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Les océans et l’espace : quelles coopérations
internationales ?
Lorsque Neil Armstrong pose le pied sur la lune le 21 juillet 1969, il
prononce une phrase qui va rester célèbre : « c’est un petit pas pour l’homme
mais un grand pas pour l’humanité ». Même si cette étape de la conquête
spatiale est à replacer dans la Guerre Froide et la lutte entre les deux grandes
superpuissances, la notion d’humanité rappelle que cet événement est commun
à l’ensemble de la planète et si la conquête de l’espace comme l’appropriation
des espaces maritimes répond à des logiques de puissance, elle ne peut se
limiter à des rivalités. Face aux faibles connaissances de ces milieux, les
hommes ont rapidement pris conscience de la nécessité de mettre en commun
leurs savoirs et de partager leur expérience. Ainsi, la mise en place d’une
coopération internationale est nécéssaire, afin de partager ses savoirs, mais aussi
de protéger ces espaces. Les mers et les océans représentent 70% du globe.
C’est un espace continu qui est mis en relation par des détroits et des canaux.
L’espace, lui est un lieu infini. Il commence avec la ligne Kairman, à 100km
d’altitude, et la seule limite qu’on lui connait sont les limites techniques. Dès le
XVIIeme siècle, avec le traité de « Mare Liberum » rédigé en 1609, les hommes
tentent d’encadrer l’exploration des mers et océans. Pour l’espace, c’est à la fin
du XXeme siècle, pendant la guerre froide que nait la coopération, avec
notamment en 1982, le premier français dans l’espace, Jean Louis Chrétien par
un lancement Soviétique. Ainsi, nous pouvons nous demander comment ces
nouveaux espaces de conquêtes poussent les Etats à coopérer. Après avoir vu la
coopération au niveau de l’espace, nous évoquerons le cas des mers et des
océans, puis nous montrerons les limites de ces coopérations.
Tout d’abord, les Etats coopèrent dans le domaine de l’espace. Dans un
premier temps, cette coopération est d’abord encouragé par la compétition. En
effet, la conquête spatiale s’inscrit dans le contexte de la guerre froide. La
rivalité entre l’URSS et les Etats Unis créé alors une émulation entre les deux
puissances, ce qui va les pousser à coopérer avec d’autres pays au sein de leurs
camps respectifs. De ce fait, des tirs de la NASA ont lieux depuis l’Espagne, le
Portugal ou encore le Brésil dans le cadre d’une recherche sur les phénomènes
atmosphériques. De même, l’URSS à fait des transferts technologiques à la
Chine pour développer son programme spatial. Cependant, il est possible pour
certains pays de sortir de la logique de blocs. La France signe en ainsi un accord
de coopération scientifique et technique dans le domaine spatial avec l’URSS en
1966 et envoie son premier homme dans l’espace en 1982 par un lancement
Soviétique. La détente va permettre la coopération entre les deux grandes
puissances. En effet, la conquête spatiale est très couteuse, ce qui favorise la
recherche de coopération pour diminuer les couts. De plus, les pays vont
connaitre une série de revers et d’accidents. En 1971, une équipe de Soyouz est
retrouvée morte asphyxié. Ainsi, en 1975, Apollo (vaisseau Américain) et
Soyouz (vaisseau Soviétique) s’arriment ensemble, cosmonautes et astronautes
se serrent la main dans l’espace et vont mener des expériences ensemble. Ces
échanges se poursuivent des les années 90, avec des cosmonautes Soviétiques
dans la navette Américaine et des astronautes Américains dans la station
spatiales Mir, Soviétique. Ainsi, la rivalité entre les deux grandes puissances fait
naitre peu à peu une première coopération.
Le plus gros projet de coopération des Etats dans l’espace est la création
d’une station spatiale internationale, l’ISS. Ce sont d’abord les Américains qui
imaginent une station spatiale internationale. En 1984, le président Ronald
Reagan propose aux alliés des Etats Unis de s’associer pour construire un
station spatiale, c’est le projet Freedom. La proposition est faite à l’URSS,
devenue la Russie après sa dislocation et à la fin de la guerre froide, en 1994 et
la Russie accepte, pour des raisons financières et afin de s’intégrer avec le reste
des puissances. Pour les Etats Unis l’ISS est un symbole de la puissance de leur
politique internationale, une grande puissance capable d’assurer la paix et de
rassembler les différents Etats mais aussi afin d’éviter des alliances entre leurs
rivaux. Cela lui permet de développer son multilatéralisme. L’ISS est un
véritable projet de coopération. Seize pays y participent, regroupés dans cinq
agences spatiales (ESA, NASA, ROSCOSMOS, ASC, JAXA). Chaque module
a été financé par une agence. A titre d’exemple, le premier module ZARYA a été
financé par la Russie, la partie KIBO par le Japon. Ainsi, l’ISS a permis une
mutualisation des moyens qui as permis le fonctionnement de la station. De plus
cela a contribué à améliorer l’image des pays participants qui peuvent
revendiquer leur participation à ce projet ce qui participe à leur soft power.
