Histoire et Philatélie
L’Italie
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Table des matières
I. La première Italie (...-3e siècle a.C.)
1. Les premiers occupants de la péninsule italienne
2. La naissance et la croissance de Rome
II. L’Italie romaine (3e siècle a.C.- 476)
1. Les conquêtes
2. Jules César
3. Vers l’Empire
4. Les premiers empereurs
5. Le déclin et la fin
III. La période “barbare” (476-900)
IV. De 900 à 1250
1. La fondation du Saint-Empire romain germanique
2. La querelle des investitures
3. L’arrivée des Normands en Italie méridionale
4. L’essor des villes
5. La dynastie des Hohenstaufen
V. De 1250 à 1400
1. Les dynasties d’Anjou et d’Aragon
2. La crise pontificale
3. Le développement des seigneuries
4. La culture et l’art du Trecento (14e siècle)
VI. Le 15e siècle
1. Le puzzle italien dans la première moitié du 15e siècle
2. La deuxième moitié du 15e siècle
3. L’art du Quattrocento (15e siècle)
VII. Le 16e siècle
1. Les campagnes militaires françaises de Charles VIII et Louis XII
2. François Ier et Charles Quint
3. Les grands noms de la Renaissance
4. La deuxième moitié du 16e siècle
5. les papes de la Contreréforme. Le concile de Trente
6. La littérature, l’art et l’architecture
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VIII. Le 17e et le 18e siècle
1. De 1600 à 1714
2. De 1714 à 1792
3. Le triomphe du style baroque
IX. Le “Risorgimento” (1792-1849)
1. Napoléon Bonaparte (1796-1815)
2. De 1815 à 1848
X. L’unification (1849-1870)
XI. De 1870 à 1918
XII. L’ère fasciste (1919-1945)
1. L’échec italien à la conférence de la paix
2. Fiume
3. Le fascisme au pouvoir
4. La deuxième guerre mondiale
XIII. La République italienne (1946-...)
1. La politique intérieure
2. La question de Trieste
3. La dimension européenne
4. L’Italie du 21e siècle
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I. La première Italie (...-3e siècle a.C.)
1. Les premiers occupants de la péninsule italienne
L’Italie a toujours été un puzzle, et ce n’est qu’à la fin du 19e siècle
que les pièces de ce puzzle se sont rassemblées pour former l’Italie actuelle.
L’on a toujours tendance à confondre l’histoire de l’Italie avec celle
de Rome. Rien n’est moins vrai : jusqu’au 4e siècle avant notre ère, Rome n’était
qu’une cité de dimension modeste, que rien ne semblait prédisposer à devenir le
centre du monde antique.
Carte de l’Italie actuelle (Extrait de http://www.infoplease.com/atlas/country/italy.html
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Il faut dès le départ distinguer trois grandes régions dans l’Italie
primitive :
- L’Italie septentrionale, occupée par des tribus d’origine celtique.
Elles occupaient grosso modo les provinces actuelles du Piémont, de la Lombardie,
de l’Émilie-Romagne et de la Vénétie, et étaient surtout installées dans la plaine
fertile du Po. Les Romains parlaient des “barbares de la Gaule cisalpine”. Ces Celtes
effectuèrent à intervalles réguliers des incursions de pillage vers le sud. La plus
célèbre de ces incursions a été celle de 390 a.C., avec le sac de Rome.
- La Sicile et l’Italie méridionale, théâtre d’une intense colonisation
grecque. Surtout à partir du 7e siècle a.C., les Grecs fondèrent un grand nombre de
comptoirs, qui devinrent rapidement des grandes cités prospères, comme
Poseidonia (Paestum) en Campanie, Tarente en Apulie, Sybaris en Calabre,
Agrigento, Gela, Selinunte, Segesta et Syracuse en Sicile. L’ensemble formait la
“Magna Graecia”, et c’est d’ici que la culture, la langue et la civilisation helléniques
sont remontées vers le nord pour se confondre avec les élements étrusques et
former les bases de la culture romaine.
1978, n° 1338 Saint-Marin, 1959, n° 473
Paestum Selinunte
1984, n° 1626 1997, n° 2222
Syracuse Gela
1982, n° 1539 Saint-Marin, 1959, n°s 475 & 476
Agrigento
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- Enfin au centre, entre les Celtes au nord et les Grecs au sud, il y
avait les Étrusques. Ils occupaient toute la région entre la plaine du Po et la
Campanie, grosso modo la Toscane, l’Ombrie et le Latium. L’origine des Étrusques
demeure une énigme. Ils drainaient le commerce de la Méditerranée occidentale, et
eurent leur apogée au 6e siècle a.C., avant de connaître le déclin à partir du 5e siècle
a.C. Refoulés progressivement par les Celtes, les Syracusains, les Samnites, et les
Latins, la prise de Volsini par les Romains en 265 a.C. marqua la fin de l’Étrurie.
Mais leur civilisation allait survivre : l’art, l’architecture, la religion,
l’administration des villes, la conception de la société sont autant d’éléments qu’ils
ont laissés en héritage aux Romains. La civilisation romaine est née d’un mélange de
ces éléments avec ceux apportés par les Grecs de l’Italie méridionale.
Fait rarissime dans les civilisations de l’Antiquité, chez les Étrusques
l’épouse était dans le couple admise sur un pied d’égalité avec le mari. Cela se voit
très nettement dans les sarcophages étrusques, comme celui de Cerveteri.
Saint-Marin, 1971, n°s 787/790
Exemples de l’art étrusque
1979, n° 1382 2004, n° 2708 1981, n° 1494
Orvieto Viterbo Tarquinia
Villes d’origine étrusque
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France, carte maximum de 2007 avec le n° autoadhésif 111
Art étrusque : le sarcophage des époux, de Cerveteri
2. La naissance et la croissance de Rome
Tout le monde connaît l’origine légendaire de Rome : deux jumeaux,
Romulus et Remus, abandonnés près du Tibre et allaités par une louve, marquèrent
les limites d’une cité nouvelle. La ville, fondée en 753 a.C., reçut le nom de Rome,
en souvenir de Romulus qui tua son frère après une querelle.
Ce mythe de la fondation de Rome a été soigneusement entretenu
par les Romains, qui devenaient ainsi les “fils de la louve”. Les grands auteurs
romains, comme Tite Live (“Ab urbe condita”) et Cornelius Nepos (“De viris
illustribus”), dont de nombreux collégiens apprennent et analysent encore
maintenant les textes, ont propagé la légende avec fierté et enthousiasme. Les
timbres ne manquent également pas.
1938, n° 419
Romulus délimitant la nouvelle cité
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1929, n°s 224, 237 & 239
La louve allaitant Romulus et Remus
1944, n° 451 1960, n° 812 1997, n° 2221 Fiume, 1919, n° 58
La louve allaitant Romulus et Remus
Les six rois qui succédèrent à Romulus à la tête de la nouvelle ville
sont tous aussi légendaires, ainsi que l’instauration de la “République romaine” en
509 a.C., après l’assassinat du dernier roi, Tarquin le Superbe, qui s’était comporté
en tyran.
En vérité, Rome n’était au début qu’une petite ville étrusque, bâtie
près du Tibre, sur sept collines, pour des raisons de sécurité et de salubrité.
Quelques grandes familles, les gentes, possédaient l’essentiel du pouvoir. Tous ceux
qui n’appartenaient pas à une gens formaient la plèbe. La “révolution” de 509 a.C.
n’était en fait rien de plus qu’une réaction de l’aristocratie locale pour éliminer les
gouvernants étrusques, qui étaient déjà en perte de vitesse.
Pendant plus de deux siècles et demi (environ de 500 à 250 a.C.),
l’histoire de cette “République romaine” est celle d’une lutte incessante contre ses
ennemis et ses rivaux.
- Dabord contre ses voisins immédiats, comme les Sabins, les Èques, les Volsques,
les Samnites, etc. Un épisode célèbre, bien qu’entièrement dû à l’imagination fertile
de Tite Live, est celui de l’enlèvement des Sabines. Craignant la naissance d’une ville
rivale, les Sabins avaient interdit à leurs femmes d’épouser des Romains. Ces
derniers résolurent le problème en effectuant un enlèvement collectif des femmes
sabines.
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France, carte maximum de 1981 avec le n° 2123
“L’enlèvement des Sabines”, de Jacques-Louis David
- Ensuite, contre les Étrusques, dont l’ultime défaite en 265 a.C. marqua la fin. Un
épisode célèbre (et légendaire) est celle où Mucius Scaevola se laissa brûler la main,
parce qu’elle avait été incapable de tuer Porsenna, le roi d’Étrurie.
Hongrie, 1969, bloc 80
“Mucius Scaevola devant Porsenna”, de Rubens & Van Dyck
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- Contre les Celtes, au nord. Les Celtes avaient saccagé Rome en 390 a.C., et ce
n’est finalement que vers 220 a.C. que la Gaule cisalpine fut conquise et soumise.
- Finalement contre les habitants de la “Grande Grèce” au sud, où d’abord Syracuse,
ensuite Tarente furent de redoutables adversaires. Tarente avait fait appel à
Pyrrhus, roi d’Épire. Celui-ci mena Rome à deux doigts de sa perte, entre 280 et
275 a.C., en remportant plusieurs victoires contre les légions romaines, menaçant
même Rome, mais toujours au prix de lourdes pertes, ce qui est à l’origine de
l’expression “victoire à la Pyrrhus”.
Albanie, 1990, n° 2245
Pyrrhus
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II. L’Italie romaine (3e siècle a.C.- 476)
1. Les conquêtes
Il fallut donc 250 ans à Rome pour évoluer d’une petite cité sans
grande importance vers une ville dominant toute l’Italie, de la plaine du Po à la Sicile.
Ces guerres furent une suite ininterrompue de succès et d’échecs. Elles furent
souvent défensives, parfois offensives, mais le succès final de Rome était basé sur
un élément que l’on ne retrouvait que rarement chez ses adversaires : une armée
bien entraînée, bien armée, soumise à une discipline de fer.
La plus grande menace que connut Rome vint cependant d’Afrique :
la cité phénicienne de Carthage était devenue la plus importante de la Méditerranée
occidentale, et l’impérialisme croissant de Rome devait inévitablement se heurter
aux intérêts commerciaux de Carthage.
Tunisie, 1995, bloc 27
Hannibal
La première guerre punique se déroula sur mer et sur terre, de 264
à 241 a.C., sans véritable vainqueur. Mais Carthage revint à la charge à partir de
236 en occupant l’Espagne, et en 218, Hannibal traversa les Alpes et entra en Italie.
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Il obtint d’abord d’éclatants succès, battant les légions romaines et
menaçant la ville de Rome, mais il ne sut exploiter ses victoires. Le général romain
Scipion alla mener la guerre en Afrique même, et Hannibal y fut finalement vaincu en
202. C’était la fin de la deuxième guerre punique.
Une troisième guerre punique, attisée sans repos par Caton, qui ne
cessait de proclamer “Carthago delenda est” (Carthage doit être détruite), aboutit à
la destruction finale et totale de cette grande cité en 146 a.C.
France, 1985, service n° 88
Les ruines de Carthage
L’expansion romaine semblait infinie : la Gaule cisalpine fut soumise
vers 220 a.C. ; l’Espagne et l’Afrique du Nord furent envahies après la victoire
contre Carthage ; l’Illyrie (= les territoires de la côte orientale de la mer Adriatique)
fut conquise vers 200 a.C., rapidement suivie par la Macédoine et la Grèce. Vinrent
ensuite l’Asie mineure et l’Anatolie.
Ces conquêtes amenèrent à Rome une richesse inouïe, dont
profitaient surtout la noblesse et les classes aisées. Mais plus bas dans l’échelle
sociale, il y avait la classe moyenne, constituée de petits et moyens propriétaires,
de commerçants et d’artisans, ensuite il y avait la plèbe urbaine, et tout à fait en
bas, les esclaves.
Rome avait cependant besoin de la plèbe pour grossir les effectifs
de ses légions, et l’aristocratie avait déjà dû faire de nombreuses concessions, p.e.
en nommant des tribuns plébéiens et en décrétant que l’un des deux consuls devait
être issu de la plèbe.
Le pouvoir et les richesses, concentrés entre les mains de quelques
familles de la nobilitas, engendrèrent de nombreuses crises sociales, la plus
importante entre 133 et 121 a.C. Deux frères, Tiberius et Caius Gracchus, avaient
essayé de rétablir un peu l’équilibre en faisant voter des lois de réforme agraire,
mais ils furent tous deux massacrés par leurs adversaires.
2008, n° 3034
Tiberius & Caius Gracchus
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Les conflits sociaux entre les populares (partisans de réformes en
faveur du petit peuple) et les optimates (l’aristocratie conservatrice) allaient
perdurer pendant presqu’un siècle, et dégénérer en guerres civiles, dont allaient
profiter les militaires : l’armée n’était plus le rempart défensif et offensif, elle était
devenu un intrument de pouvoir entre les mains de chefs ambitieux qui n’allaient pas
hésiter à l’utiliser pour imposer leur volonté à la République.
C’est dans ce contexte que la première moitié du Ier siècle a.C. fut
très pénible:
- Il y eut d’abord, vers 90 a.C., la révolte des alliés italiens de Rome, furieux de
devoir participer aux efforts de guerre sans en tirer les mêmes avantages et
privilèges que les citoyens romains. Rome gagna la guerre, mais dut quand même,
pour assurer sa sécurité, accorder la citoyenneté romaine aux rebelles.
