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Réglementation des armes et sécurité publique

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J’ai l’honneur de vous rendre compte des résultats de la mission que vous avez bien

voulu me confier, afin de procéder à une étude portant sur la façon dont les
préoccupations de sécurité publique sont aujourd’hui prises en compte par la
réglementation des armes.

J’ai exécuté cette mission avec l’assistance des commissaires divisionnaires


M. André Chevailler, M. Christian Gallo et M. José Razafindranaly, relevant de l’inspection
générale de la police nationale.

La documentation nécessaire à l’étude a été recueillie auprès de la direction des


libertés publiques et des affaires juridiques et de la direction générale de la police
nationale.

Ont été consultés les directions actives de la police nationale, le service de


coopération technique internationale de police, les préfectures de la Côte-d’Or, du
Val-de-Marne, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne, ainsi que les services de police locaux
installés dans ces départements et la préfecture de police.

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
Ont été également rencontrés M. Claude Sornat, contrôleur général des armées,
chargé de la coordination, de la réglementation et du contrôle des matériels de guerre et
des biens sensibles. au ministère de la Défense, M. Jean-Baptiste Guy, inspecteur
principal des douanes, M. Rey, rédacteur, en fonction à la direction générale des douanes
et des droits indirects, M. Jean-Claude Schlinger, président de la compagnie nationale
des experts en armes et M. Yves Goletty, président de la chambre syndicale nationale des
armuriers professionnels.

En outre, j’ai participé à la phase finale des travaux d’une mission d’inspection
conjointe (inspection générale de l’Administration - ministère de la Défense - ministère de
la Jeunesse et des sports), dont l’étude a notamment porté sur le décalage important entre
le nombre de particuliers ayant acquis des armes grâce à une affiliation à un club de tir et
ceux qui pratiquent réellement ce sport.

*
**

Trois observations peuvent être faites à l’issue de cette étude.

La réglementation des armes en France repose sur le décret-loi du 18 avril 1939


promulgué à une époque où les considérations de défense nationale étaient prioritaires.
Les modalités d’application en sont aujourd’hui fixées par le décret du 6 mai 1995,
véritable "code des armes et munitions" Ce texte est touffu, complexe et technique.

Sans mésestimer les difficultés d’application et d’interprétation soulevées par ce


décret, un meilleur respect des règles par les acteurs publics et privés concernés,
enlèverait de l’acuité à la question posée : réforme générale du régime des armes ou
modification du cadre actuel.

Tout projet ou proposition de loi visant à simplifier les textes et à les renforcer,
devra être le fruit d’une réflexion approfondie et impliquer plus directement le ministère
de l’Intérieur afin de mieux prendre en considération les impératifs de sécurité et d’ordre
publics.

*
**

Dans l’attente d’une refonte totale de la législation, vivement souhaitée par


l’ensemble des autorités ou services consultés et préconisée à plusieurs reprises ces
dernières années par le Conseil d’Etat, quinze propositions ont été retenues. Elles vont
dans le sens d’un renforcement de la réglementation et d’une meilleure application du
droit, sans en affecter la base légale, et sont en cohérence avec les deux directives du
Conseil des communautés européennes des 18 juin 1991 et 5 avril 1993.

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
Ces propositions sont les suivantes.
- Mise en place du fichier national des armes, dont le principe a été adopté au mois de
décembre 1996, mais dont la mise en oeuvre effective n’est prévue que vers l’an 2000.
- Réactivation de l’office central pour la répression du trafic des armes, explosifs et
matières sensibles, créé par le décret du 13 décembre 1982, et qui ne compte que
trois policiers et un gendarme.
- Intensification de la surveillance aux frontières et contrôle de façon plus étroite
des importations d’armes.
- Renforcement du contrôle des armuriers.
- Contrôle systématique des bourses aux armes.
- Mise à jour de la circulaire du ministère de l’Intérieur du 25 juillet 1972 relative à
l’enquête approfondie sur le bien fondé de la demande d’acquisition et de
détention d’armes et de munitions des 1re et 4e catégories.
- Instauration d’un carnet de tir pour les tireurs sportifs.
- Sécurisation des armes à domicile.
- Formation et spécialisation des personnels des préfectures et renforcement des
moyens (notamment informatiques).
- Développement d’actions de formation continue dans les services de police et de
gendarmerie.

- Institution d’un fascicule rappelant les principes généraux de la réglementation et


les droits et les devoirs des détenteurs d’armes.
- Classement en 4e catégorie des fusils à pompe (armes fréquemment utilisées dans
les affaires criminelles) ;
- Classement en 4e catégorie de toutes les armes de poing à un coup, à percussion
annulaire.
- Subordination de la vente des armes et des munitions de chasse (5e catégorie) à la
présentation du permis de chasser.
- Modification du régime déclaratif (l’armurier se substituerait à l’acquéreur pour
adresser par courrier, ou par télématique la déclaration d’achat à la préfecture).

Enfin, au cours de cette mission, a été relevé le risque représenté par la possession,
par des personnes souffrant de troubles psychiques, d’armes de chasse (5e catégorie) et
d’armes de tir, de foire et de salon (7e catégorie) dont la saisie administrative n’est pas
prévue par loi.
L’inspecteur général

Claude CANCES

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
SOMMAIRE

INTRODUCTION 1

I - L’évolution et l’état du droit positif 2


- Le décret-loi du 18 avril 1939 2
- Le décret du 12 mars 1973 modifié 3
- Le décret du 6 mai 1995 4

II - L’efficacité des textes en vigueur au regard de l’objectif de sécurité


quant à la classification des armes et aux conséquences juridiques 6
- L’analyse succincte des événements tragiques intervenus récemment 6
- Les enseignements à en tirer :
* ’instauration d’un carnet de tir 7
* la sécurisation des armes à domicile 7
* le classement en 4e catégorie de tous les fusils à pompe et de
toutes les armes de poing à percussion annulaire à un coup 9
* la subordination de la vente des armes et des munitions de chasse
(5e catégorie) à la présentation du permis de chasser 9

III - L’examen des motifs de détention d’armes actuellement invoqués


et leur pertinence au regard des risques éventuels de troubles à
l’ordre public qu’ils peuvent faire encourir 11
- les tireurs sportifs 11
- les armes de défense 11
- l’enquête approfondie 11

IV - L’efficacité des contrôles mis en oeuvre et les propositions


susceptibles d’assurer une meilleure application du droit 13
- le marché clandestin et le trafic d’armes 13
- l’office central pour la répression du trafic des armes, explosifs
et matières sensibles 14
- le fichier national des armes 14
- le contrôle des importations d’armes 15
- le contrôle des bourses aux armes 15
- le contrôle des armuriers 16
- les modifications de la procédure de déclaration 16
- les actions de formation continue dans les services de police et
de gendarmerie 17
- la formation et la spécialisation des personnels de préfecture 17
- l’exécution des décisions de refus d’autorisation de détention d’armes
ou de non-renouvellement 18
- les aliénés 19

CONCLUSION 20

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
INTRODUCTION

Les difficultés rencontrées pour l’application du décret du 6 mai 1995 ont conduit
le cabinet du ministre de l’Intérieur à demander à la direction des libertés publiques et des
affaires juridiques de constituer et piloter un groupe de travail chargé d’étudier les
conditions d’une simplification de la réglementation, et d’une amélioration de sa lisibilité.

