Humus
Ne doit pas être confondu avec Houmous.
Pour les articles homonymes, voir Humus (album de Bojan Z) et HumuS (éditions).
Cycle de la matière organique : minéralisation et humification.
L’humus est la couche supérieure du sol créée, entretenue et modifiée par la décomposition de
la matière organique, principalement par l’action combinée des animaux, des bactéries et des
champignons du sol. L’humus est une matière souple et aérée, qui absorbe et retient bien
l’eau, de pH variable selon que la matière organique est liée ou non à des minéraux, d’aspect
foncé (brunâtre à noir), à l’odeur caractéristique, variable selon qu’il s’agit d’une des
nombreuses formes d’humus forestier, de prairie, ou de sol cultivé.
L’humus se distingue du compost par son origine naturelle, mais partage avec lui beaucoup de
propriétés, notamment sa capacité à retenir l’eau et les nutriments. Dans le compartiment de la
biosphère qu’est le sol, l’humus est la partie biologiquement la plus active. C’est dans les
zones tempérées qu’il est le plus abondant, mais on a récemment redécouvert et étudié une
sorte d’humus ancien et d’origine humaine en Amazonie : la terra preta, ou terre noire.
L’humus est absent des déserts et, plus généralement, de tout milieu dépourvu de végétation
(la haute montagne, par exemple).
La capacité d’échange naturelle d’un humus ainsi que sa décomposition lente délivrent aux
racines des plantes de l’azote, du phosphore et tous les éléments nutritifs indispensables à la
croissance des végétaux. Si l’humus est enfoui par labour ou asphyxié (inondation durable,
compression, bâchage étanche), il se dégrade et libère des composés toxiques ainsi que du
méthane.
Historique
Avant que le microscope ne mette en évidence le fait que ce sont des micro-organismes et des
invertébrés qui produisent l’humus, il était considéré comme une substance chimique inerte ;
le Dictionnaire Littré, de la langue française (1872-1877) le définit comme « terre végétale »
et en donne la sous-définition suivante : « Terme de chimie. Matière brune peu soluble dans
l’eau, soluble dans les alcalis, provenant de la décomposition et de la combustion lente des
substances organiques dans le sol ou à sa surface ». Cependant il faut signaler que le
pédologue-écologue danois P.E. Müller avait décrit dès le XIXe siècle, à l’aide d’observations
au microscope, la plupart des organismes connus aujourd’hui comme participant à la
formation de l’humus.
L’humus est caractérisé par une couleur foncée qui traduit sa richesse en carbone organique.
Étymologie
Le mot grec humus désignant la « terre » est cité par Curtius (Ier siècle ap. J.-C.) comme
provenant d’un mot grec signifiant « à terre », locatif d’un substantif hors d’usage.
En réalité, le mot latin humus, comme d’ailleurs le mot homo « homme », provient de la
racine indo-européenne *ghyom- qui signifiait terre (cf. Jacqueline Picoche 1994, p. 287).
Formation des humus ou humification
La mise à nu des sols et le labour répété causent en quelques années une disparition de
l’humus. Les sols noirs deviennent ocre, perdent leur capacité à retenir et infiltrer l’eau, et
deviennent plus sensibles à l’érosion.
Le labour et les engrais chimiques ne sont pas les seules causes de destruction de l’humus qui
fixe les sols ; la déforestation et le surpâturage sur sols fragiles en sont d’autres. Sans
protection végétale du sol, et sans apport de matière organique, l’érosion et l’appauvrissement
de ce type de sol sont alors inévitables.
La formation des humus ou humification est dite « biogénique », c’est-à-dire que l’humus
peut se former par simple oxydation de la nécromasse en l’absence d’organismes vivants mais
ce processus est considérablement accéléré lorsque des organismes vivants ingèrent la matière
organique ou sécrètent des enzymes qui la transforment.
La matière organique qui est à la base de l’humus est d’origine essentiellement végétale, puis
microbienne et animale lors du processus de transformation, alors que les composants du sol
profond sont en grande partie d’origine minérale.
