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Didier Ratsiraka

président de la République de Madagascar


Didier Ratsiraka

Fonctions
Président de la république de Madagascar
9 février 1997 – 5 juillet 2002[N 2]
(5 ans, 4 mois et 26 jours)
Élection 29 novembre 1996
Premier ministre Pascal Rakotomavo
Tantely Andrianarivo
Prédécesseur Norbert Ratsirahonana (intérim)
Albert Zafy
Successeur Marc Ravalomanana
Président de la République démocratique malgache[N 1]
15 juin 1975 – 27 mars 1993
(17 ans, 9 mois et 12 jours)
Élection 21 décembre 1975 (référendum)
Réélection 7 novembre 1982
12 mars 1989
Premier ministre Joël Rakotomalala
Justin Rakotoniaina
Désiré Rakotoarijaona
Victor Ramahatra
Guy Razanamasy
Prédécesseur Gilles Andriamahazo
(Président du Comité national militaire)
Successeur Albert Zafy
Ministre des Affaires étrangères
1972 – 1975
(3 ans)
Président Gabriel Ramanantsoa
Biographie
Surnom L'Amiral rouge
Deba
Date de naissance 4 novembre 1936
Lieu de naissance Vatomandry (Colonie de Madagascar et
dépendances)
Date de décès 28 mars 2021
Lieu de décès Antananarivo (Madagascar)
Nationalité Malgache
Parti politique Arema
Conjoint Céline Ratsiraka (en)

Diplômé de Lycée Henri-IV


École navale
Profession Officier supérieur de marine
Religion Catholique

Présidents de la république de Madagascar


modifier ([Link]
0)

Didier Ratsiraka, surnommé Deba et « l'Amiral rouge » (en raison


de sa carrière et de son idéologie), est un militaire et homme
d'État malgache, né le 4 novembre 1936 à Vatomandry (province
de Tamatave) et mort le 28 mars 2021 à Antananarivo. Fondateur
du parti socialiste et nationaliste Arema, il exerce par deux fois la
fonction de président de la République (1975-1993 et 1997-2002).
Fils d'un fonctionnaire de l'administration coloniale française, il
devient officier de marine puis ministre des Affaires étrangères
durant la Transition militaire malgache (1972-1975).

Après la transition militaire, il fait approuver par la population une


nouvelle Constitution à orientation socialiste, puis est élu
président de la république démocratique de Madagascar. Le choix
de la planification et de la malgachisation se révèle finalement un
échec économique et social le poussant à accepter, en 1991, la
transition libérale réclamée par les Forces vives d'Albert Zafy, qui
lui succède à la tête de l'État en 1993.

Candidat à l’élection présidentielle suivante, en 1996, ayant pris


note de l'échec du socialisme, il se veut désormais le promoteur
d'un humanisme écologique. Il parvient de justesse à battre Albert
Zafy et devient à nouveau président de la République. Il procède
alors à une réforme constitutionnelle renforçant les prérogatives
du chef de l'État, tandis que le pays renoue avec une croissance
économique modérée.

L'élection présidentielle suivante l'oppose à Marc Ravalomanana,


qui revendique sa victoire et se proclame président de la
République à Tananarive — ce que conteste Ratsiraka, qui se
replie à Tamatave. Les tensions politiques menant le pays au bord
de la guerre civile, Didier Ratsiraka s'exile en France en 2002.
En 2009, le putsch d'Andry Rajoelina l'amène à participer aux
négociations menées sous l'égide de l'Union africaine en vue de
mettre en place un gouvernement malgache transitoire, un projet
qui n'aboutit finalement pas. La candidature de Ratsiraka à
l'élection présidentielle de 2013 n'est pas retenue, mais il peut se
présenter à celle de 2018, où il est éliminé dès le premier tour.

Situation personnelle

Origines

Didier Ignace Ratsiraka est né à Vatomandry, sur la côte Est,


région d'origine de sa mère qui appartenait à l'ethnie
Betsimisaraka. Tamatave et sa province resteront d'ailleurs son
« fief » dans la suite de sa carrière politique.

Par son père, Albert Ratsiraka, qui était un des dirigeants locaux
du PADESM dans la région de Moramanga, Didier Ratsiraka était
un héritier politique de ce mouvement. Ainsi, dès ses débuts en
politique, il passait pour représenter l'aile gauche de ce
mouvement, plus radicale et socialisante, face à une aile modérée
sociale-démocrate représentée par le président Philibert
Tsiranana.

