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Dialogue avec une araignée imaginaire

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Banana split

- Episode de démence, hallucination,


- Banane

«Julia, on est là !». Au bout du quai, ma famille toute entière agitait ses bras, comme s’il
y’avait une chance que je ne les reconnaisse pas après 6 semaines d’absence.
Je venais juste d’arriver, et j’avais déjà des grains de sables entre la lanière de ma
tongue. Fraichement débarquée, ma famille m’honorait déjà de toutes ses piailleries, ses
papotages au volume du « je suis si content qu’on se retrouve ».
Du haut de mes airs de messie que la foule attendait depuis déjà trop longtemps pour être
vrai, je cherchais un coin calme où me retirer. Non sans peine, et non sans faire de manière
je réussis à m’enfermer dans une petite bulle imaginaire, comme je savais souvent le faire.
Leurs sons passaient, mais désormais sans m’agresser, sans pénétrer réellement l’intérieur
de mes tympans. Je sentais alors dans ces moments mon corps tout mou et mes envies
tiédies. J’étais au calme !

Après le repas de retrouvailles, ensemble nous avons rassemblés nos sacs, nos tongues, nos
ponchos, paréos, casquettes, tubes de crèmes solaires un peu passés, et nous avons avancé
au rythme mouvant de nos pas dans le sable jusqu’à la PLAGE !

2ans et demi que je ne me rappelais pas de ce bruit assourdissant, 2ans et demi que je ne
me rappelais pas de cette sensation d’avancer en arrière quand on marche sur la plage, 2ans
et demi déjà et la plante de mes pieds ne se rappelait plus que le les grains chauffés au soleil
toute une journée peuvent finir par chatouiller, pour finir par vous cramer la peau. « Aïe ».

J’ai lâché mon sac à dos sur le sable, qui l’a aussitôt accueilli formant un creux réconfortant
autour de sa structure. Serviette étendue tant bien que mal, mon corps commençait à
fondre sa forme dans le sable. Le soleil irradiait mon ventre, et mon menton. Je commençais
à me sentir envahie de cette auréole de chaleur et de soleil qui vous aiguise les sens.
Je sentais le contact brulant de la serviette envelopper les pourtours de mes fesses, de mes
chevilles, du haut de mon dos, de ma nuque, de ma tête maintenant lourde.

J’aurais pu m’extasier encore longtemps sur ces sensations de plage retrouvées si le sommeil
ne m’avait pas kidnappée.

Comme disait ma grand-mère, j’étais passé par la porte des étoiles. Oui maintenant je crois
bien que j’avais changé de dimension, je n’étais plus vraiment sur la plage. Je sentais comme
une chaleur humide m’avaler toute entière. Je sentais le long de mes bras, comme de la
sueur perler. Je m’aperçus que ces perles n’étaient que d’eau, une eau qui dégoulinait à un
rythme régulier depuis un ciel gigantesque de feuilles vertes. Mes pieds semblaient tremper
dans une eau fraiche revigorante, et mon corps dans un bain de vapeur lénifiant. Je
pataugeais vraisemblablement dans le cours d’un ruisseau, entourée d’arbres géants et
d’arbrisseaux bons à servir de repas à un dinosaure tout entier. Je me hissais sur une berge,
au sec, mais toujours embuée par cette chaleur moite.
J’étais au beau milieu de la jungle, avec pour seul horizon des lignes verdoyantes.

Au milieu de la jungle,

En tenue de rando,

Seule,

Entourée de croassements et de piaillements d’oiseaux virevoltants. Encerclée par des


jappements, des hululements, des crissements qui donnaient à cette foret une profondeur
quasi infinie !

J’avais peut-être trop forcé mon imagination à me créer une bulle de pensées imaginaires,
le soleil tapant sur mes tempes m’avait peut-être insidieusement porté vers l’insolation ?
Combien avais-je pris de champignons de Paris frelatés à midi pour être dans cet état ?
Combien de cocktails aux saveurs inconnues ? Combien de fois j’avais écouté cette chanson
Kendrick Lamar, qui a le don de me mettre dans un état second ? Combien de tours sur moi-
même j’avais dû faire avant de tomber dans les pommiers de cette jungle ?

Un « aïe » distinct me sorti de mes réflexions d’hallucinée. Je soulevai mon pied, pensant
que le son venait du sol. Un énorme grillon sorti de sous ma semelle en s’enfuit d’un air
dédaigneux.

Sur le cul, enfin pas littéralement mais ce fut tout comme, je commençais légèrement
(grandement en fait) à paniquer !

