Effets du sexe sur performances scolaires
Effets du sexe sur performances scolaires
49/1 | 2020
Varia
Édition électronique
URL : https://journals.openedition.org/osp/11737
DOI : 10.4000/osp.11737
ISSN : 2104-3795
Éditeur
Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle (INETOP)
Édition imprimée
Date de publication : 30 mars 2020
Pagination : 67-93
ISSN : 0249-6739
Référence électronique
Martine Alcorta, Corinne Ponce et Jean-Noël Foulin, « Les effets du sexe sur les performances, l’intérêt
et le sentiment d’efficacité personnelle en Mathématiques et en Français aux différents niveaux du
système éducatif français », L'orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 49/1 | 2020, mis en ligne
le 30 mars 2022, consulté le 20 juin 2022. URL : http://journals.openedition.org/osp/11737 ; DOI :
https://doi.org/10.4000/osp.11737
Introduction
1 Métaphoriquement exprimé par l’expression selon laquelle, « les filles naissent dans les
romans et les garçons dans les calculettes », les représentations populaires laissent souvent
à penser que les garçons préfèrent les Mathématiques et les filles le Français, et que les
réussites dans ces deux matières privilégient un sexe plutôt que l’autre. Qu’en est-il de
la réalité de ces parcours de réussite dans le système éducatif français ? Si de
nombreuses recherches se sont intéressées à cette question, elles ont été menées dans
des pays et des époques différentes, dont les systèmes d’enseignement ne sont pas
toujours comparables. En France, les Mathématiques et le Français sont deux
disciplines qui sont dispensées dès l’école primaire. À chaque niveau du cursus scolaire,
les garçons et les filles reçoivent le même enseignement. Mais il est bien connu que ce
n’est pas parce qu’on enseigne, que les élèves apprennent. Les apprentissages
nécessitent des compétences mais également des engagements de la part des élèves
dans les activités scolaires. Qu’en est-il donc des investissements et des performances
de chaque sexe dans chacune de ces disciplines tout au long du parcours scolaire des
élèves en France ?
émotion motivationnelle (Fenouillet, 2012 ; Hidi & Renninger, 2006), qui est le produit
d’une interaction entre un individu et une situation spécifique. Dans ce cas, il fait
référence à la disposition psychologique d’une personne à s’engager dans certaines
activités comme l’apprentissage des Mathématiques ou le Français. Pour Schiefele
(1991), l’intérêt est un concept à contenu spécifique, et peut expliquer pourquoi un
individu, dans un domaine, s’efforce d’atteindre de hautes performances ou pourquoi
un individu fait preuve d’une forte motivation intrinsèque.
7 Le lien entre intérêt et performances n’a jamais vraiment été établi. La plupart des
recherches sur la question s’accordent même à dire qu’il n’y a pas de lien entre ces
deux variables (Denissen et al., 2007 ; Masson, 2011). Pour Masson (2011), l’intérêt pour
les disciplines, chez les élèves de l’école primaire n’est pas lié aux performances. Il
trouve même, en Mathématiques, une corrélation négative chez ces élèves. Il conclut
dans sa thèse, que pour réussir à l’école primaire, il n’est en aucun cas nécessaire de
s’intéresser à ce que l’on fait. Dans une méta-analyse, Schiefele et al. (1992) estiment
que l’intérêt ressenti pour une discipline compte seulement pour 10% dans la variance
de la réussite scolaire. Même si les travaux de Marsh et al. (2005) ont nuancé ces
résultats en montrant que la corrélation est plus forte (.22), lorsque les performances
sont mesurées par les notes scolaires que par des tests cognitifs standardisés (.15), il
n’en demeure pas moins que, dans un cas comme dans l’autre, ces corrélations restent
faibles.
