Musicothérapie et politiques de santé publique
Musicothérapie et politiques de santé publique
Spécialité :
Sciences de l’information et de la communication
LES REPRÉSENTATIONS DE LA
MUSICOTHÉRAPIE DANS LES
DISPOSITIFS D’INFORMATION ET DE
Soutenue le 29 novembre 2019 devant le jury composé de
COMMUNICATION DES POLITIQUES
DE SANTÉ PUBLIQUE : DISCOURS ET
CONTEXTES
J’adresse mes remerciements à mon directeur de thèse, Gérard Régimbeau, pour sa formation
intellectuelle, sa sensibilité à la culture et tout particulièrement à la musique.
Merci également aux personnes qui ont accepté de faire partie de mon jury de thèse.
Merci aussi à toutes les personnes qui m’ont aidée à réaliser ce projet : anciens enseignants,
anciens collègues, anciens patients et à toutes celles qui ont contribué à cette recherche de près
ou loin.
1
SOMMAIRE
REMERCIEMENTS………………………………………………………………………… 1
SOMMAIRE………………………………………………………………………………… 2
AVANT PROPOS…………………………………………………………………………... 3
INTRODUCTION GÉNÉRALE………………………………………………………….. 4
BIBLIOGRAPHIE…………………………………………………………………………... 332
NETOGRAPHIE…………………………………………………………………………….. 357
2
AVANT PROPOS
Pour des raisons pratiques, les annexes de la thèse ne figurent pas à la fin de ce document.
Elles sont regroupées dans un document joint à la thèse et sous-titré « ANNEXES DE LA
THÈSE ».
3
INTRODUCTION GÉNERALE
1
La FFM est une association (loi 1901) créée en 2003 à l’initiative de François-Xavier Vrait qui en a été le
président jusqu’en janvier 2019. Son site web permet l’identification d’organismes de formation qu’elle reconnaît
et de nombreux adhérents à titre individuel. Ayant pour objectif de promouvoir la musicothérapie en France, la
FFM déclare être « l’interlocuteur privilégié auprès des pouvoirs publics et des organismes de tutelle » pour faire
« aboutir la mise en place d’un véritable statut des musicothérapeutes en tant que professionnels de santé ». En
ce sens, elle a élaboré un Référentiel métier et un Code déontologique de la profession disponibles sur son site
web. Source : Page d’accueil du site web de la FFM, [consulté le 30 mai 2017], URL : http://www.musicotherapie-
federationfrancaise.com/.
NB : le site de la FFM a fait l’objet d’une refonte depuis la fin de l’année 2018. Le contenu textuel auquel nous
faisons référence entre guillemets concernant son positionnement vis-à-vis des pouvoirs publics n’est plus
accessible en ligne. En revanche, dans sa rubrique « Actualité », se trouve un contenu témoignant de démarches
effectuées en 2018 auprès du Ministère des Solidarités et de la Santé « pour évoquer la question de la
reconnaissance et réglementation du métier de musicothérapeute ».
2
Fédération Française de Musicothérapie, Référentiel métier, 2016. [En ligne], [consulté le 30 mai 2017], URL :
https://www.musicotherapie-federationfrancaise.com/wp-
content/uploads/2018/02/Référentiel_Métier_Musicothérapeute.pdf
3
Voir annexe 1 : contenu textuel de l’image qui était diffusée sur le site du DU de musicothérapie de l’université
Paul-Valéry Montpellier 3 en 2015, p. 3 des annexes de la thèse.
4
ans visant un diplôme universitaire (DU) qu’au premier abord on pourrait comparer à d’autres
diplômes de professions de santé, tel que le diplôme d’État (DE) d’ergothérapeute ou celui, plus
récent, de psychomotricien4. Après quarante ans d’existence à l’université Paul-Valéry
Montpellier 3, ce DU a fait l’objet, en octobre 2016, d’un enregistrement sur le répertoire
national des certifications professionnelles (RNCP). Ce qui n’est pas le cas des DU de
musicothérapie proposés par d’autres universités5. En revanche, il ne figure pas, au même titre
que les DE que nous venons de citer, sur le répertoire des métiers de la fonction publique
hospitalière. Si l’État accorde certaines prérogatives aux universités qui leur permettent la
création et, localement, le fonctionnement de nombreux DU, ces diplômes peuvent être
relativement onéreux pour les apprenants, d’autant qu’ils entrent dans le cadre d’accords
régionaux et nationaux concernant la formation continue. Ils permettent aussi une forme de
financement pour les universités, même si celui-ci reste relatif. Chaque année, ils exposent aussi
un nombre croissant de musicothérapeutes diplômés aux règles d’un système de santé dans
lequel la musicothérapie n’est pas reconnue en tant que profession, si l’on se réfère à certains
documents produits par le ministère de la santé ou d’autres, parlementaires. Pourtant dans le
discours politique, elle est clairement identifiée en tant que pratique de soins, depuis plusieurs
années : « La musicothérapie consiste à utiliser la musique comme support de médiation dans
le cadre d’une prise en charge orientée vers le mieux-être de la personne dans son
environnement »6. Et, le recours à la musicothérapie est énoncé en tant que « réalité, notamment
en psychiatrie et en gériatrie »7. Cette situation paradoxale dénote un problème qui interroge le
cadre de référence des acteurs des politiques publiques impliquant ici a minima le ministère de
l’Enseignement supérieur, le ministère de la Santé et celui du Travail, de l’Emploi et du
Dialogue social. Elle questionne aussi le comportement info-communicationnel des acteurs qui
produisent et diffusent des contenus sur la musicothérapie.
4
Cf. : Décret n° 85-188 du 7 février 1985, portant création du diplôme d'Etat de psychomotricien.
5
Source : site de la Commission Nationale des Certifications Professionnelles (CNCP), recherche à partir du mot
musicothérapeute, résultat : « 1 fiche(s) trouvée(s) », [consulté le 23 mai 2017]. URL :
http://www.rncp.cncp.gouv.fr/grand-public/resultat
NB: cette information est toujours d’actualité au 09 août 2019.
6
Source : Ministère du Travail, de l’emploi et de la santé, « Question écrite n° 17383 », texte de la réponse publié
au Journal Officiel le 15 mars 2011, [en ligne], site de l’Assemblée Nationale, [consulté le 23 mai 2017], URL :
http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-17383QE.htm
7
Ibid.
5
nombreux actants8 et acteurs susceptibles de participer à l’élaboration des politiques de santé
publique : institutionnels, médicaux, paramédicaux, représentants professionnels, scientifiques,
experts, élus, organismes de formation, usagers du système de santé, etc. Au cœur des
établissements de soins ou autres structures pouvant être associées, des réunions d’équipe
permettent aux professionnels d’échanger autour de l’évolution clinique d’un patient,
d’interroger leurs pratiques ou encore de produire des documents servant l’activité
professionnelle : projet d’établissement, projet médical, protocoles de soin, etc. Ces documents
peuvent également être utilisés pour la communication externe, notamment avec les Agences
Régionales de Santé (ARS) ou la Haute Autorité de Santé (HAS)9. Sur un plan régional, les
ARS proposent des conférences de territoire réunissant les acteurs de la santé pour discuter
l’organisation sanitaire de nos régions10, produire des schémas sanitaires régionaux et fixer des
contrats d’objectifs et de moyens avec les structures hospitalières. À une échelle plus nationale,
la HAS organise des groupes pour travailler, entre autres, à la définition de référentiels de
bonnes pratiques qu’elle diffuse auprès des professionnels, des usagers du système de santé et
dans lesquels la musicothérapie peut être impliquée. Des débats participant à l’élaboration des
politiques de santé publique ont également lieu à l’Assemblée nationale et trouvent un
prolongement dans certains documents parlementaires : rapports, projets de loi, textes de loi,
questions écrites au gouvernement, etc.
8
Nous employons ici le terme actant au sens devenu commun pouvant désigner une entité ou une chose qui
participe au procès d’une action, par exemple, les institutions dans lesquelles se déroulent des débats participant à
l’élaboration des politiques publiques.
9
La Haute Autorité de Santé (HAS) est une Autorité Publique indépendante(API) à caractère scientifique, dotée
de la personnalité morale. Créée par la loi n° 2004-810 du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie, elle est
devenue un actant clé des politiques de santé publique. Source : site de la Haute Autorité de Santé, page
composition du collège de la HAS, [consulté le 18 avril 2017], URL :
http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_434776/fr/composition-du-college-de-la-haute-autorite-de-sante
10
Source : Décret n° 2010-347 du 31 mars 2010 relatif à la composition et au mode de fonctionnement des
conférences de territoire, [en ligne], site Légifrance.gouv, [consulté le 10 juin 2016]. URL :
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022042498&categorieLien=id
6
dossier patient informatisé, consultation-production de protocoles de soins, de procédures
d’urgence et de sécurité, dans le cadre d’une communication hiérarchique et/ou transversale.
Ils permettent également des usages davantage orientés vers la communication externe :
recherches documentaires d’ordre médical, juridique, et on les emploie aussi pour des
correspondances diverses. Dans les administrations et les institutions publiques en lien avec le
secteur de la santé, ils servent le même type de truchement, visant la « modernisation » de l’État
par un déplacement des pratiques info-communicationnelles traditionnelles vers le numérique.
Cette tendance à la généralisation des TIC, énoncée comme porteuse d’enjeux sociétaux
cruciaux dans le discours des gouvernements et de la plupart des organisations internationales,
dépend à la fois de la prédilection accordée à la technologie dans les sociétés occidentales et
des valeurs sociétales véhiculées autour de ces technologies (Miège, 2007). Plusieurs
chercheurs en SIC se sont intéressés à l’ancrage social des TIC et aux différents usages auxquels
ces nouvelles pratiques donnent lieu aussi bien dans le domaine de la santé que dans celui du
politique. Par exemple, en 2008, un numéro de la revue Tic&société11 réunit les travaux
d’Hélène Romeyer, de Christian Bourret ou encore de Marius-André Tine qui interrogent les
incidences de l’innovation technologique sur les pratiques info-communicationnelles et
organisationnelles des professionnels du soin, ainsi que les usages plus profanes de certains
internautes. En effet, les TIC ouvrent à des situations info-communicationnelles complexes
autour des questions de la santé publique qui constitue une thématique récurrente de l’espace
public sociétal, désormais élargi à internet : publicisation de la santé, réseaux documentaires à
l’intention des professionnels, transmissions de données médicales, information du public,
forums de discussion des usagers, etc. Ces travaux conduisent à une distinction entre
l’information-communication médicale, qui introduit des notions de confidentialité et de
scientificité, et celle de santé, pouvant faire l’objet d’un plus vaste public (Romeyer, 2008 ;
Clavier et al., 2010).
Par ailleurs, l’importance prise par la communication dans les politiques de santé publique, via
le développement des TIC, incite l’action publique à diffuser certaines valeurs, qui deviennent
dominantes dans nos sociétés contemporaines. Des expressions telles que droit à la santé12 ou
encore lutter contre les stigmatisations13 se retrouvent aussi bien dans les textes des institutions
11
Tic&société, vol. 2, n° 1, 2008.
12
Il suffit, à partir de la locution « droit à la santé » de lancer une recherche sur n’importe quel moteur pour arriver
sur une page de liens vers les différents sites institutionnels de l’OMS, de La Documentation Française, du
Ministère de la santé, etc.
13
Ibid.
7
françaises que des organisations internationales. Ce type de redondance donne lieu à une forme
d’embrayage discursif du texte d’une institution à une autre. Ce qui renvoie à l’idée
d’homogénéisation du discours institutionnel, ainsi qu’à une volonté d’ancrage idéologique
véhiculée par les politiques qui se prolonge sur internet et peut influencer nos représentations
sociales. Pour Alice Krieg-Planque, « l’analyse des discours politiques sous l’angle de ce qu’ils
présupposent (à la fois au sens linguistique et au sens courant) est d’ailleurs, intuitivement,
l’un des terrains privilégiés de la critique politique elle-même. La présupposition est
fréquemment sollicitée pour tenter d’imposer, de manière indirecte, certaines idées ou
conceptions […] extraire les présupposés d’un discours, c’est faire apparaître les thèses que
ses auteurs voudraient faire apparaître comme des évidences soustraites à la discussion. »14.
Des organisations administratives, telle la HAS à laquelle nous avons déjà fait référence,
exercent un droit de regard et d’expertise sur le fonctionnement des établissements de soins et
des professionnels de ce secteur : personnel médical, paramédical, mais aussi administratif,
technique et chefs d’entreprise. Ou encore, l’Agence des Systèmes d’Information Partagés de
Santé (ASIP Santé) a pour mission de gouverner les systèmes d’information de santé. Elle
contribue aussi à la constitution d’un répertoire de données concernant les identités et les
informations relatives aux professionnels de santé, aux structures d’accueil et aux
établissements publics et privés en lien avec les secteurs médical et médico-social, afin d’en
assurer la certification et la gestion. Le cadrage que proposent ces institutions permet aussi une
forme de surveillance des établissements de soins, de l’autorité médicale et des professionnels
de santé en général. Il fait également tendre l’ensemble des professionnels de ce secteur
d’activité vers une homogénéisation des pratiques. Toutefois, alors que les établissements de
soins et le corps médical sont aux prises avec les liens d’interdépendance qu’ils entretiennent
avec l’administration et les nombreux enjeux d’ordre économique qui en résultent, dans quel
sens l’influence des autorités administratives normalise-t-elle les comportements des acteurs de
ce secteur ? Et alors que les instances se multiplient pour assurer la gouvernance du système de
santé, qu’en est-il de la place la musicothérapie et de ses praticiens dans ce système ?
Précisons dans cette introduction générale, que notre recherche autour des représentations de la
musicothérapie résulte d’une expérience professionnelle de musicothérapeute15 dans un
établissement de soins privé. Évoluant sur ce terrain, nous en sommes venue à des fonctions de
14
Krieg-Planque A., Analyser les discours institutionnels. Paris : Armand Colin, 2012, p. 139-140.
15
L’intitulé exact de notre poste sur notre lieu de travail était « technicien médical : musicothérapeute ».
8
communicante, contribuant à divers projets avec les équipes soignantes, puis à une reprise
d’étude progressive, jusqu’à l’obtention d’un Master 2 mention Information-communication et
à une inscription en thèse. Ayant exercé pendant plus de dix ans dans le secteur de la santé
mentale, en psychiatrie adulte, nous avons pu être interpellée par de nombreuses questions
touchant à la place de la musicothérapie. Sur le terrain professionnel, la musicothérapie
s’intègre dans un dispositif de soins plus global, impliquant d’autres catégories
professionnelles. Et c’est dans ce cadre16 qu’elle prend, en partie, une valeur thérapeutique pour
le patient hospitalisé. Elle implique aussi des situations multiples de communication dans
lesquelles différents acteurs du soin, voire d’autres professionnels, plus administratifs ou
techniques, participent à la prise en charge globale du patient. Ces situations peuvent déjà
donner lieu à quelques interrogations sur la place et le rôle de musicothérapie de la part de
certains soignants et de nombreux patients17. Et la musicothérapie a pu aussi intriguer d’autres
acteurs de la santé pouvant être extérieurs à l’établissement, tels que certains visiteurs-experts
de la HAS. En effet, notre expérience de musicothérapeute a coïncidé, au début des années
2000, avec la mise en œuvre de la démarche qualité des établissements de soins et les procédures
d’accréditation18 insufflées par les politiques de santé publique. Ces processus d’amélioration-
continue de la qualité ont donné lieu au changement organisationnel de nombreuses structures
sanitaires. Incitant dans un premier temps au décloisonnement des personnels pour mettre en
place des groupes pluridisciplinaires, ils ont conduit à interroger différents niveaux
d’organisation interne : politique et qualité du management, hostellerie, organisation de la prise
en charge du patient, gestion des risques et du système d’information médicale. Nous nous
sommes alors particulièrement investie dans le groupe « Organisation de la prise en charge du
patient ». Dans une configuration de groupe où chaque catégorie professionnelle pouvait être
16
La notion de cadre est ici mise en avant en tant que composante fondamentale à l’exercice de toute profession
d’ordre thérapeutique. Pour autant, elle ne définit pas en soi la valeur thérapeutique de la musicothérapie qui tient,
en toute aussi grande partie à la typologie du dispositif par lequel elle est mise en œuvre et à l’art du thérapeute de
savoir utiliser la musique à des fins thérapeutiques en s’interrogeant sur la dimension musicothérapeutique de ses
pratiques.
17
En effet notre expérience professionnelle a pu nous confrontée à des questions de la part de certains collègues
sur le travail effectué avec les patients en musicothérapie, voire à des rivalités, alors que d’autres au contraire
s’intéressaient favorablement à cette activité thérapeutique, assistant parfois même à des séances en groupe. Quant
aux patients reçus en musicothérapie, généralement en individuel la première fois, bon nombre d’entre eux ont pu
exprimer qu’ils n’avaient aucune idée de ce que pouvait être la musicothérapie avant d’accepter d’en faire
l’expérience.
18
La première procédure d’accréditation date de juin 1999. Elle visait à promouvoir la mise en œuvre de démarches
d’amélioration-continue de la qualité des soins dans les établissements de santé. Avec la création de la HAS par la
loi du 13 août 2004, relative à l’assurance maladie, le terme accréditation est remplacé par celui de certification.
Il s’agit d’une procédure renouvelable tous les quatre ans, en constante évolution, et qui s’adapte en permanence
aux exigences de qualité et de sécurité des soins. Source : site de la HAS, [consulté le 02 avril 2017]. URL :
http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_978601/fr/historique-de-la-certification.
9
représentée, l’auto-évaluation était menée selon des procédés semi-directifs, guidée par un
manuel d’accréditation fourni par l’Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé
(ANAES)19. Un médecin généraliste directeur de l’information médicale (DIM) et un médecin
psychiatre étaient référents du groupe. Dans la pratique, celui-ci s’est ouvert à la participation
d’autres acteurs, pouvant être extérieurs à l’établissement. Notamment, des représentants
d’usagers de la psychiatrie, avec lesquels il s’agissait de discuter des conditions
d’hospitalisation des patients et de leurs droits, et des visiteurs-experts ayant en charge
d’évaluer le déroulement de la procédure et le fonctionnement de l’établissement. Ces
transformations ont été concomitantes à la vague d’informatisation des institutions françaises.
Ainsi avec les procédures de certification qui encourageaient l’informatisation des systèmes
d’information, les dispositifs d’information et de communication se sont multipliés pour
prendre une place non négligeable, au cœur même des pratiques professionnelles de l’ensemble
du personnel. Par exemple, nous avons pu assister à la mise en place des premiers dossiers
patients informatisés, à la généralisation du Programme de médicalisation des systèmes
d’information (PMSI)20 dont la musicothérapie a toujours été tenue à l’écart. En revanche nous
avons contribué à la mise en place d’une base documentaire numérisée interne21 et expérimenté
certains aspects de l’accès à l’information professionnelle, notamment en accédant à des sites
institutionnels, tel celui de la HAS, pour pouvoir nous référer à certaines recommandations de
bonnes pratiques afin d’élaborer des documents servant l’échange avec les équipes et les
experts.
Dans cette recherche, nous nous trouvons donc dans la position relativement complexe de
praticien-chercheur ou plutôt praticien-jeune-chercheur. Une posture qui a été interrogée en
SIC et qui cristallise un ensemble de questionnements : « L’expression "praticien-chercheur"
ne signifie pas seulement que le chercheur est engagé sur un autre terrain professionnel que
19
L’ANAES est antérieure à la HAS. Créée par décision ministérielle, conformément aux Ordonnances du 26 avril
1996, puis au Décret n° 97-311 publié au Journal Officiel du 8 avril 1997 elle transforme déjà une autre agence
d’évaluation : l’Agence Nationale pour le Développement de l’Évaluation Médicale (ANDEM). Source : site de
la HAS, [consulté le 02 avril 2017], URL : http://www.has-
sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/andem_anaes.pdf
20
Dans le cadre de la réforme du système de santé, le Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information
(PMSI), rendu obligatoire en 1996, cherche à définir l’activité des unités du service public hospitalier pour calculer
leurs allocations budgétaires. Le PMSI vise également une standardisation des données pour le service public
hospitalier et les établissements de soins privés. Source : site de la Fédération Hospitalière de France (FHF),
[consulté le 14 mars 2017], URL : http://www.fhf.fr/gestion-hospitaliere/pmsi.html
21
Les ressources documentaires internes peuvent être de l’ordre d’un règlement, d’une procédure ou d’un
protocole de soins particulier facilitant l’exercice des professionnels. Et dans le cadre des certifications nous avons
pu contribuer, entre autres, à l’élaboration de quelques procédures.
10
celui de la recherche. Elle signifie que l’activité professionnelle génère et oriente l’activité de
recherche, mais aussi de façon dialogique et récursive, que l’activité de recherche ressource et
réoriente l’activité professionnelle »22. Dans un tel contexte, il émerge des formes
d’implications croisées que Jean-Louis Legrand nomme en termes d’implexité ce qui suppose,
pour le mentionner rapidement ici, une sollicitation multiple en situation de recherche (Legrand,
1993). Au cœur de cette implexité se mêlent des questions d’engagement et d’éthique liées au
statut de l’apprenti-chercheur. En effet cette implexité donne une dimension politique à sa
démarche et l’oblige à une vigilance, quasi permanente, vis-à-vis des risques interprétatifs que
pourrait entraîner sa connaissance empirique de l’objet d’étude. Quoi qu’il en soit, cette posture
initiale nous a conduite à prendre de la distance avec notre expérience de musicothérapeute
pour investir une pratique d’enseignant-jeune-chercheur, qui nous a permis de nous familiariser
davantage avec le contexte de la recherche scientifique en SIC, ses enjeux, ses méthodes, et
d’évoluer sur d’autres terrains.
En SHS, la recherche scientifique est un processus qui se met en œuvre selon différentes étapes,
considérant le choix d’un sujet et d’un questionnement initial pour permettre d’orienter la
recherche dans une discipline donnée. Et, si notre recherche, de type exploratoire, contient une
dimension politique pouvant être relative à notre parcours personnel, en abordant la question
de la musicothérapie sous l’angle des représentations, nous nous intéresserons plus
particulièrement :
22
De Lavergne, C., La posture du praticien-chercheur : un analyseur de l’évolution de la recherche qualitative.
Recherches Qualitatives, [en ligne], Hors-Série n°3 : Actes du colloque Bilan et prospectives de la recherche
qualitative, 2007, p. 29. [Consulté le 20 avril 2014]. URL : http://www.recherche-qualitative.qc.ca/revue/les-
collections/hors-serie-les-actes/
11
manière dont nous avons envisagé d’appréhender les représentations de la musicothérapie pour
la thèse :
- par une présentation de la musicothérapie dans la perspective d’une approche par les
représentations ;
- par des typologies de représentations et de dispositifs que nous définirons et qui
poseront des points de repère pour la thèse ;
- par les acteurs qui diffusent sur internet des contenus se rapportant à la musicothérapie ;
- par une enquête que nous avons menée auprès de cent quinze praticiens.
Toujours dans cette première partie, nous préciserons les notions de représentation et de
dispositif que nous mobilisons dans la thèse.
12
nous avons mises en œuvre pour approcher en compréhension les représentations de la
musicothérapie.
Dans la troisième partie, nous présenterons les résultats de la recherche, en commençant par
poser un schéma de la représentativité des acteurs qui diffusent sur internet des contenus se
rapportant à la musicothérapie et que nous considérons pour comprendre le positionnement des
acteurs vis-à-vis de la musicothérapie. Ce schéma conduira à une modélisation des acteurs plus
particulièrement ciblés pour la thèse, situant le positionnement des uns par rapport aux autres
et leurs attentes que nous avons précisées via une méthode actionniste. Ce point nous conduira
à livrer une interprétation située des représentations de la musicothérapie qu’ils véhiculent ou
dont ils peuvent être porteurs. Et nous commenterons la façon dont l’information-
communication et différents types de dispositifs sociotechniques exercent des effets sur la
formation, la circulation, et la transformation des représentations de la musicothérapie.
Dans cette thèse nous passerons donc par des phases descriptives, explicatives et d’autres plus
analytiques pour livrer une interprétation des représentations de la musicothérapie, que nous
espérons enrichissante pour la connaissance en SIC.
13
PREMIÈRE PARTIE : FONDEMENTS DE LA RECHERCHE
Cette première partie vise à préciser les fondements de la thèse qui prennent appui sur la
problématique de recherche que nous avons élaborée à partir d’un problème identifié sur le
terrain professionnel, concernant la musicothérapie. Dans un premier chapitre, nous
présenterons donc la construction de cette problématique qui a guidé notre approche des
représentations de la musicothérapie et permet de situer la complexité de notre objet. Précisons
déjà ici que nous avons dû nous distancier de notre expérience professionnelle pour mener cette
recherche doctorale, évoluant peu à peu entre théorie et pratique de la recherche en SIC, pour
construire notre objet. Et, la problématique inscrit cette recherche dans une démarche empirico-
inductive que nous préciserons dans la deuxième partie de la thèse.
Dans un second chapitre, à l’appui de différentes ressources documentaires, nous poserons des
éléments de définition de la musicothérapie prévalant dans notre approche communicationnelle
de cet objet par les représentations. En effet, comment appréhender les représentations de la
musicothérapie sans faire quelques détours par son histoire et le contexte socioculturel dans
lequel cette spécialité a pu émerger en France ? Nous définirons aussi la musicothérapie à partir
des notions qu’elle véhicule (musique, thérapie) et de l’intérêt qu’elle peut représenter dans les
champs socio-professionnel et scientifique. Ce chapitre permettra déjà d’établir des liens avec
la recherche dans la discipline.
14
CHAPITRE 1 : PRÉSENTATION DE LA PROBLÉMATIQUE DE RECHERCHE
Si au départ d’une recherche, la question qui se pose peut être en rapport avec une préoccupation
pouvant faire écho à l’intuition ou à l’expérience d’un individu, au fur et à mesure de sa
confrontation avec le terrain et les matériaux qu’elle requiert, celui-ci évolue dans un champ
disciplinaire balisé par des théories et des méthodes qui viennent complexifier l’objet d’étude
initial et le transfigurer en objet de recherche (Mucchielli (dir), 1996). L’apprenti-chercheur
doit alors dépasser les problématiques linéaires pour approcher en compréhension son objet et
mieux en percevoir la complexité, selon un angle précis. Et, chaque discipline a son point de
vue sur la « réalité ».
En SIC, c’est bien l’étude des objets, des phénomènes et des processus informationnels et/ou
communicationnels qui nous intéressent, information-communication étant intrinsèquement
liées. Et ce, même si nous sommes parfois amenée à faire référence à des théories pouvant être
empruntées à d’autres disciplines. En effet, la question de l’interdisciplinarité qui peut soulever
encore certains débats scientifiques d’ordre politique et éthique n’exclut pas que « […] les
savoirs pratiques, dans la mesure où ils sont prélevés sur le champ de la culture pour être
reconfigurés par le dispositif de la discipline sont, par définition, des savoirs communs. Mais
elle [l’interdisciplinarité] est aussi la logique qui confère un sens et un but à cette élaboration
: les savoirs passés au crible des connaissances viennent, en s’axiomatisant, élargir et
approfondir le champ de la culture. »23. Il en ressort que l’interdisciplinarité consiste en une
prise de risque paradoxale pouvant faire obstacle à la discipline mais aussi lui permettre de se
développer, en réinterprétant les paradigmes épistémologiques par rapport aux hypothèses et
aux développements qu’elle partage.
La formulation d’une problématique vient alors orienter la recherche vers une méthodologie et
des ressources pouvant être d’ordre théorique, méthodologique, observationnel, logique, etc.
afin de permettre au chercheur de tendre un « fil rouge » autour duquel s’articulera la recherche
(Gosselin, 1994). Il s’agit à partir d’un problème identifié que l’on aura problématisé
d’interroger le réel de façon à la fois inductive et déductive, par un ajustement progressif entre
outils conceptuels et données empiriques (Le Bohec, 2007). Bien sûr, il n’y a pas de
problématique standard permettant de couvrir tous les champs d’une discipline ni de répondre
23
Resweber J.-P., « Les enjeux de l’interdisciplinarité ». Questions de communication, vol. 19, n° 1, 2011, p. 174.
15
à l’ensemble des questions qu’elle continue de se poser. Une problématique de recherche est
aussi une construction. Dans ce chapitre nous proposons de revenir sur les étapes de
l’élaboration de la problématique de recherche et de préciser les pistes de réflexion qu’elle
ouvre en SIC et qui permettront d’envisager la façon d’appréhender les représentations de la
musicothérapie.
1. CONSTRUCTION DE LA PROBLÉMATIQUE
Comme énoncé dès l’introduction de la thèse, c’est sur le terrain professionnel qu’a pu germer
un questionnement autour de la musicothérapie. Précisons d’emblée ici que dans cette thèse
nous nous intéresserons au rôle de l’information et de la communication dans les significations
que la musicothérapie peut prendre pour les acteurs que nous considèrerons pour la recherche,
dont certains contribuent à l’élaboration des politiques publiques. Et, nous pensons que notre
approche par les représentations peut amener un éclairage sur la place qu’occupe aujourd’hui
la musicothérapie dans le système de santé.
C’est donc à partir d’un problème que nous avons rencontré au cours de notre expérience
professionnelle de musicothérapeute que se situe l’origine du sujet de la thèse. En effet, dans le
cadre de la version 1 (V1) de la certification de l’établissement où nous exercions, nous avons
été amenée à une fonction de communicante qui s’est articulée à notre activité de
musicothérapeute. Et alors que nous avions déjà pu discuter et initier différents projets dans
cette clinique24, nous avons évolué peu à peu vers d’autres pratiques relatives aux besoins de
24
Par exemple la mise en place d’un groupe visant l’organisation de la prise en charge de jeunes patients souffrant
de troubles psychotiques et impliquant différents intervenants extérieurs à l’unité de soins dans laquelle ces patients
étaient hospitalisés. Ce projet impliquant l’équipe du service concerné et les médecins psychiatres de la clinique a
pu être discuté avec l’ensemble des parties prenantes et s’organiser sous la responsabilité d’un médecin psychiatre.
Dans ce groupe, nous nous sommes retrouvée à une place de coordinatrice dont la légitimité tenait à notre
proposition initiale. Ce groupe « ouvert » en fonction des arrivées et des départs des patients a fonctionné pendant
plusieurs années jusqu’à notre départ de la clinique. Par ailleurs confrontée à la difficulté de la prise en charge de
nombreux patients souffrant de maladie d’alcool, nous avons proposé la mise en place d’un groupe de réflexion
sur ce type de pathologie impliquant des soignants selon un principe de volontariat pouvant être relatif à leur
16
l’entreprise : travail d’écriture collaborative pour l’élaboration de protocoles, de procédures
ainsi que d’un chapitre du document concernant l’auto-évaluation de l’établissement destiné
aux experts de la HAS. Dans ce cadre et porté par notre hiérarchie, s’est construit un projet de
reprise d’étude en alternance visant l’obtention d’un diplôme universitaire (DU) de qualité des
soins, option : analyse et évaluation de pratique. Suite à l’obtention du diplôme visé, nous avons
souhaité évoluer dans cette clinique vers un statut plus conforme à nos nouvelles compétences.
Nous nous sommes alors retrouvée en difficulté par rapport aux évolutions de la politique de
management de la clinique, impulsées par les procédures de certification. Une cellule
« qualité » a été mise en place sur les recommandations des experts, impliquant les
professionnels de santé, dont les statuts juridiques coïncident aux classifications des métiers de
la fonction publique hospitalière. Notre formation initiale de musicothérapeute n’entrait donc
pas ce cadre.
Face à cette situation, nous avons entrepris d’effectuer un bilan de compétences qui nous a
conduite à une reprise d’étude en Master 2 mention « Information-communication ». En effet,
le DU de musicothérapeute est classé diplôme de niveau II-6 dans les nomenclatures en vigueur,
équivalent à une licence. Et le cumul de ce DU à notre expérience professionnelle nous a permis
d’intégrer directement la deuxième année de Master. Ce qui témoigne d’une certaine souplesse
du système universitaire. Dans ce nouveau cadre, nous avons réalisé un mémoire de recherche
sur la question de la santé mentale. Ce travail, éclairé par une connaissance empirique du
système de santé et de ses institutions, nous a permis de mieux situer le contexte actuel de la
psychiatrie par rapport à son évolution d’un point de vue historique et systémique, en lien avec
la politique européenne de santé publique. Il nous a également amenée à une inscription en
thèse. La rencontre avec notre directeur de thèse nous a alors permis de préciser notre objet
autour des représentations de la musicothérapie pour en étudier le phénomène, que nous mettons
en lien avec de nombreux faits communicationnels.
Par ailleurs, le problème que nous avions identifié à partir de notre expérience professionnelle
nous a paru pouvoir concerner d’autres praticiens de la musicothérapie. Et les premières
explorations des représentations de la musicothérapie que nous avons menées via internet ont
permis de repérer qu’il renvoie à une demande sociale, portée notamment par la Fédération
disponibilité au moment des réunions. L’idée de ce groupe animé par le médecin gastroentérologue spécialisé dans
les troubles de l’addiction a été accepté par de nombreux soignants eux-mêmes en difficulté vis-à-vis de ce type
de patients.
17
Française de Musicothérapie (FFM), dont les objectifs visent à préciser le métier de
musicothérapeute et son statut, notamment si l’on s’en tient au discours de la FFM que nous
avons déjà évoqué en introduction de la thèse25. Notons ici au passage que parmi les acteurs de
la santé, dont la plupart bénéficient d’une appartenance corporatiste très prégnante représentée
par un Ordre professionnel, les praticiens de la musicothérapie sont, pour certains, représentés
par diverses associations26. Ces formes de représentation peuvent avoir des conséquences dans
les situations de communication rencontrées par les acteurs et sur la place des individus dans
les établissements où ils pratiquent la musicothérapie. Et comme nous en avons fait
l’expérience, les possibilités d’évolution ou de mutation de certaines catégories de praticiens
sont relativement limitées dans le milieu médical, parfois même inexistantes.
Partant de ce début de problématique, nous avons posé les deux hypothèses de travail suivantes :
Hypothèse n° 1 : Diverses formes de représentations sont portées ou véhiculées par les acteurs
et contribuent à définir la place de la musicothérapie dans le système de santé ainsi que son
champ thérapeutique.
25
Cf. : note de bas de page n° 1 à la toute première page de l’introduction.
26
Dans l’introduction générale nous avons déjà fait référence à la FFM créée en 2003. Nous pouvons citer ici,
entre autres, l’Association Française de Musicothérapie (AFM) fondée en 1980 qui est aussi une référence pour la
FFM.
18
Hypothèse n° 2 : Les dispositifs d’information et de communication utilisés par les acteurs
interviennent dans la formation et la transformation des représentations de la musicothérapie.
Ces premières hypothèses de travail nous ont conduite à nous intéresser davantage aux acteurs
pouvant être impliqués dans l’expression des représentations de la musicothérapie et à investir
de façon plus théorique les notions de représentation, de dispositif et d’acteur. Nous
reviendrons sur ces concepts dans le troisième chapitre de cette première partie. Par ailleurs
elles nous ont conduite à situer différents champs de la discipline dans lesquels pourrait
s’inscrire cette recherche. Par exemple :
19
1.3 Problématisation
27
Nous préciserons la particularité de ce terrain dans la deuxième partie de la thèse concernant la méthodologie
de la recherche.
20
médiation rendues possibles par les différents types de dispositifs dans lesquels la
musicothérapie peut être mise en jeu, en débat et en représentation.
21
2.1 Par une présentation de la musicothérapie dans la perspective d’une approche par
les représentations
2.2 Par des typologies de représentation et de dispositif que nous définirons et qui
poseront des points de repère pour la thèse
22
musicothérapie se manifestent ou sont mises en jeu, renvoyant aussi au positionnement des
acteurs et à leurs réseaux.
2.3 Par les acteurs qui diffusent sur internet des contenus se rapportant à la
musicothérapie
Pour la recherche, nous avons mené une enquête en ligne sur les sites web des acteurs qui
diffusent sur internet, des contenus se rapportant à la musicothérapie. Nous préciserons la façon
dont nous l’avons menée dans la deuxième partie de la thèse concernant la méthodologie de la
recherche. Relevons déjà ici que cette enquête a permis de repérer différents réseaux d’acteurs
qui, via internet, apparaissent en lien pour constituer un plus vaste réseau d’acteurs de la
musicothérapie. Nos observations en ligne nous ont aussi conduite à cibler une partie de la
recherche sur des acteurs clés, que nous comprendrons à travers les relations qu’ils entretiennent
avec l’ensemble du réseau des acteurs de la musicothérapie. A partir de ce ciblage, nous avons
extrait des sites des acteurs, des documents PDF et des contenus web qui ont contribué à la
construction du corpus de la recherche. Ces éléments du corpus ont permis de saisir de
nombreuses données discursives véhiculant des formes de représentations de la musicothérapie.
Les sites des acteurs qui diffusent sur internet des contenus se rapportant à la musicothérapie
constituent donc, pour la thèse, une entrée pour l’approche compréhensive des représentations
de la musicothérapie.
Pour compléter nos données, nous avons mis en œuvre une enquête auprès des praticiens de la
musicothérapie. Cette enquête s’est opérée par différents moyens techniques : questionnaires
en ligne et entretiens. Elle a permis une participation relativement importante de cent quinze
praticiens et le recueil d’autres données qui viennent enrichir le corpus et permettre une mise
en dialogue du discours des acteurs s’exprimant sur internet avec celui de personnes
particulièrement impliquées dans la musicothérapie, à différents titres. Elle a également conduit
à rencontrer physiquement des représentants de la Fédération Française de Musicothérapie
(FFM), des formateurs, quelques autres praticiens de la musicothérapie.
Bien entendu, ces différents points concernant la façon dont nous appréhenderons les
représentations de la musicothérapie appellent à de nombreuses précisions d’ordre théorique
23
que nous développerons dans la thèse, notamment dans le troisième chapitre de cette première
partie et dans la deuxième partie concernant la méthodologie de la recherche.
24
CHAPITRE 2 : LA MUSICOTHÉRAPIE. ÉLÉMENTS DE DÉFINITION POUR UNE
APPROCHE PAR LES REPRÉSENTATIONS
La littérature ancienne est riche d’exemples se référant à des personnages plus ou moins
imaginaires usant d’un don musical particulier pour toucher les êtres vivants et en influencer la
psyché et le comportement. Dans la mythologie grecque, l’Odyssée d’Homère (VIIIe siècle av.
J. C.) évoque le chant des sirènes comme une arme de séduction fatale à laquelle Ulysse tente
de résister. Mais c’est aussi par le pouvoir incantatoire de voix psalmodiées ou chantées que le
héros de cette épopée est sauvé. Déjà au IVe siècle avant notre ère, Aristote reconnaît dans la
musique la possibilité d’un usage autre que celui d’un simple divertissement : « (…) on peut se
demander, tout en l’approuvant, si la musique est véritablement si secondaire et si on ne peut
pas lui assigner un plus noble objet que ce vulgaire emploi »28. Et, les textes sacrés qui
participent également du fondement de notre culture occidentale racontent les tourments du roi
Saül que seul David jouant de la harpe pouvait calmer (La Bible, Segond 21, 2015). Bien sûr,
la genèse de la musique et de ses effets sur les êtres vivants ne peut être réduite à une question
de datation. Pour autant son histoire est marquée de mythes anciens ou de légendes lui attribuant
volontiers une origine divine pouvant être salvatrice. Par ailleurs, les différentes formes qui ont
marqué son histoire ont pu entraîner quelques tensions entre musique savante et populaire dont
la distinction peut aujourd’hui encore tendre à se renforcer. Du Chant Grégorien qui s’inscrit
dans les pratiques rituelles de l’Église dès le Moyen-Age, en passant par les chansons parfois
satiriques des troubadours et des trouvères ou encore la musique de cour et les marches
militaires, la musique nous rappelle qu’elle a toujours plus ou moins entretenu des liens avec
les institutions et le pouvoir politique quel qu’il fut.
Ces quelques éléments socioculturels offrent déjà un point d’ancrage aux représentations de la
musicothérapie. Mais comment préciser notre objet d’étude afin de pouvoir mieux l’approcher
dans la suite de la thèse et étudier les formes de représentations auxquelles la musicothérapie
donnent actuellement lieu ? Dans un premier temps, nous l’aborderons d’un point de vue
socioculturel et historique qui nous permettra de mieux comprendre l’émergence de la
musicothérapie dans les milieux hospitaliers du XIXe siècle, avançant de la sorte vers des
formes de représentations héritées de la musicothérapie. De là, nous évoluerons en nous
intéressant à son processus de professionnalisation amorcé au cours des années 1960 et qui a
28
Aristote, [384-322 av. J.-C.], Politique d’Aristote. Traduit par Barthélémy-Saint-Hilaire J., Paris : Ladrange,
1874, p. 227.
25
permis le développement de cette pratique en France. Ceci étant posé, dans un second
paragraphe, nous préciserons les notions de musique et de thérapie que nous mettrons en lien
avec des travaux développés en SIC visant à préciser les représentations de la musicothérapie.
Comme nous le relevions dès l’introduction de ce chapitre, la musique entretient des liens quasi
mystérieux avec la médecine depuis l’Antiquité, y compris dans les parties du monde où se
pratiquent encore le chamanisme et le vaudou (Rouget, 1980). Et si l’Église et les différentes
formes de pouvoir, y compris celui de la Science29 ont compris assez vite que la musique
pouvait servir leurs intérêts dans une logique démonstrative, de faire-valoir ou de régulation
sociale, l’idée d’utiliser la musique à des fins thérapeutiques ne semble pas moins ancestrale.
En France et en Europe, du Moyen âge au XVe siècle, dans un contexte sociétal mêlant encore
théologie, philosophie, médecine, magie et astrologie on utilise déjà la musique à des fins
curatives pour réjouir l’âme des insensés et tenter de les arracher à leurs folles préoccupations.
Et, la médecine s’exerce à des tentatives de théorisation sur le prétendu pouvoir thérapeutique
de la musique, notamment dans le traitement des accès mélancoliques qui marquent aussi
l’histoire de grands hommes depuis l’Antiquité. A partir du XVIIe siècle, avec la pensée
29
En effet, avec la Renaissance qui trouve son inspiration dans la redécouverte de la Grèce Antique (Pythagore,
etc.) vont naître plusieurs personnalités qui ont marqué l’évolution de la pensée occidentale et dont les travaux ont
eu quelques répercussions sur la conception du monde : à la suite de Copernic et de Galilée, Kepler établit un lien
entre les mathématiques, l’astronomie et la musique pour fonder l’hypothèse d’une harmonie universelle qui serait
régie par les lois d’une harmonie céleste. Cette conception qui préexiste depuis la Haute Antiquité guidera
l’évolution des représentations du monde jusqu’à la moitié du XVIIe siècle où « ce sont les mathématiques qui
dominent, car l’harmonie des nombres régit l’ensemble de l’univers et de ses phénomènes. L’harmonie des sphères
est musique et toute musique symbolise en même temps l’ordre universel ». Cf. : Michels U., Guide illustré de la
musique. Traduit de l’allemand par Gribenski J. et Léothaud G., vol. 1, Paris : Fayard, 1993, p. 301.
26
cartésienne naissante, d’autres auteurs30 tentent de préciser, parfois en le critiquant, le potentiel
thérapeutique de la musique (Arveiller, 1980).
En France, le XVIe siècle voit naître une nouvelle institution : l’Hôpital Général qui marque le
début d’une sombre période, celle du Grand Enfermement. A cette époque, l’Hôpital ne dispose
encore d’aucun projet médical : il est géré par des congrégations religieuses et l’on y pratique
la contention physique et les châtiments corporels. Le temps de la guérison s’assimile souvent
à celui du repenti ou de la conversion religieuse, même si, comme nous venons de le voir, la
musique peut parfois être utilisée dans le traitement de la folie. Près d’un siècle plus tard,
l’Hôpital général est devenu l’asile des mendiants, des prostituées, des pervers et autres insensés
où tous cohabitent dans des conditions de plus en plus aliénantes. En contrepoint de cette lente
évolution depuis le Moyen Age, la Révolution Française de 1789 se prépare. Ses acteurs prônent
le droit des citoyens et dénoncent les abus de séquestration (Foucault, 1961). Dans cette
mouvance, on voit peu à peu naître un intérêt médical à l’égard de la folie. Et si l’asile peut être
considéré comme un espace d’exclusion sociale, il rend désormais possible l’observation
« clinique » des aliénés et des pratiques à leur égard. Dans ce contexte devenu hospitalier et
investi par la médecine, le fou social se permute en fou médical31 et signe les prémices de la
psychiatrie. Les médecins continuent de s’intéresser aux effets de la musique sur le traitement
de certaines maladies, notamment Tissot et Esquirol32. Par ailleurs, En 1801, Philippe Pinel
rédige un traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale dans lequel il préconise un
traitement moral envisageant l’amélioration de l’état de l’aliéné entre temps d’isolement et de
resocialisation, marqués par le rythme du travail, des repas et des loisirs dans la vie quotidienne
de l’institution (Hochmann, 2015 : 7). En ce début siècle, si la musique persiste à entretenir des
30
Comme par exemple Robert Burton, (1577-1640) ecclésiastique et universitaire anglais, qui met en évidence la
fonction de l’art et de la sociabilité dans le traitement des mélancoliques ou encore à la même époque en France,
Jacques Ferrand, médecin, qui préconise la musique comme complément thérapeutique des médicaments dans le
traitement de la mélancolie. Cités par Arveiller (1980 : 45).
31
Expression empruntée à Landron G., « Du fou social au fou médical. Genèse parlementaire de la loi du 30 juin
1838 sur les aliénés ». Déviance et société, vol. 19, n° 1, 1995, p. 3-21.
32
Citons ici à titre de référence les écrits de Tissot et Esquirol, qui en tant que médecins de la fin du XVIIIe et
début du XIXe siècles se sont intéressés aux effets de la musique :
- Tissot C.-J., De l’influence des passions des passions de l’âme dans les maladies, et des moyens d’en
corriger les mauvais effets. Paris-Strasbourg : A. Koening, 1798.
- Esquirol J.-É., Des passions considérées comme causes, symptômes et moyens curatifs de l’aliénation
mentale. Thèse de médecine n° 574, Faculté de médecine de Paris, 1805.
N.B. : Ce type de références documentaires que nous utiliserons à titre d’exemple en notes de bas de page pour
appuyer notre propos ne sera pas repris dans la bibliographie générale que nous limiterons aux ouvrages plus
directement en lien avec la thèse, pour des raisons de volume. Ces références précisées dans nos notes font partie
de la documentation que nous avons pu trouver sur le sujet de la musicothérapie notamment via le catalogue en
ligne Gallica. URL : https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/content/accueil-fr?mode=desktop
27
liens avec la médecine, celle-ci n’est toujours pas nommée en termes de musicothérapie. En
revanche, nous pouvons repérer une sorte d’alliance entre différents acteurs, a minima entre
malades, musiciens et médecins, souvent mélomanes ou musiciens eux-mêmes, qui sera
déterminante de la place des « pratiques musicales »33 à l’hôpital public tout au long du XIXe
(Arveiller, 1980).
Avec ces évolutions, de nouveaux enjeux sociétaux certes humanistes, mais aussi économiques
et politiques, naissent autour de la prise en charge des aliénés. Des établissements plus ou moins
éphémères, au fonctionnement onéreux et dont les responsabilités juridique et financière ne sont
pas clairement définies, voient le jour. Et alors qu’avec la Révolution française le pauvre
recouvre peu à peu ses droits, le « fou », quant à lui, en reste dépossédé. Cette situation conduit
à de nombreux scandales relayés par la presse de l’époque et à un grand débat parlementaire
auquel des médecins participent, qui aboutira à la loi du 30 juin 1838 sur les aliénés34. Les
institutions se multiplient, l’intérêt des médecins pour la psychiatrie augmente (Landron, 1995).
Sous l’influence d’Esquirol cité plus haut, d’autres médecins introduisent des « pratiques
musicales » dans les lieux hospitaliers. De nouvelles expérimentations sont menées pour
interroger la dimension thérapeutique de la musique35. Avec le développement de la
neurophysiologie et de la reconnaissance des troubles mentaux en tant que maladie, la place de
la musique dans les asiles est soumise à de nombreuses controverses et questions d’éthique. En
cette fin de siècle, le terme musicothérapie circule déjà dans le discours médiatique de la presse
parisienne, relayant et/ou renforçant les tensions déjà existantes autour de cette pratique et
tendant à la marginaliser auprès de l’opinion publique 36.
33
Cette terminologie est celle que l’on peut retrouver dans plusieurs écrits de cette époque, notamment dans les
ouvrages des médecins auxquels nous avons fait référence à la page précédente.
34
Cette loi prévoit, entre autres, l’obligation d’un établissement d’aliénés par département, la mise sous autorité
du Ministère de l’Intérieur de tous les établissements publics et privés accueillant des aliénés et la distinction entre
les notions de placement « libre » et placement « d’office ».
35
Citons ici à titre de référence documentaire les travaux de Jacques-Joseph Moreau de Tour conservés par la
Bibliothèque Nationale de France (BNF). Cf. : Moreau de Tour J.-J., Du hachisch et e l’aliénation mentale : études
psychologiques. Paris : Fortin, Masson, 1845.
36
Quelques articles de presse de l’année 1993, également conservés par la BNF, permettent de repérer une
polémique autour de la musicothérapie, notamment à propos d’un certain Dr Blackman qui suggère la création
d’un service de « musicothérapie » dans les hôpitaux pour le traitement des maladies nerveuses. On retrouve ces
articles dans la Gazette anecdotique, littéraire, artistique, et bibliographique, n° 3 du 15 février 1893 ; La Presse,
numéro du 26 janvier 1893 de Paris ou encore le journal hebdomadaire Le Monde illustré de janvier 1893. Notons
aussi le discours très virulent du numéro du 06 mars 1898 de la revue La semaine vétérinaire, dans lequel la
musicothérapie est clairement ridiculisée : « (…) musicothérapie (…) mais quel est l’Orphée ou quel est le Wagner
qui charmera les microbes et les empêchera de pulluler grâce à ses incantations ! ». Cf. : La semaine vétérinaire,
numéro du 06 mars 1898, p. 422.
28
1.2 Des représentations évoluant dans le milieu médical
Au début du XXe siècle, née de la construction sociale que nous venons de décrire et encouragée
par une tendance à de grands changements sociétaux, la psychiatrie s’affirme en tant que
spécialité disciplinaire de la médecine alors que d’autres approches telles que la psychanalyse
et la psychologie se développent37. En 1902 on voit apparaître la première loi relative à la
protection de la santé publique (loi du 15 février 1902). Trois ans plus tard, l’État renforce son
autonomie par la loi du 09 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, ce
qui aura des répercussions sur la gestion des asiles d’aliénés. En 1920, la santé publique, jusque-
là administrée par le ministère de l’Intérieur, dispose désormais de son propre ministère par la
création du ministère de l’Hygiène, de l’Assistance et de la Prévoyance (Murard, Zylberman,
2003). Malgré des controverses persistantes, le tout début du siècle marque un intérêt
grandissant de la médecine vis-à-vis de la musicothérapie qui s’affirme en tant que telle dans
le discours médical. Les revues et les journaux spécialisés publient les articles de médecins38
qui mettent en avant son potentiel thérapeutique sur certains cas d’hypocondrie, d’hystérie,
d’épilepsie, dans le traitement de la douleur ou encore des troubles du sommeil chez l’enfant.
En odontologie, on la qualifie aussi d’adjuvant favorable dans les anesthésies opératoires. Cette
publicisation de la musicothérapie est également relayée par quelques médias spécialisés dans
37
Freud (1856-1939) invente la psychanalyse à partir de son hypothèse révolutionnaire sur l’étiologie sexuelle des
névroses. Son approche des névroses en permettra les premières classifications laissant à d’autres médecins celles
des psychoses. En effet, c’est Emil Kraepelin (1856-1926) qui établit entre 1889 et 1915 les premiers tableaux
nosographiques de la psychose. Ces travaux seront enrichis par ceux d’Eugen Bleuler (1857-1931) qui étudiera les
mécanismes à l’origine des symptômes de la psychose et inventera le terme de schizophrénie.
La Psychologie quant à elle se détache de la philosophie vers la fin du XIXe siècle pour aborder de façon
sensiblement différente l’étude de la psyché et se constituer en tant que discipline autonome. Ce n’est que dans le
courant du siècle suivant qu’elle développera une série de spécialités parmi lesquelles : la psychologie cognitive,
la neuropsychologie, la psychopathologie et la psychologie clinique s’inspirant, entre autres, des théories
freudiennes et entretenant certains liens avec la psychanalyse. Cf. : Demont É., La psychologie : histoire, concepts,
méthodes, expériences. Auxerre : Éditions Sciences Humaines, 2009.
38
Citons ici à titre d’exemple les publications suivantes :
- La Revue universelle : recueil documentaire universel et illustré de 1901, dans laquelle figure un article
de l’Académie de Médecine intitulé « La Musicothérapie » qui fait référence à un certain Dr Laborde qui
utilise son talent sur le violon pour calmer les fous furieux de son service. (P. 693).
- Un article du Dr Destouches de 1902 issu des publications de l’Union dentaire à Paris, intitulé « De la
musicothérapie. La Musique associée à l’anesthésie générale et appliquée à l’art dentaire » et qui fait
référence à d’autres publications où le Dr Laborde est également cité, notamment dans la Presse médicale
du 15 mai 1901 et la Revue médicale du 22 mai 1901.
- Les numéros 10 et 11 du journal mensuel Médecine internationale de 1907, dans lesquels le Dr Rondelet
dresse un panorama historique de la musicothérapie et met en avant les potentialités de la musicothérapie.
Cf. : Médecine internationale, n° 10, p. 660-671 ; Médecine internationale n° 11, p.690-699.
29
d’autres domaines39. On en parle aussi dans des journaux plus populaires40 qui entretiennent
une polémique concernant non seulement la musicothérapie mais aussi la médecine.
39
Citons à titre d’exemples de média spécialisé :
- Le Ménestrel : journal de musique de 1919 ainsi que le n° 35 du 31 août 1923 de ce même média qui fait
référence à la dimension internationale de la musicothérapie en citant les travaux d’un médecin suédois,
ou encore le n° 20 du 20 mai 1934 de ce même journal qui accorde un article de plus d’une page à la
musicothérapie, faisant état de ses bienfaits en citant des références médicales ou avançant des règles
d’indication relatives aux prétendues vertus de chaque instrument de musique (p.185-186).
- L’édition du 21 septembre 1902 de l’hebdomadaire Le Monde artiste illustré, qui projette sur la
musicothérapie l’espoir qu’elle puisse être substituée à « certaines médications terribles, trop en vogue
aujourd’hui » (p. 605).
40
Citons à titre d’exemples de média plus populaires :
- L’édition du 26 octobre 1901 du Journal amusant qui inclut la musicothérapie dans une « foule d’autres
" thérapies" plus ou moins bizarres » en ironisant sur les guérisons miraculeuses auxquelles prétendent
certains médecins (p. 5).
- Le mensuel marseillais La Sorte : organe typographique incolore et mensuel : satirique, antilittéraire,
peu artistique et quelquefois illustré, n° 153 d’août 1904 dans lequel figure à la page 3 une satire sur la
musicothérapie, mais aussi sur les médecins.
41
Voir le bas de la planche BD du journal humoristique parisien Le rire, édition du 04 octobre 1919. URL :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64856942/f15.image.r=musicothérapie
42
En référence au Manifeste du surréalisme de 1924 d’André Breton ou encore à sa contribution à la « Lettre aux
Médecins-Chefs des Asiles de fous » publiée dans le n° 3 de La Révolution surréaliste en 1925 et à la contribution
d’Antonin Artaud au tout premier numéro de cette même revue en 1925.
43
Ce système de prise en charge du coût de la santé, sous couvert d’un « payeur aveugle » cautionné par l’État, a
pu soulever de nombreuses questions d’éthique. En effet, son équilibre budgétaire est particulièrement menacé par
de nombreux actes de fraude aussi bien de la part des assurés sociaux que des employeurs et même, en majeure
partie, par les abus de nombreux professionnels de la santé. Source : https://www.capital.fr/economie-politique/les-
professionnels-de-sante-rois-de-la-fraude-a-l-assurance-maladie-1082090 [consulté le 19 octobre 2016].
30
(Hochmann, 2015). Les apports de la phénoménologie44, de la pharmacologie45 ainsi que de la
psychanalyse et de la psychologie qui continuent d’évoluer permettent d’envisager l’institution
autrement. Un mouvement inspiré de psychiatres étrangers et porté par Georges Daumezon
s’intéresse aux conditions d’hospitalisation des malades et introduit en France la psychiatrie
institutionnelle qui vise à lutter contre l’inaction des aliénés, l’ambiance de l’hôpital et les
stéréotypies à l’égard des malades (Oury, 2007 : 113). Dans cette nouvelle dynamique des
années 1950, des clubs thérapeutiques à dimension culturelle sont mis en place dans les
hôpitaux psychiatriques amorçant d’autres types de relation entre les soignants et les soignés.
Et, pour les adeptes de la psychiatrie institutionnelle, cette implication du patient dans l’activité
de l’institution n’est pas occupationnelle : « elle fait partie du soin lui-même : le malade dans
sa production, introduit quelque chose de lui-même, il devient "un soignant de lui-même" »46.
D’un point de vue tout autant politique, la société avance aussi vers la psychiatrie de secteur47
qui, dès les années 1960, envisage un vaste projet de déploiement de structures intermédiaires
et la création du secteur médico-social (Moreau-Ricaud, 2004 ; Oury, 2007). Dans cette
progression qui intègre aussi la psychiatrie de l’enfant, les institutions se multiplient. Elles font
place à des ateliers en tout genre pouvant être fondés sur de nouveaux apports de la
psychanalyse48 et de la sociothérapie pour composer des dispositifs thérapeutiques
multidisciplinaires incluant, entre autres, l’ergothérapie, la musicothérapie et l’art thérapie.
A travers ce premier long paragraphe, nous pouvons saisir des éléments du contexte évolutif
dans lequel la musicothérapie a pu émerger en tant que pratique de soins dans les milieux
hospitaliers à la fin du XIXe siècle. Nous repérons aussi un lien synchronique entre
l’institutionnalisation de la psychiatrie et l’histoire de la musicothérapie. Et, depuis les pratiques
coutumières ancestrales jusqu’au XXe siècle, la musique tient une place privilégiée dans les
44
Notamment en référence aux travaux de Karl Jasper (1883-1969), philosophe et psychiatre allemand qui dès
1910 remet en question la façon d’observer les malades. Dans son approche phénoménologique, Jasper s’intéresse
plus particulièrement à la forme des symptômes psychotiques, à leurs manifestations, plutôt qu’à leurs contenus,
de l’ordre des discours explicatifs donnés à entendre par les malades.
45
Au début des années 1950, Henri Laborit découvre, quasiment par inadvertance, le premier neuroleptique. Utilisé
dès 1951 sur les malades souffrant de psychose, ce médicament classé parmi les sédatifs et les anti-délirants aura
des incidences majeures sur le comportement des malades et sur l’atmosphère des institutions.
46
Mornet J., « Psychothérapie de groupe et psychose ». Vie sociale et traitement, n° 95, 2007, p. 38.
47
La Circulaire du 15 mars 1960 relative au programme d’organisation et d’équipement des départements en
matière de lutte contre les maladies mentales envisage déjà la mise en place de la psychiatrie de secteur qui consiste
en un vaste projet de déploiement de structures intermédiaires assurant, entre autres, la continuité des soins entre
l’hôpital et le retour à domicile des patients.
48
Notamment avec les travaux de Donald Woods Winnicott à partir des années 1960 sur les processus de
développement de l’enfant dans l’environnement familial et social, puis sur la définition des concepts d’objet
transitionnel et d’aire transitionnelle. Cf. Winnicott D.-W., Les objets transitionnels. Paris : Payot & Rivages,
2010, [1951].
31
organisations sanitaires, bien antérieure à celle des autres médiations utilisées en thérapie. En
effet, si le XIXe siècle est marquée par l’internement de quelques personnalités telles que le
Marquis de Sade ou Vincent Van Gogh qui introduisent le théâtre et la peinture à l’asile, ce
n’est qu’au XXe siècle que l’on utilise les autres arts en tant que médiation dans les pratiques
thérapeutiques des hôpitaux psychiatriques (Klein, 1997 ; Evers, 2015). Ce bref historique de
la musicothérapie montre aussi que si les « pratiques musicales » des lieux hospitaliers ont
permis d’y introduire quelques musiciens, elles ont aussi fait l’objet d’une appropriation de la
part de plusieurs médecins qui en ont porté une forme de représentation professionnelle parfois
dénoncée par les médias comme étant également « pseudo-scientifique » et que nous pouvons
associer à une époque de l’histoire de la médecine. Par ailleurs, l’évolution du système de santé
depuis le début du XXe siècle a généré la professionnalisation de nombreux personnels
intervenant dans les milieux hospitaliers49 dont les spécialités relèvent aujourd’hui du cadre des
métiers de la fonction publique hospitalière élargi aux champs médico-social et médico-
pédagogique. Les formations en musicothérapie, quant à elles, se sont mises en place de façon
sensiblement différente depuis le début des années 1970.
Plusieurs auteurs50 s’accordent à attribuer aux travaux de Jacques Jost, ingénieur du son, le
point d’ancrage d’une réflexion française sur la musicothérapie qu’il met en œuvre dès 1954,
en rassemblant autour de lui un collectif d’acteurs constitué de médecins, de psychologues, de
psychanalystes, de pédagogues et d’artistes musiciens. Cette collaboration, réalisée en partie
dans le Laboratoire d'Etudes des Communications Interpersonnelles rattaché à l'École Pratique
des Hautes Etudes à Paris, donne lieu à une série de publications entre 1964 et 1973. Elle
49
En effet les métiers d’infirmier.e., assistant.e social.e, ergothérapeute, psychomotricien.n.e et psychologue ont
pu évoluer, notamment à travers les décrets de lois suivants fixant leur statut professionnel, leur droit d’exercice
et d’usage de titre :
- Décret du 11 juillet 1942 instituant le Diplôme d’État d’assistante ou assistant social.
- Décret du 10 août 1942 instituant le Diplôme d’État d’infirmière ou infirmier hospitalier.
- Décret n° 70-1042 du 6 novembre 1970 portant création du diplôme d’Etat d’ergothérapeute.
- Décret n° 85-188 du 7 février 1985, portant création du diplôme d'Etat de psychomotricien
- Décret n° 90-255 du 22 mars 1990 fixant la liste des diplômes permettant de faire usage professionnel
du titre de psychologue.
50
Citons ici quelques auteurs de monographie sur le sujet :
- Lecourt E., La pratique de la musicothérapie. Paris : ESF, 3ème édition, 1986, [1977].
- Arveiller J., Des musicothérapies. Issy-les-Moulineaux : E.A.P., coll. Psychologie et Pédagogie de la
Musique, 1980.
- Assabgui J., La musicothérapie. Paris : Grancher, 1990.
- Vrait F.-X., La musicothérapie. Paris : PUF, 2018.
32
conduit aussi à la création de l’Association de Recherches et d’Application des Techniques
Psychomusicales (ARATP) en 1972 qui constitue un premier centre français de musicothérapie.
Ce groupe de recherche met en œuvre des études sur les effets de la musique, dans la conception
d’une musicothérapie « réceptive » en lien avec les techniques de relaxation. Influencés par des
travaux menés à l’étranger, Jean et Marie-Aimée Guillot, respectivement médecin-psychiatre
et psychologue introduisent dans leurs pratiques en alcoologie le chant et la danse, s’orientant
vers des techniques « actives » mais tout autant comportementalistes. Édith Lecourt51 alors
étudiante en psychologie fait partie de ce collectif et participe à certaines expériences. En 1974,
l’ARAPT organise un premier congrès mondial qui introduit en France d’autres approches et
conduit à l’émergence de différents courants. Par exemple, Jacqueline Verdeau-Paillès,
neuropsychiatre élabore une technique de musicothérapie basée sur l’écoute musicale (Vrait,
2018). Dans une collaboration avec Jean-Marie Guiraud-Caladou qui en tant qu’enseignant
dans un Conservatoire est inspiré de la pédagogie musicale, elle s’intéresse aussi à des pratiques
« actives ». Gérard Ducourneau52 évolue en lien avec un psychiatre argentin, Rolando
Benenzon, qui depuis 1974 travaille à une tentative de théorisation de la musicothérapie53. Ces
évolutions conduisent à la mise en place de différentes formations et mènent à une scission au
sein même de l’ARATP au début des années 1980.
51
Nous reviendrons sur cette personnalité qui a fortement contribué au développement d’un courant de la
musicothérapie « réceptive » en France.
52
Autre personnalité qui marque un courant de la musicothérapie « active ».
53
Pour Rolando Benenzon inspiré de l’école de Palo Alto, « La musicothérapie est une psychothérapie non
verbale qui utilise les expressions corporo-sonoro-non verbales pour développer une relation entre le
musicothérapeute et ceux qui ont besoin d’un soutien pour améliorer la qualité de leur vie et se réintégrer à la
société ». De ses recherches sur la musicothérapie « active », il élabore le concept d’Identité SOnore (ISO) auquel
il se consacre toute sa vie. Celui-ci situe cette identité à différents niveaux de la personnalité et de ses relations
avec le sonore. Ses théories sont relativement controversées, notamment par Édith Lecourt. Cf. : Benenzon R.- O.,
La musicothérapie. La part oubliée de la personnalité. Bruxelles : De Boeck, 2004.
33
revendiquer un certain temps une forme d’indépendance au sein de l’université54 est aujourd’hui
rattachée au Département Musique et musicologie de l’UFR1. Il accueille, entre autres, des
étudiants en formation initiale. Depuis le début des années 2000, il propose aussi des modules
professionnels qui visent le perfectionnement ou la supervision des pratiques et qui s’adressent
aux musicothérapeutes, voire aux praticiens formés55. Parallèlement à son investissement dans
le développement de cette formation universitaire, Jean-Marie Guiraud-Caladou développe des
liens avec l’Institut National de Formation des Infirmiers et des Personnels travaillant en
Psychiatrie (INFIPP)56. Dans cet organisme associatif, il intervient dans la formation continue
des personnels soignants en proposant des formations courtes de sensibilisation à la
musicothérapie (Vrait, 2018).
Au début des années 1980, né de la scission dont nous parlions au sein de l’ARATP, un autre
collectif se regroupe autour d’Édith Lecourt devenue psychologue. Cette collaboration donne
lieu à la création de l’Association Française de Musicothérapie (AFM)57. Et, Édith Lecourt met
en place un Certificat Universitaire (CU) d’Art-thérapie à l’université Paris-Diderot, dans lequel
elle propose une approche des pratiques psychothérapeutiques utilisant différentes médiations
dont la musicothérapie. En 1988, devenue professeure des universités, elle initie un nouveau
DU d’Art-thérapie selon le même principe à l’université Paris-Descartes58.
En 1981, l’ARATP dans laquelle Jacques Jost est toujours impliqué crée, le Centre International
de Musicothérapie (CIM) toujours en activité. Celui-ci propose deux types de certificat : un
Certificat d’aptitude aux techniques psychomusicales et un Certificat de formation à la
musicothérapie. Ces formations se déroulent sur deux ans. Elles s’adressent à des publics
exerçant déjà une profession médicale, paramédicale, socio-éducative, pédagogique ou encore
54
En référence au discours que nous avons pu entendre de la part de Jean-Marie Guiraud-Caladou, responsable
pédagogique de ce DU lorsque nous étions étudiante en musicothérapie dans les années 1990.
55
Source : site du DU de Musicothérapie de l’université Paul-Valéry Montpellier 3, [consulté le 21 juillet 2018].
URL : http://musicotherapie.upv.univ-montp3.fr/modules-professionnels/
56
Depuis sa création en 1975, l’INFIPP a évolué vers le statut d’une société coopérative (SCOOP) proposant
aujourd’hui encore des formations de quelques jours en musicothérapie.
57
Source : site de l’Association Française de Musicothérapie, [consulté le 16 mai 2016], URL : https://www.afm-
musicotherapie.org/l-association
58
NB : en 2018 nous ne trouvons plus trace de ces créations sur les sites de ces universités. Nos informations ont
pu être recueillies sur une ancienne page concernant l’appartenance d’Édith Lecourt au Laboratoire Psychologie
Clinique, Psychopathologie, Psychanalyse (PCPP) de l’université Paris-Descartes. Cette page circule toujours sur
internet, [consultée le 08 juillet 2019], URL :
http://recherche.parisdescartes.fr/pcpp/Membres/Permanents/LECOURT-Edith
34
sur examen de dossier et entretien, selon le projet professionnel59. Le CIM, toujours en lien
avec l’ARATP dont les membres se sont renouvelés, dispose ainsi d’une valeur historique dans
le développement de la musicothérapie en France.
Toujours dans les années 1980, d’autres formations voient le jour. Gérard Ducourneau crée
l’Atelier de Musicothérapie de Bordeaux (AMBx). Cet organisme associatif délivre aussi un
Certificat de formation à la musicothérapie selon une série de sessions de deux à quatre jours,
pouvant être cumulées sur une période d’un à trois ans. Suite à cette première initiative d’autres
ateliers de musicothérapie voient le jour : en Ile de France, à Toulouse, en Bourgogne, à La
Réunion, à Liège en Belgique, etc., donnant lieu à une sorte de réseau dont la visibilité tend à
se renforcer60 avec internet, notamment via le site du Pôle International de Recherche en
Musicothérapie (Pirem.org) créé en 2012. Une autre association se met en place à Metz avec
François Jacquemot qui crée l’Institut européen de musicothérapie. Cet organisme disparaît au
début des années 2000 (Vrait, 2018).
59
Source : site du Centre International de Musicothérapie, Plaquette de présentation de la formation, [consulté le
30 juillet 2016], URL : http://musicotherapie.info/le-centre/le-cim/
N.B. : Depuis juillet 2016, le site du CIM a fait l’objet d’une actualisation. Toutefois les informations ci-dessus
concernant les certificats proposés et leurs conditions d’accès sont toujours d’actualité au 07 août 2019.
60
Nous pouvons observer une mise en visibilité de ce réseau, notamment sur le site du Pôle International de
Recherche en Musicothérapie (Pirem.org) créé en 2012, dans la rubrique Adhérents, [re-consulté le 07 août 2019],
URL : http://pirem.org/adherents/organismes/
61
Source : site de l’Institut de Musicothérapie de Nantes, [consulté le 13 août 2016], URL : http://musicotherapie-
nantes.e-monsite.com/pages/laboratoire-de-recherche-en-musicotherapie-institut-de-nantes.html
35
Toujours passionnée par la musicothérapie, en 2011, Édith Lecourt crée le master Arts-thérapies
dans une co-habilitation entre les universités de Paris-Descartes et Sorbonne-nouvelle. Ce
master comprend quatre « spécialités » : dramathérapie, dansethérapie, arts-plastiques-
thérapie et musicothérapie. En 2016, il change d’intitulé et devient le master Création artistique,
proposant les mêmes « spécialités » que le précédent. Rendu possible par la création des Pôles
de Recherche de l’Enseignement Supérieur (PRES), ce master permet l’accès à la recherche sur
la musicothérapie à quelques étudiants notamment dans deux disciplines distinctes : en
Sciences et Techniques des Activités Sportives (STAPS) et en Psychologie. En 2015 Edith
Lecourt devient professeure émérite. En 2018-2019 le master Création Artistique est suspendu.
A la prochaine rentrée 2019-2020, il accueillera à nouveau des étudiants62.
Par ailleurs, il existe d’autres organismes qui forment à l’art-thérapie et/ou à la musicothérapie.
Le site internet de la Cité de la musique de Paris en donne un vaste panorama, se référant à plus
de vingt offres63. Par exemple, l’Association Française de Recherches et Applications des
Techniques Artistiques en Pédagogie et Médecine (AFRATAPEM) implantée à Tours,
Grenoble et Lille propose un parcours donnant accès à un Certificat d’Art-thérapeute qui permet
d’accéder au DU Art-thérapie des Facultés de médecine de ces mêmes villes64. Ces DU sont
enregistrés au RNCP déclarant, dès 2016, des compétences associées de musicothérapeute65.
Et il est à noter que cet organisme propose en 2018 des cursus plus spécialisés, notamment en
musicothérapie66. Relevons au passage que toutes les formations d’art-thérapie ne revendiquent
pas obligatoirement cette spécialité.
Ainsi, cette liste que nous savons non-exhaustive rend compte du développement des
formations en musicothérapie depuis la fin des années 1970 ainsi que d’une grande diversité de
62
Source : site de l’université Paris-Descartes, consulté régulièrement depuis le début de la recherche et dont les
pages web ont fait l’objet d’une mise à jour qui ne permet pas de retrouver aujourd’hui ces informations. URL :
https://odf.parisdescartes.fr/fr/formations/feuilleter-le-catalogue/sciences-humaines-et-sociales-SHS/master-lmd-
XB/master-creation-artistique-program-program1-m1-creation-artistique-fr.html#programContentf1102c4b-
e878-4676-80d0-d39b22e05bb5-1
63
Source : site de la Cité de la Musique, [consulté le 31 juillet 2016], URL :
http://www.citedelamusique.fr/francais/
64
Source : document PDF de présentation de la formation, site de l’AFRATAPEM, [consulté le 1er août 2016],
URL : http://www.art-therapie-tours.net/img/img_formations/pkt_complete.pdf
65
Source : site de la Commission Nationale des Certifications Professionnelles, [consulté le 01 août 2016], URL :
http://www.rncp.cncp.gouv.fr/grand-public/visualisationFiche?format=fr&fiche=15255
66
Source : site de l’AFRATAPEM, école d’art-thérapie de Tours, [consulté le 30 mai 2018], URL : http://art-
therapie-tours.net/specialisations-musicotherapie/
36
parcours possibles67. Et nous observons que si les « pratiques musicales » et la musicothérapie
ont été investies surtout par des médecins jusqu’au début du XXe siècle, la professionnalisation
de cette pratique a permis son déplacement vers d’autres catégories de praticiens, notamment
des personnels soignants, des infirmiers, des psychologues ainsi que des pédagogues, des
musiciens, etc. Nous relevons aussi que la progression de la musicothérapie est marquée par les
stratégies d’évolution individuelle de certains acteurs dont quelques-uns ont contribué à
l’insertion de la musicothérapie dans l’offre de la formation universitaire, renforçant ainsi son
processus de professionnalisation. Toutefois, avec la diversité de ces formations, la
musicothérapie renvoie à quelques incertitudes qui viennent comme brouiller ses
représentations, notamment celles visées par ce processus de professionnalisation relativement
complexe. Et, nous pouvons déjà nous demander ici quelles sont les répercussions de la
diversité des formations sur l’identité et la représentation professionnelles des praticiens de la
musicothérapie ?
Comme l’énonce le compositeur Dominique Bertrand, même si toutes les musiques ont au
moins un point commun que nous pouvons situer par rapport aux lois de la physique acoustique
et de la résonnance, définir la musique reste une entreprise délicate. La diversité des genres qui
composent son histoire en témoigne : depuis l’évolution de la musique modale en passant par
l’apogée du système tonal dont Jean-Sébastien Bach incarne l’impression de perfection, nous
assistons à un bouleversement des règles de l’harmonie qui perdure à travers les courants plus
contemporains de la musique du XXe siècle (musique atonale, jazz et rock and roll aussi bien
67
Il est à noter ici que la plupart de ces formations engagent l’apprenant à effectuer un stage pratique conventionné
dont la durée peut être variable, par ce biais la musicothérapie continue d’investir les milieux hospitaliers et
institutionnels du soin.
37
que musique électronique, musique du monde, etc.). Et, il est difficile de la faire entrer dans les
catégories de la pensée sans que la pensée soit prise dans la dynamique même de la musique
(Bertrand, 2005). La musique ouvre alors un champ de possibles à l’expression de différents
ordres idéiques et musicaux qu’atteste la diversité des pratiques sociales auxquelles elle donne
lieu : « les rites et les pratiques sociales disent la vérité de la musique contre tous les objets
musicaux, instruments, médias, écrits ; tout ce qui fixe la musique pour en faire un objet isolé
est condamné comme trahison. »68. Pour le sémiologue Jean Molino qui approche la musique
d’un point de vue également anthropologique, le fait musical peut s’appréhender selon
différents modes d’existence et renvoie à une infinité de signes qui se rejoignent et
s’enchevêtrent dans le symbolique : « La musique est bien un fait anthropologique total. »69.
Qu’elle provienne d’une écriture passée ou qu’elle soit improvisée, jouée, dansée et/ou écoutée,
elle est à la fois médium ou canal d’expression, processus de création, de construction, de
transformation et traduction pouvant également trouver sens dans un moment de partage ou
d’échange. Elle renvoie à cette figure complexe de la communication qu’est la médiation. Et en
tant que telle, nous pouvons la comprendre comme un fait d’alternance constructiviste et
connexionniste, par lequel avec la musique il est toujours possible de faire société (Régimbeau,
2011 : 95).
Pourtant, si la France est la première nation européenne à avoir instauré un régime spécifique à
l’attention des artistes musiciens70, il persiste une certaine ambiguïté des pouvoirs publics à
l’égard de ceux-ci qui se prolonge dans les mentalités entre deux conceptions paradoxales de la
culture. A la fois, l’art est considéré comme une forme de pouvoir émancipateur qui oriente
l’évolution de nos sociétés contemporaines vers un principe collectivement libérateur et il
conduit à une hiérarchisation des productions artistiques faisant émerger une problématique
relationnelle entre l’artiste et son public dont se nourrissent les politiques et l’industrie
culturelle (Menger, 2001 ; Régimbeau, 2013). Et, comme en réponse à cette problématique qui
crée des inégalités au cœur même du monde des musiciens, la musique et l’art en général
s’introduisent de plus en plus dans différents cadres sociaux, y compris au cœur des hôpitaux,
selon différents types de dispositifs71 et de projets.
68
Hennion A., La passion musicale. Une sociologie de la médiation. Paris : Métailié, 1993, p. 311.
69
Molino J., Le singe musicien. Sémiologie et anthropologie de la musique. Précédé de : Introduction à l’œuvre
musicologique de Jean Molino par Jean-Jacques Nattiez. Paris : Actes Sud / INA, 2009, p. 95.
70
Source : Site du média alternatif « myeurope.info », [consulté le 03 juillet 2016], URL :
http://fr.myeurop.info/2014/06/11/statut-intermittent-spectacle-exception-francaise-14000
71
Précisons déjà ici qu’il existe, en effet, différents types de dispositifs utilisant l’art comme moyen de
communication, de socialisation ou de prise en charge thérapeutique du patient hospitalisé. Si la musicothérapie
38
En SIC, la musique inspire différentes recherches dont témoignent plusieurs articles de revues
de la discipline. Par exemple, David Vandiedonck rappelle que la musique se constitue dans
l’action et la mise en relation de ses médiateurs, dont l’interprète n’est qu’une figure
(Vandiedonck, 1998). Il précise le rôle de l’interprétation en tant que médiation : la fois au
niveau du rapport à une tradition – à une mémoire localement inscrite – et au niveau matériel
de la représentation scénique (Da Lage-Py, Vandiedonck, 2001). Dans un autre registre, Pierre
Van Braekel considère la figure du manager de rock. Pour lui, le manager possède une
autonomie de fonctionnement tout en procédant d’une logique de développement d’un monde
musical qu’il contribue à faire éclore (Van Braekel, 1998). La musique s’introduit également
dans des recherches concernant les industries culturelles, notamment via les mutations de ce
secteur d’activité vers le numérique qui offre d’autres possibilités de médiation de la musique
(Saint-Amand, Pronovost, 2001 ; Pucheu, Jacob, 2006). Et dans des travaux plus récents, Alix
Bénistant étudie la construction de l’industrie musicale de la ville de Miami et le processus
d’intégration des pratiques émergentes qu’elle amorce dès les années 1970, notamment dans le
registre de la musique latino. Ses recherches amènent à considérer la ville de Miami comme un
acteur à la fois politique et territorial de la médiation de la musique latino (Bénistant, 2017 ;
Bénistant 2018). Ces différentes figures d’acteurs constituent les maillons potentiels d’une
chaine de médiation de la musique et font écho à la position du praticien de la musicothérapie
et à son choix musical situant une dimension culturelle au cœur même de sa pratique
professionnelle auprès de « publics » pouvant être qualifiés de « fragilisés » ou « empêchés ».
est l’un de ces dispositifs, l’État développe également une politique culturelle à l’hôpital, notamment initiée par la
convention du 04 mai 1999 entre le Ministère de la Santé et le Ministère de la Culture et de la Communication qui
fixe le cadre d’un partenariat entre les Directions Régionales des Affaires Culturelles (DRAC) et les Agences
Régionales de Santé (ARS). Source : site Hopital.fr, [consulté le 03 septembre 2018], URL :
https://www.hopital.fr/Droits-demarches/La-vie-a-l-hopital/La-culture-a-l-hopital#60887
39
situations d’écoute musicale. Elle dépend non seulement des pratiques sociales et des
ergonomies des équipements qu’utilisent les jeunes mais aussi des situations d’échange et de
partage favorisant la transmission de valeurs et positionnant la musique en tant qu’objet de
médiation (Christophe, 2014). Le thème de l’influence de la musique sur l’identité revient par
le biais d’un article publié dans la Revue française des sciences de l’information et de la
communication en 2016 dans lequel il est mis en évidence que la musique, avec son contenu et
ses personnages mis en scène via les chroniques musicales télévisées au Congo, constitue une
source d’inspiration pour la jeunesse de Kinshasa. La musique aurait deux fonctions : l’une
manifeste tendrait au divertissement, l’autre plus latente, drainerait les imaginaires et les
ambitions de réussite sociale à travers les processus d’identification mis en œuvre à partir de
modèles vivants médiatisés via ces chroniques télévisées. La musique serait ainsi un moyen
d’exister et de se projeter dans un microcosme social (Nzeza Bunketi Buse, 2016).
Comme en écho à ces travaux qui mettent en évidence le rôle de la musique dans la construction
de l’identité, nous trouvons dans un numéro de 2017 de la revue Études de communication un
article sur la recommandation musicale (Micheau, Desprès-Lonnet, Cotte, 2017). A partir d’une
enquête sur les pratiques numériques de partage et d’écoute, les auteurs de cet article
s’intéressent aux mécanismes de la recommandation musicale. Leur analyse met en évidence
que les logiques industrielles et commerciales persistent en contexte numérique. Toutefois,
c’est aussi dans le partage d’expériences – parcours musicaux, situations d’écoute, rencontres
entre auditeurs ou entre auditeurs et médiateurs – que la recommandation musicale est vécue
avec confiance. Ainsi, si cette enquête conduit à reconnaître le rôle prescripteur de certaines
institutions, elle montre également que c’est dans l’échange, selon les conseils de ses pairs, de
sa famille, de ses professeurs de musique ou encore de la part de critiques musicales que l’on
continue de découvrir la musique en y associant certaines valeurs. Une recherche qui résonne
aussi vis-à-vis du positionnement des praticiens de la musicothérapie par rapport aux
institutions et qui pose question sur les formes de médiation également institutionnelles
susceptibles d’émerger de ce rapport.
Par ailleurs, la revue interdisciplinaire Culture et Musées consacre tout un dossier (n° 25, 2015)
au développement de la recherche ethnographique sur l'écoute musicale. Dans ce numéro,
François Debruyne publie un article se rapportant à une enquête centrée sur l’expérience
musicale publique. A partir de situations qu’il a pu observer dans différents espaces, il met en
évidence plusieurs régimes d’écoute pouvant être variables selon les lieux et qui renvoient à
40
l’idée d’un « potentiel collectif incertain » de l’écoute musicale. Pour lui, les qualités publique
et musicale de l’expérience d’écoute ne sont pas des dimensions intrinsèques ni invariables de
l’écoute musicale. Elles dépendent du degré d’engagement possible dans les pratiques d’écoute
en public. L’institution d’un monde social commun par l’écoute se révèle alors à la fois
conditionnelle et contrastée (Debruyne, 2015). Une réflexion qui interroge la forme d’écoute
musicale que peut expérimenter un patient dans le cadre d’une séance de musicothérapie et qui
peut être relative à plusieurs paramètres : aux conditions posées par l’environnement créé par
la séance, au choix musical du thérapeute ainsi qu’à la disponibilité du patient à pouvoir ou pas
s’engager dans l’écoute.
Dans un numéro plus ancien de la revue Études de communication (35 | 2010) Céline Lambeau72
interroge les formes de communication que génèrent les pratiques musicales. Elle en définit
différentes formes de communication musicale en confrontant les situations de pratique
musicale à trois façons de penser la communication. S’inspirant des modèles de la
communication-transmission73 qu’elle rapporte à une situation de performance musicale dans
sa forme « concert » et de la communication-participation74 relative à une approche
interactionnelle de la communication, elle propose l’idée d’une communication-médiation qui
offrirait une troisième voie pour questionner l’expérience musicale dans toute sa complexité.
Dans cette optique, elle accorde à la musique une place de tiers dans le processus de
communication autour duquel la rencontre s’organise. Elle précise que ce concept de
communication-médiation permet aussi de prendre en considération les interdépendances
existant entre les deux autres formes de communication (Lambeau, 2010). En ce sens reprenons
ici une définition de la médiation proposée par Jean Davallon :
« La notion de médiation apparaît chaque fois qu’il y a besoin de décrire une action impliquant
une transformation de la situation et du dispositif communicationnel, et non une simple
interaction entre éléments, et encore moins une circulation d’un élément d’un pôle à un autre.
J’avancerais l’hypothèse qu’il y a recours à la médiation lorsqu’il y a mise en défaut ou
72
La référence auteur de l’article de la revue Études de communication que nous citons mentionne que Céline
Lambeau menait une thèse en Sciences de l’Information et de la Communication au sein de l’Unité de recherche
en médiation des savoirs et de la culture de l’Université de Liège en 2010. N’ayant pas trouvé trace de cette thèse,
nous avons pu repérer qu’en 2019, elle est toujours doctorante et assistante au Département Médias, Culture et
Communication de l’université de Liège. Source : site de l’Université de Liège, [consulté le 05 mars 2019]. URL :
http://www.infocom.uliege.be/?page_id=2349
73
Selon le modèle initial de Shannon : « émetteur – canal – récepteur ».
74
Relevant de la métaphore de la communication orchestrale développée par les membres du « Collège Invisible »
et reprise par Yves Winkin (1981 : 21-25).
41
inadaptation des conceptions habituelles de la communication : la communication comme
transfert d’information et la communication comme interaction entre deux sujets sociaux. Avec
ce recours, l’origine de l’action se déplace de l’actant destinateur ou des interactants vers un
actant tiers : il y a communication par l’opération du tiers »75.
Cette proposition renvoie aussi à la place qu’occupe la musique dans la relation triangulaire
configurée par le principe même des séances de musicothérapie. Nous reviendrons sur ce point
dans un prochain paragraphe où nous ferons part de certains aspects théoriques de la
musicothérapie en lien avec notre expérience de praticienne.
2.2 Du soin à la thérapie : les diverses composantes d’un processus engageant une
grande diversité d’acteurs
La notion de thérapie recouvre plusieurs acceptions qui ont pu évoluer avec le temps pour
désigner de façon générale un traitement médical ou un ensemble de moyens mis en œuvre pour
lutter contre la maladie. Dans les Thésaurus tess du ministère des Affaires sociales76, on
retrouve le vocable thérapie en lien avec trois champs de pratiques : la médecine, la psychologie
et la psychanalyse. Pour autant, dans l’univers de la santé il existe toute une palette de nuances
allant de la notion de soin à celle de thérapie. Du nursing qui désigne des soins d’hygiène et de
confort au principe de total care qui replace le patient dans une dimension également citoyenne,
la recherche infirmière continue d’interroger les modèles conceptuels du soin (Lecoq et al.,
2017). Elle précise ces modèles selon différentes notions empruntées aux anglo-saxons : care,
caring et cure. Jean-Manuel Morvillers, infirmier, docteur en Sciences de l’éducation et cadre
supérieur de santé, prend en considération les aspects anthropologiques, étymologiques,
temporels et sociaux de ces notions pour les préciser en tant que composantes de tout processus
thérapeutique. Il relève l’ambiguïté du mot care qui en anglais propose deux acceptions, l’une
signifiant souci, inquiétude – c’est-à-dire étant ancrée sur les affects et le ressenti –, l’autre soin
et attention – de take care –. Selon lui, le terme care renvoie à quelque chose de l’ordre de la
sensibilité de l’individu exprimant soit un sentiment, soit une action (caring) qui appelle un état
affectif. Le caring se définirait alors par rapport au care comme une sorte de care en acte porté
75
Davallon J., « La médiation : la communication en procès ? ». MEI, n° 19, 2004, p. 43.