Ce groupe de travail a été composé de manière à associer étroitement les services


de réglementation (DLPAJ), ceux dont relève la sécurité publique (DGPN) et ceux des
préfectures et sous-préfectures en charge de la gestion sur le terrain de la réglementation
des armes et un spécialiste des armes.

Des différences d’appréciation étant apparues, en particulier à propos de la


simplification des procédures de déclaration et d’autorisation, sur les rôles respectifs des
services de police et de gendarmerie d’une part, et des préfectures d’autre part, dans les
procédures d’instruction, ce groupe de travail a pris le parti, compte tenu de l’impossibilité de
dégager un consensus, d’exposer dans son rapport de synthèse (cf. annexe) chacune des
thèses en présence, le choix entre ces options ne relevant pas de sa compétence.

Notre étude tient compte des conclusions de ce rapport qui, pour la plupart
rejoignent les préoccupations des personnels des préfectures, des policiers et des
gendarmes sur le terrain.

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
I - L’ÉVOLUTION ET L’ÉTAT DU DROIT POSITIF

- Le décret-loi du 18 avril 1939

La réglementation des armes en France repose sur le décret-loi du


18 avril 1939 qui en constitue l’ossature législative. Il s’agit d’un texte de circonstance
pris à la veille de la seconde guerre mondiale pour des raisons de défense nationale.
A l’époque, tant la matière traitée et les objectifs poursuivis que les circonstances
faisaient considerer que les questions d’armement étaient du ressort du ministre de la
Défense nationale et de la guerre.
L’intitulé même du décret-loi - "matériels de guerre, armes et munitions" - laisse
bien apparaître la prééminence du militaire en la matière.
La classification des armes est importante puisqu’elle est la base même de la police
des armes et des munitions.
A ce propos, le décret-loi du 18 avril 1939 a innové, en définissant huit catégories
d’armes réparties en deux groupes :
* le groupe des matériels de guerre proprement dit qui est constitué de trois
catégories dont la première comprend aux paragraphes 1, 2 et 3 des armes de guerre
portatives qui peuvent être acquises par des particuliers au titre du tir sportif ;
* le groupe des armes et munitions non considérées comme matériels de guerre,
destinées à des usages civils, regroupe en cinq catégories,
- les armes de défense (4e catégorie),
- les armes de chasse (5e catégorie),
- les armes blanches (6e catégorie),
- les armes de tir, de foire et de salon (7e catégorie),
- les armes historiques (8e catégorie).
Une telle présentation est cependant très théorique.
C’est ainsi que certaines armes de chasse et de tir relèvent à présent soit du groupe
des armes de guerre soit de celui des armes de défense.

Les critères de classement d’une arme sont spécifiques à chaque catégorie. Ils sont
de deux types :
* les uns correspondent à des données concrètes et mesurables telles que le calibre, la
longueur totale, la longueur du canon, la capacité du magasin ou du chargeur, le
millésime du modèle et de la fabrication ;
* les autres font appel à des considérations plutôt abstraites telles que la convertibilité
en arme de poing (4e catégorie) ou la dangerosité (6e catégorie).
D’où la difficulté des particuliers, et même parfois des experts, à déterminer la
catégorie dont relève l’arme qu’ils détiennent et, par suite, son régime juridique.
L’acquisition et la détention d’armes des quatre premières catégories sont soumises
à autorisation, celles des quatre dernières sont soit soumises à déclaration, soit libres.

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- L e décret du 12 mars 1973

Le décret du 12 mars 1973 abrogeant les quatre décrets d’application du décret-loi


de 1939, a constitué la première codification, imparfaite, du dispositif réglementaire
d’application de ce décret-loi. Il a été très rapidement et de nombreuses fois modifié (on
compte une vingtaine de décrets modificatifs entre le 12 mars 1973 et le 8 septembre
1994, soit en moyenne une modification par an), parfois sous la seule pression de
l’événement ou de faits divers. La quasi-totalité de ces modifications concernait le
régime du classement des armes.

Parallèlement, le décret du 25 novembre 1983 fixait les règles applicables au


commerce des armes.

Enfin, ce dispositif était complété par des arrêtés et des circulaires d’application.

*
La transposition en droit français de la directive du Conseil européen du 18 juin
1991 devant intervenir avant le 1er janvier 1993, une refonte du décret de 1973 a été
opérée en ce sens par le décret du 6 janvier 1993, qui a pris en compte l’essentiel de
cette directive.

Ce décret, entre autres modifications, a :


*reclassé en 4e catégorie, c’est à dire soumis à autorisation, un grand nombre d’armes
auparavant classées en 5e et 7e catégories, et à ce titre, en vente libre ou soumises à
déclaration ;

* rendu plus stricte l’acquisition d’armes par les mineurs de 16 à 18 ans, qui, outre
l’autorisation parentale, déjà exigée par le décret de 1973 modifié, doivent être
titulaires, soit d’un permis de chasser, soit d’une licence d’une fédération sportive ;
* imposé la déclaration de cession entre particuliers d’un certain nombre d’armes des
5e et 7e catégories (à l’exception des moins dangereuses), laquelle cession était
jusqu’alors libre ;
* exigé la déclaration des mêmes armes, détenues par les particuliers, dans le délai
d’un an à compter de la publication du décret ;
* inséré dans la réglementation des dispositions relatives à l’acquisition et la détention
d’armes par les résidents d’un État membre de la communauté et à leur transfert
entre ces États.

