questionnaire lui-même. Dans une
société où l’oralité est la règle d’or, nombre d’enquêtés qui ont retiré les
questionnaires ne les ont pas retournés. On peut l’expliquer soit par la
culture de l’oralité qui domine dans notre société au détriment de celle
de l’écriture, soit par une indifférence sur la problématique femme que
bon nombre de chrétiens mal informés interprètent dans un sens négatif.
Notre échantillon est constitué de 603 enquêtés dont 253 femmes et 350
hommes tous de deux provinces du Sud et du Nord-Kivu.
Le découragement de certaines personnes concernant les études
doctorales entreprises loin de la famille n’était pas une bonne chanson à
nos oreilles.
1. 8 Délimitation spatio-temporelle du sujet
Le leadership est un sujet très vaste, on l’aborde, fréquemment, dans
notre monde et il retient l’attention de plusieurs, souligne Aubrey
Malphurs 30. La 8ème CEPAC est une Communauté membre de l’Église
du Christ au Congo (l’ECC), elle est implantée presque sur toute
l’étendue de la RDC sauf à l’Equateur. S’agissant du travail, nous avons
30
A. MALPHURS, op.cit., p.7.
42 Les héroïnes sans couronne
limité notre champ d’action de recherche uniquement dans les Églises de
l’ECC/8ème CEPAC dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu de
1921 à 2011, en touchant spécialement les femmes, et, en mettant une
emphase sur le service.
1.9 Subdivision du travail
A part l’introduction et la conclusion, ce travail comprend quatre
chapitres. Le premier présente en bref l’histoire du pentecôtisme et celle
de l’ECC/8ème CEPAC.
Le deuxième chapitre se focalise sur le concept du leadership. Sa
définition étymologique, les autres concepts qui lui sont proches, ses
différents styles et la place de la vision dans le leadership sont élucidés.
Le leadership de Jésus de Nazareth, le leadership féminin retient notre
attention particulière. Un accent est placé sur quelques images des
femmes leaders dans la Bible et dans l’histoire.
Dans le troisième chapitre, nous examinons le leadership dans les
différentes époques à travers lesquelles notre Communauté a vécu. Il
s’agit de l’époque des missionnaires de 1921 à 1960, l’époque des
Représentants Légaux congolais ; celle de Ruhigita Ndagora de 1960 à
1992 ; celle de Menhe Mushunganya de 1993-2002 et celle de Banyene
Bulere de 2003 à 2011. L’entreprise de la femme est analysée en trois
temps. En premier lieu, les femmes missionnaires suédoises, ensuite, les
responsables congolaises des autres femmes que nous appelons
« Présidentes communautaires » et enfin, une autre catégorie des
femmes que nous qualifions « d’héroïnes sans couronnes ».
Le dernier chapitre analyse les résultats de notre questionnaire qui
porte sur l’influence qu’a eue la femme dans l’ECC/8ème CEPAC. Nous
y prônons le parténariat comme un facteur d’un leadership efficace dans
la mission que Dieu a confiée à l’Église.
2
HISTOIRE DU PENTECÔTISME
ET DE L’ECC/ 8ÈME CEPAC
2.1 Introduction
Ce chapitre traite des origines du pentecôtisme en général et celle du
pentecôtisme suédois en particulier, ainsi que son extension au Congo
par l’ECC/8ème CEPAC. Nous examinons, tour à tour, l’origine du
pentecôtisme, la mission et le pentecôtisme, le fondement biblique du
pentecôtisme ainsi que le pentecôtisme et la culture. Nous y voyons
comment la MLS est née, de quelle manière elle était organisée à ses
débuts, sa vision pour le Congo, le rôle du journal Evängelii Harold
dans la MLS, la place de la femme suédoise, le travail proprement dit de
la MLS au Congo-Belge, les femmes congolaises dans la MLS et les
difficultés rencontrées par la MLS au Congo. La MLS au Rwanda et au
Burundi. Nous parlons de différentes dénominations qu’a connue la
Communauté depuis sa création jusqu’à ce jour, passant de la MLS à
l’AEP, à la CEP, à la CEPZA avant de devenir la CEPAC.
L’organisation de l’ECC/8ème CEPAC comme structure nous intéresse
ainsi que la place qu’elle réserve à la femme.
2.2 Origine du pentecôtisme
Plusieurs thèses sont émises concernant l’origine de ce mouvement.
44 Les héroïnes sans couronne
Bibliquement parlant, il tire ses origines du livre des Actes des
apôtres, au chapitre 2, du verset 1- 4. Ce passage rappelle la prophétie
du prophète Joël dans son chapitre 2.28-32.
Historiquement, le pentecôtisme a ses origines aux Etats-Unis dans
les deux réveils religieux du XXe siècle : celui de 1901 dans l’école
biblique de Topeka (Kansas) sous l’impulsion d’un pasteur d’origine
méthodiste du nom de Charles F. Parham (1873-1929) ; celui de la
Mission de l’Azusa Street à Los Angeles en 1906-1909 sous l’impulsion
d’un pasteur noir d’origine baptiste : William J. Seymour (1870-1922).
Ce mouvement religieux est marqué par une expansion mondiale et un
caractère transnational. En Europe, il se développe ainsi sous l’action
d’un pasteur norvégien méthodiste d’origine anglaise : Thomas B.
Barratt (1862-1940) qui fait l’expérience du baptême dans le Saint-
Esprit à New York en 1906. Il est introduit en France dans les années
1930 par l’anglais Douglas Scott (1900-1967) 31.
Dès 1910, il se diffuse en Afrique - mentionnons notamment la
prédication de Nicholas B.H. Bhengu (1909-1986), dénommé le « Billy
Graham noir »- ; au Brésil, avec l’action de deux missionnaires suédois
d’origine baptiste, Daniel Berg (1884-1963) et Gunnar Vingren (1879-
1933) et un évangéliste italo-américain Luigi Franceston (1866-1964)
d’origine catholique, puis presbyterienne 32.
Pour J.P. Willaime, le pentecôtisme tire son origine dans le
mouvement de sanctification (Holiness Movement), du protestantisme
nord-américain. Ce mouvement de filiation méthodiste s’est développé
dans la seconde moitié du XIXe siècle et a été marqué par des
prédicateurs revivalistes comme Charles G. Finney (1792-1875) et
Dwight L. Moody (1837-1875) et les fameux rassemblements appelés
31
J.P. WILLAIME, « Le Pentecôtisme : contours et paradoxes d’un
protestantisme émotionnel/ Pentecostalism : Outlines and Paradoxes of an
Emotional Form of Protestantism », in Archives de sciences sociales des
religions, 44ème année, 105, Janvier-Mars 1999, pp.5-28.
32
Ibid.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 45
camp meeting, où les foules écoutaient les prédications durant plusieurs
jours et exprimaient ainsi leur ferveur religieuse. Ce mouvement, dans la
ligne de la théologie de John Wesley (1703-1791) insistait aussi bien sur
la conversion que sur la sanctification, c’est-à-dire sur la nécessité, pour
le croyant de mener une vie exemplaire, réellement transformée par la
foi. A l’origine, les pentecôtistes distinguaient trois étapes dans la voie
du salut : la conversion appelée également « régénération », la
sanctification considérée comme « une seconde bénédiction » et le
baptême dans l’Esprit, attesté par le parler en langues et considéré
comme une « troisième bénédiction » 33.
Harvey Cox montre qu’un si grand intérêt pour ce mouvement est
du, par le fait, que son histoire est une source d’inspiration pour ceux qui
sont insatisfaits de l’évolution de la religion ou du monde en général.
Les gens se tournent vers elle parce qu’elle contient une promesse, elle
semble aussi présager un grand bouleversement. Le pentecôtisme
n’expose pas des idées réligieuses abstraites mais décrit une expérience
de Dieu. Elle ne parle pas d’un Dieu lointain mais d’un Dieu qui par le
pouvoir de son esprit, touche le cœur d’hommes en proie aux difficultés
de la vie 34. Le pentecôtisme, par certains côtés, constituent donc une
démocratie de l’expression, une démocratie également de l’accès au
divin et des bienfaits que cela peut rapporter. Il offre une résolution
pragmatique du problème du salut : non plus par les œuvres, non plus
par la foi, mais par l’expérience avec la possibilité de vérifier hic et nunc
la véracité de l’élection à travers les bienfaits qui vous arrivent. Une
économie pragmatique du salut, un dieu de proximité et un dieu qui agit,
voilà ce qu’offre le pentecôtisme sur le plan religieux 35. Son expansion
dans le monde entier est le résultat des expériences humaines d’un Dieu
vivant.
33
Ibid.
34
C. HARVEY, Retour de Dieu, Voyage en pays pentecôtistes (traduit de
l’anglais par Michel Valois), Paris, Desclée de Brouwer, 1995, p.16.
35
J.P. WILLAIME, art.cit.
46 Les héroïnes sans couronne
René Laurentin parle « d’une date saisissante, le 1er jour du 20ème
siècle » 36. Ce fut au cours d’une veillée, précisément à partir de 23
heures, dans la nuit du 31 décembre 1900 au 1er janvier 1901 à Topeka
dans l’Etat de Kansas aux Etats-Unis d’Amérique. Le pasteur
méthodiste Charles Parham réunissait une dizaine de personnes pour la
prière et l’écoute de la parole de Dieu dans son école biblique du
Kansas. Agnès Ozman, fut la première personne parmi les étudiants de
Parham à recevoir ce baptême avec l’évidence de parler en langues. Il
est reporté qu’elle parla chinois. D’autres étudiants furent la même
expérience après elle, et parlèrent dans des langues qu’ils n’avaient
jamais apprises 37. Seytre le décrit plus clairement ainsi :
A la fin de l’année 1900, dans une école biblique de Topeka au
Kansas, des étudiants étudient le chap. 2 des Actes des apôtres. Ils
constatent que lorsque le Saint Esprit est venu sur les apôtres
rassemblés, ceux-ci ont parlé en langues. Le 1er janvier 1901, une
étudiante demande la prière pour faire cette même expérience. Le
directeur de l’Ecole, le Past Charles Parham hésite, puis accepte ; un
moment plus tard la jeune fille commence de s’exprimer dans un
langage inconnu 38. Elle décrit son expérience en disant que ce fut
comme si des fleuves d’eau vive procédaient du plus profond de mon
être.
L’un des premiers et des plus importants centres d’activité
pentecôtiste s’est formé sous la direction du pasteur afro-américain
William James Seymour, dans le cadre de la Mission de la foi
apostolique qui s’installa au 312, Azusa Street à Los Angeles en avril
36
R. LAURENTIN, Le pentecôtisme chez les catholiques, risques et avenir,
Paris, Beauchesnes, 1974, p.22.
37
BANYENE Bulere, BARHALWIRA Batunzeko, MIRUHO Gombera et al.
Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale « CEPAC ».
Origines, Héritage et Actualité, (S.éd), Bukavu, 2011, p. 20.
38
C. SEYTRE, « Qui sont les pentecôtistes », http://www. Google.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 47
1906 39. W.J. Seymour avait été stimulé par l’enseignement de Parham
dans son école biblique de Houston et avait accepté l’appel d’aller
transmettre ce message à Los Angeles bien qu’il n’avait pas encore lui-
même reçu le baptême dans le Saint-Esprit. Le 9 avril 1906 « le feu
pentecôte tomba ! » W.J. Seymour ainsi que d’autres chrétiens
commencèrent à parler en langues 40. Beaucoup de gens accoururent,
certains pour voir et d’autres pour participer aux réunions de prière qui
étaient devenues presque continuelles. Le groupe s’étant agrandi, il avait
déménagé à la rue Azusa. C’est de ce bâtiment modeste que le
Mouvement de Pentecôte s’est rapidement répandu dans le monde.
Walter J. Hollenweger confirme que le pentecôtisme a pris naissance en
1906 avec l’évangéliste noir William James Seymour (1870-1922) dans
la confluence de la spiritualité afro-américaine et d’éléments de la
spiritualité catholique (par l’entremise du mouvement de sanctification
américain). 41
G. Hobson reconnait qu’entre 1910 à 1939, le mouvement se
répandit dans le monde entier, surtout dans les classes ouvrières 42.
Plusieurs assemblées s’auto-désignent comme pentecôtistes et d’autres
valorisent le terme plus englobant d’évangéliques, l’élément commun
qui les unit toutes est la quête d’une appropriation authentique et
opératoire des Ecritures. C’est surtout ce retour aux sources de la
spiritualité des premiers chrétiens tel que décrit dans le livre des Actes
des apôtres qui fait la force du pentecôtisme.
Pour W. J. Hollenweger, le pentecôtisme est la seule dénomination
chrétienne mondiale fondée par un Noir. Il s’est rapidement répandu
dans le monde. On compte actuellement environ 150 millions des
39
BANYENE Bulere, BARHALWIRA Batunzeko, MIRUHO Gombera et al.,
op.cit., p.20.
40
Ibid..
41
W.J. HOLLENWEGER, « Le pentecôtisme », in Encyclopédie du
protestantisme, Paris/Genève, Cerf/Labor et Fides, 1995, p.1145.
42
G. HOBSON, « Le pentecôtisme », in Dictionnaire critique de Théologie,
Paris, PUF, 2007, pp. 1069-1071 (1070).
48 Les héroïnes sans couronne
pentecôtistes classiques dans le monde entier, auxquels il faut ajouter les
charismatiques sortis des Églises historiques et les Églises indigènes non
blanches qui, pour la plupart, y remontent. Plus de 320 millions des
personnes, nombre qui ne cesse de croître se retrouvent en Afrique, en
Corée et en Amérique latine 43. Ces Églises pentecôtistes reprennent des
éléments essentiels de leur culture préchrétienne. En Europe où il se
déploie dans les Églises évangéliques des classes moyennes, le
pentecôtisme est en France, en Allemagne, en Roumanie, dans l’ex-
Union Soviétique, en Italie et en Scandinavie.
2.2.1 Fondement biblique du pentecôtisme
Le pentecôtisme prend corps à partir de la réactualisation du
deuxième chapitre des Actes des apôtres ; le jour de pentecôte n’étant
plus compris comme un temps exceptionnel destiné à instituer le début
de l’Église chrétienne mais comme une expérience fondamentale à
revivre au quotidien :
Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous
ensemble. Tout à coup, il y eut un bruit qui venait du ciel comme
le souffle d’un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient
en fut toute remplie ; alors leur apparurent comme des langues
de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux. Ils
furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres
langues, comme l’Esprit leur donnait de s’exprimer (Ac 2, 1-4).
La prophétie de Joël reste aussi d’actualité, elle stipule :
Alors, dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon
Esprit sur toute chair ; vos fils et filles seront prophètes, vos
jeunes gens auront des visions, vos vieillards auront des songes ;
Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes en ces jours-là je
43
W. J. HOLLENWEGER, art. cit., p. 1145.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 49
répandrai de mon Esprit et ils seront prophètes. Je ferai des
prodiges là-haut dans le ciel et des signes ici-bas sur la terre, du
sang, du feu et une colonne de fumée. Le soleil se changera en
ténèbres et la lune en sang avant que vienne le jour du Seigneur,
grand et glorieux. Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur
sera sauvé (Ac 2, 17-21).
Un autre passage intéressant pour nos Églises se retrouve dans la
première épitre de Paul aux Corinthiens. Nous y trouvons ensemble de
consignes relatives aux charismes et aux ministères dans l’Église. Il y
est dit :
A chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien
de tous. A l’un, par l’Esprit, est donné un message de
connaissance, selon le même Esprit ; à l’un, dans le même Esprit,
c’est la foi ; à un autre, dans l’unique Esprit, ce sont des dons de
guérison ; à tel autre, d’opérer des miracles, à tel autre, de
discerner les esprits, à tel autre encore, de parler en langues ;
enfin à tel autre, de les interpréter. Mais tout cela, c’est l’unique
et même Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons
personnels divers, comme il veut (1Co12, 7-11).
Dans la même épitre, au verset 27-28, l’auteur dit aux chrétiens :
Or vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres, chacun
pour sa part. Et ceux que Dieu a disposés dans l’Église sont
premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes,
troisièmement des hommes chargés de l’enseignement; vient
ensuite le don des miracles, puis de guérison, d’assistance, de
direction, et le don de parler en langues.
50 Les héroïnes sans couronne
Enfin, 1 Co 14, 2-4 dit : « En effet, celui qui parle en langues ne
parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne le comprend, et
c’est en esprit qu’il dit des mystères. Celui qui prophétise, au contraire,
parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console. Celui qui parle en
langues s’édifie lui-même ; celui qui prophétise édifie l’Église ».
Les Églises se servent de ces passages lorsqu’elles conduisent les
gens à la réception du baptême du Saint-Esprit avec comme signe
extérieur le parler en langues. Gunilla Nyberg Oskarsson confirme ces
propos en parlant de la doctrine, la spiritualité et le culte du mouvement
pentecôtiste suédois. Elle révèle que les Églises ne formulèrent pas une
confession par écrit du temps de sa recherche ; les sujets abordés
fréquemment dans les prédications du jeune mouvement pentecôtiste
étaient la conversion, le baptême du croyant, le baptême du Saint-Esprit,
la sanctification et le retour de Jésus-Christ. Une fois convertie, la
personne devait s’abstenir « des choses de ce monde » telles que le
tabagisme, les boissons alcooliques, la danse, le théâtre, pour mener une
vie simple. On se méfiait aussi des études supérieures, y compris les
études théologiques. Les pentecôtistes suédois se considéraient comme
les véritables successeurs des apôtres non pas par la succession
apostolique mais parce qu’ils avaient la même tâche à accomplir. Le
parler en langues était considéré comme le signe ultime du baptême du
Saint-Esprit ; il était nécessaire pour chaque croyant afin de mener une
vie sainte et de gagner les hommes pour Dieu. A la fin de la prière, les
gens passaient devant l’assemblée pour la prière et l’imposition des
mains. L’objectif de la prière était la conversion, le baptême du Saint-
Esprit, le renouvellement de la force et la guérison des maladies 44. J.
Baubérot résume en quelques traits, les caractéristiques théologiques du
pentecôtisme, qui sont les suivantes : « le salut par la foi manifestée par
l’expérience de la conversion, la sanctification comme expérience
spirituelle qui suit la conversion, les dons spirituels mentionnés dans la
44
G. N. OSKARSSON, op. cit., p. 25.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 51
Bible (Act2) : la glossolalie, la prophétie, la guérison, l’attente ardente
du retour du Christ. Une formule résume ces doctrines : Jésus sauve,
guérit, baptise et révient » 45.
Notons à ce sujet qu’aux chapitres 12 et 14 de 1Co, Paul montre
qu’il y a diversité de dons, mais un seul Esprit, il y a diversité de
ministères, mais un seul Seigneur ; le parler en langues et
l’interprétation des langues se retrouvent parmi les dons que l’Esprit
distribue à l’Église et il le fait comme il veut (cf. 1Co12, 4-11).
Jean Hering fait voir que la glossolalie et son interprétation
(ermeneia) ont tout particulièrement retenu l’attention des exégètes et
des psychologues 46. Il indique une multiplicité de langues. Pour en
serrer le sens, il faut le rapprocher des expressions « parler en langues »
(12, 30 ; 14, 2, 4, 5, 6, 13, 27, 39 ; Actes 10, 46). Ces différents passages
atténuent l’importance accordée au parler en langues et le lie étroitement
à l’interprétation pour l’édification de l’Église. L’expression « parler en
d’autres langues » dans Actes des apôtres 2, 4 veut dire parler en
langues étrangères par rapport à celles habituellement parler dans son
état psychologique ordinaire, Dieu lui-même donnant l’inspiration. Paul
exhorte les chrétiens à exercer ces dons avec toute humilité pour l’unité
du corps du Christ qu’est l’Église. Toutefois, dans le chapitre 13, il
montre que les prophéties et la glossolalie ainsi que la gnose seront
abolies, mais la foi, l’espérance et l’amour subsisteront. De ces trois,
c’est l’amour qui prime ! Nous sommes en tant que chrétiens exhortés à
le rechercher. Le penchant que les africains ont sur les manifestations
spétaculaires peuvent provenir de fois de leur culture.
45
J. BAUBEROT, « Changement socio- religieux et restructuration identitaire :
le protestantisme pentecôtiste et les tziganes », in N.BELMONT et F.
LAUTMANN (dir.), Ethnologie des faits religieux en Europe, Paris, CTHS,
1993, pp.427-428.
46
J. HERING, La première épitre de Saint Paul aux Corinthiens, Commentaire
du Nouveau Testament VII, Neuchâtel /Paris, Editions Delachaux et Niestlé,
1959, p.110.
52 Les héroïnes sans couronne
2.2.2 Pentecôtisme et culture
Kalombo Kapuku parlant du pentecôtisme et culture montre que le
pentecôtisme est un mouvement qui a vu naissance dans un mélange de
cultures et qui se contextualise dans les cultures 47. W.J. Hollenweger
confirme ces propos en disant que les pentecôtistes ont hérité des
milieux noirs les structures orales de communication en usage parmi les
esclaves, pas de définition, mais des descriptions, pas de thèses mais des
témoignages, pas de concepts mais des banquets ; pas de dissertation
mais des histoires et des paraboles ; pas de théologie fixe mais des
conversions à une vie nouvelle 48. Il montre que cette structure orale a
fait naître des Églises dans le Tiers monde, très rapidement autonomes
dans leur financement, leur théologie et leur liturgie. Beaucoup
d’éléments culturels ont été récupérés et transformés, c’est ainsi que les
guérisons, les visions, l’entrée en transe de fois sont reconnues comme
des manifestations du Saint-Esprit.
Paul Gifford avance une autre idée importante sur la culture et le
pentecôtisme en parlant de la délivrance, il dit : « The basic idea of
deliverance is that a Christian’s progress and advance can be blocked by
demons who maintain some power over the Christian, despite his or
coming to Christ» 49. André Mary montre que l’affinité entre certaines
ressources de la culture pentecôtiste (la transe, la vision, la guérison, la
47
S. KALOMBO Kapuku, Église en République Démocratique du Congo et
mission : Pentecôtisme, Églises traditionnelles, défi du dialogue, Mémoire
présenté en vue de l’obtention du diplôme d’Etudes Approfondies en Théologie,
Université Protestante au Congo, Faculté de Théologie, Kinshasa II, Mai 2005,
p.39.
48
W. J. HOLLENWEGER, « Pentecôtismes », in Dictionnaire œcuménique de
missiologie, Paris/ Genève/ Yaoundé, Cerf/ Labor et Fides/ Clé, 2001, p.264.
49
P. GIFFORD, « The Complex Provenance of African Pentecostal Theology”,
in Between Babel and Pentecost. Transformation Pentecostalism in Africa and
Latin America, Bloomington, Indiana University Press, 2001, pp. 62-79. L’idée
de base de la délivrance est que le progrès et l’avancement du chrétien peuvent
être bloqué par certains démons qui ont l’emprise sur lui, malgré le fait qu’il est
déjà venu à Christ.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 53
lutte contre les démons) et les formes de la religiosité africaine, de
même que leur commune plasticité, expliquent sans doute cette
rencontre singulière du mouvement de pentecôtisation et
d’indigénisation qui marque l’histoire récente du christianisme
africain 50.
Philippe Kanku Tubenzele de son côté, montre que la spiritualité
chrétienne tout en acceptant les mediations culturelles, se met au-dessus
de la culture qu’elle tente de régénérer par la richesse surnaturelle; elle
s’incarne et transcende, continue et rompt, accepte et dépasse la culture
fondée sur la promesse de celui qui déclare ; « voici, je fais toutes
choses nouvelles » (Ap.21, 5). La spiritualité ne peut pas devenir esclave
d’une culture quelle qu’elle soit, mais elle se place au dessus d’elle pour
la renouveller, la fortifier, la restaurer dans le Christ, ou encore dans les
valeurs distillées par le Christ 51.
Les missionnaires pentecôtistes ne sont pas arrivés avec des
explications occidentales rationnelles. Dit Gunilla Nyberg Oskarsson, ils
acceptaient en partie la conception du monde des Africains et leur
offraient une autre manière de faire face aux problèmes de la vie 52. Ils ne
niaient pas le pouvoir du diable, ils ne rejetaient pas ce monde des
esprits mais ils avaient trouvé le moyen de les aider à affronter ce monde
par un évangile vivant ; la prédication portant sur le sang de Jésus et sa
victoire au calvaire. Ce message de salut, de liberté et de vie a aidé les
Africains à vaincre la peur des esprits et à les combattre par la puissance
du nom de Jésus qui fait toutes choses nouvelles. Il est important de
vivre la spiritualité pour proclamer tout haut que, celui qui vit en nous
est plus fort que celui qui vit dans ce monde.
50
A. MARY, « Culture pentecôtiste et charisme visionnaire au sein d’une Église
indépendante africaine », in Archives de sciences sociales des religions, 105,
Janvier-Mars 1999, pp. 29-50.
51
P. KANKU TUBENZELE, L’Afrique est à construire. La responsabilité
spirituelle, Bern, Editions scientifiques internationales, 2007, p.143.
52
G.N. OSKARSSON, op. cit., p.38.
54 Les héroïnes sans couronne
2.2.3 Mission et pentecôtisme
La mission dans le pentecôtisme était conçue sous la direction du
Saint–Esprit, et conformément à la parole de Dieu contenue dans le livre
des Actes des apôtres, Lewi Pethrus traita la question des organisations
missionnaires dans un article paru dans Evangelii Härold ayant pour titre
« Les organisations missionnaires sont-elles indispensables ? ». Pour
eux, ils firent le choix de travailler non avec les sociétés missionnaires
mais avec une Église locale car une Église locale est la seule société
missionnaire mentionnée dans la Bible, selon Actes 13, 1ss.
Jusqu’aujourd’hui, ce sont les Églises en Suède qui envoient les
missionnaires. Et cela reste un succès.
Raymond R. Pfister apporte une autre dimension à la conception de
la mission dans le pentecôtisme, en partant de sa vision pour une
compréhension commune au sein de la commission théologique de
l’Association des Églises chrétiennes à Hambourg qui était composée
des Adventistes, des Baptistes, des Luthériens, des Méthodistes, des
Pentecôtistes, des Réformés et des Catholiques. Il fait ressortir les cinq
thèses suivantes pour définir la mission :
• La mission est une tâche confiée à tous les chrétiens et une
invitation s’adressant à toute personne indépendamment de ses
origines ethniques, de son sexe, de son arrière –plan religieux et
de son statut social ;
• La mission est une œuvre du Saint-Esprit qui conduit pour
l’essentiel à une rencontre avec le Christ ressuscité afin de
recevoir son pardon, chacun doit s’approprier l’appel à une vie de
disciple et de service en Christ, une décision qui doit être prise
personnellement et librement sans manipulation humaine ;
• La mission est un appel à une vie de disciple vécue dans la
puissance du Saint-Esprit. Elle est à la fois missio Dei (œuvre
souveraine du Saint-Esprit) mission ecclesia (La responsabilité
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 55
que Dieu a confiée à l’Église, communauté des fidèles
rassemblés) et missio fidelis ( la responsabilité que Dieu a confié
à chaque croyant à titre personnel en tant que témoin du Christ) ;
• La mission accomplie dans l’Esprit de la pentecôte surmonte les
murs et les frontières qui séparent les personnes et restaure
l’unité brisée. Des convictions et des traditions contraires ne
devront pas être une entrave à un témoignage commun de
l’Église. Le Saint-Esprit, unit et libère pour une plus grande
ouverture d’esprit, une meilleure compréhension réciproque et un
plus grand dénominateur commun ;
• La mission nécessite une attitude d’ouverture vis-à-vis de ceux
qui ont une autre religion et accepte qu’une relation s’établisse
dans un climat de dialogue et de confiance. La mission ne doit
pas être une menace mais elle est plutôt l’amour et la
miséricorde 53.
Bien que les cinq thèses parlent du rapport de la mission et du
pentecôtisme dans une vision œcuménique, l’essentiel de la mission s’y
retrouve. Y égard à ceux qui précèdent, les Églises de l’ECC/8ème
CEPAC sont interpellées à plus d’ouverture face aux autres religions,
mais elles sont aussi appelées à accepter l’exercice des talents de tous
ses membres.
2.3 Le pentecôtisme suédois et son expansion
Gunilla Nyberg Oskarsson affirme qu’en Suède, le mouvement
pentecôtiste reçut le nom de « nouveau mouvement ». Il prit naissance à
trois endroits dans le pays, Skövde, Örebro et Arvika à peu près au
même moment au cours des années 1906-1907, sous l’influence des
Etas-Unis et des expatriés suédois qui retournèrent au pays 54. Alors que
53
R. R. PFISTER, cité par S. KALOMBO Kapuku, Mémoire cité, pp.37-38.
54
G. N. OSKARSSON, op.cit., p.23.
56 Les héroïnes sans couronne
des personnes se précipitaient pour aller entendre W. J. Seymour à Los
Angeles, en 1906, un pasteur méthodiste norvégien Barratt, se rendit aux
Etats-Unis pour des raisons financières en vue de la construction du
bâtiment de l’Église à Oslo. Arrivé aux Etats-Unis, il était tenu informé
de l’existence d’un mouvement de réveil à Los Angeles. Etant intéressé,
il entra en contact avec les chrétiens venus de Los Angeles et participa
aux réunions de prière 55. Le 15 novembre 1906, il fut baptisé par le
Saint-Esprit avec signe extérieur : le parler en langues et rentra en
Norvège pour y continuer ce mouvement de réveil 56. Dans son pays, sa
doctrine n’était pas comprise. Il fut chassé de son Église et commença
avec ses sympathisants l’Église pentecôtiste norvégienne.
Mis au courant de ce que faisait l’Esprit de Dieu en Norvège, Lewi
Pethrus, alors jeune pasteur dans une Église baptiste suédoise, se rendit à
Norvège en 1907 et fut lui aussi baptisé par le Saint-Esprit. Le 30 août
1910, un groupe de 29 chrétiens fonda une nouvelle congrégation à
Stockholm. Après avoir longuement jeûné et prié, ils invitèrent le jeune
prédicateur Lewi Pethrus à venir être leur pasteur et enseignant. C’est
cette congrégation qui prit le nom de « Filadelfia », comme assemblée
locale, elle décida d’accorder une parfaite liberté d’action au Saint-
Esprit. En 1912, cette assemblée fut excommuniée de la Communauté
des Églises Baptistes de Stockholm et formeront un groupe indépendant
de 50 personnes 57.
Le vrai motif de l’exclusion ne fut pas le témoignage pentecôtiste,
mais il était dû au fait que les membres insistaient pour maintenir « table
ouverte », lors de la fraction du pain, pour tous les croyants qui avaient
été baptisés, même s’ils n’étaient pas membres d’aucune congrégation
55
D. HALLDORF, Interview accordée à Göteborg en Suède, le 02 mars 2012.
56
KABUTU Nshimbirwe Biriage, L’œuvre évangélique de la Communauté des
Églises libres au Zaïre (CELZA) dans le Kivu (1922-1979), TFC, TFPZ,
Kinshasa, 1980, p. 6.
57
D. HALLDORF, Interview citée.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 57
baptiste 58. C’est à cette occasion que le groupe dirigé par Lewi Pethrus
se retira des Églises baptistes et s’organisa en Assemblées de pentecôte
totalement libres, financièrement.
Plus tard, en 1939, lors de la conférence de Stockholm en Suède
ayant regroupé 500 délégués de vingt pays et plus de 2500 participants,
Lewi Pethrus, dans son discours d’accueil, dit : « Le réveil pentecôtiste
est l’une des fortes réactions historiques contre le christianisme sans
expérience spirituelle. Si le christianisme a besoin de la force
apostolique : le Saint-Esprit, c’est maintenant plus qu’avant » 59. Le mot
de clôture prononcé par Barratt, alors âgé de soixante-dix-sept ans, est
prophétique : « Le pentecôtisme est né de la prière et continue à survivre
de la prière et à la prière » 60. Il est à constater que l’un des dirigeants du
mouvement à Stockholm et en Suède, Lewi Pethrus, ne nomme pas
Seymour, mais il mentionne le pasteur Parham. Gunilla Nyberg
Oskarsson explique ce fait au développement du mouvement
pentecôtiste aux Etats-Unis. La communauté multiraciale, qui existait à
Azusa Street avait été remplacée par des communautés ségrégatives 61.
Les Églises pentecôtistes ont commencé à partir d’un mouvement
spirituel et pas avec une organisation. Barratt était le précurseur du
mouvement pentecôtiste en Scandinavie et Lewi Pethrus, un des grands
leaders de ce mouvement en Suède.
En 1907, Ellen et Gustav S. Lindgren, avec Adolphe et Linda
Johnson, en provenance des Etats-Unis d’Amérique où ils avaient vécu
l’expérience du baptême du Saint-Esprit, se dirigèrent comme premiers
missionnaires du pentecôtisme suédois en Chine. En 1911, Gunnar
Vingren et Daniel Berg partirent pour l’Amérique latine au Brésil. En
1916, Samuel et Lina Nyström les y rejoignirent ; ces deux derniers
58
BANYENE Bulere, BARHALWIRA Batunzeko, MIRUHO Gombera et al.,
op. cit., p.27.
59
L. PETRHUS, cité par G.N. OSKARSSON, op.cit., p.23.
60
Ibid., p.5.
61
Ibid., p. 23.
58 Les héroïnes sans couronne
furent les premiers à être consacrés comme missionnaires par une Église
de pentecôte en Suède 62. Nous pouvons dire que cette Église de
Filadelfia est considérée comme la première assemblée à envoyer
officiellement des missionnaires.
C’est au début du 20è siècle que des missions pentecôtistes
commencèrent à se développer, de manière officielle, spécifiquement
dans la MLS. Par contre, C. J. Engvall le premier missionnaire suédois
de la Communauté évangélique arriva sur le sol congolais le 25 août
1881 à Banana 63. En 1909, les missionnaires suédois fondèrent la
première station missionnaire. Cette œuvre a abouti à la création de deux
Communautés autonomes : la Communauté Evangélique du Congo et
l’Église Evangélique du Congo. La première est en RDC et la seconde,
en République du Congo 64.
Notons ici que le champ de mission de la Svenska
Missionsförbundet (actuellement la Svenska Missionskyrkan) 65
comprenait, d’une part la partie Ouest de la République Démocratique
du Congo, à partir de la ville de Matadi au Sud, jusqu’à la frontière de la
République Démocratique du Congo au Nord, et, d’autre part, la partie
Sud de la République du Congo, entre les villes de Brazzaville et Pointe
Noire, jusqu’à la frontière du Gabon au Nord. En 2007, ils fêtaient 125
ans depuis l’arrivée des missionnaires suédois au Congo (ex Congo
Belge) et en République du Congo.
L. Ahonen et J.-E. Johannesson nous donnent la situation du
pentecôtisme en Suède en disant : « The first pentecostal church was
formed in 1913. At present (1998) there are 492 churches with total of
62
M. SÖDERLUND, Pingstmission I Kongo och Ruanda-Urundi, Ekerö,
MissionsInstitutet - PMU, 1995, p.43.
63
W. SJÖHOLM och J. E. LUNDAHL (Sous Dir), Dagbrackning I Kongo,
Svenska Missionsforbundets Kongomission, Stockholm, Svenska
Missionsforbundets expedition, 1911, p.11.
64
A. STENSTROM, L’Église et la Mission au Congo (traduit du suédois par
Birgitta Ahman), Uppsala, Editions Kimpese Svenska Missionskyrkan et S.I.M.,
2006, p. 9.
65
Svenska Missionsförbundet veut dire Église Evangélique Suédoise.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 59
90,850 members. This makes the Pentecostal movement the largest
Protestant Free Church movement in Sweden » 66. Lors de notre passage
à Stockholm, Olof Djurfeld avait dit avec raison qu’en commençant ce
travail de mission, personne ne pouvait penser que bientôt, ce
mouvement compterait deux millions des membres !
2.3.1 La Mission des Églises libres en Suède
La MLS s’appelait les « Églises libres » en Suède, une dénomination
de la plupart des Églises de Pentecôte pendant les premières années. En
somme, l’expansion du pentecôtisme suédois commença de très bonne
heure. Avant d’être exclue de l’Union Baptiste en 1913, Filadefia-
församlingen à Stockholm était engagée dans la mission de l’union.
C’est à partir de cette année qu’elle fut obligée de trouver d’autres
moyens pour envoyer des missionnaires. Pour les missionnaires au
Congo Belge, l’Église de Philadelphie entra en accord avec la Mission
Evangélique Suédoise déjà établie au Congo. Mais cette collaboration ne
durera pas, les Suédois étaient obligés de trouver un partenariat avec le
mouvement pentecôtiste norvégien. Gunilla Nyberg Oskarsson nous
révèle qu’en 1923, lors de la demande de la personnalité civile, les
documents portaient le nom de Mission des Églises Libres Suédoises.
C’est à la suggestion de l’archevêque Luthérien, Nathan Söderblom, que
la Mission pentecôtiste suédoise changea de nom. Il trouvait que ce nom
correspondait plutôt à tous les groupes religieux libres en Suède. Il leur
proposa « Assemblées libres ». En décembre 1924, les pentecôtistes
établirent une organisation centrale et choisirent « Svenska Fria
66
L. AHONEN and J.-E. JOHANNESSON, « SWEDEN », in The New
International Dictionary of Pentecostal and Charismatic Movements,
STANLEY M. BURGERS and EDUARD MM. van der Maas(éd), Michigan,
Grand Rapids, 2002, 2003, pp.255-257. La première Église pentecotiste était
formée en 1913. A present (1998), il y a 492 Églises avec au total 90,850
membres. Ceci fait du mouvement pentecôtiste une des grands mouvements des
Églises protestantes libres.
60 Les héroïnes sans couronne
Missionen » (La Mission Libre Suédoise) qui fut supprimé en 1929 à
cause des conflits internes, pourtant tous les documents envoyés aux
autorités congolaises portaient le nom de MLS 67. Filadelfia-
församlingen devint alors responsable de l’œuvre missionnaire des
Églises pentecôtistes suédoises mais chaque Église garda la
responsabilité de ses missionnaires. L’argent envoyé aux missionnaires
passait par Stockholm, où un secrétaire de la mission fut engagé. Dès
1918, l’Église de Philadelphie commença à organiser des cours de
langues pour les futurs missionnaires à Hösby. Les responsables étaient
le couple Richard et Rachel Fris, enseignants dans une école fondée par
John Ongman, membre de Svenska Baptistsamfundet. Les cours
dispensés comprenaient entre autres : la connaissance de la Bible,
l’homilétique, l’histoire de l’Église et de la mission, la géographie, le
suédois, l’anglais, le français et les mathématiques. La majorité des
missionnaires n’avaient fini que l’école primaire, et quelques-uns
avaient une formation professionnelle, par exemple tailleur, laitier.
Margit Söderlund révèle que ces Églises n’avaient ni conseil
d'administration ni organisation commune pour l’œuvre missionnaire.
Avant que les missionnaires suédois ne viennent au Congo, ils étaient
déjà partis en Chine et au Brésil à leurs propres frais ; ils étaient parfois
aidés par les Églises locales dont ils étaient membres ou par des amis
aux Etats Unis.
Mais avec le temps, cette situation changea. Après une visite en
Suède en 1915, ils furent rattachés à l’œuvre missionnaire des Églises de
Pentecôte en Suède. Lors de son séjour en Suède, Axel B. Lindgren
visita les Églises libres du pays et fit appel aux particuliers et aux
Églises par le journal Evangelii Härold pour soutenir la mission en
Chine. Mais c’est vers 1920 que les missionnaires furent envoyés par
des Églises qui se chargèrent d'une responsabilité financière 68.
67
G.N. OSKARSSON, op. cit., pp. 27, 28.
68
M. SÖDERLUND, op. cit., p.43.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 61
2.3.1.1 Vision de la Mission Libre Suédoise pour le Congo
Le travail missionnaire était accompli par les hommes en mission,
mais l’outil de propagande était le journal « Evangelii Härold » pour les
premières années de l’œuvre missionnaire au Congo. Chaque départ
d’un missionnaire était annoncé dans le journal et des volontaires
pouvaient se porter garants de son soutien financier.
