Béluga (baleine)
Le béluga ou bélouga (Delphinapterus leucas), appelé
également baleine blanche, dauphin blanc et marsouin
blanc est un cétacé blanc de l'océan Arctique. Le nom
béluga vient du mot russe beloye qui signifie blanc. Il
dispose d'un des sonars les plus sophistiqués de tous les
cétacés. Ce sonar lui est indispensable pour pouvoir
s'orienter et se repérer dans les canaux de glace immergés
qui forment un véritable labyrinthe.
Le biologiste marin Le Gall note qu'en Europe, le mot Béluga a aussi été utilisé, à tort, par les marins-
pêcheurs pour désigner les marsouins et d'autres petits cétacés1.
Taxonomie et évolution
Le béluga a été décrit en premier par Peter Simon Pallas en 1776. Il fait partie de la famille des
Monodontidae au même titre que le narval. Le dauphin Irrawaddy fut un temps classé dans cette
famille avant que de récentes études génétiques n'infirment cette hypothèse.
Le plus ancien ancêtre connu du béluga est le Denebola brachycephala espèce du Miocène
aujourd'hui éteinte. Un seul fossile a été découvert, dans la péninsule de la Basse-Californie, indiquant
que la famille prospérait autrefois dans des eaux plus chaudes. Les fossiles suggèrent également que
l'habitat des bélugas s'est déplacé en fonction de la couverture de la banquise : suivant son expansion
durant les périodes glaciaires et de son retrait au cours des périodes de réchauffement.
Dénomination
La liste rouge des espèces menacées donne comme nom commun béluga, baleine blanche et dauphin
blanc. On lui donne aussi le nom de canari de mer en rapport avec les sons et sifflements aigus qu'il
émet.
Description
Squelette de Delphinapterus leucas exposé à Station exploratoire
du Saint-Laurent, à Rivière-du-Loup, au Québec
Cet animal social peut atteindre 6 m de long, il est plus grand que la majorité des dauphins mais bien
moins que les autres baleines. Les mâles adultes sont généralement plus grands que les femelles, et
peuvent peser jusqu'à une tonne et demi (femelles aux alentours de la tonne). Les bélugas nouveau-
nés, appelés familièrement « veau », mesurent environ 1,50 m de long pour un poids de 80 kg. Il est
difficile de confondre ce cétacé avec un autre à taille adulte : il possède une crête dorsale résultat de
l'atrophie d'un aileron et est entièrement blanc à l'inverse des jeunes bélugas qui sont gris. De même,
sa tête ne ressemble à celle d'aucun autre cétacé : la zone frontale est souple et en forme de bulbe. Le
béluga est d'ailleurs capable de « gonfler » son front en envoyant de l'air dans ses sinus. Il a un bec
très court, une bouche large. Le corps du béluga ressemble globalement à un cylindre (en particulier
lorsqu'il est bien nourri) qui s'effile vers le museau et vers la queue. Les nageoires latérales sont larges
et courtes. Enfin, contrairement aux autres cétacés, ses vertèbres cervicales ne sont pas soudées,
impliquant une certaine flexibilité du cou qui lui permet de déplacer sa tête latéralement.
Le béluga appartient au genre Delphinapterus (du grec ancien δελφίν, delphín (dauphin), du préfixe
ἀ-, a- (dit « privatif ») et de πτερόν, pteron (aile), « dauphin sans ailes ») en raison de l'absence
d'aileron dorsal. Les scientifiques pensent que cette préférence évolutive pour une crête dorsale plutôt
que pour un aileron serait due à une adaptation à la vie de ces créatures sous la glace, ou un moyen de
réduire la surface de peau pour éviter une trop grande dissipation de chaleur.
La maturité sexuelle intervient à l'âge de huit ans pour les mâles, et à cinq ans pour les femelles. Les
mères donnent naissance à un unique petit au cours du printemps suivant la période de gestation d'une
durée de quinze mois. Les petits bélugas sont uniformément gris foncé ; mais cette coloration
s'éclaircit avec l'âge, allant de bleu à gris, jusqu'à ce qu'ils prennent enfin leur couleur blanche typique
à l'âge de neuf ans pour les mâles et sept ans pour les femelles. Les petits restent sous la protection de
la mère deux ans durant. L'accouplement du béluga n'est pas très bien connu ; il survient probablement
au cours de l'hiver ou au tout début du printemps, quand les groupes de bélugas sont encore dans leur
territoire hivernal ou alors au début de leur période de migration. Cependant, l'accouplement semble
survenir à d'autres périodes également. Un béluga vit en moyenne trente ans.