Toutefois, toutes les dispositions de la directive du 18 juin 1991 n’ayant pas été
transposées dans le droit national par ce décret - compte tenu de la relative précipitation
dans laquelle il a été élaboré, pour que soit respectée la date limite imposée par cette
directive -, il convenait d’achever cette transposition.
Par ailleurs, le Conseil d’État ayant attiré l’attention du Gouvernement, à plusieurs
reprises, sur la double nécessité de la révision de la base légale de la réglementation des

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armes (décret-loi de 1939), et de la codification de cette réglementation, il a été décidé de
poursuivre la refonte de la réglementation, seule la deuxième suggestion ayant été retenue.
Ces deux opérations - menées de front, et de façon quelque peu désordonnée -, ont
abouti à la publication du décret du 6 mai 1995.

- Le décret du 6 mai 1995

L’élaboration de ce texte, qui a impliqué treize ministères, a été ponctuée de


plusieurs arbitrages et saisines rectificatives du Conseil d’État (ce décret est le premier
décret relatif aux armes soumis à l’avis du Conseil d’État), ainsi que de nombreux
arbitrages du Premier ministre (rendus en faveur de la position du ministère de l’Intérieur,
notamment, en ce qui concerne les conditions d’acquisition des armes à feu).

Ce décret du 6 mai 1995 a donc intégré les dispositions de la directive du


18 juin 1991, non prises en compte en 1993, notamment,
* quant aux sanctions pénales,

* quant à la mise en conformité du registre des armuriers,

* quant à l’enregistrement dans le fichier des préfectures des armes soumises à


déclaration (seules y étant jusqu’alors enregistrées les armes soumises à autorisation)
ainsi que celles relatives à l’harmonisation des conditions de mise sur le marché et du
contrôle des explosifs à usage civil.

Par ailleurs, il a fusionné en un seul texte, dans une logique de codification, les
deux décrets du 12 mars 1973 modifié et du 25 novembre 1983, en y apportant des
modifications, notamment,
* en rendant plus rigoureuses les conditions d’acquisition et de détention des armes à
feu, par un reclassement des armes dans des catégories plus strictement contrôlées,
notamment en 4e catégorie (reclassement opéré, dans la mesure du possible, en
concertation avec les professionnels) ;

* en limitant les conditions de port et de transport des armes, et à contrôler


étroitement les transports intercommunautaires ;

* en renforçant les sanctions pénales spécifiques aux règles relatives à la fabrication et


au commerce, à la détention et l’acquisition, à la conservation, au port, au transport
et à la circulation intra-communautaire des armes.

Ce texte met en évidence la recherche d’un équilibre entre les préoccupations de


sécurité et d’ordre publics et la prise en compte des situations de fait (détention, à la date
de publication du décret, d’armes acquises sous un régime de liberté ou semi-liberté et
ensuite surclassées), en évitant le bouleversement des situations juridiques et
économiques.

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
Toutefois, deux remarques peuvent être formulées quant à la procédure suivie pour
l’élaboration de ce texte :
* d’une part, inversant la logique et en dépit des mises en garde du Conseil d’État, il a
été procédé à une refonte du dispositif réglementaire relatif aux armes, avant même
l’examen de la base légale de celui-ci, c’est à dire le décret-loi de 1939 ;
* d’autre part, on peut considérer que la réflexion n’a pas été menée en profondeur, tant ce
décret contient de dispositions parfois contradictoires, souvent excessivement
complexes.

Ceci constitue, sans aucun doute, deux facteurs dont résulte probablement une
grande partie des difficultés d’application du décret du 6 mai 1995.

*
**

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
II - L’EFFICACITÉ DES TEXTES EN VIGUEUR
AU REGARD DE L’OBJECTIF DE SÉCURITÉ
QUANT À LA CLASSIFICATION DES ARMES
ET AUX CONSÉQUENCES JURIDIQUES

1) L’analyse succincte des événements tragiques intervenus récemment

L’analyse des événements tragiques qui sont intervenus ces dernières semaines dans
notre pays et qui ont entraîné mort d’homme par arme à feu, conduisent à s’interroger sur
l’efficacité des textes en vigueur et illustrent les dérives que peuvent entraîner le non-
respect de la réglementation.

Le 4 mars 1998, une commerçante de PAVILLY, en Seine-Maritime, a été tuée


par un adolescent de 15 ans à l’aide d’un smith and wesson 357 magnum appartenant à
son père. Ce dernier avait obtenu la détention à titre sportif, mais ne pratiquait plus le tir
depuis de nombreux mois et n’avait pas demandé le renouvellement de sa licence. Il était
donc en infraction, et le président du club aurait dû signaler cette situation à la
préfecture, en vue du retrait de l’autorisation.

Le 9 mars 1998, dans un centre commercial d’EVRY, un adolescent de 17 ans a été


mortellement blessé à la suite d’un différend opposant deux bandes rivales. L’arme
utilisée : un fusil à pompe.

Le 19 mars 1998, à MARGUERITTES, dans le département du Gard, un adolescent


a été tué par une balle "brenneck" tirée à l’aide d’un fusil à pompe. Les gendarmes ont
découvert, lors des perquisitions, de nombreuses armes du même type (armes de chasse
classées en 5e catégorie et à ce titre simplement soumises au régime de la déclaration).
L’acquisition des munitions pour les fusils à pompe est en vente libre.

Le 21 mars 1998, au BLANC-MESNIL (Seine-Saint-Denis), un jeune homme de


22 ans a été abattu au moyen d’un fusil à pompe, à la suite d’une altercation sur la voie
publique.

Le 23 mars 1998, à AULNAY-SOUS-BOIS, (Seine-Saint-Denis), un adolescent a


été grièvement blessé par le tir d’un de ses amis, à la suite de la manipulation
malencontreuse d’un revolver calibre 22 LR (classé en 4e catégorie), appartenant au père
de l’auteur du coup de feu, lequel détenait cette arme depuis une vingtaine d’années et
avait négligé de la déclarer.
*
Depuis quelques mois, la direction départementale de la sécurité publique des
Yvelines observe une augmentation importante des achats d’armes de 5e et 7e catégories
ainsi que de bombes lacrymogènes - une centaine en moyenne chaque mois -, par des
habitants de Mantes-la-Jolie. Si ces achats sont parfois le fait de personnes ayant été
victimes d’agressions ou inquiètes pour leur entourage, ils sont aussi, notamment en ce
qui concerne les pistolets "gomme cogne" et les fusils à pompe, le fait d’individus de
mauvaise réputation, qui craignent d’être la cible de règlements de compte : une bonne
partie de leur clientèle est composée de personnes âgées d’une vingtaine d’années,
connues pour des faits de violences répétés.
*

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
Au cours d’une enquête récente, relative à des coups de feu tirés à plusieurs
reprises dans plusieurs quartiers de la ville de DIJON, le commissariat central de cette
ville a décelé des achats considérables à plusieurs reprises de lots de 300 cartouches de
chasse dans un magasin "Décathlon".
*
Les services de la préfecture de Dijon font, par ailleurs, état d’une augmentation
sensible du nombre d’acquisitions de fusils à pompe par de jeunes adultes.