Une conférence missionnaire fut organisée par l’Église de Betania à
Motala du 16 au 23 février 1918. La question suivante était à l’ordre du
jour : est-il possible de partir en mission sans appartenir à une société
missionnaire de son pays ? Les participants furent d’avis que cela
n’était pas un problème et que les attestations exigées par les
gouvernements étrangers pourraient être signées par une Église locale au
lieu d’être délivrées par une société missionnaire.
Plus tard, à Chicago, une autre réunion des « prédicateurs libres »
s’était tenue sur le thème « Le travail missionnaire. Comment envoyer
les missionnaires ? Comment leur transférer de l’argent ? ». On décida
une fois de plus de ne pas former des sociétés missionnaires, mais de
vivre dans la liberté du Christ. Les particuliers ne devraient pas partir
pour le champ de mission indépendamment des Églises. Ces dernières
étaient les seules responsables pour l’envoi des « missionnaires libres ».
En 1919, l’Église de Salem à Karlsborg annonça que, lors de son
assemblée générale, elle avait décidé de travailler davantage pour
l’œuvre missionnaire au cours de la nouvelle année. La foi était que tous
les enfants de Dieu devaient penser spécialement au monde non
évangélisé, prier davantage et donner généreusement. A eux de
proclamer par la suite leur satisfaction : « Le Seigneur a béni la mission
selon les Actes des apôtres d’une manière merveilleuse. » 69 La prière et
les dons généreux pour la mission constituaient la contribution des
autres membres en vue de la réussite de cette œuvre missionnaire. Il
s’est avéré que lorsqu’un membre sentait l’appel pour la mission,
69
M. SÖDERLUND, op. cit., p.146.
62 Les héroïnes sans couronne
l’Église locale se préparait pour l’envoyer. Mais face à la carence des
moyens à cette fin, Evangelii Härold écrivait des articles, faisait des
annonces pour la suppléer.
La MLS ne travaillait pas seule. Le 23 octobre 1919, Lewi Pethrus
écrivit dans le journal un article sur la mission au Congo. Il y était dit
que l’Église de Filadelfia à Stockholm et la Svenska Missionsförbundet
avaient convenu que les missionnaires envoyés par la première Église
auraient la possibilité de travailler dans les stations missionnaires de la
Svenska Missionsförbundet. Ainsi, l’Église de Filadelfia serait « l’Église
Libre » la plus importante pour le développement de la mission au
Congo. La possibilité d’envoyer de l’argent par le canal de cette Église
était trouvée. Au printemps 1920, Gunnerius Tollefssen, pentecôtiste
norvégien ayant déjà travaillé au Congo pendant trois ans et demi visita
les Églises de la Suède. A son arrivée, leur prière était que Dieu fasse de
lui une grande bénédiction, surtout pour l’œuvre missionnaire au
Congo 70.
Outre les Églises de Filadelfia et de Karlborg, l’Église de Salem à
Gävle, l’Église d’Elim à Malmo et l’Église d’Elim à Trelleborg, l’Église
de Smyrna à Helsingborg sont celles qui s’engagèrent très tôt pour
l’œuvre au Congo en mobilisant la collecte des offrandes, en invitant
d’autres Églises à participer aussi en donnant de l’argent pour
l’équipement et les salaires des missionnaires. Pendant l'été 1920,
Evangelii Härold publia un article demandant aux candidats
missionnaires de l'Église de Filadelfia à Stockholm de se préparer le
plus vite possible à partir en France pour l’étude de la langue car « la
porte leur était maintenant ouverte ». On leur demanda aussi de prendre
contact avec Edvin Tallbacka pour recevoir des informations
encourageantes 71. Les missionnaires y témoignaient de leur salut, de leur
baptême d'eau et de leur baptême dans le Saint-Esprit. Ils expliquaient
70
Ibid., p. 47.
71
Ibid., p. 48.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 63
aussi comment ils avaient senti l'appel missionnaire et comment ils
s'étaient préparés. Généralement, le temps de préparation comprenait
l'étude de la langue, des études dans une école biblique ainsi qu'une
période de travail comme évangéliste en Suède ; quelquefois pendant
plusieurs années.
2.3.1.2 Le rôle du journal Evangelii Härold
Un journal hebdomadaire suédois fondé en 1916 72 qui joua le rôle
principal d’informer et de sensibiliser les chrétiens dans leur
participation à la mission du mouvement pentecôtiste suédois. Il
contribua à publier les lettres des missionnaires, à demander l’aide à la
mission et à établir le lien entre les missionnaires et leur base. Il s’avère
que les informations données par ce journal augmentaient l’engagement
des Églises et des particuliers.
A part Evangelii Härold, le journal Dagen qui paraissait de mardi à
samedi depuis 1945 donnait aussi les informations générales sur la vie
chrétienne suédoise et publiait les articles sur les œuvres chrétiennes
dans le monde entier 73. Evangelii Härold était lu par les pentecôtistes et
Dagen par les politiciens ainsi que les hommes et les femmes d’une
certaine importance dans la société suédoise. Evangelii Härold et Dagen
constituent les deux canaux de communication pour la mission suédoise.
A côté de ces deux outils, citons aussi IBRA Radio (International
Broadcasting Association) qui commença à émettre les émissions en
Afrique depuis 1955 ; en 1998, elle animait 100 pays dans tous les
continents, avec 80 stations et émet dans 60 langues 74. Presque toutes les
présentations dans le journal affichaient une photo du missionnaire. On
demandait la prière et des offrandes en faveur de ces nouveaux
missionnaires et on leur souhaitait la bénédiction de Dieu.
72
L. AHONEN and J.-E. JOHANNESSON, art. cit.
73
O. DJURFELDT, Interview accordée à Stockholm dans l’Église Filadelfia, le
28 février 2012 ; Olof DJURFELDT fut le rédacteur en chef du journal Dagen
de 1974 à 1996.
74
L. AHONEN and J.-E. JOHANNESSON, art.cit.
64 Les héroïnes sans couronne
2.3.1.3 La place de la femme dans la Mission Libre Suédoise
Gunilla Nyberg Oskarsson peint le tableau suivant sur la situation de
la femme en Suède.
Dès le début, les femmes allaient jouer un rôle capital dans le
mouvement, elles le soutenaient non seulement économiquement mais
aussi par leurs expériences spirituelles et par leurs témoignages parmi
leurs voisins. Elles étaient très nombreuses. Un auteur suédois constate
que Pethrus était « le dirigeant du plus grand mouvement de femmes »
en Suède à l’époque. Il y avait aussi une grande quantité de femmes
parmi les évangélistes pentecôtistes. On suivait là une tradition établie
parmi les Églises baptistes suédoises vers la fin du 19 è siècle. Elles
étaient envoyées deux à deux, surtout dans les petits villages. leur tâche
était de prêcher l’Evangile et inviter les habitants à se convertir. Quand
il y avait des convertis, un « ancien » de l’Église la plus proche venait
pour accomplir la cérémonie de baptême. Dans les années vingt, on
trouve des prédicateurs femmes aux conférences régionales. Cependant,
au fur et à mesure que le mouvement devenait de plus en plus
institutionnalisé, les femmes étaient de plus en plus marginalisées et
assignées à œuvrer parmi les enfants. Elles pouvaient prêcher dans les
succursales et aux services du soir de l’Église du centre, mais non pas
aux grandes réunions le dimanche matin. Sur place à la mission, elles
pouvaient encore poursuivre leur tâche comme au début en Suède et
même prendre encore de plus grandes responsabilités 75.
Déduisons qu’au début de la mission suédoise, les femmes étaient
nombreuses et exerçaient leur talent dans l’évangélisation sans beaucoup
de difficultés. Mais au fil du temps, les hommes prenaient le devant en
les reléguant au second rang. Toutefois, celles qui étaient des
missionnaires gardaient leur première estime dans les missions. Notons
aussi qu’à l’école de Fris, ce sont les femmes qui se sont fait davantage
inscrire par rapport aux hommes. Le premier cours regroupait 16
75
G.N. OSKARSSON, op. cit., pp.26-27.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 65
femmes, aucun homme. Plusieurs missionnaires pentecôtistes pionniers
au Congo, Rwanda-Urundi avaient étudié un ou deux ans dans cette
école : Linnéa Halldorf, Vera et Gösta Palmertz, Anna et Thomas
Winberg, Siri Karlsson, Jennie Westman et Hilda Karlsson 76. Toutefois,
elles ont repris leur place encore une fois dans les réunions de dimanche
et le collège des pasteurs comme pasteurs, anciennes de l’Église dans
bon nombre d’Églises suédoises depuis le 20ème siècle. Nous avons
constaté lors de notre participation aux deux cultes à Göteborg le
dimanche 04 mars 2012, leur part active dans l’officience, la conduite
des chants, la prière et la prédication. Harvey Cox stigmatise avec raison
que « le pentecôtisme serait impensable sans les femmes » 77. Il montre
que Seymour fut touché, dans sa jeunesse, par une femme qui avait un
don, puis recommandé par une seconde auprès d’une troisième qui lui
offrit un lieu pour exercer sa vocation. Tous ces éléments prouvent la
place prééminente des femmes dans ce mouvement dès ses débuts.
2.3.1.4 La Mission Libre Suédoise au Congo-Belge
Les Norvégiens et les Suédois furent les premiers protestants à
entreprendre l’œuvre missionnaire au Kivu. Ils le firent grâce à
l’initiative de Gunnerius Tollefsen qui venait de travailler au Kasaï dans
la mission américaine dénommée « American Presbyterian Congo
Mission » de Luebo, « A.P.C.M. » 78. Margit Söderlund fit écho de son
arrivée en Suède et ce fut une occasion pour les Suédois de concrétiser
leur rêve d’aller commencer la mission au Congo.
Rentré en Norvège, il attira la curiosité de ses compatriotes en leur
confirmant que les tribus du Congo Belge de l’Est n’étaient pas encore
évangélisées. C’est alors que les Norvégiens et les Suédois entreprirent
une expédition dans la partie orientale du Congo. Le couple G.
76
Ibid. , p.28.
77
H. COX, Retour de Dieu, voyage en pays pentecôtiste, Paris, Desclée de
Brouwer, 1995, p.118.
78
KABUTU Nshimbirwe Birige, Mémoire cité, p. 7.
66 Les héroïnes sans couronne
Tollefsen, Hanna Veum et le Suédois Axel B. Lindgren débutèrent leur
expédition en avril 1921. En mai de la même année, ils étaient à
Marseille où ils prirent un bateau jusqu’en Tanzanie. Le 25 juin 1921, ils
prirent un train pour Kigoma. De là, ils prirent le bateau qui les conduisit
jusqu’à Uvira en traversant le lac Tanganyika. Ils furent empêchés par
les autorités belges de commencer l’évangélisation à Uvira qui était déjà
occupé par les catholiques, les favoris des belges. Ils reçurent la
permission d’aller travailler au Sud-Ouest d’Uvira, précisément à
Kalembelembe dans l’actuel territoire de Fizi. D’ici, ils furent conduits
par le fonctionnaire colonial à Sebatwa où ils arrivèrent le 27 juillet
1921. La population de Sebatwa était très hostile aux Européens et à
l’Evangile. Toutefois, le travail qui commença à cet endroit n’avait pas
tardé longtemps. Les missionnaires réalisèrent que Sebatwa n’était pas
approprié pour l’érection d’un centre missionnaire 79. Ils quittèrent cette
localité le 25 janvier 1922 pour aller débuter le travail à Kashekebwe en
juillet 1922, non loin de la mission catholique de Kabindula 80.
Notons que le premier missionnaire suédois de la MLS au Congo fut
Axel B. Lindgren envoyé par l’Assemblée de Philadelphie à Stockholm
à la recherche d’un champ de mission pour les Églises pentecôtistes de
la Suède 81. D’aucuns pensent que les missionnaires arrivés à Sebatwa, à
la suite de l’hostilité de la population de cette contrée à leur égard,
prirent la décision de se diriger au Nord en passant par Uvira,
Kamanyola et Bukavu. Une fois à Bukavu, les missionnaires catholiques
leur firent obstacles, et ils se trouvèrent dans l’obligation de quitter cet
endroit. En 1922, ils apprirent l’arrivée à Uvira d’autres missionnaires
suédois, M. Söderlund nous révèle leurs noms ainsi que leur étape
d’arrivée :
79
MENHE Mushunganya, op. cit., p. 10.
80
TABAZI Rugama, Histoire du protestantisme au Sud-Kivu (1921-1974),
Mémoire de Licence, ISP/Bukavu, 1975, p. 45.
81
G.N. OSKARSSON, op. cit., p. 27.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 67
« The first to arrive at Uvira were David and Svea Flood and Lemuel
Karlsson. A little later Julius and Ruth Aspenlind and their little
daughter Maggie arrived. Then Ruth came Ruth Jonasson and Ruth
Aronsson… Joel and Berta Eriksson and Harald Hansson arrived in the
end of the year 82 ».
Remarquons bien que des missionnaires venus, il y avait des couples
mariés et des célibataires. L’équipe d’Axel B. Lindgren poursuivit son
chemin vers le Nord-Kivu, rejoint par Lemuel Karlsson. Arrivés à Sake,
le 1er mai 1922, ils y séjournèrent avant de continuer leur voyage jusqu’à
Masisi, où ils commencèrent le travail en 1922. Mais à Masisi, au cours
de l’entretien avec le service de l’administration de ce territoire, ils
apprirent que Masisi était moins peuplé. C’est alors que le Norvégien
Gunnerius Tollefsen décida de rentrer à Bukavu. Il fit une escale à
Kaziba au Sud-Ouest de Bukavu et y entama l’œuvre d’évangélisation.
C’est ainsi que la Mission Libre Norvégienne au Congo, dénommée
aujourd’hui la CELPA, avait commencé.
Kabutu Biriage précise qu’elle a vu le jour le 5 août 1922 83. Ce qui
fait qu’au moment où commença le travail à Uvira en 1921, certains
missionnaires étaient partis à Machumbi dans le territoire de Masisi au
Nord-Kivu 84. Ces derniers commencèrent leur travail en 1922 mais ne
tardèrent pas d’abandonner ce champ pour consacrer leurs efforts à
Uvira avec les autres. Ils y laissèrent une petite maison en paille. Margit
Söderlund dit que ces derniers cédèrent ce lieu aux missionnaires
pentecôtistes d’Amérique, trop peu de missionnaires suédois y étaient
restés après 1923. Mary Richardson y avait travaillé auparavant avec
son mari qui y était mort par la peste noire. Les époux Leanders des
Assemblées de Dieu des Etats-Unis poursuivirent leur travail. Après
82
M. SÖDERLUND, Women Missionaries in The Swedish Pentecostal Mission
in Burundi, Michigan, University Microfilms International, Dissertation
Information Service, 1990, p.76.
83
KABUTU Nshimbirwe Biriage, Mémoire cité, p. 8.
84
Ibid., p.12.
68 Les héroïnes sans couronne
eux, Anna et Arthur Berg y travaillèrent aussi. Ce couple adopta Aina
Cecilia, la fille de Svea Flood morte à Uvira le 1er mai 1923, laissée
entre les mains du couple Berta et Joel Eriksson qui moururent eux aussi
au mois de décembre toujours à Uvira.
Du fait que les Assemblées de Dieu n’avaient pas de nouveaux
missionnaires à envoyer et voulant se concentrer sur leurs autres stations
au Nord, ils remirent Masisi aux Suédois. Les Aspenlind y partirent en
janvier 1926, et y restèrent jusqu’au 25 avril 1926 quand Linus et Agnès
Blomkvist et Hilda Backlind l’avaient repris en charge. Les deux
dernières sont des femmes. C’est ainsi que la station de Masisi fut
récupérée par les Suédois des mains des Américains.
En 1925, d’autres missionnaires arrivèrent. Parmi eux on comptait
Lars Johansson de Helsingborg, Linus et Agnes Blomkvist qui avaient
déjà travaillé en Afrique pendant quelques années avec la Svenska
Missionsförbundets dans l'ouest du Congo et trois autres missionnaires
dont Hilda Backlind, Linnéa Halldorf (Kanyabuyange = Petite fleur) et
Edla Jonsson.
Le premier service de baptême fut organisé à Uvira à la Pentecôte de
1923 dans le lac Tanganyika ; cinq personnes furent baptisées. Kuye
Ndondo wa Mulemera cite les origines tribales de deux d’entre elles et
le nom d’une femme parmi les cinq dont un originaire d’Uvira, un
Burundais et une femme répondant au nom de Nyota 85. Toutefois, dans
un rapport concernant la mission à Uvira en 1931, Thomas Winberg
écrivit qu'un service de baptême avait eu lieu le 4 octobre. Douze
personnes furent baptisées, dont deux femmes, les premières à y être
baptisées. Au total, vingt-huit personnes avaient été baptisées à Uvira
depuis le début du travail. Quelques-unes avaient aussi été baptisées
85
KUYE-NDONDO wa Mulemera cité par BURAFIKI Kituli, Etude critique
sur le développement organisationnel de L’ECC/8ème CEPAC « de 1993 à nos
jours », Mémoire présenté pour l’obtention du Diplôme de Licencié en
Théologie Protestante, UEA, 2007-2008, p.12.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 69
dans le Saint-Esprit 86. Le nom de Nyota est cité à Lemera lors des
obsèques de Ruth Karlsson, épouse de Lemuel Karlsson. Elle fit un
discours devant la tombe et remercia « madame Muzuri », ce qui veut
dire bonne dame 87. Elle était ainsi appelée pour avoir été si gentille
envers elle et envers les autres femmes. Bien que constituant aujourd’hui
plus de la moitié des membres de l’Église, les femmes congolaises n’ont
pas été les premières à ce rendez-vous.
Du côté du Nord-Kivu, le jour de Pentecôte de 1926, Julius
Aspenlind baptisa onze hommes. Ce fut le premier baptême au Nord
dans l'histoire de la mission suédoise. Il y avait déjà un assez grand
nombre de convertis et beaucoup de gens se réunissaient pour les cultes.
Une école pour enfants et adultes fonctionnait et des maisons
d'habitation avaient été construites par les missionnaires américains.
2.3.1.5 Femmes congolaises dans la Mission Libre Suédoise
Le rapport de Thomas Winberg fait mention de la présence des
premières femmes baptisées en 1931 à Uvira et du côté du Nord, elles
apparaissent en 1928. Quelques-unes avaient aussi été baptisées dans le
Saint-Esprit 88. De vingt-huit personnes baptisées après huit ans de
travail des missionnaires à Uvira, deux femmes seulement s’y retrouvent
et nous ignorons leur sort. Il est possible qu’elles soient rentrées au
champ ou à la cuisine pendant que leurs semblables profitaient de la
formation. D'après les missionnaires, plusieurs hommes sauvés
profitaient de la formation et devenaient plus tard des évangélistes, des
enseignants et des pasteurs 89. Les enseignements dans les écoles de
villages, les chants et les témoignages dans les réunions de villages
étaient des moyens de préparation des serviteurs au ministère. Mais les
86
M. SÖDERLUND, op. cit., p. 40.
87
Les Africaines qualifiaient les femmes blanches de « madame », un terme de
respect pour une personne qui a une haute considération.
88
Ibid., p.14.
89
M. SÖDERLUND, op. cit., p.170.
70 Les héroïnes sans couronne
femmes du côté d’Uvira pour les premières décennies étaient absentes à
ce rendez-vous.
Cette situation des femmes à l’Est de la RDC était différente de celle
des femmes de la mission évangélique de Kimpese à l’Ouest,
précisément dans le village de Mukimbungu. Elles commencèrent déjà
en 1886-1887 à se plaindre auprès de Nils Westlind pourquoi seuls les
garçons et les hommes avaient le droit d’apprendre à lire et à écrire.
Finalement, les missionnaires décidèrent d’ouvrir une classe pour les
femmes et les filles à la station missionnaire, durant la saison sèche de
1887. Quand elle commença à travailler à Kibunzi en août 1888, elle
réunit une petite classe de femmes dans sa chambre ; mais après six
mois, le nombre accrut et elle devait utiliser le bâtiment scolaire pour les
contenir. Vers la fin des années 1890, il y avait des écoles des femmes
dans toutes les stations missionnaires 90. La rareté des femmes
congolaises de l’Est au début de la Mission Suédoise intrigue toutefois,
ses bases peuvent être culturelles.
L’école fut et reste une des structures qui aident à la préparation des
futurs serviteurs de Dieu. De ceux-là qui se sont fait inscrire à l’école
pendant les trois premières décennies du travail de la Mission Suédoise
au Congo, la majorité était des hommes. Ici encore, nous remarquons
une autre absence des femmes à la formation, qui pourtant reste une des
clés pour le développement. Les femmes missionnaires organisaient tout
de même les foyers sociaux, ce qui aida les femmes congolaises à
apprendre à lire, à cuisiner, à tisser mais qui les confinaient de plus en
plus dans leur rôle traditionnel.
Nous accusons le poids de la tradition qui pesait plus sur la femme
en la gardant au champ quand son semblable était au rendez-vous de la
science qui libère. C’est pourquoi le combat de la femme qui vise
l’excellence doit toucher tout d’abord l’éducation. Il est aussi possible
90
A. STENSTROM, L’Église et la Mission au Congo (traduit du suédois par
Birgitta Ahman), Uppsala, Editions Kimpese Svenska Missionskyrkan et S.I.M.,
2006, p.72.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 71
ici en évoquant la culture, de parler du système matrilinéaire qui est plus
avantageux qu’au système patrilinéaire en ce qui concerne la
responsabilisation de la femme. Dans le matriarcat, la femme est chef,
c’est-à-dire elle peut prendre une décision pour sa destinée et celle de
ses enfants par l’entremise de ses frères. Ce système est en vogue chez
les Bakongo tandis qu’à l’Est, plus précisément à Uvira, c’est le
patriarcat qui fait sa loi ; l’homme est le chef suprême et la femme est
considérée comme une « mukazi », la personne qui fait le travail,
littéralement.
A cause de cette situation, certaines femmes ont plus développé une
culture de dépendance, d’attentisme, de soumission aveugle à l’égard
des hommes au lieu de l’interdépendance, de la collaboration, de la
solidarité, la justice, le partage équitable, l’entraide mutuelle... qui
constituent les bases à l’éclosion des énergies féminines que Dieu a
cachées dans la femme et qui attendent leur libération pour
l’émancipation complète de l’humanité. Il est vrai qu’après des
décennies, certaines femmes de ces contrées font preuve d’un grand
dépassement, en accédant aux hautes fonctions de l’Etat au niveau
provincial. Ce dépassement est un défi pour toutes celles qui sont éprises
de justice pour un monde meilleur.
Mushila Nyamankank, dans son cours de pensée sociale, montre que
la soumission ne figure pas parmi les éléments structurels nomologiques
conforme à l’évangile de Dieu annoncé par Jésus de Nazareth 91. Elle
n’est pas chrétienne, selon lui. Quand Paul parle de la soumission aux
autorités, ou celle des femmes aux hommes, il pense que ce sont les
enfants, les femmes et les esclaves qui sont forcés à se soumettre. On le
trouve dans le paulinisme et dans le deutéro paulinisme mais non chez
Jésus de Nazareth. De notre côté, nous privilégions dans les rapports
humains, la collaboration, la coopération, l’interdépendance et l’entraide
91
MUSHILA Nyamankank, Séminaire sur la pensée sociale dispensé aux
étudiants du DEA, Faculté de Théologie, UPC, 2007-2008.
72 Les héroïnes sans couronne
qui sont promotrices des changements sociaux au lieu de la soumission
aveugle. Nous proclamons avec Vibila Vuadi que le Christ donne le
même honneur, la même dignité à tous ceux et à toutes celles qui le
suivent 92. Ces femmes, bien qu’ayant été oubliées pour un temps,
doivent prendre conscience de leur situation et agir pour leur
développement social, spirituel et économique.
2.3.1.6 Difficultés rencontrées
Les missionnaires pentecôtistes suédois envoyés au Congo connurent
beaucoup de difficultés dans leurs activités parmi lesquelles figurent au
premier plan celles d’ordre administratif, sanitaire, social et spirituel.
2.3.1.6.1 Sur le plan administratif
Il n’était pas facile aux missionnaires d’obtenir la personnalité civile.
Par conséquent, ils ne pouvaient pas s’établir en tant que nouvelle
mission, et étaient dans l’impossibilité de s’installer, d’une façon
permanente, dans un endroit, sans le droit d’une propriété légale de
terres, de bâtiments… C’est pourquoi ils envoyèrent Axel B. Lindgren à
Bruxelles pour les démarches y relatives. Cela ne s’était pas fait
facilement. Mais en attendant une solution permanente, les
missionnaires Aspenlind apprirent que le chef de district avait le pouvoir
d’accorder la location de deux hectares de terrain pour la somme de 30
francs par hectare et par an à un particulier. Il était donc possible d’avoir
une ferme en tant que particulier. Ces deux possibilités furent exploitées
pendant quelque temps.
La demande de la personnalité civile fut introduite en 1923 sous le
nom de « Mission Libre Suédoise » (MLS), mais ils l’obtinrent en 1930.
Le contexte d’alors l’obligeant, les pentecôtistes suédois partagèrent le
92
VIBILA Vuadi, « Le sacerdoce féminin dans l’Église au Congo », in L’Église
dans la société congolaise : hier, aujourd’hui et demain, Actes des journées
scientifiques organisées par le CRIP de l’UPC et la Commission Théologique de
l’ECC du 25 au 28 avril 2001, Revue du CRIP, N°1, 2002, Kinshasa, EDUPC, p.
385.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 73
sort de toutes les Églises protestantes en vertu de la convention conclue
entre le Saint Siège et la Belgique en 1906, par laquelle celle-ci
s’engagea à privilégier les missions catholiques, notamment, concernant
l’instruction publique. En 1926, les autorités belges utilisèrent les termes
« missions nationales » et « missions étrangères ». Les missions
nationales étaient celles liées à la Belgique et dirigées par les Belges,
bénéficiaires en conséquence des avantages et des subsides de l’Etat.
Les missions non belges dont les missions protestantes d’origine
d’autres pays que la Belgique ne jouissaient pas de mêmes avantages
que les missions nationales. Parmi ces subsides mentionnons : le
payement de leurs médecins, la construction des Églises et écoles, les
frais de voyage….
Par contre, les missions protestantes étaient protégées par les traités
internationaux du Congo avec le soutien de la Grande-Bretagne et des
Etats-Unis. La base philosophique du protestantisme était considérée
comme une menace pour l’autorité de l’Etat ainsi que pour celle des
missions catholiques. Plus tard, les missions protestantes furent accusées
d’être à l’origine du Kimbanguisme. Pour protéger leurs intérêts, les
protestants s’organisèrent en Conseil Protestant du Congo (C.P.C.) en
1928 93. Notons ici que les protestants, avec leur liberté d’interprétation
de la parole de Dieu et le retour aux sources de la spiritualité chrétienne,
ne pouvaient laisser indifférent un régime dictatorial basé sur
l’exploitation.
Gunilla Nyberg Oskarsson révèle que les missionnaires protestants
étaient accusés d’être en intelligence avec le Kimbanguisme, un
mouvement national de réveil qui se développa dans la région de
Nkamba en 1921, caractérisé par des guérisons miraculeuses et
considéré par le pouvoir colonial comme une révolte contre l’autorité
Belge 94. Arvid Stenström, parlant des dates importantes dans la Mission
93
G.N.OSKARSSON, op. cit., p. 31.
94
Ibid.., p. 32.
74 Les héroïnes sans couronne
de l’Église au Congo, cite 1921 en reconnaissant qu’il y a eu le réveil
Kimbanguiste qui était compris par les autorités comme une rébellion 95.
Du fait que les pentecôtistes accordaient une importance singulière à la
proclamation selon laquelle Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et
éternellement (les miracles en étaient une des conséquences), l’autorité
belge y voyait une ressemblance avec le Kimbanguisme.
Les conséquences de cette assimilation étaient notamment : le retard
dans l’obtention de la personnalité civile, le manque de subsides pour les
missions protestantes, seules les missions dépendant de Rome étaient
considérées comme des ayants droits aux subsides : construction gratuite
des Églises, des frais de voyage et la conception selon laquelle le but
ultime de la mission protestante serait la déroute de la colonisation 96.
Pourtant, dans la doctrine de la sainte trinité, l’Église Kimbanguiste
du 21è s débutant clarifie sa position en ces termes :
« L’Église Kimbanguiste, appelée officiellement ‘Église de Jésus-
Christ sur la terre par son envoyé Spécial Simon Kimbangu en sigle
EJCSK’ a vu le jour dans la matinée du 06 avril 1921 à Nkamba, un
village du Bas-Congo, en République Démocratique du Congo, lorsque
l’appel de Dieu en la personne de Jésus-Christ, par la puissance du
Saint-Esprit, fut lancé à Simon Kimbangu d’être son disciple pour
annoncer le message de salut et de libération des opprimés. L’EJCSK
fait donc partie intégrante de l’Église universelle dont Jésus-Christ est le
fondement » 97.
Il y est reconnu qu’avant que l’on octroie à l’EJCSK une
reconnaissance juridique, Simon Kimbangu et plus de trente-sept mille
familles des fidèles avec lui, furent persécutés par l’autorité coloniale
belge, puis relégués aux confins de la province du Bas-Congo. L’Église
exista dans la clandestinité pendant trente-huit ans sous la conduite de la
95
A. STENSTROM, op. cit., p. 260.
96
BURAFIKI Kituli, Mémoire cité., p. 14.
97
S.a., Doctrine de la Sainte trinité. L’Église Kimbanguiste clarifie sa position,
27e édition revue et augmentée, Kinshasa, CEDI, 2008, pp. 11, 12.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 75
vaillante Mwilu Kiawanga, épouse de Simon Kimbangu. C’est en 1959,
qu’elle eut la reconnaissance officielle.
Dans ce même ouvrage, les Kimbanguistes expriment leur point de
vue sur la doctrine de la trinité et affirment qu’ils croient en Dieu le
Père, en Jésus-Christ son Fils unique et au Saint-Esprit, témoigné par les
Saintes Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament. Par contre Josée
Ngalula précise que les principales sources de leur doctrine
officiellement établies sont : « la Bible, les cantiques inspirés appelés
‘chants du ciel’ et les messages prophétiques du chef spirituel, Joseph
Diagenda 98. » Un élément intéressant est le leadership de Mwilu
Kiawanga. Durant trente-huit ans, c’est elle qui conduisait l’Église
encore dans la clandestinité. N’est-ce pas une preuve d’un courage qui
s’apparente à l’héroïsme ?
Parlant de Simon Kimbangu, Kihani Masasu lui reconnait deux
faits :
« Les miracles et les apparitions après sa mort. Parmi les miracles, il
guérit Nkationdo de Ngombe-Kinsuka qui était mourante, il ouvrit les
yeux d’un aveugle du nom de Ngoma venant de Ntumba Lundule, il fit
marcher un paralytique, il chassa les démons qui tourmentaient Jean
Nsumbu de Lukengo et ressuscita l’enfant de Buenda et Nkenge de
Nsona. Des témoins racontent l’événement sur la résurrection de la
jeune fille Dina morte depuis trois jours. Kihani parle aussi de ses
apparitions à Lowa, dans la province Orientale pendant huit jours.
Toutefois, cette apparition provoqua des polémiques, les uns affirmant
que c’était Simon Kimbangu, d’autres pensant que c’était un
voleur… 99. »
98
J. NGALULA, « Du pouvoir de la piété populaire. Enjeux théologiques de la
crise kimbaguiste entre 1990 et 2005 », in Travaux de la Faculté de Théologie,
n° 18, Facultés Catholiques de Kinshasa, 2007, p.10.
99
R. KIHANI Masasu, Nkwing, paradigme de la Théologie de la connexion,
Thèse soutenue en vue de l’obtention du grade de Docteur en Théologie,
Université Protestante au Congo, Kinshasa, 2010, pp.151-154.
76 Les héroïnes sans couronne
Ces signes miraculeux représentaient un danger permanent pour
l’Etat colonial. Nous croyons au miracle mais cela ne nous empêche pas
d’analyser les faits et de les contextualiser pour éviter le dérapage. Le
passage de 1 Co nous exige de tester les esprits pour savoir s’ils
viennent de Dieu.
2.3.1.6.2 Sur le plan sanitaire
En 1923, la jeune œuvre connut un des moments sombres de son
histoire par la mort tragique de quatre missionnaires dont trois femmes
et un homme en moins de huit mois. Nous les qualifions des martyrs du
pentecôtisme suédois au Congo et gardons un souvenir indélébile du fait
que leur mort constitue la semence de l’Evangile.
La première victime fut Svea Flood, morte après avoir mis au monde
la petite Aina Cecilia le 13 avril 1923. Cinq jours après l’accouchement,
elle eut une forte fièvre qui l’emporta le 1er mai 1923. Sa tombe se
trouve à Ndolera 100. Après la mort de son épouse, David Flood était
rentré en Suède à la fin de l’année avec son fils de deux ans. Sa fille
Aina était confiée aux missionnaires Berta et Joel Eriksson, car son âge
ne lui permettait pas de supporter un si long voyage.
Les missionnaires étaient restés à Uvira sur ordre de
l’administrateur ; ils consacrèrent des semaines à la prière, aux études
bibliques et à l’étude de la langue, pensant que tout travail leur était
défendu jusqu’à nouvel ordre. Mais ils apprirent du chef de district
qu’ils pouvaient continuer à construire la station à Uvira en attendant
l’obtention de la personnalité civile. Ils commencèrent, immédiatement,
la fabrication des briques, la préparation du bois de construction, des
pierres et creusèrent les fondations de nouvelles maisons. Mais au milieu
de ces activités, plusieurs missionnaires commencèrent à se sentir mal,
la faiblesse s’en suivra. En fin novembre, Ruth Jonasson tomba malade ;
elle se sentit mieux quelques jours après et alla même soigner les autres,
100
M. SÖDERLUND, op. cit., p.24.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 77
tombés aussi malades entre-temps. Par après, elle eut une rechute et le 9
décembre 1923 et atteignit 43 degrés de température. Elle entra par la
suite dans le coma de quelques heures et rendit l’âme vers huit heures et
demie 101.
Dans l’entre-temps Berta Eriksson était alitée. Après avoir eu une
forte fièvre, elle ne put participer à l’enterrement de Ruth Jonasson ; son
état s’aggrava, elle atteignit aussi une température de 43 degrés pendant
que les autres étaient à la tombe, son mari envoya un message au
cimetière pour qu’on fasse appel au médecin qui y était. Ce dernier,
accompagné de quelques autres personnes, se rendit chez la malade qu’il
trouva déjà dans le coma ; elle mourut peu après le 10 décembre 1923.
Joel Eriksson tomba à son tour malade deux jours après la mort de
son épouse Berta, et sa fièvre atteignit 41 degrés. Le médecin lui fit des
injections qui firent un peu chuter la fièvre qui remonta bientôt ; il entra
dans le coma et mourut le même jour après-midi du 14 décembre 102.
Margit Söderlund rapporte les derniers mots de Joel Eriksson : « Si ceci
est la fin pour moi, transmettez à tous les croyants en Suède qu’ils
doivent continuer à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints
une fois pour toutes » 103. Les chrétiens de la Suède ont suivi ce
testament et encouragé les autres missionnaires qui étaient découragés
par ces morts, à rester fermes dans la foi.
La Communauté avait érigé un monument en leur mémoire dans la
cour de l’Église de l’ECC/8ème CEPAC Uvira-Kasenga où se trouvait le
siège social de l’Association avant son transfert à Bukavu. Mais
l’essentiel est de reconnaître ces martyrs comme des signes d’ouverture
pour les autres femmes et hommes encore enchainés dans des structures
d’oppression et victimes des coutumes aliénantes qui ne laissent pas
éclore leurs dons pour le salut de l’humanité.
101
M. SÖDERLUND, op. cit., p.24.
102
Ibid., p.25.
103
Ibid., p.26.
78 Les héroïnes sans couronne
En ce qui concerne la cause de ces morts tragiques, trois hypothèses
sont émises. La première est celle d’une maladie appelée « scarlatine »;
la deuxième était l’empoisonnement. L’examen du sang ne montrait
aucune trace de la malaria. La troisième avancée par Ingegerd Rooth,
médecin missionnaire qui a lu la correspondance relative aux décès de
ces missionnaires, pense que la cause de leur décès était probablement la
fièvre typhoïde ou ce qu’on appelle « relapsingfever », soit fièvre
récurrente.
Les autres missionnaires s’installèrent au poste d’Etat, se demandant
si les Églises suédoises pensaient à l’arrêt de l’œuvre missionnaire au
Congo ; mais ils reçurent par contre des lettres qui les encouragèrent à
tenir ferme. Ces morts suscitèrent des vocations plus puissantes à tel
point que d’autres missionnaires arrivèrent à Uvira pour continuer
l’œuvre commencée par les disparus. Ces missionnaires avaient un
credo : « Ceux qui sèment avec larmes moissonneront avec chants
d’allégresse (Ps 126, 5) » 104. La fermeté est un des fruits de l’Esprit que
Paul exhorte les chrétiens d’avoir dans Ga 5, 22ss.
Notons que les Suédois ont connu un problème sérieux d’adaptation
au climat de la RDC. Ceux de la Svenska Missionsförbundet qui ont
travaillé à l’Ouest de la RDC sont morts en masse de la malaria et
d’autres maladies. Arvid Stenström nous informe que pendant la période
de 1887 à 1909, 50 jeunes missionnaires suédois sont morts au Congo
de différentes maladies, surtout du paludisme 105. Cet événement fut
aussi pour eux le début d’une période d’épreuves sans égales. Le Congo
eut bientôt la réputation d’être « le tombeau de l’homme blanc » au
point où certains missionnaires, très réalistes, étaient obligés de se
procurer déjà à Matadi les planches de leur propre cercueil qu’ils
104
DJUMAPILI Mategera, Dissidences au sein des Églises de l’ECC/8ème
CEPAC en territoires d’Uvira et de Fizi (de 1958 à 2005), Mémoire présenté et
défendu pour l’obtention du grade de Licencié en Théologie, UEA, 2004-2005,
p.12.
105
A. STENSTROM, op. cit., p. 50.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 79
emmenèrent dans leurs bagages en se rendant dans la brousse où les
planches sciées étaient rares. Cela poussa les missionnaires à
développer vite les œuvres médicales afin de combattre la maladie et
démystifier la croyance populaire qui attribuait ce sort aux sorciers.
2.3.1.6.3 Sur le plan social et spirituel
Dans les premiers temps, ils ont partagé la vie des villageois. Ils
habitaient dans des maisons de paille et leur four consistait en trois
pierres posées sur le sol (ce que les femmes appellent en swahili
« mafiga »).
Un autre problème sérieux qui s’était posé est celui des études des
enfants des missionnaires. Car la plupart avaient de jeunes enfants ;
d’autres étaient célibataires. Mais dix ans après, la question des enfants
constituait pour eux une réelle préoccupation. C’était un avantage pour
les missionnaires d’avoir avec eux leurs enfants dont certains sont
devenus eux-mêmes des missionnaires plus tard. La séparation d’avec
les enfants amènerait à la longue des souffrances du point de vue social
et spirituel. Dorkas Asplund s’était occupée pour les premiers mois de
cette œuvre à partir de la fin de l’année 1947. Elle avait 5 élèves dans
des conditions très modestes, une salle de classe dans laquelle se
trouvait le lit de l'institutrice dans un coin, séparé des pupitres par une
étagère. En 1956, l’école déménagea à Lemera dans des locaux
appropriés, internat avec des chambres à deux lits, deux salles de classe,
une salle de séjour, une cuisine, une grande salle à manger, une autre de
gymnastique, deux chambres pour le personnel et un groupe électrogène
pour l’éclairage. La présence de l’école normale et l’imprimerie de la
MLS, de même qu’un centre de santé et une maternité, faisaient qu’un
grand nombre de missionnaires habitaient Lemera. Cela permit à
plusieurs enfants d’aller à l’école à partir de chez eux.
