RESEAU LIBRE SAVOIR / FONDATION POUR L’EDUCATION
BAC EN POCHE/ SESSION 2024
COURS DE RENFORCEMENT DES CAPACITES METHODOLOGIQUES
PRESENTIELS ET EN LIGNE / NIVEAU BACCALAUREAT
COORDONNATEUR NATIONAL / MONSIEUR NDOUR
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DOMAINE 1 : LA REFLEXION PHILOSOPHIQUE
CHAPITRE I
LES ORIGINES ET LA SPECIFICITE DE LA REFLEXION PHILOSOPHIQUE
INTRODUCTION
Qu’est-ce que la philosophie ? Jules Lachelier, au cours de sa première leçon inaugurale à Toulouse,
répondit à la stupéfaction de ses jeunes élèves « Je ne sais pas ». Cette réponse en apparence scandaleuse
ne souffre cependant d’aucune impertinence car, comme l’indique Karl Jaspers, on « n’est d’accord ni
sur ce qu’est la philosophie, ni sur ce qu’elle vaut ». Dès lors Définir la philosophie est une affaire
complexe. La tâche est difficile lorsqu’il s’agit de répondre à la question : Qu’est-ce que la philosophie ?
Ainsi, notre démarche ne risque-t-elle pas de souffrir du fameux « paradoxe du Ménon » ? Comment peut-
on parler de ce dont on ignore la nature ? Même s’il est impossible de trouver une définition partagée par
tous, on peut dire approximativement ce qu’est la philosophie, ce qui nous amènera à poser le problème
de ses origines. Après avoir dégagé les conditions d’émergence de la philosophie, nous réfléchirons sur la
spécificité du discours philosophique. Il s’agira de comparer la philosophie avec les autres modes de
connaissance que sont le mythe, la religion et la science. Pour terminer, nous ferons l’histoire de la
philosophie en évoquant quelques figures emblématiques et des courants philosophiques qui ont marqué
l’histoire de cette discipline.
I-) QU’EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE ?
A-) Tentative de définition de la philosophie
La question de savoir qu’est-ce que la philosophie a suscité une vive polémique au niveau de l’histoire de
la pensée humaine, entrainant ainsi des réponses diverses, variées, multiformes et différenciées.
Cependant, aucune de ses définitions ne peut à priori être considérée comme vraie ou fausse. Toute
définition émise peut faire l’objet de controverse et de discussions. Il serait donc vain, voir superflu de
vouloir assigner à la notion de philosophie une seule et unique définition. Mieux chaque définition revêt
un cachet particulier. Par conséquent à la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », on ne saurait
répondre avec exactitude. Dès lors, il convient de noter que le concept de philosophie pose problème à sa
définition. Il n’admet pas de définition nominale. La philosophie devient donc une notion polysémique,
ambigüe et pleine d’équivoque. L’échec à donner une réponse acceptée par tous est révélateur de sa
particularité et de sa spécificité. Si l’histoire, les Mathématiques, la sociologie tirent leur définition de
leur objet d’étude, il n’en est pas de même en philosophie. La philosophie n'a pas d'objet d’étude spécifique
ou propre. Elle s’intéresse à tout. Elle se veut un savoir total, une connaissance du tout. C’est pourquoi, il
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est plus commode de tenter des approches de définitions plutôt que d’essayer de la définir ; ce qui revient
au sens strict à l’assigner des limites. Ainsi, les philosophes eux-mêmes n’arrivent pas à s’entendre en ce
qui concerne la définition de la philosophie. L’histoire de la philosophie apparait donc comme un champ
de bataille ou viennent s’affronter les opinions et les idées les plus contradictoires. KANT considère la
philosophie comme un Kampflatz c’est-à-dire un : « Champ de bataille où se livrent des combats sans
fin » ; « Un terrain de bataille ou il n’y a ni vainqueur ni de vaincu ».
Néanmoins on ne saurait tirer de cette assertion un aveu d’incapacité. La définition de la philosophie
demeure donc un sujet controversé, car il y a autant de courants philosophiques que de philosophes, ce
qui rend impossible une définition unanime, acceptée par tous. C’est ce qui pousse le philosophe allemand
Emmanuel Kant à dire que « En philosophie chaque penseur bâtit ainsi dire son œuvre sur les ruines
de ses prédécesseurs, mais jamais aucune n’est parvenu à devenir inébranlable en toute ses parties. ».
La philosophie n'a jamais réussi à développer une méthode qui aurait réussi à s’imposer parmi les
philosophes comme la méthode expérimentale s'est imposée en physique et en chimie. Cependant, Même
si en philosophie nul n’a le monopole de la vérité et même s’il est difficile de dire ce qu’est la philosophie,
on peut néanmoins donner quelques considérations générales pour avoir une idée sur ce qu’elle est.
L’histoire de la philosophie présente une multiplicité de systèmes philosophiques au point que l’on se
demande si cette diversité ne serait pas un argument contre la philosophie. Chaque philosophe vante sa
conception, prétendant qu’elle vaille mieux. Mais aucune philosophie n’a pu enterrer l’autre, et c’est ce
que dit Georges GUSDORF dans Traité de métaphysique : « Aucune philosophie n’a pu mettre fin à
la philosophie bien que ce soit le vœu secret de toute philosophie ». Cette diversité de points de vue n’est
pas pour autant un handicap pour la philosophie. Au contraire, elle lui permet de s’enrichir de nouvelles
idées. En réalité, chaque point de vue enrichit le débat philosophique.
En dépit de toutes ces difficultés, on a pu trouver une définition étymologique du mot philosophie Philo-
Sophia que l'on traduit généralement par : « Amour de la sagesse ». Dans cette expression, l’amour
désigne une recherche, une quête permanente, un désir etc. Le mot sagesse a deux significations : d’une
part, il désigne la connaissance et d’autre part la vertu morale. Par sagesse, DESCARTES entendra : «
Une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa
vie que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts. » Lettre préface des Principes.
Le philosophe apparait ainsi dans une posture de recherche de sagesse sans prétendre nécessairement
l'atteindre. A ce propos, Karl Jaspers disait : « L’essence de la philosophie c’est la recherche de la
vérité, non sa possession. Faire de la philosophie, c’est être en route ». Par la suite, elle a été définie
comme Etude ou la recherche de la sagesse. Cela veut dire que la philosophie n’est pas la possession du
savoir, mais c’est la recherche.