Enfin, la coopération est nécéssaire pour établir une gouvernance. En
effet, des traités sont mis en place dès a fin du XXème siècle afin de
réglementer l’exploration de l’espace et son exploitation. En effet, de plus en
plus de pays participent à la conquête spatiale, il faut donc se mettre d’accord.
En 1967, le premier traité, le traité de l’Espace est signé, favorisé par l’ONU
afin d’éviter une militarisation et une appropriation de l’espace. Les Etats Unis
et l’URSS sont les premiers à signer cet accord. En 1979, le traité sur la Lune
est rédigé. Il réaffirme les principes du traité de l’Espace mais se concentre plus
précisément sur les corps célestes. Cependant, il à été signé par 17 pays et
seulement 15 l’ont ratifiés, dont aucune grande puissances ayant un programme
spatial. Ces textes ont ensuite été complété par une série de convention. Le
premier accord concerne le sauvetage des spationautes, en 1968. Le deuxième
en 1972 porte sur la responsabilité des dommages causés par les objets spatiaux,
c’est les pays lanceurs qui sont responsables. Enfin, en 1975, l’immatriculation
des objets spatiaux envoyés dans l’espace devient obligatoire pour certifier la
responsabilité d’un pays. Ainsi, les Etats coopèrent afin d’établir une
gouvernance.
Ainsi, les Etats coopèrent pour la conquète spatiale. Toutefois, ils
coopèrent aussi pour de réglementer l’exploration et l’appropriation des mers et
des Océans afin de définir un droit de la mer, les Océans devenant un enjeu de
puissance. Ces préoccupations naissent à la fin du XVeme siècle, avec la
question de la circulation des navires pour le commerce international avec le
développement des premières colonies avec la découverte de l’Amérique en
1492. C’est la première mondialisation. En 1609, Hugo Grotius, un Hollandais
rédige le traité de « Mare Liberum ». Il prêche pour la libre circulation des
mers, en opposition avec le traité de Tordesillas entre le Portugal et l’Espagne
qui partage le monde entre ces deux puissances. Il défend ainsi les intérêts de la
compagnie des Indes Hollandaises pour le commerce. En 1635, John Selden, un
juriste Anglais y répond, en proposant l’appropriation des routes commerciales
par les Etats, sans libre circulation. Il défend alors les intérêts de l’Angleterre
qui se construit son empire colonial, afin d’effacer la concurrence. C’est la
théorie de « Mare Liberum » qui l’emporte. Au XVIIIeme siècle, la seule règle
est que la souveraineté des Etats s’arrète à la portée maximale des armes,
environ 5,5km. Avec le développement des technologies, à partir du XIXeme
siècle, la pêche en haute mer se développe ainsi que l’exploitation du pétrole off
shore. On prend alors conscience que les océans comportent des richesses, et
certains pays tentent de s’approprier ces espaces. Ainsi à partir des années 1950,
les négociations sur le droit de la mer commencent. En 1958, lors de la
conférence de Genève, quatre conventions sont adoptées afin de définir les
zones dans les océans et gérer le problème du partage des ressources. Le
premier espace défini est la mer territoriale dans laquelle les Etats ont les
mêmes droits que sur leur espace terrestre, suivie du plateau continental, et
enfin la haute mer, qui à partir de 1970 est considérée comme un bien commun.
La dernière convention porte sur la pèche et la préservation des ressources
biologiques. Ces négociations continuent et aboutissent en 1682 à la Convention
de Montegobay.
La Convention de Montego Bay désigne la CNUDN, la Convention des
Nations Unies sur le Droit de la Mer. Elle est signée en 1982 en entre en vigueur
en 1994. Cette convention est créée afin d’éviter les conflits et se doter d’un
outil pour les régler, le TDIM, Tribunal du Droit International de la Mer. Il
permet aussi d’avoir un texte juridique donnant des droits égalitaires à tous les
hommes, ainsi que d’encadrer et permettre l’exploitation des ressources
maritimes. Enfin, il favorise aussi le maintien de la liberté de circulation avec la
haute mer, en dehors des zones de souveraineté, qui est en libre circulation
depuis 2022. L’intérêt de la Convention est la teritorialisation de la mer, avec un
droit exclusif pour les Etats d’exploiter les ressources de la ZEE jusqu’a 370km
au large de la cote. En 2022, 157 Etats l’ont signé, cependant des pays tels que
le Pérou, l’Israël ou encore les Etats Unis, pour l’exploitation de la haute mer ,
n’y ont pas adhéré. Parmi les non signataires, il y a aussi des pays enclavés
comme le Soudan du Sud. Il existe aussi des accords bilatéraux, concernant
deux Etats comme les accords pétroliers entre Chypre et le Liban.