Milieu de vie
Les bélugas vivent en bande près des littoraux et en haute mer : dans les mers polaires arctiques et
subarctiques. Pendant l’été ils vont dans des eaux peu profondes, salées et relativement chaudes ou
avec des fonds sableux ou boueux. En hiver ils préfèrent les zones de glaces en mouvement où des
eaux libres leur donnent accès à l’air.
Distribution
Un béluga en surface.
L'habitat du béluga est compris entre 50° N a 80° N, dans les eaux arctiques et subarctiques. Il existe
également une population isolée depuis 7000 ans qui vit dans l'estuaire du fleuve Saint-Laurent et
dans le fjord du Saguenay autour du village de Tadoussac au Québec. Au printemps, les groupes de
bélugas gagnent leur territoire estival : des baies, des estuaires et d'autres eaux peu profondes. Il a été
remarqué qu'une femelle béluga regagne années après années toujours le même territoire estival. Ces
zones sont prises dans les glaces l'hiver, les groupes refluent alors vers le large. La plupart avancent
ensuite au fur et à mesure de la progression de la banquise. D'autres restent sous la glace, survivant
grâce aux endroits de la banquise non gelés qui leur permettent de respirer ; ou alors grâce aux poches
d'air emprisonnées sous la glace. La facilité avec laquelle les bélugas sont capables de trouver des
zones où la glace est si fine qu'il est possible de la briser pour respirer en surface, alors que plus de
95 % de la banquise est trop épaisse pour cela, est un mystère qui intrigue grandement les
scientifiques. Il semble presque certain que cette faculté fait appel au système d'écholocalisation pour
repérer les zones de moindre densité de la glace.
Éthologie
Le béluga est une créature très sociable. Il se déplace en groupes subdivisés en sous-entités
habituellement composées d'animaux du même âge et du même sexe. Les mères et leurs petits
intègrent généralement des groupes restreints. Lorsque les nombreuses sous-entités se rejoignent dans
les estuaires, l'on peut dénombrer des milliers d'individus ; ce qui représente une proportion
significative de la population mondiale des bélugas et les rend d'autant plus vulnérables à la chasse.
Ce mammifère marin nage relativement lentement et se nourrit majoritairement de poissons ; il mange
également des céphalopodes (pieuvres, calmars...) et des crustacés (crabes, crevettes...). Il chasse cette
faune des fonds marins généralement jusqu'à 300 m, bien qu'il puisse atteindre deux fois cette
profondeur. Pour se nourrir, le béluga plonge généralement de 3 à 5 minutes, mais il peut retenir sa
respiration pendant 20 minutes2.
Le béluga est capable d'émettre un large éventail de sons passant par les sifflements, les claquements,
les tintements et autres couics. C'est ce qui lui vaut son surnom de «canari des mers». Certains
chercheurs qui ont écouté un groupe de bélugas ont décrit cela comme un orchestre à cordes
s'accordant avant un concert. Les scientifiques ont isolé une cinquantaine de sons particuliers, la
plupart situés dans une gamme de fréquence allant de 0,1 à 12 kHz.
Leurs principaux prédateurs naturels sont l'ours blanc et les orques. Lorsque les bélugas sont piégés
par les glaces, les ours les assomment d'un coup de patte et les hissent sur la banquise pour les
achever.
Population
Un béluga à Vancouver.
La population globale des bélugas s'est stabilisée aux environs de 100 000 individus. Bien que ce
nombre soit plus important que celui d'autres cétacés, il est bien moins important qu'il y a des
décennies, avant la chasse au béluga. On estime qu'il y a 40 000 individus en mer de Beaufort, 25 000
dans la baie d'Hudson, 18 000 dans la mer de Behring et 28 000 dans les eaux arctiques canadiennes.
La population de l'estuaire du Saint-Laurent est estimée à environ 1 000 individus3,4.
Captivité
Les bélugas sont parmi les premières espèces à avoir été élevées en captivité. Le premier béluga fut
exhibé au Barnum's Museum de New York en 1861. Aujourd'hui, le béluga est l'une des rares espèces
de cétacés que l'on rencontre dans les aquariums d'Occident. Leur popularité est en grande partie due à
leur couleur caractéristique et à leurs mimiques faciales. Alors que la plupart des dauphins ont un
« sourire » figé, la flexibilité cervicale du béluga lui autorise un répertoire plus vaste d'expressions
faciales. La plupart des bélugas détenus dans les aquariums ont été capturés à l'état sauvage puisque
les programme d'adaptation de cet animal à la captivité ont rencontré un certain succès.
