SCIENCES
ÉCONOMIQUES
f L’essentiel à connaître f Le chapitre en un clin d’œil f Point méthode
1 Qu’est-ce que la croissance économique ?
f Les probléma ques Quelles sont les limites du PIB comme indicateur de la croissance économique ?
f En quoi l’approche en termes d’IDH complète-t-elle celle en termes de PIB ?
1. Le PIB, un outil utile pour mesurer la croissance
Le Produit Intérieur Brut (PIB) mesure la valeur des date, les ac vités non marchandes sont comptabilisées
richesses produites au cours d’une année dans un dans le PIB en fonc on de leurs coûts de produc on
pays. Pour les ac vités marchandes, le calcul du PIB ne (rémunéra ons, impôts…). La connaissance du PIB
pose guère de problèmes. Le PIB du secteur marchand permet d’évaluer la croissance. Ce e dernière est
s’ob ent en faisant la somme des valeurs ajoutées définie comme l’augmenta on soutenue et durable
(VA), c’est-à-dire la différence entre la valeur de la des quan tés de biens et services produits dans un
produc on d’un agent économique et ses consom- pays. Le taux de croissance du PIB désigne le taux de
ma ons intermédiaires. Ces dernières désignent varia on calculé en pourcentage du PIB d’une année
l’ensemble des biens et services qui sont détruits sur l’autre. Ainsi si on veut calculer en pourcentage le
ou transformés lors du processus de produc on taux de croissance pour l’année 2016 : Taux de crois-
(ma ères premières et énergie par exemple). La sance 2016 = ((PIB 2016-PIB 2015) / (PIB 2015)) X 100.
prise en compte des ac vités non marchandes, Il peut être enfin per nent de calculer le PIB par tête
c’est-à-dire les ac vités fournies gratuitement ou pour rapporter le volume de créa on de richesses au
quasi-gratuitement, dans le PIB pose davantage de nombre d’habitants du pays. Ainsi, en 2014 selon une
problèmes car elles n’ont pas de prix de marché. étude du FMI le PIB chinois est en passe de dépasser
Jusqu’en 1976 les ac vités non marchandes n’étaient le PIB des États-Unis mais la Chine avait un PIB par
pas comptabilisées dans le PIB en France. Depuis ce e tête au 89e rang mondial.
2. Les limites du PIB comme outil pour mesurer la croissance
Le PIB est un indicateur imparfait de la richesse PIB nominal ou en euros courants ou en valeur)
produite et donc de la croissance. Plusieurs raisons pour obtenir le PIB qui ne prend en compte que
expliquent cela : l’effet-volume (c’est-à-dire le PIB réel ou en euros
• Si la PIB d’un pays augmente d’une année à l’autre constants ou en volume).
cela peut être lié à une augmenta on des richesses Le calcul est le suivant : PIB réel = (PIB nominal /
produites (effet-volume) mais aussi simplement Indice des prix) X100
parce que les prix des produits ont augmenté • Le PIB prend mal en compte les ac vités de l’éco-
(effet-prix). Pour analyser l’évolu on de l’ac vité nomie souterraine. Ce e économie comprend
économique, il est nécessaire de mesurer l’évolu on les ac vités illicites (pros tu on, drogue…) et les
réelle du PIB en supprimant l’effet-prix lié à l’infla on ac vités licites mais non déclarées (travail au noir).
pour ne prendre en compte que l’effet-volume. Il Les comptables na onaux essayent d’es mer ces
s’agit donc de déflater le PIB qui comprend à la dernières. En France, le PIB fait ainsi l’objet d’un
fois l’effet-quan té et l’effet-prix (c’est-à-dire le
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redressement égal à 3-4 %. L’Ins tut Na onal de la est donc aveugle aux externalités néga ves. Comme
Sta s que et des Études Économiques (INSEE) ne le souligne R. Kennedy en 1968 « Le PIB ne ent pas
prend pas compte les ac vités illicites. Par contre, compte de la santé de nos enfants, de la qualité de
l’ISTAT l’équivalent italien de l’INSEE a annoncé leur instruc on, ni de la gaieté de leurs jeux […] En
en mai 2014 qu’elle allait prendre en compte une un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la
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es ma on des ac vités illégales pour calculer le PIB. vie mérite d’être vécue ».