L’étymologie ainsi formulée de la définition ne règle pas tout le problème. Par conséquent la philosophie
pourrait être définie comme une activité consciente et méthodiquement conduite de production et de mise
en forme logique d’idées, de concepts et de représentation, bref une activité qui tente d’expliquer le réel.
Tenter donc de définir la philosophie, c'est déjà philosopher. Tout le monde est un philosophe potentiel :
nul besoin de s'appeler Socrate, Platon ou Aristote pour philosopher, seul compte l'amour de la réflexion,
de la remise en question et du questionnement et de l’examen rationnel.
B-) Origine de la philosophie
B-1) Origine historique ou chronologique
Pour beaucoup d’historiens, la philosophie serait apparue au 6ème siècle avant Jésus Christ dans la Grèce
antique à Milet. Il y avait dans la cité grecque certaines conditions politiques, économiques et sociales qui
favorisaient la réflexion philosophique et qui expliquent justement la naissance de cette discipline en
Grèce. Mais certains attribuent à la philosophie une origine orientale en disant qu’elle est née en Egypte,
et c’est la conviction de Cheikh Anta DIOP. Dans son livre Civilisation ou barbarie, l’historien
sénégalais soutient que les Grecs n’ont fait que recopier les œuvres égyptiennes. Il écrit à ce sujet : « Les
Grecs initiés en Egypte s’approprient tout ce qu’ils apprennent une fois rentrés chez eux ». Mais la
thèse la plus répandue est celle qui la situe en Grèce. Les Grecs n’ont jamais nié avoir appris des Egyptiens,
mais ils ont utilisé leurs connaissances dans le but d’une perspective radicalement nouvelle. C’est
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pourquoi selon Pierre HADOT : « C’est en eux, c’est à dire les Grecs que réside véritablement l’origine
de la philosophie, car ils ont proposé une explication rationnelle du monde ». HEIDEGGER confirme
ces propos soutenant que la « la philosophie parle grec ». Par conséquent, dans l’étude de l’origine de la
philosophie, le premier repère remonte à la tradition orientale, soit en Inde ou en Egypte. En effet, les
cosmogonies orientales ont fortement influencé les présocratiques qui vont finalement apporter une
explication rationnelle du réel. Donc c’est grâce à Socrate et à son disciple Platon que la philosophie
connaitra une première forme de systématisation. La pensée de Socrate marque une rupture dans
l’évolution de la pensée Grecque traditionnelle. Socrate illustre légendairement la posture du philosophe:
Il élabore la rationalité et invente la conceptualisation. Socrate délimite l’objet de la philosophie qui
devient l’homme et crée la Maïeutique. L’homme devient, dès lors l’élément autour duquel s’articule
toute la réflexion philosophique, d’où le sens de sa maxime : « Connais-toi toi-même ».
B-2) Origine causale ou logique
Selon Platon, c’est l’étonnement qui est à l’origine de la philosophie. L’étonnement est une réaction de
surprise, d’émerveillement devant ce qui est nouveau, inhabituel, inconnu, extraordinaire. Mais
l’étonnement ne dure qu’un instant. Après s’être étonné, l’homme s’interroge. Il lui faut alors trouver des
réponses aux questions angoissantes. Dans la Métaphysique, chapitre 2, ARISTOTE écrit : « C’est, en
effet, l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations
philosophiques ». La philosophie est donc « fille de l’étonnement » ; c’est ce que SOCRATE affirme
dans le Théétète. L’étonnement philosophique devrait être compris d’abord comme l’admiration ou la
fascination de l’homme devant les phénomènes de la nature. Mais les hommes ne s’étonnent que devant
un phénomène qu’ils ne comprennent pas. Or, les phénomènes qui sont les plus communs nous échappent
souvent, et le sentiment de connaître ce que l’on voit n’est souvent qu’une illusion. L’homme met en
œuvre ainsi son ignorance et c’est pour cette raison que ARISTOTE a dit : « Apercevoir une difficulté
et s’étonner, c’est reconnaitre sa propre ignorance ». Pour les Milésiens, chez qui la philosophie est née,
c’est l’étonnement qui engendre la philosophie. L’étrangeté d’un phénomène, au lieu de susciter le
sentiment du divin, éveille plutôt l’esprit en forme de questions. La philosophie tente donc chaque jour de
rendre compte de ce qui est, en donnant un sens aux choses. Karl JASPERS a dit à cet effet :
« L’étonnement engendre l’interrogation et la connaissance ».
II-) LES FONDEMENTS DE LA REFLEXION PHILOSOPHIQUE
A-) Philosophie et sens commun
Certaines critiques sont internes au discours philosophique (critique des philosophes entre eux), d’autres
lui sont extérieures (par exemple les critiques su sens commun). Mais toute critique peut faire l'objet d'un
examen philosophique ; on ne peut d'ailleurs concevoir de philosophie sans critique. La critique du sens
commun est peut-être la critique de la philosophie la plus ancienne. Le sens commun est un ensemble
d’opinions, de croyances et de certitudes tenues pour vraies et supposées indiscutables.
La philosophie s’oppose au sens commun. Les certitudes du sens commun sont partagées par la majorité
de la société, mais elles peuvent se révéler fausses comme les préjugés, les illusions et les dogmes.
Relevant de la naïveté et du dogmatisme, le sens commun pense tout simplement que la philosophie est
pure spéculation, bavardage, théorie, verbiage. C’est la critique que Calliclès a adressée à Socrate en lui
reprochant de toujours se consacrer à la réflexion philosophique alors que le plus important est la
recherche des richesses matérielles et du pouvoir. Le sens commun reproche également à la philosophie
d’être un discours essentiellement critique, subversif et qui remet tout en question. C’est ce qui explique
le conflit qui existe entre la philosophie et la religion. La religion est fondée sur des vérités absolues que
le croyant admet sans en douter, alors que c’est le doute qui constitue le fondement de la philosophie.