- Il y eut ensuite une véritable guerre civile, sanglante et sans merci, entre les
populares de Marius et les optimates de Sylla. Ce dernier en sortit finalement
vainqueur.
- Ensuite, de 73 à 71 a.C., la terrible révolte des esclaves, menée par Spartacus,
que Rome eut beaucoup de peine à réprimer.
Bulgarie, FDC de 1977 avec les n°s 2238/2240
2050e anniversaire de la révolte des esclaves de Spartacus
- Il y eut finalement, en 63 a.C., le coup d’État manqué de Catilina, dénoncé par
Cicéron. Ce soi-disant coup d’État n’était en fait rien d’autre qu’une nouvelle
tentative des populares pour restreindre les privilèges des optimates.
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1957, n° 748
Cicéron
2. Jules César
Vers 60 a.C., le grand homme était Pompée. S’étant illustré en
Espagne, il était considéré, après les déboires des années précédentes, comme le
sauveur de la République. Mais un autre personnage d’envergure allait devenir
d’abord son rival, ensuite son ennemi : Jules César, l’homme fort du parti populaire.
1929, n°s 225, 228 & 241
Jules César
Pour conquérir le pouvoir, il forma d’abord une alliance avec Pompée
et Crassus : c’était le premier triumvirat. César, nommé proconsul en Gaule, y passa
ensuite huit années (de 58 à 51 a.C.) à soumettre les tribus gauloises, frôlant la
catastrophe contre son implacable ennemi Vercingétorix.
France, 1966, n° 1495 France, 2004, n° 3656
Vercingétorix
Mais pendant ce temps, Pompée s’était solidement installé à Rome,
et ne songeait plus qu’à écarter son rival, en lui demandant de licencier ses légions.
César décida alors de jouer son va-tout, et en janvier 49 a.C., il “franchit le
Rubicon”. C’était de nouveau la guerre civile.
César en sortit vainqueur, et Pompée, battu, fut finalement
assassiné en Égypte. Cumulant alors tous les pouvoirs (la politique, l’administration,
la justice et l’armée), Jules César sera le premier véritable dictateur de Rome.
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César employa ses immenses pouvoirs pour entreprendre toute une
série de réformes : il rétablit la paix civile, restaura les finances, améliora le
fonctionnement des tribunaux, mit en oeuvre d’énormes projets de construction
urbaine et promulgua des lois pour réformer les moeurs.
Il réorganisa complètement l’administration de tous les territoires
occupés, aussi bien en Italie qu’ailleurs en Europe, en Afrique et en Asie, et à Rome
même, il essaya d’améliorer la condition de la classe populaire. Cela lui coûta la vie :
il fut assassiné en mars 44 a.C. Sa mort n’était pas une réaction “démocratique”
pour abattre un dictateur, mais au contraire un acte conçu et exécuté par des
aristocrates, qui souhaitaient garder ou restaurer les privilèges de la noblesse.
France, 2014, n° 4836 1932, n° 320 1937, n° 400
Buste de Jules César Statue de Jules César
3. Vers l’Empire
Après la mort de César, deux adversaires allaient se rencontrer :
son lieutenant Marc Antoine, soutenu par les populares, et son fils adoptif Octavien,
soutenu par le Sénat. Mais l’histoire se répète : le Sénat commença à se méfier
d’Octavien, qui se rapprocha de Marc Antoine. Ce fut la base du second triumvirat,
avec Lépide comme troisième homme. C’était véritablement une dictature à trois
têtes, dirigée contre la noblesse. Après avoir battu les légions de cette dernière, ils
se partagèrent en 40 a.C. l’Empire romain : l’Orient à Marc Antoine, l’Occident à
Octavien et l’Afrique à Lépide.
1929, n°s 226, 235 & 242
Octavien, qui devint l’empereur Auguste
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Pendant qu’Octavien s’appliquait à remettre de l’ordre à Rome et en
Italie, Marc Antoine se laissa aller à une vie fastueuse et facile avec Cléopâtre, la
reine d’Égypte. Le conflit entre les deux devint rapidement inévitable, et en 31 a.C.,
la bataille décisive eut lieu sur mer, à Actium : ce fut une victoire totale pour
Octavien. Marc Antoine et Cléopâtre se donnèrent la mort, et l’Égypte devint à son
tour une province romaine.
1914, n° 46 1922, n° 57
Cléopâtre présentée comme la déesse Isis
En 29 a.C., Octavien reçut à Rome les mêmes pouvoirs que son père
adoptif Jules César : en 27 a.C., il devint le princeps, c’est-à-dire le premier
personnage de l’État, et reçut le titre d’Augustus, jusqu’alors réservé aux dieux.
C’était vraiment la fin de la République romaine.
1937, n°s 398, 401 & 402
1937, P.A. n° 106 1938, n° 420
2014, n° 3482
L’empereur Auguste
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4. Les premiers empereurs
La période du principat d’Auguste (de 27 a.C. à sa mort en 14 p.C.)
a été une époque de paix et de prospérité pour Rome. L’unification politique, sociale
et culturelle de l’Italie était enfin réalisée, avec l’attribution de la citoyenneté
romaine à tous les habitants. Pendant presque cinq siècles, l’histoire de l’Italie sera
celle du monde romain.
Les territoires conquis en Europe, en Asie et en Afrique étaient
consolidés et pacifiés, et la mer Méditerranée était vraiment devenue pour Rome la
“Mare nostrum”.
1937, P.A. n° 105
Le monde romain au temps d’Auguste
Le latin, qui avait progressivement remplacé le grec, était devenu la
langue du droit, de l’administration et de la littérature. Les oeuvres des grands
auteurs latins, comme Virgile, Horace et Ovide, étaient transmises dans tout
l’Empire.
1936, n° 381 1981, n° 1509 1957, n° 737
Horace Virgile Ovide
Les successeurs d’Auguste reprendront les mêmes titres et
disposeront de pouvoirs identiques. La succession fut cependant souvent le fait de
complots, de luttes familiales et de conflits armés entre généraux. Au premier siècle
de notre ère, c’était surtout la garde prétorienne qui joua le rôle de “faiseur
d’empereurs”. Mais le grand problème – qui allait finalement causer le déclin et la
chute de Rome - était que, pour assurer les effectifs de l’immense armée romaine,
l’on pouvait de moins en moins compter sur l’élément italien. Il fallait de plus en plus
avoir recours à des soldats venant des provinces conquises, ce qui nuisait fortement
à la cohésion de l’armée et provoqua l’avènement d’empereurs “étrangers”, portés
au pouvoir par leurs légions, et dont le seul but était d’assouvir leur ambition et leur
avidité.
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Les premiers successeurs d’Auguste furent :
- Tibère, de 14 à 37, bon administrateur, mais paranoïaque.
- Caligula, de 37 à 41, excentrique et despotique.
- Claude, de 41 à 54, intelligent, mais le jouet de ses deux “terribles” épouses :
d’abord Messaline, ensuite Agrippine.
Madagascar, 1994, n° 1380 Grande-Bretagne, 1993, n° 1679
Tibère Claude
Puis vint Néron, empereur de 54 à 68. Après une première période
sage et raisonnable sous l’influence de Sénèque, il sombra dans le déséquilibre et la
démence criminelle. Il fut probablement à l’origine du grand incendie de Rome en 64,
et, pour détourner la fureur populaire, en fit accuser les chrétiens. Ce fut le début
d’une longue persécution.
Espagne, 1966, P.A. n° 296 2001, n° 2509
Sénèque La “Domus aurea”,
somptueuse demeure construite par Néron
Malgré les excès et les troubles psychiques de certains empereurs,
les deux premiers siècles de l’Empire furent une période de prospérité pour l’Italie,
surtout grâce au fait qu’à part certaines exceptions, la paix régnait : c’était l’époque
de la “Pax romana”.
Il serait superflu et fastidieux de nommer ici tous les empereurs :
seulement les plus importants seront mentionnés.
- Vespasien, empereur de 69 à 79.
- Titus, de 79 à 81.
- Domitien, de 81 à 96, bon administrateur mais despotique.
18
Vespasien est surtout connu pour avoir édifié le Colisée, pour
occuper et satisfaire le peuple. Le court règne de son fils Titus fut endeuillé par
l’éruption du Vésuve en 79, qui détruisit Pompei et Herculanum.
1989, n° 1818
Pompei
Saint-Marin, 1985, n°s 1124/1125
Le Colisée en 85 et en 1985
2000, n° 2425
Herculanum
Au deuxième siècle, il faut surtout mentionner Trajan, Hadrien et
Marc-Aurèle.
- Trajan fut empereur de 98 à 117. Excellent chef de guerre, il s’empara de la
Mésopotamie et de la Dacie, deux riches régions dont les Romains tirèrent un
butin énorme qui permit de renflouer les caisses de l’État. Il a immortalisé sa
campagne contre les Daces dans la colonne Trajane à Rome.
Espagne, 1974, n° 1846 Roumanie, 1975, n° 2901 Roumanie, 1975, n° 2902
Trajan La colonne Trajane
19
- Hadrien fut empereur de 117 à 138. Fin et cultivé, amoureux des lettres et des
arts, il fut un empereur voyageur et constructeur (p.e. la villa d’Hadrien à Tivoli).
Son mausolée impressionnant est devenu plus tard le château Saint-Ange, la
résidence fortifiée des papes.
2011, n° 3328 Grande-Bretagne, 1993, n° 1680 1926, n° 192
La villa d’Hadrien à Tivoli Hadrien Le château Saint-Ange,
initialement le mausolée d’Hadrien
- Marc-Aurèle, empereur de 161 à 180. Philosophe stoïcien, d’une grande rigueur
morale, il fut le dernier empereur qui parvint à maintenir la “Pax romana”.
Vatican, 1983, n° 728 Suisse 1972, n° 903 1997, n° 2216
Marc-Aurèle Statue de Marc-Aurèle devant le Capitole
5. Le déclin et la fin
Marc-Aurèle fut le dernier des “grands” empereurs romains,
gouvernant dans la paix et l’unité. Avec ses successeurs de 180 à 268 (Commode,
Septime Sévère, Caracalla, Héliogabale, Dèce, Valérien, Gallien), qui n’avaient pas les
qualités requises pour maintenir l’Empire, s’amorça le déclin.
D’abord un déclin économique : l’absence de nouvelles conquêtes
provoqua une diminution du nombre des esclaves. Ce manque de main-d’oeuvre
facile fit dépendre Rome de plus en plus des lointaines provinces pour assurer son
approvisionnement et pour cultiver la terre.
Ensuite une crise monétaire : l’altération des monnaies devint un
expédient courant, ce qui ébranla la confiance des propriétaires.
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Et surtout une crise militaire : la pression des barbares (Goths,
Vandales, Burgondes, etc.) sur les frontières se fit de plus en plus menaçante. Cette
pression signifia la fin de la “Pax romana”, et Rome dut faire de plus en plus appel à
des mercenaires des lointaines provinces pour défendre l’Empire.
Tout cela fit que les conditions de paix intérieure et extérieure,
absolument nécessaires pour le maintien de la prospérité de l’immense territoire
romain, n’allaient pas tarder à disparaître. Le dernier qui parvint encore à redresser
un peu la situation fut Aurélien, à partir de 270.
À partir du troisième siècle, il y eut de nombreux empereurs romains
originaires de l’Illyrie. C’étaient des chefs de guerre, qui étaient proclamés empereur
par leurs troupes. Certains furent commémorés par un timbre-poste en Albanie.
- Maximin le Thrace (empereur de 235 à 238)
- Dèce (empereur de 249 à 251)
- Claude II le Gothique (empereur de 268 à 270)
- Dioclétien (empereur de 284 à 305)
- Galère (empereur de 305 à 311)
Albanie, 2003, n° 2682 Albanie, 2003, n° 2680
Claude II le Gothique Dioclétien
Albanie, 2008, n° 2971A Albanie, 2008, n° 2971 Albanie, 2007, n° 2847
Maximin le Thrace Dèce Galère
Dioclétien fut le premier à comprendre que l’Empire était devenu
trop vaste pour être gouverné par une seule personne. Il partagea le pouvoir d’abord
avec Maximien, et vers 293, il fit du gouvernement de l’Empire une tétrarchie. Mais
ses successeurs recommencèrent une lutte à mort pour la suprématie, et c’est
finalement l’Illyrien Constantin qui sortit vainqueur de la mêlée.
21
Sa victoire en 312 sur son rival Maxence, au pont de Milvius, près de
Rome, en 312, fit de Constantin le seul maître du pouvoir. Il régna jusqu’à sa mort
en 337.
2012, bloc 72
Victoire de Constantin sur Maxence au pont de Milvius, en 312
Albanie, 2003, n° 2683
Constantin
Deux événements d’une importance capitale ont marqué ce long
règne :
- D’abord l’édit de Milan de 313, qui accordait la liberté à tous les cultes. Cela
signifiait la fin de la persécution contre les chrétiens, et le début de la puissance
papale.
- Ensuite, le transfert par Constantin de sa capitale sur les rives du Bosphore : la
vieille Byzance devint Constantinople, qui allait devenir pendant plus d’un millénaire
la métropole prestigieuse de l’Empire d’Orient. Le grec devint progressivement la
langue à l’Est, tandis que l’Ouest gardait le latin. L’Empire romain d’Occident,
moribond, allait vivoter avec d’abord Milan comme capitale (à partir de 286),
ensuite Ravenne (à partir de 402).