76
Ministère des Affaires sociales et des Droits de la Femme, Thésaurus tess. Travail, Emploi, Santé, Solidarité.
Liste hiérarchique, Paris : Réseau Documentation Archive, juin 2014, p. 22. (Voir aussi la version « Liste
alphabétique »).
42
par une attention-intention positive, néanmoins connoté sur le plan des affects. Il distingue ces
deux notions de celle de cure qui correspondrait à un aspect plus technique du soin, notamment
dans la prise en charge de la phase aigüe des personnes malades pour lesquelles le care serait
relayé à un temps ultérieur. Il précise que ces distinctions peuvent conduire à penser
l’humanisation des soins – le care et le caring – par rapport aux soins infirmiers et le cure, plus
technique, par rapport au médical qui laisserait moins de place à la nature relationnelle du soin.
Toutefois, il rappelle avec prudence que parmi les spécialités de la médecine, la psychiatrie
s’est justement développée grâce à une approche plus sensible du patient qui a permis
d’observer les effets du care sur l’amélioration de l’état clinique des personnes atteintes de
troubles psychiques. Et ce, notamment à travers le courant de la psychiatrie institutionnelle77
qui a donné une dimension systémique aux possibilités d’expression du caring à l’échelle d’une
unité de soins tout autant que d’une institution (Morvillers, 2015). Notons ici que la psychiatrie
institutionnelle qui a évolué avec la psychanalyse tout en subissant les critiques de
l’antipsychiatrie78 a cherché à interroger dès ses fondements en France, la réalité sociale et le
fonctionnement des institutions « soignantes » (Oury, 2007).
Par ailleurs, depuis plusieurs décennies le système de santé est remis en question, notamment
par rapport à ses carences et à son coût. Selon Laurent Sauze79, on assiste à un changement de
paradigme dans la prise en charge de la santé qui est marqué par une transition thérapeutique
(ou un retour ?) vers la médecine globale. Une orientation qui semble répondre à l’influence de
l’OMS pour qui la santé est associée à : « un état de complet bien-être physique, mental et
social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité »80. Pour Sauze,
ces évolutions se situent en rupture avec une conception individualiste et essentiellement
curative des pratiques médicales qui tendent à devoir prendre en charge des pathologies d’ordre
relativement chronique pouvant être en lien avec certains facteurs démographiques tel le
vieillissement de la population. Cette transition entraîne de nombreuses transformations aussi
bien en termes d’organisation que de responsabilité ou encore de financement. En ce sens, la
77
Dont nous avons déjà parlé plus haut.
78
Mouvement porté notamment par les contributions du philosophe Michel Foucault et du sociologue Erving
Goffman qui dénoncent les conditions de vie, les privations de liberté et les méthodes de la psychiatrie et des
institutions. En référence à :
- Foucault M., Folie et déraison : histoire de la folie à l’âge classique. Paris : Plon, 1961.
- Goffman E., Asiles : études sur la condition sociale des malades mentaux et autres reclus. Paris : Éditions
de Minuit, 1968 [1961].
79
Laurent Sauze est médecin conseil régional de la caisse Provence-Alpes du Régime social des indépendants,
depuis le début des années 2000.
80
Source : Constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé.
43
médecine est continuellement contrainte de s’adapter à la fois aux progrès médicaux et
scientifiques, au contexte économique et aux mutations de la société (Sauze, 2010). La
médecine tend à devenir pluridisciplinaire pour réunir un ensemble de moyens thérapeutiques
(Berche, 2012).
81
Céline Roynier est professeure de droit public à l’université de Rouen et ancienne post-doctorante à l’Institut
Droit et Santé de l’université Paris-Descartes. Elle est l’auteure de l’article intitulé « Les professionnels de santé
en Europe : contribution à une définition unitaire » paru dans la revue Les tribunes de la santé, n° 48, (3) 2015, p.
33-38.
44
Avec cette diversité de personnels, les notions de soin et de thérapie posent aussi de nombreuses
questions d’éthique, non seulement en termes de confidentialité mais aussi d’éthique
professionnelle et de fonctionnement des institutions. Frédéric Gros, philosophe, pense la
relation de soin et d’accompagnement en rapport avec les notions de respect et de sollicitude
qu’il définit comme des devoirs et qu’il articule à la notion d’élan de responsabilité pour autrui
en continuité de la pensée de Lévinas (Gros, 2007). Toutefois, l’anthropologue Éric Chauvier
relève que l’éthique du soin ne peut être pensée uniquement dans le registre de la positivité
éthique du rapport à l’autre ce qui censurerait toute expression de la négativité comme
expérience in situ de la vie ordinaire des soignants. Pour lui, il faudrait justement que ces
derniers s’interrogent sur les raisons qui les poussent parfois à sortir du sillon de la conformité
théorico-morale pour se retrouver dans la souffrance des autres, déstabilisés mais disponibles
de façon inédite pour analyser cette souffrance et agir sur elle (Chauvier, 2015). Des ressentis
qui peuvent aussi s’analyser en termes de transfert et de contre-transfert selon le vocabulaire
de la psychanalyse82 (Laplanche, Pontalis, Lagache, 2007). Pour Philippe Svandra, docteur en
philosophie et cadre de santé, le fonctionnement d’une organisation peut aussi perturber, voire
nuire à la mise en œuvre d’une démarche de soin. Et la relation de sollicitude ne paraît pas non
plus suffisante pour fonder une éthique du soin. A cette forme de responsabilité pour autrui, il
propose d’ajouter une responsabilité juridique qui resitue le soin entre la sollicitude du soignant
et l’organisation sociale qui coordonne le système de soins. Selon lui, le care doit être pensé de
manière globale comme une éthique professionnelle qui pose aussi à la société des questions
éminemment politiques, l’obligeant à reconnaître les valeurs morales qui sous-tendent cet agir
avec et pour autrui. Une responsabilité impliquant également une réflexivité sur les pratiques
qui contribue à la construction de la professionnalité des soignants (Svandra, 2015). Ainsi, les
processus communicationnels qui s’imbriquent dans la relation soignant-soigné et qui
82
Dans le vocabulaire de la psychanalyse, le transfert désigne « le processus par lequel les désirs inconscients
s’actualisent sur certains objets dans le cadre d’un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans
le cadre de la relation analytique (…) Le transfert est classiquement reconnu comme le terrain où se joue la
problématique d’une cure psychanalytique, son installation, ses modalités, son interprétation et sa résolution
caractérisant celle-ci ». Le contretransfert quant à lui est l’ « ensemble des réactions inconscientes de l’analyste
à la personne de l’analysé et plus particulièrement au transfert de celui-ci (…) du point de vue de la délimitation
du concept, de larges variations se rencontrent, certains auteurs entendant par contre-transfert tout ce qui de la
personnalité de l’analyste peut intervenir dans la cure, d’autres limitant le contre-transfert aux processus
inconscients que le transfert de l’analysé induit chez l’analyste ». Cf. : Laplanche J., Pontalis J.-B., Lagache D.,
Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : PUF, 2007, [1967], p. 492 et p. 103.
Ces deux notions que la psychanalyse rapporte à des manifestations de l’Inconscient se sont relativement
vulgarisées pour intégrer le vocabulaire de nombreux professionnels de santé, notamment en psychiatrie. Et si la
psychanalyse les ramène à ce qui caractérise la communication intersubjective entre analysé et analyste dans la
cure psychanalytique, cette terminologie peut s’entendre également pour parler des phénomènes transférentiels
pouvant exister entre patient et institution, voire soignant et institution.
45
impliquent une pluralité de relations (soignant-soignant, patient-patient, patient-institution,
soignant-institution et institution-système de santé, voire système de santé-société)
complexifient la notion de thérapie qui appelle à être située. Elle peut s’appréhender par rapport
à un métier, une profession, un cadre institutionnel (ou aux expressions polymorphes que peut
prendre ce cadre), aux relations d’interdépendance des systèmes organisationnels avec le
système de santé qui est plus englobant, et en relation avec un projet sociétal.
Face à la complexité du système de santé, qui de surcroît se trouve confronté à des évolutions
structurelles soumises à des logiques sociales, économiques et politiques, Dominique Carré
relève que les Sciences de l’information et de la communication sont tout indiquées pour étudier
les changements à l’œuvre. Selon lui, ces transformations sont portées par des processus
communicationnels qui agissent comme des leviers pour repenser la mise en relation, les
formes de médiations et les pratiques informationnelles et communicantes qui ont aussi
vocation d’instaurer une nouvelle régulation sociale dans le champ de la santé (Carré, 2010).
Envisagées comme pouvant faire l’objet de différents usages dans le secteur de la santé depuis
le milieu des années 199083, les TIC sont devenues un outil de médiation pour l’ensemble des
professionnels de santé. Plusieurs chercheurs en SIC se sont intéressés aux différents usages
auxquels elles donnent lieu dans ce domaine. Par exemple, ils interrogent les incidences de
l’innovation technologique sur les pratiques info-communicationnelles et organisationnelles de
ces professionnels (Cordelier, 2013 ; Paganelli, 2017). D’autres recherches font ressortir
l’intention d’un procès normatif prétendant à une meilleure organisation sanitaire qui vise aussi
à résoudre les tensions pouvant exister entre différents acteurs de ce secteur (Staii, 2012 ;
Ollivier-Yaniv, 2013). La recherche s’actualise aussi en observant le développement de la
« santé connectée » dont les enjeux impliquent différents acteurs aux points de vue et aux
intérêts pouvant être différents et dont les logiques outrepassent le champ médical (Staii, 2018).
Au-delà de ces transformations nous pouvons nous demander comment resituer le soin dans un
processus thérapeutique entre techniques, savoir-faire, savoir-être, systèmes d’information et
technologies autour de la prise en charge du patient ? Dans quelle chaîne ou dans quel cadre de
médiation(s) ?
83
Cf. : Théry G., Les autoroutes de l’information, Paris : La documentation française, 1994, p. 56-57.
46
lieux de l’urgence psychiatrique pour expliquer le processus thérapeutique dans ce secteur
d’activité. Les observations qu’il a pu mener au cœur du service d’un hôpital lyonnais l’ont
conduit à distinguer différents lieux de communication selon 3 niveaux d’analyse qui
s’imbriquent les uns aux autres. Selon lui, l’activité de la psychiatrie d’urgence s’organise dans
une activité de communication permanente – circulation d’informations, de discours et de
signes – dans laquelle les gestes ou décisions extrêmes (suicide, contention) rendent justement
compte de l’échec de la communication. Cette dernière se met en œuvre de différentes
manières : via le dossier médical, les échanges entre soignants ou encore dans les relations
soignant-patient, patient-patient et soignant-institution. Thomas précise que chaque lieu de
l’urgence psychiatrique permet une forme de communication particulière, offrant différents
cadres d’énonciation et d’interprétation à l’expression du symptôme du patient. Empruntant à
Lacan le modèle de la tripartition – réel, symbolique, imaginaire – qui pour lui permet de définir
toute structure de communication et de médiation, il pose l’hypothèse de la dimension
fondamentalement symbolique et communicationnelle du soin. Ainsi, les urgences
psychiatriques permettent d’articuler le réel de l’urgence du patient à la nécessité d’une
reconnaissance sociale – pouvoir dire son symptôme et le traiter dans le symbolique – que le
cadre hospitalier permet de mettre en œuvre dans différents lieux. Dans ce processus, il existe
aussi une dimension imaginaire importante qui permet de saisir l’efficacité symbolique des
urgences psychiatriques : d’une part les soignants peuvent utiliser l’image de l’hôpital pour
amener le patient à exprimer son symptôme, d’un autre, le cadre de l’urgence psychiatrique
peut permettre au patient de théâtraliser sa souffrance (Thomas, 2010). Et, « la psychiatrie aux
urgences préserve, dans l’espace de l’hôpital, ce qui fait le cœur anthropologique de la
médecine. Sans modifier le réel, elle retisse des médiations entre des subjectivités et
l’institution… Il s’agit de donner, grâce à des processus de communication et d’échange
langagier, un équivalent symbolique de processus psychiques ou organiques "informulés et
informulables autrement" et qui sont à la source de la souffrance. »84. Mais comment ces
médiations s’organisent-elles pour permettre au patient d’entrer dans un processus
thérapeutique ?
En ce sens, les recherches de Chantal Laurens ou encore de Sylvie Grosjean nous invitent à
penser le rôle de la communication et de sa complexité dans la coordination des soins à
différents niveaux de dispositifs sociotechniques. Chantal Laurens, docteur en SIC et cadre de
84
Thomas J., « Les lieux de communication dans l'urgence psychiatrique ». In D'Arripe A. et Routier C. (dir.),
Communication et santé : enjeux contemporains. Lille : Presses du Septentrion, 2010, p. 203.
47
santé, étudie les interactions soignantes au moment de la relève des équipes interdisciplinaires.
Elle examine entre autres des discours et des comportements qui révèlent des collaborations et
des coopérations mais aussi des incertitudes, des tensions et des rivalités (Laurens, 2014). Son
analyse nous renvoie à des questions en lien avec la mixité des catégories professionnelles dans
ce type de réunion. Notamment les praticiens de la musicothérapie ne sont-ils pas susceptibles
d’être présents au moment des transmissions dans les salles de soins et de rajouter de la diversité
dans les équipes ? Mais aussi, comment ces échanges pouvant générer des tensions ou au
contraire des alliances, souvent perceptibles par les patients qui observent les discussions à
travers des parois ou des portes vitrées, contribuent-ils à la prise en charge du patient ? Sylvie
Grosjean, qui s’intéresse par ailleurs à la part des connaissances sensorielles dans la prise de
décision clinique (recherche en cours), a pu étudier avec Anne Mayère la complexité de la
communication dans le contexte d’implantation d’un système d’information médicale au sein
d’un service d’oncologie d’un hôpital français. Leur approche ethnographique leur a permis de
comprendre cette complexité entre conversations, écrits, objets et technologies contribuant aux
soins et à leur organisation (Mayère, Grosjean, 2016). Dans un autre article co-écrit avec Luc
Bonneville, elle rebondit sur les contraintes gestionnaires des infirmières, notamment
concernant l’aspect multitâches de leur travail que ces dernières ressentent en lien avec leur
utilisation chronophage et envahissante des technologies numériques (Bonneville, Grosjean,
2016).
Par ailleurs dans sa thèse soutenue en 2004, Philippe Viard, docteur en SIC, cadre de santé et
formateur en soins infirmiers revient sur la notion de soin en le situant par rapport à l’espace de
médiation dans lequel il se déroule, notamment au cœur de la relation soignant-soigné où se
mettent en œuvre des processus communicationnels qui font de la communication un élément
essentiel du soin. Il interroge le cadre de ces processus par rapport aux logiques qui l’organisent
susceptibles de faire émerger et de mettre en jeu des valeurs, des représentations, des
productions identitaires et des problématiques liées aux échanges de significations des objectifs
et de la pratique du soin. Dans son propos, il évolue vers une définition du soin en tant que
modèle d’une interrelation dynamique, basée sur une co-construction du sens par les acteurs en
situation de soin, pour en venir au concept de soin-communicant qui permet une compréhension
différente du soin, de sa pratique et des logiques portées par ses acteurs. Dans son approche, le
soin engage aussi la dimension corporelle des acteurs concernés. A partir du concept de corps
communicant précisé en SIC par Béatrice Mélénec et Fabienne Martin-Juchat auxquelles il fait
référence, Philippe Viard questionne le concept de corps en tant que réalité vivante, perçue à
48
la fois chez le soigné et le soignant et aux différents espaces qu’il permet d’articuler, aux
rencontres ainsi qu’aux distances représentationnelles qu’il convoque aussi bien chez le
soignant que chez le patient. Pour lui, le corps est à la fois source, lieu et objet de la
communication pouvant permettre à la relation soignant-soigné de prendre un sens qui dépasse
la relation, impliquant « l’ensemble des acteurs de la relation, acteurs engagés dans un système
de significations »85. Par rapport à la musicothérapie nous pouvons noter ici que l’expérience
musicale, sous toutes ses formes, implique la dimension corporelle du praticien tout autant que
celle du patient dans un cadre thérapeutique où s’enchevêtrent également des significations qui
dépassent celui des séances. Dans cette expérience sensible « il est clair que le sens commence
avec la sensation, soit au niveau de ce qui touche indiciellement le corps. Avant de relever du
jugement de la re-présentation, le sens est d’abord sensible, organique, il s’enracine dans le
pacte inextricable du moi et du monde, du dedans et du dehors, de l’observateur et de
l’observé. »86. Ainsi, la co-construction de sens évoquée plus haut par Philippe Viard n’est-elle
pas rendue possible lorsque la musicothérapie s’inscrit dans les pratiques d’une institution
soignante ?
A travers ces deux sous-paragraphes qui nous ont déjà permis d’associer la musique à la notion
de thérapie, nous pouvons envisager la musicothérapie comme un maillon de la chaîne de
médiations inhérente à tout processus thérapeutique.
85
Viard P., « Le soin-communicant. Un espace de médiation en vue de la construction d’une professionnalité
soignante ». Communication & Organisations, 2017/1, n° 51, p. 151.
86
Bougnoux D., Introduction aux sciences de la communication, Paris : La Découverte, 1998, p. 238.
87
Et rappelons ici que dans le discours du Ministère de la Santé, la musicothérapie est une réalité, notamment en
psychiatrie et en gériatrie.
49
constituée par le cadre et la présence du thérapeute ? C’est bien parce que la musicothérapie
permet ce type d’expression en dehors de tout jugement esthétique ou de valeur que le patient
peut faire l’expérience de cette catharsis qui constitue souvent une étape du processus
thérapeutique. Mais c’est aussi par l’accompagnement du musicothérapeute que celui-ci
éprouvera d’autres formes d’expression musicale susceptibles de le faire évoluer vers un
sentiment de mieux-être et de favoriser sa (re)-socialisation.
Par ailleurs les potentialités médiatrices de la musique que nous avons précisées font écho à
notre conception et à notre expérience de la musicothérapie. En effet, la musique y est utilisée
en tant que médiation, pouvant opérer comme un tiers en fonction de la réceptivité des sujets.
Et nous préciserons la façon dont ce tiers peut agir sur le patient dans le troisième paragraphe
de ce chapitre, qui fait de la musicothérapie une pratique spécifique parmi les autres pratiques
d’art-thérapie. En ce sens, les travaux de François Debruyne sur les formes d’écoute pouvant
être expérimentées par les individus dans divers lieux nous renvoient au cadre particulier posé
par les séances de musicothérapie qui créent les conditions d’une écoute singulière pour le
patient. Et, durant notre expérience de musicothérapeute il n’a pas été rare d’entendre : « je
n’avais jamais entendu la musique comme ça avant ! » ou encore de voir le patient se laisser
prendre par le rythme musical, dans une forme d’écoute spécifique l’entraînant de façon
manifeste dans une modalité d’existence autre que celle qui le lie à son symptôme.
Considérons à présent les dimensions de la notion de thérapie que nous avons précisées selon
différentes approches pour comprendre la thérapie en tant que processus impliquant de
multiples médiations. De sa place dans les équipes de soins et de par l’outil qu’il utilise le
praticien de la musicothérapie ne se trouve-t-il pas dans une posture de médiateur à la fois
50
culturel et thérapeutique, voire de « passeur » ? Dans ce positionnement n’est-il pas aussi en
relation avec le cadre institutionnel dans lequel il exerce ? Et dans ce contexte, celui-ci ne
contribue-t-il pas à la chaîne de médiations thérapeutiques qui prend en compte l’ensemble des
acteurs de la relation, des acteurs engagés dans un système de significations lui-même en
relation d’interdépendance avec le système de santé et la société ? Dans cette dialectique entre
patient / professionnels de santé / musicothérapeutes / institutions / système de santé / société,
à partir de l’expérience sensible qu’elle propose et lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre soignant
porté par les institutions, la musicothérapie n’apparaît-elle pas comme un micro-dispositif dans
la chaîne de médiations qui participent du processus thérapeutique du patient ?
Dans le dernier paragraphe de ce chapitre, nous ferons référence, dans un premier temps, à notre
expérience professionnelle de musicothérapeute qui proposera de nouveaux éléments de
représentation de la musicothérapie. Dans un second temps, nous nous réfèrerons à quelques
recherches menées sur la musicothérapie dans différentes disciplines, impliquant aussi les SIC
pour voir émerger d’autres formes de représentations de la musicothérapie.
La clinique neuropsychiatrique dans laquelle nous avons exercé pendant plus de dix ans est l’un
des établissements pionniers de la Région Occitanie, en matière d’employabilité des
musicothérapeutes. Avec l’ouverture de la formation universitaire de Montpellier en 1977, elle
est aussi devenue un lieu de stage pour les étudiants et certains formateurs y ont même travaillé.
Aussi, dès notre arrivée, nous avons été présentée aux médecins-psychiatres et aux équipes
soignantes par une infirmière-cadre en tant que musicothérapeute. Et, les pratiques de
musicothérapie « réceptives » et « actives » y étaient relativement bien connues, à la fois des
personnels et de certains patients hospitalisés pour des séjours parfois itératifs ou relativement
longs, comme cela peut être le cas avec des personnes souffrant d’une pathologie chronique.
Cet établissement organisé en cinq services de soins pour une capacité d’accueil d’environ deux
cents lits disposait de deux services sécurisés88, l’un accueillant des patients dans le cadre de la
88
Les services sécurisés sont des unités de soins dont l’accès est contrôlé par les soignants. Ils accueillent des
patients présentant un risque lié à leur état clinique : risque de chute, risque suicidaire ou autre, dus à des états de
51
semi-urgence89, l’autre étant réservé à des personnes souffrant de maladies plus chroniques,
souvent plus âgées et présentant des troubles associés (somatiques, dépressifs ou des troubles
de la parole et du comportement). Dans cet établissement, une salle extérieure aux unités de
soins était destinée à la musicothérapie, comprenant du matériel d’écoute et un ensemble
d’instruments : xylophones, lames sonores, tambours et autres petites percussions.
Commençant cette activité professionnelle dans le cadre d’un remplacement qui a débouché sur
une création de poste, notre mission a d’abord consisté à maintenir les activités de
musicothérapie existantes. En ce sens, la musicothérapie était clairement inscrite sur un
planning d’activités thérapeutiques90 que les médecins-psychiatres utilisaient pour indiquer
leurs patients à une équipe d’intervenants. Cette équipe comprenait deux psychologues, deux
ergothérapeutes, un médecin gastroentérologue-addictologue, une infirmière-sophrologue et
une musicothérapeute. Ce planning d’activités pouvait être complété par d’autres rendez-vous
médicaux avec des médecins spécialistes (neurologue, endocrinologue, gastroentérologue), un
kinésithérapeute ou encore une équipe d’animation qui proposait d’autres types d’activités
(salle de jeu, bibliothèque, sorties, etc.). Permettant l’individualisation des prises en charge, il
servait aussi l’organisation du séjour du patient, lui offrant des repères spatio-temporels et
humains91.
confusion, désorientation, démence, etc. Leur fonctionnement est réglementé dans les établissements de soins
psychiatriques où les mesures restrictives concernant les patients sont régulièrement évaluées et ajustées. Malgré
les représentations auxquelles peut donner lieu ce type de traitement, il arrive que certains patients soient rassurés
par ce mode d’hospitalisation qui offre aussi une plus grande proximité avec les équipes soignantes.
89
Les établissements privés de soins psychiatriques ne traitent pas l’urgence psychiatrique telle qu’elle peut l’être
dans le public ouvert au tout venant et prenant en charge les Hospitalisations d’Office (HO). Les admissions des
patients sont obligatoirement planifiées suite à l’indication d’un médecin ou d’un médecin spécialiste.
90
Intitulé figurant sur le planning dont nous parlons.
91
Chaque intervenant était désigné à la fois en nom propre et par rapport à sa fonction sur ce planning présenté
sous forme de tableau-agenda.
92
En effet, certains patients ne connaissant pas la musicothérapie peuvent être réticents à ce type de prise en charge
dans un premier temps. L’indication du médecin psychiatre peut alors servir de support de discussion pour proposer
au patient de faire l’expérience d’une première séance avant de prendre une décision. Par ailleurs, l’état clinique
d’un patient lors de son admission ne lui permet pas toujours de pouvoir s’impliquer directement dans une activité
thérapeutique quelle qu’elle soit. Certains ont besoin d’un temps d’adaptation, voire d’un temps d’acceptation de
leur hospitalisation. Rester à l’écoute de leur évolution clinique peut alors permettre de saisir le moment opportun
à un début de prise charge.
52
séance initiale, nous approchions le patient par le biais d’une sorte de bilan psychomusical93
que nous avions adapté pour évaluer la relation du patient au sonore et à la musique, tout en
laissant place à d’autres formes d’échange avec ce dernier. En effet, en psychiatrie certains
patients ne sont pas obligatoirement disponibles pour suivre le protocole d’écoute que prévoit
le bilan psychomusical tel que nous l’avons défini en note de bas de page. Nombre d’entre eux
arrivent dans une première séance avec un besoin d’évacuer verbalement certains ressentis ou
en se précipitant vers les instruments de musique pour les utiliser comme un moyen de catharsis.
Par exemple, une patiente qui était très désinhibée dans les lieux communs de la clinique a pu
nous être indiquée par l’équipe soignante du service où elle était hospitalisée. En arrivant en
musicothérapie, elle s’est directement dirigée vers un djembé sur lequel elle a déversé une
certaine énergie avant d’explorer les xylophones avec des mailloches. Suite à ce premier contact
avec les instruments de musique elle s’est assise sur un fauteuil et en est venue à parler de son
jeu musical relativement bruyant et chaotique qui a fini par la mettre mal à l’aise. Ses
verbalisations l’ont conduite à dire « si en psychiatrie je ne peux pas être folle, alors où est-ce
que je peux l’être ! ». En effet, les propos de cette patiente peuvent se révéler relativement
légitime. Mais ce commentaire de sa part l’a aussi amenée à interroger son comportement dans
la clinique et lui a permis de regagner le service de soins dans lequel elle était hospitalisée dans
une toute autre attitude.
93
Le bilan psycho-musical est un outil qui a pu être défini par Jacqueline Verdeau-Paillès, neuropsychiatre et
musicothérapeute qui a contribué à faire évoluer la musicothérapie en France, notamment en étant chargée de cours
dans les premières formations universitaires d’Art-thérapie à l’université Paris-Descartes. Tel qu’il est proposé par
cette musicothérapeute, il consiste à faire écouter une série de 10 extraits musicaux catégorisés en types de
musique, suite à des expérimentations dans plusieurs groupes d’auditeurs : descriptive, pesante, affective,
chaleureuse ou favorisant la communication, insolite (par rapport aux autres extraits choisis), etc. Selon elle, les
verbalisations recueillies et analysées permettent alors d’évaluer la relation que le patient peut avoir avec la
musique. Cf. : Verdeau-Paillès, Le bilan psycho-musical et la personnalité. Courlay : J.M. Fuzeau, cop., 1981.
94
Berger P., Luckman T., La construction sociale de la réalité, Paris : Broché, 1997, p.110.
53
comme cela peut être souvent le cas en psychiatrie95. Et, le climat d’excitation diurne qui
caractérise souvent les services sécurisés, le manque d’espace d’intimité qui leur est propre, le
matériel parfois défectueux des lieux communs qu’ils proposent (canapés usés, mauvaises
odeurs, poste de télévision en panne, etc.), la familiarité de certains soignants qui usent du
tutoiement avec certains patients, peuvent interférer sur les manières d’être, de penser et d’agir.
Alors que le retour au calme dans ces mêmes espaces peut instaurer un climat plus serein
propice à l’échange et au dialogue, l’effervescence peut donner lieu à des interactions
relativement virulentes, voire à des agressions physiques. Ainsi, dans l’agitation d’une unité de
soins, quelle signification peut prendre le comportement du patient ? Le cadre proposé par les
séances de musicothérapie peut alors parfois permettre une forme de médiation institutionnelle
qui peut conduire le patient à prendre du recul sur son comportement, voire à « soulager » une
équipe.
Ainsi, la première rencontre avec le patient peut être déterminante ou pas de son accroche à la
musicothérapie qui, selon les configurations du dispositif, autorise la libre expression de celui-
ci. Parfois, c’est aussi une occasion pour le musicothérapeute de présenter ses pratiques et de
préciser avec le patient un projet : en individuel, en groupe, de l’individuel vers le groupe, en
musicothérapie réceptive ou active, définir le rythme des séances, etc. Et à partir du discours de
certains patients sur la musique, le choix d’un extrait peut aussi, le temps d’une écoute musicale,
permettre d’amorcer une relation de confiance avec le patient, pour l’amener à pouvoir entendre
d’autres musiques et lui permettre d’évoluer par cette relation. Bien sûr, il arrive que certains
patients ne soient pas particulièrement sensibles à la musicothérapie. Le musicothérapeute peut
alors en venir à interroger la pertinence d’une indication et en discuter avec une équipe afin,
éventuellement, d’orienter le patient vers d’autres thérapies susceptibles de mieux lui
correspondre (entretien avec une psychologue, atelier d’ergothérapie, etc.).
Par ailleurs, touchée par l’ambiance des services « sécurisés » où nous allions souvent chercher
des patients nécessitant un accompagnement, nous avons pu y mettre en place des séances de
groupe s’adressant à ceux plus fragilisés, souvent davantage isolés. Nous intervenions dans l’un
de ces services une fois par semaine, ayant en charge un groupe de patients souffrant de
pathologies très lourdes (démences, pathologies de l’involution, psychoses). L’activité de ce
95
En effet l’admission d’un ou plusieurs patients en même temps dans un service, la décompensation d’un patient
en particulier, une fugue, un décès, etc. sont autant d’événements qui peuvent provoquer de l’agitation dans une
unité de soins.
54
groupe se déroulait dans un salon communiquant par une grande porte vitrée avec le hall de
l’unité de soins. Soignants, patients, personnels techniques et administratifs extérieurs au
service ainsi que visiteurs pouvaient ainsi plus ou moins voir ou regarder ce qui se passait en
musicothérapie. Parfois accompagnée par l’équipe du service, nous allions jusqu’au lit du
patient pour l’aider à se lever s’il souhaitait participer à l’activité, alors que d’autres, plus
autonomes, attendaient avec impatience la séance. Dans ce service, nous avions sollicité
plusieurs fois une patiente, mais en vain. Un jour, celle-ci décide d’elle-même de se joindre au
groupe tout en restant en retrait, ne répondant pas aux consignes de jeux musicaux lancées96 par
la musicothérapeute. Pendant la séance, nous l’observons sans insistance du regard. Elle reste
plutôt figée. Son attitude donne une impression de bizarrerie que nous pouvons aussi mettre en
lien avec sa pathologie ou les effets de son traitement médicamenteux. Puis, de façon
inattendue, elle quitte la séance sans un mot. Quelques jours plus tard, alors que son état clinique
lui permet une certaine liberté d’aller et venir dans l’établissement, elle vient jusque dans notre
bureau situé à l’autre bout de la clinique. Elle frappe à la porte puis entre, tenant en main une
carte postale qu’elle nous tend en s’approchant : « c’est pour vous ». Sur cette carte, elle avait
écrit d’une main maladroite « Merci pour tous ces gens… Ils ne peuvent pas vous le dire ».
Ainsi son expérience de la musicothérapie l’avait mise suffisamment en confiance pour qu’elle
ose venir d’elle-même en séance et qu’elle revienne nous voir. Par la suite, de manière très
ponctuelle, elle a tenté de revenir dans le groupe, sans pouvoir y rester. Malgré ses efforts, elle
n’a jamais pu s’impliquer dans un suivi en musicothérapie. Mais une autre forme de relation,
peut-être tout autant thérapeutique pour elle, a pu continuer avec cette patiente. Au gré de nos
rencontres dans l’établissement, elle s’approchait souvent pour échanger un bonjour ou un
sourire. Souvent, la communication verbale ou non verbale, interpersonnelle et sociale en
musicothérapie, qu’elle soit de l’ordre de la parole, d’un geste ou d’un ressenti génère du sens
pour les patients, y compris pour ceux qui sont les plus enkystés dans leur symptôme. En effet,
96
Avec ce groupe, nous avions mis en place un protocole définissant plusieurs temps de la séance et permettant
de stimuler les patients sur différents plans :
- Sur celui de la psychomotricité, en les invitant, en position assise, à utiliser leurs mains ou leurs pieds
pour une sorte de mime relevant d’un jeu d’imitation et suivant le rythme musical qui donnait lieu à une
forme de danse.
- Sur celui de la mémoire, en diffusant des musiques : chansons à texte de différentes époques qui
provoquaient souvent l’émotion ou la participation active du patient qui se mettait à chanter, mais aussi
musiques du monde et d’autres styles qui pouvaient venir surprendre le patient et stimuler son attention.
En fin de séance et dans la mesure de leurs possibilités, les patients s’exprimaient verbalement dans le groupe
cherchant à situer leurs émotions par rapport à une période de vie, à se rassurer entre eux, à faire part de leur
découverte de telle ou telle musique, etc. Les plus démunis retrouvaient parfois la force d’un regard, d’un sourire
ou d’un geste permettant de repérer que leur participation bien que peu démonstrative était tout de même active.
Dans ce type de séance, le musicothérapeute peut aussi être à l’écoute du groupe et saisir la dynamique qui s’y met
en œuvre pour l’utiliser afin de renforcer les échanges et de favoriser ainsi la socialisation du patient.
55
la psychiatrie propose un univers de conditions et de pratiques où se révèle une part importante
des réalités qui coexistent à l'ombre des rationalités politiques, technoscientifiques, ou
institutionnelles ainsi que des modèles identitaires qui se définissent les uns par rapport aux
autres, malgré la marginalisation par le système de santé, de certaines identités professionnelles.
Et si l’hospitalisation dans ce secteur produit souvent un clivage entre le corps du malade (son
aspect pathologique appréhendé dans ses dimensions organiques, chimiques et économico-
fonctionnelle) et sa personne subjective souvent en demande d’amour et de reconnaissance, le
principe éthique du soin vise, quant à lui, la création de liens là où précisément ils sont rompus
ou risquent de l’être (Saillant, 2000).
Selon le type de prise en charge, le déroulement des séances peut être variable. Mais quel qu’en
soit le protocole, celui-ci prévoit un temps d’accueil, un temps musical dans lequel l’écoute
tient également une place importante pour le patient et un temps de parole pendant lequel il
peut s’exprimer verbalement sur son expérience musicale. Communication verbale et non
verbale s’articulent autour de la musique. La musique devient un objet intermédiaire ou
transitionnel97 dans la situation de communication proposée par le cadre des séances et pouvant
impliquer musicothérapeute-patient-groupe, voire parfois d’autres soignants ou des étudiants98.
Elle occupe la place d’un tiers symbolique. Dans ce dispositif de médiation à la fois culturel et
thérapeutique, la musique joue un rôle spécifique que le psychiatre et psychanalyste Alain
Didier-Weill traduit ainsi : « la musique, l’art en général, agit au point où l’homme est divisé
entre ce qui le touche et ce qu’il pense »99. Souvent le patient se laisse prendre par le rythme
musical : « Ainsi la musique déniaise-t-elle le moi, en l’arrachant à l’innocence qui lui faisait
méconnaître la poussée intime intimant à un sujet d’exister. Elle instruit le moi de ce que cette
poussée n’est donc pas étrangère à cet étranger, radicalement extérieur qu’est l’Autre »100. Le
97
Au sens de Winnicott, l’objet transitionnel désigne un phénomène universel qui renvoie aux premières
expériences relationnelles du sujet humain avec un objet du monde extérieur : un doudou, un morceau de tissu,
etc. L’objet n’étant pas en lui-même transitionnel, c’est l’utilisation qui en est faite par le nourrisson qui lui permet
de supporter l’épreuve de la séparation (avec sa mère). Celui-ci opèrerait un transfert affectif sur l’objet. Cette
expérience serait fondatrice de sa relation aux objets du monde extérieur et aux autres. Dans la suite de son
développement, d’autres objets se substitueraient à cet objet initial en permettant à l’enfant, puis plus tard à
l’individu de se construire un monde d’objets dans lequel le champ de la culture peut prendre valeur d’aire
d’expérience. Cf. : Winnicott D.-W., Les objets transitionnels. Paris : Payot, Rivages, 2010, [1951].
98
En effet, nous avons eu l’occasion de recevoir de nombreux étudiants relevant de différentes formations pendant
notre expérience professionnelle : des étudiants en musicothérapie, en art-thérapie, mais aussi des élèves infirmiers
souvent surpris du comportement des patients dans les séances. Ces rencontres en dehors du cadre de l’unité de
soins dans laquelle ils effectuaient leur stage pouvaient les conduire à exercer un autre regard sur le patient
reconnaissant des potentialités créatives, esthétiques et sociales qui avaient pu être mises en œuvre dans les
séances.
99
Didier-Weill A., Les trois temps de la loi. Paris : Seuil, 1995, p. 19.
100
Ibid., p. 247
56
patient devient alors acteur du dispositif, répondant à la « pulsion invoquante » de la musique
par une « transmutation subjective qui renverse, et chaque fois de façon aussi renversante, [sa]
position de sujet entendu en sujet entendant »101. Par l’idée de cette transmutation subjective,
la question de la musicothérapie porte autant sur le pouvoir agissant de la musique que sur ce
que le patient fait de la musique et qui implique une réflexion sur ce que le musicothérapeute
fait dans cette relation. Un questionnement qui est à resituer bien entendu par rapport à la
conception d’un processus thérapeutique impliquant la grande diversité d’acteurs dont nous
parlions plus haut.
Nous avons déjà pu voir que les effets de la musique et des pratiques musicales puis de la
musicothérapie ont pu être interrogés de manière très relative par plusieurs médecins jusqu’au
début du XXe siècle. Rappelons-nous ici des critiques de la presse populaire parisienne relayant
la polémique existant sur la musicothérapie et l’aspect pseudo-scientifique de la médecine
jusqu’à la fin du XIXe siècle qui témoigne aussi de l’état des connaissances et de la Science de
cette époque. Avec le collectif regroupé autour de Jacques Jost au milieu des années 1954 et la
création de l’ARATP en 1972, nous avons observé une interdisciplinarité grandissante
concernant la recherche sur la musicothérapie ainsi que la dimension internationale du regard
que l’on pouvait porter sur cette pratique. La mise en place des formations de musicothérapie
qui signe l’amorce de son processus de professionnalisation nous a aussi permis de repérer que
quelques musicothérapeutes peuvent être associés à des recherches institutionnelles. Le LabMin
de l’Institut de Musicothérapie de Nantes dirigé par un pédopsychiatre nous en donne un
exemple. En 2011, la mise en place du Master Arts-thérapie proposant une spécialité en
musicothérapie en est un autre exemple, dans la mesure où il a peut-être permis à quelques
étudiants d’accéder à la recherche. Notamment nous pouvons faire référence à une thèse
soutenue en 2017 portant sur l’évaluation clinique des processus de symbolisation dans un
groupe thérapeutique à médiation sonore et musicale en psychiatrie adulte102, menée en
Sciences du mouvement humain et codirigée par Édith Lecourt.103
101
Ibid., p. 448.
102
Cf. : Falquet-Clin C., Du son… Des sens : l’évaluation clinique des processus de symbolisation dans un groupe
thérapeutique à médiation sonore et musicale en psychiatrie adulte. Thèse de doctorat en Sciences du mouvement
humain, Université Sorbonne Paris Cité, 2017.
103
La page web concernant Édith Lecourt sur le site these.fr montre qu’elle a dirigé ou codirigé ces thèses
soutenues en 2017. Leur année de soutenance et la discipline scientifique dans laquelle elle s’inscrivent nous
renvoient au partenariat entre Paris-Descartes et Paris-Diderot par lequel a été créé le Master Création Artistique.
57
Par ailleurs, la musicothérapie est un objet d’étude pouvant être investi par différentes
disciplines scientifiques104. Citons à titre d’exemple ici la Médecine, la Chirurgie dentaire,
l’Imagerie et physique médicale, la Psychologie, la Psychologie Clinique105 et les
Neurosciences. Ces disciplines mettent en valeur l’intérêt de la musicothérapie selon différents
angles en mobilisant aussi bien des méthodes quantitatives que qualitatives ou mixtes. En effet
ces recherches s’intéressent à l’évaluation de la musicothérapie à travers des études
randomisées et des études de cas pour mettre en évidence les effets de la musique et la
pertinence de certains dispositifs. Par exemple en médecine, la musicothérapie présente un
intérêt dans la prise en charge de l’anxiété préopératoire, l’approche de certaines
symptomatologies anxieuses, la prise en charge de certaines formes d’autisme ou encore de
certains patients en psychiatrie. En psychologie, la médiation musicale favorise l’approche des
enfants présentant des troubles psychotiques, des troubles du comportement, etc. En
neurosciences, une étude montre que l’apprentissage de la musique dans une approche
musicothérapeutique peut être utilisé comme une aide à la remédiation de la dyslexie. Ce bref
aperçu nous livre déjà des éléments sur l’évolution de la Science et de ses méthodes, renvoyant
à des différences d’approches et d’utilisation de la musicothérapie et peut-être aussi à une
complémentarité des méthodes pour avancer vers certains niveaux de preuve de l’efficacité de
la musicothérapie.
En SIC, il existe peu de travaux sur la musicothérapie bien que celle-ci puisse inspirer quelques
recherches, notamment en sémiotique de la communication. Par exemple, le numéro 193 de la
revue Communication & Langages (2017) coordonné par Gérard Chandès est consacré à la
Ces établissements font aujourd’hui l’objet d’un plus vaste regroupement au sein de l’université Sorbonne Paris
Cité (USPC). Source : site de these.fr, [consulté le 01 juillet 2019], URL : https://www.theses.fr/026977540
104
Le site these.fr en donne un aperçu, notamment concernant des thèses soutenues entre 1989 et 2017 ainsi que
d’autres en préparation. URL : http://www.theses.fr/fr/?q=musicothérapie&fq=dateSoutenance:[1965-01-
01T23:59:59Z%2BTO%2B2019-12-
31T23:59:59Z]&checkedfacets=&start=0&sort=none&status=&access=&prevision=&filtrepersonne=&zone1=ti
treRAs&val1=&op1=AND&zone2=auteurs&val2=&op2=AND&zone3=etabSoutenances&val3=&op3=AND&z
one4=dateSoutenance&val4a=&val4b=&type= . [Consulté le 08 juillet 2018].
105
Par exemple la thèse de Stéphane Guétin qu’il a réalisé sous la direction d’Édith Lecourt :
Guétin S., Évaluation de l'effet de la musicothérapie sur les manifestations anxieuses et psycho-comportementales
chez des personnes atteintes de démence de type Alzheimer au stade léger à modéré. Thèse de doctorat :
Psychologie clinique et Psychopathologie. Université Paris-Descarte, 2009.
Et notons au passage que Stéphane Guétin est aussi une figure de la musicothérapie française. Notamment il est
connu pour avoir conçu le dispositif « Music Care » auquel il a formé de nombreux soignants. Ce dispositif vise
une utilisation dans le traitement de la douleur ou de l’anxiété dans certaines situations cliniques. Il a pu être évalué
par quelques études randomisées auxquelles Stéphane Guétin a participé dans le cadre de projets de recherche
institutionnels, notamment dans le service du Professeur Touchon, neurologue spécialiste de la maladie
d’Alzheimer au CHU de Montpellier jusqu’en 2014.
58
sémiologie des environnements sonores. Dans ce dossier, Gérard Chandès propose un texte
d’introduction où il fait référence à la musicothérapie pour illustrer son propos sur « Ce que le
son nous fait ». Notamment, il se rapporte à des études menées en neurosciences pour relever :
« La résonance acoustique engendre une résonance empathique, principe exploité dans les
ateliers thérapeutiques destinés à l’amélioration des facultés de communication sociale de
personnes affectées de déficits cognitifs, innés ou acquis, avec ou sans traits autistiques. »106.
En ce sens, la sémiotique de la communication apparaît comme une voie possible d’étude de la
réception de la musique par les patients pris en charge en musicothérapie. Gérard Chandès va
plus loin dans une contribution à un article publié en 2017 dans la revue NPG Neurologie –
Psychiatrie – Gériatrie intitulé « Efficacité de la musicothérapie sur la résilience dans la
maladie d’Alzheimer ». Dans cet écrit qui fait référence à plusieurs méta-analyses mettant en
évidence les effets positifs de la musicothérapie sur un grand nombre de patients, il propose de
reconnaître les suites de sons comme des icônes ou des signes susceptibles de faire sens chez
les sujets souffrant de la maladie d’Alzheimer : « La musique restaure une symbolique
complexe, renvoyant à une ambiance ou à des événements rattachés jusque-là enfouis ou
séquestrés dans la mémoire. »107.
Nous trouvons aussi des travaux sur l’art-thérapie que nous pouvons mettre en lien avec la
musicothérapie. Notamment, Élise Vandeninden qui a publié plusieurs articles dans des revues
de la discipline s’intéresse aux usages professionnels de la médiation dans les pratiques de l’art-
thérapie en psychiatrie. Ses travaux relèvent la malléabilité de la médiation en art-thérapie. En
effet, le dispositif art-thérapeutique permet l’enchevêtrement de différentes médiations
favorisant à la fois la traduction des maux du patient et jouant le rôle d’un intermédiaire dans
la relation thérapeutique, qui engage une altérité plurielle (thérapeute, équipe soignante, autres
patients) pouvant se prolonger à l’extérieur de l’institution. Avec cette « plasticité » du
dispositif qui fait écho à celle éprouvée en musicothérapie, le processus art-thérapeutique se
met en œuvre dans de multiples situations de communication où l’art-thérapeute occupe une
position intermédiaire également vis à vis des équipes avec lesquelles il travaille. Selon elle,
cette posture de l’art-thérapeute renvoie aussi à la marginalité de l’artiste, valeur essentielle de
sa profession qui peut jouer un rôle dans le processus thérapeutique. Vandeninden prend aussi
en considération la question de la réception des dispositifs par les patients. Ce qui lui permet de
106
Chandès G., « Introduction. Ce que le son nous fait ». Communication & Langages, n° 193, 2017/3, p. 31.
107
Thomas P., Chandès G., Hazif-Thomas C., « Efficacité de la musicothérapie sur la résilience dans la maladie
d’Alzheimer », NPG Neurologie – Psychiatrie – Gériatrie, 2017, p. 303.
59
leur attribuer trois finalités : thérapeutique, artistique et institutionnelle, pouvant aussi être
relatives aux espaces traversés par le patient dans l’institution pour se rendre dans un atelier,
qui agissent comme des marqueurs108 du cadre de l’art-thérapie. Cette notion d’espace nous
permet de souligner ici l’intérêt de celui qui se crée dans l’intimité du patient pendant l’écoute
musicale et qui nous rappelle ici la spécificité de la musicothérapie, par rapport à la pulsion
invoquante de la musique dont parle Alain Didier-Weill. Par ailleurs, Vandeninden observe
aussi une diversité de pratiques en art-thérapie pouvant être en lien non seulement avec le
parcours de formation suivi par l’art-thérapeute mais aussi avec l’obédience dont il se réclame
(psychanalyse, systémique, psychothérapie institutionnelle, etc.) et qui peut poser différemment
la question du sens attribué aux pratiques et générer une réflexivité manquant parfois de
références théoriques (Vandeningen, 2009 ; 2010 ; 2015). Une diversité qui fait écho à celle
pouvant être rencontrée parmi les praticiens de la musicothérapie.
D’autres travaux, par exemple ceux de Mylène Costes portent sur le dispositif de médiation
culturelle au sein du programme « Culture à l’hôpital »109 et nous ramènent à notre
questionnement sur les représentations de la musicothérapie110. Pour elle, ce type de dispositif
positionne l’artiste comme « passeur » investi d’une une mission citoyenne qui n’empièterait
pas sur des territoires déjà institués, l’accent étant mis sur l’aspect culturel de ses interventions
et non pas sur le soin (Costes, 2010). Ce dispositif favoriserait la médiation institutionnelle
aussi bien vis-à-vis des personnels soignants que des personnes soignées, pour qui le cadre du
dispositif modifierait les traditionnels rapports de pouvoir établis par le cadre hospitalier.
Selon elle, en art-thérapie « dans la majorité des cas c’est un infirmier diplômé en art-thérapie
qui assure l’atelier. Le comportement et les productions des patients y sont systématiquement
soumis à l’analyse car leur participation est intégrée dans un protocole de soin »111. Une
assertion qui questionne plusieurs choses : 1) quelle est l’origine socio-professionnelle des
praticiens de la musicothérapie et/ou des art-thérapeutes sur le terrain professionnel ? 2) En
108
Terme emprunté à Erving Goffman. Cf. : Goffman E, Les cadres de l’expérience. Paris : Éditions de Minuit,
1991, [1974].
109
Cf. : Costes M., Atelier culturel et hôpital psychiatrique : enjeux et retombées d’un dispositif de médiation
culturelle au sein du programme « Culture à l’hôpital ». Thèse de doctorat en Sciences de l’Information et de la
Communication, Université d’Avignon et des pays de Vaucluse, 2010.
110
Rappelons ici que nous avons déjà fait référence au dispositif « Culture à l’hôpital » dans le paragraphe 1.1 de
ce chapitre pour expliquer la forme de partenariat dont il résulte entre Ministère de la Culture et de la
Communication et Ministère de la Santé.
111
Costes M., « L’atelier culturel en hôpital psychiatrique : un « cadre modalisé », objet de détournements par le
personnel soignant ». Études de communication, 39 | 2012, p. 204.
60
fonction de son origine socio-professionnelle que devient la position intermédiaire de l’art-
thérapeute (ou du musicothérapeute) vis-à-vis des équipes avec lesquelles il travaille et de la
forme de « marginalité » qu’il véhicule, pouvant jouer un rôle dans le processus thérapeutique ?
Par ailleurs, Mylène Costes précise que le dispositif « Culture à l’hôpital » peut faire l’objet
d’un détournement d’usage par les soignants qui reconnaissent l’utiliser pour leurs propres
projets, d’ordre thérapeutique ou socio-thérapeutique, précisant aussi l’avantage qu’il présente
pour l’obtention de financement (Costes, 2015). Aussi, avec ce type de dispositif qui semble
fragiliser quand même les frontières du soin, quel territoire investir pour les musicothérapeutes
ou les art-thérapeutes ?
Ce deuxième chapitre de la thèse, nous a permis de préciser notre objet d’étude, à savoir les
représentations de la musicothérapie, en le situant par rapport à des éléments socioculturels et
historiques qui conduisent à repérer l’introduction des pratiques musicales dans les milieux
hospitaliers depuis le Moyen-Age et à l’émergence de la musicothérapie dans le milieu médical
de la fin du XIXe siècle. Avec notre paragraphe sur le processus de professionnalisation de la
musicothérapie, les représentations de la musicothérapie renvoient à une grande diversité de
parcours et de praticiens que nous aurons à explorer dans la recherche pour mieux comprendre
la façon dont ces représentations s’actualisent dans notre société contemporaine. Et nous
pouvons déjà relever ici que la musicothérapie prend plutôt la forme d’une spécialité ou d’un
objet d’étude relatif à un parcours de formation ou une discipline scientifique que d’une
discipline en soi : « Construire un objet scientifique, c’est, d’abord et avant tout, rompre avec
le sens commun, c’est-à-dire avec des représentations partagées par tous, qu’il s’agisse des
simples lieux communs de l’existence ordinaire ou des représentations officielles, souvent
inscrites dans des institutions, donc à la fois dans l’objectivité des représentations sociales et
dans les cerveaux. Le préconstruit est partout »112.
Avec la musique et la notion de thérapie, nous avons pu établir des liens avec la recherche en
SIC qui contribuent à la construction de notre objet de recherche en posant des points de repères
théoriques notamment par rapport à la notion de médiation et à sa complexité. En effet,
l’approche communicationnelle de cette notion, que nous avons précisée avec la recherche sur
l’art-thérapie a pu permettre de situer différentes utilisations possibles de la musique et de
comprendre la musicothérapie en tant que dispositif permettant l’enchevêtrement de différentes
112
Bourdieu P., Réponses : pour une anthropologie réflexive. Paris : Seuil, 1992, p. 207.
61
médiations incluant la médiation artistique, thérapeutique et institutionnelle et convoquant la
présence de praticiens formés à cette pratique spécifique.
Par ailleurs, si notre expérience de musicothérapeute nous met dans une posture particulière de
« praticien-chercheur »113 que nous avons évoquée dès l’introduction de cette thèse, elle nous
a également permis de développer dans l’action une mémoire spécifique imprégnée de
souvenirs sensibles pouvant servir la recherche (Blondeau, 2002). Et, le récit que nous en avons
fait qui peut conduire à des formes de représentations de la musicothérapie a été également un
moyen de mise à distance du terrain professionnel qui nous permettra de mieux orienter notre
thèse. En ce sens, nous distinguons notre objet de recherche de celui d’autres recherches menées
dans différentes disciplines sur la musicothérapie et qui donnent lieu à d’autres représentations
de cette spécialité.
113
Une position qui, rappelons-le, présente un risque de glissement vers trop de subjectivité pour la recherche
scientifique.
62
CHAPITRE 3 : NOTIONS ET CONCEPTS
Dans ce chapitre nous développerons les notions et concepts que nous mobilisons et que nous
avons déjà pu énoncer depuis le début de la thèse, notamment dans le chapitre 1 de cette
première partie concernant l’explicitation de notre problématique de recherche. Ainsi, nous
préciserons les notions de représentation et de dispositif qui sont des notions transversales en
Sciences Humaines et Sociales(SHS) mais également des concepts cruciaux en SIC. Avec le
concept de dispositif, nous reviendrons aussi sur la notion d’acteur, afin de clarifier l’usage que
nous en ferons dans la thèse.
1. LA NOTION DE REPRÉSENTATION
114
Lamizet B., Silem A. (dir), Dictionnaire encyclopédique des sciences de l’information et de la communication.
Paris : Ellipses, édition marketing S.A, 1997, p. 476
63
1.1 Regard sur la notion de représentation en SHS : aspects formels et dimension
communicationnelle
La polysémie du terme représentation renvoie à une diversité de signifiés, pouvant être relatifs
aux différents champs disciplinaires dans lesquels ce concept a été précisé et où il trouve une
légitimité pouvant être historique quant à son utilisation. Ces différentes acceptions présentent
un point commun relevant toutes l’aspect dynamique, processuel ou communicationnel des
représentations. Dépendantes d’approches et de conventions variables selon les systèmes
d’expression, de signes et de culture, différentes formes de représentation sont mises en jeu
dans de nombreuses situations de communication. Les représentations sont le produit de
processus cognitifs en lien avec l’activité humaine dans sa dimension sociale et
communicationnelle. Elles se définissent aussi selon différentes catégories individuelles,
collectives et sociales, dont l’approche a pu être particulièrement développée dans d’autres
disciplines en SHS.
Le Dictionnaire de l’image dirigé par Françoise Juhel, nous oriente vers trois acceptions du
terme représentation : 1) la représentation théâtrale ou cinématographique de l’ordre de la
performance, qui renvoie au caractère de monstration du dispositif dans lequel s’organise la
communication entre des acteurs et un public ; 2) les représentations psychiques, de l’ordre de
la perception-cognition et qui constituent un « ensemble d’images, d’opinions et d’idées qu’on
se fait du monde et de soi-même dont la nature et la structure sont déterminées par l’expérience
plus des facteurs socio-culturels »115 ; 3) les représentations de reproduction, qui renvoient au
dessin, à la peinture, à la photographie, etc. pouvant représenter des aspects du monde sensible
y compris des objets qui n’existent pas : des entités abstraites ou des figures mythiques. (Juhel,
2006 : 307). En Histoire de l’art, la notion de représentation interroge toujours celles « de
vérité, de fidélité, d’authenticité, de fausseté de représentation d’un objet »116 qui conduisent à
la mettre en relation avec l’idée d’interprétation. Par exemple, sur une toile de maître telle que
la Nef des fous de Jérôme Bosch (XVIe siècle), les représentations de la folie s’organisent à
partir des représentations psychiques de l’artiste, en relation avec son époque, qu’il met en scène
en utilisant des éléments graphiques et des codes picturaux pour donner forme à un tableau. Sa
115
Juhel F. (dir), Dictionnaire de l’image. Paris : Éd. Vuibert, 2006, p. 307.
116
Ibid.
64
représentation de la folie produit alors, chez le spectateur, un « ensemble de perceptions, de
sentiments et d’idée qui se mue en formes visuelles »117 et qui entraînent une dialectique entre
les représentations de l’artiste et les représentations de ses publics pour donner lieu à de
nouvelles représentations de l’objet représenté. Les représentations opèrent comme des signes,
renvoyant toujours à quelque chose d’autre, un objet réel ou imaginaire. Ce statut leur octroie
une fonction de doublement ou d’interprétation de la réalité qui se traduit aussi, en histoire de
l’art, par l’allégorie ou encore la métaphore. Ainsi, « la représentation dédouble le monde par
la coupure sémiotique ou la distance représentative » qui en rend possible son interprétation,
dans un espace de communication sociale structuré par les codes et les conventions inhérents
au contexte socio-culturel dans lequel les représentations circulent. (Gervereau, 2006).
Les caractéristiques des représentations individuelles ont été largement explorées par la
psychologie cognitive. Dans cette discipline, deux courants théoriques se distinguent. L’un
dans la perspective de Jean Piaget, s’intéresse aux liens existants entre les aspects formels et la
nature dynamique des représentations. L’autre, inspiré par des analogies avec le fonctionnement
des systèmes informatiques, met en rapport la notion de représentation avec les théories du
traitement de l’information et conduit la psychologie cognitive à réduire les représentations à
des unités minimales de représentation (Denis, Dubois, 1976). Toutefois, influencée par la
psychologie contemporaine depuis les années 1970, la psychologie cognitive tend vers une
unification théorique autour du concept de représentation. Cette théorie s’intéresse aussi à
l’activité symbolique des représentations individuelles et en définit deux formes : sensori-
motrices et mentales, ces dernières pouvant être imagées ou pas (Piaget, 1926 ; Denis, Dubois,
1976 ; Gibello, 2006).
117
Ibid.
65
s’accompagnerait « d’émotions, de plaisir si la curiosité du nourrisson est satisfaite, de
déplaisir s’il souffre ou s’il est affamé ou assoiffé, etc. » 118. A ce stade du développement du
sujet humain, elles feraient l’objet des premières expériences de médiation entre un « moi » non
entièrement constitué et un monde extérieur non encore radicalement autre. Permettant au sujet
humain d’appréhender le réel et d’interagir avec son environnement, elles tiendraient aussi lieu
de référent à la production de nouvelles représentations (Denis, Dubois, 1976). Et selon le
psychiatre et psychanalyste Guy Rosolato, il serait possible d’appréhender une sorte de trajet
anthropologique des représentations (Rosolato, 1979).
118
Gibello B., « La question du fond et de la forme des représentations mentales ». Le journal des psychologues,
n° 234, 2006, p. 46.
119
C’est-à-dire intervenant dans le processus de formation de sa structure mentale.
66
peut faire l’objet d’une possibilité d’existence propre tout en n’excluant pas leur
fonctionnement en faisceau.
Leur caractère individuel peut renvoyer à un contexte d’émergence que l’on aurait tendance à
réduire à l’intimité du sujet. Mais qu’en est-il de cette notion d’intimité ? Selon le psychiatre et
psychanalyste Serge Leclaire, « L’intime n’est pas l’image que l’on se fait de l’intérieur, la
métaphore que l’on peut en déduire. Il n’est pas de cet ordre, il n’est pas dans des lieux
réservés, reclus (…) l’intime se situe dans l’entre deux, au minimum l’entre deux corps. Donc
ce n’est pas ce qui se passe à l’intérieur, mais c’est exactement ce qui constitue le rapport à
l’autre. »120. Cette conception de l’intimité renvoie aux multiples situations de communication
dans lesquelles se construit le sujet humain. Et, la communication n’est-elle pas le canal par
lequel s’établit la relation entre le « moi » et le monde extérieur, servant à la fois la formation
et l’élaboration des représentations individuelles et leurs projections dans les activités
discursives du sujet ?
En effet, elles contiennent une composante dénotative de la signification des discours qui
s’articule aux enjeux évaluatifs et affectifs connotant les productions verbales et non-verbales
du sujet communiquant (Denis, Dubois, 1976 : 545-546). Ainsi, qu’elles soient de l’ordre d’un
éprouvé « brut », imagées ou mentales, les représentations individuelles sont mises en jeu dans
les échanges sociaux. Dans ces contextes de communication, la nature « in-formante »,
interprétative et variable des représentations individuelles peut conduire le sujet à remettre en
question sa perception et sa compréhension des objets du monde. En ce sens, à quelles formes
de représentation relativement archaïques peut renvoyer l’expérience musicale lorsqu’elle est
menée dans le cadre d’une séance de musicothérapie ? Quoi qu’il en soit, c’est dans un monde
résolument ouvert à l’altérité qu’émerge le sens, un sens transcendant les significations
personnelles. Un monde dans lequel les représentations individuelles se forment, se confrontent
et se transforment à l’articulation même de l’individuel et du social, dans divers cadres ou
situations de communication (Laplantine, 2003).
120
Leclaire S., [post mortem], Écrits pour la psychanalyse. 2. Diableries. Paris : Seuil : [Strasbourg] : Arcanes,
1998, p. 273
67
1.1.3 De la notion de représentation en sociologie
La Sociologie qui affirme son projet scientifique dès la fin du XIXe siècle développe le concept
de représentations collectives, notamment à partir des travaux d’Émile Durkheim, pour qui
celles-ci désignent le produit de transactions impliquant les contenus de représentations
individuelles mis en jeu dans la communication sociale. Ces transactions combinent l’activité
discursive et l’action des individus dans le sens d’une participation à la construction des idées,
des savoirs collectifs et de la réalité des groupes sociaux (Durkeim, 1898). Le groupe permet
alors la confrontation des idées, des affects et la mise en question des savoirs individuels. Les
objets de représentation deviennent des objets sociaux et les représentations individuelles
engagées dans les rapports sociaux permettent l’émergence de représentations collectives,
porteuses d’un sens commun qui propose un modèle de stabilité et d’objectivité (Moscovici,
2003).
Face à ces modèles de stabilité des représentations collectives, on distingue différents modes
de participation des individus à la vie en groupe parmi lesquels : 1) l’adhésion, fondée sur la
croyance et la pensée naturelle ou naïve ; 2) la coopération, que l’on retrouve dans le
fonctionnement des sociétés démocratiques et qui permet aussi la critique ; 3) la défiance
confrontant l’individu à de nombreux aller-retours entre subjectivité et objectivité (Doise,
2003). Le groupe exerce alors une contrainte sur l’individu, pouvant l’entrainer dans une forme
de perlaboration121 où s’entremêlent résistances et transformation progressive de son savoir,
par approximations et approches successives. La sociologie situe ainsi la formation des
représentations collectives au cœur de processus info-communicationnels participant de la
construction sociale de la réalité et agissant sur la pensée et le comportement des individus tout
autant que des groupes, marquant aussi l’emprise de la société sur l’individu (Danic, 2006 : 29).
121
Ce mot est un néologisme emprunté au vocabulaire de la psychanalyse. Il désigne un processus psychique par
lequel le sujet humain intègre une interprétation en surmontant les résistances qu’elle peut susciter. Dans la cure
psychanalytique, l’analyste, agissant comme tiers, peut en favoriser le processus. Cf. : Laplanche J., Pontalis J.-
B., Lagache D., Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : PUF, 1981, [1967].
68
même dans la mesure où la perception de la réalité est simultanément une perception
d’existence. Il garantit aussi une certaine stabilité de l’objet collectif d’investissement groupal,
et, ce faisant, il acquiert un statut d’objectivité. » 122. En ce sens les représentations collectives
contiennent une dimension imaginaire. Dans leur logique de production d’objectivité, elles
peuvent être mêlées de croyances et d’activité consensuelle. Elles sont empreintes
d’imaginaires individuels entrelacés donnant parfois lieu à l’institutionnalisation d’une illusion
partagée. Elles proposent ainsi un modèle de stabilité pouvant être erroné, par rapport auquel
les individus sont susceptibles d’articuler leurs propres problématiques. Pouvant être favorisé
par certains contextes ou circonstances, l’imaginaire collectif peut donner à un groupe social
une force déterminante de son propre fonctionnement, de son organisation et de son existence
(Giust-Desprairies, 2002 : 248). Face au risque d’un imaginaire collectif qui peut entretenir le
groupe dans l’illusion, Anne Sauvageot précise qu’un univers partagé est également soumis aux
stimulations de péripéties culturelles pouvant entraîner le collectif dans une dynamique à la fois
projective et récursive, susceptible de se nourrir de nouvelles références culturelles ou
scientifiques. Cette possibilité n’exclut pas certains risques interprétatifs mais présente aussi
une possibilité d’évolution pour le groupe (Sauvageot, 1987).
Pour la sociologie, les représentations collectives exercent une contrainte sur les individus,
notamment par le biais des institutions : « l’institution est un acte de magie sociale qui peut
créer la différence ex nihilo, ou bien, et c’est le cas le plus fréquent, exploiter en quelque sorte
des différences préexistantes »123. Quelle que soit leur nature (religieuse, corporatiste, politique,
etc.), les institutions véhiculent des représentations collectives qui forment des systèmes positifs
de valeurs morales qu’elles assument au titre de valeurs collectives ayant une fonction
essentielle de socialisation. Ainsi, par l’action conjuguée de nombreux acteurs en présence, les
institutions surgissent du réel de la société et des communautés et trouvent leur légitimité en
activant un imaginaire social qui instaure également des relations symboliques de pouvoir et
d’autorité entre les individus tout autant qu’entre les groupes (Sauvêtre, 2009). Elles peuvent
devenir des instruments politiques, instaurant aussi des rapports de force entre des
communautés. Dans ces rapports de force, les institutions s’affirment par la voie d’une
intégration sociale qui les rend légitimes : leur domination durable nécessite « l’identification
122
Giust-Desprairies F., « Représentation et imaginaire ». In Barus-Michel J., Enriquez E., Lévy A., Vocabulaire
de psychosociologie. Ramonville-Saint-Agne : ERES, « Hors collection », 2002, p. 248.
123
Bourdieu P. « Les rites comme actes d'institution ». Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 43, « Rites
et fétiches », 1982, p. 59.
69
de chacun à un ensemble de symboles et d’interprétation qui la justifie et la rend tolérable »124.
Cette logique instituante apparaît au fondement de toutes formes d’institution, dans lesquelles
les processus et les stratégies de légitimation jouent un rôle crucial et décisif (Jobert, Muller,
1987).
124
Jobert B., Muller P., L’État en action : politiques publiques et coporastismes. Paris : PUF, 1987, p. 23.
125
Nous reviendrons sur cette notion, notamment dans le paragraphe concernant la notion de dispositif, p. 85-118
de la thèse.
126
Nous reviendrons sur cette forme de représentation dans le paragraphe « Regards croisés sur la notion de
représentation professionnelle » de ce chapitre, p. 74-79 de la thèse.
127
Nous reviendrons sur ce point dans le paragraphe « Représentations, média, médiations » de ce chapitre où
nous enrichirons notre approche de la notion de représentation par rapport à quelques développements menés en
SIC. Voir p. 79-84 de la thèse.
128
Moscovici S., La psychanalyse, son image et son public. Paris : PUF, 2004, [1961], p. 39.
70
dimensions : 1) l’attitude du sujet social par rapport à l’univers du groupe auquel il appartient
et dont il porte le discours ; 2) l’information ou le contenu du savoir qui peut être organisé selon
différents degrés de cohérence ; 3) le champ de la représentation ou son image qui présente une
unité hiérarchisée des éléments de la représentation pouvant inclure des affects et des jugements
de valeurs. S’exprimant dans les diverses situations de communication rencontrées par le sujet
social, elles tiennent non seulement lieu d’objet de référence mais aussi de valeur d’échange,
produisant alors des logiques discursives et comportementales qui tendent à normaliser les
relations intra groupes et à définir le champ des relations possibles entre les communautés
(Moscovici, 2004).
129
Gardère É. et al., « Co-construction d’un réseau de partenaires en recherche-action : prévention et promotion
de la santé mentale des personnes en insertion socio-économique ». In Routier C., D’Arripe A. (éds.),
Communication & Santé : enjeux contemporains. Villeneuve-d’Ascq : Presses Universitaires du Septentrion, 2010,
p. 56.
71
Dans quelle dynamique inter-groupale ? Selon quelle forme de savoir et quelle motivation
individuelle ou sociale ? Dans quel but ?
Dans une approche relativement structuraliste, la psychologie sociale s’intéresse aussi aux
contenus des représentations sociales : « il importe si l’on veut connaître, comprendre et agir
sur une représentation de repérer son organisation, c’est-à-dire la hiérarchie des éléments qui
la constitue et les relations que ces éléments entretiennent entre eux »131. Dans cette logique,
Jean-Claude Abric postule l’existence d’un noyau central de la représentation pouvant être
partagé par les membres d’un même groupe social. Ce noyau aurait une fonction primordiale
organisante du savoir et des valeurs se rapportant à l’objet de la représentation et serait
déterminant de la signification de son contenu global (Abric, 2003). Cette approche permet
ainsi d’établir une distinction entre les différents univers symboliques des groupes sociaux dont
130
Jodelet D., « Représentations sociales : un domaine en expansion ». In Jodelet D. (dir.), Les représentations
sociales. Paris : PUF, 2003, [1989], p. 48.
131
Abric J.-C., « La recherche du noyau central et de la zone muette des représentations sociales ». In Abric J.-C.
(dir), Méthodes d’étude des représentations sociales. Ramonville-Saint-Agne : ERES, 2003, p. 59.
72
la rencontre autour d’un objet de représentation peut conduire à des situations complexes de
communication. Pour Claude Flament, elle conduit aussi à repérer des possibilités de variables
dans la dynamique des représentations sociales circulant dans un même groupe : « des études
empiriques montrent que l’on peut observer des éléments de centralité (très forte) égale
quantitativement, mais qui se différencient qualitativement, certains faisant partie du noyau
central, les autres non »132. (Cf. : Fig. 1)133.
Ces éléments périphériques seraient moins stables que le noyau central, étant plus dépendants
du contexte socio-environnemental dans lequel évoluent les individus et les groupes. Ainsi, les
représentations sociales fonctionneraient de façon économique autour du noyau central La
représentation présente alors un caractère paradoxal. Sa stabilité tiendrait à une composante
d’ordre quantitatif qui serait déterminante de l’organisation et de la signification de la
représentation par rapport à l’idéologie et la culture d’un groupe social. Ses éléments
périphériques seraient davantage en lien avec le principe de réalité expérimenté par les
individus dans les situations de communication sociale où l’objet de la représentation est mis
en jeu (Moliner, Vidal, 2003 ; Flament, 2003).
Si le noyau central tient lieu de valeur sociale qui fait tendre l’individu à privilégier une
présentation de soi positive visant à valoriser son groupe d’appartenance et à préserver son
identité sociale, le système périphérique, plus influençable, autorise les contradictions et les
incertitudes. Ces dernières peuvent se manifester à deux niveaux possibles de communication,
à l’intérieur du groupe d’appartenance ou dans les relations extra groupes, pouvant créer une
faille dans le système central. Selon les contextes, cette faille permettrait la saisie d’éléments
132
Flament C., « Structure et dynamique des représentations sociales ». In Jodelet D. (dir), Les représentations
sociales, Paris : PUF, 2003, [1989], p. 227.
133
Schéma et légende : ibid.
73
représentationnels étrangers et contre-normatifs entrainant les individus à taire cette
contradiction, car elle marquerait un écart du sujet vis-à-vis des normes de son propre groupe
d’appartenance, pouvant faire l’effet d’une défiance ou d’une déviance. Jean-Claude Abric
nomme ces silences en termes de zone muette du champ de la représentation (Abric, 2003 : 75).
Mis en jeu dans différents contextes de communication dans lesquels s’exprime la
représentation, les éléments constitutifs de cette zone muette relèveraient de deux ordres
distincts. L’un serait relatif à un critère de pertinence, pas obligatoirement mobilisé en toutes
circonstances parce qu’en rapport avec le contexte donné, l’autre, plus insidieux, de l’ordre de
l’impertinence, consistant à cacher un élément de représentation inavouable constituerait la
réelle zone muette du champ de la représentation (Abric, 2003). Ainsi, si l’on peut comprendre
l’occurrence musicothérapie comme signifiant d’une « pratique de soins », ne serait-ce que par
la valeur sémantique accordée au mot, elle peut prendre diverses significations dès lors qu’elle
est mise en jeu dans une situation de communication impliquant différents groupes sociaux. En
effet, que signifie-t-elle en fonction de la catégorie de l’acteur et de son groupe
d’appartenance ? Et à quoi renvoie l’expression « pratique de soins » ?
En effet, pour la sociologie des professions, les identités professionnelles sont des construits
sociaux qui résultent de nombreuses interactions entre les trajectoires des individus et les
systèmes d’emploi, de travail et de formation qu’ils traversent. Ces constructions renvoient à
deux processus concourant à la production des identités socio-professionnelles : l’un
biographique, relatif à l’individu, à son parcours et à sa relation au travail ; l’autre relationnel,
communicationnel ou systémique, résultant des interactions entre les individus en contexte
professionnel, c’est-à-dire impliquant différents groupes professionnels en situation de travail.
Le contexte professionnel permet alors la mise en œuvre de processus d’identification et de
différenciation qui fondent les identités professionnelles et collectives, ces dernières pouvant
se rapporter à une organisation ou un secteur d’activité. Les trajectoires des individus reposent
74
ainsi sur les stratégies identitaires qu’ils déploient dans les institutions et que leur action
contribue à transformer (Dubar, 1991).
Déjà en amont de son appartenance à une catégorie socio-professionnelle, choisir une formation
et entrer dans un processus de professionnalisation confrontent l’individu à un système de
représentations sociales et professionnelles préexistant qui peut être déterminant de son choix.
Ce choix se définit à la fois par rapport à des critères endogènes concernant l’individu, son
origine sociale (voire ethnique), son sexe, le contexte socio-culturel dans lequel il évolue, sa
biographie, ses méthodes d’apprentissage et de travail, son niveau d’étude, le poids social de ce
niveau, etc., et de critères plus exogènes tels les systèmes de références personnelles et sociales
que convoquent les représentations professionnelles. (Vonthron et al., 2011). La construction
de l’identité professionnelle se met alors en œuvre dans une double perspective de sens
personnel et commun dans laquelle les représentations sociales jouent aussi un rôle important.
C’est à partir de ses propres représentations que l’individu se transforme au fur et à mesure, par
sa rencontre avec les représentations professionnelles pour les remettre en jeu dans ses
interactions avec les acteurs d’un champ professionnel donné et devenir lui-même un
représentant de sa profession : « L’identité est à la fois élaboration et processus en
mouvement »134. En ce sens, nous pouvons déjà nous demander ici comment le temps de
présence d’un individu sur son lieu de travail contribue-t-il à l’affirmer dans son identité
professionnelle et à renforcer ou pas la représentation professionnelle de la catégorie d’acteur
qu’il incarne ?
La notion de profession appelle ici à être précisée. Selon les auteurs, elle présente des
caractéristiques qui la distinguent de celle de pratique ou de métier. En effet, la logique de la
pratique peut sembler exclusivement orientée vers l’agir et en ce sens elle constituerait une
forme de savoir « pratique » pouvant être détaché de tout aspect théorique (Bourdieu, 1980).
Mais cette distinction tend à poser question dès lors que l’on prend en considération que
« savoir c’est toujours savoir-faire et faire-savoir » (Latour, 1996 : 134). Et les chercheurs en
SIC relèvent l’intérêt de prendre en considération l’épaisseur sociale de la pratique en
construction pour comprendre les pratiques comme des phénomènes de signification dans des
lieux sociaux spécifiques où les individus investissent des enjeux à la fois personnels, sociaux
et professionnels qui les mettent en relation avec des systèmes normés (Souchier, Jeanneret, Le
134
Cardu H., 2008, Construction identitaire professionnelle et interaction en contexte de transition culturelle :
l’étude d’un cas. Connexions, n° 89, 2008, p. 171.
75
Marec, 2003). Par conséquent, les pratiques professionnelles peuvent donner lieu à des analyses
visant à objectiver l’expérience pour permettre l’émergence et l’élaboration de savoirs
théoriques à partir de savoirs pratiques. Et l’analyse des pratiques professionnelles semble ne
pas pouvoir se concevoir sans prendre en considération les identités en jeu et les représentations
des professionnels exerçant un même métier parce qu’elles en sont des composantes qui
orientent la réflexion (Gardiès, 2006).
Par ailleurs, la sociologie précise aussi quelques nuances entre les notions de métier et de
profession, bien que celles-ci aient un même modèle d’origine basé sur celui des corporations
qui signe l’appartenance de l’individu à une communauté et son attachement à un savoir-faire,
des valeurs et des croyances. Le métier se définirait par l’apprentissage et la transmission d’un
savoir pratique, alors que la profession s’appuierait sur un savoir pratique ayant fait l’objet
d’une rationalisation universitaire pour être renforcé par un savoir théorique. La notion de
profession donnerait ainsi du prestige à celle de métier (Bourdoncle, 2000). Selon Claude
Dubar, la particularité d’une profession relève également de l’existence d’un mandat confié au
groupe professionnel qui la représente, c’est-à-dire en lien avec une identité collective dont les
membres sont identifiés par un statut leur permettant d’exercer cette activité professionnelle
(Dubar, 1991).
En SIC, Cécile Gardiès note que l’aspect professionnel d’un groupe se distingue non seulement
par rapport aux activités qu’il pratique et à la qualité de la formation qu’il a reçue, mais aussi
par la mise en perspective de son identité collective, la recherche d’une reconnaissance à travers
l’exercice professionnel, l’élaboration d’un code déontologique et une éventuelle compétition
avec des groupes exerçant des activités proches (Gardiès, 2006).
76
changements de statut du groupe professionnel »135. Elle affecte à la fois, les activités, les
savoirs, les personnes, les groupes ainsi que les représentations sociales et professionnelles des
acteurs concernés, ce qui n’exclut pas certains conflits générationnels à l’intérieur du groupe
professionnel ni des rivalités avec d’autres groupes professionnels. D’autant qu’il arrive qu’un
individu puisse être porteur de plusieurs identités professionnelles (Gardiès, 2006), comme
nous avons pu le voir au travers du paragraphe concernant l’amorce du processus de
professionnalisation de la musicothérapie136.
Ceci étant posé, la notion de représentation professionnelle renvoie aussi aux acteurs
représentant les membres d’une profession qui se posent en tant que médiateurs dans les
échanges inter-groupaux pouvant participer à l’élaboration des projets sociétaux. Dans ces
rapports sociaux qui dépassent le cadre des groupes professionnels, les représentations sociales
des acteurs se heurtent à celles d’autres groupes pouvant être concurrents. Les échanges peuvent
alors instaurer des relations de pouvoir d’où émergent des représentations sociales et
professionnelles dominantes. Et, à un niveau plus global, l’action politique est elle-même
influencée par ces formes de représentations dominantes. En effet ces dernières font l’objet de
cadres de références qui définissent les valeurs et les savoirs de la société : « Le référentiel
d’une politique est la représentation que l’on se fait du secteur concerné ainsi que de sa place
et de son rôle dans la société »137. Les groupes sociaux concurrents sont alors susceptibles de
mettre en place des stratégies organisationnelles et intentionnelles pour donner lieu, ou pas, à
certaines alliances et pouvoir contribuer, voire affirmer leur participation à un système sociétal
plus complexe, dans lequel se jouent leurs intérêts respectifs d’ordre socio-économique et
politique.
De ce jeu entre les acteurs, il ressort une hiérarchisation sociale des représentations qui se
répercute dans la structure de la société et que nous pouvons aussi situer par rapport aux
différentes formes juridiques de représentations professionnelles. Par exemple, les Ordres
professionnels sont des organismes uniques, de droit privé, qui disposent de prérogatives
étatiques pour garantir les compétences et les principes déontologiques de l’exercice légal d’une
profession. Ils la représentent auprès de l’ensemble de la société française : pouvoirs publics,
135
Bourdoncle, R., « Autour des mots : "professionnalisation, formes et dispositifs" ». Recherche et formation,
n° 35, décembre 2000, p. 130.
136
Cf. : paragraphe « Des représentations en lien avec un processus de professionnalisation complexe », p. 32-37
de la thèse.
137
Jobert B., Muller P., L’État en action : politiques publiques et corporatismes. Paris : PUF, 1987, p. 59.
77
professionnels concernés et citoyens. Ils obligent les professionnels à être répertoriés pour
pouvoir exercer leurs professions respectives. Ils concernent la plupart des professions libérales
(médecin, infirmier, architecte, etc.) ou encore les professions règlementées (notaire, avocat,
pharmacien, etc.). Leur fonctionnement est défini par la loi et ils peuvent infliger des sanctions
disciplinaires. En ce sens on peut les comparer à des institutions de l’État138.
La plupart des autres professions sont représentées par des syndicats professionnels139 ou des
associations. Ces organisations sont fondées sur le Droit et le Code du travail et peuvent faire
l’objet d’un rattachement national, voire international. Elles ont pour mission « l’étude et la
défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu'individuels, des
personnes visées par leurs statuts »140 sans obliger l’adhésion des individus. Les syndicats
professionnels peuvent cibler la représentation salariale, situant leur mission par rapport à des
intérêts transversaux entre plusieurs groupes professionnels. Ce type de syndicat peut être
politisé, par exemple : la Confédération Générale du Travail (CGT) ou la Confédération
Française Démocratique du Travail (CFDT). On trouve aussi des syndicats patronaux, telle la
Fédération des cliniques et des Hôpitaux privés de France (FHP). Ainsi, les professionnels ne
manquent pas de représentants et la représentation professionnelle est encline elle-même à se
professionnaliser. Cette professionnalisation des représentants professionnels tend parfois à les
éloigner des préoccupations quotidiennes des salariés et il peut arriver que certains d’entre eux
ne se reconnaissent pas dans le discours porté par les syndicats professionnels (Olivesi, 2014).
Et, Daniel Bougnoux relève : « Notre démocratie politique et sociale est ainsi fondée sur une
cascade sophistiquée de délégations, par lesquelles les acteurs de base s’absentent dans leurs
représentants comme la chose dans son signe. »141.
138
Source : Site « vie publique.fr », [consulté le 30 aôut 2016], URL : https://www.vie-publique.fr/decouverte-
institutions/juridiction-administrative/juridictions-speciales-matiere-professionnelle/que-sont-instances-
juridictionnelles-ordres-professions-medicales-paramedicales.html
139
Ce qui n’exclut pas que les professions rattachées à un ordre professionnel puissent également être concernées,
par exemple : le Syndicat national des Avocats.
140
Source : site Legifrance.gouv, [consulté le 30 août 2016], URL :
https://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006170154&cidTexte=LEGITEXT
000006072050&dateTexte=20010219.
141
Bougnoux D., « IV / Acheminements du sens ». Introduction aux sciences de la communication. Paris : La
Découverte, 2001, p. 38.
78
indépendance de fonctionnement et exercer un droit de tendance auprès des pouvoirs publics.
Toutefois, initiés par les membres d’une profession qui en fixent les objectifs et le
fonctionnement, les syndicats professionnels regroupent des identités qui peuvent être à
l’origine de représentations sociales pouvant se cristalliser autour de certaines professions. Ces
représentations peuvent concourir à l’affirmation d’une profession mais parfois aussi en freiner
la dynamique. Par exemple, concernant la musicothérapie nous avons déjà pu faire référence à
deux regroupements associatifs : l’AFM cofondée en 1980 par Édith Lecourt qui était alors
psychologue et psychanalyste et la FFM créé en 2003 par François-Xavier Vrait,
musicothérapeute. Et, nous pouvons déjà envisager ici que ces différentes personnalités et
formes de représentation professionnelle de la musicothérapie peuvent renvoyer à différents
courants de la musicothérapie susceptibles d’interférer dans la médiation politique de cette
spécialité.
142
Jobert B., Muller P., Ibid., p. 58.
79
1.3 Représentation, média et médiation
Depuis le début de ce chapitre nous avons déjà pu faire référence à plusieurs chercheurs en SIC
pour préciser la notion de représentation telle qu’elle a pu être développée dans d’autres
disciplines voisines et qui renvoie à l’idée d’un phénomène de communication émergeant des
relations de l’individu avec son environnement dans différentes situations de communication.
Les différents statuts individuel, collectif et social des représentations nous ont permis
d’envisager la représentation en tant que valeur d’échange dans les relations intra et inter
groupes sociaux. Et avec la notion de représentation professionnelle, nous avons pu faire
référence au rôle des représentations dans la médiation politique. Prenant en considération les
phénomènes de publicisation de la musicothérapie, que nous avons pu observer sur le terrain
de la recherche et qui parfois semble freiner son développement, dans ce nouveau paragraphe
nous reviendrons sur cette notion en la mettant en lien avec deux figures de la communication :
la médiatisation et la médiation.
On pourrait inscrire dans cette logique spectaculaire les représentations médiatiques qui
renvoient à l’idée de médiatisation de différents formats médiatiques ou typologies de médias.
En effet, les médias sont des lieux de mises en image, de mises en scène, de mises en récit ou
encore de mises en texte de certaines représentations du monde. En ce sens, plusieurs
chercheurs se sont intéressés aux enjeux des représentations sociales véhiculées par les médias
80
de masse et à l’influence de ces derniers sur les publics (Jehel-Cathelineau, 1995 ; Proulx,
Bélanger, 2001 ; Marchand, 2004). La médiatisation des discours qu’ils proposent ciblant un
vaste public agit comme un régulateur de l’opinion publique (Croquet, 1998). Et malgré
différentes attitudes possibles des publics, les médias de masse gardent une certaine emprise
sur ces derniers, pouvant être relative au traitement médiatique de l’information qu’ils
proposent (Marchand, 2004). Prenant le pas sur des médiations plus traditionnelles comme
l’Histoire ou la transmission, les médias ne se contentent pas de transmettre l’information, ils
l’interprètent et l’amplifient modifiant ainsi le réel d’un public qui tend à se massifier
(Bougnoux, 2006). Ils sont aussi des outils de médiation pouvant influencer nos propres
représentations, ce qui met en œuvre une tension conflictuelle entre médiatisation et médiation,
notamment par le biais d’une décentration argumentative (Brousteau, 2008). Pascal Marchand
précise l’influence des médias sur les comportements humains selon trois types d’effets : direct
et immédiat, direct et différé ou encore indirect. Il explicite par : « l’impact de la violence
médiatique ne semble pas tant à rechercher dans le développement des comportements
agressifs que dans la représentation que les gens construisent avec cette violence »143. A
l’instar de Nadège Brousteau, il relève que les médias pratiquent plus volontiers le
développement d’une argumentation consensuelle médiane que le débat d’idées, ce qui
renforcerait plutôt des attitudes et des conduites déjà établies plutôt que d’en instaurer de
nouvelles (Marchand, 2016). Et, parmi les représentations médiatiques ou médiatisées notons
la place particulière qu’occupe la représentation politique dans les médias. Le contrat de
communication avec les publics que propose la représentation politique médiatisée tend à les
persuader d’un consensus idéologique concernant une connaissance des affaires publiques qui
reflète aussi un état de relations entre des acteurs (Beauvois, 2005 ; Marchand, 2016). Et la
médiatisation du discours politique renvoie à la mise en représentation d’un discours identitaire
destiné à persuader et à convaincre qui tente de dominer l’espace public pour y exercer une
forme symbolique de pouvoir (Lamizet, 2016).
Par ailleurs, les logiques institutionnelles renvoient à une communication publique qui dispose
aujourd’hui de nombreux moyens, intégrant les technologies numériques, pour entretenir des
échanges ponctuels entre les institutions et les usagers, selon une logique unilatérale
hiérarchique institutionnellement dominante. Par exemple, les campagnes de communication
143
Marchand P., « Représentations sociales et médias ». In Lo Monaco G., Delouvée S., Rateau P. (dir.), Les
représentations sociales. Théories, méthodes et applications, Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur s.a., 2016,
p. 382.