8 Cette analyse est cependant contredite par Schiefele (2009) lui-même quelques années
plus tard. Pour cet auteur, l’intérêt et les performances entretiennent des liens
réciproques de causalité. Le fait de performer fait augmenter l’intérêt : l’intérêt
contribuant à l’acquisition de connaissances plus importantes et à l’augmentation de
persévérance, les résultats scolaires devraient suivre. Ce résultat a été corroboré par les
travaux de Koller et al. (2001). Ils ont mis en évidence cette réciprocité pour des
collégien·ne·s et lycéen·ne·s allemand·e·s pour les Mathématiques, ceux qui réussissent
le mieux dans cette discipline sont ceux qui montrent le plus d’intérêt envers elle. Les
travaux de Cosnefroy (2007) ont apporté une dimension supplémentaire à ces
recherches en montrant que la discipline, sur laquelle porte l’évaluation de l’intérêt,
joue un rôle non négligeable et qu’il est difficile de généraliser les résultats concernant
une discipline à une autre. Il constate par exemple que les performances jouent un rôle
important pour l’intérêt et le sentiment d’efficacité personnelle en Mathématiques,
alors que la réussite scolaire impacte peu ces dimensions en Français.
Il s’agit de tester l’hypothèse selon laquelle, toutes performances égales par ailleurs, le
sexe a un effet sur les déterminants motivationnels.
Méthode
Participant·e·s
15 880 élèves âgés de 6 à 16 ans ont participé à l’étude : 152 de cours préparatoire d’école
primaire (76 garçons et 76 filles), 190 de cours moyen 2 (100 garçons et 90 filles), 214 de
sixième de collège (100 garçons et 114 filles), 156 de troisième (83 garçons et 73 filles) et
168 de seconde générale (95 garçons et 73 filles) issus de 4 lycées. Les écoles, rurales et
de centre-ville, ainsi que les collèges proviennent de la région Aquitaine et accueillent
des élèves de diverses origines sociales. La moitié des élèves de seconde générale sont
issus de familles plutôt favorisées.
Mesures
Procédure
20 L’étude a été menée en milieu d’année scolaire (février 2017). Les épreuves proposées
aux élèves ont été administrées collectivement en classe, suite au consentement écrit
des parents. Les élèves d’école primaire ont d’abord répondu, le matin, aux échelles de
sentiment d’efficacité personnelle et d’intérêt (durée moyenne 20 minutes) et l’après-
midi, aux épreuves de Mathématiques et de Français (durée moyenne 45 minutes). Pour
éviter les biais de désirabilité, à chaque début de passation, était précisé aux élèves que
ce n’était pas un travail noté, que les résultats individuels ne seraient pas transmis aux
parents ni aux enseignant·e·s et qu’il n’y avait ni bonne ni mauvaise réponse (pour les
questionnaires). Pour les élèves de collège et de lycée, la passation a eu lieu lors des
cours de Français et de Mathématiques.
21 Afin de tester l’hypothèse selon laquelle le facteur sexe a un effet sur les performances
académiques, le sentiment d’efficacité personnelle et l’intérêt en Maths et en Français,
à chaque niveau scolaire, nous avons procédé à des analyses de la variance (ANOVA) en
utilisant SPSS version 19 (IBM, 2010).
22 Dans un deuxième temps deux analyses de régression ont été menées pour connaître le
poids du facteur sexe, lorsque les performances académiques sont contrôlées, sur les
variables motivationnelles respectives que sont l’intérêt et le sentiment d’efficacité
personnelle, et cela à chaque niveau scolaire et pour chaque discipline.
Résultats
23 La statistique descriptive (moyenne et écart-type) des différentes variables
(performances académiques, intérêt et sentiment d’efficacité personnelle) et des
résultats de l’analyse de variance en fonction du sexe de l’élève pour chaque niveau
scolaire est présentée dans le tableau 1 pour les Mathématiques et le tableau 2 pour le
Français.
Tableau 1 : Moyenne, écart-type et résultat de l’ANOVA pour les variables Performance, Intérêt et
SEP en Mathématiques pour chaque niveau du cursus scolaire et comparaison entre les deux
groupes de sexe
Table 1 : Descriptive statistics of achievement, interest and self-efficacy for mathematical discipline at
different levels of the school curriculum and according to gender
Fille Garçon
M ET M ET F p Eta2
CP (n=76) (n=76)
24 En Mathématiques, le facteur sexe n’a pas d’effet significatif sur les scores de
performance académique, du sentiment d’efficacité personnelle et sur l’intérêt, quel
que soit le niveau du cursus scolaire.
