LLFP mai 2022
Classe de Première français
Epreuves Anticipées de Français – Révision
5
Pour préparer les épreuves anticipées de français (épreuve écrite et épreuve orale), vous pouvez
vous entrainer dès à présent…
Petit rappel, grand conseil !
Ne choisissez pas, dès à présent, l’exercice que vous ferez le jour de l’épreuve. Entrainez-vous
au commentaire ET à la dissertation. Vous aurez, ainsi, mis toutes les chances de votre côté.
Bon travail !
Le commentaire
10 Avant de commencer l’entrainement, relisez très attentivement la fiche
méthodologie puis suivez point par point la démarche qui y est proposée.
Pour vous entrainer au commentaire, quatre textes vous sont proposés. Ils s’inscrivent chacun
dans le cadre d’un objet d’étude du programme.
15 Travaillez-les très sérieusement.
Pour chacun des textes, vous pouvez suivre la démarche suivante :
1. Lisez le texte. Assurez-vous d’en avoir bien compris les enjeux avant de proposer des axes de
lecture qui permettraient de l’analyser.
20 2. Développez, au brouillon, au moins un des axes trouvés (sous la forme d’un tableau).
3. Rédigez ensuite une partie de l’axe de lecture pour vous assurer que vous savez organiser vos
idées et les enchainer.
4. Entrainez-vous à la rédaction de l’introduction et de la conclusion.
5. A chaque étape de votre travail, soyez [Link] à la formulation de vos idées. N’oubliez pas
25 d’employer des termes précis et de construire des phrases simples et claires.
Bon courage !
Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
30
Jean-Paul SARTRE, Le Mur, « La Chambre », extrait (1939)
La nouvelle « La Chambre » raconte l’expérience d’un couple : Pierre vit dans un monde délirant,
parle aux objets et attend avec crainte le moment où des statues volantes apparaîtront dans sa
chambre ; enfermée avec lui, sa femme Ève s’efforce de le suivre dans sa folie.
35 Il se tut ; et Ève sut que les statues venaient d’entrer dans la chambre. Il se tenait tout raide,
pâle et méprisant. Ève se raidit aussi et tous deux attendirent en silence. Quelqu’un marchait dans
le corridor : c’était Marie, la femme de ménage, elle venait sans doute d’arriver. Elle pensa : « Il
faudra que je lui donne de l’argent pour le gaz. » Et puis les statues se mirent à voler ; elles
passaient entre Ève et Pierre.
40 Pierre fit « Han » et se blottit dans le fauteuil en ramenant ses jambes sous lui. Il détournait la
tête ; de temps à autre, il ricanait mais des gouttes de sueur perlaient à son front. Ève ne put
supporter la vue de cette joue pâle, de cette bouche qu’une moue tremblante déformait : elle
ferma les yeux. Des fils dorés se mirent à danser sur le fond rouge de ses paupières ; elle se
sentait vieille et pesante. Pas très loin d’elle, Pierre soufflait bruyamment. « Elles volent, elles
45 bourdonnent ; elles se penchent sur lui... » Elle sentit un chatouillement léger, une gêne à l’épaule
et au flanc droit. Instinctivement, son corps s’inclina vers la gauche comme pour éviter un contact
désagréable, comme pour laisser passer un objet lourd et maladroit. Soudain, le plancher craqua,
et elle eut une envie folle d’ouvrir les yeux, de regarder sur sa droite en balayant l’air de sa main.
Elle n’en fit rien ; elle garda les yeux clos, et une joie âcre la fit frissonner : « Moi aussi j’ai
50 peur », pensa-t-elle. Toute sa vie s’était réfugiée dans son côté droit. Elle se pencha vers Pierre,
sans ouvrir les yeux. Il lui suffirait d’un tout petit effort et, pour la première fois, elle entrerait dans
ce monde tragique. « J’ai peur des statues », pensa-t-elle. C’était une affirmation violente et
aveugle, une incantation : de toutes ses forces, elle voulait croire à leur présence ; l’angoisse qui
paralysait son côté droit, elle essayait d’en faire un sens nouveau, un toucher. Dans son bras, dans
55 son flanc et son épaule, elle sentait leur passage.
