La religion
I- CRITIQUES DE LA RELIGION :
1- La religion, opium du peuple. Marx, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel
D’après Marx, la religion remplit un double rôle :
elle a pour objet de justifier l’ordre social établi tel qu’il est établi (cad en défaveur des
déshérités), elle est en ce sens un instrument de l’oppression que la classe dominante exerce
sur les dominés. Elle permet de consoler les dominés de leur sort, en leur promettant
notamment que leurs souffrances seront récompensées dans l’au-delà, voire en les
persuadant que la souffrance est rédemptrice. = maintenir la société de classes.
L’illusion qu’elle produit (cette société est juste) a une visée conservatrice : elle permet
d’étouffer toute velléité de révolte, de lutte contre l’ordre établi.
En ce sens, la religion est « l’opium du peuple » : opium = sédatif/analgésique.
Elle endort toute velléité de révolte
Elle permet de supporter les souffrances subies
Elle fabrique une illusion, celle d’un monde meilleur où les miséreux seront récompensés de
leur docilité à supporter la souffrance
Or, pour Marx, ce n’est pas dans l’au-delà qu’il faut espérer le bonheur, mais ici et maintenant, dans le
présent du monde réel. Le rôle de la philosophie est d’éveiller les consciences, de démasquer l’illusion
de la religion comme telle, d’être l’antidote de l’opium en quelque sorte.
= Pour Marx, la religion est une duperie qui promet un bien-être futur, dans l’au-delà, et qui incite à la
résignation dans le présent et sur cette terre. La suppression, par la lutte révolutionnaire, des injustices
sociales entraînerait la disparition de la religion. La religion n’est donc pas, pour Marx, une dimension
essentielle de l’homme, mais simplement une phase historique de son évolution sociale, destinée à être
dépassée, un stade infantile. Que l’homme devienne adulte et prenne son destin social en mains, et la
religion disparaît.
2- La religion, réalisation de désirs inconscients. Freud, l’Avenir d’une illusion.
La religion exprime une croyance d’ordre affectif : elle dérive du désir d’être protégé, c’est une illusion
qui a pour fonction d’apaiser l’angoisse humaine. Explication :
Les hommes tendent au bonheur. Ils y sont poussés par le principe de plaisir qui gouverne
l’appareil psychique.
Mais le bonheur est irréalisable. Les prétentions de l’homme au bonheur de heurtent au principe
de réalité.
Comment supporter cette frustration ? La réalité étant pénible, nous avons tendance à la fuir en
régressant vers l’enfance = fabrication d’une illusion qui permet à l’homme angoissé de se
1
La religion
cramponner à l’image d’un Dieu protecteur, à la fois autoritaire et bienveillant, substitut
fantasmé du père de l’enfant qu’il était.
Donc : l’adulte cherche près d’un Dieu protecteur la sécurité qu’il éprouvait, enfant, sous la direction des
adultes. Dieu serait une réponse à la détresse et à la souffrance humaine. Mais c’est une réponse
immature : elle procède d’une régression infantile, parce qu’elle est l’écho d’une détresse infantile (la
déréliction/ l’abandon/ la séparation), et y répond avec la même réponse que celle de l’enfance(le père
tout puissant, protecteur).
3- Le positivisme scientifique :
Cf. Auguste Comte, Cours de philosophie positive.
Thèse : l’esprit humain emploie successivement trois méthodes de pensée, dont le caractère est
radicalement différent.= loi des trois états = les trois stades de développement de la rationalité.
L’état ou le stade théologique : l’esprit humain cherche des connaissances absolues. Il se
représente les phénomènes comme produits par l’action directe d’agents surnaturels.
L’état ou le stade métaphysique : les agents surnaturels sont remplacés par des formes
abstraites, des abstractions personnifiées.
L’état ou stade positif : l’esprit humain renonce aux notions absolues, et s’en tient à l’explication
des faits par des lois naturelles. Il renon ce à comprendre le sens des phénomènes, mais juste les
mécanismes qui les produisent. Pourquoi→ comment ?
L’esprit religieux correspond au stade théologique, le moins rationnel, désormais révolu dans les
sociétés avancées. De telles sociétés se contentent de réponses scientifiques à des réponses
expérimentables. Elles cessent de se poser des questions inutiles sur des problèmes sans réponses
scientifiques.