La matière première de l’humus est soit la litière soit les résidus de culture, à laquelle
s’ajoutent des composants d’origine animale déposés dans les horizons superficiels (nom
donné à la surface du sol par les pédologues) ou remontés par les animaux fouisseurs, dont les
vers de terre. Cette matière subit une évolution plus ou moins rapide (selon les conditions de
température, d’humidité, d’acidité ou la présence d’inhibiteurs tels que certains métaux lourds
ou toxiques) qui aboutit à sa transformation sous forme de composés organiques complexes,
électronégatifs et relativement stables. Selon la taille des molécules ainsi produites, il s’agit de
composés insolubles ( humines) ou de colloïdes ( acides humiques et acides fulviques)
susceptibles de migrer dans les sols. La présence en grande quantité de cations métalliques
dans le sol tels que le fer ou le calcium ou bien encore d’ argiles insolubilise les acides
humiques et fulviques et empêche leur migration, formant ce que l’on appelle des sols bruns.
En présence de quantités faibles de cations métalliques, la migration des molécules humiques
de petite taille ( acides fulviques) entraine les faibles quantités de métaux présents dans les
horizons de surface, formant ce que l’on appelle les podzols. L’activité de la faune fouisseuse
(vers de terre, fourmis, termites) contribue à une mise en contact rapide des composés
humiques avec la matière minérale, empêchant ainsi leur lessivage et donc leur perte pour les
écosystèmes ou les agrosystèmes.
La matière organique qui, en se décomposant, produit l’humus est constituée :
De fragments végétaux (feuilles, aiguilles, tiges, racines, bois, écorce, graines, pollens) en
décomposition,
D’exsudats racinaires et d’exsudats végétaux (propolis) et animaux (miellat) au-dessus du sol,
D’excréments et excrétats (mucus, mucilages) de vers de terre et d’autres organismes animaux
et microbiens du sol,
Des cadavres animaux et de nombreux micro-organismes, champignons microscopiques et
bactéries,
Tous ces éléments sont sans cesse digérés, déplacés (bioturbation) et mobilisés par une
communauté d’organismes dits détritivores, saprophages ou saprophytes : bactéries,
champignons et invertébrés. En zone froide ou continentale, la formation de l’humus est
accélérée au printemps quand la température monte et que l’humidité est importante.
Évolution de l’humus après l’apport de matériaux organiques et d’engrais azotés dans un sol
cultivé. D. Soltner : Les bases de la production végétale. Tome I Le Sol.
L’humus peut s’accumuler et évoluer très lentement sous climat froid, jusqu’à constituer un
puits de carbone, mais en climat chaud, il peut se minéraliser très rapidement et disparaître. Il
est généralement absent des forêts tropicales, mais l’homme a localement produit en
Amazonie, à partir de charbon de bois, un équivalent de l’humus dit Terra preta. Certains
milieux très particuliers peuvent montrer des accumulations importantes de matière organique
humifiée, constituant autant de puits de carbone : il s’agit des tourbières en climat froid
(montagnes, régions boréales) et des énormes accumulations observées en forêt sur « sables
blancs » en milieu tropical.
L’humus constitue une réserve importante de matière organique dans le sol. Il est utile pour
l’agriculteur, le jardinier ou le forestier de connaître la quantité totale d'humus et sa qualité.
Un des indices de sa qualité est le rapport C/N du sol. Comme le carbone et l’azote ne se
recyclent pas à la même vitesse (le carbone est respiré donc « tourne » plus vite que l’azote,
qui est renouvelé avec les protéines) un rapport C/N bas (10 ou moins) indique une bonne
activité biologique du sol, alors qu’un C/N élevé (20 ou plus) indique un ralentissement de
cette activité. L’odeur et l’aspect visuel, ainsi que l’observation au microscope des organismes
le composant renseignent sur la qualité de l’humus, ainsi, le cas échéant, que des analyses de
sa composition chimique. Il faut aussi tenir compte de la nature biochimique des composés
carbonés : on observe une différence notable de la cinétique d’humification entre composés
cellulosiques et composés lignifiés. Il est possible par analyse chimique précédée d’une
hydrolyse acide modérée de déterminer un rapport C/N hydrolysable [Quoi ?] qui apporte une
information capitale sur le rythme d’évolution des composés organiques ajoutés ou présents
dans le sol donc sur le rôle d’un humus en termes de productivité et d’environnement.