Les statues volaient bas et doucement ; elles bourdonnaient. Ève savait qu’elles avaient l’air
malicieux et que des cils sortaient de la pierre autour de leurs yeux ; mais elle se les représentait
mal. Elle savait aussi qu’elles n’étaient pas encore tout à fait vivantes, mais que des plaques de
chair, des écailles tièdes, apparaissaient sur leurs grands corps ; au bout de leurs doigts, la pierre
60 pelait, et leurs paumes les démangeaient. Ève ne pouvait pas voir tout cela : elle pensait
simplement que d’énormes femmes glissaient tout contre elle, solennelles et grotesques, avec un
air humain et l’entêtement compact de la pierre. « Elles se penchent sur Pierre. » Ève faisait un
effort si violent que ses mains se mirent à trembler. « Elles se penchaient vers moi... » Un cri
horrible la glaça tout à coup. « Elles l’ont touché. » Elle ouvrit les yeux : Pierre avait la tête dans
65 ses mains, il haletait. Ève se sentit épuisée : « Un jeu, pensa-t-elle avec remords ; ce n’était qu’un
jeu, pas un instant je n’y ai cru sincèrement. Et pendant ce temps-là, il souffrait pour de vrai. »
Objet d’étude : Le théâtre, du XVIIe siècle au XXIe siècle
70
Alexandre Dumas, Antony, drame en cinq actes, Acte I, scène 2 (1831)
Il s’agit du début de la pièce. La scène se déroule à Paris, entre deux sœurs, dans un salon du
faubourg Saint-Honoré. La baronne Adèle d’Hervey est mariée à un colonel, parti à Strasbourg
avec sa garnison. Un domestique vient de lui apporter une lettre, timbrée de Paris. Lorsqu’elle l’a
75 entre les mains, elle frémit en reconnaissant l’écriture et le cachet puis s’assoit brusquement.
CLARA. — Adèle… calme-toi… Tu es toute tremblante !… Et de qui est donc cette lettre ?
ADÈLE. — Oh ! c’est de lui… c’est de lui…
CLARA, cherchant. — De lui…
80 ADÈLE. — Voilà bien sa devise, que j’avais prise aussi pour la mienne… Adesso e sempre.
« Maintenant et toujours. »
CLARA. — Antony !
ADÈLE. — Oui, Antony de retour… et qui m’écrit… qui ose m’écrire…
CLARA. — Mais c’est à titre d’ancien ami, peut-être ?
85 ADÈLE. — Je ne crois pas à l’amitié qui suit l’amour.
CLARA. — Mais rappelle-toi, Adèle, la manière dont il est parti tout à coup, aussitôt que le colonel
d’Hervey te demanda en mariage, lorsqu’il pouvait s’offrir à notre père qui lui rendait justice…
jeune, paraissant riche… aimé de toi… car tu l’aimais… il pouvait espérer d’obtenir la préférence…
mais point du tout, il part, te demandant quinze jours seulement… le délai expire… on n’entend
90 plus parler de lui, et trois ans se passent sans qu’on sache en quel lieu de la terre l’a conduit son
caractère inquiet et aventureux… Si ce n’est une preuve d’indifférence, c’en est au moins une de
légèreté.
ADÈLE. — Antony n’était ni léger ni indifférent… il m’aimait autant qu’un cœur profond et fier peut
aimer ; et, s’il est parti, c’est qu’il y avait sans doute, pour qu’il restât, des obstacles qu’une
95 volonté humaine ne pouvait surmonter… Oh ! si tu l’avais suivi comme moi au milieu du monde, où
il semblait étranger, parce qu’il lui était supérieur, si tu l’avais vu triste et sévère au milieu de ces
jeunes fous, élégants et nuls… si, au milieu de ces regards qui le soir nous entourent, joyeux et
pétillants… tu avais vu ses yeux constamment arrêtés sur toi, fixes et sombres, tu aurais deviné
que l’amour qu’ils exprimaient ne se laissait pas abattre par quelques difficultés… et, lorsqu’il serait
100 parti… tu te serais dit la première : C’est qu’il était impossible qu’il restât.