L’homme du sens commun ne se pose pas de question, il pense que le monde est évident. Il prend les
choses telles qu’elles sont. Bertrand RUSSEL décrit l’homme du sens commun est : « prisonnier de
préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays ». RUSSEL
dégage ici l’identité de l’homme du sens commun. Ce dernier ne critique pas et ne s’interroge pas sur ce
que tout le monde a dit.
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Contrairement à lui, le philosophe encourage l’esprit critique. Il s’arme du doute pour examiner et analyser
tout ce qu’on lui dit. Il se méfie des traditions, des coutumes et remet tout en cause. En d’autres termes,
pour le philosophe, rien n’est évident. Le but de la philosophie est de corriger les fausses certitudes, les
illusions et erreurs du sens commun ou de la philosophie elle-même. Elle est une critique de tous les
savoirs, opinions, croyances, réflexions philosophiques etc. L’esprit critique se manifeste par une remise
en question de toute affirmation, de tout jugement. On retrouve la même idée chez Bertrand RUSSEL
qui dit : « Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous
voyons que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels
on ne trouve que des réponses incomplètes ».
Toutefois, il faut faire la différence entre l’étonnement du philosophe et l’étonnement du sens commun.
L’étonnement du sens commun est paralysant, handicapant alors que l’étonnement philosophique signifie
arrêt admiratif de l’homme devant une chose qu’il ne comprend pas. Selon le philosophe allemand Arthur
SCHOPENHAUER : « Avoir l’esprit philosophique, c’est être capable de s’étonner des évènements
habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d’étude ce qu’il y a de plus général et
de plus ordinaire ». On peut donc dire que l’étonnement se produit devant ce qui est habituel et dont la
nature nous offre chaque jour le spectacle. En voici un exemple : On rapporte sur Thalès une anecdote
célèbre, reprise par Platon, dans le Théétète : « le philosophe qui tombe dans le puits ouvert sous ses pas
parce qu'il est occupé à regarder les choses du ciel. » Platon raconte qu'une domestique se serait moquée
de lui en disant : « Comment comptez-vous comprendre ce qui se passe dans le ciel si vous ne voyez même
pas ce qui est à vos pieds ? ».
Ainsi, comme nous l'explique Platon, le philosophe, occupé de choses qui dépassent le sens commun, peut
se montrer un être maladroit, qui ignore la valeur des comportements de ses semblables : il ne les
comprend pas, et ces derniers voient en lui un personnage risible. Pourtant, il savait aussi tirer profit de
ses observations. L’exemple de l’allégorie de la caverne en est une parfaite illustration. Au livre XII de la
République, Platon décrit le chemin que suit le prisonnier qui est détaché du fond de la caverne ou figure
le lieu de l'opinion, du préjugé qui rend les hommes prisonniers de ce qu'ils voient et incapables de juger.
Le philosophe représente le prisonnier libéré de l’obscurité et de l’illusion pour contempler la vraie
lumière. L’évasion du philosophe est une chose positive car elle aspire à un retour dans la caverne pour
éclairer les autres prisonniers qui représentent le sens commun. Cet homme chargé d'éclairer les autres
hommes est le philosophe qui se préoccupe peu du monde qui l'entoure et peut par conséquent acquérir
la vérité relative et lutter contre des préjugés infondés. La critique est donc une exigence fondamentale
de la philosophie. Elle constitue, selon Marcien TOWA (philosophe camerounais contemporain), le
début véritable de l’exercice philosophique. Il dit à ce sujet : « La philosophie ne commence qu’avec la
décision de soumettre l’héritage philosophique et culturel à une critique sans complaisance. Pour le
philosophe, aucune donnée, aucune idée si vénérable soit-elle, n’est recevable avant d’être passée au
crible de la pensée critique ».
B-) La philosophie comme totalité de la connaissance
Historiquement la philosophie était considérée comme un savoir suprême qui englobait en son sein l’ensemble des
branches de la connaissance humaine. Elle nourrissait ainsi l’ambition d’une connaissance totale de la totalité du
réel par la raison. C’est dans cette perspective que ARISTOTE déclare que : « Le philosophe est celui qui détient
la totalité du savoir dans la mesure du possible et dans les limites du possible ». Cette perspective encyclopédique
de la philosophie est perceptible dans le champ de la pensée Cartésienne. En effet, la métaphore de l’arbre Cartésien
considère la philosophie comme étant une discipline intellectuelle qui s’intéresse à tous les domaines du savoir et
de l’action. C’est ainsi que RENE DESCARTES affirme « Toute la philosophie est comme un grand arbre dont
les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les
autres sciences qui ramènent à trois principales à savoir la médecine, la mécanique et la morale ». Par
conséquent, la philosophie apparait comme la connaissance par excellence qui embrasse la totalité du savoir
humain. Il est donc aisé de comprendre la thèse selon laquelle la philosophie est mère des sciences, car pendant
longtemps il n’existait qu’un seul corps de science appelé philosophie et regroupant les mathématiques, la
physique, la chimie, la morale, l’astronomie et la métaphysique. Au cours de l’histoire de la pensée humaine avec
le développement et la spécialisation des sciences, la philosophie a rompu avec son ambition encyclopédique pour
devenir un questionnement, une interrogation, et surtout une réflexion critique.
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III-) LE SENS DE L’INTERROGATION PHILOSOPHIQUE
A-1) La philosophie comme réflexion critique
La philosophie a pour point de départ l’étonnement. L’étonnement traduit l’incompréhension,
l’inquiétude, l’émerveillement d’où le désir de savoir. Dès lors, la philosophie reste d’abord une
réflexion ; mais dire qu’elle est réflexion revient à dire qu’elle commence par une prise de conscience de
certains problèmes à côté desquels l’homme passe le plus souvent sans y prêter attention. La réflexion
devient une critique des idées admises, car réfléchir, c’est d’abord s’interroger. Ainsi la philosophie peut
être définie comme une réflexion critique sur la totalité de l’expérience humaine. C’est dans cette
mouvance que le professeur Assane SYLLA déclare : « La philosophie est une réflexion critique tendant
à atteindre le maximum de clarté, de cohérence et de profondeur dans la compréhension et l’explication
des phénomènes concernant les êtres naturels et leurs créations culturelles au niveau de leur existence,
de leur essence, de leur légitimité et de leur valeur ». Le Docteur Komokon KEITA s’engage dans la
même dynamique quand il considère la philosophie comme : « Une réflexion critique une recherche,
une tentative de saisie totale par la pensée de toutes les formes d’activités et leur signification par
l’amélioration de leurs conditions humaine ».