Des fois, ils étaient la cible des forces maléfiques ; mais Dieu leur
donnait la victoire. Selon le témoignage de Söderlund, le terrain qui leur
était octroyé à Nia Magira était un lieu de sacrifice et des tombeaux où
80 Les héroïnes sans couronne
personne n’osait habiter par peur des mauvais esprits. Après quarante
ans, les membres de l’Église de Lemera témoignaient de comment ils
étaient étonnés de voir ces missionnaires chaque jour se réveiller en
bonne santé sans être inquiétés par ces mauvais esprits. Donc leur vie
était déjà un témoignage de la puissance de Dieu. A Masisi, en 1932, des
évangélistes, des écoliers et des membres de l'Église à plusieurs endroits
furent persécutés par des autochtones, des catholiques et aussi les
autorités locales. Ils furent accusés de détruire leurs fétiches et leurs
amulettes. Ce n'était pourtant que leurs propres objets magiques que les
nouveaux convertis brûlaient. Les évangélistes furent quand même
condamnés à payer des amendes et quelques-uns d’entre eux furent
chassés de leurs villages. Certains chefs menacèrent d'infliger à leurs
villageois des amendes s’ils recevaient encore les évangélistes chez
eux 106. Cette situation encourageait les missionnaires à persévérer dans
la prière, du jour au jour ils recevaient des promesses des victoires et des
bénédictions de la part de Dieu. Face au découragement et aux
déceptions, leur espérance croissait chaque jour.
2.3.1.6.4 Sur le plan économique
En 1927, les missionnaires achetèrent une plantation des caféiers et
des champs d’orangers à un certain Orly, près du lac Tanganyika non
loin de la ville, dans le but de subvenir aux besoins de la mission sans
l’intervention de la Suède. Le journal Evangelii Harold avait joué un
grand rôle dans la propagande et la recherche des moyens. Une somme
de 32.000 couronnes a été sollicitée pour ce faire auprès des Églises
locales de Suède et à des particuliers. La somme devait être payée en
trois tranches. Notons que cette entreprise fut l’une des plus grandes
réalisations de la MLS, ayant un caractère d’un projet
d’autofinancement.
106
M. SÖDERLUND, op. cit., p.94.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 81
Au début, tout allait dans le sens positif, au point où l’année 1928
pourrait être appelée « l'année des caféiers ». Il semble qu’à la fin de
l'année, on ait collecté assez d'argent pour régler le solde de la
plantation. Thomas Winberg poussa un soupir de soulagement le 27
décembre 1928, en disant : « C'est merveilleux, la plantation est
maintenant payée » 107. Dans l'histoire de la mission au Congo, il n’y eut
jamais autant de rapports et d'efforts assidus pour collecter de l'argent
par l'intermédiaire du journal Evangelii Härold qu'en 1928, pour la
plantation à Uvira.
Les missionnaires travaillaient à la plantation avec beaucoup de zèle
malgré la rareté des missionnaires et des ouvriers africains, ils avaient
planté au milieu des caféiers, des haricots, du maïs et des arachides pour
nourrir la population et donner aux ouvriers comme salaire en nature. En
plus de l'exploitation agricole, on créa une école à Uvira même et
d'autres aux alentours, ainsi qu'une menuiserie et une cordonnerie.
Quelques Africains étaient formés comme tailleurs.
Thomas Winberg projetait déjà de grandes récoltes pour l’année
suivante en plantant cinq mille caféiers ; entre-temps, l’école avançait
bien (ils comptaient, déjà en 1928, cinquante élèves inscrits). Il était en
pourparler avec la Banque du Congo Belge pour vendre le café par son
intermédiaire ; il serait payé au taux du jour en vendant à Londres ou à
Anvers et pourrait savoir à l’avance où cela serait le plus profitable. Il
projetait une grande récolte, plus importante que celle de l’année passée
qui s’élevait à environ quatre tonnes. Il avait par la même occasion
informé la Suède à propos de la construction du chemin de fer qui rend
la population plus nombreuse, d’où la nécessité d’agrandir les potagers
pour plus d’aliments. Toutefois, il y avait des inquiétudes : certains
endroits étaient très secs malgré les arrosages, le terrain marécageux
était plus difficile à aménager, et il valait la peine de planter le coton ;
mais ce n’était probablement pas rentable ; un grand champ de patates
107
M. SÖDERLUND, op. cit., p.56.
82 Les héroïnes sans couronne
douces et manioc fut planté pour fournir de la nourriture aux Africains.
Tous ces éléments ont fait que les espoirs pour la plantation d’Uvira
étaient devenus une chimère ; la plantation connut de grandes pertes.
La plantation demandait plus de moyens qu’on ne le pensait, mais
surtout la récolte n’atteignit jamais les prévisions de Orly de 12 000
couronnes par récolte. Nous osons penser que certains paramètres
n’étaient pas pris en compte lors de la fixation de ce montant ou bien
cela avait été dit dans le cadre publicitaire. L’envoi du café à Londres
était resté un vœu pieux. La dépression économique diminuait les
possibilités de commerce. Le conseil pris était celui de vendre une partie
du terrain et garder celle qui pouvait servir à la station missionnaire,
pour récupérer une partie de l’argent dépensé. Cette option n’était pas
aussi facile du fait que la mission n’avait pas encore obtenu la
personnalité juridique, elle n’avait donc pas le droit de propriété. Orly,
l’ancien propriétaire, ne voulait pas la reprendre à un prix raisonnable.
Aussi le chemin de fer était passé par cette plantation détruisant plus de
3000 caféiers. La ville d’Uvira s’agrandissait de jour en jour et le
gouverneur de la province ordonna l’expropriation d'une partie du
terrain de la plantation pour donner de la place aux constructions de la
ville 108.
L’indemnité du terrain fut payée à Orly considéré comme le
propriétaire de la plantation par les autorités coloniales belges. Bien que
l’ayant déjà vendu à la MLS, il essaya même de chasser les
missionnaires de la plantation avec l’appui des autorités. Ce qui poussa
la MLS à engager un avocat pour plaider sa cause. Le gouvernement
suédois soumit la question aux autorités belges à Bruxelles. Ces
dernières avaient condamné Orly à payer l’indemnité à la mission en
1938. Le 6 décembre 1938, William Bäckman écrivit en Suède pour dire
qu’il avait reçu une partie de l’indemnité qui s’élevait à 65.000 francs
108
M. SÖDERLUND, op. cit., p.57.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 83
inclus les 5.000 francs de l’avocat. A la longue, le sol du terrain de la
mission restant n’était plus approprié pour la culture du café.
Uvira devint un centre missionnaire important et le premier siège
social de la Mission. Malgré l’échec de la première vision de la
plantation, sur le plan de l’évangélisation, les ouvriers eurent l’occasion
d’écouter la parole de Dieu et certains devinrent chrétiens ; Paulo
Kwenga, ancien garde d’orangers, fut parmi les huit personnes baptisées
en mars 1929 par Thomas Winberg dans le Lac Tanganyika. La majorité
devint des évangélistes dans les villages environnant Uvira. Déduisons
que la plantation n’avait pas eu un grand impact sur le plan financier,
mais sur le plan social elle avait beaucoup contribué à la visibilité des
Églises de Pentecôte de Suède et rendit possible la suite de l’œuvre au
Congo. Aussi, il reste vraisemblable que les contacts pris par les
autorités de Bruxelles concernant le droit de propriété avec Orly
contribuèrent également à résoudre le problème de la personnalité civile
en faveur de la mission.
Cette tentative du premier projet d’autofinancement qu’avait
entrepris la jeune MLS était porteuse d’espérance. Car, malgré sa
nouvelle orientation, elle montre la capacité de ces Églises locales dans
la mobilisation des fonds et leur détermination pour l’œuvre de la
mission au Congo, en dépit du premier coup qu’ils ont eu à Uvira
pendant leur première année du travail. En mémoire de leurs consœurs
et confrères morts en cet endroit pour la cause de l’Evangile, ils étaient
prêts à initier une autre grande œuvre. L’idée de la plantation avait cédé
la place à un grand centre missionnaire, le premier siège social de la
MLS, avant qu’il ne soit transféré à Nyawera à Bukavu. Aujourd’hui,
elle abrite l’Église de Kasenga, une école biblique, des maisons des
enseignants, des écoles primaires et secondaires, le bureau du projet de
reboisement de la Communauté, une menuiserie, un grand centre
hospitalier, certains instituts supérieurs de la place, le Centre de
formation des femmes, le bureau de la Coordination des Ecoles
84 Les héroïnes sans couronne
maternelles, Primaires et Secondaires d’Uvira-Fizi avec un centre de
formation 109 et une autre ancienne maison de passage des missionnaires.
Au Congo, les missionnaires durent construire leurs propres
maisons, bientôt des temples, des écoles, des centres de santé et des
menuiseries, cultiver le sol, planter des forêts dans la savane, défricher
la brousse, ouvrir des routes. Bientôt, ils eurent aussi du personnel
médical. Tout cela exigeait plus d'argent et les décisions devinrent trop
lourdes pour qu'un seul missionnaire ou une seule Église puisse les
prendre. C'est probablement la raison pour laquelle on sentit le besoin
d'une organisation commune.
2.3.2 La Mission Libre Suédoise au Rwanda et au Burundi
L’histoire du Rwanda, du Burundi et de l’Est de la RDC est
intimement liée. Les trois pays ont les mêmes frontières, l’Est de la
RDC et le Rwanda partagent le lac Kivu ; le Burundi et la RDC, le lac
Tanganyika. Malgré les guerres de cette dernière décennie qui ont
envenimé la situation politique entre les trois pays pendant un certain
temps, ces populations entretiennent plus de rapport d’interdépendance,
de collaboration et de soutien mutuel dans plusieurs domaines dont celui
de la MLS qui nous concerne.
Les serviteurs de Dieu du Congo avec les missionnaires sont les
pionniers de l’œuvre de Dieu au Rwanda et au Burundi. Au Rwanda, la
MLS a commencé l’œuvre de la mission à Cyangugu avec les
missionnaires Alvar Lindskog et Paul Jacobsson en collaboration avec
Petro Shematsi et Samuel Kyahi 110. Les Congolais, originaires de Ntoto
109
Ce centre de formation a été initié par le Coordinateur des Ecoles primaires et
secondaires de L’ECC/8ème CEPAC, MASINE Kinenwa depuis 2003 sur fonds
propre récolté auprès des élèves, des parents et des agents de la Coordination et
spécialement le Bureau relai d’Uvira. Interview accordée à Bukavu, le 22 mai
2010.
110
Les deux aidèrent aussi Märtha Lagerström à démarrer l’œuvre scolaire à
Bukavu. Ils se retrouvent parmi les neuf évangélistes et enseignants formés à
l’école Biblique de Masisi au Nord Kivu en 1930 ; ils ont aidé à enseigner aux
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 85
ou Machumbi, d'Uvira et Nia Magira se chargèrent de la responsabilité
dans les nouveaux champs jusqu'à ce que les nouveaux chrétiens de ces
lieux deviennent capables de porter cette responsabilité eux-mêmes. De
même, la plupart des élèves étaient des enfants d'évangélistes ou
d’ouvriers qui avaient accompagné les missionnaires du Congo au
Rwanda pour y fonder la nouvelle œuvre. Les premiers enseignants de
Gabriel Kapitura furent : Isaac, fils d’Ibrahimu Runyaruka de Lemera
(Nia Magira), Sali Ayub et Mariamu Mukamuyenzi qui enseignaient à
tour de rôle, utilisant les « tableaux de lecture » en tissu. Plus tard, il fut
enseigné par Lazaro Baringe, Petro Shematsi et May Nyvall. Durant son
premier mois à l'école, Gabriel Kapitura se convertit et commença à
suivre l'enseignement pour le baptême. La même année, le 30 décembre
1945, il fut baptisé. Ce baptême fut le plus important jusqu’alors à
Cyangugu. Plus de 30 personnes furent baptisées par Ibrahimu
Runyaruka. Aux services de baptêmes précédents, chaque fois dix
personnes ou moins avaient été baptisées.
Luduvigo Sagatwa fut le premier Rwandais baptisé de la MLS et
longtemps il resta le seul. Les autres chrétiens étaient originaires du
Congo, surtout de Masisi, Uvira et Nia Magira. En 1948, il n'y avait
même pas dix Rwandais membres de l'Église, mais la situation changea
en 1950, où la moitié des membres de l'Église étaient des Rwandais. Les
paroles prononcées par Alvar Lindskog au moment du baptême de
Luduvigo furent prophétiques. Il serait le premier Rwandais, mais ne
resterait pas le seul, des milliers suivraient ses traces. Luduvigo vit
l'accomplissement de ces paroles 111.
Un grand nombre d'évangélistes accomplirent une œuvre importante
sans qu’on les connaisse bien. Leur labeur a eu pour résultat la
conversion d'un grand nombre de personnes et l'extension de l'œuvre de
leur Église à d'autres villes et villages. Lydie (Rodia, Rudia)
enfants la lecture, l’écriture et le calcul dans les écoles ; ce qui fut la première
étape du travail pionnier dans un nouveau village.
111
M. SÖDERLUND, op. cit., pp.136, 137.
86 Les héroïnes sans couronne
Mukanyangezi de Cyangugu est l’une de ces évangélistes. Née à
Cimbogo, non loin de Cyangugu, sa famille vécut au Congo pendant
quelques années et ce fut au Congo qu’elle devint chrétienne en 1948 à
l’Église de Sayuni Kadutu 112. Lors de sa conversion, elle reçut l’appel
de Dieu pour proclamer l’Evangile et prier pour les malades. Elle eut
l’occasion d’enseigner à l’école du dimanche et, plus tard, dans les
réunions des femmes. Elle témoigna aussi dans des marchés. En outre,
elle participa aux rallies d’évangélisation. En 1960, elle sentit la
vocation de rentrer au Rwanda pour y proclamer l’Evangile. Elle
commença par des visites et en 1964, une vision la persuadait d’y aller ;
ce qu’elle réalisa le 3 août 1964. Elle et son mari Moïse Gakwavu y
déménagèrent et s’installèrent à Gafunzo. Elle fut très active dans
l’évangélisation au point qu’elle reçut des autorités rwandaises la
parcelle de Mukoma pour y construire un temple. A la suite de ses
prédications et des miracles qui eurent lieu, les gens se convertirent. Les
croyants fondèrent un groupe qui devint l’annexe de l’Église de
Cyangugu. Après 1965, d’autres évangélistes prirent la relève et Lydie
continua son œuvre de pionnière dans d’autres villages de la région
comme Bucumba, Gabiro, Nyakagano et Mugera où on construisit des
temples dans les parcelles que Lydie avait reçues des maires locaux 113.
Lydie Mukanyangezi n’avait pas seulement travaillé à Bukavu dans
l’Église de Kadutu. Dans une interview qu’il nous a accordée, Kanega
Mudjambere confirme que l’Église de l’ECC/8ème CEPAC Nguba
« Mungu ni pendo » a été commencée par une femme répondant au nom
de « Rudia » de Cyangugu au Rwanda, qui voulait l’annexer à l’Église
de Sayuni Kadutu 114. Nous pouvons en déduire qu’il s’agissait bel et
112
L’Église de Sayuni Kadutu est la première Église de Bukavu, elle est très
grande est contient plus de 3000 membres, elle organise trois services : de 8H-
10H ; De 10h- 12h ; de 12H -14h.
113
M. SODERLUND, op. cit., pp.137, 138.
114
KANEGA Mudjambere, Interview accordée à l’ancien Révérend pasteur de
l’Église de L’ECC/8ème CEPAC « Mungu ni pendo » à son domicile familial à
Nguba. Le 12.10.2009.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 87
bien de cette Lydie Mukanyangezi, appelée en Swahili « Rudia ». Elle
est vraiment une pionnière.
Du côté du Burundi, nous retenons parmi les grands leaders Petero
Ndirabika, originaire de Gishiha ; il compte parmi ceux qui furent
obligés d’aller à l’école par les missionnaires. Il fut baptisé en 1937.
Son premier enseignant et évangéliste fut Saul Karekesi, un Rwandais. Il
avait vécu au Congo où il était devenu chrétien. Il fut remplacé par
Samuel Ntakandi et son épouse, eux aussi des Rwandais qui avaient
vécu longtemps au Congo. Il reçut de convertir presque tous ses élèves
qui acceptèrent la parole de Dieu. Par la suite, Petero Ndirabika devint
aussi évangéliste, enseignant, et enfin directeur d’école.
Il nous est révélé que les premiers missionnaires étaient arrivés à
Kayogoro le 2 mai 1935. Ils parlaient swahili et des Congolais qui
connaissaient le kinyarwanda traduisaient leurs prédications. Quand les
missionnaires vinrent dans son village, Lazaro Samiye fut intéressé par
ce qu'ils disaient car ils invitèrent les enfants à venir à l'école pour
apprendre à lire et à écrire. Lazaro Samiye avait envie d'apprendre. En
sept mois, il entendit beaucoup parler de l'amour de Dieu par son
enseignant, Petero Ndirabika, à l'école de Kiazi, et vit la joie sur les
visages des missionnaires. Aussi décida-t-il de devenir chrétien. D'abord
ses parents s'opposèrent, mais quand ils virent le changement dans la vie
de Lazaro Samiye, ils acceptèrent.
Lazaro Samiye servit au Burundi pendant de nombreuses années.
Après sa conversion, il devint évangéliste dans sa maison. Les paroles
de Jean 3,16 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils
unique… », étaient restées dans sa mémoire depuis la première
prédication qu'il avait entendue. Elles sont devenues son message
constant. Sa mère brûla ses idoles ; les voisines dirent que cela leur
porterait malheur, mais elle leur répondit : « Un dieu qu'on arrive à
brûler n'est pas un vrai dieu, ce n'est que du bois ». Lazaro Samiye fut
baptisé le 4 avril 1939 et reçut le baptême du Saint-Esprit en 1943.
88 Les héroïnes sans couronne
Après avoir reçu l’appel de Dieu dans un songe confirmé par le propos
d’un missionnaire, il fut envoyé comme évangéliste à Nyanza-Lac où il
travailla pendant six ans. Son passage favori était Jn 3, 16. Les
évangélistes priaient pour les malades et chassaient des démons ; une
fois délivrés les gens se convertissaient à l’Evangile. Après Nyanza-
Lac, il travailla à Kibago tout près de la frontière de la Tanzanie, puis à
Murara dans la direction de Gishiha. En 1950, il fut appelé à servir
comme pasteur dans l’Église de Kayogoro où travaillait à cette époque
le missionnaire Gideon Josefsson. En 1960, il devint le pasteur principal
de cette Église qui, durant ces trente dernières années, a connu un
développement important. En 1990, l'Église comptait 19.000 membres,
avec une école biblique et plusieurs annexes.
Le troisième leader des Églises de pentecôte au Burundi fut Abed-
Nego Madengo, pasteur de Kiremba. Les missionnaires y arrivèrent le
15 octobre 1935 ; les gens s’enfuirent à cause des rumeurs selon
lesquelles les missionnaires baptisaient les gens en les plongeant dans
l’eau d’une fosse et les y laissaient liés pendant douze heures. Seuls les
vrais chrétiens survivaient ; mais Madengo prit le risque de commencer
l’école en 1936 où il recevait sel, habits et autres objets… C’est là qu’il
se convertit et fut baptisé en mai 1937. En 1939, il reçut le baptême dans
le Saint-Esprit. Comme évangéliste, au début, la population l’attaquait
avec des bâtons et les enfants fuyaient, mais sa persistance dans la prière
qui avait pour résultat les guérisons miraculeuses, faisait que les gens le
suivent et acceptent l’Evangile. Plus tard, il travailla comme enseignant
et évangéliste et puis pasteur principal de l’Église de Kiremba en 1960.
Abed-Nego Madengo eut l'occasion de se rendre à plusieurs reprises en
Suède 115.
Enfin, vient Andereya Rurageze. Il fut identifié comme un homme
de prière. Il a connu beaucoup de résistance, mais expérimenta que la
prière change les situations. Pendant l'année scolaire 1959-1960,
115
M. SODERLUND, op. cit., pp. 141,142.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 89
Andereya Rurageza étudia à l'Ecole Biblique à Uvira. Puis, il retourna
dans le vaste champ de l'Église de Kiremba où il servit comme pasteur
en différents endroits jusqu'à ce qu'il fut appelé à Mugara comme
pasteur principal, en 1972. Il entra au service de cette Église le 10
décembre de cette même année et y resta jusqu'à sa mort. Pendant ces
années, l'Église passa de 3.000 à plus de 32.900 membres. En 1990,
Andereya Rurageza visita la Suède, la Belgique et la France. Les
chrétiens, les non-chrétiens et les autorités témoignèrent tous d’un très
grand respect à Andereya Rurageza. Cela fut extrêmement important
pour l'Église de Mugara pendant les troubles et les difficultés au début
des années 70 à Bankimbaga et Ntaryamira. Barthélémy Hajayandi fut
baptisé à Kiremba le 18 décembre 1938. Assez vite, il fut consacré
évangéliste et déménagea à Mugara en 1942. Il resta au service de
l'Église de Mugara jusqu'à sa mort en 1972. Il fut évangéliste et pasteur
adjoint et, à partir de 1960, il devint le pasteur principal de l'Église
Les quelques serviteurs mentionnés ont été suivis par d’autres dont :
Yakobo Mugunira, Musa Muhandanyi, Elia Ndikunkiko, Luka Kayaga,
Esaü Kamondo, Zakaria Kafina, Lazaro Makobero, Elia Bamporeye et
tant d’autres.
Notons que les Églises de pentecôte du Burundi par rapport à celles
de la RDC ont connu beaucoup de progrès et reflètent un grand
développement. Une des raisons de cet essor est qu’elles ne se sont pas
beaucoup émiettées, alors que rares sont les Églises de la RDC qui
comptent plus de 5.000 membres comparativement à celles du Burundi
qui peuvent facilement regorger plus de 20.000 fidèles.
2.3.3 De la Mission Libre Suédoise à la CEPZA jusqu’à l’ECC / 8ème
CEPAC
La 8ème Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale
(8ème CEPAC) a connu plusieurs dénominations. Avant l’Indépendance,
elle était connue sous la dénomination MLS bien que les Suédois eux-
90 Les héroïnes sans couronne
mêmes aient déjà refusé que la Mission porte leur nom. Le fait que le
premier document qu’ils avaient signé portaient ce nom MLS a milité en
faveur du maintien de cette dénomination qui était restée comme une
carcasse ; mais en soi la MLS existait avant même 1930, année de
l’obtention de leur personnalité civile. Toutefois, le travail des
missionnaires suédois au Congo Belge fut connu par cette appellation
MLS de 1921 à 1960. Le préambule des statuts reconnaît ce qui suit :
« La 8ème Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale
(8ème CEPAC) bénéficie de la personnalité civile en vertu de l’arrêté
royal du 30 septembre 1930 publié au B.O.B. (B.C.C.B.) de 1930, page
948 et dont les statuts mis en conformité avec le décret-loi du 18 mai
1964 substituant l’ancienne dénomination ‘Mission Libre Suédoise’ à
celle de l’Association des Églises de Pentecôte par l’arrêté n°544 du 18
février 1967, approuvant les Statuts et la nomination des personnes
chargées de la Direction et par l’Arrêté Ministériel n° 012-77 du 20
janvier 1977 portant changement de cette dénomination à celle de
‘Communauté des Églises de Pentecôte’ et par l’arrêté n°89-078 du 26
juillet 1989, ASBL ‘Communauté des Églises de Pentecôte au Zaïre’, et
par l’arrêté n° 108 /93 du 1er octobre 1993 approuvant la modification
des Statuts et la nomination des personnes chargées de la direction de
notre Association et par l’arrêté ministériel n° 707/CAB/MIN/J/2004 du
07 décembre 2004 portant modifications apportées aux Statuts et la
nomination des personnes chargées de l’Administration ou de la
direction de l’Association sans but lucratif confessionnelle dénommée
‘Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale’ » 116.
De 1960-1967, l’Association se nommait « Association des Églises
de Pentecôte » (AEP) ; de 1967- 1977, la Communauté des Églises de
Pentecôte (CEP) ; de 1977-1993, la Communauté des Églises de
116
Statuts de la 8è-Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale
(8ème CEPAC) fait à Bukavu, le 23 Août 2007, p.1.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 91
Pentecôte au Zaïre (CEPZA) ; de 1993 à nos jours, la Communauté des
Églises de Pentecôte en Afrique Centrale (8ème CEPAC).
Ce préambule nous amène à distinguer cinq grandes dénominations
par lesquelles l’ECC/8ème CEPAC est déjà passée, contrairement aux
quatre qu’épingle Menhe Mushunganya, omettant ainsi la Communauté
des Églises de Pentecôte qui intervient entre l’AEP et la CEPZA. Nous
avons consulté les documents y relatifs, notamment le P.-V. de la
réunion du C.A. de la 8e- Communauté des Églises de Pentecôte
« CEP » du 11 août 1971.
Disons que ces différentes dénominations allaient parfois de pair soit
avec le changement sur le plan national, soit avec l’indépendance que la
MLS accorda à l’Association des Églises de Pentecôte. Avec la
« zaïrianisation », elle fut dénommée en 1977 Communauté des Églises
de Pentecôte au Zaïre. Lorsque survint le vent de la démocratie, la
Communauté était amenée à élire désormais ses représentants. C’est à
cette occasion que Ruhigita Ndagora Bugwika fut remplacé par une
équipe de plus jeunes pasteurs.
2.3.4 De l’organisation de l’ECC/8ème CEPAC
La 8e- Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale
(8ème CEPAC) est une association sans but lucratif qui bénéficie de la
personnalité civile en vertu de l’arrêté royal du 30 septembre 1930 117.
Son siège social se trouve à Bukavu, sur Avenue Kasongo n°4,
Commune d’Ibanda, province du Sud-Kivu, en République
118
Démocratique du Congo . Notons ici qu’avant son déménagement à
Bukavu, la Communauté avait son siège social à Uvira.
117
Statuts de l’ECC/8ème CEPAC, p. 30. Notons aussi ici que L’ECC/8ème
CEPAC est une association sans but lucratif ; elle ne se livre pas à des
opérations industrielles ou commerciales si ce n’est qu’à titre accessoire, et elle
ne cherche pas pour ses membres un gain matériel. L’ASBL est apolitique.
118
Art. 2 des Statuts de l’ECC/8ème CEPAC.
92 Les héroïnes sans couronne
L’Association a pour objet d’aider les Églises locales autonomes
membres dans les domaines ci-après :
• Evangélisation et Vie de l’Église, Mission, Littérature et Médias
• Enseignement
• Œuvres Médicales
• Œuvres Sociales
• Développement Communautaire.
Elle est constituée pour une durée indéterminée et exerce ses
activités sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo
avec des missions à travers le monde. Les membres effectifs de
l’Association sont les Églises autonomes de l’ECC/8ème CEPAC et le
corps missionnaire.
Quant aux Églises locales et corps missionnaires, les Statuts stipulent
qu’est considérée comme Église locale, toute Église qui se conforme aux
Statuts et au Règlement d’Ordre Intérieur de l’Association. Est
considéré comme corps missionnaire l’ensemble des missionnaires
expatriés qui se conforment aux Statuts et Règlement d’Ordre Intérieur
de l’Association.
Les conditions d’entrée et celles des sorties ou d’exclusion sont
déterminées par l’Art.8, et l’Art.9 détermine les ressources et patrimoine
de l’Association.
2.3.4.1 Les structures et organes de la Communauté au niveau national
• Assemblée Générale
• Conseil d’Administration
• Comité de Contrôle
• Comité de Direction.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 93
2.3.4.1.1 Assemblée Générale
Disons qu’avec cette structure, la Communauté est
congrégationaliste, le pouvoir se trouve non pas dans les mains d’un
individu mais dans l’assemblée. L’Assemblée Générale est l’organe
suprême de l’Association. Elle est composée des Églises locales
autonomes représentées par les délégués des districts ecclésiastiques en
nombre défini par le Règlement d’Ordre Intérieur, les membres du
Conseil d’Administration, un délégué du corps missionnaire expatrié, les
invités parmi lesquels : les délégués régionaux adjoints, les chefs de
départements, cinq pasteurs retraités honorablement, les membres du
comité de contrôle autres que le président, les missionnaires nationaux et
expatriés, un responsable des jeunes, les responsables régionales des
ministères et œuvres auprès des femmes et le responsable des laïcs.
Quant à son fonctionnement, elle se réunit en session ordinaire une
fois tous les deux ans à la période qui convient le mieux à la majorité
des 2/3 des membres réunis. Elle est convoquée par le Conseil
d’Administration. L’ordre du jour est proposé par le Conseil
d’Administration et envoyé aux Églises membres et corps missionnaire
au moins 60 jours avant la date fixée pour la réunion. L’Assemblée
Générale est valablement constituée dès que se trouve réunie la majorité
simple des délégués ayant droit de vote conformément au Règlement
d’Ordre Intérieur. Elle n’examine que les points figurant à l’ordre du
jour préalablement approuvé par les délégués réunis en session. Les
travaux de l’Assemblée Générale se font en commissions et en plénière.
Les décisions de l’Assemblée Générale sont prises à la majorité simple
des membres présents ayant droit de vote, sauf pour les questions
relatives à la dissolution de l’Association ou à la modification de ces
Statuts où une majorité de 2/3 des membres effectifs est requise. Elle
choisit séance tenante son bureau composé de : un modérateur, un vice-
modérateur et quatre secrétaires-rapporteurs. Elle est présidée par le
94 Les héroïnes sans couronne
modérateur élu séance tenante ou à défaut par son vice et leur mandat se
termine à la fin des assises 119.
La session extraordinaire est convoquée par le Représentant Légal
sur demande soit du Conseil d’Administration, soit d’un tiers (1/3) des
Églises membres. L’Assemblée générale a les pouvoirs les plus étendus
pour délibérer et décider sur toutes les questions qui intéressent l’objet et
le fonctionnement de l’Association.
Ses attributions sont les suivantes : elle fixe les grandes orientations
de l’Association, approuve sur proposition du Conseil d’Administration
les Règlements d’Ordre Intérieur de différents Départements et Services
de l’Association ; elle se prononce sur les rapports de gestion présentés
par le Conseil d’Administration et sur le compte de l’exercice clos ; elle
approuve le programme et les budgets proposés par le Conseil
d’Administration ; elle élit les membres du Conseil d’Administration, du
comité de Direction, du Comité de Contrôle et entérine les résultats des
élections des responsables des délégations régionales et des districts
ecclésiastiques ; elle approuve l’adhésion de nouvelles Églises locales
membres et corps missionnaire et statue sur leur exclusion éventuelle
(cfr Art. 8 alinéa 2 des Statuts) ; elle planifie les nouveaux champs
missionnaires ; elle décide des modalités pratiques de l’affectation et de
l’aliénation du patrimoine ; elle décide de la doctrine et de la discipline
de l’Association ; elle élit les membres de la Commission Electorale
chargée de l’étude des candidatures des membres du Conseil
d’Administration, du Comité de Direction et ceux du Comité de
Contrôle 120. Commentant ce type de pouvoir, Aubrey Malphurs dit :
« Le type de gouvernement congrégationaliste donne à la
congrégation le pouvoir de prendre en charge ses propres affaires. Les
assemblées qui adoptent cette pratique affirment que l’Église est une
communauté démocratique investissant les membres ou l’assemblée de
119
Statuts de l’ECC/8ème CEPAC, p. 4.
120
Statuts de l’ECC/8ème CEPAC, p. 6.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 95
l’autorité finale. Ils reconnaissent Christ comme étant le chef de
l’Église. Ils élisent des ministres n’ayant en principe pas plus de pouvoir
que les autres membres, et mandatent un Conseil et des comités
(incluant anciens, diacres et autres) pour administrer et diriger la
majorité des affaires de l’Église » 121.
En principe, l’Assemblée Générale est le premier organe des
décisions au niveau de la Communauté. C’est au travers lui que les
grandes décisions se tiennent mais il n’est pas exempt des influences
extérieures surtout, pendant le moment de vote. C’est ce que Kyembwa
Walumona dénonce dans son livre quand il parle de grands et de petits
électeurs en dénonçant le rôle influent des missionnaires suédois dans
les grandes décisions à prendre.
2.3.4.1.2 Conseil d’Administration
Le Conseil d’Administration est l’organe de suivi de l’Association.
Il est composé de :
• Six membres élus par l’Assemblée Générale dont au moins une
femme pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois.
• Les membres du Comité de Direction
• Deux membres du Comité de Direction sortant. Toutefois, les
anciens membres du Conseil d’Administration peuvent être
invités.
• Les délégués régionaux titulaires
• Le président du Comité de Contrôle
• Deux techniciens autres que les chefs des départements proposés
à l’Assemblée Générale par la Commission des sages.
• Ils sont élus pour un mandat de quatre ans renouvelable une seule
fois.
Quant à son fonctionnement, retenons ce qui suit :
121
A. MALPHURS, op. cit., p.128.
96 Les héroïnes sans couronne
• Les réunions du Conseil d’Administration sont présidées par un
modérateur ou son vice non permanent autre que les membres du
Comité de Direction élus séance tenante.
• Il se réunit deux fois l’an en session ordinaire dont une fois avant
la tenue de l’Assemblée Générale et en session extraordinaire
autant que l’exige l’intérêt de l’Association.
• Il est convoqué par le Représentant Légal ou à la demande d’un
tiers (1/3) de ses membres.
• Il se réunit valablement à la majorité simple de ses membres.
• Les décisions sont prises à la majorité simple et en cas d’égalité
des voix, celle du modérateur est prépondérante.
Concernant ses attributions, elles sont les suivantes :
• Préparer les réunions de l’Assemblée Générale ;
• Veiller à l’application par le Comité de Direction du programme
établi par l’Assemblée Générale ;
• Approuver le rapport du Comité de Direction ;
• Recevoir les dons et legs ;
• Approuver les budgets et les comptes annuels et les soumettre à
l’Assemblée Générale pour approbation ;
• Veiller à la discipline et à l’application stricte des textes
réglementaires de l’Association ;
• Désigner sur proposition du Comité de Direction les responsables
de différents départements et services ;
• Sanctionner les membres du Comité de Direction en cas de
manquement.
2.3.4.1.3 Comité de Direction
Le Comité de Direction est l’organe exécutif de l’Association. Il est
composé de cinq membres élus par l’Assemblée Générale parmi les
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 97
délégués des Églises membres de l’Association et corps missionnaire
expatrié, si possible.
Son fonctionnement est le suivant :
• Les membres du Comité de Direction ont un mandat de
quatre ans renouvelable une seule fois.
• Un membre du Comité de Direction peut être démis de ses
fonctions en cas de manquement grave par l’Assemblée
Générale sur proposition du Conseil d’Administration.
• Le Représentant Légal représente l’Association vis-à-vis des
tiers.
• Il est secondé par le Représentant Légal Adjoint qui le
remplace en cas d’empêchement.
• Le Comité de Direction se sert de ses services techniques que
sont les Départements 122.
Dans ses attributions, notons que les cinq membres exercent une
direction collégiale des affaires courantes de l’Association ; il autorise
les actes et opérations de gestion journalière accomplies par le
Représentant Légal, tels que les nominations et les révocations du
personnel au service de l’Association ou la location des biens de
l’Association, les achats, les emprunts et prêts nécessaires au
fonctionnement de l’Association.
Dans ses attributions, le Représentant Légal peut ester en justice
pour les intérêts de l’Association, il entérine la nomination ou la
révocation d’un Révérend Pasteur ; il soumet à l’approbation du Conseil
d’Administration les nominations et les révocations des responsables de
différents Départements et services ; il surveille la gestion des
Départements et services de l’Association ; il élabore les programmes,
les budgets annuels et les soumet au Conseil d’Administration pour
approbation ; il planifie les conférences évangéliques interrégionales à
122
Statuts de l’ECC/8ème CEPAC, p.7. Dix Départements sont en œuvre au sein
de la Communauté, nous les présentons par la suite au point 1.1.15
98 Les héroïnes sans couronne
soumettre au Conseil d’Administration. Il veille au respect de la
doctrine, de la discipline et des différents textes réglementaires ; il
établit le rapport annuel de l’Association ; il élabore le règlement
financier de l’Association, procède aux inventaires physiques des biens
meubles et immeubles.
Au niveau régional, le Comité de Direction est représenté par la
délégation régionale. Aucun acte de disposition ne peut être pris par les
membres du Comité de Direction sans l’accord préalable de la majorité
des délégués des Églises membres. Pour être éligible au Comité de
Direction, les conditions suivantes doivent être remplies :
• Avoir des qualités morales et spirituelles irréprochables ;
• Être un pasteur responsable d’une Église locale autonome ;
• Avoir dirigé l’Église pendant au moins 5 ans ;
• Avoir au moins un diplôme de Graduat en Théologie ou son
équivalent ;
• Être recommandé par son Église locale autonome par le biais des
Districts et des Régions Ecclésiastiques ;
• Être âgé d’au moins 30 ans.
Les conditions d’éligibilité au poste du Représentant Légal se
trouvent dans l’Art. 50 de la Loi n° 004/2001 du 20/07/2001
réglementant l’organisation des cultes en République Démocratique du
Congo :
• Être âgé d’au moins trente (30) ans ;
• Être sain d’esprit ;
• Être d’une bonne moralité ;
• N’avoir pas été condamné à une peine privative des libertés
supérieures à 5 ans ; les condamnations couvertes par la
réhabilitation ou par une amnistie ne sont toutefois pas prises en
considération ; justifié d’un diplôme d’études supérieures,
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 99
universitaires ou d’un niveau équivalent en matières religieuses
délivrées par un établissement agréé 123.
Le mode d’élection : les cinq (5) membres du Comité de Direction
sont élus au suffrage universel une seule fois. Leur position dans le
comité de Direction est déterminée par consensus.
2.3.4.1.4 Comité de Contrôle
Enfin, le Comité de contrôle est composé de neuf membres dont un
président, un vice-président et un responsable par Région Ecclésiastique.
Tout membre d’une Église locale de la 8ème CEPAC est éligible en
fonction de ses compétences en la matière.
Les membres de ce comité travaillent sous mandat du Conseil
d’Administration ; leur mandat est de quatre ans renouvelable une seule
fois.
C’est à la demande du Conseil d’Administration que le Comité
procède :
• A la vérification des comptes du Comité de Direction et des
différents Départements et Services ;
• Au contrôle de conformité des affectations des fonds ;
• Au suivi du règlement financier annuel du patrimoine de
l’Association ;
• A toute autre tâche lui confiée par le Conseil d’Administration ou
à la demande du Comité de Direction.
2.3.4.2 Sur le plan de l’organisation régionale
• Le Conseil Exécutif Régional
• La Délégation Régionale
• Le District Ecclésiastique
• L’Église locale
123
Statuts de la 8ème CEPAC, pp. 7 à 9.
100 Les héroïnes sans couronne
2.3.4.2.1 Conseil Exécutif Régional
Le Conseil Exécutif est l’organe suprême de la Région ; il est
composé du Délégué Régional et de son adjoint. Les responsables des
Districts Ecclésiastiques sont : un délégué (Pasteur responsable) pour
chaque Église locale autonome membre de l’ECC/8ème CEPAC dans la
région ; un délégué du corps missionnaire expatrié œuvrant dans la
région ;
Des invités parmi lesquels figurent :
• Les responsables de différents services œuvrant dans la région.
• Les missionnaires nationaux et expatriés œuvrant dans la région.
• Dix pasteurs retraités honorablement.
Quant au fonctionnement, il est convoqué et dirigé par le Délégué
Régional ou son adjoint en cas d’empêchement. Il se réunit une fois les
deux ans en session ordinaire et en session extraordinaire chaque fois
que les circonstances l’exigent.
Dans ses attributions, il approuve les budgets de la délégation
régionale, propose pour entérinement par l’Assemblée Générale les
responsables des Districts Ecclésiastiques, approuve l’ordre du jour
proposé par la Délégation Régionale, règle les différends entre les
Églises dans la région ; examine les demandes d’agrément de nouvelles
Églises à soumettre à l’Assemblée Générale, élit le Délégué Régional et
son adjoint qui seront entérinés par l’Assemblée Générale et veille à la
doctrine et à la discipline de l’Association. La Région Ecclésiastique est
constituée des Églises locales autonomes regroupées dans une ou
plusieurs provinces administratives dont le Conseil Exécutif Régional et
la Délégation Régionale 124.
124
Annexe II, Liste des Églises de l’ECC/8ème CEPAC réparties en Régions
Ecclésiastiques.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 101
2.3.4.2.2 Délégation Régionale
La Délégation Régionale est l’organe exécutif de l’Association au
niveau de la région. Elle est composée du Délégué Régional et son
adjoint élus par les délégués des Églises locales autonomes membres
dans la région. Quant à son fonctionnement, le Délégué Régional est
secondé par le Délégué Régional adjoint qui le remplace en cas
d’empêchement. Les membres de la Délégation régionale ont un mandat
de quatre ans renouvelable une seule fois.
