Série protection de la santé
des travailleurs
Nº 5
La prévention des troubles
musculo-squelettiques
sur le lieu de travail
Information concernant
les facteurs de risque et la prévention,
à l'intention des employeurs,
des superviseurs et des formateurs
en médecine du travail
Federal Institute
for Occupational
Safety and Health
Série protection de la santé
des travailleurs
No 5
La prévention des troubles
musculo-squelettiques
sur le lieu de travail
Prof. Dr rer. Nat. Alwin Luttman
PD Dr-Ing Matthias Jäger
Prof. Dr med Barbara Griefhan
Institut de Physiologie du travail,
Université de Dortmund
Institut für Arbeitphysiologie,
Universität Dortmund
Ardeystrasse 67
D-44139 Dortmund
Allemagne
et
Institut fédéral pour la sécurité
et la santé au travail
Bundesanstalt für Arbeitsschutz
und Arbeitsmedizin
Dr med. Sc. Gustav Caffier
Dr med. Falk Liebers
Dipl.-Ing. Ulf Steinberg
Nöldnerstrasse 40-42
D 10317 Berlin
Allemagne
Page de couverture :
Tuula Solasaari Pekki,
Institut finnois de médecine du travail
Rédaction du texte en français
Institut national de la recherche scientifique (INRS), Nancy, France
Institut fédéral pour la sécurité et la santé au travail (BAUA),Berlin, Allemagne
Autres brochures de la série protection de la santé des travailleurs :
No.1 : Prévention de risques pour la santé liés à l'utilisation
des pesticides en agriculture
No. 2 : Pourquoi et comment procéder à des évaluations économiques
au niveau de l’entreprise ?
No. 3 : Organisation du travail et stress
No. 4 : Qu'est-ce que le harcèlement moral sur le lieu de travail?
Catalogage à la source : Bibliothèque de l’OMS
La prévention des troubles musculo-squelettiques sur le lieu de travail / Alwin Luftmann [et al.]
(Série protection de la santé des travailleurs ; no. 5)
1. Appareil locomoteur, Maladies - prévention et contrôle
2. Poste travail 3.Facteur risque 4.Ligne directrice
I.Luttmann, Alwin II.Series.
ISBN 92 4 259053 2 (Classification NLM: WA 440)
ISSN 1729-3502
© Organisation mondiale de la Santé 2004
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nommément.2
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La présente publication exprime les vues collectives d’un groupe international d’experts [ou bien donner le nom du
groupe] et ne représente pas nécessairement les décisions ni la politique officielle de l’Organisation mondiale de
la Santé.
Toutes les illustrations sont protégées par le droit d’auteur dont le titulaire, chaque fois qu’une d’entre elles est
utilisée, doit être nommément mentionné comme suit: Lang/Metze Atelier f:50, Berlin.
Imprimé en France.
Préface
Les troubles de l’appareil musculo-squelettique (TMS) représentent une cause
importante d’absentéisme. Les TMS génèrent des coûts considérables pour le
système de santé publique. Les TMS peuvent être associés à des situations de
travail ou à des régions particulières de l’organisme. Par exemple, les troubles
de la région lombaire sont souvent associés au transport ou au soulèvement de
charges ou aux vibrations. Des troubles du membre supérieur (doigts, main, poignet,
bras, coude, épaule, cou) peuvent résulter d’un effort statique répétitif ou de
longue durée ou encore peuvent être intensifiés par de telles activités. La gravité
des troubles peut aller de douleurs occasionnelles à des troubles spécifiques
précisément diagnostiqués. La survenue de douleurs peut être interprétée soit
comme le résultat d’une surcharge aiguë réversible, soit comme le symptôme
préalable de la survenue d’une maladie grave.
Ce document traitant de la prévention des troubles musculo-squelettiques a pour
but de faire connaître les facteurs de risque et de favoriser la prise de mesures par
l’employeur et les modifications de comportement des travailleurs de manière à
éviter ou diminuer les risques dus aux charges physiques dangereuses pour la
santé ou inutilement fatigantes. Le document a été rédigé de manière à pouvoir
être utilisé par les employeurs, les superviseurs et les formateurs en médecine
du travail lors de la conception du poste de travail et de l’espace de travail ou
de la préparation des documents d’information et des programmes de formation.
Ce guide devrait par conséquent permettre de diminuer la souffrance des
individus, d’influer favorablement sur l’efficience du travail et d’abaisser les
coûts pour le système de santé publique.
Cette brochure est destinée aux employeurs, aux superviseurs et aux
formateurs en médecine du travail pour leur permettre d’identifier les risques
susceptibles d’entraîner des troubles musculo-squelettiques et de concevoir les
tâches et l’espace de travail pour qu’il soit sans danger pour l’employé.
Nous remercions de leur contribution les personnes suivantes : Thomas R.
Waters, Ph. D, National Institute for Occupational Safety and Health, Cincinnati ;
Dr Hisachi Ogawa, Organisation mondiale de la Santé, Conseiller régional en
Médecine du travail, Bureau régional du Pacifique occidental, Manille et Evelyn
Kortum-Margot, Programme Santé au travail et hygiène du milieu, Organisation
mondial de la Santé, Genève, Suisse.
Exemples de charges physiques rencontrées en situation de travail et
susceptibles d’être dangereuses pour la santé :
Travail agenouillé pendant des durées Manutention de charges lourdes
importantes
Vibrations transmises à l’ensemble
du corps
Travail statique et contrainte
posturale anormale
Travail assis continu
Table des matières
Partie 1 : Objectifs 1
1.1 Troubles musculo-squelettiques
associés au travail - définition 1
1.2 Pathologies caractéristiques 2
1.3 Facteurs de risque fondamentaux de
survenue des troubles musculo-squelettiques 3
1.4 Facteurs à prendre en compte dans la prévention 12
Partie 2 : Recommandations 15
2 Recommandations concernant les principaux
facteurs de risque 15
2.1 Facteur de risque : manutention de charges
lourdes 15
2.2 Facteur de risque : travaux de force 18
2.3 Facteur de risque : travail dans une posture
défavorable 19
2.4 Facteur de risque : tâches répétitives monotones 22
2.5 Facteur de risque : charges s’exerçant pendant
une durée prolongée 23
2.6 Facteur de risque : ambiances physiques 25
Appendice : règles de base de la prévention 27
Résumé 29
Conclusion 30
Pour en savoir plus 31
1
Partie Objectifs
1
1.1 Troubles musculo-squelettiques associés au travail -
définition
L’expression " troubles musculo-squelettiques " correspond à des atteintes de
l’appareil locomoteur, c’est-à-dire des muscles, des tendons, du squelette, des
cartilages, des ligaments et des nerfs. Les troubles musculo-squelettiques (TMS)
couvrent toutes sortes d’affections, des troubles légers et passagers jusqu’aux
lésions irréversibles et aux états chroniques d’incapacité. Cette brochure porte sur les
TMS provoqués ou aggravés par le travail et les conditions de travail Ces troubles
musculo-squelettiques sont sensés être provoqués ou aggravés par le travail bien
que des activités domestiques ou sportives y soient souvent associées.