81
ou encore certains documents de référence pouvant être utilisés dans divers domaines d’activité
touchent un plus vaste public via internet. Ils sont des moyens susceptibles de mettre en œuvre
des stratégies de diffusion de valeurs visant aussi à légitimer et instituer de nouvelles normes
sociétales. Et la communication publique qui répond à une logique spectaculaire de mise en
scène de l’État permet à ce dernier de s’affirmer en tant qu’acteur de la vie publique. Par là-
même, elle se révèle en tant qu’instrument politique (Gentès, 1996 ; Bessières, 2009 ; Ollivier-
Yaniv, 2013 ; De Oliveira, 2017). En ce sens, la notion de représentation interroge aussi les
modes d’expression des documents textuels qui contribuent à la communication publique dans
les environnements numériques (Chaudiron, 2007). Et dans leurs contenus, les représentations
sociales des acteurs s’articulent aux mondes lexicaux qui circulent sur les sites web des
institutions françaises (Ratinaud, Marchand, 2015).
La notion de représentation qui fait écho à celle de representamem développée par Charles
Sanders Peirce144 en sémiotique de la communication, pose alors des logiques
communicationnelles doublement problématiques. D’un point de vue formel qui peut coïncider
avec les différents formats de mise en récit des discours médiatisés, les représentations
interrogent la conformité des objets qu’elles représentent, pouvant être relative à un système de
représentation en particulier. Par exemple, nous pouvons être interpellés par la fonction du
cadrage aussi bien face à la retransmission télévisée des discours politiques, généralement mis
en scène par les acteurs directement impliqués et les médias, que face au contenu d’un document
diffusé sur le site internet d’une institution qui pose un cadre d’énonciation. En effet dans ces
configurations, il persiste quelques tensions entre médiatisation des discours et médiation dans
laquelle les publics occuperaient une place de tiers symbolique entre les acteurs politiques ou
institutionnels et les médias : « l’exercice de la médiation dans les médias français reste une
activité rare »145 qui renvoie aussi à une certaine opacité du politique. Les situations de
communication dans lesquelles les représentions sont mises en jeu questionnent également le
système de valeur par lequel les publics appréhendent la signification de l’objet représenté et
qui les positionne en tant qu’interprètes des images et des discours. Elles interrogent les
logiques sémiotiques des représentations pouvant se mettre en œuvre à travers différentes
formes et formats médiatiques, qui se complexifient avec les technologies numériques. En effet,
144
Cf. : Peirce C.-S. (1839-1914), Écrits sur le signe. Charles S. Peirce. Rassemblés, traduits et commentés par
Deledalle G. Paris : Seuil, 1978.
145
Bernier M.-F., Romeyer H., France 2 et Radio-Canada : deux conceptions de la médiation, [mis en ligne le 09
janvier 2006], URL : https://lesenjeux.univ-grenoble-alpes.fr/wp-content/uploads/2018/12/03-2005-Bernier-
Romeyer.pdf. [Consulté le 17 août 2018].
82
si l’on considère internet comme un média dans lequel circule de nombreuses informations et
qui tend à s’inscrire parmi les médias de masse, nous pouvons reposer la question de cette
distinction entre médiatisation et médiation en lien avec les configurations des situations de
communication permises par les dispositifs numériques. Celles-ci conduisent à repérer la
visibilité de nombreux acteurs, ayant pu exister jusque-là en retrait de l’espace public, qui
investissent désormais internet. C’est le cas des acteurs de la musicothérapie comme nous avons
déjà pu y faire référence depuis le début de la thèse. Avec cette mise en visibilité qui peut
renvoyer à des effets de publicisation, il s’agit également de « cette dimension spécifique de
l'agir qui, partant d'un vécu de l'invisibilité ou de la dépréciation symbolique, déploie des
procédés pratiques, techniques et communicationnels pour se manifester sur une scène
publique et faire reconnaître des pratiques ou des orientations politiques »146. En ce sens, la
présence numérique devient un élément central des stratégies d’acteurs, y compris ceux pouvant
se positionner en tant que médiateur vis-à-vis de certaines questions ou conflits sociaux. Et, la
communication numérique instaure de nouvelles modalités d’échange et de partage reposant la
question du vivre ensemble dans un nouveau contexte investi par les acteurs sociaux (Merzeau,
2009). Elle répond à la volonté de construire une mise en visibilité qui contribue, dans la forme
de renouvellement de l’espace public que propose internet, à tenter d’établir des relations entre
individualités, représentations et sociabilités (Gadras, 2012).
Par ailleurs, internet permet d’observer de nombreux objets et formats médiatiques dont la
circulation semble être renforcée par les technologies numériques. Et la particularité des médias
numériques, auxquels on accorde des valeurs culturelles, symboliques et sociales qui changent
aussi les rapports avec les publics, donne lieu à des variations médiatiques qui ne sont pas
obligatoirement propres au numérique mais qui contribuent à faire varier certaines
représentations (Bonaccorsi, Flon 2014). Ainsi, le contexte numérique repose la question de la
dynamique des objets médiatiques et des représentations qu’ils véhiculent par rapport aux
usages des technologies numériques. Il peut conduire à observer des agencements, à
contextualiser les variations d’une représentation en déconstruisant les stratégies des acteurs
qui diffusent certains contenus, pour voir émerger un sens entre les différents traitements d’un
même objet de représentation. Et, « Considérer les activités d’information et de communication
médiatisées impliquant des processus de conception, de circulation, de réécriture et de diffusion
répond ainsi au projet de décrire et comprendre certaines figures de variation non seulement
146
Voirol O. « Les luttes pour la visibilité. Esquisse d'une problématique », Réseaux 2005/1, n°129-130, p. 108.
83
formelles, mais aussi sociales et instituantes »147. Des figures de variation également
susceptibles d’engager des opérations de transformation sémiotique des représentations de la
musicothérapie ou encore de jouer un rôle dans la médiation documentaire sur le sujet : « parmi
ses différents rôles, la documentation doit se faire l’interprète de messages qu’elle prend en
charge à différents stades de leur élaboration et de leur diffusion, tout en tenant compte de la
variété et de la variabilité des contextes de restitution »148. Une variabilité des contextes de
restitution qui renvoie aussi à celle des contextes de réception des objets médiatiques.
Nos quelques détours par des disciplines voisines en SHS nous ont également conduite à mettre
en lien la notion de représentation avec la recherche en SIC pour mieux identifier différentes
formes de représentation qui nous serviront dans la recherche : représentations individuelles,
collectives, institutionnelles, scientifiques, politiques, sociales, professionnelles ainsi que
médiatiques et symboliques. Nous aurons à situer ces formes de représentations, non seulement
par rapport à la catégorie de l’acteur mais aussi en prenant en considération les relations
d’interdépendance qu’il entretient avec d’autres acteurs, la nature des dispositifs qu’il utilise,
dont les agencements peuvent instituer des formes de communication et de relation aux objets
147
Bonaccorsi J., Flon É., « La « variation » médiatique : D’un fondamental sémiotique à un enjeu d’innovation
industrielle », Les Enjeux de l'information et de la communication, 2014/2 (n° 15/2), p. 5.
148
Régimbeau G., Le sens « inter-médiaire » : recherches sur les médiations informationnelles des images et de
l’art contemporain. Mémoire d’HDR : SIC, Université Toulouse Jean-Jaurès (Toulouse 2), 2006.
84
médiatiques et à leur contenu. Cette contextualisation des représentations de la musicothérapie
nous permettra d’observer les logiques sémiotiques qui en découlent. Dans quel(s) contexte(s)
de réception peuvent-elles donner lieu à une médiatisation de cette spécialité ? Le contexte
numérique, où les représentations circulent dans un espace de communication sociale pouvant
renforcer la variation médiatique, favorise-t-il la médiation entre les acteurs de la
musicothérapie ? Dans ces perspectives, nous nous intéresserons dans ce qui suit au concept de
dispositif que nous mobilisons aussi dans la thèse et qui participe de la particularité de notre
approche info-communicationnelle des représentations de la musicothérapie.
2. LE CONCEPT DE DISPOSITIF
Façonnant plus ou moins la complexité des objets de la recherche en SIC, la notion de dispositif,
intimement liée à l’analyse des processus info-communicationnels est également une notion
transversale dans différentes disciplines scientifiques. Et si dans le langage courant le dispositif
renvoie souvent à l’idée de mécanisme, prenant ainsi une dimension essentiellement technique,
les SIC lui confèrent, en complément, une dimension sociale. A l’instar de Jean-Pierre
Meunier149 nous pouvons considérer que « tout support de communication (film, texte, livre,
multimédia…) est un micro-dispositif de construction de sens »150. Toutefois, si l’on introduit
le numérique, ces micro-dispositifs que l’on peut aussi comprendre comme des formats
médiatiques semblent pouvoir s’emboîter à la manière d’un jeu de poupées russes ou
matriochka151, ce qui complexifie déjà la notion de dispositif. En ce sens, les typologies de
dispositifs, incluant les textes, les documents, les livres ou des formes plus complexes de
dispositif sont susceptibles de générer des incidences socio-sémio-techniques dans les pratiques
sociales qu’ils permettent de mettre en œuvre. Notamment ils posent des situations de
communication pouvant interférer sur l’interprétation de l’information qui y circule et jouer un
rôle dans la perception et l’interprétation des représentations de la musicothérapie. Ainsi, afin
149
Jean-Pierre Meunier est professeur au Département de Communication de l’université catholique de Louvain
en Belgique. Ses travaux récents portent sur la cognition et la réflexivité dans la communication et plus
particulièrement dans les échanges médiés par l’image et le langage parlé, qui rétroagissent sur la pensée et la
conditionne dans une certaine mesure. Cf. : Meunier J.-P., Des images et des mots : cognition et réflexivité dans
la communication. Louvain-la-Neuve : Académia L’Harmattan, 2013.
150
Meunier J.-P., 1999, Dispositifs et théories de la communication : deux concepts en rapport de codétermination.
Hermès, La Revue. Le dispositif : entre usage et concept, n° 25, p. 89.
151
Le mot matriochka, d’origine russe, désigne une poupée gigogne. Dans la culture de ce pays, ce jeu symbolise
les valeurs de la Russie : maternité, famille, collectivisme, unité et chaleur humaine. Le mot connote ainsi une
référence à la notion de matrice qui fait écho, chez nous, à l’une des fonctionnalités du dispositif. Source : site du
Figaro, [consulté le 28 mai 2017], URL : http://www.lefigaro.fr/culture/2015/08/03/03004-
20150803ARTFIG00120-l8216histoire-secrete-des-poupees-russes-devoilee-a-moscou.php
85
de mettre en perspective cette notion de dispositif par rapport à l’objet de la recherche, nous
définirons plus précisément ce concept ci-après.
Dans son sens le plus commun, que les SIC prennent en considération, le dispositif renvoie à
une dimension technique, « le composant d’un système, strictement lié à une fonction […] »152
pouvant être mise en lien avec la technologie. En informatique, il désigne aussi les systèmes
d’exploitation formés par un ensemble de programmes rendant opérationnel le dit dispositif :
gestion des messages d’entrée et de sortie, stockage et lecture de fichiers, définition des
modalités d’interface, etc. (Lamizet, Silem (dir.), 1997). Dans certains contextes, ce mot trouve
également une acception incluant une dimension processuelle et stratégique : « un ensemble de
mesures, de moyens, disposés en vue d’une fin stratégique »153. Il contient aussi l’idée d’une
potentialité pratique ou opérationnelle (il permet de réaliser une action) et politique (il peut être
utilisé dans une intention particulière visant à servir certains intérêts). Yves Jeanneret relève
aussi la dimension sociale du dispositif : « dans l’analyse sociale des pratiques de
communication, cette dimension technique est comprise dans le sens plus large d’une mise en
ordre des signes, de relations et des pouvoirs »154. Et, la langue française décline autour de la
notion de dispositif une pluralité de locutions qui rend compte de ses caractéristiques dans de
nombreuses pratiques socio-professionnelles : dispositif pédagogique, dispositif de recherche,
dispositif d’information et de communication, dispositif de soins, etc.
152
Jeanneret Y., « Dispositif ». In Commission française pour l’UNESCO, La « Société de l’information » :
glossaire critique. Paris : La Documentation française, 2005, p. 50-51.
153
Trésor de la Langue Française informatisé (TLFi), « Dispositif ». [En ligne ], URL :
http://stella.atilf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=919181160; [consulté le 16 mars 2017].
154
Jeanneret Y., Ibid., p. 51
86
selon lui, un instrument politique visant l’assujettissement : « Le dispositif panoptique aménage
des unités spatiales qui permettent de voir sans arrêt et de reconnaître aussitôt. En somme, on
inverse le principe du cachot ; ou plutôt de ses trois fonctions – enfermer, priver de lumière et
cacher – on ne garde que la première et on supprime les deux autres. La pleine lumière et le
regard d’un surveillant captent mieux que l’ombre qui finalement protégeait. La visibilité est
un piège. […]. De là l’effet majeur du Panoptique : induire chez le détenu un état conscient et
permanent de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir. »155.
En amont de Surveiller et punir, dès 1961, Michel Foucault s’intéresse, sans les nommer en
termes de dispositif, à d’autres formes de mécanismes sociaux et à leurs relations avec le
pouvoir, notamment à travers son livre Folie et déraison : histoire de la folie à l’âge classique.
Dans cet ouvrage, il cherche à comprendre le processus qui a conduit à la création de l’Hôpital
général par l’Édit royal du 27 avril 1656. Pour lui, cette institution traduit une forme de
dispositif d’aliénation participant de l’organisation de la société française depuis la deuxième
moitié du XVIIe siècle. Désignant l’Hôpital général comme un espace moral d’exclusion
regroupant aussi bien le pauvre, le misérable, l’insensé que le détenu, il situe la pratique de
l’enfermement comme une nouvelle réaction à la misère, un nouveau pathétique. Selon lui, «
déchue des droits de la misère et dépouillée de sa gloire, la folie avec la pauvreté et l’oisiveté,
apparaît désormais, tout sèchement, dans la dialectique imminente des États. »156. Ainsi, à
travers ces exemples de l’Hôpital général et de la prison, Michel Foucault dénonce
l’instrumentalisation des dispositifs à des fins stratégiques et politiques, selon « une même
"forme mixte d’assujettissement et d’objectivation", un même "pouvoir-savoir" »157 qui seraient
focalisés sur les procès de normalisation des comportements et de régulation de la société.
Alors que la dimension performative du style de Michel Foucault a pu entraîner les réactions
protestataires de certains de ses contemporains158, sa réflexion sur les effets panoptiques de la
155
Foucault M., Surveiller et punir : naissance de la prison. Paris : Gallimard, 1975, p. 163
156
Foucault M., Folie et déraison : histoire de la Folie à l’âge classique. Paris : Plon, 1961, p. 67.
157
Armengaud F., « Foucault (Michel) 1929-1984 ». In Encyclopædia Universalis, corpus 9. Paris : Éd.
Encyclopaedia Universalis, 1996, p. 747.
158
En référence à la controverse connue de Jacques Derrida que ce dernier exprime notamment à travers le chapitre
« Cogito et histoire de la folie » de Jacques Derrida, in Derrida J., L’écriture et la différence. Paris : Seuil, 1967,
p. 51-97. Dans ce chapitre, Derrida remet en question la façon dont Foucault affirme que la philosophie rationaliste
de Descartes exclurait le concept de folie tel qu’il est proposé par Foucault. Dans cette forme de dialogue avec
Foucault, Derrida participerait aussi, à son insu, à un jeu de positionnement épistémologique par rapport à son
interlocuteur. Source : Angermuller J., « Catégoriser et positionner les sujets en philosophie : la controverse entre
Derrida et Foucault envisagée d’un point de vue sociopragmatique ». Argumentation et Analyse du Discours. [En
ligne], 22 | 2019. [Consulté le 18 août 2019]. URL : http://journals.openedition.org/aad/3210
87
prison peut faire écho à certains aspects des dispositifs numériques. En effet : quels sont les
effets panoptiques des dispositifs numériques sur leurs usagers et quels liens entretiennent-ils
avec certaines formes de surveillance, de contrôle, d’influence et de pouvoir ? La mise à
disposition d’une multitude de données publiques, ou encore l’adhésion plus ou moins massive
de la population aux réseaux socio-numériques (également utilisés par les acteurs politiques)
sont autant de situations qui interrogent cette dimension des dispositifs numériques. La
recherche en SIC apporte une réflexion critique sur les usages de ces dispositifs, soulevant des
enjeux éthiques en matière de contrôle social (Carré, Panico, 2011 ; Proulx, Kwok-Choon,
2011 ; Carré, 2016 ; Paquienséguy, 2016 ; Gallot, Verlaet, 2016). A travers le cas de la
musicothérapie, on peut alors se demander : comment les acteurs de la musicothérapie
mobilisent-ils les dispositifs numériques pour réguler l’utilisation de cette pratique spécifique ?
Et, à travers les identités numériques de ces acteurs comment se révèle l’identité collective des
praticiens de la musicothérapie ?
Pour le sociologue Pierre Sauvêtre, l’institution constitue aussi une forme de dispositif
programmatique de rationalité susceptible d’entraîner certaines confrontations et de générer
des effets qui ne coïncident pas obligatoirement avec son objectif initial. Ces effets peuvent être
récupérés en vue d’une utilité ou d’un sens inédit conduisant l’institution à une nouvelle
rationalité dont la dynamique est portée par les idées et les intérêts de ses acteurs. Dans un
système où peuvent se jouer des relations de pouvoir et de contre-pouvoir, les changements
opérés viennent alors légitimer de nouvelles stratégies rationnalisantes, généralement non
formulées dans les programmes affichés par l’institution et qui lui servent de masque, ce qui lui
assure aussi de perdurer sans être contestée. Selon lui, les approches sociologique, juridique et
révolutionnaire de l’institution proposent différentes modalités de rapport pratique aux
institutions : la réforme, la légitimation et le renversement, auxquels il rajoute la notion de
transformation qu’il emprunte à Michel Foucault. Dans son propos, il explique que les
processus de transformation des institutions subissent également des contraintes posées par les
règles et les normes fixées par les choix politiques précédents. Appliquée aux institutions
publiques, la rationalité de la prise de décision tient aux logiques propres à l’action collective
et aux modalités d’influence et d’interaction qui caractérisent les relations de pouvoir dans un
secteur donné de l’action publique (Sauvêtre, 2009). Par exemple, en matière de politique de
santé publique, nous pouvons envisager l’influence des Ordres professionnels des médecins et
88
autres professionnels de santé qui sont aussi des institutions de l’État et à laquelle se rajoute le
pouvoir d’expertise de la HAS devenue un acteur clé de la gouvernance du système de santé.
Et bien que les cadres de référence posés par les institutions politiques puissent être soumis à
certaines conjonctures obligeant à un relâchement de l’emprise institutionnelle susceptible de
modifier le comportement des acteurs, pour comprendre le développement des politiques
publiques, il est nécessaire de repérer les acteurs en présence, leurs idées, leurs intérêts et leurs
capacités d’action qui s’appréhendent par rapport au contexte institutionnel dans lequel ils se
forment, interagissent et évoluent (Palier, Surel, 2005 ; Delong, 2012).
Alors que les travaux de Michel Foucault constituent un point de départ à l’élaboration du
concept de dispositif, celui-ci a pu faire l’objet depuis de certains développements de la part de
différents chercheurs. En 1999, la revue interdisciplinaire Hermès dirigée par Dominique
Wolton lui accorde tout un numéro intitulé « Le dispositif. Entre usage et concept ». Les
contributions contenues dans ce numéro abordent le concept de dispositif selon différents angles
159
Monnoyer-Smith L., « Le web comme dispositif : comment appréhender le complexe ? ». In Barats C. (dir),
Manuel d’analyse du web en Sciences Humaines et Sociales. Paris : Armand Colin, 2013, p. 18.
160
Ibid., p. 22.
89
qui rendent également compte de sa dimension interactionnelle et en font aussi un objet de
médiation, pouvant être à la fois matériel, technique et social : « Ainsi, il ressort de la plupart
des contributions que la notion de dispositif est avant tout perçue comme concept d’entre-
deux »161. En effet, le dispositif, y compris dans la pensée Foucaldienne, constitue un espace
symbolique dans lequel différents processus communicationnels peuvent se mettre en œuvre,
confrontant l’individu à une altérité radicalement autre, comme avec l’exemple de la prison. En
ce sens, « la nature essentiellement stratégique du dispositif, comme manipulation ou
intervention rationnelle et concertée de rapports de forces, jeux ou enjeux de pouvoir en lien
avec des types de savoir »162 peut aussi conduire l’individu à expérimenter d’autres types de
relation au pouvoir-savoir. L’expérience du dispositif permet aussi de discerner et de discuter
son propre savoir, notamment vis-à-vis de certains objets de connaissance.
Aussi à partir de ce concept d’entre-deux que concrétise le dispositif, nous articulons celui de
médiation qui s’en rapproche. Dans son article « Médiation », Gérard Régimbeau cite Yves
Jeanneret : « le terme médiation désigne […] l’espace dense des constructions qui sont
nécessaires pour que les sujets, engagés dans la communication, déterminent, qualifient,
transforment les objets qui les réunissent, et établissent ainsi leurs relations. Pratique qui n’est
jamais, ni immédiate, ni transparente. Ces constructions relèvent à la fois d’une logistique (la
médiation exige des conditions matérielles), d’une poétique (la médiation, qui n’est pas simple
transmission, invente des formes) et d’une symbolique (la médiation ne fait pas que réguler,
elle institue). La création et l’évolution des dispositifs médiatiques contribuent à ces processus
»163. Ce rapprochement entre dispositif et médiation ouvre à une conception du dispositif, qui
dépasse une vision déterministe et techniciste pour se caractériser en SIC par une dimension
socio-sémio-technique. Selon Vincent Liquète, il existe trois logiques d’interprétation du
dispositif : 1) une logique d’agencement (éléments en relation) ; 2) une logique analytique
(médiation) ; 3) une logique critique (idéologique et contrôle)164 . Ces trois logiques peuvent
s’imbriquer les unes aux autres pour permettre de comprendre le dispositif en tant qu’entité
161
Peteers H., Charlier P., « Introduction. Contributions à une théorie du dispositif ». Hermès, La Revue, n° 25,
1999, p. 15.
162
Appel V. et al., « Chapitre 1. Dispositif(s) : discerner, discuter, distribuer ». In Appel V., Boulanger H., Massou
L. (dir), Les dispositifs d’information et de communication : concepts, usages, objets. Paris : De Boeck Supérieur,
Culture & Communication, 2014, p. 11.
163
Dixit Yves Jeanneret, in Régimbeau G., « Médiation ». In Gardiès C. (dir), Approche de l’Information-
Documentation : concepts fondateurs. Toulouse : Cépaduès, 2011, p. 75-114.
164
Liquète V. (dir.), Médiations. Paris : CNRS éditions, coll. Les Essentiels d’Hermès, 2010.
90
matérielle créant les conditions de mise en œuvre de processus communicationnels entre des
acteurs qui mettent aussi en tension les relations entre savoir-pouvoir et sujet-objet.
Elles conduisent aussi à penser le dispositif comme actant d’une médiation possible entre les
acteurs sociaux. Rappelons ici que le terme actant emprunté aux grammairiens désigne en
sémiotique « une entité qui joue un rôle dans un processus (en gros, une action) et/ou une
attribution (l’affectation d’une caractéristique, d’une propriété à quelque chose »165. Cette
notion se distingue de celle d’acteur qui quant à elle désigne un être social qui remplit au moins
deux rôles dans la création d’un produit sémiotique donné (par exemple un texte ou un contenu
numérique), étant à la fois agent de cette production et agi par elle, dans la mesure où il en
reçoit lui-même un effet. Dans ce processus, l’acteur se trouve à un niveau hiérarchiquement
supérieur aux actants qu’il subsume et englobe, ne se limitant ainsi pas à un personnage même
largement défini (Hébert, 2016). L’actant devient une sorte de « partenaire » de l’acteur pouvant
être un objet, un être, une chose, active ou passive, qui a un titre quelconque et de quelque façon
que ce soit participe au procès de la signification d’un produit sémiotique. Dans une autre
logique, la Sociologie de la traduction développée par Madeleine Akrich, Michel Callon et
Bruno Latour166, qui s’est d’abord intéressée à la façon dont les connaissances scientifiques
circulent (traduction), conduit à la notion d’acteur-réseau. Dans cette approche, l’acteur est
considéré dans sa dimension hétérogène, c’est à dire englobant les catégories d’actants qui lui
sont attachés et qui contribuent à la signification de son discours ou de son action. Les objets
techniques (dispositifs sociotechniques y compris) sont des entités actives agissant sur l’acteur
tout autant que sur le réseau, ce dernier étant lui-même hétérogène. Le réseau inclut les acteurs
individuels et collectifs, les actants, c’est-à-dire les objets (non-humains), les entités
sociotechniques et les discours. L’acteur n’est pas détaché du monde sociotechnique dans lequel
il évolue. Ce qu’il imagine faire, ce qu’il a envie de faire ne se limite pas à une intention ni à
une action individuelle mais dépend aussi des objets (actants) qui l’entourent et qui influencent
ses réflexions et ses comportements (Akrich et al., 2006). Ainsi l’acteur-réseau se définit par
rapport à l’ensemble des relations et des liens que l’acteur établit avec son environnement et
par lesquelles il est à la fois agent et agi. La notion d’acteur-réseau permet alors d’approcher
en compréhension la façon dont les catégories d’acteurs sont en permanence construites et
165
Hébert L., Dictionnaire de sémiotique générale. Version PDF n° 13.11, p. 161. [En ligne]. URL :
http://www.signosemio.com/documents/dictionnaire-semiotique-generale.pdf
166166
Cf. : Akrich M., Callon M., Latour B., Sociologie de la traduction: textes fondateurs. Paris : Presses de
l’École des Mines, 2006.
91
reconstruites, stabilisées puis reconfigurées, adoptées et réinventées, suivies et trahies (Callon,
Ferrary, 2006). Selon Michel Callon, cette notion impliquant l’hétérogénéité des actants dans
le réseau de l’acteur est à distinguer de la théorie des réseaux sociaux qui propose déjà une
grille d’analyse des relations entre les acteurs, en présentant plusieurs avantages. En effet, elle
permet de circuler entre les échelles micro et macro, sans pour autant ne pas les distinguer et en
chercher le sens. Elle invite à déconstruire les réseaux sociaux et à les reconstruire pour
comprendre les relations d’interdépendance et comment en émergent des faiblesses, des forces
et des pouvoirs. Chaque point du réseau social (un individu ou une organisation) se comprend
par rapport à un ensemble de liens établis avec d’autres points du réseau. Toutefois, avec la
théorie des réseaux sociaux, « on reste dans un univers où la force active est l’individu et où le
collectif est construit ou réduit à un ensemble de relations entre ces individus »167, ce qui peut
permettre de comprendre le jeu des acteurs par rapport à la structure du réseau, qui impose des
contraintes à l’action des individus en même temps qu’elle leur offre des opportunités. La
notion d’acteur-réseau rajoute à la théorie des réseaux sociaux des éléments matériels. Le
réseau constitue alors un terrain propice à l’enchevêtrement d’un ensemble de relations et de
médiations qui elles-mêmes exercent une influence sur l’acteur et sur le réseau. Considérer
l’acteur avec cette hétérogénéité du réseau permet de comprendre qu’« il n’y a aucune raison
de dénier aux êtres non humains, aux entités non humaines une capacité de participer à leur
manière à l’action. Il n’y a aucune raison de leur retirer cette compétence. Agir, ce n’est pas
nécessairement former des intentions et les suivre, agir, c’est fabriquer des différences
inattendues »168. Ainsi la notion d’acteur-réseau permet d’appréhender le social au cœur des
interactions successives de l’acteur avec de nombreux actants hétérogènes. Et si cette notion
tend à questionner ce que les choses font aux individus, elle interroge aussi ce que les individus
font des choses, notamment des dispositifs dont nous proposerons quelques typologies dans les
paragraphes suivants. Aussi, dans la thèse nous prendrons en considération la notion d’acteur-
réseau, dès lors que nous ferons référence à celle d’acteur.
Dans les prochains sous-paragraphes, nous présenterons quelques typologies de dispositif que
nous mettrons en lien avec la thèse. Dans un premier temps, nous nous intéresserons au
167
Callon M., Ferrary M., « Les réseaux sociaux à l’aune de la théorie de l’acteur-réseau ». Sociologies pratiques,
n° 13, 2006, p. 39.
168
Ibid., p. 40.
92
document que nous considérons comme un micro-dispositif, notamment par rapport aux
dimensions sociales, opérationnelles et stratégiques qu’il contient. Et, il est à noter que la
documentation a été une alliée dans cette recherche, dans la mesure où de nombreux documents
nous ont permis de relever des données textuelles qui serviront, en partie nos résultats. Nous
étudierons aussi les potentialités des dispositifs numériques que nous avons mobilisés pour la
recherche, notamment pour mener une enquête en ligne auprès de nombreux praticiens de la
musicothérapie, et dont les caractéristiques interrogent aussi la qualité discursive de certaines
de nos données d’où émergent différentes formes de représentation de la musicothérapie. Pour
finir, nous nous pencherons sur le dispositif de soins, pour mieux situer certains de ses effets
sur le patient et le mettre en rapport avec le système de santé. Ce qui nous permettra aussi de
mieux contextualiser la place de la musicothérapie dans le système de santé actuel.
169
Nous reviendrons sur ces types de documents dans la deuxième partie de la thèse où nous présenterons la
méthodologie de la recherche.
93
secteur de la santé. Elle a donné lieu à la création de différents types de document
professionnelqui sont autant de micro-dispositifs s’insérant dans les dispositifs de soins des
établissements de santé publics et privés. Ces documents visent aussi bien l’information du
patient et des personnels que celles d’instances ou d’organismes extérieurs qui en permettent le
fonctionnement. Par exemple, la loi oblige à remettre à toute personne hospitalisée « un livret
d’accueil auquel est annexée la charte du patient hospitalisé, conforme à un modèle type arrêté
par le ministre chargé de la santé »170 visant à informer le patient sur les conditions de son
hospitalisation. Ce souci informationnel en lien avec l’évolution de la législation s’instaure, dès
l’admission du patient, par le biais de formulaires qui lui permettent d’attester de son
consentement éclairé, de désigner une personne de confiance, etc. Dans la pratique, ils prennent
aussi valeur de documents, pouvant servir d’élément de preuve. Ils sont produits de façon
intentionnelle pour, entre autres, laisser la trace d’un fonctionnement répondant aux exigences
de bonnes pratiques des politiques de santé publique. Mais dans quel(s) système(s) s’inscrivent-
ils ? Si nous prenons l’exemple du consentement éclairé du patient, s’agit-il d’un système de
communication garantissant l’information du patient de manière suffisamment claire ou d’un
système de communication visant la protection de l’établissement concerné ? A quels usages et
à quelles fins ces documents sont-ils réellement voués ? Dans quelle mesure laissent-ils une
trace de la négociation qu’ils supposent avec le patient ? Le consentement éclairé du patient
n’est-il pas un processus plus complexe qui s’inscrit également dans la durée de la relation
soignant(s)-soigné ? En effet, le formulaire utilisé pour recueillir la preuve du consentement
éclairé du patient peut servir de support de médiation visant l’information du patient pour lui
permettre une meilleure compliance aux soins qui lui sont proposés. En ce sens il peut être
qualifié de documents par intention. Toutefois, l’information contenue dans ce document par
intention, qui au besoin pourrait servir d’élément de preuve, en fait aussi un document par
attribution. La distinction entre document par intention et document par attribution qui a été
initiée par Jean Meyriat puis reprise par d’autres chercheurs de la discipline171, permet de
comprendre « la pluralité des fonctions remplies par un document : la fonction de transfert de
l’information n’est qu’une parmi d’autres, virtuelles ou réelles. Considérer un objet comme
170
Article L 710-1-1 du Code de la santé publique, modifié par la loi n° 99-1140 du 29 décembre 1999 - art. 23
(V) JORF 30 décembre 1999.
N.B. : La « Charte du patient hospitalisé » est un document de vingt-six pages produit par le Ministère de la Santé.
Elle concerne les droits et les devoirs du patient et existe également dans un format plus synthétique en vue d’une
diffusion par voie d’affichage dans les établissements de santé, pour faciliter son accessibilité.
171
Entre autres, Hubert Fondin et Viviane Couzinet que nous citons ci-dessous.
94
document c’est privilégier cette fonction, l’ériger en fonction principale, sans annuler les autres
mais en les subordonnant à la première »172.
Du côté des personnels hospitaliers le document prend aussi un caractère plus technique et
opérationnel. Projets d’établissements, procédures d’urgence, protocoles de soins, cahiers de
transmissions, dossier patient, etc. permettent aux professionnels d’intégrer une équipe, de se
situer par rapport au fonctionnement d’une institution, à sa politique managériale et jouent un
rôle important dans la prévention et la gestion de certains risques (Cloarec, 2008). Ces
documents sont élaborés selon des normes méthodologiques fixées par les acteurs des politiques
de santé publique. En effet, « les démarches qualité, les dispositifs qui obligent à rendre compte
de l’activité ont joué un grand rôle dans cette prédominance de l’écrit dans les situations de
travail, y compris dans celles qui étaient encore largement dominées par l’oral »173. Le contenu
des procédures et des protocoles, souvent d’ordre descriptif, s’appuie sur la réflexion d’équipes
pluridisciplinaires, voire transdisciplinaires. L’élaboration de ce type de document peut
s’amorcer à partir de l’identification d’un problème rencontré sur le terrain professionnel pour
apporter une réponse à une situation particulière. La résolution du problème passe alors par une
analyse des causes et une recherche documentaire sur le type de situation, pouvant impliquer
différentes catégories de documents de référence : référentiels de bonnes pratiques, textes
scientifiques, voire législatifs. Le document produit pourra alors servir d’autres professionnels
pour leur permettre de gérer au mieux une situation présentant des similitudes. En somme, les
protocoles et les procédures sont des artefacts apparaissant comme le prolongement des
dispositifs info-communicationnels dans lesquels ils sont produits. Ces documents peuvent faire
l’objet d’une évaluation régulière, voire d’une actualisation. Ils ont un caractère évolutif qui
introduit une forme de réflexivité sur les pratiques professionnelles et dans laquelle « l’individu
est producteur, mais aussi utilisateur et gestionnaire de documents (textes ou images) qui
guident, soutiennent, produisent et/ou contraignent l’action individuelle ou collective »174.
Ces documents qui s’inspirent, en partie, de référentiels mettent aussi en œuvre un processus
de normalisation des pratiques. En effet, « le document relève de plusieurs systèmes à la fois.
On doit considérer, puisqu’il ne s’agit ici que des documents par intention, que pour chacun
172
Couzinet V. (éd), Jean Meyriat, théoricien et praticien de l’information-documentation : textes réunis à
l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire. Paris : ADBS Éditions, 2011, p. 116.
173
Guyot B., Peyrelong M.-F., « Le document dans une perspective organisationnelle. Un objet comme un autre
? ». Sciences de la société, n° 68, 2006, p. 45.
174
Ibid., p. 46.
95
d’eux le plus important des objectifs à atteindre est celui d’un système de communication, à
savoir la bonne réception par des utilisateurs de l’information que véhicule le document. Or
celui-ci est un produit complexe, ensemble inséparable d’un objet supportant de l’information
et de l’information supportée par cet objet. […] Le document ajoute à cette complexité le risque
d’ambiguïté »175. Cette ambiguïté dont parle Jean Meyriat peut être mise en lien avec la nature
complexe de l’activité humaine, notamment vis-à-vis de ses relations avec différents systèmes
qui lui permettent d’exister, ne serait-ce que d’un point de vue professionnel.
175
Meyriat J., « Pour une compréhension plurisystémique du document [par intention] ». Sciences de la société,
n° 68, 2006, p. 13.
176
Cloarec P., « Protocoles, référentiels de soins, démarche qualité : autonomie collective et dépendance
personnelle ». Recherche en soins infirmiers, n° 93, 2008, p. 28.
96
2.2.1.2 Le cas particulier du dossier médical du patient
Parmi les documents professionnels, citons le cas particulier du dossier médical du patient qui
est un outil d’information-communication entre les professionnels de santé. Et précisons
d’emblée ici qu’il existe plusieurs types de dossier médical : celui pouvant être initié par un
médecin dans le cadre d’une consultation, celui correspondant à l’hospitalisation d’un patient
et le dossier médical partagé (DMP) sur lequel nous apporterons des précisions dans ce
paragraphe. Dans tous les cas de figure le dossier médical du patient est soumis au respect de
la confidentialité des données personnelles et de santé du patient. Et mis à part le DMP qui est
un dossier informatisé, il peut faire l’objet d’une double version papier et numérique.
Dans le cadre d’une hospitalisation, il comprend deux volets : l’un administratif et l’autre
médical. Et les données de santé ne sont pas accessibles aux personnels administratifs, sauf aux
secrétaires médicales qui contribuent à sa constitution sous couvert d’un médecin. Il « assure
la traçabilité de toutes les actions effectuées. Il est un outil de communication, de coordination
et d'information entre les acteurs de soins et avec les patients. Il permet de suivre et de
comprendre le parcours hospitalier du patient. Il est un élément primordial de la qualité des
soins en permettant leur continuité dans le cadre d'une prise en charge pluri-professionnelle et
pluridisciplinaire. Le rôle et la responsabilité de chacun des différents acteurs pour sa tenue
doivent être définis et connus »177. Toutefois, des personnes extérieures à l’établissement dans
lequel il est produit peuvent être amenées à le consulter : le patient lui-même en cas de demande,
son tuteur si celui-ci fait l’objet d’une mesure de protection, son médecin traitant ou toute autre
personne que le patient peut désigner en tant que personne de confiance. Certains cas de litige
conduisent également à une saisie du dossier du patient par le système juridique. Par exemple,
des cas de décès (suicide ou mort soudaine survenus dans le cadre d’une hospitalisation)
peuvent inciter les familles à se porter partie civile dans un procès cherchant à comprendre les
causes d’une situation douloureuse et dramatique. Pour autant tous les éléments du dossier
médical ne sont pas communicables. Sa consultation doit respecter certaines règles de
présentation ou de destinataire à la demande178 et il peut être remaniée à l’intention d’un
consultant particulier.
177
Source : site de la HAS, [consulté le 12 juin 2017], URL : https://www.has-
sante.fr/portail/jcms/c_438115/fr/dossier-du-patient.
178
Source : Site officiel de l’Administration française, [consulté le 16 juin 2017], URL : https://www.service-
public.fr/particuliers/vosdroits/F12210.
97
Ces précisions permettent de différencier information professionnelle et information médicale
au cœur même de l’exercice clinique, où se distinguent tout en s’entremêlant les champs
d’activité de diverses catégories de professionnels du secteur de la santé, dont les activités
informationnelles sont orientées par leur activité principale (Paganelli, 2013). Dans les
pratiques hospitalières, le dossier médical du patient est un dispositif info-communicationnel
permettant de s’informer et d’informer sur l’évolution de l’état clinique du patient. Il est un
micro dispositif utilisé pour la prise en charge du patient. Sa manipulation oblige au respect de
la confidentialité. Et, si la question de la confidentialité qui soulève aussi celle de l’éthique
professionnelle est au cœur du code déontologique de nombreux métiers du soin, dont celui de
musicothérapeute, les procédures de certification et la loi179 viennent renforcer l’exercice de ce
principe.
Par ailleurs, le Dossier Médical Partagé (DMP) est un document dématérialisé « accessible au
patient et qui permet à tous les professionnels de santé autorisés, les médecins, les infirmiers
et les pharmaciens, de déposer et partager les documents qu’ils jugent utiles à la prise en
charge coordonnée de leurs patients »180. La création du DMP, tient à la loi n° 2004-810 du 13
août 2004 relative à l’assurance maladie. Sa mise en œuvre a donné lieu à de nombreuses
polémiques qui ont entraîné certains réajustements et la définition d’une politique de gestion
des données numériques de santé ayant conduit à la création de l’ASIP Santé en 2009 qui en
assure désormais la gestion. En effet, le sigle DMP signifiait initialement « Dossier Médical
Personnel ». La création de l’ASIP Santé a conduit à l’évolution de cette terminologie ambiguë
soulevant des questions éthiques pour évoluer vers l’appellation « Dossier Médical Partagé ».
Le fonctionnement et les missions de cette agence ont été précisés par l’Arrêté du 18 septembre
2013 portant approbation de la convention constitutive du groupement d’intérêt public «
Agence nationale des systèmes d’information partagés de santé » pour assurer, sur un plan
national le développement et la gouvernance de la e-santé. Cette « nouvelle » gouvernance a
également mené à la constitution d’un répertoire des professionnels de santé habilités à
consulter le DMP. Et, l’ASIP Santé assure et contrôle « La certification, la production, la
gestion et le déploiement de la carte de professionnel de santé et, plus généralement, de
dispositifs assurant les fonctions d’identification, d’authentification, de signature et de
chiffrement permettant aux professionnels de santé de faire reconnaître, dans les conditions de
179
Notamment avec la loi du 04 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé.
180
Source : Site du Ministère des Solidarités et de la Santé, [consulté le 16 juin 2017], URL :
http://esante.gouv.fr/services/espace-cps/dmp-dossier-medical-partage
98
sécurité et de confidentialité requises, leur identité et leurs qualifications professionnelles par
les systèmes d’information et d’échanges électroniques qu’ils utilisent »181. La constitution de
ce répertoire des professionnels de santé élargit désormais l’accès du DMP à d’autres catégories
de professionnels que celles initialement visées182 : les kinésithérapeutes, les psychologues ou
encore les ergothérapeutes. Et alors que les usages en cours dans la plupart des établissements
de santé autorisent la consultation et le renseignement du dossier patient par tous les personnels
soignants, y compris les musicothérapeutes, le DMP limite son accessibilité aux professionnels
de santé dont le statut fait l’objet d’une définition juridique.
181
Ministère des Affaires sociales et de la Santé, « Arrêté du 18 septembre 2013 portant approbation de la
convention constitutive du groupement d’intérêt public "Agence nationale des systèmes d’information partagés de
santé" ». Journal officiel de la République Française du 18 octobre 2013, texte 20 sur 168, [version PDF en ligne].
URL : http://esante.gouv.fr/sites/default/files/joe_20131018_0020-1.pdf [consulté le 14 juin 2017]
182
Pour rappel de ces catégories de professionnels initialement visées : les médecins, les infirmiers et les
pharmaciens. Cf. : fin de la page précédente.
183
Notamment depuis la réforme de la sécurité sociale de 1995, la création de la HAS en 2004, la loi du 21 juillet
2009 portant réforme de l'hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (HPST), etc.
99
documents professionnels situent l’activité informationnelle au croisement de trois grandes
dimensions, sociale, opérationnelle et stratégique qui s’imbriquent les unes aux autres
(Paganelli, 2012). Pouvant jouer un rôle de médiation dans les pratiques professionnelles, ces
imbrications donnent aussi au document professionnel un aspect programmatique, malgré
certaines limites que nous avons décrites par rapport aux procédures et qui renvoient à l’idée
de fuite du dispositif que nous évoquions plus haut. Et les particularités hybrides du document
professionnel que nous repérons à travers la multiplicité des supports que convoque cette
catégorie de dispositif nous conduit à préciser quelques particularités du document numérique.
La notion de document numérique renvoie à une pluralité d’objets de partage, alors même que
le document traditionnel intègre différents types de réseaux sociaux plus ou moins profanes,
culturels, marchands, professionnels ou institutionnels révélant des enjeux pouvant être d’ordre
cognitif, socio-économique, idéologique, politique et éthique en lien avec sa qualité
informationnelle (Couzinet et al, 2001). Ces enjeux confèrent au document une valeur inhérente
au cadre de son énonciation et de la réception de son contenu, définissant ainsi des systèmes de
communication : publique, professionnelle, scientifique, politique, etc. qui en affirment la
dimension sociale et pouvant jouer un rôle dans la médiation des savoirs (Régimbeau, Couzinet,
2004). Dans cette logique, le contexte éditorial du document contribue à définir la pertinence
de son contenu informationnel dans les rapports qu’il entretient avec une ou plusieurs
communauté(s) d’acteurs, par exemple dans le champ de la communication scientifique
(Meyriat, 2006). A travers cet objet complexe qu’est le document et d’où peuvent émerger des
représentations déterminantes de l’évolution intellectuelle et sociale des communautés de
lecteurs, le syntagme document numérique couramment usité en SIC tend à une signification
plurielle.
Dès le début des années 1990, le philosophe Bernard Stiegler différencie la matérialité statique
des documents traditionnels (manuscrits et imprimés) de la nature dynamique du support
numérique. Cette dernière faciliterait un hyper traitement de texte selon des techniques de
lecture-écriture que l’on peut identifier, par exemple, à travers les pratiques d’annotation que
l’outil numérique rend possibles (Stiegler, 1991). Le linguiste Jacques Virbel renforce cette
idée en postulant que la lecture assistée par ordinateur induit de nouvelles pratiques de lecture-
écriture modifiant la relation des documents à leurs auteurs et à leurs lecteurs (Virbel, 1994). A
100
un niveau international, Mickael Buckland184 précise cette différenciation par rapport aux
incidences sémio-techniques du numérique sur le document. Pour lui, le numérique instaure
une organisation binaire de l’information qu’il transforme en données ce qui altère la forme
physique du document et déplace la compréhension de la notion même de document (Buckland,
1997). Dans des travaux plus récents, la recherche en SIC réinterroge la notion d’entité
documentaire telle qu’elle existe via les supports électroniques. En effet le numérique facilite
l’utilisation de différents systèmes de représentation et de liens hypertextes et influence les
modes de production des documents ainsi que les modes de réception, interférant aussi sur les
notions de document par intention et de document par attribution (Couzinet et al., 2001). Et
nous pouvons conférer au document numérique d’autres aspects socio-sémio-techniques,
notamment lorsque celui-ci se matérialise sur un écran nécessitant une connexion, voire un droit
d’accès. Par ailleurs, si certains collectifs différencient document traditionnel et document
numérique attribuant à ce dernier la notion de structure et de données (Pédauque, 2003),
rappelons ici que le document traditionnel présente également une structure et des données, en
lien avec les contraintes exercées par ses contextes de production et de co-construction de sens.
Bien que la possibilité de liens hypertextes ne soit pas propre au numérique185, les technologies
numériques modifient aussi les relations entre le document et son lecteur en réduisant les
184
Mickael Buckland, professeur en documentation Outre Atlantique, est considéré comme l’un des précurseurs
de l’histoire des sciences de l’information rendant hommage aux œuvres de Suzanne Briet et Paul Otlet.
185
Par exemple en référence aux travaux de Paul Otlet sur la bibliométrie. Cf. : Otlet P., Traité de documentation :
le livre sur le livre, théorie et pratique. Bruxelles, Editions Mundaneum, 1934.
101
chaînes de distribution documentaire. Le lecteur interagit plus facilement avec de nombreux
documents. La dimension sociale du document s’en trouve également affectée : les circuits de
communication des documents permettent des modes d’appropriation qui déplacent les cadres
antérieurs de leurs partages communautaires, pour parfois devenir un support de l’action.
Prenant en compte différents niveaux (organisationnel, de contrôle et interactionnel) des formes
auxquelles il donne lieu, son contenu s’appréhende par rapport aux contextes par lesquels il
transite : « Le document numérique déconstruit par la formalisation et reconstruit par la
publication ne peut plus être appréhendé sous l’angle d’une seule de ses publications mais
comme un tout, un dossier composé d’une structure canonique de référence et des formes
publiées renvoyant aux pratiques »186. Ainsi, avec les questions de stabilité, de contexte
éditorial, de modes de production et de lecture, de situations communicationnelles que posent
les documents numérisés et numériques dans quelle mesure la redocumentarisation187 qui se
déploie via le numérique et le réseau internet permet-elle d’optimiser l’usage du document ?
Les particularités du document numérique en lien avec ses valeurs logarithmiques, ses formes
hybrides, la diversité des systèmes de signes de ses contenus, ses corrélations canoniques, ses
liens hypertextes voire extra-textes, c’est-à-dire pouvant être produits par la curiosité du lecteur-
usager d’internet, permettent tant de probabilités de lecture qu’elles semblent lui donner un
caractère illimité. Et, du document connecté au document support d’écrilecture, en passant par
le document-processus, les possibilités de publication augmentée, d’annotation sémantique et
d’écriture collaborative, le numérique redessine les contours du document traditionnel.
(Broudoux, 2016). En tant que micro-dispositif englobé par les dispositifs numériques, le
document numérique nous conduit à préciser dans ce qui suit les caractéristiques et les
fonctionnalités de cette autre typologie de dispositif qui renforcent la dimension hybride,
opérationnelle, sociale, voire stratégique et politique du document traditionnel.
Comme le rappelle Josiane Jouët, c’est après un pari peu concluant sur le minitel dans les années
1990 que la France entre dans une politique néo-libérale de développement d’une nouvelle
186
Crozat S., Bachimont B., « Réinterroger les structures documentaires : de la numérisation à l’information ».
Revue I3 – Information, interaction, intelligence, 4, (1), 2004, p. 72.
187
Terme emprunté ici à Jean-Michel Salaün. Cf. : Salaün J.-M., « La redocumentarisation, un défi pour les
sciences de l’information ». Études de communication, 30, 2007, p. 13-23.
102
télématique de masse représentée par les TIC et le développement d’internet. Celle-ci n’est plus
placée sous le contrôle de l’administration publique et se déploie dans le contexte d’une
mondialisation de plus en plus décomplexée. De manière relativement rapide, le marché des
micro-ordinateurs rend accessible à de nombreux foyers l’équipement en informatique. En
même temps, l’offre de services des opérateurs se diversifie, cherchant à répondre aux besoins
des usagers. En 2008, 55% des foyers français disposent d’un dispositif numérique connecté
(Jouët, 2011). Selon l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE),
en 2012, la France se trouve en huitième position des pays européens concentrant le plus fort
taux d’internautes : trois personnes sur quatre résidant en métropole utilisent internet et la
fracture numérique tend à se réduire entre les catégories sociales (Gombault et al., 2012).
D’après l’International Telecommunication Union (ITU), le taux de pénétrabilité d’internet
s’est multiplié par sept entre les années 2000 et 2015, passant de 6,5 à 43% de la population
mondiale188. Ces différentes données montrent l’impact du numérique à l’échelle mondiale et
conduisent à relever que les dispositifs numériques, dès lors qu’ils sont connectés, contribuent
à faire d’internet un nouveau média de masse.
Aujourd’hui, la notion de dispositif numérique renvoie tout aussi bien à un ensemble d’objets
connectés (ordinateurs, télévisions, téléphones mobiles, etc.) qu’aux diverses formes d’objets
sociotechniques qu’ils intègrent : messageries électroniques, plateformes contributives,
collaboratives, sites web, réseaux socio-numériques, etc. (Peraya, Bonfils, 2012). Ils trouvent
une utilité aussi bien en tant que nouvel outil d’écriture participant des processus de production,
de diffusion, et de réception de l’information, qu’outil de production de l’activité des
organisations, de diffusion de la culture, de présentation de soi, de socialisation, etc. Ces
dispositifs sont désormais largement intégrés aux environnements de nombreux acteurs et
peuvent être instrumentalisés à des fins relativement variables selon leurs usages. Les SIC
continuent d’interroger ces usages, selon différents axes (Jauréguiberry, Proulx, 2001 ;
Paquienséguy, 2007,2013 ; Granjon, Denouël, 2011 ; Breton, Proulx, 2012 ; Paganelli, 2012 ;
Dominget, 2015). A travers ces différents travaux, l’usage peut se définir comme un
« phénomène complexe qui se traduit par l’action d’une série de médiations enchevêtrées entre
les acteurs humains et les dispositifs techniques »189. Les usages sont des construits sociaux,
188
Source : site de l’International Telecommunication Union, [consulté le 29 juin 2017], URL :
http://www.itu.int/net/pressoffice/press_releases/2015/17-fr.aspx#.WVTsqGcpz9L
189
Breton P., Proulx S., « 11/ Usages des technologies de l'information et de la communication ». In Breton P.
(éd.), L'explosion de la communication. Introduction aux théories et aux pratiques de la communication. Paris :
La Découverte, « Repères », 2012, p. 266.
103
renvoyant aussi aux notions de pratique et de contexte. En ce sens, il est difficile de comprendre
les usages du numérique en séparant la technologie des propriétés connexionnelles qui la
caractérisent et qui sont en lien avec le développement d’internet (Cabin, Dortier, 2008).
L’évolution constante du réseau a transformé l’ordinateur en un médium opérationnel pouvant
servir aussi bien la production de documents de différentes catégories que leurs partages. Et,
l’évolution des interfaces que proposent les TICN associée à celle d’internet a donné lieu à
diverses possibilités d’interactivités qui font des dispositifs numériques des outils
multifonctionnels tout autant que des dispositifs sociotechniques contenant des potentialités
médiatiques comme nous avons pu le voir plus haut190, mais aussi médiatrices et
programmatiques.
Les fonctionnalités des dispositifs numériques offrent des modalités d’accès à l’information, à
la documentation, de présentation de soi et de mises en réseaux inédites, selon des situations de
communication qu’ils contribuent à structurer en modifiant les rapports du sujet humain à
l’espace, au temps et aux autres (Jauréguibéry, Proulx, 2011). Ces potentialités s’appuient sur
les propriétés des interfaces et des logiciels développés par les concepteurs pour rendre ces
dispositifs opérationnels. Avec le développement des réseaux de communication, les dispositifs
numériques proposent différents types de relation : homme-machine, interpersonnelles et
sociales médiées par le numérique, pouvant être source de partage, de coopération, de
socialisation et donnant lieu à diverses formes d’interopérabilités. Selon Michel Arnaud,
spécialiste du droit de la télécommunication, des médias et des technologies,
« l’interopérabilité permet à plusieurs systèmes, qu’ils soient identiques ou radicalement
différents, de communiquer sans problème »191 (Arnaud, 2005 : 94). La notion d’interopérabilité
renvoie alors à celle d’interactivité qui se trouve au cœur des théories de la communication.
Mais dans quelle mesure les TIC permettent-elles d’interagir ? Avec qui ? Avec quoi ? Selon
quelles temporalités synchrones ou asynchrones ? Cette interactivité implique-t-elle
obligatoirement la réciprocité des échanges ? A quelle(s) forme(s) de médiation donne-t-elle
lieu ?
190
Notamment en référence au paragraphe « Représentations, média, médiation ». Cf. : p. 79-84 de la thèse.
191
Arnaud M., « Interopérabilité ». In France. Commission pour l’Unesco, La « Société de l’information » :
glossaire critique, Paris : La Documentation française, 2005, p. 94.
104
Pour le sociologue Christian Papilloud, les médias numériques impliquent différents degrés
d’interactivité pouvant se rapporter à des choix optionnels conditionnés par le médium lui-
même : « l’activité de l’utilisateur s’avère tout aussi déterminante que les possibilités offertes
par les technologies digitales pour définir les critères stimulant l’interactivité »192. En ce sens,
l’interactivité serait proportionnelle aux efforts cognitifs de l’utilisateur, à ses capacités de
réponses adaptatives, sa manière de rechercher l’information et de l’utiliser ou encore la façon
dont le dispositif médiatique facilite ou pas la communication interpersonnelle. L’interactivité
n’est pas une propriété inhérente aux dispositifs numériques, tout socio-numériques soient-ils.
Celle-ci relève plutôt des relations que la machine médiatise entre l’homme et les objets pouvant
être de nature diverse : contenu informationnel, objet culturel, accès à un service public, réseau
professionnel, etc. La matérialité même du dispositif peut interférer sur ces relations, mettant
en œuvre une sorte de lien techno-social concrétisé par exemple par la messagerie électronique,
les plateformes collaboratives, les réseaux documentaires ou encore les réseaux socio-
numériques (Papilloud, 2010). Et, si les grands groupes du Web193 qui dominent le marché du
numérique peuvent faire l’objet de nombreuses critiques d’ordre éthique, relatives au non-
respect de la vie privée ou à des questions d’ordre fiscal, ils proposent aussi des formes de mises
en relation inédites. Contribuant à l’essor du e.commerce ou encore à la visibilité de nombreux
acteurs sociaux, ils mettent à disposition des internautes de nombreux outils pouvant également
servir la recherche, par exemple pour des enquêtes en ligne, par le biais de formulaires de type
Google Form qui laisse aussi une part de liberté dans la construction de questionnaires.
Les dispositifs numériques renvoient aussi aux potentialités inter-médiatiques dont ils
disposent : « un produit médiatique devient intermédiatique quand il transpose le côte à côte
multimédiatique, le système de citations médiatiques, en une complicité conceptuelle dont les
ruptures et stratifications esthétiques ouvrent d'autres voies à l'expérience »194. Ces
potentialités du numérique renvoient à la notion d’intermédialité qui constitue un axe
épistémique pouvant s’articuler aux objets de recherche en SIC (Régimbeau, 2006 ; Bonaccorsi,
Flon, 2014 ; Di Fillipo, 2018). Si l’intermédialité pose un cadre de travail pour étudier la
circulation des formes culturelles, il paraît difficile, pour certains chercheurs, de le maintenir
en contexte numérique où s’observe une forte dispersion des médialités. En ce sens, ils
192
Papilloud C., « L’interactivité ». Tic&société, vol. 4, n° 1, 2010, p. 15.
193
En référence aux groupes Google, Apple, Facebook, Amazone, Microsoft (GAFAM).
194
Müller J. E., « L’intermédialité, une nouvelle approche interdisciplinaire : perspectives théoriques et pratiques
à l’exemple de la vision de la télévision ». Cinémas, vol. 10, n° 2-3, 2000, p. 114.
105
proposent le terme d’intermédiaticité permettant d’appréhender les objets médiatiques en
travaillant sur les composantes de leur hétérogénéité tout en prenant en considération la
circulation de la culture médiatique qui leur est inhérente et qui englobe les valeurs culturelles,
symboliques et sociales pouvant être associées à un média (Bonaccorsi, 2013 ; Bonaccorsi,
Plon, 2014). En ce sens, un article de revue scientifique médié par le numérique permet de situer
son contenu informationnel selon un point de vue différent de celui pouvant être exprimé sur
un document PDF publié sur le site web d’une institution. Et l’étude des relations entre les
représentations émergeant de ces différents contenus médiatiques s’attachera aux effets de sens
produits par les interactions entre les significations pouvant se révéler à travers eux, prenant
également en considération le cadre d’énonciation produit non seulement par la catégorie de
l’acteur mais aussi par la nature du média qu’il utilise pour communiquer sur un sujet en
particulier.
106
2.2.2.2 De la potentialité programmatique des dispositifs numériques
En amont des usages auxquels le numérique peut donner lieu, les potentialités médiatiques des
dispositifs numériques se situent entre les concepteurs et les éditeurs qui participent au
déploiement de réseaux plus ou moins informationnels visant diverses communautés
d’internautes. Et, ces potentialités continuent d’évoluer avec l’expérience des utilisateurs,
impliquant des interactions entre concepteurs et usagers qui permettent de définir un cadre de
référence sociotechnique tendant à stabiliser les dispositifs tout en construisant un imaginaire
techno-social collectif (Flichy, 2001). En ce sens, l’informatisation des institutions et des
entreprises depuis le milieu des années 1990 coïncidant avec le développement des réseaux
internet et intranet a entraîné différents usages des dispositifs numériques dans le monde
professionnel195. Se substituant peu à peu aux anciens outils d’écriture et dispositifs
sociotechniques, les dispositifs numériques proposent désormais des formes inédites de travail,
de coopération et de gestion. Bien que leur intégration dans le monde du travail repose sur des
décisions économiques et politiques qui se sont opérées, en grande partie, en dehors de toute
discussion ou compromis entre les employeurs et les salariés, les technologies numériques ont
fait, depuis, l’objet d’une assimilation sociale progressive dans tous les secteurs d’activité. Et,
si la manière dont s’est opérée cette intégration a pu susciter quelques résistances à ses débuts,
avec le recul, nous pouvons également mettre en lien ces formes d’opposition avec les
difficultés techniques éprouvées par les individus dans leur appréhension de technologies que
l’on qualifiait alors de « nouvelles » sur le terrain professionnel. Quoi qu’il en soit, cette
insertion du numérique dans les organisations publiques et privées a réussi à imposer au monde
du travail de nouvelles normes d’équipement et de fonctionnement, constituant ainsi un point
d’ancrage à la rationalisation gestionnaire des organisations et à la mise en œuvre de nouvelles
stratégies organisationnelles et de management. En ce sens, « il est illusoire de vouloir
distinguer les effets propres à tel ou tel dispositif technique des effets liés aux changements
organisationnels qui y sont associés »196.
Dans la continuité des travaux issus de la sociologie du travail, Jean-Luc Metzger situe deux
niveaux de changement technico-organisationnel rendus possibles par les dispositifs
195
Nous avons déjà évoqué ce point dans le paragraphe concernant « Les documents professionnels dans le secteur
de la santé ». Cf. : p. 93-100 de la thèse.
196
Metzger J.-L., 2011, TIC et travail : de l’étude des usages à la critique de l’impératif du changement. In Denouël
J., Granjon F. (dir), Communiquer à l’ère du numérique. Regards croisés sur la sociologie des usages. Paris :
Presses des Mines, 2011, p. 102.
107
sociotechniques. L’un, en tant que processus de rationalisation multidimensionnel, offrirait de
nombreuses possibilités d’actions aux acteurs leur permettant de s’approprier (ou non) des
opportunités de développement de pratiques et de rapprochement entre catégories
professionnelles. L’autre, en tant qu’enjeu de régulation nécessite de prendre en considération
les rapports sociaux et les tensions entre les catégories d’acteurs, établissant par là même un
ordre dans l’organisation, selon le pouvoir d’une direction qui définit les règles du changement
organisationnel (Metzger, 2011). Ces deux niveaux de changement confèrent à l’acteur un rôle
essentiel au fonctionnement des dispositifs. Mais, dans quelle mesure et dans quel sens les
dispositifs numériques permettent-ils aux acteurs d’évoluer dans des organisations qui se
structurent également selon certains déterminants sociaux ? D’autant que la rationalisation de
l’activité par les TIC permet aussi aux dirigeants d’envisager l’informatisation du travail sous
l’angle de la remise en question des zones d’incertitude des acteurs et peut les conduire à
prescrire des usages visant l’appropriation du contrôle de l’organisation, déstabilisant ainsi
d’anciens jeux d’acteurs pour en mettre de nouveaux en place (Pavé, 1989). En ce sens les
dispositifs numériques ont une fonction programmatique du changement organisationnel. En
effet, « si les TIC sont introduites dans les entreprises, c’est parce que les directions espèrent,
grâce à elles, augmenter la productivité et accroître la réactivité, ainsi que la traçabilité (dans
une perspective de qualité totale). Leur rôle est de fluidifier les échanges d’information et de
contribuer à la standardisation de la communication. »197. Avec le numérique, cette mutation
s’opère selon un régime de calcul interférant sur les pratiques info-communicationnelles et
sociales des acteurs pour donner lieu à de nouvelles formes objectives de construction de sens.
Leur utilisation, orientée vers l’activité professionnelle, permet le partage d’information,
d’événements et par là-même la construction d’une confiance nécessaire aux projets collectifs
des organisations (Salanskis, 2015).
Ainsi, l’approche réaliste des usages des dispositifs socio-numériques ne doit jamais perdre de
vue la dialectique entre les conduites microsociales et les orientations macrosociales. Ils
impliquent des expériences personnelles et collectives à situer entre « l’action des sujets et le
système social, l’histoire-faite-corps et l’histoire-faite-chose, les dispositions et les hors-
champs, les épreuves personnelles de milieu et les enjeux collectifs de structure sociale »198.
197
Metzger J.-L., Ibid., p. 110.
198
Granjon F., Denouël J., « Penser les usages des technologies numériques d’information et de communication ».
In Granjon F., Denouël J. (dir), Communiquer à l’ère numérique. Regards croisés sur la sociologie des usages.
Paris : Presses des Mines, 2011, p. 133.
108
Cette dialectique qui conjugue des usages et des rapports sociaux s’ancre dans un ensemble de
pratiques sociales plus anciennes fondées sur l’acceptation consensuelle d’un l’ordre social
établi. Elle participe à la construction sociale de la réalité selon le procès d’une médiation
symbolique qui permet de récupérer des idéaux émancipateurs et de les convertir en idéologie
pour construire un imaginaire collectif susceptible, en effet, d’émanciper les acteurs, mais aussi
de reproduire les inégalités, voire de les accentuer (Granjon, Denouël, 2011 : 17).
Ainsi, les TIC ont évolué selon un imaginaire collectif les propulsant à un rang de technologies
de la socialisation, dopant les espérances d’un nouvel espace à investir et mettant en tension
internet et le numérique, entre utopies et dystopies (Gallot, Verlaet, 2016). Ce processus, qui
s’inscrit dans un principe de coopération à la base de l’architecture du réseau internet et des
potentialités techniques des dispositifs numériques, a favorisé l’émergence de nombreux
réseaux socio-numériques depuis le début des années 2000. Et rappelons ici la dimension
panoptique de ces réseaux qui a conduit de nombreux utilisateurs à développer des stratégies
de mises en scène (ou en représentation) visant le contrôle de leurs identités numériques
(Proulx, Kwok-Choon, 2011). Retenons également que les processus d’appropriation sociale
des dispositifs numériques sont complexes. Ils sont toujours situés par rapport à un utilisateur
singulier (Heid et al., 2018). Entre potentialités médiatrices et programmatiques des dispositifs
numériques, les usages des TIC sont également à resituer par rapport à un ensemble de pratiques
sociales qui s’ancrent dans des situations de communication d’ordre anthropologique, c’est-à-
dire replaçant l’humain et ses propres potentialités au centre du dispositif. Ces considérations
nous conduisent à une autre typologie de dispositif : le dispositif de soins.
Dans ce paragraphe, nous revenons de façon implicite sur la notion de soin, que nous avons
déjà abordée dans le chapitre 2 de cette première partie, pour la préciser, ici, en lien avec celle
de dispositif. Et, cette catégorie de dispositif nous intéresse dans la thèse pour plusieurs raisons.
Déjà il s’agit d’un outil expérimenté par les praticiens de la musicothérapie et qui renvoie à des
questions sur la place qu’ils y occupent199. Nous avons aussi vu que la musicothérapie se définit
comme un micro-dispositif pouvant s’insérer dans le dispositif de soins. D’autre part, le
dispositif de soins permettant la mise en œuvre du processus thérapeutique peut être considéré
199
Nous développerons ce point dans la deuxième partie de la thèse concernant la méthodologie de la recherche.
109
comme un ensemble de relations, un système, dans lequel le patient occupe une place centrale.
Ce système s’inscrit lui-même dans un système plus englobant : le système de santé. En ce sens,
dans ce qui suit nous nous intéresserons plus particulièrement à la place du patient dans le
dispositif de soins et à celle de ce type de dispositif dans le système de santé, ce qui nous
permettra également de mieux contextualiser la place de la musicothérapie dans ce système.
200
L’article 1 de l’ordonnance n° 2005-406 du 2 mai 2005 stipule que le projet d’établissement défini sur la base
du projet médical « comporte un projet de prise en charge des patients en cohérence avec le projet médical et le
projet de soins infirmiers, de rééducation et médico-technique ».
201
Phanuel D., 2002, Confiance dans les soins et soin de la confiance : la réponse relationnelle. Politiques et
management public. Numéro spécial : « L'évaluation de l'action publique : pour quand ? »,
vol. 20, n° 4, 2002, p. 119.
110
Ce dispositif global renvoie alors à la notion de structure organisationnelle (ou de matrice)
définissant l’hôpital ou la clinique, si nous parlons du secteur privé. Ces lieux que dans le
langage courant on nomme aussi parfois des institutions ne sont pas dénués d’une forme de
relation au pouvoir-savoir, évoqué plus haut en référence à Michel Foucault, notamment dans
les représentations du patient hospitalisé. En effet, ce dernier se trouve alors en position de
vulnérabilité face au pouvoir médical supposé-savoir et au pouvoir administratif supposé-
garant du bon fonctionnement de l’établissement. Au niveau des personnels soignants, la force
du pouvoir médical se traduit en termes de hiérarchie par rapport aux différentes catégories
professionnelles participant aux soins. Le dispositif de soins met également en œuvre des
relations transversales entre les diverses catégories d’acteurs. Et, le pouvoir administratif vient
alors complexifier un système dans lequel le patient occupe une place centrale, également en
tant qu’usager du système de santé. Au début des années 2000, avec la loi du 4 mars 2002
relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, les politiques de santé
publique insistent sur la nécessité de placer le patient au centre du dispositif de soins, en le
propulsant à une place d’où il est censé être le principal acteur de sa thérapie. A l’instar de
Michel Foucault, relevons ici que l’expression placer le patient au centre du dispositif se révèle
plutôt ambigüe. Elle exprime, à la fois, l’idée d’être pris par la dynamique thérapeutique
pouvant être instaurée par le dispositif et celle d’être aux prises avec lui. Et, particulièrement
en psychiatrie, nous pouvons nous demander quelle est la capacité réelle du patient à être acteur
du dispositif ?
Nous l’avons vu, en psychiatrie, le patient peut éprouver certaines angoisses relativement
violentes pour lui-même et pour les autres. Ces états peuvent être mis en lien avec sa pathologie,
sa proximité avec d’autres patients ou encore une série de questions qu’il se trouve parfois dans
l’impossibilité de formuler. Dans ces moments, comment le dispositif de soins opère-t-il pour
permettre au patient d’être acteur de sa thérapie ? Comment les ressources humaines qu’il est
censé mettre en œuvre se mobilisent-elles pour utiliser le dispositif dans un contexte pouvant
présenter une situation d’urgence où les soignants n’ont pas obligatoirement le temps de
penser ? En effet, « La discipline psychiatrique, alignée sur le modèle des services généraux,
tend à se dissoudre dans la médecine somatique et est alors soumise aux mêmes injonctions
que celle-ci. Réduction des coûts oblige, on "instrumentalise". On introduit la "gestion de
proximité", la "qualité", "l’évaluation", la "gestion des lits", etc. : autant de signifiants
modernes, importés du management des ressources humaines, qui risquent de dénaturer la
111
relation humaine »202 et d’entraîner une certaine indisponibilité des soignants. Entre
fonctionnement de la structure organisationnelle, soins techniques et relationnels, rappelons que
la prise en charge du patient est un processus complexe par lequel celui-ci peut faire l’épreuve
d’une double vulnérabilité : à la fois physique, en lien avec sa maladie, et psychologique en
rapport à un sentiment d’incertitude vis-à-vis du contexte hospitalier et des acteurs de ce
secteur. En psychiatrie, ce type de situation peut également générer chez le patient un état de
crise aigüe pouvant se solder par une mesure médicale relativement coercitive : contention
physique, chimique ou autre. Il est à noter que lorsque la scène se passe dans un établissement
de soins privé, le patient peut faire l’objet d’une mesure de Soins Psychiatriques à la Demande
d’un Tiers (SPDT), c’est-à-dire d’un transfert vers un établissement public ne nécessitant pas
son consentement. Et dans cette position, de quelle place le patient est-il encore acteur dans le
dispositif ? Que dit la législation à ce propos ?
Si comme nous l’avons déjà vu, la question de la santé mentale a évolué lentement depuis la fin
de la Deuxième Guerre mondiale203, on assiste à une structuration tout aussi lente de son
encadrement législatif. Jusqu’en 1968, toute personne faisant l’objet d’un internement se voyait
automatiquement dessaisie de la gestion de ses biens pendant toute la durée de son
hospitalisation, et ce, sans avis médical, sur simple décision administrative (Verdier, 2012).
Avec la loi tardive du 27 juin 1990, relative aux droits et à la protection des personnes
hospitalisées en raison de troubles mentaux, aujourd’hui « un patient suivi en ambulatoire peut
faire l’objet d’une sauvegarde de justice, alors qu’un autre hospitalisé en psychiatrie ne fera
l’objet d’aucune mesure de protection »204. Outre les mesures de sauvegarde, il existe
également des modalités d’hospitalisation sans consentement : les Soins Psychiatriques à la
Demande d’un Tiers (SPDT) et les Soins Psychiatriques sur Décision du Représentant de l’État
(SPDRE), en l’occurrence le Préfet. Seuls les établissements publics sont habilités à accueillir
des patients en SPDT ou SPDRE. Cette prérogative permet aux établissements privés d’utiliser
une mesure de SPDT, notamment lorsque le patient devient trop difficile à « gérer ». En effet,
sur le terrain de la clinique, une personne en état de crise aigüe n’est pas toujours réceptive à la
réponse médicale ou paramédicale qui lui est fournie. Et on imagine aisément qu’un soignant,
médecin y compris, souvent occupé à de nombreuses tâches, puisse avoir lui-même ses propres
202
Brient P. « Du regard à la parole : la relation soignant-soigné en psychiatrie ». Cahiers de psychologie clinique,
vol. 28, n° 1, 2007, p. 61-62.
203
Cf. : paragraphe « Des représentations ancrées dans un héritage socioculturel et historique », p. XX
204
Postel J., Dictionnaire de Psychiatrie et de psychopathologie clinique. Paris : Éditions Larousse, 1998, p. 407.
112
urgences à gérer. Ainsi, pour peu que se rajoute à la situation de communication des notions de
dangerosité ou de péril imminent, le seuil est vite franchi pour donner lieu à une décision
drastique. Solution somme toute radicale, pouvant être préconisée par l’entourage soignant et
imposée par la loi complice d’un avis médical soutenu par un directeur d’établissement
(Verdier, 2012). Le cas échéant, il existe des conditions d’entrée dans ce type de processus
selon un dispositif de droit commun205. Et, malgré les avancées posées par la loi du 4 mars 2002
relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé dont nous avons déjà parlée,
les soins psychiatriques sans consentement sont seulement régis depuis la loi du 5 juillet 2011,
relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux
modalités de leur prise en charge. Avec elle, le patient peut enfin faire appel à un juge des
libertés et de la détention.
Selon l’OMS, « un système de santé englobe l’ensemble des organisations, des institutions, des
ressources et des personnes dont l’objectif est d’améliorer la santé. La plupart des systèmes de
santé nationaux sont composés d’un secteur public, d’un secteur privé, d’un secteur
traditionnel et d’un secteur informel. Les systèmes de santé remplissent principalement quatre
fonctions essentielles : la prestation de services, la création de ressources, le financement et la
gestion administrative. »206. En France, le système de santé est le produit d’une lente
structuration de la société depuis le milieu du XVIIe et « la question de la création d’un
ministère de la santé n’a été véritablement posée que lors de la crise provoquée par la
désorganisation des pouvoirs publics face à l’épidémie de grippe espagnole de 1918. »207.
Après la création du ministère de l’hygiène, de l’assistance et de la prévoyance en 1920 et celle
de la sécurité sociale en 1945, c’est la Constitution de 1946 qui affirme la responsabilité des
pouvoirs publics en matière de santé. En 1953 paraît la première édition du code de santé
publique. Puis en 1958, l’ordonnance du 30 décembre instaure la création des Centres
Hospitaliers Universitaires (CHU) qui envisage aussi une réforme de l’enseignement médical.
Depuis, le système hospitalier a fait l’objet de nombreuses transformations, dont la mise en
place d’un pilotage du système hospitalier par l’État, la création des agences régionales de
205
Source : Ministère des Solidarités et de la Santé, Procédure sur demande d’un tiers ou en cas de péril imminent,
[en ligne]. URL : http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/tableau_exhdt_.pdf [consulté le 30 mai 2017].
206
Source : Site de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS/WHO), [consulté le 20 juin 2017], URL :
http://www.who.int/topics/health_systems/fr/.
207
Tabuteau D., « Santé et politique en France ». Recherche en soins infirmiers, n° 109, 2012, p. 8.
113
l’hospitalisation (ARH) et leur transformation en agences régionales de santé (ARS) en 2009
(Tabuteau, 2012 : 11). Plus tard, le développement des technologies du numérique a entraîné la
création de nombreuses autres institutions renforçant l’autorité de l’État dans la gouvernance
du système de santé. Ainsi, outre l’actuel Ministère des Solidarités et de la Santé, le système de
santé implique de nombreux acteurs et actants qui ne semblent pas menacés par les promesses
électorales de restriction d’effectifs dans la fonction publique exprimées au cours de la
campagne présidentielle de 2017 et qui reviennent régulièrement sur la scène des débats
politiques. Parmi eux nous avons déjà pu faire référence à la HAS qui depuis avril 2018 a
fusionné avec l’Agence Nationale de l’Évaluation et de la qualité des établissements sociaux et
médico-sociaux (ANESM), aux ARS, à l’Agence nationale des systèmes d’information
partagés de santé (ASIP Santé). Notons aussi au passage, l’existence du Haut Conseil de la
Santé Publique (HCSP) créé par la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique
et mis en place en 2007 ; de la Direction Générale de la Santé (DGS) créée par le ministère de
la santé en 2007 et de l’Agence Nationale de Santé Publique (ANSP) créée dans le cadre de la
loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016.
Cette liste non exhaustive des institutions contribuant à la gouvernance du système de santé
rend compte de l’interdépendance des acteurs médicaux et politiques auxquels se rajoutent de
nombreux autres professionnels du secteur de la santé. Et relevons ici le pouvoir grandissant de
la HAS qui depuis sa fusion avec ANESM couvre non seulement l’expertise du champ médical
mais aussi de celui du médico-social. Dans ce système, les relations entre pouvoirs publics et
professionnels de santé sont relativement complexes, évoluant depuis plusieurs siècles entre
indépendance et dépendance, contraintes et libertés, déontologie médicale et règlementation
(Tabuteau, 2010). Ces relations d’interdépendance ont conduit à la création de différents ordres
professionnels entre 1945 et 2006. Actuellement, il en existe sept : l’ordre des pharmaciens, des
médecins, des chirurgiens-dentistes, des sages-femmes, des kinésithérapeutes, des pédicures-
podologues et des infirmiers. Le processus de création de ces ordres professionnels a évolué
depuis le milieu du XXe siècle. En effet, les quatre premiers ont été créés par ordonnance du
gouvernement provisoire de la République française présidé par le Général De Gaulle, au
lendemain du renversement du Régime de Vichy. Les suivants, après quelques débats
polémiques entre l’État et le Conseil d’État ont été créés par des lois. Ainsi, la forme juridique
des ordres professionnels attribue une légitimité d’existence à certaines catégories de
professionnels du soin également marquée d’un sceau d’autorité qui incite d’autres corporations
à interroger la forme juridique de l’instance de leur représentation professionnelle, notamment
114
les psychologues208. D’autant que la plupart des institutions que nous venons de citer compte
parmi leurs membres des personnalités médicales et paramédicales engageant la gouvernance
du système de santé publique dans une logique socio-économique et politique pouvant faire
l’objet de certains conflits d’intérêt et dans laquelle l’ordre des pharmaciens et l’industrie
pharmaceutique tiennent également une place importante.
Par ailleurs, le développement des technologies numériques complexifie davantage les relations
entre les acteurs, faisant intervenir les décisions politiques jusque dans les pratiques des
professionnels et autres personnels de santé. En effet, à partir du rapport Théry209 qui annonce,
sur un ton relativement alarmant, la profonde mutation de notre société vers une nouvelle
société mondiale de l’information, l’État s’organise. Dès 1998, il engage un processus
d’informatisation des institutions en créant le Programme d’Action Gouvernementale pour la
Société de l’Information (PAGSI). Un an plus tard, le gouvernement annonce sa mise en œuvre
dans l’administration, envisageant les TIC numériques (TICN) comme de nouveaux outils
également au service du citoyen et de l’entreprise. Cette politique énoncée comme volontariste
par les pouvoirs publics, conduit à la création de nombreux sites web institutionnels. Elle
englobe peu à peu les administrations déconcentrées et décentralisées de l’État. Ainsi, de
manière relativement insidieuse à ses débuts, le numérique a instauré une nouvelle norme de
fonctionnement dans les institutions, y compris dans le secteur de la santé (Verdier, Cassiano,
2015). Avec le développement de la télémédecine et le foisonnement d’initiatives individuelles,
les pouvoirs publics identifient un besoin devenant urgent de mettre en place une stratégie de
gouvernance pour le développement des systèmes d’information de santé. C’est cette situation
qui conduit à la création de l’ASIP Santé en 2009. Dans cet élan, l’État pose un cadre juridique
à la santé numérique210, par le décret n° 2010-1229 du 19 octobre 2010 relatif à la télémédecine.
Cette politique s’inscrit également dans une dynamique internationale impulsée par l’Union
Européenne (UE) qui encourage le développement de la e.santé. En effet, avant de se mettre en
œuvre dans nos politiques nationales, le développement des TICN a fait l’objet de nombreux
rapports, scenarii d’anticipation, textes fondamentaux et accords internationaux. Déjà en 1987,
208
Source : site du Syndicat national des psychologues, [consulté le 20 juin 2017], URL :
http://psychologues.org/la-profession/organisation-de-la-profession/pour-un-ordre-professionnel
209
Déjà cité.
210
L’expression santé numérique qui renvoie à un signifié relativement ambigu circule dans le discours de l’ASIP
Santé. Source : site de l’Agence nationale de la santé numérique (ASIP Santé), [consulté le 21 juin 2017], URL :
http://esante.gouv.fr/actus/politique-publique/l-asip-sante-se-reorganise-pour-repondre-aux-nouveaux-enjeux-de-
la-sante. On trouve par ailleurs d’autres expressions tout autant incongrues dans certains discours institutionnels,
telles que santé connectée ou encore e.santé. Et pour relever l’ambiguïté de ce type d’expression, nous pouvons
ironiser à propos de ces syntagmes : en effet le numérique semble bien se porter !
115
la Commission Européenne publie un livre vert sur la question du développement des réseaux
de télécommunications. De 1997 à 1999, le Parlement européen établit une série de résolutions
pour définir sa politique pour une e.Europe211, sous couvert des organisations internationales,
notamment de l’Organisation des Nations Unies (ONU), afin de promouvoir une société de
l’information pour tous. Un programme qui anticipe de manière peu critique les résultats
attendus par le développement de ces technologies sur les différents secteurs d’activité des
sociétés européennes et qui s’intéresse déjà à la santé en ligne. Quelques années plus tard, en
2004, l’Union Européenne établit un premier programme politique en faveur de l’e.santé : le
Plan d’action e.santé 2004-2011 qui fait l’objet, actuellement, d’un prolongement jusqu’à
l’horizon 2020212.
Ces quelques éléments de contexte qui situent le dispositif de soins par rapport au système de
santé publique permettent de relever la complexité de la situation des acteurs de la santé vis-à-
vis du pouvoir du politique, lui-même aux prises avec le poids des institutions et la politique
internationale. Dans les relations qu’instaure cette situation, les ordres professionnels occupent
une place privilégiée interférant sur les politiques nationale et internationale. D’autres acteurs,
moins bien représentés, se trouvent dans des relations d’interdépendance « secondaire » avec
les pouvoirs administratif, médical et paramédical. Et, si depuis la seconde moitié du XXe siècle
« L’action sociale et médico-sociale tend à promouvoir, dans un cadre interministériel,
l’autonomie et la protection des personnes, la cohésion sociale, l’exercice de la citoyenneté, à
prévenir les exclusions et à en corriger les effets »213, tous les professionnels du soin ne
disposent pas de la même liberté de fonctionnement que les acteurs médicaux et paramédicaux.
Cette thèse nous permet de relever le cas des musicothérapeutes, mais d’autres professionnels
peuvent être affectés par cette situation. Par exemple, le suivi d’un patient par un psychologue
ou un ergothérapeute n’est « gratuit » que dans le cadre d’un parcours de soins coordonnés,
rattaché à une structure institutionnelle. Pour autant, le système de santé actuel permet à de
nombreux personnels soignants d’exister sur le terrain professionnel, exerçant différentes
approches du patient qui viennent en complémentarité de celles des acteurs médicaux et
paramédicaux pour la prise en charge globale du patient.
211
Source : site de l’Union Européenne (EU), [consulté le 21 juin 2017], URL :
http://www.europarl.europa.eu/facts_2004/4_7_8_fr.htm?textMode=on
212
Source : ibid., page « politique de e-santé », [consultée le 20 juin 2017], URL : https://ec.europa.eu/digital-
single-market/en/policies/ehealth
213
Cf. : Art. L 116-1. de l’Art. 2 de la Loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale.
116
Avec ce chapitre 3 de la première partie, nous espérons avoir dégagé des traits distinctifs des
concepts de représentation et de dispositif qui précisent notre approche des représentations de
la musicothérapie. En effet, nous avons relevé la dimension communicationnelle de diverses
formes de représentations que nous avons identifiées et qui nous serviront à préciser la
méthodologie de la recherche dans la deuxième partie de la thèse. Nous avons également pu
mettre en lien la notion de représentation avec différents travaux menés en SIC qui nous ont
conduite à préciser le rôle des représentations dans l’instauration de différentes logiques
communicationnelles incluant les notions de médiatisation et de médiation. Ces logiques
renvoient à la diversité de formes de communication pouvant donner lieu à l’expression des
représentations de la musicothérapie dans divers types de dispositif pouvant être mobilisés par
les acteurs concernés par la question de la musicothérapie et de ses représentations, dont ses
représentations professionnelles.
Avec le concept de dispositif, nous avons également précisé notre approche par rapport aux
usages qu’ils peuvent mettre en œuvre et qui dépendent aussi de certains aspects techniques qui
lui sont inhérents. En présentant quelques typologies de dispositif, nous avons pu mettre en
avant ses dimensions sociale, opérationnelle et stratégique qui présentent aussi certaines limites
mettant en tension ses potentialités médiatrices et programmatiques. Notre détour par la théorie
du document nous a permis de poser quelques points de repère qui nous serviront dans la suite
de la thèse, notamment concernant l’élaboration du corpus. Il renvoie aussi à de nombreuses
questions développées en SIC, que nous ne pourrons pas toutes aborder dans le cadre de la
thèse, concernant la présence devenue considérable de l’informatique dans l’activité humaine
et sociale et affectant les relations entre science et ingénierie, pratiques sociales et conceptions
des systèmes sociotechniques, prévision et interprétation. Nous avons également reformulé la
question de la place de l’acteur par rapport au dispositif, notamment en l’envisageant selon
différents angles depuis lesquels celui-ci peut être plus ou moins acteur du dispositif : en
relation avec la notion d’acteur-réseau ; selon la place du patient dans le dispositif de soins, en
tant qu’utilisateur de micro-dispositifs, dans des situations de communication où s’enchevêtrent
de nombreuses médiations.
117
CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE
A travers les différents chapitres de cette première partie, l’objet de la recherche se présente
comme une construction entre plusieurs composantes qui permettent de mieux situer l’objet
d’étude par rapport à un ensemble de connaissances relevant du champ des SIC et qui renvoie
à leur interdisciplinarité fondamentale. A cette complexité, la problématique de recherche
rajoute une dimension politique évidente qui pose la question des logiques socio-politiques à
l’œuvre vis-à-vis de la musicothérapie et qui rappelle que la recherche en SIC s’inscrit aussi
dans le champ des relations sciences-société.
Les éléments de définition que nous avons posés dans le deuxième chapitre permettent de
comprendre la musicothérapie comme un dispositif dans lequel s’enchevêtrent différentes
médiations. Et, nous avons pu situer sa dimension thérapeutique par rapport au sens que prend
ce dispositif lorsqu’il contribue à la prise en charge globale du patient dans certains secteurs de
l’activité médicale. Ils nous conduisent aussi à envisager notre objet d’étude selon différents
angles entre représentations héritées et représentations visées, entre discours professionnel et
discours de la recherche, qui permettront de rebondir sur la question de l’identité et de la
représentation professionnelle des praticiens de la musicothérapie. En outre, alors que cette
identité semble encore en pleine construction, la musicothérapie est également un objet d’étude
pouvant être investi par différentes disciplines. Cette observation conduit à identifier des
catégories de représentations scientifiques de cette spécialité, qui peut aussi être considérée en
tant que métier dans le discours universitaire.