Tableau 2 : Moyenne, écart-type et résultat de l’ANOVA pour les variables Performance, Intérêt et
SEP en français pour chaque niveau du cursus scolaire et comparaison entre les deux groupes de
sexe
Table 2 : Descriptive statistics of achievement, interest and self-efficacy for literacy discipline at
different levels of the school curriculum and according to gender
Fille Garçon
M ET M ET F p Eta2
CP (n=76) (n=76)
25 En Français, on note un effet significatif du facteur sexe en faveur des filles, sur les
performances académiques à tous les niveaux du cursus scolaire sauf en fin de collège :
au CP, F(1, 150) = 3,88, p = 0,051, (Ƞ2 = .025) ; au CM2, F(1, 188) = 4,06, p < 0,045, (Ƞ 2 = .
021) ; en 6e,, F(1, 212) = 3,85, p = 0,051, (Ƞ2 = .02) ; en 2nde, F(1, 166) = 15,29, p < 0,001, (Ƞ2 = .
084). La taille de l’effet (êta carré) reste faible sauf pour les élèves du lycée (8,4% de la
variance des performances en Français est expliquée par la différence entre les sexes
(voir Cohen, 1988). On note également un effet significatif du facteur sexe en faveur des
filles sur le sentiment d’efficacité personnelle en fin d’école primaire et en seconde : au
CM2, F(1, 188) = 4,56, p = 0,034, (Ƞ2 = .024) ; en 2nde, F(1, 166) = 23,35, p < 0,001, (Ƞ2 = .123).
On a un effet de grande taille chez les élèves du lycée. On note enfin un effet significatif
du facteur sexe en faveur des filles sur l’intérêt en fin de collège et en 2 nde avec un effet
de taille moyenne: en 3e, F(1, 154) = 8,88, p = 0, 003 (Ƞ2 = .051) ; en 2nde, F(1, 166) = 12,24, p
= 0,001 (Ƞ2 = .069).
26 Une première analyse de régression a été conduite (voir tableau 3) pour savoir si le
facteur sexe (à performance académique égale) prédit significativement l’intérêt en
Mathématiques et en Français des élèves des cinq niveaux de classe.
Intervalle Intervalle
R2 de R2 de
R2 ß R2 ß
ajusté confiance ajusté confiance
pour ß pour ß
-.052 -.024
Performance académique .011 .101
.059 .112
-.704 -.854
Sexe -.146 -.164*
.038 -.023
-.028 . .109
Performance académique .127
.477 262*** .357
-.31 -1.64
Sexe .11 -.098
2.37 .288
. .
1ère année de college .107 .103
115 111
. .305 . .231
Performance académique
328*** .699 309*** .558
-.753 -2.29
Sexe .053 -.118
1.80 .092
Dernière année de
.10 .088 .18 .169
collège
.068 . .258
Performance académique .214**
.401 412*** .545
.524 -2.817
Sexe .215** -.17*
3.06 -.201
. .
1ère année de lycée .107 .171
117 181
.313 . .918
Performance académique .231**
1.494 429*** 1.81
1.01 -5.34
Sexe .195* -.086
7.94 1.28
l’intérêt (ß = .231) et les filles ont plus d’intérêt en Français que les garçons à
performance égale (ß = .195).
28 Concernant le domaine des Mathématiques, les facteurs sexe et performance rendent
compte de 2,8% de la variation des scores d’intérêt au CP, de 16,8% au CM2, 19,2% en 6 e,
27,2% en 3e et 34,1% en 2 nde. Au CP, le sexe est le seul facteur prédictif (ß = -.164)
signifiant que les filles ont moins d’intérêt en Mathématiques que les garçons, à
performance égale. Au CM2, 6e et 2 nde, la performance est seule liée positivement à
l’intérêt, respectivement ß = .262, .309, .429. En 3e, la performance est le plus fort
prédicteur indiquant qu’elle est liée positivement à l’intérêt (ß = .412) et les filles ont
moins d’intérêt que les garçons à performance égale (ß = .17).