Localisations les plus importantes
des troubles musculo-squelettiques
liés au travail
Membre supérieur Grosses articulations
( nuque - épaule – bras – main ) (genou)
2
1.2 Pathologies caractéristiques
Les pathologies surviennent notamment
lorsque la charge de travail mécanique est
supérieure à la capacité fonctionnelle des
différents constituants de l’appareil musculo-
squelettique. Les lésions musculaires,
tendineuses (contraintes, ruptures),
ligamentaires (contraintes, ruptures) et
Région lombaire
osseuses (fractures, micro-fractures mécon-
nues, lésions dégénératives) en sont les
conséquences typiques. En outre des irrita-
tions au point d’insertion des muscles, des tendons et des gaines tendineuses,
ainsi qu’une limitation fonctionnelle et une dégénérescence précoce des os et
des cartilages (ménisque, vertèbres,
disques intervertébraux, articulations)
peuvent aussi se produire.
Risque réduit Risque élevé
On observe deux types fondamen-
taux de lésions, les unes aiguës et
douloureuses, les autres chroni-
ques et persistantes. Les premières
sont dues à l’action de charges
importantes et de courte durée,
entraînant un effondrement struc- Capacité de Charge
chargement
turel et fonctionnel brutal (claquage
musculaire dû au soulèvement de
poids importants, fracture osseuse
consécutive à une chute ou blocage La prévention des troubles
musculo-squelettiques dépend de
d’une articulation vertébrale résul- l’équilibre entre la charge physique
tant d’un mouvement violent). La de travail et la capacité fonctionnelle
deuxième catégorie résulte d’une sur- de l’appareil musculo-squelettique.
charge permanente, conduisant à
une douleur et à un dysfonctionnement croissant (distension ou rupture ligamentaire,
ténosynovite, spasmes et contractures musculaires).
Les lésions chroniques provenant d’efforts répétitifs peuvent passer inaperçues ou
être négligées par le travailleur car la lésion peut guérir assez rapidement sans
entraîner une incapacité évidente. Ces lésions sont extrêmement fréquentes.
Dans les pays industrialisés, près d’un tiers de toutes les absences pour raison
de santé sont dues aux TMS. Les traumatismes du dos (lombalgie, sciatique,
dégénérescence discale, hernie) sont les plus nombreux (60 % environ).
3
Les atteintes cervicales et celles des membres supérieurs occupent la deuxième
place (syndromes algiques du cou, des épaules, des bras, épicondylite, tendinite
et ténosynovite, syndrome du canal carpien, syndromes associés à des traumatismes
cumulés, ou à des efforts répétitifs et connus en anglais sous les abréviations
CTDs et RSI, suivies des lésions du genou (dégénérescence du ménisque, arthrose)
et de la hanche (arthrose). On admet généralement que les conditions de travail
et la charge de travail sont des facteurs importants en ce qui concerne l'évolution
et la persistance de ces troubles.
1.3 Facteurs de risque fondamentaux de l'évolution des
troubles musculo-squelettiques
1.3.1 Surcharge physique, - caractère répétitif, durée d’exposition,
posture et accidents
Les TMS associés au travail sont présumés avoir un lien de cause à effet avec la
charge physique résultant des activités professionnelles.
Les troubles ou les lésions des muscles, des tendons, des articulations, des
ligaments et des os sont essentiellement dus à la surcharge mécanique des
différentes structures biologiques. L’éventuelle surcharge des tissus résulte des
forces de haute intensité ou couples agissant sur l’organisme extérieurement et
intérieurement. Les activités professionnelles imposant des charges mécaniques
élevées sont par exemple la manutention d’objets, dans les métiers du transport
par exemple, ou l’usage de la force de poussée ou de traction sur des machines ou
des outils . L’effet nocif de la charge mécanique dépend essentiellement de
l’intensité de la force.
En outre, la durée d’exposition est un facteur important pour l’évolution des TMS,
il est déterminé par le nombre de répétitions par unité de temps (par exemple par
jour) ainsi que par la durée totale d’exposition (par exemple nombre d’heures par
jour ou de jours par mois). Eu ce qui concerne les caractéristiques de l’exposition,
l’impact des charges occasionnelles rencontrées en milieu professionnel peut
être distingué de celui des activités de longue durée, effectuées parfois sur
plusieurs années, voire sur la totalité de la vie professionnelle. Les charges s’exerçant
brièvement peuvent conduire principalement à des troubles de santé aigus, alors que
les expositions de longue durée peuvent être responsables au stade final de troubles
chroniques.
4
Les risques pour l’appareil musculo-squelettique dépendent en grande partie de
la posture de l’opérateur ; en particulier, les positions courbées ou en rotation
sont associées à un risque accru de pathologie lombaire. La contrainte posturale
joue un rôle important, surtout quand l’espace de travail est restreint.
A côté de ces types de charges professionnelles résultant des conditions habituelles
du poste de travail, les TMS peuvent aussi être dus à des situations uniques,
imprévisibles et non envisageables, par exemple des accidents. L’origine des troubles
dus aux accidents se caractérise par une surcharge brutale des organes de la
locomotion.
1.3.2 Charge mécanique totale
La charge totale pour l’appareil musculo-
squelettique dépend de différents facteurs
déjà mentionnés comme :
• intensité des forces ;
• la durée de l’exposition ;
• le nombre de répétitions d'un effort par
unité de temps ;
• la contrainte posturale.