118
Mobilisant déjà les notions de représentation et de dispositif dans la présentation de notre objet
d’étude, nous avons pu les préciser par rapport à leur dimension communicationnelle, c’est-à-
dire les mettre en lien avec les situations, les processus et les logiques de communication qui
leur sont inhérents. Nous avons aussi vu que ces notions renvoient à différents travaux menés
dans la discipline et qu’elles peuvent être raccrochées à celles de médiatisation et de médiation
particulièrement étudiées en SIC. Dans notre approche des représentations de la
musicothérapie, ces développements conduiront à prendre en considération les aspects
« concrets » et sociaux des dispositifs utilisés par les acteurs pour s’informer et communiquer
sur la musicothérapie. En effet, ces dispositifs offrent diverses possibilités d’usages : médiation
documentaire selon différents formats médiatiques, mais aussi des formes de mises en relation
entre les acteurs, notamment par le biais des potentialités techniques du numérique, via leur site
web ou encore via les réseaux sociaux numériques. Nous espérons avoir spécifié ainsi notre
approche communicationnelle des représentations de la musicothérapie, sachant que la
mobilisation de ces concepts pour la recherche appelle à des précisions d’ordre épistémologique
et méthodologique que nous développerons, ci-après, dans la deuxième partie de la thèse.
119
DEUXIÈME PARTIE : MÉTHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
Les sciences définissent deux principales perspectives de recherche. D’une part, la recherche
fondamentale repose sur la volonté d’un chercheur de contribuer à un ensemble de
connaissances déjà établies et admises par la communauté scientifique. D’autre part, la
recherche appliquée s’appuie sur une nécessité, établie par le chercheur, de répondre à un
problème qui se pose immédiatement à l’observation. Les SIC, et les SHS en général, ne
dissocient pas catégoriquement ces deux aspects qui engagent le chercheur dans une démarche
scientifique singulière (Bonneville et al., 2007 : 30-31). La recherche consiste alors en un geste
pratique qui se déploie dans un double mouvement, cherchant à théoriser des pratiques tout en
pratiquant de la recherche théorique (Jeanneret, Ollivier, 2004). Dans cette dialectique, une
réflexion sur le positionnement épistémologique et la méthodologie s’impose au chercheur.
Alors que les recherches quantitatives s’appuient sur une démarche hypothético-déductive
relevant du paradigme positiviste qui postule que la réalité est objective, voire absolue, les
recherches qualitatives relèvent d’un autre processus. Elles s’ancrent dans une démarche
empirico-inductive et une approche compréhensive du phénomène que le chercheur étudie, pour
lui permettre d’aborder son objet de manière relativement large et ouverte, c’est-à-dire par sa
complexité. En ce sens, elles débouchent non pas sur une démonstration, comme cela peut être
le cas dans les recherches quantitatives et la recherche fondamentale, mais plutôt sur une
construction ou une interprétation du phénomène étudié (Mucchielli (dir), 2010).
Cette posture du chercheur appelle d’emblée à être précisée par rapport à un cadre
épistémologique. Dans cette deuxième partie, nous commencerons donc par un premier chapitre
qui permettra d’éclaircir notre positionnement épistémologique en regard du paradigme
constructiviste. Ce paradigme qui convoque aussi celui de la complexité, nous conduira à
définir les approches compréhensive et systémique que nous mobilisons dans la recherche pour
appréhender les représentations de la musicothérapie.
120
le positionnement du chercheur, mais aussi avec le terrain, les acteurs, la nature du corpus, les
discours et les situations observés. En ce sens, le terrain doit faire l’objet d’une description
détaillée. Aussi, dans le deuxième chapitre de cette partie, nous préciserons la façon dont nous
avons construit le terrain de la recherche. Cette description conduira à présenter les acteurs que
nous avons observés et/ou rencontrés, ainsi que le corpus que nous avons élaboré, sur lequel
s’appuieront les résultats de la recherche.
121
CHAPITRE 1 : POSITIONNEMENT ÉPISTÉMOLOGIQUE
Toute recherche scientifique se veut un mode de connaissance du réel et repose sur un cadre
épistémologie dont les présupposés sont déterminants du type de recherche et de son inscription
dans une discipline en particulier, visant une interprétation du phénomène étudié. Dans cette
recherche exploratoire et la démarche empirico-inductive qui y est associée, nous nous situons
donc en rupture d’avec les logiques positivistes qui postulent que les faits sont une réalité
existant indépendamment de la personne qui les perçoit et qui, pour le positivisme strict,
considère que l’observateur doit s’abstraire complètement de sa subjectivité (Mucchielli (dir),
1996 : 164). Face à ces logiques, le constructivisme postule que l’homme ne peut pas avoir
accès à la réalité absolue, mais plutôt à des interprétations de la « réalité ». En ce sens, le
constructivisme propose « une conception générale de la réalité qui détermine quelles
questions sont à étudier, comment les approcher, comment les analyser et quelles significations
les conséquences de l’analyse peuvent avoir pour la connaissance scientifique et son
application »214. La pensée constructiviste permet ainsi d’établir un cadre d’investigation
relativement propice au développement d’une attitude réflexive, critique et éthique dans la
recherche scientifique en SHS (Benoît, 2004 : 192). Elle s’ancre dans le paradigme
constructiviste, en lien avec celui de la complexité. Dans ce chapitre, nous proposons de
préciser ces paradigmes qui permettent l’articulation des approches compréhensive et
systémique que nous mobilisons aussi dans notre approche info-communicationnelle des
représentations de la musicothérapie.
A partir des travaux de Jean Piaget215 qui s’intéresse à l’épistémologie de différentes écoles de
pensée, le constructivisme développe plusieurs courants pouvant être relatifs à un champ
spécifique de la recherche scientifique et/ou à certaines croyances. Particulièrement utilisé dans
différentes disciplines en SHS, notamment dans la recherche qualitative pour l’étude des faits
humains et sociaux, il appelle à être précisé. Aussi dans ce paragraphe, nous définirons notre
positionnement en regard du paradigme constructiviste en le situant par rapport à des auteurs
ainsi qu’au paradigme de la complexité.
214
Gauthier B., Recherche sociale : de la problématique à la collecte de données. Québec : Presses de l’Université
de Québec, 2010 [1984], p. 581.
215
Notamment de son ouvrage Logique et connaissance scientifique publié en 1967 aux éditions Gallimard.
122
1.1 Le paradigme constructiviste
Selon Guba et Lincoln, l’épistémologie constructiviste pose trois questions essentielles visant
à situer le chercheur par rapport à son objet, au statut de la connaissance et aux conditions de
sa construction :
- « What is there that can be known ? » / qu’y a-t-il qui puisse être connu ?
- « What is the relation ship of the knower to the known and how can we be sure that we
know what we know ? » / quelle est la relation entre le sujet connaissant et ce qui est à
connaître et comment être sûr de ce que nous connaissons ?
- « What are the ways for finding out knowledge ? » / Quels sont les moyens mis en œuvre
pour construire la connaissance ? (Guba, Lincoln, 1998 : 83).
216
Dun point de vue philosophique, la téléologie est l’étude des finalités qui conduisent à l’établissement de
systèmes de valeur : « étude, science des fins humaines (bonheur, justice) ». En seconde acception la téléologie
désigne aussi une « doctrine qui considère que dans le monde tout être a une fin, qui conçoit le monde comme un
système de relations, de rapports entre des moyens et des fins ». Cf. : Trésor de la Langue Français informatisé.
URL : http://stella.atilf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=50159265; N.B. : Jean-Louis Le Moigne
précise le principe téléologique dans son rapport au constructivisme en tant que principe marquant la finalité de
de la recherche scientifique. Il relève ainsi l’idée d’un principe d’intention influençant obligatoirement la
construction de l’objet par rapport aux intentions du chercheur.
123
positionnement ontologique, il postule que l’expérience humaine est connaissable et que
l’homme ne peut pas connaître rationnellement un monde objectif indépendamment de son
expérience de sujet connaissant. Il ne renie pas l’existence d’un monde réel objectif, toutefois
il ne propose aucune hypothèse fondatrice sur la nature de la « réalité » (Le Moigne, 1995 ;
Riegler, 2001). Nous retrouvons ici le principe de l’inséparabilité, commun à plusieurs courants
constructivistes, selon lequel dans la construction de la connaissance, système observant et
système observé sont inévitablement liés. Mais contrairement au constructivisme de Guba et
Lincoln qui postule qu’il existe de multiples réalités socialement construites qui ne sont régies
par aucune loi naturelle, causale ou autre, l’hypothèse phénoménologique posée par le
constructivisme scientifique met en avant que c’est l’expérience du réel et donc la connaissance
humaine qui sont relatives (Avenier, 2010).
Dans ce processus, le chercheur peut être influencé de plusieurs manières. Il peut avoir une
expérience préalable du contexte qu’il étudie, souvent en lien avec son histoire, qu’il se doit
d’assumer. En ce sens, notre posture de « praticien-chercheur », marquée par un investissement
particulièrement prolongé sur le terrain professionnel nous a conduite à bien différencier terrain
professionnel et terrain de la recherche. En effet le terrain professionnel se fonde sur un lieu
vivant et des situations de communication impliquant la mise en présence de nombreux acteurs
qui participent à la construction d’une réalité à la fois sociale, professionnelle, économique et
politique. Et l’établissement dans lequel nous avons exercé notre métier de musicothérapeute
nous a permis d’observer les comportements de nombreux acteurs en action. Cette expérience
nous fait disposer de données qui nous ont permis, dans la première partie de la thèse, de
présenter la musicothérapie par rapport à un champ de pratiques cliniques où se conjuguent les
124
interactions des acteurs et où elle peut être productive, y compris pour défendre certaines
valeurs dans un système organisationnel de soins. Notre expérience confirme également que
l’observation constitue une activité naturelle de tout participant au fonctionnement d’une
organisation (Soulé, 2007), y compris du patient en psychiatrie et de certains soignants pouvant
semblés détachés de leur environnement de travail. Et, c’est bien cette expérience qui a suscité
chez nous un questionnement conduisant à une mise à distance du terrain professionnel pour
évoluer sur celui de la recherche. Ainsi, cette forme de participation observante que nous avons
menée sur le terrain professionnel et qui constitue un risque de glissement vers trop de
subjectivité pour la recherche scientifique, peut également être un mode d’entrée sur le terrain
de la recherche ou en constituer un point de départ (Brewer, 2000). D’ailleurs, elle nous renvoie
au positionnement de l’ethnographe, qui lui-même ne peut prétendre à une objectivité absolue :
« l’ethnographe ne peut en effet guère prétendre être objectif et observateur participant :
l’ethnographie est définie et façonnée par les relations humaines, elle est construction d’une
fiction rationnelle, et non-recherche objective de connaissance »217. Ainsi, si notre expérience
de musicothérapeute présente un risque pour la recherche, elle nous a également permis de
développer, dans l’action, une mémoire spécifique particulièrement riche, imprégnée de
souvenirs sensibles et pouvant servir la recherche (Blondeau, 2002). Pour affirmer cette
distinction entre terrain professionnel et terrain de la recherche, nous verrons au prochain
chapitre de cette deuxième partie comment nous avons construit le terrain de la recherche, pour
y rencontrer à travers différents types de dispositifs info-communicationnels d’autres acteurs
impliqués dans diverses formes de représentation de la musicothérapie.
217
Soulé B., « Observation participante ou participation observante ? Usages et justifications de la notion de
participation observante en sciences sociales ». Recherches qualitatives, vol. 27 (1), 2007, p. 131-132.
125
connaissance produite se révèle alors aussi comme le produit d’un construit de la relation sujet-
objet (Le Moigne, 1995). En ce sens, le constructiviste scientifique est relativement ouvert et
autorise le chercheur à prendre appui sur des savoirs pouvant être légitimés par la recherche
scientifique, dans d’autres disciplines. Celui-ci doit alors les réinterpréter de façon cohérente,
en lien avec les hypothèses et le contexte posés par sa propre recherche (Avenier, 2010), comme
nous avons pu le faire pour préciser les notions de représentation et de dispositif en faisant
référence à divers travaux menés en SIC.
126
Ainsi, l’approche constructiviste par rapport à laquelle nous nous positionnons ne cherche pas
à atteindre la vérité absolue du phénomène que nous étudions. Elle se donne plutôt pour objectif
d’établir une représentation de sa « réalité ». En ce sens, la recherche constructiviste tend à
élaborer un discours sur la « réalité », qui s’appuie sur des référents scientifiques pouvant être
partagés. Considérant que la « réalité » propose un vaste univers de significations observables,
le constructivisme scientifique renvoie au paradigme de la complexité.
Selon Edgar Morin, la pensée complexe est multidimensionnelle et « animée par une tension
permanente entre l’aspiration à un savoir non parcellaire, non cloisonné, non réducteur, et la
reconnaissance de l’inachèvement et de l’incomplétude de toute connaissance »218. Elle repose
sur trois principes :
218
Morin E., Introduction à la pensée complexe. Paris : Seuil, 2005 [1995], p. 11-12.
127
- le principe dialogique, qui induit une méthode de raisonnement consistant à approcher
la réalité d’un phénomène en mettant en évidence les contradictions qui en émanent,
pour les dépasser ;
- le principe de récursion organisationnelle, qui considère les effets circulaires rétroactifs
affectant tout fait humain. Cette récursivité conduit à un principe sous-jacent d’auto-
éco-organisation marqué par la capacité d’autonomie des systèmes et leur potentiel
interactionnel avec leur environnement ;
- le principe hologrammique, qui met en évidence que le tout est dans la partie et que la
partie est dans le tout, impliquant des aller-retours incessant entre l’élémentaire et le
global pour comprendre les phénomènes sociaux comme émergeant d’un système
pouvant être plus englobant.
Selon ce paradigme, l’articulation de ce qui est dissocié et distingué, l’union des processus de
simplification et des contre-processus, sont favorisés par la communication pour permettre un
circuit productif qui tisse le développement de la pensée (Morin, 2005 : 135). Le paradigme de
la complexité permet aussi de penser la difficulté de la recherche comme un défi consistant à
approcher les phénomènes sociaux par leur complexité, faisant appel à des approches
complémentaires.
Dans notre recherche, nous postulons que la complexité est une qualité inhérente au phénomène
des représentations de la musicothérapie. Déjà, nous avons vu en précisant la notion de
représentation que les représentations sociales des acteurs sont le résultat de nombreuses
interactions pouvant se dérouler dans différents cadres de communication. Et à ce stade de la
thèse nous pouvons pressentir que les représentations professionnelle et scientifique de la
musicothérapie sont également complexes. Nous situons aussi cette propriété des
représentations par rapport aux relations d’interdépendance que les acteurs entretiennent avec
leur environnement social, pouvant être nommé en termes de système. Par ailleurs, l’émergence
de ces représentations relève d’aspects pouvant être en lien avec les situations de
communication que définissent les acteurs par rapport à un cadre de normes qui participe de
leur positionnement sur la question de la musicothérapie et aux objets techniques qui
contribuent au renforcement de certaines formes de représentation. Ces éléments peuvent
provoquer des incidences socio-sémio-techniques à la fois sur les formes d’expression et la
perception des représentations de la musicothérapie. Ces considérations nous invitent à préciser
128
notre positionnement épistémologique en regard de deux approches que nous mobiliserons pour
étudier ces représentations : l’approche compréhensive et l’approche systémique.
219
C’est-à-dire en continuité de La phénoménologie de l’esprit d’Hegel (1807), de La méthode phénoménologique
d’Husserl (1893-1928) et de La phénoménologie de la perception de Merleau Ponty (1945).
220
Mucchielli A., « Le développement des méthodes qualitatives et l’approche constructiviste des phénomènes
humains ». Recherches Qualitatives, [en ligne], Hors-Série numéro 1, Actes du colloque Recherche qualitative et
production de savoirs, UQAM, 12 mai 2004, p. 30. [Consulté le 21 mai 2018], URL : http://www.recherche-
qualitative.qc.ca/revue/les-collections/hors-serie-les-actes/
129
Cette approche se rattache également à une démarche empirico-inductive. Elle nécessite un
effort d’empathie, conduisant le chercheur à traverser plusieurs phases de saisie intuitive des
significations dont tous les faits humains et sociaux sont porteurs. Ces étapes visent à établir
des synthèses progressives qui donneront lieu à la formulation d’une synthèse finale,
socialement plausible, pour livrer une interprétation « en compréhension » du phénomène
étudié (Mucchielli, 2010).
Rappelons qu’à l’heure d’internet, les techniques d’expression sont multiples. Le contexte
numérique ouvre un univers de significations relativement vaste susceptible d’impliquer de
nombreux acteurs. La documentation qui circule sur internet ou encore la visibilité des acteurs
sociaux qui contribuent au développement de la musicothérapie en sont des exemples. Et pour
la recherche, internet peut conduire à relier entre eux des acteurs et des discours tout autant que
d’observer certains phénomènes sociaux et communicationnels. Ce média rend possible la
communication à distance et l’organisation de rencontres dans la réalité. Y compris en contexte
numérique, l’approche compréhensive peut alors permettre de prendre en considération des
éléments situationnels concernant les acteurs et la signification de leur discours, en étudiant les
processus à œuvre pour les rendre compréhensibles par d’autres acteurs. L’interprétation « en
compréhension » de l’ensemble étudié (les représentations de la musicothérapie résultant de
nombreux processus info-communicationnels) demande alors à être resituée par rapport à une
vision systémique, c’est-à-dire dans des ensembles signifiants plus généraux qui permettront de
comprendre l’ensemble du phénomène par rapport au positionnement des acteurs.
130
Globalement, l’approche systémique propose un savoir, fondé sur les quatre concepts de base
que sont la globalité, la complexité, le système et l’interaction. Elle demande aussi une pratique
qui permette de s’orienter dans cette complexité pour agir sur elle.
Dans son application aux phénomènes communicationnels, l’approche systémique propose une
grille de lecture et d’analyse qui recouvre huit principes qui ont pu être reprécisés par Alex
Mucchielli :
- le principe systémique : les phénomènes isolés n’existent pas, ils interagissent avec
d’autres phénomènes de même nature et s’insèrent donc dans un système ;
- le principe du niveau d’observation : un système est délimité par rapport à un autre
système, pouvant être plus englobant et avec lequel il communique. Ce cadrage permet
de définir les acteurs qu’il convient de prendre en compte. Il est porteur d’effets de sens
en lien avec le contexte des relations ;
- le principe de causalité circulaire : tout phénomène de communication est pris dans un
jeu complexe d’implications mutuelles, d’actions et de rétroactions ;
- le principe homéostasique : un système est régi par des règles que l’on peut expliciter.
Il a également une force propre de résistance aux modifications qui pourraient
l’atteindre ;
- le principe d’émergence : un système de communication est toujours le siège de
phénomènes d’émergence ;
- le principe du paradoxe : chaque phénomène communicationnel est à la fois autonome
et contraint, organisé et organisant, informé et informant ;
- le principe de la nature de la communication : la communication, ou le phénomène
communicationnel est explicité sous la forme d’une catégorie signifiante d’échange qui
généralise de nombreux contenus concrets ayant la même signification ;
- le principe de la récurrence des jeux interactionnels : dans les groupes sociaux plus ou
moins fermés, les phénomènes communicationnels peuvent être appréhendés sous
forme de scenarii répétitifs ou récurrents (Mucchielli (dir), 2010).
A partir de ces différents principes, l’approche systémique propose de modéliser les systèmes
complexes dans lesquels se manifestent les phénomènes sociaux, en prenant en considération
les différents types d’interaction qui les sous-tendent pouvant être d’ordre synchronique
(fonctionnement), diachronique (transformation) et récursif (autonomisation) (Le Moigne,
131
1995). Nous empruntons également à Jean-Louis Le Moigne la distinction qu’il propose entre
l’approche systémique et l’approche analytique (davantage réductionniste) et qu’il fonde sur
quatre préceptes venant préciser le positionnement du chercheur-modélisateur :
- le précepte de pertinence : tout objet se définit par rapport aux intentions implicites ou
explicites du chercheur ;
- le précepte du globalisme : l’objet n’est qu’une partie immergée et active d’un plus
grand tout. Il n’existe que dans sa relation avec son environnement ;
- le précepte téléologique : l’interprétation de l’objet s’effectue par son comportement
dans le système et le projet que le chercheur lui attribue ;
- le précepte de l’agrégativité : toute représentation est délibérément simplificatrice. Le
recensement de l’exhaustivité des éléments à considérer est illusoire (Le Moigne, 1977
: 23)
L’approche systémique que nous venons de définir et qui présente de nombreux points de
concordance avec les paradigmes et l’approche compréhensive que nous avons présentés nous
sera utile dans la construction du schéma de modélisation des acteurs que nous présenterons
dans la troisième partie concernant les résultats de la recherche, pour mieux comprendre le
positionnement des acteurs sur la question de la musicothérapie. Elle conduira également à
mieux situer le contexte discursif des acteurs sociaux que nous avons ciblés pour la recherche
et à partir desquels nous avons élaboré le corpus221. Ces contextes seront à préciser par rapport
aux relations pouvant exister avec l’ensemble des acteurs que nous considérons dans la
recherche. Et nous préciserons la façon dont nous avons mis en œuvre cette approche
systémique des acteurs de la musicothérapie dans le troisième chapitre de cette deuxième partie,
consacré à la méthodologie de la recherche.
221
Nous présenterons ces acteurs dans le prochain chapitre de cette deuxième partie, en continuité de notre
description de la construction du terrain de la recherche.
132
dimension technologique, nous prendrons en considération les objets techniques, y compris
dans leur dimension composite, qui est nécessaire pour ne pas constituer d’obstacle à la
recherche scientifique en SIC (Couzinet, Gardiès, 2009). Et, précisons ici que nous étudierons
les représentations de la musicothérapie à travers différents matériaux dont la plupart sont
imprégnés de cette dimension technologique : des documents PDF, des contenus web, des
résultats d’enquête menée en ligne. La recherche en SIC offre alors des points de repère pour
permettre d’approcher certains de ces matériaux, notamment les PDF téléchargés sur les sites
web des acteurs que nous avons ciblés pour la recherche. En effet, ces documents peuvent
remplir une pluralité de fonctions dont le transfert d’information n’est qu’une partie d’autres,
plus virtuelles ou réelles (Couzinet, 2011). Ils ont aussi une dimension sociale, opératoire et
stratégique pouvant jouer un rôle de médiation, à la fois sur les pratiques des acteurs que nous
étudierons et sur leurs relations (Paganelli, 2012). Ils peuvent aussi être détournés de leurs
usages initiaux pour être instrumentalisés par les acteurs. Et leur diffusion en ligne sur différents
sites crée des situations de communication complexes dans lesquelles s’enchevêtrent
différentes médiations pouvant orienter les significations et la réception de leur contenu d’où
émergent les représentations de la musicothérapie (Breton, Proulx, 2012).
Ainsi l’analyse de contenu de ces matériaux est difficilement séparable de celle des contextes
dans lesquels ils sont produits et diffusés, circulant dans des milieux qui englobent des valeurs
culturelles et sociales que la médiation numérique contribue à véhiculer, à renforcer, voire à
disperser, comme cela peut être le cas avec les représentations de la musicothérapie
(Régimbeau, 2006 ; Bonaccorsi, Flon, 2014 ; Di Fillipo, 2018). Et ce pouvoir médiateur des
technologies numériques tient non seulement aux conditions d’accès à l’information et au savoir
mais aussi aux habilités cognitives, techniques et sociales des internautes qui pourront plus ou
moins permettre que l’expérience de cette médiation se transforme en connaissance
(Paquienséguy, 2013).
Dans notre approche nous situons aussi l’acteur en dehors de tout déterminisme social radical,
pour le placer au cœur de notre problématique comme agent et agi des (ou par) les processus
info-communicationnels qui se mettent en œuvre dans les dispositifs sociotechniques
permettant l’expression des représentations de la musicothérapie (Cordelier, 2013 ; 2014). Nous
partons du principe que les acteurs co-construisent la « réalité » sociale de la musicothérapie
qui s’amorce dans le quotidien de leurs interactions et s’élabore dans des processus
133
d’intériorisation-extériorisation propre à chacun, pouvant aussi conduire à la transformation ou
à l’évolution des représentations de la musicothérapie.
A ce stade de la thèse, où nous avons aussi précisé les notions de représentation, et de dispositif,
que nous mobilisons, nous proposons de synthétiser les finalités de la recherche à l’aide du
schéma suivant :
LE PARADIGME LE CONCEPT
REPRÉSENTATIONNEL DE
HE :
OBJET DE RECHERCHE DISPOSITIF
Acteurs sociaux
Situations de communication
ages des dispositifs
Usages dispos
spos
osit
sus
Processus
sentat
Représentations
LES REPRÉSENTATIONS
DE
LA MUSICOTHERAPIE
Sur ce schéma qui traduit l’enchevêtrement de notions et concepts que nous avons précisés dans
la première partie, nous situons l’objet de recherche comme une construction s’appuyant sur le
cas de la musicothérapie. Déjà dans la première partie, en présentant la musicothérapie d’un
point de vue diachronique, nous avons vu que l’information et la communication ont joué un
rôle essentiel dans son émergence en tant que pratique à visée thérapeutique dans les milieux
hospitaliers du XIXe siècle, pour se développer et se professionnaliser au cours du XXe. Et le
contexte de la recherche permet de réinterroger ce rôle en regard de l’évolution des technologies
134
de l’information et de la communication. D’autant qu’elles instaurent une dialectique entre les
acteurs permettant de conjuguer des usages et des rapports sociaux qui s’ancrent dans un
ensemble de pratiques sociales plus anciennes, fondées sur l’acceptation consensuelle d’un
l’ordre social établi. Cette dialectique participe à la construction sociale de la « réalité » selon
le procès d’une médiation symbolique qui permet de récupérer des idéaux émancipateurs et de
les convertir en idéologie pour construire un imaginaire collectif susceptible, en effet,
d’émanciper les acteurs, mais aussi de reproduire les inégalités, voire de les accentuer (Granjon,
Denouël, 2011).
Et à partir de la problématique de recherche que nous avons explicitée dès le premier chapitre
de la thèse, notre approche de la musicothérapie par les représentations vise aussi à déconstruire
les situations de communication des acteurs pour mieux comprendre leur positionnement vis-
à-vis de la musicothérapie et en voir émerger des typologies que nous interprèterons. Nous nous
mettons ainsi en quête de voir apparaître un sens d’entre le discours pluriel existant sur la
musicothérapie, qui pourrait permettre de mieux comprendre la place qu’elle occupe
actuellement dans le système de santé.
135
CHAPITRE 2 : TERRAIN, ACTEURS ET CORPUS DE LA RECHERCHE
De cette relation que nous avons pu entretenir avec internet pour construire le terrain de la
recherche, nous avons observé les sites web d’un grand nombre d’actants, mettant ainsi en
œuvre des modalités de communication avec des acteurs sociaux. Cette communication plus ou
moins engageante nous a conduite à repérer sur le réseau un ensemble d’acteurs que nous
considèrerons pour la recherche. Aussi, dans un deuxième paragraphe nous présenterons ces
acteurs qui nous ont également amenée à en cibler quelques-uns pour approcher en
compréhension les représentations de la musicothérapie. Parmi eux, nous comptons des acteurs
qui diffusent sur internet des contenus se rapportant à la musicothérapie, de nombreux praticiens
avec qui nous avons pris contact pour mener une enquête en ligne, et quelques autres acteurs
que nous avons interviewés et qui sont particulièrement impliqués dans la professionnalisation
et la représentation professionnelle de la musicothérapie.
Dans un troisième paragraphe, nous présenterons le corpus que nous avons construit pour la
recherche. Celui-ci a été élaboré en partie avec de nombreux documents PDF et des contenus
web extraits des sites web des acteurs. Notre enquête en ligne auprès des praticiens de la
musicothérapie et les entretiens que nous avons menés viennent compléter le corpus et lui
donner une dimension hétérogène qui permettra de mieux appréhender les représentations de la
musicothérapie à travers différentes catégories de dispositifs.
136
1. PRÉSENTATION DU TERRAIN DE LA RECHERCHE
Si certains chercheurs donnent une définition stricte du terrain se limitant à un lieu in situ
(Everett-Cherington, 1996), celui-ci ne se réduit pas obligatoirement à un espace social institué,
tel un lieu physique aux contours formels (un hôpital, une université, ou autre), ni même à une
communauté (les jeunes, telle tribu amazonienne, etc.). En effet, le terrain peut composer avec
des objets : documentation, données statistiques, matériaux d’enquête, etc. (Mendras, Oberti,
2000). Et, à travers les recherches contemporaines qui composent avec les technologies
numériques et les nouvelles pratiques sociales auxquelles elles donnent lieu, la notion de terrain
s’élargit à d’autres catégories de lieux : sites web, réseaux sociaux numériques (RSN),
plateformes contributives, etc. En ce sens, internet constitue un « genre » de terrain permettant
d’observer des pratiques, des modalités de mises en relation des acteurs, selon différents
niveaux de dispositif et de communication, et de recueillir diverses catégories de données.
Ainsi, la notion de terrain prend une forme hybride entre lieux in situ, contextes numériques,
communauté(s) d’acteurs, pratiques sociales et objets plus ou moins concrets ou « virtuels »
(documentation, contenu web, big data, discours, etc.). La notion de terrain appelle alors une
série de questions. Selon quel(s) type(s) d’espace ou d’environnement se définit-il ? Selon
quelle temporalité ? A quelle(s) situation(s) et forme(s) de communication donne-t-il lieu ?
Impliquant quels acteurs ? Quels objets ? S’agit-il d’une réalité objective ou d’une
construction ? Avec ces questions, le terrain révèle des aspects socio-sémiotiques qui peuvent
interférer sur les observations du chercheur et les résultats de la recherche (Quinton, 2002). En
effet, chaque terrain renvoie à une situation particulière correspondant à des circonstances
spécifiques, pouvant être variables d’un endroit à l’autre, d’un moment à l’autre et par rapport
auxquelles le chercheur-observateur-analyseur est rarement neutre et impartial (Becker, 2014).
Le terrain, qui constitue un élément essentiel à l’enquête dans la recherche scientifique,
convoque une nécessité à la fois d’ordre épistémologique (afin de pouvoir saisir des réalités
difficilement objectivables) et méthodologique, conduisant à définir un dispositif de recherche
opérationnel utilisant des outils d’investigation et d’analyse conformes à ce type de visée et que
le chercheur doit pouvoir expliciter (Olivesi, 2005 : 165).
Alors que nous avons particulièrement utilisé internet pour la recherche, nous proposons dans
ce qui suit d’interroger la pertinence de ce choix dans la construction du terrain de la recherche.
Dans un premier temps nous nous intéresserons aux façons dont internet peut constituer un
137
« genre » de terrain pour la recherche scientifique. Dans un second temps, nous préciserons
comment internet a permis la construction du terrain de cette recherche.
Le terme internet qui résulte de la contraction de la locution inter connected networks désigne
un réseau (net) mondial et décentralisé fait de l’interconnexion d’une multitude de réseaux
d’information et de communication indépendants qui permettent le transport de données sans
pratiquement de limite physique (Guérin, 1997). Avec la démocratisation des TIC depuis le
milieu des années 1990, les usages d’internet se sont peu à peu introduits dans de nombreux
domaines de la vie sociale, dans une multitude de services et de pratiques culturelles,
informationnelles, communicationnelles et politiques qui l’ont rendu ordinaire. Cette
banalisation tend à faire considérer internet comme un nouveau média de masse, ce qui peut
soulever de nombreuses questions d’ordre social, économique, marchand, éthique et politique.
Elle conduit aussi à envisager internet comme un « monde de réseaux », dont les moyens
d’accès (les dispositifs numériques) constituent des composantes permettant différentes formes
de communication et de mises en relation entre de nombreux acteurs sociaux222.
La notion de réseau renvoie à diverses acceptions. Parmi elles, le réseau peut être défini comme
un « ensemble de liens ou de relations entre des éléments d’une organisation, qu’elle soit
sociale, linguistique, technologique ou neurologique »223. Sont ainsi distingués différents types
de réseaux : sociaux, sémantiques, d’équipement de communication, câblés, cellulaires,
télématiques, numériques, de programmation, hertzien, etc. Dans le glossaire critique de La
« société de l’information »224, le réseau technologique désigne les mécanismes et les outils
informatiques qui, dans leur application aux TIC, utilisent des réseaux de communication tels
que ceux du web ou d’internet. Le réseau sémantique se rapporte aux relations de sens ou aux
liens stratégiques permettant l’accès à des contenus circulant sur le web. Et internet révèle aussi
222
Cf. : première partie de la thèse, paragraphe « Un exemple de dispositifs plus englobant : les dispositifs
numériques », p. 103-109 de la thèse.
223
Lamizet B., Silem A. (dir), Dictionnaire encyclopédique des sciences de l’information et de la communication.
Paris : Ellipses, 1997, p. 481.
224
France. Commission pour l’Unesco, La « société de l’information » : glossaire critique. Paris : La
Documentation française, 2005
138
un réseau humain à travers les nombreuses formes d’interactions qu’il rend possibles entre les
individus, ou encore entre des individus et des contenus produits par d’autres individus (Cornu,
2005 : 121). En effet, si internet est d’abord un réseau d’information qui ne cesse de s’enrichir
et d’évoluer, il comprend également des réseaux de personnes reliées entre elles par des liens
de natures diverses qui rendent compte de l’hétérogénéité du réseau, une hétérogénéité qui
s’articule à celle de l’acteur225. En ce sens, l’espace médiatique d’internet rend visibles des liens
symboliques qui s’ancrent dans des réseaux humains tout à fait réels et qui se déploient dans un
monde qui a de plus en plus tendance à s’organiser avec (ou par) les technologies numériques.
225
En référence à la notion d’acteur-réseau que nous avons abordée dans la première partie de la thèse et qui est
définie dans Sociologie de la traduction : textes fondateurs par Akrich M., Callon M., Latour B., (2006).
226
Becker H.-S., Pessin A., « Dialogue sur les notions de Monde et de Champ ». Sociologie de l’Art, (OPuS 8), 1,
2006, p. 168.
139
« classique » pour se présenter comme un univers parcourable (Jauréguiberry, Proulx, 2001).
Et, s’il peut être qualifié de « virtuel », il renvoie aussi à un ensemble de propriétés techniques
des dispositifs numériques qui permettent des formes de communication relevant du lien social
malgré un déplacement des modes d’expression et de communication en présence (Durampart,
2013 : 95). Les modalités de mises en relation induites par nos dispositifs numériques connectés
au réseau internet ne s’opposent donc pas franchement au réel, même si elles transforment de
nombreuses notions, y compris celles d’identité, de relation ou encore d’espace public.
La notion d’espace public se définit selon un cadre théorique évolutif dont les fondements se
rapportent aux travaux de Jürgen Habermas (1962 ; 1981 ; 1992) pour désigner un espace
d’objectivation de l’expérience collective jouant un rôle de médiation entre la société et les
pouvoirs publics. Le premier modèle de l’espace public s’appuie sur l’usage critique et public
de la raison dans les relations de la bourgeoisie avec l’État, visant à exercer une tendance
normative du politique. Suite à ce modèle, Habermas défend la thèse d’une dégénérescence de
l’espace public qui serait due à la transformation des structures sociales de la sphère publique,
entraînant un élargissement du public et faisant naître des divergences d’opinion et des conflits
d’intérêt (Habermas, 1962). Ainsi, l’espace public présente un aspect paradoxal entre un idéal
démocratique d’ouverture à différents publics et une réalité historique marquée par l’émergence
de groupes d’intérêts dans la sphère publique. Sa dégénérescence tiendrait aussi aux effets des
médias de masse qui engendreraient une fausse conscience de la réalité (Benrahhal-Serghini,
Matuszak, 2009). Habermas précise la nature politique et discursive de l’espace public à travers
la Théorie de l’agir communicationnel qu’il définit selon quatre axes : téléologique, normatif,
dramaturgique et communicationnel (Letonturier, 2017). Ces précisions conduisent à une vision
plurielle de l’espace public par laquelle se distingue l’espace public institutionnalisé par des
140
règles de procédure délibérative et l’espace public, plus général. Au sens commun plus général,
l’espace public englobe l’activité communicationnelle d’individus ou de groupes d’individus
n’ayant pas obligatoirement accès aux espaces institutionnalisés, dont l’action agit quand même
sur la formation de l’opinion publique selon une procédure plus informelle (Habermas, 1992).
Patrick Charaudeau précise que l’élargissement de l’espace public entraîne une fragmentation
du public de masse dans laquelle certains groupes d’individus se distinguent. Notamment ceux
qui ont pris conscience de leurs droits d’existence et de revendication, ainsi que des bénéfices
pouvant être tirés d’une complicité avec les médias, pour exercer un pouvoir de pression sur
l’autorité publique (Charaudeau, 1997 : 202). Dans l’un de ses articles, il revient sur la nature
politique et discursive de la sphère publique en s’appuyant sur la notion de discours circulant.
Pour lui, le discours circulant relève de trois instances qu’il explicite selon trois axes de
socialité : politico-citoyenne, civile ordinaire et mythique, qui définissent des espaces publics
plus ou moins légitimes, renvoyant à la vision plurielle d’Habermas. Le discours circulant
exerce alors trois fonctions pouvant être imbriquées les unes aux autres. La première,
institutionnalisante, découle du discours du pouvoir politique qui s’impose comme autorité
légitime pour donner sens à l’action sociale. Deux autres fonctions de régulation, tendant à
normaliser les relations sociales, sont assurées par les discours ordinaires et les récits qui
racontent les problèmes de la vie des hommes. Ainsi le discours circulant comprend des
relations de pouvoir et de contrepouvoir, existant à la fois entre les grandes institutions telles
que l’État, l’Église, la Justice, les différents Conseils de l’Ordre, les disciplines scientifiques et
l’organisation de certains groupes revendicatifs ou contestataires de l’ordre établi et les
représentants d’un pouvoir de la société civile. L’enchevêtrement de cet ensemble de discours
produit le discours circulant d’où surgit le socle de connaissances, de croyances et de
représentations sur lequel se construit l’espace public sociétal (Charaudeau, 1999).
On retrouve sur internet une forme de discours circulant selon les trois axes de socialités définis
par Charaudeau : politico-citoyen, civile ordinaire et mythique. En effet, ce monde de réseaux
permet la visibilité d’une grande diversité d’acteurs et l’expression de différents types de
discours : institutionnel, politique, ordinaire et mythique, plus ou moins contrôlés et légitimés.
Internet vient ainsi complexifier la notion d’espace public sociétal, favorisant, dans un contexte
de découverte, la prise de parole d’acteurs sociaux et l’expression de nombreux discours
identitaires, pouvant être revendicatifs (Benrahhal-Serghini, Matuszak, 2009). En ce sens, il
contribue à modifier les règles, les lieux de discussion et de participation au débat démocratique,
141
permettant l’émergence de communautés d’acteurs, de groupes alternatifs ou marginaux qui
exercent une pression sur l’autorité des institutions, sur les hiérarchies et les relations
traditionnelles (Dahlgren, Relieu, 2000). Ces nouvelles formes d’expression engendrent des
phénomènes collectifs et de nouvelles catégories de faits sociaux. Pour en donner un exemple,
citons le cas du Net-activisme par lequel internet peut jouer un rôle dans l’organisation de
l’action sociale ou l’expérience démocratique. Ce phénomène se présente comme le résultat
d’une médiation techno-informative capable de redéfinir les interactions entre les acteurs : entre
les interfaces, les collectifs et les territorialités. Ces mutations donnent lieu à l’expression d’une
autre dimension du social, représentable à travers une nouvelle écologie à l’intérieur de laquelle
les éléments humains, technologiques et environnementaux communiquent entre eux et
s’articulent suivant des situations dépassant le cadre anthropomorphique des relations
traditionnelles (Di Felice, 2013 : 406-407). L’exemple du Net-activisme montre qu’avec
internet, l’action individuelle peut converger vers celle d’autres acteurs, dans un contexte fourni
par l’ensemble des technologies et des liens constituant le réseau.
Pour le chercheur, le terrain doit permettre d’observer des contextes, des pratiques sociales, des
discours, l’impliquant dans des formes de communication et de relation avec des acteurs qui
seront prises en considération dans le recueil et l’analyse des données de la recherche. Avec
internet, la complexité des réseaux documentaires et communicationnels qui s’y imbriquent,
l’abondance des informations et des contenus plus ou moins pertinents qui y sont accessibles,
nécessitent de reposer la question du terrain par rapport aux besoins de la recherche qui doit
permettre d’obtenir des résultats communicables. L’espace illimité que semble offrir internet
favorise une sérendipité pouvant être utile à la recherche (Sandri, 2013 ; Catellin, 2014) mais
qui oblige aussi à mettre en œuvre une stratégie permettant de naviguer dans le réseau tout en
délimitant le terrain de la recherche. Cette construction s’est opérée selon différentes phases
d’exploration, d’observation et de décision.
Dans un premier temps, nous avons exploré internet pour y trouver des contenus se rapportant
à la musicothérapie qui pourraient servir la recherche. Orientée par notre connaissance de la
musicothérapie et de l’organisation du système de santé, nous nous sommes d’abord dirigée
142
vers les sites web de différents actants susceptibles de diffuser de l’information ou de la
documentation concernant notre objet d’étude. Par exemple, nous avons visité les sites de la
HAS, de différents organismes de formation, de réseaux documentaires dans lesquels circulent
des informations, des documents, des articles de revues, des bibliographies permettant
l’expression de différentes formes de représentation de la musicothérapie. La sérendipité propre
à la pratique d’internet nous a alors conduite vers d’autres contenus qui nous ont guidée vers
d’autres sites web à explorer : des sites institutionnels comme ceux du ministère des Solidarités
et de la Santé, de l’Assemblée Nationale et des universités qui proposent une offre de formation
à la musicothérapie. Nous avons aussi exploré des blogs de professionnels, les sites
d’associations regroupant des praticiens de la musicothérapie, les sites de différents médias
(télévision, presse, radio, dictionnaires, encyclopédies), des plateformes de partage, des réseaux
sociaux numériques, dont la diversité renvoie à une abondance informationnelle qui génère un
discours pluriel sur la musicothérapie.
La plupart des sites web disposent d’un moteur de recherche interne sur lequel l’internaute peut
formuler sa requête par lien sémantique. Pour autant, les éditeurs de ces sites peuvent procéder
à quelques formes d’exclusion en contrôlant l’accessibilité de certains contenus. C’est le cas
notamment avec les sites institutionnels qui offrent différents types d’accès : public ou restreint
à des membres autorisés. Ainsi, l’algorithme d’un moteur de recherche peut se comporter
différemment selon les utilisateurs, en fonction de critères non seulement liés à un contenu, à
un auteur ou à un éditeur, mais également à l’individu en quête d’information (Sire, 2016 : 27).
Cette réalité pose aussi des limites aux conditions de la recherche sur internet. De plus, les
moteurs de recherches font l’objet de manipulations périodiques par des ingénieurs
informaticiens qui évaluent régulièrement les pondérations articulant les requêtes à des
contenus (Richard, 2011). Ces modifications ont des incidences sur le référencement de
nombreuses pages web. D’une part, elles rendent quasiment impossible toute étude empirique
du comportement des moteurs de recherche. D’autre part, elles donnent un caractère
relativement instable aux contenus circulant sur internet. Ces manipulations instaurent alors des
rapports de force résultant de tensions entre algorithmes, compromis et règles éthiques entre
ingénieurs et éditeurs qui participent de la hiérarchisation des informations circulant sur
internet. Cet ensemble de relations exerce un effet normatif des modalités d’accès à
l’information (Sire, 2016). La navigation sur internet reste alors dépendante d’un système
numérique dont le fonctionnement peut être perçu comme relativement aléatoire : un contenu
trouvé la veille peut sembler avoir disparu du réseau quelques jours plus tard. Aussi,
143
l’exploration d’internet peut conduire à des formes d’errance chronophage nécessitant des
réflexes tactiques et méthodologiques pour la recherche scientifique. Nous avons alors
commencé à constituer un recueil de documents mis à disposition sur les sites des acteurs et de
divers contenus web que nous avons stabilisés par des captures d’écran en vue de pouvoir les
utiliser pour la recherche, prenant soin de les référencer.
Alors qu’internet a permis d’investiguer les sites web des acteurs qui diffusent des contenus sur
la musicothérapie et d’en recueillir des matériaux pour la recherche, le temps d’immersion que
nous y avons passé en fait un « genre » de terrain qui inscrit notre démarche dans une forme
d’enquête en ligne. En effet, le contexte dynamique qu’offre internet, dans lequel il existe un
monde de réseaux, oblige le chercheur à déployer un ensemble de tactiques et de compétences
144
d’ordre managérial, social, herméneutique et topologique lui permettant d’évoluer sur le réseau
selon un régime d’enquête (Aurey, 2016). Celui-ci établit alors des formes de relation à distance
avec des acteurs qui développent eux-mêmes des pratiques orientées par l’usage du numérique.
L’intégration des outils numériques dans les activités de nombreux acteurs sociaux tend à
considérer internet comme un contexte ethnographique important qui marque aussi une
évolution du rapport à l’enquête dans la recherche scientifique (Dumont, 2014 : 196). Et ce,
notamment en SIC où les objets de recherche composent de plus en plus avec le numérique.
Par ailleurs, les anthropologues eux-mêmes n’enferment pas leurs recherches dans les limites
de l’observation in situ d’une communauté d’acteurs. Ils s’intéressent aussi aux connexions et
aux circulations transnationales rendues possibles par les technologies numériques qui offrent
des contextes à l’étude de nouvelles communautés (Bonhomme, 2017). Et, l’ethnographie en
ligne offre différentes modalités d’observation plus ou moins participantes. Pour le chercheur,
différents degrés d’implication sont possibles. Il peut s’engager dans un fil de discussion,
227
Winkin Y., « Communication ». In Encyclopædia Universalis [en ligne], [consulté le 1er septembre 2017],
URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/communication/. NB : Il est à préciser ici que les articles mis en
ligne par les éditeurs de l’Encyclopædia Universalis font l’objet d’un référencement automatique qui ne permet
pas de retrouver leur année de publication, ni aucun numéro de page. Ceux-ci apparaissent selon une norme de
citation comprenant uniquement la date de consultation de l’article. Cette observation sera donc valable pour tous
les articles issus de cette encyclopédie en ligne que nous utiliserons pour la recherche, sans que nous la réitérions
obligatoirement.
145
participer ou pas aux échanges d’un groupe, s’abonner à la newsletter ou au compte
« Facebook » d’une communauté virtuelle ou d’une institution. Il peut aussi s’impliquer dans
des échanges, partager ou pas un contenu, ou encore rester dans une forme d’observation
incognito permettant de garder une certaine distance vis-à-vis des enquêtés. Ces divers
positionnements tiennent également aux propriétés sociotechniques des sites web qui
permettent différents types de lien « techno-social » : consultation de contenus, prise de contact
par messagerie électronique, post de commentaire, interaction avec d’autres acteurs, etc. Et,
dans le cadre de la recherche, « la plasticité de l’ethnographie en ligne dont les outils doivent
être adaptés à chaque terrain confère à cette approche une dimension de bricolage
méthodologique et de créativité propre à susciter l’imagination du chercheur »228. Ce bricolage
méthodologique étant lui-même dépendant de la question de recherche et de la construction de
la problématique.
Utiliser internet pour enquêter, c’est aussi se confronter aux différents usages sociaux que les
enquêtés font du réseau (Beaud, Weber, 2010 : 60). En effet, les sites institutionnels n’ont pas
les mêmes objectifs ni les mêmes fonctionnalités que les réseaux documentaires, certaines
plateformes contributives comme « YouTube » ou encore que les réseaux sociaux numériques
(RSN) tels que « Facebook ». Les usages prescrits par les éditeurs des sites et des plateformes
contribuent à orienter le comportement du chercheur. Par exemple, la plupart des sites
institutionnels offrent une possibilité de communication entre l’internaute et l’institution, via
une rubrique contact qui propose une adresse e-mail souvent dépersonnalisée. Ce mode de
relation peut induire certaines réticences, participant de la sorte à une forme de régulation des
communications. Au cours de notre enquête nous avons aussi pu expérimenter que le statut de
doctorant ne suffit pas pour pouvoir s’introduire dans certains réseaux, y compris les réseaux
documentaires. Ces modalités de fonctionnement des sites web obligent à s’adapter aux règles
d’usages posées par les acteurs.
Ainsi l’ethnographie en ligne qui permet d’envisager des méthodes flexibles de recueil de
données, adaptables à l’approche de différents types de contenu, pose aussi des limites qui
renvoient à des questions d’ordre éthique. Elle peut conduire à utiliser des contenus rendus
publics par les acteurs pour les étudier dans leur contexte d’émergence, sans pour autant obliger
le chercheur à s’impliquer dans un échange avec l’acteur. Bien que la présence connectée du
228
Jouët J., Le Caroff C., « L’observation ethnographique en ligne ». In Barats C. (dir), Manuel d’analyse du web.
Paris : Armand Colin, 2013, p. 148.
146
chercheur soit déjà une forme d’implication dans la relation à l’acteur qui de son côté propose
également une relation à distance. Et, cette modalité d’observation présente l’avantage de ne
pas être intrusive pour l’acteur. Dans leur contribution à l’ouvrage collectif Manuel d’analyse
du Web dirigé par Christine Barats (2013), Guillaume Latzko-Toth et Serge Proulx soulèvent
les différentes questions d’ordre éthique que pose la recherche sur internet. Par exemple, ils
précisent la différence entre données publiques et privées et les risques pouvant être entraînés
par l’utilisation de données privées susceptibles de porter atteinte aux personnes impliquées.
En effet, les données privées, en tant qu’elles peuvent constituer des données discursives
personnelles, requièrent le consentement de leur auteur (Latzko-Toth, Proulx, 2013). Mais ces
questions ne sont-elles pas également valables dans le cas de méthodes plus traditionnelles de
la recherche qualitative ? Sur internet, les concepteurs et les éditeurs des sites web émettent de
façon plus ou moins explicite un avis sur le caractère public ou non des contenus qu’ils
diffusent. C’est notamment le cas sur les sites institutionnels que nous avons observés. Dans
d’autres cas, cet aspect n’est pas précisé par les gestionnaires des sites, blogs ou autres
plateformes. Il est laissé à la libre appréciation de l’observateur (Blanchard et al., 2013).
Précisons ici, que ce point a fait l’objet d’une vigilance méthodologique dans la recherche, pour
laquelle nous avons extrait des données de contenus publics ou semi-publics : institutions,
associations, réseaux documentaires publics, plateformes participatives.
Soulignons aussi que l’ethnographie en ligne peut prendre un sens très particulier, dans la
recherche scientifique, notamment la recherche qualitative. En effet, elle conduit à des recueils
de données qui contiennent une dimension numérique restant réductrices de l’ordre sensible
dont elles proviennent. Ce qui implique une réflexion sur les méthodes de recueil et d’analyse.
Ces caractéristiques des données collectées via les contenus diffusés sur les sites des acteurs
nous a aussi amenée à vouloir les compléter par d’autres types de donnée. Notamment, nous
avons utilisé internet pour mener une enquête en ligne auprès de nombreux praticiens de la
musicothérapie et pour contacter quelques acteurs, en vue de mener un entretien de groupe. Ces
données complémentaires viennent enrichir le corpus de la recherche que nous présenterons
dans le troisième paragraphe de ce chapitre de la thèse.
147
1.2.4 Internet : un moyen de mise en relation avec les acteurs
Comme nous l’avons précisé dans le paragraphe précédent, dans cette enquête en ligne
concernant l’observation de nombreux sites web, nous nous sommes tenue relativement à
distance des acteurs. Rappelons ici que les données que nous avons recueillies sur ces sites sont
des données publiques, ce qui n’empêche pas que certains documents trouvés sur les sites
institutionnels engagent des personnes en nom propre. Cela peut être le cas sur les documents
diffusés par la HAS, par le ministère des Solidarités et de la Santé ou encore par l’Assemblée
Nationale. Et précisons que la diffusion de ces documents sur les sites des acteurs est encadrée
par une politique éditoriale visant l’information des publics, ce qui suppose que leur contenu
puisse être utilisé, sauf à des fins commerciales ou publicitaires, comme cela peut être indiqué
sur le site de l’Assemblée Nationale229. Toutefois, concernant ces sites institutionnels, nous
avons généralement signalé aux acteurs notre intérêt vis-à-vis des contenus qu’ils diffusent sur
leurs sites. Par exemple, nous nous sommes abonnée à leur newsletter, notamment de
l’Assemblée Nationale et de la HAS. Nous avons pris contact avec la directrice du réseau
documentaire « ascodocpsy.org » qui propose de la documentation aux professionnels de la
psychiatrie, en précisant notre identité et notre statut de doctorante en SIC. Selon le même
principe, nous nous sommes inscrite sur la plateforme du « Pôle International de Recherche en
Musicothérapie » (pirem.org). Nous avons aussi utilisé un compte « Facebook » personnel pour
accéder à des pages diffusant des contenus sur la musicothérapie, sans toutefois nous impliquer
dans un échange ou des commentaires vis-à-vis de ces publications. Ces prises de contact qui
ont permis de recevoir l’actualité des acteurs concernés n’ont pas donné lieu à d’autres
échanges. Pour autant nous considérons pour la recherche ces acteurs que nous avons pu repérer
en ligne et qui, grâce à leurs contributions participent à la vie du réseau internet.
Par ailleurs, quelques sites nous ont été particulièrement utiles pour établir un autre niveau de
communication avec les acteurs. Notamment les sites des associations qui regroupent des
praticiens de la musicothérapie, telles que l’Association Française de Musicothérapie (AFM),
la Fédération Française de Musicothérapie (FFM) ou encore la plateforme du Pôle International
de Recherche en Musicothérapie (pirem.org). En effet, ces sites web recensent de nombreux
praticiens de la musicothérapie et rendent publiques leurs coordonnées respectives. Ces
informations personnelles nous ont permis de contacter individuellement chaque praticien,
229
Source : Site de l’Assemblée Nationale, page « Info site », [consulté le 01 septembre 2017], URL :
http://www.assemblee-nationale.fr/faq.asp
148
notamment dans le cadre de l’enquête en ligne que nous avons menée via un questionnaire
Google Form. Sur les sites web de ces acteurs sociaux, le répertoire des praticiens de la
musicothérapie constitue une base de données, permettant de les identifier également d’un point
de vue géographique. Cela nous a permis de prendre contact avec des individus basés sur la
localité de Montpellier ou de ses environs, pour les inviter à un entretien de groupe concernant
la recherche. En ce sens, nous avons aussi contacté des responsables et des formateurs du DU
de musicothérapie de l’université Paul-Valéry Montpellier 3. Ces méthodes d’enquête ont pu
donner lieu à plusieurs types d’échange en présentiel et à distance : dans le cadre d’entretiens,
par téléphone, par mail, via un questionnaire en ligne et les réseaux sociaux numériques. En
effet, l’enquête en ligne que nous avons initiée a pu être relayée par la Fédération Française de
Musicothérapie (FFM) qui nous a proposé de la diffuser sur sa page Facebook, afin qu’elle
puisse être accessible à davantage de praticiens de la musicothérapie.
A travers ce chapitre nous avons pu définir le terrain de la recherche comme une construction
à partir de l’exploration des représentations de la musicothérapie sur internet. Cette construction
nous a permis d’articuler différents lieux dans lesquels nous avons pu être en lien avec les
acteurs que nous impliquons dans la thèse. En effet, avec les TIC qui englobent internet, nous
avons pu établir des points de connexion avec les acteurs, selon différents niveaux de relation
et de communication : via leurs sites web, à travers l’information-documentation qui y circule,
à travers la messagerie électronique, via le réseau Facebook, ainsi que dans d’autres lieux plus
matériels qui ont permis de rencontrer physiquement certains acteurs de la musicothérapie. Sur
le terrain de la recherche, nous avons donc occupé une place pouvant être variable d’un contexte
à un autre. De notre posture d’observateur incognito en ligne, que nous avons dû adapter aux
contraintes posées par les acteurs en contexte numérique, aux situations d’enquête ayant
nécessité une explication de notre démarche, nous avons dû trouver notre place de différentes
manières, nous efforçant d’être également attentive aux enjeux liés à notre positionnement de
chercheur.
Y compris à travers internet, penser l’acteur c’est aussi penser la scène sur laquelle il agit. C’est
chercher à concevoir des boucles explicatives entre les jeux individuels et les cadres de
référence des groupes sociaux qui permettent de comprendre le positionnement des uns par
rapport aux autres, à travers des interactions sociales ouvertes. Ce positionnement implique
149
d’approcher les contextes et les relations entre les acteurs comme un construit historique qui
s’amorce dans le quotidien de leurs interactions et s’élabore dans des processus
d’intériorisation-extériorisation propres aux acteurs, pour permettre de construire une
interprétation de la « réalité » vis-à-vis de laquelle nous partons du principe que la fin du
scénario n’est pas connue de l’acteur (Cordelier, 2014).
Or identifier les acteurs, c’est obligatoirement passer par une catégorisation qui présente un
risque de réification sociale : « la catégorisation trace au moyen d’injonctions et de verdicts les
frontières sociales à l’intérieur desquelles le groupe social en formation reconnait les
propriétés communes qu’il est censé partager avec les autres membres et qui formeront
progressivement leur identité »230. Pour autant, l’identité qu’elle soit individuelle ou collective
semble indissociable de celle d’un groupe social : une identité ne peut se construire qu’à partir
d’une autre identité qui en est le point de départ. En ce sens, l’identité collective est à la fois
instituée et instituante. Les identités sociales renvoient aussi à la façon dont les actions sociales
sont orientées par des croyances et des intérêts, produisant de nouvelles relations sociales, en
s’appuyant sur des systèmes organisés et organisants, dont l’institution est un modèle parmi
d’autres. Ces considérations conduisent à prendre également en compte la dimension
psychologique des individus vis-à-vis desquels l’action des systèmes organisés peut s’appliquer
de manière extérieure ou secondaire, pouvant contribuer ainsi à leur évolution (Bessone et al.,
2015).
Dans ce paragraphe, nous présenterons l’ensemble des acteurs que nous considérons pour la
recherche, notamment à partir de l’observation en ligne de nombreux sites web sur lesquels
nous avons trouvé des contenus se rapportant à la musicothérapie. En ce sens, dans un premier
paragraphe nous penserons l’acteur du point de vue de l’actant auquel il se rattache, en référence
à la notion d’acteur-réseau que nous avons abordée précédemment, pour faire une présentation
relativement sommaire qui permettra d’identifier en les distinguant les acteurs qui diffusent sur
internet des contenus se référant la musicothérapie. Cette présentation permettra de mesurer
leur diversité et de commencer à repérer certaines relations pouvant exister entre eux. Pour ce
faire, nous resterons au plus près des intitulés trouvés sur les sites web que nous avons explorés
pour nommer les acteurs repérés sur internet. Dans un second paragraphe, nous préciserons
quels sont les acteurs que nous avons davantage ciblés pour la recherche, en ouvrant notre
230
Bessone M., Cukier A., Lazzeri C., Willems M.-C., « Identités et catégorisations sociales ». Terrains/Théories,
[en ligne], 3 | 2015. [Consulté le 29 août 2019]. URL : http://journals.openedition.org/teth/503
150
sélection aux praticiens de la musicothérapie que nous avons pu identifier via internet, auprès
desquels nous avons mené une enquête en ligne. Cette ouverture comprend également des
acteurs que nous avons reçus en entretien.
2.1 Les acteurs qui diffusent sur internet des contenus se référant à la
musicothérapie
Dans ce paragraphe, nous présenterons les acteurs que nous avons repérés sur internet et qui
diffusent des contenus impliquant la musicothérapie. Cette énumération permettra de repérer
certaines caractéristiques des actants auxquels ils sont rattachés qui contribuent à poser le cadre
d’énonciation de leurs discours respectifs sur le web. Nous considérons que l’ensemble des
acteurs que nous avons repérés sur internet jouent un rôle dans la forme de discours circulant
existant en ligne sur la musicothérapie. Toutefois, leur mise en représentation sur internet
renvoie à une diversité qui nous conduira à cibler un groupe d’acteurs pour la recherche. Cette
présentation générale permettra ultérieurement de mieux appréhender le positionnement des
acteurs ciblés, par rapport à l’ensemble de ceux que nous considérons pour la recherche.
151
Performance des établissements de santé et médico-sociaux (ANAP) ou l’Agence Nationale de
Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM) ; à des instances rattachées, par
exemple le Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie (HCAAM) et le Conseil
National de Lutte contre la pauvreté et l’Exclusion sociale (CNLE) ; et divers partenaires
comme les associations agréées d’usagers du système de santé ou la HAS. De par ses missions
administratives et de gouvernance du système de santé, ce ministère est également impliqué
dans des relations avec l’ensemble des acteurs de la santé. Ces relations sont à situées, entre
autres, avec les Conseils d’ordres professionnels impliqués dans la question de la santé
publique, les établissements de santé et les professionnels de ce secteur d’activité, notamment
par le biais des services déconcentrés de l’État, en l’occurrence les ARS et l’ASIP Santé. La
gestion du site web du ministère implique aussi des informaticiens et une Délégation à
l’information et à la communication (DICOM) qui détient une délégation de signature
ministérielle pouvant s’appliquer à tous les actes relatifs aux affaires relevant de leurs
attributions, à l'exclusion des décrets. Sur son site web, le ministère diffuse des documents
produits par différents actants, dans lesquels il est fait référence à la musicothérapie.
231
Source : site de la HAS, rubrique Composition du collège de la Haute Autorité de Santé, [consulté le 18 avril
2017] URL : http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_434776/fr/composition-du-college-de-la-haute-autorite-de-
sante
152
de professionnels, d’usagers et d’acteurs des politiques de santé publique. Elle a également un
rôle important au sein de l’Union Européenne.
- Les acteurs des établissements de santé du secteur privé et associatif à but non lucratif
Ces établissements ne sont pas exactement soumis aux mêmes règles de fonctionnement que
les CHU, notamment concernant le recrutement de leurs responsables et de leurs personnels. Ils
ne comprennent pas obligatoirement de dimension recherche. En revanche, ils sont aussi des
232
Source : site « hopital.fr au service de votre santé », [consulté le 17 août 2017], URL :
http://www.hopital.fr/Nos-Missions/Les-missions-de-l-hopital/Les-missions-de-l-hopital
233
Source : site du Conseil National de Gestion (CNG), [consulté le 17 août 2017], URL :
http://www.cng.sante.fr/Ses-missions.html
153
lieux de stages et de formation continue. Leurs acteurs se trouvent impliqués dans des relations
avec les organismes de formation, notamment certains responsables se déplacent pour évaluer
les apprenants directement sur le terrain234. Ils reçoivent aussi des usagers du système de santé
et leurs représentants ainsi que des visiteurs médicaux. Leur fonctionnement repose également
sur des relations d’interdépendance avec le ministère de la santé via les ARS, la HAS, l’ASIP
Santé. Il implique aussi différentes catégories de communicants, plus ou moins spécialistes de
l’information médicale, pouvant être menée en lien avec des réseaux documentaires.
234
En référence à notre expérience professionnelle, nous pouvons dire que c’est le cas par exemple pour les
étudiants en soins infirmiers.
154
concernée. Les universités disposent également d’un accès au réseau documentaire proposé par
les bibliothèques universitaires et interuniversitaires.
- Les acteurs des autres organismes qui proposent une offre de formation à la
musicothérapie
L’existence de ces organismes repose sur différents statuts juridiques (association loi 1901,
société coopérative, société privée) qui impliquent leurs acteurs dans des relations avec les
institutions de l’État. Par le biais des stages pratiques qui sont obligatoires pour les apprenants,
ils sont aussi en relations avec des établissements des secteurs médical, social et médico-social.
Et de nombreux professionnels de santé interviennent dans ces formations. Comme déjà énoncé
235
Source : site du HCERES, [consulté le 30 juillet 2018], URL : https://www.hceres.fr/fr/etre-expert-du-hceres
236
Source : site de la CNCP, [consulté le 18 août 2017], URL : http://www.cncp.gouv.fr/commission
155
dans la première partie de la thèse237, il existe de différents types d’organisme de formation à
la musicothérapie. Nous avons déjà pu faire référence au Centre International de
Musicothérapie (CIM) et à plusieurs Ateliers de Musicothérapie répandus sur le territoire
national, dont un en Outre-mer, à La Réunion. L’Atelier de Musicothérapie de Bordeaux
(AMBx) ou l’Atelier de Musicothérapie de Bourgogne (AMB) en sont des exemples. Nous
pouvons aussi citer l’Association de Musicothérapie Applications et Recherches Cliniques
AMARC qui propose des formations de deux jours aux professionnels de santé pour
l’application du dispositif « Music Care » dans la prise en charge de la douleur238. L’organisme
de formation continue des personnels de la psychiatrie INFIPP en est un autre exemple. Et
comme nous l’avons déjà relevé, des organismes de formation en art-thérapie proposent des
spécialisations en musicothérapie. Nous avons évoqué le cas de l’AFRATAPEM239, il en existe
d’autres : l’Institut National d’Expression, de Création d’art et Transformation (INECAT) situé
à Paris et l’Association régionale d’art-thérapie du Nord-Pas-de-Calais (PUZZLE). Ces
organismes peuvent faire l’objet de certains partenariats comme c’est le cas de l’AFRATAPEM
qui fonctionne « sous le haut patronage du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche et le Ministère de la Culture »240. Certains de leurs acteurs sont également en lien
avec la CNCP, des universités ou encore des associations de praticiens et des réseaux
documentaires.
237
En référence au paragraphe « Des représentations émergeant d’un processus de professionnalisation
complexe », p. 32-37 de la thèse.
238
Source : site de Music Care, [consulté le 21 mai 2019], URL : https://www.music-care.com/fr/formation
239
Cf. : paragraphe « Des représentations en lien avec un processus de professionnalisation complexe », p. 32-37
de la thèse.
240
Source : site de l’AFRATAPEM de Tours, [consulté le 03 août 2016], URL : http://art-therapie-tours.net/
156
repérer la Société Française de Musicothérapie (SFM) fondée en 2012 qui est en lien avec
l’Atelier de Musicothérapie de Bourgogne (AMB) et dont le site web a été inauguré en juillet
2017. La visibilité de ces acteurs en ligne et les contenus qu’ils diffusent sur leurs sites internet
permettent de repérer des réseaux pouvant se situer entre des individus ou des collectifs, à une
échelle nationale qui trouve aussi des ramifications sur le plan international, notamment avec
l’European Music Therapy Confederation (EMTC) fondée en 1991, dont le siège social se situe
à Bruxelles en Belgique et qui regroupe de nombreux adhérents en Europe, ou encore avec la
World Federation of Music Therapy (WFMT) qui est régie par les lois de l’état de Caroline du
Nord aux États-Unis. Dans la lignée de ces associations, nous avons aussi repéré le site internet
de la Fédération Française des Arts-Thérapeutes (FFAT) qui regroupe des acteurs collectifs et
diffuse un annuaire de professionnels accrédités ainsi qu’une fiche métier de l’art-thérapeute
mentionnant une compétence de musicothérapeute241. Il est à noter que les regroupements des
praticiens de la musicothérapie comprennent des individus et des collectifs qui renvoient
inévitablement aux relations qu’ils entretiennent avec les acteurs des lieux dans lesquels ils
interviennent : des établissements sanitaires et sociaux, des organismes de formations
universitaires ou associatifs. Et ces relations existent également dans le réseau de l’art-thérapie.
Les acteurs de ces associations peuvent également entretenir des relations avec la recherche
scientifique, notamment à travers l’organisation d’événements ou encore leur participation à
différents titres à ce type de manifestation (audition, communication, publication). Ce qui
entraîne aussi des liens entre les acteurs, via divers réseaux. Et, si les informations mises à
disposition des publics sur les sites des acteurs permettent de repérer leurs liens d’appartenance
à certains réseaux d’acteurs, ils conduisent aussi à observer des formes de mises à distance,
comme cela peut être le cas entre la FFM et les Ateliers de Musicothérapie de Bordeaux
(AMBx). Par ailleurs, il existe aussi des regroupements régionaux et locaux, par exemple :
l’association « Auvergne Musicothérapie »242 ou « Musique et Handicaps Méditerranée »243
située à Montpellier qui vise la proposition de services. Ces regroupements relevant d’initiative
plus ou moins personnelles sont plus difficilement repérables sur internet. Il est à préciser
qu’outre leur site web respectif, la plupart des regroupements de praticiens de la musicothérapie
241
Source : Fiche métier de l’art-thérapeute, accessible en ligne, sur le site de la FFAT, [consulté le 19 juillet
2018], URL : http://www.ffat-federation.org/images/stories/documents/fiche_metier_at.pdf
242
Source : site de l’association Auvergne Musicothérapie, [consulté le 31 juillet 2019], URL : http://auvergne-
musicotherapie.fr/
243
Source : site de l’association Musique et Handicaps Méditerranée », [consultée le 31 juillet 2019], URL :
http://musique-handicaps-med.org/musique-handicaps-med.org/Accueil.html
157
utilisent également les réseaux socio-numériques, notamment « Facebook » ou « Twitter »,
permettant le déploiement de leur propre réseau.
244
En référence à :
- Luhmann N., La réalité des médias de masse. Trad., Le Bouter F., Paris : Diaphanes, 2012, [1995].
- Katz E., Influence personnelle : ce que les gens font aux médias / Katz Elihu et Lazarsfeld Paul Félix.
Trad., Cefaï D. Paris : Armand Colin, 2008.
- Méadel C., Quantifier le public : histoire des mesures d’audience de la radio et de la télévision. Paris :
Économica, 2010.
- Gladstone B., La machine à influencer : Une histoire des médias. Bussy-Saint-Georges : Çà et là, 2014.
158
augmentés par des liens connexes vers d’autres contenus, y compris des objets audio-visuels
concernant la presse. Si toutes ces formes d’archi-textes ne sont pas obligatoirement nouvelles,
en revanche la rapidité d’accès à leurs contenus l’est beaucoup plus. Et rappelons ici que ces
changements impliquent certains effets du numérique pouvant favoriser la médiation,
notamment à travers les propriétés médiatiques, inter-médiatiques et intermédiales des
dispositifs numériques (Régimbeau, 2011), que nous avons décrites dans la première partie de
la thèse.
Ainsi, nous avons pu repérer parmi les médias de masse, des chaînes de télévision et des radios
qui postent des contenus se référant à la musicothérapie et que l’on peut visionner en mode
replay. Ces contenus audio et audio-visuels peuvent être des reportages qui mettent en scène
des acteurs (professionnels de santé, praticiens de la musicothérapie, patients), des interviews,
etc. Ces rediffusions sont accessibles directement sur les sites des acteurs ou sur des plateformes
d’hébergement contributives comme « YouTube » ou « Dailymotion », touchant un plus large
public. Certains journaux de presse, pouvant viser un public de lecteurs à différentes échelles
locale ou nationale, permettent de retrouver en ligne des articles plus ou moins récents sur la
musicothérapie. C’est le cas du Midi Libre, des journaux tels que Le Monde, Libération ou
encore Le Figaro. Ces médias « traditionnels » participent via le numérique à une forme de
médiatisation-médiation entre la musicothérapie et des publics. Ils impliquent aussi de
nombreux acteurs : producteurs, éditeurs, journalistes, personnes interviewées, techniciens,
informaticiens, etc. Leurs publics peuvent être très diversifiés. Les médias de masse
« traditionnels » entretiennent également des relations d’interdépendance avec l’État et le
politique (Bourdieu, 1996). Notamment ils sont soumis au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel
(CSA) et au Comité Paritaire des Publications et Agences de Presses (CPPAP)245.
Des dictionnaires et des encyclopédies accessibles en ligne diffusent également des contenus
sur la musicothérapie, contribuant ainsi à l’organisation d’une connaissance linguistique
permettant d’accéder à certaines représentations de cet objet. Nous trouvons aussi des médias
plus spécialisés comme des monographies sur les sites des distributeurs. Également des
magazines tels que Cerveau & Psycho ou encore Sciences et Avenir qui consacrent quelques
articles à la musicothérapie. Internet permet d’identifier différentes revues professionnelles.
245
Source : site « viepublique.fr », [consulté le 18 août 2017], URL : http://www.vie-publique.fr/decouverte-
institutions/institutions/administration/organisation/etat/aai/quelles-sont-differentes-autorites-administratives-
independantes-aai.html
159
Leur accessibilité en ligne peut être payante ou nécessiter un droit de connexion via un réseau
documentaire. Nous avons repéré par exemple la revue Musique Thérapie Communication :
revue de musicothérapie, dirigée par Gérard Ducourneau en lien avec l’AMBx. Cette revue
commercialisée en ligne n’est pas pour autant accessible au public. En revanche, depuis 2017,
la Revue Française de Musicothérapie dirigée par Édith Lecourt est en accès libre, via la
plateforme « revel.unice .fr ». Cette revue fondée en 1981 par l’AFM a été longtemps diffusée
par le réseau documentaire en santé mentale Ascodocpsy dont nous avons déjà parlé. Cette
revue propose des contenus pouvant se rapporter à l’expérience clinique d’un praticien, faisant
également place à quelques articles concernant la recherche sur la musicothérapie. Elle se
définit comme une revue hybride, qu’en SIC nous distinguons des revues professionnelles pour
la pratique (Couzinet, 2015). Par ailleurs, si le discours vulgarisateur de certains magazines
spécialisés participe à l’émergence d’un nouveau rapport au savoir en agissant au cœur des
processus de médiation entre le savoir scientifique et les publics (Jacobi, Schiele, 1988), nous
portons un regard particulier sur les revues professionnelles. En effet, celles-ci contribuent à
l’élaboration du savoir et jouent un rôle dans la formation de la professionnalité, selon un
processus de réflexivité mené au moyen de l’écriture. La réflexivité, parce qu’elle conduit à
nouer savoir et expérience, entre dans un processus de production de connaissances nouvelles.
Pour les praticiens de la musicothérapie, l’écriture d’articles destinés à ce type de revue
contribue alors à la construction personnelle et à la reconnaissance de soi selon une identité
professionnelle qui tend à se préciser en affirmant une forme de représentation professionnelle.
Elle sert ainsi d’intermédiaire formant et liant au groupe auprès duquel elle veut transmettre les
acquis distanciés de l’expérience, notamment par le choix d’une stratégie de diffusion dans un
réseau d’acteurs (Couzinet, Marouki, 2015). Cette stratégie de diffusion peut également se
déployer via des réseaux documentaires.
160
psychothérapie psychanalytique de groupe ; L’information psychiatrique ; VST Vie Sociale et
Traitement ; La Revue de neuropsychologie ; Le Journal des psychologues ; La psychiatrie de
l’enfant ; Insistance ; Recherche en soins infirmiers, etc. Elle met aussi à disposition des publics
ayant droit 122 ouvrages, dont certaines monographies qui se rapportent à des auteurs auxquels
nous avons déjà pu faire référence tels que Gérard Ducourneau, Édith Lecourt, François-Xavier
Vrait, ou encore des ouvrages collectifs impliquant différents auteurs autour d’une thématique.
D’autres plateformes comme celle de « PubMed » donnent accès à des articles scientifiques
concernant l’utilisation de la musicothérapie dans les soins pédiatriques, gérontologiques, dans
la prise en charge de la douleur, etc. dont certains font part d’études randomisées montrant ses
effets. La plateforme « Cochrane » diffuse également un catalogue indexant de nombreux
articles de revue sur le sujet, réalisés à partir de données probantes qui mettent en évidence
l’efficacité de la musicothérapie dans plusieurs champs de la santé. Et comme nous l’avons
évoqué dans la première partie, le traitement informatique de nombreux travaux scientifiques
via l’Agence Bibliographique de l’Enseignement Supérieur (ABES) permet de retrouver le
référencement de plusieurs thèses dans différentes disciplines scientifiques, notamment deux
soutenues à Montpellier au début des années 1990 en Médecine, dont le travail a été dirigé par
le professeur Régis Pouget, alors Directeur de la formation universitaire à la musicothérapie de
Montpellier. Ainsi à travers diverses formes de partenariats entre les éditeurs, les bibliothèques,
les universités et les concepteurs de sites web, impliquant aussi de nombreux documentalistes
et diverses communautés de lecteurs, ces réseaux documentaires définissent des circuits de
communication pouvant être d’ordre profane, professionnel ou scientifique ciblant un vaste
public, faisant d’internet un outil de médiation de la connaissance.
161
aujourd’hui d’une page Facebook. Les plateformes « YouTube » ou « DailyMotion »,
auxquelles nous avons déjà fait référence, exposent également de nombreuses vidéos différant
des émissions de télévision, de radio. On y trouve aussi des enregistrements de colloques dont
les thématiques traitent des relations de la musique avec la santé, et qui impliquent des acteurs
politiques, des scientifiques et des publics. Les possibilités techniques des plateformes
participatives ont donné lieu à l’existence de médias participatifs tels que Médiapart ou
Agoravox sur lequel on trouve des contenus se rapportant à la musicothérapie. Il existe
également des médias spécialisés tels que CHU Réseau, l’actu des CHU dont les contenus
s’articulent entre les contributions des acteurs des CHU, dont de nombreux communicants. Les
plateformes participatives peuvent aussi jouer un rôle économique entre les employeurs et les
praticiens de la musicothérapie, proposant des offres d’emploi en ligne, via lesquelles il est
également possible de postuler.
246
Source : site de la Fondation APF France Handicap, [consulté le 27 juillet 2019], URL : https://www.apf-
francehandicap.org/search/musicothérapie
247
Source : site de l’UNAFAM, [consulté le 27 juillet 2019], URL :
http://www.unafam.org/spip.php?page=recherche&recherche=musicothérapie
248
Source : site de l’UNADEV, [consulté le 27 juillet 2019], URL : https://www.unadev.com/centreregion/centre-
unadev-pau/
249
Source : site de la Fondation France Alzheimer, [consulté le 27 juillet 2019], URL : https://www.fondation-
alzheimer.org/?s=musicothérapie
250
Source : site de la Fondation Bergonié, [consulté le 27 juillet 2019], URL :
https://www.fondationbergonie.fr/projet/musicotherapie/
251
Site de l’ONG Padem, [consulté le 27 juillet 2019], URL : https://padem.org/?s=musicothérapie
162
en relation avec des scientifiques, des professionnels de santé, des médias, des institutions et de
nombreux patients.
A travers cette présentation, que nous savons non exhaustive254, des acteurs qui diffusent des
contenus faisant référence à la musicothérapie et que nous avons reliés à différents actants
intégrant les TIC, nous pouvons relever certaines disparités concernant la place de l’information
et de la communication dans les pratiques sociales des acteurs. En effet, les institutions comme
le ministère des Solidarités et de la Santé ou encore la HAS disposent de services
professionnels, spécialisés et organisés, dédiés à l’information et à la communication avec leurs
publics. Leurs sites web respectifs permettent d’observer l’existence d’un service de direction
de la communication ainsi qu’une politique éditoriale définie. Ce n’est pas obligatoirement le
cas pour d’autres actants, tels que les organismes de formation ou les associations regroupant
252
Source : site de la CFDT, [consulté le 19 octobre 2018], URL : https://www.cfdt-retraités.fr/La-musicotherapie-
reactive-la-memoire.
253
Source : site de la CFDT, [consulté le 19 octobre 2018], URL : https://www.cfdt-retraités.fr/Les-approches-
non-medicamenteuses-sources-de-sante-et-de-dignite.
254
En effet, d’une part le caractère « illimité » d’internet ne peut pas permettre de prétendre à un recensement
exhaustif des acteurs impliqués dans la musicothérapie. L’exemple des blogs ou des sites d’associations de
musicothérapeutes qui renvoient à des initiatives plus ou moins personnelles ou collectives montre les limites de
la recherche sur internet pour identifier l’ensemble des acteurs de la musicothérapie. Une difficulté que nous
pouvons mettre en lien avec les intitulés de sites choisis par les acteurs ou encore les logiques des éditeurs de sites
ou des informaticiens manipulateurs des stratégies de référencement.
163
les praticiens de la musicothérapie. En revanche, nous observons que ces derniers peuvent être
reliés à différents réseaux documentaires qui créent des circuits de communication dans lesquels
la musicothérapie est également mise en représentation. Par ailleurs, la diversité des acteurs que
nous avons repérés sur internet conduit à relever ici que nous ne pourrons pas traiter l’ensemble
des contenus qu’ils diffusent dans le cadre de cette thèse. En ce sens nous avons dû cibler un
groupe d’acteurs représentatif, que nous pensons suffisamment significatif pour la recherche,
notamment parce que nous le considèrerons en lien avec l’ensemble des acteurs que nous avons
repérés sur internet et qui participent de l’expression des représentations de la musicothérapie.
La présentation que nous venons de faire des acteurs qui diffusent sur internet des contenus se
rapportant à la musicothérapie rend compte d’une diversité qui nous a obligé à cibler un
ensemble d’acteurs-clés visant à limiter notre corpus, pour y recueillir des matériaux pouvant
servir la recherche. Aussi, dans un premier temps nous nous sommes intéressée aux acteurs du
web particulièrement impliqués dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’application de la
politique de santé publique. Par exemple, nous avons pris en compte les acteurs du ministère
des Solidarités et de la Santé qui disposent d’une autorité légitime dans la gouvernance du
système de santé et qui peuvent être impliqués dans certains documents parlementaires trouvés
sur le site de l’Assemblée Nationale. Nous avons également ciblé les acteurs de la HAS dont la
mission contribue à la mise en œuvre de la politique de santé publique dans les établissements
de santé, présentant aussi une forme d’ingérence dans les pratiques des professionnels de ce
secteur. Et, son pouvoir d’expertise influence le ministère orientant, par là-même, la
gouvernance du système de santé. Nous avons aussi pris en considération le rôle des acteurs
des établissements de santé qui sont en lien avec la HAS et le ministère. En outre, certains de
ces acteurs interviennent dans les formations à la musicothérapie et les établissements de santé
offrent de nombreux lieux de stage et d’emploi à ses praticiens. Nous nous sommes également
intéressée aux acteurs des universités qui proposent une offre de formation à la musicothérapie
et qui contribuent particulièrement à la professionnalisation de cette pratique. En ciblant nos
acteurs, nous avons aussi retenu le rôle de la Fédération Française de Musicothérapie (FFM)
qui vise la représentation professionnelle de ses praticiens, se positionnant de la sorte en tant
qu’intermédiaire dans leurs relations avec les pouvoirs publics.
164
Par ailleurs, dans notre paragraphe de présentation des acteurs, nous avons fait référence à la
difficulté de repérer en ligne les blogs ou les pages Facebook des praticiens de la
musicothérapie. En revanche, les sites de l’AFM, de la FFM et de pirem.org ont permis
d’identifier de nombreux praticiens que nous avons enquêtés pour la thèse, via un questionnaire
Google Form255. En effet, nous avons trouvé sur les sites de ces associations des répertoires qui
recensent leurs membres adhérents. Ces listes contiennent des informations concernant chaque
praticien. Ainsi il est possible de les identifier en nom propre, par un titre de diplôme,
éventuellement un numéro de téléphone ou une adresse mail, parfois remplacée par un lien vers
un site personnel ou associatif. Et via ces liens, ils mettent souvent à disposition un moyen de
communiquer avec leurs publics, même si certains d’entre eux proposent plutôt des fiches de
contact relativement anonymes. Avec ces informations, nous avons pu nous rendre compte
qu’un même praticien peut être inscrit sur plusieurs listes se référant à différents regroupements.
Nous avons donc dû croiser les données obtenues sur les sites des acteurs, pour construire un
nouveau répertoire regroupant les coordonnées de 496 praticiens à qui nous avons adressé un
mail de présentation de notre recherche, comprenant un lien vers notre questionnaire en ligne.
La présentation en ligne des membres de ces associations permet également de les localiser
d’un point de vue géographique. Sur les listes proposées, ils sont classés par région ou
département, et l’on trouve parfois même une information sur leur lieu d’exercice. Aussi, nous
avons pu identifier des praticiens de la musicothérapie habitant Montpellier ou ses alentours
directs. Par ailleurs, le site web de l’université Paul-Valéry permet d’identifier les personnes
responsables du DU de musicothérapie de Montpellier 3 et leurs adresses mail institutionnelles.
Sur la fiche pédagogique présentant le programme de cette formation universitaire, nous avons
aussi repéré des formateurs, dont les coordonnées mails ne sont pas mises à disposition. Nous
avons dû utiliser le répertoire que nous avions construit pour obtenir les coordonnées de certains
d’entre eux. Avec ces informations, nous avons envisagé de mettre en place un entretien de
groupe. En ce sens, nous avons contacté par mail une vingtaine de personnes. Quelques-unes
d’entre elles nous ont répondu favorablement. A partir de ces retours, nous avons organisé un
entretien de groupe et quelques entretiens individuels. Nous préciserons les conditions de
réalisation de ces entretiens dans la partie méthodologie, au troisième chapitre de cette
deuxième partie de la thèse.
255
Nous présenterons plus loin ce questionnaire, au troisième chapitre de cette deuxième partie, dans le paragraphe
« Méthodes et techniques de recueil de données pour la recherche », p. 185-200 de la thèse.
165
Ce long paragraphe sur les acteurs que nous avons repéré sur internet nous a amené à préciser
ici ceux que nous avons plus particulièrement ciblés pour la recherche. En effet, dans le cadre
de la thèse, nous ne pouvons prétendre traiter toutes les données pouvant être recueillies sur
leurs sites web. En revanche, cette présentation permet déjà de se faire une idée de l’ampleur
de la musicothérapie, du marché économique qu’elle représente pour les organismes de
formation, les maisons d’édition, etc. et de ses réseaux d’acteurs, dont internet facilite le
déploiement. Elle permet aussi de comprendre que l’ensemble des actants mis en représentation
sur internet, y compris les médias (qui définissent des circuits de communication avec des
publics, de diffusion de la connaissance ainsi que des réseaux d’acteurs et de lecteurs), jouent
un rôle considérable dans les formes d’expression des représentations de la musicothérapie, qui
ne peut être détaché de celui de l’acteur. Bien entendu, ces expressions seront aussi à situer par
rapport au positionnement des acteurs et aux relations existant entre eux, que notre présentation,
relativement sommaire, fait déjà ressortir. Et, pour faciliter le repérage de ces relations, nous
poserons et commenterons un schéma de la représentativité des acteurs qui diffusent sur internet
des contenus se rapportant à la musicothérapie, au premier chapitre de la troisième partie dans
laquelle nous présenterons les résultats de la recherche. Ce schéma dessinant un vaste réseau
des acteurs de la musicothérapie sur internet permettra de mieux appréhender les contextes ou les
cadres d’énonciation du discours des acteurs, qui dans le contexte dynamique d’internet donnent
lieu à une forme de discours circulant sur la musicothérapie. Il permettra aussi d’observer comment
l’investissement de certains dispositifs d’information et de communication permet de renforcer
certaines formes de représentation de la musicothérapie.
166
rapport à un cadre institutionnel et énonciatif (Cislaru, Stiri, 2009). Dans notre démarche
empirico-inductive, visant à approcher en compréhension les représentations de la
musicothérapie à travers des typologies de dispositifs info-communicationnels qui renvoient
aux contextes dans lesquels les acteurs évoluent, le corpus est une construction. Celle-ci résulte
de l’assemblage d’éléments recueillis sur les sites internet des acteurs que nous avons ciblés
pour la recherche (documents numériques, contenus web) et d’éléments de témoignage
recueillis à travers d’autres techniques d’enquête (questionnaire en ligne et entretiens). Cette
construction qui mêle corpus d’archives (documents de référence) et corpus construit pour la
recherche (contenus web, questionnaires, recueil d’entretien) vise l’élaboration d’un corpus
relativement hétérogène autour de la thématique qui sous-tend la recherche : la musicothérapie.
En ce sens, l’élaboration du corpus se fonde sur notre relation au terrain de la recherche,
impliquant des aspects théoriques et pratiques, le choix des acteurs que nous avons ciblés pour
la recherche, de documents, de témoins, l’utilisation de différentes techniques de recueil,
l’écoute et la transcription de données qui sont autant d’éléments déterminants de la constitution
du corpus et de son exploitation scientifique (Olivieri, 2010).