29 Une deuxième analyse de régression fut conduite (voir tableau 4) pour savoir si le
facteur sexe (à performance académique égale) prédit significativement le sentiment
d’efficacité personnelle en Mathématiques et en Français des élèves des cinq niveaux de
classe.
Intervalle de Intervalle de
R2 R2
R2 ß confiance pour R2 ß confiance pour
ajusté ajusté
ß ß
-1.845 -1.11
Sexe -.14 -.08
.124 .365
Dernière année . .
.066 .168
d’école primaire 076 177
-.212 -1.83
Sexe .12 -.066
2.77 .618
1ère année de
.27 .263 .20 .192
college
-1.54 -2.42
Sexe -.002 -.066
1.49 .719
Dernière année . .
.086 .272
de collège 098 282
-.824 -2.98
Sexe .086 -.106
2.95 .379
1ère année de . .
.227 .341
lycée 236 349
1.45 -1.94
Sexe .249** -.023
5.20 1.01
Discussion
32 Nos résultats nous invitent à différencier les conclusions relatives à l’effet du sexe sur
les performances et déterminants motivationnels en fonction de la discipline. Comme
l’avait souligné Cosnefroy (2007), les différences entre les filles et les garçons sont
différentes selon la matière enseignée. Concernant les Mathématiques, nous n’avons
constaté aucune différence entre les dimensions motivationnelles des filles et des
garçons, à chaque étape du cursus scolaire. Nos résultats confirment ou se rapprochent
de ceux obtenus par Masson (2011) qui relativise ces différences. En revanche, ils
divergent des recherches qui observent une infériorité du sentiment d’efficacité
personnelle des filles dans cette matière (Hyde & Durik, 2005 ; Meece et al., 2006 ;
Schunk & Pajares, 2005 ; Bouffard & Couture, 2003). Notons toutefois que les résultats
obtenus par Masson (2011) concernent, comme les nôtres, le système éducatif français.
Les recherches portant sur l’intérêt envers les disciplines scolaires étant plus rares, la
comparaison avec d’autres résultats s’avère plus difficile. Toutefois, contrairement à
Cosnefroy (2007), nous n’avons pas observé un intérêt supérieur des garçons envers les
Mathématiques. Quant aux performances, nos résultats confirment ceux de
nombreuses études et recherches (Hyde, 2001 ; PISA, 2015, 2018) qui ne font pas état de
différences entre filles et garçons.
33 Concernant le Français, la conclusion qui s’impose n’est pas la même. Tout d’abord,
nous avons constaté une supériorité des performances des filles, qui s’installe très tôt,
dès la première année de primaire (de façon modérée puis plus forte en seconde),
corroborant les résultats de nombreuses recherches (Auduc 2009 ; PIRLS 2016 ; PISA
2018). Mais cette supériorité de réussite ne se traduit pas tout de suite par une
motivation plus grande envers cette discipline. C’est seulement en fin de primaire
(classe de Cours Moyen 2) que le sentiment de compétences des filles dépasse celui des
garçons. Si au collège nous n’avons pas constaté de différences entre les filles et les
garçons, en classe de seconde, au début du lycée, les scores des filles sont à nouveau
supérieurs à ceux des garçons. Ces résultats n’ont pas confirmé ceux de Masson (2011)
qui ne constatait pas de différences entre les filles et les garçons au primaire ainsi que
les nombreuses recherches qui ont mis en évidence une infériorité du SEP en
Mathématiques chez les filles (Bouffard & Couture, 2003 ; Hyde & Durik, 2005 ; Meece et
al., 2006 ; Schunk & Pajares, 2005). Quant à l’intérêt, les filles se montrent plus
intéressées à la fin du collège (classe de troisième) et confirment ce supplément
d’intérêt au début du lycée (classe de seconde). Si la supériorité des performances des
filles, constatée dès le primaire, ne se traduit pas de suite par une motivation plus forte
envers le Français, les effets de cette supériorité finissent par créer, dès la fin du
collège, une différence motivationnelle qui se confirme au lycée en classe de seconde.