TRANSITION :
Ces critiques semblent trouver confirmation dans les sociétés contemporaines, depuis le 19 ème siècle :
la religion régresse quand le niveau de vie et d’éducation monte, cette régression semble coïncider
avec le développement des sciences… Durkheim lui-même constate l’affaiblissement des religions et
pronostique leur régression. Ce sont ces observations d’horizons divers qui ont provoqué le cri de
Nietzsche : « Dieu est mort ! »
Mais : S’agissait-il d’un cri de joie ? Ou d’un cri de détresse ? Nietzsche annonce une époque où Dieu
aura disparu. Faut-il s’en féliciter ? Quel est le prix à payer ? Et, de plus : Dieu est-il aussi mort qu’on le
dit ?
2
La religion
II- EST-CE UN PROGRES DE NE PAS CROIRE ?
REPERES : CROIRE /SAVOIR.
Croire = donner son assentiment à une proposition qui est tenue pour vraie sans avoir la certitude
objective de sa vérité. Il s'agit d'une opinion. Adhésion sans preuve.
Savoir = donner son assentiment à une proposition en ayant la certitude objective de sa vérité.
Adhésion après preuve.
→ A priori la croyance renvoie à un défaut de connaissance voire de rationalité. MAIS :
1- Le scientisme, « religion » moderne :
Scientisme : attitude qui consiste à croire que la science est susceptible et capable d’apporter toutes les
solutions à tous les problèmes humains.
La modernité a foi en la science, comme on peut avoir foi en un Dieu tout puissant. Or :
la science est impuissante face aux questions métaphysiques. La sagesse serait de le reconnaître,
sans pour autant sombrer dans une « scientophobie » stupide qui pourrait ouvrir la porte à tous
les fanatismes, mais en gardant simplement à l’esprit que la croyance religieuse renvoie à la
liberté.
La science explique les mécanismes qui produisent les phénomènes, mais ne cherche à en
donner les raisons (c’est en ce sens qu’elle est rationnelle). Elle est donc étrangère à toute
réflexion qui se donnerait pour objet la question du sens. Or, l’homme ne peut pas ne pas se
poser la question du sens→ le discours scientifique ne saurait lui suffire.
2- Toute croyance n’est pas aveugle :
Croire n’est pas nécessairement déraisonnable ou irrationnel. Ex. Galilée comme tout scientifique doit
croire que les découvertes scientifiques sont possibles ; cette croyance = un moteur de la science, et non
un obstacle.
Donc : il faut distinguer
La foi : La croyance, l’engagement, le pari La superstition, le fanatisme, la croyance aveugle:
d’adhérer à une idée que la raison ne peut ensemble de croyances et de pratiques
démontrer. Ex. : « Dieu existe » : idée qui ne peut irrationnelles car on n’envisage pas la possibilité
être démontrée, prouvée scientifiquement→ y de penser autrement/ de contester ces croyances.
croire = faire le pari de l’existence de Dieu.
3
La religion
COMPATIBILITE FOI/RAISON : INCOMPATIBILITE AVEC LA RAISON :
si l’on ne peut pas démonter que Dieu On continue de ne pas passer sous les
existe, on ne peut pas non plus démontrer échelles même si l’on peut démontrer
le contraire l’absence de lien causal entre cet acte et le
si l’on fait le choix de croire, c’est en ayant fait d’attraper la grippe ou d’avoir une
conscience que c’est un pari, que l’on mauvaise note en philo…→ on est
adhère à quelque chose qui n’est pas hermétique à la raison.
prouvé ; croyance lucide, qui s’identifie C’est cette herméticité qui pose pb : on
comme croyance = pas d’illusion, la foi se parle ici de croyance aveugle = aveugle aux
sait être foi. règles de la raison. Ces règles = la
possibilité de contester, de douter, de
dialoguer, d’expérimenter.
C’est ce qui constitue le fanatisme :
impossibilité du doute (qui est pourtant
l’essence de la rationalité)
JE SAIS QUE JE CROIS, QUE CE QUE JE PENSE EST JE CROIS QUE JE SAIS, QUE CE QUE JE PENSE EST
UNE CROYANCE. INDUBITABLE.