En 1964, il épouse Céline Ratsiraka , née Velonjara. Le couple a


(en)

quatre enfants.
Formation et études

Didier Ratsiraka fut un élève brillant : après avoir suivi ses études
à Tamatave puis à Tananarive, il passa son baccalauréat en
France au lycée de Montgeron, puis fut admis en classe
préparatoire scientifique au lycée Henri-IV à Paris. Il choisit la voie
militaire, et fut admis à l'École navale (2e de sa promotion).

En 1960, Didier Ratsiraka intègre l'école navale, puis embarque sur


la Jeanne d'Arc en 1962. À l'occasion de cette croisière
d'application, il visite plusieurs pays et ports importants comme
Hong-kong, Panama et Pearl Harbor. Il retourne dans son pays
(avec le grade d'enseigne de vaisseau de 1re classe), puis reçoit le
commandement du patrouilleur Tanamasoandro, bâtiment cédé
par la France à la République malgache[N 3] et basé à Diégo-
Suarez. À la suite de fausses manœuvres, le patrouilleur s'échoue
au fond de l'anse de la Nièvre et Didier Ratsiraka écope d'une
sanction particulière : il est envoyé en « exil » à Paris en tant
qu'attaché d'Ambassade[1].

Parcours politique

Plus jeune membre du gouvernement Ramanantsoa

Sa véritable entrée en politique se fit en tant que militaire. À la


suite des événements estudiantins de mai 1972, le capitaine de
corvette Didier Ratsiraka devient ministre des Affaires étrangères
du gouvernement Ramanantsoa, régime de transition en place de
1972 à 1975. À ce poste, il obtient en 1973 de francs succès lors
de la révision des accords de coopération avec la France : départ
des militaires français présents à Madagascar (et l'évacuation de
la base de Diégo-Suarez), sortie de la zone franc, etc.
Volontairement « insolent »[N 4] vis-à-vis de l'ancienne puissance
coloniale, il s'attire la méfiance de Jacques Foccart qui le
surnomme « le Rusé » ou encore « le Caméléon ». Il est alors
considéré, avec le colonel Richard Ratsimandrava, comme un
jeune ministre à forte personnalité et enclin à une révolution
politique et sociale afin d'accélérer le développement de
Madagascar.

Socialisme malgache lors de l’instauration de la Deuxième


République

Ratsiraka, plus tard connu sous le surnom de « l'Amiral rouge »,


reçoit en 1975 le pouvoir du Directoire militaire, qu'il transforme en
Conseil suprême de la Révolution après l'agitation qui suit le
mystérieux assassinat de Ratsimandrava. Il publie alors une
Charte malgache de la Révolution socialiste (le Boky Mena[2])
dans laquelle il énonce les principes politiques qui doivent inspirer
la nouvelle Constitution soumise à référendum. À l'issue de celui-
ci, il est élu président de la République démocratique malgache et
commence à instituer un régime se réclamant du socialisme,
fondant le parti politique Avant-garde pour la Révolution malgache
– Andrin' ny revolisiôna Malagasy (AREMA). Contrairement à bien
des pays africains de l'époque, Madagascar n'applique pas
officiellement un système de parti unique, mais de coalition
unique, seuls les partis politiques adhérant au Front de défense de
la Révolution (organe gardien des valeurs constitutionnelles) étant
autorisés. Dans les faits, l'AREMA a largement dominé la IIe
République.

Le rêve du « paradis socialiste » se heurte cependant vite au


manque de moyens financiers propres par rapport aux
investissements de masse à mener sur le court terme, et la dette
publique explose. Si Madagascar s'affirme comme membre du
mouvement des non-alignés, il est cependant rapidement
contraint de demander le soutien du Fonds monétaire
international et en subit les conséquences : les politiques
d'ajustements structurels exigés par l'organisation internationale
en échange de son aide déclenchent la colère sociale dans le
pays.

Outre l'échec de sa politique économique, il déclare la


malgachisation de l'enseignement, et ce alors qu'il n'y a pas
suffisamment de professeurs compétents. Les élèves qui furent
scolarisés à cette époque sont depuis considérés dans le pays
comme une « génération sacrifiée »[3].
Ratsiraka, bien que réélu à deux reprises (1982 et 1989), doit faire
face à une double opposition, celle de son aile gauche
« révolutionnariste » (cas de l'insurrection étudiante à Tananarive
en 1978) et celle de l'opposition libérale, qui se trouve renforcée à
la fin des années 1980 par le marasme économique que connaît
le pays, par le phénomène général de transition démocratique en
Afrique et enfin par l'effondrement du bloc de l'Est, qui complique
toute démarche de « révolution socialiste » qui ne pourrait dès lors
s'appuyer que sur un nombre limité de partenaires politiques et de
soutiens économiques.