34 Les analyses de régression nous ont permis de mesurer l’influence du sexe une fois que
l’on a contrôlé les performances des deux catégories. En ce qui concerne les
Mathématiques, à performances égales, les garçons ont un intérêt supérieur aux filles
au CP (première année d’école primaire) et 3e (fin de collège). Cette différence en fin de
collège confirme ceux de Cosnefroy (2007) selon lesquels les garçons en troisième
présentent un intérêt supérieur aux filles en Mathématiques. Concernant le SEP en
Mathématiques, aucun effet du sexe à performances égales, n’est à remarquer.
Contrairement aux travaux de recherche anglosaxons et québécois (Bouffard &
Couture, 2003 ; Hyde & Durik, 2005 ; Meece et al., 2006 ; Schunk & Pajares, 2005), qui
montrent une supériorité du SEP des garçons respectivement dans les Sciences et en
Mathématiques, nous n’avons pas constaté de différences entre les filles et les garçons,
quel que soit le niveau du cursus scolaire de notre étude. Les Filles n’abordent pas le
lycée en classe de seconde avec un manque de confiance en Mathématique par rapport
aux garçons.
35 En revanche, en ce qui concerne le Français, nous avons bien trouvé un effet du sexe en
classe de seconde (début de lycée), à la fois pour l’intérêt et le sentiment d’efficacité
personnelle. Une fois la variable performance contrôlée, les filles se sentent plus
compétentes et montrent un intérêt supérieur à celui des garçons pour cette discipline.
Pour le Français, nos résultats sont plus conformes aux résultats des recherches
québecoises et anglosaxonnes (Bouffard & Couture, 2003 ; Hyde & Durik, 2005 ; Meece et
al., 2006 ; Schunk & Pajares, 2005), et à ceux établis dans notre système éducatif
français par Cosnefroy (2007). Si cet effet reste moyen, ce résultat peut toutefois
s’exprimer par la relation inverse : les garçons se sentent moins compétents et
montrent un intérêt pour le Français beaucoup moins important que les filles lorsqu’ils
abordent le lycée.
Conclusion
36 Le constat d’une moindre réussite et d’une moindre motivation des garçons pour le
Français, tout au long du cursus scolaire, apparaît comme un résultat important dans
notre recherche. Si de nombreux travaux ont traité de cette problématique, la plupart
des recherches se situaient à des époques et dans des pays différents. Même si notre
approche transversale ne peut prétendre à une comparaison temporelle, qui aurait
nécessité une démarche longitudinale, elle présente l’intérêt d’une comparaison de
données relatives à une population d’élèves, appartenant à un même système
d’enseignement et sur une période identique. L’écueil de la comparaison de résultats
relevant de systèmes d’enseignement différents ou de périodes de recueil éloignées,
s’en trouve fortement réduit. La recherche, ne se basant pas sur un suivi longitudinal,
les différences observées pourraient être attribuées à un effet de génération et aux
changements de contexte d’enseignement. Mais cet effet est peu probable car la
stabilité relative de l’enseignement en France écarte un changement important d’effet
de contexte. Le constat d’une moindre motivation des garçons pour le Français au lycée
pourrait bien avoir pour origine des facteurs intra-scolaires. Rappelons que dès le
primaire, les garçons se montrent moins performants que les filles dans cette
discipline.
37 Si nos résultats révèlent un effet du système scolaire, il est à chercher, selon nous, du
côté du rapport des garçons envers la discipline Français. De nombreuses recherches
ont mis en évidence le rôle de facteurs intra-scolaires, comme le rapport au savoir
différencié des filles et des garçons (Mosconi, 2003), mais nous souhaiterions ouvrir en
guise de conclusion une autre hypothèse, qu’il resterait à tester plus finement. En effet,
l’hypothèse d’un contenu d’enseignement du Français plus adapté à un sexe qu’à un
autre, ne peut être exclue suite aux résultats de notre recherche. Peut-on se demander
si les contenus enseignés dans la discipline Français, ne seraient pas plus adaptés aux
filles comme le suggèrent les résultats de l’enquête PIRLS de 2016 ? Cette enquête
montre, en effet, que les filles ont des résultats nettement supérieurs dans la lecture de
textes à caractère littéraire dans tous les pays européens. En revanche, dans la lecture
de textes à caractère informatif, certains pays ne relèvent que très peu de différences
entre les sexes voire aucune (Remond, 2006). La discipline « littéraire » n’est pas une
catégorie homogène. Selon les pays, les contenus peuvent différer au-delà de la langue.