L’humus, au sens chimique du terme, est constitué d’humus libre (= matière organique
humifiée, non liée aux argiles ou aux oxydes métalliques) et d’humus lié. L’humus libre est
une fraction légère à C/N élevé, facilement biodégradable (sauf dans les sols très acides ou
engorgés) et migrant facilement dans le profil dans les sols bien drainés ou lorsque la nappe
phréatique s’abaisse. Lors des processus de lixiviation, on observe une accumulation en
profondeur de composés humiques non biodégradés, pouvant former en se complexant avec
les métaux ayant migré un niveau induré (alios). L’humus lié est l’humus le plus stable, celui
qui est le plus intéressant sur un plan agronomique par sa pérennité et sa capacité d’échange
cationique (« CEC ») et anionique. Il est aussi appelé humine d’insolubilisation. Ce sont les
composés humiques migrants (acides humiques et surtout fulviques), solubles ou colloïdaux,
qui teintent l’eau d’une couleur « thé » dans certaines zones tropicales ou tempérées.
Formes d’humus
Sur les pentes, et dans de bonnes conditions, la couche d’humus dépasse rarement 30-40 cm.
Elle est plus épaisse dans les vallées et les creux.
Selon que l’humus a été formé dans un sol aéré ou plutôt asphyxiant (en raison par exemple
d’une saturation totale en eau ou d’une compaction répétée), on peut classer les humus en
deux catégories.
Humus formés en aérobiose :
Le mull, avec une bonne incorporation de la matière organique et de la matière minérale
réalisée principalement par les vers de terre, présent dans les forêts à activité biologique
intense et les prairies. On ne trouve alors que des débris (feuilles mortes) de l’année
précédente voire de l’automne précédent, et une couche d’épaisseur variable de matière
organo-minérale de couleur brune. Le sol est riche en éléments nutritifs, la minéralisation
s’effectue rapidement : c’est un milieu idéal pour les vers de terre sauf dans le cas où le sol est
calcaire ( rendzine noire forestière). Dans les régions tropicales (savane) et les milieux sub-
désertiques, le mull peut être produit par d’autres organismes fouisseurs tels que les termites
et les insectes Tenebrionidae ;
Le moder, avec une couche superficielle de matière organique non incorporée, humifiée par la
faune et les champignons, présent dans les forêts et les landes à activité biologique moyenne.
On y voit (à l’automne) les feuilles de l’année qui subissent une décomposition surtout
fongique, mais aussi les feuilles de l’année précédente partiellement décomposées, réduites à
leur réseau de nervures (squelettiques), avec de nombreux filaments de champignons, des
racines (mycorhizes) et surtout des boulettes fécales (crottes) provenant des animaux vivant
dans la litière et la couche d’humus (épaisse de quelques millimètres à plusieurs centimètres).
Son odeur de champignon est caractéristique (« moder smell ») ;
Le mor, avec une couche superficielle de matière organique non ou peu humifiée, présent
dans les forêts et les landes à activité biologique faible, ce qui ralentit la vitesse de
décomposition des débris végétaux, entraînant une acidification du sol et un phénomène de
podzolisation. La terre de bruyère est un exemple de mor. L’épaisseur de ce type d’humus
peut être considérable, mais n’est pas un critère d’identification. Le passage du feu est
souvent le moyen par lequel cette forme d’humus trouve son équilibre et permet à la
végétation de se reconstituer, en restituant au sol les nutriments immobilisés dans la couche
organique
Humus formés en anaérobiose :
La tourbe, renfermant une grande quantité de résidus végétaux identifiables, parfois vieux de
plusieurs milliers d’années. Il s’agit d’une véritable archive de l’environnement. La tourbe se
forme dans des milieux inondés de façon permanente, en présence d’une végétation aquatique
dense et à forte croissance (sphaignes, grands carex, glycérie, etc.). La tourbe renferme de
nombreux pollens qui permettent de reconstituer l’histoire du paysage jusqu’à des époques
très anciennes ;
L’anmoor, renfermant une grande quantité de matière organique humifiée, mélangée à des
argiles. L’anmoor se forme dans des milieux temporairement inondés, par exemple le long des