Son régime présidentiel, qui contribua à faire de Madagascar l'un


des pays les plus pauvres du monde, prend fin en 1993, lorsqu'il
perd l’élection face à Albert Zafy, après une transition libérale
initiée dès 1991, où le pouvoir avait été partagé entre les
institutions constitutionnelles et une Haute Autorité de l'État,
apparue par convention entre le pouvoir en place et l'opposition.

Tournant humaniste écologique et retour au pouvoir

Zafy est destitué par l'Assemblée nationale en 1996, à la suite de


manœuvres politiques au sein de sa majorité (très hétérogène).
Ratsiraka fait son grand retour politique début 1997 en gagnant au
second tour l’élection présidentielle sous la bannière de l'AREMA,
rebaptisée Avant-garde pour la Rénovation de Madagascar, contre
Zafy et Norbert Ratsirahonana.
Didier Ratsiraka, promoteur d'un humanisme écologique qui
permettrait selon lui un développement durable et harmonieux de
la Grande Île, fait alors amender la Constitution de 1992 qui, par le
statut mal défini des relations entre le Président et le Premier
ministre, avait provoqué l'empêchement d'Albert Zafy par le
Parlement. Le rééquilibrage des pouvoirs est opéré en 1998,
tandis que la croissance économique du pays oscille entre 4,3 et
5,1 % par an entre 1997 et 2001. Son mandat est celui du retour
d'une autorité étatique forte et hiérarchisée, qui procède à une
décentralisation poussée en mettant en place les six provinces
autonomes et ramène la stabilité au pays après la présidence
chaotique d'Albert Zafy, dont la réputation avait souffert de sa
mauvaise gestion des affaires.

Didier Ratsiraka au centre (1996-2001).

Crise politique de 2001-2002

Cependant, aux élections présidentielles de décembre 2001,


Ratsiraka est devancé au premier tour par Marc Ravalomanana, un
industriel tananarivien, par 46,44 % contre 40,61 % (selon les
chiffres du ministère de l'Intérieur).
Ravalomanana, un autodidacte protestant, n'accepte pas ce
résultat officiel, s'appuyant sur un score de 53 % estimé par son
association politique Tiako i Madagasikara (« J'aime
Madagascar ») et son comité de soutien. Ratsiraka et les autres
candidats démentent formellement une victoire au premier tour de
l'entrepreneur : le président sortant refuse la confrontation des
procès-verbaux, dénonçant les estimations de Ravalomanana
comme falsifiables à merci[4],[5].

Un second tour aurait dû ainsi avoir lieu, mais une grave crise
politico-économique éclate. Ravalomanana prête serment de
force et se proclame président de la République le 22 février 2002
avec le soutien de la population des Hautes-Terres malgaches, et
les deux gouvernements cherchent à prendre le contrôle du pays.
Dès la fin du mois de février, Ravalomanana contrôle entièrement
la capitale Tananarive — acquise à sa cause —, tandis que
Ratsiraka transfère le siège de son gouvernement à Tamatave, sur
la côte, et reste aux commandes dans cinq provinces sur six.
Après cette crise — très dure — de plusieurs mois et malgré
plusieurs tentatives d'accords menées à Dakar sous l'égide de
l'Union africaine, le camp de Ravalomanana prend finalement le
dessus militairement et Didier Ratsiraka quitte le pays le
5 juillet 2002 depuis l'aéroport de Tamatave.

Retour d'exil
Durant son exil à Paris il fut condamné par contumace le
6 aout 2003 à 10 ans de travaux forcés et 10 millions de francs
FMG[6]. Après 9 ans et 4 mois, il rentre à Madagascar le 24
novembre 2011. Sa sanction est amnistiée par la classe politique
vers 2012-2013.

Il décide de réintégrer totalement Madagascar en avril 2013 et


participe au sommet de la réconciliation nationale initié par le
Conseil des églises chrétiennes de Madagascar (FFKM). Le 27
avril 2013, il se porte candidat à l'élection présidentielle à venir,
mais sa candidature est finalement rejetée par la Cour électorale
spéciale (CES) de Madagascar dans sa décision du 17 août
2013[7]. Il accepte un entretien biographique contradictoire avec
Cécile Lavrard-Meyer, maître de conférences à Sciences Po Paris,
qui publie en juillet 2015 cette relecture sans complaisance de sa
vie et de son action politique[8].