Accident résultant d’une situation
imprévue
1.3.3 Caractéristiques du risque
En fonction des facteurs déjà mentionnés, on distingue plusieurs catégories de
risques suivant leurs associations ou leurs caractéristiques, comme :
• l’intensité des forces ;
• la durée de l’exposition ;
• fréquence de la répétition des efforts;
• la contrainte posturale excessive;
• l’effort musculaire intense - ou de longue durée ;
• les conditions psychosociales et les ambiances de travail défavorables.
5
1.3.4 Facteurs contribuant à l’apparition des troubles
musculo-squelettiques
Dans ce qui suit, la charge pour l’appareil musculo-squelettique est caractérisée en
fonction des facteurs principaux, tels que l’intensité de la force, la répétition du geste
et la durée d’exécution, la posture et l’effort musculaire, ainsi que les facteurs
psychosociaux et les ambiances de travail.
1. L’application de forces de grande intensité peut entraîner une surcharge aiguë
des tissus concernés. Des forces de grande intensité s’exercent à l’intérieur des
tissus, en particulier lors du soulèvement ou du déplacement d’objets lourds.
Pousser, tirer, tenir ou soutenir un objet ou une personne met également en jeu
des forces de grande intensité.
2. La manutention de charges pendant une durée importante peut entraîner
un effondrement musculo-squelettique si la tâche occupe une partie impor-
tante de la journée de travail et est renouvelée pendant plusieurs mois, voire
plusieurs années. On citera par exemple la manutention manuelle de
matériaux pendant de nombreuses années qui peut entraîner des pathologies
dégénératives, de la colonne lombaire en particulier. La dose cumulée peut
être considérée comme une mesure adaptée à la quantification de ce type
de charge. Les éléments qui entrent dans la description de cette charge sont
la durée, la fréquence et l’intensité des activités réalisées.
3. Des troubles musculo-squelettiques peuvent également apparaître à la suite de
manipulations répétées fréquemment, même si le poids des objets manipulés
ou les forces mises en jeu sont faibles. Ce travail, réalisé pendant des années
importantes, (assemblage de petites pièces, dactylographie, travail des
caissières des supermarchés) peut être nuisible pour la musculature, même
si les forces en jeu pour déplacer les objets sont faibles. Dans de telles
conditions, les mêmes régions et les mêmes
fibres musculaires sont activées pendant
des durées prolongées et peuvent être sou-
mises à une surcharge. Les conséquences
sont une fatigue précoce, une douleur et
éventuellement des lésions.
Manutention répétée d’objets
6
4. Lorsque le poste de travail est bien conçu, le travail peut être réalisé en
position debout, les épaules abaissées et les bras près du corps. Lorsque le
tronc est fortement courbé, étiré ou en rotation, les structures de la colonne
vertébrale peuvent subir une surcharge
et il en résulte une activité accrue de l’en-
semble des muscles. Si le tronc est
simultanément penché et en rotation,
le risque de traumatisme du rachis est
considérablement accru. Les conditions
de travail devront être modifiées lorsqu’el-
les imposent des mouvements ou des
postures qui obligent à avoir les mains
au-dessus des épaules ou au-dessous
des genoux ou les bras tendus, pendant
Travail assis prolongé dans des périodes prolongées ou répétées.
une posture fixe, nuisible pour la Le travail à genoux ou accroupi augmen-
musculature te le risque de surcharge des éléments
musculo-squelettiques. Le maintien en
position fixe de la posture assise s’ac-
compagne d’une activité musculaire prolongée et peut conduire à une sur-
charge au sein des structures musculaires. Ces postures de travail seront
évitées, et le temps de travail dans une telle position sera maintenu au mini-
mum si ce travail ne peut pas être complètement évité.
7
5. La charge musculaire statique correspond à la situation où les muscles sont
tendus pendant des périodes prolongées pour maintenir une posture donnée
(mains au-dessus de la tête pour percer des trous dans un plafond, bras en
abduction des coiffeurs, bras maintenus au-dessus du clavier, travail dans un
espace restreint). La caractéristique de la charge musculaire statique est que
le muscle ou le groupe de muscles sont contractés sans qu’il y ait mouve-
ment des articulations correspondantes. Si le muscle n’a pas la possibilité de
se relâcher au cours du travail, la fatigue musculaire peut apparaître même si
la force exercée est faible, et le fonction-
nement des muscles peut être altéré et
devenir douloureux. En outre, le travail
statique entraîne une diminution de la
circulation sanguine dans les muscles.
Dans les conditions normales, le passage
continuel de la contraction à la relaxa-
tion agit comme une pompe circulatoire.
Le maintien de la contraction diminue le
flux circulatoire sortant et entrant dans
le muscle contracté. Le gonflement des
Travail statique avec les mains jambes, par exemple, est un indicateur
au-dessus de la tête
de mauvaise circulation sanguine.
6. L’inactivité musculaire est un facteur
supplémentaire d’apparition de trou-
bles musculo-squelettiques. Les mus-
cles ont besoin d’être activés pour
conserver leur capacité fonctionnelle
et il en est de même des tendons et
des os. En l’absence d’activation, on
peut voir apparaître des déficits fonc-
tionnels et structuraux consécutifs à la
déprogrammation. Le muscle n’est par
suite plus capable de stabiliser les
articulations et les structures ligamen-
taires convenablement. Les consé- Déprogrammation due au manque
quences possibles sont une instabilité de sollicitation musculaire et à
l’inactivité physique prolongée
des articulations et un manque de
coordination associés à des douleurs,
des anomalies des mouvements et une surcharge des articulations.
8
7. Les gestes monotones répétitifs avec d’objets manipulation on non pendant
de longues périodes peuvent entraîner un effondrement musculo-squelettique.
On dit qu’il y a travail répétitif lorsque les mêmes régions du corps sont
activées de manière répétée en l’absence de périodes de relaxation, même
brèves ou qu’une variation du geste est impossible. La description s’appuie
Mouvements monotones répétitifs Utilisation prolongée du clavier
et de la souris lors de
l’entrée des données
sur les facteurs suivants : durée des cycles de travail, fréquence et intensité
de l’activité réalisée. Parmi les exemples de travail répétitif, on peut citer
l’utilisation des claviers pour la dactylographie et l’entrée des données,
l’utilisation de la souris des ordinateurs pour cliquer ou dessiner, le décou-
page de la viande, etc. Des plaintes non spécifiques dues à des gestes répé-
titifs des membres supérieurs sont souvent résumées par l’expression "stress
répétitif articulaire".