*
**

2) Les enseignements à tirer de l’analyse de ces derniers événements

1˚) Ces faits récents mettent en évidence le risque que peut faire encourir la détention
d’une arme, et les dérives auxquelles peut donner lieu le non-respect de la
réglementation existante (affaires de Pavilly et d’Aulnay-sous-Bois). Deux mesures
pourraient être prises pour endiguer la multiplication de pareils faits :

- instaurer un CARNET DE TIR, tenu par les responsables de stands de tir,


proposition développée dans le rapport de la mission d’inspection conjointe
(inspection générale de l’Administration - ministère de la Défense -
ministère de la Jeunesse et des Sports) dont l’étude a notamment porté sur
le décalage important entre le nombre de particuliers ayant acquis des
armes grâce à une affiliation à un club de tir et ceux qui pratiquent
réellement ce sport ;

- contraindre les PARTICULIERS à STOCKER LES ARMES DANS DES


ARMOIRES FORTES OU A LES TENIR ENCHAÎNÉES AU MÊME TITRE QUE
LES PROFESSIONNELS, l’autorisation d’acquisition d’armes étant subor-
donnée au respect de cette disposition.

Le fait d’imposer aux particuliers une obligation de sécuriser leurs armes et leurs
munitions ne pose aucun problème juridique. Il permettrait, en revanche, d’en résoudre.
Cette obligation est justifiée par le risque pour la sécurité publique représenté par la
détention d’une arme et de munitions, et par la nécessaire responsabilisation des détenteurs.

Le dispositif concernant les professionnels (personnes physiques ou morales se


livrant à la fabrication et au commerce d’armes - article 49 du décret du 6 mai 1995 -,
dont le non-respect est sanctionné par une contravention de 5e classe - article 105)
pourrait être partiellement transposé aux particuliers.

Une telle obligation permettrait d’exercer des poursuites pénales à l’encontre des
personnes qui ne s’y conformeraient pas, sur la base de l’article 223-1 du Code pénal
(violation délibérée d’une obligation de sécurité mettant en danger autrui, en l’exposant à
un risque de mort ou de blessure).
En outre, son non-respect fonderait le refus d’autorisation de détention d’arme ou
de son renouvellement. Au cours de l’enquête effectuée lors de la demande d’autorisation
de détention d’arme ou de son renouvellement, il serait vérifié quelles sont les mesures de

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
protection prises par l’intéressé. Ce pourrait même être l’un des motifs de caducité de
l’autorisation, ainsi qu’il en résulte de l’article 45 du décret pour les fabricants et les
commerçants.

La direction des libertés publiques et des affaires juridiques propose de libeller


comme suit la modification nécessaire du décret du 6 mai 1995 :
"La personne autorisée à détenir une arme ou sollicitant une telle autorisation,
est tenue de prendre toutes dispositions de nature à en éviter le vol et son usage
par une personne en ignorant le maniement, notamment en rangeant cette arme
et les munitions, de façon qu’elles ne soient pas accessibles à une personne non
autorisée à s’en servir, dans un local fermé à clé et blindé. "
Enfin, une telle disposition, outre qu’elle induirait nécessairement une plus grande
responsabilisation de certains détenteurs par la responsabilité pénale que ce manquement fait
courir, permettrait de fonder en droit la pratique de certaines préfectures qui, pour délivrer
une autorisation de détention d’arme, soumettent les personnes intéressées à l’obligation de
prendre des mesures de protection sérieuses pour protéger l’arme contre les risques de vol.

2˚) Ces faits témoignent également de la multiplication des crimes et délits commis avec des
fusils à pompe (armes de 5e catégorie).

Selon M. Claude SCHLINGER, président de la compagnie nationale des experts


en armes et munitions,

le reste concernant des pistolets ou des revolvers à grenailles et des carabines 22 LR.
Le laboratoire de police scientifique de Paris a expertisé, en 1996 et 1997, 2 000 armes,
dont 46 % avait été saisies dans le cadre d’infractions à la législation sur les armes
(essentiellement affaires de port et détention d’armes prohibées). Parmi celles-ci on
dénombrait :

Les laboratoires interrégionaux de police scientifique de Lille, Lyon, Toulouse et


Marseille ont examiné, en 1997, 1 339 armes, parmi lesquelles

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
Ces laboratoires ont examiné pendant la même période

A défaut de statistiques fiables (l’état "4001", recueil des statistiques des crimes et
des délits centralisés par la Direction Centrale de la Police Judiciaire ne distingue pas les
catégories d’armes dans les infractions commises avec arme à feu), les chiffres ci-dessus
mentionnés, relatifs aux expertises, ainsi que l’avis des autorités ou services consultés,
apportent bien la confirmation que les armes les plus utilisées sont :

les fusils à pompe,


les armes de poing à grenaille,
les armes blanches,

dont un certain nombre provient des circuits clandestins (ce dernier point sera évoqué au
chapitre IV).

- L e CLASSEMENT EN 4e CATÉGORIE (sous le régime de l’autorisation) des


FUSILS À POMPE,
serait de nature à restreindre la circulation et l’usage de ces armes (peu utilisées par les
chasseurs) au sein des bandes de jeunes délinquants.

- D e même, le CLASSEMENT EN 4e CATÉGORIE DE TOUTES LES ARMES DE


POING À PERCUSSION ANNULAIRE À UN COUP
(proposition retenue par la mission interministérielle déjà citée), limiterait également la
circulation et l’usage de ces armes.

Enfin, de l’étude faite par cette mission auprès de la fédération française de tir, il
ressort qu’il n’y a pas de lien direct entre le nombre des armes détenues à titre sportif et
les atteintes à la sécurité (l’affaire de PAVILLY ayant pour origine le non-respect de la
réglementation). Cette question ayant été étudiée par la mission interministérielle, elle ne
sera pas abordée dans le présent rapport.