Cette construction interroge alors la valeur de la représentativité du matériel recueilli, sur lequel
s’appuieront les résultats de la recherche. En effet, « si le corpus est partiel se pose alors le
problème de sa valeur comme échantillon et de la possibilité de le faire varier en sous-
corpus »256. L’élaboration du corpus repose ainsi sur un ensemble de décisions stratégiques qui
puissent permettre une certaine réflexivité dans l’analyse des données recueillies par le
chercheur. Cette réflexivité est à entendre par rapport au fait que les constituants du corpus
(documents, textes, éléments de contextes et témoignages oraux pouvant se rapporter à
différents cadres d’énonciation) forment un réseau sémantique performant pour la recherche
dans un tout que concrétise le corpus. Celui-ci doit alors être cohérent et auto-suffisant pour
permettre l’analyse à différentes échelles des éléments qui le constituent et qui impliquent
obligatoirement la préoccupation sous-jacente du chercheur. La construction du corpus est donc
arbitraire. Elle n’a de sens qu’au regard des questions que le chercheur va lui poser et qui visent
les finalités de la recherche (Mayaffre, 2002). Pour autant, la construction du corpus ne peut se
contenter d’une perspective sérielle ou aléatoire. Elle doit viser une certaine hétérogénéité. Dans
cette recherche doctorale, nous avons situé cette hétérogénéité par rapport au choix des acteurs
que nous impliquons dans la thèse et qui permettra une mise en dialogue de leurs discours
256
Charaudeau P, « Dis-moi quel est ton corpus, je te dirai quelle est ta problématique ». Corpus, 8, 2009, p. 38.
167
respectifs. Ce choix tient en grande partie à leur positionnement dans le système de santé qui
peut influencer la finalité de leur discours par rapport à la question de la musicothérapie. Nous
considérons aussi cette hétérogénéité en vue de répondre à notre problématique qui cherche à
comprendre les représentations de la musicothérapie à travers différentes catégories de
dispositifs, dont les dispositifs numériques.
Pour autant, peut-on prétendre à la réelle exhaustivité d’un corpus ? Cette question renvoie à
celle du choix des éléments qui composent le corpus et de sa limite. En ce sens, le chercheur
peut être amené à utiliser d’autres ressources que celles contenues dans le corpus, pour mieux
comprendre le phénomène qu’il observe (Mayaffre, 2002). Partant donc de l’idée d’un corpus
que nous savons partiel et que nous souhaitons garder ouvert pour préciser notre interprétation
en SIC des représentations de la musicothérapie, nous avons élaboré le corpus à partir de
différentes catégories d’éléments. Dans ce qui suit, nous présenterons le corpus à travers trois
paragraphes. Le premier s’intéressera aux documents numériques et contenus web que nous
avons sélectionnés à partir de l’observation des sites web des acteurs, qui a permis de cibler des
acteurs-clés que nous impliquons plus particulièrement dans la thèse. Le second permettra de
préciser le corpus en rapport aux témoignages que nous avons recueillis via l’enquête menée en
ligne auprès de nombreux praticiens de la musicothérapie et des entretiens que nous avons
organisés, faisant intervenir d’autres éléments de contextes, de discours ou de conversation dans
le corpus. Dans le troisième paragraphe nous récapitulerons les éléments constituant le corpus
en les présentant sous forme de tableau et en expliquant le codage auquel nous avons procédé
et les formes de sous-corpus auxquelles ils donnent lieu.
A partir de l’observation en ligne des sites web des acteurs que nous avons repérés sur internet,
nous avons sélectionné une série de documents numériques et de contenus web pour constituer
une partie du corpus. Le choix de ces matériaux tient à plusieurs raisons. Comme nous l’avons
déjà précisé, la coprésence sur internet d’un grand nombre d’acteurs qui diffusent des contenus
sur la musicothérapie ne permet pas d’envisager d’étudier leur ensemble dans le cadre de la
thèse. En ce sens, nous avons ciblé un ensemble d’acteurs-clés que nous justifions en raison du
positionnement des acteurs, pouvant être relatif à leurs rôles respectifs dans la gouvernance et
le fonctionnement du système de santé. Les documents ou les contenus qu’ils diffusent via leurs
168
sites web ont une fonction de communication à laquelle les dispositifs numériques et internet
participent. Cette communication numérique favorise l’expression des représentations de la
musicothérapie dans différents champs de discours : politique, institutionnel, médical,
universitaire, etc. Par exemple, les documents qui circulent sur site du ministère des Solidarités
et de la Santé peuvent être produits par différents actants et/ou partenaires. Leur diffusion sur
le site du ministère prend une valeur symbolique qui renvoie à la place centrale qu’occupe cet
actant dans l’élaboration de la politique de santé publique et son administration. Ceux diffusés
par la HAS ont une fonction de référentiels, notamment auprès des professionnels de santé. A
travers sa communication, la HAS, qui a pour mission d’accompagner et d’expertiser les
professionnels de santé, tout autant que de contribuer à la mise en œuvre de la politique de
santé, influence les représentations de l’ensemble des acteurs de la santé, notamment vis-à-vis
de la musicothérapie. Les établissements de santé, dans lesquels s’applique cette politique et
qui offrent de nombreux lieux de stage et d’emploi aux praticiens de la musicothérapie,
constituent des actants importants, à la fois garants et structurants de la professionnalisation et
du développement de la musicothérapie. Leur communication sur la musicothérapie joue
également un rôle dans ses représentations. Nous avons aussi relevé celui tout autant
considérable des acteurs des universités qui proposent une offre de formation diversifiée en
musicothérapie. Et si l’offre de formation des universités contribue à la professionnalisation de
cette spécialité, entre apports théoriques, pratiques et réflexion critique, sa diversité est aussi
source de questionnement. Elle appelle à être étudiée de plus près. Rappelons aussi ici
l’importance des associations de praticiens et notamment du rôle de la FFM qui vise la
représentation professionnelle des praticiens, se positionnant en tant qu’intermédiaire vis-à-vis
des pouvoirs publics.
Ces acteurs-clés sont également importants pour notre étude des représentations de la
musicothérapie, dans la mesure où ils constituent des réseaux d’acteurs que nous pouvons
mettre en relation avec l’ensemble des acteurs que nous avons repérés sur internet et que nous
considérons pour la recherche. En effet, les acteurs sociaux représentés par les organismes de
formation non universitaires, les regroupements de praticiens, les médias, les réseaux
documentaires, les associations d’usagers, les fondations, etc. entretiennent obligatoirement des
relations avec les institutions de l’État, les acteurs de la santé (établissements de santé,
professionnels de santé, HAS), les acteurs universitaires et la FFM. Ces relations peuvent être
explicites, implicites ou indirectes : de l’ordre d’un agrément, d’une convention, d’une
contribution, d’une adhésion, d’une mise à distance, d’une concurrence, etc. Nous appuyons
169
également cette hypothèse sur le fait que nous avons vu que les formations font intervenir de
nombreux professionnels de santé, et que les formations universitaires ont été mises en place
par des personnalités qui ont évolué à partir d’une relation initiale avec des réseaux d’acteurs
associés (ou associatifs) autour du projet de la musicothérapie257.
Par ailleurs, la dimension numérique des contenus trouvés sur les sites des acteurs a posé
diverses questions pour la constitution du corpus. En effet, ils peuvent présenter une nature
relativement instable, due à la gestion et à l’actualisation des sites web des acteurs. Or, la
matérialité du corpus est une préoccupation qui coïncide avec un impératif de la recherche
scientifique : le corpus utilisé doit pouvoir être consulté, dans le but que ce que l’on dit de lui
puisse être vérifié et contrôlé (Mayaffre, 2007). Et, si les documents numériques de type PDF
semblent davantage stables, ils peuvent faire l’objet de certaines manipulations sur les sites des
acteurs, pour parfois en disparaître ou avoir une vie propre sur internet. Pour illustration, le site
du ministère des Solidarités et de la Santé comprend un moteur de recherche interne permettant,
à partir du mot musicothérapie, d’effectuer une recherche thématique qui aboutit sur une page
de résultats, comme nous pouvons l’observer sur la figure suivante :
Fig. 3 : Capture d’écran du début de la page de résultats obtenue sur le site du ministère des Solidarités et de la
Santé pour une recherche à partir du mot « musicothérapie »258.
257
Cf. : paragraphe « Des représentations en lien avec un processus de professionnalisation complexe », p. 32-37
de la thèse.
258
Source : site du ministère des Solidarités et de la Santé, [consulté le 30 octobre 2017], URL: http://solidarites-
sante.gouv.fr/spip.php?page=recherche&recherche=musicothérapie
170
Sur le site du ministère, ces résultats sont formulés sous forme de tableau, mentionnant des
intitulés auxquels sont associés des dates et des extraits de contenus textuels. Dans le contexte
dynamique d’internet, cette page de résultats, capturée en 2017, se déroule. Dans le tableau, les
18 résultats sont présentés dans des cases sur fond bleu, contenant un énoncé en gras et des
contenus textuels partiels, dans lesquels nous pouvons lire plusieurs occurrences du mot
musicothérapie surlignés en bleu. Chaque intitulé permet d’activer un lien hypertexte qui
renvoie à un document : PDF, document Excel ou diaporama. Présentés dans leur version Excel
ou PowerPoint, ces documents interrogent les normes de sécurité de la communication
numérique du ministère. Parmi les documents PDF, certains sont relativement longs,
comprenant plusieurs centaines de pages. A l’intérieur de notre capture d’écran, les catégories
langagières (éléments textuels, visuels) posent un cadre d’énonciation porté par la
communication numérique du ministère. Or, comme déjà précisé, les documents diffusés sur ce
site web peuvent être produits par d’autres actants, renvoyant à d’autres cadres d’énonciation
de discours. En l’occurrence, dans le contenu de la figure 3 présentée plus haut, nous repérons
la contribution de l’ANESM-HAS avec sa Recommandation « argumentée » visant la prise en
charge des enfants et des adolescents. Nous visualisons aussi celle du ministère des Affaires
sociales et de la Santé, commanditaire du Rapport public sur la politique du médicament en
EHPAD. Le discours du ministère sur la musicothérapie apparaît alors comme un discours
construit avec les contributions de plusieurs actants, pouvant être relativement impliqués dans
l’élaboration ou la mise en œuvre de la politique de santé publique. Par ailleurs, il est à noter
ici que cette page web capturée sur le site du ministère le 30 octobre 2017 n’est plus d’actualité
en août 2019. Pourtant, la plupart des documents auxquels elle fait référence continuent d’avoir
une existence propre sur internet, notamment ceux édités au format PDF. Ainsi, cette capture
d’écran montre l’intérêt de fixer certains contenus web pour en faire des éléments du corpus,
permettant de situer le discours des acteurs par rapport à celui d’autres acteurs de la santé,
également d’un point de vue temporel. Ce facteur temporel a été décisif pour le choix des
éléments que nous avons retenu pour la construction du corpus. En effet, certains documents
auxquels renvoie notre capture d’écran n’ont pu être retrouvés pour être intégrés au corpus.
En outre, le discours du ministère peut être relayé par d’autres actants. Par exemple, nous avons
trouvé une série de documents parlementaires sur le site de l’Assemblée Nationale qui implique
différents ministères sur la question de la musicothérapie, ce qui montre une certaine circularité
de l’information au sein des gouvernements. La construction du corpus à partir des documents
numériques et des contenus web que nous avons choisis vise alors à articuler différents éléments
171
de contexte qui permettront de mieux situer le discours des acteurs, pour approcher « en
compréhension » les représentations de la musicothérapie. En ce sens, nous avons aussi
sélectionné une série de documents PDF sur le site de la HAS. En effet, notre recherche
documentaire sur ce site nous a permis, à partir du mot musicothérapie d’obtenir une page de
résultats faisant état de 28 contenus dans lesquels on trouve au moins une occurrence de ce
terme. La capture d’écran ci-dessous en témoigne :
FIG. n° 4 : Capture d’écran de la page de résultats obtenue sur le site de la HAS pour une recherche à partir
du mot musicothérapie259.
Pour des raisons pratiques visant à limiter le corpus, dans un premier temps, nous nous sommes
particulièrement intéressée aux huit recommandations et guides arrivant en tête de liste de cette
page de résultats. Or sur le site de la HAS, ces documents de référence donnent lieu à différentes
versions synthétiques, argumentées, et audio. En les explorant, nous avons constaté que
certaines versions occultent les recommandations faites sur l’utilisation de la musicothérapie.
Aussi nous avons sélectionné celles qui y font référence. Ce choix est également motivé par le
fait que les recommandations de bonnes pratiques sont des référentiels qui servent de point de
repère à de nombreux professionnels de santé. Et rappelons ici que ces documents sont produits
259
Source : site de la Haute Autorité de Santé, [consulté le 02 novembre 2017], URL : https://www.has-
sante.fr/portail/jcms/c_39085/fr/recherche?portlet=c_39085&text=musicothérapie&lang=fr
172
dans des groupes de travail mis en place par la HAS impliquant de nombreux professionnels de
santé et des représentants d’association d’usagers. Aussi, la stratégie de communication de cette
instance, qui fait figure d’autorité de par sa mission d’évaluation des établissements et des
professionnels de santé, se révèle concourante à une stratégie de légitimation qui contribue au
renforcement de sa position d’expert. Et, de ce positionnement, la HAS déploie un type de
discours sur la musicothérapie. Ces documents de référence peuvent aussi permettre de mieux
situer le discours des acteurs des CHU qui diffusent, par ailleurs, des contenus pouvant se
rapporter à la musicothérapie. En effet, notre enquête en ligne nous a conduite à retenir pour la
construction du corpus des articles au ton journalistique, pouvant être diffusés par les
communicants des CHU, notamment sur le média participatif CHU réseau. L’actu des CHU
qui présente d’autres particularités de contexte contribuant au discours des acteurs des CHU sur
la musicothérapie. Nous avons également trouvé, sur les sites de réseaux documentaires, des
catalogues d’articles à caractère professionnel ou scientifique, publiés dans des revues
impliquant différentes catégories de professionnels de santé : des médecins, des infirmiers et
des praticiens de la musicothérapie. Ces réseaux concrétisent d’autres circuits de la
communication des acteurs des CHU que celui existant avec la HAS. Ils proposent d’autres
contextes d’expression aux représentations de la musicothérapie. Nous avons aussi retenu des
documents et des contenus web se rapportant aux acteurs des formations universitaires qui
contribuent à la professionnalisation de la musicothérapie. Notamment, nous avons sélectionné
des contenus web qui présentent les formations et des documents PDF qui décrivent les
programmes de ces formations. Ces éléments du corpus permettent de saisir d’autres éléments
de discours sur la musicothérapie, participant aux représentations de la musicothérapie. Ces
éléments peuvent aussi être mis en lien avec d’autres ressources trouvées sur le site internet de
la Commission Nationale des Certifications Professionnelles (CNCP), de la plateforme HAL
qui relaie un rapport d’évaluation du HCERES concernant le master de Paris-Descartes, de la
FFM ou encore de réseaux documentaires dans lesquels s’inscrivent les acteurs universitaires.
Ainsi, nous avons regroupé un ensemble de documents numériques et de contenus web, en nous
appuyant sur leur pertinence vis-à-vis de la problématique de recherche, pouvant se rapporter :
au positionnement des acteurs par rapport à la musicothérapie ; à un champ de discours, aux
typologies de représentation que génèrent leurs positionnements et leurs discours respectifs ; à
la signification de ces discours dans différentes typologies de dispositifs info-
communicationnels et par rapport à une vision systémique des acteurs ; à leur signification dans
le contexte de la recherche. Pour la thèse, nous avons stabilisé l’ensemble de ces éléments selon
173
différentes techniques (téléchargement, capture d’écran, conversion) pour les stocker dans un
dossier intitulé « N-VERDIER_CORPUS-THESE »260. Cet ensemble de documents
numériques et de contenus web constitue une partie du corpus de la recherche. Ces éléments
permettent déjà d’envisager une mise en dialogue des acteurs que nous avons ciblés pour la
recherche et que nous comprenons à travers les relations qu’ils entretiennent avec l’ensemble
des acteurs que nous avons repérés sur internet. Ci-dessous, nous en ferons un inventaire
sommaire qui sera précisé plus loin, dans le sous-paragraphe « Codage et présentation du
corpus ». Pour la constitution de cette partie du corpus, nous avons donc rassemblé :
- une série de 16 questions écrites posées par des députés au gouvernement entre les
années 2000 et 2014. Ces documents parlementaires diffusés sur le site de l’Assemblée
Nationale impliquent le ministère de la Santé et son positionnement vis-à-vis de la
musicothérapie ;
- le contenu web d’une page de résultats obtenue sur le site du ministère via une recherche
à partir du mot musicothérapie ;
- une série de 11 documents PDF et 1 document Excel diffusés sur le site du ministère
des Solidarités et de la Santé produits par différents actants : partenaires du ministère
ou relevant d’un service ministériel. Ces documents ont été produits entre les années
2009 et 2017 ;
- le contenu web d’une page de résultats obtenue sur le site de la HAS via une recherche
à partir du mot musicothérapie ;
- une série de 8 documents PDF trouvés sur le site de la HAS, comprenant des
recommandations et des guides produits entre les années 2009 et 2017 ;
- un rapport produit en 2012 par les Hôpitaux de Paris, AP-HP concernant les médecines
complémentaires à l’Assistance Publique ;
- divers contenus de pages web se rapportant aux sites web des Hôpitaux de Paris et des
CHU de Nantes, de Paris, de Montpellier et de Toulouse, situés à proximité des
formations universitaires à la musicothérapie ;
- des contenus de pages web se rapportant au média CHU réseau. L’actu des CHU ;
- des contenus de pages web se rapportant au réseau documentaire « PubMed » ;
- des contenus de pages web se rapportant au réseau documentaire « Cochrane » ;
260
Pour des raisons éthiques tenant au caractère sensible de certains éléments du corpus (enregistrement de
témoignages), le corpus est mis à disposition exclusive des membres du jury de la thèse. En ce sens, un lien Google
Drive leur a été adressé par mail, conduisant à un dossier compressé intitulé « N-VERDIER_CORPUS-THESE ».
174
- des contenus de pages web se rapportant au réseau documentaire « Ascodocpsy » ;
- des contenus de pages web concernant les formations universitaires à la musicothérapie
de Nantes, Paris, Montpellier et Toulouse ;
- des documents PDF concernant les programmes de formation de ces mêmes universités
- un document PDF concernant le rapport du HCERES sur le master Création Artistique
proposé par l’université Paris-Descartes et mis en ligne sur la plateforme HAL ;
- un document PDF que nous avons créé à partir du répertoire national des certifications
professionnelles, concernant l’enregistrement du DU de musicothérapeute clinicien ;
- le contenu de la page web du site de la FFM qui recense les organismes de formation
qu’elle représente et qui en sont membres adhérents ;
- des documents PDF diffusés par la FFM concernant des précisions sur le métier de
musicothérapeute
- le contenu de pages web du réseau documentaire Cairn.info concernant le catalogue de
différents médias proposant un contenu sur la musicothérapie.
3.2 Des témoignages issus de notre enquête en ligne auprès des praticiens de la
musicothérapie et des entretiens que nous avons menés
Comme déjà précisé plus haut, nous avons réalisé une enquête en ligne auprès de nombreux
praticiens de la musicothérapie, via un questionnaire Google Form. Ce questionnaire fera l’objet
d’une description détaillée dans un prochain paragraphe consacré aux « Méthodes et techniques
de recueil de données pour la recherche »261. Cette enquête a été réalisée en deux temps. Nous
avons d’abord directement adressé le questionnaire par mail à 496 praticiens de la
musicothérapie, identifiés sur les sites web de l’AFM, la FFM et Pirem.og. Cette première
période s’est déroulée du 24 juin au 15 juillet 2019. Nous avons obtenu un taux de participation
de 15.121 %, soit 75 répondants sur 496 praticiens. Au cours de cette première période, nous
avons été contactée par la vice-présidente de la FFM qui nous a proposé de relayer l’enquête
sur la page Facebook de cette fédération qui compte 1036 followers (suiveurs). Cette deuxième
vague d’enquête a permis le recueil de 40 participations supplémentaires, même s’il reste
difficile d’évaluer si ces personnes ont pris connaissance de l’enquête via le mail que nous leurs
avions adressé ou sur la page Facebook de la FFM. Quoi qu’il en soit, 115 praticiens ont
261
Cf. : p. 185-200 de la thèse.
175
participé à l’enquête, ce qui représente un ensemble relativement représentatif pour la
recherche.
Ainsi, cette enquête en ligne a permis de recueillir de nombreux témoignages que nous avons
intégrés au corpus selon deux techniques rendues possibles par les technologies numériques.
D’une part, le dispositif mis à disposition par Google permet d’obtenir, en ligne, un résumé des
résultats de l’enquête. Celui-ci présente les synthèses graphiques de diverses données
quantitatives. Il permet aussi la lecture globale des contenus textuels formulés par les praticiens
enquêtés, en réponse aux questions ouvertes que nous leur avons adressées. A partir des
fonctionnalités proposées par Google Form et au moyen de divers gestes techniques, nous avons
stabilisé ce résumé dans un document PDF que nous avons créé et versé au corpus. Via Google
Form, l’enquête a également généré un document Excel resituant les témoignages obtenus par
rapport à chaque praticien ayant participé à l’enquête. Ils peuvent donc être contextualisés selon
les profils de chaque participant. Ces profils sont caractérisés, en relation avec le questionnaire
que nous avons élaboré, par le choix d’un parcours de formation ou par le fait que le praticien
peut être porteur d’une identité professionnelle particulière (psychologue, infirmier.e, musicien,
etc.) depuis laquelle il pratique la musicothérapie. Ce document Excel a également été intégré
au corpus. Cette partie du corpus vise le recueil de données complémentaires à celles collectées
sur les documents numériques et les contenus que nous avons extraits des sites web des acteurs
ciblés pour la recherche. Elle permettra une lecture comparée de leurs discours respectifs, visant
à mieux appréhender les représentations de la musicothérapie, à travers différentes catégories
de dispositifs info-communicationnels et de discours.
Par ailleurs, les entretiens que nous avons menés auprès de quelques acteurs de la
musicothérapie ont été enregistrés et retranscrits par écrit. Nous préciserons également les
techniques utilisées pour ces entretiens dans le paragraphe « Méthodes et techniques de recueil
de données pour la recherche ». Comme déjà précisé dans le paragraphe « Les acteurs-clés
ciblés pour la recherche »262, nous avons sollicité une vingtaine de personnes situées à proximité
de Montpellier, pour participer à un entretien de groupe : des responsables de la formation du
DU de l’UPV Montpellier 3, des formateurs et des praticiens de la musicothérapie.
262
Cf. : chapitre 1 de cette deuxième partie de la thèse, p. 122-135.
176
Nous les avons invitées par mail, en précisant notre projet d’entretien, visant le recueil de
données complémentaires pour notre recherche doctorale en SIC. Pour favoriser la mise en
place de cet entretien de groupe, nous avons aussi fait référence à notre expérience de
musicothérapeute. Nous avons alors reçu un accord de principe de la part de six de ces
personnes. L’une d’entre elles nous a répondu en souhaitant de plus amples informations. Cette
demande a donné lieu à un premier échange très encourageant, par téléphone. Après un mail de
relance à l’ensemble des personnes contactées et les retours favorables que nous avons reçus,
nous avons adressé un mail de remerciement aux intéressés. Via ce mail, nous leur avons fait
parvenir un texte d’introduction à la discussion263 et un lien vers un Doodle Doc, visant à
organiser le rendez-vous du groupe. Pour le préciser globalement ici, ce texte d’introduction
présente notre démarche, en apportant des éléments de définition de la notion de représentation
et en précisant les thèmes que nous souhaitions aborder concernant les représentations de la
musicothérapie. Parmi les intéressés, seulement trois personnes ont pu être disponibles au même
moment. Nous avons alors repris contact avec les trois autres, afin de leur proposer de remplacer
leur participation au groupe par un entretien individuel, selon le même principe de discussion,
s’appuyant sur le texte d’introduction que nous avions envoyé. Ces personnes ont accepté notre
proposition. Ainsi, toutes celles qui avaient répondu favorablement à notre demande ont pu être
interviewées.
Dans le groupe de discussion, nous avons découvert que l’un des formateurs que nous avions
sollicités était aussi le nouveau président de la FFM, élu en janvier 2019. Également que les
praticiens sollicités étaient musicothérapeutes diplômés de l’UPV Montpellier 3 et membres de
la FFM. L’un d’entre eux fait partie de la commission « communication » de cette fédération.
Avec l’accord des protagonistes intéressés, nous avons enregistré cette rencontre au moyen d’un
« audio recorder ». Ce document audio a fait l’objet d’une retranscription par écrit que nous
avons stabilisée dans un document PDF. Ces deux éléments (audio et retranscription écrite) ont
été versés au corpus.
En outre, trois autres personnes ont été reçues pour un entretien individuel. Nous avons mené
ces entretiens semi-directifs selon le même principe d’introduction à la discussion, c’est-à-dire
à l’appui du texte que nous avions conçu pour le groupe et envoyé à chacun. Parmi elles, nous
avons rencontré le responsable pédagogique du DU de musicothérapie de l’UPV Montpellier 3
263
Nous reviendrons sur ce texte d’introduction dans le paragraphe concernant « Les méthodes et techniques
mobilisées pour le recueil des données de la recherche ». Cf. : p. 185-200 de la thèse.
177
et deux autres musicothérapeutes. Chacun de ces entretiens a également été enregistré avec
l’accord des protagonistes, retranscrit par écrit et inséré au corpus sous forme de document
PDF.
Pour faciliter la recherche, nous avons procédé à un codage des éléments qui constituent le
corpus. Cette classification permettra, entre autres, de pouvoir présenter le corpus dans le corps
de la thèse, tout en favorisant une analyse rapide de chaque élément qui le constitue. Ainsi nous
avons défini des unités d’enregistrement permettant de situer les éléments du corpus par rapport
à leur contexte d’énonciation, leur(s) auteur(s), leur contenu thématique, leur date de création,
et, concernant certains documents, le contexte de leur diffusion. Par exemple, pour répertorier
un document PDF trouvé sur le site web du ministère des Solidarités et de la Santé, nous avons
précisé le codage suivant :
Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_Verger-P_Rapport-public-Politique-
du-medicament-en-EHPAD_2013
Cette catégorisation permet d’identifier le contexte d’énonciation posé par le site internet du
ministère concerné ainsi que l’actant par lequel le document PDF de référence a été généré et
diffusé, à savoir la communication numérique du ministère. Elle oriente aussi vers l’auteur du
document et la compréhension globale de son contenu, en l’occurrence un Rapport public sur
la politique du médicament en EHPAD, rédigé par Philippe Verger. Elle apporte également un
élément temporel au discours du ministère, concernant l’année de production du document
concerné, ici 2013. Par ailleurs, ce codage permet de repérer un champ de discours (politique),
dans lequel la musicothérapie peut être mise en représentation et qui contribue à définir une
typologie de représentation de la musicothérapie. Procédant par analyse contextuelle et
thématique pour chaque élément du corpus, notre codage (utilisé aussi en tant que nommage)
constitue alors des critères indiciels du cadre d’énonciation du discours des acteurs sur la
musicothérapie. Dans ce qui suit, nous proposons un tableau récapitulatif des unités
d’enregistrement des éléments du corpus sur lesquels s’appuie la thèse.
178
Liste récapitulative des éléments constituant le corpus de la recherche
Numérotation
des éléments
Codage-nommage
E-1 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreSanté-questionécrite-43390-
1sur16_2000
E-2 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreSanté-questionécrite-73200-
2sur16_2002
E-3 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreSanté-questionécrite-8899-
3sur16_2002
E-4 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreCultureCommunication-Santé-
questionécrite-12611-4sur16_2003
E-5 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreSanté-questionécrite-24092-
5sur16_2004
E-6 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreSanté-questionécrite-77607-
6sur16_2006
E-7 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreSanté-questionécrite-98246-
7sur16_2006
E-8 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-
ministèreTravailSolidariéFonctionpublique-Santé-questionécrite-79849-8sur16_2010
E-9 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreSanté-questionécrite-17383-
9sur16_2011
E-10 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreSanté-questionécrite-96719-
10sur16_2011
E-11 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreJustice-Santé-21492-
11sur16_2013
E-12 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreJustice-Santé-questionécrite-
31292-12sur16_2013
E-13 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreJustice-Santé-questionécrite-
32137-13sur16_2013
E-14 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreJustice-Santé-questionécrite-
32911-14sur16_2013
E-15 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreJustice-Santé-questionécrite-
33791-15sur16_2014
E-16 Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-ministèreJustice/Santé-questionécrite-
50953-16sur16_2014
E-17 Siteweb-MinistèreSanté_communication_page-de-résultats-pour-une-recherche-
musicothérapie_2017
E-18 Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_Direction-générale-de-l'action-sociale-
cahierdeschargesPASAetUHR_2009
179
E-19 Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_HAS-ANESM_recommandations-
autisme-ted-enfant-adolescent-interventions_2012
E-20 Siteweb-MinistèreSanté_communicatio-diffusion_PDF_Minsitère-des-Affaires-Sociales-et-de-la-
Santé_Rapport_final-Pathos_2012
E-21 Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_Inspection-générale-des-affaires-
sociales_Avancée-en-âges-des-Personnes-Handicapées-TOME_II-DEF_2013
E-22 Siteweb-Ministère-Santé_communication-diffusion_DocExcel_Ministère-des-Affaires-sociales-
2013_Resultats_Programme-Hospitalier-Recherche-Infirmière-Paramédicale_2013
E-23 Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_Verger-P_Rapport-public-Politiquedu-
medicament-en-EHPAD_2013
E-24 Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PD_Ministère-des-Affaires-Sociales-et-de-la-
Santé-Réseau-Documentation-Archive_TESS-liste-hierarchique_2014
E-25 Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_Ministère-des-Affaires-Sociales-et-de-
la-Santé-Réseau-Documentation-Archives_Tess_Liste_alphabetique2_2014
E-26 Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_CNSA-Ministère-DGCS_bilan-enquete-
plateforme-de-repit_2014
E-27 Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_Min-de-l'Éduc.-nat.-de-l'Ens.-Supérieur-
et-de-la-recherche-Min.-des-Affaires-Sociales-de-la-Santé-des-Droits-de-la-
femme_Plan_maladies_neuro_degeneratives_2014-2019
E-28 siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_FéMaSac-FFMPS_guide-santé-
web_2015
E-29 Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_Ministère-des-Affaires-
Sociales_Rapport-Pr-Michel-CLANET-Alzheimer_2017
E-30 Siteweb-HAS_communication_page-de-résultats-pour-une-recherche-musicothérapie_2017
E-31 Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_ANAES_Évaluation-et-prise-en-charge-
thérapeutique-de-la-douleur-chez-les-personnes-agées-ayant des-troubles-de-la-communication-
verbale_2000
E-32 Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_ANAES_Recommandation-soins-palliatifs-
argumentaire_2002
E-33 Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_HAS_guide-médecin-alzheimer-finale-web_2009
E-34 Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_HAS_Recommandation-anorexie-mentale_2010
E-35 Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_HAS_Recommandation-maladie-d-alzheimer-et-
maladies-apparentées-diagnostic-et-prise-en-charge_2011
E-36 Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF__HAS_Recommandations_Comportements-
perturbateurs-chez-les-personnes-ayant-des-lésions-cérébrales-acquises-avant-l'âge-de-2-ans-
prévention-et-p-en-c_2014
E-37 Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_HAS_Protocole-National-Diagnostic-et-Soins-
syndrome-Rett_2017
E-38 Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_HAS_rapport-élaboration-burnout_2017
180
E-39 Siteweb-Hôpitaux-de-Paris_communication-diffusion_PDF_Fagon-Viens-
Bitker_Rapport_Médecines_Complémentaires_AP-HP_05-2012
E-40 Siteweb-Hôpitaux-de-Paris_communication_page-de-résultats-pour-une-recherche-
musicothérapie_2018
E-41 Siteweb-CHU-de-Nantes_communication_page-de-présentation-de-la-musicothérapie_2017
E-42 Siteweb-CHU-de-Nantes_communication_page-en-savoir-plus-sur-le-rôle-du-
musicothérapeute_2017
E-43 Siteweb-CHU-de-Nantes_communication_page-de-présentation-unité-de-médiations-service-
psychiatrique_2017
E-44 Siteweb-CHU-de-Nîmes_communication_page-présentation-équipe-pluridiciplinaire-
gérontologie_2018
E-45 Siteweb-CHU-de-Nîmes_communication_page-présentation-service-cancérologie_2018
E-46 Siteweb-CHU-de-Montpellier_communication_page-contenu-musicothérapie-le-soin-par-la-
musique_2018
E-47 Siteweb-CHU-de-Montpellier_communication_actu-projet-recherche-musicothérapie _2018
E-48 Siteweb-CHU-de-Toulouse_communication_page-de-résultats-pour-une-recherche-
musicothérapie_2019
E-49 Siteweb-médiaparticipatif-Réseau-CHU-L-actu-des-CHU_communication_page-de-résultats-
pour-une-recherche-musicothérapie_2017
E-50 Siteweb-médiaparticipatif-Réseau-CHU-L-actu-des-CHU_communication_contenu-projet-soins-
infirmiers-musicothérapie_2017
E-51 Siteweb-réseau-doc-PubMed_communication-catalogue_page-de-résultats-recherche-articles-
musicothérapie_2019
E-52 Siteweb-réseau-doc-Cochrane_communication-catalogue_page-de-résultats-recherche-articles-
musicothérapie_2019
E-53 Siteweb-réseau-doc-Ascodocpsy_communication_page-de-résultats-recherche-usicothérapie_2019
E-54 Siteweb-Université-de-Nantes_communication-Faculté-de-médecine_page-de-présentation-DU-
Musicothérapie_2018
E-55 Siteweb-Université-de-Nantes_communication-Faculté-de-médecine_PDF_Prog_
Musicothérapie_DU_2019
E-56 Siteweb-Institut-de-Musicothérapie-de-Nantes_communication_page-d-accueil-et-présentation-
DU-Musicothérapie-de-l-univ-de-Nantes_2019
E-57 Siteweb-Université-Paris-Descartes_communication_page-présentation-master-
Créationartistique_2019
E-58 Siteweb-Université-Paris-Descartes_communication-Institut-de-psychologie_page-présentation-
master-Créationartistique-parcours-musicothérapie_2019
E-59 Siteweb-Université-Paris-Descartes_communication-Institut-de-Psychologie_PDF_Plaquette-
Master-CreationArtistique-V2-WEB_2019
181
E-60 Siteweb-réseau-doc.-HAL_communication-diffusion_HCERES_Rapport-évaluation-Master-Arts-
thérapie-Université-Paris-Descartes_2013
E-61 Siteweb-Université-Paul-Valéry-Montpellier3_communication-filière-musicothérapie_page-de-
présentation-DU-Musicothérapie_2018
E-62 Siteweb-Université-Paul-Valéry-Montpellier3_communication-filière-musicothérapie_page-d-
accueil-DU-Musicothérapie_2019
E-63 Siteweb-Université-Paul-Valéry-Montpellier3_communication-filière-
musicothérapie_PDF_Plaquette-formation-DU-Musicothérapie_2018-2019
E-64 Siteweb-CNCP_communication_Fiche-26932-DU-Musicothérapeute-clinicien-UPV-
Montpellier3_2016
E-65 Siteweb-Université-Jean-Jaurès-Toulouse2_communication-Formation-DU-
musicothérapie_page-d-accueil-et-en-savoir-plus-DU-Musicothérapie_2019
E-66 Siteweb-Université-Jean-Jaurès-Toulouse2_communication-DU-
musicothérapie_PDF_Plaquette présentation_2019
E-67 Siteweb-Réseau-doc-Cairn-Info_communication_page-1-de-résultats-recherche-
musicothérapie_2019
E-68 Siteweb-FFM_communication_missions-et-organismes-de-formation-musicothérapie-
agréés_2019
E-69 Siteweb-FFM_communication-diffusison_FFM_Code-de-déontologie-musicothérapeute_2004
E-70 Siteweb-FFM_communication-diffusion_FFM_Référentiel-Métier-Musicothérapeute_2016
E-71 Siteweb-FFM_communication-diffusion_FFM_Fiche-Métier-Musicothérapeute_2016
E-72 PDF_N-Verdier_Résumé-RESULTATS-ENQUETE-en-ligne_Praticiens-de-la-
musicothérapie_juin-août-2019
E-73 Doc-Excel-généré-par-Google-Enquête-en-ligne_Praticiens-de-la-musicothérapie-
(réponses)_juin-août-2019
E-74 Doc-audio_N-Verdier_Enregistrement-Entretien-de-groupe_Président-FFM-
musicothérapeutes-membreFFM_03-07-2019
E-75 PDF_N-Verdier_Retranscription_Entretien-de-groupe_présidentFFM-musicothérapeutes-
membresFFM_ 03-07-19
E-76 Doc-audio_part-1_N-Verdier_Enregistrement-Entretien-individuel-C-D-musicothérapeute_04-
07-2019
E-77 Doc-audio_part-2_N-Verdier_Enregistrement-Entretien-individuel-C-D-musicothérapeute_04-
07-2019
E-78 PDF_N.Verdier_Retranscription_Entretien-individuel-C-D-musicothérapeute_04-07-2019
E-79 Doc-audio_N-Verdier_Enregistrement-Entretien-responsable-DU-Musicothérapie-
UPVM3_16-03-2019
E-80 PDF_N-Verdier_Retranscription_Entretien-responsable-pédagogique-DU-UPV-
Montpellier3_16-07-2019
182
E-81 Doc-audio_N-Verdier_Enregistrement-entretien-individuel-V-R-musicothérapeute_18-07-
2019
E-82 PDF_N-Verdier_Retranscription_Entretien-individuel-V-R-musicothérapeute_18-07-2019
A travers cette organisation des éléments du corpus nous observons que celui-ci couvre une
période allant du début des années 2000 à nos jours, qui pourrait permettre d’observer une
évolution du discours des acteurs sur la musicothérapie. La communication numérique des
acteurs que nous avons ciblés sur internet montre que la question de la musicothérapie évolue
dans différents champs de discours : politique, institutionnel, professionnel et scientifique. Ces
champs de discours dessinent déjà les contours de sous-corpus que, pour la recherche, nous
interrogerons les uns par rapport aux autres, dans une forme de mise en dialogue des acteurs de
la musicothérapie. A l’intérieur de ces champs de discours nous percevons également la
dimension dialogique du discours des acteurs, notamment concernant la communication du
ministère qui diffuse des documents pouvant être produits par certains partenaires comme la
HAS, qui elle-même appuie ses recommandations sur des réseaux documentaires et des
échanges entre de nombreux professionnels de santé. Par ailleurs, avant nos explications
préalables, le corpus laisse supposer les relations existant entre les acteurs universitaires, les
établissements et les professionnels de santé, les praticiens de la musicothérapie, les
associations qui les regroupent et les réseaux documentaires. Il permet également de repérer
des relations implicites entre les praticiens de la musicothérapie, la HAS et le ministère. Face à
ces discours du web, qui conduiront déjà à identifier différentes typologies de représentations
de la musicothérapie, notre enquête en ligne auprès de nombreux praticiens vient apporter
d’autres éléments contextuels au discours des acteurs que nous avons repérés sur internet. Nos
entretiens enrichissent également le corpus, en apportant de nouvelles données pour mieux
appréhender les représentations de la musicothérapie, mieux comprendre la place qu’elle
occupe actuellement dans le système de santé et la difficulté de certaines catégories de
praticiens.
183
CHAPITRE 3 : MÉTHODES ET TECHNIQUES DE RECUEIL DE DONNÉES ET
D’ANALYSE DU CORPUS DE LA RECHERCHE
Dans ce chapitre nous proposons de préciser le dispositif que nous avons mis en place pour le
recueil et l’analyse des données de la recherche. Le corpus relativement hétérogène que nous
venons de présenter met déjà en perspective la forme de « bricolage méthodologique » que nous
avons dû expérimenter pour appréhender les représentations de la musicothérapie à travers
différentes catégories de dispositif. En ce sens, les méthodes d’élaboration de la connaissance,
qui reposent en partie sur un positionnement épistémologique, ne font pas appel, d’un point de
vue méthodologique, à une norme du vrai mais plutôt à une norme de faisabilité (Le Moigne,
2012 : 45).
Aussi, dans un premier paragraphe, nous décrirons les méthodes et les techniques de recueil
que nous avons utilisées pour constituer le corpus, voire déjà commencer à l’exploiter. Par
exemple, nous présenterons le questionnaire que nous avons élaboré pour notre enquête en ligne
auprès des praticiens de la musicothérapie. Nous préciserons les techniques d’entretien que
nous avons mises en œuvre pour interviewer les acteurs que nous avons rencontrés. Certains
documents PDF du corpus ont donné lieu à l’élaboration de notices permettant de mieux cibler
les données qu’ils contiennent, afin de les rendre significatives pour la recherche. D’autres
éléments du corpus ont été traités au moyen d’une grille de recueil que nous avons élaborée.
Ces méthodes et techniques de recueil ont été pensées en regard de la problématique qui sous-
tend la recherche et que nous avons présentée dès le premier chapitre de la thèse. Aussi, dans
notre présentation nous justifierons nos choix par rapport aux finalités de la recherche.
Dans le second paragraphe, nous préciserons les méthodes et techniques que nous avons mises
en œuvre pour l’analyse du corpus, visant à identifier des typologies de représentation de la
musicothérapie en lien avec des catégories de dispositif.
184
stratégie de triangulation concernant à la fois les données de la recherche et leur traitement
méthodologique appelant à utiliser différentes méthodes et techniques pour étudier les
représentations de la musicothérapie (Denzin, 1978). En effet, la construction de ce corpus
relativement hétérogène a été réalisée au moyen de différentes techniques que nous avons déjà
brièvement expliquées : les documents PDF ont été téléchargés à partir des sites des acteurs
ciblés pour la recherche et certains éléments du corpus sont constitués de capture d’écran. Ces
éléments permettront le recueil de données significatives pour la recherche. Par exemple, entre
les éléments E-54, E-55 et E-56 du corpus il sera intéressant d’observer les liens existant entre
la faculté de Médecine de l’université de Nantes et l’Institut de Musicothérapie de Nantes, pour
mieux situer le positionnement des acteurs et les formes de représentation institutionnelle de la
musicothérapie auxquelles ce partenariat donne lieu. Dans ce paragraphe, nous présenterons
aussi les autres méthodes et techniques que nous avons mobilisées pour le recueil des données
de la recherche, en commençant par présenter le questionnaire que nous avons adressé aux
praticiens de la musicothérapie. En continuité, nous décrirons la façon dont nous avons organisé
et mené nos entretiens. Nous préciserons aussi notre choix d’avoir élaboré des notices
concernant certains éléments du corpus. Pour finir nous présenterons la grille de recueil que
nous avons construite pour faciliter l’étude des représentations de la musicothérapie à travers
d’autres éléments du corpus, notamment les contenus web et certains documents PDF leur étant
associés. Ce paragraphe descriptif des méthodes et techniques de recueil de données que nous
avons mises en œuvre, cherchera aussi à préciser nos choix par rapport aux finalités de la
recherche.
En complémentarité des documents et contenus web que nous avons extraits des sites des
acteurs, nous avons envisagé de mener une enquête auprès des praticiens de la musicothérapie
qui sont plus directement impliqués dans sa représentation professionnelle, afin d’obtenir de
nouveaux éléments qui puissent enrichir le corpus. En ce sens nous avons organisé notre
enquête en ligne au moyen d’un questionnaire que nous avons diffusé directement auprès des
praticiens, via les adresses mails collectées sur les sites de l’AFM, la FFM et la plateforme
PIREM. Et comme nous l’avons déjà précisé, cette enquête a pu être relayée par la FFM via sa
page Facebook264 auprès d’autres praticiens. Cette méthode d’enquête qui relève des méthodes
264
Cf. : paragraphe « Des témoignages issus de notre enquête en ligne auprès des praticiens de la musicothérapie
et des entretiens que nous avons menés », p. 175-178 de ce chapitre 3 de la deuxième partie de la thèse.
185
quantitatives n’est pas incompatible avec notre positionnement épistémologique. Elle participe
à la mise en œuvre d’une triangulation méthodologique qui vise, en partie, à vérifier la validité
des résultats obtenus à partir de l’étude des autres éléments du corpus. Notamment, les résultats
de cette enquête permettront de prendre en considération l’avis des professionnels concernés
par la thématique de recherche, pour préciser la cohérence de notre interprétation des
représentations de la musicothérapie.
Pour élaborer ce questionnaire, nous avons utilisé les fonctionnalités de Google, via Google
Form. Ce dispositif présente l’avantage de laisser à l’enquêté la liberté de répondre ou pas à
l’enquête et d’organiser lui-même son temps pour y participer. Certains praticiens nous ont
d’ailleurs écrit pour demander s’ils disposaient d’un délai afin de pouvoir contribuer à
l’enquête. Ces échanges ont permis d’établir le contact avec eux et de préciser la période de
l’enquête. La conception du questionnaire a été pensée de manière à pouvoir recueillir des
données quantitatives et d’autres, plus qualitatives, par le biais de questions ouvertes appelant
l’expression écrite et singulière de chaque praticien enquêté. En effet, certaines questions
appellent à des réponses prédéfinies, à choix unique ou multiple. D’autres, suggèrent la libre
expression des enquêtés, sur certains points pouvant demander des précisions ou un avis
personnel. Le formulaire d’enquête se déroule selon une série de 46 questions. Le questionnaire
est introduit par un petit texte de présentation qui précise le cadre de l’enquête, le public visé et
les modalités de réponse. Ce texte prévient aussi du respect de l’anonymat des participants et
informe de l’identité de l’enquêteur et de la possibilité d’un retour sur les résultats de l’enquête,
sur simple demande par mail. En ce sens, nous avons reçu plusieurs mails d’encouragement et
de demande de retour de la part des praticiens. Afin de permettre au lecteur de mieux suivre la
description de ce questionnaire, nous le présentons aussi dans sa version vierge, en annexe 2 de
la thèse.
Anticipant sur la diversité des praticiens, pouvant être relative à un choix de formation ou un
parcours professionnel en lien avec une origine socio-professionnelle préalable, les questions 1
à 7 visent à préciser le profil de chacun d’entre eux, ainsi que leur propre définition de la
musicothérapie. En effet, les praticiens peuvent être porteurs de plusieurs identités
professionnelles et la particularité de chacun peut interférer sur ses représentations sociales de
la musicothérapie. Le questionnaire leur demande donc d’indiquer :
186
- leur identité en tant que genre, afin d’évaluer la parité homme / femme dans la
représentation professionnelle de la musicothérapie ;
- la tranche d’âge dans laquelle s’ils s’inscrivent, qui peut renvoyer à une partie de la
population active et permettre de mieux situer le parcours de chaque praticien ;
- la définition qu’ils donnent à la musicothérapie, qui renvoie à leurs représentations
sociales et permettront d’envisager des représentations collectives chez les praticiens ;
- les raisons de leur choix d’orientation vers cette spécialité, qui peuvent permettre de
comprendre leur motivation ;
- leur parcours de formation à la musicothérapie, éventuellement complété par une autre
formation, afin d’en préciser leur profil.
Les items 8 à 11 interrogent le cadre d’exercice de chaque praticien et le statut selon lequel
celui-ci pratique la musicothérapie. Cette série de questions cherche à évaluer d’éventuelles
différences en fonction des profils. Les questions 12 à 15 constituent des pistes indicielles
concernant les publics pris en charge. Elles permettront de préciser la représentation des champs
de pratique de la musicothérapie. Elles visent aussi à situer les conditions de prise en charge :
comment les patients sont-ils indiqués ? Connaissaient-ils la musicothérapie avant d’en faire
l’expérience ? Quels retours en font-ils ? Ces indices peuvent apporter des éléments de
connaissance sur les représentations sociales des praticiens vis-à-vis de leurs publics. Nous nous
intéressons aussi à la façon dont l’expérience professionnelle peut ou pas permettre de valoriser
cette pratique.
265
Bien que personnellement nous ayons eu beaucoup de chance, puisque nous avons travaillé à plein temps dans
la clinique où nous avons exercé pendant plus de dix ans. Aussi, cet a priori est fondé sur les relations que nous
avons entretenues avec quelques collègues de formation. Il repose également sur les difficultés que nous avons
187
de la situation professionnelle des praticiens de la musicothérapie. Cette évaluation se prolonge
à travers les items 21 à 30 qui cherchent à préciser le ressenti des praticiens vis-à-vis des
relations qu’ils entretiennent sur le terrain avec différentes catégories de professionnels. Par
exemple, elles permettront de situer leur représentation professionnelle dans les dispositifs
sociotechniques mis en place dans les établissements de santé (les réunions pluridisciplinaires),
censés impliquer l’ensemble des acteurs du soin, notamment dans le discours de la HAS et des
établissements de santé et médico-sociaux. En continuité, les items 31 à 33 visent à mieux
comprendre la relation des praticiens aux associations qui définissent des formes de
représentation professionnelle. Notamment, nous nous intéressons à leur ressenti de la façon
dont ces associations les représentent et défendent leurs intérêts.
Pour finir, les questions 44 à 46 interrogent les relations des praticiens à la recherche
scientifique. D’un côté elles cherchent à mesurer leur implication dans d’éventuels projets de
recherche, d’un autre elles visent à mieux situer les formes de représentations scientifiques
auxquelles la musicothérapie donne lieu.
Ainsi, l’objectif global de l’enquête vise à recueillir des données complémentaires à celles
collectées sur les sites des acteurs qui diffusent sur internet des contenus se rapportant à la
musicothérapie. Il se subdivise également en objectifs plus spécifiques, qui permettront
d’interroger le discours des autres acteurs ciblés pour la recherche par rapport à celui des
praticiens plus directement impliqués dans les questions que posent les représentations de la
rencontrées lorsque nous avons envisagé de changer d’établissement, à un moment donné de notre parcours
professionnel.
188
musicothérapie. Notamment, le recueil de données effectué via ce questionnaire permettra de
préciser la représentation professionnelle des praticiens de la musicothérapie selon différents
angles, ainsi que leurs propres représentations de la musicothérapie. Il permettra aussi
d’investiguer le rôle de l’information et de la communication dans l’expression de différentes
formes de représentation de la musicothérapie. Et, nous pourrons interroger l’expression de ces
représentations par rapport aux usages que les praticiens font des dispositifs sociotechniques
qu’ils sont susceptibles d’investir pour présenter, représenter et valoriser la musicothérapie.
L’élément E-72 du corpus qui est un document PDF, correspondant au résumé de l’enquête
généré par le dispositif Google Form, présente une pré-analyse de l’enquête, lisible au travers
de graphiques et de regroupements de données textuelles se référant aux réponses des praticiens
concernant les questions ouvertes que nous leur avons posées. Il permettra d’en faire une
analyse globale. L’élément E-73 qui est le document Excel produit par ce même dispositif,
retrace les données d’enquête se rapportant à chaque participant. Dans le corpus, ce document
fait ressortir des regroupements que nous avons effectués à partir du profil de chaque praticien.
En l’occurrence, nous avons surligné de différentes couleurs les praticiens qui disposent d’un
autre diplôme professionnel : en jaune les infirmiers, en bleu les psychologues, en oranger les
éducateurs spécialisés, en vert les praticiens disposant d’un diplôme d’enseignement musical,
en rose, les professionnels de l’éducation. Ceux qui ne sont pas surlignés présentent les profils,
tout aussi riches, de personnes plus difficiles à catégoriser, en raison d’un parcours de formation
moins abouti ou plus atypique (formation musicale, licence de musicologie, licence de
psychologie, cumul de DU, master en cours, etc.). Ces distinctions permettront de repérer plus
facilement les différences ou au contraire les similitudes des situations des praticiens vis-à-vis
de leur activité en musicothérapie.
Après avoir commencé à étudier les documents PDF et les contenus web qui composent une
partie du corpus, nous avons projeté de mettre en place un entretien de groupe avec des acteurs
impliqués dans la pratique de la musicothérapie et sa professionnalisation266. Ce projet visait
également une triangulation méthodologique permettant de mieux situer notre interprétation
des représentations de la musicothérapie. En ce sens, nous avons contacté une vingtaine de
personnes par mail. Dans ce mail, nous avons présenté notre recherche doctorale en informant
266
En référence aux responsables du DU de musicothérapie de l’UPV Montpellier 3 et des formateurs que nous
avions ciblés pour l’entretien de groupe, parmi la vingtaine de personnes que nous avons contactées par mail.
189
aussi de notre profil particulier en lien avec une expérience de musicothérapeute, afin d’inciter
la curiosité et l’intérêt de nos éventuels interviewés. Dans ce courriel initial, nous invitions à
participer à un entretien de groupe, précisant qu’en fonction de leur accord de principe nous
leur ferions parvenir ultérieurement de plus amples informations. Après quelques échanges par
mail, des relances et quelques contacts par téléphone avec certains d’entre eux, six personnes
ont répondu favorablement à notre appel. Nous leur avons alors adressé un courriel groupé de
remerciement, contenant en pièce jointe, la proposition d’un texte d’introduction à la
discussion. Dans le corps du mail, nous avons également introduit un lien vers un Doodle Doc,
afin d’organiser la rencontre. En fonction des disponibilités de chacun, seulement trois
personnes ont pu participé à cet entretien de groupe. Les trois autres ont néanmoins accepté
d’être reçues dans le cadre d’un entretien individuel. Alors que nous avions fait parvenir le texte
d’introduction à la discussion à l’ensemble de ces personnes, nos entretiens se sont déroulés
selon un principe semi-directif.
Ce texte précise ensuite l’objectif de l’entretien par rapport à notre recherche doctorale en SIC.
Pour introduire notre sujet, nous donnons quelques éléments de contexte concernant notre étude
des représentations de la musicothérapie à travers des discours pouvant être véhiculés dans
différents catégories de dispositifs info-communicationnels. Puis, nous apportons à nos futurs
interviewés quelques points de repère sur la notion de représentation en la situant par rapport à
des auteurs et au champ des SIC. Notamment, nous la précisons à travers une brève définition
qui met en avant le rôle des représentations dans la mise en œuvre de différentes logiques
communicationnelles, instaurant par là-même diverses instances de médiation dans l’espace
social (Lamizet, Silem (dir), 1997).
190
Nous progressons alors vers une explication du contexte de la recherche, faisant référence de
manière implicite à l’instrumentalisation de l’information et de la communication par les
acteurs du système de santé et à son rôle dans l’expression des représentations de la
musicothérapie. En ce sens, nous cherchons à induire une réflexion sur la situation de certaines
catégories de praticiens. Puis, le texte évolue vers nos premiers éléments d’analyse, relatifs aux
documents et aux contenus web recueillis sur les sites des acteurs qui composent une partie du
corpus, desquels il émerge une pluralité de discours sur la musicothérapie. Nous faisons
remarquer que cette diversité fait ressortir des caractéristiques discursives que l’on peut ramener
à des types idéaux de communication, pouvant s’attacher à des catégories d’acteurs, à la finalité
de leurs discours et aux particularités des dispositifs info-communicationnels qu’ils mobilisent
pour communiquer sur la musicothérapie.
Notre texte d’introduction oriente alors vers les différentes thématiques que nous proposons
d’aborder au cours de l’entretien et que nous pouvons restituer de façon sommaire comme suit :
191
musicothérapie, en nous intéressant à leurs pratiques info-communicationnelles. Nous
induisons l’idée que l’information-communication peut favoriser la construction et la
reconnaissance d’une identité professionnelle, qui tendent à se préciser en affirmant des
formes de représentations institutionnelles et scientifiques de la musicothérapie.
Les contacts que nous avons pu établir avec les acteurs que nous avons interviewés ont été
particulièrement enrichissant puisqu’ils ont permis de rencontrer, sans que nous l’ayons
obligatoirement prémédité, des acteurs-clés de l’évolution de la musicothérapie. En effet, dans
le cadre de l’entretien de groupe, nous avons pu échanger avec le président de la FFM. Celui-
ci, initialement pressenti par rapport à sa position de formateur intervenant dans le DU de
musicothérapie de Montpellier, a été élu au sein de la FFM en janvier 2019. Or, au moment de
la mise en place de cet entretien, prise par le rythme du travail et certaines priorités, nous
n’avions pas encore noté ce changement de présidence à la FFM. Par ailleurs, cet entretien de
groupe nous a également permis d’identifier plus précisément deux praticiens également
membres de la FFM, dont l’un fait partie de la Commission « communication » de cette
association. En complément de cet entretien de groupe, nous avons mené trois interviews
individuels, selon le même principe semi-directif, s’appuyant sur le texte d’introduction à la
discussion que nous avions fait parvenir à l’ensemble des personnes ayant manifesté un intérêt
à notre recherche. En l’occurrence, nous avons échangé avec le responsable pédagogique du
DU de musicothérapie de Montpellier ainsi qu’avec deux autres musicothérapeutes, formés à
l’université Paul-Valéry Montpellier 3 et exerçant à Montpellier ou ses alentours.
Avec l’accord préalable de l’ensemble de nos protagonistes, nous avons enregistré nos
entretiens. Comme déjà précisé ces documents audio ont été intégralement retranscrits par écrit
et l’ensemble de ces éléments ont été intégrés au corpus. Par ailleurs, une collègue de l’équipe
de recherche que nous avions sollicitée a participé à l’entretien de groupe en qualité
d’observatrice pour prendre des notes d’observation visant à compléter l’enregistrement. Celle-
ci a été présentée aux participants en début d’entretien. Elle a également fait un retour verbal
en fin d’interview, valorisant la participation de chacun et la qualité des échanges auxquels elle
avait pu assister. Ses notes rendent compte de certains propos qui ont retenu particulièrement
son attention ainsi que d’autres éléments de communication non verbale qui témoignent de
l’attitude des personnes présentes ou encore de l’ambiance de l’entretien. Elles apportent des
données complémentaires à l’enregistrement que nous avons effectué. Par exemple, elles
permettent d’observer des affects marquant l’inquiétude de certains par rapport à la situation
192
des musicothérapeutes, ou encore des espoirs investis sur le rôle de la FFM qui n’excluent pas
de percevoir certaines tensions pouvant exister au sein de cette association.
Ainsi, les données recueillies à travers ces rencontres conduiront à mieux comprendre le
positionnement de quelques acteurs clés de la musicothérapie et des relations qu’ils
entretiennent avec d’autres acteurs que nous avons également ciblés pour la recherche. Et,
même si leurs points de vue restent relatifs à une localité, leurs témoignages viennent enrichir
le corpus. Ils permettront de combiner les données qu’ils ont permis de recueillir à celles
collectées par ailleurs pour préciser notre interprétation des représentations de la
musicothérapie. En outre, l’interview du responsable pédagogique du DU de Montpellier 3 et
la présence du président de la FFM à l’entretien de groupe permettent d’envisager leurs
connaissances respectives et globales de la situation de la musicothérapie en France, selon les
positionnements particuliers desquels ils observent son évolution.
Comme déjà énoncé plus haut, une partie du corpus est constituée de documents PDF que nous
avons pu extraire des sites web des acteurs. Certains d’entre eux sont très longs et peuvent
contenir plusieurs dizaines, voire centaines de page. C’est le cas par exemple des
recommandations de bonnes pratiques que nous avons trouvées sur le site de la HAS. Pour
étudier les représentations de la musicothérapie à travers ces documents qui sont aussi des
documents professionnels contenant une dimension à la fois sociale, opérationnelle et
stratégique, nous avons élaboré des notices. Celles-ci contiennent des indices signalétiques et
d’autres plus analytiques. Les éléments signalétiques visent à identifier le document source dont
il est question : sa catégorie, son titre, ses auteurs ainsi que leur statut ou la catégorie
professionnelle à laquelle ils se rattachent, les éventuels partenaires et commanditaires
impliqués dans sa production, sa date de publication, son nombre de pages et le site web duquel
nous l’avons extrait. Ils permettent également d’identifier le document de référence par rapport
à son codage qui renvoie à un élément du corpus. Les éléments analytiques rendent compte de
la manière dont nous avons traité le document pour renvoyer le lecteur à sa thématique générale
et aux sous-thématiques qui s’en dégagent. Celles-ci coïncident avec l’ordre structurel du
document initial, permettant d’en distinguer des parties et de situer le contexte dans lequel il est
fait référence à la musicothérapie. En respectant cet ordre de présentation, nous avons prélevé
des extraits textuels que nous citons en italique dans la notice et qui donnent des éléments
193
d’information sur le contenu du document ou de l’élément du corpus auquel elle se rapporte.
Ces informations peuvent concerner la méthode de production du document, les références sur
lesquelles s’appuie l’argumentation de ses auteurs. Il peut s’agir d’une référence
bibliographique, scientifique ou de documents associés au document principal qui, sur le site
web des acteurs, peuvent être accessibles par liens hypertextes actifs. Dans ces notices, qui
visent à faciliter le repérage de données intéressant plus spécifiquement la recherche, nous
précisons le nombre d’occurrence(s) du mot musicothérapie trouvé dans l’élément du corpus
ainsi que le « cotexte » dans lequel elles apparaissent. Nos indices permettent également de
situer ces contenus par rapport à l’ordre de pagination du document de référence. Ainsi, les
extraits que nous avons sélectionnés pour élaborer ces notices prennent en considération nos
intentions de chercheur qui visent à comprendre les représentations de la musicothérapie à
travers le discours des acteurs, que véhiculent les contenus des éléments du corpus. Les extraits
retenus constituent donc des indicateurs textuels qui permettront de situer, en partie, le discours
des acteurs d’où émergent des formes de représentations de la musicothérapie.
Selon ce même procédé, nous avons élaboré neuf notices concernant les éléments E-31 à E-39
du corpus se rapportant aux huit recommandations de bonnes pratiques que nous avons trouvées
sur le site de la HAS et au Rapport sur les médecines complémentaires à l’Assistance publique
des Hôpitaux de Paris, rédigé en 2012 par le Pr Jean-Yves Fagon et le Dr Catherine Viens-
Bitker, pour les Hôpitaux de Paris. Nous présentons deux exemples de notices en annexes 4 et
5 de la thèse267. Nous avons limité cette technique de recueil de données à ces neuf éléments du
corpus pour plusieurs raisons. D’une part, elle a permis de traiter de manière homogène un
ensemble de documents se rapportant à un même actant, en l’occurrence la HAS, dessinant ainsi
les contours d’un sous-corpus. Et l’élargissement de cette technique de recueil au Rapport sur
les médecines complémentaires à l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris nous a permis
de repérer de nombreuses références à la HAS dans ce rapport, mettant en évidence l’influence
de cette instance dans la production du rapport des Hôpitaux de Paris. Par ailleurs, au fur et à
mesure de notre traitement du corpus, nous avons mis en œuvre une autre technique, qui nous
a conduite à élaborer une grille de recueil de données que nous avons appliquée à d’autres
éléments du corpus, notamment aux contenus web que nous avons capturés sur les sites des
acteurs et auxquels certains documents qui composent le corpus peuvent être associés. Nous
présentons cette grille de recueil au paragraphe suivant.
267
Cf. : annexes 4 et 5, p. 38-40 et 41-45 des annexes de la thèse.
194
1.4 La grille de recueil de données appliquée à certains éléments du corpus
Il nous a donc semblé important de pouvoir collecter les données de la recherche en les situant
par rapport aux éléments du corpus auxquels elles se réfèrent et à leur contexte de diffusion sur
les sites des acteurs, pour que ces données deviennent significatives pour la thèse. Ainsi, au fur
et à mesure de notre exploration des éléments du corpus, nous avons adapté la grille de recueil
pour rendre possible cette contextualisation. Cette grille prévoit l’identification de l’élément de
268
Cf. : paragraphe « Un recueil de documents numériques et de contenus web issus de notre enquête en ligne
sur les sites des acteurs », p. 168-175 de la thèse.
195
référence du corpus par son codage et le type d’élément auquel il renvoie. Nous en précisons
aussi les caractéristiques pouvant se référer à celles du contenu de l’élément (débat de
l’Assemblée nationale, rapport, recommandation de bonne pratique, etc.). Dans cette
présentation de l’élément du corpus nous posons également des repères spatio-temporels visant
à préciser la typologie du dispositif de communication auquel renvoie l’élément du corpus, ainsi
que la date à laquelle il a été produit et qui peut donner une signification particulière au discours
des acteurs sur la musicothérapie. Nous indiquons, à la suite, si la grille concerne d’autres
éléments du corpus et quelles sont leurs relations avec l’élément de référence. Cette grille
n’exclut donc pas son utilisation pour un élément isolé du corpus. Nous en figurons le début
comme présenté ci-après :
Pour certains éléments du corpus qui se réfèrent à des captures d’écran ou des documents PDF
extraits des sites des acteurs, nous avons inséré dans la grille une partie concernant l’observation
du site web de référence, en nous inspirant des travaux de Josiane Jouët et Coralie Le Caroff269
qui proposent une méthode pour l’observation ethnographique en ligne. Celle-ci repose, entre
autres, sur la définition de différents critères qui s’intéressent aux aspects techniques et sociaux
des sites web, selon différents axes : ligne éditoriale, gestion du site, participation, lien social.
Nous avons rajouté un relevé d’éventuels autres indices formels qui pourrait servir l’analyse du
site de référence. La mise en forme de la grille évolue donc de la façon suivante :
Identification du site
Date de consultation
269
En référence à leur chapitre d’ouvrage intitulé « L’observation ethnographique en ligne » publié dans Barats
C., Manuel d’analyse du web. Paris : Armand Colin, 2013, p. 147-165.
196
Aspect technique Aspect social
Ligne éditoriale
Gestion du site
Participation
Lien social
Autres indices formels
En construisant cette grille, nous nous sommes également intéressée aux aspects sémio-socio-
techniques de l’élément de référence du corpus. Ces aspects concernent son accessibilité sur
internet, sa fonction de communication par rapport à un public cible, la thématique globale de
son contenu, sa progression thématique, le champ lexical qui s’en dégage (politique, médical
ou autre) et qui renvoie à un champ de discours. La grille permet aussi une pré-analyse du
contexte de positionnement des acteurs, pouvant être en lien avec leur appartenance à un groupe
social (ou un actant), du contexte normatif dans lequel se déroule la communication et qui peut
faire émerger des différences sociales ou culturelles, du contexte relationnel que ces contextes
préalables induisent et des enjeux qui en résultent, portés par les acteurs. L’ensemble de ces
éléments sont en effet des composantes de leur discours qui interférent sur la communication
des acteurs et leurs échanges sociaux. En ce sens, le recueil de ces données met déjà en
perspective l’approche systémique des acteurs que nous préciserons plus loin. Cette partie de
la grille se formalise comme présenté ci-dessous :
La suite de la grille vise le recueil des contenus de discours concernant la musicothérapie, dans
l’élément de référence du corpus. Elle permet de relever des indices référentiels du discours des
197
acteurs : d’éventuelles références bibliographiques et d’autres types de référence qui participent
du procédé argumentatif des acteurs. Elle prévoit aussi de repérer le nombre d’occurrences des
mots musicothérapie ou musicothérapeute dans le contenu étudié. Ces occurrences sont
précisées par rapport au cotexte dans lequel elle apparaissent dans l’élément de corpus de
référence. Avec les éléments recueillis depuis le début de la grille, les indicateurs textuels
concernant le contenu de discours sur la musicothérapie permettent une pré-analyse des thèses
en présence dans le discours des acteurs. De ces recueils, nous verrons alors émerger des
typologies de représentation de la musicothérapie, que l’analyse de contenu permettra de
thématiser. Cette partie de la grille est figurée comme suit :
Nous présentons un récapitulatif de cette grille de recueil de données, dans sa version vierge,
en annexe 6 de la thèse270. Le lecteur peut également en retrouver un exemple renseigné en
annexe 7 de la thèse271.
270
Cf. : annexe 6, p. 46 des annexes de la thèse.
271
Cf. : annexe 7, p. 47-53 des annexes de la thèse.
198
Grille de recueil de données (suite)
Élément associé n° 1
Codage corpus
Type d’élément
Caractéristiques
Repères spatio-temporels
Relation avec l’élément de référence
Aspects socio-sémio-techniques de l’élément associé
Accessibilité sur internet Processus :
Observations :
Fonction de communication
Public(s) ciblé(s)
Thématique globale
Progression thématique
Champ lexical
Contexte de positionnement des acteurs
Contexte normatif
Contexte relationnel induit
Enjeux
Indices concernant le discours sur la musicothérapie
Indices référentiels du discours (arguments)
Nombre d’occurrence(s) musicothérapie ou
musicothérapeute
Indicateurs textuels (co-texte)
Identification des thèses en présence
Typologies de représentation émergeantes
Thématisation
D’autres éléments du corpus peuvent ainsi être rajoutés à la grille de recueil, facilitant la lecture
transversale des données. Nous proposons un exemple de grille se rapportant à plusieurs
éléments associés du corpus en annexe 8 de la thèse272.
Cette présentation de la grille de recueil de données que nous avons élaborée au fur et à mesure
de l’exploitation du corpus a également été construite par rapport à un choix de méthodes et de
techniques d’analyse du corpus que nous présenterons au paragraphe suivant. En ce sens, nous
avons défini des critères de recueil qui s’articulent à des critères d’analyse, notamment
concernant le positionnement des acteurs et la catégorisation des représentations de la
musicothérapie. Cette grille constitue donc déjà une étape vers l’analyse du corpus. Et, dans sa
version longue associant plusieurs éléments du corpus, elle facilite déjà l’analyse transversale
des représentations de la musicothérapie, par exemple à l’échelle d’une institution.
272
Cf. : annexe 8, p. 54-82 des annexes de la thèse.
199
Par ailleurs, si cette grille a été particulièrement adaptable à certains éléments du corpus
(documents PDF et contenus web), elle constitue également un point de repère pour l’analyse
du questionnaire que nous avons adressé à de nombreux praticiens de la musicothérapie et des
entretiens que nous avons menés. Ces autres techniques de recueil de données, que nous avons
précisées plus haut, apportent, en effet, des données qui permettront de préciser des typologies
de représentation que nous avons vu émerger du discours des acteurs sur internet. Par exemple,
nous nous pencherons sur les représentations sociales des praticiens, notamment à travers leurs
définitions de la musicothérapie. Et comme déjà annoncé avec la présentation de nos méthodes
d’enquête complémentaires, nous verrons aussi comment les représentations professionnelles
de la musicothérapie se précisent, à travers le discours des praticiens. Notre grille de recueil de
données conduit aussi à identifier des typologies de dispositif susceptibles d’exercer un effet
normatif dans les échanges entre les acteurs. En outre, avec des critères pouvant être empruntés
à la sémiotique situationnelle (Mucchielli, 2008) qui se rapportent au positionnement des
acteurs, nous appréhenderons nos contenus par rapport aux contextes de communication dans
lesquels sont produits les discours des acteurs. Et, l’analyse des données collectées via nos
enquêtes complémentaires (questionnaire et entretiens) permettront de mieux comprendre
également comment les pratiques info-communicationnelles des praticiens orientent, elles-
mêmes, les représentations professionnelles, institutionnelles, scientifiques, voire politiques de
la musicothérapie.
A travers le paragraphe précédent, nous avons vu que le dispositif Google Form que nous avons
utilisé pour l’enquête auprès des praticiens de la musicothérapie et la grille de recueil de
données que nous avons conçue pour certains éléments du corpus constituent déjà des outils de
pré-analyse. En effet, ils permettent de traiter certaines données au fur et à mesure de leur
lecture ou de leur saisie, et offrent une possibilité de lecture transversale qui nous fait avancer
vers la compréhension du positionnement des acteurs. La grille de recueil fait également
apparaître des éléments d’analyse concernant des typologies de dispositif participant au cadre
d’énonciation du discours des acteurs et des catégories de représentation émergeant de leur
discours, dont des représentations sociales que nous avons thématisées. Nous avons aussi
mobilisé des méthodes et des techniques complémentaires, visant à couvrir différentes
200
dimensions de l’analyse des représentations de la musicothérapie. Nous proposons de préciser
ces méthodes et techniques dans les paragraphes suivants.
Pour étudier les représentations de la musicothérapie à travers les éléments du corpus, nous
avons procédé par étape, visant l’approche systémique des acteurs ciblés pour la recherche, afin
de mieux comprendre leurs positionnements respectifs et les relations qu’ils entretiennent
concernant cet objet. Dans ce qui suit nous proposons de revenir sur ces étapes qui nous ont
conduite à pouvoir modéliser leurs relations.
Dans son approche théorique de la modélisation, Gilles Willet propose une définition simple
du modèle « comme étant une description et une représentation schématique, systématique et
consciemment simplifiée d’une partie du réel, faite au moyen de signes, de symboles, de formes
géométriques ou graphiques, et de mots »273. Un modèle est donc une abstraction permettant de
représenter un phénomène voué à être explicité. L’usage des modèles pose ainsi des questions
de logique donnant matière à l’étude sémantique du rapport des signes avec la « réalité »
273
Willet G., La communication modélisée. Ottawa : Éditions du renouveau pédagogique, 1992, p. 33.
201
représentée, et d’ordre pragmatique, permettant de reconnaître le choix des langages utilisés en
raison de son efficacité (Mouloud, 1996 : 540). Par ailleurs, inspiré d’un cadre théorique
constructiviste et systémique qui repose sur le paradigme de la complexité, un modèle, loin
d’être une banale simplification de la « réalité », est déterminé par l’orientation paradigmatique
du chercheur, qui cherche à représenter l’aspect dynamique, communicationnel et complexe
d’un phénomène (Mucchielli, 1996 : 131-132). En ce sens, élaborer un modèle, c’est d’abord
représenter par des connexions systématiques les hasards de l’empirie pour systématiser les
points de vue de l’explication. Le modèle a donc une fonction médiatrice entre un phénomène
observé et son interprétation. Celui-ci doit contenir tous les éléments qui permettront de déduire
le comportement d’un système dans une situation donnée, dont la description sera également
formalisée. Pour autant, il reste une approximation du fait observé et le modèle contient donc
le germe de sa réfutation (Richard, 1996 : 538). Ce degré d’incertitude permet son
questionnement, faisant ainsi avancer la connaissance de l’objet représenté.
Rappelons ici que l’objectif de ce schéma cherche essentiellement à nous permettre d’avoir une
vision globale des acteurs. Toutefois, il permettra déjà une mise en lien des acteurs selon des
modalités synchroniques d’interaction permettant leur fonctionnement et que nous supposons
en regard de leur existence respective (Le Moigne, 1995). Et alors que nous comprenons les
acteurs par rapport leur rattachement à un ou des actant(s) en particulier, notre schéma fera déjà
émerger la représentation de systèmes. Ces « systèmes », peuvent se rapporter au système de
santé, à un système de formation, de regroupements de praticiens susceptibles d’orienter la
représentation professionnelle de la musicothérapie ou encore à un système d’information-
communication qui renvoie aux médias et aux réseaux documentaires que nous avons identifiés
via internet. En effet, le concept de système fait droit, de manière globale, à toutes les
interrelations masquées par le concept d’objet : « Il implique les idées d’interrelation entre les
éléments, d’unité globale constituées par ces éléments en interrelation, et d’organisation qui
lie l’idée de totalité à celle d’interrelation »274. La notion d’organisation renvoie quant à elle à
l’idée d’agencement de relations entre composants ou individus, produisant une unité complexe
(ou un système) qui n’exclut pas certaines incertitudes pouvant être relatives à ses composants
ou aux individus qu’elle intègre. Et, en regard de l’approche systémique que nous avons
précisée au premier chapitre de cette deuxième partie, nous posons également qu’un système
est délimité et a ses propres règles de fonctionnement, ce qui constitue un principe
274
Meunier J.-P., Approches systémiques de la communication. Systémisme, mimétisme, cognition. Bruxelles : De
Boeck, 2003, p. 29-30.
202
homéostasique par lequel celui-ci a une force propre à son développement. Par conséquent,
chaque système est à la fois autonome et contraint, organisé et organisateur, informant et
informé, instaurant un principe paradoxal à l’intérieur de son propre fonctionnement, dans la
mesure où il s’intègre dans un système plus englobant et se trouve pris au jeu complexe
d’implications mutuelles, d’actions et de rétroactions (Mucchielli, 1996). Ainsi notre schéma
prépare déjà l’analyse systémique des acteurs que nous ciblons pour la recherche, prenant en
considération l’ensemble des acteurs que nous avons repérés sur internet et qui contribuent à la
formation, la circulation et la transformation des représentations de la musicothérapie. Il
permettra de repérer le positionnement des acteurs par rapport à un lien d’appartenance à une
structure sociale ou un actant et son réseau. Également de se représenter que chaque actant
auquel l’acteur est relié est lui-même rattaché à d’autres actants, définissant par là-même des
systèmes vivant nourrit de nombreuses interactions et interagissant les uns avec les autres.
Pour réaliser ce schéma, nous avons utilisé une technique manuelle mobilisant les
fonctionnalités de notre logiciel Word Microsoft. Nous avons opté pour une représentation par
nœud-lien, figurant les actants que nous avons repérés sur internet au moyen d’un cercle. La
mise en forme de notre schéma nous a conduite à des regroupements, faisant déjà intervenir un
certain degré d’interprétation des relations entre les actants. En ce sens, nous avons dessiné
différentes tailles de cercles que nous avons mis en lien par des traits. Ces traits se présentent
selon plusieurs épaisseurs pouvant signifier le rattachement d’un actant à un système ou encore
la façon dont se tissent les réseaux d’acteurs. Dans ce schéma nous utilisons aussi des nuances
de couleur (du bleu au violet), pour représenter les différents systèmes que nous avons identifiés
et qui sont interdépendants les uns des autres. Par ailleurs, la représentation d’acteurs par nœud-
lien peut être un outil efficace pour illustrer des concepts tels que ceux d’acteurs centraux et
d’acteurs périphériques ou groupes sociaux. La lisibilité du modèle dépend alors du placement
des nœuds dans l’espace figuré et de l’organisation des liens. Ce type de schéma présente
l’avantage d’être relativement intuitif pour le lecteur, à condition que le nombre de liens ne soit
pas trop conséquent et ne brouille pas la lecture des réseaux. En ce sens, nous avons aéré le plus
possible le schéma, jouant avec des effets de couleurs et de perspectives (Henry, Fekete, 2008).
Cette représentation donnera donc une idée de la coprésence des acteurs sur internet qui renvoie
à des relations existant dans la « réalité » selon différentes types d’interaction qui les sous-
tendent, pouvant être d’ordre synchronique (fonctionnement), diachronique (transformation) et
récursif (autonomisation) (Le Moigne, 1995). Toutefois, selon le précepte de l’agrégativité,
auquel nous avons fait référence en précisant l’approche systémique au premier chapitre de
203
cette deuxième partie, nous savons que toute représentation est délibérément simplificatrice et
tient pour illusoire de vouloir rendre compte de l’exhaustivité des éléments à considérer (Le
Moigne, 1977). Nous présenterons et commenterons ce schéma, inédit à notre connaissance,
dans le premier chapitre de la troisième partie où nous ferons part des résultats de la recherche.
2.1.2 La méthode actionniste pour mieux comprendre les relations entre les
acteurs ciblés pour la recherche
A partir du schéma permettant une vision globale des acteurs et de leur réseau, nous avons ciblé
quelques acteurs pour la recherche, prenant en considération le rôle de chacun d’eux par rapport
à l’ensemble des acteurs. Et, nous avons déjà précisé en quoi ces acteurs peuvent tenir un rôle
clé dans le système de santé, la professionnalisation et la représentation professionnelle ou
encore la formation d’une représentation scientifique de la musicothérapie, si l’on considère le
rôle des médias à caractère scientifique et celui des réseaux documentaires. A partir de ce
ciblage, nous avons procédé à une analyse pas à pas des situations de communication dans
lesquelles la musicothérapie est mise en question ou en représentation, mettant ainsi en
perspective l’approche systémique des acteurs. En effet nous avons vu comment la grille de
recueil de données que nous avons construite et présentée, interroge déjà le positionnement des
acteurs, par rapport à différents cadres composant ces situations de communication. Et à travers
les résultats de l’enquête en ligne auprès des praticiens de la musicothérapie ou encore les
données recueillies lors de nos entretiens, nous disposons aussi d’éléments permettant d’étudier
le positionnement des acteurs. Celui-ci pourra être relatif à un parcours professionnel et de
formation qui peut inscrire l’acteur dans une appartenance à groupe social (psychologue,
infirmier, musicien, etc.), influençant par là-même sa définition et son expérience de la
musicothérapie. Ce positionnement contribue donc à l’expression des représentations de la
musicothérapie. Il peut également interférer sur la qualité des relations entre les acteurs.
Pour étudier ces relations, nous avons alors mis en œuvre une méthode d’analyse actionniste
visant à comprendre le positionnement des acteurs par rapport à leur propre point de vue. La
méthode actionniste est issue de la Théories des organisations de Silverman (1974). Elle se
fonde sur les travaux de sociologues tels que Weber, Schutz, Berger, Luckmann ou encore
Goffman. Elle a été développée en réaction aux approches mécanistes et réifiante de la « réalité
sociale », pour la comprendre, selon un cadre de référence qui vise une « conception de la
204
réalité sociale comme étant socialement construite, socialement modifiée »275. Elle cherche à
comprendre l’action des acteurs plutôt que d’observer leur comportement, c’est-à-dire en la
situant par rapport aux définitions que les acteurs attribuent à leur propre rôle et à celui qu’ils
concèdent aux autres acteurs. Cet effort d’analyse peut permettre de mieux comprendre les
stratégies qu’ils élaborent à partir de leur positionnement.
Cette méthode demande au chercheur un certain degré d’empathie, ce qui entraine un risque
interprétatif qu’il convient de prendre en considération. La méthode vise alors à prendre en
compte les contraintes fixées par les contextes de normes pouvant être relatifs la catégorie de
l’acteur, son groupe d’appartenance, sa position sociale ou encore sa fonction institutionnelle.
En effet, l’ensemble de ces éléments influence obligatoirement la qualité de ses relations avec
d’autres acteurs. Si la méthode actionniste est particulièrement adaptée pour l’approche
compréhensive des acteurs à l’échelle d’une organisation, elle peut aussi être favorable à une
approche plus globalisante (ou macro) des relations entre des actants (groupes sociaux,
institutions, etc.). Elle peut se mettre en œuvre à partir de différentes catégories de données
(analyses de contenu diverses, entretiens, observations, participations, etc.). Elle a pour objectif
d’analyser les relations sociales en photographiant l’état des situations de communication et des
négociations pour en comprendre les tenants, les aboutissements et prévoir les voies de
changements possibles (Mucchielli, 2010 : 4).
275
Silverman D., La théorie des organisations. Paris : Dunod, 1974, p. 5.
205
TABLEAU SYNTHÉTIQUE DU RÔLE ET DES ATTENTES DE RÔLE DES ACTANTS
Ministère de la Santé HAS Établissements de Formations FFM Praticiens
Santé universitaires De la
musicothérapie
Ministère de la Le ministère définit son Le ministère définit le Le ministère définit le Le ministère définit le Le ministère définit Le ministère définit
Santé propre rôle par rapport rôle de la HAS par rôle des établissements rôle des formations le rôle de la FFM par le rôle des praticiens
à: rapport à : de santé par rapport à : universitaires par rapport à : par rapport à :
rapport à :
HAS La HAS définit le rôle La HAS définit son La HAS définit le rôle La HAS définit le rôle La HAS définit le La HAS définit le
du ministère par propre rôle par rapport des établissements de des formations rôle de la FFM par rôle des praticiens
rapport à : à: santé par rapport à : universitaires par rapport à : par rapport à :
rapport à :
Établissements Les établissements de Les établissements de Les établissements de Les établissements de Les établissements de Les établissements
de santé santé définissent le rôle santé définissent le rôle santé définissent leur santé définissent le rôle santé définissent le de santé définissent
du ministère par de la HAS par rapport propre rôle par rapport des formations rôle de la FFM par le rôle des praticiens
rapport à : à: à: universitaires par rapport à : par rapport à :
rapport à :
Formations Les formations Les formations Les formations Les formations Les formations Les formations
universitaires universitaires universitaires universitaires universitaires universitaires universitaires
définissent le rôle du définissent le rôle de la définissent le rôle des définissent leur propre définissent le rôle de définissent le rôle
ministère par rapport HAS par rapport à : établissements de santé rôle par rapport à : la FFM par rapport des praticiens par
à: par rapport à : à: rapport à :
FFM La FFM définit le rôle La FFM définit le rôle La FFM définit le rôle La FFM définit le rôle La FFM définit son La FFM définit le
du ministère par de la HAS par rapport des établissements de des formations propre rôle par rôle des praticiens
rapport à : à: santé par rapport à : universitaires par rapport à : par rapport à :
rapport à :
Praticiens de la Les praticiens Les praticiens Les praticiens Les praticiens Les praticiens Les praticiens
musicothérapie définissent le rôle du définissent le rôle de la définissent le rôle des définissent le rôle des définissent le rôle de définissent leur
ministère par rapport HAS par rapport à : établissements de santé formations la FFM par rapport propre rôle par
à: par rapport à : universitaires par à: rapport à :
rapport à :
206
A travers ce tableau, nous nous intéressons plus particulièrement à certains actants et aux
acteurs qui leur sont rattachés : le ministère de la Santé, la HAS, les établissements de Santé,
les formations universitaires, la FFM et les praticiens de la musicothérapie. Le choix de ce
ciblage tient à plusieurs raisons. D’une part il permet de cadrer le champ d’analyse de la
situation des acteurs par rapport à leur positionnement pouvant être relatif aux missions de
chaque actant considéré, qui contribuent au positionnement des acteurs et influencent
obligatoirement leurs relations. Par exemple, les missions d’accompagnement et d’évaluation
de la HAS vis-à-vis des établissements et des professionnels de santé permettent de situer cet
actant en tant qu’intermédiaire entre les établissements de santé et le ministère. D’un autre côté,
la mission de formation des établissements de santé, qui fait écho à celle des universités, conduit
ces deux actants à des attentes respectives, reléguant à un niveau bien plus secondaire les
relations entre les formations universitaires et la HAS ou le ministère de la Santé. D’autant que
les diplômes délivrés par les formations universitaires ne sont pas considérés comme des
diplômes nationaux de professionnels de santé. Ils ne relèvent donc pas de la responsabilité du
ministère, ni de celle de la HAS. Ce tableau synthétique permet ainsi d’envisager le problème
de la musicothérapie à un niveau relativement macro, qui prend en considération la situation
pour chaque actant.
Par ailleurs, nous remarquons que, dans ce tableau, nous ne mentionnons pas les médias. Ce
choix tient à la fois à un souci de lisibilité du tableau que nous n’avons pas voulu trop
encombrer, et au fait que nous pensons que ces relations méritent un point particulier dans le
contexte de cette recherche doctorale. En effet, nous apporterons une attention particulière aux
pratiques des acteurs et à l’instrumentalisation qu’ils font de l’information-communication pour
renforcer certaines formes de représentations de la musicothérapie, notamment sa
représentation professionnelle et scientifique.
207
ANALYSE DE LA SITUATION ENTRE LES ACTANTS, CONCERNANT LA MUSICOTHERAPIE
Actant 1 Vision de Actions typiques Significations attachées par Conséquences voulues
la situation et implications l’acteur lui-même et non voulues
Ministère
208
L’analyse actionniste conduit alors à comparer les données signifiantes du rôle des acteurs et
de leurs attentes pour interpréter la situation et la qualité des relations existant entre eux. La
difficulté de cette méthode se situe dans la catégorisation des données. Elle oblige l’analyste à
s’interroger sur sa méthode de raisonnement, en tenant compte de ses propres implications dans
l’interprétation de la situation. En ce sens, celui-ci doit se demander ce qui lui permet de définir
le point de vue de l’acteur (ou de l’actant) : quelles données ou quelles sources
objectives permettent d’interpréter le sens de la situation pour l’acteur et entre les acteurs ? Pour
limiter le risque interprétatif dans cette analyse, nous utiliserons, dans la mesure du possible,
les données que nous avons recueillies à travers l’observation en ligne des sites des acteurs ainsi
que d’autres éléments pouvant être issus de notre enquête auprès des praticiens de la
musicothérapie et de nos entretiens. Précisons-le ici, les sites web que nous avons étudiés
mettent à disposition des publics des contenus qui précisent les rôles et missions des actants
que nous ciblons pour cette analyse. Et, les données que nous avons recueillies à travers notre
enquête en ligne auprès des praticiens et nos entretiens permettront de préciser la vision de la
situation des formations universitaires, de la FFM et des praticiens. En effet, les résultats de ces
enquêtes couvrent certains aspects du rapport des praticiens aux formations, aux établissements
et aux professionnels de santé, ainsi qu’aux associations qui les regroupent. Et, nos entretiens
avec des acteurs clés représentant la FFM ou ayant une responsabilité dans la formation
universitaire éclaireront notre compréhension de la situation. Ainsi, au moyen de ces deux
tableaux que nous présentons dans leur version renseignée en annexe 9 et 10 de la thèse276, nous
croiserons nos données afin de construire l’analyse de la situation des acteurs vis-à-vis des
questions que pose la musicothérapie.