8. Le système locomoteur est également mis à l’épreuve lors de l’exposition aux
vibrations. Ces vibrations peuvent résulter de l’emploi d’outils tenus à la
main (perforatrice) et par conséquent, exercer des vibrations sur le système
main-bras. Les vibrations transmises au système main-bras peuvent entraîner
un dysfonctionnement nerveux, une baisse de la circulation et notamment
dans les doigts (doigt mort professionnel) ainsi que des lésions dégénératives
des os et des articulations du bras. Un autre risque est dû aux vibrations
transmises à l’ensemble du corps provoqué par les véhicules et les plates-
formes, le matériel de terrassement, les paletteuses et chariots automoteurs
de manutention à conducteur porté ou les tracteurs et les camions circulant
sur des voies non goudronnées. Les vibrations sont transmises au conducteur
par le siège.
9
Les vibrations de l’ensemble du corps
peuvent provoquer des lésions dégé-
nératives, notamment de la colonne
lombaire. L’effet des vibrations peut
être renforcé si par exemple la con-
duite du véhicule s’effectue avec le
corps en rotation. Un siège spécia-
lement conçu permettant d’atténuer
les vibrations peut contribuer à dimi-
nuer leur effet.
Exposition aux vibrations :
utilisation d’outils vibrants
9. Les ambiances physiques, comme par
exemple la température et l’humidité,
peuvent interagir avec la charge méca-
nique et aggraver les risques de TMS.
En particulier, le risque de troubles dus
aux vibrations exercées sur les mains
est considérablement augmenté si un
outil vibrant est tenu à la main dans une
ambiance froide. Un autre exemple d’in-
fluence des ambiances sur les contrain-
tes musculo-squelettique concerne
l’ambiance lumineuse : si les condi-
tions d’éclairage sont mauvaises et la
vision déficiente, les muscles subissent
une fatigue plus intense, ceux des
Ambiances physiques :
épaules et du cou en particulier. travail en ambiance chaude
.
10
10. A côté des tensions d’origine mécanique qui touchent directement les
organes locomoteurs, d’autres facteurs peuvent contribuer à installer ou à
aggraver des TMS : les facteurs psychosociaux peuvent renforcer l’influence
des tensions mécaniques ou être à l’origine par eux-mêmes de TMS dus à
l’augmentation de la tension musculaire et à une altération de la coordination
motrice. En outre, les facteurs psychosociaux tels que le travail sous
contrainte de temps et le manque de maîtrise des décisions ou de soutien
social peuvent augmenter l’impact de la contrainte physique.
Le Tableau 1 résume les facteurs principaux qui influent sur le risque
d’apparition de troubles musculo-squelettiques associés au travail.
11
Tableau 1 : Facteurs principaux qui influent sur le risque
d’apparition de troubles musculo-squelettiques
Facteur Résultat ou conséquen- Exemple Exemple de bonne
ces possibles pratique ou de solution
Application de forces Surcharge aiguë des Soulever, porter, Eviter la manutention
de forte intensité tissus impliqués pousser, tirer, des des objets lourds
objets lourds
Manutention de charges Pathologies dégénéra- Manutention manuelle Diminuer la masse des
lourdes pendant des tives, notamment de la de matériaux objets ou le nombre de
périodes prolongées colonne lombaire manutentions par jour
Manipulation d’objets Fatigue et surcharge Travail d’assemblage, Diminuer la fréquence
fréquemment répétée des structures usage du clavier des répétitions
musculaires pendant des périodes
prolongées, travail des
caissières
Travail dans une postu- Surcharge des élé- Travail en position Travailler en mainte-
re défavorable ments squelettiques et courbé ou en rotation nant le tronc en posi-
musculaires ou les mains au-dessus tion verticale et les
des épaules bras près du corps
Charge musculaire Activités musculaires Travail avec les bras Alternance régulière de
statique prolongées et surchar- au-dessus de la tête ou l’activation et de la
ge éventuelle dans un espace relaxation des muscles
restreint
Inactivité musculaire Perte de la capacité Position assise prolon- Pauses répétées avec
fonctionnelle des gée avec sollicitation passages à la position
muscles, des tendons musculaire faible debout, étirements
et des os musculaires, gymnas-
tique de pause et acti-
vités sportives
Gestes répétitifs Troubles non spécifi- Activation répétée des Interruption répétée de
monotones ques des membres même groupes muscu- l’activité et pauses,
supérieurs (stress laires sans relaxation alternance des tâches
répétitif articulaire)
Vibrations Dysfonctionnement Utilisation d’outils Utilisation d’outils et de
nerveux, diminution de vibrants tenus à la sièges atténuant les
la circulation sanguine, main, conducteurs pos- vibrations
troubles dégénératifs tés d’engins émettant
des vibrations
Ambiances physiques Interaction avec la char- Utilisation d’outils Utilisation de gants ou
ge mécanique et aggra- tenus à la main en d’outils chauffés en
vation des risques ambiance froide ambiance froide
Facteurs psychosociaux Augmentation des Travail sous contrainte Rotation des tâches,
contraintes physiques, de temps, absence de enrichissement des
augmentation de maîtrise des tâches, tâches, diminution des
l’absentéisme soutien social faible facteurs sociaux
négatifs
12
1.4 Facteurs à prendre en compte dans la prévention
1.4.1 L’équilibre idéal
Le maintien et la promotion de la santé demandent un équilibre entre activité et
repos. Les poses sont une nécessité pour pouvoir récupérer après les contraintes
induites par les charges et éviter l’accumulation de fatigue. A une posture sta-
tique on préférera le mouvement, le but étant d’arriver à une combinaison de
périodes d’activité pendant lesquelles s’exercent les charges et de périodes
d’inactivité consistant en relaxation. La "charge idéale" est variable d’un individu
à l’autre en fonction de ses capacités fonctionnelles et de ses caractéristiques
personnelles. Il faut éviter la surcharge tout comme l’inactivité. Une charge de
travail raisonnable induit un entraînement des muscles qui conduit à une
adaptation, et par conséquent à une augmentation de la capacité des muscles,
des tendons et des os, laquelle est indispensable pour se sentir bien et en bonne
santé.