• Le PIB ne dit rien du partage des richesses. Les Le PIB est donc un indicateur imparfait pour mesurer
revenus rés de la produc on de richesses ne la produc on de richesses et le bien-être. Pour
profitent-ils qu’à une minorité de la popula on ? mieux appréhender la qualité de vie de la popula on
J. S glitz dans Le prix de l’inégalité (2012) note ainsi l’indice de développement humain (IDH) a été
pour les États-Unis « Le 1 % supérieur a accaparé créé en 1990 à la suite des travaux de l’économiste
93 % du supplément de revenu créé dans le pays indien A. Sen. Il synthé se trois dimensions clés du
en 2010, par rapport à 2009 ». développement humain : une dimension sanitaire
• On peut considérer que la richesse d’un pays ne (espérance de vie à la naissance), une dimension
se mesure pas uniquement à par r des richesses éduca ve (durée moyenne et a endue de scolari-
supplémentaires mais aussi à par r du stock de sa on) et une dimension économique (revenu réel
richesses accumulées or le PIB est indifférent au fait par habitant). Plus récemment, en 2009, la commission
que l’on puise dans différents stocks pour alimenter S glitz, Sen et Fitoussi a retenu différents indicateurs
sa progression : stock de ressources naturelles pour sor r de la vision restric ve sous-jacente au PIB.
et humaines par exemple. La surexploita on des Un indicateur a par culièrement retenu l’a en on
ressources fait ainsi augmenter le PIB mais détériore de ce e commission : l’Épargne Ne e Ajustée (ENA)
la qualité de vie. Un fort taux de croissance n’est c’est-à-dire un indicateur mis au point par la Banque
pas incompa ble avec une société de plus en plus mondiale qui vise à mesurer non seulement la varia on
fragmentée et un environnement dévasté. Le PIB du capital économique mais aussi du capital naturel
et du capital humain.
Ì Produit Intérieur Brut (PIB), croissance. Ì Indicateur du développement humain (IDH).
Ì Valeur ajoutée : mesure de la richesse créée par une organisa on
produc ve.
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Document 1
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Document 2 L’indicateur du développement humain
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Document 3 Un exemple de données rela ves à l’IDH en 2014 pour quelques pays (source : PNUD)
Norvège France Koweït Cuba
IDH(classement) 0,944 (1) 0,888 (22) 0,816 (48) 0,769 (67)
Espérance de vie 81,6 82,2 74,4 79,4
Durée moyenne de scolarisation en années 12,6 11,1 7,2 11,5
Durée attendue de scolarisation en années 17,5 16 14,7 13,8
Revenu par habitant (PPA $ 2011) 64 992,3 38 056,4 83 960,6 7 301
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Comment calculer un PIB en volume ?
Deux effets peuvent intervenir dans l’évolu on du PIB.
1) Un effet-volume : l’évolu on du PIB résulte de la varia on des quan tés produites.
2) Un effet-prix : l’évolu on du PIB résulte de la varia on des prix.
La combinaison de l’effet-volume et de l’effet-prix est le cas le plus commun. Afin de savoir
ce qui relève uniquement de l’effet-volume dans la hausse du PIB il faut supprimer l’effet-
prix. Cela revient à déflater le PIB.
• Pour déflater :
PIB en volume = (PIB en valeur / Indice des prix) X 100
• A en on à bien dis nguer effet-prix et effet-volume :
Document 1
Des données avec effet-prix ET … deviennent après avoir … des données avec uniquement
effet-volume… déϐlaté… l’effet-volume (donc SANS
effet-prix)
EN VALEUR EN VOLUME
EN EUROS COURANTS EN EUROS CONSTANTS
NOMINAL RÉEL
• Exemple :
Document 2 PIB français et évolu on des prix (source : INSEE)
2013 2014
PIB en milliards d’€ courants 2116,6 2132,6
Indice des prix base 100 en 2010 102,9 103,5
Pour calculer le PIB réel en 2013 (donc le PIB en € constants c’est-à-dire ici en € 2010) il convient
de faire : (2116,6 / 102,9) X 100 = 2056,94 milliards d’€ constants.
Pour calculer le PIB réel en 2014 : (2132,6 / 103,5) X 100 = 2060,48 milliards d’€ constants.
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• Analyse de l’évolu on du PIB en valeur et en volume en France
Document 3 Évolu on du PIB en France (Par rapport à l’année précédente en %)
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Source : Tableaux de l’économie française, INSEE, Édi on 2012.