CLARA. — Mais peut-être que cet amour, après trois ans d’absence…
ADÈLE. — Regarde comme sa main tremblait en écrivant cette adresse…
CLARA. — Oh ! moi, je suis sûre que nous n’allons retrouver qu’un ami bien dévoué… bien
sincère…
105 ADÈLE. — Eh bien ! ouvre donc cette lettre, alors… car moi, je ne l’ose pas…
CLARA, lisant. — « Madame… » tu vois, madame…
ADÈLE, vivement. — Il n’a jamais eu le droit de me donner un autre nom.
CLARA, lisant. — « Madame, sera-t-il permis à un ancien ami, dont vous avez peut-être oublié
jusqu’au nom, de déposer à vos pieds ses hommages respectueux ; de retour à Paris, et devant
110 repartir bientôt, souffrez qu’usant des droits d’une ancienne connaissance, il se présente chez vous
ce matin.
Daignez, etc.
ANTONY. »
ADÈLE. — Ce matin… Il est onze heures… il va venir…
115
Objet d’étude : La poésie, du XIXe siècle au XXIe siècle
Alphonse de Lamartine, « Les Voiles », poème publié en 1873 dans Œuvre
posthume.
120 Les Voiles
Quand j'étais jeune et fier et que j'ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
125 Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.
Je voyais dans ce vague où l'horizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre1 et de jasmin
Des continents de vie et des îles de joie
Où la gloire et l'amour m'appelaient de la main.
130 J'enviais chaque nef2 qui blanchissait l'écume,
Heureuse d'aspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
J'ai traversé ces flots et j'en suis revenu.
Et j'aime encor ces mers autrefois tant aimées,
135 Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
De moi-même partout me montrent les débris.
Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune3 sombra dans ce calme trompeur ;
140 La foudre ici sur moi tomba de l'arc céleste
Et chacun de ces flots roule un peu de mon cœur.
Ischia4, 1844, septembre.
1. Pampre : branche, rameau de vigne portant des feuilles et des grappes de raisin.
145 2. Nef (nom féminin) : navire.
3. Ma fortune : mon destin, mon sort, ma vie.
4. Ischia : île de la baie de Naples.
150 La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
Émile Zola, Lettre à la jeunesse (1897)
Engagé dans le combat pour la démonstration de l’innocence du capitaine Dreyfus, Émile Zola est
bouleversé de voir des jeunes gens parmi les manifestants qui insultent avec violence Dreyfus et
155 ses défenseurs. En réaction, l’écrivain publie le 14 décembre 1897 la Lettre à la jeunesse dont
voici les derniers paragraphes.
Jeunesse, jeunesse ! souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles
batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens
160 indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une
opinion et l’exprimer publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur
sang. Tu n’es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c’est que de se réveiller chaque matin
avec la botte d’un maître sur la poitrine, tu ne t’es pas battue pour échapper au sabre du dictateur,
aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d’acclamer le
165 mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des
ambitieux. La dictature est au bout.
Jeunesse, jeunesse ! sois toujours avec la justice. Si l’idée de justice s’obscurcissait en toi, tu
irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos Codes, qui n’est que la garantie des
liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose
170 en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l’innocence possible d’un
condamné1, sans croire insulter les juges. N’est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton
enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n’est toi qui n’es
pas dans nos luttes d’intérêts et de personnes, qui n’es encore engagée ni compromise dans
aucune affaire louche, qui peux parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?
175 Jeunesse, jeunesse ! sois humaine, sois généreuse. Si même nous nous trompons, sois avec
nous, lorsque nous disons qu’un innocent subit une peine effroyable, et que notre cœur révolté
s’en brise d’angoisse. Que l’on admette un seul instant l’erreur possible, en face d’un châtiment à
ce point démesuré, et la poitrine se serre, les larmes coulent des yeux. Certes, les garde-
chiourmes2 restent insensibles, mais toi, toi, qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les
180 misères, à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve chevaleresque, s’il est quelque part
un martyr succombant sous la haine, de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce n’est
toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse, et superbe, tiendra tête à
un peuple, au nom de l’idéale justice ? Et n’es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés, des
vieux, qui se passionnent, qui fassent aujourd’hui ta besogne de généreuse folie ?
185 Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant
au milieu de nos discordes la bravoure et l’espoir de vos vingt ans ?
— Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice !
1. L’innocence possible d’un condamné : le capitaine Dreyfus fut condamné injustement au bagne pour
190 espionnage en 1894.
2. Garde-chiourmes : gardiens de bagnards ou de prisonniers.
La dissertation
195
Pour vous entrainer à la dissertation, quatre sujets vous sont proposés. Ils portent sur les œuvres
obligatoires au programme.
Travaillez-les sérieusement.
Avant de commencer l’entrainement :
200 Revoyez les textes travaillés en classe et étudiez les extraits placés dans la « Banque de
textes ».
Révisez :
~ les notes prises en classe au sujet de chacune des œuvres ;
~ les fiches de synthèse (sur l’objet d’étude ; sur l’œuvre) ;
205 ~ les sujets de dissertation travaillés en groupes et corrigés en classe.
Relisez très attentivement la fiche méthodologie puis suivez point par point la démarche qui y
est proposée.
Pour chacun des sujets, vous pouvez suivre la démarche suivante :
1. Lisez le sujet. Assurez-vous d’en avoir bien compris les enjeux avant de proposer les thèses qui
210 permettraient de répondre à la problématique donnée.
2. Développez, au brouillon, au moins l’une des thèses trouvées (Plan détaillé : trois arguments,
deux exemples par argument).
3. Rédigez ensuite un ou deux arguments pour vous assurer que vous savez organiser vos idées
et les enchainer.
215 4. Entrainez-vous à la rédaction de l’introduction et de la conclusion.
5. A chaque étape de votre travail, soyez [Link] à la formulation de vos idées. N’oubliez pas
d’employer des termes précis et de construire des phrases simples et claires.
Bon courage !
220
Sujet 1
Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Œuvre intégrale : Mme de La Fayette, La Princesse de Clèves (1678)
Parcours associé : Individu, morale et société.
225
« La princesse de Clèves symbolise bien la lutte violente, épuisante, d'une femme qui se libère des
entraves de la société masculine et acquiert son autonomie. », affirme Paul Genuist dans son
ouvrage La Princesse de Clèves est-elle ouverte aux discours féministes ?
La Princesse de Clèves peut-il se lire comme un roman féministe ?
230 Votre travail prendra appui sur le roman de Madame de La Fayette, ainsi que sur les textes et
documents que vous avez étudiés en classe dans le cadre du parcours associé à cette œuvre, et
sur votre culture personnelle.
235 Sujet 2
Objet d’étude : Le théâtre, du XVIIe siècle au XXIe siècle
Œuvre intégrale : Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde (1990)
Parcours associé : Crise personnelle, crise familiale
240 « Il ne se passe rien. Les personnages parlent pour ne rien dire. »
Que pensez-vous de ce jugement d'un critique au sujet de la pièce de Lagarce, Juste La Fin Du
Monde ?
Vous répondrez à cette question dans un développement structuré. Votre travail prendra appui sur
la pièce de Lagarce, sur les textes et documents que vous avez étudiées en classe dans le cadre du
245 parcours associé à cette œuvre et sur votre culture personnelle.
Sujet 3
Objet d’étude : La poésie du XIXe au XXIe siècle
250 Œuvre intégrale : Victor Hugo, Les Contemplations (1856)
Parcours associé : « Mémoire d’une âme »
Dans l’un de ses poèmes, Victor Hugo présente le poète comme « le souffrant du mal éternel ».
Pensez-vous que la poésie de Victor Hugo, dans les quatre premiers livres des Contemplations, ne
255 soit qu’une poésie de la souffrance ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé. Votre réflexion prendra appui
sur l’œuvre de Victor Hugo au programme, sur le travail mené dans le cadre du parcours associé et
sur votre culture littéraire.
260
Sujet 4
Objet d’étude : La littérature d’idées, du XVIe siècle au XVIIIe siècle
Œuvre intégrale : Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
(1791)
265 Parcours associé : Ecrire et combattre pour l’égalité
Qu'est-ce qui fait de La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges
un texte de combat ?
Vous répondrez à cette question dans un développement structuré en vous appuyant sur votre
270 lecture de l’œuvre ainsi que sur les autres textes abordés dans le cadre du parcours associé et sur
votre culture personnelle.