Ses attributions sont entre autres : il représente le Comité de
Direction au niveau régional ; exerce d’autres pouvoirs qui lui sont
expressément conférés par le Comité de Direction, et ce par mandat
spécial; convoque le Conseil Exécutif Régional ; élabore le programme
des activités en région ; se prononce sur toutes les décisions prises dans
les Districts Ecclésiastiques ; élabore le budget à soumettre au Conseil
Exécutif Régional ; organise les conférences évangéliques et veille au
respect strict de la doctrine et la discipline et des différents textes
réglementaires.
Les conditions de son éligibilité sont ainsi nommées : être un pasteur
instruit, compétent, expérimenté et cultivé avec la dignité d’un homme
de Dieu pour représenter valablement l’Association auprès des autorités
civiles, militaires et autres organismes publics ; avoir dirigé une Église
locale pendant au moins cinq ans ; avoir un niveau d’au moins 6 ans de
formation biblique dans une institution acceptée par l’ECC/8ème CEPAC
ou d’une autre institution biblique partageant la même doctrine ; avoir
des qualités morales et spirituelles irréprochables.
Concernant son financement, le bureau de la Délégation Régionale
fonctionne avec les cotisations de cinq pourcent (5%) des Églises locales
autonomes.
2.3.4.2.3 District Ecclésiastique
Le District Ecclésiastique est un conseil qui regroupe les Églises
d’une même entité géographique déterminée par le Règlement d’Ordre
102 Les héroïnes sans couronne
Intérieur. Il est composé des Églises locales autonomes membres et des
corps missionnaires œuvrant dans le District, ainsi que des services
œuvrant dans le District Ecclésiastique.
Quant à son fonctionnement, il est dirigé par un comité de District
composé d’un pasteur responsable de District, de son vice, d’un
Secrétaire et de deux Conseillers qui travaillent bénévolement. Il se
réunit au moins deux fois l’an en session ordinaire et en session
extraordinaire chaque fois que l’exige l’intérêt du District. Le mandat
des membres du Comité de District est de quatre ans renouvelable.
Ses attributions sont entre autres : organiser les échanges entre les
Églises ; organiser des retraites et des conférences évangéliques ;
arbitrer les conflits dans les districts ecclésiastiques et faire rapport à la
Délégation Régionale ; assurer la bonne marche et la croissance de
l’Église et des œuvres socio- évangéliques ; veiller au respect de la
doctrine, de la discipline et des différents textes réglementaires de
l’Association ; désigner les délégués aux assises de l’Assemblée
Générale selon le quota déterminé par le Règlement d’Ordre Intérieur ;
élire les membres du Comité de District et veiller à l’exécution des
décisions de l’Assemblée Générale et du Conseil Exécutif Régional.
Pour y être élu, il faut entre autres :
Être pasteur aux qualités morales et spirituelles, instruit, compétent,
expérimenté et cultivé avec la dignité d’un homme de Dieu pour
représenter l’association auprès des autorités civiles, militaires et autres
organismes publics. Avoir une formation d’au moins quatre ans d’études
bibliques dans une institution acceptée par l’ECC/8ème CEPAC et avoir
dirigé une Église pendant au moins cinq ans.
Le Règlement d’Ordre Intérieur définit l’Église locale de l’ECC/8ème
CEPAC comme une assemblée d’au moins cinq cents (500) membres
baptisés, réguliers et prouvant des possibilités financières nécessaires
pour son fonctionnement. Elle doit disposer d’un bâtiment (Église) en
matériaux durables sur un terrain cadastré et se trouvant à une distance
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 103
de plus ou moins cinq kilomètres d’une autre (en milieu rural) et de deux
(2) kilomètres (en milieux urbains ou urbano-rural) en tenant compte de
la carte géo-ecclésiastique tracée par le Département de l’Evangélisation
et Vie de l’Église avec la Délégation Régionale.
Elle doit aussi disposer des cadres préparés spirituellement,
intellectuellement et avoir au moins cinq anciens au moment de son
agrément par l’Assemblée Générale.
2.3.4.2.4 L’Église locale
L’Église autonome doit être approuvée par l’Assemblée Générale sur
proposition de l’Église-mère par le biais du District Ecclésiastique, de la
Délégation Régionale, du Comité de Direction et du Conseil
d’Administration après un essai de deux ans. En parlant du corps des
missionnaires expatrié, nous entendons les missionnaires officiellement
invités par l’ECC/8ème CEPAC et recommandés par leurs Églises
respectives. 125
Notons que la plupart des Églises autonomes ne réalisent pas les cinq
cents membres, certaines même manquent de beaux bâtiments lors de la
consécration de leurs pasteurs et restent dans des Églises en paille. Il
revient aux autorités de la Communauté de faire respecter les textes qui
gèrent l’Église de Dieu pour ne pas tomber dans le risque que court
notre pays qui a de très beaux textes qui restent des lettres mortes à
cause de leur non applicabilité. D’autant plus qu’elle est appelée à
servir de modèle en sa qualité de lumière et sel de ce monde.
La décision de la dissolution de l’Association ne peut être prise en
Assemblée Générale que par une majorité de deux tiers (2/3) des
délégués des membres effectifs. En cas de dissolution de l’Association,
le patrimoine sera affecté à une association poursuivant le même objet.
Le Règlement d’Ordre Intérieur atténue la teneur de cette disposition des
Statuts en stipulant qu’au moment de la dissolution, l’Assemblée
125
Règlement d’Ordre Intérieur de l’ECC/8ème CEPAC, p. 3.
104 Les héroïnes sans couronne
Générale constitue une commission spéciale pour étudier les modalités
de l’affectation du patrimoine 126.
Les Statuts ne peuvent être modifié ou amendé à l’Assemblée
Générale que sur une majorité de 2/3 de membres effectifs de
l’Association 127.
2.3.5 Les départements de l’ECC/8ème CEPAC 128
L’ECC/8ème CEPAC collabore avec les Départements ci-après :
• Evangélisation et Vie de l’Église qui organise les missions,
l’évangélisation, les médias et l’aumônerie ;
• L’Education Chrétienne qui supervise l’Ecole du dimanche, la
littérature, les Ecoles bibliques, la jeunesse et le laïcat ;
• L’Enseignement Maternel, Primaire, Secondaire et
Professionnel ;
• L’Enseignement Supérieur et Universitaire regroupant les
Instituts Supérieurs et les Universités ;
• Les Œuvres Médicales, dans lesquelles on trouve : Coordination
des centres et postes de santé, les Pharmacies, les Hôpitaux et
centres hospitaliers et les Instituts des techniques médicales ;
• Le Développement communautaire avec un Bureau des Projets,
un secteur pour le Développement et un autre pour
l’Autofinancement ;
126
Règlement d’Ordre Intérieur de l’ECC/8ème CEPAC, p. 12.
127
Les statuts a été signés le 28 août 2007 par 688 personnes dont plus de 90 %
des Révérends Pasteurs et pasteurs de l’ECC/8ème CEPAC.
128
C’est au quatrième chapitre que nous abordons la place de la femme dans les
départements de l’enseignement primaire, secondaire et universitaire, ce choix
se justifie par le fait que l’éducation reste un des défis majeurs pour un
leadership féminin performant, la Communauté a le devoir d’y mettre une
emphase pour la pleine participation des femmes et filles dans les organes de
décision.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 105
• Les Œuvres sociales avec la Diaconie et l’Education non
formelle dans lesquelles nous trouvons les Foyers sociaux et
l’Alphabétisation ;
• Femmes et familles ;
• Finances 129.
2.3.6 Place de la femme dans les différents organes
Les huit organes de décision de l’Association au niveau national et
régional sont l’Assemblée Générale, le Conseil d’Administration, le
Comité de Contrôle, le Comité de Direction, le Conseil Exécutif
Régional, la Délégation Régionale, le District Ecclésiastique et l’Église
locale autonome.
Au niveau de l’Assemblée Générale, il y a une femme dans le
Conseil d’Administration, quelques chefs de départements, quelques
femmes missionnaires, les responsables régionales de ministère et
œuvres auprès des femmes. Hormis le fait que le délégué du corps
missionnaire est une femme, une seule femme a le droit de vote parce
que le reste est constitué d’invités. Au niveau du Conseil
d’Administration, il y a une place pour au moins une femme coulée sous
forme des lois qui garantissent la représentativité féminine. Toutefois,
par rapport aux hommes, elle reste minoritaire : une femme sur six
hommes. Alima Muzaliwa, membre du Conseil d’Administration pour
les quatre ans en cours, nous a répondu comme suit à la question de
savoir combien des femmes sont présentes dans le Conseil
d’Administration : « moi seule » ; en plus les hommes regrettent même
cette présence féminine au sein de ce conseil. Une fois, la question leur
était posée d’augmenter le nombre de femmes dans cet organe. Voici
leur réaction : « Alima seule suffit, elle l’embrouille seule ; imaginez la
129
Règlement d’Ordre Intérieur de la 8ème CEPAC, pp. 1-3.
106 Les héroïnes sans couronne
situation si elles étaient à deux ou trois !» 130. Cette peur de l’autre ne
résout pas le problème, mais elle élargit davantage le fossé. Les hommes
devraient comprendre que la femme est leur partenaire privilégié et que,
pour une complémentarité dans les tâches, sa présence dans les organes
de prise de décision est importante. C’est aussi au nom de la justice que
cela doit être fait, car nous prêchons que Dieu est juste et nous appelle à
pratiquer la justice (Mi 6, 8).
Le Comité de Contrôle entrevoit une petite ouverture pour la
femme ; mais les tenants du pouvoir ne veulent pas l’exploiter pour cet
intérêt, parce que c’est le seul qui privilégie la méritocratie (compétence
en la matière) à la place de la responsabilité pastorale comme critère de
choix. Toutefois, nous nous demandons pourquoi l’absence féminine se
constate en son sein alors que les qualités féminines sont vantées dans le
domaine de gestion ? Christophe Stueckelberger de l’Université de Bâle,
dans sa conférence sur « Vaincre la Corruption : c’est possible », affirme
que les femmes sont moins corrompues que les hommes ; elles ont
tendance à penser plus pour l’ensemble d’une communauté que les
hommes, il faut donc leur donner plus de pouvoir de gérer les
institutions autant qu’on le fait aux hommes 131. Vaincre la corruption
est une des voies pour arriver à la paix durable qui mène au
développement. Nous le rappelons ailleurs en ces termes :
« Des qualités féminines ont été relevées comme socle de la paix
durable dans l’Église et la nation : la patience, la douceur, la
compassion, l’amour de l’autre, le dévouement figurent parmi
elles. En sa qualité de mère et d’épouse, la femme a une
compétence et une originalité à mettre au profit du service de la
130
ALIMA Muzaliwa, interview accordée à Panzi Bukavu dans son bureau du
CFF, le 28 mai 2010.
131
C. STUECKELBERGER, Conférence animée en G3 FASE de l’UPC du 13
au 17 novembre 2010 sur le thème : « Vaincre la corruption, c’est possible ».
Christophe STUECKELBERGER est professeur d’Ethique à l’Université de
Bâle en Suisse.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 107
paix, sa vocation est celle de tenter de briser le cercle de solitude
où s’est enfermé l’homme avec les valeurs dures de la virilité :
l’affirmation de soi, l’esprit de domination et de conquête. La
part des femmes est celle d’œuvrer pour une civilisation plus
humaine donnant priorité à la vie (qu’elle porte et qu’elle doit
préserver), au dialogue et à l’amour, cet amour qui est don de
soi et ouverture aux autres. Pour y arriver, les femmes doivent
rester femmes, c’est-à-dire elles doivent promouvoir les vertus
féminines et éviter de vouloir faire l’homme, c’est-à-dire singer
le mâle dans ce qu’il a de pire : ‘ égoïsme, dureté, esprit de
domination’ » 132.
Un des grands défis pour les femmes est celui de ne pas imiter les
tendances masculines, mais de faire prévaloir les qualités féminines pour
donner naissance à une société nouvelle fondée sur les valeurs.
Dans les autres organes et structures, les femmes sont reléguées au
second plan. A cause de leur absence dans le ministère pastoral, une des
manières polies de les consoler est de prévoir la clause selon laquelle les
responsables des différents services œuvrant dans la Région se
retrouvent dans la catégorie des invités ; le ministère et œuvres auprès
des femmes compte aussi parmi ces services
Malgré leur présence très réduite dans ces différents organes, les
femmes de l’ECC/8ème CEPAC s’organisent à partir de l’Église locale,
des Axes et des Districts, jusqu’au niveau régional et national par des
activités liées aux enseignements dispensés à d’autres femmes, des
prières, des visites internes et externes, l’entraide mutuelle dans le but de
contribuer à rendre témoignage aux autres et de soutien, des rencontres
des districts et axes mais aussi d’évangélisation. Dans certaines Églises,
la parole ne leur est pas donnée dans l’assemblée, sauf pour le
témoignage et quelquefois la prière ; cela ne les décourage pas à se
132
NGONGO Kilongo Fatuma, Femme et paix dans la ville de Bukavu de 1996
à 2006, Réflexion Théologique, Kinshasa, EDUPC, 2009, pp.148, 149.
108 Les héroïnes sans couronne
rencontrer entre elles et à faire parfois quelques œuvres de grande
envergure 133. Ces éléments sont autant de preuves de leur leadership, car
elles sont capables de dépasser les limites et d’agir au nom et du côté de
leur libérateur Jésus-Christ. La projection de l’ECC/8ème CEPAC pour
les dix ans à venir qui entrevoit entre autres l’expansion de l’Evangile de
Christ dans le monde entier en utilisant les charismes de chaque croyant,
est prometteuse.
2.3.7 La vision de l’ECC/8ème CEPAC
La vision de l’ECC/8ème CEPAC, pour les dix ans à venir, exprimée
dans les quatre langues nationales de notre pays est le fruit d’une
concertation de l’équipe dirigeante de l’ECC/8ème CEPAC en
collaboration avec les facilitateurs venus des Églises de la Suède et de la
Tanzanie, entre autres, Gunnar Swahn, Bengt Klingberg et Jackson
Kaluzi et les Églises locales de l’ECC/8ème CEPAC sur presque toute
l’étendue de la RDC. Des séminaires et ateliers sur les thèmes du
leadership, Église et Démocratie, Gender ont alimenté les échanges
ayant abouti à la proposition de la déclaration de la vision de l’ECC/8ème
CEPAC. Nous donnons ici la traduction française qui est stipulée
commu suit.
La Déclaration de la vision de l’ECC/8ème CEPAC. « La CEPAC doit
être une Communauté des Églises vivantes, unies et émergeant d’un
leadership performant, dans l’expansion de l’Evangile de Christ dans le
monde entier et utilisant le charisme de chaque croyant (membre) ».
133
L’observation faite dans l’Église de Bandalungwa/ Kinshasa de l’ECC/8ème
CEPAC pendant notre période d’enquête du 17.10.2010 au 12.12.2010 nous a
fait découvrir que dans cette Église les femmes ne sont consacrées que comme
Diaconesses, à part ça elles chantent, elles témoignent mais elles ne peuvent
prêcher que dans le groupe des femmes. Toutefois, elles font preuve d’un
dynamisme sans pareil en organisant même des conventions de toutes les
femmes de la région Ouest, c’est une preuve d’un leadership performant qui doit
être imité mais aussi renforcé pour une éclosion de ce vent à d’autres Églises et
Districts provinciaux de la Communauté.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 109
Cinq grands thèmes composent cette déclaration :
1. Les Églises doivent rester vivantes ;
2. Elles doivent être unies ;
3. Elles doivent faire preuve d’émergence d’un leadership
performant ;
4. Elles visent l’expansion de l’Evangile de Christ dans le monde
entier ;
5. Elles doivent utiliser les charismes de chaque membre.
Ces cinq thèmes sont en même temps des défis à relever pour la
Communauté.
La déclaration ainsi libellée signale l’avenir de l’ECC/8ème CEPAC
pour les dix ans à venir : 2005 à 2015. Il s’agit donc de la vision de
l’avenir de l’ECC/8ème CEPAC. Parlant de cet objet, Blanchard et Miller
disent : « Une vision devient irrésistible si elle attise en vous la passion.
Elle dit à tous ceux qui travaillent avec vous qui vous êtes, où vous allez
et ce qui détermine vos actions ». 134 Les autorités de l’Église sont-elles
passionnées pour ce rêve ? Le leadership consiste à prendre les
personnes là où elles sont et à les conduire ailleurs, une des priorités du
dirigeant est de s’assurer que son équipe sait où il va. A la question de
savoir si les membres de la Communauté connaissent la vision,
Banyene Bulere répondit que les moyens pour sa diffusion sont encore
attendus 135. Toutefois, en voyant le cheminement que la Communauté
avait pris pour sa définition, les séminaires sur le Développement
Organisationnel dans presque toutes les provinces où la Communauté
travaille, trente-sept sessions ont été organisées à l’intention de tous les
leaders de l’ECC/8ème CEPAC, lesquelles sessions furent réparties en
deux phases. Selon Burafiki Kituli, la première phase n’avait pas abouti
mais la seconde apportera quelques changements à l’ECC/8ème CEPAC,
134
K. BLANCHARD et M. MILLER, op.cit., p. 42.
135
BANYENE Bulere, Représentant Légal de la 8ème CEPAC, Interview
accordée dans son bureau à Bukavu, le 02.10. 2010.
110 Les héroïnes sans couronne
notamment, l’adoption des textes adaptés aux réalités du moment dans
notre pays, le renforcement des capacités des leaders des Églises et des
départements de l’ECC/8ème CEPAC, le renforcement du processus de la
démocratisation dans les Églises, la consolidation progressive au sein de
l’ECC/8ème CEPAC et l’ouverture des discussions franches sur des
136
questions du gender, du tribalisme, de la confiance mutuelle…
Quant à l’utilisation des charismes de chaque membre, il a souligné
que les charismes des femmes sont souvent bloqués par le système ou la
coutume. Il émet le vœu de voir les différentes structures de
l’association faciliter tous ses membres, les femmes et filles y
comprises, en créant un climat de respect mutuel et d’acceptation pour
que les compétences des unes et des autres soient mises à profit pour la
propagation de l’Evangile libérateur en vue de l’irruption du royaume
de Dieu. Les dirigeants de certaines Églises restent un blocage à cette
manifestation pour des raisons égoïstes, ils ne créent pas un climat
favorable, a-t-il renchéri 137.
Répondant à la question de savoir la place qu’occupe la femme dans
cette vision, Banyene Bulere a montré que « les cinq points qui
contiennent la vision de l’ECC/8ème CEPAC ne les excluent pas.
L’Église ne peut être vivante qu’en tenant compte des talents de tous et
toutes. L’unité de l’Église implique tous ses membres, hommes, femmes
et enfants. Le leadership performant reconnaît que les femmes ont des
talents qu’il faut utiliser ; s’agissant de l’expansion de l’Evangile dans le
monde, les femmes et les hommes doivent travailler ensemble pour que
le monde entier soit touché par la Bonne Nouvelle de Jésus. Le point
cinq met l’accent sur l’utilisation des charismes de chaque membre » 138.
Les membres du Comité de Direction expliquent ces 5 points cités ci-
haut à fond tout en proposant ce qui suit dans l’utilisation de
charisme : « Identifier les charismes et aptitudes des membres dans
136
R. BURAFIKI Kituli, Mémoire cité, pp. 73-74.
137
BANYENE Bulere, Interview citée.
138
Idem.
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 111
l’Association, mettre la personne à la place qu’il faut pour l’édification
du corps du Christ (Eph.4.11), impliquer les différentes ressources dans
la gestion en tenant compte des dons spirituels et enfin le respect mutuel
et la considération mutuelle tel que nous recommande Phil.2.2-3 » 139.
Vu ce qui précède, l’ECC/8ème CEPAC est appelée à éviter la
discrimination sous toutes ses formes: sexuelles, raciales, tribales et
sociales afin de permettre la matérialisation de sa vision et de faire
éclore tous les talents de ces membres pour la construction du Royaume
de Dieu.
2.3.8 Conclusion partielle
Ce chapitre parle des origines du pentecôtisme et de l’ECC/8ème
CEPAC. Bibliquement, l’origine du pentecôtisme est tirée dans Ac 2, 1-
4. Historiquement, elle provient de deux réveils religieux du XXème S,
celui de Topeka à Kansas avec Charles F. Parham en 1901 et celui
d’Azusa Street à Los Angeles avec William J. Seymour en 1906. Il se
developpa en Europe sous l’action d’un pasteur norvégien méthodiste
d’origine anglaise Thomas B. Barratt en 1906 et fut introduit en France
par l’anglais Douglas Scott en 1930. Déjà en 1910, il se diffusa en
Afrique entre autres par B.H. Bhengu. Au Brésil, deux missionnaires
suédois d’origine baptiste Daniel Berg et Gunner Vingren et un
évangéliste italo-américain Luigi Franceston en furent des pionniers
depuis 1911.
En Suède, le mouvement pentecôtiste a pris naissance dans trois
villes dont Skövde, Örebro et Arvika au cours des années 1906-1907.
Lewi Pethrus, pasteur d’une Église baptiste suédois est l’un des
pionniers de ce mouvement.
Déjà en 1907, les premiers missionnaires partirent en Chine, en
1911, d’autres se dirigèrent vers l’Amérique Latine et au Brésil. En
139
BANYENE Bulere, BARHALWIRA Bantunzeko, MIRUHO Gombera et als,
op.cit., p.114.
112 Les héroïnes sans couronne
1916, Samuel et Lina Nyström furent consacrés et envoyés par l’Église
de Philadelphie. Avant, les Églises pentecôtistes Suédoises travaillaient
avec l’Union des Églises Baptistes mais après 1913, elles s’organisèrent
pour suivre le modèle biblique où les missionnaires étaient envoyés par
leurs Églises locales. Jusqu’à ce jour, tout était centralisé par l’Église de
Philadelphie se trouvant à Stockholm.
La visite de Gunnerius Tollefsen était une opportunité pour les
Suédois de venir au Congo. Les Églises de Kalsborg, Gävle, Elim,
Smyrna sont celles qui en premier lieu s’engagèrent pour l’œuvre au
Congo. En avril 1921, le couple norvégien Gunnerius Tollefsen, Hanna
Veum et le Suédois Axel B. Lundgren commencèrent leur voyage et
arrivèrent à Uvira le 22 juin. Il leur était permis de travailler à
Kalembelembe à Fizi. Puisque les catholiques s’y opposèrent, ils
partirent à Sebatwa. Les habitants étant très hostiles à leur égard, ils y
quittèrent après cinq mois, ils rentrèrent à Uvira en juillet 1922. Dès là,
ils partirent à Bukavu via Uvira et Kamanyola. Toujours en 1922, une
autre délégation des dix missionnaires suédois arriva à Uvira quand
Axel B. Lundgren était déjà à Bukavu. Lemuel Karlsson rejoignit le
groupe d’Axel Lundgren et Tollefsen pour le voyage vers Masisi. Les
autorités les ayant informés que la population de Masisi n’était pas
nombreuse, Tollefsen retourna et dépassa Bukavu jusqu’à Kaziba où il
commença la Mission Pentecôtiste Norvégienne. Axel B. Lundgren et
Lemuel Karlsson continuèrent pour un temps l’œuvre à Masisi mais
décidèrent de rentrer à Uvira pour prêter main forte à leurs coéquipiers
qui y restaient et laissèrent Masisi à des missionnaires pentecôtistes
américains. Ce champ sera récupéré encore une fois en 1926 par les
missionnaires suédois.
Au début de la MLS, les femmes ont joué un rôle important au point
où le mouvement de Pethrus était dénommé le mouvement des femmes à
cause de leur présence active comme évangélistes et missionnaires, mais
Histoire du pentecôtisme et de l’ECC/ 8ème CEPAC 113
au fur et à mesure que le mouvement prenait de l’importance, leur rôle
était réduit à l’école de dimanche et au culte de soir.
Un constat a été fait par rapport à la place de la femme congolaise
dans la mission. Celle-ci n’avait pas répondu sitôt à l’Evangile comme
l’homme, ce qui l’avait exclue non seulement du ministère même de la
formation, comparativement aux hommes qui, une fois acquis pour
l’Evangile, avaient facilement accès aux études. Les femmes ont été
baptisées avec un grand retard, et même après leur baptême, leur avenir
n’était pas clairement tracé. C’est après des dizaines d’années que
certains foyers sociaux ont été créés pour leur encadrement. Pendant
l’époque missionnaire, celles de la RDC n’étaient pas évangélistes, les
enseignantes étaient rares, contrairement à celles de la Communauté
évangélique de l’Ouest qui ont réclamé déjà à partir de 1887 une
formation analogue à celle des hommes.
La MLS a rencontré de difficultés d’ordre administratif, sanitaire,
économique et socio-spirituel. Elle les a surmontés grâce à la prière, à
son attachement à la cause du Christ et à son interdépendance avec les
chrétiens restés en Suède. Parmi les outils utilisés pour faire connaître
l’évolution du travail de la mission, notons le journal Evangelii Haröld
et l’hebdomadaire Dagen, plustard IBRA Radio.
Après la MLS, la Communauté avait porté d’autres dénominations
dont L’Association des Églises de Pentecôte, la Communauté des
Églises de Pentecôte, la Communauté des Églises de Pentecôte au Zaïre
et la Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale.
L’ECC/8ème CEPAC est une Association sans but lucratif qui
bénéficie de l’arrêté royal du 30 septembre 1964 ; son siège social se
trouve à Bukavu. Elle a pour but d’aider les Églises locales autonomes
membres dans l’Evangélisation et la vie de l’Église, la mission, la
littérature et le média, l’enseignement, les œuvres médicales et sociales
ainsi que dans le développement communautaire. Elle a une durée
indéterminée et exerce ses activités sur toute l’étendue de la RDC avec
114 Les héroïnes sans couronne
des missions dans le monde. Elle est composée des structures et organes
suivants au niveau national et régional : Assemblée Générale, C.A.,
Comité de Contrôle et le Comité de direction ; le Conseil Ecclésiastique,
la Délégation Régionale, le District Ecclésiastique et les Églises locales.
Elle collabore avec les départements suivants : Evangélisation et Vie de
l’Église ; Education Chrétienne, l’Enseignement maternel, primaire et
Secondaire ; Enseignement Supérieur et Universitaire ; Œuvres sociales,
Œuvres médicales, le Développement Communautaire, Femmes et
familles et Finances.
De 11 Églises laissées dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, l’ECC/8ème
CEPAC, après presqu’un siècle, compte plus de 724 Églises dans toutes
les provinces de la RDC avec d’autres champs missionnaires en dehors
du pays.
Quant à la place de la femme dans ces différentes structures, nous
pourrons dire qu’elles sont reléguées au second rang. Au niveau
national, dans l’Assemblée Générale, elles sont représentées par la
femme qui est membre du C.A., les autres femmes y sont à titre des
observatrices. Parmi elles nous citons les femmes responsables des
départements et services, les présidentes des femmes dans les provinces.
Dans les organes régionaux, elles sont des observatrices et sont dans les
réunions comme des invitées sans voix de vote. Toutefois, elles ne se
fatiguent pas, elles s’organisent à partir des Églises locales, des axes et
Districts pour s’enseigner, prier ensemble, s’entraider mutuellement, se
visiter et soutenir les pasteurs ainsi que les nécessiteux. Elles font le
service de l’Église, et restent une force active. Leur leadership n’est pas
dans le positionnement mais dans le service.
3
LE CONCEPT DE LEADERSHIP
3.1 Introduction
Le concept-clé de notre étude est le leadership en général et le
leadership féminin en particulier. Le leadership est l’un des grands défis
pour ce 21ème siècle. John MacArthur constate que « le monde et
l’Église font actuellement face à une crise du leadership ». 140 Cette crise,
qui est très accentuée en Afrique, a pour corollaire les crises
multiformes, à la suite desquelles les leaders sont vomis par leurs sujets.
Le peuple dit clairement : « tel président doit partir. » C’est le cas de la
Lybie qui a connu des grands soulèvements populaires contre son ancien
Président Mouhamar Kadhafi; celui de la Côte d’Ivoire où Laurent
Gbagbo a cédé la chaise à son remplaçant après des scènes
d’humiliation. Quant à la RDC, elle vient de réélire Joseph Kabila
Kabange pour son deuxième mandat, il est à noter l’insatisfaction d’une
catégorie de la population qui attendait plus à la suite des promesses
non–réalisées sur les cinq chantiers et des rumeurs d’une élection
truquée. « L’émission dialogue inter-congolais » affirme que les espoirs
du peuple sont tombés par rapport au rendement des députés
provinciaux qui ont plus servi les intérêts de leurs partis que ceux de leur
140
J. MACARTHUR, Le leadership. Les caractéristiques du leader spirituel,
Québec, Publications chrétiennes Inc., 2008, p.17.
116 Les héroïnes sans couronne
base 141. Le regard rétrospectif sur les 21 ans de la démocratisation du
pays n’est pas encourageant comme en témoigne les propos ci-après de
l’Abbé Mugaruka : « Sur les 383 partis politiques, il n’y a que 10 qui
détiennent les projets de société. Ces partis sont des coquilles vides qui
veulent seulement conquérir le pouvoir» 142. Il s’avère qu’en RDC, seule
la politique paie bien, raison pour laquelle les Congolais créent des
partis politiques qui sont plus alimentaires plutôt que des associations
des personnes décidées de travailler pour le peuple. Cette crise qui
s’observe dans le monde politique a des répercussions même dans
l’Église. Les antivaleurs comme la corruption, le tribalisme entrent dans
les critères de choix des dirigeants ecclésiastiques dans certaines
communautés. Il y a donc nécessité d’une relecture de la parole de Dieu
afin de découvrir les vrais critères de choix des leaders d’excellence,
capables de suivre le modèle de Jésus.
3.2 Définition du concept de leadership
Notre quête est de découvrir le leadership, en sondant son sens
étymologique, sa connotation spécifique et ses différentes facettes. Nous
cherchons à savoir ce qu’il peut ne pas être, avant de nous atteler à ses
différents styles et à la place que la vision y occupe.
3.2.1 Sens étymologique
Leadership est un mot d’origine anglo-saxonne. Il est formé du verbe
« to lead » et du suffixe « ship ». Le verbe to lead signifie : mener,
conduire, guider quelqu’un à un endroit, guider par la main, montrer le
chemin, marcher le premier, en tête ; ramener la conversation sur un
141
Emission du dialogue Inter congolais du jeudi 21 avril 2011 à 4h 30 heure de
Kinshasa.
142
Emission du dialogue Inter congolais du mardi, 26 avril 2011 à 4h30, heure
de Kinshasa.
Le concept de leadership 117
sujet, tenir, induire, porter, pousser quelqu’un à faire quelque chose,
amener, mener la danse, le chant … 143
Le suffixe « ship » ajouté au mot leader vient de l’adjectif
anglais « chipper » qui signifie : chargeur, expéditeur de marchandise
par mer, affréteur. Pris séparément du concept « leader », ship signifie
embarquer (d’une cargaison), enrôler (d’équipage), mettre à bord,
envoyer, expédier (des marchandises) ; etc… 144 Ce deuxième concept
fait allusion au verbe entraîner dans un mouvement, dans une activité,
dans la conception de quelque chose, soit un groupe, un laboratoire.
Dans la définition de ce terme apparaissent deux principaux vocables
allemands ; le premier est « Beeinflussung von Verhalten » qui veut dire
« influence » des comportements. Le second est « Zielorientierung » qui
indique la direction prise en suivant un certain nombre des objectifs. 145
Le leadership est le fait de chercher à influencer le comportement
des gens ; mais c’est aussi se fixer une direction permettant d’atteindre
un certain objectif. C’est également aussi pousser quelqu’un à faire une
chose, guider quelqu’un à un endroit ; mener un groupe de gens d’une
étape à une autre, influencer un groupe de gens à poursuivre un objectif
donné, pousser quelqu’un à sortir d’une situation vers une autre. Amener
un groupe de gens à suivre quelqu’un pour un objectif donné.
Ainsi, un leader est une personne en position d’autorité qui est
responsable des résultats de ceux qui sont placés sous sa direction. 146 Il
est une personne à laquelle les autres se référent ; une personne qui fait
que les choses se réalisent. En bref, un leader est une personne qui mène
les autres, qui les sert. Il est leur modèle. Le leadership englobe
l’ensemble des qualités d’un dirigeant.
143
P. COLLIN, H. KNOX et al., Harrap’s Shorter, Dictionnaire Anglais-
Français/ Français-Anglais ; la Bible de dictionnaire bilingue, London, éd.
Harrap Limited, 1982, pp. 459-460.
144
Ibid., p.743.
145
F. ASSLÄNDER et A. GRÜN, Spirituel führen mit Benedikt und der Bibel,
Münsterschwarzach, Vier-Türme Gmb-H-Verlag, 2007², p.19.
146
K. BLANCHARD et M. MILLER, op. cit., p. 16.
118 Les héroïnes sans couronne
3.2.2 Sens spécifique
Alan Keith, cité par Kouzes et Posner, dit que « le leadership
consiste à créer un chemin pour le peuple afin de contribuer à faire
apparaitre quelque chose d’extraordinaire »147. Burns James MacGregor,
de son côté, définit le leadership comme le fait qui implique les suiveurs
afin qu’ils s’imprègnent des valeurs et des motivations - leurs désirs et
leurs besoins, leurs aspirations et leurs attentes - des leaders et du groupe
(suiveurs). La spécificité du leadership est de lier la manière dont les
leaders voient et suivent leurs désirs et ceux de leur groupe, les valeurs
et les motivations. 148
Retenons que le leadership est avant tout le service qu’un leader rend
à son groupe, dans l’humilité mais avec courage et détermination pour
un changement positif de la vie des gens du groupe. Pour y arriver, le
leader doit faire preuve des valeurs sans lesquelles son travail sera voué
à l’échec. Parmi ces valeurs figure la prise de responsabilité spirituelle
que tout dirigeant doit développer en suivant les traces de Jésus-Christ.
3.3 Leadership transformationnel et transactionnel
Burns établit une distinction entre leaders transactionnels et leaders
transformationnels. Les premiers voient leurs collaborateurs avec un
regard de quelqu’un avec qui on peut négocier et collaborer tandis que le
second se retrouve parmi les leaders visionnaires. Ils sont des agents de
développement et de transformation. 149 Ces deux leaders ont chacun des
147
J. M. KOUZES and B.Z. POSNER, The Leadership Challenge, 4th Edition,
San Francisco, Jossey-Bass, 2007, p.3.
148
B. J. MACGREGOR, Leadership, New York, Harper et Row, 1998, pp.19-
28. « I define leadership as leaders inducing followers to act for certain goals
that represent the values and the motivations - the wants and needs, the
aspirations - of both leaders and followers. And the genius of leadership lies in
the manner in which leaders see and act on their own and their followers’ values
and motivations. »
149
J.M. BURNS, Leadership, New York, Harper Collins, 1978, cf.
http://www.infed.org/leadership/traditional leadership.htm, du 2 janvier 2007
Le concept de leadership 119
caractéristiques propres : le premier stimule son groupe au travail
(accorde des primes et récompense les efforts), en mettant un accent sur
la performance des mérites, attentif aux intérêts personnels
correspondant à ceux du travail. Le leader de changement ou
transformateur remonte le niveau de l’attention et la prise de conscience
sur la signification et la valeur des sujets (individus), sur les objectifs
fixés et la manière de les atteindre. Il aide les individus à transcender
leurs intérêts propres pour la cause de ceux de toute l’équipe, celle de
l’organisation ; il modifie aussi le niveau des besoins des individus et
développe l’étendue de leurs désirs et de leurs besoins. 150
Pour Bass et Burns, les deux styles ne sont pas opposés ; on doit les
considérer comme deux approches qui s’attirent mutuellement. Dans le
leadership, certains sont intéressés par le travail d’équipe (Meredith
Belbin, Shu) ; d’autres voient dans le leader un catalyseur de
changement (Warren Bennis, James Kouzes and Barry Posner, and
Stephen R. Covey), et d’autres trouvent en lui un visionnaire stratégique
(Peter Senge et Shu) 151.
La ligne de démarcation entre ces trois orientations n’est pas claire et
reste un sujet de débat entre les chercheurs mais ces différents aspects
forment le corps de matériaux que l’on peut classer comme porteurs de
changement. Le leader a de l’autorité, celle-ci n’est pas « un pouvoir
sur » seulement mais « un pouvoir avec » et « pour » les gens ; ce qui
favorise plus l’interdépendance dans les relations que la domination et la
dépendance. Soulignons que l’autorité est une qualité essentielle pour un
leader, mais elle doit être exercée pour le bien du groupe. Toutefois, en
parlant pouvoir, on fait allusion à la force, à la capacité, à la possibilité
et aux moyens de soumettre et l’autorité est cette capacité d’influencer
dans le sens que l’on veut en ayant la possibilité de recourir à la
150
P. WRIGHT, Managerial Leadership, London, Routledge, 1996, p.213.
151
http://www.infed.org/leadership/traditional leadership.htm, du 2 janvier 2007
120 Les héroïnes sans couronne
contrainte 152. Notre choix est plus sur l’influence que les autres termes
connexes.
Trois sources d’autorité sont identifiées : celle provenant de la
tradition, dans ce cas, le plus âgé, l’ainé, le fils du chef,… exercent une
certaine autorité sur les autres ; celle venant de la loi, des statuts, des
actes de nomination qui donnent le pouvoir à certaines personnes pour
telle responsabilité ; et enfin la source charismatique qui est la forme du
pouvoir découlant d’un ensemble d’attributs personnels. Entre autres
sources, nous citons : la richesse, la compétence technique, la force
physique ou intellectuelle,…
Max Weber avait traité, à fond, la question du charisme dans le
domaine du leadership en parlant des leaders autoproclamés suivis des
gens en détresse à cause de leurs talents ou dons particuliers pour aider
les autres à sortir de la crise. 153 Gerth et Mills remarquent que de tels
leaders gagnent de l’influence parce qu’ils sont considérés comme ayant
les dons particuliers pouvant aider les autres à sortir de leur misère. 154
L’habilité/le savoir-faire, la personnalité et la présence sont un aspect
des qualités du charisme, mais l’origine du charisme qui est la misère
des gens est aussi importante à analyser. C’est celle-ci qui les pousse à
se tourner vers des figures qui semblent les soulager, mais le risque est
cette dépendance des suiveurs vis-à-vis du leader ; ce respect qui frise la
révérence et la confiance aveugle qui ne tarde pas de changer ; quand
leur espoir bascule, les suiveurs n’hésitent pas à se rétracter et à chercher
un autre leader. Quant au leader, une fois hissé, il peut refuser de
descendre. Le manque de sens de responsabilités des suiveurs les amène
à une démission qui les entraîne plus à l’attentisme qu’au
développement.
152
ÉGLISE DU CHRIST AU CONGO, Secrétariat Provincial du Sud-Kivu,
Guide d’information et de formation des formateurs en Leadership : Expérience
de l’ECC Sud-Kivu, Juin 2002, p. 25.
153
H.H. GERTH et C.MILLS, From Max Weber. Essays in Sociology, London,
Routledge, 1991, pp. 51-55.
154
Ibid.
Le concept de leadership 121
3.4 Le leadership et la fonction
Pour bien comprendre ce qu’est un leader, il nous faut saisir ce qu’il
n’est pas. Les gens confondent souvent le leadership et le titre ; Maxwell
montre que le véritable leadership ne peut être ni décerné, ni désigné, ni
attribué. Il n’émane que de l’influence, et celle- ci ne peut pas être
mandatée. Elle doit être gagnée. La seule chose qu’un titre peut offrir,
c’est un peu de temps, soit pour accroître votre niveau d’influence, soit
pour le gommer 155.
Le leader doit se demander, quelle que soit sa compétence : pourquoi
est-ce que je dirige ? S’il dirige avec l’intention de servir ses
collaborateurs et son organisation, il aura un comportement différent de
celui qui dirige pour se servir lui-même. Blanchard et Miller proposent
une question cruciale que chaque leader devrait se poser : « Suis-je un
leader qui sert ou un leader qui se sert ? » 156 La réponse à cette question
détermine le genre de leader. Rappelons encore que le vrai leadership
n’a rien à voir avec le niveau hiérarchique.