IMPORTANT : Certains cas particuliers exigent cependant des adaptations de ces
principes généraux, certaines parties de l’appareil musculo-squelettique pouvant
ne pas réagir de manière identique à la charge de travail. Par exemple, soulever
à répétition des charges importantes augmente probablement la capacité muscu-
laire mais, probablement, n’augmente pas la capacité des disques vertébraux à
supporter la charge mécanique. En conséquence, l’entraînement musculaire
risque de conduire les individus à estimer par erreur qu’ils peuvent soulever des charges
plus fortes en toute sécurité et à courir ainsi le risque de pathologies dorsales.
C’est la raison pour laquelle les tâches doivent être conçues pour pouvoir être
réalisées par la plupart des personnes plutôt que par un petit nombre d’individus
robustes.
13
1.4.2 Principes de l’ergonomie
Le risque de TMS apparaît quand il y a déséquilibre entre la charge et la capacité
fonctionnelle du travailleur. Le principe de base de l’ergonomie est de créer un
équilibre approprié entre les nécessités de la tâche et la capacité du travailleur,
soit en adaptant la tâche à l’être humain par l’aménagement du poste de travail,
soit en développant la capacité du travailleur pour cette tâche par l’entraînement
et la formation professionnelle.
Le but premier doit être d’adapter les conditions de travail à la capacité des
travailleurs, adaptation qui demande une attention particulière aux caractéris-
tiques individuelles, à l’âge et au sexe. L’inverse, à savoir l’adaptation de l’être
humain à sa tâche, n’est pas la solution préférée dans la mesure où la tâche ne
peut pas être réalisée par n’importe quelle personne mais seulement par des
personnes spécifiquement choisies et entraînées. De plus, la faculté que l’être
humain a de s’adapter à l’exécution d’une tâche ne doit pas être détournée et
utilisée comme prétexte au maintien de conditions ou d’ambiances de travail mal
conçues.
1.4.3 Stratégies d’exécution des tâches
Un des facteurs de risque de surcharge de l’appareil musculo-squelettique vient
de la manière dont la tâche est exécutée par le travailleur. L’exécution d’une
tâche peut mettre en jeu des stratégies comportant plus ou moins de risques.
Par exemple, pour soulever un objet lourd, il faut maintenir le centre de gravité
près du corps. Pour y parvenir, l’objet sera soulevé en pliant si possible les
genoux au lieu de se pencher en avant. D’autres mesures pour diminuer le risque
de surcharge consistent à éviter les postures en rotation ou avec inclinaison
latérale du tronc, à travailler avec une cadence en permanence modéré, et sans
périodes "de pointe". Le travailleur sera informé de ces possibilités et motivé.
14
1.4.4 Prévention des accidents et des traumatismes
La prévention des accidents est un autre domaine important de la prévention des
TMS. Les situations à risque, de chute notamment, se présentent lorsque la tâche
est réalisée à grande hauteur, sur une échelle par exemple, un échafaudage ou un
site de construction. Le risque de chute peut être diminué en sécurisant la position
debout et en stabilisant le matériel utilisé pour monter. Il est indispensable
notamment d’utiliser des échelles stables et de les fixer au sol ou à des objets
stables. On n’utilisera que des échafaudages suffisamment stables et ils seront
fixés au bâtiment. En outre, l’utilisation par le travailleur d’un harnais fixé à
l’échelle, à l’échafaudage ou au bâtiment est une mesure importante de
prévention des chutes.
Les traumatismes de la tête, des mains et des pieds peuvent être évités en
utilisant un casque et des gants de protection ainsi que des chaussures de
sécurité. Une autre mesure importante est d’éviter la chute des objets en les
fixant ou en les enveloppant de manière appropriée. En particulier, lors du
transport de marchandises au moyen de grues ou d’engins de levage, on les
empêchera de bouger en les couvrant ou en les plaçant sur une surface plane.
15
Recommandations
Partie
2
2 Recommandations concernant les principaux
facteurs de risque
Dans cette partie, on trouvera indiqués un certain nombre de facteurs de risque
importants d’apparition de troubles musculo-squelettiques, ainsi que des exemples de
tâches et d’ambiances de travail. On y expose également les causes potentielles
des troubles de santé et des traumatismes, ainsi que des propositions concer-
nant la prévention.
Le risque résulte fréquemment de l’exposition à des charges mécaniques. Les
facteurs principaux sont des forces intenses résultant de la manutention d’objets,
soulevés, poussés ou tirés, de gestes fréquemment répétés, de la durée d’exé-
cution de postures nuisibles, de l’application de forces musculaires statiques ou
du travail sur des machines vibrantes ou avec des outils vibrants. Dans certains
cas, la précision de la manipulation, plus que l’intensité de la force exercée, est
un facteur de risque supplémentaire.
2.1 Facteur de risque : manutention de charges lourdes
2.1.1 Situations comportant la
manutention de charges lourdes
On peut citer par exemple :
• le levage et le transport d’objets
lourds dans les métiers du trans-
port, de la construction, etc. ;
Manipulation de charges lourdes : transport
d’objets dans les industries du bâtiment
16
• le transport des personnes dans les professions de santé, maisons pour per-
sonnes âgées et hôpitaux par exemple.
2.1.2 Dangers des charges lourdes
Soutenir ou déplacer des charges lour-
des nécessite une force musculaire
importante et la manutention peut
amener à une surcharge aiguë et/ou
à une fatigue des muscles. On peut
citer comme exemple la manutention
répétée des matériaux de construc-
tion, le chargement des sacs de café,
de ciment ou autres dans les bateaux,
les conteneurs ou les camions.
Pendant ce type de manutention, des
forces très importantes s’exercent Le risque de TMS est fonction
également sur le squelette. Le risque de l’importance de la charge
de surcharge aiguë et de lésions est et de la capacité fonctionnelle
du travailleur
possible. L’application des charges
pendant un temps prolongé peut
entraîner ou favoriser des lésions dégénératives, notamment de la région lombaire
(par exemple, si l’opérateur manipule les charges en se penchant).
La capacité fonctionnelle du travailleur joue un rôle important dans le risque indi-
viduel dû à ces activités de manutention manuelle.
2.1.3 Diminuer le risque dû à la manutention des charges lourdes
Les facteurs de risque les plus importants sont le poids de l’objet à manipuler, la
distance dans un plan horizontal entre la charge et le corps, ainsi que la durée
et la fréquence d’exécution. Il en découle des règles importantes de manutention
des objets.