Le Ménon de Platon est une illustration de l’esprit critique de la philosophie. C’est un dialogue de Platon,
dans lequel Ménon et Socrate essaient de trouver la définition de la vertu, sa nature, afin de savoir de
quelle façon elle est obtenue. Néanmoins, après plusieurs vaines tentatives de réponse, Socrate et Ménon
examinent la question plus générale encore. Menon", à travers le dialogue philosophique, va découvrir
sa faiblesse, sans dire pour autant qu'il est ignorant... On ne passe pas de l'ignorance absolue au savoir.
L'esprit passe d'un savoir oublié à un savoir proprement dit, la réminiscence. D'après Socrate, penser,
c'est reformer ce qu'on savait déjà.
Cependant force est de préciser que la réflexion philosophique n’est pas spontanée. Elle est régie par des
critères et obéit à des exigences méthodologiques appropriées :
➢ Le philosophe se doit d’abord de formuler une concision et d’une précision sur les problèmes qui vont
guider sa réflexion. Car, Karl MARX dit : « Un problème bien posé est à moitié résolu. »
➢ La philosophie en tant que discours rationnel se fonde sur une démarche cohérente, logique,
rigoureuse. WITGENSTEIN dit : « La philosophie est la clarification logique de la pensée ».
➢ La réflexion philosophique est radicale, c’est-à-dire le philosophe dans le cadre de son
déploiement ne doit pas se fixer des limites dans sa manière d’expliquer le monde. Mieux le philosophe
doit aller au bout de sa réflexion. Ni l’autorité, ni le pouvoir politique, ni le pouvoir religieux ne doit servir
d’écran à la réflexion philosophique. C’est sous ce rapport que Prospère Issiaka LALLEYE
déclare : « La philosophie ne doit jamais se refermer sur elle-même, même décrétant pour toujours
résolu un problème auquel le philosophe s’est attelé avec succès ».
➢ La réflexion philosophique est existentielle. Le discours philosophique doit s’enraciner dans la vie
concrète de l’homme. Elle ne se détache jamais totalement du monde. C’est sous ce rapport que Karl
MARX a raison de dire que : « Les philosophes ne sortent pas de terre comme des champignons ; ils
sont les fruits de leur époque, de leur peuple, dont les énergies les plus subtiles, les plus précieuses et
les moins visibles s’expriment dans les idées philosophiques.»
➢ Enfin, la réflexion philosophique se structure par sa démarche critique, car le philosophe ne
doit jamais adhérer à une thèse sans pour autant s’interroger sur sa valeur et sa portée. C’est d’ailleurs
dans cette perspective que Vladimir JIANKELEVITCH affirme que « Philosopher, c’est se comporter
à l’égard de l’univers comme si rien n’aller de soi. » La Mauvaise Conscience.
Un exemple illustratif, Socrate était parvenu à l’âge de soixante-dix ans lorsqu’il fut accusé par
MELETOS, ANYTOS et LYCON de ne pas reconnaître les dieux de l’État, d’introduire de nouvelles
divinités et de corrompre ainsi la jeunesse. Il argue de son innocence sans le fard et sans le lustre d’une
rhétorique pourtant si prisée en son temps. Avec sa désemparante ironie et son art consommé de la
dialectique, il ne ménage ses juges : il leur démontre leur cécité, morale et politique, comme il s’est efforcé
toute sa vie de révéler à ses concitoyens l’incohérence de leurs opinions et de leur conduite.
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A-2) Exemples de philosophie comme réflexion critique
➢ La Maïeutique Socratique
La célèbre « maïeutique » de Socrate est un jeu de questions réponses consistant à accoucher les idées
des hommes en vue de faire découvrir des vérités qu’ils portent en eux et qu’ils ignorent. Socrate par le
biais de cette méthode aide ses interlocuteurs à réfléchir et à prendre conscience. SOCRATE soutient
que « Mon art d’accoucheur comprend donc toutes les fonctions que remplissent les sages-femmes ;
mais il diffère du leur en ce qu’il délivre des hommes et non des femmes et qu’il surveille leurs âmes
en travail et non leurs corps ». Socrate n’enseigne rien mais il faisait comprendre à ses interlocuteurs
qu’ils croyaient savoir alors qu’en réalité qu’ils ne savaient pas ; d’où l’ironie Socratique : « Tout ce que
je sais, je ne sais rien ». Si Socrate affirme qu’il ne sait rien, c’est parce qu’il distingue le savoir de
l’opinion ou la croyance. Cette distinction est si fondamentale que nous y voyons la naissance de
la rationalité et de la philosophie. Cette profession de foi assigne à la philosophie sa noble mission de
participer à l’éveil des consciences, conscience représentant le seul moyen pour l’homme de se connaitre
soi-même. Platon dit déjà : « Une vie sans examen ne mérite pas d’être vécue ». Socrate enseignait que
chacun possède l'entière connaissance de la vérité absolue, inhérente à son âme, et qu'il doit seulement
être incité à la réflexion consciente pour la reconnaître. Sa devise est « Connais-toi toi-même ».