- MODIFICATION DU RÉGIME D’ACQUISITION DES ARMES ET DES


MUNITIONS DE CHASSE (5 e
catégorie) : ACQUISITION SUBORDONNEE À
PRÉSENTATION DU PERMIS DE CHASSER

Partant du principe que la plupart des armes de chasse sont acquises par des
chasseurs, titulaires d’un permis de chasser, et que leur utilisation induit l’achat de
munitions, il est logique d’envisager de SUBORDONNER L’ACQUISITION DE CES ARMES
ET DE CES MUNITIONS À LA PRÉSENTATION DU PERMIS DE CHASSER. C e u x qui n’en
sont pas titulaires ne peuvent, en effet, justifier de la légitimité de l’usage qu’ils comptent
en faire.

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
Cette solution présenterait l’avantage de limiter aux chasseurs la possession, dans
un but "actif", d’armes de chasse. Elle ne permettrait plus l’acquisition de munitions de
chasse par les non-détenteurs du permis de chasser. Enfin, elle éviterait l’inconvénient du
passage généralisé de toutes les armes de chasse à un régime d’autorisation qui obligerait
les non-chasseurs, détenteurs d’une telle arme (à la suite d’un héritage, par exemple), à
l’abandonner faute de pouvoir être autorisés à la conserver.

Une telle mesure représenterait en elle-même un intérêt de sécurité publique


certain.

*
* *

L’arsenal répressif en matière d’infraction à la législation sur les armes a été


renforcé. On constate, cependant, à la lecture des statistiques fournies par la Direction
Centrale de la Police Judiciaire (tableau figurant en annexe), que le nombre des affaires
de port et de détention d’armes prohibées augmente depuis 10 ans alors que dans
le même temps celui des personnes écrouées est à son niveau le plus bas.

*
**

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
III - L’EXAMEN DES MOTIFS DE DÉTENTION D’ARMES
ACTUELLEMENT INVOQUES ET LEUR PERTINENCE
AU REGARD DES RISQUES ÉVENTUELS DE TROUBLES
À L’ORDRE PUBLIC QU’ILS PEUVENT FAIRE ENCOURIR

Il est très difficile d’avancer le nombre des armes à feu détenues par les particuliers
(chasseurs, tireurs sportifs, collectionneurs, ou simplement amateurs). Certains estiment
ce nombre à 10, d’autres à 20 millions, dont 4 millions de fusils.

M. Jean-Claude SCHLINGER, président de la compagnie nationale des experts en


armes et munitions, évalue à trois ou quatre le nombre moyen d’armes détenues par foyer
français, la plupart datant de la première et de la seconde guerre mondiales, le tiers
d’entre elles étant détenues illégalement.

Le nombre d’armes de 1re et de 4e catégories détenues régulièrement serait


d’environ 892 000 (chiffre recensé par la direction des libertés publiques et des affaires
juridiques à partir des statistiques communiquées par les préfectures).

L’acquisition et la détention des armes de chassé sont libres ou soumises à


déclaration, en raison du principe de la liberté de la chasse.

Deux principaux motifs légitimes d’acquisition et de détention par des particuliers


d’armes soumises à autorisation sont reconnus le tir sportif et la défense.

Les autorisations d’acquisition et de détention d’armes au titre de la défense étant


maintenant délivrées en nombre très limité, le tir sportif est, aujourd’hui, le motif
principal d’acquisition et de détention d’armes soumises à autorisation.

La plupart des préfectures n’accordent plus d’autorisation au titre de la défense,


mais renouvellent, en principe, les autorisations. Dans le département du Val-de-Marne,
par exemple, les demandes formulées au titre de la défense sont systématiquement
refusées. En 1997, 94 dossiers ont été traités, dont 80 % concernant des renouvellements
à titre sportif.

L’enquête effectuée par la mission interministérielle, précédemment citée, a révélé


quelques faits qui pourraient laisser craindre que soit mise à profit la possibilité de
détenir jusqu’à 12 armes pour les tireurs sportifs (qui sont au nombre de 147 000), pour
la constitution de groupes armés civils. Cette observation appelle à la vigilance mais n’a
pas mis en évidence l’existence d’une réelle menace tenant à l’utilisation des clubs de tir
comme base d’entraînement par des éléments potentiellement dangereux.

- Pour éviter toute dérive, il serait utile de rappeler aux services de police et
de gendarmerie les prescriptions de la CIRCULAIRE DU MINISTÈRE DE
L’INTÉRIEUR DU 25 JUILLET 1972, QUI RECOMMANDE DE NE DÉLIVRER
LES AUTORISATIONS QU’APRÈS UNE ENQUÊTE APPROFONDIE.

Cette enquête est destinée à recueillir le maximum de renseignements (sur le bien


fondé de la demande, sur la personnalité du demandeur et sur son comportement -
caractère violent, penchant à l’alcoolisme, état mental pathologique -, etc.) de nature à
éclairer la décision.

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Si l’on se réfère aux dossiers consultés dans les préfectures, il semble bien que cette
circulaire ait été perdue de vue, la mention avis favorable ou défavorable constituant la
plupart du temps, avec les résultats de l’interrogation des fichiers de police, les seuls
éléments du dossier.

Une enquête plus approfondie à l’occasion des demandes de renouvellement


d’acquisition et de détention, permettrait de mieux déceler l’existence des motivations
illégitimes et, par voie de conséquence, de retirer de nombreuses autorisations.

*
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IV - L’EFFICACITÉ DES CONTRÔLES MIS EN OEUVRE
ET LES PROPOSITIONS SUSCEPTIBLES D’ASSURER
UNE MEILLEURE APPLICATION DU DROIT

En l’absence de statistiques relatives au nombre de faits portant atteinte à la


sécurité et dans lesquels interviennent des armes détenues sous le couvert d’une
autorisation légale, on ne peut que prendre en compte l’avis des services intéressés. Tous
mettent en avant le fait, comme cela a été précédemment évoqué, que les armes utilisées
pour commettre des actes criminels ou délictueux, ainsi que celles en causes dans des
actes d’imprudence sont des armes dont l’acquisition et la détention sont, ou ont été
jusqu’à une date récente, libres (armes de chasse - notamment fusils à pompe -, pistolets
ou revolvers à grenaille, armes blanches), ou des armes provenant de circuits clandestins.

- Le marché clandestin et le trafic d’armes

L’approvisionnement du marché clandestin des armes en France relève pour


l’essentiel non de réseaux importants et solidement structurés, mais plutôt de l’activité
d’une multitude de trafiquants. Cette constatation est le fruit des enquêtes régulièrement
menées dans ces milieux.