17
Conseils à l’employé :
• soulever les charges près du corps.
• soulever à deux mains, dans le plan de symétrie du corps, la charge étant
placée le plus près possible du corps.
• soulever les charges lourdes en pliant d’abord les jambes puis en les étendant
tout en maintenant le tronc bien droit, et éviter la manutention de charges dans
des postures nuisibles (inclinaison latérale ou rotation).
• utiliser si possible des grues, monte-charges, chariots, palans, transpalettes,
élévateurs mobiles ou autres pour soulever et transporter les charges lourdes.
• les charges lourdes ou peu maniables seront portées à deux.
Conseils à l’employeur :
• éviter la manutention manuelle, notamment de charges lourdes.
Si celle-ci est inévitable, mettre en place les mesures ergonomiques qui
permettent de diminuer le risque.
• éviter le déplacement de charges par-dessus des obstacles.
• éviter la manutention sur un sol glissant ou irrégulier, ou comportant des
marches ou des escaliers.
• éviter les manipulations à cadence élevée.
• diviser les charges : par exemple, utiliser deux sacs plus petits au lieu d’un
gros sac pour éviter la manutention d’une masse importante.
• fournir l’équipement nécessaire (palans, monte-charges, etc.).
• placer un repère sur les charges lourdes.
• placer un repère sur les objets dont la charge n’est pas également répartie.
Placer un repère sur les conteneurs ou les fûts dont le contenu est mobile
(liquides, granulés, etc.).
• mettre en place une formation à la manutention.
18
2.2 Facteur de risque : travaux de force
2.2.1 Situations exigeant un travail de force
On peut citer par exemple :
• pousser ou tirer des objets lourds ;
• tirer des chariots, des
wagonnets ou autres moyens de
transport ;
• charger des paquets dans un véhi-
cule de transport ;
• manipuler les éléments d’un écha-
faudage ;
• porter des patients. Travail de force : pousser un
objet lourd
2.2.2. Dangers des travaux de force
Les travaux de force nécessitent une grande force musculaire, ce qui peut entraî-
ner une surcharge aiguë et/ou une fatigue des muscles.
Ce type de travail implique soumet également le squelette à des forces impor-
tantes qui peuvent entraîner une surcharge aiguë et des lésions de ses structures.
Lorsque la tâche exige une manutention à distance du corps, l’utilisation de la
force comporte un risque élevé de traumatismes de la colonne lombaire.
Lorsque la tâche implique un travail de force fréquemment répété ou de durée
prolongée, il existe un risque de pathologies dégénératives notamment de la
colonne lombaire, plus particulièrement si la posture imposée par la tâche est
défavorable.
2.2.3 Eviter les travaux de force
Conseils à l’employé :
• pousser et tirer de manière à ce que la force s’exerce près du corps.
• utiliser les deux mains pour pousser ou tirer.
• eviter de pousser ou tirer un objet lorsque le tronc est incliné latéralement
et/ou en rotation.
19
Conseils à l’employeur :
• veiller à la stabilité.
• fournir des véhicules roulants, chariots ou autres.
• on évitera de tirer ou pousser dans des espaces restreints
en raison de la contrainte posturale.
• éviter la présence d’obstacles et les sols inégaux.
2.3 Facteur de risque : travail dans une posture
défavorable
2.3.1 Situations impliquent des postures défavorables
On peut citer par exemple :
• le travail avec les bras au-dessus de la tête ;
• le travail dans des postures nuisibles ;
• le travail dans les espaces restreints ;
• le travail en position courbée, en rotation ou en extension ;
• le travail en position constamment inclinée (bâtiment, travail avec
le béton armé par exemple) ;
• le travail à distance du corps;
• le travail agenouillé, couché, accroupi.
2.3.2 Dangers des postures défavorables
Le maintien d’une posture donnée exige une grande force musculaire ; il peut en
résulter une surcharge aiguë et/ou une fatigue des muscles.
20
On peut citer par exemple :
• les travaux du bâtiment avec les bras tendus en avant qui exigent une acti-
vation importante de la musculature ;
• le maintien d’une posture en rotation ou en extension qui exige une tension
musculaire importante et notamment des muscles du tronc.
Le maintien d’une mauvaise posture exerce en outre des forces importantes sur
le squelette. Il peut en résulter une surcharge et des lésions des structures sque-
lettiques. Des pathologies dégénérati-
ves et notamment de la colonne lom-
baire peuvent apparaître si des activi-
tés prolongées dans une position où le
tronc est incliné sont maintenues plu-
sieurs années.
Garder une mauvaise posture pendant
une durée prolongée est associée à
une activation durable de certains mus-
cles qui peut entraîner une fatigue
musculaire et une diminution impor-
La posture : éviter les mauvaises tante de la circulation. Cette perte par-
postures tielle de la capacité fonctionnelle de la
musculature conduit à une baisse de la
capacité de réaction et peut par conséquent être à l’origine d’une augmentation
du risque d’accident.
2.3.3 Eviter les mauvaises postures
Conseils à l’employer :
• le corps doit être proche de l’objet manipulé ou du point d’application de la
force.
• éviter de travailler dans une posture où le tronc est incliné latéralement ou
en rotation.
• faire en sorte que le plan du corps soit suffisamment proche du plan de tra-
vail pour pouvoir réaliser la tâche à l’intérieur de la zone d’atteinte ; utiliser un
échafaudage ou une échelle si cet équipement est adapté.
21
• changer fréquemment de posture pour activer des muscles différents pen-
dant la réalisation de la tâche ; passer de la position debout à la position
assise.
Utiliser du matériel réglable : ou table
plate-forme
Conseils à l’employeur :
• donner à l’employé du matériel réglable : chaises, tables,
échafaudages, etc.
• veiller à ce que les espaces de travail ne soient pas trop restreints pour
éviter les contraintes posturales.
• placer les outils dans la zone optimale de préhension.
• quand les contraintes posturales sont inévitables, limiter leur durée et/ou
alterner des tâches de nature différente.
• éviter le recours aux tâches nécessitant le travail à genoux, couché,
accroupi, etc.
22
2.4 Facteur de risque : tâches répétitives monotones
2.4.1 Situations comportant des tâches répétitives monotones
Cette situation implique l’exécution de gestes semblables ou identiques pendant
une grande partie du temps de travail avec une fréquence élevée (plusieurs fois
par minute). Au cours du travail, le tra-
vailleur a souvent peu d’influence sur la
cadence de travail, sa vitesse, la séquence
gestuelle et l’alternance des périodes tra-
vaillées et des pauses. En général, le tra-
vailleur ne peut pas abandonner son
poste de travail sans être remplacé par
une autre personne.