Avançant en pensant que l’activité physique mettrait mon esprit devant sa connerie, je
m’arrêtais devant un bananier splendide. Des jets de feuilles vertes toutes neuves
cohabitaient avec des feuilles qui avaient fait leur temps et venaient se blottir contre le tronc
de l’arbuste. Il faisait des bananes !!! De là d’où je viens les bananes poussent au
supermarché… J’approchais ma main d’une des bananes du régime choyait par ce bananier
décidemment d’une race étrange.

La main encore tendue vers la banane, je vis deux pattes s’approcher. Puis une troisième
patte s’avança. Enfin, deux petites mandibules poilues. Les mandibules s’agitèrent répétant
avec un rythme lascif : « Non, non, y’a pas moyen. Y’a pas moyen. ».

Devant l’absurdité de la situation, je commençais à penser à haute voix malgré moi :


« Comment ça, y’a pas moyen ? »

Et encore une fois, la touffe de verts lumineux flanquée d’éclats jaunes de régimes de
bananes me répondit calmement : « Y’a pas moyen, ça va pas être possible ».
Un petit corps dodu et agile à la fois surgit au milieu de 8 pattes maintenant : « C’est mes
bananes, trouve -toi un ti coin à toi. Mais ailleurs. »

Quoi, cette araignée me parlait. Cette araignée parlait tout court. J’essayai de serrer fort les
paupières avant de les rouvrir. Non toujours pareil, j’étais au beau milieu d’une situation
ridicule et flippante. Cette bête toute velue semblait comme dessinée, comme perdue,
cherchant son dessin animé. Pourtant elle n’était pas si perdue, elle était même territoriale,
et me fis comme un signe de sa patte avant droite, signe de dégager de chez elle. « Elle me
montrait la sortie ?! »

Vexée de me faire rembarrer par une bestiole de dessin animée je fis volte-face pour tourner
le dos à cette impolie. Mais je sentis une légère vague, irrépressible d’impertinence. Et là je
m’entendis lui répondre, comme une ado face à une vieille personne trop autoritaire dans le
métro : « Qu’est-ce qui te fais dire que c’est chez toi ici ? Tu crois que tu résisterais à un
anaconda qui voudrait se faire un nid douillet au pied de ton bananier ? Fais gaffe je suis
verseau, ascendant anaconda. T’as de la chance que ton coin ne me fasses pas si envie que
ça. » Depuis l’intérieur de moi-même je me disais : « Mais ridicule ! Pour qui tu t’ai pris et
qu’est-ce que t’en as faire de cette araignée minus. »

Araignée, quelqu’un avait dit « araignée » ? J’avais dit araignée !!!!! Je parlais à une
araignée !
Et voilà que non seulement je faisais un dialogue vraisemblablement avec une bête
imaginaire, mais que tous les animaux de ce coin de la selva s’étaient ramenés, alléchés
probablement par l’odeur d’une joute oratoire tout juste entamée. Derrière moi, une petite
famille de cochons sauvages, deux oiseaux blancs élancés, sans doute des hérons, deux
serpents verts flamboyants et une tripotée d’insectes multicolores.
-« J’habite ce coin merdeuse. Si tu veux en venir aux pattes sache que je suis au moins 30 %
plus agile que toi ; »
Mais c’est que cet animal me cherchait et gardait la tête sur l’abdomen en plus !
A nouveau, sortit de ma bouche une réplique que mes lèvres piquées de colère surent pas
retenir :
-« T’es mathématicienne en plus ? T’as compté sur tes pattes : 8 pattes contre 2 grandes
jambes humaines, divisées par la rapidité sur une surface en deux dimensions. Je crois que
t’as dû faire une erreur dans ton calcul, il faut multiplier par la force d’une pichenette. Avec
deux doigts je peux t’envoyer au paradis des bananiers !
Les insectes semblaient rieurs, mais la famille de cochons sauvages paraissait prendre mon
parti, sans doute une solidarité entre cousins de gênes…

Ma bouche était à nouveau en train de me démanger et je sentais qu’elle allait me trahir.


Quand soudain je m’écriais : « Fais pas ta radine, donne-moi au moins cette banane trop
grande pour ton gosier d’insecte ». De rage, je saisis la banane qui m’avait attiré vers l’arbre
de cette araignée mal lunée. Cette rage maintenant me chauffait le visage, et irradiait. Même
cette banane était brulante ! Tout à coup, l’air humide et lourd qui m’enveloppait avait
disparu, pour laisser place à une vague de chaleur sèche sur toute ma partie postérieure. Je
lâchais mon emprise sur cette banane volée. Maintenant, elle n’était plus que de sable.

« Julia, mets ta casquette, tu vas attraper une insolation. »


Terrassée par l’aspect logique de cet argument, je ne répondis pas et fouilla mon sac pour y
trouver ma casquette. Je me rendormis aussi sec.

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