L’analyse actionniste permettra ainsi de mieux comprendre les relations existant entre les
acteurs que nous avons ciblés pour la recherche, afin d’en proposer une modélisation que nous
présenterons et commenterons, dans la troisième partie de la thèse, à la suite du schéma de la
représentativité des acteurs qui diffusent sur internet des contenus impliquant la
musicothérapie. Cette modélisation contribuera à l’approche compréhensive des
représentations de la musicothérapie, facilitant l’identification du cadre d’énonciation du
discours des acteurs, duquel émergent ces représentations. Par ailleurs, pour mener notre
approche « en compréhension » des représentations de la musicothérapie à partir de nos
276
Cf. : annexes 9 et 10, p. 83-103 et 104-114 des annexes de la thèse.
209
observations en ligne et des éléments du corpus, nous avons procédé à une analyse de contenu
que nous proposons de présenter dans ce qui suit.
L’analyse de contenu est une méthode désignant une procédure pouvant s’appliquer à
différentes catégories de matériaux langagiers pour l’étude de diverses formes de discours
individuel, collectif, spontané ou composé. Elle consiste en un ensemble de techniques qui
permettent le traitement manuel de données discursives pouvant être extraites de différentes
catégories d’objets : documents, déclarations politiques, témoignages, entretiens, etc. En ce
sens elle nous est apparue particulièrement pertinente pour l’analyse de notre corpus. Elle
s’adapte aux objets communicationnels, aux aspects contenant des discours et à leurs contenus.
En effet, les discours peuvent prendre une forme complexe, notamment lorsqu’ils composent
avec des dispositifs sociotechniques et/ou numériques (Bardin, 2013). L’analyse de contenu
permet alors de prendre en considération les aspects de ces dispositifs qui conjuguent
différentes catégories d’éléments langagiers (textuels, visuels et audio) aux caractéristiques
socio-sémio-techniques des dispositifs que nous étudions également dans cette recherche.
Utilisée de manière transversale en SHS, elle est aussi un moyen d’étude des représentations
sociales, favorisant l’observation et l’analyse des processus info-communicationnels qui sont
intrinsèquement liés à leurs formations (Negura, 2006).
210
2.2.1 De la méthode en analyse de contenu
La méthode de l’analyse de contenu implique tout d’abord l’organisation de l’analyse selon une
succession de phases à la fois distinctes et pouvant s’imbriquer les unes aux autres : la pré-
analyse, l’exploitation du matériel et le traitement des résultats obtenus ou leur interprétation.
Dans ce processus, la pré-analyse correspond à une période d’intuitions qui a pour objectif
d’opérationnaliser et de systématiser les idées de départ afin d’établir un plan d’analyse précis
qui soit suffisamment flexible pour permettre d’introduire de nouvelles procédures en cours
d’analyse. Cette première étape consiste en une sorte de « lecture flottante » des contenus vis-
à-vis desquels le chercheur envisage la constitution du corpus qu’il soumettra à l’analyse. En
même temps, il procède à la formulation d’hypothèses de travail et d’objectifs ainsi qu’au
repérage d’indicateurs sur lesquels il appuiera son interprétation (Bardin, 2013 : 125-126). Par
exemple, la lecture des Questions écrites que nous avons trouvées sur le site de l’Assemblée
nationale a constitué un point de départ de notre approche des représentations de la
musicothérapie à travers un champ de discours relevant du politique. Avec cette lecture nous
avons pu percevoir relativement vite que les acteurs politiques impliqués dans le dispositif de
la question écrite ne partagent pas obligatoirement les mêmes représentations de la
musicothérapie, ce qui nous a permis de déjà observer quelques variables à l’intérieur de cette
catégorie de discours et de poser nos premières hypothèses de travail. En ce sens, nous avons
cherché à identifier des typologies de représentations pouvant être portées ou véhiculées par les
acteurs. Et, en explorant les sites web des acteurs ainsi que les contenus qu’ils diffusent
renvoyant à divers champs de discours, nous avons élaboré le corpus dans l’objectif d’observer
d’autres variables des représentations de la musicothérapie. Au fur et à mesure de cette phase
de pré-analyse, nous avons construit notre grille de recueil de données permettant la saisie
d’indices et d’indicateurs des représentations de la musicothérapie à travers les premiers
éléments du corpus (document PDF et contenus extraits des sites des acteurs). Nous avons ainsi
procédé à une première phase d’exploitation des matériaux de la recherche.
Dans ce processus, nous nous sommes à la fois intéressée à l’ensemble des éléments (visuels et
textuels) susceptibles de contribuer au discours des acteurs et de nous permettre d’en préciser
le cadre d’énonciation. Pour ce faire, nous avons cherché à comprendre le positionnement des
acteurs, pouvant se rapporter à leur appartenance à un groupe social en particulier ou encore à
une situation de communication définie par une catégorie de dispositif sociotechnique dans
laquelle le discours de l’acteur prend forme. Nous avons enregistré ces données au moyen de
211
la grille de recueil que nous avons présentée au paragraphe précédent et qui a permis de voir
émerger des typologies de représentation de la musicothérapie.
Dans notre approche, nous étudions à la fois des contextes, des documents, des discours et les
relations existant entre les acteurs qui conduisent à l’émergence de différents types de
représentations de la musicothérapie, que nous avons définies dans la première partie de la
thèse. En ce sens nous avons aussi étudié les éléments du corpus en les regroupant pour former
des sous-corpus se rapportant à un actant en particulier : le ministère de la Santé, la HAS, les
établissements de santé, les formations universitaires, la FFM et les praticiens de la
musicothérapie. A partir du positionnement des acteurs que la grille de recueil prend en
considération et de l’analyse actionniste, nous nous sommes penchée sur les aspects
sémantiques du discours des acteurs qui renvoient à des éléments participant de la structuration
des représentations de la musicothérapie et de leurs significations pour les acteurs. Par exemple,
à partir de l’étude des questions écrites qui a constitué un point de départ à la recherche, nous
avons saisi des formes de représentations pouvant s’exprimer à travers le positionnement d’un
acteur, le rôle ou la mission d’un actant, un contenu textuel pour identifier :
212
En effet, dans les échanges entre le ministère de la Santé et les députés de l’Assemblée
nationale, nous avons relevé différents indices qui permettent de préciser les représentations de
la musicothérapie. Pour illustration, la fonction même de député renvoie à l’idée de
représentation politique. Et, en référence à l’élément E-1 du corpus dont nous avons déjà parlé
en présentant la grille de recueil de données277, le discours de la députée impliquée fait
également émerger des représentations sociales de la musicothérapie. Pour elle, la
musicothérapie est la discipline des musicothérapeutes diplômés par l’université de
Montpellier. Pour le ministère, il s’agit d’une technique pouvant être mise en œuvre par des
professionnels de santé, dont certains ont suivi l’une de ces formations spécifiques. La députée
parle de la situation des musicothérapeutes, le ministère du cadre d’exercice de la
musicothérapie. Ce choix de vocabulaire relève des aspects sémantiques qui ne sont pas
anodins. L’analyse de contenu peut ainsi conduire à observer des indicateurs lexicaux ou la
stylistique d’un discours, afin d’en repérer la variété (discours naïf ou contrôlé, vocabulaire
spécifique), pour en chercher les possibles significations (Bardin, 2013). Par rapport à notre
exemple, elle permet de relever que les représentations du ministère s’appuient sur des
représentations collectives, renvoyant au poids de la représentation institutionnelle des
professionnels de santé. Et le dispositif de la question écrite qui définit un contexte normatif
des relations entre les acteurs permet au ministère d’affirmer la représentation professionnelle
de la musicothérapie en leur faveur, au détriment de certaines catégories de praticiens de la
musicothérapie, qui ne relèvent pas d’un statut de professionnel de santé. Le discours du
ministère renvoie alors à des représentations qui se rapportent à un cadre de normes
collectivement établi, par rapport au fonctionnement du système de santé et à sa gouvernance,
intégrant les professionnels de santé en tant qu’acteurs-clés de ce système. Nous pouvons
également relever ici que l’organisation de notre grille de recueil de données permet l’analyse
de contenu du discours des acteurs, à une échelle micro que nous pouvons aussi situer par
rapport à un élément du corpus en particulier.
En outre, les observations en relation avec l’élément E-1 du corpus auquel nous venons de faire
référence entraînent également le repérage d’une représentation politique de la musicothérapie,
pouvant faire l’objet de variables. En effet, la députée se fait la porte-parole des
musicothérapeutes diplômés par l’université de Montpellier et montre une certaine empathie à
l’égard de leurs difficultés, à la fois d’un point de vue individuel (elle parle en son nom, ce qui
277
Nous rappelons ici que cette grille de recueil est présentée dans sa version renseignée en annexe 7 de la thèse.
213
l’autorise aussi à mettre en scène une certaine naïveté sur la question qu’elle pose) et politique,
se référant aux valeurs du parti qu’elle défend (ici le parti socialiste). De son côté, le ministère
évince la question concernant la situation des musicothérapeutes, se positionnant par rapport au
choix politique du gouvernement qui dépasse les valeurs et les intérêts personnels et des groupes
politiques pour défendre les intérêts de l’État, dans une complicité implicite avec les
professionnels de santé. Précisons ici, qu’au moment de cette question écrite la ministre
nommée à ce ministère est Martine Aubry qui, en tant que personnalité politique, appartient au
même groupe politique que la députée interpellant. Cette variable de la représentation politique
de la musicothérapie oriente alors sa représentation professionnelle. Pour la députée, celle-ci
est portée par les musicothérapeutes diplômés par l’université de Montpellier qu’elle propose
d’associer à des accompagnants sanitaires et sociaux. Pour le ministère, elle est rattachée aux
professionnels de santé, en l’occurrence aux paramédicaux, notamment les psychomotriciens
et les ergothérapeutes, dont certains ont suivi l’une de ces formations spécifiques.
- définition de la musicothérapie
- définition des praticiens de la musicothérapie
- champ(s) de pratiques attribué(s) à la musicothérapie
- rôle(s) attribué(s) à la musicothérapie
- identification d’un parcours de formation à la musicothérapie
- économie de la musicothérapie
En effet, les données extraites des éléments du corpus peuvent être découpées en idées
constituantes, en propositions et en énoncés porteurs de significations isolables et permettant la
définition de catégories thématiques. Les thèmes émergeant proposent alors une interprétation
condensée de leur contenu discursif. A l’intérieur de ces regroupements thématiques, nous
pouvons également observer des variables qui peuvent donner lieu à des sous-thématiques
précisant les représentations des acteurs. Et en référence à notre définition de la notion de
278
Se reporter au bas de la grille de recueil concernant cet élément du corpus, en annexe 7 de la thèse.
214
représentation dans la première partie de la thèse, l’analyse de contenu des représentations
sociales nécessite d’étudier les relations de sens entre les éléments se rapportant à une même
thématique selon deux types de facteurs : l’un quantitatif qui permet des regroupements, l’autre
qualitatif qui permet de relever des nuances ou des variables proposant d’autres significations
(Negura, 2006).
Au fur et à mesure de l’étude de nos sous-corpus, les représentations des acteurs ont donné lieu
à l’émergence d’autres thématiques. Par exemple, à partir des recommandations de bonnes
pratiques de la HAS (éléments E-31 à E-38 du corpus) et des notices que nous avons élaborées,
en cherchant à comprendre l’attitude de cette instance, d’autres thèmes caractérisant les
représentations de la musicothérapie de la HAS sont apparus :
Cette thématisation, nous a alors permis de mieux interpréter les représentations de la HAS. A
titre d’exemple d’analyse de sous-corpus, nous présentons cette analyse, sous forme de grille,
en annexe 11 de la thèse279. Ainsi, procédant de la sorte avec chaque sous-corpus, nous voyons
apparaître de nouvelles variables des représentations de la musicothérapie.
Par exemple, avec les résultats de notre enquête en ligne auprès des praticiens qui se rapportent
aux éléments E-72 et E-73 du corpus, nous avons vu émerger d’autres thèmes qui viennent
préciser les représentations de la musicothérapie, du point de vue de ses praticiens :
279
Cf. : annexe 11, p. 115-133 des annexes de la thèse.
215
- objectifs de la musicothérapie
- sens de la musicothérapie, par rapport à un cadre normatif de sa pratique
Pour formuler ces thématiques émergeant du discours des praticiens et qui renvoient à leurs
représentations sociales de la musicothérapie, nous avons procédé à un relevé des verbatim des
praticiens produits en réponse à la question n° 4 du questionnaire : Comment définiriez-vous
brièvement la musicothérapie ? Avec ces verbatim, nous avons isolé des mots ou des
expressions, à l’aide d’un surlignage en couleur, qui ont permis cette thématisation prenant
également sens par rapport au profil de chaque praticien que l’élément E-73 du corpus280 permet
de situer. Nous présentons ce relevé en annexe 12 de la thèse281. Cette étude des représentations
sociales des praticiens permettra de situer le noyau central de leurs représentations collectives
de la musicothérapie. Par ailleurs, comme énoncé plus haut avec la présentation du
questionnaire élaboré pour l’enquête, les éléments E-72 et E-73 du corpus permettront de
préciser la représentation professionnelle des praticiens selon différents angles : temps de
présence sur le lieu de travail, participation aux réunions pluridisciplinaires, mobilisation des
dispositifs d’information et de communication, etc.
D’un point de vue méthodologique, l’analyse de contenu présente aussi des limites. Par
exemple, à une échelle micro que l’on peut situer par rapport à chaque élément du corpus, le
découpage en catégories thématiques peut s’avérer insuffisant. Il peut appeler à une analyse
propositionnelle du discours (ou « analyse en grappes ») dont l’objectif est d’identifier le cadre
de référence des acteurs sociaux pour mieux évaluer les enjeux et les motivations qui sous-
tendent leurs discours. Cette analyse catégorielle peut s’appuyer sur des bases linguistiques
pour chercher à identifier des modèles argumentatifs permettant de travailler sur la signification
des énoncés (Ghiglione et al, 1980). Mais permet-elle de rendre réellement compte du point de
vue de l’acteur ? N’y-a-t-il pas toujours un décalage entre la définition spontanée d’une situation
par un individu et les définitions sociales que sa société ou son réseau lui fournit ? En ce sens,
l’analyse d’assertion évaluative proposée par Laurence Bardin (2013) qui vise à mesurer les
attitudes du locuteur à l’égard d’objets au sujet desquels il s’exprime peut s’avérer plus
280
Cf. : élément E-73 du corpus, codage pour la recherche : E-73_Doc-Excel-généré-par-Google-Enquête-en-
ligne_Praticiens-de-la-musicothérapie-(réponses)_juin-août-2019
281
Cf. : annexe 12, p. 134-140 des annexes de la thèse.
216
pertinente que l’analyse propositionnelle des discours pour tenter d’interpréter au mieux le
contenu d’un énoncé. Avec ce mode d’analyse, le chercheur exerce une certaine vigilance sur
les objets d’attitude (personnes, groupes, idées, choses, événements, etc.) pouvant interférer sur
le contenu des communications. A une échelle micro, cette méthode s’intéresse au
positionnement des acteurs et aux enjeux qu’ils sont susceptibles d’investir dans les situations
de communication qui sont posées par les dispositifs sociotechniques qu’ils utilisent et au
travers desquels ils mettent en œuvre des types de relation pouvant impliquer d’autres acteurs.
Une fois identifiées ces attitudes permettent de repérer à un niveau plus macro, des « idéaux
types » dans le discours des acteurs, pouvant se rapporter à leur appartenance à une catégorie
d’acteurs en particulier, à la finalité de leurs discours et aux particularités des dispositifs
sociotechniques qu’ils utilisent pour s’informer et communiquer. Et considérant l’hétérogénéité
de notre corpus, l’analyse d’assertion évaluative peut conduire à repérer certaines tensions (ou
conflits) pouvant exister entre les acteurs, tout autant que des phénomènes de cohésion sociale,
à différents niveaux de communication : au sein d’un même groupe social ou entre les groupes
sociaux, voire entre un groupe social et une institution. Elle invite à interroger les discours des
acteurs selon différents niveaux de questionnement : « ces inférences (ou déductions logiques
peuvent répondre à deux types de questions : – qu’est-ce qui a conduit à tel énoncé ? Cela
concerne les causes ou antécédents du message ; – quelles suites va probablement engendrer
tel énoncé ? Cela concerne les effets possibles des messages (exemple : effets d’une publicité,
d’une propagande) »282. En ce sens, l’analyse actionniste que nous avons présentée plus haut
et que nous avons mobilisée pour modéliser les relations des acteurs apparaît tout à fait
compatible et complémentaire à l’analyse de contenu telle qu’elle est proposée par Laurence
Bardin. Notamment elle permettra de pouvoir situer les représentations de la musicothérapie à
différentes échelles, tenant compte des attitudes des acteurs, de leur rôle et de leur
positionnement. Et nous pouvons situer ces niveaux de l’analyse par rapport à :
282
Bardin L., L’analyse de contenu. Paris : PUF, p. 44.
217
Ainsi, l’analyse actionniste combinée à l’analyse de contenu permettra une certaine vigilance
pour étudier le corpus et voir émerger des variables dans l’expression des représentations de la
musicothérapie, visant à les approcher en compréhension. Cette analyse transversale pourra
s’appuyer sur le recueil de données permis par la grille que nous avons présentée plus haut et
qui préfigure la possibilité de prendre en considération différents éléments du corpus, pour en
étudier les variables, au sein d’une même institution. Elle pourra aussi passer par la construction
de tableaux facilitant le traitement de certaines données, notamment concernant les résultats de
l’enquête que nous avons menée en ligne auprès des praticiens. D’autres variables des
représentations de la musicothérapie pourront alors être saisies au travers de différentes
catégories d’indicateurs pouvant se rapporter à des graphiques et des contenus textuels, que
nous étudierons aussi par rapport aux profils des praticiens. En effet, rappelons ici que l’élément
E-73 du corpus qui est un document Excel généré par Google Form et l’enquête permet de situer
le discours de chaque participant par rapport à des données personnelles : origine socio-
professionnelle, motivation de son choix vis-à-vis de la musicothérapie, cursus de formation,
etc.
Permettant d’aborder le corpus dans sa diversité, notre méthode d’analyse conduira ainsi à
observer avec intérêt les fonctions de communication des documents, des textes et des discours
pouvant s’imbriquer à différentes catégories de dispositifs ou d’objets techniques qui
contribuent à l’expression des représentations de la musicothérapie. Et alors que ces méthodes
et techniques que nous venons de décrire sont relativement flexibles pour permettre
d’appréhender différents types de contenus (textuels, audio, notes d’entretiens, etc.), nous
mobiliserons aussi pour l’analyse une approche complémentaire : l’approche sémio-
pragmatique que nous proposons de préciser dans ce qui suit.
L’approche sémio-pragmatique est une méthode d’analyse qualitative qui a pu être développée
en SHS et plus particulièrement en SIC. Elle peut tout à fait s’articuler à l’analyse de contenu
pour venir l’enrichir. En effet, les contenus mixtes composés d’éléments textuels et visuels au
travers desquels nous saisirons certaines formes de représentations de la musicothérapie
nécessitent un regard particulier qui prenne aussi en considération les incidences socio-sémio-
techniques pouvant être générées par le numérique et les catégories de dispositifs info-
communicationnels utilisés par les acteurs.
218
On retrouve cette approche dans des recherches en communication ayant pour objet d’étude des
images fixes, telles que l’on peut en trouver dans la publicité ou dans l’art pictural (Everaert-
Desmedt, 1984-2006), ou animées, comme c’est le cas dans les recherches sur le cinéma avec
Roger Odin (Odin, 1983-2011). Selon les auteurs, elle mobilise des théories pouvant être issues
de la sémiologie linguistique (théorie des actes de langage, théorie pragmatique de Searle,
sémiologie immanentiste) ou de la sémiotique de la communication, notamment à travers les
travaux de Charles Sanders Peirce. En effet, ce dernier définit les catégories de priméité, de
secondéité et de tiercéité pour permettre de comprendre, en les situant, les procès de la
signification. Sans prétendre ici à donner une définition étayée de la sémio-pragmatique,
reprécisons tout de même quelques notions essentielles à sa compréhension et à son application.
Peirce fonde sa théorie du sens sur trois théories initiales : la théorie générale, la théorie
triadique et la théorie pragmatique. La première généralise le concept de signe et envisage à la
fois toutes les composantes de la sémiotique ainsi que la vie émotionnelle, intellectuelle et
pratique de l’être. La seconde théorie pose les catégories de representamen, d’objet et
d’interprétant selon les principes de priméité, secondéité et tiercéité. Le premier principe
désigne une conception de l’être indépendamment de toute autre chose et correspond à la vie
émotionnelle du sujet. Celui de secondéité correspond à la catégorie de l’individuel, de
l’expérience, du fait, de l’existence, de l’action-réaction. Il permet de positionner l’être dans sa
relation à autre chose et de l’inscrire dans la dimension pratique de la vie. Le principe de
tiercéité considère la médiation par laquelle un premier et un second sont mis en relation. En
ce sens, la tiercéité renvoie aux catégories de la pensée, du langage, de la représentation, du
processus sémiotique qui permettent la communication sociale (Everaert-Desmedt, 2006 : 290).
La théorie pragmatique, quant à elle, s’intéresse aux contextes de production et de réception
des signes et envisage les effets de leurs actions sur l’interprète. Ces trois théories qui sous-
tendent la théorie du sens chez Peirce font de toute chose ou de tout phénomène, aussi complexe
soit-il, un signe et du processus sémiotique, un processus illimité (Hébert, 2016 : 232).
Ces quelques éléments de définition permettent d’établir certains liens avec l’analyse actioniste
et l’analyse de contenu qui nous conduiront à interpréter les représentations de la
musicothérapie. En effet, avec notre corpus qui présente un matériau relativement hétérogène,
nous serons parfois amenés à resituer les contenus étudiés par rapport aux contextes desquels
nous les avons extraits ou dans lesquels ils ont été produits. Par exemple, concernant certains
contenus web, les aspects visuels et fonctionnels des sites web que nous avons observés
219
contribuent à l’expression et à la perception des représentations de la musicothérapie que nous
étudierons. Pour Daniel Peraya qui pense les images par rapport à leurs fonctions sémiotique et
symbolique, « les activités cognitives seraient en effet régies par deux systèmes de codage
différenciés, par deux modes de représentation symbolique : 1) un système de représentations
arbitraires, verbales ou propositionnelles, lié à l’expérience du langage qu’a l’individu et 2)
un système de représentations figuratives, basé sur une "sémantique de la ressemblance" et lié
à l’expérience perceptive de notre environnement »283. Ainsi, la comparaison entre diverses
occurrences successives d’une figure mobilise la mémoire comme un système de références
(Groupe μ, 1992). Par exemple un encadré ou un tableau peut renvoyer à l’idée de cadre ou de
cadrage et les éléments textuels (ou discursifs) qui y sont contenus prennent alors un sens
particulier pouvant être également relatif au cadre de leur énonciation. Ces figures, aussi
variables soient-elles, peuvent donc être associées à des éléments textuels et interférer sur
l’interprétation d’un contenu. Aussi, les contenus de notre corpus nous apparaissent comme
relevant des deux systèmes décrits par Daniel Peraya pour donner lieu à des formes de
représentations médiées par le numérique et qui révèlent des représentations de représentations.
Cette catégorie de représentation se matérialise sur nos écrans par des images présentant des
éléments de forme, de texture, de couleur pouvant produire un effet de suggestion conditionné
par la matérialité et les fonctionnalités des dispositifs numériques. Par conséquent, ces effets
des dispositifs seront à prendre en compte dans l’analyse des représentations de la
musicothérapie.
283
Péraya D., Vers une théorie des paratextes : images mentales et images matérielles. Recherches en
communication, n° 4, 1995, p. 135.
220
CONCLUSION DE LA DEUXIÈME PARTIE
Dans le second chapitre, nous avons décrit la construction du terrain de la recherche pour la
thèse, qui nous a conduite à la mise en œuvre d’une méthodologie d’ordre ethnographique, voire
auto-ethnographique. En effet, cette méthodologie et à la fois en rapport avec nos observations
en ligne des sites des acteurs que nous avons considérés pour la recherche et avec les acteurs
que nous avons pu cibler au travers d’internet, pour mener une enquête en ligne auprès de
nombreux praticiens ainsi que quelques entretiens. Par ces biais, nous avons pu élaborer un
corpus relativement hétérogène permettant d’interroger les représentations de la musicothérapie
selon un ensemble d’acteurs représentatif et que nous pensons significatif pour la thèse. Ce
dernier permet la prise en considération des acteurs concernés par la question de la
musicothérapie, dont certains sont susceptibles de participer à l’élaboration des politiques de
santé publique et d’autres sont particulièrement impliqués dans le champ de pratiques concerné,
contribuant, par là-même, à la représentation professionnelle de la musicothérapie.
Dans le troisième chapitre de cette deuxième partie, nous avons précisé le dispositif que nous
avons mis en place pour mener la recherche. En ce sens, nous avons décrit les méthodes et
techniques de recueil de données que nous avons utilisées, en les justifiant par rapport aux
objectifs de la recherche et à l’hétérogénéité que nous visions en élaborant le corpus. Nous
avons également défini les méthodes que nous avons mobilisées pour l’analyse du corpus.
Parmi elles, nous avons explicité la façon dont le schéma de la représentativité des acteurs qui
diffusent sur internet des contenus se rapportant à la musicothérapie nous permettra de prendre
221
en considération l’ensemble des acteurs impliqués par la question de la musicothérapie. Nous
avons également expliqué la façon dont nous mènerons l’approche systémique des acteurs pour
modéliser leurs relations à partir de l’analyse actionniste. Cette modélisation permettra de
mieux situer le discours des acteurs que nous étudierons au moyen de l’analyse de contenu que
nous conjuguerons à l’approche sémio-pragmatique. De ces discours, nous verrons émerger des
typologies de représentations dont nous étudierons les variables, et que nous serons aussi
amenée à mettre en relation avec des catégories de dispositifs pouvant être mobilisés par les
acteurs pour s’informer et communiquer sur la musicothérapie.
Ainsi, face à la complexité de notre objet, le dispositif de recherche que nous avons mis en
place se fonde sur une démarche de « chercheur bricoleur » que nous avons adoptée et justifiée.
En effet, la notion de bricolage a pu être interrogée par de nombreux chercheurs, notamment
parce qu’elle implique un certain degré d’improvisation et de prise de risque dans la recherche
scientifique (Lévy-Strauss, 1962 ; De Certeau, 1990 ; Waechter-Larrondo, 2005 ; Meunier et
al., 2013). Toutefois, lorsqu’elle est ancrée sur des théories et des méthodes de référence, cette
pratique peut aussi donner de l’épaisseur aux recherches. En outre, elle permet au chercheur de
composer avec son environnement scientifique, des éléments de contexte et différentes
ressources théoriques et méthodologiques. De fait, ce choix entraine des contraintes. La posture
du chercheur-bricoleur implique alors un effort de déplacement et d’aller-retours d’une
discipline à une autre, d’une approche à une autre, d’une technique à une autre, pour lui
permettre de mieux appréhender son objet, selon des angles différents qui peuvent aussi
s’articuler entre eux afin de produire une analyse complexe. En ce sens, « le bricolage ne tolère
pas simplement la différence mais la cultive parce qu’elle stimule la créativité du chercheur.
C’est là que réside la contribution première de l’interdisciplinarité profonde du bricolage : dès
lors que les chercheurs s’ouvrent à des formes divergentes de recherches, ils obtiennent un
aperçu unique à perspectives multiples. De ce fait, une compréhension sophistiquée de la
recherche et de la production de connaissance prépare le bricoleur à faire face à la complexité
des domaines social, culturel, psychologique, ou éducatif. Sensible à cette complexité, les
bricoleurs utilisent des méthodes multiples pour dévoiler de nouveaux points de vue, élargir ou
modifier de vieux principes, et réexaminer des interprétations établies dans des contextes non
anticipés »284. Et, cette définition empruntée à une traduction de Dominique Meunier et al.,
284
Kincheloe J. L., 2001, “Describing the Bricolage: Conceptualizing a New Rigor in Qualitative Research”.
Qualitative Inquiry, 7 (6), p. 687. Cité et traduit par Meunier D. et al., « Du bricolage au rhizome : comment
222
permet de distinguer deux formes de bricolage : l’une d’ordre intellectuel, en rapport avec le
croisement des différentes théories choisies pouvant enrichir la compréhension des objets
étudiés et l’autre d’ordre pratique, parce que l’utilisation d’une théorie issue d’un champ
disciplinaire autre pose aussi la question des incidences méthodologiques qui pourraient en
découler. Dans cette perspective, le chercheur n’est pas exempt d’une certaine vigilance à
laquelle, justement, la triangulation méthodologique peut contribuer.
223
TROISIÈME PARTIE : PRÉSENTATION DES RÉSULTATS DE LA RECHERCHE
Dans cette troisième partie nous présenterons les résultats de la recherche en prenant en
considération l’ensemble des acteurs que nous avons pu repérer sur internet et qui contribuent
à l’expression des représentations de la musicothérapie. En ce sens, dans le premier chapitre
nous poserons le schéma que l’observation en ligne de nombreux sites web sur lesquels
circulent des contenus sur la musicothérapie nous a permis de construire. A partir de cette vision
globale des acteurs, nous nous intéresserons plus particulièrement à ceux que nous avons ciblés
pour la recherche, afin d’approcher en compréhension leurs positionnements respectifs par
rapport à la musicothérapie qui renvoient à différents cadres sociaux exerçant une influence sur
le discours des acteurs et les représentations de la musicothérapie qu’ils véhiculent ou dont ils
sont porteurs. Et nous verrons comment ces cadres posent des contextes de communication
induisant diverses formes de relation entre les acteurs.
Dans le deuxième chapitre, nous prendrons en considération ces contextes, pour étudier et
interpréter les représentations de la musicothérapie et les significations qu’elles peuvent prendre
pour les acteurs que nous avons ciblés pour la recherche. En nous appuyant sur l’analyse de
contenu des éléments du corpus, nous présenterons nos résultats de manière relative aux acteurs
que nous avons impliqués dans la thèse, selon plusieurs modalités de relation. Notre
interprétation des représentations véhiculées par le ministère de la Santé s’appuiera sur
l’analyse d’un premier sous-corpus constitué à partir des questions écrites trouvées sur le site
de l’Assemblée nationale et des documents diffusés sur le site du ministère qui permettront
aussi de relever certains effets du numérique sur la communication de cet actant concernant la
musicothérapie. Nous étudierons les représentations de la musicothérapie véhiculées par la
HAS à travers des référentiels de bonnes pratiques, qui en influencent la représentation
professionnelle et scientifique. Les contenus que nous avons extraits des sites web des CHU et
leurs contributions au média participatif « reseau-chu.org » permettront de voir émerger les
représentations pouvant être véhiculées ou portées par les établissements et les professionnels
de santé. Nous présenterons aussi une analyse comparée des représentations véhiculées par la
communication numérique des formations universitaires, qui renvoient à une diversité à situer
également par rapport à l’ensemble du système de formation constitué par de nombreux autres
organismes. Et l’entretien que nous avons mené avec un responsable de formation permettra
d’enrichir notre interprétation, par rapport à cette diversité et aux représentations qu’elle fait
émerger au cœur même de la formation universitaire. A l’appui des résultats de l’enquête
224
diffusée en ligne auprès des praticiens et de nos entretiens, nous nous intéresserons à leurs
propres représentations de la musicothérapie et à leur rapport à la représentation
professionnelle. Ce point permettra d’articuler les représentations véhiculées ou portées par les
praticiens au rôle de la FFM, ou d’autres associations, dans la représentation professionnelle de
la musicothérapie.
225
CHAPITRE 1 : L’APPROCHE COMPRÉHENSIVE DES ACTEURS ET DE LEURS
RELATIONS AUTOUR DE LA MUSICOTHÉRAPIE
Dans ce premier chapitre ouvrant sur les résultats de la recherche, nous présenterons d’abord le
schéma que nous avons élaboré, à partir de l’observation en ligne des sites web de nombreux
acteurs qui diffusent sur internet des contenus se rapportant à la musicothérapie et que nous
avons présentés dans la deuxième partie de la thèse. Il permettra d’avoir une vision globale de
l’ampleur de la musicothérapie et des réseaux d’acteurs qu’elle a permis de constituer, qui
utilisent désormais internet pour avoir une certaine visibilité. Ce schéma, qui rend compte de
l’existence des acteurs de la musicothérapie dans une forme de coprésence sur internet, donnera
ainsi des points de repère, pour approcher en compréhension les représentations de la
musicothérapie. Dans notre démarche empirico-inductive, il a constitué une étape permettant
de cibler la recherche sur quelques acteurs, tout en considérant l’ensemble de ceux qui
contribuent à l’expression des représentations que nous étudions.
226
par rapport à l’histoire de la musicothérapie, que nous avons présentée dans la première partie
de la thèse, et de son développement, notamment à partir de la fin des années 1970 avec la mise
en place des premières formations et leur développement, y compris dans les universités.
Rappelons également ici qu’en parallèle de ce développement, le système de santé s’est
structuré et continue d’évoluer, mettant en œuvre de nombreux changements dans les
établissements de santé et les pratiques professionnelles de leurs acteurs, notamment depuis de
début des années 2000. Prenant en considération cette dimension diachronique qui permet
également de situer la musicothérapie par rapport à l’évolution des politiques de santé publique,
ce schéma permettra d’avancer vers la connaissance de notre objet, pour mieux comprendre les
relations des acteurs vis-à-vis de la musicothérapie.
Ce schéma est une construction visant à pouvoir nous représenter un ensemble d’acteurs qui
contribuent à l’expression des représentations de la musicothérapie sur internet, donnant lieu à
une sorte de discours circulant en ligne, concernant cette pratique ou spécialité. Il repose donc
sur une interprétation de la présence des acteurs sur le réseau, que nous envisageons ici de
manière synchronique, c’est-à-dire en termes de coprésence et de liens supposés permettre leur
existence sociale respective. Comme énoncé dans la deuxième partie, pour élaborer ce schéma,
nous avons symbolisé les acteurs par des cercles de différentes tailles, signifiant les actants
auxquels ils sont rattachés. En le construisant, nous avons effectué des regroupements par ton
de couleur en utilisant une gamme de bleu, du violet et du rose. Ce choix de couleur est déjà
catégorisant d’une signification que nous attribuons aux acteurs et aux actants. En effet, avec
le bleu foncé nous représentons le ministère de la Santé, les lieux de pratique (établissements
de santé publics, privés ou structures médico-sociales), la HAS et la CNCP. Nous projetons
ainsi une caractéristique sur ces actants, qui correspond à une valeur institutionnelle. Et, bien
que la HAS soit une Autorité Publique Indépendante (API), son rôle d’expert dans l’évaluation
du fonctionnement des établissements de santé et des pratiques professionnelles de leurs acteurs
est désormais notoirement institué et en fait un actant clé de la politique de santé publique, en
tant que partenaire du ministère. Nous symbolisons les liens existant entre ces actants
« institutionnels » par un trait épais de la même couleur qui permet de représenter une entité
renvoyant à l’idée de système. Nous avons donc utilisé ce même procédé pour représenter
d’autres entités qui renvoient au système de formation à la musicothérapie, à l’entité que
symbolise les regroupements de praticiens et à celle réunissant les médias.
227
A cette étape de notre approche, les liens que nous avons symbolisés entre ces systèmes ou les
actants d’une même entité peuvent rendre compte de différents types de relation. Par exemple,
nous symbolisons un lien assez fort entre les lieux de formation et les lieux de pratique. En
effet, qu’ils soient universitaires ou associatifs, tous les organismes de formation à la
musicothérapie proposent des cursus incluant un stage pratique. Cette obligation pour les
apprenants ne saurait exister sans relation complice entre les organismes de formation et les
établissements de santé. Par ailleurs nos observations en ligne des sites web des acteurs
permettent de confirmer la responsabilité ou la présence de nombreux professionnels de santé
dans les organismes de formation. D’autres traits, plus ou moins fins, évoquent d’autres types
de relation. Notamment, entre l’ensemble des acteurs et les médias, ou encore entre la FFM et
certains organismes de formation, rendant ainsi compte d’une certaine force sur laquelle cette
association prend appui. Les lignes plus fines correspondent à des relations que nous avons
observées en ligne ou que nous signifions afin de pouvoir imaginer la façon dont se tissent les
réseaux d’acteurs.
Dans sa globalité, le schéma rend compte d’un vaste réseau d’acteurs et d’actants impliqués
dans l’existence de la musicothérapie. Cette formalisation vise à appréhender les
représentations de la musicothérapie dans leur ensemble, considérant la visibilité des acteurs
sur internet. Elle constitue aussi une étape vers la modélisation des relations entre les acteurs
plus particulièrement ciblés pour la recherche, qu’elle permet déjà d’envisager par rapport à
l’ensemble des acteurs de la musicothérapie. Nous présentons ce schéma à la page suivante,
avant de le commenter davantage285.
285
Nous avons également intégré ce schéma aux annexes de la thèse, pour permettre de mieux suivre les
commentaires qui s’y rapporteront. Cf. : annexe 13, p. 141 des annexes de la thèse.
228
Fig. 5 : Schéma de la représentativité des
acteurs qui diffusent sur internet des contenus
Impliquant la musicothérapie et de leurs Plate-
EMTC
formes
réseaux. Blogs RSN
Médias AFM
sociaux
REGROUPE-
Réseaux -MENTS
Média WFMT
Assemblée doc. PRATICIENS
trad.
nationale
PIREM
FFM
Ministère MÉDIAS
Santé
AMBx
SFM CIM
HAS
AUTRES
LIEUX DE LIEUX DE FORMAT.
PRATIQUE FORMATION
Paris AMB
V
INE
AFRA CA
Assoc. AMARC
TAPE T
usagers M Music
Care
Méd-
Soc. Inst. M.
Syndic.
travail CHU
Clini
UNIVER Nant .
SITÉS FFAT
ques Univ
Nant
229
CNCP
1.2 Commentaires du schéma
Ce schéma, qui propose une représentation globale de la visibilité des acteurs sur internet,
renvoie d’emblée à la complexité du phénomène des représentations de la musicothérapie que
nous étudions dans cette thèse. Il en reflète également des aspects communicationnels et
dynamiques. En effet, nous repérons des regroupements perceptibles par des effets de couleur.
A l’intérieur de ces entités, nous figurons les actants par des cercles reliés entre eux par des
traits relativement épais. Nous voyons ainsi apparaître, en bleu foncé à gauche du schéma, la
représentation d’actants qui contribuent au fonctionnement du système de santé : lieux de
pratiques, auxquels nous rattachons les établissements de santé publics, privés et les structures
médico-sociales, la HAS et le ministère de la Santé. Plus au centre, dans un autre ton de bleu et
cerclé de violet, nous représentons les lieux de formation qui se divisent entre les universités
(en bleu en bas du schéma) et les autres organismes de formations que nous distinguons, plus à
droite, en violet. Cet ensemble, renvoie à l’idée d’un système de formation auquel participent
différents types d’organisme. Au-dessus de ce système, en bleu clair, nous représentons les
regroupements de praticiens qui contribuent à la formation d’une entité concernant la
représentation professionnelle de la musicothérapie. A sa gauche, au-dessus des lieux de
pratiques et de formation, nous figurons dans un ton de bleu différent, les médias qui
configurent un autre système participant de l’expression des représentations de la
musicothérapie. Les traits plus ou moins fins symbolisent des relations existant entre les actants
ou les systèmes, qui en permettent le fonctionnement. Nous avons limité la représentation de
ces relations afin de ne pas trop brouiller le schéma. Pour autant, elle permet déjà de visualiser
différents réseaux d’acteurs dont les liens apparaissent de façon plus ou moins marquée, ce qui
permet de repérer certains aspects dynamiques des relations entre les acteurs qui participent de
façon différente au renforcement des systèmes. En effet, nous pouvons observer des liens étroits
qui existent entre les acteurs du système de santé, alors que le système de formation ou encore
l’entité représentant les regroupements de praticiens semblent plus éclatés. Dans ce qui suit,
nous proposons de revenir plus en détail sur chaque partie du schéma.
En bas à gauche et en bleu foncé, nous associons certains acteurs clés du système de santé : le
ministère de la Santé, la HAS et les lieux de pratiques que nous déclinons en trois catégories
(les CHU, les cliniques privées et les structures relevant du secteur médico-social). Ces actants
sont reliés entre eux par des traits relativement épais qui marquent, soit un lien d’appartenance
visant à faciliter le regroupement des lieux de pratiques, soit un lien d’interdépendance comme
230
c’est le cas entre le ministère de la Santé, la HAS et les lieux de pratiques. Au-dessus à gauche
du ministère, nous figurons un lien moins épais avec l’Assemblée nationale, dans la mesure où
celle-ci ne participe pas de la même manière au fonctionnement du système de santé. Gravitant
autour de ces acteurs clés, les cercles de plus petites tailles sans indication textuelle et de
différents tons de bleu représentent d’autres actants pouvant contribuer à la production de
certains contenus diffusés sur les sites web des acteurs. Concernant le ministère de la Santé, il
peut s’agir d’un organe ministériel ou d’un autre ministère, par exemple l’Inspection des
affaires sociales, le ministère de l’Éducation nationale, etc. que nous avons identifié avec
l’analyse de contenu des éléments du corpus. Autour de la HAS, ce même procédé permet de
faire référence à des sociétés savantes, des organes ministériels, etc. pouvant être partenaires
ou commanditaires de certaines productions. Au-dessous de la HAS et également en lien avec
le ministère de la Santé et les lieux de pratiques, nous figurons par un cercle d’un ton plus clair
les associations d’usagers. Bien entendu, nous n’occultons pas la place centrale des usagers
dans le système de santé. Toutefois, leur visibilité sur internet passe essentiellement par la
présence des associations qui les représentent dans les groupes de travail menés par la HAS ou
dans les lieux de pratiques. On observe aussi la notoriété de certaines d’entre elles au sein du
ministère de la Santé, via un accord d’agrément stipulé sur le site de cet actant. Autour des CHU
et autres lieux de pratiques, les petits cercles sans indication textuelle rendent compte de
l’existence de nombreuses structures dans lesquelles la musicothérapie peut être présente ou
représentée. Dans l’angle en bas à gauche et au-dessous des CHU et des cliniques, nous
représentons aussi les syndicats de travailleurs, les fondations et les ONG qui sont parties
prenantes, selon différents niveaux d’implication, du fonctionnement du système de santé et
que notre enquête en ligne a permis d’identifier286. Avec ce focus sur cette partie du schéma, la
figuration des « lieux de pratiques » renvoie à la place importante qu’occupent les acteurs des
établissements sanitaires et médico-sociaux dans ce système. Et nous observons les relations
existentielles qu’ils entretiennent avec le ministère de la Santé (par exemple via les dotations
qu’il leur attribue) ainsi qu’avec la HAS (dont la mission est aussi de certifier leurs droits
d’existence). Les traits plus fins qui relient l’ensemble de ces actants donnent une idée de la
façon dont se trame le réseau des acteurs concernés par le fonctionnement du système de santé
et sa gouvernance. Un système qui apparaît aussi en relation avec des représentants de la société
civile et d’autres systèmes signifiés par d’autres tons de couleur.
286
Cf. : paragraphe « Les acteurs considérés pour la recherche », p. 141-178 de la thèse.
231
Plus au centre de ce schéma, en lien avec les lieux de pratiques, nous figurons les lieux de
formation qui se divisent en deux catégories : les formations universitaires et les autres. Déjà
dans la première partie de la thèse, nous avons vu que ces formations peuvent être très diverses,
autant par la variabilité de leur durée que par celle de leur contenu. Rappelons aussi que cette
diversité existe non seulement entre les organismes, mais également en leur sein, y compris
concernant les organismes rattachés à une université, ce qui laisse supposer quelques tensions
entre les organismes de formation en général, qui ont pu nous être confirmées via notre enquête
auprès des praticiens et nos entretiens. Sur ce schéma, nous figurons les formations
universitaires que le terrain de la recherche nous a permis d’identifier, à savoir celles qui sont
rattachées aux universités de Paris V, Nantes, Montpellier 3 et Toulouse 2. Cette dernière,
apparue en 2018 n’est pas reconnue par la Fédération Française de Musicothérapie (FFM).
Concernant les autres formations, nous ne les signalons pas toutes sur ce schéma. Souvenons-
nous qu’il serait illusoire de prétendre à une réelle exhaustivité de leur représentation sur un
« modèle » obligatoirement simplifiant. Parmi elles, nous mentionnons celles que nous avons
particulièrement identifiées et qui jouent un rôle significatif dans les représentations de la
musicothérapie. En l’occurrence, nous représentons les organismes agréés par la FFM : le
Centre International de Musicothérapie (CIM), les Ateliers de Musicothérapie de Bourgogne
(AMB) et l’INFIPP. Nous signifions également l’Institut de Musicothérapie de Nantes qui est
rattaché à l’université de Nantes via un partenariat avec la faculté de médecine et qui a une
existence propre en ligne. Nous représentons aussi les Ateliers de Musicothérapie de Bordeaux
(AMBx), dont le fondateur, Gérard Ducourneau, a tenu un rôle important dans le
développement de la musicothérapie, notamment via la création des Éditions du Non verbal et
de la revue Musique – Thérapie – Communication. En outre, les AMBx sont aussi à l’origine
de la création d’autres ateliers de musicothérapie : AMB, AM Toulouse, AM d’Ile de France,
de la Réunion, etc. Pour faciliter la compréhension de notre schéma, certains de ces ateliers ne
sont pas obligatoirement nommés, mais notre schématisation permet d’en concevoir le réseau.
Nous signalons aussi la présence en ligne de l’AMARC qui propose aux professionnels de santé
des formations visant l’utilisation du dispositif « Music Care ». Nous justifions ce choix par
rapport au fait que ce dispositif est relativement connu et valorisé dans le secteur médical,
notamment concernant le traitement de la douleur. Et l’association AMARC forme des
professionnels de santé à son utilisation. Parmi ces autres formations, nous observons des
cercles violets entourés de rose. Cette distinction cherche à signifier les formations à l’Art-
thérapie qui proposent des spécialisations en musicothérapie. Nous retrouvons ainsi
l’AFRATAPEM, l’INECAT et PUZZLE dont nous avons déjà parlé dans la première partie de
232
la thèse, dans le paragraphe « Des représentations en lien avec un processus de
professionnalisation complexe ». Précisons ici qu’afin de ne pas trop brouiller notre schéma,
nous avons volontairement omis de représenter les facultés de médecine de Lille, Tours et
Grenoble qui délivrent des DU d’Art-thérapie, en lien avec l’AFRATAPEM. Nous signifions
aussi la distinction entre ces formations et celles qui sont davantage spécialisées en
musicothérapie par l’épaisseur de leur lien avec le cercle intitulé « Autres formations ».
La diversité de ces formations que nous rattachons au cercle « lieux de formation » constitue
un système de formation complexe que nous mettons en lien avec le système de santé par un
trait plus épais entre les « lieux de pratiques » et les « lieux de formation ». En effet, les
établissements de santé et autres structures pouvant être associées sont des lieux qui accueillent
de nombreux stagiaires, en cours de formation. Et rappelons ici que les stages pratiques sont
obligatoires pour tous les organismes qui délivrent les certificats ou les diplômes que nous
avons identifiés. Ce lien repose sur l’aspect conventionné des stages et la mission de formation
attribuée aux établissements de santé. Le cercle « lieux de formation » auquel les formations
sont rattachées facilite ainsi la lecture du schéma. Sans vouloir trop chargé celui-ci, nous
signifions un lien direct entre les lieux de pratiques et les universités ou encore l’Institut de
Musicothérapie de Nantes, afin de représenter le tissage du réseau des acteurs. Bien entendu,
ces liens directs avec les lieux de pratiques existent pour l’ensemble des formations,
essentiellement par la présence des stagiaires et des conventions. De la même couleur que les
universités, en bas du schéma, nous représentons le HCERES en lien avec l’université Paris V.
Rappelons ici que nous avons intégré au corpus un rapport de cette AAI concernant le master
Création artistique, Dans un bleu plus foncé rappelant les acteurs rattachés au système de santé,
nous figurons la Commission Nationale des Certifications Professionnelles (CNCP) qui diffuse
en ligne les fiches des formations qu’elle enregistre. Pour des raisons de lisibilité, nous avons
rapproché cette institution des formations, ce qui sur le schéma crée une distance avec les autres
institutions. Cet éloignement est à relativiser, notamment de par le caractère institutionnel de la
CNCP. Et il est à noter ici que les DE des professionnels de santé figurent dans le répertoire de
cette institution. Par ailleurs, si la plupart des formations universitaires, toutes filières
confondues, sont enregistrées dans le répertoire de cette commission, seule la formation au DU
2ème niveau de musicothérapeute clinicien de l’université Paul-Valéry Montpellier 3 a fait
l’objet d’une déclaration auprès de cette institution. Les autres liens figurés par des traits roses
entre la CNCP et les formations d’art-thérapie renvoient à celles qui sont également enregistrées
et qui déclarent une compétence de musicothérapeute.
233
Le schéma permet aussi d’observer le rattachement des formations à un ou plusieurs
regroupement(s) de praticiens. Par exemple, en bas à droite du schéma, les organismes
davantage orientés vers l’art-thérapie peuvent être en lien avec la Fédération Française des art-
thérapeutes (FFAT), dont l’AFRATAPEM se tient (ou est tenue) à distance, cette dernière étant
représentée en lien avec la Fédération Française de Musicothérapie (FFM), par un trait peu
marqué. En effet, sur la liste de praticiens diffusée sur le site de la FFM, nous avons pu observer
l’adhésion de quelques individus issus de cette formation. Ce lien est représenté par un trait fin
bleu pâle sur notre schéma, pour en signifier la fragilité. D’autres petits cercles roses non
identifiés gravitent autour de la FFAT, pour signifier des formations en art-thérapie qui peuvent
proposer des approches en musicothérapie sans toutefois revendiquer une compétence de
musicothérapeute. D’autres relations entre la FFM et les organismes de formation apparaissent
de manière plus franche. En l’occurrence, nous voyons celles existant avec Paris V, l’université
de Nantes et Montpellier 3, signifiées par des traits bleus moyennement épais. Cette épaisseur
de trait se rapporte à la force que ces liens donnent à la FFM, dans la mesure où ils impliquent
de manière indirecte des institutions. En ce sens, si ces liens sont exprimés de façon explicite
sur le site de la FFM, ils n’apparaissent pas du tout sur les pages de présentation des formations
universitaires concernées. D’autres relations sont représentées entre la FFM et le CIM, les
AMB, l’INFIPP et les AMBx. Certains d’entre eux sont confirmés sur les sites web respectifs
des acteurs, notamment concernant le CIM et les AMB qui affichent leur affiliation à la FFM.
Comme nous l’avons déjà précisé, le lien avec le CIM peut s’expliquer par le rôle historique
que cette formation a joué dans la mise en place et le développement de la musicothérapie. En
revanche ceux avec les AMB et l’INFIPP sont plus récents, notamment ils datent du début de
l’année 2019 concernant l’INFIPP. Et il est à noter qu’au début de la recherche (2013-2015),
les Ateliers de Musicothérapie de Bordeaux (AMBx) faisaient partie des organismes de
formation agréés par la FFM. Actuellement, ils se tiennent (ou sont tenus) à distance de cette
fédération, ce qui n’exclut pas que certains praticiens, formés par les AMBx soient membres de
la FFM. Nous signifions cette relation particulière par un trait discontinu entre ces deux actants.
234
formations universitaires franciliennes, notamment du master de Paris V en 2011. En revanche,
aucune référence à l’AFM n’est faite sur le site de cette université, si ce n’est via la page
membre du laboratoire Psychologie Clinique, Psychopathologie, Psychanalyse (PCPP) d’ Édith
Lecourt, toujours accessible en ligne287. D’autres relations concernant l’AFM sont figurées sur
ce schéma, notamment avec la FFM, l’université de Nantes et l’Institut de musicothérapie de
Nantes. Celles-ci se rapportent à la présence au sein de l’AFM de certains responsables,
formateurs et praticiens, en lien avec ces actants. En outre, sur le site de la FFM, la liste des
organismes de formation agréés mentionne celle de l’université Paris-Descartes par une
référence explicite à l’AFM, à travers l’intitulé suivant : « Université Sorbonne-Paris-Cité –
Association Française de Musicothérapie »288.
Parmi les regroupements de praticiens, notre schéma permet aussi de visualiser un lien direct
entre la Société Française de Musicothérapie (SFM), dont l’existence est récente et les Ateliers
de Musicothérapie de Bourgogne (AMB). En effet, la création de la SFM date de 2012 et son
président est aussi le responsable pédagogique des AMB. Aussi, si nous ne signalons pas de
lien direct entre la SFM et la Fédération Française de Musicothérapie (FFM) celui-ci existe
quand même de manière implicite. Et, par rapport aux objectifs de la SFM, qui sont de « Faire
valoir les qualifications et compétences des musicothérapeutes vis-à-vis des autorités de santé
et contribuer à la reconnaissance et à la réglementation du métier de musicothérapeute en le
faisant admettre comme nouveau métier auprès des autorités de santé à l’échelle nationale »289,
nous pouvons supposer quelques tensions au sein de la FFM concernant la SFM qui brouille,
en partie, la représentation professionnelle visée par la FFM.
En haut à droite du schéma et en bleu clair, nous repérons un autre regroupement de praticiens
via la représentation de la plateforme numérique du Pôle International de Recherche en
Musicothérapie « PIREM.org ». Cette catégorisation du PIREM parmi les groupements de
praticiens peut poser question. En effet, il ne s’agit pas exactement d’une association. Le
PIREM se présente plutôt comme « une plateforme d’échanges et de ressources relative aux
travaux réalisés en Musicothérapie »290. Son utilisation nécessite néanmoins une adhésion qui
287
Page consultée le 29 août 2019,
URL : http://recherche.parisdescartes.fr/pcpp_eng/Membres/Permanents/LECOURT-Edith
288
Site de la FFM, [consulté le 29 août 2019],
URL : https://www.musicotherapie-federationfrancaise.com/organismes-de-formation-agrees/
289
Site de la SFM, rubrique « Qui sommes-nous ? », [consulté le 03 septembre 2019], URL :
https://francemusicotherapie.fr/qui-sommes-nous/presentation/
290
Site de la plateforme pirem.org, [consulté le 29 août 2019], URL : http://pirem.org/buts-et-principes-2/
235
est gratuite. Celle-ci doit être demandée et acceptée par les modérateurs (anonymes) du site.
Elle permet d’avoir accès à certaines publications, des informations ou de pouvoir poster
diverses annonces, dont les propositions sont régulées par les administrateurs de la plateforme.
Ses adhérents sont des praticiens de la musicothérapie, des médecins, d’autres professionnels
de santé, des étudiants ou encore des personnes souhaitant se former à cette spécialité. Comme
figuré sur notre schéma, on trouve également en lien avec cette plateforme des organismes de
formation, notamment les Ateliers de Musicothérapie de Bordeaux (AMBx) et d’autres ateliers
de musicothérapie dispersés en France et à l’étranger. Nous représentons ces organismes par
des petits cercles violets, sans indication textuelle, ou encore par des points d’un violet plus
clair tout en haut à droite de notre schéma, qui renvoient à d’autres ateliers ou organismes de
formation situés à l’étranger. Permettant à la fois de s’informer, de communiquer et de réunir
une communauté virtuelle, dont de nombreux praticiens de la musicothérapie, cette plateforme
numérique a été difficile à catégoriser pour l’intégrer dans notre schéma. En raison de sa
spécificité qui nous a permis d’identifier des praticiens que nous avons sollicités pour notre
questionnaire en ligne, nous avons donc choisi de la faire figurer parmi les regroupements de
praticiens de la musicothérapie.
Au-dessus du cercle « regroupements praticiens », nous visualisons d’autres petits cercles bleus
qui représentent des associations rassemblant à une échelle locale quelques praticiens. En effet,
nous avons évoqué leur existence dans le paragraphe consacré à la présentation des acteurs
considérés pour la recherche, dans le deuxième chapitre de la seconde partie de la thèse. Dans
ce paragraphe, nous avons fait référence à l’association « Auvergne-Musicothérapie » ou
encore à « Musique-Handicap-Méditerranée » située à Montpellier. Il s’agit de regroupements
que nous avons pu identifier plus particulièrement grâce à notre questionnaire en ligne et à nos
entretiens. Ces associations que nous avons retrouvées en ligne visent à faciliter l’exercice
professionnel des praticiens en libéral ou leur employabilité par les institutions publiques.
Ainsi, notre focus sur les regroupements de praticiens permet d’observer, à travers les liens que
nous figurons, l’aspect communicationnel des représentations professionnelles de la
musicothérapie. Par exemple, celui-ci se révèle à travers les relations de l’AFM et de la FMM
avec les formations universitaires. Nous percevons aussi la dynamique instaurée par les usages
des dispositifs numériques qui permettent le déploiement de différents réseaux de formation et
de praticiens. La plateforme « PIREM », qui permet la mise en lien de plusieurs Ateliers de
Musicothérapie et de nombreux praticiens en est un exemple. D’ailleurs, le site de la SFM en
236
lien avec les AMB dont nous avons parlé plus haut se présente également comme « une
plateforme d’échange, de partage des pratiques et des connaissances entre musicothérapie
clinique et neurosciences, d’accès à la recherche internationale, de mise au point d’outils
d’évaluation. »291, mobilisant de la sorte les fonctionnalités des technologies numériques. La
SFM utilise aussi les TIC pour faire connaître ses projets aux pouvoirs publics, s’auto-déclarant
expert « contribuant à la législation des pratiques de musicothérapie, des compétences et du
cadre professionnel »292. Les TIC offrent ainsi de nombreuses opportunités à l’ensemble des
associations pour faire connaître leurs actions et rassembler des praticiens pouvant être éloignés
d’un point de vue géographique, comme c’est le cas avec la FFM qui vise plus précisément la
représentation professionnelle de la musicothérapie. Toutefois, la visibilité de ces réseaux
d’acteurs sur internet relève un paradoxe. D’un côté elle transforme la représentation
professionnelle de la musicothérapie en la renforçant, et en ce sens nous percevons sur notre
schéma comment les réseaux d’acteurs se déploient aussi à l’échelle internationale. En effet, en
haut dans l’angle à droite de notre schéma, nous figurons l’Européan Music Therapy
Confederation (EMTC) et la World Federation of Music Therapy (WFMT), en lien avec les
regroupements de praticiens et d’autres organisations étrangères faisant partie des réseaux de
l’EMTC et de la WFMT. D’un autre côté, la visibilité de ces réseaux d’acteurs « floute » la
représentation professionnelle des praticiens de la musicothérapie, en en proposant différentes
perspectives qui mettent également en œuvre une forme de concurrence lisible tout autant entre
les organismes de formation qu’entre les associations et les réseaux de praticiens.
Sur cette partie du schéma, nous voyons comment les regroupements des praticiens forment un
système dans lequel les représentations professionnelles de la musicothérapie s’expriment, de
façon relativement morcelée. Et ce sentiment a pu nous être confirmé par les résultats des
enquêtes que nous avons menées. Par ailleurs, le schéma montre aussi, via des liens que nous
n’avons pas tous représentés afin de ne pas brouiller davantage ce schéma, que les praticiens
sont aussi en relation avec les autres systèmes. Par exemple, avec les lieux de pratique où ils
exercent la musicothérapie et procèdent à des échanges avec d’autres professionnels sur leurs
lieux de travail. On les retrouve également en lien avec les lieux de formations dans lesquels
certains d’entre eux interviennent et d’autres se perfectionnent. Ces relations existent aussi avec
les médias qui jouent un rôle dans la formation des apprenants, tout autant que dans la
291
Site de la SFM, rubrique « Qui sommes-nous ? », [consulté le 03 septembre 2019], URL :
https://francemusicotherapie.fr/qui-sommes-nous/presentation/
292
Ibid.
237
formation, la circulation et la transformation des représentations de la musicothérapie auprès
de nombreux publics.
Sur notre schéma nous symbolisons les « médias » comme un autre système qui relie différents
actants : les médias traditionnels, les réseaux documentaires et les médias sociaux, dont les
plateformes de type YouTube, les blogs de praticiens et les réseaux socio-numériques (RSN).
Ce système est mis en relation avec les autres, faisant apparaitre des liens particuliers entre
certains actants. En ce sens, les nombreuses bibliothèques qui disposent d’un site internet
constituent des réseaux documentaires pouvant concerner la musicothérapie. Et nous avons vu
dans la première partie de la thèse comment le site de la Bibliothèque Nationale Française
(BNF) conserve de nombreux documents que nous avons utilisés pour notre présentation de la
musicothérapie. Ici, nous faisons plutôt référence aux réseaux documentaires utilisés par les
acteurs que nous considérons pour la recherche. Par exemple, pour élaborer ses
recommandations, la HAS privilégie les réseaux internationaux tels que Medline/PubMed,
Cochrane ou encore EMBASE, dont l’accès est payant. Ces réseaux complémentaires
permettent d’accéder à de nombreuses données bibliographiques, dont la plupart des références
relève de la publication scientifique, couvrant différents champs du secteur médical. Et en
référence aux éléments E-51 et E-52 du corpus, ces réseaux permettent d’identifier des articles
produits à partir d’études randomisées, affirmant ainsi certains niveaux de preuve de l’efficacité
de la musicothérapie dans plusieurs domaines médicaux. Ces mêmes réseaux documentaires
peuvent être utilisés par les acteurs des lieux de pratique, notamment les médecins. En fonction
des catégories de professionnels de santé ou d’un secteur particulier de l’activité médicale,
d’autres réseaux peuvent être exploités. Comme nous l’avons déjà évoqué, le réseau
documentaire Ascodocpsy qui nécessite un droit d’accès, via celui d’un établissement de santé,
propose une vaste bibliographie concernant le secteur de la psychiatrie. Dans un autre registre,
le catalogue de la plateforme Cairn.info permet l’accès à d’autres références bibliographiques,
dont une vaste littérature en sciences humaines et en français. Ces ouvrages peuvent impliquer
plusieurs disciplines : la recherche infirmière, la psychologie, la psychiatrie, etc. Et les acteurs
des lieux de formation, notamment les universitaires, bénéficient d’un accès privilégié à ce
réseau dont certaines publications peuvent être payantes pour d’autres publics. Via internet, ils
ont aussi accès à Medline/PubMed, Cochrane, voire aux documents diffusés sur le site de la
HAS. Et, rappelons-le, la plateforme ABES permet aussi de trouver en ligne des thèses
consacrées à la musicothérapie, qui ne sont pas obligatoirement utilisées en tant que ressources
par les acteurs de la HAS, ni ceux du ministère de la Santé.
238
Sur notre schéma nous symbolisons également des relations directes entre l’AFM et les médias.
Comme déjà précisé, l’Association Française de Musicothérapie (AFM) publie la Revue
Française de Musicothérapie depuis 1981. Et rappelons ici que cette revue hybride, longtemps
diffusée sur le réseau restreint d’Ascodocpsy est désormais en open access en ligne. Le lien
représenté entre la Fédération Française de Musicothérapie (FFM) et les médias relève d’un
autre type de relation. En effet, la FFM oriente ses publics vers Cochrane et la Revue Française
de Musicothérapie. En outre, les membres de l’AFM et de la FFM peuvent tout à fait avoir
accès aux autres réseaux documentaires via internet. Nous signifions également un lien direct
entre les AMBx (en haut à droite et en violet) et les médias. En effet, nous avons fait référence
aux Éditions du Non Verbal qui publie la revue Musique – Thérapie – Communication,
également en relation avec cet organisme de formation. Et même si ces publications ne sont pas
accessibles en ligne, elles y sont présentées et commercialisées, notamment sur les sites des
AMBx et de Pirem.org.
Nous figurons aussi les médias « traditionnels » que nous avons déjà présentés dans la
deuxième partie de la thèse, de façon très ouverte, comprenant les médias de masse, les
dictionnaires, les encyclopédies, etc. et qui touchent, en ligne, un public pouvant être très
hétérogène. Les contenus que proposent ces médias véhiculent de nombreuses représentations
de la musicothérapie pouvant influencer l’opinion publique. Autour des médias, nous situons
également la catégorie des « médias sociaux » que nous relions aux blogs de praticiens (même
si ceux-ci sont difficiles à repérer sur internet), aux plateformes de types YouTube ou
DailyMotion, qui diffusent des contenus audiovisuels se rapportant à la musicothérapie et aux
Réseaux Socio-numériques (RSN). Relevons ici la particularité des RSN qui sont plus ou moins
socio-professionnels : Linkedin, Facebook, etc. Et, notons que les RSN font désormais partie
des stratégies de communication des organisations, favorisant la « viralité » de la circulation
des informations et la mise en lien des acteurs. Sur notre schéma, nous signalons quelques-uns
de ces liens, notamment entre la FFM et les RSN, en référence à sa page Facebook. Il en existe
aussi de nombreux autres entre Facebook et les praticiens.
Avec ce schéma qui rend compte de la visibilité des acteurs sur internet, nous pouvons mieux
nous représenter l’ensemble des acteurs qui participent à l’expression des représentations de la
musicothérapie. Ce schéma permet aussi de relever l’aspect communicationnel et dynamique
des représentations de la musicothérapie. En effet, les liens que nous avons symbolisés et
239
expliqués entre les acteurs permettent de penser différents types d’interaction qui sous-tendent
leurs relations et contribuent à l’expression de ces représentations.
Ces relations peuvent être d’ordre synchronique, renvoyant à la nécessité de la communication
et des échanges qui permettent le fonctionnement respectif des acteurs et que nous pouvons
situer aussi bien à l’intérieur des structures (à la fois organisée et organisante) qu’entre les
actants. Par exemple, comme nous l’avons déjà précisé, les formations qui permettent la
professionnalisation de la musicothérapie ne pourraient exister sans les établissements de santé
qui contribuent à la formation des apprenants. Ces échanges renforcent la crédibilité des
organismes de formations et le rattachement de certains d’entre eux aux universités met en
œuvre un processus de récursivité qui leur apporte une force supplémentaire, influençant le
choix de certains étudiants. Les contenus de nos entretiens confirment cette assertion : « Ouais
c'était important que ce soit un DU que ça passe par Paul-Valéry, enfin par la fac (…) Par
l'université c'est important parce que ça... y' avait un peu plus de... Alors je sais pas si c'est de
rigueur, mais en tous cas de... ouais de légitimité dans l'apprentissage, quelque chose de plus
formel peut-être (…) De crédibilité, hum hum oui tout à fait ! »293. Et l’analyse des relations de
la FFM avec les organismes de formation montre comment cette association trouve également
une force en prenant appui sur certaines formations, dont trois sont universitaires. Des relations
qui ont aussi des effets sur la réputation des formations.
Bien sûr, notre schéma présente aussi des limites, pouvant être relatives à un manque
d’exhaustivité ou encore à des difficultés de catégorisation comme nous l’avons évoqué par
rapport à la plateforme « PIREM ». De plus, du fait de sa plasticité, il semble fixer des
catégories d’acteurs que nous pouvons penser relativement fermées. En effet, cette
représentation renvoie à des ensembles sociaux dont les relations définissent un système vivant,
dans lequel les acteurs du ministère de la Santé, de la HAS et des établissements de santé
exercent un certain pouvoir. Pour autant, la médiation numérique contribue aussi au
déploiement de réseaux d’acteurs, selon une diversité de formations et de praticiens qui rend
manifeste l’existence d’un discours pluriel sur la musicothérapie. Dans cette sorte de débat
intégré en ligne, les discours que l’on pouvait appréhender jusque-là à une échelle locale se
déplacent dans l’espace virtuel d’internet, permettant la prise de parole d’acteurs pouvant être
considérés comme relativement marginaux ou alternatifs. Et via internet, ils donnent lieu à une
forme de discours circulant sur la musicothérapie. Pour mieux comprendre ces discours et les
293
Extrait de l’élément E-82 du corpus, codage pour la recherche : E-82_PDF_N-
Verdier_Retranscription_Entretien-individuel-V-R-musicothérapeute_18-07-2019. Voir page 6
240
représentations qui en émergent, nous proposons dans ce qui suit d’opérer un focus sur les
acteurs ciblés pour la recherche que nous comprenons désormais davantage par rapport aux
relations qu’ils entretiennent avec l’ensemble des acteurs considérés.
Comme nous l’avons expliqué dans la deuxième partie de la thèse consacrée à la méthodologie
de la recherche, nous avons particulièrement ciblé certains acteurs pour étudier les
représentations de la musicothérapie. Rappelons ici quels sont ces acteurs, qui renvoient aux
éléments du corpus :
A partir des données que nous avons recueillies via notre observation en ligne du site des acteurs
ciblés pour la recherche, de la méthode d’analyse actionniste et de l’analyse de contenu des
éléments du corpus, nous avons étudié les visions respectives des acteurs concernant la situation
de la musicothérapie. Ce point a été effectué en vue de pouvoir modéliser leurs relations, pour
permettre de mieux situer leurs discours respectifs et les formes de représentation qui en
émergent.
294
Ce tableau figure dans les annexes de la thèse. Cf. : annexe 9, p. 83-103 des annexes de la thèse.
295
Ce deuxième tableau a été également intégré aux annexes de la thèse. Cf. : annexe 10, p. 104-114 des annexes
de la thèse.
242
Pour le ministère, au moins depuis le début des années 2010, la musicothérapie est envisagée
comme une réalité, notamment en psychiatrie et en gériatrie296. Toutefois, cette pratique n’est
pas reconnue en tant que profession dans la règlementation des métiers de la fonction publique
hospitalière. Elle est plutôt considérée comme un support de médiation297 thérapeutique, une
thérapie non pharmacologique298 ou une thérapie pouvant être basée sur une stimulation
sensorielle299, devant être mise en œuvre par un professionnel de santé plus ou moins formé et
pouvant être musicothérapeute300. D’ailleurs, les experts de la HAS qui sont les partenaires du
ministère de la Santé, préconisent son utilisation dans certains secteurs de l’activité médicale,
sous réserve d’évaluation. Les professionnels de santé ou encore ceux qui peuvent user du titre
de psychothérapeute (psychiatres, psychanalystes et psychologues) peuvent pratiquer la
musicothérapie301 et même contribuer à des projets de recherche institutionnels que l’État
finance, en partie302.
Par ailleurs, les diplômes universitaires (DU), qualifiant pour les professionnels de santé ne sont
pas des diplômes nationaux de professionnels de santé. Le problème de certaines catégories de
praticiens relève de la responsabilité des universités dans lesquelles on dispense ces
formations303. A noter qu’il existe aussi des alternatives à l’embauche pour ces catégories de
praticiens, notamment par le biais de certaines conventions collectives qui permettent de
qualifier, en les nommant, les musicothérapeutes intervenants dans les établissements sanitaires
et sociaux304, ou encore via des interventions ponctuelles rendues possibles par des partenariats
avec des associations. Et les établissements de santé, ainsi que les structures pouvant être
296
Cf. : élément E-9 du corpus, codage : E-9_Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-
ministèreSanté-questionécrite-17383-9sur16_2011
297
Ibid.
298
Cf. : élément E-20 du corpus, codage : E-20_Siteweb-MinistèreSanté_communication-
diffusion_PDF_Minsitère-des-Affaires-Sociales-et-de-la-Santé_Rapport_final-Pathos_2012
299
Cf. : élément E-23 du corpus, codage : E-23_Siteweb-MinistèreSanté_communication-diffusion_PDF_Verger-
P_Rapport-Politiquedu-medicament-en-EHPAD_2013
300
Ibid.
301
Cf. : élément E-24 du corpus, codage : E-24_Siteweb-MinistèreSanté_communication-
diffusion_PD_Ministère-des-Affaires-Sociales-et-de-la-Santé-Réseau-Documentation-Archive_TESS-liste-
hierarchique_2014
302
Cf. élément E-22 du corpus, codage : E-22_Siteweb-MinistèreSanté_communication-
diffusion_DocExcel_Ministère-des-Affaires-sociales-2013_Resultats_Prog-Hosp-Recherche-Inf-Param_2013
N.B. : pour ces citations, le lecteur peut aussi se référer à l’annexe 8 qui renvoie ANNEXE 8 : à la grille de recueil
de données concernant plusieurs éléments du corpus pouvant être associés au site web du ministère
303
Cf. : élément E-9 du corpus, codage : E-9_Siteweb-AssembléeNationale_communication_réponse-
ministèreSanté-questionécrite-17383-9sur16_2011
304
En référence par exemple à notre propre expérience et à celle d’un musicothérapeute que nous avons interviewé
et qui bénéficie d’un contrat à durée indéterminé dans une structure de soin sanitaire
243
assimilées, peuvent bénéficier d’aides financières, de la part des collectivités territoriales,
permettant ce type d’intervention.
Pour la HAS qui est un partenaire notoirement reconnu du ministère de la Santé et se trouve en
position intermédiaire entre le ministère et les acteurs de la santé (établissements,
professionnels de santé, représentants d’usagers, etc.), la musicothérapie est en effet l’une de
ces thérapies non-médicamenteuses305 qui peut intervenir dans certains secteurs de l’activité
médicale. Notamment elle peut présenter un intérêt dans la prise en charge des personnes âgées
à différents titres : prise en charge de la douleur, interventions portant sur le comportement. Et
la mise en œuvre de la certification des établissements de santé depuis le début des années 2000
permet d’observer que cette pratique peut être intégrée aux dispositifs de prise en charge globale
de certains patients. Elle peut être utilisée en complément d’autres thérapies. Elle peut
également être mise en œuvre par des professionnels formés306 pouvant provenir d’horizon et
de pratiques différentes307, qui ne sont pas obligatoirement des médicaux ou des paramédicaux.
Sur le terrain, les équipes soignantes fonctionnent avec ce type d’intervenants. Elles accueillent
aussi de nombreux stagiaires. Toutefois, ces pratiques n’ont pas prouvé leur efficacité308. Elles
pourraient davantage faire l’objet d’études de bonne qualité méthodologique309. D’ailleurs, ce
type de projet, pouvant être institutionnel est à encourager. De tels projets, encore rares en
France, permettraient aux professionnels qui s’y investiraient de valoriser une expertise et de
se sentir mieux reconnus.310. Par ailleurs, les professionnels de santé peuvent tout à fait se
former à cette pratique qui demande des compétences spécifiques.
305
Cf. : éléments E-31, E-35, E36 du corpus, codage :
- E-31_Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_ANAES_Évaluation-et-prise-en-charge-
thérapeutique-de-la-douleur-chez-les-personnes-agées-troubles-de-la-communication-verbale_2000
- E-35_Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_HAS_Recommandation-maladie-d-alzheimer-et-
maladies-apparentées-diagnostic-et-prise-en-charge_2011
- E-36_Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF__HAS_Recommandations-Comportements-
perturbateurs-chez-les-personnes-ayant-des-lésions-cérébrales-acquises-avant-l'âge-de-2-ans-
prévention-et-p-en-c_2014
306
Cf. : élément E-33 du corpus, codage : E-33_Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_HAS_guide-
médecin-alzheimer-finale-web_2009
307
Cf. : élément E-35 du corpus, codage : E-35_Siteweb-HAS_communication-
diffusion_PDF_HAS_Recommandation-maladie-d-alzheimer-et-maladies-apparentées-diagnostic-et-prise-en-
charge_2011
308
Cf. : éléments E-35, E-36 (codage déjà cités ci-dessus).
309
Elément E-38, codage : E-38_Siteweb-HAS_communication-diffusion_PDF_HAS_rapport-élaboration-
burnout_2017
310
Cf. : E-36 (déjà cité ci-dessus)
244
2.1.3 Concernant les établissements de santé
Par rapport aux missions et aux prérogatives qui leur sont attribuées par la loi (HSPT, 2009),
les établissements de santé contribuent à la formation des professionnels de santé y compris des
personnels non soignants. Participer à la professionnalisation des stagiaires ne pose pas de
problème. Cela rentre dans leurs clauses de compétences et les conventions de stage avec les
organismes de formation établissent un cadre règlementaire. De plus, dans certains secteurs, la
musicothérapie apporte une plus-value dans l’organisation des prises en charge. Quelques
musicothérapeutes interviennent ou travaillent dans certains établissements.
Par ailleurs, les centres de formation à la musicothérapie peuvent aussi être investis par des
professionnels de santé. Certaines personnalités en portent la responsabilité et les
professionnels de santé interviennent dans les formations. Ce qui permet d’avoir un regard sur
leur contenu et leur accorde du crédit. D’autres suivent ces formations, notamment dans le cadre
de la formation continue. La formation des professionnels de santé peut alors être avantageuse
pour l’amélioration de la qualité des soins dans certains secteurs de l’activité médicale. Elle
peut répondre à certains de leurs besoins. En outre, les projets institutionnels de recherche sur
les thérapies non-médicamenteuses sont encouragés par le ministère de la Santé et la HAS. La
double qualification des professionnels de santé pourrait aussi faciliter la gestion des ressources
humaines dans l’établissement. En revanche l’embauche de certaines catégories de praticiens
est plus problématique, notamment d’un point de vue financier, que les établissements de santé
peuvent aussi argumenter par rapport à la règlementation des professions de santé. Ce problème
peut éventuellement être contourné par l’établissement de conventions avec des structures
associatives qui facilitent l’intervention ponctuelle d’autres catégories de professionnels, sans
trop demander d’engagement, ni dans la durée, ni sur le plan financier.
Pour les organismes de formation universitaires ou rattachés à une université, la situation est
relativement problématique, sur différents points. D’une part il existe une grande diversité de
formations qui pour certains est catastrophique, parce qu’elle décrédibilise le métier311 de
311
Cf. : éléments E-79 et E-80 du corpus, codage :
245
musicothérapeute. Les formations universitaires ne savent pas toujours ce qui se fait dans les
autres formations. Et, certaines d’entre elles attendent de la FFM qu’elle contribue au repérage
de leur identité et de leur contenu, d’autant que les médias véhiculent des représentations
triviales de la musicothérapie : « dernièrement j'ai vu on passait de la musique dans une cave
à fabriquer le fromage par exemple (…) c’est tout et n’importe quoi ! »312. Par ailleurs, les
organismes universitaires ont une responsabilité dans la formation et la professionnalisation des
étudiants. Elles continuent de développer des acquis théoriques en se référant à des études qui
valident l’efficacité de la musicothérapie sur certaines pathologies, notamment en neurologie,
ou en permettant aux étudiants d’accéder à la recherche, comme c’est le cas à Paris V. Toutefois,
elles proposent des modèles différents et ciblent des publics hétérogènes, ce qui crée de la
diversité également dans la formation universitaire. Et, en fonction des publics qu’elles
accueillent, elles s’inquiètent aussi de l'insertion professionnelle. En effet, aucun des diplômes
qu’elles attribuent ne justifie de droit le titre de professionnel de santé, y compris le master de
Paris-Descartes et le DU de musicothérapeute clinicien de Montpellier 3 enregistré auprès de
la CNCP. Ce qui est embarrassant, notamment pour Montpellier 3 qui accueille à la fois des
étudiants en formation initiale et des professionnels de santé, qui quant à eux pouvent se
satisfaire d’un DU de 1er niveau (en deux ans) pour utiliser la musicothérapie dans leurs
pratiques. Concernant le DU de l’université de Nantes dont l’accès demande un prérequis de
bac + 3, le problème est sensiblement différent. Son rattachement à Faculté de médecine lui
permet de cibler des professionnels de santé. Les autres publics sont minoritaires et disposent
déjà d’un profil professionnel pouvant favoriser leur insertion. En outre, le partenariat avec
l’Institut de Musicothérapie de Nantes permet aux professionnels de santé d’effectuer des
formations plus courtes (de sensibilisation) qu’ils peuvent faire valoir sur le terrain
professionnel ou qui peuvent les motiver à envisager un cursus de formation plus complet en
musicothérapie. D’un autre côté, Toulouse 2 a ouvert en 2017-2018 un DU de courte durée (un
an) qui vient complexifier la représentation des formations universitaires. Ce qui décrédibilise
aussi la valeur des autres DU et crée une concurrence.
Aussi, certains organismes de formation universitaire cherchent à faire évoluer leur modèle. Le
DU de l’université Nantes a souhaité une transformation vers un master qui n’a pas pu aboutir.
- E-79_Doc-audio_N-Verdier_Enregistrement-Entretien-responsable-DU-Musicothérapie-UPVM3_16-
03-2019
- E-80_PDF_N-Verdier_Retranscription_Entretien-responsable-pédagogique-DU-UPV-Montpellier3_16-
07-2019
312
Ibid.
246
Il vise désormais une inscription au RNCP. Le DU de Montpellier 3 projette depuis plusieurs
années sa transformation en Diplôme d’État (DE)313. Sa vision de la situation, soutenue par la
FFM est que : « Le DU a cette spécificité française, c'est à dire c'est une spécialisation par
rapport à un métier existant (…). Or nous on accueille des personnes qui sont aussi dans le
soin ou qui veulent se reconvertir, mais aussi maintenant, des formations initiales ». Ce type
de diplôme n’est pas satisfaisant pour favoriser l’insertion professionnelle par rapport à d’autres
diplôme qui ont une assise administrative reconnue (en référence aux DE des professions de
santé). Et pour Montpellier 3, la reconnaissance d’une identité professionnelle des
musicothérapeutes passe automatiquement par le ministère de la santé. La transformation du
DU en DE, obligeant à une révision de son contenu et de son nombre d’heures de stage,
permettrait de réguler le métier de musicothérapeute clinicien. Ce choix par rapport au master
tiendrait à la nécessité d’un nombre plus conséquent d’heures de stage pratique, équivalent aux
DE des professions de santé.
313
Cf. : éléments E-79, E-80 (déjà cités à la page précédente), et E-81 et E-82 du corpus, codage :
- E-81_Doc-audio_N-Verdier_Enregistrement-Entretien-individuel-V-R-musicothérapeute_18-07-2019
- E-82_PDF_N-Verdier_Retranscription_Entretien-individuel-V-R-musicothérapeute_18-07-2019
314
Fédération Française de Musicothérapie, Statuts de la FFM, 2016, [en ligne], URL :
https://www.musicotherapie-federationfrancaise.com/wp-content/uploads/2019/02/STATUTS-FFM-MIS-EN-
PAGE.pdf , [consulté le 02/ 09/2019].
315
Cf. : élément E-74 et E-75 du corpus, codage :
247
d’homogénéité rend difficile la construction d’une identité professionnelle et de sa
représentation, y compris concernant les formations universitaires. De plus, cette diversité ne
promeut pas la reconnaissance de la musicothérapie et de ses praticiens en tant que
professionnels. De par son alliance avec les formations universitaires et son rattachement
international à l’European Music Therapy Confederation (EMTC), la FFM s’est positionnée en
faveur de l’évolution des diplômes vers un master, durant un certain temps. Actuellement, sa
vision est que la mise en place du master à Paris-Descartes n’a pas changé la « représentation
fondamentale » de la musicothérapie, ni fait avancer le statut professionnel des
musicothérapeutes. En réaction, elle soutient le projet porté par Montpellier 3 qui vise la
transformation du DU de musicothérapeute clinicien en DE. Pour elle, même si le modèle des
masters peut valider des compétences professionnelles à un niveau national et international, les
DE correspondent davantage aux attendus des professions de santé. Ils garantissent également
l’employabilité dans ce secteur d’activité. Ce projet permettrait de règlementer l’usage du titre
de musicothérapeute et que les patients puissent bénéficier davantage de ce type de prise en
charge. Face à cette situation « très compliquée », la FFM met aussi en place des actions de
repérage des formations existantes et de leurs contenus. Elle souhaiterait leur harmonisation
afin de favoriser l’évolution vers le DE. En ce sens, elle travaille aussi en lien avec l’EMTC qui
mène une réflexion sur le besoin d’harmonisation des formations en Europe. Au sein de
l’EMTC, la FFM est représentée par une déléguée.
Par ailleurs, le sentiment de légitimité de la FFM est mis à l’épreuve. En effet, elle n’est pas la
seule association qui mette en œuvre une forme de représentation professionnelle des praticiens
de la musicothérapie. D’un point de vue historique l’AFM, cofondée par Édith Lecourt en 1981,
dispose d’une certaine notoriété, à un niveau national, international, tout autant qu’auprès des
médias. Et, ces derniers sollicitent plus volontiers des personnalités connues et reconnues,
également du point de vue de leur statut social, plutôt que les représentants de la FFM qui le
sont moins. Pour la FFM qui souhaite défendre une certaine vision de la musicothérapie, cette
situation est embarrassante316. De plus, la création de nouvelles associations, telles que la SFM
ou le regroupement qui s’opère à travers la plateforme PIREM viennent brouiller la
représentation professionnelle visée par la FFM.
- E-74_Doc-audio_N-Verdier_Enregistrement-Entretien-de-groupe_Président-FFM-musicothérapeutes-
membreFFM_03-07-2019
- E-75_PDF_N-Verdier_Retranscription_Entretien-de-groupe_PrésidentFFM-musicothérapeutes-
membresFFM_ 03-07-19
316
Cf. : éléments E-74 et E-75 du corpus, déjà cités à la page précédente.
248
De sa place, la FFM ne comprend pas bien le manque de soutien de la part des praticiens de la
musicothérapie, notamment ceux qui sont diplômés par les organismes de formation qu’elle
soutient. Début 2019, elle a justement fait le choix d’élire des représentants proches des
praticiens, dans le souci de mieux défendre leurs intérêts, s’éloignant ainsi d’une représentation
davantage axée sur les organismes de formation.
L’enquête que nous avons menée en ligne auprès de cent quinze praticiens317 ainsi que nos
entretiens avec des musicothérapeutes de la région de Montpellier, appuyés par des éléments
d’analyse obtenus via la méthode actionniste, constituent un point d’appui à l’interprétation de
leur vision de la situation de la musicothérapie que nous présentons ci-dessous.
Globalement, ils sont confrontés à certains écarts entre leur motivation initiale qui les a fait
s’orienter vers cette spécialité et leur réalité professionnelle. En effet, leur choix vers une
formation à la musicothérapie correspond souvent à un désir (ou un besoin) d’évolution
professionnelle, par lequel ils ont souhaité redonner du sens à leur parcours de formation ou à
leur travail. Quelques-uns d’entre eux ont effectué ce choix de manière accompagnée, par un
professionnel via un bilan de compétences, s’appuyant sur celles de consultants. Nombre
d’entre eux projettent également un idéal sur les métiers du soin, la musicothérapie étant
envisagée comme permettant d’allier pratique soignante ou de relation d’aide et pratique
artistique, pour laquelle ils ont une passion. Ce choix leur semble également pertinent dans la
mesure où ils ont eux-mêmes déjà pu observer les bienfaits de la musique, à travers leurs propres
pratiques musicales ou sur leur entourage318. Et, pour la plupart, leur expérience sur le terrain
professionnel, les retours qu’ils ont des patients ou des équipes avec lesquelles ils travaillent,
parfois même des familles, sont encourageants. D’ailleurs, une moyenne de 56,1 % des
praticiens estiment que la musicothérapie est très valorisée ou assez valorisée sur leurs lieux de
317
Dans ce qui suit, nous ferons référence à leurs commentaires pouvant être extraits de l’élément E-73 du corpus,
codage :
E-73_Doc-Excel-généré-par-Google-Enquête-en-ligne_Praticiens-de-la-musicothérapie-(réponses)_juin-août-
2019.
N.B. : Nous citerons les praticiens en leur attribuant un numéro de répondant à l’enquête, formulé comme suit :
R.n, correspondant à l’ordre des réponses obtenues via le questionnaire en ligne.
318
Cf. : annexe 14, p. 142 des annexes de la thèse : « Thématisation des motivations exprimées par les praticiens
enquêtés vis-à-vis de leur choix d’orientation vers la musicothérapie ».