On peut citer par exemple :
• les chaînes de montage et
d’assemblage ;
Tâche répétitive monotone:
• les postes de caissière chaîne d’assemblage
• l’alimentation des machines à
emballer.
2.4.2 Dangers des tâches répétitives monotones
La charge musculaire répétée pendant une durée prolongée entraîne une fatigue
des muscles, laquelle, si une récupération suffisante n’est pas garantie, peut
entraîner des modifications irréversibles de la structure musculaire. Si des forces
importantes peuvent avoir un tel effet, des forces de faible intensité peuvent
aussi être à l’origine de ces pathologies. La répétition d’un même geste s’ajoute
souvent à la charge statique, en particulier la charge posturale.
2.4.3 Eviter les tâches répétitives monotones
Conseils à l’employé :
• éviter l’application de charges ininterrompue sur les mêmes groupes mus-
culaires pendant des durées prolongées.
• s’efforcer de modifier le geste de façon à éviter que les mêmes groupes mus-
culaires soient toujours activés. Quand le travail est particulièrement monotone,
une modification de l’exécution du geste peut être difficile.
23
• changer fréquemment de posture pour diminuer la charge statique.
• profiter des pauses.
Conseils à l’employeur :
• changer l’organisation du travail : rotation des tâches, diversification des
tâches, enrichissement des tâches, pour diminuer au niveau
individuel la répétition des même tâches.
• accorder l’autonomie de décision concernant les pauses.
• mécaniser les tâches monotones comportant une charge importante qui
ne peuvent être évitées.
2.5 Facteur de risque : charges s’exerçant pendant une durée
prolongée
2.5.1 Situation comportant l’application de charges pendant une
durée prolongée
On peut citer par exemple :
• maintenir une posture statique (poser
des briques au niveau du sol, travail
avec le béton armé ; ramassage des
fruits et arrachage des légumes au
niveau du sol, travail d’écriture, de
dactylographie et utilisation de la souris
de l’ordinateur).
Exemple de charge exercée pendant une
durée prolongée :
arrachage des légumes
• tenir un objet ou un outil (par exemple percer
un plafond, peindre avec les bras au-dessus
de la tête, tenir les instruments de chirurgie
au cours d’une opération, porter pendant
longtemps un plateau;
Exemple de charge portée de
manière prolongée
24
2.5.2 Dangers des charges qui s’exercent de manière soutenue
Les charges qui s’exercent de manière prolongée sur les muscles entraînent une
fatigue musculaire. Si la fatigue n’est pas suivie d’une récupération suffisante,
elle peut entraîner des altérations irréversibles de la structure musculaire. Même
quand l’effort produit est faible (maintien d’une attitude fixe), il peut à la longue
entraîner le surmenage et la fatigue de muscles ou de groupes musculaires de
petite taille. La contraction soutenue des muscles entraîne en outre une diminu-
tion et l’irrigation sanguine.
L’application de charges sur le système ostéo-articulaire pendant des durées pro-
longées (travail en position inclinée pendant longtemps par exemple) peut entraîner
un défaut de nutrition des disques lombaires.
2.5.3 Eviter l’application de charges pendant des durées prolongées
Conseils à l’employé :
• bouger au lieu de maintenir une position statique.
• tenir les objets au moyen d’outil.
• veiller à changer fréquemment de position.
• veiller à ramener fréquemment le corps en position verticale.
• au cours du travail assis, se mettre debout de temps en temps,
par exemple pour téléphoner.
Conseils à l’employeur :
• fournir des outils facilitant le travail (griffes à vis de serrage, poignées,
etc. qui permettent de tenir l’objet avec moins de force musculaire)
• mettre en place des échafaudages, des échelles ou autres.
• fournir des repose-mains lorsque le poste de travail comporte un
ordinateur.
• mettre en place des poignées ou des manches utilisables avec la main
droite comme avec la main gauche.
• placer des poignées ou des manches pour que le geste n’entraîne qu’une
position neutre du poignet et du bras.
25
2.6 Facteur de risque : ambiances physiques
2.6.1 Situations impliquant des ambiances physiques
Vibrations :
La vibration du système main-bras observée lorsqu’on tient des outils à la main
peut entraîner des troubles dégénératifs ou des problèmes circulatoires de la
main (des doigts notamment, doigt mort professionnel par exemple).
Les vibrations transmises à l’ensemble du corps par les véhicules peuvent
entraîner des troubles dégénératifs, en particulier de la colonne lombaire.
Ambiance thermique :
La manutention de charges lourdes en ambiance chaude peut entraîner des
troubles de tension et une augmentation de la température corporelle. En
atmosphère froide, la dextérité peut
diminuer.
Ambiance lumineuse :
L’éclairage insuffisant ou éblouissant
peut être à l’origine de contraintes postu-
rales. En outre, le risque de chute ou de
trébuchement peut être augmenté.
Glissades et chutes : Ambiance physique : éclairage
Lorsque le sol ou la surface de travail sont inadaptés, irréguliers, instables ou
glissants, la posture et les gestes peuvent être crispés ou exiger un effort en
particulier lorsque la tâche implique la manutention de charges.
26
2.6.2 Diminuer les risques dus aux ambiances physiques
Vibrations :
L’effet des vibrations sur le système main-bras peut être diminué en utilisant des
outils qui vibrent peu, en diminuant le temps d’utilisation du matériel vibrant, en
portant des gants, en évitant l’influence défavorable simultanée des atmosphères
froides.
L’effet des vibrations transmises au corps entier peut être diminué en utilisant
des sièges spéciaux qui absorbent les vibrations et en diminuant le temps pendant
lequel les vibrations s’exercent sur le corps.
Ambiance thermique :
On peut diminuer l’influence de la tem-
pérature par le port de vêtements
appropriés, en alternant régulièrement
les séjours en atmosphère chaude et
froide, en limitant la durée de séjour
dans ces atmosphères.
Ambiance physique : température
Ambiance lumineuse :
L’éclairage doit être suffisant et non éblouissant.