➢ Le doute Cartésien ou la dictée de la raison
La réflexion philosophique peut aussi se mesurer à travers à travers le doute Cartésien. Cette méthode
utilisée par Descartes consiste à opérer une conversion de l’esprit en rupture avec l’enfance et la tradition,
afin de parvenir à des entreprises grandioses. C’est pourquoi DESCARTES commence son itinéraire
philosophique par une remise en question des préjugés reçues et des pseudos certitudes. C’est en ce
sens qu’il affirme : « Je pensais qu’il fallait que je rejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je
pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s’il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma
créance qui fut entièrement indubitable ». Descartes Discours de la méthode. Néanmoins, force est de
préciser que le doute Cartésien se différencie fondamentalement du doute sceptique. Il s’agit plutôt d’un
doute méthodique, rationnel, provisoire. C’est une inspection de l’esprit permettant au philosophe de
suspendre son jugement jusqu’à l’acquisition d’idées claires et distinctes. Philosopher aux yeux de
Descartes, c’est soumettre la pensée à un examen critique, afin de parvenir à l’élaboration d’un savoir
exclusivement dicté par la raison. Il s’agit de douter de tout et même de l’existence du monde extérieur
parce que nos organes de sens nous ont déjà trompés. Cependant, il y a une chose dont je ne peux pas
douter c’est que je suis entrain de douter c’est à dire de penser. C’est ainsi que Descartes peut tirer du
Discours de la méthode le Cogito ergo sum « je pense donc je suis ». La preuve de notre existence est
donc faite à partir de notre pensée. La méthode cartésienne, se résume par certaines règles parmi lesquelles
on peut citer une très importante pour le philosophe, celle de l’évidence : « Il ne faut admettre aucune
chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ».
B-) Philosophie comme questionnement
La philosophie se veut un questionnement perpétuel, une remise en question permanente du réel. Elle est
aussi une interrogation incessante sur le monde. Karl JASPERS déclare : « La philosophie n’a pas de
destination sociale. Philosopher, c’est être en route. En philosophie les questions sont plus essentielles
que les réponses et chaque réponse devient une nouvelle question ». Par conséquent, philosopher c’est
suspendre son jugement, c’est rechercher l’essentiel inaperçu, c’est rompre avec les apparences et les
certitudes. C’est d’ailleurs pourquoi Vladimir JANKELEVITCH affirme : « La fonction de la
philosophie est de contester et son destin est d’être contester…. La philosophie aspire à une
connaissance générale et achevée de l’expérience humaine dans sa totalité et dans cette entreprise, elle
a comme instrument la raison et comme démarche principale le doute ».
Tout se passe comme si la philosophie est une interrogation pérenne sur l’ensemble des problèmes que se
pose l’homme. Ce faisant la philosophie ne saurait être assimilé à un dogme. Elle serait plutôt un effort
ardent d’explication et d’interrogation C’est donc en s’interrogeant sur les différents problèmes qui
interpellent l’humanité qu’est née la philosophie. Une telle thèse est justifiée par PLATON pour qui :
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« La philosophie est fille de l’étonnement ». Cela est d’autant vrai que l’étonnement engendre chez
l’homme l’interrogation et le désir de mieux connaitre. S’étonner dit Karl JASPERS : « C’est tendre à
la connaissance. En m’étonnant je prends conscience de mon ignorance, je cherche à savoir, seulement
pour savoir et non pas pour contenter de quelques exigences ordinaires ». A la lumière de ce propos il
apparait que l’étonnement a permis aux hommes de mieux s’interroger sur l’univers et sur eux même C’est
dans cette perspective que Aristote affirme : « c’est l’étonnement qui poussa les hommes aux premières
spéculations philosophiques ». Cette préoccupation originelle de la philosophie est toujours d’actualité,
car au fur et à mesure que l’humanité évolue des problèmes ne cessent de fleurir et l’homme est condamné
de les cerner et d’y apporter des ébauches de solution. En tant que questionnement perpétuel, la
philosophie est hostile à la contrainte morale et au dogme. Elle est une réflexion ouverte débouchant sur
des vérités partielles et relatives. C’est dans cette perspective que Karl JASPERS déclare que « La
philosophie se trahit elle-même lorsqu’elle dégénère en dogmatisme, c'est-à-dire en un savoir, ni en
formule définitive, ni complète ». ALAIN s’engage dans la même dynamique quand il écrit : « En
philosophie toute vérité devient fausse au moment où l’on s’en contente ». C’est pourquoi Merleau
PONTY compare le philosophe à un homme qui boîte quand tout le monde marche normalement.
Ainsi la philosophie apparait comme le lieu par excellence de la contestation et du refus de l’absolu. Cela
veut dire que l’esprit philosophique doit sans cesse se renouveler. La philosophie apparait ainsi comme
une quête du savoir, un mode de pensée qui se fait et se défait à travers les âges. Elle est soumise à des
mutations profondes incessantes. C’est pourquoi l’histoire de la philosophie est l’histoire d’une révolution
permanente d’une lutte acharnée entre les différents systèmes philosophiques. Chaque philosophe s’est
fixé pour ambition de battre en brèche les théories de ses prédécesseurs mais cela n’a fait qu’enrichir la
philosophie. L’exemple de Nietzsche en est illustration. Dans son ouvrage Ainsi parlait Zarathoustra
lorsque le jeune étudiant dans sa troisième interpellation lui disait que je veux que tu sois mon maitre et
je sois ton disciple. Nietzsche répondait : je me trahirais en répondant à la question qu’est-ce que la
philosophie ? Parce que dès le départ je me suis défini comme philosophe et en tant que philosophe j’écris
avec mon sang et celui qui écrit avec son sang ne peut pas et ne doit pas être imité ; avant d’y ajouter
qu’en philosophie il n’y a pas de chemin il n’y a que ton chemin et c’est à toi de l’inventer.
IV-) LA PHILOSOPHIE ET LES AUTRES FORMES D’APPROCHES DU REEL
L’homme est et sera toujours animé par un désir ardent de connaitre les phénomènes naturels dans le but
de transformer ces derniers, tout en se transformant lui-même. Avant l’émergence de la pensée rationnelle
qui trouve son expression la plus achevée dans la philosophie et la connaissance scientifique, nous avons
noté chez l’homme un effort perpétuel de rendre compte de la totalité ou d’une parcelle du réel. C’est ainsi
que les formes d’approche du réel furent utilisées par les hommes en vue de donner une explication aux
phénomènes naturels et sociaux. Le réel inclut l’ensemble des êtres et des choses que nous disons exister
pour nos sens et nos esprits. Il désigne l’ensemble des choses que l’homme voit, touche, goûte ou pense.
Il peut désigner aussi bien le monde matériel que le monde métaphysique, tandis que la réflexion
philosophique est caractérisée par un esprit critique, un esprit d’analyse et d’examen qui s’oppose au sens
commun. Parler des caractéristiques de la réflexion philosophie revient à dire ce qu’est la philosophie et
à l’opposer des approches du réel comme le mythe, la magie, la religion et à la science.