249
travail. Pour eux, « elle occupe une place importante dans la demande des patients et les
objectifs du service, au même titre que les ateliers thérapeutiques proposés par les 5 autres
soignants de l'équipe » (R.35). Elle est « partie prenante dans l'accompagnement des patients »
(R.33) ou encore « de plus en plus valorisée et prise en compte » (R.21). Pour d’autres, les avis
sont plus mitigés : « Davantage considérée par la direction et les éducateurs en établissements
spécialisés (FAM, MAS), méconnue par les équipes soignantes (infirmières, aides-soignants
etc.) de manière générale sur tous les établissements » (R.67) ; « Dans un lieu la place est celle
d'une prise en charge paramédicale au même titre que l'orthophonie ou la psychomotricité,
bien identifiée par tous les professionnels. Dans l'autre, c'est une prise en charge thérapeutique
mal identifiée par les éducateurs, mais identifiée par les coordinateurs, psychologues,
psychiatre et directrice. » (R.72). Parmi les 43,9 % qui pensent qu’elle n’est pas si valorisée
que ça, 15,8 % pensent qu’elle ne l’est pas du tout : « trop à part » (R.3), « Très "Annexe" !!! »
(R.34), « secondaire malheureusement » (R.53), « reconnue pour ses bienfaits mais peu utilisée
faute de moyens » (R.56), « Compliquée et pas toujours très acceptée des cadres » (R.59).
Sur nos 115 praticiens, l’enquête montre que 78 % d’entre eux doivent cumuler jusqu’à quatre
lieux de travail pour une activité professionnelle qui reste partielle. Parmi eux, 52,8 %
travaillent d’1 à 15 heures par semaine, dont la plupart seulement d’1 à 5 heures. D’autres, 5,6
% sont à mi-temps et 30 % à temps partiel supérieur à un mi-temps, ou à temps plein. Parmi les
11,1 % qui ne travaillent pas, on trouve aussi des infirmiers, dont un en arrêt maladie (R.79).
Parmi les autres, deux ont entrepris une autre formation (R.52 ; R.62), les autres ne trouvent
pas de travail dans ce domaine. On peut aussi se demander si ces chiffres correspondent à un
choix de vie, ou encore si le peu de temps de travail occupé par cette activité
musicothérapeutique ne correspond pas à l’utilisation de la musicothérapie dans le cadre d’une
autre spécialité professionnelle. Quoi qu’il en soit, cette situation se répercute également sur
leurs conditions de travail, même s’ils ne s’en plaignent pas obligatoirement et trouvent des
solutions sur le terrain professionnel. Par exemple, 51 % disent ne pas toujours disposer d’un
espace adapté à leur pratique sur leur lieu de travail. La plupart d’entre eux se déplacent aussi
avec leur propre matériel, ce qui constitue un investissement financier.
Bien que la plupart d’entre eux travaillent dans des institutions (84 %), ils cumulent différents
statuts pour pouvoir exercer leur activité, faisant preuve de ténacité et d’une certaine capacité
d’adaptation : intervenant via une association : 21,1 % ; salarié : 49,1 %, autoentrepreneur :
53,5 %, intermittent du spectacle : 1,8 %, autre : 7,9 %. Pour certains d’entre eux que nous
250
avons reçus en entretien, l’exercice de la musicothérapie n’est pas assez régulé et la diversité
des formations décrédibilise le métier. Pour pallier ces difficultés, les musicothérapeutes
cherchent parfois à devenir formateurs, voire à créer leur propre organisme, ce qui rajoute de la
diversité et ne valorise pas obligatoirement la réputation des formations. D’autres, 69 % des
enquêtés, rejoignent des associations ou des regroupements, pensant parfois que cela va les
aider dans leur recherche d’emploi. Ces adhésions sont loin d’être systématiques, d’autant que
les objectifs de ces associations peuvent être confus pour certains praticiens enquêtés via le
questionnaire319 ou que nous avons interviewés.
Ces quelques éléments d’analyse montrent que les praticiens ont des avis assez partagés sur la
situation de la musicothérapie. Ceux qui travaillent à plein temps ont généralement une double
qualification professionnelle (infirmier, éducateur ou autre). Toutefois, près de la moitié des
praticiens enquêtés ont du mal à trouver leur place sur leurs lieux de travail, voire à s’intégrer
dans des équipes : 30, 7 % ne sont pas obligatoirement invités à des réunions pluridisciplinaires,
dont 7 % qui n’y ont jamais participé. Et environ la moitié des enquêtés estime que la
musicothérapie est assez mal connue, voire pas du tout connue des autres professionnels qu’ils
croisent sur leurs lieux de travail. Nombreux sont ceux qui sont en demande d’une
reconnaissance socio-professionnelle et qui en attendant, focalisent le sens de leur travail sur
leur relation aux patients qu’ils accompagnent ou soutiennent.
319
Cf. : graphique et commentaires correspondant à la question n° 32 du question, pages 55-56 du résumé
d’enquête, élément E-72 du corpus, codage : E-72_PDF_N-Verdier_Résumé-RESULTATS-ENQUETE-en-
ligne_Praticiens de la musicothérapie_juin-août-2019
251
2.2.1 Schéma de modélisation des relations entre les acteurs ciblés pour la
recherche
Dans ce schéma, nous prenons en considération les acteurs ciblés pour la recherche :
- le ministère de la Santé
- la HAS
- les établissements de santé
- les formations universitaires
- la FFM
- les praticiens de la musicothérapie
- les médias
Si dans le paragraphe précédent nous n’avons pas fait de commentaire concernant les médias,
dans celui-ci nous rappelons que nous leur accorderons un chapitre dans cette troisième partie
de la thèse. En effet, nos observations montrent que les acteurs instrumentalisent les médias de
différentes manières pour véhiculer des représentations de la musicothérapie. Notamment
l’utilisation des revues oriente sa représentation professionnelle et scientifique. Et en ce sens,
la dernière partie de l’enquête, qui interroge le rapport des praticiens à leurs usages de différents
types de dispositifs pour s’informer et communiquer sur la musicothérapie, apportera des
éléments complémentaires à cette analyse. Aussi, dans ce paragraphe, nous ne développerons
pas davantage les relations que les acteurs entretiennent avec les médias, mais commenterons
plutôt celles qu’ils entretiennent entre eux autour de la musicothérapie. Nous signalons juste la
présence des médias sur ce schéma, pour observer qu’ils occupent une place assez importante
dans l’émergence des représentations de la musicothérapie. A la page suivante, nous proposons
donc une modélisation que nous commenterons dans le paragraphe suivant.
252
Modélisation des relations entre les acteurs ciblés pour la recherche
Interdépendance
Coopération /
Confiance relative
Établis.
Santé
Ministère
Santé Confiance
Médias
relative
Méfiance
relative
Praticiens
Music.
Formations
Universités
FFM Méfiance
relative
Relations aux médias : Confiance relative
: Instrumentalisation de 253
l’information-communication
2.2.2 Commentaires du schéma de modélisation
Sur ce schéma, nous représentons les acteurs ciblés pour la recherche par des cercles bleus que
nous avons mis en lien par des flèches de même couleur, commentées de façon réduite par des
indications textuelles et que nous allons préciser dans ce paragraphe. Nous observons aussi des
ovales cerclés de noir qui indiquent des tendances se rapportant au climat de confiance que nous
percevons entre les acteurs. Les flèches noires symbolisent les relations au média, que nous
préciserons plus loin, comme énoncé dans le paragraphe précédent.
Sur le haut du schéma, nous retrouvons la HAS dans une position intermédiaire entre le
ministère et les établissements de santé (ou lieux de pratiques), avec une ligne horizontale qui
les surplombe en les reliant pour signifier leurs relations d’interdépendance. A gauche entre le
ministère et la HAS, nous figurons des relations par des flèches bleues qui signifient le rôle
attribué à la HAS par le ministère, via son partenariat qui constitue une forme de délégation du
contrôle des établissements et des professionnels de santé. Cette attribution relève de notre
interprétation de la mission d’évaluation et d’accompagnement de la HAS qui est aussi un levier
de changement organisationnel des professionnels de ce secteur, contenant une dimension
politique. En retour, la HAS exerce un droit d’influence sur le ministère, par ses avis d’experts
à caractère scientifique qui jouent un rôle dans les décisions des pouvoirs publics320. Leurs
missions respectives sont définies sur les sites des acteurs, aussi bien sur celui du ministère que
celui de la HAS. Ce qui laisse supposer certains jeux politiques possibles entre les acteurs,
notamment concernant les nominations par décret présidentiel des membres du collège de la
HAS. Et ces nominations peuvent interférer, de façon sensible, sur la gouvernance du système
de santé, sans toutefois menacer le système. La réciprocité des relations entre ces deux actants
instaure un climat de confiance, dans lequel ils coopèrent.
Entre la HAS et les établissements de santé, nous repérons trois flèches bleues, dont l’une est à
double sens. Elle signifie des relations d’interdépendance entre ces deux actants qui marquent
des intérêts réciproques : la HAS a besoin d’experts visiteurs qu’elle recrute dans les
établissements de santé. Sa complicité avec les acteurs des établissements de santé lui permet
aussi de pérenniser sa place dans le système ; d’un autre côté les établissements de santé ont
besoin de la HAS pour être informés de l’évolution de la politique de santé. Ces relations
320
Cf. : annexe 9, « Tableau synthétique du rôle et des attentes de rôle des acteurs ciblés pour la recherche », p.
83-103 des annexes de la thèse.
254
pouvant également permettre des évolutions individuelles. Une autre flèche partant de la HAS
marque son influence sur le fonctionnement des établissements de santé à travers les procédures
de certification qui constituent un levier de changement organisationnel pouvant servir les
intérêts du ministère. En retour les établissements attendent d’être certifiés pour continuer à
mener leur activité. Et la HAS, qui a aussi une mission d’accompagnement des acteurs, renforce
sa propre autonomie en exerçant son pouvoir d’expert. Aussi, il existe entre ces deux actants
un climat de confiance relative aux objectifs de certification qui contraignent les établissements
de santé à coopérer.
- entre les organismes universitaires (ou rattachés à une université) et de leur part vis-à-
vis de la diversité des autres formations ;
- au sein de la FFM qui a du mal à se renforcer321 ;
- et entre les praticiens de la musicothérapie qui proviennent de différents horizons et
présentent une grande diversité de profils.
Néanmoins, d’un point de vue historique, la FFM soutient les formations universitaires qui ont
contribué, avec les autres organismes reconnus par la fédération, à l’élaboration des textes de
référence qui précisent les valeurs et les compétences attendues de la part des organismes de
formation et des musicothérapeutes. En retour, les formations universitaires soutiennent la FFM
avec un certain recul, pouvant être relatif à des intérêts collectifs se rapportant à une tendance
universitaire et au courant de musicothérapie qu’elle véhicule. D’ailleurs, les acteurs de ces
formations ne se reconnaissent pas toujours, à titre individuel, dans les représentations
auxquelles la FFM donne lieu322. Et l’on peut supposer que le projet porté par Montpellier 3,
concernant la transformation du DU en DE, crée quelques tensions au sein de la FFM,
notamment vis-à-vis des acteurs du master de Paris-Descartes. Également, que les formations
représentées au sein de la FFM ne partagent pas obligatoirement les mêmes intérêts. Ces
321
Rappelons aussi ici la création de la SFM depuis 2012 par le responsable de l’AMB qui est un organisme
figurant parmi ceux que la FFM reconnaît.
322
Cf. : analyse de la liste des membres des différentes associations, que nous avons constituée pour la recherche,
notamment pour diffuser le questionnaire de l’enquête en ligne.
255
relations mêlées de tensions internes à chaque cercle instaurent un climat de confiance relatif
entre les organismes de formation et la FFM.
Entre la FFM et les praticiens, il existe une certaine méfiance. La fédération a besoin de leur
soutien, mais ses objectifs ne sont pas toujours bien compris des praticiens. Certains d’entre
eux, ayant choisi une formation dont ils sont satisfaits et pouvant avoir un certain statut social
(infirmier, psychologue) ne comprennent pas l’exclusion des AMBx depuis quelques années.
D’autres souhaiteraient être mieux informés des actions de la FFM. Avec ces éléments qui se
rajoutent à la diversité représentée au sein de la FFM, certains praticiens ne se reconnaissent
pas dans cette association. Et, les actions ponctuelles qui ont pu être menées par la FFM auprès
du ministère de la santé, que nous figurons en pointillé sur le schéma, ne lui donnent pas
suffisamment de poids, même si elles ont conduit à l’élaboration des textes de référence qui
sont des points de repère aussi bien pour les formations que pour les praticiens.
Certains praticiens se raccrochent plutôt aux organismes de formation, où ils peuvent trouver
des ressources, éventuellement une opportunité d’emploi, et surtout maintenir le lien avec
d’autres praticiens, notamment dans le cadre des modules professionnels et de supervision
proposés par quelques organismes rattachés aux universités. Ce qui permet à ces organismes
de développer leur activité. De façon encore peu unifiée, les formations universitaires sont en
demande de reconnaissance vis-à-vis du ministère de la Santé. En retour, celui-ci les tient
relativement à distance, usant de ses prérogatives en matière de règlementation des professions
de santé. Ce qui met en œuvre une forme de cadrage politique qui fait réagir les acteurs des
formations dans différentes directions : projet avorté de la transformation du DU de l’université
de Nantes en master, mise en œuvre du projet de DE de Montpellier 3. Quoi qu’il en soit, depuis
de nombreuses années, en consolation de ces rejets, les formations sont soutenues par quelques
personnalités du milieu médical qui trouvent des opportunités de notoriété dans la
représentation des formations. Ces ententes sont parfois peu motivées, elles peuvent être
transitoires, ou viser le renforcement de la valeur des formations323. Ces ententes peuvent
également permettre l’intervention de quelques personnalités médicales, ou d’autres
professionnels de santé, dans les formations. Comme nous l’avons vu à travers certains
323
Cf. : élément E-82 du corpus, codage : E-82_PDF_N-Verdier_Retranscription_Entretien-individuel-V-R-
musicothérapeute_18-07-2019
Voir commentaire p. 7 : « on était pile dans la transition où y'a eu le docteur... Oh j'ai oublié son nom tellement on
l'a peu vu cet homme... »
256
éléments de l’analyse actionniste présentée plus haut, les relations entre les formations et les
établissements de santé permettent aussi de répondre aux besoins de stage des étudiants. Les
établissements de santé y répondent favorablement, sans toutefois contribuer à la gratification
des stagiaires. Et les embauches dans l’après-coup des stages sont très rares.
Ainsi, les relations entre les praticiens et les établissements de santé peuvent faire l’objet de
quelques tensions. Rappelons que l’enquête montre que près de la moitié ont du mal à trouver
leur place dans les établissements où ils travaillent, d’autant que leurs interventions, souvent
ponctuelles ne favorisent pas les échanges avec les équipes soignantes. De nombreux praticiens
sont en attente de la part des établissements de santé qui sont censés être de potentiels recruteurs.
Ils sont tenus (ou se tiennent) à distance. Et, la nature de leur diplôme rend difficile leur
employabilité, même si certains réussissent à s’insérer professionnellement, pour une activité
que nous avons identifiée comme étant majoritairement partielle. Et, pour ceux qui se démènent
à trouver des solutions intermédiaires, l’argument des établissements de santé devient financier.
D’ailleurs, même pour les professionnels de santé, la spécialité d’un DU de musicothérapie, qui
rajoute trois années d’étude à leur formation initiale, ne permet pas obligatoirement une
revalorisation de salaire sur le terrain professionnel, ce qui peut leur faire éprouver un sentiment
d’injustice et les conduire à rejoindre des associations de praticiens pouvant indirectement
défendre leur point de vue324.
Sur notre schéma de modélisation nous observons qu’il n’y a pas de flèche reliant la HAS et les
formations, la HAS et la FFM, la FFM et les établissements de santé ou encore la HAS et les
praticiens. Bien entendu, cela n’exclut pas que des relations puissent exister entre les individus
qui traversent ou constituent ces actants. Par exemple, la présence des praticiens de la
musicothérapie sur le terrain professionnel peut les conduire à rencontrer des experts sur le
terrain professionnel. Les praticiens véhiculent auprès d’eux des représentions pouvant être
sociales ou professionnelles de la musicothérapie. A travers ces rencontres, ils peuvent aussi
faire référence à leur formation à cette spécialité. Et l’on peut supposer que leurs échanges,
puissent permettre aux experts-visiteurs de s’intéresser à leur parcours de formations. Ce même
type de relation peut exister entre les membres de la FFM et les établissements de santé.
D’autres relations existant entre le ministère et les établissements de santé, notamment via les
324
Cf. : élément E-72 du corpus, codage : E-72_PDF_N-Verdier_Résumé-RESULTATS-ENQUETE-en-
ligne_Praticiens de la musicothérapie_juin-août-2019
Voir commentaires de la question n° 11, p. 22.
257
ARS, ne sont pas symbolisées sur le schéma. Nous percevons aussi que l’ensemble des acteurs
sont en relation avec les médias, ce qui met en évidence le rôle de l’information et de la
communication dans la circulation et la transformation des représentations de la
musicothérapie. En ce sens, la publication d’articles dans des revues et leur diffusion via les
réseaux documentaires à l’intention de différents publics de lecteurs contribuent à l’émergence
ou au renforcement de représentations professionnelles, voire scientifiques de la
musicothérapie. Ces productions, tout autant que celles des recommandations de la HAS
trouvent un écho particulier chez les acteurs, participant à la transformation de leurs propres
représentations de musicothérapie. Et leur instrumentalisation de l’information-communication
existant sur le sujet de la musicothérapie peut donner lieu à des processus d’appropriation des
représentations véhiculées par les médias, pour critiquer ou valoriser l’efficacité de la
musicothérapie.
Ces relations que nous ne symbolisons pas obligatoirement sur notre schéma renvoient
également aux limites de la modélisation : tout en permettant une représentation ciblée des
acteurs que nous impliquons plus particulièrement dans la recherche, elle occulte d’autres
acteurs que nous avons repérés en ligne et/ou qui contribuent à l’expression des représentations
de la musicothérapie (organismes de formation associatifs spécialisés en musicothérapie et en
art-thérapie, équipes soignantes dans les institutions, patients, associations d’usagers du
système de santé, fondations, etc.). Cette réduction tient aussi aux caractéristiques de la
modélisation qui est obligatoirement simplifiante. Elle permet néanmoins de mieux situer le
positionnement des acteurs, les cadres de normes posés par les actants auxquels ils sont
rattachés et qui induisent des types de relation entre les acteurs. Ces relations peuvent être plus
ou moins investies par les acteurs. Elles créent des dépendances, des interdépendances, des
influences, des attentes, des revendications, des mises à distance qui contribuent à l’instauration
d’un climat de confiance relative entre les acteurs. Et notre schéma invite aussi à relever que
les échanges entre les acteurs, qui nécessitent la mise en place de dispositifs sociotechniques,
donnent lieu à des situations de communication pouvant aussi être investies comme des espaces
de médiation dans lesquels les représentations de la musicothérapie sont mises en jeu et
évoluent.
258
CHAPITRE 2 : LES REPRÉSENTATIONS DE LA MUSICOTHÉRAPIE
ÉMERGEANT DES ÉLÉMENTS DU CORPUS
Les résultats que nous présenterons dans ce chapitre s’appuient sur l’analyse de contenu des
éléments du corpus que nous avons réunis et qui forment des sous-corpus, renvoyant à différents
acteurs et contextes discursifs dans lesquels s’expriment les représentations de la
musicothérapie. L’interprétation que nous en ferons tient compte du positionnement respectif
des acteurs par rapport aux cadres sociaux à partir desquels ils s’expriment, que nous avons
précisé au chapitre précédent et qui donne lieu à des situations de communication dans
lesquelles la musicothérapie est mise en jeu ou en représentation. Nous ferons part de nos
résultats en revenant sur chaque catégorie d’acteurs et en relevant certaines variables des
représentations qui émergent de leurs discours respectifs. En ce sens, nous mettrons parfois en
dialogue les acteurs, afin de mieux comprendre les représentations de la musicothérapie qu’ils
véhiculent ou dont ils peuvent être porteurs. Pour expliquer notre cheminement, au fur et à
mesure de notre présentation, nous ferons référence aux éléments du corpus, ainsi qu’à
différentes annexes de la thèse qui ont conduit à produire des relations de sens et des inférences,
prévalant dans notre interprétation des représentations de la musicothérapie auxquelles
l’ensemble des acteurs contribue.
Pour étudier les représentations de la musicothérapie du ministère de la Santé, nous avons utilisé
les éléments E-1 à E-29 du corpus, qui constituent un sous-corpus de la communication produite
ou diffusée par cet acteur entre les années 2000 à 2017. Notre interprétation s’appuie sur
l’analyse d’une série de questions écrites diffusées sur le site de l’Assemblée nationale et sur
des documents extraits du site web du ministère. Les documents parlementaires (E-1 à E-16 du
corpus) contiennent des réponses ministérielles qui contribueront à situer l’évolution du
discours du ministère concernant la musicothérapie depuis les années 2000. On y trouve aussi
les implications croisées pouvant exister entre différents ministères, qui font référence à la
musicothérapie dans leurs discours respectifs. Les autres éléments du corpus (E-17 à E-29),
extraits du site du ministère, font intervenir des actants qui rendent compte du poids des
institutions dans la construction du discours du ministère : Direction Générale de la Santé
(DGS), Inspection générale des Affaires sociales, ministère de l’Éducation nationale, de
259
l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ainsi que des rapports publics pouvant renvoyer
à un auteur. Le discours du ministère s’appuie aussi sur les contributions de quelques
partenaires : la HAS, des fédérations de maisons de santé (FéMaSac et FFMPS).
Avec l’analyse de contenu des questions écrites trouvées sur le site de l’Assemblée nationale,
dont les réponses impliquent le ministère de la Santé, nous avons identifié une petite
communauté de sept députés qui portent une forme de représentation politique de la
musicothérapie, entre les années 2000 et 2010325. Et cette représentation ne tient pas à un parti
politique en particulier. Les contenus des éléments du corpus concernés précisent : Parti
Socialiste (PS) = E-1, E-9 ; Radical Citoyen Vert = E-2 ; Union pour un Mouvement Populaire
(UMP) = E-3, E-5, E-7, E10. De leur place dans l’espace de médiation qu’instaure le dispositif
des questions écrites, ils se font les porte-paroles des musicothérapeutes diplômés par
l’université (E-1, E-2, E-9) qui rencontrent des difficultés sur le plan de l’insertion
professionnelle, ou des éducateurs spécialisés en musicothérapie (E-3, E-4) qui pourraient
apporter une amélioration de l’accueil de certains publics dans les Conservatoires de musique.
Deux d’entre eux rapportent que les musicothérapeutes sont inquiets quant à la reconnaissance
professionnelle de leur diplôme (E-1, E2). Un autre évoque un besoin de régulation vis-à-vis de
certains qui pratiquent cette activité en dilettantes et sans diplôme. (E-10). De manière globale,
ils identifient la musicothérapie en tant que pratique spécifique, voire de plus en plus reconnue
(E-7). Pour eux, la musicothérapie peut être un facteur d’inclusion sociale des personnes
souffrant d’un handicap (E-3), avoir un effet thérapeutique, en matière de prévention de la
douleur et de soutien psychologique des patients face à la maladie ou encore en apportant du
mieux-être aux patients (E-7). Leurs interpellations du ministère de la Santé montrent que dans
leurs représentations sociales la musicothérapie, identifiée en tant que pratique spécifique, est
l’affaire des musicothérapeute (E-1, E-2, E-7, E-9), d’éducateurs spécialisés en musicothérapie
(E-3, E-4), ou en tous cas, de personnes devant être diplômées (E-10). Leurs discours respectifs
renvoient ainsi à une certaine diversité de la représentation professionnelle des praticiens de la
musicothérapie qui permet aussi de situer ses différents champs d’interventions : dans le secteur
médical, médico-social et médico-pédagogique, voire éducatif et culturel, à l’intention de
publics pouvant être « fragilisés » (E-3, E-4).
Cf. : annexe 15, « Fiche récapitulative des contenus de discours sur la musicothérapie des députés dans les
325
260
En réponse à leurs questions, le ministère peut adopter différentes attitudes. Selon le Règlement
de l’Assemblée nationale, celui-ci dispose d’un délai légal d’un mois pour répondre au député
qui l’interpelle. Il est autorisé à éluder la question posée, en déclarant par écrit que celle-ci ne
présente aucun intérêt public, ou en l’ignorant. En cas de non-réponse dans les délais impartis,
il est de la responsabilité de l’auteur de la question, ou d’un autre député, d’en demander le
renouvellement326. Ci-dessous, nous proposons un tableau synoptique des questions écrites de
l’Assemblée nationale, respectant l’ordre chronologique des réponses ministérielles. A la suite
de sa présentation, nous commenterons ce tableau :
326
Cf. : Art. 135 du Règlement de l’Assemblée nationale, 2019, p. 108, [en ligne], URL : http://www.assemblee-
nationale.fr/connaissance/reglement.pdf
261
E-14 0 Justice Musicothérapie (1)
E-15 0 Justice Musicothérapie (1)
E-16 0 Justice Musicothérapie (1)
Sur ce tableau récapitulatif, nous observons que toutes les questions des députés ne font pas
obligatoirement référence à la musicothérapie. Comme nous l’avons précisé en introduction de
ce paragraphe, seulement sept députés interrogent le ministère en impliquant la musicothérapie
ou les musicothérapeutes. Parmi ces questions, trois dont deux se rapportent directement à la
situation des musicothérapeutes, ne sont pas traitées par le ministère : E-2 ; E-3 ; E-7. Pour les
quatre autres, quand les députés parlent de la situation des musicothérapeutes, le ministère
répond à propos de la musicothérapie. Ce dernier n’évince pas pour autant la question des
musicothérapeutes, qu’il renvoie à la responsabilité des universités délivrant des diplômes : E-
1, E-9, E10. Cela conduit à identifier une situation problématique pour certains praticiens qui
est connue du ministère et qui dure depuis au moins près de vingt ans (2000-2019). Et, cette
approche temporelle du problème de la musicothérapie à travers les questions écrites rend
compte d’un blocage de la situation qui renvoie aux logiques socio-économique et politique du
ministère et des organismes de formations universitaires. Celles-ci pouvant se mettre en œuvre
de façon divergente, au détriment de certaines catégories de population : à la fois des publics
ciblés par les formations, des praticiens diplômés et des personnes qui pourraient bénéficier de
ce type de prise en charge non-médicamenteuse.
Nous observons aussi que les contenus des réponses ministérielles font ressortir des occurrences
du mot musicothérapie, alors qu’il n’y en a aucune dans les questions correspondantes des
députés. En l’occurrence, au bas du tableau, via les réponses du ministère de la justice aux
questions concernant l’organisation sanitaire dans les centres pénitentiaires : E-11 à E-16. En
effet le ministère de la Justice fait référence à la musicothérapie en tant qu’activité adaptée à la
prise en charge de publics fragilisés, tels que les détenus handicapés (E-11, E-12, E-13, E-14,
E-15) ou présentant des troubles psychologiques (E-16). Ces observations conduisent à repérer
les relations existant entre les ministères, dont les discours s’articulent afin de pouvoir répondre
aux besoins de santé publique dans différents types d’institutions publiques, y compris dans les
centres de détention. Les contenus des réponses ministérielles montrent que le discours du
ministère de la Santé peut aussi être véhiculé à travers celui d’autres ministères, participant
ainsi à la circulation de représentations de la musicothérapie, dans différents milieux sociaux.
Et ces actants instrumentalisent la musicothérapie pour défendre l’image des institutions. On
262
retrouve ce type de processus dans les questions E-6 et E-8 concernant les modalités de prise
en charge des personnes âgées souffrant de la maladie d’Alzheimer.
Sur le tableau récapitulatif des questions écrites, nous remarquons également que dans
l’élément E-5 il n’y a aucune occurrence du mot musicothérapie, ni dans le contenu de la
question, ni dans celui de la réponse. Ce document parlementaire a été retenu par rapport à la
communication de l’Assemblée nationale qui analyse une question concernant la création d’un
Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant en milieu hospitalier, en l’assimilant au
développement de la musicothérapie. Ce type d’amalgame, créé par la communication de
l’Assemblée nationale, montre qu’il peut exister une certaine confusion des représentations
sociales concernant la musicothérapie chez cet actant. En effet le DUMI ne prétend pas à une
dimension thérapeutique, bien qu’il défende les valeurs thérapeutiques de la musique (E-5). Il
permet l’intervention de musiciens dans un cadre défini, fixé par un partenariat entre le
ministère de la Culture et celui de la Santé. Ce cadre renvoie au dispositif « Culture à l’hôpital »
que nous avons évoqué dans la première partie de la thèse. Il est intéressant de relever ici que
dans cette question écrite, entre le discours du député et celui du ministère, il émerge une
263
représentation partagée accordant à la musique des vertus apaisantes, voire thérapeutiques,
dans une formulation qui reste politiquement correcte vis-à-vis des professionnels de santé,
n’empiétant pas sur leur « territoire » ou leur champ d’intervention. Cela renvoie aussi à un
défaut de définition du cadre sociojuridique d’intervention de certaines catégories de praticiens
de la musicothérapie, qui pourrait donner davantage de sens à leurs pratiques et leur permettre
d’occuper une place plus précise dans les dispositifs de soins.
Ainsi à travers les réponses aux questions écrites des députés, le discours du ministère sur la
musicothérapie évolue par rapport à un postulat règlementaire très clair. Nous proposons de
retracer cette progression à travers le tableau suivant :
264
A travers cette interprétation du discours du ministère, les représentations de la musicothérapie
du ministère se précisent dans une alliance entre les institutions de l’État et les professionnels
de santé. Et le dispositif des questions écrites qui instaure un cadre normatif des relations entre
les acteurs, permet un recadrage politique de l’exercice de la musicothérapie, au détriment de
certains praticiens. En ce sens le discours du ministère est aussi catégorisant de différents profils
de praticiens, dont certains ne sont pas des professionnels de santé. Les représentations de la
musicothérapie apparaissent ici comme des représentations collectivement partagées, tenant au
postulat règlementaire qui en oriente la signification : la musicothérapie n’est pas reconnue en
tant que telle en France. Face à ce postulat, la situation des musicothérapeutes semble
difficilement négociable : Ces pratiques doivent être évaluées. C’est seulement sur la base de
ces travaux que des dispositions règlementaires pourront être éventuellement envisagées (E-
9). D’autant que ce « noyau » de la représentation influence également la représentation
professionnelle de la musicothérapie, en faveur des professionnels de santé formés à cette
pratique ou à cette technique. Cette attribution de la représentation aux professionnels de santé
renvoie aussi à différents cadres normatifs (thérapeutique, institutionnels, sociétal) dans
lesquels la musicothérapie évolue à travers les pratiques des professionnels de santé et trouve
un sens, qui participe à sa dimension thérapeutique. Elle fait également émerger une
représentation scientifique de la musicothérapie portée les professionnels de santé qui mènent
des études randomisées dans le cadre de projets de recherche multicentriques (E-6). A
l’intérieur de ces cadres, son rôle et sa place se précisent de manière relative à chaque catégorie
de praticiens, dans une entente tacite impliquant l’ensemble des acteurs de la musicothérapie.
1.2 Les représentations de la musicothérapie à travers les contenus diffusés sur le site
web du ministère
Les éléments E-17 à E-29 du corpus, couvrant la période 2009-2017, permettent de préciser les
représentations de la musicothérapie circulant sur le site web du ministère de la Santé,
impliquant les contributions d’autres actants. Notre analyse de ces représentations s’appuie sur
différents outils : grilles de recueil327, analyse actionniste qui a permis de préciser la vision du
ministère sur la situation de la musicothérapie dans le chapitre 1 ainsi que des fiches
récapitulatives auxquelles nous ferons référence au fur et à mesure de notre présentation.
327
Cf. : annexe 8, p. 54-82 des annexes de la thèse.
265
Avec l’élément E-17, qui correspond à la capture d’écran de la page de résultats obtenue sur le
site du ministère à partir du mot musicothérapie, nous percevons d’emblée que la
musicothérapie est mise en représentation sur le site du ministère, au travers de différents
documents, accessibles en ligne, via des liens hypertextes. Ces documents sont diffusés selon
différents formats : PDF, document Excel, diaporama, documents Word. Nous avons retenu
ceux qui étaient les plus stables et significatifs pour la recherche : des documents PDF et un
document Excel, qui renvoie à l’attribution de subvention pour des projets de recherche menés
par des infirmiers et des paramédicaux dans un cadre institutionnel. Pour rappel, ces documents
sont produits par différents actants, pouvant être rattachés au ministère de la Santé (DGS,
Inspection des Affaires sociales, etc.), des partenaires (HAS, ANESM, FéMaSac, FFMPS) ou
encore des personnalités qui sont les auteurs de Rapports publics commandités par le ministère.
Ils impliquent aussi une grande diversité d’acteurs qui ont pu être consultés pour avis ou
s’impliquer dans des groupes de travail. Ces acteurs peuvent être institutionnels (hauts
fonctionnaires du secteur de la santé publique, médicaux, paramédicaux, chercheurs, etc.), tout
autant que des représentants de sociétés savantes, de fondations, d’associations d’usagers ou
autres. Cette diversité renvoie à l’idée de consensus mis en œuvre par les méthodes utilisées par
les acteurs pour l’élaboration des documents. Leurs contenus donnent une dimension collective
aux représentations de la musicothérapie qui en émergent.
Les représentations de la musicothérapie que nous interprèterons reposent donc sur un discours
du ministère co-construit avec les contributions d’autres actants et acteurs. A partir de leurs
contenus, nous avons procédé à un relevé d’indicateurs textuels que nous avons thématisés en
fonction d’émergences saisies au fil de la lecture et de l’analyse. Cette catégorisation constitue
une étape vers l’interprétation des représentations de la musicothérapie véhiculées par le site
web du ministère. Nous avons alors regroupé ces données sur un tableau récapitulatif,
permettant de revenir de façon plus condensée sur chaque élément du corpus concerné et leur
contenu respectif328. Cette étape nous a permis de faire des regroupements par thème sur
d’autres fiches récapitulatives, afin de pouvoir étudier de manière transversale les catégories
thématiques et leurs contenus, se rapportant aux représentations des acteurs. Dans ce qui suit,
nous présenterons et commenterons ces fiches récapitulatives, afin de donner au lecteur des
points de repère. Les thèmes émergeant de ces contenus constituent donc des éléments des
328
Cf. : annexe 16, p. 148-150 des annexes de la thèse.
266
représentations de la musicothérapie, plus ou moins partagées par les acteurs impliqués. Pour
rappel, les thèmes que nous avons définis par rapport aux émergences saisies sont :
- définition de la musicothérapie ;
- définition des praticiens de la musicothérapie ;
- champ(s) de pratique de la musicothérapie ;
- rôle de la musicothérapie ;
- identification d’un parcours de formation à la musicothérapie ;
- économie de la musicothérapie.
267
A travers ces éléments du corpus que nous situons d’un point de vue chronologique et par
rapport aux actants auxquels ils renvoient, la musicothérapie est globalement identifiée comme
une thérapie non-médicamenteuse (E-18, E-27), selon différentes formulations. En fonction du
champ de l’activité médicale, paramédicale ou médico-sociale observée par les acteurs, elle se
révèle comme une discipline dite alliée (E-19), une pratique de soin (E-23), un support de
médiation thérapeutique (E-24, E-25), une méthode (E-27), ou encore une alternative
thérapeutique (E-29). Et la représentation de la musicothérapie se précise comme une thérapie
pouvant permettre d’adapter la prise en charge de patients souffrant de différents troubles.
L’élément E-23 en donne une définition relativement élaborée : « elle s’appuie sur les qualités
non verbales de la musique (son, rythme, harmonie, mélodie). En fonction du contexte, la
musicothérapie est une pratique de soin, de rééducation ou de relation d'aide, utilisant le son
et la musique sous toutes leurs formes, comme moyen d'expression, de communication, de
structuration et d'analyse ». Cette définition empruntée à l’AFM et à Édith Lecourt, qui sont
citées dans le rapport de Philippe Verger, montre les effets de la circularité de la communication
qui oriente la représentation professionnelle de la musicothérapie. En effet, Édith Lecourt est
une référence pour les acteurs du rapport. La dimension thérapeutique de la musicothérapie en
tant que thérapie non médicamenteuse ou non pharmacologique est ici intégrée au noyau des
représentations de la musicothérapie, qui renvoie à une représentation collectivement partagée
par le ministère et l’ensemble des actants y sont rattachés, via leurs contributions respectives à
la communication numérique du ministère. Et ce, même si la HAS précise que son efficacité
reste à évaluer (E-19), ce qui en fait aussi un objet d’étude (E-22) pouvant intéresser la
recherche infirmière et paramédicale, dans le cadre de projets institutionnels. En l’occurrence,
cette attribution renforce l’idée que nous avions également repérée à travers les questions
écrites, concernant la recherche infirmière et son investissement de la représentation
scientifique de la musicothérapie, dans un cadre porté par les institutions et encouragé par le
ministère.
268
E-22 Ministère Affaires Une infirmière.
(2013) sociales Santé
E-23 Rapport Verger Le musicothérapeute.
(2013) Ministère
Affaires sociales
Santé
E-24 Ministères De façon implicite (par rapport à la règlementation sur l’usage du titre de
(2014) Réseau psychothérapeute) les praticiens de la musicothérapie sont des
doc Archives psychologues, des médecins, des psychanalystes .
E-25 Ministères Ibid.
(2014) Réseau
doc Archives
E-26 CNSA D’autres types de professionnels relevant des métiers d’animation
(2014) (Solidarité Autonomie) (animateur, art-thérapeute, artiste...).
Ministère
DGCS
(Cohésion Sociale)
E-28 FéMaSac Des médiateurs qui se sont professionnalisés. Des catégories de
(2015) professionnels que l’on peut situer au-delà de la définition juridique des
professionnels de santé.
E-29 Rapport Clanet Les professionnels de santé dont la formation en musicothérapie fait
(2017) Ministère Santé évoluer les pratiques.
Le discours des actants est plus ou moins propice à la catégorisation des praticiens. Les
Thésaurus partagés via le réseau documentaire des ministères situent essentiellement la
musicothérapie comme un support de médiation thérapeutique dans les prises en charge en
psychothérapie (E-24, E-25). Rappelons ici que pour les institutions l’usage du titre de
psychothérapeute est réservé aux ayant droit (psychiatres, psychanalystes et psychologues).
Compte tenu de l’ensemble des représentations véhiculées par les contributions des actants,
cette définition des praticiens n’est pas obligatoirement partagée. En effet, les contenus des
éléments du corpus font référence à différents types de praticiens : Des professionnels formés
aux techniques de soins, de communication, d’observation et d’analyse, intégrés dans une
équipe placée sous la responsabilité d’un médecin (E-18), des paramédicaux de type
psychomotriciens, ergothérapeutes, etc. (E-19), des infirmiers (E-22), des psychothérapeutes
(E-24, E-25), des professionnels relevant des métiers d’animation (animateur, art-thérapeute,
artiste... (E-26), des médiateurs qui se sont professionnalisés (E-28), des professionnels de
santé dont les formations peuvent faire évoluer les pratiques (E-29). Cette énumération qui peut
paraître catégorisante de la part du ministère, ouvre aussi à une conception des acteurs de la
santé qui inclut des habitants relais dans le fonctionnement des dispositifs de santé
communautaire (E-28) et d’autres professionnels que l’on peut situer au-delà de la définition
juridique des professionnels de santé (E-18, E-26, E-29), pouvant tous jouer un rôle dans le
secteur de la santé. Toutefois, le Rapport Verger (E-23) qui fait référence au musicothérapeute,
est à situer dans un contexte de citation qui renvoie à « Édith Lecourt, professeur de psychologie
269
et psychopathologie clinique à l'Université Paris-Descartes », orientant la signification de la
représentation vers certaines pratiques de psychothérapie. Une référence qui introduit
néanmoins le mot musicothérapeute dans le lexique du ministère.
Comme nous l’avons vu sur le tableau ci-dessus, tous les éléments du corpus ne renvoient pas
obligatoirement à la thématique « définition des praticiens de la musicothérapie ». Cela peut
tenir à des oublis relatifs aux passages de certains documents que nous avons retenus. Par
exemple, les éléments E-19 et E-27 qui correspondent à une contribution de la HAS et au Plan
Maladies Neuro Dégénératives 2014-2019, sont des documents relativement longs par rapport
auxquels nous nous rendons compte qu’il aurait peut-être fallu retenir aussi d’autres passages.
Quoi qu’il en soit, cette lacune n’empêche pas d’observer que la représentation des praticiens
de la musicothérapie peut être variable entre les acteurs qui contribuent à la communication du
ministère, en fonction des secteurs et des publics pris en charge dans ces secteurs. Et, ces
contextes se précisent avec la fiche récapitulative de la représentation des champs de pratique
de la musicothérapie :
270
En effet, les professionnels que l’on peut situer au-delà de la définition juridique des
professionnels de santé renvoient aux structures accueillant des personnes âgées : les EHPAD,
UHR (E-18,) où les praticiens de la musicothérapie interviennent ponctuellement (cf. : éléments
E-72 et E-73 du corpus : résultats de l’enquête auprès des praticiens). Dans ces lieux, où peuvent
aussi être accueillies des personnes souffrant de maladies neurodégénératives (E-27), on
retrouve ces nouvelles professions (psychomotriciens, ergothérapeutes...) (E-20), D’autres
types de professionnels relevant des métiers d’animation (animateur, art-thérapeute, artiste...)
(E-26), y compris des musicothérapeutes (E-23). On trouve aussi dans les dispositifs de santé
communautaire des habitants relais qui se professionnalisent (E-29). Tous prennent une valeur
socio-professionnelle auprès des publics les plus démunis, pouvant intégrer de façon plus ou
moins ponctuelle et précaire les institutions. On retrouve aussi la musicothérapie dans des
pratiques plus spécifiques en réanimation (E-22) ou comme support de médiation thérapeutique
des psychothérapies dans quelques champs de la médecine (E-24, E-25).
271
Dans les EHPAD et autres structures assimilées, elle peut jouer un rôle social et permettre un
accompagnement à effet thérapeutique des personnes âgées, intervenant aussi sur la stimulation
des fonctions sensorielles (E-18, E-20, E-26, E-27, E-29). Elle peut même permettre d’optimiser
le potentiel restant des résidents facilitant la prise en soin du personnel soignant (E-23). Dans
les projets de recherche, on peut évaluer ses effets sur la tolérance et l’acceptation de la
ventilation non-invasive au cours de l’insuffisance respiratoire aiguë (E-22). A travers les
discours des actants qui contribuent à celui du ministère, nous observons que la terminologie
employée est marquée de l’influence du discours de la HAS. Des expressions telles que
« mobiliser les fonctions sensorielles », « thérapie à effet thérapeutique », se retrouvent aussi
dans les recommandations de la HAS. Et les éléments du corpus extraits du site du ministère
contiennent de nombreuses références aux Recommandations de bonnes pratiques. Ce même
effet de circularité se retrouve par rapport à l’expression professionnels formés, qui renvoie à
un certain vide idéique sur les formations supposées, à propos desquelles, rappelons-le, le
ministère ne se sent pas concerné (cf. : paragraphe précédent concernant les réponses aux
questions écrites des députés) :
Ici, l’élément de la représentation est flou : l’indispensable qualité de formation des personnels
travaillant auprès des personnes âgées (E-23). Nous observons que si la formation constitue
une dimension importante des pratiques des personnels intervenant auprès des personnes âgées,
dans certains milieux, la formation permettant d’exercer la musicothérapie donne lieu à une
représentation particulière qui ne rend pas obligatoirement de sa spécificité : un diplôme de
technicienne médiation service pour mettre en œuvre de nombreuses actions à la demande des
habitants (ateliers « Bien-être », « Estime de soi », musicothérapie, débats, éducation
thérapeutique du patient) (E-28). Et les Thésaurus qui situent la musicothérapie comme une
pratique de psychothérapie n’éclairent que de façon partielle sur cette question, renvoyant à une
formation préalable de psychologue ou autres ayant droit à l’usage du titre psychothérapeute.
Ce vide sur la question des formations, que l’on peut croiser avec celui laissé par le ministère à
la question écrite d’une députée concernant le coût de la formation de musicothérapeute (E-7),
semble symptomatique des logiques économiques et politiques mises en œuvre par les acteurs.
272
Il nous conduit à observer les représentations qui se dégagent du thème « économie de la
musicothérapie », présenté ci-dessous :
Les logiciels AGGIR, PATHOS, GIR, visant à évaluer les besoins des résidents et la charge de
soin des EHPAD, mis en place à partir de 2008, ne prévoient pas la prise en compte des
thérapies non-médicamenteuses (E-20, E-23, E-26). Ces systèmes d’information ne permettent
pas de valoriser les interventions de certains professionnels. La musicothérapie ne constitue pas
un acte remboursable par l’assurance maladie (E-23). Et les moyens financiers sont distribués
en fonction des catégories de personnel affectés à la prise en charge de la dépendance et des
soins (E-23, E-26). Ainsi, il doit être fait recours à des financements complémentaires pour
permettre l’intervention de certains types de professionnels.
Dans ce paragraphe nous regroupons les représentations véhiculées par la HAS et les
établissements de santé, qui entretiennent des relations d’interdépendance, notamment par les
procédures de certification influençant les pratiques des professionnels et le positionnement
intermédiaire de la HAS entre les établissements de santé et le ministère.
273
2.1 Les représentations de la musicothérapie véhiculées par la HAS
Dans cette section nous présenterons les représentations de la musicothérapie que nous avons
vu émerger des recommandations de bonnes pratiques et du guide médecin que nous avons
étudiés (E-31 à E-38). Ces documents diffusés sur le site de la HAS suivent une procédure
éditoriale très stricte. Leur élaboration peut être commanditée par un service du ministère
(DGS) (E-31), pouvant être associé à une société savante, par exemple la Société Française de
Gérontologie (E-32), ou encore faire l’objet d’une auto-saisine de la HAS, comme c’est le cas
avec le guide médecin concernant la prise en charge des patients souffrant de la maladie
d’Alzheimer (E-33). La production de ces documents mobilise un grand nombre d’acteurs pour
des avis consultatifs et pour la mise en place de comités d’organisation, de groupes de travail
et de lecture : sociétés savantes, associations d’experts, chercheurs, professeurs, médecins
spécialistes, médecins généralistes, cadre de santé, directeurs d’établissement, professionnels
de santé, travailleurs sociaux, psychologues, fondations, représentants d’usagers, etc. De fait,
aucun musicothérapeute n’est mentionné dans les documents que nous avons étudiés.
329
Cf. : annexe 11, p. 115-133 des annexes de la thèse.
274
Champs d’indication de la musicothérapie
Elle peut être indiquée dans la prise en charge de la douleur de certains sujets âgés présentant un trouble de
la communication verbale, la maladie d’Alzheimer et autres démences ou maladies apparentées (E-31, E-
33, E-35), Également en soins palliatifs (E-32). Elle peut aussi intervenir dans la prévention et la prise en
charge des comportements perturbateurs chez les personnes ayant des lésions cérébrales (acquises avant
l’âge de deux ans) et dans celle du syndrome de Rett (première cause de polyhandicap) (E-37). Elle peut
aussi être utilisée dans la prise en charge psychothérapeutique de l’anorexie mentale (E-34) et dans le
repérage et la prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel ou burn out (E-38).
Rôle thérapeutique
Elle peut constituer un adjuvant utile dans le traitement antalgique de la douleur, influer les contrôles
inhibiteurs périphériques de la douleur et sa composante cognitivo-comportementale (E-31, E-32). Par
rapport à certains patients, ce type d’interventions centrées sur la personne peut réduire les troubles du
comportement, améliorer le bien-être, les capacités motrices ou sensorielles et les aptitudes sociales (E-33,
E-34, E-35, E-36, E-38). La musicothérapie peut aussi jouer un rôle dans le développement de la partie non
verbale de la communication, visant à maintenir et favoriser l’interaction (E-37). Dans un autre champ, une
méta-analyse montre que les interventions centrées sur la personne, comme la musicothérapie, peuvent aussi
réduire le burnout, mesuré en termes d’épuisement émotionnel et d’accomplissement personnel (E-38). Dans
les psychothérapies, elle peut favoriser la médiation thérapeutique (E-34).
Cadre d’intervention
La musicothérapie peut être intégrée aux approches globales des patients, recommandées par l’OMS (E-32).
Son indication peut s’inscrire dans le cadre d’un projet de soin et s’articuler à d’autres types d’approche (E-
31, E-32, E-33, E-34, E-35, E-36, E-37, E-38). Ses interventions peuvent être ponctuelles ou durables (E-
36). Elle doit être fondée sur les besoins du patient et l’analyse du rapport bénéfice/risque par une équipe
pluridisciplinaire, pilotée par un médecin. Elle fait l’objet d’un suivi et sa pertinence doit être évaluée au
moyen d’outils existants (E-31, E-32, E-33, E-35, E-37). En ce sens, il est utile d’établir des relations
privilégiées avec une équipe pluridisciplinaire spécifique dans laquelle se nouent progressivement des
relations de confiance (E-36).
L’analyse de contenu des éléments E-31 à E-38 du corpus et les relations de sens que nous
avons effectuées entre eux ont fait émerger des représentations de la musicothérapie qui
s’appuient sur différentes dimensions, pour préciser, notamment ses champs d’indication, son
275
rôle thérapeutique et le cadre de ses interventions. En effet, la définition générique de la
musicothérapie en tant que thérapie non-médicamenteuse est un noyau de représentation
collectivement partagé par les acteurs de la HAS, dont les professionnels de santé qui
contribuent à l’élaboration des recommandations. Et, nous avons vu que ce jargon médical
circule aussi dans le discours du ministère, renforçant ainsi l’influence de la HAS sur les
représentations de nombreux acteurs de la santé. Son rôle thérapeutique se précise dans le même
sens, trouvant un écho dans les contributions diffusées sur le site du ministère, notamment
concernant ses effets de bien-être et son action sur la stimulation des capacités sensorielles et
sociales des personnes âgées, ce qui renvoie à un champ d’application de la musicothérapie
concernant cette population particulièrement considérée également dans le discours du
ministère, de façon relativement suivie. Les autres indications des thérapies non-
médicamenteuses auxquelles il est fait référence se rapportent la prise en charge des personnes
en soins palliatifs, des comportements perturbateurs chez les personnes ayant des lésions
cérébrales, de celles présentant un syndrome de Rett ou encore un syndrome d’épuisement. Le
discours de la HAS met ainsi en avant les différents champs d’intervention possible de la
musicothérapie, dont l’efficacité reste à évaluer.
La HAS précise aussi les effets thérapeutiques de la musicothérapie, en tant qu’adjuvant utile
dans le traitement de la douleur (E-31-, E-32). Une utilisation possible de la musique qui
renvoie aux toutes premières communications des médecins du début du XXe siècle sur la
musicothérapie, dont nous avons parlés dans la première partie de la thèse. Dans sa version
actualisée par la HAS, la question de l’utilisation de la musique en algologie est abordée avec
un vocabulaire plus spécifique, ou à caractère scientifique. Les caractéristiques de la
musicothérapie, visant à utiliser les qualités non-verbales de la musique pour maintenir ou
favoriser l’interaction avec certains patients sont moins précisées. Cela nous renvoie à l’une des
spécificités de la musicothérapie qui demande l’intervention d’un professionnel formé,
disposant à la fois de connaissances théoriques sur certains aspects pathologiques des patients
pris en charge et des compétences musicales. Et c’est bien le savoir-faire du musicothérapeute
qui lui permet d’adapter sa pratique aux besoins du patient, contribuant ainsi à sa prise en charge
globale. Sur ce point le discours de la HAS renvoie à une représentation collectivement partagée
du cadre d’intervention de la musicothérapie, pouvant s’inscrire dans un projet de soin et être
combinée à d’autres types d’approche, ce qui selon les résultats de l’enquête auprès des
praticiens de la musicothérapie n’est pas toujours le cas (E-72, E-73). La HAS présente aussi
les thérapies non-médicamenteuses comme devant faire l’objet d’un suivi et d’une évaluation
276
reposant sur des outils. En effet, dans le discours des experts, la musicothérapie, au même titre
que d’autres thérapies non-médicamenteuses (ergothérapie, psychomotricité…) renvoie à des
incertitudes. La documentation scientifique est critiquée et instrumentalisée, permettant aussi
d’argumenter des besoins en recherche. Ces arguments mettent en perspective la
musicothérapie en tant qu’objet d’étude qui pourrait être investigué dans le cadre de projets
institutionnels, permettant éventuellement l’implication de professionnels disposant de
compétences spécifiques dans différents domaines, notamment en musicothérapie. Tout comme
dans les représentations du ministère, la représentation de la musicothérapie est construite sur
un noyau assez stable qui permet à la HAS de préciser le cadre d’invention et le rôle de la
musicothérapie, tout en laissant un certain flou sur la spécificité des formations attendues de la
part des professionnels concernés. Et il est à noter ici que le mot musicothérapeute n’est jamais
employé dans le lexique de la HAS, alors qu’il émerge dans celui du ministère, à travers le
Rapport de Philippe Verger (E-23). Ainsi, nous observons le jeu de la HAS à travers sa politique
linguistique qui fait ressortir un sentiment de marginalisation de certains professionnels formés
pouvant provenir d’horizons et de pratiques différents, dans une attitude qui reste politiquement
correcte et lui permet de se présenter comme un acteur structurant et pivot de l’évaluation de la
musicothérapie, renforçant aussi sa position d’expert.
2.2.1 Les représentations de la musicothérapie émergeant des sites web des CHU
Comme déjà énoncé dans la deuxième partie, nous nous sommes plus particulièrement
intéressée aux CHU qui présentent un lien de proximité géographique avec les formations
universitaires, dont nous étudierons les représentations dans un prochain paragraphe. Précisons
ici que les acteurs rattachés à ces établissements publics peuvent être en relation avec les acteurs
277
des formations universitaires, dans lesquelles ils ont des responsabilités et/ou interviennent, en
tant que formateur auprès des étudiants.
A travers l’analyse des contenus qu’ils diffusent sur leurs sites web respectifs, nous observons
des discours et des comportements communicationnels très différents chez les acteurs des CHU.
Cela conduit à relever une forte variabilité des représentations de la musicothérapie qu’ils
véhiculent. En effet, le CHU de Nantes présente la musicothérapie comme partie prenante de
son offre de soin, à l’intention de certains usagers. Une simple recherche générique via le
moteur de recherche de son site web permet de trouver une liste de résultats concernant la
musicothérapie qui rend compte de l’investissement des acteurs de ce CHU vis-à-vis de la
musicothérapie330. Notamment en psychiatrie et en pédopsychiatrie, à travers la mise en avant
du projet de recherche « Musicautisme », dirigé par le professeur Bonnot, qui est aussi le
responsable du DU de musicothérapie de la Faculté de médecine de l’université de Nantes (E-
55). Les éléments E-41 à E-43 du corpus renvoient à une présentation de la musicothérapie, du
rôle du musicothérapeute et d’une unité de médiation transversale à tous les services
psychiatriques de cet établissement. La musicothérapie y est présentée comme une médiation
thérapeutique parmi l’offre de soin proposée par des équipes pluridisciplinaires, dans un cadre
organisant de ce type d’activité (E-43). Une présentation qui met aussi en avant la participation
des patients : enregistrement d’œuvres composées et interprétées par des patients, de contes
musicaux, etc. (E-41). Cette présentation passe également par le portrait d’un infirmier-
musicothérapeute qui précise les grands axes de sa pratique, dans une orientation qui peut mêler
l’utilisation de différents médias : musique, image, vidéo pour inciter l’expression créative du
patient (E-42). Et nous relevons ici que le CHU de Nantes ne semble pas empêché par des
questions d’ordre économique pour mettre en œuvre une politique de soins psychiatriques axée
sur l’utilisation de différentes médiations thérapeutiques, parmi lesquelles il compte la présence
d’un musicothérapeute, même si celui-ci est aussi infirmier.
330
Site du CHU de Nantes, page de résultats « musicothérapie », [consultée le 02 août 2018], URL :
https://www.chu-nantes.fr/servlet/com.jsbsoft.jtf.core.SG
278
infirmiers spécialistes cliniques, pouvant consacrer une partie de leur temps de travail à
l’exercice de la musicothérapie. Par ailleurs, il met l’accent sur la difficulté de valorisation de
cette catégorie d’acte, dont l’enregistrement est sous valorisé par défaut de cotation spécifique
ou de règles de facturation. Pour autant la musicothérapie s’installe en salle d’opération dans
les Hôpitaux de Paris, pour être utilisée par des anesthésistes qui se servent de la musique pour
détendre leurs patients en salle d’opération. Ou encore, on la retrouve dans des ateliers
d’initiation participant au projet culturel de cette institution (E-40).
331
Cf. Guétin S., 2009, Évaluation de l’effet de la musicothérapie Évaluation de l'effet de la musicothérapie sur
les manifestations anxieuses et psycho-comportementales chez des personnes atteintes de démence de type
Alzheimer au stade léger à modéré. Thèse de doctorat : Psychologie clinique et Psychopathologie. Université
Paris-Descartes.
332
Site de l’AMARC, rubrique « A propos de nous », [consulté le 28 juin 2017], URL : http://www.amarc.fr/
279
confiée depuis à des chefs de service de cette institution, notamment rattachées au pôle
psychiatrique, on peut se demander si les représentations de la musicothérapie véhiculées par
le CHU de Montpellier ne créent pas quelques tensions entre le CHU et la formation
universitaire de Montpellier 3, voire entre les acteurs hospitaliers du CHU. En effet, la
représentation qui émerge de la communication du CHU à propos du dispositif Music Care est
très éloignée de celle portée par la formation au DU de musicothérapeute clinicien de
Montpellier 3 (E-61 à E-64) et défendue par la FFM (E-69 à E-71 et E-74, E-75). Pour les
acteurs de cette formation universitaire et de sa représentation professionnelle, la
musicothérapie contient une dimension humaine essentielle à la mise en œuvre des effets
thérapeutiques de la musique. Celle-ci passe par l’intermédiaire du musicothérapeute, dont la
capacité d’observation et d’analyse de la relation musicothérapeutique avec le patient
contribuent au processus thérapeutique. Cette vision de la musicothérapie prend aussi en
considération la singularité du patient, de ses besoins et de sa réceptivité.
A travers les contenus qui sont accessibles au grand public, la communication numérique des
CHU vise essentiellement la présentation des établissements de santé. Concernant la
musicothérapie, elle renvoie à une représentation de la musicothérapie, de sa place, des
professionnels qui l’exercent et de son sens pouvant être variable. Au CHU de Nantes et de
Nîmes elle est représentée par l’intégration des musicothérapeutes aux équipes soignantes,
mettant en avant la dimension pluridisciplinaire et personnalisée de l’offre de soins. Dans les
hôpitaux de Paris, elle renvoie à une médecine complémentaire et à la spécialité clinique d’un
infirmier, qui valorise l’aspect pluridisciplinaire des équipes soignantes. Au CHU de
280
Montpellier, la musicothérapie peut faire l’objet d’une réification, avec le dispositif Music
Care, par lequel elle est considérée comme un outil pouvant être utilisé en neurologie, en
anesthésie-réanimation, au bloc opératoire. Elle y est aussi une thérapie non-médicamenteuse
innovante et un objet d’étude, dans la prise en charge des patients âgés présentant des troubles
neurocognitifs majeurs. Au CHU de Toulouse, elle semble en retrait, souffrant d’un manque de
visibilité sur le site web de cet actant.
Le site « réseau-chu.org » est un média numérique créé en 1998 par une conseillère en
communication et consacré à l’actualité des CHU. Il prend le relais, d’un journal papier fondé
un an plus tôt. En 2017, le réseau comprend une trentaine de membres qui sont des Centres
Hospitaliers Régionaux et Universitaires (CHRU). Ce média consacré à l’actualité des CHU
cible un public relativement diversifié : tous les professionnels exerçant dans les hôpitaux, aux
institutions de santé et à tous les partenaires des établissements de soins, aux journalistes, aux
documentalistes et à l’ensemble des internautes concernés par les questions de santé 333. Les
contenus, généralement postés par les communicants des CHU, véhiculent des informations
valorisant l’image de leur institution. A partir d’une recherche ciblée sur le moteur de ce média
numérique, nous avons obtenu une page de vingt-deux résultats, concernant la musicothérapie.
Nous en avons gardé trace en la stabilisant par une capture d’écran pour créer l’élément E-49
que nous avons intégré au corpus. Les articles en lien avec le contenu de cet élément ont été
explorés en ligne et nous en avons conservé des données pouvant servir la recherche, au moyen
d’une grille de recueil-analyse qui est présentée en annexe 17 de la thèse334. L’élément E-50 du
corpus donne un exemple de la présentation en ligne de ces articles.
Sur les vingt-deux articles relatifs au contenu de la page de résultats obtenue sur le site de ce
média (E-50), seulement quinze ont pu être exploités pour la recherche. En effet, leur
référencement en ligne renvoie à des liens pouvant être obsolètes ou provoquant des doublons.
Les articles restants couvrent une période allant de 2004 à 2017, qui permet de relativiser la
notion d’actualité mise en avant par l’intitulé (ou le slogan) de la page d’accueil de ce site :
333
Site du média réseau-chu.org, rubrique « Qui sommes-nous ? », URL : https://www.reseau-chu.org/reseau-
chu/qui-sommes-nous/, [consulté le 02 novembre 2017].
334
Cf. : annexe 17, p. 151-175 des annexes de la thèse.
281
CHU Réseau. L’actu des CHU. Le contenu de ces articles fait émerger des représentations de
la musicothérapie que nous interprétons dans ce qui suit.
A travers ces contenus, la musicothérapie est présentée en tant que thérapie non-
médicamenteuse, selon divers angles. Elle peut intervenir dans le traitement de la douleur, et
ce dans différents pôles de l’activité médicale : en chirurgie thoracique, dans la prise en charge
de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), dans les services de maternité, ou encore en
soins palliatifs ou elle constitue un soin de support et de confort. Dans les établissements
accueillant des personnes âgées, elle peut même viser un double soulagement des soignants et
des patients. On la retrouve en tant qu’activité thérapeutique dans différents secteurs : en
psychiatrie, en addictologie, en gériatrie, travaillant à la restauration du lien social ou à la
stimulation des fonctions cognitives, ainsi que dans les approches corporelles des troubles du
comportement alimentaire. Et, il est à noter que cette tendance à la valorisation des thérapies
non-médicamenteuses fait aussi l’objet d’une actualité plus large visant à informer les usagers
du système de santé, lorsque Le Monde du 28 mai 2018 titre l’un de ses articles « Alzheimer :
vers le déremboursement des médicaments. La Haute Autorité de santé avait jugé en
octobre 2016 que ces traitements présentaient un « intérêt médical insuffisant ». Ce qui permet
de relever ici l’influence de la HAS sur les pratiques des professionnels de santé, qui touche
aussi le grand public, via la presse.
Dans ce même sens, les articles diffusés sur ce média participatif mettent en avant la
contribution des infirmiers dans des projets de recherche clinique, visant à évaluer l’efficacité
de la musicothérapie dans l’accompagnement de soins pouvant être plus « techniques », par
exemple dans la réfection de pansement. Ils renvoient à des représentations professionnelles et
scientifiques de la musicothérapie, investies par les professionnels de santé, dans une forme de
récupération économique et politique de la musicothérapie qui se met en œuvre au détriment de
certaines catégories de praticiens pouvant être relégués à une place d’animateur d’ateliers de
création artistique.
282
musicothérapie dans le cadre du DU d’Art Thérapie à la faculté de médecine de Montpellier.
Ce DU intitulé « Art-thérapie et musicothérapie adapté au sujet âgé » a été mis en place à
l’université de Montpellier 1, par l’association AMARC dont nous avons parlée plus haut, par
rapport au dispositif Music Care335. Il vient directement concurrencer le DU de musicothérapie
de Montpellier 3. Un autre article plus récent, datant de 2016 et diffusé par le service de
communication du CHU d’Amiens, mentionne la création d’un « DU de Thérapies Non
Médicamenteuses, premier du genre en France [grâce auquel] les professionnels de l’hôpital
sont sensibilisés ou formés à (…) la musicothérapie (…) ». Ces créations de DU dans les
facultés de médecine nous apparaissent comme étant en lien avec la question économique de la
musicothérapie et une volonté politique qui ne va pas dans le sens de la valorisation du statut
de certaines catégories de praticiens, qui quant à eux génèrent des dépenses pour les
établissements de soins. En effet, ces derniers, financés en grande partie par la tarification à
l’activité, semblent alors contraints par le système de santé de mettre en œuvre des logiques
socio-économiques qui orientent l’évolution des formations, des pratiques et de la recherche
sur la musicothérapie. Ces logiques ont des répercussions sur celles, plus managériales, des
établissements de santé, notamment en matière de recrutement de certaines catégories de
musicothérapeutes.
Bien que nous ayons déjà pu faire référence aux contenus des formations universitaires dans la
première partie de la thèse, dans ce nouveau paragraphe, nous présenterons une analyse
transversale des représentations que véhiculent leurs discours respectifs. Cette analyse s’appuie
sur les éléments E-54 à E-62 du corpus qui concernent la présentation en ligne de ces formations
ainsi que des documents PDF se rapportant à leurs contenus. Pour rappel, ces formations
renvoient :
335
Source : site de l’AMARC, rubrique « histoire », qui date cette création de 2011, [consulté le 18 novembre
2017], URL : https://www.music-care.com/fr/histoire
283
- au DU de musicothérapie de la Faculté de médecine de l’université de Nantes qui est
dispensé en partenariat avec l’Institut de Musicothérapie de Nantes (E-54 à E-56)
- aux DU de musicothérapie (1er niveau) et de musicothérapeute clinicien (2ème niveau)
de l’université Montpellier 3, dont la formation est présentée comme une filière du
département musique rattaché à l’UFR 1 (E-61 à E-64) ;
- au DU de musicothérapie de l’université Jean Jaurès de Toulouse 2, qui est présenté en
ligne comme une exclusivité de la formation continue, sans précision concernant son
rattachement (E-65 et E-66).
Concernant ces résultats, le lecteur peut également se référer l’annexe 18 de la thèse336 qui
présente la fiche récapitulative de certaines données concernant ces formations, qui font
émerger des représentations de la musicothérapie en lien avec leur présentation en ligne.
Les contenus diffusés par les organismes de formation universitaire renvoient à des variables
de contenus et d’objectifs qui rajoutent de la diversité à celle déjà véhiculée par l’ensemble des
formations que nous avons identifiées en ligne (cf. : schéma de la représentativité des acteurs
qui diffusent sur internet des contenus se rapportant à la musicothérapie, chapitre 1 de cette
troisième partie). Entre les formations universitaires, ces différences existent à plusieurs
niveaux, à travers :
336
Cf. : annexe 18, p. 176-184 des annexes de la thèse.
284
présentant deux intitulés différents : le DU de musicothérapie qui se déroule en deux ans et le
DU de musicothérapeute clinicien, qui nécessite une année supplémentaire. Ce dernier étant le
seul enregistré au RNCP, depuis septembre 2016. Le DU de Toulouse 2, quant à lui, se déroule
en un an, son accès nécessite un prérequis de Bac + 2. D’emblée ces premiers éléments
d’information induisent une instabilité de la représentation de la formation universitaire en
musicothérapie.
Une autre variable est observable par rapport à la définition de la musicothérapie que véhicule
la présentation en ligne de ces formations. A Paris V, la spécialité du master Création artistique
en musicothérapie s’est transformée en parcours (E-58), depuis son évaluation par le HCERES
en 2013 (E-60). Son actuel responsable est professeur de psychologie. Il dirige également le
Laboratoire Adaptations Travail- Individus (LATI), rattaché à Paris-Descartes. Au niveau de
son contenu, il est construit sur les théories et la méthodologie de la création artistique comme
base de tronc commun aux autres parcours : danse-thérapie, dramathérapie, arts-plastiques-
thérapie. Il contient aussi une réflexion sur l’identité professionnelle, l’éthique et la déontologie,
des apports théoriques en psychopathologie et sur les pratiques d’arts-thérapies, la place du
corps en arts thérapies. Un autre volet concerne la formation pratique, via 500 heures de stages
au total et un suivi visant l’évaluation des pratiques de terrain. En deuxième année, l’accent est
également mis sur la méthodologie de la recherche et une sensibilisation à la recherche
internationale. La spécificité de la musicothérapie par rapport aux autres médiations
thérapeutiques n’est pas précisée dans la maquette de la formation, ce qui donne une
représentation floue de la musicothérapie. Le nombre d’heures d’enseignement n’est pas
indiqué, la spécificité de l’équipe pédagogique non plus (E-58, E-59). Ce master qui a fait
l’objet d’une évolution depuis son évaluation par le HCERES, désignait en 2013 ses futurs
diplômés en termes d’arts-thérapeutes/psychothérapeutes ou musicothérapeutes (E-60). En
réponse aux critiques des évaluateurs, les acteurs du master ont pu tenir un discours de
circonstance auprès du HCERES, en lien avec la nouveauté de ce cursus créé en 2011 par Édith
Lecourt. Le contenu du rapport précise que l’objectif du master vise à récupérer un vivier
d’étudiants existant pouvant être issus de la filière psychologie mais aussi de professionnels
disposant d’un DU d’arts-thérapies ou de musicothérapie dont le type de candidature sera vite
marginal337 afin de faire évoluer ce master vers la formation initiale (E-60). Cherchant à
337
Cf. AERES, 2013, Rapport d’évaluation du master Arts-Thérapies de l’université Paris-Descartes, 2012-2013.
Rappelons ici que ce master Arts-Thérapies est devenu après son évaluation le master Création artistique que nous
mentionnons dans notre fiche récapitulative et qui est suspendu pour la rentrée universitaire 2018-2019.
285
valoriser la formation universitaire, ces commentaires font également émerger une
représentation relativement négative des autres formations universitaires ou DU existants.
286
d’accéder à une représentation de la musicothérapie, même s’il n’en précise pas une définition
particulière. Et, bien que l’Institut de Musicothérapie de Nantes soit cité en tant que partenaire,
il n’y a pas de lien qui renvoie à cet institut sur le site de l’université. En revanche, on trouve
ce lien sur le site de l’IMN et une définition de la musicothérapie empruntée au préambule du
référentiel métier finalisé en 2016 par la FFM : « pratique de soin, de relation d’aide,
d’accompagnement, de soutien ou de rééducation, utilisant le son et la musique, sous toutes
leurs formes, comme moyen d’expression, de communication, de structuration et d’analyse de
la relation »338. Elle se poursuit en précisant les techniques de musicothérapie dites active et
réceptive. On y trouve aussi un descriptif de l’équipe pédagogique intervenant dans le DU :
professeurs d’université en psychologie, médecine, sociologie, philosophie, musicologie ; des
musicothérapeutes, exerçant en institutions et participant à des travaux de recherche clinique
ou encore d’autres professionnels339.
338
Site de l’Institut de Musicothérapie de Nantes, rubrique « présentation de la musicothérapie », [consulté le 09
septembre 2019], URL : http://www.musicotherapie-nantes.com/
339
Ibid., rubrique « Diplôme universitaire », « Consulter un diaporama synthétique sur l’organisation des études ».
287
musique dans une démarche de soins. La médiation musicale d’une relation thérapeutique pose
l’exigence, pour le musicothérapeute, d’une formation et d’une pratique musicale de qualité et
des bases solides de connaissances en psychiatrie, psychologie, psychopathologie, neuro-
psychobiologie, neuro-musicologie, neuropsychologie ainsi que l’apprentissage des règles
éthiques et déontologique de la profession ». Cette définition met en avant le rôle du
musicothérapeute dans la relation thérapeutique. Le cadre de cette relation est précisé par
rapport à l’expression démarche de soins, sans donner lieu à une définition plus étayée. Le
contenu de la plaquette décrit les objectifs de compétences visées, d’ordre théorique et pratique.
Celles-ci se rapportent aux matières énoncées dans la définition de la musicothérapie ainsi qu’à
une formation musicale. En effet, le DU de Montpellier 3 comprend des enseignements de
solfège, des dictées musicales, une initiation à l’improvisation, à la pratique de chant en chorale,
etc. Les étudiants sont également évalués sur l’interprétation musicale de morceaux imposés et
à déchiffrer, par des professeurs du Conservatoire National de Région de Montpellier. Et notre
entretien avec le responsable pédagogique de ce DU permet de relever que celui-ci met l’accent
sur l’importance de cet aspect dans l’évolution de cette formation depuis le début des années
2000. En ce sens, les étudiants doivent désormais satisfaire à l’apprentissage obligatoire de la
guitare, comme moyen d’accompagnement musical dans la pratique de la musicothérapie.
Selon lui, la pratique instrumentale est indispensable à la crédibilité des musicothérapeutes sur
le terrain professionnel, permettant de les distinguer de certains professionnels de santé qui
s’improvisent parfois « musicothérapeutes » étant plutôt amateurs ou dilettantes (E-79, E-80).
L’enregistrement du DU de niveau II au RNCP précise les compétences attestées par le diplôme
de musicothérapeute clinicien. Il définit le musicothérapeute comme un professionnel qui
exerce une pratique soignante ou de développement personnel fondée sur l’utilisation de la
musique et du son. Il en situe également les secteurs d’activité dans divers domaines (sanitaire
et social, prévention, réinsertion…) intégrant ses interventions au sein d’un projet
thérapeutique institutionnel proposant ainsi une représentation relativement structurée de la
pratique de la musicothérapie et des musicothérapeutes (E-64). Les DU (niveau I et niveau II
sont accessibles en formation initiale, bien que sur le descriptif de la fiche RCNP il soit précisé :
L’exercice de la musicothérapie peut aussi être complémentaire à une spécialité initiale :
infirmière, infirmier, éducateur(trice) spécialisé(e), éducateur (trice) de jeunes enfants, aide-
soignant (e), aide médico-psychologique, orthophoniste, psychomotricien (enne), musicien
professionnel, professeur de musique (E-64), renvoyant ainsi à la diversité de profils de
musicothérapeutes cliniciens possible. L’équipe pédagogique est présentée en nom propre,
sans précision de qualification (E-63).
288
Dans sa présentation en ligne le DU de musicothérapie de Toulouse 2, apparaît rattaché à un
service administratif de la formation continue qui ne présente aucun lien vers une filière ou une
UFR (E-65). La responsabilité pédagogique est attribuée à une professeure de didactique
musicale, musicothérapeute340 rattachée à l’Institut de Formation des Musiciens Intervenants
(IFMI) de Toulouse 2, qui forme au DUMI et à un DE de musicien intervenant 341. Pour les
acteurs de ce DU dispensé en un an et accessible avec un prérequis de Bac +2, la musicothérapie
peut se définir comme une forme de psychothérapie médiatisée par la musique et plus largement
par le sonore ou une discipline paramédicale qui utilise le son, la musique et le mouvement
dans le but d’établir ou rétablir des canaux de communication (E-65). La communication des
acteurs de cette formation relève que ses praticiens sont des musicothérapeutes formés selon
des règles déontologiques de la profession visant aussi à travailler tout au long du suivi en
partenariat avec les équipes pluridisciplinaires, les différents acteurs du réseau (médico-socio-
éducatif) dans le strict respect du secret professionnel (E-65). La formation s’appuie sur 180
heures d’enseignement dont 60 heures de stage pratique, abordant : psychopathologie de
l’enfant et de l’adolescent, psychopathologies contemporaines dans la vie quotidienne, une
approche catégorielle de la névrose, psychose, perversion, et des états limite, fondée sur les
manuels de psychiatrie. Elle comprend aussi 24 heures d’enseignement pour la connaissance
des outils du musicothérapeute. Selon les conditions de prérequis mentionnées ci-dessus, ce
DU est ouvert à Toute personne ayant a minima une pratique musicale personnelle souhaitant
se former à la pratique de la musicothérapie dans une perspective de professionnalisation : des
musiciens confirmés (musiciens, musiciens intervenants, enseignants, etc.) engagés ou désirant
s'engager dans la relation d'aide dans le cadre d'une pratique professionnelle (E-66).
340
Source : site du DU de musicothérapie, rubrique « Contacts », [consulté le 10 septembre 2019], URL :
https://www.univ-tlse2.fr/du-musicotherapie-516870.kjsp
341
Source : site de l’IFMI, [consulté le 10 septembre 2019], URL : https://blogs.univ-tlse2.fr/ifmi/lequipe/
289
d’enseignement, de leurs objectifs, qui dans le jargon du DU de Toulouse 2 présente un risque
de glissement du cadre de compétences des musicothérapeutes : « élaborer un diagnostic à
partir des renseignements observés ou racontés par le patient » (E-65). Si les DU des
universités de Nantes et de Montpellier 3 sont davantage spécialisés en musicothérapie, ils
présentent des différences aussi bien dans leurs conditions d’accès que dans leurs contenus. Ces
contenus pourraient être réunies pour renforcer le socle de connaissance de la musicothérapie.
En effet, l’aspect intégratif des différents courants de la musicothérapie, développés à la fois
d’un point de vue historique, ethnomusicologique et contextuel du DU de Nantes pourrait
s’enrichir de l’approche par la formation musicale du DU de Montpellier et réciproquement. En
revanche, la dimension recherche qui est une valeur ajoutée à la qualité des formations
universitaires n’est pas obligatoirement investie par les acteurs des DU, sauf à Nantes où on y
sensibilise les musicothérapeutes, et bien sûr à Paris V, dans le cadre du master. Cet
investissement tient aussi au rapport des responsables de formations à la recherche. Rappelons
qu’à Nantes, le responsable pédagogique est un professeur de psychiatrie impliqué dans le
projet « Musicautisme », ce qui instaure une dynamique de la recherche sur la musicothérapie
qui permet l’implication de quelques musicothérapeutes diplômés. Il peut également tenir aux
représentations sociales de la recherche, pouvant être relatives aux acteurs des formations ou à
leur origine socioprofessionnelle. A Montpellier 3, l’accent est mis sur l’aspect pratico-clinique
de la musicothérapie. Le responsable pédagogique de cette formation relève que « c'qui manque
peut-être c'est des études » sur lesquelles appuyer certains aspects théoriques de la formation.
Pour lui, « c'est vrai que la neuroscience a été d'une aide importante (…) l'impact de la musique
sur le cerveau (…) au moins par rapport à nos interlocuteurs médecins ». Toutefois, « on forme
des cliniciens en priorité » et « soit on fait de la recherche soit on fait de la clinique » (E-19,
E-80).
Par ailleurs, le coût de l’ensemble de ces formations universitaires, également accessible dans
le cadre de la formation continue, est variable entre celui d’une inscription administrative
universitaire pour le master de Paris V et 13 000 euros selon le statut des étudiants à Montpellier
3. Cet aspect de la formation universitaire est fondé sur des logiques socio-économiques et
politiques qui se développent dans les universités, tout autant que dans les autres organismes
de formation à la musicothérapie. Il renvoie à des représentations de la formation universitaire
et de la musicothérapie qui tendent à interroger le système dans lequel s’inscrivent ces
formations qui ne garantissent ni statut socio-professionnel, ni employabilité aux personnes à
qui elles attribuent des diplômes. Et avec les résultats de notre enquête auprès des praticiens,
290
nous verrons qu’en fonction de leur statut d’origine certaines catégories de praticiens
rencontrent réellement des difficultés pour s’insérer dans le milieu du travail. Cette situation
des musicothérapeutes ne laisse pas insensibles les acteurs de la formation universitaire. Ils se
rendent bien compte que les DU ont une valeur de spécialité par rapport à un métier existant.
Comme nous l’avons déjà précisé, à Montpellier 3 il est question d’une proposition de
transformation des DU en DE (E-79, E-80). Toutefois, avec le développement des DU de
thérapies non-médicamenteuses dans les facultés de médecine qui ciblent des publics de
professionnels de santé, y compris à Montpellier 1, quel sens peut prendre l’évolution de ce
projet qui pourrait permettre de réguler l’usage du titre de musicothérapeute et la
reconnaissance d’une identité professionnelle actuellement morcelée ?
Alors que depuis le début de cette troisième partie nous avons déjà pu faire référence à l’enquête
menée auprès des praticiens de la musicothérapie via le questionnaire que nous avons diffusé
en ligne et quelques entretiens, dans ce nouveau paragraphe, nous nous intéresserons plus
particulièrement à leurs représentations de la musicothérapie et à leur rapport à la représentation
professionnelle. En ce sens, nous nous appuierons essentiellement sur les éléments E-72 et E-
73 du corpus, pouvant aussi faire référence aux contenus des entretiens. Et pour citer ou
renvoyer aux praticiens qui ont participé à l’enquête, nous utiliserons l’abréviation R pour
répondant et un numéro correspondant à celui de l’ordre des réponses dans le document Excel
généré par l’enquête342.
Sur les 115 praticiens que nous avons enquêtés via le questionnaire en ligne, on trouve une
majorité de femmes (76,5 %). Les personnes ayant répondu déclarent toutes avoir suivi une
formation à la musicothérapie. Elles disposent de titres de formation pouvant être très variables.
Ceux ayant suivi une formation universitaire représente moins de la moitié, soit 36,9 %.
D’autres détiennent un certificat pouvant être attribué par l’un des organismes de formation
conseillé par la FFM (28 %). Les praticiens peuvent aussi avoir été formés par les AMBx (18,4
342
A noter qu’il existe un décalage dans cette numérotation, relative à la première ligne du document Excel qui
reprend l’intitulé des questions. (R.1) correspond de fait à la ligne 2 du document.
291
%) ou encore par un autre organisme n’étant pas mentionné sur le questionnaire (16,7 %). Et
l’enquête nous a permis d’en identifier, entre autres, le Centre Européen Musical Alain Carré
(CEMAC).
La plupart des praticiens disposent d’une formation complémentaire (77,7 %). Parmi eux on
trouve : des psychologues, des soignants (infirmier.e.s, aide-soignant, aide médico-
psychologique (AMP), des éducateurs spécialisés, des éducateurs jeunes enfants, des
enseignants de l’éducation nationale, des professeurs de musique, des musiciens professionnels,
etc. Certains peuvent avoir plusieurs spécialisations, ce qui rend difficile leur catégorisation.
Par exemple : DE d’assistante sociale, licence psychologie clinique et interculturelle, certificat
en relaxation (R.52) ; Licence de psychologie, actuellement en double cursus DE & Master en
psychomotricité (R.54) ; Licence Médiation Culturelle et Communication, Master 2 de
Musicologie, Certification de Maître Praticien en PNL, Hypnose Ericksonnienne,
Neurosémantique (R.67) ; Remédiation cognitivo-musicale, enseignant en éducation musicale,
licencié en musicologie (R.69), etc. Les résultats de l’enquête renvoient donc à une grande
diversité de profils de praticiens, dont les représentations de la musicothérapie et les pratiques
peuvent être influencées par un parcours personnel, un choix de formation, une sensibilité à un
type de pratique, etc. Par exemple, à travers les expressions types émergeant de leurs définitions
de la musicothérapie, nous avons pu effectuer quelques regroupements qui montrent une
orientation vers les pratiques de musicothérapie « actives », passant par le jeu musical, pouvant
être particulièrement mises en valeur par certains organismes de formation : Ouvrir des canaux
de communications autres que le verbal (R.25) ; Médiation thérapeutique utilisant les éléments
constitutifs de la musique pour ouvrir de canaux de communication (R.67) ; L’ouverture de
canaux de communication (R.91). Leur jargon partagé renvoie, en l’occurrence ici, aux Ateliers
de Musicothérapie. D’autres, ont une représentation plus intégrative des différentes méthodes
pouvant être utilisées en musicothérapie : (R.1) L'utilisation de l'objet sonore sous toutes ses
formes afin de permettre le travail de communication, de relation et d'analyse de cette
dernière ; (R.15) : La musicothérapie est l'art d'utiliser la musique et les sons sous toutes les
formes ; (R.68) : l’utilisation de la musique sous différentes formes.
292
A partir de leurs verbatim répondant à la question « Comment définiriez-vous brièvement la
musicothérapie ? », nous avons identifié des indicateurs textuels qui ont donné lieu à
l’émergence de thèmes que nous avons définis de la façon suivante343 :
Tenant compte de la formulation parfois synthétique de leur part, de leur profil et de leur
parcours de formation, cette catégorisation permet d’observer des variables. En effet, leurs
définitions ne couvrent pas obligatoirement tous les champs thématiques précisés ci-dessus. Par
exemple, concernant la première thématique identifiée au moyen d’une lecture cherchant à
segmenter les idées contenues dans leurs propos344, nous avons constitué des nuages de mots
ou d’expression renvoyant à une désignation initiale de la musicothérapie. Ces nuages de mots
que le lecteur peut retrouver en annexe 19 de la thèse345, ont permis d’effectuer des
regroupements par relation de sens ou inférence, comme nous le présentons dans la fiche
récapitulative ci-après :
343
Cf. : annexe 12, p. 134-140 des annexes de la thèse
344
Cf. : annexe 12, p.134-140 des annexes de la thèse
345
Cf. : annexe 19, p. 185-189 des annexes de la thèse.
293
Autres formes d’expression que « pratique de soin » avec le mot « soin »
Démarche de soin (R.20 ; R.97 ; R.106) - L’utilisation de la musique à des fins de soin (R.33) - Un complément
de soin (R.42 ; R.86) - Un soin (R.46 ; R.71 ; R.108) - Soins de l’âme (R.62) - Soin thérapeutique (R.63) -
Technique de soin (R.100)
Avec le mot psychothérapie
Psychothérapie (R.19 ; R.84 ; R.96 ; R.111) - psychothérapie du non verbal (R.53)
Avec le mot accompagnement
Accompagnement thérapeutique (R.14 ; R.34) - un accompagnement psychologique (R.98)
Avec l’expression médiation thérapeutique
Médiation thérapeutique (R.54 ; R.67 ; R.76) - Un outil de médiation thérapeutique (R.58 ; R.99)
Autres expressions
outil a l'accès de l'inconscient (R.13) - L’art d'utiliser la musique et les sons sous toutes les formes (R.15) - l'art
de communiquer de manière essentiellement non verbale (R.30) - technique d'inspiration analytique (R.31) -
Intervention centrée sur le sujet (R.41 ; R.62) - Outil de structuration de la relation (R.43) - Une méthode
(R.44) - Une discipline (R.47) - Activité musicale (R.48) - Traitement des troubles de la communication
relationnelle, affective (R.69) -
Avec cette étape de catégorisation, on observe une grande diversité de définitions, pouvant être
très éloignées du jargon médical relevé à travers les contenus de la HAS et des établissements
de santé, dont la définition générique de la musicothérapie renvoie à l’expression thérapie non-
médicamenteuse. Parmi les enquêtés, seulement deux répondants utilisent cette terminologie :
R.5 et R.75. Resituer en contexte phrastique, la plupart des formulations utilisant les mots
thérapie ou thérapeutique peuvent être associées à la dimension non médicamenteuse de la
musicothérapie, venant préciser son orientation musicale ou son caractère complémentaire.
Comme en écho à la définition posée par le Référentiel métier de la FFM, on retrouve
l’expression Pratique de soin chez de nombreux praticiens : R.9 ; R.17 ; R.27 ; R.50 ; R.60 ;
R.66 ; R.70 ; R.72 ; R.87 ; R.92. Et d’autres verbatim peuvent lui être associés : Démarche de
soin (R.20 ; R.97 ; R.106) - L’utilisation de la musique à des fins de soin (R.33) - Un
complément de soin (R.42 ; R.86). La terminologie médiation thérapeutique est plus rarement
utilisée. Quelques définitions sont plus réductrices, se limitant à un mot dans la réponse de
l’enquêté ou à une expression qui ne contient pas de référence à la musique : Thérapeutique
(R.89) ; Soin, [soutien, apaisement, humanité] (R.46) ; thérapie [qui vient en aide aux
personnes en situation de handicap et/ou de souffrance] (R.56). Ces définitions sont aussi à
resituer par rapport à la thématique de l’enquête, qui bien sûr permet de supposer que l’on parle
bien de musicothérapie. Par rapport aux profils des enquêtés, le mot psychothérapie employé
par les répondants R.19 ; R.53 ; R.84 ; R.96 ; R.111, est détourné de son usage, marquant aussi
une frontière fragile entre la musicothérapie et d’autres champs disciplinaires plus affirmés
(psychologie, etc.) que certains formateurs reconnaissent (éléments E-79 et E-80 du corpus).