Exploitation
Cuir de béluga (Delphinapterus leucas)
En raison de leurs schémas migratoires prévisibles et de leur formation en groupes, les bélugas ont été
chassés des siècles durant par les autochtones de l'Arctique. Ces derniers se servaient notamment de la
viande comme nourriture, de la graisse comme combustible, et de la peau pour s'en faire des
vêtements5. Au milieu du XVIIIe siècle, les non-autochtones feront une chasse commerciale du béluga
dans la baie d'Hudson, à l'est de la baie d'Ungava et dans le Saint-Laurent. Jusqu'en 1860, l'huile est
très en demande pour l'éclairage des phares, des lampadaires et des lampes. Par la suite, c'est surtout
du cuir dont on se sert pour la fabrication d'attelages de chevaux, de courroies et de lacets 6.
Les bélugas du Saint-Laurent constituent probablement la population la plus affectée par la chasse, et
pas seulement à cause leur exploitation. En effet, dans les années 1920, les pêcheurs observent une
diminution des stocks de morue et de saumon et pointent le béluga du doigt. Peu après, le
gouvernement québécois offre une prime pour chaque animal abattu5,6. En 1946, une étude7 démontra
que les bélugas n'étaient pas responsables des problèmes des pêcheries, et il s'ensuivit un arrêt de la
chasse à prime.
La chasse de subsistance au béluga est encore autorisée de nos jours dans certaines zones et par
certaines populations, dans des limites raisonnables. Toutefois, dans d'autres zones telles que la baie
d'Anchorage, la baie d'Ungava et au large des côtes ouest du Groenland, la chasse acharnée à des fins
commerciales (aujourd'hui interdite par le moratoire sur la chasse à la baleine) ont mis en danger la
survie des populations y vivant. Bien que non autorisée, la chasse au béluga par les autochtones
persiste dans ces endroits et il est à prévoir une extinction des populations de bélugas de ces
zones[réf. nécessaire]. Ces aires sont le sujet de dialogues entre les Inuits et les gouvernements afin
d'instaurer une chasse intelligente et raisonnable. Cette chasse a également permis d'ajouter le béluga à
la liste des espèces en danger en 1994.
Aussi bien la marine américaine que la marine soviétique ont utilisé les bélugas dans des opérations de
déminage des eaux arctiques5.
Menaces
Les menaces pesant sur les bélugas varient selon leur distribution. La population de l'estuaire du
Saint-Laurent, dont le nombre d'individus stagne depuis plusieurs années à environ un millier 3,4, a fait
l'objet d'études qui laissent penser que la pollution est le principal danger à cet endroit. Il apparaît que,
depuis plusieurs dizaines d'années, ces animaux sont exposés à divers composés organochlorés, des
hydrocarbures aromatiques polycycliques et des métaux lourds8. Dans un cadre scientifique, des
nécropsies ont été faites sur des carcasses échouées. Les analyses mettent en évidence un haut taux de
cancer, le plus élevé de tous les cétacés9, et comparable à celui de l'homme10. Les cas de cancers
rapportés sur des individus du Saint-Laurent semblent se stabiliser[réf. nécessaire]. Diverses infections ont
également été observées, notamment des parasites métazoaires dans les voies respiratoires et gastro-
intestinales10. Ces infections pourraient être directement reliées à une contamination par les polluants
énumérés ci-haut, qui présentent un potentiel immonudépresseur11. Selon le parc du Fjord du
Saguenay, il est erroné de croire que la carcasse d'un béluga échoué est considérée comme un déchet
toxique. Toutefois, l'impact à long terme de la pollution sur le devenir de cette population n'est pas
clairement connu.
Outre la pollution, d'autres activités humaines constituent également une menace pour l'espèce. Alors
que certaines populations en sont venues à tolérer les petites embarcations, d'autres au contraire les
évitent. Depuis la fin de la chasse commerciale, l'observation des bélugas est d'ailleurs devenue une
activité florissante, notamment dans le Saint-Laurent et dans la rivière Churchill (baie d'Hudson). De
plus, on observe une augmentation du trafic maritime, notamment sur le fleuve Saint-Laurent 12,
accompagnée d'une augmentation de la taille des navires12. Le bruit fait par les moteurs des bateaux
pourrait provoquer des dommages permanents aux oreilles des bélugas13. Des études sont en cours
pour déterminer l'impact de ces sons sur la physiologie et le comportement du béluga. Les collisions
avec les bateaux sont aussi une menace pour tous les cétacés14.
La pollution, le trafic maritime et l'utilisation de brise-glaces15 sont donc autant de facteurs qui
perturbent l'environnement des bélugas.