22
2013, n° F3361
1700 anniversaire de l’édit de Milan de 313
e
Saint-Marin, 2013, bloc 64
1700e anniversaire de l’édit de Milan de 313
Après Constantin, mort en 337, complots, guerres et assassinats se
succédèrent pour l’accession au trône. Le monde romain s’acheminait vers sa
dislocation. Il y eut encore une dernière période d’unité, sous Théodose, empereur
de 379 à 395, mais après sa mort en 395, l’Empire fut définitivement partagé entre
ses deux fils. L’aîné, Arcadius, reçut l’Orient ; le cadet, Honorius, reçut l’Occident. Il
s’installa d’abord à Milan, ensuite à Ravenne. Le rôle de Rome comme capitale d’un
Empire appartenait au passé.
Pour survivre, l’Empire d’Occident dut de plus en plus souvent faire
appel au barbares, aussi bien pour grossir ses effectifs militaires que comme main-
d’oeuvre rurale. La situation était donc paradoxale : l’Empire était assiégé et
menacé à l’extérieur par des barbares, mais ces mêmes barbares étaient des
auxiliaires et des défenseurs à l’intérieur.
23
Sous la poussée des Huns, des cavaliers nomades venus d’Asie
centrale, une véritable migration des peuples germaniques eut lieu à partir de 400.
- Les Wisigoths, avec Alaric à leur tête, envahirent l’Italie et mirent Rome à sac en
410. Ils passèrent ensuite en Gaule et en Catalogne.
- Les Vandales s’installèrent en Afrique. Eux aussi mirent une nouvelle fois Rome à
sac, en 455.
- Les Burgondes et les Alamans restèrent plus au nord, tandis que les Francs
s’installaient en Gaule. Il y eut encore les migrations des Suèves, des Alains et des
Ostrogoths. L’Espagne a illustré ces migrations avec beaucoup d’humour dans des
caricatures.
Espagne, 2000, n° 3310 Espagne, 2000, n° 3311
Les Vandales, Suèves et Alains Les Wisigoths
- Vers 450, les Huns eux-mêmes, menés par Attila, poussèrent leurs incursions
jusqu’à Rome. Ils furent empêchés de saccager la ville, le pape Léon le Grand la
sauvant en payant un lourd tribut à Attila.
Vatican, 1951, n°s 168 & 170
Vatican, 1961, n°s 319/321
Rencontre du pape Léon le Grand avec Attila
Finalement, le dernier empereur, Romulus Augustule, fut déposé par
Odoacre, roi des Hérules. Odoacre installa à sa place le premier royaume barbare
d’Italie.
24
L’on ne doit cependant pas s’imaginer que l’année 476 signifie une
fin abrupte. Pendant tout la durée de l’Empire, la civilisation romaine s’était
profondément enracinée dans les cultures indigènes de toute l’Europe, de l’Asie
occidentale et de l’Afrique du Nord, mais elle avait elle-même, surtout à la fin,
assimilé de plus en plus d’éléments étrangers : c’est de cette fusion que naîtra le
Moyen Âge.
L’élément qui influera le plus sur l’avenir a été sans conteste la
conversion de Constantin au christianisme. Cette religion deviendra rapidement la
religion d’État, et progressivement, l’Église, avec à sa tête le pape et les évêques,
deviendra l’ultime élément unificateur et le principal, pour ne pas dire le seul
transmetteur de la langue, de la culture et du savoir.
Nulle part plus qu’en Italie, la hiérarchie ecclésiastique accumulera
les richesses, mais elle verra aussi croître son influence politique et sociale. Le pape
et les évêques deviendront finalement les véritables détenteurs du pouvoir local.
Le grand souci du pape, en tant qu’évêque de Rome et “successeur
de saint Pierre”, deviendra alors de se faire reconnaître comme chef incontesté de
l’Église. Il fut aidé en cela par des théologiens célèbres, que l’on appellera plus tard
les “Pères de l’Église” : saint Jérôme (347-420), saint Augustin (354-430), saint
Jean Chrysostome (345-407), et saint Ambroise (339-397).
Vatican, 1954, n°s 205/206
1600 anniversaire de la naissance de saint Augustin
e
Vatican, 1997, n° 1083 1997, n° 2218
1600e anniversaire de la mort de saint Ambroise
25
III. La période “barbare” (476-900)
Le titre est en fait mal choisi : cette époque a été présentée par les
écrivains de la Renaissance comme une période sombre de régression. La civilisation
romaine s’était écroulée, mais la vie politique, économique, sociale et culturelle
continuait !
Il y eut d’abord la période des Ostrogoths : le chef ostrogoth
Théodoric pénétra en 489 dans la péninsule, et devint dès 493 le seul maître de
l’Italie. Il gouverna le pays avec sagesse jusqu’à sa mort en 526, et son règne fut
une période de répit et de redressement. C’est sous son règne que commença la
construction des grandes églises de Ravenne, avec leurs splendides mosaïques.
Togo, 1985, n°s 1164/1169 & P.A. n°s 538/543
Les douze apôtres, mosaïques du baptistère des Ariens, à Ravenne
26
Saint-Marin, 2013, n° 2362
Le mausolée de Théodoric à Ravenne
Les successeurs de Théodoric n’avaient pas son envergure, tandis
qu’à Constantinople, un grand personnage était monté sur le trône : Justinien,
empereur de 527 à 565.
Il s’attela dès 533 à la reconquête de l’Italie, qui dura presque vingt
ans, à cause d’une forte résistance de l’Ostrogoth Totila. La reconquête est souvent
représentée comme un “retour à la civilisation”, mais l’Italie a plus souffert en ces
20 ans que pendant les deux siècles précédents !
Mexique, carte maximum de 1972 avec le n° 785
Mosaïque de Justinien, dans l’église de saint Vital à Ravenne
27
L’Italie était donc réintégrée comme simple province dans l’Empire
d’Orient. C’était l’époque où l’Église prenait de plus en plus d’importance. Elle était
devenue l’institution la plus riche de l’Empire et était le plus grand propriétaire
terrien de toute l’Italie. Des grandes figures, comme saint Benoît de Nursie, qui est
devenu plus tard le patron de l’Europe, s’occupèrent à réorganiser la vie
monastique. Saint Benoît a été le fondateur vers 529 de l’abbaye du mont Cassin,
qui jouera un grand rôle dans l’histoire de l’Italie.
Espagne, 1965, n° 1335 Espagne, 1981, n° 2249 Saint-Marin, 1980, n° 1004 France, 1980, n° 2086
1929, n° 250 1980, n° 1416 Vatican, 1965, n° 432
Saint Benoît
1929, n° 249 Vatican, 1965, n° 433 1951, n° 602
L’abbaye du mont Cassin
28
Sur un timbre belge, l’on voit le roi ostrogoth Totila s’agenouillant
devant saint Benoît.
Belgique, 1948, n° 773
Totila s’inclinant devant saint Benoît
Les successeurs de Justinien ne réussirent pas à garder l’Italie : dès
568, un nouveau peuple germanique envahit la péninsule : les Lombards. Les
territoires reconquis sous le règne de Justinien furent progressivement grignotés
par les Lombards, et au début du 7e siècle, l’Italie se trouvait partagée entre les
Byzantins et les Lombards. Grosso modo : le nord était lombard, le sud byzantin.
Le royaume lombard connut son apogée au 8e siècle, sous le règne
de Liutprand (712-744). Il a été un grand administrateur, mais les Lombards furent
quand même progressivement absorbés par la civilisation romaine, surtout sous
l’influence de l’Église.
1938, n° 427 1990, n° 1887
La couronne de fer des rois lombards “Les Lombards en Italie”
Autel de Ratchis, Cividale del Friuli
Cette influence de l’Église s’était largement accrue depuis l’élection
au pontificat de Grégoire Ier le Grand en 590. Il s’était forgé une renommée
légendaire dès son accession au trône pontifical : une terrible épidémie de peste
sévissait à Rome. La peste était alors considérée comme une punition divine, et le
premier acte pontifical de Grégoire fut une procession expiatoire. Traversant le
Tibre, le pape eut la vision de l’archange Michel rayonnant au-dessus du mausolée
d’Hadrien : c’était le début de la régression de la peste à Rome. C’est en souvenir de
cet événement que le mausolée fut rebaptisé château Saint-Ange, et que plus tard,
en 1748, le sculpteur gantois Pieter Antoon Verschaffelt érigea une statue de
l’archange au sommet du château.
29
Carte maximum de 2006 avec le timbre n° 2886
Statue du pape Grégoire Ier le Grand
Pour épargner Rome, le pape sut négocier adroitement avec les rois
lombards. Du sauvetage de Rome, il tira un immense prestige, qui rejaillit dans toute
l’Europe sur la fonction pontificale.
Mais après la mort de Liutprand en 744, les Lombards devinrent à
nouveau plus agressifs, et voulaient s’emparer de toute l’Italie. Les papes successifs
Zacharie (741-752) et Étienne II (752-757), ne trouvant aucune aide à
Constantinople, s’adressèrent alors aux Francs. Charles Martel avait arrêté l’avance
des Arabes à Poitiers en 732, et son fils Pépin le Bref accepta d’aider la pape, qui en
contrepartie, officialisa chez les Francs le changement de dynastie : le dernier roi
mérovingien fut écarté, et Pépin se fit sacrer roi des Francs en 751. C’était le début
de la dynastie carolingienne, qui allait jouer un rôle immense en Italie.
Pépin le Bref s’engagea à protéger le Saint-Siège et à “restituer” à
l’Église les territoires conquis par les Lombards.
30
Pépin le Bref conduisit son armée en Italie et battit aisément les
Lombards. Après d’habiles négociations, le pape se voyait reconnaître par ses
protecteurs francs un vaste territoire, allant du Po à la Campanie : c’était la
première ébauche des États de l’Église.
Pépin le Bref mourut en 768, et, après la mort de son frère
Carloman en 771, Charles resta l’unique héritier de son père. Dès 774, il écrasa les
Lombards qui s’étaient redressés, et il se fit couronner lui-même roi des Lombards.
Il y eut pendant une vingtaine d’années une certaine accalmie entre
le royaume franc, Byzance et le Saint-Siège. Mais en 799, le nouveau pape, Léon III,
élu en 795, était très contesté à Rome et fit de nouveau appel à Charles. Une fois
de plus, Charles accourut et le jour de Noël 800, le pape le couronna empereur.
Celui qui entrera dans l’histoire sous le nom de Charlemagne était maintenant
l’empereur d’Occident, protecteur de la chrétienté. Mais il avait été couronné par le
pape, vicaire du Christ... Que de problèmes de prérogatives et de préséances en
perspective...
Belgique, 1946, n° 738 Andorre, 1980, n° 284 Rhénanie-Palatinat, France, 1966, n° 1497
1948, n° 29
Vatican, 2014, n°s 1665/1666 Allemagne fédérale, 1988, n° 1216 1982, n° 1530
Charlemagne Couronnement de
Charlemagne
à Rome en 800
(Le timbre mentionne 799)
Charlemagne mourut en 814, et ses successeurs furent son fils
Louis le Pieux, empereur d’Occident de 814 à 840, ensuite Lothaire Ier de 840 à
855. Ce dernier fut battu en 842 par ses frères Charles le Chauve et Louis le
Germanique, et obligé de signer avec eux en 843 le traité de Verdun.
31
Par ce traité, l’empire carolingien fut définitivement divisé en trois
parties :
- Charles le Chauve reçut la partie occidentale, qui deviendra la France.
- Louis le Germanique reçut la partie orientale, noyau du Saint-Empire romain
germanique.
- Lothaire Ier reçut la partie médiane, qui reçut le nom de Lotharingie, et qui allait
de la Frise à l’Italie. Il conservait le titre d’empereur.
Ce traité, d’apparence anodine et normal pour l’époque, a déterminé
tout le destin de l’Europe.
France, 1982, n° 2208
Le traité de Verdun de 843
Le partage du traité de Verdun de 843 (extrait de Wikipedia)
32
À Lothaire succéda son fils, Louis II. Contrairement à ses deux
prédécesseurs, qui n’avaient jamais mis le pied en Italie, Louis II fut un excellent roi
italien. Il s’occupa activement, pendant son règne de 855 à 875, à redresser le
pays.
La grande affaire de son règne fut la lutte contre les Sarrasins.
Battus sur terre en 732 à Poitiers, ils avaient changé de tactique et s’attaquaient à
l’Italie par la voie maritime. Ils avaient au cours du 9e siècle progressivement conquis
toute la Sicile, et remontaient vers le nord.
Après la mort de Louis II en 875, le dernier quart du siècle fut un
terrible chaos : les candidats au titre d’empereur s’entredéchiraient à coups de
trahisons, d’assassinats et de promesses non tenues, tandis que l’élection
pontificale se faisait à coups de corruption et de complots. Douze papes, tous aussi
indignes, allaient se succéder entre 882 et 904.
Vers 900, la situation en Italie était la suivante :
- Au nord et au centre, les territoires faisant partie de l’Empire.
- Venise, ville indépendante.
- Au centre, un ensemble de territoires formant les États pontificaux, allant de la
mer Tyrrhénienne à la mer Adriatique.
- Encore une paire de principautés lombardes : le Bénévent et Salerne.
- Le sud de l’Italie était encore aux mains de Byzance.
- La Sicile était arabe.
Saint-Marin, 1959, n° 477
Palerme, église San Giovanni degli Eremiti.