Bien que la France soit surtout un pays de transit, elle n’en connaît pas moins un
trafic dont l’approvisionnement a des origines diverses :
* vols commis chez des particuliers détenant des armes légalement (à titre sportif ou
pour leur défense), ou illégalement (armes acquises, notamment librement, dans
d’autres pays, etc.) ;
* vols commis au moment des transports ou chez les armuriers détaillants, voire dans
certains établissements militaires ;
* activité de réseaux qui profitent des tensions liées à la situation internationale (ex-
Yougoslavie) ou de la situation nouvelle créée dans des pays appartenant
auparavant au bloc de l’Est, dans lesquels l’application de la législation et de la
réglementation est incertaine et peu rigoureuse ;
* activité de professionnels peu scrupuleux qui après avoir acquis des armes non
neutralisées procèdent à leur réusinage, alimentant ainsi le marché illicite (cf.
l’arrestation récente en 1997, à Ajaccio, d’un armurier qui avait entre 1991 et 1996
fournit plusieurs centaines d’armes remilitarisées aux représentants d’une
organisation séparatiste) ;
* échange et vente entre collectionneurs d’armes de toute nature et de matériels divers
à l’occasion des bourses aux armes régulièrement organisées ;
* achats et ventes effectués dans le milieu du grand banditisme.
Toutefois, si l’apparition sur le marché clandestin d’armes venant notamment des
pays de l’Est appelle à la vigilance, elle ne semble pas constituer une menace immédiate
pour la sécurité et l’ordre publics.

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Pour lutter efficacement contre les trafics d’armes clandestins, un certain nombre
de mesures s’imposent, dont :

- LA RÉACTIVATION DE L’OFFICE CENTRAL POUR LA RÉPRESSION DU


TRAFIC DES ARMES, EXPLOSIFS, ET MATIÈRES SENSIBLES

Créé le 13 décembre 1982, à la suite de l’attentat de la rue des Rosiers à Paris


(cf. annexe), l’office central pour la répression du trafic des armes, explosifs, et matières
sensibles a pour domaine de compétence toutes les infractions relatives a la fabrication, à
la détention et au commerce des armes de toutes natures. Il est également chargé, en
liaison avec les autres services de police, de gendarmerie et de douanes, d’animer et de
coordonner la lutte contre les auteurs de ces infractions.
Intégré dans les structures et dans les locaux de la 6e division de la direction
centrale de la police judiciaire, chargée de la lutte anti-terrorisme, cet office n’a jamais
pris son essor.
Malgré les demandes réitérées des chefs de service qui se sont succédés, cet office
ne compte aujourd’hui qu’un effectif dérisoire trois fonctionnaires de police et un
gendarme.
Compte tenu de l’absence de moyens, aucun travail en profondeur ne peut donc
être effectué, ni le moindre rôle opérationnel assuré. Malgré la bonne volonté de son
personnel, l’activité de cet office est purement administrative (tenue de fichiers -
documentation - réunions diverses).
Près de seize ans après sa création, alors que la tendance générale est au
développement du trafic et de la détention d’armes, force est de constater que cet
organisme est incapable de remplir les missions que lui a confiées le décret
interministériel de 1982, alors que celles-ci devraient constituer, dans le contexte actuel,
un axe privilégié de développement en matière de sécurité intérieure. Il convient donc de
revoir ses structures en renforçant notamment son effectif, pour qu’il devienne un
véritable office central, en mesure d’animer et de coordonner l’activité de
l’ensemble des services de police et de gendarmerie, et d’assurer les liaisons
indispensables avec les services étrangers.

- LA MISE EN PLACE DU FICHIER NATIONAL DES ARMES

Le principe de ce fichier a été adopté au mois de décembre 1996, mais la mise en


oeuvre effective n’est prévue que vers l’an 2 000.
Ce fichier, à caractère national, est destiné à permettre aux préfectures, et à
certains services habilités (police, gendarmerie, douanes) une consultation sur toutes les
armes inscrites dans ledit fichier à partir d’un terminal situé dans chacun des services
concernés. Mais aussi, à prendre en compte toutes les armes dont les données seront
saisies par les préfectures.

Deux constatations illustrent sa nécessité :


- chaque préfecture est dotée de son propre logiciel ;
- il est tout à fait possible d’être titulaire d’une autorisation d’acquisition et de
détention d’armes de 1re ou de 4e catégorie délivrée dans un département donné et

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d’obtenir, à la suite d’un déménagement, une autre autorisation dans ce nouveau
département sans que la préfecture de ce département ait connaissance de la première
autorisation.

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- Le contrôle des importations d’armes

La réactivation de cet office central et l’accélération de la mise en place du fichier


national des armes devraient aller de pair avec

- UNE INTENSIFICATION DE LA SURVEILLANCE AUX FRONTIÈRES ET UN


RENFORCEMENT DU CONTRÔLE DES IMPORTATIONS D’ARMES.

Dans cette optique, l’office central devrait être étroitement associé aux travaux du
sous-groupe armes et munitions de Schengen, qui met en place un outil européen
d’analyse, relatif au trafic illégal des armes à feu, et mène une réflexion sur l’application
de la directive du Conseil des communautés européennes et de la Convention de
Schengen en matière d’armes à feu.
*
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- Le contrôle des armes de défense (4e catégorie), de chasse (5e catégorie), de tir,
de foire ou de salon (7e catégorie) et de collection (8e catégorie)

La préoccupation principale des services de sécurité reste l’inquiétante recrudescence


des crimes et délits commis, notamment en zone urbaine, au moyen d’armes de 4e, 5e et 7e
catégories.

Cependant, cette préoccupation ne se traduit pas sur le terrain par une gestion
rigoureuse et prioritaire de la police des armes.

A cela, plusieurs explications peuvent être avancées :


- la complexité du décret du 6 mai 1995 ne facilite pas la tâche des policiers et des
gendarmes ;
- la formation de ces derniers est insuffisante : (le fonctionnaire responsable de
l’établissement des dossiers de demande d’autorisation d’acquisition d’armes d’un
commissariat du Val-de-Marne, qui déplore n’avoir jamais reçu la formation sur la
réglementation des armes, a expliqué avoir recours aux services d’un armurier voisin
lorsqu’il ne sait à quelle catégorie appartient une arme) ;
- la police des armes constitue l’une des nombreuses tâches confiées au même
fonctionnaire d’un commissariat.

- LE CONTRÔLE DES BOURSES AUX ARMES

Ces manifestations ne peuvent donner lieu qu’à cession, échange ou exposition,


entre particuliers, d’armes des catégories 5 à 8.