Si en France, l’approche de la lecture se fait fréquemment par des lectures à caractère
narratif, il est probable qu’une petite fille qui lit des romans sera avantagée par rapport
à un élève garçon qui s’intéresse plus aux magazines de football, dont la forme d’écrit
est plus proche d’un texte informatif que littéraire. Les apprentissages scolaires ne sont
pas dénués de socialisation. Sachant que les filles et les garçons vivent une socialisation
très sexuée, il est possible que la scolarisation, par les contenus des apprentissages,
préfigure sans le savoir les choix futurs d’orientation des filles et des garçons. Il serait
souhaitable que l’environnement pédagogique intègre le sexe dans ses approches
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RÉSUMÉS
Cette étude vise à identifier si le sexe a un effet sur les performances et la motivation des élèves
en Mathématiques et en Français, à différents niveaux scolaires, de l’entrée du primaire à
l’entrée au lycée. Les niveaux évalués sont le CP, le CM2, la 6 e, la 3e et la 2 nde. Les mesures,
effectuées de façon transversale, auprès de 880 élèves, visent à vérifier si des différences
apparaissent, entre les filles et des garçons, tant au niveau de leurs performances, que de leurs
intérêts et de leurs sentiments d’efficacité personnelle envers ces deux disciplines. Les résultats
montrent que pour le Français, des différences modérées entre les performances et les variables
motivationnelles des filles et garçons apparaissent dès le primaire, et persistent au début du
lycée. En ce qui concerne les Mathématiques, de telles différences n’apparaissent pas tout au long
du cursus scolaire, mettant à égalité les filles et les garçons au niveau des performances et de la
motivation. Enfin, des analyses de régression montrent qu’à l’entrée du lycée et à performances
égales, les filles se sentent plus compétentes et plus intéressées par le Français que les garçons.
En revanche, cette différence n’apparaît pas en ce qui concerne les Mathématiques.
The purpose of this study was to identify whether gender had an effect on the performance and
motivation of students in Mathematics and Literacy, at different school levels, from primary to
high school. The levels assessed are CP, CM2, first form, 3 rd and fifth form. The cross-sectional
measurements of 880 students aimed at checking whether there are differences between the
girls’ and the boys’ performance, interests and self-efficacy in each subject. The results showed
that as concerns literacy, moderate differences appeared between the performance and
motivational variables of girls and boys as early as primary school, and persist at the beginning
of high school. Such differences in mathematics did not occur throughout their school
curriculum, putting girls and boys at the same level of performance and motivation. Regression
analyzes also showed a gender effect on the motivational determinants, at equal competences, at
high school entrance. The girls felt more interested and efficient when learning literacy than the
boys did even if the latter have identical performances. However, this difference did not appear
as concerns mathematics.
INDEX
Mots-clés : sexe, performances académiques, sentiment d’efficacité personnelle, intérêt
Keywords : gender, academic performances, self-efficacy, interest
AUTEURS
MARTINE ALCORTA
MCF en psychologie du développement et de l’éducation, Université de Bordeaux, Laboratoire de
Psychologie EA4139
Thèmes de recherche : Apprentissages, motivation, « soi possibles ». martine.alcorta@u-
bordeaux.fr
CORINNE PONCE
MCF en psychologie du développement et de l’éducation, Université de Bordeaux, Laboratoire de
Psychologie EA4139
Thèmes de recherche : Attention en classe, apprentissages scolaires, interaction parents enfants.
[email protected]
JEAN-NOËL FOULIN
MCF-HDR en psychologie cognitive des apprentissages, INSPE d’Aquitaine, Laboratoire de
Psychologie EA4139
Thèmes de recherche : Apprentissage de l’écrit. [email protected]