Bien que construite au 12e siècle sous les Normands, cette église est d’architecture typiquement
arabe, héritage de l’occupation arabe de la Sicile.
33
IV. De 900 à 1250
1. La fondation du Saint-Empire romain germanique
Le dernier Carolingien mourut en 911. En 919, c’est le duc de Saxe
Henri l’Oiseleur qui devint le souverain de la “Franconie orientale” sous le nom
d’Henri Ier. Il parvint à rattacher la Lotharingie (la partie centrale du traité de
Verdun) à la partie orientale. Mais c’est son fils, Otton Ier, qui régna de 936 à 973,
qui allait avoir une influence déterminante sur l’Italie.
Il commença par écarter la menace hongroise de l’Italie. Les
Hongrois faisaient à intervalles réguliers des incursions jusqu’en Campanie et dans
les Pouilles, ravageant les villes et les monastères. Ils furent écrasés par Otton Ier à
Lechfeld en 955.
Allemagne, 2012, n° 2771 Allemagne fédérale, 1955, n° 92
Otton Ier le Grand Millénaire de la bataille de Lechfeld
Otton se tourna alors vers l’Italie, alors en pleine anarchie. En 951 et
en 961, il entreprit deux expéditions en Italie, pour rétablir l’ordre, la deuxième fois
à l’appel du pape Jean XII. Celui-ci, élu pape à l’âge de ... 17 ans, fut sans conteste
un des papes les plus indignes de l’histoire.
Pour sauvegarder son trône pontifical, Jean XII couronna Otton
comme le nouvel empereur d’Occident, le 2 février 962. Cette date est considérée
comme la date de fondation du Saint-Empire romain germanique, bien que cette
dénomination ne fut introduite que beaucoup plus tard.
Le nouvel empereur, qui avait donc rattaché tout le nord de l’Italie à
la Germanie, se présenta ensuite comme le défenseur, mais aussi comme le
contrôleur de l’Église : Otton reconnaissait et confirmait les territoires
précédemment concédés à l’Église romaine, mais chaque nouveau pape élu devait
d’abord recevoir le consentement de l’empereur, lui prêter serment, et accepter un
droit de contrôle sur l’administration pontificale !
Otton II et Otton III, les deux successeurs du nouvel empereur,
surent continuer sur cette même voie, se rendant de temps en temps en Italie pour
tenir le pays – et donc le pape – sous contrôle.
34
Allemagne, 1934, carte postale P236
Statue d’Otton Ier le Grand à Magdebourg
Allemagne fédérale, 1988, n°1217
La couronne d’Otton III
Les successeurs d’Otton III furent son cousin, le duc de Bavière, qui
devint Henri II (1002-1024), ensuite Conrad II (1024-1039), et Henri III (1039-
1056). Comme les Ottoniens, ils se considéraient comme les héritiers de
Charlemagne, et, étant les monarques les plus puissants de l’Europe, joignant le titre
de roi d’Italie à celui d’empereur du Saint-Empire romain germanique, ils trouvaient
logique d’avoir, plus que le pape, le dernier mot : ils s’arrangeaient pour que le pape
ne puisse oublier que le véritable chef de la Chrétienté était avant tout celui qui
détenait la puissance des armes.
Cela était possible aussi longtemps que l’Église était gouvernée par
des papes médiocres, dépravés et indignes, ce qui était le cas jusque vers 1050.
Une rare exception était Gerbert d’Aurillac, pape de 999 à 1003 sous le nom de
Sylvestre II.
35
France, 1964, n° 1421
Gerbert d’Aurillac, qui devint le pape Sylvestre II
2. La querelle des investitures
À partir de 1049, l’on assista à l’élection de papes ayant plus
d’envergure, partisans d’une plus grande indépendance du Saint-Siège à l’égard de
l’empereur. Le premier de ces papes fut Léon IX (1049-1054). Ses successeurs
proclamèrent la prééminence du pouvoir spirituel de Rome sur le pouvoir impérial.
Mais le pas le plus important sera franchi par le pape Grégoire VII (1073-1085). Il
interdit la pratique de l’investiture des évêques par des laïcs, refusant ainsi à
l’empereur le droit d’intervenir dans leur choix. Le conflit était inévitable.
Vatican, 2002, n°s 1276/1278
1000e anniversaire de la naissance du pape Léon IX
Vatican, 1985, n°s 776/778
900e anniversaire de la mort du pape Grégoire VII
Henri IV, souverain après la mort d’Henri III en 1056, perdit la
première manche face au pape, et dut s’humilier devant lui à Canossa en 1077, où il
dut attendre trois jours, pieds nus dans la neige, avant que le pape veuille lui
accorder son pardon.
36
1977, n° 1301
Canossa
Vatican, carte maximum de 1985 avec le timbre n° 778
Le pape Grégoire VII
37
Henri IV mourut en 1106, et son fils, qui lui succéda et qui régna
sous le nom d’Henri V, dut surtout lutter contre les grands barons féodaux
d’Allemagne. Mais la querelle continua en Italie, où deux clans se constituaient : d’un
côté les gibelins, partisans de l’empereur, et de l’autre côte les guelfes, adversaires
de l’empereur et donc par définition partisans du point de vue du pape.
Finalement, l’empereur Henri V et le pape Calixte II signèrent en
1122 le concordat de Worms : c’était un compromis qui allait tenir trente ans. Ce
concordat stipulait que l’inverstiture était donnée aux évêques par le pape au niveau
spirituel (remise de la crosse et de l’anneau), tandis que l’empereur conservait
l’investiture des biens temporels de l’évêché (remise du sceptre).
Micronésie, 1999, n°s 722 Micronésie, 1999, n° 727
Mort de l’empereur Henri IV en 1106 Le concordat de Worms de 1122 entre
l’empereur Henri V et le pape Calixte II
3. L’arrivée des Normands en Italie méridionale
En Italie méridionale, la situation resta longtemps inchangée: elle
était aux mains des Byzantins, sauf la Sicile qui était arabe. Cela dura jusqu’à
l’arrivée des Normands. Ceux-ci étaient souvent employés en Italie comme
mercenaires, mais leur arrivée massive à partir de 1040 changea le rapport des
forces. En quelques années, entre 1050 et 1077, le Normand Robert Guiscard
chassa les Byzantins et les Arabes, et devint le maître de tout le sud de l’Italie.
La période normande a été le siècle d’or de la Sicile. Les rois
normands qui se sont succédé au 12e siècle (Roger Ier, le frère de Robert Guiscard,
puis Roger II, Guillaume Ier et Guillaume II) ont donné richesse et puissance à l’île, et
ont fait de Palerme, leur capitale, un centre d’art et de culture. Surtout Roger II, qui
régna jusqu’en 1154, donna beaucoup d’éclat à sa ville : respectueux des acquis du
passé, il a réussi une excellente synthèse d’éléments arabes, byzantins, lombards et
normands, qui se reflète surtout dans l’art. En témoignent les églises et palais de
Palerme, avec leurs splendides mosaïques, comme le Palais des Normands avec sa
Chapelle palatine, la Martorana et San Cataldo. Le point culminant, construit à partir
de 1172, est incontestablement le “Duomo” de Monreale.
38
Micronésie, 1999, n° 730
Roger II est couronné roi de Sicile en 1130
Carte maximum de 1974 avec le timbre n° 1168
Le roi Roger II couronné par le Christ
(Église de la Martorana, Palerme)
39
1974, n°s1168/1169
L’art normand en Sicile
Le roi Roger II couronné par le Christ Le roi Guillaume II et la Vierge
(Église de la Martorana, Palerme) (“Duomo” de Monreale)
1987, n° 1761
Le “Christ Pantocrator” de Monreale
4. L’essor des villes
Le 12e siècle a également été celui de l’essor des villes. Il y avait les
villes côtières, comme Pise, Gênes, Naples, Salerne et Bari, qui vivaient surtout de
leur commerce maritime, et les villes de l’intérieur, comme Milan, Florence et Sienne,
qui accumulaient les richesses par leur commerce routier et leurs activités
bancaires. Dans ces villes, il n’y avait pas de démocratie urbaine avec des guildes de
marchands et artisans, mais elles étaient gouvernées par une oligarchie de familles
patriciennes, officiellement au nom du souverain ou de l’évêque.
Une ville mérite une mention spéciale : c’est Venise. Fondée sur un
ensemble d’îlots dans une zone lagunaire, la ville a manifesté son désir
d’indépendance dès le 8e siècle. Consciente de se trouver aux confins de trois
mondes (le monde byzantin de son origine, le monde slave des Balkans et le monde
germanique des Lombards), Venise s’est rapidement développée grâce à un intense
commerce maritime. Pour s’assurer la maîtrise des grandes routes maritimes, la ville
a développé une puissante flotte. Cette flotte, à laquelle ses voisins et rivaux
byzantins et germaniques, et plus tard les croisés, durent régulièrement faire appel,
a permis à la ville d’affirmer son indépendance et d’accumuler les richesses.
40
À la fin du 12e siècle, Venise était devenue une importante
puissance européenne. Un patriarcat, constitué de quelques familles de riches
marchands, gouvernait la ville et élisait le doge, qui n’était que le “primus inter
pares”. Le meilleure exemple de l’étalage de la richesse vénitienne est la basilique de
Saint-Marc, consacrée en 1094.
Vatican, 1972, n°s 537/540
Venise, fresque d’Ignazio Danti (1581)
Saint-Marin, carte maximum de 1994 avec le timbre n° 1379
Venise, la basilique de Saint-Marc
41
5. La dynastie des Hohenstaufen
Le concordat de Worms de 1122 et la mort de l’empereur Henri V
en 1125 furent suivis d’une période de chaos, aussi bien du côté impérial, avec une
longue lutte pour la succession, que du côté papal, avec deux pontifes rivaux.
En Italie, les deux clans déjà cités allaient s’opposer de plus en plus :
les guelfes (de “Welf”, dynastie des ducs de Bavière), qui soutenaient le pape, et les
gibelins (de “Weiblingen”, résidence de la dynastie des Hohenstaufen), qui
soutenaient l’empereur.
En 1152, ce fut finalement un Hohenstaufen qui fut désigné à la
succession : Frédéric Ier Barberousse. Après avoir réprimé la révolte des nobles en
Allemagne, il manifesta la volonté de restaurer l’Empire de Charlemagne. Pour cela, il
y avait trois obstacles à réduire :
- Briser la volonté d’indépendance des villes italiennes.
- Soumettre le pape.
- Conquérir l’Italie méridionale, aux mains des Normands.
Allemagne fédérale, 1977, n° 780 Allemagne fédérale, 1980, n° 886
Frédéric I Barberousse
er
Pour atteindre ces buts, Frédéric Ier Barberousse se fit couronner à
Rome en 1155 et il effectua entre 1153 et 1176 six expéditions contre le pape et
ses alliés, les cités guelfes groupées dans la Ligue lombarde. Après de nombreux
succès, il fut finalement battu à Legnano en 1176, et dut reconnaître son grand
ennemi, le pape Alexandre III, comme le chef légitime de la Chrétienté.
Les villes de la Ligue lombarde ne surent pas exploiter leur succès,
retombant dans leurs disputes chroniques après leur victoire commune. Participant à
la troisième croisade, l’empereur mourut en 1190 en traversant un fleuve.
1946, n° 511 1967, n° 983
Création de la Ligue lombarde par le serment de Pontida en 1167
42
Cachet commémoratif et vignettes pour le 800e anniversaire de la bataille de Legnano (1176)
Son fils et successeur, Henri VI, réalisa le rêve de son père : en
1194, il battit les Normands, et s’empara de toute l’Italie méridionale et de la Sicile.
Il possédait alors toute l’Italie, sauf les territoires papaux.
Henri VI mourut en 1197, et alors, comme d’habitude, l’Empire – et
donc aussi l’Italie – connut une période d’anarchie, avec l’intermède d’Otton IV.
C’est alors que les chevaliers de la quatrième croisade, détournée par Venise,
s’emparèrent de Constantinople et y placèrent le comte Baudouin de Flandre sur le
trône. C’était l’Empire “latin” de Constantinople, qui allait durer jusqu’en 1261. C’est
Venise qui en tira les plus grands avantages, aussi bien territoriaux que
commerciaux.
Belgique, 1946, n° 742
Le comte Baudouin IX de Flandre, qui devint empereur de Constantinople en 1204
43
C’est en 1212 que commença le règne de Frédéric II de
Hohenstaufen. Né en 1194, il n’eut aucune peine à éliminer son rival Otton IV, car
celui-ci, allié du roi d’Angleterre Jean sans Terre, fut écrasé en 1214 par le roi de
France Philippe Auguste à la bataille de Bouvines.
Il fut un des personnages les plus remarquables du Moyen-Âge. Il
régna jusqu’à sa mort en 1250. Intelligent et cultivé, possédant un sens politique et
tactique aigu, réaliste et non-conformiste, il était avant tout Italien et non Allemand.
Sa vie fut une suite ininterrompue de luttes avec les papes
successifs (Innocent III, Honorius III, Grégoire IX, Innocent IV) et avec les villes
lombardes guelfes. Les conflits, les excommunications et les réconciliations se
succédèrent, mais Frédéric II sut toujours avoir le dernier mot, soumettant les villes
guelfes rebelles et réprimant les ambitions temporelles papales.
Il mourut en 1250, invaincu et ayant durant toute sa vie sut
maintenir une Italie unifiée sous sa domination.