A la question de savoir ce que fait le leader, Jack et Suzy Welch
répondent par les huit traits suivants :
• Le leader améliore constamment son équipe. Pour y arriver, il
exploite toute rencontre comme occasion d’évaluer, de coacher et
de renforcer l’assurance de chacun.
• Le leader fait en sorte que tout le monde connaisse sa vision, la
vive et l’applique.
• Le leader se met en phase avec tous les membres du personnel,
son énergie positive et son optimisme sont contagieux.
• Le leader instaure un climat de confiance par la franchise, la
transparence et la reconnaissance des mérites de tous.
155
C.J. MAXWELL, op. cit., p. 36.
156
K. BLANCHARD et M. MILLER, op. cit., p. 33.
122 Les héroïnes sans couronne
• Le leader a le courage de prendre des décisions impopulaires et
de suivre son instinct.
• Le leader sonde et questionne chacun avec une curiosité qui frise
le scepticisme. Il s’assure que l’on répond à ses questions par des
actes.
• Le leader donne envie, par son exemple, de prendre des risques et
d’apprendre.
• Le leader sait fêter la victoire. 157 Ces huit règles sont prises
comme des lois chez les Welch.
Kouzes et Posner abondent presque dans le même sens que les
Welch et proposent, pour la réalisation des choses extraordinaires dans
une organisation, les cinq pratiques suivantes pour un leadership
exemplaire dont : « montrer le chemin, inspirer une vision partagée,
défier la procédure, rendre capable/aider les autres à acter/faire et
encourager/fortifier le cœur » 158. Ces cinq pratiques se retrouvent,
implicitement, dans les traits donnés par les Welchs.
John MacArthur donne les caractéristiques du leadership spirituel.
En plus de ses prédécesseurs, il souligne que le leadership n’a rien à
voir avec la personnalité et le charisme. De ce fait, un leader n’est pas
quelqu’un qui dirige avec une main de fer. Le vrai leadership vient
d’une source beaucoup plus profonde. S’appuyant sur le chapitre 27 des
Actes des Apôtres, les deux épitres aux Corinthiens et Actes 6, 1-7, cet
auteur présente ces 26 caractéristiques du vrai leader :
Un leader est digne de confiance, un leader prend l’initiative, a
du jugement, parle avec autorité, fortifie les autres, est optimiste
et enthousiaste, ne fait jamais de compromis avec l’Absolu, met
l’accent sur les objectifs plutôt que sur les obstacles, enseigne
157
J. et S. WELCH, Mes conseils pour réussir (traduit de l’Anglais par Emily
BORGGEAUD, Larry Cohen et Michel Le Search), Paris, Nouveaux Horizons,
2005, pp. 67- 82.
158
J. M. KOUZES and B.Z. POSNER, op. cit., pp. 3-26.
Le concept de leadership 123
par l’exemple, cultive la fidélité, éprouve l’empathie pour les
autres, a toujours bonne conscience, est catégorique et décidé,
sait quand il faut changer d’avis, n’abuse pas de son autorité, ne
renonce pas à son rôle devant l’opposition, est sûr de son appel,
connaît ses limites, est solide, est passionnée, est courageux, a du
discernement, est discipliné, est plein d’énergie, sait déléguer, un
leader ressemble à Christ 159.
L’auteur s’inspire de la vie de Paul comme un des grands leaders
spirituels de tous les temps.
Bien que Ken Blanchard et Mark Miller abordent le sujet dans le
cadre de l’entreprenariat, leur compréhension du leadership n’est pas
très différente de celle de John MacArthur du fait qu’ils privilégient le
service à rendre aux clients comme condition de succès pour toute
entreprise. Ils ont à la base de leur ouvrage l’acronyme « servir » avec
ces 6 préceptes pour les managers 160 ; leurs idées principales nous
intéressent du fait qu’elles rejoignent la recommandation de Jésus à tous
ceux et celles qui veulent devenir grands : ils doivent être le serviteur
des autres. Leur acronyme s’explique ainsi :
• S comme signalez l’avenir ;
• E comme engagez les personnes et faites-les grandir ;
• R comme réinventez sans cesse ;
• V comme valorisez les résultats et les relations ;
• I comme incarnez les valeurs et
• R pour réfléchir toujours.
John MacArthur rappelle que tout dirigeant chrétien, y compris le
gérant dans une usine de gadgets, l’entraineur de football et l’instituteur
dans une école publique - doit se rappeler que le rôle d’un dirigeant est
159
J. MACARTHUR, op. cit., p.6.
160
K. BLANCHARD et M. MILLER, Comment développer son leadership, 6
préceptes pour les managers, Paris, Nouveaux Horizons, 2OO5, p. 11.
124 Les héroïnes sans couronne
une responsabilité spirituelle, et les gens qu’il dirige sont une charge
d’intendance qui lui a été confiée par Dieu, et dont il devra rendre
compte. 161 Toute personne en situation d’autorité est appelée à
développer un authentique leadership, efficace et humain, qui
bénéficiera à ceux qui l’entourent et à lui-même. Le leader n’est pas là
pour commander mais pour servir.
J. Collins, suivant les pas de Blanchard et Miller, identifie quelques
traits des caractères présents chez les PDG d’entreprises de
l’excellence 162, qualifiés des entreprises améliorées par C.J. Mahaney 163.
Le premier est qu’ils parlent plus de leur entreprise et de la contribution
des autres membres de l’équipe dirigeante, mais refusent toute
discussion sur leurs propres mérites. Ils n’aiment pas attirer l’attention
sur eux-mêmes mais vantent constamment la contribution des autres.
Les qualités qui les dominent sont décrites ainsi par leurs employés :
« calme, humble, modeste, réservé, timide, affable, aux manières
douces, effacé, discret, ne croyant pas un mot des coupures de presse à
son sujet » 164. Collins montre que ces PDG de l’excellence n’ont jamais
cherché à devenir des super héros. Ils n’ont jamais aspiré à être mis sur
un piédestal ou à devenir des idoles inaccessibles. Ils étaient des gens
ordinaires produisant tranquillement des résultats hors du commun 165.
Mahaney, commentant l’ouvrage de Collins, souligne plus
clairement deux traits caractéristiques dans le chef de ces dirigeants qui
sont : l’entreprenariat et la modestie. Ils sont prêts à tout endurer pour
mener leur entreprise à la réussite. Ils sont tous effacés et modestes. Plus
loin, Collins montre que le leadership des entreprises de l’excellence ne
161
J. MACARTHUR, op. cit., p.6.
162
J. COLLINS, De la performance à l’Excellence. Devenir une entreprise
leader (traduit de l’anglais par Agnès Prigent), Paris, Nouveaux Horizons, 2006,
p.27.
163
C. J. MAHANEY, L’Humilité. La vraie grandeur, Montréal, Sembeq, 2008,
p.20.
164
J. COLLINS, op. cit., p.28.
165
Ibid.
Le concept de leadership 125
se limite pas seulement à l’humilité et à la modestie mais il est,
également, fait d’une détermination féroce à mettre en place tout ce qui
est nécessaire pour accéder à l’excellence 166. L’exigence des résultats les
hante. Celle-ci demande que l’on tienne aussi compte des critères
objectifs dans le choix des collaborateurs et que l’on ne confonde pas
l’humilité à la faiblesse mais qu’elle soit prise comme une vraie
grandeur comme le décrit Mahaney dans son livre : « L’Humilité, la
vraie grandeur. » La possession de cette vertu contribue au respect du
leader et inspire la confiance des gens. Elle est donc nécessaire pour tout
leader qui veut vivre en suivant le modèle par excellence de Jésus.
Mélanie Yowa Ekofo, dans sa prédication ayant pour thème « Jésus est
le modèle pour les humains », préconise que chaque leader est appelé à
servir les autres dans l’humilité à l’exemple de Jésus-Christ, notre
Seigneur 167. Notons que ces vertus peuvent être acquises par la culture
au prix de sacrifices énormes.
Pour sa part, Anthony D’Souza distingue deux types des leaders. Les
excellents et les médiocres ; les premiers sont ouverts aux idées et
suggestions des membres de leur groupe, ils les encouragent; ils placent
leur confiance en eux, les respectent et valorisent leurs travaux; ils
communiquent et échangent avec eux, ils les amènent à faire une auto
évaluation en insistant sur le niveau élevé de performance que le groupe
devait atteindre tandis que les médiocres sont indécis, toujours très
occupés pour écouter ou donner conseil, ils ont leur haute idée de la
division du travail,… C’est à eux que revient l’honneur en cas de
réussite, ils motivent par la crainte et les menaces, ils sont avilissants et
ont des propos ambigus… 168. Toutefois, il ouvre une voie de sortie pour
les derniers qui peuvent s’améliorer par l’apprentissage.
166
C. J. MAHANEY, op. cit., p. 20.
167
M. YOWA Ekofo, Prédication faite au culte matinal du 21 avril 2011, à la
Cathédrale Protestante du Centenaire. Le thème de sa prédication en lingala était
« Yesu, modèle ya biso bato ».
168
A. D’SOUZA, Leadership. Être leader (traduit de l’anglais par Paul
Komba), Kinshasa, Paulines Publications Africa, 2008, pp. 19-21.
126 Les héroïnes sans couronne
Les éléments précités montrent le souci qui doit guider tous les
leaders à tous les niveaux et les amener à l’excellence. Ce qui fait que le
leadership est une science et un art. Dans sa fonction, le leadership se
confond un peu avec certaines autres fonctions et certains concepts
comme le management, l’entreprenariat, la connaissance, le pionnier et
la position sociale. Maxwell, parlant de ces cinq éléments, les qualifie de
mythes concernant le leadership.
3.4.1 Leadership et management
Il est reconnu qu’il y a quelques années, les livres qui prétendaient
traiter du leadership portaient souvent en fait sur le management. La
principale différence entre les deux est que le leadership consiste à
influencer les gens pour qu’ils suivent, alors que le management se
concentre sur le maintien des systèmes et des processus. Le meilleur
moyen de tester si une personne peut être un leader plutôt qu’un simple
manager est de lui demander de créer un changement réel. Les managers
sont capables de poursuivre une direction, mais pas de la changer. Mais
le leader influence pour un changement. 169
Pour A. D’Souza, le management peut être considéré comme une
section spéciale du leadership qui considère comme importante la
réalisation des objectifs d’une organisation 170. Il s’avère que dans le
management, on suit le planning et la budgétisation, l’organisation et le
pouvoir (le staff), le contrôle et la résolution des problèmes ; il y a une
prévision de production et l’ordre à suivre tandis que, dans le leadership,
on établit la direction en développant la vision pour le futur ; le groupe
est organisé en lui communiquant la direction par les mots et les actions,
la motivation et l’inspiration. Ici, la base est renforcée en éliminant les
barrières pour répondre à ses besoins ; le changement est produit
souvent dans un degré élevé. Mamy Raharimanantsoa nous met en garde
169
J. C. MAXWELL, op. cit., pp. 36- 37.
170
A. D’SOUZA, op. cit., p.26.
Le concept de leadership 127
qu’en faisant le lien entre le rôle du leader et celui du manager ou de
l’expert, cela peut prêter à une confusion, car tous les managers ne sont
pas des leaders, et les leaders ne sont pas non plus tous des managers 171.
3.4.2 Leadership et entreprenariat
Certaines personnes peuvent penser que tous les vendeurs, les
commerçants, les entrepreneurs sont des leaders. D’ailleurs, au Sud-
Kivu et, plus particulièrement, à Bukavu, ils sont quelque fois invités
dans de grandes réunions avec les autorités provinciales et sont, souvent,
consultés pour les grandes décisions. Cela peut être dû au fait qu’ils
peuvent donner leur argent pour résoudre tel ou tel autre problème. Mais
en réalité, un leader est une personne qui est suivie par des gens, alors
que ceux-ci peuvent acheter les biens de ces entrepreneurs sans les
suivre. Au mieux, il est capable de les persuader pour un moment, mais
il n’exerce aucune influence à long terme sur eux. Un entrepreneur peut
aussi être leader. L’exemple de Blanchard et Miller le montre bien.
D’ailleurs, ils conseillent de rechercher une forme supérieure de
leadership, celle qui ne se fonde pas sur le pouvoir ou sur la hiérarchie,
mais qui naît d’un cœur mis au service des autres. Ce genre de leader est
une source d’inspiration pour tous ceux qui le connaissent. 172 Mobutu
Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga le disait pour son cher parti, le
MPR. Mais, il ne l’appliquait pas dans ses actions : « MPR égale servir,
se servir non !» Le leader excellent, peu importe ce qu’il fait, est appelé
à appliquer ce fameux slogan que nous transformons ainsi : « Bien
diriger égal servir, se servir non ! ».
171
M. RAHARIMANANSTOA, http:/www.infed.org/leadership/traditional
leadership.htm, du 2. janv. 2007.
172
K. BLANCHARD et M. MILLER, op. cit. , p. 124.
128 Les héroïnes sans couronne
3.4.3 Leadership et connaissance
Parlant de la connaissance, Sir Francis Bacon dit : « La
173
connaissance, c’est le pouvoir » . La plupart des gens croyant que le
pouvoir est l’essence du leadership, en déduisent que ceux qui sont en
possession de la connaissance et de l’intelligence sont des leaders. Mais
ce n’est pas automatiquement vrai. 174 Rappelons que, pour être leader, il
faut qu’il y ait des gens qui suivent. Toutefois, si les gens suivent un
leader qui a la connaissance, c’est un plus valu pour lui s’il la met au
profit de son groupe.
3.4.4 Leadership et pionnier
Une autre idée est celle de croire que quiconque est en tête d’un
cortège est un leader. Être le premier n’est pas toujours la même chose
qu’être un meneur. Il peut arriver qu’on soit à la tête d’une organisation
sans une vision partagée avec les autres personnes. Pour être un leader,
une personne n’a pas seulement besoin d’être en position de direction,
mais elle doit avoir des gens qui suivent intentionnellement et agissent
conformément à sa vision.
3.4.5 Leadership et position sociale
Le leadership n’est pas basé nécessairement sur la position sociale.
Stanley Huffy affirma : « Ce n’est pas la position qui fait le leader, mais
c’est le leader qui fait la position. » 175 Nous avons déjà dit que le
leadership n’émane que de l’influence, et celle-ci ne peut être mandatée
mais gagnée. La position sociale ne fait qu’accroître le leadership. Le
vrai leader, même après avoir quitté la position sociale, conserve son
influence.
173
J.C. MAWXELL, op.cit., p. 37.
174
Ibid., p. 38.
175
J.C. MAWXELL, op.cit., p.38.
Le concept de leadership 129
Disons que le management, l’entreprenariat, la connaissance, le fait
d’être pionnier et la position sociale peuvent accroître ou effacer le
leadership de quelqu’un. On n’est pas automatiquement leader parce
que l’on a telle position sociale dans la vie, quand on connaît beaucoup
de choses, ou quand on se trouve à la tête d’une entreprise ou une
mission, mais si et seulement si on est capable d’influencer un groupe
des gens qui adhèrent à la vision et suivent. C’est pourquoi Harry A.
Overstreet dit : « L’essence même de tout pouvoir d’influencer réside
dans l’obtention de la participation de l’autre personne » 176.
3.5 Style de leadership
Ferdinand Mushi Mugumo distingue trois styles proéminents qui
varient sur un continuum pour bien réaliser le travail dans un groupe et y
maintenir la satisfaction. Il s’agit du: style autocratique, participatif et du
laisser-faire. 177
Le style autocratique est hostile à la participation, le dirigeant
travaille seul en tirant toutes les ficelles organisationnelles, ses décisions
sont non consultatives. Il travaille avec autorité et se comporte comme
un commandant, seul capable de récompenser et de punir. Il se conduit
en dictateur. L’hypothèse sous-adjacente à ce style est que les
subordonnés doivent être dirigés et orientés à chaque étape 178. Il n’a pas
d’affectivité et de générosité à l’égard de ses employés. Il centralise tout.
De fois sa sévérité cache son incompétence ; ce qui le pousse à humilier
ses collaborateurs.
Le style démocratique ou participatif est une forme de gestion qui
favorise les consultations et les échanges avec les subordonnés et tient
compte de leurs opinions et suggestions pour la prise de décision et des
176
Ibid., p. 41.
177
F. MUSHI Mugumo, Les organisations, théories, stratégies et Leadership,
Kinshasa, Médiaspaul, 2006, pp.182-183.
178
ÉGLISE DU CHRIST AU CONGO, Secrétariat Provincial du Sud-Kivu,
Rapport cité, p.36.
130 Les héroïnes sans couronne
initiatives du groupe. Le travail se fait en équipe. Le pouvoir est
décentralisé, l’autorité considère ses collaborateurs et délègue parfois
son pouvoir.
Le style du laisser-faire est aussi appelé libéral. C’est une technique
de gestion qui facilite et exploite au maximum l’intelligence,
l’ingéniosité, l’esprit d’initiative et d’innovation des lieutenants et des
subordonnés. Le rôle du leader consiste simplement à fournir les moyens
nécessaires et à faciliter la réalisation des idées de ses subalternes. Il est
souvent utilisé / recommandé dans les centres de recherches et des
organisations sophistiquées, surtout lorsqu’il s’adresse à des personnes
jouissant d’une compétence, d’une moralité et d’une expertise sans
faille. Dans d’autres cas, il sème le désordre et crée un vide de pouvoir
qui occasionne plusieurs abus au niveau des subalternes à cause du haut
niveau de l’autonomie et de l’indépendance dans la fixation des objectifs
et dans la réalisation.
Les trois styles décrits ci-dessus sont utiles selon les contextes. Il
revient au leader de les utiliser suivant les différentes circonstances dans
lesquelles il se trouve. En fonction de l’analyse d’une situation donnée,
cinq attitudes peuvent être adoptées par le leader : prendre seul la
décision, consulter individuellement chaque membre, consulter tous les
membres en groupe ; faciliter la prise de décision par le groupe sans
l’influencer outre mesure, déléguer la décision au groupe et le laisser
prendre la décision, quitte à lui fournir l’information et les ressources
requises.
Stephen Robbins constate que beaucoup de managers échouent
comme leaders parce qu’ils négligent d’adapter leur style de leadership à
la culture de leurs collaborateurs. Les leaders ne peuvent pas choisir leur
style de leadership en fonction de leur seul bon vouloir. Ils sont limités
par l’environnement culturel dans lequel ils ont été socialisés et ce que
leurs subordonnés attendent. Par exemple, un style manipulateur ou
autoritaire est compatible avec les sociétés qui se caractérisent par de
Le concept de leadership 131
grandes inégalités de pouvoir - celles des pays arabes et de l’Amérique
du Sud, par exemple. Les leaders arabes doivent faire preuve de dureté
et d’autorité. Se montrer gentil ou généreux sans y avoir été invité peut
être perçu comme un signe de faiblesse. Selon Stephen Robbins, la
participation sera la plus efficace dans des pays qui valorisent l’égalité,
comme la Norvège, le Danemark, la Finlande et la Suède 179. Il est aussi
recommandé aux leaders de prendre en compte les attentes des
collaborateurs, y compris dans leur propre pays si ces collaborateurs ont
été élevés dans une autre culture. Pour la RDC, il nous revient de définir
notre propre style qui sera aussi adapté à notre population.
Retenons que l’efficacité du leadership dépend de tout un mélange
de facteurs. Fred E. Fiedler en voit deux en parlant du leadership et du
degré auquel la situation accorde au leader l’influence et le contrôle.
Trois choses importantes sont à souligner. Il s’agit, d’abord, de la
relation entre les leaders et ses partisans (disciples, employés, etc.) : si
les leaders sont aimés et respectés, il est probable qu’ils aient le soutien
des autres.
Ensuite, sur la structure de la tâche : si la tâche (activité) est bien
expliquée clairement par rapport aux objectifs, méthodes et le standard
de performance, alors il est probable que les leaders soient capables de
fournir des efforts pour influencer.
Enfin, la position de pouvoir/autorité : l’influence du leader
augmente si le groupe ou l’organisation lui accorde le pouvoir pour la
réalisation de certaines tâches 180.
La plupart des théories du leadership ont un biais américain ; elles
ont été développées aux Etats-Unis par des Américains, autour des
problématiques américaines. Elles mettent l’accent sur les
responsabilités du collaborateur plutôt que sur ses droits ; elles
179
S. ROBBINS, Bien diriger son équipe, (traduit de l’Anglais par Emily
BORGEAUD), 2ème édition, Paris, Nouveaux Horizons, 2009, pp. 79-80.
180
F. E. FIEDLER et J.E. GARCIA, New Approaches to Effective Leadership,
New York, s.e., 1987, pp. 51- 67.
132 Les héroïnes sans couronne
valorisent l’hédonisme plutôt que le dévouement à une tâche ou la
motivation altruiste ; elles font l’hypothèse de la nature centrale du
travail et des valeurs démocratiques ; elles mettent davantage l’accent
sur la rationalité que sur la spiritualité, la religion ou la superstition. Ces
hypothèses n’ont pas une valeur universelle. Par exemple, elles sont en
profond décalage avec l’Inde, qui met beaucoup plus l’accent sur la
spiritualité. Elles ne décrivent pas non plus le Japon, où le système se
préoccupe de veiller à ce que les collaborateurs puissent « sauver la
face ». Et elles ne s’appliquent pas à la Chine où il est acceptable
d’humilier des collaborateurs en public 181. L’adaptation est très
importante pour un leadership efficace. Pour la RDC, nous proposons
une démocratie vécue par un engagement au changement, le règne
dictatorial de Mobutu dans lequel la population congolaise a évolué
pendant 32 ans ne peut pas s’intégrer facilement à la démocratie. D’où la
lutte acharnée de la culture de médiocrité par celle de l’excellence,
porteuse des valeurs humaines et morales, que la Société civile
congolaise au travers ses actions cherche à implanter dans les mentalités
congolaises. Cette culture repose sur le respect rigoureux des textes
juridiques nationaux et internationaux qui gèrent le pays et devra se
concrétiser par un engagement sérieux de l’Etat à ses responsabilités à
l’égard de ses concitoyens et par une rigueur dans la gestion de la chose
publique pour sauver la situation de la RDC.
3.6 La place de la vision dans le leadership
Kouzes et Posner constatent que toute organisation, tout mouvement
social commence par une vision. La vision, c’est la force qui
créée/invente le futur. 182 C’est dans cette optique qu’Osée dit : « Mon
peuple périt faute de vision » (Os 4, 6). Sans vision, le peuple tourne en
rond. Par la vision, les événements ne doivent pas forcer la main mais ils
181
S. ROBBINS, op. cit., p. 80.
182
J. M. KOUZES and B.Z. POSNER, op. cit., p. 17.
Le concept de leadership 133
doivent être prévus. De sa part, Serge Mbay Kabway voit qu’« il n’y a
pas de leadership sans vision » 183.
Dieu étant à la recherche des femmes et des hommes capables de
donner des solutions aux problèmes spirituels, matériels et moraux que
rencontrent les gens dans leurs vies quotidiennes, il se choisit des
femmes et des hommes visionnaires capables de transcender leurs
limites pour soulager la misère de leurs semblables. C’est ainsi que
Daniel Kawata définit la vision comme une réponse aux problèmes ; elle
a trois dimensions qui sont proactive, préventive et effective 184. Dans la
première, les problèmes sont anticipés ; dans la deuxième, certains sont
bloqués et dans la dernière, ils sont résolus.
Les visionnaires sont appelés à représenter Dieu dans ce qu’ils font
et ce qu’ils sont ; ils doivent être caractérisés entre autres par: leurs
paroles (considérées comme des semences plantées sur la bonne terre),
ils se posent des questions (qui leur ouvrent des perspectives à venir) ;
ils ont un esprit qui s’adapte aux enseignements (ils croient à la parole
de Dieu), leur imagination est puissante (ils ont une approche positive de
leur avenir), ils tiennent comptent des critiques positives (pour
s’améliorer), ils sont interdépendants (l’esprit d’équipe les caractérise),
ils ne se limitent pas aux idées mais agissent ; ils ont la motivation
interne, le courage ; ils sont considérés comme la bonne terre sur
laquelle une fois la semence semée produit abondamment ; ils sont
capables d’utiliser ce qu’ils ont dans leurs mains pour réaliser de
grandes choses 185. Ces valeurs une fois acquises font la force de la
vision. Dieu en est l’inspirateur. Certains leaders de la Bible étaient de
183
S. MBAY KABWAY, « Vision et formation, intelligence et compétence dans
la vision », in Séminaire de BIG (Business Integrity and Gouvernance) organisé
à Shaumba du 06. au 09 avril 2011 ;
184
D. KAWATA, « Comment être un visionnaire en Afrique », in Séminaire de
BIG organisé à Shaumba du 06 au 09 avril 2011.
185
P. CAMDEN, « La nature d’un visionnaire », in Séminaire de BIG organisé à
Shaumba du 06 au 09 avril 2011.
134 Les héroïnes sans couronne
grands visionnaires, c’est le cas d’ Abraham, Moïse, Deborah,... A leur
suite, nous citerons Gandhi, Jeanne d’Arc, mère Teresa,…
Dans l’histoire des Etats-Unis, Luther King est un des grands
visionnaires. Il a eu une vision sur l’Amérique, qu’il a su partager le 23
août 1963 dans son discours « I have a Dream ». James M. Kouzes et
Barry Z. Posner commentant l’ambiance de la salle à la fin du discours,
disent : « Les cris et les applaudissements prouvent que la vision de
King n’était pas seulement sa vision. C’était la vision du peuple. C’était
une vision partagée » 186.
Maxwell préconise que, pour qu’une équipe atteigne son potentiel,
chaque joueur doit être prêt à subordonner ses objectifs personnels au
bien de l’équipe. 187 Les grandes visions précédent les grandes
réalisations ; seule la grande vision va nous aider à ne pas nous laisser
décourager, ni intimider.
Robbins constate que « pour réussir, il ne suffit pas d’avoir une
vision mais qu’il faut amener les autres à se l’approprier. » 188 Jack et
Suzy Welch conseillent ce qui suit : « Quel que soit votre domaine
d’activité, partagez inlassablement les connaissances ; adoptez une
attitude positive et communiquez autour de vous, ne vous laissez jamais
traiter en victime ». 189 Les connaissances dont ils parlent peuvent bien
être cette vision que nous sommes appelés à connaître, à saisir et à
partager pour de grands succès comme leader. Nos deux auteurs utilisent
trois verbes d’action pour préciser ce qu’un leader doit faire par rapport
à la vision : connaître (avoir), vivre (amener les autres à) et appliquer
(s’approprier) la vision en parlant d’elle sans cesse. Richard Wagener le
clarifie par ces quatre étapes importantes qui permettent de passer de la
vision à la réalité :
186
J.M. KOUZES et B.Z. POSNER, op. cit. , pp. 137-141.
187
C.J. MAXWELL, Réussir avec les autres, Découvrez les principes
relationnels qui fonctionnent pour vous à tous les coups, p.18.
188
S. ROBBINS, op. cit., p. 74.
189
J. WELCH et S. WELCH, op. cit., p. 7.
Le concept de leadership 135
• Garder la vision vivante en faisant face aux découragements ; aux
désespoirs, aux obstacles en prenant des décisions qui renforcent
la vision.
• Se rassurer que sa vision est claire et déterminée en restant en
parfaite communion avec Dieu et en sachant la raison pour
laquelle Dieu nous a créés ;
• Articuler clairement la vision, la connaître et la communiquer
aux autres clairement afin de collaborer avec eux ;
• Réexpliquer la vision après 28 jours pour que le groupe se la
rappelle et se l’approprie. 190 Après avoir fixé la vision, le leader
doit la vivre et la faire vivre.
Toutefois, Jack et Suzy Welch retiennent qu’un des problèmes les
plus courants est que les dirigeants communiquent la vision à leurs
collaborateurs les plus proches mais que ses conséquences ne sont
jamais exprimées de façon tangible aux gens du terrain 191. Nous faisons
ici appel à leur sens d’intégrité qui consiste aussi à aimer dans l’action.
En ce qui concerne l’ECC/8ème CEPAC, sa vision doit être
communiquée à toutes les occasions possibles : pendant les prédications,
les enseignements, les séminaires, les rencontres des jeunes, des
femmes, voire pendant les rencontres des enfants qui ont un certain âge
pour qu’ils se l’approprient. Un budget spécial n’est pas très opportun
pour ce faire, la volonté et la détermination de ceux et celles qui ont
contribué à sa définition peuvent déjà donner un bon résultat.
Cependant, un manque de désir et de motivation de réussir, la peur du
changement et celle de prendre des risques, être attaché à son passé,
l’ignorance et le manque de connaissance, le fait de manquer à saisir
certaines opportunités constituent des blocages pour toute vision.
190
R. WAGENER, « La vision et sa suite », in Séminaire de BIG (Business,
Integrity and Governance) organisé au lycée Shaumba du 06 au 09. 04.2011
191
J. et S. WELCH, op. cit. , p. 70.
136 Les héroïnes sans couronne
L’ECC/8ème CEPAC n’en est pas épargnée. Elle peut aussi utiliser
ces clés pour y remédier en examinant honnêtement sa situation présente
(examen de ses faiblesses pour les régler), en gardant à l’esprit que
l’avenir exige un changement, savoir qu’elle ne s’auto-suffit pas mais
qu’elle est toujours appelée à innover, en étendant ses connaissances
pour dépasser ses limites (garder un œil observateur, échanger avec
d’autres personnes, lire de plus en plus,…), en s’imaginant ce qu’elle
doit devenir, ne se contentant pas de ce qu’elle est, elle doit apprendre à
écrire ce qu’elle fait pour une amélioration.
3.7 Le leadership de Jésus de Nazareth
En parlant de Jésus de Nazareth, nous le distinguons du Jésus-réel et
du Jésus-Christ. John-Paul Meier montre que le Jésus historique n’est
pas le Jésus réel, il n’est qu’une reconstruction fragmentaire et
hypothétique du personnage, obtenue grâce aux moyens modernes de la
recherche. Ses fragments qu’on va assembler, les sources primaires de
notre connaissance sur ce Jésus historique sont les 4 évangiles et les
écrits de Josèphe » 192. Notre propos vise la figure historique de Jésus de
Nazareth.
3.7.1 La personne de Jésus
L’historien juif du premier siècle de notre ère, originaire de
Palestine, Josèphe témoigne à propos du ministère public de Jésus juste
avant de déclarer qu’il fut condamné par Pilate à la crucifixion, sur la
dénonciation de chefs juifs, le fait que Jésus était un sage et un maître
qui attirait à lui un grand nombre de gens, il accomplissait des
192
J.P. MEIER, Un certain juif Jésus. Les données de l’histoire, Tome I, Les
sources, les origines, les dates, la parole et les gestes, (traduit de l’anglais par
Jean-Bernard DEGORCE, Charles EHLINGER et Noël LUCAS), Paris, Les
Editions du CERF, 2005, p.39.
Le concept de leadership 137
miracles. 193 Ce témoignage corrobore avec celui des évangiles qui
présente Jésus comme un thaumaturge et le classe dans une position
supérieure à celle des prophètes et des maîtres de son temps. En effet,
Jésus se présente sous un quadruple rôle, Il est :
« le prophète des derniers temps qui allaient bientôt arriver mais
qui, d’une certaine manière étaient déjà présents dans son
ministère ; le rassembleur de l’Israël des derniers temps, avec
ses douze tribus symbolisées par le groupe des douze disciples
qu’il avait constitué autour de lui ; le maître qui enseignait à la
fois des vérités morales et donnait des instructions détaillées sur
l’observance de la loi mosaïque (par exemple, le divorce) ; et
enfin mais, ce n’est pas le moins important ; l’exorciste et le
guérisseur des maladies, dont on disait même que, à la manière
d’Elie et Elisée, il avait ressuscité des morts » 194.
De tous ces éléments, c’est l’accomplissement de miracles qui
contribua probablement le plus à le mettre en évidence et à le rendre
populaire sur la scène publique et, en même temps, à susciter l’inimitié
en haut-lieu, au point où nous pouvons dire que sans les miracles, le
personnage, la renommée et le destin de Jésus auraient été très différents
et probablement bien moins forts.
Jean Noël Aleti de son côté fait voir la simplicité qui se lit dans les
récits évangéliques sur la vie de Jésus, en stigmatisant qu’il n’est
reconnu comme grand ni dans la monde païen ni surtout en Israël, si non
par un petit groupe d’hommes qui se réclament être ses disciples, rejeté
par son propre peuple, mort sur la croix comme blasphémateur et fauteur
des troubles,… Il en déduit que si les biographies contemporaines des
évangiles décrivent le caractère des héros et énumèrent leurs vertus
193
J.P. MEIER, Un certain juif Jésus. Les données de l’histoire, Tome II, la
parole et les gestes, (traduit de l’anglais par Jean-Bernard DEGORCE, Charles
EHLINGER et Noël LUCAS), Paris, Les Editions du CERF, 2007, p.11.
194
J.P. MEIER, op. cit., Tome II, p.12.
138 Les héroïnes sans couronne
(et/ou leurs vices), les récits du Nouveau Testament ne font pas de
même ; ils ne disent rien de l’apparence physique, de la culture, de la
formation scientifique et philosophique, ou encore des vertus insignes de
Jésus 195. En effet, Jésus lui-même, dans ses discours et ses pratiques, n’a
pas laissé une place pour un tel jugement.
A l’exception des 4 évangiles, le Nouveau Testament nous donne
peu d’informations sur Jésus. Si l’on en juge par la quantité de ses écrits,
c’est Paul qui serait la source d’informations la plus vraisemblable ; il ne
fait de doute en effet qu’il est le seul auteur de matériaux
néotestamentaires à être issu de la première génération chrétienne. Il met
plus d’accent sur le Jésus - Christ en centrant son enseignement sur sa
mort et sa résurrection mais pas sur sa vie terrestre. Toutefois, Il fait
souvent allusion aux paroles de Jésus (I Co 7, 10-11 ; 9,14 ; 11,23-26),
ce qui nous aide à vérifier les synoptiques.
3.7.2 Sa Vision
John-Paul Meier qualifie le royaume de Dieu, d’un aspect important
du message de Jésus 196. Si nous le jugeons par le nombre et la répartition
des occurrences de cette expression dans les paroles de Jésus, il est clair
que le royaume de Dieu a été au moins une composante importante du
message de Jésus. Notre auteur avance deux grands critères pour le
prouver :
Celui d’attestation multiple des sources qui est pleinement
rempli : l’expression « royaume de Dieu » ou ses équivalents
(par exemple, « royaume des cieux », « royaume de mon père »,
ect.) apparaît dans 13 logia de Marc, dans quelques 13 logia de
195
J.-N. ALETTI (S.J.), Le Jésus de Luc, (Collection : Jésus et Jésus-Christ),
n°98, Paris, Mame - Desclée, 2010, p.23.
196
J. P. MEIER, un certain juif Jésus. Les données de l’histoire, Tome II, la
parole et les gestes, (traduit de l’anglais par Jean-Bernard DEGORCE, Charles
EHLINGER et Noël LUCAS), Paris, Les Editions du CERF, 2007, p.189.
Le concept de leadership 139
la tradition Q, dans quelques 25 logia de M, dans quelque 6
logia de Jean. Et celui d’une large attestation dans de
nombreuses catégories de la critique des formes : par exemple,
paraboles, prières, béatitudes, prophéties eschatologiques, récits
de miracles, sentences formulant les conditions d’entrée dans le
royaume, une déclaration précise sur Jean le Baptiste et un
résumé concis de l’annonce faite par Jésus et ses disciples 197.
L’attestation multiple des sources ou des formes est un argument
solide pour soutenir que le « royaume de Dieu » constituait une donnée
importante du message du Jésus historique. Le royaume de Dieu est une
locution qui exprime au moins l’idée d’un territoire ou d’un domaine
défini sur lequel Dieu exerce avec puissance sa souveraineté sur sa
création, sur son peuple et sur l’histoire.
Pour Christophe Senft, une telle proximité s’explique parce que la
mission que Jésus a reçue de Dieu, dans ce qu’il dit et dans ce qu’il fait,
le règne de Dieu, Dieu lui-même est, en effet, rendu présent 198. Cet
élément crée la différence nette entre Jésus et les apocalypticiens qui
plaçaient le Royaume de Dieu seulement au futur, en insistant sur la
transcendance et la puissance de Dieu qui le séparait des humains. Nous
soutenons, par ailleurs, que « l’originalité du message de Jésus est
l’annonce de la proximité du Royaume de Dieu. Avec lui, Dieu
s’approche pour exercer sa pleine et salvifique souveraineté sur le
monde, ce qui signifie l’expulsion des démons, le partage avec les plus
méprisés, la purification des lépreux et autres miracles qui prouvaient
l’action de Dieu parmi les hommes » 199. Les lépreux, les malades se
197
J. P. MEIER, op. cit., p.190.
198
C. SENFT, Jésus de Nazareth et Paul de Tarse, Genève, Labor et Fides,
1985, p.23.
199
NGONGO Kilongo Fatuma, Le concept du Royaume de Dieu dans
l’Evangile selon Luc. Luc 14, 15-24. Mémoire présenté pour l’obtention du
grade de Licencié en Théologie, Faculté Protestante au Zaïre, Kinshasa, 1990, p.
39.
140 Les héroïnes sans couronne
trouvent parmi les pauvres de son temps à qui la Bonne nouvelle est
annoncée.
La pensée biblique montre bien que Dieu est du côté des pauvres ou
des faibles (Ps 113, 7 ; Es 57, 15 ; 49, 13). Herman conseille à celui qui
veut s’habituer à l’image de Dieu de supporter la dureté que comporte
cette prise de parti chez Dieu, pour une classe déterminée 200. David J.
Bosch trouve que les pauvres ont un privilège épistémologique ; ils sont
les nouveaux interlocuteurs de la théologie, son nouveau lieu
herméneutique. 201 Jean Marc Ela voit que c’est l’utopie de Dieu en
Jésus-Christ au milieu des exclus du festin de la vie. Il s’agit d’assumer
le rêve qui travaille le Dieu de la révélation lequel se tient à la droite du
pauvre (Ps 19, 31) 202.
Maurice Goguel affirme que Jésus considérait qu’il n’y a pas d’êtres
si déchus qu’ils soient, qui ne restent susceptibles de recevoir le don que
Dieu veut faire par son amour, à la seule condition qu’il soit reçu par des
cœurs repentants et avec la foi d’un enfant qui n’a pas besoin de
raisonner et de comprendre pour accepter un don merveilleux (Mc. 10,
15). Quant à ceux, au contraire, qui ont l’assurance qu’ils ont sur le
royaume de Dieu des droits imprescriptibles, à ceux-là, Jésus n’a rien à
apporter (Mc 2, 17). 203 A Laurent Guyenot de dire que le sermon sur la
montagne représente en quelque sorte la Constitution du Règne de
Dieu 204.
Il est clair que Jésus a parlé d’un avènement eschatologique du
royaume; les quatre logia clés authentiques nous le prouvent :
200
I. HERMANN, Initiation à l’Exégèse moderne, Paris, Cerf, 1967, p.126.
201
D. BOSCH, La dynamique de la mission chrétienne : Histoire et avenir des
modèles missionnaires, Genève/Lomé/Paris, Cerf/Labor et Fides/ Clé, 2001,
p.584.
202
J.-M.ELA, Repenser la Théologie africaine. Le Dieu qui libère, Paris,
Karthala, 2003, p.240.
203
M. GOGUEL, Jésus et les origines du Christianisme. La vie de Jésus, Paris,
Payot, 1932, p.297.
204
L. GUYENOT, Jésus et Jean Baptiste. Enquête historique sur une rencontre
légendaire, Chambery, Editions Exergue, 1999, p. 39.
Le concept de leadership 141
1) Dans Mt 6, 10 et par. dans le « notre père », la demande est
« que ton règne vienne » ; 2) dans Mc 14, 25 et par. lors de la
dernière cène au cours de laquelle Jésus annonce qu’il ne boira
plus du produit de la vigne jusqu’à l’avènement du royaume ;
3) Dans Mt 8, 11-12 et par. , nous trouvons la promesse que
beaucoup viendront du levant et du couchant pour prendre place
au festin avec les patriarches dans le royaume. Et enfin 4) Mt 5,
3-12 et par. Les diverses promesses formulées au futur dans les
béatitudes (heureux les… car ils seront….). Toutefois, il semble
aussi proclamer par ses paroles et ses actes dans un certain sens
que le royaume de Dieu est déjà au milieu de ses disciples. Lc 11,
20 et par. Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons,
c’est donc que le royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous., Lc17,
21 ; il le dit plus clairement : on ne dira pas « le voici » ou « le
voilà ». En effet, le royaume de Dieu est parmi vous 205 .