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À l’exception des conditions de sécurité des armes prévues par la loi (armes
enchaînées ou munies d’un dispositif s’opposant à leur enlèvement), les exposants ne sont
tenus à aucune formalité particulière.
Les organisateurs, quant à eux, ont l’obligation de tenir un registre permettant
l’identification des vendeurs (cf document sur les brocanteurs).

A l’intérieur de "ces marchés", des ventes illicites pouvant avoir lieu, certaines
armes présentées non-neutralisées aux normes requises pouvant être facilement
remilitarisées, seul un contrôle systématique de ces bourses aux armes, par les services
de police et de gendarmerie, est susceptible d’empêcher ce trafic.
*
**

Pour renforcer ces contrôles, il convient de :

- redéfinir L’ENQUÊTE APPROFONDIE,

faite lors d’une demande d’autorisation d’acquisition et de détention d’arme. Cette


question a été précédemment traitée (cf chapitre III).

- renforcer LE CONTRÔLE DES ARMURIERS.

La périodicité du contrôle des armuriers est variable d’une préfecture à l’autre, un,
deux ou trois par an comme dans le Val-de-Marne. Il s’agit notamment du contrôle
- des registres spéciaux des armes et munitions,
- des mesures de sécurité,
- du stock d’artifices et de munitions.

Une redéfinition de ces contrôles tendant à en accroître la fréquence et la rigueur,


est indispensable.
M. Yves Goletty, président de la chambre syndicale nationale des armuriers
professionnels souhaite lui-même voir ce contrôle renforcé.

- modifier LA PROCEDURE DE DECLARATION

Afin de prendre toutes les garanties quant à la conformité de la déclaration, sans


que cela alourdisse exagérément sa gestion par les fonctionnaires de police et des
préfectures, le concours des armuriers pourrait être sollicité. En effet, les déclarations
interviennent désormais pour l’essentiel (hormis la cession à titre gratuit et par voie
successorale), après transaction. Une bonne partie d’entre elles s’effectue chez les
armuriers.

Les contours d’une telle participation devraient être fixés avec précision, en
concertation, naturellement avec la profession. Le président de la chambre syndicale
nationale des armuriers professionnels est persuadé que cette nouvelle disposition serait
favorablement accueillie par la profession.

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Sous cette réserve, un formulaire de déclaration simplifiée permettant
l’identification précise de l’arme (marque, modèle, numéro de série, calibre) suffirait pour
que l’Administration ait connaissance de la détention.

Dans le sens de cette simplification, il est également possible d’envisager que la


déclaration soit adressée par courrier, en double exemplaire, par l’armurier au préfet
voire, à terme, par télématique (cf. le développement de cette technique dans le domaine
des cartes grise à partir du réseau des concessionnaires).

Cette formule simplifierait considérablement le formalisme à l’égard du détenteur


d’armes et induirait pour les services administratifs une économie de temps et de moyens
très appréciable.

- instaurer UN FASCICULE,

qui rappellerait aux acquéreurs d’armes les principes généraux de la réglementation et


aussi leurs droits et leurs devoirs (notamment les conseils en matière d’utilisation des
armes et de leur stockage). Ce fascicule, élaboré par l’Administration, pourrait être remis
lors de l’achat de l’arme par l’armurier.
M. Yves Goletty est aussi tout à fait favorable à cette mesure.

*
**

Mais ces mesures ne seront efficaces que si tous les fonctionnaires intervenant a un
titre ou à un autre, pour le respect de la police des armes - policiers, gendarmes mais
aussi agents des services concernés des préfectures -, reçoivent une formation adéquate.

Dans cette optique, il est donc souhaitable de :

- développer des ACTIONS DE FORMATION CONTINUE DANS LES


SERVICES DE POLICE ET DE GENDARMERIE ;

- dispenser une FORMATION AUX FONCTIONNAIRES DES PREFECTURES


en charge de ces dossiers, voire de les SPÉCIALISER.

Certaines préfectures ont spécialisé des fonctionnaires à la police des armes. C’est
le cas à la préfecture du Val-de-Marne où deux personnes consacrent la totalité de leur
temps à instruire les demandes d’autorisation, d’acquisition et de détention et à renseigner
les services demandeurs. Il n’en est pas de même pour les sous-préfectures de ce
département où les tâches sont multiples (dossiers élections, etc.).

Le personnel des préfectures fait preuve de conscience professionnelle et de bonne


volonté, mais il se heurte aux mêmes difficultés dans l’accomplissement de ces tâches que
les policiers :
- complexité des textes,
- manque de formation,
- obsolescence des moyens mis à sa disposition.

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- Le contrôlede l’observation des obligations résultant des décisions de refus
d’autorisation ou de non-renouvellement d’autorisation de détention d’armes ou
de munitions

En l’état actuel du droit, l’Administration n’a pas le pouvoir de contraindre les


personnes à se dessaisir, à transformer ou à neutraliser l’arme dont la détention est
devenue irrégulière par suite d’une décision de non-renouvellement d’autorisation de
détention ou de retrait d’une telle autorisation, ou encore de refus d’autorisation de
conserver une arme régulièrement acquise et détenue mais reclassée en 1re ou en 4e
catégorie.
En effet, si la réglementation prévoit bien ces formalités, ainsi que le délai et les
modalités de leur accomplissement (art. 71 du décret de 1995), elle ne contient aucune
disposition permettant à l’Administration de s’assurer de l’exécution de cette obligation,
ne serait-ce que par le biais de la production d’une attestation de dessaisissement, de
transformation ou de neutralisation.

Pour que les décisions négatives de l’Administration, relatives aux détentions


d’arme, soient suivies d’effet, il conviendrait, en premier lieu, d’obliger les personnes
concernées à apporter la preuve qu’elles ont accompli les formalités prévues par l’article
71 du décret de 1995 qui pourrait être complété en ce sens.
Cette mesure permettrait - lorsqu’elle n’est pas respectée -, de fonder matériellement le
délit dont l’autorité préfectorale pourrait alors utilement donner avis au procureur de la
République, conformément à l’alinéa 2 de l’article 40 du Code de procédure pénale.
De nombreuses préfectures préviennent déjà le procureur de la République de ce
qu’une autorisation de détention a été refusée ou abrogée ou n’a pas été renouvelée. Si
ces renseignements font peser une forte présomption de délit de détention illégale d’une
arme sur la personne concernée, ils ne suffisent pas à établir matériellement l’infraction, et
donc, à permettre la mise en oeuvre d’une procédure judiciaire coercitive.

Si une telle mesure s’avérait inefficace au regard du but à atteindre - réduire le


nombre d’armes dangereuses en circulation -, il pourrait être envisagé, en deuxième lieu,
de doter l’Administration de pouvoirs lui permettant d’assurer l’exécution forcée de ses
décisions. Mais l’adoption de cette solution ne peut se faire que par voie législative.