1994, n° 2080 Allemagne, 1994, n° 1567
Frédéric II de Hohenstaufen
1977, n° 1300 Monaco, 1997, n° 2137
Le “Castel del Monte”, forteresse Le pape Innocent IV,
de Frédéric II dans les Pouilles le plus grand ennemi de Fréderic II
Les idées de Frédéric II dépassaient de loin son temps. Le meilleur
jugement sur ce souverain hors du commun a été donné par le grand historien Jacob
Burckhardt : “Le premier homme moderne à être monté sur un trône”.
44
L’on ne peut pas oublier que cette période trouble et difficile a aussi
été l’époque d’un autre personnage hors du commun, mais sur un tout autre plan :
saint François d’Assise (1182-1226).
Issu d’une famille aisée, il abandonna vers 1206 tous ses biens pour
vivre dans la prière, la joie, la pauvreté, la charité et l'amour de la création divine. Il
est le fondateur de l’ordre des frères mineurs, plus connus sous le nom de frères
franciscains.
1926, n° 187 1982, n° 1919 1976, n° 1282
Vatican, 1977, n° 629 Inde, 1983, n° 760 France, 1982, n° 2198
St. François d’Assise
45
V. De 1250 à 1400
1. Les dynasties d’Anjou et d’Aragon
Tout l’édifice de Frédéric II s’écroula après sa mort. Son fils et
successeur Conrad mourut en 1254. Son autre fils légitimé, Manfred, prit la régence
et se proclama roi de Sicile, mais le pape Clément IV, comme tous ses
prédécesseurs ennemi juré des Hohenstaufen, fit appel à Charles d’Anjou, le frère du
roi de France Louis IX (saint Louis), et le couronna roi de Sicile en 1266. Charles
d’Anjou écrasa les forces de Manfred à Bénévent en 1266. Manfred perdit la vie
dans la bataille. Il ne restait plus que le petit-fils de Frédéric II, le tout jeune
Conradin, qui fut finalement capturé et décapité en 1268. Il avait à peine seize ans.
La fin des Hohenstaufen ne signifia pas la fin du Saint-Empire romain
germanique. Le titre d’empereur de cet Empire allait perdurer jusqu’au début du 19e
siècle, mais il ne servira plus qu’à désigner le souverain de Germanie, et n’aura plus
rien à voir avec l’Italie.
Avec Charles d’Anjou, les Français étaient devenus les maîtres de la
Sicile et de l’Italie méridionale. Mais Charles se rendit rapidement impopulaire, et le
lundi de Pâques 1282, une révolte éclata à Palerme, où 2000 Français furent
massacrés. Ce sont les “Vêpres siciliennes”.
1982, n° 1526
700e anniversaire des “Vêpres siciliennes”
Charles d’Anjou voulait étendre son hégémonie sur toute la
Méditerranée, mais il se heurta à un rival : Pierre III d’Aragon. Celui-ci débarqua en
Sicile en 1282 et battit les Français. Après avoir été arabe, normande, germanique
et française, la Sicile devint aragonaise.
Pierre III d’Aragon, Charles d’Anjou et le pape moururent tous les
trois en 1285, et le nouveau pape, Honorius IV, eut l’intelligence de résoudre le
conflit par la diplomatie : la maison d’Aragon recevait la couronne de la “Sicile
insulaire”, avec Palerme comme capitale, et la maison d’Anjou la “Sicile
continentale” (en fait l’Italie méridionale), avec Naples comme capitale.
Les Anjou allait régner à Naples jusqu’en 1442. Ce fut avant tout
une lutte ininterrompue entre les différentes branches de la famille. Les Aragon
restèrent maîtres de la Sicile et s’emparèrent du royaume de Naples en 1442,
donnant ainsi naissance à ce qui allait être le “Royaume des Deux-Siciles”.
46
2. La crise pontificale
Le conflit continuel entre la papauté, soutenue par les cités guelfes,
et l’Empire, soutenu par les villes gibelines, s’enlisa un peu à cause de
l’affaiblissement de ses deux principaux protagonistes, le pape et l’empereur.
Du côté de l’Empire, les deux derniers empereurs du Saint-Empire qui
effectuèrent des expéditions en Italie étaient Henri VII (1308-1313) et Louis IV
(1327-1347). Les empereurs suivants ne remirent plus les pieds en Italie.
Du côté pontifical, c’était l’anarchie la plus complète.
- Il y eut d’abord l’élection en 1294 d’un moine-ermite bénédictin de 85 ans, qui prit
le nom de Célestin V. N’ayant aucune instruction ni formation, il démissionna après
quelques mois. Il fut canonisé en 1313.
1996, n° 2168 Vatican, 1996, n° 1050
Le pape Célestin V
- Il y eut ensuite le conflit entre le roi de France Philippe IV le Bel et l’implacable
pape Boniface VIII. Le pape fut molesté et humilié en 1303, à Anagni, par l’envoyé
du roi de France Guillaume de Nogaret.
Vatican, 1949, n°s 152 & 156 Vatican, 1998, n° 1096
Le pape Boniface VIII
- Et surtout, le pape chercha refuge en Avignon, cité plus tranquille dépendant des
Angevins de Naples. La fuite du pape allait maintenir celui-ci loin des affaires
italiennes jusqu’en 1377.
47
France, 1938, n° 391 France, 2009, n° 4348
Le palais des papes à Avignon
Six papes allaient se succéder à Avignon : Clément V (1305-1314),
Jean XXII (1316-1334), Benoît XII (1334-1342), Clément VI (1342-1352), Innocent
VI (1352-1362) et Urbain V (1362-1370).
France, carte maximum de 1968 avec le timbre n° 1562
Le pape avignonnais Jean XXII
48
Vatican, 1998, n° 1097
Le pape avignonnais Clément VI
Ce fut grâce à l’opiniâtre insistance d’une religieuse, sainte
Catherine de Sienne, que le pape suivant, Grégoire XI, accepta – bien contre son gré
– de rentrer à Rome en 1377. Il décéda l’année suivante.
Vatican, 1977, n°s 634/635
600e anniversaire du retour du pape Grégoire XI d’Avignon à Rome
Vatican, 1962, n°s 353/355
1962, 866/867 1948, P.A. n° 130 1980, n° 1420
Sainte Catherine de Sienne
49
Mais les problèmes n’étaient pas résolus : au conclave de 1378, les
Italiens élirent Urbain VI, mais les Français choisirent Clément VII, qui retourna à
Avignon : c’est le début du Grand Schisme d’Occident, qui allait durer jusqu’en
1414, où deux papes se partageaient les faveurs de la Chrétienté.
Pendant plus de quarante ans, l'Italie fut le théâtre d'un conflit où
les grandes familles et les cités jouèrent le rôle le plus actif. Tiraillée entre
l'influence angevine et le parti des Visconti de Milan, la péninsule vit une période de
troubles et d’incertitudes.
Vatican, 1998, n° 1098
Boniface IX, pape “romain” de 1389 à 1404
Les partisans de l’union réunirent un concile à Pise en 1409, où ils
élirent un nouveau pape, Alexandre V, mais les deux autres pontifes refusèrent de
se démettre : il y avait alors… trois papes !
Un nouveau concile fut réuni à Constance par l’empereur Sigismond.
Les trois papes furent mis à l’écart, et un nouveau pape fut élu, cette fois-ci
reconnu par presque l’ensemble de la Chrétienté : Martin V. Les papes non Romains
furent considérés par l’Eglise comme des “antipapes”.
Allemagne, 2014, n° 2907
Le concile de Constance
Vatican, 1998, n° 1099
Martin V, le pape de la réunification, pape de 1417 à 1431
50
Un point moins reluisant de ce concile fut la condamnation au
bûcher du réformateur religieux tchèque Jan Hus, malgré un sauf-conduit signé par
l’empereur.
République tchèque, 1996, n° 107 République tchèque, 2002, n° 304
L’empereur Sigismond Jan Hus
3. Le développement des seigneuries
La période de 1250 à 1400 fut celle du développement des
seigneuries dans les villes. L’anarchie pontificale et le désintéressement des
souverains du Saint-Empire romain germanique pour l’Italie avaient engendré une
volonté d’indépendance des grandes villes, surtout en Italie septentrionale et
centrale.
Mais l’histoire de ces agglomérations urbaines est ponctuée de
conflits : elles étaient le théâtre de luttes acharnées entre riches et pauvres, entre
guelfes et gibelins, entre différentes familles de la noblesse, et en plus entre villes
rivales pour le contrôle de la région environnante.
Cette turbulence continuelle fit que les villes cherchaient à se
donner un chef avec assez d’autorité et de puissance pour s’imposer aux clans et
aux partis et pour freiner les ambitions des villes rivales. En échange, la population
était prête à accepter que le gouvernement exercé par ce chef soit très autoritaire.
Ces chefs cherchaient en plus l’approbation papale ou impériale, et se présentaient
alors comme le représentant local du pape ou de l’empereur.
La “seigneurie” échouait souvent à d’anciennes et illustres familles,
comme les Visconti à Milan, les Este à Ferrare, les Scaliger à Vérone, les Gonzague à
Mantoue ou les Montefeltro à Urbino.
Les luttes intérieures et extérieures, l’anarchie régnante, la
multiplication de mauvaises récoltes et la sous-alimentation chronique ont
cependant provoqué une forte décrue démographique, aggravée par l’épidémie de
peste qui a ravagé une grande partie de l’Europe en 1347-1348 : l’on estime que
cette “Grande Peste” a fait périr entre le quart et le tiers de la population italienne.
51
Il suffit ici de survoler les villes les plus importantes :
- Venise était maître de l’Adriatique et conserva toujours son indépendance. Un fait
nouveau était que, surtout pour se protéger des Visconti de Milan et des Scaliger de
Vérone, la ville commença à acquérir – ou conquérir – des territoires sur le continent
italien, englobant la partie orientale de la plaine du Po.
- Sa grande rivale restait toujours Gênes, mais la lutte entre les familles (les Doria,
les Boccanegra) fut très préjudiciable pour la ville.
- Pise, la troisième ville maritime, était en déclin et fut finalement soumise par
Florence.
- Florence et Sienne accumulaient les richesses grâce aux commerce et aux activités
bancaires. C’est surtout au siècle suivant que ces villes allaient connaître leur
apogée.
- Milan était depuis 1277 aux mains de la famille Visconti, dont le représentant le
plus célèbre fut Gian Galeazzo Visconti (1347-1402). Homme d’État mais dénué de
scrupules, il parvint à mettre une grande partie de l’Italie méridionale sous l’autorité
milanaise, avec des villes comme Vérone, Padoue, Vicence, Bologne, et même plus
au sud, Assise, Pise, Sienne et Pérouse.
Oblitération de 1979 avec l’effigie de Gian Galeazzo Visconti
52
- À Rome, l’absence de l’autorité papale se fit cruellement sentir. Cette période a
été celle de la confusion, de l’anarchie, de l’insécurité et des guerres entre les
familles et factions (Caetani, Orsini, Colonna, etc.). Il faut mentionner l’intermède
Cola di Rienzo, qui essaya en 1347 de sauver Rome de la décadence et de restaurer
le prestige de l’ancienne république romaine. Avec l’aide du peuple, il prit le pouvoir
en 1347, mais il fut déjà renversé après quelques mois. Il essaya une deuxième fois
de reprendre le pouvoir en 1354, mais il fut rapidement mis à l’écart et exécuté. Le
Risorgimento du 19e siècle en a fait une figure populaire de la lutte de Rome face
aux papes et aux seigneurs.
2013, n° 3423
Cola di Rienzo
4. La culture et l’art du Trecento (14e siècle)
L’on ne peut cependant pas oublier que cette époque de guerres, de
troubles, d’anarchie et d’incertitudes a été celle de très grand auteurs, architectes
et artistes. À partir de 1250, et surtout au Trecento (14e siècle) se manifestent les
premiers signes d’un renouveau de la pensée et des lettres.
Il faut avant tout mentionner Dante Alighieri (1265-1321). Il est le
premier à avoir élevé le parler véhiculaire en une authentique langue littéraire. Pour
cette raison, il est considéré à juste titre comme le père de la langue italienne. Son
oeuvre principale, La divine Comédie, est l’un des chefs-d’oeuvre de la littérature
mondiale.
1932, n° 294 1921, n° 112 1990, n° 1885
Dante Alighieri
53
Saint-Marin, 1965, n°s 655/658
Dante Alighieri et scènes de “La divine Comédie”
Vatican, 1965, n°s 428/431
Dante Alighieri et scènes de “La divine Comédie”
Les deux autre auteurs qui dominent cette époque sont Pétrarque
et Boccace. Pétrarque (1304-1374) est resté célèbre pour la perfection de sa
poésie. Dans son oeuvre majeure, le Canzoniere, un recueil de 366 poèmes, il met
en vers son amour intemporel pour Laure.
1974, n°s 1188/1189 1932, n° 292 2004, n° 2699
Pétrarque
54
Boccace (1313-1375) écrit en prose. Son oeuvre principale, le
Décaméron, est un recueil d’une centaine de contes, dont la gamme va de l’érotique
au tragique.
2013, n° 3377 1932, n° 283 1975, n°s 1252/1253
Boccace
Ce fut également une période faste pour l’architecture : surtout en
Toscane et en Ombrie, le gothique italien produisit ses ouvrages les plus
remarquables. Il suffit d’en citer quelques-uns :
- Florence, le Palazzo Vecchio.
