Centre national de recherche agronomique
Bien cultiver
l’igname en
Côte d’Ivoire
Caractéristiques des principales variétés sélectionnées d’igname.
Introduction rendement Zones
Nom de la Cycle
Avec une produ ction de de pro- Caractéristiques Usages
variété (mois) (1) (2)
3 millions de tonnes en 2003, l’i- duction
gname est la culture vivrière la 1re récolte :
Wacrou Bonne valeur commer- Pilée, bouillie,
plus importante en Côte d'Ivoire. (D. cayenensis e
5-6
15 Savane ciale frite,
On distingue habituellement deux 2 récolte :
- D. rotundata) Usage très diversifié ragoût
groupes principaux : les ignames 8-9
précoces et les ignames tardives. 1re récolte :
Kponan Bonne valeur commer- Pilée, bouillie,
5-6
Les ignames Dioscorea cayenen- (D. cayenensis 15 Savane ciale frite,
2e ré-
sis et Dioscorea rotundata sont - D. otundata)
colte : 8 - 9
Usage très diversifié ragoût
d'origine africaine. Certaines sont re
précoces et sont récoltées deux Kpassadjo 1 récolte5-6
: Bonne valeur commer-
Pilée, bouillie,
fois au cours du même cycle (D. cayenensis 15 Savane ciale
2 récolte: - frite
cultural. La première récolte - D. rotundata) 8-9 Usage très diversifié
(juillet-septembre) donne des tu-
Krenglè Bonne valeur commer- Pilée, bouillie,
bercules destinés surtout à la (D. cayenensis 7-9 20 10 Savane ciale frite,
consommation. La seconde ré- -D. rotundata) Usage diversifié ragoût
colte (janvier) est principalement
C20 Bonne valeur commerciale
utilisée comme semenceaux. Pilée, bouillie,
(D. cayenensis 7-9 20 10 Savane Faible développement
frite
D’autres D. cayenensis - rotunda- - D. rotundata) végétatif
ta sont tardives et n’ont qu’une TDr 608 Tolérant à la sécheresse
récolte. Cependant, plusieurs des Pilée, bouillie,
(D. cayenensis 7-9 20 15 Savane Faible développement
variétés à une récolte (Krenglé, frite
- D. rotundata) végétatif
Gnan) peuvent être exploitées en
TDr 131 Tolérant à la sécheresse
double récolte Pilée, bouillie,
(D. cayenensis 7-9 20 15 Savane Faible développement frite
Les ignames tardives (Discorea - D. rotundata) végétatif
alata), d’origine asiatique, se ré-
NDRBD 10 Tolérant à la sécheresse
coltent une seule fois (décembre, Pilée, bouillie,
(D. cayenensis 7-9 20 15 Savane Faible développement
janvier). frite
- D. rotundata) végétatif
Florido Savane Pilée, bouillie,
7-9 30 20 Apte à la mécanisation frite, braisée,
(D. alata) Forêt ragoût
Bonne aptitude à la
conservation,
Nécessité de conserver le
Matériel végétal Brazo fuerte
7-9 50 30
Savane
tubercule 2 à 3 mois
avant consommation
Braisée,
lée
pi-
(D. alata) Forêt
Peu attaqué par les ma-
Les caractéristiques des principa- ladies
les variétés sont mentionnées C18 Savane Bonne aptitude à la Pilée, bouillie,
dans le tableau ci -contre. conservation
7-9 20 10 Produit des bulbilles frite, braisée,
(D. alata) Forêt Bonne qualité organoleptique ragoût
(1) Rendement potentiel (t/ha)
Bonne qualité organolepti-
(2) Rendement moyen (t/ha) Pilée, bouillie,
Suidié Savane que
7-9 10 Bonne aptitude à la frite, braisée,
(D. alata) Forêt conservation post-récolte ragoût
Présence de points noirs
Bien cultiver l’igname en Côte d’Ivoire
Plantation
Choix du matériel végétal Préparation du sol
♦ Pour les ignames précoces - En culture manuelle : défricher, brûler et
butter.
- Utiliser les tubercules obtenus en se-
conde récolte ; - En culture mécanisée : défricher, la-
- Utiliser de grosses boutures de plus de bourer et billonner.
500 grammes.
Dispositif et densité
♦ Pour les ignames tardives de plantation
- Utiliser des fragments de tubercules ;
♦ Pour les ignames précoces : planter à
- Utiliser des boutures beaucoup plus pe- raison de 5 000 buttes / hectare (1 m x 2 m) ;
tites (200 à 300 grammes).
Bulbille pouvant servir ♦ Pour les types tardifs : planter à raison
de matériel de plantation de 10 000, voire même 12 500 buttes / hec-
tare (1 m x 1 m ou 1 m x 0,8 m).
Choix du terrain
- Préférer les sols fertiles, bien drainés, ar-
gilo-sableux ; Mise en place
- Préférer, comme précédent cultural, des La production de l'igname est fortement tributaire de la précocité de
jachères naturelles de longue durée (5 à 10 plantation.
ans), des jachères améliorées avec du Pue-
raria (moins de 5 ans) ou des céréales . ♦ Pour les ignames précoces à deux récoltes
- Planter dès le mois décembre dans les zones à une saison plu-
vieuse ;
- Recouvrir les buttes avec de la paille ou des feuilles pour conserver
l’humidité ;
- Dans le centre du pays, planter dès les premières pluies (mars-
avril).