Par ailleurs, on peut se demander si organiser la gratuité de ces opérations ne


favoriserait pas le respect de la réglementation.

En effet, on a pu estimer que bon nombre de personnes sont prêtes à se défaire de


leurs armes à condition que cela ne leur coûte rien. Or, la transformation d’une arme est
rarement gratuite ; le coût de sa destruction ou de sa neutralisation est de l’ordre de
900 francs, sans compter les frais d’envoi, si l’opération se fait au banc d’épreuve de
Saint-Etienne.

De ce fait, des préfectures ont mis en place, avec l’accord de la gendarmerie et de


la police, un système de collecte des armes par les commissariats et les brigades de
gendarmerie, d’où elles sont acheminées, pour y être détruites, vers les établissements de
l’armée de terre (ETAMAT).

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En l’absence de tels accords ou de solutions de même type, on peut regretter
toutefois que les services de police et de gendarmerie ne prennent pas les armes que leur
apportent volontairement les administrés.

De ce qui précède; on peut conclure - comme l’a fait remarquer un policier de


terrain -, "qu’il est plus facile d’acquérir une arme que de s’en débarrasser légalement".

*
**

- Les aliénés

La mission a relevé le risque représenté par la possession d’armes par des


personnes souffrant de troubles psychiques et ne disposant plus alors du discernement
nécessaire à la détention d’armes.
Le décret-loi du 18 avril 1939 et le décret du 6 mai 1995 ont prévu le retrait
d’autorisation et la saisie administrative uniquement pour les seules armes de 1re et de 4e
catégories détenues par des aliénés.
La saisie administrative des armes de 5e et de 7e catégories ne peut donc être
opérée faute de fondement légal.
Plusieurs préfectures, celles de l’Essonne et des Hauts-de-Seine notamment, ont
attiré notre attention sur ce "videjuridique".

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V - CONCLUSION

La législation française est, avec la législation allemande, l’une des plus complexes
au sein des pays de la Communauté européenne. Par ailleurs, malgré les modifications de
1993 et 1995, elle demeure moins stricte que celle du Royaume-Uni.

La législation allemande pose comme principe l’interdiction d’acquisition des


armes à feu, quelle que soit leur catégorie, et de certaines armes blanches
particulièrement dangereuses Les autorisations d’acquisition et de détention ne sont
accordées qu’aux tireurs sportifs, aux chasseurs et très exceptionnellement au titre de la
défense, comme en France Mais devant la complexité de cette législation et les
difficultés d’interprétation qui en résultent, le gouvernement allemand envisage la refonte
totale de celle-ci.

Au Royaume-Uni, la fusillade de Dunblane en mars 1996 - au cours de laquelle


plusieurs enfants ont péri, victimes d’un tireur fou -, a amené les autorités à durcir la
législation en matière d’arme.
C’est ainsi que depuis le 1er février 1997, est entrée en vigueur dans ce pays
l’interdiction totale de possession d’armes à feu à titre privé à l’exception des armes
utilisées pour la chasse ou pour le tir sportif. Les possesseurs d’armes qui ne les auraient
pas rendues dans le mois qui a suivi, sont passibles d’une peine de 10 ans de prison.
En ce qui concerne les armes de chasse ou utilisées pour le tir sportif, la délivrance
des autorisations d’acquisition et de détention est soumise à des conditions très strictes,
notamment quant aux mesures de sécurité imposées pour la garde de ces armes.

L’étude de l’évolution et de l’état du droit positif français révèle bien la complexité


de ces textes. C’est la raison pour laquelle une réforme générale est vivement souhaitée
par l’ensemble des autorités et des services consultés. Elle a été, en outre, préconisée à
plusieurs reprises ces dernières années par le Conseil d’État.

Dans l’attente de cette réforme générale, qui devra impliquer plus directement le
ministère de l’Intérieur afin de mieux prendre en considération les impératifs de sécurité
et d’ordre publics, quinze propositions ont été retenues.

Parmi celles-ci, certaines paraissent devoir être prioritairement mises en oeuvre :


- le classement en 4e catégorie des tous les fusils à pompe et des toutes les armes de
poing à percussion annulaire à un coup ;
- la subordination de la vente des armes et des munitions de chasse à la présentation
du permis de chasser ;
- la mise en place du fichier national des armes ;
- la réactivation de l’office central pour la répression du trafic des armes ;
- la sécurisation des armes par les particuliers ;
- la formation et la spécialisation des personnels des préfectures ;
- la formation continue des policiers et des gendarmes.

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Monsieur l’Inspecteur général,

Les événements tragiques qui sont intervenus récemment et qui ont entraîné mort
d’homme ont amené le Gouvernement à s’interroger sur le développement de la détention
d’armes et la réglementation qui leur est applicable.

Je vous demande de procéder à une étude sur ce sujet que vous voudrez bien me faire
parvenir avant le 15 avril 1998. Cette étude devra apprécier la façon dont les préoccupations
de sécurité publique sont aujourd’hui prises en compte par la réglementation des armes, dont
la base légale date d’une époque où les considérations de défense nationale étaient prioritaires.
Elle s’attachera en particulier à analyser l’efficacité des textes en vigueur au regard de
l’objectif de sécurité, notamment quant à la classification des armes et aux conséquences
juridiques qui en découlent.

Il vous appartiendra d’examiner les motifs de détention actuellement invoqués et leur


pertinence au regard des risques éventuels de troubles à l’ordre public qu’ils peuvent faire
courir.

Vous apprécierez également l’efficacité des contrôles mis en oeuvre et me présenterez


à cet égard toute proposition de manière à assurer la meilleure application du droit.

La documentation Française : Prise en compte par la règlementation des armes des préoccupations de sécurité publique
Vous indiquerez enfin s’il est nécessaire de s’orienter vers une réforme générale du
régime des armes ou de se limiter à des modifications du cadre actuel, sans omettre les
contraintes résultant du droit communautaire.

La direction des libertés publiques et des affaires juridiques et la direction générale de


la police nationale se tiennent à votre disposition pour vous apporter tout ce qui sera
nécessaire à l’accomplissement de votre mission. Je vous invite en outre, pour l’exécution de
celle-ci, à vous rapprocher des services du ministère de Défense, singulièrement du contrôle
général des armées.

Veuillez agréer, Monsieur l’Inspecteur général, l’expression de mes sentiments les


meilleurs.

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