A-) LA PHILOSOPHIE ET LE MYTHE
Le mythe est un récit imaginaire, légendaire, transmis par la tradition et qui, à travers les exploits d’êtres
fabuleux (dieux, héros etc.), tente d’expliquer des phénomènes comme l’origine de l’univers, de l’homme,
des choses etc. Il explique l’origine et les causes premières de tous les phénomènes. Le mythe s’oppose à
la connaissance rationnelle en ce qu’elle n’est pas méthodique. Dans la raison mythique Jean Pierre
VERNANT souligne que cette opposition peut être régie à travers le discours. En effet, la conscience
cherche à atteindre le réel par le biais du concept. Cette opposition se traduit sur le plan philosophique et
par des considérations négatives à l’endroit du mythe. Sous cet angle le mythe est conçu comme une
histoire grotesque et incapable de satisfaire les exigences de la raison. Selon GUSDORF la connaissance
mythique ne s’étonne de rien, elle justifie tout. Le principe du mythe est de raconter, mais raconter ne
signifie pas expliquer par des démonstrations logiques, d’où son divorce d’abord avec la philosophie, la
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science ensuite. Sa fonction est essentiellement sociale, car il prescrit des règles que les hommes doivent
adopter et leur indique ce qu’ils doivent faire. Il est considéré comme sacré, il ne démontre pas ce qu’il
dit, il se contente de le dire. Le récit mythique est cru de façon dogmatique par les membres du groupe
social, on ne le critique pas : on y croit sans chercher à avoir des preuves. Exemple de mythe, on peut citer
l’histoire d’Adam et d’Eve. En effet, d’après les religions révélées, Adam et Eve ont été chassés du paradis
pour avoir désobéi à Dieu. Ensuite, ils ont été envoyés sur terre où ils seront obligés de travailler pour
vivre. Ce récit a pour fonction de justifier l’origine du travail. Mais, il ne faut pas croire que le mythe est
irrationnel. Au contraire, elle témoigne d’une « rationalité » certes différente de la pensée philosophique.
En fait, à l’instar de la philosophie, le mythe aussi cherche à fournir une explication du monde, pour
apaiser la curiosité humaine. La différence réside dans le fait que là où la philosophie se pose des
questions, le mythe apporte des réponses. Au demeurant, la philosophie et le mythe sont deux domaines
de la raison, mais différents par la démarche. DESCHOUX déclare déjà : « Ce que la raison ne peut
expliquer, le mythe permet au moins de le dire » Platon ou le jeu philosophique. Autrement dit, il les
retrouve dans leurs croyances pour leur expliquer des vérités a priori inaccessibles par la raison. En bref,
la philosophie se sert du mythe comme moyen d’illustration d’un argument. La philosophie entretient avec
le mythe des relations contrastées. Il faut d’abord remarquer que l’univers a toujours préoccupé la curiosité
humaine. La première vocation du mythe est donc de rassurer l’homme par rapport à ses inquiétudes et il
se définit dès lors comme une première explication du monde « le mythe raconte comment grâce aux
exploitations des êtres surnaturels une réalité est venue à l’existence que ce soit la réalité totale le
cosmos ou seulement le fragment : une île, un comportement humain, une institution. C’est donc
toujours le récit d’une création : On rapporte comment quelque chose a été produit, a commencé à
être» dira Mircea ELIADE. Pourtant, force est de reconnaitre que la valeur du mythe comme mode de
savoir capable d’expliquer le réel est douteux. La Philosophie considère le mythe à travers son caractère
intemporel et son contenu fictif comme une représentation illusoire de la vérité et de la réalité et de ce fait,
il éloigne de la vérité.
B-) LA PHILOSOPHIE ET LA RELIGION
B-1) Les rapports entre la philosophie et la religion
Les rapports entre la philosophie et la religion ont souvent été difficiles. Un conflit existe entre elle. Le
philosophe est perçu comme un athée tandis que le religieux est vu comme un borné ou comme quelqu’un
qui ne réfléchit pas. La religion signifie le lien que l’homme entretient avec une puissance surnaturelle et
transcendante nommée Dieu. La religion est censée dire une vérité absolue, incontestable, indiscutable
pour le croyant. Ce dernier considère comme vrai tout ce que disent les textes sacrés et il interprète toutes
choses en fonction de la religion. L’exemple de Socrate revient, car il a été condamné parce qu’accusé de
nier l’existence des dieux. La religion unit l’homme à Dieu. Elle est fondée sur la foi. Croire, c’est donc
adhérer, accepter sans exiger des preuves. La croyance est une forme d’assentiment fondée sur la
confiance. Elle repose également sur des dogmes. Pour toutes ces raisons, la religion s’oppose à la
philosophie qui, elle, est fondée sur l’esprit critique alors pour le croyant, le doute n’est pas permis. Le
philosophe doit avoir un esprit de doute et de remise en question. Avec son esprit libre et critique, il
s’attaque à tout, même à la religion. Cette dernière va ainsi subir des critiques de la part de philosophes
comme Karl MARX qui la considère comme « l’opium du peuple ». Pour lui, c’est l’homme qui a inventé
Dieu. NIETZSCHE, pour sa part, proclame la mort de Dieu, tandis que SARTRE fera de l’existence de
Dieu une présence sans incidence sur le monde. A travers ces philosophes athées, il est aisé de constater
que philosophie et religion ont eu des rapports complexes depuis leur origine, mais il serait exagéré d’y
voir une opposition radicale. Loin de s’exclure, elles entretiennent une relation réciproque. Certes, elles
n’ont pas le même fondement, car la philosophie repose sur la raison et la religion sur la foi. Mais à bien
des égards, elles traitent des mêmes questions. En effet, toutes les questions que soulèvent la métaphysique
comme celles qui sont liées à Dieu, à l’âme, au destin etc. trouvent leur réponse dans la religion, de sorte
qu’on a pu dire que la philosophie pose des questions et la religion y apporte des réponses. C’est ce que
montre Blaise PASCAL selon qui la religion et la philosophie sont deux genres distincts. A son avis,
l’homme est raison et cœur et il peut atteindre la vérité soit par le cœur soit par la raison. Mais Pascal
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précise qu’il y a des choses que la raison ne peut pas savoir à l’exemple de Dieu, et c’est au cœur de le
sentir. C’est pourquoi il dit que « Dieu ne se prouve pas, il s’éprouve ». Poursuivant cette même idée, il
affirme dans sa Pensée 277 : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Saint AUGUSTIN
quant à lui parle d’une ressemblance entre religion et philosophie. Pour lui, il y a une similitude entre les
textes bibliques et ceux de Platon. Il sera amené à conclure que la philosophie ne peut nous permettre
d’atteindre la vérité et qu’elle doit se subordonner à la religion. Saint Thomas d’AQUIN pense lui aussi
que foi et raison peuvent atteindre la vérité, mais il accorde la supériorité à la foi.