♦ Pour les types tardifs
- Planter en mai-juin.
Entretien
Fertilisation Désherbage
- Il n’est pas indispensable de fertiliser L'igname est extrêmement sensible à la concurrence des mauvaises
après une très longue jachère ; herbes pendant les trois premiers mois de la croissance.
- Apporter 200 kg par hectare de NPK Les méthodes de lutte contre les mauvaises herbes sont les suivantes :
(10.18.18) ou (8.4.20.4 MgO) et 100 kg par
hectare d’urée en cours de végétation ; ♦ Lutte culturale :
- Lorsque le sol est fatigué, en plus de la Utiliser des variétés compétitives vis à vis des mauvaises herbes
fertilisation standard, apporter 300 kg par (Florido et surtout Brazo fuerte) ;
hectare de dolomie ou de chaux magné- - Cultiver l'igname derrière une longue jachère ou derrière une
sienne comme amendement. culture qui laisse un sol propre ;
- Tuteurer les tiges.
Tuteurage ♦ Lutte chimique : utiliser le Diuron (2 kg par hectare) en pré-levée.
- Tuteurer les ignames précoces.
Bien cultiver l’igname en Côte d’Ivoire
Protection de la culture
Contre les virus
• Symptômes : les viroses sont plus graves
sur l’espèce Dioscorea cayenensis-
D. rotundata. Les plants attaqués se dé-
veloppent mal et donnent un grand
nombre de tiges, les feuilles prennent
des formes anormales et se décolorent.
• Méthode de lutte : éviter de replanter les
tubercules infectés. Marquer les plants
malades en cours de végétation pour
écarter leurs tubercules à la récolte.
Il n’existe pas de traitement systématique.
Virose de l’igname
Contre les nématodes parasites
♦ Symptômes : ces vers microscopiques se fixent sous la peau du
tubercule et provoquent des malformations (galles). Leurs dégâts
sont redoutables surtout dans un système d'agriculture sans ja-
chère.
♦ Méthode de lutte : planter les variétés tolérantes (Krenglè ).
Contre les champignons pathogènes
♦ Symptômes
Flétrissement de l’igname.
L’anthracnose, la cercosporiose et diverses attaques fongiques sont
responsables d’une affection en culture connue sous le nom de
"flétrissement". Cette maladie affecte surtout les Dioscorea alata et
se traduit par le jaunissement, puis le noircissement, le dessèche-
ment et la mort des plants. Elle est favorisée par les débris de ré-
coltes, les plantes réservoirs (adventices…), les semenceaux conta-
minés et le terrain mal drainé.
♦ Méthode de lutte
Utiliser des variétés résistantes et une bonne pratique agricole.
Dégât de cochenilles
sur tubercule d’igname.
Contre les insectes ravageurs
♦ Symptômes
Les insectes nuisibles sont plus fréquents dans les stocks de tuber-
cules ; les plus dommageables déprécient les tubercules en produi-
sant des galeries (chenilles de papillons, coléoptères …) et des
couches superficielles blanches (cochenilles).
♦ Méthode de lutte
La lutte fait intervenir des traitements insecticides (Deltaméthrine à
raison de 3 centilitres par litre d’eau), mais il est recommandé d'opé-
rer un tri rigoureux des tubercules (écarter les tubercules blessés ou
Coupe de tubercule faisant attaqués) avant la mise en conservation dans un local bien désinfecté.
apparaître les galeries de
Lépidoptères.
Bien cultiver l’igname en Côte d’Ivoire
Récolte et activités post-récolte
Techniques de récolte
♦ Ignames précoces
Réaliser la première récolte lorsque l’ex-
trémité inférieure du tubercule n’est plus
blanche (juillet - septembre)
Effectuer la deuxième récolte
(semenceaux) en décembre-janvier.
♦ Ignames tardives
Tubercule immature
Récolter lorsque les parties aériennes jau-
nissent (décembre-mars).
Activités post-récolte
Conservation post - récolte
♦ Ignames précoces : conserver les tubercules sains (non bles-
sés, non parasités) en fosse pendant une période de 1 à 2 mois.
♦ Ignames tardives : conserver les tubercules selon les techniques
suivantes :
• Claies et paillotes dans les régions humides ;
• Paillotes dans les zones à la longue saison sèche.
Quelques précautions simples permettent de diminuer les
pertes en cours de conservation.
• Cultiver des variétés à tubercules courts de façon à faciliter la
récolte ;
• Faire la récolte avec soin afin de limiter les risques de blessure
sur les tubercules ;
• Pour les D. cayenensis - D. rotundata à une récolte, ne conser-
ver que les tubercules ayant un poids inférieur à 2 kg. Chez
les Bêtê - Bêtê, au contraire, ce sont les gros tubercules qui
doivent être conservés ;
• Faire un triage sévère avant la mise en conservation. Tous les
tubercules blessés doivent être éliminés ;
Tubercule à maturité. • Enlever régulièrement les germes quand ils apparaissent. Les
germes doivent être coupés, leur arrachage provoque une
blessure qui ouvre la porte aux insectes et aux pourritures ;
• Protéger les installations de conservation contre les rongeurs
en recouvrant les bases des poteaux avec des boîtes.
Auteurs : KOUAKOU Amani Michel, ZOHOURI Goli Pierre, DUMONT Roland, YAPI - GNAORE Valentine.
Réalisation : Direction des programmes de recherche et de l’appui au développement – Direction des systèmes d’information Août 2005