Glissades et chutes :
Veiller si possible à ce que les voies de transport, les surfaces de travail et les
sols soient adaptés et ne soient ni irréguliers, ni instables, ni glissants.
27
Appendice
Règles de base de la prévention
Le risque de troubles de l’appareil musculo-squelettique apparaît quand il y a
déséquilibre entre la charge et la capacité fonctionnelle du travailleur.
Considérant le maintien et la promotion de la santé, on tiendra compte des
points suivants :
• veiller à équilibrer les périodes d’activité physique et de récupération.
• on préférera le mouvement aux positions statiques. Le but est
d’obtenir un mélange de périodes d’activité, où les charges sont importan-
tes, et de périodes de relaxation.
• éviter la surcharge. Pour éviter la surcharge efficacement, il faut réduire la
force nécessaire et la répétition.
• éviter la manutention manuelle. Dans le cas où elle ne pourrait être totale-
ment évitée, l’exposition sera limitée par la mise en place de mesures ergo-
nomiques et par des modifications de l’organisation du travail ; les employés
seront informés et formés pour qu’ils puissent contribuer à diminuer le
risque global.
• on évitera que la charge soit trop faible. Pour maintenir la capacité fonctionnelle,
une charge appropriée doit s’exercer sur les organes de la locomotion.
• la " charge idéale " varie d’un individu à l’autre en fonction de sa capacité
fonctionnelle et de ses ressources individuelles.
Le but premier de l’ergonomie est l’adaptation des conditions de travail à la
capacité du travailleur. Les capacités élevées des employés ne devront pas servir
de prétexte au maintien de mauvaises conditions et ambiances de travail. Par
conséquent, il est particulièrement important de tenir compte des facteurs qui
interviennent, notamment de l’âge, du sexe, du niveau de formation, des
connaissances concernant le poste. Les conditions de travail doivent être telles
qu’aucun employé ne court de risque dû aux charges physiques sur son lieu de
travail.
28
Certains éléments fondamentaux influent sur la charge physique s’exerçant sur
l’employé à son poste de travail :
• les exigences de la tâche compte tenu des gestes et
des postures de l’employé ;
• la conception de l’espace de travail ;
• l’aménagement des appuis ;
• les exigences visuelles ;
• la disposition des commandes et des affichages ;
• la séquence gestuelle exigée par la tâche ;
• l’organisation travail/repos ;
• les charges énergétiques compte tenu de la force, de la répétition et de la
durée exigée par la tâche ;
• l’aménagement de la charge mentale en augmentant la maîtrise et l’enri-
chissement des tâches.
De manière secondaire on peut aussi développer la capacité des êtres humains vis-
à-vis de la tâche par l’entraînement et la formation professionnelle. La possibilité de
développer les capacités d’exécution d’une tâche ne doit pas servir de prétexte
au maintien de mauvaises conditions ou ambiances de travail. La sélection des
travailleurs en fonction de leur capacité individuelle sera limitée aux situations
exceptionnelles.
Pour réussir, la prévention des risques sanitaires associés à l’exercice d’une
tâche nécessite une approche progressive et planifiée :
• analyse des conditions de travail ;
• évaluation des facteurs de risque professionnels ;
• étude/mise en place de mesures permettant de diminuer
les facteurs de risque par une conception ergonomique du poste de travail
(prévention au niveau des conditions de travail) ;
• mise en place de mesures visant à diminuer les facteurs de risque
en intervenant dans le comportement des employés (prévention au niveau
du comportement) ;
• coordination des mesures de prévention pour tous les sujets
concernés ;
29
• discussion de méthodes de prévention alternatives ;
• application spécifique et planifiée des méthodes de prévention ;
• mesure et évaluation des résultats.
Résumé
Les troubles de l’appareil musculo-squelettique sont une cause importante
d’absentéisme et par conséquent à l’origine de dépenses importantes pour les
systèmes de santé publique. Les problèmes de santé surviennent en particulier
lorsque la charge mécanique est supérieure à la capacité des constituants de
l’appareil musculo-squelettique (os, tendons, ligaments, muscles, etc.).
S’ajoutant aux tensions d’origine mécanique qui touchent directement les organes
locomoteurs, des facteurs psychosociaux comme par exemple le travail sous
contrainte de temps et le manque de maîtrise des tâches ou de soutien social
peuvent augmenter l’impact des tensions mécaniques ou provoquer des troubles
musculo-squelettiques en augmentant la tension des muscles et en diminuant la
coordination motrice.
La diminution de la charge mécanique exercée sur l’appareil musculo-squelettique
pendant la réalisation d’une tâche joue un rôle important dans la prévention des
TMS. Les facteurs de risque principaux sont les forces importantes qui résultent
de la manutention d’objets lourds, soulevés, poussés ou tirés de la répétition
d’un effort à fréquence élevée du maintien pendant une durée prolongée d’un
effort, d’une posture nuisible, d’un effort statique ou du travail avec des outils
vibrants ou des engins autoportés. Les mesures efficaces qui permettent de
réduire les forces agissant sur les structures musculaires et squelettiques ou au
sein de celles-ci consistent à adopter des postures favorables, à diminuer le
poids de la charge, à limiter la durée d’exposition et à réduire la fréquence.
30
Conclusion
La prévention des TMS est possible grâce à la mise en place de moyens de lutte
et d’aménagements organisationnels. Le premier aspect touche l’ensemble de
l’espace de travail et consiste à appliquer les méthodes de l’ergonomie aux
outils, aux postes et au matériel. Le second porte sur les facteurs tels que la
formation, l’éducation et les rythmes de travail. Le but premier d’une conception
ergonomique du travail est d’adapter les conditions de travail à la capacité du
travailleur. Ces mesures sont complétées par des mesures secondaires basées
sur le développement de la capacité de l’individu vis-à-vis des exigences de la
tâche par l’entraînement et diverses adaptations professionnelles.
31
Pour en savoir plus
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de la charge physique et troubles musculo-squelettiques]. Wirtschaftsverlag NW,
Bremerhaven (Allemagne)
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(Allemagne)
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Biomechanics. John Wiley and Sons, New York (3e éd.) (Etats-Unis d’Amérique)
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Upper Extremity. American Academy of Orthopaedic Surgeons, Rosemont IL
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Revised NIOSH Lifting Equation. Dept. Health and Human Services, Cincinnati OH
(Etats-Unis d’Amérique)
ISBN 92 4 259053 2