- Florence, la cathédrale, commencée par Arnolfo di Cambio et achevée avec la
coupole de Brunelleschi. Le campanile est de Giotto.
- Sienne, la Piazza del Campo, où se trouve le Palazzo Pubblico et sa Torre del
Mangia.
1946, n° 507 1996, n° 2190
Le Palazzo Vecchio de Florence La cathédrale de Florence
En peinture, deux noms s’imposent : Giovanni Cimabue (1240-1302)
et Giotto (1266-1337). Ce sont les précurseurs des grands noms de la peinture
italienne des siècles suivants, introduisant dans leurs oeuvres un réalisme et une
vitalité inconnus jusqu’alors.
L’oeuvre la plus connue de Cimabue est son Crucifix, dans l’église
Santa Croce de Florence. Elle fut gravement endommagée pendant la crue de l’Arno
en 1966.
55
Vatican, 2002, n°s 1272/1275
Cimabue, le crucifix de San Domenico, Arezzo.
Giotto di Bondone fut peintre, architecte et sculpteur. Continuant
sur la lancée de Cimabue, qui fut son maître, il perfectionna les techniques, et fut à
la base du vaste mouvement pictural de la Renaissance. Ses oeuvres les plus
célèbres se trouvent à la basilique Saint-François d’Assise et à la chapelle Scrovegni
de Padoue.
Vatican, 2000, 1209/1201
Giotto, fresques de la basilique Saint-François d’Assise
Saint-Marin, 1975, n°s 893/897
Giotto, fresques de la chapelle Scrovegni de Padoue
56
VI. Le 15e siècle
1. Le puzzle italien dans la première moitié du 15e siècle
Le 15e siècle en Italie est sans conteste le plus embrouillé de toute
son histoire. Grosso modo, cinq puissances se partageaient la péninsule : le duché
de Milan, Venise, Florence, l’État pontifical et le royaume de Naples, qui comprenait
également la Sicile.
Jusqu’à la paix de Lodi, signée en 1454, ce fut un demi-siècle
d’alliances nouées et rompues, de conflits et de réconciliations, de paroles données
et reprises. Les guerres étaient confiées à des condottieri : des chefs d’armée qui se
comportaient en véritables professionnels de la guerre, n’ayant comme seul but que
le profit qu’ils pouvaient attendre de leurs employeurs, sans se soucier le moins du
monde de la cause défendue.
Certains condottieri sont devenus célèbres, comme Bartolomeo
Colleoni (vers 1400-1475), employé surtout par Venise, ou Erasmo da Narni, dit Il
Gattamelata (1370-1443), qui loua ses services à tout le monde !
Carte maximum de 1970 avec le timbre n° 1049
Erasmo da Narni, dit “Il Gattamelata”
57
- En Italie méridionale, les conflits pour le royaume de Naples et de
Sicile se jouèrent entre les dynasties française des Anjou et espagnole des Aragon.
Ce fut finalement Aragon qui l’emporta, réunissant en 1442 sous une même
couronne la Sicile et l’Italie du Sud. Le représentant le plus illustre de cette dynastie
fut Ferdinand Ier (Ferrante), qui régna de 1458 à 1494.
- À Milan, la succession de Gian Galeazzo Visconti fut difficile.
Finalement, son fils cadet Filippo Maria Visconti parvint à récupérer la plus grande
partie des territoires qui avaient été perdus en Lombardie et en Émilie, mais les
villes de Toscane, comme Sienne, et d’Ombrie, comme Pérouse, étaient
définitivement perdues. C’était l’époque des conflits incessants entre Milan et
Venise, cette dernière parvenant à s’approprier Padoue, Vicence et Vérone.
Après les conflits désormais classiques pour la succession de Filippo
Maria Visconti, mort en 1447, ce fut finalement Francesco Sforza qui parvint à
mettre la main sur le duché de Milan.
1980, n° 1434
Le château des Sforza à Milan
- L’histoire de Venise pendant la première partie du 15e siècle est
une lutte incessante contre Milan pour la possession des villes riches et prospères
de la plaine du Po, avec des hauts et des bas. Tout allait changer en 1453 avec la
prise de Constantinople par les armées ottomanes.
- Pour Florence, dont l’économie était prospère, le but principal était
de maintenir l’équilibre en Italie, afin de ne pas nuire à son commerce et à ses
activités bancaires. Après avoir soumis Pise en 1406, la ville s’allia avec Venise
contre Milan, et remporta en 1440 la victoire d’Anghiari. Cette victoire siginifia le
retournement des alliances : Florence se ligua alors avec Milan contre Venise...
L’homme fort de Florence était devenu le richissime banquier Côme
de Médicis. Maître du pouvoir qu’il avait reçu du peuple, il eut l’intelligence de ne pas
en abuser, et laissa à Florence l’illusion que c’était une république démocratique.
1980, n°s 1430/1431
Les Médicis. Le timbre de gauche représente Côme de Médicis
58
- Les États pontificaux se remettaient lentement du Grand Schisme
qui avait secoué l’Église. Les papes successifs essayèrent de jouer l’arbitre entre les
villes rivales. Un des rares “bons” papes fut Nicolas V, pape de 1447 à 1455. Il
essaya de maintenir l’équilibre et la paix en Italie.
Ses successeurs comprirent que, pour pouvoir continuer à jouer le
rôle d’arbitre, il fallait de l’argent et de la puissance. Ils allaient trouver la puissance
grâce au népotisme et l’argent grâce à la simonie.
Vatican, 1955, n° 215/217
Vatican, 1998, n° 1100
Le pape Nicolas V
- Il y avait finalement encore quelques familles illustres, régnant sur
une ville ou un domaine, officiellement vassales d’instances plus importantes, mais
vivant comme des souverains indépendants : les Este à Modène et Ferrare, les
Gonzague à Mantoue, les Montefeltro à Urbino, les Malatesta à Rimini, etc.
Saint-Marin, 2001, n°s 1725/1726
Les Malatesta à Rimini
59
2. La deuxième moitié du 15e siècle
Un événement imprévu allait tout changer en Italie : la prise de
Constantinople par les Turcs en 1453. L’Italie, Venise la première, se trouvait
désormais en première ligne dans un affrontement avec la puissance ottomane qui
allait durer plusieurs siècles. Devant ce nouveau péril, Venise, incapable de mener
une double guerre, rechercha immédiatement la paix en Italie.
Le 9 avril 1454, à Lodi, à l’initiative du pape Nicolas V, la paix fut
signée entre Milan et Venise. Et la même année, une alliance fut conclue entre Milan,
Venise et Florence, la ligue italique. Le royaume de Naples s’y joignit en 1455, et le
pape s’institua protecteur et garant de cette alliance défensive. Les signataires de
ce pacte s’engageaient à secourir les co-signataires en cas d’agression extérieure.
Cet équilibre précaire, instauré en 1454, allait tenir plus ou moins
jusqu’à la fin du siècle, et allait permettre aux seigneuries de concentrer leurs
énergies sur la gestion des problèmes intérieurs, plutôt que de se combattre
continuellement.
C’est surtout Florence qui devint alors le centre culturel, intellectuel
et artistique de l’Italie et même de tout le monde occidental. Côme de Médicis
mourut en 1464, et son fils Pierre en 1469. Ce dernier laissa le pouvoir à deux
adolescents, Laurent et Julien de Médicis. Julien fut assassiné en 1478 par des
familles rivales, les Pazzi et les Salviati, tandis que Laurent échappa de justesse à la
mort. Il allait se développer comme le mécène parfait, incarnant l’esprit de
l’humanisme et de la Renaissance : entouré d’artistes et d’intellectuels, il devint
“Laurent le Magnifique”. Sa vie fastueuse, entrecoupée de nombreux conflits suivis
d’aussi nombreuses réconciliations avec les papes successifs, s’acheva en 1492.
1949, n° 547 1992, n° 1939
Laurent de Médicis, dit le Magnifique
D’autres grands seigneurs essayèrent d’égaler le Florentin dans le
faste et le mécénat. Ce sont des noms qui ont stimulé l’éclosion et l’essor de
l’humanisme et de la Renaissance en Italie, mais qui, tous sans exception, étaient
totalement dénués de scrupules et ne souciaient aucunement d’une parole donnée
ou d’une signature appliquée, du moment qu’il y avait du profit à glaner.
60
À Milan, il y avait Ludovic Sforza, dit Le More, seigneur de Milan de
1479 à 1500, et qui mourut en captivité française en 1508. Il fut le protecteur et
mécène de Bramante et de Léonard de Vinci.
Hercule d’Este fut seigneur de Modène et de Ferrare, tandis que les
Gonzague (Louis III, Frédéric Ier et François II) faisaient de Mantoue un grand centre
culturel, accumulant les richesses en offrant leurs services alternativement à Venise
et à Milan. Ils furent les protecteurs de grands peintres comme Alberti et Mantegna.
Mais le plus important, après Laurent le Magnifique, fut Federico de
Montefeltro, seigneur d’Urbino de 1444 à sa mort en 1482. Il s’entoura d’artistes et
de savants et fit de son palais ducal d’Urbino un des grands centres de la
Renaissance.
1982, n° 1541
Federico de Montefeltro, duc d’Urbino
Saint-Marin, entier postal de 1982
Federico de Montefeltro, duc d’Urbino
61
Saint-Marin, 1999, n° 1652 2008, n° 3038 Saint-Marin, 2013, n° 2361
Le palais ducal d’Urbino
Pendant ce temps, à Rome, les papes qui se succédèrent étaient en
général des personnages peu reluisants : Calixte II (1455-1458, le premier des
Borgia), Pie II (1458-1464, de loin le meilleur), Paul II (1464-1471), Sixte IV (1471-
1484) et Innocent VIII (1484-1492) étaient avant tout occupés à consolider leur
puissance et à amasser des richesses, ayant sans le moindre scrupule recours à un
népotisme effréné et à la simonie, avec la vente d’indulgences, de dignités et
d’offices ecclésiastiques. Sixte IV fit de ces écarts un véritable système. Son seul
mérite est artistique et culturel : il fut un mécène pour de grands artistes comme
Ghirlandaio, le Pérugin et Botticelli, il ordonna la construction de la chapelle sixtine
(nommée d’après lui) et il renouvela complètement la bibliothèque vaticane.
On croyait avoir touché le fond avec Sixte IV, mais ses successeurs
allaient le dépasser en s’enfonçant de plus en plus dans le vice, la débauche, la
simonie, le népotisme et même la criminalité.
Vatican, 1998, n° 1101
Sixte IV, pape de 1471 à 1484
Vatican, 1975, n°s 603/605
Le pape Sixte IV en tant que rénovateur de la bibliothèque vaticane
62
3. L’art du Quattrocento (15e siècle)
Le Quattrocento (15e siècle) italien a été une des périodes les plus
fertiles de toute l’histoire de l’humanité en ce qui concerne l’art et la culture.
Un grand nombre de savants et d’artistes évoluaient entre deux
mondes : en partie encore dans le Moyen-Âge, en partie déjà au seuil des temps
modernes.
L’accumulation des richesses dans les villes, engendrant l’émulation
entre les puissants, avait rempli les conditions nécessaires à cet essor : d’une part
les artistes et les savants recevaient protection et aisance matérielle, d’autre part
ceux-ci rehaussaient par leur présence la renommée des personnages illustres. Le
mot “mécène” prit ici toute sa signification.
C’est surtout à Florence, sous le mécénat des Médicis, et à Rome,
sous celui des papes, que brillèrent les grands noms de la peinture et de la
sculpture. Il suffit d’en mentionner les plus grands.
En peinture, ce fut le siècle de Botticelli (1445-1510), de
Ghirlandaio (1449-1494), de Fra Angelico (1395-1455), de Masaccio (1401-1428),
d’Uccello (1397-1475), de Piero della Francesca (1412-1492), de Mantegna
(1431-1506) et du Pérugin (1450-1523).
En sculpture, il y eut Donatello (1386-1466), Ghiberti (1378-1455)
et Verrocchio (1435-1488).
Saint-Marin, 1972, n°s 801/803
Botticelli,
Allégorie du printemps
Saint-Marin, 1987, n°s 1171/1173
Fra Angelico
63
2001, n° 2504 2000, n°s 2416 & 2418
Masaccio Ghirlandaio
Fresque de la chapelle Brancacci La naissance du Christ La dernière Cène
2001, n° 2502 2000, n° 2420
Piero della Francesca
La Vierge de Senigallia La résurrection
Carte maximum de Saint-Marin de 1968, avec le n° 723
Uccello
La bataille de San Romano
64
2006, n° 2843 Vatican, 2006, n°s 1404/1405
Mantegna
La chambre des époux, Mantoue Rétable de San Zeno, Vérone
Vatican, 2005, n°s 1370/1373A
Le Pérugin
Le Christ ressuscité, Rome
1966, n° 954 1957, n°s 738/739 1986, n° 1727
Donatello
Anges chanteurs, Padoue Saint Georges, Florence La Vierge, Padoue
65
Saint-Marin, 2005, n° 2032
Ghiberti
Portes de bronze du baptistère de Florence
L’architecture connut également une évolution rapide, avec
l’abandon du gothique et le retour à l’antiquité grecque et romaine comme point de
départ pour les nouvelles constructions. Il ne s’agissait cependant pas de copier les
monuments antiques, mais simplement de s’en inspirer, pour les égaler et même les
surpasser : de là le nom de Renaissance. Les plus grands noms sont Brunelleschi
(1377-1446), Alberti (1404-1472) et Michelozzo (1396-1472).