Ainsi, dans l’espace ou dans les mers et les océans, les Etats coopèrent
afin de mettre en place des projets communs, mais aussi une gouvernance.
Cependant, ces coopérations se heurtent à certaines limites, dans l’espace
comme dans les océans. Pour commencer, dans l’espace, l’ISS est un véritable
projet de coopération mais il est limité. En effet, le plus gros contributeur
financier reste la NASA, avec 76,6% des financements, ce qui lui confère plus
de pouvoir. De plus, cette coopération exclue le concurrent premier des Etats
Unis, la Chine. Ainsi, si l’ISS est une réussite sur le plan de la coopération et de
l’image, le bilan reste mitigé. Sur le plan scientifique, les séjours longue durée
ont permis d’avoir de réelles données, notamment pour aller sur Mars,
cependant d’autres recherches prévues sur des médicaments au encore des
matériaux sont peu fructueuses. Ces problèmes sont liés au fait que la station
vieillit mal, et devient très couteuse. Son entretien est ainsi fait au détriment de
certains programmes de recherche. La fin de l’ISS a ainsi été envisagé plusieurs
fois, et est aujourd’hui estimée à 2023. En outre, on assiste aussi à une
privatisation de l’espace. En effet, étant un espace inconnu, ce dernier suscite
l’attention d’entreprises privées des géants de la Tech comme Jeff Bezos avec
Blue Origin, ou encore Elon Muk et Space X. Ils développent alors des projets
de colonisation de l’espace, notamment la ville autonome sur Mars d’Elon
Musk d’ici 2050. Ces acteurs privés forment le New Space, et constituent un
lobby qui influence les Etats. Ainsi, en 2015, ils ont obtenu le Space Act, qui
permet l’exploitation des ressources spatiales à des fins commerciales. L’Etat
Américain encourage donc les entreprises privées, avec des subventions à
travers les accords passés avec la NASA. Il y a pour eux des intérêts
économiques, cela renforce l’unilatéralisme Américain. Cependant, cette
coopération entre l’Etat et les acteurs privés ne respecte pas les principes de non
appropriation de l’espace imposé dans le traité de l’espace de 1967. La
coopération avec les entreprises privées peut donc venir contrediree les
décisions prises au niveau international.
De même, la CNDUM n’as pas réglé tous les conflits entre Etats. Elle
peut même alimenter certains litiges autour de l’apprpriation des ressources et
créer des rivalités. Tout d’abord, tous les pays n’ont pas signé la convention, ce
qui complique les négociations. En outre, un Etat peut demander l’extension de
sa ZEE en appuyant sa revendication sur les limites du plateau continental. En
effet, un Etat peut exercer sa juridiction sur le sol et sous sol du plateau
continental jusqu’a 350000 marins. La CNUDM a donc créé la CLPC, , afin
d’examiner les demandes d’extension, cependant cela peut parfois créer des
litiges. Ensuite, les limites de la ZEE posent aussi problème, responsable de 70
à 80 litiges sur ces frontières. En effet, le Tribunal International du Droit de la
Mer à jugé 29 affaires entre 1996 et 2020. De plus, il n’existe pas de
mécanismes contraignants pour faire respecter les décisions. Les détroits et les
iles sont aussi source de conflits car ce sont des espaces stratégiques. Le détroit
d’Ormuz est notamment très important pour l’exportation de pétrole et
d’hydrocarbure, un tiers du pétrole transporté par méthanier y passe. Son
contrôle fait donc l’objet de conflits entre les Etats, comme l’Iran et les Etats
Unis. Les iles sont aussi des territoires très disputés car elles peuvent donner
accès à une immense ZEE, même lorsqu’elles sont de petite taille, comme les
iles Spratleys. La Chine revendique ainsi des ilots disputés par le Japon et le
Vietnam., afin d’avoir accès aux hydrocarbures off shore. Enfin, les ressources
font aussi l’objet de conflits, notamment entre la Grèce et la Turquie, qui rejette
les règles de Montego Bay, avec la découverte d’un gisement d’hydrocarbure
dans les limites contestées de la ZEE. Ainsi, de nombreux éléments sont sources
de litiges, et la gouvernance ne permet pas toujours de les résoudre, et est même
parfois à l’origine de certains.
Pour conclure, les nouveaux espaces de conquête encouragent la
coopération entre les Etats. L’Espace fait l’objet d’une coopération d’abord
motivé par l’émulation des deux grandes puissances, puis reposant sur des
projets concrets avec l’ISS, et qui se traduit par la mise en place d’une
réglementation. Les Océans et les mers poussent aussi les pays à coopérer, avec
la définition d’un droit de la mer et la création de la CNUDM. Cependant, ces
coopérations se heurtent à certaines limites avec la privatisation de l’espace et
les litiges autour de l ‘appropriation des mers et des océans. Nous pouvons ainsi
nous questionner sur les législations et organisations mises en place au niveau
national afin d’assurer une coopération.