Voilà la foi et la raison qui évoluent dans des rapports d’hostilité. La foi dépasse les apparences et apparaît
comme un engagement, une croyance consciente d’être croyance. La raison quant à elle est la propriété
voire la faculté supérieure à laquelle sont soumise la pensée, la connaissance et la réalité. Elle (raison)
nous donne les moyens d’organiser nos connaissances en système, détournées de toute probabilité, elle
est capable de nous donner un sens à l’univers. Hegel dira en ce sens que « la raison gouverne le monde».
Comme KANT qui en faisant le fondement de toute moralité, Hegel reste convaincu que l’on ne peut
condamner la raison pour son abstraction et qu’elle commande à l’évolution de l’histoire de l’humanité.
B-2) Réconcilier philosophie et religion
Mais au-delà de ce conflit on pourrait penser à une éventuelle complémentarité entre les deux modes de
savoir. Néanmoins, le principe d’une collaboration a toutefois jailli dans l’univers des rapports entre la
philosophie et la raison. C’est par exemple la position du PAPE Jean PAUL II qui ouvre ainsi
l’encyclique et soutien lors de sa réception à Dakar que « La foi et la raison sont comme les deux ailes
qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ». Mais si la métaphore
est juste, les deux ailes doivent nécessairement voler de manière concordante. Le chemin et le but étant
bien sûr déterminés, dès l’envol, par l’aile de la foi, l’aile de la raison n’a plus qu’à s’y plier. Il faut donc
dépasser la contradiction car Dieu nous a dotés de raison mais aussi de foi qui nous ouvre la porte des
connaissances surnaturelles. De ce fait, croire ne peut en aucun cas nous interdire de raisonner. Nicolas
de MALEBRANCHE, un philosophe français cartésien pensait que la vraie philosophie n’est autre chose
que la religion puisque la vérité est même Dieu et que la raison n’est en réalité que la marque de Dieu en
l’homme. Même si la philosophie ne rime pas très souvent avec la religion, ce serait une erreur d’opposer
Raison et Foi. La philosophie peut être dans une certaine mesure cette raison qui cherche à comprendre
ce qui a été révélé.L’usage de la raison dans le domaine de la foi poussa l’Imam Abu Hamid Al
GHAZALI à s’interroger sur les fondements et la signification de la foi. « Qu’est-ce que je crois lorsque
je dis que je crois » ? Une interrogation n’avait pour vocation de remettre en cause le dogme musulman.
Elle visait à trouver la certitude de la croyance. La quête du sens divin n’exclut pas la raison. Ibn Roch
plus connu dans la pensée médiévale sous le nom d’Averroès, soulignait cette exigence philosophique à
l’intérieur de la religion. Dans Islam et Philo, il écrivait « l’exigence portait par la religion de s’adresser
à un homme qui s’interroge, qui réfléchit, ne peut être qu’une exigence philo ». LEIBNIZ avait perçu
cette exigence de rationalité dans la religion lorsqu’il écrivait : « exclure la foi au nom de la raison c’est
comme se crever un œil pour mieux voir ». Foi et Raison semble alors complémentaires. La raison peut
et doit aider à rendre intelligible le sens caché du texte saint, à décoder l’énigme de la parole divine, à
neutraliser les attaques portées contre la religion. La foi, elle, peut aider à gérer les effets pervers de la
raison, à apporter des réponses aux interrogations qui semblent dépasser les compétences de la raison. La
Religion est donc en ce sens le prolongement naturel de la philosophie.
Au terme de notre réflexion, nous pouvons dépasser toute polémique et nous situé dans les perspectives
pour comprendre que la philosophie et la religion sont peu assimilables en ce que la première se fonde sur
la raison alors que la seconde s’adresse aux cœurs et la foi en Dieu. Dans la religion, comme dans le
mythe, la raison est apparemment bornée pour aspirer à la vraie réalité des choses. Associés à la magie
ces modes de connaissance semblent apparaître philosophiquement comme des connaissances
irrationnelles dans lesquelles la notion de sacré occupe une place importante. La philosophie serait donc
née de l’échec des premiers modes de connaissance à satisfaire la curiosité des hommes.
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C-) PHILOSOPHIE ET SCIENCE
La relation entre la philosophie et la science semble être à la foi conflictuelle et complémentaire. Les
principes de la science sont certes indépendants de ceux de la philosophie, mais si nous interrogeons
l’histoire des sciences nous nous rendons compte que la philosophie était la Mère de toutes les sciences.
Qu’en est-il aujourd’hui de ce système général ? Comment pouvons-nous juger la pertinence de la
philosophie qui renouvelle sans cesse son objet ? Est-il possible de parler de complémentarité entre
philosophie et science ?