Avec Jésus, Dieu prend parti du côté des pauvres et des marginalisés
de la société et son royaume leur est annoncé. Pour Jésus, le règne de
Dieu grandit progressivement dans le cœur des hommes, pour s’incarner
finalement dans la réalité sociale. L’éthique des béatitudes en constitue
la Loi. Une des caractéristiques de ce règne est l’amour total et
sacrificiel, qui rend capable l’homme d’embrasser même son ennemi. Sa
Loi se résume par l’amour. Tout leader devrait s’y inspirer pour plus
d’efficacité.
3.7.3 Jean Baptiste
L’histoire de Jésus est inextricablement liée à celle de son
contemporain, le prophète Jean dit le Baptiste ou le Baptiseur. Laurent
Guyenot voit qu’il est impossible de comprendre la vision et le
cheminement de Jésus, mais aussi la foi de ses disciples en lui, sans
205
J. P. MEIER, op. cit., p.20.
142 Les héroïnes sans couronne
élucider la nature de sa relation avec Jean Baptiste. 206 John-Paul Meier
le qualifie de son « mentor » à cause de la plus grande influence qu’il a
eu dans la vie de Jésus 207. Tout au début du ministère de Jésus se situe le
ministère indépendant de l’indépendant baptiste. Ce prophète juif a
commencé son ministère avant Jésus et en dehors de lui ; il a gagné en
popularité et en reconnaissance en dehors de Jésus, qui s’est soumis à
son baptême de repentir pour le pardon des péchés ; et il a laissé derrière
lui un groupe religieux qui a continué d’exister en dehors du
Christianisme 208.
C’est au début des années 28 de notre ère que Jean Baptiste a fait son
entrée sur la scène religieuse de Palestine, prophète juif, qui menait une
vie sainte et ascétique. Il se nommait Jean et on le surnommait le
Baptiste, en raison du rite étonnant et inhabituel qu’il pratiquait : de sa
propre autorité, il baptisait d’autres juifs. Ce baptême était pour eux le
signe qu’ils se détournaient de leurs iniquités passées, qu’ils étaient
purifiés de leurs péchés et qu’ils étaient résolus à mener une vie
nouvelle, moralement pure 209. Il attirait des grandes foules, mais la
grande influence qu’il exerça sur elles, ainsi que son enseignement
dérangeant, amenèrent Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée,
à prendre des mesures préventives en l’arrêtant puis en le faisant mettre
à mort. L’exécution eut lieu en l’an 30 ou 33 de notre ère d’après les
évangiles, qui situent la mort de Jean avant celle de Jésus) ou, au plus
tard, avant l’an 36( avant la victoire du roi Arétas IV d’Arabie sur les
troupes d’Hérode, événement qui fournit à Josèphe l’occasion d’évoquer
l’exécution du Baptiste par Hérode 210.
L’image de Jean Baptiste est connue, les quatre évangiles le
présentent comme le prophète de la fin du temps élu par Dieu pour les
206
L. GUYENOT, op. cit., p.7.
207
J.P. MEIER, op. cit., p.16.
208
J.P. MEIER, op. cit., p. 30.
209
Ibid., p.31.
210
Ibid.
Le concept de leadership 143
actions suivantes: « Préparer Israël à la venue du Christ, par son appel
au repentir (rôle de précurseur), reconnaître, bénir et rendre un
témoignage public en faveur du Christ (rôle de Témoin) » 211. Pris dans
leur ensemble, les évangiles suggèrent que Jean a, effectivement, rempli
ces deux missions. Jésus était d’accord avec Jean le baptiste sur quatre
grands points qui sont :
L’histoire d’Israël, telle que le peuple élu l’avait vécu
jusqu’alors, arrivait à sa fin ; en tant que peuple Israël s’était
égaré, avait apostasié et était donc en danger d’être anéantie par
le feu du jugement de la colère divine, pour passer de la situation
du péché à celle du salut, le seul moyen était d’accepter une
conversion fondamentale de l’esprit et du cœur. Cette conversion
devrait se manifester par un changement radical, chacun devrait
se soumettre au baptême de Jean. Pour Jésus, ce changement a
pris corps dans un engagement total pour un ministère religieux,
il a concrétisé l’appel général à la transformation de l’esprit, du
cœur et du comportement, que Jean adressait à tout Israël 212.
Parmi les caractéristiques nouvelles du ministère de Jésus par rapport
à celui du Baptiste, on peut compter plusieurs points importants :
l’annonce joyeuse du royaume de Dieu, encore à venir mais déjà présent
d’une certaine manière, l’actualisation de cette présence par les
guérisons, les exorcismes et les repas partagés avec les pécheurs, un
enseignement nouveau, donné avec autorité, sur la manière d’interpréter
et de pratiquer la loi et la tradition de Moïse et une position critique à
l’égard du Temple de Jérusalem 213. Pour Jésus, les derniers temps que
Jean considérait tout proches, sont arrivés, du moins dans une certaine
mesure, et ce sont de temps de joie et de salut plutôt que de châtiment
par le feu. C’est ce florilège de nouveautés, peut être choquantes, qui
211
L. GUYENOT, op. cit., p.7.
212
J. P. MEIER, op. cit., Tome II, p.95.
213
Ibid., p. 116.
144 Les héroïnes sans couronne
était au centre du message et de l’action de Jésus et qui attirait les foules.
(Jn 11, 4-6 et Par.). Aussi, Jésus fait éloge de Jean (Mt 11, 2-6) il est
l’être humain le plus grand (Jn 11, 7-11 a et par.). Le style de vie
ascétique de Jean et de Jésus contraste fortement : Jésus mange et boit,
en signe de joyaux banquet auquel tous sont conviés dans le royaume de
Dieu, tous les deux ont été rejetés par un public impossible à satisfaire.
Le baptême que pratiquait Jésus faisait partie de son message, mais il
n’en était pas le cœur.
John Paul Meier nous fait découvrir quelques marques essentielles
d‘identité et d’éléments de structuration chez Jésus en spécifiant que :
Certaines de ces marques d’identité venaient quelque peu
modifiées, du mentor de Jésus, le Baptiste. Comme le baptême,
qui servait de rite d’initiation dans le groupe de juifs qui
accueillaient son message eschatologique et qui s’engageaient
dans la voie du repentir. Comme le baptiste, Jésus a gardé
auprès de lui un certain nombre de gens qui le suivaient pour en
faire un cercle relativement stable de disciples. Comme Jean,
Jésus a enseigné à ses disciples des pratiques religieuses
spécifiques, y compris la manière de prier, et des règles sur le
jeûne 214.
A part ces éléments cités, Jésus s’est aussi distingué de son mentor et
des autres groupes juifs pieux de son temps, par exemple par
l’interdiction de la part de Jésus de tout jeûne volontaire, la bonne
nouvelle de la souveraineté royale de Dieu, déjà effectivement à l’œuvre
dans les guérisons et les exorcismes de Jésus, la participation à des repas
avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs, une marque de la
réalisation du rassemblement de tout Israël, y compris les brebis perdues
dans le joyeux banquet de la fin des temps. Une autre marque d’identité
était la prière dominicale que nous appelons le « notre père » qui s’est
214
J. P. MEIER, op. cit. Tome III, p. 415.
Le concept de leadership 145
fixée dans la mémoire de tous les chrétiens depuis des siècles. Enfin la
constitution des trois cercles d’adeptes.
Ces éléments de marques d’identité que Jésus a su imprimer à son
ministère fait de lui un grand leader et ont contribué à stabiliser
/pérenniser son mouvement contre vent et marrés. Avec Jésus l’accent
est mis sur ce qu’un Dieu aimant et miséricordieux accomplit, dès
maintenant, à travers le ministère de Jésus pour sauver Israël. Il souligne
la joie du salut et non l’attente du châtiment. Pour Jésus, le jour du
Seigneur est déjà là, même s’il n’est pas encore pleinement. Et la grande
bonne nouvelle est que, pour tout ce qui accepte le message de Jésus, le
Jour du Seigneur se révèle être jour de lumière et non de ténèbres, n’en
déplaise au prophète Amos (5,18-20). Avec Jésus, la fin de temps
prophétisé par Esaïe est déjà là. Jésus implore son ancien maître de
reconnaitre dans son ancien élève l’accomplissement inattendu, et
déconcertant du plan de Dieu sur Israël. Il devait avoir foi en son élève.
Cet appel de Jésus, l’invitant à lui croire, est resté sans réponse (Lc 7,
22,23).
3.7.4 La mission de Jésus
Sa mission est clairement déclarée dans l’évangile selon Luc :
On lui donna le livre du prophète Esaïe, et en le déroulant il
trouva le passage où il était écrit : l’Esprit du Seigneur est sur
moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne
Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la
libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les
opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le
Seigneur (Lc 4, 17-19).
Gerd Theissen voit qu’au centre du mouvement de Jésus se trouve
sans aucun doute Jésus de Nazareth. Il a laissé son empreinte sur son
mouvement. Parler du mouvement de Jésus signifie que chaque fois,
146 Les héroïnes sans couronne
indirectement, nous parlons aussi de lui. Il montre que le Christianisme
s’est profilé comme une religion relativement « pacifique », prenant une
distance intérieure avec la contrainte militaire et la dureté économique.
L’amour du prochain, de surcroit interprété largement comme amour de
l’ennemi et de l’étranger et comme affection pour les pécheurs, était la
valeur centrale de cette religion 215. Jésus enseigne à ses disciples à être
des leaders qui vont changer les attitudes et les traditions (Mt 23.1, 36 ;
Mc 7.9-13). Il est venu pour servir et non pour être servi et donner sa vie
en rançon pour le monde (Mc 10, 45).
3.7.5 Formation de disciples
Jean Paul Meier range les gens qui suivaient Jésus en trois cercles
concentriques dont : le cercle extérieur des foules qui ont suivi Jésus
dans le sens physique du terme, le cercle médian des disciples que Jésus
a appelés à le suivre au sens physique et au sens spirituel du terme et le
cercle intérieur des Douze, spécialement choisi par Jésus pour
symboliser sa mission auprès des douze tribus d’Israël et pour participer
à cette mission auprès de l’ensemble d’Israël 216. Notons ici que ce
schéma tripartite fait abstraction d’un certain groupe, le cas des adeptes
qui restaient chez eux sans renoncer à leur travail et celui des femmes
qui suivaient Jésus et dont Luc 8, 1-2 fait échos.
Le verbe suivre en grec est akoloutheô ; selon les passages des
évangiles peut connoter soit un simple mouvement physique (par
exemple, Mc 14, 13 ; Jn 11, 31), soit un mouvement physique vers Jésus
qui équivaut à une situation de pseudo-disciple (par exemple Mc 14, 54),
215
G. THEISSEN, « Jésus et la crise sociale de son temps, aspects historiques de
la recherche du Jésus historique », in Jésus de Nazareth. Nouvelles approches
d’une énigme, Le monde de la Bible, N° 38, Genève, Labor et Fides, pp.125-
155.
216
J.P. MEIER, Un certain juif Jésus, les données de l’histoire. III.
Attachements, affrontements, ruptures. Traduit de l’anglais par Charles Ehlinger
et Noël Lucas, Paris, Cerf, 2006, p.15.
Le concept de leadership 147
soit une démarche physique qui exprime l’adhésion intérieure à Jésus
(Mc 1, 18 ; 2, 14 ; Mt 8, 19. 22 ; Jn 1, 43) soit, dans des cas relativement
rares (par exemple, Jn 8, 12), une adhésion intérieure sans démarche
physique 217. Le sens qui correspond au verbe dans le Nouveau
Testament est « les gens qui suivent Jésus ».
Les quatre évangiles ainsi que diverses sources et formes
évangéliques affirment, fréquemment, l’existence de foules qui écoutent
Jésus ou attendent de lui des miracles. Elles sont désignées par le mot
grec ochlos, de fois plêthos (« multitude » « masse »), polloi « beaucoup
de gens » et pantes (« tous ») 218. La crucifixion même de Jésus
s’explique plus facilement s’il avait attiré à lui de grandes foules
enthousiastes et beaucoup plus difficilement s’il avait été en grande
partie ignoré du peuple et s’il n’avait pas réussi à entraîner à sa suite un
groupe important de gens 219. Dans le langage courant, il était devenu de
plus en plus populaire auprès de peuple(Mc 12, 12 ; 14, 2 ; Jn 11, 45-
54 ; Lc 23, 5) à cause de ses actes miraculeux, ce qui incita la jalousie
des autorités. Quant au portrait des « foules », les évangiles ne font pas
d’équivalence entre les foules et les pécheurs. Toutefois, il est à noter
que les foules qui suivaient Jésus le faisaient sans un engagement
profond et durable à son message. D’où les remarques trouvées dans Mt
11, 20-24, …
A part les foules, plusieurs récits évangéliques montrent comment
Jésus appelle certains hommes à le suivre. Le mot « disciple » (mathetes
au singulier, mathetai au pluriel) a une forte occurrence dans les
évangiles : 72 fois dans Matthieu, 46 fois dans Marc, 37 fois dans Luc et
78 fois dans Jean 220. On le retrouve 28 fois dans les actes mais dans un
autre sens, toutefois, dans les évangiles, souvent, il se rapporte aux
disciples de Jésus.
217
J.P. MEIER, op. cit., Tome III, p. 28.
218
Ibid., p. 30.
219
Ibid., p.33.
220
Ibid., p.42.
148 Les héroïnes sans couronne
Quelques traits communs caractérisent la condition du disciple de
Jésus. Premièrement, c’est Jésus qui prend l’initiative ; deuxièmement,
c’est quitter sa maison (sa famille et ses proches et ses biens) ; et enfin,
troisièmement, c’est risquer le danger et l’hostilité (ce qui implique
sauver sa vie ou la perdre ; se renier soi-même, prendre sa croix et faire
face à l’hostilité de sa famille). A part les foules, Jésus a été suivi par un
groupe constitué surtout de disciples engagés, c’est-à-dire de personnes
appelées par Jésus à le suivre au sens littéral et physique du terme, de
gens qui devaient, en conséquence, abandonner leur famille, leurs biens
et leurs moyens de subsistance et qui prêtaient ainsi le flanc à
l’incompréhension, à l’hostilité et aux attaques de leurs proches eux-
mêmes, comme c’était le cas pour le maître-prophète qu’ils suivaient. A
la fois des hommes et des femmes disciples ( au moins de fait , sinon de
nom) ont suivi Jésus 221. Ce gens avait l’accès à son enseignement et à
ses activités de guérison mais pas avec la même fidélité persévérante, ni
avec les mêmes dénominations parmi eux le groupe de soutien et ceux
qui lui offraient leur hospitalité 222. Ce groupe constitue pour Meier le
cercle médian qui était caractérisé par un engagement sincère à l’égard
de sa mission.
Vient le troisième cercle, un cercle à l’intérieur du grand cercle des
disciples qui est celui de Douze. Lc 6, 13 le certifie en disant « il
convoqua ses disciples et parmi eux il choisit douze, qu’il appela aussi
apôtres ». Marc et Jean parlent plus simplement de Douze, tandis que les
auteurs du Nouveau Testament parlent tantôt des apôtres, de disciples ou
de Douze.
Marc, Matthieu et Luc donnent les listes des Douze, la liste de Marc
est la suivante : « Simon Pierre, Jacques le fils de Zébédée, Jean frère de
Jacques, André ; Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas ; Jacques le
fils d’Alphée, Thadée, Simon le cananéen et Judas Iscariote » Mc 3, 16-
221
J.P. MEIER, op. cit., Tome III, p. 86.
222
Parmi ces hôtes, nous citons Lazare, Zachée, Simon le lépreux, Marie et
Marthe les deux sœurs de Lazare… ils le servaient sans quitter leur maison.
Le concept de leadership 149
19 et parallèle. Le chiffre Douze est symbolique du fait qu’il incarne les
espérances eschatologiques d’Israël et le message eschatologique de
Jésus : la restauration et le salut de tout Israël, de l’ensemble des douze
tribus, aux derniers jours 223.
Pour prouver ce qui est dit précédemment, les passages de Mt 8, 20 ;
Lc 9, 10, Jn 20, 17 montrent que suivre Jésus a pour sens d’accepter de
travailler avec lui à prêcher le royaume de Dieu. Cet appel n’est adressé
qu’à ceux qui sont capables d’accepter les sacrifices qu’impose la tâche
à laquelle il les convie.
La première consigne donnée aux douze disciples limitait leur travail
aux seuls Juifs (Mt 10, 1-8). Bilezikian y voit un aspect intérimaire de
leur mission à vie, un effort à court terme qui prend une autre dimension
en Mt 13, 37-38 où Jésus la décrit comme s’étendant au monde entier
avant de bien la circonscrire après sa résurrection comme destinée à
toutes les nations en commençant par Jérusalem et Judée, puis la
Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre (Mt 28, 19 ; Ac 1, 8). A
partir de ses disciples, les limites du peuple de Dieu s’étendirent pour
inclure les disciples de Christ issus d’Israël et de toutes les nations pour
former l’Église universelle. C’est aux onze restants que Jésus donna
l’ordre de faire des disciples de toutes les nations 224. Leur mission
consistait donc à former une multitude de disciples comme eux.
Bilezikian souligne que ces disciples devraient se multiplier pour rendre
leur propre ministère obsolète. Le livre des Actes et l’histoire de l’Église
primitive indiquent que les choses se sont déroulées ainsi. Ils furent des
pionniers de la nouvelle communauté, et finirent dans l’anonymat. 225 Ce
qui est évident Jésus a rassemblé autour de lui, un groupe de disciples
convaincus dont certains furent également des personnages importants
dans l’Église primitive.
223
J. P. MEIER, op. cit., Tome III, p. 95.
224
G.BILEZIKIAN, Solitaires ou solidaires. La dimension communautaire de
l’Église, Paris, Editions Empreinte Temps Présent, 2000, p. 81.
225
Ibid., p.81.
150 Les héroïnes sans couronne
Marc présente trois principales raisons pour lesquelles Jésus avait
choisi les Douze : c’étaient pour les avoir avec lui, les envoyer prêcher
et leur transmettre l’autorité de guérir les malades et de chasser les
démons. Il veut donc former leur savoir-être, leur savoir-faire et leur
savoir agir (Mc 3, 13-15) 226. Jésus les avait formés pour la mission
spéciale, celle d’être ses disciples. De ce fait, il les envoie en mission
(Mc 6, 6-13 et parallèle), il leur annonce ses souffrances et sa mort (Mc
8, 31) et il insiste sur le devoir de le suivre et de le confesser (8, 34-9, 1).
A A. Cohen de noter que Jésus n’était pas seulement un enseignant…, il
était aussi un prophète et un guérisseur ; et les traditions à son sujet
dérivent manifestement en partie des réminiscences bibliques sur Elie et
son disciple Elisée… 227 Elie, tout comme Jésus, appelle des individus
ordinaires occupés à leur travaux, cet appel signifie, pour les disciples,
une rupture avec leur famille et leurs anciennes occupations, les
impliquant de suivre le nouveau maître en se mettant, totalement, à sa
disposition.
Lc 10, 1-24 est le seul passage des évangiles à parler de la mission
de soixante-dix/soixante-douze disciples de Jésus, les instructions qui
leur avaient été données ressemblent fort à celles que reçurent les
apôtres (Lc 9, 1-6); Prat trouve qu’« ils sont envoyés deux par deux, soit
pour se garder l’un l’autre, soit pour s’entraider à l’occasion, soit pour
avoir un témoin de leurs actes et de leurs démarches, soit encore pour
donner à leur parole plus de poids et d’autorité » 228. Leur mission
terminée, ils rejoignirent leur Maître ; ils avaient de la peine à contenir
leur joie, devant le succès que le nom de Jésus a produit sur les démons.
Ils étaient fiers d’avoir été les instruments des merveilles de la vertu du
nom de Jésus. Mais Jésus leur apprend que, pendant qu’ils mettaient en
226
Mc 3, 16-19 nous donne les noms de Douze dont : Pierre, Jacques, Jean,
André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, Thadée, Simon le
Zélote, Judas Iscarioth. Cfr. TOB, p.2397.
227227
A. COHEN cité par J.P. MEIER, op. cit., p. 49.
228
F. PRAT, Jésus Christ, sa vie, sa doctrine, son œuvre, Paris, Gabriel
Beauchesne et ses fils, 1933, p.14.
Le concept de leadership 151
fuite le grand adversaire par la seule vertu de son nom, il contemplait en
esprit Satan tombé du ciel comme un éclair. Alors, leur joie doit être
celle que leurs noms sont écrits dans le livre de Vie. Après cet épisode
nous rapporté par Luc, les soixante-dix/ soixante-douze rentrent dans
l’ombre. Meier en déduit que « les soixante-dix (ou soixante-douze) »
disciples semblent être une invention de Luc, qui lui permet de
conserver les deux formes de discours, dans le reste des évangiles ou de
tout le Nouveau Testament, on ne trouve pas trace de ce groupe de
soixante-dix(ou soixante-douze) en activité avant ou après pâques 229.
Daniel Shu, lui, voit que Jésus avait quatre catégories des disciples
bâtis dans un cercle concentré : de Trois 230, Douze, Septante et Cent-
vingt. Les Trois représentent le cercle restreint des successeurs, les
hommes qui étaient préparés à prendre la relève ; les Douze sont des
collaborateurs ou les co-ouvriers qui après avoir passé trois ans avec lui,
il les appelle ses amis ; il qualifie les Septante des ouvriers, ce sont les
hommes et les femmes qui travaillent à l’intérieur de l’entreprise et,
enfin, les Cent-vingt sont considérés ici comme les membres, ils ont des
fonctions dans l’équipe et à la longue, ils peuvent passer au stade des
ouvriers, des collaborateurs jusqu’à celui des successeurs. 231
Par contre, Paul dans sa formule de foi élargit le cercle en
reconnaissant l’apparition de Jésus à Cephas, aux Douze, à 500 frères, à
Jacques et à lui-même (1 Co 15, 3-5).
Déduisons que ces différents éléments avancés quant au groupe de
disciples de Jésus sont des preuves justifiant qu’en dehors de Douze,
Jésus avait d’autres disciples, des hommes et des femmes qui l’ont suivi
pendant son ministère terrestre et dont certains l’ont soutenu pour la
réussite de sa mission.
229
J.P. MEIER, op. cit., Tome III, p.121.
230
Les trois sont Pierre, Jean et Jacques, ils furent témoins de la résurrection de
la fille de Jaïre ( Mc 5, 37), de la transfiguration (Mc 9, 2) et l’ont accompagné à
la prière à Gethsémani(14, 33).
231
D. SHU, Séminaire cité.
152 Les héroïnes sans couronne
Jésus n’avait pas seulement de gens qui l’avaient suivi, il avait aussi
des concurrents ou des opposants sur la scène publique de la religion et
de la politique juive. Parmi lesquels, nous trouvons des pharisiens, des
sadducéens, des esséniens et d’autres groupes qu’il a,
occasionnellement, touchés dont les samaritains, les scribes (qui était
plus une profession qu’un groupe religieux), les hérodiens (mentionné
seulement deux fois dans Mc) et les zélotes qui sont aussi rares. Mais de
ces différents mouvements/ groupes de son temps, pour la plupart
ancien, de fois mieux organisés et structurés que celui de Jésus, ce
dernier a eu un grand impact qui s’est prolongé dans un mouvement
durable et qui a largement débordé son époque et son pays, comme le
précisait son initiateur stipulant : « Allez donc : de toutes les nations,
faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-
Esprit et chez Luc : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la
Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Mt 28, 19 et
Ac 1, 8b). Jésus a su donner à son groupe certaines marques essentielles
d’identité et des éléments de structuration qui ont permis sa
pérennisation dont certaines provenaient de son mentor.
3.7.6 Leadership dans les activités de Jésus
L’activité de Jésus se situe dans le cadre du judaïsme palestinien.
Elle prend naissance dans le mouvement baptiste sur les bords du
Jourdain, avec comme message central l’annonce de la venue imminente
du Royaume et l’appel à la repentance par un baptême (Mt 4, 17 et Mc
1, 14). Jésus se fait baptiser par Jean vers les années 28/29 de notre ère
(cf. Mt 3, 13-17 ; Mc 1, 9-11 ; Lc 3, 31-32), signe qu’il en partage, au
moins dans une certaine mesure, les vues 232.
Les Douze disciples de Jésus avaient vécu dans un monde marqué
par une certaine hiérarchie sociale. Chacun devait assumer son rang sur
232
J. DORE, Les chrétiens et leurs doctrines, Paris, Desclée, 1987, p.28.
Le concept de leadership 153
les différents barreaux de l’échelle de la hiérarchie suivant sa naissance,
sa race, son sexe, sa fortune et son influence. Conscients du fait que
Jésus instaurait une nouvelle communauté, ils pensaient y jouer un rôle
prépondérant vu qu’ils étaient ses proches; ce qui n’était pas le cas.
C’est pourquoi, ils discutaient entre eux pour savoir « qui serait le plus
grand » (Mc 9, 33-34), ils se posaient en rivaux les uns des autres pour
une place de choix dans le royaume de Jésus. Mais lorsque Jésus apprit
la nature de leur discussion, il les fit asseoir pour une leçon urgente. Le
résumé de son enseignement à leur discussion est celui-ci : « Si
quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur
de tous » (Mc 9, 35).
A première vue, Jésus n’a pas condamné le désir d’être le premier
parce que dans toute organisation, on a toujours besoin d’un responsable
et le désir d’utiliser ses dons de dirigeant est légitime. Gilbert Bilezikian
indique qu’il a transformé le concept du leadership en redéfinissant son
style et la motivation sous-jacente. 233 Le nouveau style privilégie
l’humilité dans la direction à la place de l’orgueil et de la vantardise. La
motivation ne devrait pas être le désir de gouverner, de contrôler ou de
commander, mais celui d’entourer les autres et de les encourager, de se
mettre à leur service, comme un serviteur.
Le leadership ne doit pas être basé sur l’idée d’autorité, mais sur
celle de service. Le leader doit être prêt à rester en arrière pour aider
ceux qui peinent, au lieu de foncer à l’avant pour conquérir le pouvoir.
Le Nouveau Testament ne comporte aucun commandement ni aucune
instruction enjoignant à un chrétien d’exercer une autorité sur un autre.
En revanche, de nombreux commandements précis imposent à tous les
chrétiens, y compris les dirigeants, d’agir en tant que serviteurs au sein
de leurs communautés (Mt 20, 26 ; Mc 9, 35 ; Ga 5, 13 ;…) 234.
233
G. BILEZIKIAN, op. cit., p.148.
234
Ibidem.
154 Les héroïnes sans couronne
Pour illustrer ce que signifie être serviteur des autres, Jésus prit un
petit enfant et le plaça au milieu du groupe, puis il l’embrassa (Mc 9, 36)
en leur disant :« Qui accueille en mon nom un enfant m’accueille
comme celui-ci m’accueille moi-même,… ». Par ce geste, il leur
explique qu’en aimant et en se mettant au service des plus petits, ils
serviraient Jésus de façon authentique et prouveraient leur amour à Dieu
qui l’a envoyé pour servir (Mc 9, 37). Pour Mushila, Jésus annonce
l’arrivée du règne de Dieu aux enfants comme il le fait aux autres
victimes des conditions socio-économiques misérables de son temps :
pauvres, veuves, infirmes, femmes, impurs, collecteurs d’impôts,
pêcheurs 235. Il ouvre une autre perspective en montrant qu’accueillir le
royaume de Dieu comme un enfant veut donc dire l’accueillir comme on
accueille un enfant. Ces enfants sont parmi nous, les enfants de la rue,
les « phaseurs », les « findeurs », les « kuluna », les enfants sous la lune,
… créons pour eux une structure d’accueil mais surtout ouvrons nos
cœurs pour eux en leur donnant le vrai amour qu’ils manquent et qui fait
d’eux un danger pour la société.
3.7.6.1 Caractères humains de Jésus
Disons d’emblée qu’en Jésus, il y avait deux natures, l’humaine et la
divine. Le Concile de Chalcédoine tenu en 451, en son acte V, donne la
définition suivante sur les deux natures de la personne du Christ :
A la suite de saints Pères, nous enseignons donc unanimement à
confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le
même parfait en divinité et parfait en humanité, le même
vraiment Dieu et homme vraiment, composé (fait) d’une âme
raisonnable et d’un corps, consubstantiel au Père selon la
divinité, consubstantiel à nous selon l’humanité, semblable à
235
MUSHILA Nyamankank, « Evangile des enfants », in RCTP, Personne,
pensée et œuvre du Professeur Jean MASAMBA ma Mpolo, Actes des journées
Scientifiques organisées du 06 au 08 novembre 2003, Kinshasa, EDUPC,
N°16/17, 2003-2004, pp. 17-22.
Le concept de leadership 155
nous en tout hors le péché, engendré du père avant les siècles
quant à sa divinité, mais aux derniers jours, pour nous et pour
notre salut, (engendré) de Marie la vierge la Theotokos quant à
son humanité, un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Fils
unique, que nous reconnaissons être en deux natures, sans
confusion, ni changement, sans division ni séparation ;la
différence de deux natures n’est nullement supprimée par
l’union, mais au contraire les propriétés de chacune des deux
natures restent sauves, et se rencontrent en une seule personne
(prosôpon) ou hypostase ; (nous confessons) non pas (un fils)
partagé ou divisé en deux personnes, mais un seul et même Fils,
Fils unique, Dieu, Verbe, Seigneur, Jésus-Christ, comme
autrefois les prophètes l’ont dit de lui, comme le Seigneur Jésus-
Christ lui-même nous en a instruits, et comme le Symbole des
Pères nous l’a transmis 236.
Ce texte du V è S est une ferme profession de la foi de l’Église à
l’unique personne du Christ en deux natures, il dépasse et intègre les
deux théologies d’Antioche et d’Alexandrie. Elle ne sera plus remise en
question dans l’Église. Il est plus important et complet que les autres
produit plusieurs siècles après. Proche de notre crédo, il l’est plus
complet et plus riche et prouve plus clairement que Jésus-Christ,
homme-Dieu a accepté cette double nature pour nous comprendre et
pour nous faire imprégner le mystère divin.
Des traits humains qui apparaissent dans sa vie, Ekofo Bonyeku
souligne le fait qu’il avait une famille (Mc 3, 31), il pouvait avoir faim
(Mc 11, 12ss) ; il ignorait certaines choses (Mc 5, 30), il dormait (Mc 4,
35ss), les gens pensaient même à un certain temps qu’il était fou (Mc 3,
21). Parmi les qualités, Il parle de la compassion (Mc 6, 34) : Jésus avait
236
P.-Th. CAMELOT et P. MARAVAL, « Les conciles œcuméniques, I, Le
premier millénaire », in Bibliothèque d’histoire du christianisme (dir. Paul
CHRISTOPHE), n° 15, Paris, Desclée, 1988, p. 44.
156 Les héroïnes sans couronne
un amour pour les enfants au point où il les a pris dans ses bras (Mc 9,
36). En tant qu’humain, il rate un miracle à la première tentative (Mc 8,
22-26), il blâme ses disciples (Mc 4, 40). Il avait des émotions tel que le
chagrin, la colère, la peur et l’angoisse (Mc 3, 5 ;7-12 ; 14, 33) ;il
ressentait le besoin d’être en relation avec Dieu par la prière (Mc 3, 35) ;
appelé prophète (Lc13, 34), il reconnaît qu’il n’est pas plus bon que
Dieu ( Mc 10, 18), il s’est fait baptiser (Mt 3, 13-17) 237. Outre ces
éléments, précisons aussi que sa naissance et sa croissance étaient
humaines : Il est né d’une femme (Ga 4, 4 ; Mt 1, 18-2, 11 ; Lc 1, 30-
38 ;2, 1-20) : Il croissait et se fortifiait. Il était rempli de sagesse et la
grâce de Dieu était sur lui (Lc 2, 40) ; il avait un corps (Mt 26, 12) ; il
avait des noms humains : Jésus (Mt 1, 21), Fils d’Abraham (Mt 1, 1). Il
a été appelé homme à plusieurs reprises (Jn 8, 40) par Jean Baptiste (Jn
1, 30), Pierre (Ac 2, 22) et Paul (1 Co 15, 21, 47 ;Ph 2, 38) ; … Thiessen
voit dans ce fait pour Jésus de prendre la nature humaine que « les
chrétiens ont un souverain sacrificateur qui a une capacité inégalée pour
sympathiser avec eux dans tous les dangers, les peines et les épreuves
qu’ils rencontrent, parce qu’il a lui-même, en vertu de sa ressemblance
avec eux, été exposé à toutes ces expériences. » 238
De ces deux points de vue, nous déduisons que nous pouvons
appeler sans ambages « Jésus, notre frère » par le fait qu’il a pris la chair
humaine pour vivre avec les hommes et les femmes de son temps, il a
saisi ces occasions pour manifester son leadership qui reste unique et
inhabituel.
Un des buts de l’incarnation de Christ était qu’il puisse constituer
pour nous un exemple (Mt 11, 29 ; 1 Pi 2, 21 ; 1 Jn 2, 6). Son humanité
allait de pair avec sa divinité. Les deux natures sont qualifiées par
237
EKOFO Bonyeku, L’humanité de Jésus dans la tradition synoptique,
Kinshasa, CEDI, 1993, pp.17-59.
238
H. C. THIESSEN, Guide de doctrine biblique. Fondement d’une vie
nouvelle, (traduit de l’anglais par Marc Routhier), Burlington (Canada), Para
Resources and Publications, 2004, p. 248.
Le concept de leadership 157
Thiessen de mystère 239. Pierre l’a découvert quand Jésus posa aux
disciples la question : qu’est-ce que les gens disent de moi ? Sa réponse :
« Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » (Mt 16, 17) était qualifiée
d’une révélation divine par Jésus.
De son côté, Thiessen relève six caractères suivants :
• La sainteté : il était saint et sans péché (Lc 1, 35 ; Hé 4, 15) ; Il
est nommé « le Saint et le Juste » (Ac 3, 14) ; il faisait toujours
ce qui est agréable à son père (Hé 4, 15).
• L’amour : un amour qui s’adresse en premier lieu à Dieu (Jn 14,
31), un amour pour les Ecritures (Mt 5,17s ; Mt 4, 4, 7, 10 ; Lc 4,
16-21 ;…). Ensuite, aux hommes en général, riches (Mc10, 21),
perdus (Jn 10, 11 ; 15, 13 ; Rm 5, 8), ses disciples (Jn 13, 1 ; Jn
15, 9) et les pécheurs (ami des publicains Mt 11, 19).
• L’humilité : c’est par elle qu’il a pris la forme d’un serviteur (Ph
2, 5-8), il s’est fait pauvre pour nous (2 Co 8, 9 : Lc 2, 7 ; Lc 9,
58) ; il fut enseveli dans un tombeau emprunté (Mt 17, 27) ; il
s’est laissé oindre par une femme pécheresse (Lc 7, 37s). C’est
par humilité qu’il est venu pour servir et non pour être servi et
pour donner sa vie en rançon pour plusieurs (Mt 20, 28) ; bien
que Maitre de ses disciples, il leur a lavé les pieds (Mt 23, 10 ; Jn
13, 14) .
• La douceur : il a dit lui-même « Je suis doux et humble de cœur »
(Mt 11, 29), Il prouve sa douceur par ses rapports tendres avec le
pécheur repentant (Lc 7, 37-39 ; 48-50), il s’adapte à l’incrédulité
de Thomas (Jn 20, 29) ; dans sa tendresse à l’égard de Pierre à la
suite du reniement ( Lc 22, 61 ; Jn 21, 15-23) et avec ceux qui
l’ont crucifié (Lc 23, 34).
• La prière : Jésus passait des longues périodes en prière, parfois
des nuits entières (Mt 14, 23 ; Lc 6, 12). A certaines occasions, il
se levait tôt et se retirait à l’écart pour prier (Mc 1, 35). Thiessen
239
Ibid., p. 249.
158 Les héroïnes sans couronne
précise qu’il a prié avant d’accomplir de grandes tâches : avant
de commencer une tournée missionnaire en Galilée (Mc 1, 35-
38), avant de choisir les Douze apôtres - Lc 6, 12s.) et avant
d’aller au calvaire (Mt 26, 38-46). Il a également prié après des
grands succès (Jn 6, 15) 240. Jésus priait avec instance (Lc 22, 44 ;
Hé 5, 7), avec persévérance (Mt 26, 44), avec foi (Jn 11, 41s) et
avec soumission (Mt 26, 39). La vie de Jésus était une vie de
prière, tout leader visionnaire doit s’en inspirer pour la réalisation
des grandes choses.
• Le travail caractérisé par le courage (Jn 9, 4) : il commençait tôt
le matin (Mc 1, 35 ; Jn 8, 2), il continuait jusque tard le soir (Mt
8, 16 ; Lc 6, 12 ; Jn 3, 2). Il oubliait de manger (Jn 4, 31-34) ; de
se reposer (Mc 6, 31) et même ses propres douleurs (Lc 23, 41-
43) lorsqu’il avait l’occasion d’aider une âme dans le besoin. Son
travail consistait à enseigner (Mt 5-7), à prêcher (Mc 1, 38s) ; à
chasser les démons (Mc 5, 12s), à guérir les malades (Mt 8, 9), à
sauver les perdus (Lc 7, 48 ; 19, 9), à ressusciter les morts (Mt 9,
25 ; Lc 7, 14 ; Jn 11, 43) et à appeler et à former ses disciples (Mt
10 ; Lc 10). En tant qu’ouvrier, il était caractérisé par le courage
(Jn 2, 14-17 ; 3, 3 ; 19, 10s), la minutie (Mt 14, 36 ; Jn 7, 23) ,
l’impartialité (Mt 11, 19) et le tact (Mc 12, 34 ; Jn4, 7-30).
3.7.6.2 Caractéristiques du leadership chrétien
Jésus révèle aux disciples l’esprit de service qui animait sa divinité,
en affirmant son désir de s’identifier à un humble enfant aussi
étroitement qu’il s’identifiait à son père. Celui qui reçoit le petit enfant
le reçoit, et celui qui le reçoit, reçoit son père. Bilezikian voit que cette
présentation des choses allait à contre-courant de l’esprit de compétition,
de la propension du monde à tendre vers les premières places. Elle
signifiait descendre soi-même de plus en plus sur l’échelle de la
240
H. G. THIESSEN, op. cit., p. 255.
Le concept de leadership 159
hiérarchie selon le monde, pour y faire monter les autres. 241 En Mc 10,
13-16, les disciples chassent les parents désireux de lui présenter leurs
enfants pour qu’ils les bénissent, mais Jésus fut indigné et leur déclara
que s’ils ne devenaient pas aussi soumis et aussi modestes que les petits
enfants qu’ils méprisaient, ils n’auraient aucune part dans le royaume de
Dieu. Pour y entrer, ils devraient l’accepter comme le fait un petit enfant
(Mc10, 15 ; Mt 18,2ss) qui n’y recherche pas les positions d’autorité et
de pouvoir. Le royaume n’est pas pour ceux qui veulent en profiter afin
de se positionner au-dessus des autres, mais pour ceux qui veulent y
entrer comme serviteurs. Nous relevons quatre traits importants des
dirigeants serviteurs que nous qualifions ici des qualités du leadership
chrétien. Nous citons : le service, une prise de décisions consensuelle,
les bergers des autres et la formation pour le service. 242
3.7.6.2.1 Le serviteur
Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, laissèrent tomber les
masques et, en compagnie de leur mère, s’approchèrent de Jésus, en
privé, pour lui demander une faveur (Mt 20, 20-28). Ils réclament les
meilleures places, celles d’honneur dans le royaume. Que l’un soit à
gauche et l’autre, à droite. Ils considéraient le royaume de Dieu comme
une pyramide reposant sur sa base dont ils occuperaient le sommet juste
en- dessous de Jésus, en partageant son autorité et sa prééminence 243.