Le chef-d’oeuvre de Brunelleschi reste la coupole de la cathédrale de
Florence, mais il y dressa aussi les plans d’autres splendides églises comme San
Lorenzo et Santo Spirito.
Le chef-d’oeuvre de Michelozzo est le palais Medici-Riccardi,
construit pour Côme de Médicis à Florence. Alberti dressa les plans à Florence du
palais Rucellai et de l’église Santa Maria Novella.
Enveloppe premier jour de 1977 avec le timbre n° 1304
Filippo Brunelleschi, et son oeuvre majeure, la coupole de la cathédrale de Florence
66
VII. Le 16e siècle
1. Les campagnes militaires françaises de Charles VIII et Louis XII
1492 a été pour le monde entier, et surtout pour l’Italie, une année
importante. C’est l’année de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, de
la prise de Grenade par “Los Reyes Católicos” (Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de
Castille, qui avaient réalisé l’unification de l’Espagne), et en Italie, de la mort de
Laurent le Magnifique.
1952, P.A. n° 261 1952, n° 830 1951, n° 815 1951, P.A. n° 254
Ferdinand II d’Aragon Isabelle de Castille
L’Italie était alors l’épicentre du monde de l’art et de la culture, mais
elle était constituée de nombreuses entités territoriales, qui se disputaient sans
cesse la prééminence. Sa richesse matérielle, culturelle et artistique ne pouvait que
susciter les convoitises de ses voisins, des monarchies plus cohérentes et
militairement plus puissantes : la France, l’Espagne, l’empire des Habsbourg. C’est
l’origine et la cause des “guerres d’Italie”.
La première guerre d’Italie fut menée par le roi de France Charles
VIII, de 1494 à 1497. Estimant qu’il avait des droits sur le royaume de Naples, il prit
en 1494 le chemin de l’Italie. Il entra sans aucune résistance à Milan, à Florence, à
Rome et à Naples, mais les brutalités et les pillages de l’armée française – la
fameuse furia francese – lui enleva toute sympathie. Milan (Ludovic le More), Rome
(le pape Alexandre VI), Naples (les Espagnols), qui tous avaient pourtant accueilli
Charles VIII à bras ouverts, s’allièrent alors avec Venise contre lui, et formèrent la
“sainte ligue” de 1495. Charles VIII dut quitter l’Italie et les restes de son armée
furent finalement éliminés par les Espagnols en 1497.
Son successeur, le roi de France Louis XII, récidiva à trois reprises :
ce sont les deuxième (1499-1500), troisième (1501-1504) et quatrième (1508-
1513) guerres d’Italie.
Monaco, 1962, n° 576
Le roi de France Louis XII (à gauche)
67
Pendant la deuxième guerre, Louis XII écarta Ludovic le More et
occupa Milan, avec l’accord de Venise et du pape Alexandre VI.
Pendant la troisième guerre, le roi de France, toujours avec l’accord
du pape Alexandre VI et de César Borgia (le fils du pape), se rendit mâitre de Naples,
mais le pape mourut en 1503. Le nouveau pape Jules II, un della Rovere, ennemi
implacable d’Alexandre VI, un Borgia, renversa les alliances, et Louis XII fut
finalement battu par les armées de Ferdinand d’Aragon. La bataille du Garigliano de
fin 1503 est restée célèbre par l’héroïque défense d’un pont par le chevalier Bayard
seul face aux Espagnols.
France, 1943, n° 590 France, 1969, n° 1617
Pierre Terrail, seigneur de Bayard
Pendant la quatrième guerre, Louis XII attaqua Venise, avec l’accord
du pape Jules II, mais, comme d’habitude, le pape retourna ensuite les alliances, et
se joignit à Venise et à l’Espagne contre la France. Finalement, les Français furent
vaincus, et Louis XII dut évacuer toute la péninsule, remettant Milan de nouveau aux
Sforza. Le bilan de ces quatre guerres fut donc en fin de compte un échec complet
pour la France. Ces guerres avaient pourtant complètement modifié la situation en
Italie.
- Dans le royaume de Naples et en Sicile, l’Espagne terminait ces
guerres en grand vainqueur. Les rois de la jeune Espagne unifiée, Ferdinand II
d’Aragon et Isabelle de Castille ajoutèrent cette couronne à celle d’Espagne. Les
Habsbourg, qui occupèrent ensuite le trône d’Espagne, allaient y régner pendant des
siècles.
1987, n° 2534
“Los Reyes Católicos”, Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille
68
- À Milan, Ludovic le More du finalement céder sa place au roi de
France. Il mourut dans une prison française en 1508. Mais dès 1512, les Sforza
revinrent au pouvoir. Lorsque le dernier des Sforza mourut en 1535, le duché de
Milan revint lui aussi aux Habsbourg (Charles Quint).
- Venise parvint une fois de plus à sauvegarder son indépendance, au
prix habituel d’incessants changements de coalition et d’un manque absolu de
respect à la parole donnée. Seule le profit comptait, et c’est pourquoi Venise parvint
à s’entendre avec les Ottomans, qui étaient maîtres de la Méditerranée orientale.
- À Florence, l’évolution fut beaucoup plus remarquable. Pierre II de
Médicis, le fils et successeur de Laurent le Magnifique, fut renversé en 1494 pour
s’être soumis trop facilement au roi de France Charles VIII. Un moine dominicain,
Jérôme Savonarole, prit alors le pouvoir. Intransigeant et véhément, il exigea, dans
des sermons enflammés, de ses concitoyens une vie ascétique, en rupture complète
avec le faste d’antan : c’était l’époque de la “dictature théocratique”. Il présentait le
pape Alexandre VI – à juste titre ! – comme un véritable Satan, digne de tous les
tourments de l’enfer. Il fut finalement écarté du pouvoir en 1498 et exécuté.
1952, n° 634
Jérôme Savonarole
Les Médicis n’allaient revenir au pouvoir qu’en 1512. Dans
l’interrègne de 1498 à 1512, un politicien et diplomate joua un grand rôle : Niccolò
Machiavelli, dit Machiavel. Mis à l’écart en 1512 au retour des Médicis, il écrivit alors
son oeuvre principale, Il Principe (Le Prince). Il y préconisait les chemins à suivre
pour mener une politique qui devait aboutir à la réunification de l’Italie dans une
république idéale.
1932, n° 284 1969, n° 1036
Niccolò Machiavelli (Machiavel)
69
- Mais c’est à Rome que l’évolution fut la plus incroyable, à cause de
la conduite plus qu’indigne de quelques papes qui se sont succédé.
Il y eut d’abord Rodrigo de Borgia, qui acheta la papauté en 1492
face au cardinal Giuliano della Rovere (le futur Jules II), en soudoyant les cardinaux à
un prix plus élevé que son rival. Devenu le pape Alexandre VI, il occupa le trône
pontifical de 1492 à 1503. Dénué de scrupules, débauché, corrompu et corrupteur,
il eut sans remords recours à la simonie et au népotisme, parfois même à
l’assassinat pur et simple, ne se souciant pas le moins du monde du bien de la
Chrétienté.
Espagne, 1991, n° 2747 Vatican, 1998, n° 1102
Le pape Alexandre VI
Dans les “guerres d’Italie”, il joua continuellement double jeu,
parvenant toujours à tirer son épingle du jeu et à sauvegarder ses intérêts et ceux
de sa famille. Dans cette famille, son fils César Borgia joua un grand rôle : il parvint à
conquérir la Romagne et les Marches, y instaurant une principauté, n’oubliant pas
d’éliminer tous ses adversaires et rivaux potentiels par le fer ou la corde. La mort de
son père, le pape, allait rapidement signifier sa propre chute.
Enveloppe premier jour de 2000 avec le timbre n° 1304
70
Oblitération et effigie de César Borgia
Le grand rival et ennemi d’Alexandre VI était le cardinal Giuliano della
Rovere. Il fut élu pape en 1503 et prit le nom de Jules II. Tout aussi corrompu et
corrupteur et tout aussi dénué de scrupules que son prédécesseur, faisant de la
duplicité un système politique, il fut avant tout un chef de guerre, et “régna” de
1503 à 1513. Il élimina César Borgia, et parvint à agrandir solidement le territoire
des États pontificaux en combattant successivement Venise et la France. Il laissa à
la postérité l’image du “pape-soldat”.
Vatican, 1953, n° 180 Vatican, 2013, n° 1635
Le pape Jules II
À Jules II succéda Jean de Médicis, le fils de Laurent le Magnifique,
qui devint pape en 1513, à l’âge de 37 ans, grâce à l’influence – et à l’argent – de
sa famille, les Médicis, qui était revenue au pouvoir à Florence l’année précédente. Il
prit le nom de Léon X.
Esthète, cultivé, il offrait l'image typique d'un prince de la
Renaissance. Il manquait totalement d'intérêt pour tout ce qui touchait à la religion
et n'avait aucune formation théologique. Sa façon de vivre, fastueuse et luxueuse,
et son goût immodéré pour le mécénat lui fit dilapider toute la fortune amassée par
ses prédéceseurs. Il eut alors recours sans frein ni mesure, contre payement, à la
création d’offices et à la dispense d’indulgences.
Il n’est pas étonnant qu’en Allemagne, un moine s’éleva contre ces
abus. Il allait être à la base d’une scission dans l’Église qui allait déterminer tout
l’avenir de l’Europe : c’était Martin Luther.
Ce pape se profila plus comme patron du clan des Médicis que
comme chef de la Chrétienté, s’adonnant à un népotisme inégalé pour favoriser les
membres de sa famille. Il décéda en 1521.
Vatican, 2013, n° 1636 France, 1983, n° 2256
Le pape Léon X Martin Luther
71
Portugal, carte maximum de 2014 avec le timbre n° 3947
Le pape Léon X
2. François Ier et Charles Quint
François Ier accéda au trône de France en 1515. En tout point un
homme de la Renaissance, amoureux des arts et des lettres, grand admirateur des
humanistes, il reprit immédiatement à son compte les ambitions conquérantes de
ses deux prédécesseurs.
Il s’allia aux Vénitiens et au pape Léon X, descendit en Italie et
remporta une écrasante victoire sur les Suisses à Marignan, près de Milan, en 1515.
Il reprit Milan, mais il trouva dès le début un adversaire dans la
personne de Charles Quint. Celui-ci était devenu maître d’un empire immense, ayant
récolté les héritages de son grand-père, Maximilien d’Autriche, et de son père,
Philippe le Beau. Cet empire englobait l’Espagne et toutes ses possessions d’outre-
mer, surtout en Amérique, les Pays-Bas, l’ensemble des territoires allemands des
Habsbourg et le royaume de Naples avec la Sicile.
72
France, 1967, n° 1518 Vatican, 1946, n° 138
François Ier Charles Quint
France, enveloppe premier jour de 1967 avec le timbre n° 1518
Représentation de la bataille de Marignan de 1515
Toute la vie des ces deux souverains fut une longue lutte pour la
suprématie européenne, entrecoupée de guerres, de trèves, de réconciliations, de
paix. François Ier connut deux échecs : il dut laisser en 1519 la couronne du Saint-
Empire romain germanique à son rival, qui... avait mieux soudoyé les électeurs, et il
subit une défaite écrasante à Pavie en 1525.
Finalement, à bout de souffle après trente ans de lutte, la paix fut
conclue en 1544 : François Ier gardait la Savoie, Charles-Quint le Milanais. Le bilan
final de toutes ces guerres entreprises par les rois de France en Italie pendant 50
ans (de 1494 à 1544) était donc pratiquement nul.
73
Pendant ce temps, les choses avaient évolué à Rome. Après le court
pontificat du pape Adrien VI (1522-1523), homme pieux et honnête venant des
Pays-Bas, ce furent de nouveau les Médicis qui s’imposèrent, avec le pontificat de
Clément VII (1523-1534), neveu de Laurent le Magnifique et donc cousin de Léon X.
Plus préoccupé de politique que de religion, soucieux de maintenir
l’équilibre entre Charles Quint et François Ier, il choisit d’abord le camp de ce dernier.
Charles Quint se vengea en lançant son armée contre Rome : le 6 mai 1527, l’armée
impériale, tuant et pillant, se livra au sac systématique de Rome. Le pape parvint à
se retrancher au château Saint-Ange.
Le pape comprit qu’il n’avait d’autre choix que de se réconcilier avec
Charles Quint, dont il devint le soutien dans la lutte de l’empereur contre les princes
protestants.
1998, n° 1103
Le pape Clément VII
3. Les grands noms de la Renaissance
La Renaissance, qui débuta en Italie au Trecento et évolua au
Quattrocento, connut son apogée pendant la première moitié du 16e siècle. Cette
période de troubles et de guerres était également celle où des artistes, des
architectes, des auteurs et des intellectuels avaient l’occasion de se concentrer
entièrement sur leur production littéraire, artistique ou scientifique, sans devoir se
soucier des problèmes matériels, grâce au mécénat inégalé des princes et des papes.
Parmi les mécènes les plus importants, il faut en premier lieu
mentionner les papes Alexandre VI, Jules II et Léon X. S’ils furent des papes plus
qu’indignes du point de vue religieux, ils ont permis à des artistes d’atteindre des
sommets rarement égalés dans l’histoire de l’humanité.
En littérature, il faut surtout mentionner Ludovico Ariosto (l’Arioste,
1474-1533), dont l’oeuvre majeure est le Roland furieux, et Pietro Aretino (l’Arétin,
1492-1556).