rivières, la phase de dessiccation permettant aux processus biologiques conduisant à
l’humification de se dérouler
Complexe argilo-humique
On appelle complexe argilo-humique (CAH) ou complexe adsorbant l’association colloïdale
d’ argiles et d’humus. Ils se trouvent dans ce cas tous deux à l’état floculé à la suite du travail
de la faune et des micro-organismes du sol. Les vers de terre jouent un rôle essentiel dans leur
production, grâce à une capacité à lier des molécules négativement polarisées par un cation
bivalent (le calcium ; Ca2+ en général). Une carence en calcium, notamment en milieu acide
est source de dégradation (minéralisation de la matière organique) de ce complexe, mais
d’autres facteurs entrent en jeu ; il semble notamment que des apports riches en protéines
(comme avec le Bois raméal fragmenté), ou les mucus de certains organismes puissent aussi
jouer un rôle dans la constitution de ces complexes qui deviennent stables et presque
insolubles une fois desséchés (comme le ciment lorsqu’il s’est polymérisé), ce qui explique la
résistance de l’humus à l’eau et à l’érosion, ainsi que le maintien de sa structure et son
exceptionnelle capillarité. Ce complexe facilite la pénétration du sol par les racines et les
champignons, leur approvisionnement en eau et sels minéraux, l’aération de leurs racines. Il
conditionne en particulier l’aptitude du sol à stocker l’eau quand les précipitations sont
abondantes (ou pouvoir de rétention en eau) et à la restituer quand elles sont déficitaires et par
conséquent à approvisionner les plantes au fur et à mesure de leurs besoins, qui varient selon
les différentes phases du cycle végétatif.
Ces complexes peuvent de plus fixer des métaux lourds ou toxiques (éventuellement
radioactifs), en limitant leur transfert aux plantes et à l’eau, ainsi qu’à la chaîne alimentaire.
Article détaillé : Complexe argilo-humique.
Destruction de l’humus
Effets de l’érosion des sols, qui touchent une grande partie des zones de grandes cultures en
Europe.
Glacis.
Le labour dilue l’humus en l’enfouissant, causant une minéralisation trop rapide de la matière
organique et des pertes de sol qui atteignent couramment 10 tonnes par an et par hectare en
zone tempérée (perte moyenne par exemple mesurée dans le Bassin de Tubersent dans le Pas-
de-Calais au début des années 1980-1990) et jusqu’à plusieurs centaines de tonnes en zone
tropicale.
La disparition de l’humus se traduit aussi par un phénomène de glacis des sols labourés qui
diminue fortement leur capacité à absorber l’eau. Celle-ci, polluée par les pesticides et des
excès de nitrates (responsables du pullulement d’algues vertes et de cyanobactéries visibles
sur le sol) ruisselle en emportant les particules fines qui augmentent la turbidité des fleuves et
rivières.
De nos jours, il existe de nombreuses méthodes permettant de produire des cultures sans
détruire l’humus, dont :
L’agriculture biologique ;
La technique culturale simplifiée ;
Le semis direct ;
Le rétablissement d’un enherbement contrôlé, sous les vignes dont les sols tendaient à se
dégrader par exemple ;
L’utilisation du bois raméal fragmenté ;
L’agriculture naturelle, etc.
L’humus se dégrade naturellement par le phénomène de minéralisation secondaire (appelé
K2), ce qui implique de mettre en œuvre des actions visant à limiter le phénomène (non-
labour, etc.) et à apporter de la matière organique ligneuse et cellulosique.
Bibliographie
Bernard Jabiol, Alain Brêthes, Jean-François Ponge, François Toutain, Jean-Jacques Brun,
2007. L’humus sous toutes ses formes. ENGREF, Nancy, 60 photographies, 64 p.
Barbié Olivier. Abrégé d’agriculture naturelle, Institut Technique d’Agriculture Naturelle,
Houilles, 120 pp.
Sébastien Fontaine, Pascal Carrère, « Pourquoi le stockage du carbone est plus stable dans les
couches profondes du sol », Biofutur (Mars 2008, p 54 à 56)
Arpin P (1991) Mise au point sur la caractérisation biologique des humus forestiers par
l’étude des Nématodes Mononchida. Revue d’Écologie et de Biologie du Sol 28, 133-144.
Vidéographie
V·m
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