Mais dans sa réponse, Jésus leur proposa l’inverse des valeurs négatives
qu’ils avaient épousées. Il ne leur offrait en partage que la coupe de
souffrance et de sacrifice de soi alors qu’ils rêvaient d’une promotion ; il
leur présente un abaissement. Et pour montrer qu’il envisageait lui-
même la fonction souveraine de direction dans le royaume en termes de
soumission et de service, il renonça à donner suite à la requête des deux
frères, et la remit au Père (Mt 20, 22-23). Il leur rappelle qu’il était venu
241
G. BILEZIKIAN, op. cit., p.149.
242
Ibid., p.174.
243
G. BILEZIKIAN, op. cit., p.150.
160 Les héroïnes sans couronne
donner sa vie en rançon mais pas pour distribuer les postes dans le
royaume.
En apprenant la teneur de leur requête auprès de Jésus, les autres
disciples furent indignés (v. 24). Pourtant au vv.17-19, Jésus leur avait
déjà décrit son ministère en termes de sacrifice et de mort. Jésus profita
encore de cette occasion pour les coacher ; il leur parla des principes qui
avaient cours dans son royaume concernant l’exercice de l’autorité et de
la direction (vv. 25-28). Jésus cite deux modèles de l’exercice du
pouvoir répandu en son temps.
Le premier était très familier à tous les sujets de l’empire romain.
L’administration était organisée selon une pyramide au sommet de
laquelle se trouvait l’empereur. Jésus décrit cette structure par ces mots :
« les chefs des nations les tyrannisent… les grands abusent de leur
pouvoir…» (v. 25). Ces mots peuvent prêter à une confusion, celle de
croire que Jésus légitime le pouvoir dictatorial (la présence des textes
comme ceux de Rm 13,1-7, 1Tm 2, 1-2 ; Tt 3,1 ;1 P 2,13-17 peuvent
aussi faire croire à une telle interprétation) ; mais le fait que Jésus
présente un modèle opposé, en prenant soin auparavant de rejeter
fermement celui qu’il venait d’évoquer, c’est une preuve que le modèle
hiérarchique focalisé sur la recherche du pouvoir n’était pas son choix.
La note explicative du v.25 dans TOB dit : « le but de cette déclaration
de Jésus n’est pas de critiquer le pouvoir politique comme tel, mais de
montrer aux disciples que celui-ci ne saurait être un modèle pour
eux ». 244 Le v. 26 le confirme ; il leur dit : « Il ne doit pas en être ainsi
parmi vous ». Jésus montre ici que la force qui doit présider à la
structuration de la communauté chrétienne doit être l’obligation pour
chacun de se rendre serviteur, voire se faire l’esclave du groupe. Gilbert
Bilezikian remarque qu’il a remplacé le pouvoir impérial par
244
La BIBLE, TOB, Paris, Les éditions du Cerf et Société Biblique Française,
1988, p. 2357.
Le concept de leadership 161
l’impérieux devoir de servir, et l’amour du pouvoir par le pouvoir de
l’amour. 245
Alexandre Strauch, dans son livre « diriger avec amour », insiste sur
le fait que les conducteurs et enseignants chrétiens doivent faire preuve
d’amour pour quatre raisons principales ci-après :
Le Nouveau Testament montre clairement que l’amour est
indispensable au don de présidence et d’enseignement (1Co 13,
1-3). Deuxièmement, ce sont eux qui donnent le ton spirituel à
l’Église (s’ils aiment Dieu et leur prochain, ceux qui le suivent
feront de même) (1Tm 4, 12) ; troisièmement, une bonne
compréhension des principes néotestamentaires de l’amour
améliorera de façon significative une saine direction collégiale,
les réunions de groupes et la vie communautaire dans son
ensemble. Enfin, une bonne compréhension de ce que la Bible dit
concernant l’amour améliorerait sensiblement les capacités
relationnelles de nos conducteurs et enseignants dans l’Église et
augmenterait leur efficacité ; elle diminuerait les querelles et les
divisions insensées, favoriserait l’évangélisation et produirait
des Églises spirituellement saines 246.
J.O. Sanders reconnaît que, si l’Église doit remplir ses obligations
vis-à-vis de la génération montante, son plus grand besoin est un
leadership qui ait une autorité morale et spirituelle, et qui accepte de
faire le sacrifice 247. Les leaders de l’Église ont besoin de s’inspirer du
modèle du leadership de Jésus-Christ qui fait preuve d’amour,
d’humilité, de sacrifice, surtout de service.
Jésus savait que ses disciples n’avaient devant leurs yeux aucun
modèle auquel se référer pour bien saisir la nature du dirigeant-serviteur.
245
G. BILEZIKIAN, op.cit., p.151.
246
A. STRAUCH, Diriger avec amour, Québec/ Lyon/ Montréal, Publications
Chrétiennes/ Clé/ Sembeq, 2007, pp. 7-10.
247
J.O. SANDERS, Le leadership spirituel, les qualités importantes pour les
responsables d’Églises, Marne-La Vallée, Farel, 1994, p. 12.
162 Les héroïnes sans couronne
Il leur a donc proposé un modèle, absolu et sans ambiguïté : le sien. Il
était le Seigneur suprême, il est devenu le prototype du serviteur. Au
lieu de chercher à se dominer les uns les autres, ses disciples devraient, à
son image, se rendre serviteurs les uns des autres. Le souci du leader ne
doit pas être le positionnement mais le service qu’il doit rendre aux
membres de son groupe, du plus petit au grand. Ce qui fait que nos
attitudes et nos considérations des uns, des autres doivent changer dans
l’optique d’un serviteur souffrant. S’identifiant à un serviteur, Jésus a
donné sa vie en rançon pour beaucoup. Le lien qu’il a donné entre la
nature de la nouvelle communauté et l’annonce de son œuvre
rédemptrice pour le monde n’est pas accidentel. Il savait que sa mission
sur la terre était d’apporter la rédemption aux individus pour les unir
ensuite dans une communauté éternelle. Il est venu en tant que serviteur
– sauveur pour former une communauté des serviteurs, pas celle des
chefs.
L’évangile selon Jean dans son chapitre 13, 1-17 montre qu’à la
veille de la mort de Jésus, alors qu’ils étaient réunis pour prendre un
dernier repas ensemble, il ne vint pas à l’esprit d’un seul des disciples
l’idée d’assumer le rôle de serviteur. Jésus se baissa devant eux avec un
bassin et une serviette. Ce soir-là, il imprima dans leur mémoire une
leçon sur ce qu’est le service : en leur lavant lui-même les pieds pour
leur prouver que diriger veut dire servir et le chef est avant tout l’esclave
des autres.
Pour bien illustrer ces propos, Rick Warren parlant des chrétiens
écrit :
Dieu vous a créé pour que votre vie fasse une différence. Il ne
vous a pas créé simplement pour vous permettre de profiter de la
vie au maximum, mais pour que vous apportiez quelque chose
sur la terre, que vous puissiez donner à votre tour. Vous avez été
créé pour servir Dieu. Les bonnes œuvres dont parle Eph 2, 10b
c’est votre service. Chaque fois que vous servez les autres, vous
Le concept de leadership 163
servez le Seigneur et accomplissez cet objectif. Pour lui, les gens
comprennent souvent mal le terme « ministère» - qui est
synonyme du « service » - et l’associent aux pasteurs, prêtres et
serviteurs de Dieu « professionnels », mais Dieu dit que tous les
membres de sa famille ont un « ministère ». En tant que chrétien,
vous servez le Seigneur et vous exercez donc un ministère 248.
Chaque chrétien doit employer son don pour le service rendu aux
autres.
Retenons de ce qui précède que le leadership est tout d’abord une
question d’attitude de la part des responsables qu’une politique
organisationnelle. Les responsables doivent être humbles, animés d’un
seul souci, servir et non se servir ; encourager les autres au travail et non
les asservir. Le prince de ce monde avait avili la communauté parfaite
créée par Dieu au jardin d’Eden et l’avait marquée de son sceau par
lequel il conférait à la créature une autorité sur d’autres créatures, une
autorité qui n’appartenait qu’à Dieu seul. La marque distinctive de la
communauté fondée par Jésus résidait dans le fait que le serviteur élevait
les autres. Satan avait fait élever la domination, Jésus-Christ mit en
avant le principe de la soumission et le service mutuel. La mission du
serviteur de celui qui a donné sa vie en rançon pour beaucoup était de
créer une autre communauté, composée de serviteurs, dans un monde
qui se courbe auprès des despotes.
3.7.6.2.2 Les décisions consensuelles
Jésus donne aux disciples des directives concernant la manière de
prendre des décisions dans l’assemblée des serviteurs, suite à la question
de disciples de savoir : « Qui est le plus grand dans le royaume des
cieux ? » (Mt 18,1). Jésus confère à la congrégation elle-même l’autorité
de s’administrer et de prendre des décisions sur la vie de ses membres.
248
R. WARREN, Une vie motivée par l’Essentiel, pourquoi suis-je sur terre ?
Michigan, Grand Rapids, 2006, pp. 245-247.
164 Les héroïnes sans couronne
Mt 18, 15-20 illustre cette pensée dans le cas regrettable d’un chrétien
qui offense un autre. L’offensé doit entreprendre la première démarche,
pour tenter de raisonner et de se réconcilier avec l’autre (v.15). Cette
approche a pour avantage le fait que le serviteur accorde le pardon à un
frère qui s’est égaré, pour le bien de toute la communauté. Si l’initiative
se révèle vaine, le groupe intervient par le truchement d’un ou de deux
témoins (v.16). En cas d’échec, c’est la communauté qui prendra la
décision finale (v.17). La décision ne vient pas d’en haut mais elle
émane de l’intérieur du groupe. Jésus leur déclara que les cieux
entérinent les décisions prises de façon communautaire par l’Église (Mt
18,18). Dans les passages suivants du livre des actes des apôtres (Ac13,
3-4 ; 15, 22-23, 28), les décisions prises par l’Église locale sont
interprétées comme les décisions du Saint-Esprit.
Par la suite, les apôtres avaient retenu la leçon du Maître ( Ac 6, 1-
6) ; ils émirent l’idée, facilitèrent son examen, mais laissèrent, ensuite, à
l’Église de prendre la décision. De même pour la conférence de
Jérusalem (Ac 15, 1-31), qui traitait la question de l’acceptation des
païens dans les assemblées chrétiennes. Les délégués partirent de
l’Église d’Antioche pour tenter de résoudre ce problème (vv.3-4). La
décision finale qui fut prise parut bonne aux apôtres et aux anciens, ainsi
qu’à toute Église (Ac15, 22). Elle fut communiquée, ensuite, à l’Église
d’Antioche et soumise à la multitude réunie (v.30).
A part la tête-à-tête et la participation de l’Église pour résoudre les
problèmes des membres, Paul privilégie aussi l’aide d’un homme sage
(1 Co 6, 5). Gilbert Bilezikian souligne qu’en dehors du contenu des
lettres pastorales, le Nouveau Testament ne présente jamais les
dirigeants comme imposant leurs décisions aux Églises. Ils
encourageaient plutôt les communautés à prendre elles-mêmes des
décisions, de façon collective, ou bien ils les aidaient à faire le bon
choix 249.
249
G. BILEZIKIAN, op. cit., p. 160.
Le concept de leadership 165
3.7.6.2.3 Les bergers des autres
Les leaders de l’Église ont la responsabilité d’accorder à la santé
spirituelle du troupeau la même attention qu’à leur propre vie spirituelle.
Ils doivent veiller sur l’Église comme un berger veille sur son troupeau
(Jn 10, 11), veiller de bon cœur sur le troupeau (I P 5, 2), qui
est « L’Église de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang» (Ac 20,
28). C’est le Christ qui donne à l’Église ces dirigeants à la mentalité de
serviteur, en qualifiant certains « comme apôtres, les autres comme
prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et
docteurs » (Ep 4, 11). Comme leur tâche consiste à prendre soin du
troupeau, on le qualifie souvent de « ministère pastoral ». Ces dons et
ministères ont pour but suprême l’édification, l’exhortation et la
consolation (1 Co 14, 3).
L’apôtre Paul ainsi que l’auteur de l’épître aux Colossiens
s’attendaient à ce que les membres de l’Église soient « remplis de toute
connaissance et capables » de s’avertir « les uns les autres» (Rm15, 14),
de s’instruire mutuellement (Col 3, 16) et de s’exhorter et s’édifier (1 Th
5, 11).
Dans Col 1, 28, l’auteur a élargi la sphère d’action du ministère
pastoral pour qu’il devienne le ministère de l’Église veillant sur elle-
même et prenant soin d’elle-même. Comprenons que le ministère
pastoral n’est pas une chasse-gardée des hommes seulement, mais c’est
un ministère des chrétiens qui prennent soin les uns des autres dans
l’humilité. Pour Bilezikian, cela s’explique par la définition même de la
communauté entendue comme un groupe de serviteurs qui s’associent
pleinement pour un objectif commun 250. De même l’Église est le lieu où
les membres doivent travailler côte à côte, en équipe, sans considération
de rang ni de position, de sexe ou de provenance, à l’inverse de ce qui se
pratique dans le monde. A cet effet, l’Église est capable de fonctionner
sans hiérarchie à la différence de l’armée. Elle en est capable parce que
250
G. BILEZIKIAN, op. cit., p.162.
166 Les héroïnes sans couronne
ses membres sont habités par le même esprit, ce qui manque aux
militaires dans l’armée.
3.7.6.2.4 La formation pour le service
La formation pour le service est une dimension importante pour les
leaders chrétiens. Ceux-ci ont pour tâche spécifique d’équiper et de
préparer les membres de la communauté à prendre part à l’édification du
corps du Christ. Pour bien la mener, l’apport de toutes les ressources
humaines et spirituelles de la communauté est très important. Leur
objectif devra être celui de faire des émules dans la personne des gens
dits ordinaires, afin qu’ils deviennent à leur tour aussi des leaders,
capables de se mettre au service des autres et de servir pour la gloire de
Christ. La vision de Jean baptiste sur le travail de Jésus devra être pour
tout leader chrétien une devise : « Il faut qu’il croisse et que moi je
diminue» (Jn 3, 30). Le souci idéal du leader doit être celui de faire
progresser les autres, les former à l’excellence. Parlant de l’excellence,
Richard Wagener dit : « L’excellence implique la qualité du travail, elle
demande de focaliser son attention sur une chose pour bien la
réaliser» 251. Quand une chose est bien faite, avec tout le sérieux requis,
elle sera excellente. La RDC a besoin des leaders de l’excellence à tous
les niveaux, pour qu’elle arrive à relever les défis de son développement
afin de retrouver sa place dans le concert des grandes nations.
Bilezikian comprend que la méthode indiquée par la Bible pour
former et perfectionner le corps en vue du ministère consiste à découvrir
les dons spirituels et à les utiliser 252. Le leader doit se comporter comme
un entraîneur patient qui cherche à découvrir les talents potentiels des
joueurs de son équipe, leur donner des conseils sur le terrain et les
encourager depuis le banc de touche. Maxwell de son côté insiste sur la
loi du processus dans le leadership en montrant que Dieu lui-même,
quand il se choisit un leader, il prend le temps nécessaire pour le former.
251
R. WAGENER, séminaire déjà cité.
252
G. BILEZIKIAN, op. cit., p. 163.
Le concept de leadership 167
A titre exemplatif : Noé a attendu 120 ans pour que le déluge arrive,
Abraham, lui a attendu 25 ans pour la promesse d’Isaac, Joseph a fait 14
ans en prison pour un crime qu’il n’avait pas commis et Job a
possiblement attendu 60 à 70 ans la justice de Dieu 253. Parlant du choix
de Moïse comme leader, il montre comment Dieu, l’a formé en lui
donnant un émotionnel investissement pour le travail, en l’affirmant au
travers les autres, en lui donnant les mentors, en constituant sa force par
l’expérience qu’il a vécue, en modelant son caractère par les problèmes,
en lui apprenant les valeurs du dur travail, en soutenant sa forte vision et
en lui amenant d’autres personnes qui peuvent compenser ses
faiblesses 254. La formation a une place de choix dans le leadership.
En parlant des leaders de l’Église, nous voyons tous ceux qui ont une
certaine responsabilité dans la bonne marche des différents ministères. A
titre illustratif, le pasteur doit mettre à profit les dons de ses membres,
évangélistes, diacres, responsables de différents services ou groupes
dans l’Église et les chrétiens, en général. Rappelons que l’Église est une
communauté des serviteurs, le ministère ne s’articule pas autour des
dirigeants, mais autour de tous les membres qui constituent le corps du
Christ. Les responsables sont là pour exhorter les membres à exercer
leur ministère, à vivre leur foi dans la vie quotidienne et pas le contraire.
C’est de cette manière que la communauté croitra jour après jour.
La vraie évangélisation n’est pas seulement d’aller dans des stades
mais de témoigner le Christ par ses actes, ses paroles et sa vie tout
entière. Jésus a confié aux disciples la mission de faire de toutes les
nations ses disciples mais en commençant par Jérusalem. Jérusalem était
leur milieu de vie. Si les vendeurs, les commerçants, les enseignants, les
médecins, les infirmiers, les magistrats commençaient à témoigner dans
leurs familles, leurs voisinages, leurs tribus, là où chacun travaille, n’est-
ce pas que nos Églises vivront et ne connaîtront pas la léthargie dont
253
J.C. MAXWELL, The Maxwell Leadership Bible, Nashville/Dallas/Mexico
city/Rio de Janeiro/Beijing/, Thomas Nelson, 2007, p.66.
254
Ibid., p.67.
168 Les héroïnes sans couronne
elles souffrent aujourd’hui ? Notre vie inspire-t-elle la confiance aux
autres ? Quel témoignage transmettons-nous à nos proches, à nos voisins
et à nos collègues de service ? Qu’est- ce qu’ils disent de nous ? Quel
regard avons-nous des pécheurs ? Sachons que Jésus Christ est venu
pour les rejetés de la société, qui attendent de nous cette manifestation
de l’amour de Dieu par nos services quotidiens. L’Église doit rester
engagée pour la mission et établir un programme y relatif.
L’Église doit savoir aussi qu’en créant l’homme à son image et à sa
ressemblance et en le plaçant sur la terre, Dieu lui a donné une grande
responsabilité vis-à-vis de sa création ; il lui a donc conféré le rôle de
gestionnaire. Ce qui fait que la vie sur terre est une responsabilité. Rick
Warren nous révèle que notre temps sur la terre ainsi que notre énergie,
notre intelligence, nos occasions, nos ressources sont des dons de Dieu.
Il nous a laissé le soin de les gérer 255. Nous sommes les gestionnaires de
tout ce que le Seigneur nous confie. Pour cela, nous devons d’abord
admettre que Dieu est le propriétaire de tous et de tout ici-bas. « A Dieu
la terre et tous ceux qu’elle renferme, le monde et ceux qui l’habitent ! »
(Ps 24, 1). Dieu nous prête la terre et il attend que nous la gérions en bon
gestionnaire parce qu’un jour nous lui rendons compte de notre gestion.
De son côté, la femme, en sa qualité de mère et d’épouse, gère entre
autres aussi son mari, ses enfants (filles et garçons), les gens qui vivent
avec elle dans la famille restreinte et dans la famille élargie, les voisins,
les amis de son mari et ceux des enfants, ses propres amies et amis, les
visiteurs et autres. Son cercle d’influence n’est pas moindre, et c’est une
responsabilité à ne pas négliger : elle a des effets éternels. Angeline
Masine nous avait écrit un jour un message intéressant sur le sourire en
disant « N’arrête jamais de sourire, parce que tu ne sais pas qui pourrait
être réconforté par ton sourire, car une parole, un geste ou un acte est un
255
R.WARREN, op. cit., p. 49.
Le concept de leadership 169
arbre de vie» 256. Une parole, un acte fait par amour peut créer de grands
changements dans la vie des gens.
Un leader est un responsable. Être responsable signifie répondre.
Stueckelberger fait voir que la racine allemande (Ver-antworten) veut
dire répondre et responsabilité, en anglais response, va de pair avec
responsability. Le leader a la responsabilité de répondre aux besoins de
son groupe. 257 Il doit être capable de donner le meilleur de lui-même
pour atteindre les objectifs du groupe.
3.8 Leadership biblique et leadership profane
Le leadership biblique est très différent du leadership profane qui se
définit plus par le despotisme, se caractérisant par l’orgueil, l’envie et la
recherche des intérêts personnels au détriment de ceux des autres. Une
kyrielle d’antivaleurs sont à combattre pour arriver au leadership
biblique. Il s’agit de l’arrogance, la mauvaise gestion, l’immoralité et le
manque d’intégrité, le non-respect aux engagements pris, l’infidélité, le
manque de probité, la soif et l’abus du pouvoir que nous appelons la
corruption, le manque de vision réelle, le tribalisme, le familialisme, le
manque de stratégie d’évaluation, le manque criant et le défaut de
communication ; le vol, le détournement des deniers publics, etc.
Le leadership biblique promeut la culture des valeurs et lutte contre
celle des antivaleurs qui ont élu domicile dans le chef des responsables
tant profanes qu’ecclésiastiques. Le leadership biblique fournit à son
environnement la solidité et la stabilité. Seul Dieu est promoteur de ce
genre de leadership (Ps 75, 5-8), Dieu cherche un homme de valeurs
pour conduire son peuple (1 Sa 13, 14 ; Jr 5, 1 ; Ez 22, 30). Ces valeurs
sont entre autres la justice, la crainte de Dieu et la vie de prière. C’est
dans ce sens que Bugalagaja Ruzamuka soutient que les leaders de
256
A. MASINE, Message envoyé lors de mon séjour à Kampala pour le
renforcement de l’anglais, le 10 février 2010.
257
C. STÜECKELBERGER, Conférence citée.
170 Les héroïnes sans couronne
l’Église doivent être avant tout des communicateurs de la vie, remplis de
l’Esprit de Dieu et prêts à suivre les traces de Jésus, des hommes et des
femmes de prière 258.
Alexandre Strauch propose que l’Église soit dirigée par des hommes
fermement décidés à respecter les principes donnés par le Seigneur en
matière de vie de disciple. Il faut des hommes (femmes) qui cherchent,
premièrement, le Royaume de Dieu et sa justice (Mt 6,33), qui se sont
au préalable présentés eux-mêmes comme un sacrifice vivant à Dieu et
se considèrent comme esclaves du Seigneur (Rm 12, 1-2), qui aiment le
Seigneur par-dessus tout et sont prêts à se sacrifier pour l’intérêt des
autres, des hommes qui aiment comme Christ a aimé, qui sont
disciplinés et prêts au sacrifice, des hommes qui se sont chargés de la
croix et acceptent de souffrir pour Christ. 259
Bokenge Kaïsala Guy énumère les qualifications spirituelles requises
pour un leader chrétien. Il cite entre autres : Aimer Dieu de tout son
cœur, tout son être et toute sa force (Dt 6, 5 ; Mt 22, 37) et aimer le
peuple du Seigneur (Jn 21, 15-17). Rester attaché à Dieu par une vie de
prière et de consécration (Col 4, 2 ; 2Th 5,17) et avoir le temps de lire la
parole de Dieu. William Mounce a remarqué que « le leadership de
l’Église apostolique reposait largement sur un enseignement correct » 260.
Cet enseignement correct est le fruit de l’étude de la parole de Dieu. Il
doit chercher à être rempli de l’Esprit de Dieu. John MacArthur explique
ce qui suit concernant le fait d’être rempli du Saint- Esprit :
Être rempli du Saint-Esprit nous détache des désirs, des normes,
des objectifs, des craintes et même du système de ce monde, et
nous donne une vision de Dieu qu’on ne peut avoir d’aucune
autre façon. Soyons donc conscients que le Saint-Esprit est
258
BUGALAGAJA Ruzamuka, Sermon fait à l’Église de Bandalungwa, 8e-
CEPAC, Kinshasa, le 30 octobre 2010.
259
A. STRAUCH, Les anciens, qu’en dit la Bible? Un appel urgent à rétablir le
leadership biblique, Québec, Impact, 2004, P.32.
260
W. MOUNCE, Pastoral Epistles, Nashville, Thomas Nelson, 2000, p. 392.
Le concept de leadership 171
l’agent divin, crée, soutient et préserve la vie spirituelle chez
ceux qui mettent leur foi en Jésus-Christ 261.
L’Esprit de Dieu connaît les secrets de Dieu et les révèle à celui qui
se soumet à lui.
Gandhi interpelle les adeptes de Jésus-Christ d’emboiter le pas à leur
maître, en ne s’éloignant pas dans la pratique de l’essentiel de son
message qui appelle à l’amour, à la paix et à la justice. 262 Les chapitres
16 et 24 du livre des Actes des apôtres, les deux épitres de Paul aux
Corinthiens (1Co 6, 1, 12 ; 2Co 6, 4 ); celle écrite aux Romains (Ro14,
21) ainsi que 1Tm 3 et Tt 1 indiquent d’autres qualités tant humaines,
morales que spirituelles à acquérir par les leaders chrétiens en particulier
et les chrétiens en général pour parvenir à la stature du Christ. Gaston
Mwene Batende observe que l’institution religieuse est plus exigeante à
l’égard des spécialistes du religieux, « ils doivent servir des
263
modèles » .
Les missionnaires suédois tenaient à confier la direction de l’Église
de Dieu aux leaders spirituels, c’est-à-dire remplis du Saint-Esprit
d’autant plus que ceux-ci vivent la parole en menant une vie conforme à
la volonté de Dieu faisant montre d’un bon nombre de différentes
qualités ci-dessus. C’est un des éléments qui ont concouru au succès des
Églises pentecôtistes et dont les dirigeants de tout temps doivent tenir
compte pour l’avancement de l’œuvre de Dieu.
Azarias Ruberwa Manywa, parlant de Mushila Nyamankank, restitue
les qualités d’un leader chrétien que ce dernier a retenu dans une des
propositions de ses discours. Les qualités suivantes du leader politique
chrétien sont retenues :
261
J. MACARTHUR, Commentaire sur le Nouveau Testament, les Epitres de
Paul, Québec, Impact, 1999, p. 908.
262
J.-M. MULLER, Gandhi, La sagesse de la non-violence, Paris, Desclée de
Brouwer, 1994, p. 55.
263
G. MWENE Batende, Le sacré et la quête de sens. Sociologie des « Religions
nouvelles » en Afrique noire christianisée, Kinshasa, Editions Idées-Gisement,
2010, p.33.
172 Les héroïnes sans couronne
Le leader politique chrétien ne peut pas être démagogue.
Il ne trouve pas la vérité aux extrêmes opposés.
Il ne se laisse pas corrompre et ne corrompt personne.
Il ne vole pas et ne s’enrichit pas illicitement.
Il ne jongle pas avec les textes des lois.
Il n’entretient pas le culte de sa personne.
Il est plutôt humble, transparent, crédible, honnête, modéré,
pondéré, correct, visionnaire, sagace, courageux…
Il redéfinit, par sa personne, la politique et en fait un noble
métier.
Eclairée donc par la justice et par la vérité, la conscience du
leader politique chrétien lui donne l’assurance de sa propre
existence : je pratique la justice, dis la vérité ; donc je suis (cf. R.
Descartes). En toute circonstance critique, son premier
conseiller, c’est sa conscience (cf. Paul) 264.
Ailleurs, le même auteur propose que Christ devrait être la réponse à
notre paradoxe, mieux à notre dilemme dans ce continent africain. Il
trouve que dans ses enseignements se trouvent les ressources spirituelles
et morales qui permettent aux dirigeants de régler les problèmes ; dans
sa personne se trouvent la transformation et la révolution des mentalités,
dans ses méthodes, la puissance et la sagesse divine et dans ses actions,
la compassion, la paix, la justice et l’amour. Comme Jésus-Christ, les
dirigeants doivent avoir le courage de dénoncer le mal et éviter le
conformisme en matière d’antivaleurs, dont particulièrement la
corruption, le tribalisme, l’enrichissement illicite, la dépravation des
mœurs 265. De son côté, Kengo wa Dondo n’hésite pas de vanter les
264
A. RUBERWA Manywa « L’autre face du professeur MUSHILA
Nyamankank : un homme d’Etat », in KAMBALE Kandiki (dir.), Mission,
Œcuménisme, religion, politique et méthode. Mélanges en l’honneur du
Professeur MUSHILA Nyamankank, Kinshasa, EDUPC, Novembre 2010,
pp.419-426.
265
Me A. RUBERWA Manwa fut Vice – président de la RDC pendant la
transition et président de la Plate – forme spirituelle composée des membres
Le concept de leadership 173
mérites du leadership de Jésus. Il dit : « Le leadership de Jésus-Christ se
manifeste à la fois dans son intelligence et dans son autorité. Il montre
que Jésus-Christ a engagé ses disciples dans l’école de l’humilité qui
n’est pas celle de la recherche de la gloire personnelle. Le leader est cet
homme ou ce groupe qui apporte et lègue à sa société un petit pan de
bonheur collectif, a-t-il renchéri » 266.
Nos leaders politiques connaissent les principes du leadership
chrétien, mais il ne leur reste que son application pour amener le pays
vers le développement durable. L’interpellation de Jésus le
concerne : « Heureux ceux qui écoutent et pratiquent la parole ».
3.9 Leadership féminin
Le leadership féminin est cette influence que la femme est appelée à
mettre au profit des autres à partir de la cellule de base qu’est la famille,
en revalorisant les compétences féminines au profit de l’humanité
entière pour l’éclosion d’une société nouvelle basée sur la justice,
l’égalité entre les sexes et qui lutte contre les discriminations sous toutes
leurs formes.
Le leadership, à tous les niveaux, englobe la vision, la capacité
d’influencer les autres, la façon d’organiser, de gérer le pouvoir pour les
autres et avec les autres, d’assumer ses responsabilités vis-à-vis des
autres, de servir les gens que l’on conduit pour l’avènement d’un monde
meilleur où il fait beau vivre, où l’homme et la femme vont mettre à
profit leurs compétences et talents au bénéfice de la société entière.
actifs et honoraires provenant des institutions de la République, des Églises, des
composantes et partis politiques différents, groupe qui a vu le jour le 09 janvier
2004 avec, comme vision principale, la compréhension dans les antagonismes
politiques, sociaux et culturels à l’origine des conflits divers qui ont plongé la
RDC dans la régression. Cf. Kengo et Azarias vantent le leadership de Jésus-
Christ. www.lephareonline.net/.../index.php?...leadership-de-jésus-Christ... -
266
KENGO wa Dondo est le président du Sénat de la RDC.
174 Les héroïnes sans couronne
Dieu est l’auteur de la mission. Selon Jean-François Zorn, Dieu est
perçu et reçu comme celui qui envoie sa parole, c’est-à-dire le Christ,
dans le monde pour nous évangéliser. Ce faisant, Dieu, le grand
missionnaire coopère- t-il avec nous de sorte qu’on pourrait l’appeler
aussi le grand « coopérataire » 267. En effet, Dieu a choisi de collaborer
avec les humains pour sauver le monde en envoyant son fils; il se sert
des hommes et des femmes comme outils de propagation de son salut à
l’humanité.
Letty M. Russel constate que, pour les femmes chrétiennes,
l’expérience d’une liberté nouvelle implique des responsabilités
nouvelles. Si les prémices de la liberté communiquent l’Esprit de liberté,
il en résulte aussi une mission (oikonomia) pour accomplir un service et
un ministère en faveur du monde avec lequel elles gémissent (2 Co 3,
17 ; 1, 22). Elles sont libérées pour servir les autres 268.
Les quatre évangiles sont unanimes à témoigner la mission que Jésus
avait confiée aux femmes lors de sa résurrection, qui fait d’elles les
premiers témoins de la Bonne Nouvelle. Jean François Faba dit : « Le
premier champ missionnaire s’est construit autour d’une parole, d’un
envoi et d’une stratégie globale de celles et ceux qui estimaient ne
pouvoir garder, pour eux, une parole d’espérance, un évangile qui les
avait libérés » 269. Les femmes n’ont-elles pas été interpellées par ce
message des anges : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts, celui
qui est vivant ? » (Lc 24, 5). N’ont-elles pas eu ce message
d’encouragement des anges et ces paroles du maître leur disant : « Il
n’est point ici, mais il est ressuscité. Souvenez–vous comment il vous
parla quand il était encore en Galilée disant ‘Il faut que le fils de
l’homme soit livré entre les mains des pécheurs, et qu’il soit crucifié, et
267
J.-F. ZORN, « Dieu le grand ‘coopérataire’ », in Mission. Mensuel Protestant
depuis 1823, n°150, Mai, 2005, pp.6-7.
268
L. M. RUSSEL, Théologie féministe de la libération( traduit de l’anglais par
Marcelle Jossua), Paris, Cerf, 1976, p. 28.
269
J.-F. FABA, « Pour une solidarité en actes », in Mission. Mensuel Protestant
depuis 1823, n° 150, Mai 2005, pp 10-11.
Le concept de leadership 175
qu’il ressuscite le troisième jour. Et elles se souvinrent de ces paroles.
Et, laissant le sépulcre, elles retournèrent et rapportèrent toutes ces
choses aux onze et à tous les autres’ » (Lc 24, 6-9, Mc 16, 5ss). Jésus-
Christ lui-même les rassure par ces mots : « N’ayez pas peur, allez
annoncer à mes frères qu’ils aillent en Galilée et là ils me verront » (Mt
28, 10) ; et dans l’évangile de Jean, Jésus-Christ dit à Marie Magdala
après son long entretien : « …vas vers mes frères et dis leur, je monte
vers mon Père et votre père, mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 11-18).
Les preuves scripturaires des évangiles indiquent que ce sont les femmes
qui sont les premiers témoins de la résurrection de Jésus.
Nous analysons ici comment les femmes sont devenues les bouches
de Dieu pour parler à son peuple, ses pieds pour propager son salut à
l’humanité, ses mains pour aider les nécessiteux, au besoin pour
combattre du côté de son peuple pour sa gloire.
3.9.1 Exemples des femmes leaders dans la Bible
La Bible regorge des femmes qui ont, d’une manière ou d’une autre,
joué un rôle dans la vie du peuple de Dieu et en d’autres lieux dans le
ministère et la vie de Jésus. Josée Ngalula et Jean Ikanga parlent de 250
femmes de la Bible, leur anthologie essaie de cerner les contours des
femmes concrètes dont parle la Bible. Il s’agit de découvrir les
différentes femmes de la Bible comme des personnes dont la relation à
Dieu a été tellement singulière que la parole de Dieu s’est donné la peine
de les mentionner personnellement 270. Des fois, en parlant des femmes,
nous avons coutume de citer celles que nous avons l’habitude d’entendre
les hommes citer dans leurs prédications pour une raison ou une autre,
alors que la Bible contient des centaines et en parle singulièrement.
270
J. NGALULA et J. IKANGA, Ces femmes qui peuplent la Bible. Anthologie
de thématiques et références sur les 250 femmes de la Bible, Kinshasa, Editions
Mont Sinaï, 2006, p.5.
176 Les héroïnes sans couronne
3.9.1.1 Femmes leaders dans l’Ancien Testament
Bien que chez le peuple juif, la femme fût reléguée au second plan et
son influence plus grande dans la vie domestique, il est important de
mentionner qu’une lecture critique de la Bible avec d’autres lunettes fait
découvrir, en Israël, la mémoire de femmes qui ont joué un rôle
particulier en faveur de leur peuple, dont les dons prophétiques, la
fidélité, l’esprit d’initiative, le mépris du danger ont contribué, à des
moments critiques, au salut d’Israël 271. Stigmatisons que les actions et le
courage de ces femmes constituent aussi une contribution pour le salut
de l’humanité entière. La Bible les célèbre.
3.9.1.1.1 La prophétesse Déborah
Elle vivait à l’époque des juges avant l’an 1000, au moment où les
tribus Israélites cherchaient encore leur unité en Palestine. Les juges
furent des chefs, des sauveurs de leur tribu, des instruments de Dieu.
Déborah fait partie des personnages qu’on appelle « juges » en Israël et
dont la charge principale consiste à gouverner l’ensemble du peuple et
non pas seulement à rendre justice 272. Déborah, exerce sa fonction sous
« le palmier de Déborah » entre Rama et Béthel (Jg 4, 4-5). Juger dans la
langue biblique désignait une position d’autorité : les fils d’Israël
montaient vers elle pour recevoir des instructions qui permettaient de
veiller à la bonne organisation du peuple d’Israël. En ce temps, les
Israélites subissaient des pressions des Cananéens qui cherchaient de les
chasser du pays. Cette fonction étonnante pour une femme, était due
sans doute au don de prophétie qui lui était reconnu 273. C’est Deborah
qui transmit à Baraq, de la tribu de Nephtali, les ordres du Seigneur pour
battre le roi qui opprimait les Israélites. C’est elle qui accompagna
Baraq, qui décida d’attaquer, elle qui prédit la mort du commandant des
271
A. JAUBERT, Les femmes dans l’Ecriture, Paris, Cerf, 1992, p.31.
272
L. NGANGURA Manyanya, Figures des femmes dans l’Ancien Testament et
traditions africaines, Paris, L’Harmattan, 2011, p.60.
273
A. JAUBERT, op. cit., p.32.
Le concept de leadership 177
troupes du roi cananéen Sisera par la main de Yaël, une autre femme et
non par celle des guerriers. Le combat que mène Deborah obéit au
principe de rassemblement du peuple, principe garanti par Dieu lui-
même au Sinaï 274. L’unité du peuple est alors assurée lorsque Deborah
appelle les quatre tribus absentes à entrer dans une action d’intérêt
commun 275. J.C.Maxwell remarque que le leadership de Déborah
recommande le respect à tous, hommes et femmes ; même le chef
d’armée Baraq avait su son aide. Se respecter et respecter tous ceux qui
travaillent avec soi conditionne la réussite du leadership 276. Les leaders
qui apprennent à respecter les autres font des exploits et les suiveurs les
respectent du fait qu’ils travaillent avec conviction.
3.9.1.1.2 La prophétesse Houlda
Au temps de Josias, roi de Juda, au septième siècle avant notre ère (2
R 22, 14), le grand-prêtre en fonction « découvre », dans le temple, le
livre de la loi et le fait apporter au roi Josias. Ce dernier se rend compte
que les paroles de la loi n’étaient pas mises en application. Il fallait
consulter le Seigneur. Les Grands prêtres, secrétaires, serviteurs du roi
consultèrent Houlda, la prophétesse, qui vivait à proximité du temple.
Elle annonce tout d’abord le malheur à cause de l’idolâtrie des gens de
Juda (v v 16,17), elle trace au roi de Juda, qui a entendu les paroles et
envoyé les gens consulter le Seigneur, la conduite à suivre (v v 18) ; le
roi réunit les gens, prêtres, prophètes, tous les peuples du plus petit
jusqu’au grand afin de leur lire la loi de l’Eternel ; ils conclurent une
alliance à suivre les préceptes de Dieu (23, 1-27). Parlant de ces qualités
Ngangura Manyanya dit : « Houlda est une personne qui s’efforce de
274
L. NGANGURA Manyanya, op. cit., p. 61.
275
Jg 5,7 cite les tribus suivantes : d’Ephraïm, Benjamin, Manassé, Zabulon,
Issakar et Nephtali. Les quatre absentes sont : Ruben, Gad, Dan et Asher. Juda et
Siméon sont les tribus du Sud n’avaient pas un intérêt immédiat à cette guerre à
cause de leur distance.
276
J.C. MAXWELL, The Maxwell Leadership Bible, Second Edition,
Nashville/Dallas/Mexico City/ Rio de Janeiro/ Beijing, Thomas Nelson, 2007,
pp.281-282.
178 Les héroïnes sans couronne
dire la parole juste, qui ose proclamer haut et fort ce que d’autres ont
peut-être déjà pressenti. Elle n’a pas peur de donner son avis, de dire des
choses impopulaires mais justes pour lancer la transformation radicale
de a sa société » 277. Cette femme joua donc un grand rôle dans la
réforme du roi Josias.