Élection présidentielle de 2018

Il dépose sa candidature le 21 août 2018 en vue de participer à


l'élection présidentielle de 2018[9]. Il est éliminé dès le premier
tour, n'obtenant que 0,45 % des voix.

Mort et hommages
Le 22 mars 2021, il est admis au centre hospitalier de
Soavinandriana à Antananarivo, pour officiellement soigner « une
petite grippe[10] » dans le contexte de la pandémie de Covid-19 et
du refus officiel de la vaccination par les autorités du pays. Il
meurt le 28 mars, d'un arrêt cardiaque[10],[11]. Le lendemain est
décrété journée de deuil national et des honneurs militaires lui
sont rendus au palais d'État d'Iavoloha, qu'il a fait construire au
début de son premier mandat, avant son inhumation dans le
mausolée de la capitale[12].

Notes et références

Notes

1. Président du Conseil suprême de la révolution de la


République malgache du 5 juin 1975 au 4 janvier 1976, puis
président de la République démocratique malgache.
2. En concurrence avec Marc Ravalomanana à partir du 22
février 2002.
3. En février 1961, en tant que première unité de sa marine
naissante.
4. Selon les termes de René Billecoq.

Références

1. « Didier Ratsiraka, l’amiral au livre rouge » ([Link]


e/ocean-indien/madagascar/687460-didier-ratsiraka-l-amiral-a
u-livre-rouge) [archive], sur [Link], 20 février 2016
(consulté le 19 octobre 2018).
2. Boky Mena ([Link]
[PDF]

wLIMHJxVVB2NTlRVFdCUW8yWFNLemRnQQ) [archive] sur


Google Docs.
3. Renaud Girard, « À Madagascar, la présidentielle des
revenants » ([Link]
01003-20181109ARTFIG00314--madagascar-la-presidentielle-
[Link]) [archive], Le Figaro, 10-11 novembre
2018, p. 15.
4. [Link]
news2.0/[Link]?id=250 [archive].
5. « Madagascar : 2002, une année agitée… », article Mission
MEP. ([Link]
4) [archive]
6. « Ratsiraka condamné aux travaux forcés » ([Link]
[Link]/monde/20030807.OBS4535/ratsiraka-condamne-
[Link]) [archive], sur [Link], Nouvel
Observateur du Monde, 9 août 2003 (consulté le
30 novembre 2018).
7. « La Cour électorale malgache annule les candidatures de
Rajoelina, Ravalomanana et Ratsiraka » ([Link]
ue/20130817-cour-electorale-madagascar-annulation-candida
tures-rajoelina-ravalomanana-ratsiraka) [archive], RFI, 17 août
2013.
8. Cécile Lavrard-Meyer, Didier Ratsiraka : Transition
démocratique et pauvreté à Madagascar, Paris, Karthala,
2015, 634 p. (lire en ligne ([Link]
ansition-Democratique-Pauvret%C3%A9-Madagascar/dp/2811
114319) [archive]).
9. « A Madagascar, 36 prétendants briguent la présidence » (htt
ps://[Link]/afrique/article/2018/08/22/a-madagasc
ar-46-pretendants-briguent-la-presidence_5344919_3212.htm
l) [archive], sur Le [Link] (consulté le 22 août 2018)
10. « Madagascar : l’ancien président malgache Didier Ratsiraka
est décédé » ([Link]
ar-l-ancien-president-malgache-didier-ratsiraka-est-decede-96
[Link]) [archive], Réunion La 1re, 28 mars 2021.
11. « Madagascar : l’ancien président Didier Ratsiraka est mort »,
Jeune Afrique,‎28 mars 2021 (lire en ligne ([Link]
[Link]/1144858/politique/madagascar-lancien-presiden
t-didier-ratsiraka-est-mort/) [archive]).
12. Laetitia Bezain, « Deuil national à Madagascar après la mort
de l'ancien président Didier Ratsiraka » ([Link]
rique/20210329-deuil-national-%C3%A0-madagascar-apr%C
3%A8s-la-mort-de-l-ancien-pr%C3%A9sident-didier-
ratsiraka) [archive], Radio France internationale, 29 mars
2021.

Liens externes
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