Ces usages montrent une difficulté des praticiens à se situer par rapport à d’autres
professionnels. Il en émerge parfois des représentations de la musicothérapie pouvant être
294
relativement triviales : psychothérapie du non verbal (R.53). On trouve également des jargons
plus personnels, dont certains que nous n’avons pas pu catégoriser dans la fiche : thérapie
psycho sonore (R.2) ; Thérapie du non verbal (R.10) ; Une thérapie humaine et de soutien
(R.38) ; Une rencontre (R.88) ; Relation – partage – humain (R.102) ; Union (R.103) ; De l’air
pur (R.37).
A travers le contenu des verbatim des praticiens, le rôle de la musique est globalement précisé
en tant que médiation sonore ou médiation musicale, renvoyant à une conception de la
musicothérapie qui élargit la musique à l’univers sonore. Si cette dimension de la
musicothérapie semble évidente pour les praticiens, on peut supposer qu’elle le soit moins chez
les autres professionnels avec lesquels les praticiens échangent sur le terrain et que cela puisse
entraîner certains décalages. La place de la musique en musicothérapie peut aussi être explicité,
de façon plus ou moins maladroite, renvoyant à la représentation d’une relation triangulaire
« thérapeute-musique-patient » : Pratique de soin, d'accompagnement médiatisé par la
musique (R.9) ; Une pratique de soin et d'accompagnement utilisant la musique comme outil
(R.17) ; C'est une pratique de soin, d'aide ou d'accompagnement par la musique et le sonore
sous toutes ses formes (R.66) ; Une pratique de soin utilisant le sonore dans le cadre d'une
relation thérapeutique (R.70) ; Le soin, l'accompagnement, le soutien par tous les éléments
constitutifs de la musique (R.71). Certaines définitions prises au pied de la lettre viennent
brouiller la représentation, en ne précisant pas son contexte d’utilisation : L'utilisation des
éléments constitutifs de la musique pour soutenir les interactions (R.23) ; Ouvrir des canaux
de communications autres que le verbal (R.25) ; sonore qui soigne (R.59) ; Développement de
la communication par le son (R.73) ; Prendre soin de la relation et permettre l'ouverture de
canaux de communication par le sonore (R.114). Ces expressions renvoient à des phénomènes
d’appropriation d’éléments de discours circulant sur la musicothérapie, qui hors contexte
perdent leur sens. Les conditions de l’enquête en ligne influencent aussi peut-être l’expression
écrites des praticiens qui donne lieu à des raccourcis quelques peu « sauvages ».
Le rôle que les praticiens s’attribuent émerge d’expressions que nous avons regroupées, telles
que : relation d'aide, de soutien, d’accompagnement et/ou de rééducation (R.1 ; R.15 ; R.50 ;
R..66 ; R.71 ; R.92 ; R.97 ; R.106) ; un accompagnement (R.9 ; R.17 ; R.24 ; R.41 ; R.74 ;
R.81 ; R.100) ; relation [basée sur la musique], soutien (R.21 ; R.40 ; R.46 ; R.48 ; R.90 ;
R.94) ; relation thérapeutique (R.72 ; R.70 ; R. 93) ; la relation [soin- thérapeutique] (R.12) ;
thérapeute (R.5 ; R.83) ; accompagnement psychologique (R.98) accompagnement de la
295
relation [d’aide] (R.85) ; rencontre de l'autre (R.95). Précisons ici que ce rôle que les praticiens
définissent globalement dans le sens d’une relation d’aide ou d’un accompagnement peut être
variable en fonction de leurs formations et de leurs profils respectifs. Leurs verbatim ne
renvoient pas toujours à la dimension thérapeutique de la musicothérapie. Certains parlent de
la musique comme un moyen de communiquer dans lequel la place de l’un, de l’autre et de la
musique n’est pas précisé : Communication, ouverture (R.36) ; Développement de la
communication par le son (R.73) ; Relation - partage – humain (R.102). Ce type d’expression
peut forcément porter à confusion sur le terrain professionnel. Le rôle du praticien se précise
également par rapport aux secteurs d’activité dans lesquels les praticiens enquêtés exercent et
à la particularité de leurs publics. En effet, la majorité de ceux qui se sont exprimés travaillent
en gériatrie ou en EHPAD : R.3 ; R.6 ; R.35 ; R.36 ; R.49 ; R.51 ; R.58 ; R.60 ; R.67 ; R.71 ;
R.74 ; R.76 ; R.79 ; R.89 ; R.90 ; R.91 ; R.93 ; R.95. On les trouve aussi dans des services de
soins palliatifs : R.7 ; R.79 ; R.81 ; R.93. Certains d’entre eux travaillent également en
psychiatrie : R.1 ; R.2 ; R.3 ; R.9 ; R.46 ; R.81 ; R.83. D’autres interviennent auprès d’enfants
malades, polyhandicapés ou dans des instituts médico-pédagogiques : R.3 ; R. 35 ; R. 50 ;
R.67 ; R.73 ; R.76 ; R.88 ; R.110 ; R.114. Aussi, le rôle qu’ils s’attribuent doit être situé par
rapport à des publics pouvant être très fragilisées et à l’égard desquels leurs objectifs peuvent
parfois sembler peu construits. L’une des praticiennes enquêtées témoigne : Le
musicothérapeute intervient souvent quand les autres pratiques deviennent difficiles ou
impossibles, car la musique et le rythme restent accessibles même pour les patients les plus
démunis (R.55).
Pour la plupart d’entre eux, il s’agit d’apporter un bien-être : R.4 ; R.15 ; R.20 ; R.26 ; R.30 ;
R.40 ; R.46 ; R.51 ; R.54 ; R.61 ; R.77 ; R.82 ; R.85 ; R.90 ; R.108 ; R.112. Egalement de
favoriser la communication ou le lien social : R.1 ; R.3 ; R.23 ; R.29 ; R.39 ; R.47 ; R.48 ; R.51 ;
R.60 ; R.62 ; R.65 ; R.67 ; R.74 ; R.77 ; R.79 ; R.80 ; R.81 ; R.90 ; R.93 ; R.94 ; R.100 ; R.114.
Ces objectifs sont rarement exprimés de façon plus ciblée. Quelques praticiens précisent qu’ils
visent à maintenir ou développer des capacités pouvant être d’ordre social, cognitif, moteur,
communicationnel ou relationnel : R.7 ; R.35 ; R.41 ; R.64 ; R.75 ; R.106. Dans ce même sens,
les patients pris en charge sont évoqués en termes de personnes, renvoyant à la démarche
respectueuse et sensible des praticiens de la musicothérapie auprès de leurs publics. Parfois, ils
ont des retours gratifiant de leurs interventions, pouvant être marqués par l’attitude, le
comportement du patient ou un commentaire de la part de leurs collègues, voire des familles
296
des personnes prises en charge346 : Rarement, car la plupart n’ont pas les ressources cognitives
pour le faire (R.5) ; un retour verbal des institutions des renouvellements de contrat ou des
avis sur les réseaux sociaux, des recommandations (R.24) ; Ces personnes étant non-verbales
ou avec d'importants troubles du langage, il est difficile de recueillir des retours. Le principal
indicateur est leur motivation à venir à la séance suivante (R.41) ; Des parents d'enfants pris
en charge en musicothérapie, constatent du mieux-être, de l'apaisement, des évolutions
positives. En institution, les équipes avec lesquelles je suis toujours en lien (R.47). Pour les
ateliers collectifs je propose toujours un bilan en fin d'action ou intermédiaire. Pour celles et
ceux qui sont en capacité d'expression verbale les retours les plus nombreux sont : la détente,
les échanges avec les autres (sortir de l'isolement), découvrir des capacités, s'exprimer
autrement que par la parole (R.51).
La dernière thématique que nous avons vu émerger des verbatim des praticiens, concerne le
sens de leur travail, par rapport à un dispositif de soin plus global, impliquant d’autres acteurs
et pouvant faire l’objet d’autres cadres de médiation qui interfèrent sur les représentations de la
musicothérapie et sa dimension thérapeutique. Peu de répondants ont pris en considération ce
champ de la représentation de la musicothérapie dans leurs définitions. En effet, seulement deux
d’entre eux apportent des précisions qui couvrent l’ensemble des thématiques : une intervention
centrée sur le sujet utilisant les éléments constitutifs de la musique. C'est un accompagnement
qui vise à développer les capacités communicationnelles et relationnelles de personnes en
situation de handicap, afin de les aider dans leurs rapports sociaux et avec les autres
professionnels de l'équipe multidisciplinaire (psychologues, orthophonistes, éducateurs…)
(R.41) ; Une thérapie utilisant le sonore dans la relation d'aide dans un cadre préétabli entre
un thérapeute une personne en soins ou un groupe de soignés (et une institution de soins) avec
des objectifs thérapeutiques co-construits entre les différents partenaires du soin (R.83). Ces
deux praticiens ont des profils et des parcours de formation très différents. R.41 est un
intervenant éducatif, formé aux bases de la psychologie comportementale appliquée et
disposant d’un certificat de musicothérapie délivré par les AMBx. R.83 est une infirmière,
également dépositaire d’un DU de musicothérapie de la Faculté de médecine de l’université de
Nantes. Leur point commun est de travailler dans une institution, même si leurs secteurs
d’activité respectifs sont très différents. D’autres répondants font relativement référence à cette
notion de cadre, pour la ramener à celui du dispositif musicothérapeutique et de la relation
346
Cf. : item 13 du questionnaire, deuxième partie.
297
thérapeutique avec le patient : R.70 ; R.74 ; R.106 ; R.110. On peut aussi retrouver cette
dimension à travers des expressions faisant référence à la musicothérapie en tant que thérapie
complémentaire : R.16 ; R.42 ; R.44 ; R.86.
Ce premier point sur les représentations de la musicothérapie chez ses praticiens, à partir de
leurs verbatim visant à définir la musicothérapie, montre aussi les effets d’une appropriation
partielle de la définition proposée par le référentiel métier de la FFM, dont nous rappelons le
début ci-après : « La musicothérapie est une pratique de soin, de relation d’aide,
d’accompagnement, de soutien ou de rééducation, utilisant le son et la musique, sous toutes
leurs formes, comme moyen d’expression, de communication, de structuration et d’analyse de
la relation. Elle s’adresse, dans un cadre approprié, à des personnes présentant des souffrances
ou des difficultés liées à des troubles psychiques, sensoriels, physiques, neurologiques, ou en
difficulté psycho-sociale ou développementale. Elle s’appuie sur les liens étroits entre les
éléments constitutifs de la musique, l’histoire du sujet, les interactions entre la/les personne(s)
et le musicothérapeute. »347. Cette définition couvre en effet, de manière relative, différents
champs de la représentation de la musicothérapie. Notre analyse permet également de relever
la part de responsabilité des praticiens, et peut-être aussi celle des formateurs, dans les
représentations de la musicothérapie qui circulent dans les milieux où ils en incarnent une forme
de représentation professionnelle. Et relevons ici que l’enquête montre que la musicothérapie
peut aussi être valorisée par les praticiens dans les établissements où ils exercent : 14,9 % des
enquêtés estiment qu’elle est très valorisée sur leurs lieux de travail, 41 % qu’elle l’est assez.
Leur action et leur comportement sur le terrain y sont sans doute pour quelque chose.
Sur le terrain professionnel, la présence des praticiens est déjà une forme de représentation
professionnelle de la musicothérapie. Et leur contribution à l’enquête montre que les médecins
et les équipes leur font plutôt confiance. Les résultats à l’item 14 du questionnaire précisent que
les prises en charge en musicothérapie passent par des indications médicales (54,4 %), des
demandes de la part des équipes soignantes (73,5 %) ou des équipes pédagogiques (32,7 %),
selon les secteurs d’activité. Et les actions de stimulation des patients de la part des praticiens
dans certains services de soins peuvent aussi générer leur participation et avoir des effets sur
347
Fédération Française de Musicothérapie, Musicothérapeute : Référentiel métier, 2016. (Élément E-70 du
corpus)
298
les représentations de la musicothérapie. En ce sens, 46 % des praticiens reçoivent aussi des
demandes spontanées de la part des patients ou encore de la part de leur entourage familial (45,1
%).
Nous avons déjà pu relever que le temps d’activité en musicothérapie peut être relativement
faible pour les praticiens (1 à 5 heures par semaine) pour nombre d’entre eux qui cumulent
plusieurs lieux d’intervention. Certains sont en attente de quelques heures de travail de la part
d’un potentiel employeur : J'attends des réponses d'une maison de retraite privée pour
commencer une à deux heures par semaine dès Septembre (R.63). Seulement 15,7 % travaillent
à temps complet et leurs interventions demandent des temps de préparation et de bilans (R.64).
Ces conditions de travail ne favorisent pas obligatoirement leur présence dans les réunions
d’équipe. Et nous avons vu qu’ils ne disposent pas toujours d’un espace adapté à leur activité.
Toutefois, les praticiens de la musicothérapie s’intègrent progressivement dans les institutions,
partageant parfois des locaux avec d’autres professionnels en affirmant leur propre identité
professionnelle : Je dispose d'une salle réservée aux séances de musicothérapie avec du
matériel sonore et un instrumentarium (R.35) ; cela n'a pas toujours été le cas souvent besoin
de s'adapter à un local pas toujours adapté ! mais aujourd'hui oui (salle psychomot. de
l'institution) (R.48) ; Dans un EHPAD, pas de salle fermée. Je dispose l'espace d'expression
dans un angle de la salle principale mais il y a parfois quelques allers et venues des soignants.
Dans tous les autres lieux, super conditions d'accueil dans les locaux (R.51) ; Le secteur de
pédopsychiatrie s’est doté d’une salle de musicothérapie dans laquelle je reçois des groupes
de plusieurs unités (R.110). Certains d’entre eux interviennent au chevet ou au lit du patient,
dans une démarche plus « clinique » : R.73 ; R.76 ; R.88, révélant ainsi un autre aspect des
pratiques de la musicothérapie qui contribue à sa représentation professionnelle. Et à travers
l’enquête contre 15,7 % qui travaillent à plein, plus de 70 % d’entre eux investissent la
représentation professionnelle des praticiens de la musicothérapie dans les réunions
pluridisciplinaires, malgré leurs difficultés. Ils permettent ainsi une visibilité de la
musicothérapie sur le terrain professionnel, où elle est encore peu connue de nombreux
professionnels de santé ou d’autres catégories de professionnels pouvant être rencontrées dans
les différents secteurs d’activité. Le travail en équipe marque en effet le professionnalisme des
praticiens auprès de nombreuses catégories de professionnels : des infirmiers, des
psychologues, des psychiatres, des neuropsychologues, des aides-soignants, etc. Ces échanges
leur permettent de se situer d’un point de vue professionnel, même si leur reconnaissance sur
le terrain n’est pas obligatoirement unanime et que certains ont du mal à trouver leur place (cf. :
299
item 22 du questionnaire, voir éléments E-72 ou E-73 du corpus). Cette reconnaissance peut
également passer par une communication auprès de leurs collègues, concernant la
musicothérapie, afin de faire évoluer leurs représentations sociales des musicothérapeutes (cf. :
entretiens, éléments E-76 à E-78 et E-81, E-82 du corpus). Et, l’intervention de quelques
musicothérapeutes dans des formations auprès de professionnels de santé peut également
influencer leurs représentations de la musicothérapie, voire valoriser les formations
universitaires plus complètes et les compétences nécessaires à la pratique de la musicothérapie
(cf. : éléments E-74 et E-75 du corpus).
Par ailleurs, la représentation professionnelle des praticiens peut aussi passer par leur adhésion
à une association. Et l’enquête montre que la Fédération Française de Musicothérapie peut
susciter pour eux un intérêt (item 31 du questionnaire d’enquête). D’ailleurs, il est intéressant
de relever ici que l’enquête a été initialement diffusée auprès de praticiens repérés sur les sites
des associations de l’AFM et de la FFM ainsi que sur la plateforme PIREM qui nécessite une
inscription-adhésion gratuite. Or 30,4 % des enquêtés disent ne pas être affiliés à une
association regroupant des praticiens de la musicothérapie, ce qui rend compte de certaines
réticences de leur part ou encore de quelques exclusions de la part de ces associations. En effet,
les commentaires laissés par les praticiens à ce propos sont très mitigés. Certains attribuent aux
association une complémentarité : Actives, dans deux champs différents. Complémentaires et
sérieuses (R.1). D’autres y investissent un espoir, notamment sur la FFM : je crois qu'ils sont
aux prémices et qu'ils font tout ce qu'ils peuvent pour faire évoluer la profession vers un statut
reconnu : ce n'est pas une mince affaire... Depuis 2004 que je pratique, j'ai l'espoir de partir à
la retraite en espérant que tout aura progressé pour les prochaines générations de
professionnels... (R.4) ; la fédération garantit les formations sérieuses et pas les dérives au
rabais (R.21) ; assez bien mais il manque encore beaucoup d'affiliés pour pouvoir avoir un vrai
rôle dans le monde de la santé (R.44) ; La FFM est une l’association unique en France membre
de l’EMTC disposant d’un code de déontologie, d’un registre des professionnels et des centres
de formation agrée (R.76). D’autres praticiens sont plus critiques par rapport à la représentation
professionnelle des praticiens de la musicothérapie, qu’ils envisagent par rapport à la diversité
des pratiques et des formations existant : autant d'écoles, autant de praticiens, autant de
musicothérapie. Il n'y a aucune homogénéité du métier, pas étonnant que les autres
professionnels s'y perdent (R.11) ; Il existe en France une grande disparité des formations et
des pratiques qui nuit au profil de notre métier, et à sa reconnaissance. Il semble demeurer
encore beaucoup de travail pour que les associations et fédérations professionnelles de
300
musicothérapie puissent parvenir à la reconnaissance de la profession. Le retard en ce
domaine est encore trop important, par rapport aux autres pays d'Europe (R.14). D’autres
encore mesurent les enjeux que soulèvent cette diversité : le terme "musicothérapie"
regroupant des pratiques diverses, chaque association peut représenter une certaine approche
du métier, mais pas les praticiens dans leur ensemble (R.41) ; le problème étant que les
formations (théories et applications clinico-pratiques) sont très différentes, voire même les
définitions. Par exemple, un neuro-musicothérapeute est très loin du musicothérapeute
pratiquant le massage sonore ; un musicothérapeute avec un ancrage théorique psycho-
dynamique est encore un autre "type" ... ce qui fait que les associations regroupent beaucoup
de monde avec des définitions très larges (R.100). Et parmi les praticiens enquêtés, certains ne
comprennent pas le manque d’adhésion d’autres praticiens ou le rôle de ces associations : 5
musicothérapeutes dans l'Etablissement : aucun ne fait partie d'une association (R.83).
Quelques-uns ressentent même un sentiment d’exclusion : La Fédération Française de
Musicothérapie représente depuis peu et de manière exclusive uniquement les professionnels
issus des formations agréées par elle, après avoir exclu sommairement l'AMBx qui y était
affiliée lorsque j'ai choisi d'y débuter ma formation pour cette raison (R.79). Et, les missions
même de ces associations ne sont pas toujours comprises par les praticiens (cf. : entretiens
individuels). Certains praticiens trouvent que leurs objectifs ne sont pas clairs. D’autres peuvent
penser qu’une simple adhésion à la FFM va faciliter leur employabilité (cf. : entretien de
groupe). Le témoignage d’une praticienne le confirme : difficile de trouver du travail et d'être
actif dans ces associations. Le bénévolat ne paie pas mais il faut en passer par là pour se faire
connaitre (R.11). Ces discours peuvent aussi être symptomatiques d’un défaut de stratégie de
communication de la part de certaines associations ou d’un manque d’analyse de la situation.
Une situation qui renvoie en effet, à la difficulté de construction d’une identité professionnelle
des musicothérapeutes parmi une telle diversité de profils de praticiens, de pratiques et de
formations. Aussi, de nombreux praticiens restent en retrait de ces associations, alors même
qu’ils peuvent ressentir une forme d’isolement après leur formation, qu’ils compensent de
différentes façons : en accueillant des stagiaires sur leurs lieux de travail, en gardant un lien
avec les organismes de formation dont ils sont issus, en cherchant à s’informer et à
communiquer autour de leurs pratiques et de la musicothérapie, changeant aussi parfois
d’orientation professionnelle.
301
CHAPITRE 3: DE LA DYNAMIQUE COMMUNICATIONNELLE DES
REPRÉSENTATIONS DE LA MUSICOTHÉRAPIE
A travers notre présentation de la musicothérapie posée dans la première partie de la thèse, nous
avons d’emblée observé le rôle de l’information et de la communication dans l’émergence des
représentations de la musicothérapie. Par exemple, nous avons vu comment la publication
d’articles sur l’utilisation de la musique par quelques médecins du XIXe siècle a pu susciter
l’enthousiasme de certains de leurs confrères, ou au contraire créer des réticences, que la presse
de l’époque relayait volontiers auprès de l’opinion publique. Le développement de la
musicothérapie en France est aussi le fruit des échanges et de la communication de quelques
personnalités qui ont pu se réunir autour de Jacques Jost, dès le milieu des années 1950, pour
permettre une série de publications entre 1964 et 1977 et l’organisation du 1er Congrès Mondial
de Musicothérapie au C.H.U de la Pitié-Salpêtrière à Paris en 1974. D’ailleurs, la dimension
internationale de ce congrès a fait évoluer la musicothérapie vers différentes tendances ou
courants : réceptif, actif, analytique, non verbal, etc.
Avec la mise en place des premières formations via le CIM, l’inscription de la musicothérapie
dans l’offre de différentes filières universitaires et le développement d’autres formations plus
ou moins spécialisées en musicothérapie, nous avons vu comment la communication des acteurs
(praticiens y compris) contribue à la formation, la circulation et la transformation des
représentations de la musicothérapie. En effet, ces différentes créations ont renforcé des
tendances de la musicothérapie, pouvant faire l’objet de divergences entre ses praticiens, voire
de conflits d’intérêt. Elles ont mis en œuvre des rapports de force entre des acteurs dont l’action
est également portée par des enjeux identitaires. Et, le schéma de la représentativité des acteurs
de la musicothérapie sur internet, que nous avons présenté dans le premier chapitre de cette
troisième partie, montre que l’évolution des technologies de l’information et de la
communication a pu favoriser le développement de différents réseaux de la musicothérapie,
incluant désormais le numérique aux réseaux des acteurs.
Cette évolution renforce l’évidence du rôle de la communication en tant qu’actant à part entière
du développement de la musicothérapie et de son projet. Aussi dans ce dernier chapitre de la
thèse, nous nous pencherons sur la dynamique communicationnelle des représentations de la
musicothérapie à laquelle contribue l’ensemble des acteurs, comme nous l’avons envisagé sur
notre schéma de modélisation impliquant aussi différentes catégories de médias dont internet
302
et les dispositifs numériques. Nous donnerons quelques exemples de cette dynamique, en nous
référant aux réseaux documentaires pouvant être utilisés par les acteurs (E-51, E-52, E-53, E-
67), à l’enquête menée en ligne auprès des praticiens qui apporte quelques éléments sur leurs
pratiques info-communicationnelles ou encore à des exemples de mise en représentation de la
musicothérapie sur certaines plateformes numériques. Ces exemples permettront de repérer, en
partie, la dynamique communicationnelle des représentations de la musicothérapie, selon des
effets du numérique pouvant également orienter la représentation professionnelle et scientifique
de la musicothérapie.
A travers le chapitre précédent qui nous a permis de mieux comprendre les représentations de
la musicothérapie émergeant du discours des acteurs ciblés pour la recherche, nous avons aussi
pu faire référence à l’instrumentalisation que certains d’entre eux font de l’information-
communication pour s’approprier des formes de représentation de la musicothérapie.
Notamment, la communication numérique du ministère de la Santé fait de nombreuses
références aux recommandations de bonnes pratiques de la HAS, voire parfois à des
personnalités telles qu’Édith Lecourt, pour situer la musicothérapie, son intérêt dans la prise en
charge de certains patients et son cadre d’exercice. Et à travers sa communication numérique,
il valorise son utilisation par les professionnels de santé. Un positionnement vis-à-vis des
professionnels formés qui semble moins radical de la part des acteurs de terrain qui contribuent
à la communication du ministère, via une série de documents que nous avons pu stabiliser pour
la recherche et qui ne sont actuellement plus accessibles sur le site de cet actant, bien que
certains d’entre eux puissent continuer d’avoir une existence propre sur internet.
Nous avons aussi vu comment la HAS se réfère à la publication scientifique internationale pour
critiquer le manque d’études fiables concernant la musicothérapie et comment sa
communication peut influencer la mise en œuvre de projets de recherche clinique par les
professionnels de santé. Et dans le cadre institutionnel posé par les établissements de santé
publics, ces projets peuvent être soutenus financièrement par le ministère, orientant la
représentation professionnelle et scientifique de la musicothérapie.
303
Nous avons aussi relevé que les acteurs des formations universitaires, de manière relative à leur
position vis-à-vis de la recherche, peuvent instrumentaliser l’information-communication pour
valoriser la musicothérapie. Par exemple, à l’université Paris-Descartes le master Création
artistique peut ouvrir à un doctorat permettant de faire avancer la recherche sur la
musicothérapie. Et le cas de Stéphane Guétin montre que d’autres disciplines peuvent servir
l’évolution des connaissances sur la musicothérapie, notamment la Psychologie. A l’université
de Nantes, d’autres structures permettent l’implication de musicothérapeutes dans des
recherches cliniques impliquant la musicothérapie. A Montpellier 3, les acteurs du DU ont
besoin des études scientifiques, notamment menées en neurologie, pour appuyer l’intérêt de la
musicothérapie auprès de leurs étudiants et pouvoir se référer à un discours scientifique, auprès
des médecins. Ces positionnements induisent des comportements info-communicationnels chez
les acteurs qui orientent les représentations de la musicothérapie pouvant aussi être véhiculées
auprès du grand public, via les médias numériques. Dans ce paragraphe, nous nous intéresserons
donc aux pratiques info-communicationnelles des acteurs et à leurs répercussions sur les
représentations de la musicothérapie.
1.1 Les effets de la communication numérique des acteurs clés de la santé sur les
représentations de la musicothérapie : le ministère, la HAS et les établissements de
santé
Comme présentée sur son site web, la politique de la communication numérique du ministère
de la Santé, s’appuie sur l’article 47 de la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des chances, qui
stipule que tous les services de l’État doivent être accessibles à tous, dans les systèmes mis en
place. Énoncée de la sorte, elle vise la transparence de l’action du ministère en matière de santé
publique. Toutefois, pour l’internaute lambda, les relations autorisées avec le ministère relèvent
d’un ordre pratique : s’informer sur différents sujets organisés en rubriques, télécharger des
formulaires, faire une saisine en ligne auprès des institutions en lien avec le ministère, etc.
Même s’il dispose d’une possibilité de contact par mail avec le ministre ou le webmestre du
site web, celui-ci occupe essentiellement une place de visiteur (ou de lecteur), parmi les publics
ciblés par la communication du ministère, qui s’adresse plus particulièrement aux
professionnels de santé. Et à travers cette recherche, nous avons vu que l’accessibilité à une
information sur la musicothérapie nécessite une intention particulière et que cette information
n’est pas obligatoirement pérenne. En effet, la communication du ministère est organisée.
Celui-ci dispose d’une DICOM et d’un webmestre qui contribuent à la régulation de la
304
communication et des échanges avec ses publics. La sécurisation du système d’information
réduit aussi le lien social avec les usagers, pouvant être soumis à quelques sanctions en cas de
débordement. D’autres moyens peuvent être utilisés pour communiquer avec le ministère,
nécessitant un cadre sociotechnique. La reconnaissance du ministère vis-à-vis de certaines
associations ou fondations et de ses partenaires montre que ces cadres de médiation existent.
Toutefois, à travers sa communication numérique, le ministère ne semble pas favoriser
particulièrement la démocratie sanitaire vivante revendiquée par certains acteurs du système
de santé, notamment par la HAS. Et, les contributions que nous avons étudiées, laissent
percevoir la circularité de la communication existant entre le ministère, la HAS et les
établissements de santé. Celle-ci peut se lire à travers les références faites aux recommandations
de bonne pratiques de la HAS qui sont citées dans la majeure partie des contributions, tout
autant que dans les idéologies qu’elles véhiculent, comme cela peut être le cas à l’intention des
personnes âgées ou à l’égard des professionnels formés, entretenant un certain flou vis-à-vis
des supposées formations. Ainsi on observe une forme d’embrayage discursif du texte d’une
institution à un autre qui évince aussi la question du problème de certaines catégories de
praticiens de la musicothérapie diplômés par l’université, qui ne sont pas obligatoirement des
professionnels de santé bien qu’ils aient des compétences spécifiques. Et cette idéologie
véhiculée par la communication du ministère affecte la représentation professionnelle de la
musicothérapie, influençant les politiques managériales des établissements qui sont de
potentiels recruteurs pour les musicothérapeutes, tout autant que l’opinion publique. Et la mise
en visibilité des documents se rapportant à des projets de recherche met en évidence une volonté
politique visant à préciser l’efficacité de la musicothérapie qui va aussi dans le sens de celle des
experts de la HAS qui eux-mêmes exercent une forte influence sur les professionnels de santé.
Par ailleurs, bien que la plupart des contributions soient élaborées avec la participation de
nombreux acteurs : sociétés savantes, chercheurs, représentants d’usagers, etc., aucune d’entre
elles n’utilise le terme musicothérapeute pour parler des professionnels formés à la
musicothérapie. Rappelons ici que l’exception faite par le Rapport sur la politique du
médicament en EHPAD de Philippe Verger se réfère à une signification de la musicothérapie
orientant la représentation professionnelle de la musicothérapie vers l’Association française de
musicothérapie et Édith Lecourt. Et nous l’avons vu avec les commentaires portés sur
l’entretien de groupe avec des membres de la FFM qui vise la représentativité de la
musicothérapie et des musicothérapeutes, ce type de communication crée un certain malaise au
sein de la FFM, altérant la représentation professionnelle visée par cette association. Les
305
pratiques communicationnelles des acteurs semblent alors contraintes par le statut plus ou
moins institutionnel des représentants de la musicothérapie, rendant aussi difficile le rôle de
médiateur espéré par la FFM.
Nous retrouvons des effets de circularité de la communication des acteurs institutionnels dans
les réponses aux questions écrites diffusées sur le site de l’Assemblée nationale. En effet, dans
ces documents parlementaires, le ministère s’en tient au discours des experts, préconisant
l’évaluation de la musicothérapie, contribuant ainsi à la marginalisation de certaines catégories
de praticiens, même si quelques acteurs de terrain relèvent la participation de professionnels
dont les caractéristiques dépassent le cadre juridique de la désignation des professionnels de
santé. Et aucun contenu diffusé par le ministère ne fait référence à la recherche pouvant être
menée sur la musicothérapie dans quelques disciplines relevant des SHS, valorisant ainsi la
recherche médicale au détriment de quelques recherches plus qualitatives qui témoignent
également de l’efficacité de la musicothérapie. Contrairement au ministère de la Justice qui fait
référence à des textes de loi, le ministère de la Santé semble plutôt dans une forme de
complaisance vis-à-vis de l’autorité de l’État et des autorités médicales, pour situer le cadre
d’exercice de la musicothérapie. Ces formes d’autoréférences donnent un ton performatif au
discours du ministère qui, de façon implicite, renforce les représentations professionnelles de
la musicothérapie en faveur des professionnels de santé, d’autant que la présentation sous forme
de tableau des questions écrites diffusées par l’Assemblée nationale intensifie l’impression de
cadrage portée par la légitimité de l’autorité du ministère et de l’État.
Par ailleurs, la redondance du contenu de plusieurs réponses ministérielles aux questions écrites
diffusées sur le site de l’Assemblée nationale, interroge les pratiques de production de contenu
des communicants du ministère. En effet, certaines reprennent de façon littérale la réponse
apportée à une autre question. Le numérique facilite le repérage de ces réitérations qu’il était
plus difficile de suivre avec les publications des questions écrites au Journal Officiel, surtout
quand les questions sont posées à plusieurs mois d’intervalle, voire parfois plusieurs années. Si
ce type de redondance que nous retrouvons dans cinq questions écrites valorise la
musicothérapie, il permet aussi de relativiser cette valeur, par rapport à des procédés
mécaniques de « copier-coller » qui interroge la qualité de l’information ministérielle. D’autant
que l’information donnée par le ministère de la Justice concernant les activités adaptées à
certains détenus handicapés est à relativiser. En effet, quelques musicothérapeutes contribuent
à la prise en charge d’un petit nombre de détenus, alors que le taux de personnes handicapées
306
(tout type de handicap confondu) est relativement élevé dans la population carcérale (Noali,
2014)348. Ainsi, le nombre d’occurrences du mot musicothérapie généré par cette répétition
altère la stabilité des représentations de la musicothérapie qui peut conduire à penser que la
musicothérapie est très présente dans les centres de détention. Notre enquête auprès des
praticiens montre que ces interventions existent de manière rarissime : trois répondants,
pouvant cumuler plusieurs lieux de travail pour une activité hebdomadaire de 5 à 10 heures
interviennent effectivement en milieu carcéral : R.6 (en arrêt maladie) ; R.29 ; R.111.
348
Noali Loup, 2014, La peine de prison à l’usure ? Ibid.
307
par la recherche infirmière française. Et si les études se développent en ce sens, orientant les
pratiques de la musicothérapie, sa représentation professionnelle et scientifique, cela tient aussi
aux méthodes de recherche clinique préconisées par la HAS, qui s’appuient sur l’utilisation de
référentiels existant, limitant par là-même les prises de risque de la validation d’autres types de
projets et d’un refus de subvention. Et les contenus des éléments du corpus montrent qu’en
revanche peu d’études ont été menées en pédopsychiatrie ou en psychiatrie. Au vu des résultats
de l’enquête, ces secteurs pourraient être davantage investis par la musicothérapie, ses
praticiens et la recherche scientifique, d’autant que d’un point de vue historique, la
musicothérapie trouve un point d’ancrage en psychiatrie. Ce qui est peut-être aussi
symptomatique de la difficulté de la psychiatrie en France, sur laquelle les autres spécialités de
la médecine portent un regard particulier. A noter aussi que les études randomisées sont peut-
être moins évidentes à mettre en place en psychiatrie où les patients peuvent présenter des cas
très singuliers.
Revenons aussi ici sur les effets de la communication numérique des établissements de santé
qui utilisent la musicothérapie pour valoriser leur image, donnant parfois lieu à des
représentations triviales de de la musicothérapie, comme nous l’avons relevé par rapport au
dispositif Music Care qu’un médecin commente dans une interview. A contrario, la
communication du CHU de Nantes renvoie à une représentation valorisante de la
musicothérapie, même si le portrait du musicothérapeute qu’il diffuse en ligne attribue sa
représentation professionnelle à un infirmier psy. Par ailleurs, le média participatif « réseau-
chu.org » montre un intérêt relatif des professionnels de santé vis-à-vis de la musicothérapie
qui renvoie à des représentations très variables de son intégration dans les établissements de
santé : ateliers de création artistique pour les uns, approches non-médicamenteuses de la
maladie d’Alzheimer pour d’autres, ou encore objet d’étude pour la recherche infirmière. Cette
communication oriente la représentation professionnelle des praticiens de la musicothérapie
dans différentes directions. En effet, l’inscription d’un projet de recherche impliquant la
musicothérapie au programme hospitalier de recherche infirmière (PHRI) peut être valorisante
pour un établissement, voire en encourager d’autres. Et les actions mises en place dans certains
services difficiles, comme en soins palliatifs ou auprès de patients souffrant de la maladie
d’Alzheimer, lorsqu’elles mettent en avant un souci du mieux-être du patient et de ses proches
pris en charge par des intervenants musicothérapeutes le sont aussi.
308
Précisons aussi ici que les professionnels de santé ont, depuis déjà deux décennies, intégré les
technologies numériques à leurs pratiques professionnelles. L’activité des établissements de
santé est également mesurée par différents logiciels. Et si en 2012 l’évaluation de ceux utilisés
en EHPAD a pu permettre de relever qu’ils nécessitaient certaines améliorations concernant le
relevé des actes thérapeutiques non-médicamenteux, la mise en œuvre de la nouvelle version
du référentiel PATHOS devrait entrer en vigueur seulement au second semestre 2019349, ce qui
témoigne de la lenteur de certains projets qui pourraient être profitables aux praticiens de la
musicothérapie tout autant qu’aux patients, voire aux équipes soignantes. Relevons également
que la communication numérique des CHU renvoie à des représentations de la formation en
musicothérapie ciblant les professionnels de santé qui tiennent à distance les formations
universitaires que nous avons plus particulièrement étudiées et qui visent la professionnalisation
des pratiques de musicothérapie et de leurs spécificités. Et, si le ministère et la HAS ont pu
développer des services de DICOM et des stratégies de communication particulièrement
organisée et organisante du secteur de la santé, d’autres acteurs de la musicothérapie n’en sont
pas encore là, notamment les organismes de formation, la FFM et les praticiens de la
musicothérapie, comme nous le verrons plus loin.
Nos observations en ligne des sites web des formations universitaires montrent comment les
acteurs s’approprient une forme de représentation institutionnelle pouvant renforcer leur propre
notoriété et leur rôle dans la professionnalisation de la musicothérapie. Mis à part le master de
Paris V, la plupart de ces formations renvoient à des formes de partenariat avec les universités.
C’est le cas pour le DU de musicothérapie de la Faculté de médecine de l’université de Nantes,
qui contribue à la valorisation de l’Institut de Musicothérapie de Nantes, dans lequel d’autres
formations sont proposées. Et si dans cette université la présentation du DU a été intégrée au
site de la Faculté de médecine (E-54), c’est moins le cas à Montpellier 3 où le site du DU de
musicothérapie fait l’objet d’une gestion indépendante de l’université qui met en évidence un
décalage relatif à la charte graphique, interférant sur la communication de cet actant. Ces formes
de rattachement aux universités contribuent à la réputation des formations. Elles peuvent aussi
donner lieu à des compositions très variables des collèges de formateurs d’une université à une
349
Source : site de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’autonomie (CNSA), [consulté le 12 octobre 2019],
URL : https://www.cnsa.fr/outils-methodes-et-territoires/organisation-de-loffre/les-soins-en-ehpad-aggir-pathos
309
autre, pouvant être constitués essentiellement par des professionnels de santé et de la musique
(E-63). On assiste alors à une forme de mise en scène de la musicothérapie par rapport à la
représentation institutionnelle portée par les universités. La communication avec les publics
ciblés par ces formations met en lien des individus (apprenants potentiels) et des organismes de
formation rattachés aux universités, contribuant aussi à une forme d’institutionnalisation de la
musicothérapie qui influence le choix des publics, même si cette influence est relative comme
le montre l’enquête. Les stratégies de communication qui se déploient à partir de ces
partenariats orientent alors autrement que vers les professionnels de santé la représentation
professionnelle de la musicothérapie, introduisant le terme musicothérapeute dans différents
milieux sociaux : via la Faculté de médecine de Nantes auprès des professionnels de santé, via
l’université des Arts, Lettres, Langues et Sciences Humaine de Montpellier auprès d’autres
publics, ou encore à Paris-Descartes et à Toulouse 2. Ces rattachements influencent également
l’opinion publique, selon un processus relativement lent par rapport à celui mis en œuvre par le
ministère de la Santé, la HAS et les établissements de santé. Et entre les acteurs, le mot
musicothérapeute prend différentes significations, pouvant renvoyer à un métier. Il s’insinue
aussi dans le lexique d’autres institutions, notamment via les praticiens sur leurs lieux de travail
et dernièrement par l’inscription de l’un des DU auprès de la CNCP, évoluant vers la
terminologie musicothérapeute clinicien. Précisons ici que le terme musicothérapeute circule
aussi sur le site de l’Observatoire Nationale d’Information Sur les enseignements Et les
Professions (ONISEP) renvoyant au master Création artistique de Paris V. Relevons également
que la communication des acteurs contient une dimension performative qui contribue à
influencer les représentations de la musicothérapie, n’empêchant pas qu’elles prennent
différentes directions ou significations.
Par ailleurs, ces réseaux universitaires s’inscrivent plus ou moins dans des circuits de la
communication scientifique, pouvant être différents de ceux empruntés par les professionnels
de santé, la HAS ou le ministère. Par exemple, à travers les catalogues des bibliothèques
universitaires, nous avons observé l’existence de nombreux articles, monographies, thèses, etc.
sur le sujet de la musicothérapie qui ne sont pas obligatoirement utilisés par les autres acteurs.
Pourtant, la recherche qualitative particulièrement développée en SHS, notamment en
psychologie clinique, peut conduire à valoriser la musicothérapie et permettre de préciser son
rôle dans les dispositifs de soins pluridisciplinaires des établissements de santé. Ces approches
donnent lieu à d’autres formes de représentation de la musicothérapie que celles véhiculées par
le discours des professionnels de santé et leurs représentants dont nous avons étudié le
310
positionnement dans la thèse. Les liens particuliers qui existent entre Paris V et l’AFM, qui
édite la Revue Française de Musicothérapie depuis 1981, montre aussi le rôle de la
communication dans les représentations de la musicothérapie. Une potentialité qui est peut-être
moins investie par les autres acteurs universitaires qui du coup, instrumentalisent la
communication d’autres acteurs pour valoriser la musicothérapie, reléguant aussi de la sorte la
représentation professionnelle et scientifique de la musicothérapie à d’autres, plus habilités à
mener des recherches. L’enquête et les entretiens menés pour la recherche montrent que ce
positionnement des formations, dans leur ensemble, se répercute sur le comportement info-
communicationnel des praticiens de la musicothérapie.
Les résultats de l’enquête menée auprès des praticiens de la musicothérapie montrent que
seulement 16,8 % disposent d’un compte sur un réseau social numérique, alors qu’il existe aussi
des réseaux professionnels comme Linkedin qui pourraient faciliter leurs démarches. Parmi nos
enquêtés, 30,1 % ont un site ou un blog et 57,5 % déclarent ne pas utiliser les dispositifs
numériques pour communiquer sur leur activité. Près de la moitié d’entre eux (42,1 %) ont eu
l’occasion de communiquer au moins une fois sur leur activité en musicothérapie, dans le cadre
d’un séminaire ou d’un congrès. Les lieux de ces communications sont relativement
hétérogènes. Il en ressort une dominante par rapport au cadre de travail des praticiens dans le
secteur médical. Viennent ensuite les journées cliniques organisées à Nantes. On trouve à
égalité les interventions des praticiens dans les formations à la musicothérapie de divers publics
et les conférences dans des lieux publics (cafés, salons professionnels). Quelques praticiens
communiquent également dans le cadre des journées scientifiques organisées par l’AFM. Plus
rarement, les praticiens interviennent dans des colloques, y compris des colloques
universitaires. Aux résultats de l’enquête, ces lieux sont ouverts à différents profils de
praticiens. On observe que ces actions de communication sur la musicothérapie s’inscrivent
majoritairement dans un cadre institutionnel porté par des établissements de santé, notamment
par le CHU de Nantes, dont nous avons déjà remarqué l’implication vis-à-vis de la
musicothérapie, ce qui est moins le cas dans d’autres CHU proches géographiquement des
formations universitaires.
311
Concernant la communication écrite, 17,5 % ont déjà publié un ou plusieurs articles. 10,5 % ne
l’envisagent pas du tout. En revanche, la question a suscité « pas pour l’instant » auprès de
68,4 % de praticiens. Ces contributions paraissent pour la plupart dans la Revue Française de
Musicothérapie éditée par l’AFM, qui est une revue hybride comme nous l’avons déjà relevé.
Un praticien a également publié un article dans ce même type de revue : Médecine palliative.
Les quelques autres publications s’inscrivent dans des revues professionnelles : Empan, qui est
une revue pluridisciplinaire (éducation, social, santé) ; Soins gérontologie ; Soins
pédiatrie/puériculture ; ou encore la revue Musique Thérapie Communication : Revue de
musicothérapie des éditions du Non-Verbal, en lien avec les Ateliers de Musicothérapie de
Bordeaux (AMBx). La réponse d’une praticienne (R.28) a cette question (« j’ai oublié le
nom… ») et les entretiens que nous avons menés pour la recherche montrent que les praticiens
de la musicothérapie ne sont pas particulièrement sensibles ou sensibilisés aux effets de la
communication écrite sur la représentation professionnelle de la musicothérapie. 13,1 % des
praticiens ont également déjà publié un ouvrage complet sur la musicothérapie, ou sont en cours
de sa réalisation. Peu d’entre eux ont participé à un ouvrage collectif.
Les informations recherchées dans ces dispositifs sont variables bien que majoritairement
orientées vers des ressources concernant les pratiques professionnelles (85,3 %) et l’état de la
recherche sur la musicothérapie (78,9 %). Cela montre aussi une certaine confusion entre les
notions de pratique et de recherche, si l’on tient compte des habitudes de lecture des praticiens
et de leur investissement dans les différentes catégories de dispositif qu’ils mobilisent pour
s’informer et communiquer sur la musicothérapie. La recherche de formation en
perfectionnement pour 45 % d’entre eux renvoie à la fois à un souci consciencieux de leur part
et à l’opportunité de développement que représente ce souci pour les organismes de formation,
dont certaines proposent de la supervision de pratiques. L’actualité des associations qui font
circuler, entre autres, des informations concernant la programmation de différents événements
intéressent également 40,4 % des praticiens. Et leurs usages de ces dispositifs peuvent aussi
servir la recherche d’emploi pour 37,6 % d’entre eux.
Les résultats de l’enquête se rapportant à la recherche sur la musicothérapie posent question sur
le positionnement des praticiens par rapport à la recherche. Ils renvoient aussi à certaines limites
de l’enquête en ligne. En effet, le résumé de l’enquête (E-72) montre un taux de participation à
cette question de 41 répondants sur 115. Sur le document Excel (E-73), nous observons que
trois répondants (R.30 ; R.61 ; R.92) disent avoir fait une recherche sur la musicothérapie dans
le cadre d’un doctorat. Or les profils de ces praticiens ne semblent pas correspondre à ceux de
personnes ayant suivi une formation doctorale. En effet, R.30 signale une formation
complémentaire d’éducateur spécialisé et un titre d’hypnothérapeute. Le répondant R.61,
évoque un niveau de master 2, et R.92, celui d’un DU d’art-thérapie à dominante musique.
313
D’ailleurs, ils ne précisent pas dans quelle discipline universitaire ils auraient fait cette
éventuelle thèse. Le taux de 7,1 % de répondants qui auraient mené une recherche doctorale sur
la musicothérapie est donc à prendre en compte de manière plus que relative. D’autres
répondants situent leur recherche sur la musicothérapie par rapport à un mémoire de DU ou
DIU (R.24, R.76). Cela montre une tendance des formations à s’orienter vers la production de
mémoire de recherche, visant à interroger les pratiques qui sont mises en œuvre par les étudiants
dans le cadre de leur stage, et renvoie également à une représentation de la recherche chez les
praticiens qui est peut-être mal située. La remarque d’un infirmier praticien de la
musicothérapie, rend aussi manifeste une représentation particulière de la recherche pouvant
circuler chez les praticiens de la musicothérapie : Je ne suis pas un scientifique et encore moins
un universitaire (R.111). En revanche, les déclarations de certains répondants, qui informent de
leurs contributions à des projets de recherche institutionnels, permettent de remarquer que ceux
qui participent à des événements plus ou moins scientifiques concernant la musicothérapie sont
davantage enclins à s’intégrer dans des projets collectifs de recherche : R.8, R.14, R.31, R.34,
R.35, R.46, R.58, R.84, R.98 et R.101. Ainsi l’information-communication pouvant être mise
en œuvre dans des dispositifs à dimension anthropologique semble instaurer une dynamique de
participation des praticiens aux projets collaboratifs des institutions, favorisant par là-même la
représentation professionnelle des musicothérapeutes dans des études cliniques. Une
participation qui peut aussi être mal vécue par certains praticiens, qui projettent des jugements
de valeur sur la communication écrite et la recherche, laissant à d’autres l’occasion d’investir
la représentation professionnelle et scientifique de la musicothérapie (cf. : enquête et
entretiens).
314
des vidéos ou des forums de discussion, qui permettent des interactions avec de nombreux
internautes sur diverses thématiques, notamment sur la musicothérapie. Wikipédia, Doctissimo
ou L’encyclopédie de l’Agora en sont des exemples illustratifs. Ces médias, élaborés selon des
principes de citoyenneté participative et d’éthique du développement350 sont le lieu de la
circulation de discours sur la musicothérapie351. Une exploration succincte de leurs contenus
permet de repérer que ce sujet y est traité de façon relativement triviale. Pour exemple,
Wikipédia tente une approche de la musicothérapie par : « La musicothérapie, entre dans le
champ des thérapies à médiation musicale et diffère des techniques dites "psychomusicales"
qui touchent plutôt le domaine de la relaxation. », avec une note à l’intention des internautes
précisant : « Cet article ne cite pas suffisamment ses sources »352. De son coté, Doctissimo
introduit son propos sur la musicothérapie par : « Le corps est une oreille »353. Ce média propose
également une série de liens, parfois obsolètes, vers des articles, des dossiers aux contenus
multimédia et aux énoncés non moins triviaux tels que : « les thérapies de la zénitude » ;
« Quand la musique est bonne…pour la santé ! » ; « Le chant prénatal » ; « Psychophonie : Eh
bien chantez maintenant ! » ; « Chants des baleines ou clapotis de vagues, les arpèges de la
détente »354, etc. Quant à l’Encyclopédie de l’Agora, celle-ci s’en réfère à une définition de la
musicothérapie empruntée à l’Association Québécoise de Musicothérapie (AQM) : « La
musicothérapie est un mode d'intervention qui utilise les divers aspects de la musique afin de
maintenir ou d'améliorer la santé physique ou psychique de l'individu. Elle résulte de
l'interaction entre le client355, la musique et le musicothérapeute »356. Sans entrer ici davantage
dans l’analyse du contenu de ces médias, nous observons la place que la musicothérapie peut
occuper dans les débats d’opinion circulant sur internet, via des discours ne valorisant pas
350
Par exemple, la page de l’Encyclopédie de l’Agora affiche sur sa page d’accueil, en sous-titre de présentation,
le slogan « POUR UN MONDE DURABLE » et précise sa politique éditoriale via un lien hypertexte indiqué par
« une oasis de sens » figurant sur une barre d’outils en haut de page. Source : site de L’Encyclopédie de l’Agora,
[consulté le 29 juillet 2016], URL : http://agora.qc.ca/fr/une_oasis_de_sens
351
Source :
- Site Doctissimo.fr, [consulté le 29 juillet 2016], URL :
http://www.doctissimo.fr/html/forme/mag_2000/mag0922/fo_2323_musicotherapie.htm
- Site de l’Encyclopédie de l’Agora [consulté le 29 juillet 2016], URL :
http://agora.qc.ca/dossiers/Musicotherapie
352
Site de Wikipédia, l’encyclopédie libre, [consulté le 29 juillet 2016], URL :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Musicothérapie
353
Site Doctissimo.fr, [consulté le 29 juillet 2016], URL :
http://www.doctissimo.fr/html/forme/mag_2000/mag0922/fo_2323_musicotherapie.htm
354
Site Doctissimo.fr, [consulté le 29 juillet 2016], URL : http://www.doctissimo.fr/html/dossiers/medecines-
douces/niv2/medecines-douces-musicotherapie.htm
355
C’est nous qui soulignons ici le mot client qui déontologiquement s’oppose à celui de patient, mais qui est un
terme particulièrement utilisé dans les pays anglo-saxons pour désigner le patient.
356
Site de l’Encyclopédie de l’Agora, [consulté le 29 juillet 2016], URL :
http://agora.qc.ca/dossiers/Musicotherapie
315
toujours la musicothérapie et ses praticiens, ni l’image des formations. En effet, ces contenus
sont souvent l’œuvre de web-journalistes souvent peu identifiables et pratiquant une écriture de
type « rapport d’entrevue » ou produisant des articles sur des sujets qui ne relèvent pas de leur
spécialité. Pour autant, ils continuent d’élargir le champ lexical de la musicothérapie en lui
injectant une terminologie qui la connote : psychophonie ou thérapie de la zénitude, influençant
de la sorte l’opinion publique. Ce jeu des médias peut être catastrophique pour certains
responsables de formation (E-79 et E-80).
357
Par exemple, les maisons d’éditions ont dû s’adapter au numérique. Le rachat des éditions Larousse en 2004
par le groupe Hachette a entraîné une nouvelle stratégie commerciale, en ligne. Source : site Wikipédia,
l’encyclopédie libre, [consulté le 29 juillet 2016], URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Éditions_Larousse
358
Site de la maison d’édition Larousse, [consulté le 25 juillet 2016], URL : http://www.larousse.fr/
359
Site de la maison d’édition Larousse, page de résultat pour une recherche à partir du mot musicothérapie,
[consulté le 29 juillet 2016], URL : http://www.larousse.fr/encyclopedie/rechercher?q=musicothérapie
360
Ibid.
361
Ibid.
316
l’année d’édition : 2005. Ce lien ouvre une autre page et une nouvelle possibilité de recherche
pour notre sujet. Après un clic supplémentaire, nous découvrons qu’en effet le mot
musicothérapie figure bien dans ce dictionnaire, mais que la définition dont il fait l’objet est
mot pour mot la même que celle que nous avions obtenue d’emblée, sans davantage de
précision. Cette manipulation rend manifeste la circularité permise par le numérique entre les
publications de différents ouvrages d’une même maison d’édition, ce qui n’en n’apporte pas
obligatoirement de nouveaux éléments d’information concernant la musicothérapie et peut
constituer une perte de temps.
Sur le site de l’Encyclopædia Universalis que nous avons également exploré, nous avons trouvé
un article de Marie-Ève Hoffet qui situe d’emblée la musicothérapie par rapport à une définition
empruntée, mot pour mot, à l’Association Française de Musicothérapie (AFM)362 : « la
musicothérapie est l'utilisation du son et de la musique – sous toutes leurs formes – comme
moyen d'expression, de communication, de structuration de la personnalité, et d'analyse de la
relation. Elle s'inscrit dans un cadre soit clinique (psychothérapie), soit psychopédagogique et
social »363. L’auteure y précise les différentes techniques utilisées en musicothérapie en les
distinguant : la musicothérapie réceptive, avec laquelle il s’agit d’une pratique à partir de
l’écoute musicale, et la musicothérapie active qui utilise des pratiques de jeu musical. Elle
évoque, également, d’autres procédés possibles à partir de ces deux formes de musicothérapie
ainsi que l’idée d’un cadre nécessaire à cette pratique pour permettre la prise en charge de
patients en individuel ou en groupe. Un second paragraphe précise que « La musicothérapie
entre dans le cadre général des thérapies avec médiations corporelles et artistiques dans la
classification des psychothérapies établie par le C.I.L.F. (Conseil international de la langue
française), à côté de la relaxation et des art-thérapies (arts plastiques, arts de la scène)
auxquelles elle se rattache. »364. Cette information que nous avons vérifiée sur le site du CILF
renvoie à une fiche de classification répertoriée dans le Dictionnaire des Sciences Humaines,
plus précisément dans le domaine de la psychologie et donne lieu à la définition suivante :
« Utilisation de la musique à des fins thérapeutiques »365, sans autre commentaire. En revenant
sur la page du mot musicothérapie de l’Encyclopædia Universalis en ligne, dans une colonne
362
Source : site de l’Association Française de Musicothérapie (AFM), [consulté le 25 juillet 2016], URL :
http://www.musicotherapie-afm.com/_lafm_et_la_musicotherapie.html
363
Hoffet M.-È., « Musicothérapie », Encyclopædia Universalis [en ligne], 2016, [consulté le 25 juillet 2016],
URL : http://www.universalis.fr/recherche/?q=musicothérapie&s=
364
Ibid.
365
Source : site du Conseil International de la Langue Française, [consulté le 25 juillet 2016], URL :
http://www.cilf.fr/unepage-terminologie-terminologie-zoom-69217-0-1.html
317
en haut à droite de l’écran, figure un sommaire proposant des liens actifs vers trois autres
paragraphes de définition de la musicothérapie intitulés Une pratique actuelle reconnue ; Bases
théoriques contemporaines de la musicothérapie ; La musique, canal de communication et une
Bibliographie. Cette bibliographie fait état de trois ouvrages de référence dans l’ordre suivant :
Notons qu’elle ne mentionne pas l’année de 1ère édition de chacun de ces livres366. En revanche,
elle nous renseigne approximativement sur la période de mise à jour de l’encyclopédie en ligne,
depuis environ deux ans, si l’on en juge par l’écart entre la date de publication de l’ouvrage
d’Olivier Sacks et celle de notre consultation de l’article de Marie-Ève Hoffet367. Parmi ces
références, celle portée à l’égard d’Olivier Sacks, qui était un médecin neurologue368, renforce
l’auctorialité de Marie-Éve Hoffet, qui est praticien-hospitalier en psychiatrie, docteure en
psychologie et rattachée à l’Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale
(INSERM).
A partir de ces quelques données descriptives, nous observons qu’avec son affiliation à
l’INSERM, Marie-Ève Hoffet fait figure d’autorité institutionnelle parmi les rédacteurs
contemporains de l’Encyclopædia Universalis, ce qui induit une connotation sérieuse au mot
musicothérapie et à sa définition. Par ailleurs, sa notoriété crée un effet redondant et circulaire
du discours de l’AFM qui renforce la légitimité de cette association. Dans cette forme de
reconnaissance de l’AFM, nous repérons aussi l’alliance d’acteurs liés par une appartenance à
une même catégorie socio-professionnelle. En effet, Marie-Ève Hoffet est également docteur
en psychologie, ce qui la rapproche particulièrement d’Édith Lecourt, professeur des universités
en psychologie clinique et psychopathologie et co-fondatrice de l’AFM. Nous percevons ainsi
366
A titre d’exemples, le livre d’Olivier Sacks a fait l’objet d’une première parution traduite de l’anglais par
Christian Cler en 2009 ; celui de Gérard Ducourneau d’une 1ère édition en 1997. En revanche, celui d’Édith Lecourt
a bien été édité pour la 1ère fois en 2005.
367
Il est à repréciser ici que dans le référencement automatique des articles de cette encyclopédie en ligne, les
dates de rédaction des articles cités ne sont pas renseignées. La date entre parenthèses, correspond à celle de notre
consultation de l’article qui n’est pas obligatoirement celle de sa publication
368
Source : site des Éditions du Seuil, [consulté le 28 juillet 2016], URL :
http://www.seuil.com/ouvrage/musicophilia-oliver-sacks/9782020969765
318
la forme de contrat social que propose le contenu de cet article dont la publication en ligne
facilite le repérage d’un dialogisme discursif qui fait la promotion d’une musicothérapie dont
la représentation professionnelle peut être renforcée par les processus de production identitaire
d’une catégorie d’acteurs en particulier. De cette situation de communication, il ressort un
principe d’empathie jouant de connivence entre les acteurs qui tend à un procès normatif du
« bon » usage du vocabulaire de la musicothérapie et de sa pratique, dans une sorte de jeu de
miroir social catégorisant (Charaudeau, 1997). Ce jeu participe également d’un principe
homéostasique qui renforce la représentation professionnelle de la musicothérapie, portée par
Édith Lecourt. L’Encyclopædia Universalis en ligne devient alors le médium de
l’institutionnalisation du « bon » usage du mot musicothérapie et de ses expressions dérivées.
Cette définition de la musicothérapie renvoie à une volonté politique d’unification
ethnolinguistique, mise en œuvre par les acteurs d’une communauté socioprofessionnelle
restreinte (les psychologues qui utilisent la musicothérapie dans leurs pratiques
psychothérapeutiques). Elle peut provoquer à la fois des certitudes chez certains publics et un
sentiment de déstabilisation de certaines catégories de praticiens de la musicothérapie. Et,
relevons aussi ici le poids des institutions sur la trajectoire des idées selon la convergence des
intérêts des acteurs, pouvant être collectifs ou participer à des stratégies individuelles.
Dans un autre registre, les effets de la communication numérique sur la dynamique des
représentations de la musicothérapie sont également perceptibles à travers le jeu des médias de
masse qui diffusent parfois des vidéos sur des plateformes collaboratives et de partage. En
l’occurrence, nous avons trouvé une vidéo produite par BFMTV intitulée « La musicothérapie
méthode de lutte efficace contre Alzheimer ». Ce document audio-visuel de 1’23 est accessible
sur le média participatif « You Tube »369. Il s’agit d’une vidéo reportage qui met en scène la
musicothérapie, montrant des extraits d’une séance de groupe dans un hôpital, donnant lieu à
une forme de représentation « pratiquante » de la musicothérapie. Ce document contient de
nombreuses données visuelles, verbales et non verbales permettant de se représenter une
pratique de la musicothérapie ainsi que sa place dans une institution publique, que la vidéo
permet tout à fait d’identifier. Construit selon un enchaînement de plans-séquences et de
discours entre le journaliste, la musicothérapeute, les patients et le médecin gériatre, ce
document propose un contenu-témoignage. Celui-ci est conduit selon un schème narratif fondé
369
Lien vers la vidéo accessible sur la plateforme « YouTube » :
https://www.youtube.com/watch?v=Ns4GUpYB33I. [Consulté le 28 juillet 2016]. Toujours d’actualité en
septembre 2019.
319
sur l’émotion et dont l’objectif peut être de toucher, d’éveiller ou de surprendre, en fonction de
la culture de l’internaute :
« Chanter des airs connus – du chant mais aussi de la danse pour entretenir la forme physique
dans la bonne humeur – y’en a qui laissent leur canne –retrouver une seconde jeunesse – c’est
très entrainant, très joyeux – l’occasion aussi pour ces personnes âgées souvent seules de se
resocialiser – trop souvent à la maison le patient est dévalorisé – les patients chantent pour
montrer à leur famille un autre visage ».
Si la mise en scène que propose cette vidéo permet, en effet, d’accéder à une représentation de
la pratique de la musicothérapie en contexte hospitalier, en revanche elle occulte quasiment la
dimension pathologique des patients montrés et interviewés, ce qui altère la perception de la
fonction soignante de la musicothérapeute qui, dans cette vidéo, est la seule « soignante » à ne
pas porter de blouse blanche. Cette dernière apparaît beaucoup plus à l’aise avec son piano
qu’avec la parole dans sa relation au(x) patient(s) ou avec la caméra. Par ailleurs, ce document
montre une musicothérapie qui frise le divertissement socioculturel au sein de l’hôpital, de la
part d’un groupe soignants/soignés qui semble n’avoir retenu que le caractère burlesque de la
chanson Tout va très bien madame la marquise qui rythme le propos. En effet, le contenu
sémantique de cette chanson crée en 1935 s’ancre, chez ses auteurs, dans une tentative de
dénonciation de l’optimisme des gouvernements français face à la montée du nazisme depuis
les années 1920, au point que l’expression tout va très bien madame la marquise en est même
devenue une expression proverbiale qui désigne une attitude d’aveuglement par rapport à une
situation désespérée. Avec ce montage vidéo, BFM TV, qui appartient au groupe Next Radio
TV et se revendique être la 1ère chaîne d’info de France, brouille l’information sur la
musicothérapie. Elle apparaît ici comme ayant une place a priori acquise dans le secteur
médical et ne fait l’objet d’aucun débat, ni d’aucune interrogation. Et, le journaliste qui mène
ce reportage tait les questions qui pourraient se poser autour du statut de cette pratique en
France, laissant libre cours à la construction de sens pouvant être produite par le spectateur.
Une information que nous pouvons supposer brouillée plus encore dans le contexte télévisé
d’où est extraite cette vidéo, quand la fragmentation de l’information est mise en œuvre par le
concept même de l’information continue (Tremblay-Pépin, 2013). Ainsi, malgré plus de 850
vues, ce document donne lieu à un seul commentaire : je leur souhaite un bon rétablissement,
ce qui témoigne à la fois du statut et de l’usage spécifiques de ces spots. Pour autant, à travers
cette vidéo, BFMTV propose un sujet insolite avec la musicothérapie, traité de façon
320
relativement objective, autour d’une question de société plus globale concernant les personnes
âgées et la maladie d’Alzheimer. Ce reportage-témoignage véhicule également l’image d’un
hôpital porté par des valeurs culturelles, sociales et humaines, renforcées ici par la place
accordée à la musicothérapie dans le fonctionnement d’une institution publique. A travers les
verbalisations des différents acteurs mis en scène, il transmet aussi un discours pluriel autour
de la musicothérapie qui, bien que partiel, peut avoir un impact sur nos représentations.
(Verdier, 2015). Cette vidéo qui met en scène une musicothérapeute pendant l’exercice de sa
profession dans un établissement de soins public circule également sur le média participatif
« Dailymotion » et a pu faire l’objet d’une récupération par la FFM, qui la diffuse toujours sur
son site web, dans sa rubrique « presse ». Et, si tous les praticiens de la musicothérapie ne se
reconnaissent pas obligatoirement à travers la pratique décrite sur cette vidéo, le discours porté
par le journaliste et la gériatre qui commentent ces images met en avant les effets de la
musicothérapie sur le quotidien des malades, notamment via la revalorisation sociale pouvant
être instaurée par ce type de technique de soin.
370
Source site de la plateforme Dailymotion, [consulté le 28 août 2017], URL :
https://www.dailymotion.com/video/x1cfbbb
321
CONCLUSION DE LA TROISIÈME PARTIE
Dès le premier chapitre de cette troisième partie, avec le schéma de la représentativité des
acteurs qui diffusent sur internet des contenus se rapportant à la musicothérapie, nous avons pu
percevoir la complexité des représentations de la musicothérapie. Celle-ci émerge d’entre la
diversité de acteurs, qui depuis leurs positionnements respectifs, forment des systèmes plus ou
moins interdépendants les uns des autres : système de santé, système de formation, système de
représentations des praticiens et système d’information-communication, représenté par les
médias et pouvant être investi de manière sensiblement différentes par les acteurs. A partir de
cette vision globale que la communication numérique des acteurs nous a permis de représenter,
nous nous sommes plus particulièrement penchés sur quelques acteurs, pour étudier leurs points
de vue respectifs concernant la musicothérapie ou son projet et leurs relations autour de cet
objet.
Cette approche nous a conduite à mieux situer les représentations de la musicothérapie pouvant
être véhiculées ou portées par les acteurs : représentations sociales, représentations collectives,
représentations professionnelles, représentations scientifiques, représentations politiques.
Notre étude a permis de considérer que l’ensemble des acteurs reconnaissent l’intérêt de la
musicothérapie, se l’appropriant parfois au détriment de certaines catégories de praticiens.
Toutefois, leurs points de vue respectifs sont aussi légitimes, voire légitimés par les pouvoirs
publics, en raison de leur appartenance à des groupes socio-professionnels institutionnalisés.
Ce qui met en avant le rôle des institutions dans le projet de la musicothérapie et de leur
communication qui tend à orienter la représentation professionnelle et scientifique de la
musicothérapie.
Les dispositifs sociotechniques mobilisés par les acteurs de la musicothérapie montrent que
l’information-communication mise en œuvre par les formations et les praticiens joue également
un rôle important dans le projet de la musicothérapie, l’expression de ses représentations et leur
évolution. Face à la force des institutions, les résultats de l’enquête sur les sites web des
formations universitaires et auprès des praticiens de la musicothérapie renvoient à un défaut de
représentations collectives de la musicothérapie. Actuellement, le rattachement universitaire de
certains organismes de formation ne compense pas ce manque, donnant lieu à une diversité qui
se rajoute à celle des autres organismes de formation. Dans ce système, la diversité peut être
perçue à la fois comme une richesse et comme un frein à la construction d’une identité
322
professionnelle des musicothérapeutes, aussi bien par les acteurs des formations, qu’au sein des
associations ou chez les praticiens. Elle met en œuvre des tensions et des rapports conflictuels
qui peuvent desservir la représentation professionnelle des praticiens sur le terrain professionnel
et empêcher le sentiment d’appartenance aux associations regroupant certains praticiens. Ce
climat induit une confiance relative entre l’ensemble des acteurs de la musicothérapie qui
tendent à vouloir défendre la musicothérapie ou un titre de musicothérapeute qui prête à
confusion. D’autant que certains praticiens sont aussi porteurs d’une autre identité
professionnelle, à laquelle ils tiennent.
Par ailleurs, les résultats de l’enquête montrent que la musicothérapie dispose désormais d’un
vaste lexique, qui ne favorise peut-être pas obligatoirement les échanges sur le terrain
professionnel, ni d’ailleurs entre ses praticiens. Certains d’entre eux réussissent néanmoins à
investir les dispositifs sociotechniques et institutionnels, qui sont autant de dispositifs de
médiation pouvant permettre leurs contributions à la représentation professionnelle, voire
scientifique de la musicothérapie. Les musicothérapeutes s’introduisent dans les milieux
médical, médico-social ou médico-pédagogique, même si leur intégration reste relative aux
choix et aux logiques socio-économiques et politiques des acteurs susceptibles de les employer.
Des choix qui peuvent aussi être légitimes de leur part, en lien avec l’évolution de la politique
de santé publique.
Les organismes de formation, y compris les formations universitaires, ont une propre logique
de fonctionnement qui alimente la diversité des représentations de la musicothérapie. Si en effet
ils en permettent la professionnalisation, ils renvoient à une représentation pouvant être floue
de leurs objectifs. Et les publics qu’ils visent, les conditions d’accès qu’ils instaurent, les
contenus de formation qu’ils proposent et les catégories de diplômes qu’ils attribuent ne
favorisent peut-être pas la reconnaissance de la musicothérapie en tant que technique
thérapeutique spécifique pouvant être identifiée en tant que profession parmi les métiers de la
fonction publique hospitalière. Ces organismes de formations sont contraints à la fois par des
logiques économico-politiques, le fonctionnement du système de santé et l’évolution de la
politique de santé publique qui donne aussi lieu à la multiplication des DU impliquant la
musicothérapie, notamment dans les facultés de médecine. Les contenus de formation qu’ils
proposent permettent de situer la musicothérapie au cœur même d’une interdisciplinarité
impliquant a minima : la psychiatrie, la psychologie, la neuropsychologie, l’ethnomusicologie,
la musicologie, etc. qui en fait toute sa spécificité. Pourtant les acteurs des formations,
323
notamment universitaires, sont restés attachés à leur « discipline » d’origine, ne permettant pas
l’innovation d’une nouvelle discipline propre à la musicothérapie, qui semble avoir du mal à
construire son socle théorique. Les implications des acteurs dans la mise en place des
formations révèlent davantage des stratégies d’évolution individuelle que collective. Dans ces
évolutions, rappelons que l’information-communication a joué un rôle important. Elle continue
de le jouer, de façon relative aux acteurs et à leurs visions respectives du rôle de l’information-
communication dans l’évolution du projet de la musicothérapie et de ses représentations
professionnelles, voire scientifiques.
Par ailleurs, les médias ainsi que différentes catégories de dispositifs sociotechniques (groupes
de travail, réunions pluridisciplinaires sur les lieux de travail, colloques, congrès, associations,
centres de formation, etc.) peuvent être instrumentalisés par les acteurs et influencer ou orienter
les représentations de la musicothérapie. Parmi eux, les médias numériques contribuent à la
formation, la circulation et la transformation des représentations de la musicothérapie, selon
des stratégies de communication d’acteurs pouvant être très variables, en raison des objectifs
qui les sous-tendent et qui entretiennent leur diversité.
324
CONCLUSION GÉNÉRALE
A partir d’un questionnement qui s’est initié sur le terrain professionnel concernant la place de
la musicothérapie dans le système de santé français, notre évolution en SIC a déplacé notre
approche de cet objet. Nous avons pu l’interroger différemment, en abordant la musicothérapie
sous l’angle des représentations, pour mieux comprendre le rôle de l’information et de la
communication dans leurs manifestations que nous avons saisies à travers différentes catégories
de dispositifs : des documents, des sites web, des enquêtes, questionnant aussi les pratiques
info-communicationnelle des acteurs. Ces dispositifs donnent lieu à des contextes discursifs
pouvant être très divers, dans lesquels circulent de nombreux discours sur la musicothérapie.
La première partie de la thèse, nous a permis de poser des points de repère pour étudier les
représentations de la musicothérapie. Notre présentation de la musicothérapie, à travers laquelle
nous avons aussi mobilisé la recherche en SIC, montre que son actualité s’ancre dans des
représentations héritées, qui renvoient à des pratiques ancestrales. Si au cours de l’histoire, la
musique et les musiciens se sont introduits dans les milieux hospitaliers, dès la fin du XIXe
siècle, la musique est aussi utilisée par quelques médecins mélomanes ou musiciens. Leurs
échanges et leurs communications sur cette utilisation a conduit à l’émergence du mot
musicothérapie, d’abord dans le milieu médical avant qu’il ne se propage dans différents
milieux sociaux, notamment via des articles de la presse de l’époque. Son actualité tient aussi
à la mise en place et au développement de nombreuses formations visant sa professionnalisation
depuis le début des années 1970. Et, nous avons pu observer que cet essor de la musicothérapie
relève aussi des trajectoires individuelles de quelques personnalités qui se sont particulièrement
impliquées dans son développement en France, notamment en communiquant sur le sujet. Nous
avons aussi posé que la musicothérapie pouvait trouver sa place dans les établissements de
santé, où s’enchevêtrent différents cadres de médiation contribuant à sa dimension
thérapeutique.
Par ailleurs, avec la notion de représentation que nous avons définie selon différents angles qui
mettent en évidence ses aspects communicationnels, nous avons vu que le paradigme
représentationnel est relativement ouvert à différentes disciplines scientifiques parmi
lesquelles, les SIC ont un rôle à jouer. Et notre approche qui a permis de préciser des typologies
de représentations a pu conduire à identifier des formes complexes de représentations de la
musicothérapie pouvant être véhiculées ou portées par les acteurs que nous avons ciblés pour
325
la thèse. Avec le concept de dispositif, nous avons pu à la fois contextualiser la question de la
musicothérapie par rapport aux dispositifs de soins dans lesquels elle s’inscrit, de façon
relativement instable si l’on considère le fonctionnement du système de santé et sa gouvernance.
En précisant ce concept par différentes catégories de dispositif, nous avons aussi mobilisé la
recherche en SIC. Notamment, nous avons opéré un retour sur la théorie du document qui a
permis de relever ses différentes dimensions, pouvant être plus ou moins investies par les
acteurs que nous avons impliqués dans la thèse. Par ailleurs notre approche des représentations
de la musicothérapie sur internet et par les dispositifs numériques a permis de mieux
comprendre leurs qualités médiatiques ainsi que les usages auxquels ils peuvent donner lieu et
qui participent à l’expression de ces représentations. Évoluant peu à peu par rapport à l’objet
de la discipline, nous avons pu construire notre objet.
Dans la deuxième partie de la thèse, nous avons précisé notre positionnement constructiviste
par rapport à différents courants existants, conduisant à pouvoir utiliser une méthode mixte pour
la recherche, l’inscrivant aussi dans le sillon de la recherche qualitative. En ce sens, notre
démarche empirico-inductive a permis la construction du terrain de la recherche qui a fait l’objet
d’une description dans le deuxième paragraphe de cette partie de la thèse. Nous avons aussi
présenté les acteurs que nous avons pris en considération, afin de cibler plus particulièrement
un ensemble d’acteurs significatif pour la recherche pour recueillir un certain nombre de
matériaux qui ont permis l’élaboration d’un corpus que nous avons présenté. Ce choix de
matériaux (documents, résultats d’enquête, enregistrements audio) a conduit à mobiliser
différentes méthodes et techniques de recueil et d’analyse de données que nous avons
expliquées et précisées en tant que « bricolage méthodologique » propre à la recherche
qualitative.
Dans la troisième partie de la thèse, nous nous sommes attachée à restituer nos résultats à partir
d’une vision globale des acteurs qui diffusent sur internet des contenus se rapportant à la
musicothérapie afin de mieux situer ceux que nous avons ciblés pour la recherche. Ce qui a
conduit à étudier plus précisément leur positionnement vis-à-vis de la musicothérapie et les
relations qu’ils entretiennent autour de cet objet, notamment à partir de l’analyse actionniste.
En effet, les potentialités ou les fonctionnalités des sites web que nous avons observés
définissent des contextes discursifs pouvant interférer avec la perception et l’interprétation des
représentations de la musicothérapie. Ces interférences peuvent se situer à différents niveaux
de dispositifs, englobés par le site d’un acteur. Et, nous avons vu comment internet qui permet
326
de naviguer, d’un site à un autre pour interroger la qualité informationnelle d’un contenu et
repérer les stratégies de communication et le jeu des acteurs peut conduire à une signification
plurielle des représentations de la musicothérapie qui permet de relativiser le discours des
acteurs. En particulier, la recherche a permis de repérer le déploiement de différents réseaux
d’acteurs, qui mettent en œuvre des stratégies communicationnelles et discursives tout autant
diversifiées. Ces réseaux entraînent des effets circulaires et récursifs pouvant être catégorisant
ou à tendance normative, comme cela peut être le cas concernant les acteurs clés du système de
santé. Ils renvoient aussi à la dispersion des représentations de la musicothérapie, par rapport
au système de formation et à la représentation professionnelle des praticiens. Ainsi, la visibilité
des acteurs sur internet met en jeu les représentations de la musicothérapie dans une forme de
débat en ligne, dans un espace qui se définit comme une forme de renouvellement de l’espace
public. Dans cet espace, les discours institutionnels, politico-citoyens et ordinaires des acteurs
s’enchevêtrent, pouvant conduire à plusieurs interprétations de la « réalité » sociale de la
musicothérapie et de ses praticiens.
Dans cet espace également médiatique, les représentations de la musicothérapie sont mises en
tension révélant des rapports de force entre les acteurs qui peuvent être mis en lien avec leurs
intérêts respectifs tout en n’excluant pas leurs relations d’interdépendance. Cette forme
d’espace public médiatique autorise aussi la participation (relative) et les libertés langagières
de nombreux publics d’internautes. Mais quelle qualité peut-on attribuer à cette reconfiguration
de l’espace public quand les discours qui y circulent ne sont pas obligatoirement d’actualité et
que les stratégies des acteurs viennent comme brouiller l’information, demandant de nombreux
efforts cognitifs et de technicité aux publics pour pouvoir situer les représentations qu’ils
véhiculent ? Quoi qu’il en soit, la thèse montre que si les technologies numériques semblent
favoriser l’instrumentalisation de la communication par l’ensemble des acteurs, réinterrogeant
de manière relative la place de la musicothérapie dans le système de santé, elles instaurent aussi
une pragmatique sociale qui n’échappe qu’en partie au contrôle des institutions dont le discours
dominant tend à normaliser les pratiques socioprofessionnelles et la place de la musicothérapie
dans le système de santé.
Par ailleurs, cette recherche présente aussi des limites. Dès le début de la thèse nous avons fait
part de notre expérience personnelle, projetant aussi certaines idées dans notre présentation et
notre approche des représentations de la musicothérapie. Nous avons ainsi mêlé des éléments
autobiographiques à d’autres plus extérieurs. Nous avons également impliqué certains acteurs
327
dans la recherche, à leur insu. Notamment ceux qui sont rattachés à des actants clés du
fonctionnement du système de santé, sans mener directement auprès d’eux des entretiens qui
pourraient permettre de préciser leurs attitudes vis-à-vis de la musicothérapie et leurs
représentations. Toutefois, nous avons tâché de rester au plus près de la définition que ces
actants donnent d’eux-mêmes, pour interpréter les représentations qui émergent de leurs
discours respectifs. La recherche peut également être critiquée par rapport aux méthodes
d’enquête, notamment l’enquête en ligne. En effet, les potentialités du dispositif Google Form
que nous avons mobilisé interfèrent sur les résultats de l’enquête, ayant conduit à des formes
d’expression écrite qui altèrent peut-être notre interprétation des représentations des praticiens
enquêtés. L’enquête pourrait aussi s’élargir auprès de patients qui expérimentent la
musicothérapie dans différents lieux de soins, pour connaître leur point de vue sur le sujet. Ou
encore, auprès d’une population étrangère au contexte d’exercice de la musicothérapie, pour
étudier leurs représentations sociales. D’autant que les représentations sociales sont des savoirs
de sens commun ou des savoirs naïfs, qui se distinguent des représentations relativement
collectives que nous avons étudiées dans la thèse.
Avec le recul, nous pouvons aussi dire que la méthodologie de la recherche a été difficile à
mettre en œuvre et à réaliser, notamment concernant le cadrage empirique de l’enquête auprès
d’acteurs cibles. L’abondance des contenus circulant sur internet nous a demandé un fort
investissement à la fois temporel et méthodologique pour les choisir et réaliser l’intérêt d’une
enquête complémentaire que nous avons mise en oeuvre auprès des praticiens et d’autres
acteurs clés de la musicothérapie. Ce fut aussi pour nous l’occasion de nous entretenir avec eux
et nous les remercions de l’intérêt qu’ils ont porté à cette recherche, qui répond modestement à
certaines de leurs questions ou attentes.
Ce travail appelle aussi à poursuivre un questionnement en SIC sur les pratiques info-
communicationnelles via les usages du numérique, par exemple pour appréhender de manière
plus ciblée la technicisation des pratiques info-communicationnelles des acteurs de l’internet et
ses effets sur les formes de médiation sociale, culturelle ou politique que ce média est
susceptible de générer. Les publics d’internet développent aussi des compétences techniques et
des stratégies informationnelles qui peuvent interférer sur l’interprétation de nombreuses
données circulant sur le web. Or la diffusion et la médiatisation de ces données posent question
sur leur cycle de vie, comme nous avons pu l’observer par rapport à certains contenus non
actualisés ou devenus obsolètes concernant notre recherche sur la musicothérapie. Avec la
328
multiplicité des traces numériques, il serait intéressant d’évaluer plus précisément les contextes
de réception des discours du web et les formes de relation que les usagers mettent en œuvre
avec certains contenus dont la dimension technologique interfère aussi sur les processus
cognitifs qui permettent d’évaluer la pertinence d’une information.
Avec ce dernier paragraphe de la thèse, nous avons souhaité mettre en avant les apports d’une
approche info-communicationnelle des représentations de la musicothérapie qui a permis de
mieux comprendre leur dynamique, dans un contexte numérique sans cesse renouvelé qui a
également conduit à des rencontres.
329
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NETOGRAPHIE
Sites des institutions
Agence Française de la Santé numérique http://esante.gouv.fr/
(ASIP Santé)
Assemblée nationale http://www.assemblee-nationale.fr/
Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (APHP) https://www.aphp.fr/
CHU de Nantes https://www.chu-nantes.fr
CHU de Nîmes http://www.chu-nimes.fr/
CHU de Montpellier www.chu-montpellier.fr
Cité de la musique Philharmonie de Paris http://www.citedelamusique.fr/francais/
355
TABLE DES MATIÈRES
REMERCIEMENTS……………………………………………………………………………………... 1
SOMMAIRE…………………………………………………………………………………………….... 2
AVANT PROPOS………………………………………………………………………………………... 3
INTRODUCTION GÉNÉRALE……………………………………………………………………….. 4
1. CONSTRUCTION DE LA PROBLÉMATIQUE………………………………………………… 16
356
expérience de praticienne……………………………………………………… 51
3.2 Des représentations émergeant de la recherche sur la musicothérapie……… 57
1. LA NOTION DE REPRÉSENTATION…………………………………………………………... 63
2. LE CONCEPT DE DISPOSITIF………………………………………………………………….. 85
357
1.1 Internet : une composante majeure du terrain de la recherche…………………. 138
1.1.1 Internet : un « monde de réseaux »…………………………………….... 138
1.1.2 Internet : un lieu de discours circulant…………………………………… 140
1.2 D’internet au terrain de la recherche…………………………………………… 142
1.2.1 De l’exploration des représentations de la musicothérapie sur internet… 142
1.2.2 Internet : un outil de médiation de l’information-communication sur la
musicothérapie…………………………………………………………. 144
1.2.3 Internet : un lieu d’observation participante…………………………... 144
1.2.4 Internet : un moyen de mise en relation avec les acteurs……………….. 148
2.1 Les acteurs qui diffusent sur internet des contenus se référant à la 151
musicothérapie………………………………………………………………….
2.2 Les acteurs ciblés pour la recherche……………………………………………. 164
3.1 Un recueil de documents numériques et de contenus web issus de notre enquête 168
en ligne sur les sites des acteurs…………………………………………………
3.2 Des témoignages issus de notre enquête en ligne auprès des praticiens de la 175
musicothérapie et des entretiens que nous avons menés………………………..
3.3 Codage et présentation du corpus………………………………………………. 178
358
CHAPITRE 1 : L’APPROCHE COMPRÉHENSIVE DES ACTEURS CIBLÉS POUR LA
RECHERCHE…………………………………………………………………………………………... 227
2.1 Les visions respectives des acteurs concernant la situation de la musicothérapie. 243
2.2.1 Schéma de modélisation des relations entre les acteurs ciblés pour la 253
recherche………………………………………………………………..
2.2.2 Commentaires du schéma de modélisation…………………………….. 256
1.2 Les représentations de la musicothérapie à travers les contenus diffusés sur le 267
site web du ministère…………………………………………………………...
2. LES REPRÉSENTATIONS DE LA MUSICOTHÉRAPIE VÉHICULÉES PAR LA HAS ET 275
LES ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ…………………………………………………
359
4.1 Les représentations de la musicothérapie chez ses praticiens : retour d’enquête. 293
4.2 Les praticiens et la représentation professionnelle……………………………… 300
1.1 Les effets de la communication numérique des acteurs clés de la santé sur les
représentations de la musicothérapie : le ministère, la HAS et les établissements
306
de santé………………………………………………………………………….
1.2 Les effets de la communication numérique des acteurs des formations
universitaires sur les représentations de la musicothérapie……………………... 311
BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………………………………………... 332
NETOGRAPHIE………………………………………………………………………………………….. 357
360
TABLE DES SIGLES
361
CNCP Commission nationale de la certification professionnelle
CNG Conseil National de Gestion
CNSA Caisse Nationale de Sécurité pour l’Autonomie
CPPAP Comité Paritaire des publications et Agences de Presses
CSA Conseil Supérieur de l’Audiovisuel
CU Certificat Universitaire
DE Diplôme d’État
DGS Direction Générale de la Santé
DICOM Délégation à l’information et à la communication
DMP Dossier Médical Personnel / Dossier Médical Partagé
DU Diplôme Universitaire
EMTC European Music Therapy Confederation
FAPAG Fédération des Associations de Psychothérapie Analytique de Groupe
FéMaSac Fédération des Maisons de Santé comtoises
FFAT Fédération Française des Art-thérapeutes
FFM Fédération Française de Musicothérapie
HAS Haute Autorité de Santé
HCERES Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement
Supérieur
HCSP Haut Conseil de la Santé Publique
INFIPP L’Institut National de Formation des Infirmiers et des Personnels de
Psychiatrie
INSERM Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale
INECAT Institut National d’Expression, de Création d’Art et Transformation
LabMin Laboratoire de Recherche en Musicothérapie Institut de Nantes
LMD Licence Master Doctorat
MCF Maître de Conférences
OMS Organisation Mondiale de la Santé
ONG Organisation Non Gouvernementale
ONU Organisation des Nations Unies
PAGSI Programme d’Action Gouvernementale pour la Société de l’Information
PDF Portable Format Document
PGI Pôle de Gérontologie Inter-régional
362
PH Praticien Hospitalier
PIREM Pôle International de Recherche en Musicothérapie
PMSI Programme de médicalisation des systèmes d’information
PRES Pôles de Recherche de l’Enseignement Supérieur
RNCP Répertoire national des certifications professionnelle
RPPS Répertoire Partagé des Professionnels de Santé
RSN Réseaux Sociaux Numériques
SI Sciences de l’Information
SHS Sciences Humaines et Sociales
SC Sciences de la Communication
SFM Société Française de Musicothérapie
SIC Sciences de l’information et de la communication
SPDRE Soins Psychiatriques sur Décision du Représentant de l’État
SPDT Soins Psychiatriques à la Demande d’un Tiers
STAPS Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives
TEC laboratoire Techniques et Enjeux du Corps
TIC Technologies de l’Information et de la Communication
TICN Technologies de l’Information et de la Communication Numérique
UE Union Européenne
UFR Unité de Formation et de Recherche
UPVM3 Université Paul-Valéry Montpellier 3
URSSAFF Union de Recouvrement des cotisations de Sécurité Sociale et d’Allocations
Familiales
VAE Validation des Acquis par l’Expérience
WFMT World Féderation of Music Therapy
363
RÉSUMÉ EN FRANCAIS
364
SUMMARY IN ENGLISH
365