3.9.1.1.3 La prophétesse Miryam
Elle avait concouru à secourir Moïse, le sauveur du peuple. Elle avait
surveillé l’enfant exposé sur le Nil, amené comme nourrice à la fille de
Pharaon Aménophis IV, la propre mère de l’enfant (Ex 2, 2-10). Elle est
appelée prophétesse (Ex 15, 20). Elle chante à la tête du chœur des
femmes le cantique de délivrance de la Mer Rouge. Maxwell révèle
qu’Exode 15, 1-21 nous parle de la loi de la victoire, il montre que le
leader doit connaître l’importance d’identifier, de célébrer et de rappeler
les victoires. Le cantique de Moïse chante le salut de Dieu pour son
peuple. 278 Au v.21 Miryam chante et danse cette victoire que Dieu a
accordée aux enfants d’Israël pendant tout leur parcours. Les leaders
doivent célébrer aussi les victoires avec les suiveurs. Ngangura souligne
que la première personne à laquelle la Bible (dans sa forme canonique)
attribue la prophétie est une femme : elle s’appelle Miryam, sœur de
Moïse et d’Aaron, et elle est mentionnée à un moment mémorable de
l’histoire d’Israël, au temps de la sortie d’Egypte et du séjour au
désert 279. A ce titre Miryam, avec elle toutes les femmes israélites en
chantant la louange du Seigneur font parties de l’histoire de la libération
de l’Egypte. Le prophète Michée ne déclare-t-il pas que Dieu a envoyé
comme guides de la communauté d’Israël Moïse, Aaron et Miryam ?
(Mi 6, 4). Nb 12 évoque le récit d’un incident où Aaron et Myriam
défient l’autorité de Moïse en arguant : « Est-ce à Moïse seul que le
277
L. NGANGURA Manyanya, op. cit., p.63.
278
J.C. MAXWELL, op. cit., p.86.
279
L. NGANGURA Manyanya, op. cit., p.55.
Le concept de leadership 179
Seigneur a parlé ? Ne nous a-t-il pas parlé à nous aussi ? » Le Seigneur
confirme le pouvoir de Moïse en châtiant la contestation de Myriam par
une lèpre. Deux interprétations sont possibles : « La première est le
caractère du jugement qui n’atteint que Myriam, l’enjeu qu’il y avait à la
diminuer, et dans le fait que le peuple l’attende, l’importance de son
statut » 280.
3.9.1.1.4 Tamar
Son histoire est racontée dans Gn 38 ; mariée à un des fils de Juda,
son mari meurt sans lui laisser une progéniture. Le cadet qui l’épousa
était aussi mort, son beau-père la renvoie de chez soi. 281 Du coup, elle
était taxée de tuer ses maris, et Juda ne pouvait plus donner à son fils
cadet Shéla, de peur qu’il ne meure à son tour. Par ruse, déguisée en
prostituée, elle confond Juda en mettant au monde avec lui. C’est un
scandale, mais c’est à partir d’elle que sortira la lignée de David.
3.9.1.1.5 Rahab
Rahab est aussi décrite comme la prostituée de Jéricho. En effet,
après que les Israélites aient erré quarante ans dans le désert, les
éclaireurs envoyés à Jéricho pour la première fois par Moïse sont pleins
de scepticisme et de doutes sur les promesses de Dieu ; en inspectant la
ville, ils se sont désignés comme des sauterelles à côté de leurs ennemis
(Nb13, 27-33) ! Josué les envoie à nouveau mais Rahab, la prostituée,
l’étrangère remplie de l’esprit de prophétie les encourage en leur
prédisant que le Seigneur leur avait livré ce pays et ses habitants (Jos 2,
280
F. LAUTMAN « A la recherche d’un modèle antagoniste ? Les relectures
féministes de la Bible », F. LAUTMAN (éd.), in Ni Eve ni Marie. Luttes et
incertitudes des héritières de la Bible, Histoire et Société, N° 36, Genève, Labor
et Fides, 1997, pp 87-98.
281
TOB, cf., Gn 38. Le premier mari de Tamar répondait au nom d’Er ; il était
mort à cause de sa désobéissance au Seigneur (38, 7) ; son petit frère Onân ne
voulait pas lui laisser une descendance en prenant Tamar, il laissait sa semence
se perdre par terre ; ce qui a déplu au Seigneur qui le tua aussi (v v 9-10). Le
troisième fils de Juda était Shéla mais son père craignit de le donner à Tamar de
peur qu’il ne meure comme ses ainés.
180 Les héroïnes sans couronne
1-24). Rahab est l’instrument que Dieu s’est choisi pour jouer un rôle
décisif à un moment crucial de la vie du peuple, ses paroles sont
prophétiques (v v 9-11). Jacques, dans son épître, la prend comme un
modèle de foi vivante à l’exemple de celle d’Abraham (Jc 2, 25).
3.9.1.1.6 Ruth
Ruth est une étrangère du pays de Moab. Elle a été fidèle à son
premier mari, fils d’un homme de Bethlehem émigré dans le territoire de
Moab. Après la mort de son premier mari, Ruth se lie à sa belle-mère
Noémi par un serment : «…Où tu iras j’irai, et où tu passeras la nuit, je
passerai, ton peuple sera mon peuple et ton dieu sera mon dieu ! » (Rt
1,16). Finalement, elle se remarie avec Boaz, le proche parent qui peut
donner un fils à son premier mari, qui la bénit pour sa fidélité (3, 10),
elle qui s’est réfugiée sous les ailes du Dieu d’Israël (2,12). Cette fidélité
lui valut d’être intégrée dans la généalogie de David, un parmi les
grands rois d’Israël. Maxwell souligne avec force que les leaders doivent
être généreux à l’exemple de Boaz, prédisposé de donner leurs
ressources à d’autres. Cette générosité se manifeste par les éléments
suivants : « La compassion (2, 8, 9), les compliments (2, 11, 12), la
courtoisie (2, 14), la serviabilité (2, 15,16), la crédibilité (3, 11-13) et la
collaboration des autres (4, 9,10) » 282.
3.9.1.1.7 Bethsabée
Bethsabée, la femme d’Urie que David avait vue en train de se
baigner et l’avait convoitée. Par la suite, il avait fait périr son mari (2 S
11 et 12) pour la prendre comme femme. C’est elle qui fut la mère du roi
« sage Salomon », le fils du pardon.
Les quatre dernières femmes se retrouvent dans la généalogie de
Jésus selon l’évangile de Matthieu à cause des rôles qu’elles ont eu à
jouer dans le plan de Dieu bien qu’étrangères et pécheresses, ce qui est
un présage de l’ouverture du salut de Dieu à l’humanité tout entière.
282
J.C. MAWXELL, op. cit., p.317.
Le concept de leadership 181
Mentionnons aussi Abigaël qui a pu sauver sa famille en prenant le
courage d’aller voir le roi David, malgré sa grande colère, par ses
bonnes paroles qui ont le caractère prophétique (1 S 25, 30), par son
courage et ses présents, sa vie et celle de sa famille ont été sauvées (1 S
25, 30ss) ; et, enfin, Esther qui a sauvé toute la nation juive menacée
d’extinction par Haman. Son courage exceptionnel, son attachement à
son peuple et au Dieu d’Israël, lui ont servi de motivations pour son
action. Parlant toujours d’Esther, nous confirmons ce qui suit : « Tout
un livre lui est consacré ; le courage d’Esther a valu la vie de tout son
peuple, car elle a pris conscience de la situation tragique dans laquelle
vivait son peuple et a plaidé la cause de celui-ci devant le roi » 283. Ce
qui est plus intéressant chez Esther est le fait qu’elle sauva son peuple de
l’extermination au risque de sa vie.
La Bible célèbre le rôle des femmes très diverses et qui ne peuvent
se réduire à un modèle unique. Elle nous signale des cas où les femmes,
comme des hommes, se sont mises au travers du plan du salut.
L’exemple de Jézabel qui a fait tuer plusieurs prophètes de Dieu d’Israël
(I Ro 18, 4ss), ses menaces sur la vie du prophète Elie (I Ro 19, 1), sa
participation au meurtre du pauvre Naboth (1Ro 21, 4ss) et le jugement
que Dieu lui a réservé (1 Ro 21, 23) ; l’exemple des femmes païennes de
Salomon et des autres rois d’Israël qui ont détourné les cœurs de leurs
maris vers leurs dieux (ce qui est une preuve de leur influence, mais
cette fois négative) ; mais Israël se reconnaissait dans ceux et celles qui
s’étaient dévoués pour le peuple.
Remarquons que Dieu n’a pas utilisé seulement les hommes dans la
réalisation de ce dessein. C’est pourquoi, au lieu de vanter leurs mérites,
nous nous obligeons de souligner leur obéissance à l’appel de Dieu, qui
leur a donné la détermination et le courage de réaliser la mission pour
laquelle Dieu appelle les gens à son service. La présence des femmes
283
NGONGO Kilongo Fatuma, « Le rôle de la femme chrétienne dans la
promotion de la paix et la cohabitation pacifique », in Annales de l’UEA, Vol 1,
N°1, 2006, p.209.
182 Les héroïnes sans couronne
prophétesses et les autres qui ont joué des rôles de grande envergure
dans l’AT est une preuve certaine que Dieu ne fait acception de
personne; il utilise qui il veut et quand il veut pour sa gloire.
3.9.1.2 Femmes leaders dans le Nouveau Testament
La question fondamentale à se poser ici est la suivante : « Les
femmes ont-elles aussi été actives au départ du mouvement chrétien ?»
Du fait que nous parlons du leadership féminin, elle peut se préciser
ainsi : « Les femmes ont-elles influencé le mouvement de Jésus ? Si oui,
qui ? Comment ? Et pour quels résultats ? »
Le propos de France Quéré est révélateur en parlant des femmes.
Elle dit en effet : « Les femmes évangéliques viennent à Jésus avec une
égale bonne foi et participent aux hautes œuvres de sa mission. On ne
voit pas, en effet, qu’elles soient passives, molles, irresponsables,
réduites à l’obscur service de la vie. Elles jouent les grands rôles,
prenant des initiatives, et non, comme on le dit sans cesse, attendant que
Jésus le premier les appelle. Elles collaborent à la révélation, dont elles
sont des agents essentiels. Pas toutes au même titre, certes, ni avec égale
efficacité » 284.
Anne Carr souligne que les femmes eurent, dans les premières
communautés, des activités de disciples, apôtres, prophètes,
enseignantes, missionnaires, responsables et chefs de communautés 285.
3.9.1.2.1 Attitudes de Jésus à l’égard des femmes
Nous remarquons, dans les évangiles, que Jésus renforce sa critique
du monde pharisien, doublement masculin, par le sexe et par les
pouvoirs. La femme n’est jamais perçue comme une faction. Les
exemples de la femme adultère devant les pharisiens, l’hémorroïsse
284
F. QUERE, Les femmes de l’Evangile, Paris, Editions du Seuil, 1982, p. 13.
285
A. CARR, La femme dans l’Église. Tradition chrétienne et théologie
féministe, Paris, Cerf, 1993, p. 122.
Le concept de leadership 183
perdue dans la foule, la Cananéenne face aux disciples agacés, la femme
courbée parmi les prêtres de la synagogue, la veuve dont le fils vient de
succomber, et même la Marie de la crèche, méditative parmi les
piétinements de ses visiteurs prouvent que toutes ces femmes existent
dans une solitude qui tranche sur les complicités masculines 286. Mais,
malgré leur situation, elles ont fait preuve de foi en Jésus.
France Quéré voit que leur foi se détache du groupe et les dresse
comme des prophètes, les femmes même les plus déchues, surgissent
devant Jésus, portées par des pensées supérieures et l'on voit luire en
elles le paradoxe d'une innocence, et plus étonnant encore, un esprit de
liberté qui surprend Jésus lui-même. Qui, à son tour, leur accorde pardon
ou guérison, mais presque toujours, il les a d’abord admirées, à cause
d’une intelligence immédiate, d’une adoration véhémente, d’un regard
aigu sur sa vérité messianique. Jésus ne porte sur elles, comme sur tout
autre, un jugement exact qui n’est pas sans causer quelque surprise. Elle
trouve que cette femme de l’Evangile subit le renversement des
béatitudes. Pauvre, elle est dite riche, faible, puissante ; ignare, il s’avère
qu’elle prophétise, qu’elle a les gestes de la sainteté. Rebelle, elle croit.
Le Christ ne l’a pas métamorphosée ; il a simplement rendu la vérité
plus forte que l’apparence 287. Disons que Jésus a compris ces femmes ;
c’est la raison pour laquelle elles lui ont témoigné à leur tour un amour
immense, celles qui ont osé le suivre se sentaient à l’aise en sa
compagnie.
Le silence de la femme adultère devant ses accusateurs, la foi /la
confiance de l’hémorroïsse, la soif de Dieu chez la Samaritaine,
l’intelligence des choses divines chez la pécheresse de Luc, la sûre
intuition que l’Evangile fait ressortir avec une étrange précision, comme
s’il importait alors moins de montrer la grâce de Dieu que le courage et
la liberté de certaines créatures, nous pousse à confirmer que Jésus voit
286
F. QUERE, op. cit., p.11.
287
Ibidem.
184 Les héroïnes sans couronne
dans la femme de son temps un véritable partenaire ; il la traite avec la
liberté et les humeurs qui sont les propres des relations d’égal à égal.
Anne-Marie Pelletier, parlant de l’attitude de Jésus à l’égard des femmes
trouve qu’il les encourage, les félicite et profite d’elles pour donner des
leçons sur l’amour, la foi,... 288 Les femmes qui n’étaient pas aimées des
foules ou des pharisiens, n’étaient pas reconnues dans leur vérité. Du fait
que c’est en aimant quelqu’un qu’on le découvre. Seul Jésus perce leur
surprenant secret et sa grâce leur suffit.
Quelques femmes retiennent notre attention, il s’agit en premier lieu
de Marie, la mère de Jésus.
3.9.1.2.2 Marie, la mère de Jésus
Jésus est né d’une femme, déclarent les Ecritures. « Mais, quand est
venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une
femme et assujetti à la loi » (Ga 4, 4). Le plan divin de notre salut passe
par l’incarnation du Fils de Dieu, qui est né de la femme. Après la chute
de nos deux parents Adam et Eve, Dieu en annonçant sa punition sur la
femme dit : « Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre ta
descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu le
meurtriras au talon » (Gn 3, 15). Cet événement présageait la pâques des
chrétiens. Et Eve est la préfiguration de Marie. Dans ces deux textes,
l’envoi de son Fils est l’étape culminante et définitive de la révélation
que Dieu fait de lui-même à l’humanité. L’incarnation du Fils de Dieu
comme le Sauveur est le fruit du dialogue de Dieu avec une femme, - de
personne à personne- lors de l’annonciation 289. Au travers la femme,
Dieu manifeste son amour à tous les êtres humains et singulièrement à la
femme.
288
A.-M. PELLETIER, Le christianisme et les femmes, Vingt siècles d’histoire,
Paris, Cerf, 2001, p.28.
289
C. MOLETTE, J. ROTEN, T. KOEHLER et al., « Le mystère de Marie et la
femme d’aujourd’hui », in Bulletin de la Société française d’études mariales,
47è session, Paris, Médiaspaul, 1991, p.81.
Le concept de leadership 185
France Quéré affirme que Jésus- Christ brise net le mythe de l’Eve
qui introduit le péché dans le monde et communique ses maléfices à
toute la postérité femelle 290. Ntima Nkanza explique Marie face à la
situation politique de son pays, ce qui est vrai aussi pour la
RDC. « Marie est comme ’une héroïne’ qui, refusant de choisir entre la
violence et la résignation, croit plutôt en la victoire d’une révolution
pacifique sur le mal et tous ses alliés » 291. Elle est l’image de toutes ces
femmes qui ont dit « non » à la guerre et « oui » à la paix à l’Est de la
RDC.
3.9.1.2.3 Marie Madeleine
Marie Madeleine est la femme qui a parfumé Jésus dans l’onction de
Béthanie. Les quatre évangiles retiennent ce récit mais le nom est dans
l’anonymat, sauf dans l’évangile de Jean où elle est identifiée : Marie de
Béthanie, l’une des deux sœurs de Lazare. Jean la présente comme
disciple de Jésus, tandis que Luc la présente comme pécheresse. Elle
était une pécheresse pardonnée par Jésus. Pour Elisabeth Schüssler
Fiorenza, étant donné que dans l’Ancien Testament le prophète marquait
de l’onction la tête du roi d’Israël, l’onction faite sur la tête de Jésus a dû
être immédiatement comprise comme la reconnaissance prophétique de
Jésus, l’Oint, le Messie, le Christ. A elle de souligner que cette femme
sans nom qui marque Jésus d’un signe prophétique dans l’évangile de
Marc est le modèle du vrai disciple. Tandis que Pierre avait confessé,
sans bien le comprendre, « Tu es le Christ », la femme qui oint Jésus
reconnaît clairement que la qualité de Messie de Jésus signifie la
souffrance et la mort 292. Régis Burnet trouve en elle une femme
290
F. QUERE, op. cit., p.13.
291
NTIMA Nkanza, « La Theotokos dans les christologies africaines actuelles »,
in Per Una « Mariologia Africana » Colloquio Mariologico Della Sezione
Africana Della Pami (12-15 Marzo 2006), pp. 557-581.
292
E. SCHÜSSLER FIORENZA, En Mémoire d’Elle. Essai de reconstruction
des origines chrétiennes selon la théologie féministe, Paris, Cerf, 1986, pp. 12-
13.
186 Les héroïnes sans couronne
mystique. Pour elle, la vie mystique ne s’acquiert pas parce qu’on le
veut, elle est un don de Dieu. Et Marie-Madeleine l’a reçue du fait
qu’elle était pardonnée par Jésus lui-même (et non, comme les autres
hommes, par l’intermédiaire d’un prêtre). Elle est une vraie mystique,
car elle a été choisie par Jésus 293. Burnet montre en Marie-Madeleine,
comment le revers de l’élection est l’absence totale de mérite. C’est
l’ignorance, mais dans cette ignorance, Dieu se révèle grandement en
stigmatisant :
Marie Madeleine ne sait rien, elle est « toujours cherchante »,
elle est « attirée intérieurement ». De même, elle se trouve sans
raison à Béthanie au pied de la croix, au tombeau. A chaque fois,
comme lors de l’onction à Béthanie, elle ne sait pas ce qu’elle
fait tout en accomplissant des gestes efficaces. Pas un ne pense à
votre mort, car vous êtes la vie, et Madeleine n’y croit pas car
vous êtes sa vie, comment donc, ne sachant rien de votre mort,
prévient-elle votre mort et votre sépulcre ? Le secret de la croix
ne lui est pas révélé et elle ne sait pas ce qui doit arriver dans
peu de jours. Elle ne sait pas que ces pieds qu’elle arrose de ses
liqueurs seront bientôt percés et cloués en une croix, et que ce
chef qu’elle couvre de ses parfums sera couvert de crachats et
couronné d’épines. Tout cela était caché dans son cœur et elle ne
le savait pas. Mais vous le savez Seigneur, et vous le savez pour
elle, car votre esprit et le sien n’est qu’un et elle opère
saintement dans votre connaissance sans sa connaissance 294.
Marie-Madeleine s’est laissée guider par sa foi en Jésus, son amour
pour son Seigneur, l’a poussée à de grands actes.
3.9.1.2.4 La Samaritaine
293
R. BURNET, Marie-Madeleine. De la pécheresse repentie à l’épouse de
Jésus. Histoire de la réception d’une figure Biblique, Paris, Cerf, 2005, p.78.
294
R. BURNET, op. cit., pp.78-79. Notons que dans certains passages, Marie –
Madeleine est appelée Marie de Magdala (Jn 19, 25).
Le concept de leadership 187
La femme Samaritaine n’est pas autrement identifiée dans l’évangile
selon Jean ; elle reste anonyme. Pourtant, presque tout un chapitre (Jn 4,
1-42) est réservé à son entretien avec Jésus sur la question théologique
de la messianité de Jésus. Mushila Nyamankank trouve que Marthe,
Marie et la femme Samaritaine sont les produits d’une civilisation et
d’une culture qui font jouer aux femmes les rôles d’épouses et des
mères… Tandis que Marthe reflète ce que les hommes moyen-orientaux
attendent de toute femme - compte tenu des rôles qu’ils lui font jouer.
Marie et l’anonyme femme samaritaine « se distinguent et
295
impressionnent » . Il fait remarquer que la Samaritaine illustre
éloquemment le processus révolutionnaire initié par Jésus de Nazareth.
La Bonne nouvelle qu’apporte Jésus est un message de libération pour
les hommes et les femmes de tout temps. La Samaritaine a été libérée
par ce message et était devenue missionnaire auprès de ses
coreligionnaires (Jn 4, 28, 29) comme nous témoignent les Ecritures par
le simple fait que Jésus lui avait tout dit la concernant. Cette femme a pu
découvrir par cet entretien la messianité de Jésus (Jn 4, 29, 40) que l’un
de ses disciples avait eue par révélation ! La première missionnaire des
Samaritains fut cette femme (Jn 4, 39). Dans ce chapitre 4, il ne s’agit
pas d’un monologue mais d’un dialogue tenu tête-à-tête entre Jésus et
son interlocutrice.
3.9.1.2.5 Les femmes dans les épîtres pauliniennes
Notons que Paul est souvent taxé de misogyne à cause de la présence
de quelques textes dans ces écrits dont : 1Co 11, 6 et 1 Co 14, 34 ainsi
que le texte de l’auteur aux Ephésiens 5, 24. Le premier parle du voile
de la femme, le deuxième est la fameuse interdiction de dire que les
femmes doivent observer dans les assemblées et, enfin ; le texte
295
MUSHILA Nyamankank, « La présence de la mère du Seigneur dans la
Théologie œcuménique aujourd’hui : Un point de vue protestant », in Per Una
« Mariologia Africana » Colloquio Mariologico Della Sezione Africana Della
Pami (12-15 Marzo 2006), pp. 582-590.
188 Les héroïnes sans couronne
« aimé » de certains pasteurs lors de célébration de mariage qui, selon
eux, consacre la soumission des femmes à leurs maris (ces pasteurs
oublient souvent de mettre l’accent sur le rôle capital que l’homme est
appelé à jouer à son tour à l’égard de sa femme : « l’aimer comme Christ
a aimé l’Église »).
Théologiquement, les trois textes véhiculent l’idée d’une suprématie
de l’homme par rapport à la femme. Le modèle de la tête dont on trouve
l’origine dans les épitres de Paul, dans le Nouveau Testament, et qui
s’est répandu dans la théologie médiévale, conçoit le Christ comme le
Seigneur de l’Église, la tête de tous les hommes et la source de toute
grâce, « grâce capitale ». Anne Carr montre :
Ce motif est au centre du schème hiérarchique dans lequel la
relation entre Dieu et les êtres humains, et la relation entre le
Christ et l’Église présentent une analogie avec la relation entre
mari et femme, mâle et femelle, clergé et laïcs des religions
féodales dans laquelle, dans chaque paire, le second partenaire
est subordonné au premier. Notons que ce schème incarne les
dualismes hiérarchiques de la pensée patristique et médiévale
dont les origines remontent à la philosophie grecque : l’esprit est
au-dessus de la chair, l’âme au-dessus du corps, la pensée au-
dessus de la matière 296.
En théologie, on retrouve cette idée chez Karl Barth qui insiste sur la
seconde place de la femme par rapport à l’homme, comparable à celle de
« B » par rapport à « A ». La notion suggérée par Thomas d’Aquin,
selon laquelle l’incarnation du verbe de Dieu dans le sexe masculin est
nécessaire sur le plan ontologique, repose sur l’hypothèse préalable de la
nature déficiente et inférieure de la femme. Remarquons bien que
l’utilisation religieuse du modèle du chef résulte des modèles impériaux
296
A. CARR, La femme dans l’Église. Tradition chrétienne et théologie
féministe,(traduit de l’anglais par Maryse FALANDRY),Paris, Les Editions du
Cerf, 1993, p.214.
Le concept de leadership 189
et monarchiques des structures politiques du passé. La biologie, la
psychologie, la sociologie et l’anthropologie ainsi que l’expérience
sociale courante ont démenti la première hypothèse sur l’infériorité des
femmes ; les structures politiques originelles ont aussi disparu mais ce
symbole continue à exercer une action pernicieuse pour les femmes.
Nous recommandons une relecture des textes bibliques, en général,
et pauliniens, en particulier, marginalisant la femme par rapport aux
réalités quotidiennes que traversent les femmes et à d’autres éléments de
la tradition; le message libérateur de Jésus-Christ nous interpelle à la
liberté et à la justice sociale, devrait nous servir d’un point du départ
pour ce genre de discours émancipateur à l’égard des femmes. Anne
Carr témoigne ce qui suit :
Dans les écritures, les femmes découvrent, non seulement le
thème du chef dont l’histoire fut en réalité si négative, mais aussi
des récits libérateurs sur les relations de Jésus ave les femmes,
ses rejets audacieux de la famille patriarcale, de l‘ordre social et
religieux dans son rapport au Royaume, à l’implication des
femmes dans son ministère et dans les premiers mouvements
chrétiens, et un pluralisme des images du Christ dont les unes
corrigent les autres quand on les envisage sous l’angle de
l’expérience féminine. La plupart des interprétations féministes
contemporaines du Christ sont enracinées dans les histoires
évangéliques sur Jésus, la parabole de sa vie et de ses actes, le
modèle de vie humaine et des relations divino-humaines que
suggèrent les premiers témoignages le concernant 297.
Les écritures nous révèlent une vérité transformatrice sur la liberté
remarquable de femmes parmi les disciples, ses amitiés avec Marie de
Magdala, Marie et Marthe, son ouverture aux femmes, cas de la femme
Samaritaine et de la syro-phénicienne, surtout le fait d’avoir fait des
297
A. CARR, op.cit., p. 219.
190 Les héroïnes sans couronne
femmes les premiers témoins de sa résurrection, elles sont, par ce fait,
devenues les témoins de l’Evangile par excellence, l’acceptation par
Jésus des groupes des marginalisés de sa société. Enfin, les récits de
participation des femmes aux premières communautés chrétiennes
contiennent des implications christologiques. Les femmes y ont joué
différents rôles clés, dont celui des apôtres, des prophètes, des
enseignantes, des missionnaires, des responsables voire celui des chefs
de communautés. Au chapitre 16 de l’épitre aux Romains, l’apôtre Paul
reconnaît la participation de certaines femmes à ses côtés dont la
diaconesse Phoebe de la Communauté de Cenchrées (Rm 16, 1-2) 298,
Persis (Rm 16, 12), Junie (Rm 16, 7), Thryphène,… Paul-Marie
Buetubela, parlant de la place des femmes dans la liste de salutation de
l’épitre de Paul aux Romains 16 dit :
On y voit clairement que les femmes ne jouent pas des rôles
secondaires dans l’Église naissante. Elles se fatiguent pour
l’Evangile comme les hommes (Rm 16, 6, 12). Elles risquent leur
vie pour sauver celle des autres (Rm 16, 3). Andrenicus et Junie,
parents de Paul, furent des compagnons de captivité de Paul,
devenus chrétiens avant lui (Rm 16, 7), ce sont des apôtres
éminents. Junie (Rm 16, 7) est apôtre, tandis que Priscille est
enseignante dans la foi ( 1 Co 16, 19) 299.
De son côté, Elisabeth Schüssler Fiorenza soutient que la dynamique
de la tradition avait tenté de supprimer, mais n’a pas pu complétement
éradiquer, les signes de l’égalitarisme fondamental (incluant femmes et
esclaves) du mouvement de Jésus et des premières missions
298
Phoebe a le titre de Ministre (serviteur ou diaconesse) de l’Église ; ce titre est
donné dans le NT à Paul, Apollos, Tychique ou Epaphras (cfr 1Co 3, 5 ; 2 Co 3,
16 ;6, 4 ; Ep 3, 7 ; 6, 21 ;…). Notes de TOB, p.2734.
299
P.-M. BUETUBELA, L’Apôtre Paul et la femme. Propos Pauliniens sur la
christianisation des rapports sociaux entre hommes et femmes, Kinshasa,
Editions Mont Sinaï, 2009, p.38.
Le concept de leadership 191
chrétiennes 300. Pour elle, les chrétiens se concevaient comme la nouvelle
famille et exprimaient cette conception de manière institutionnelle dans
l’Église domestique, en fait, c’était l’ethos religieux de l’égalité qui était
transmis et qui est entré en conflit avec l’ethos patriarcal de la maison.
Les lettres pastorales nous permettent de repérer les débuts de la
patriarcalisation de la maison chrétienne mais aussi de la maison de
Dieu, de même dans les épitres aux Ephésiens et aux Colossiens.
3.9.1.3 Exemples des femmes leaders dans l’histoire
Nous considérons quatre exemples de femmes dans l’histoire qui ont
marqué positivement le monde et leurs contemporains.
3.9.1.3.1 Mère Teresa
Le poème de Mère Teresa sur la vie montre l’état de son âme en ce
qui concerne la vie, et particulièrement celle des autres, pour laquelle
elle s’est vouée. Il nous interpelle, à notre tour, d’accomplir nos devoirs
religieux et éthiques envers les autres afin de rendre leur vie vivable 301.
Cette vie multidimensionnelle, Dieu nous la donne en Jésus-Christ et
veut que nous la rendions possible à ceux et à celles qui nous entourent
par un partage mutuel et une communion fraternelle. Vibila Vuadi en
appelle à « l’éthique de la promotion de la vie », ce qui fera de « Vivre
avec Christ » un synonyme de « développer une culture de vie » 302.
Mère Teresa a expérimenté cette vie en prenant contact avec ses
prochains ; elle y trouvait Dieu par Jésus-Christ venu en chair pour nous
sauver en nous apprenant à nous aimer, en nous servant. Pour justifier le
300
E. SCHÜSSLER Fiorenza, En mémoire d’Elle. Essai de reconstruction des
origines chrétiennes selon la théologie féministe, Paris, Les éditions du Cerf,
1986, pp.351-391.
301
Le poème de Mère Teresa sur la vie est prise comme notre épilogue et reste
interpellatif pour tout chrétien, appelé à vivre pour Christ et pour les autres.
302
VIBILA Vuadi, « Femmes protestantes dans les Églises, évolutions et les
enjeux contemporains », in KAMBALE Kandiki (dir.), Mission, Œcuménisme,
religion, politique et méthode, Mélanges en l’honneur du Professeur MUSHILA
Nyamankank, Kinshasa, EDUPC, Novembre 2010, pp.123 – 135.
192 Les héroïnes sans couronne
service qu’elle rendait aux pauvres de Calcutta, elle déclare : « Ce ne
sont pas les pauvres qui nous doivent quelque chose, mais c’est nous qui
avons une dette envers eux, car ce sont eux qui nous donnent un des
meilleurs moyens pour servir Dieu » 303. Dans sa lettre du 27 octobre
1987 adressée aux sœurs, elle écrit : « You dont know what terrible pain
such words cause to my heart, Jesus and me. I have to take five different
medicines for my physical heart- but I long for the best medicine- your
love for one another » 304. Notre amour pour Dieu doit se manifester par
les actes, le service que nous nous rendons. Ceux et celles qui aspirent à
la vraie grandeur, leur crédo doit être celui de Jésus : « Servir les
autres», « Aimer par l’action » car « Aimer c’est servir. » L’impact de
l’application de ce crédo ferait du monde un paradis où il fait beau vivre,
et ceux et celles qui s’en inspirent sont et resteront « grands ». Maxwell
voit que Teresa et la princesse Diana ont eu un impact similaire à cause
du souci qu’elles se faisaient des autres. Les deux ont fait preuve du
pouvoir de la loi de l’influence 305. Gandhi, de son côté, confirme qu’on
rencontre Dieu plus souvent dans la plus humble de ses créatures que
chez les plus puissantes et les plus élevées en dignité, et lui, s’efforce de
partager la condition des premières en se consacrant à leur service 306.
Gandhi a fait la politique pour aider les pauvres de son pays. N’est-ce
pas une interpellation aux dirigeants de travailler aussi pour le bien et le
développement des autres ? Martin Luther King, lui, a emboîté le pas en
souhaitant laisser cet exemple à suivre : « Je veux laisser derrière moi
une vie de dévouement » 307.
303
D. WASHBURN Osborn, 5 Choix pour celles qui gagnent, Toronto /
Birmingham, Editions Osborn, s.l., p.135.
304
J. NEUNER, « Mother Teresa’s charism », in Theology Digest, Volume 49,
Number 2, Summer 2002, pp. 109-121.
305
C. MAXWELL, op. cit., pp. 33-35.
306
J.- M. MULLER, Gandhi. La sagesse de la non-violence, Paris, Desclée de
Brouwer, 1994, p.8.
307
S. MOLLA, Martin Luther King. Extraits des principaux discours, Paris,
Editions Assouline, 1999, p.23.
Le concept de leadership 193
3.9.1.3.2 Jeanne d’Arc
L’histoire de France retient l’image de cette femme à cause de son
courage héroïque. Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, est une
héroïne française (Domrémy 1412-Rouen 1431). Elle fut fille de simples
paysans. Jeanne d’Arc est née probablement le 6 janvier 1412, dans un
petit village des bords de Meuse. Son père s’appelait Jacques Darc et sa
mère Isabelle Romée. Ils étaient à cinq dans la famille. Sa piété
exceptionnelle la distinguait des autres dans la famille. A 13 ans, elle eut
« une voix de Dieu pour l’aider à se gouverner » ; la voix lui disait deux
à trois fois la semaine qu’elle parte en France, qu’elle lèverait le siège
mis devant la cité d’Orléans 308.
Son histoire est longue et épatante. Elle a suivi cette voix qui
l’interpellait et s’est rendue en mai 1428 à Vaucouleurs, place qui était
restée fidèle au roi de France, où elle demanda une audience auprès du
roi. La France réduite à une pure détresse du fait que le traité de Troyes
avait écarté du trône le fils et héritier de Charles VI, en instaurant le
principe d’une double monarchie, française et anglaise, au profit du roi
d’Angleterre. Jeanne elle-même s’est investie dans la lutte. Elle fut
reçue le 25 février par le roi Charles VII et lui annonça que sa mission
était de le faire sacrer et couronner dans la ville de Reims comme
légitime héritier du roi de France. Après cette annonce, elle fut emmenée
à Poitiers où elle avait subi un interrogatoire de prélats et de théologiens,
qui cherchaient à se convaincre de la pureté de ses intentions. Sur leurs
conclusions, elle reçut à Tours sa maison militaire, son équipement, et
une épée qu’elle avait envoyé chercher dans l’Église Sainte-Catherine.
La cité d’Orléans était assiégée et réduite à la famine, mais Jeanne
faisait pénétrer le ravitaillement et y entrait elle-même ; cela avait donné
du courage aux troupes françaises. Du côté des Anglais, ils étaient
308
GRAND LA ROUSSE ENCYCLOPEDIQUE en dix volumes, tome sixième,
Paris, Librairie Larousse, 1962, pp. 343-344.
194 Les héroïnes sans couronne
paralysés et leurs bastilles commençaient à tomber l’une après l’autre
entre les mains des troupes royales jusqu’à la délivrance d’Orléans.
Sur les instances de Jeanne, le roi se dirigea alors vers Reims pour y
être couronné. Les résistances anglaises continuaient à tomber
progressivement, jusqu’au 17 juillet 1429, jour où le roi est sacré dans la
ville de Reims. Dans l’entre-temps, la série de victoires de Jeanne
semble terminée. Par la suite, elle fut prise comme prisonnière entre les
mains d’une escorte anglaise. L’Evêque Cauchon entreprit contre elle un
procès d’hérésie assisté d’une quarantaine d’assesseurs, tous plus ou
moins dévoués à la cause de l’Angleterre. Quant à elle, l’assistance d’un
avocat lui fut refusée.
Les réponses admirables qu’elle donnait à ses juges lors de son
procès révèlent la force de son caractère. Nous en retenons les
suivantes :
« ‘Etes-vous en état de grâce ? – Si je n’y suis, Dieu m’y mette, et
si j’y suis, Dieu m’y garde‘.
‘Dieu hait-il les anglais ? – De la haine ou de l’amour que Dieu
a pour les Anglais, je ne sais rien, mais je sais qu’ils seront
boutés hors de France, excepté ceux qui y mourront’.
‘Aimiez-vous mieux votre étendard ou votre épée ?- J’aimais
beaucoup plus, voire quarante fois, mon étendard que mon
épée… Je portais moi-même mon étendard quand on chargeait
les ennemis pour éviter de tuer personne. Je n’ai jamais tué
personne’. Interrogée au sujet de sa propre fin, elle
répond : ‘Mes voix me disent : prend tout en gré, ne te chaille de
ton martyre, tu t’en viendras enfin au royaume de Paradis’ » 309.
Jeanne en avait vainement appelé au Pape. Cauchon avait tenu à
assister au supplice de sa prisonnière, espérant l’entendre renier ses
« voix ». Jeanne, au contraire, au milieu de flammes, ne cessa de
309
GRAND LAROUSSE ENCYCLOPEDIQUE en dix volumes, op. cit., pp.
343 -344.
Le concept de leadership 195
proclamer son entière confiance dans sa mission. Le dernier cri
qu’entendit la foule massée sur la place du Vieux-Marché fut : « Jésus ».
L’émotion avait gagné les soldats anglais, et l’on rapportait que l’un
d’eux s’écria : « Nous sommes tous perdus, car nous avons brûlé une
sainte » 310. Jeanne d’Arc se retrouve parmi les morts vivants et l’histoire
ne cessera de parler de ses exploits. Elle a osé son aventure.
La légende de Jeanne d’Arc naît non seulement de ses exploits, mais
aussi du courage et de l’espoir qu’elle insuffle aux « bons loyaux
Français » 311. La renommée de Jeanne d’Arc grandit de façon étonnante
et sa sainteté a été reconnue par l’Église qui l’a béatifiée en 1909, et l’a
canonisée en 1920. Sa fête est devenue en France la fête nationale, fixée
au dimanche 8 mai, date à laquelle, depuis 1429, Orléans avait célébré
sa libératrice 312. Dès lors, la personne de Jeanne d’Arc restera gravée
dans la mémoire des gens du monde entier, la littérature ne cesse de
parler d’elle, de sa bravoure, de son courage héroïque et de sa foi pour la
libération de son pays ; « elle est considérée comme un modèle de
sainteté laïque et féminine » 313. Nos enquêtés l’ont reconnu parmi les
leaders féminins de l’histoire du monde.
3.9.1.3.3 Béatrice Kimpa Vita
Héléne Yinda et Kä Mana montrent que, dans l’histoire africaine, à
l’époque du Christianisme colonial, Béatrice Kimpa Vita est décrite
comme une combattante mystico-politique du royaume Kongo, qui
inaugure l’ère de la libération mentale des Africains face à la
colonisation, et ouvre la route à une autre destinée pour les femmes à
310
Ibid.
311
Encarta 2008, Lettre de Jeanne d’Arc aux habitants de Reims.
312
GRAND LAROUSSE ENCYCLOPEDIQUE en dix volumes, op. cit., pp.
343 -344.
313
A.-M. PELLETIER, op. cit. p. 107.
196 Les héroïnes sans couronne
partir d’une lecture libératrice de la figure « charismatique » du Christ et
de la prégnance de l’Esprit de Dieu sur les humains 314.
Esther N’Landu Moyo, parlant du leadership féminin dans les
Églises indépendantes Africaines à Kinshasa, fait voir que Kimpa Vita
est la toute première femme qui a tenté d’organiser une Église
indépendante à caractère messianique dans un contexte de crise 315. Elle
créa la secte des antoniens en 1704, quand elle n’avait que vingt- deux
ans. Le capucin Da Gallo, qui la fit subir un interrogatoire, nous livre
ainsi le récit de sa vocation : « L'événement arriva ainsi, disait-elle :
Etant malade et au moment de mourir, à l'agonie, un frère
habillé comme un capucin lui apparut. Il lui dit être saint
Antoine, envoyé par Dieu dans sa tête pour prêcher au peuple et
avancer la restauration du royaume. Béatrice récuse la pratique
de la confession individuelle, la doctrine de l'Eucharistie et la
récitation de prière en latin. Comme beaucoup de prophètes
d'hier et d'aujourd'hui, elle incorpore plusieurs pratiques
traditionnelles au christianisme et autorise la polygamie. Victime
de sa popularité, elle fut brûlée vive en 1706 par ordre du roi
chrétien du Congo » 316.
Eu égard à ce récit, quelques similarités peuvent être établies entre
Kimpa Vita et Jeanne d’Arc : les deux ont entendu des voix, elles ont eu
le courage d’agir pendant un temps de crise pour l’intérêt de leur nation.
Nous pouvons, à ce titre, qualifier Kimpa Vita de l