Au début des années 1950, les taux de croissance du PIB nominal sont par culièrement forts (avec
un pic de près de 26 %). Les écarts avec les taux de croissance du PIB en volume sont souvent très
importants : c’est le signe d’une infla on par culièrement élevée. La croissance du PIB réel reste
néanmoins très soutenue de 1950 jusqu’au début des années 1970 avec un taux de croissance
annuel moyen proche de 5 %. C’est la fameuse période des « Trente Glorieuses » décrite par l’éco-
nomiste Jean Fouras é. Celle-ci s’arrête en 1973 avec le premier choc pétrolier. La croissance du
PIB réel est, par la suite, beaucoup moins soutenue mais l’écart avec la croissance du PIB nominal
reste fort : la France est dans une période de stagfla on. Ce dernier terme désigne une situa on
marquée par la coexistence d’une faible croissance et d’une infla on élevée (la stagfla on étant
la contrac on du mot stagna on et infla on). À par r du milieu des années 1980, la croissance
du PIB nominal est proche de celle du PIB réel. L’économie française est donc moins infla onniste.
En 1993, le PIB en volume diminue alors que le PIB en valeur progresse, ce qui montre l’intérêt de
dis nguer l’effet-prix de l’effet-volume.
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2 Les facteurs de la croissance économique
f Les probléma ques Comment l’augmenta on du capital peut-elle favoriser la croissance ?
f En quoi la produc vité globale des facteurs est-elle source de croissance
économique ?
1. Facteurs et fonction de production
Les organisa ons produc ves u lisent dans une économiques et d’autre part l’amor ssement, c’est-
propor on variable deux facteurs de produc on : à-dire la destruc on par obsolescence du capital fixe.
• Le capital est un facteur de produc on se décom- • Le travail. La quan té de facteur travail dépend
posant en capital fixe et en capital circulant. Le de plusieurs variables notamment de facteurs
capital fixe est le capital durable u lisable durant démographiques (la popula on totale et son
plusieurs cycles de produc on (biens d’équipement, évolu on) et de facteurs socio-économiques (le taux
locaux…). Un four est un exemple de capital fixe d’emploi et la durée moyenne du travail)
u lisé pour la fabrica on d’une tarte aux pommes. Au total, on peut écrire selon les économistes
Le capital circulant désigne le capital qui est trans- néo-classiques, la fonc on de produc on de la façon
formé ou détruit lors de la produc on. Les pommes, suivante : Y=f(K,L) Y désigne la produc on, K le capital
la farine, les œufs sont des exemples de capitaux et L le travail. Selon ce e représenta on, l’augmen-
circulants u lisés pour la fabrica on d’une tarte ta on des facteurs de produc on est la source de
aux pommes. l’augmenta on de la produc on et donc de la crois-
La quan té de facteur capital dépend essen el- sance. On parle alors de croissance extensive car elle
lement de deux flux : l’inves ssement c’est-à-dire provient de l’extension des quan tés de facteurs de
l’achat de capital fixe réalisé par les différents acteurs produc on mobilisés.
2. Le progrès technique est une variable clé de la croissance
Lorsque l’économiste américain R. Solow étudie les peut se mesurer grâce à la produc vité globale des
données de la croissance de nombreux pays il constate facteurs (PGF). Ce e dernière mesure ainsi la hausse
que le modèle théorique néo-classique est assez peu de la produc on qui n’est pas liée à une hausse du
per nent. En effet, en décomposant la contribu on facteur travail et/ou capital. La hausse de la PGF est
des différents facteurs de produc on il reste une caractéris que d’une croissance intensive.
part importante de la croissance (« un résidu ») qui Si le progrès technique joue un rôle fondamental
ne s’explique pas par la hausse de la quan té du dans la croissance économique il est important d’en
facteur travail et du facteur capital. Solow considère comprendre l’origine. Dans l’analyse de Solow le
que ce « résidu » correspond au progrès technique. progrès technique apparaît comme « une manne
Ce dernier désigne l’ensemble des innova ons tombée du ciel ». Il ne résulte pas d’une ac vité
améliorant l’efficacité des facteurs de produc on. économique par culière (il est « exogène » au système
L’améliora on de l’efficacité des facteurs de produc on économique). Solow en fait le résultat hasardeux de
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