C-1) Les rapports de similitudes (ressemblances)
La science comme la philosophie compte toutes deux de rendre compte de l’intelligibilité des phénomènes
naturels et culturels. Elles sont contre les évidences. Ce faisant ces deux activités de l’esprit humain se
fondent sur le principe et l’usage de la raison. Pour mieux s’approprier du réel la philosophie et la science
mettent en place des concepts. Elles s’appuient sur une méthode réflexive faisant appel à la cohérence et
à la rigueur. Ces deux types de pensées se caractérisent par la recherche de la vérité. C’est pourquoi elles
refusent le dogmatisme. Et vouloir la vérité signifierait s’inventer un autre monde et de ce fait on finira
par nier ce monde ci de façon globale on en repousser une partie. Ainsi pour BACHELARD « une
expérience scientifique est une expérience qui contredit l’expérience commune ». Par exemple,
l’évidence sensible considère que c’est le soleil qui tourne autour de la terre alors que la science affirme
le contraire. Parallèlement l’activité philosophique s’oppose à la conscience collective. L’usage de la
raison fait voler en éclat tout un ensemble de tradition et de préjugés solidement ancrés. Jacqueline Russ
reconnait qu’ « accéder à la philosophie c’est rompre d’avec les idées établies, recevoir le baptême
philosophique, c’est repartir à zéro ».
C-2) Les rapports d’opposition
La philosophie et la science ont des différences de méthodes, d’orientations et de préoccupations. La
science est caractérisée par son objectivité alors que la philosophie est marquée par la subjectivité. Lorsque
les philosophes posent la même question, ils y apportent des réponses différentes, subjectives. C’est parce
que chaque philosophie exprime les sentiments de son auteur, ses convictions personnelles, ses croyances.
Il y a une pluralité en philosophie alors que dans les sciences il y a une unité. La science est caractérisée
par son exactitude parce qu’elle produit les instruments de vérification de ses théories. La procédure de la
science est particulière : elle passe par l’observation, l’hypothèse, l’expérimentation, la vérification et
l’élaboration d’une loi universelle. La science dit ce qui est en se posant le « comment », mais la
philosophie s’intéresse à ce qui devrait être et se pose le « pourquoi ». Quand le savant se demande
comment les choses se produisent, le philosophe, par la spéculation, se demande le pourquoi des choses.
Donc la philosophie en ce qui la concerne se caractérise par la raison. Mieux le critère de vérité demeure
en dernière instance. Jean PIAGET dans son ouvrage intitulé Sagesse et illusion déclare : « La
philosophie pose des problèmes grâce à sa méthode réflexive mais elle ne les résoud pas parce que la
réflexion ne comporte pas en elle des instruments de vérification. Les sciences de par leurs méthodes
d’expérimentation et de déduction règlent certains problèmes mais en soulèvent sans cesse de
nouveaux». En philosophie la réponse à la question posée est une position et non une solution.
L’interrogation philosophique est toujours ouverte. La science tout en réalisant des prouesses dans tous
les domaines de la vie n’a pas une maitrise parfaite des méfaits de ses résultats (sanitaire et industriels).
La science va du sujet vers l’objet : elle est cosmocentrique alors que la philosophie va du sujet vers le
sujet : elle est humaniste.
C-3) Les rapports de complémentarité
La philosophie et la science ne s’opposent pas radicalement. Elles sont, à bien des égards,
complémentaires. La philosophie en tant qu’interrogation continuelle sur l’expérience humaine ne saurait
faire abstraction de la science Car la philosophie réfléchit sur les principes, les méthodes et les conclusions
des sciences. C’est cette partie de la philosophie qu’on appelle l’épistémologie ou la philosophie des
sciences. La pensée philosophique a toujours été le thème de la réflexion philosophique qui trouve sa
nourriture dans l’histoire des sciences. La quête constitue l’histoire de la pensée humaine. Par conséquent,
la philosophie ne peut pas se déployer sans pour autant tenir compte des résultats des sciences. C’est sous
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ce rapport que Gaston BACHELARD affirme « La science crée en effet de la philosophie. Le
philosophe doit infléchir son langage pour traduire sa pensée contemporaine dans la mobilité ».
HEGEL s’inscrit dans la même dynamique car il conçoit que la philosophie accuse un retard nécessaire
à la science. Mieux la philosophie ne voit le jour que lorsque la science achève son œuvre. La science ne
peut non plus mettre entre parenthèse la philosophie. La science est incapable de répondre à toutes les
questions que l’homme se pose. Seule la philosophie est en mesure de répondre aux questions purement
métaphysiques. Cependant, il nous semble important de souligner que la réflexion philosophique ne peut
en aucun cas parvenir à des certitudes qui dépassent celle de la science. La philosophie redevient une
conscience de la science et non une concurrence pour celle-ci. Elle s’érige en gardienne face aux dangers
multiples que l’usage des découvertes scientifiques fait courir à l’humanité. Pierre FOUGEYROLLAS
écartait toute compétition entre la science et la philosophie en affirmant : « Toute compétition entre la
science et la philosophie serait ruineuse pour celle-ci ». Par ailleurs, même si la science est une
connaissance exacte, elle a cependant des limites internes et des limites externes. Les limites externes
concernent toutes les questions qui sont hors de son domaine d’investigation, ce sont les questions
métaphysiques ou éthiques. Ces préoccupations sont prises en compte par la philosophie. Les limites
internes se rapportent à la connaissance scientifique qui n’est pas figée, immuable : elle progresse, ce qui
explique le progrès scientifique. Il faut souligner, enfin, que la science peut avoir sur l’homme un impact
positif comme négatif (les armes, les manipulations génétiques, la pollution de l’air etc.). Et c’est
précisément à ce niveau que la philosophie intervient pour réfléchir sur la science. Cette réflexion est
appelée épistémologie.
Au terme de notre analyse, il apparait que la philosophie et la science ne sont pas antinomiques. Au
contraire elles entretiennent des relations en ce qu’elles se rendent mutuellement service. Même si elles
semblent divergentes, la philosophie et la science sont complémentaires, car les faiblesses de l’une sont
la force de l’autre et vice versa. C’est pourquoi leur séparation constituerait un obstacle sérieux au
développement des connaissances humaines. Ces deux modes de pensée trouvent leur salut dans une
solidarité nécessaire.
CONCLUSION
Au terme de notre réflexion, il convient de noter que notre question initiale de savoir qu’est-ce que la
philosophie n’a pas pu trouver une réponse définitive. Cependant en la comparant à tout ce qu’elle n’est
pas (mythe, magie, religion, science), nous avons pu au moins établi sa spécificité, sa particularité ainsi
que la singularité de sa démarche. Mais il faut signaler que le mythe et la religion apparaissent comme des
modes qui vont précéder l’avènement de la science ainsi que la constitution du discours philosophique.
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