1932, n° 293 1974, n° 1194 1977, n°1305
L’Arioste L’Arétin
74
En architecture, le nom qui éclipse tous les autres est Bramante
(1444-1514). Il dessina les plans de la basilique Saint-Pierre de Rome. Il fut
également un peintre très doué.
Vatican, 1972, n°s 533/535
Bramante
Il y eut surtout Léonard de Vinci (1452-1519), véritable génie
universel. Il fut à la fois artiste, scientifique, inventeur, architecte, anatomiste,
philosophe et écrivain, le tout avec autant de talent que de compétence.
1932, P.A. n° 31A 1935, n° 366 1952, n° 626
1938, n° 423 1932, P.A. n° 31 1938, P.A. n° 110
Léonard de Vinci
Les deux noms qui viennent immédiatement à l’esprit en peinture
sont Raphael et Michelange.
Raffaello Sanzio (Raphael, 1483-1520), peintre et architecte,
travailla à Urbino, Pérouse, Florence et surtout à Rome. Protégé par les papes Jules II
et Léon X, il y continua la construction de la basilique Saint-Pierre après la mort de
Bramante et y décora plusieurs chambres de splendides fresques. Ces chambres
prirent le nom de Stanze di Raffaello.
75
Saint-Marin, 1963, n°s 583/586
Oeuvres de Raphael (le deuxième timbre est un autoportrait)
Vatican, 2009, n°s 1501/1503 & bloc 35
La “Stanza della Segnatura” au Vatican, de Raphael
Surpassant tout le monde, il y a finalement Michelange (Michelangelo
Buonarroti, 1475-1564). Peintre, sculpteur et architecte génial, il a laissé au monde,
dans ces trois disciplines, des chefs-d’oeuvre atteignant une perfection inégalée. En
sculpture, il faut surtout mentionner la Pietà de la basilique Saint-Pierre de Rome, le
Moïse dans l’église Saint-Pierre aux liens de Rome, et le David de Florence.
En architecture, il y a, parmi d’autres chefs-d’oeuvre, la bibliothèque
Laurentienne de Florence, la place du Capitole à Rome, et la majestueuse coupole de
la basilique Saint-Pierre de Rome.
76
Et en peinture, l’on pense en premier lieu à l’inoubliable et grandiose
chef-d’oeuvre qu’est la décoration de la voûte et du mur du fond de la chapelle
Sixtine, au Vatican.
France, 1957, n° 1133 1961, n° 842 Vatican, 1964, n° 405
Michelange
2014, n° 3444 Grenade, 1975, n° 634 Vatican, 1964, n° 404
David Moïse Pietà
Sculptures de Michelange
Vatican, 1994, n°s 969/976
Michelange, fresques de la chapelle Sixtine
77
4. La deuxième moitié du 16e siècle
Usé, Charles Quint avait laissé en 1555 la couronne à son fils
Philippe II, mais les électeurs avaient donné la couronne impériale à Ferdinand de
Habsbourg, le frère de Charles Quint, qui gouvernait l’Autriche, la Hongrie et la
Bohème. À François Ier avait succédé en 1547 son fils, Henri II, qui s’était marié à
une Médicis, la nièce du pape, Catherine de Médicis.
Ils continuèrent à se combattre d’une façon plus feutrée que leurs
prédécesseurs, laissant leurs troupes en Italie sous le commandement de capitaines
locaux, comme Ferdinand de Gonzague et Emmanuel-Philibert de Savoie, tous deux
au service de l’Espagne.
Ceux-ci, véritables condottieri modernes, furent récompensés en
recevant des territoires, dont ils n’étaient en fait que le gouverneur au service des
Habsbourg. C’est ainsi que Ferdinand de Gonzague reçut le duché de Milan, et
Emmanuel-Philibert la Savoie. La Savoie incluait alors le Piémont. C’est pourquoi
Emmanuel-Philibert transféra en 1563 sa capitale de Chambéry à Turin. En
acquérant en 1718 la Sardaigne, cette Savoie allait être au 19e siècle le noyau du
futur royaume d’Italie.
2007, n° 2910
Ferdinand de Gonzague
1928, n°s 215, 218 & 222
Emmanuel-Philibert de Savoie
La paix de Cateau-Cambrésis, signée en 1559, mit fin à cet
interminable conflit. Le grand vainqueur en était l’Espagne des Habsbourg, la France
n’ayant tiré aucun profit de ses nombreuses guerres dans la péninsule.
78
La situation se présentait alors de la façon suivante :
- L’Espagne possédait toute l’Italie méridionale et le duché de Milan, et plusieurs
seigneurs officiellement indépendants régnaient dans sa mouvance et sous sa
protection, comme la république de Gênes, le duc de Savoie (Emmanuel-Philibert et
ses successeurs), le grand-duc de Toscane (la famille Médicis), Parme et Plaisance
(la famille Farnèse) et Mantoue (la famille Gonzague).
- Il y avait ensuite les États pontificaux, plus ou moins alliés à Philippe II qui se
présentait comme le champion de la lutte pour le catholicisme, contre l’Église
réformée à l’intérieur et l’ennemi ottoman à l’extérieur.
- Il n’ y avait que Venise qui avait gardé toute son indépendance, mais qui était déjà
sur la voie du déclin, et qui avait fort à faire pour se maintenir face aux Ottomans.
Les Turcs étaient devenus maîtres de toute la partie orientale de la
Méditerranée, en conquérant Malte en 1566 et Chypre en 1570. Venise dut faire
appel à Philippe II et au pape, et le 7 octobre 1571, une flotte vénitienne,
espagnole, génoise, pontificale et savoyarde, commandée par don Juan d’Autriche,
obtint une éclatante victoire contre la flotte ottomane à Lépante, dans le golfe de
Patras.
Finalement, cette bataille ne changea pas grand-chose : les
Ottomans renonçaient à toute action directe en Italie, tandis que Philippe II leur
laissait les mains libres en Afrique du Nord et dans les Balkans.
Espagne, 1938, bloc 14
La bataille de Lépante de 1571
À partir de 1560, l’Italie vivait dans une certaine “pax hispanica”, qui
lui donnait la stabilité, mais c’était cependant une société en crise économique et
sociale : une industrie en perte de vitesse, des mauvaises récoltes, des terribles
épidémies de peste, la diminution du trafic maritime méditerranéen, de nombreuses
faillites bancaires et le déclin de l’Espagne ont fait que la paix n’engendra pas la
prospérité, comme d’ailleurs partout en Europe, sauf en Angleterre et aux Pays-Bas.
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5. les papes de la Contreréforme. Le concile de Trente
Pendant ce temps, la Réforme (protestants, calvinistes, anglicans,
presbytériens, etc.) avait fait d’énormes progrès, s’installant en Grande-Bretagne,
aux Pays-Bas et dans une grande partie de l’Allemagne et de la France. C’était une
réaction contre la vie fastueuse et dissolue des papes, et ceux-ci prenaient enfin
conscience de la nécessité de réagir.
Ce fut le pape Paul III, élu en 1534, qui prit l’initiative de réunir un
concile. Celui-ci commença à Trente en 1545, et dura jusqu’en 1563, entrecoupé de
nombreuses et longues interruptions. Étalées sur dix-huit ans, ses vingt-cinq
sessions couvrirent cinq pontificats (Paul III, Jules III, Marcel II, Paul IV et Pie IV). Mais
le résultat en fut remarquable : de nombreuses réformes disciplinaires pour mettre
fin aux moeurs dissolues et à l’ignorance du clergé, des définitions plus exactes et
plus concrètes de la foi et de la doctrine du catholicisme, et l’abolition d’un bon
nombre d’abus. C’était la “Contreréforme”.
Vatican, 1946, n° 139 Vatican, 1956, n°s 230/231 Vatican, 1953, n° 181
Le pape Paul III (au centre, avec Ignace de Loyola, le fondateur des jésuites)
Vatican, 1946, n° 137 Vatican, 1999, n° 1129 Vatican, 1946, n° 136
Le pape Jules III Le pape Marcel II
Les papes du concile de Trente
80
6. La littérature, l’art et l’architecture
Même si le déclin économique et social s’amorçait, ce fut encore une
grande période pour la littérature, les arts et l’architecture.
Le nom qui domine en liitérature est Torquato Tasso (le Tasse,
1544-1595), poète dont l’oeuvre principale est Jérusalem libérée.
1932, n° 291
Torquato Tasso (le Tasse)
En peinture, il y eut Michelangelo Mersisi, dit le Caravage (1571-
1610), créateur d’une oeuvre puissante et novatrice, avec une technique du clair-
obscur qui ne sera égalée que par Rembrandt.
1960, n° 824 Saint-Marin, 1960, n° 505
Le Caravage
Ce fut aussi la grande époque de l’école de Venise, avec un
talentueux trio: Tiziano Vecellio (le Titien, vers 1488-1576), l’incomparable
portraitiste dont les tableaux reflètent clairement le caractère des sujets, ensuite
Tintoretto (le Tintoret, 1518-1594), le maître des mouvements, des couleurs et des
ombres, dont une grande partie de son oeuvre se trouve à la Scuola Grande di San
Rocco, à Venise, et finalement Paolo Veronese (1528-1588), coloriste génial.
Saint-Marin, 1966, n° 672 1994, n° 2068 2000, n° 2417
81
Le Titien Le Tintoret Veronese
En architecture, le grand nom de l’époque est Andrea Palladio
(1508-1580). Il a été le maître incontesté de l’ordre, de l’équilibre, de la raison et
de la mesure : tous les éléments du classicisme. Il a tellement influencé
l’architecture que l’on parle de style palladien.
Vatican, 2008, n°s 1476/1477 1949, n° 546 1973, n° 1142
2008, n°s 3000/3001
Vatican, 2008, bloc33
Palladio et ses oeuvres architecturales
82
VIII. Le 17e et le 18e siècle
1. De 1600 à 1714
Ce siècle a été pour l’Italie une période de difficultés et de
régression. Toute l’Europe avait souffert des innombrables guerres (guerre de
Trente Ans de 1618 à 1648, guerre de succession d’Espagne de 1701 à 1714,
etc.). Le déclin touchait surtout l’Espagne, mais comme celle-ci avait la plus grande
partie de l’Italie sous sa dominance, la régression se répercuta dans la péninsule. Il y
avait une forte baisse démographique, surtout due aux nombreuses épidémies de
peste qui ont décimé la population au 17e siècle, une économie en perte de vitesse,
une ruine financière car les rentrées d’or et d’argent en provenance de l’Amérique se
faisaient de plus en plus difficilement, et finalement une administration et une
autorité défaillantes.
France, carte maximum de 1971 avec le timbre n° 1676
L’église Santa Maria della Salute, construite en 1631 pour célébrer la fin de l’épidémie de peste
qui avait décimé Venise en 1630
Les successeurs de Philippe II sur le trône d’Espagne étaient des
personnages de plus en plus effacés et incompétents (Philippe III, Philippe IV et
Charles II), qui laissaient le pouvoir à leurs favoris, comme le duc de Lerma et le
comte-duc d’Olivares, dont le principal objectif était de s’enrichir.
83
Espagne, 1979, n°s 2200, 2201 & 2202
Les rois d’Espagne Philippe III (1598-1621), Philippe IV (1621-1665) et Charles II (1665-1700)
En Italie du Sud et en Sicile, il y eut de nombreux soulèvements de la
population soumise à une fiscalité écrasante. Le plus important se situa en 1647-
1648, mais il fut facilement réprimé.
En Italie du Nord, c’est la Savoie qui prit de plus en plus
d’importance. Elle était prise en étau entre le royaume de France et le Milanais
espagnol, et elle parvint à préserver son indépendance en pratiquant un jeu de
bascule. Du temps de Richelieu, la Savoie entra dans la mouvance française, mais
vers la fin du 17e siècle, elle changea de camp et s’allia aux Habsbourg, ce qui lui
permit de récupérer Nice.
La fin de la guerre de succession d’Espagne allait décider du sort de
l’Italie : les traités d’Utrecht (1713) et de Rastadt (1714) mirent fin à la guerre en
installant les Bourbons sur le trône d’Espagne, mais faisaient des Habsbourg
d’Autriche les grands bénéficiaires en Italie. L’empereur Charles VI d’Autriche
recevait en effet le Milanais, Mantoue, le royaume de Naples et la Sardaigne. Victor-
Amédée II de Savoie, qui avait eu l’intelligence de choisir le bon côté dans la guerre,
recevait la Sicile.
Autriche, 1908, n° 101 Gibraltar, 2013, n°s 1547/1548
Charles VI d’Autriche 300e anniversaire du traité d’Utrecht de 1713
(règne : 1711-1740)
Pendant ce temps, l’ascension de la Savoie s’accompagnait du déclin
de Venise et de la Toscane. Venise, parce que la ville devait se battre sur deux
fronts : d’un côté contre les Habsbourg de Madrid et de Vienne, de l’autre côté
contre les offensives ottomanes en Méditerranée orientale et dans les Balkans. La
Toscane parce que les derniers Médicis étaient des souverains incapables et
insouciants.
84
2. De 1714 à 1792
Les guerres dynastiques qui ont une fois de plus déchiré l’Europe
pendant la première moitié du siècle (guerre de succession de Pologne de 1733 à
1738, guerre de succession d’Autriche de 1740 à 1748) ont tout à fait remodelé la
carte de l’Italie.
Entre le traité de Rastadt de 1714, qui terminait la guerre de
succession d’Espagne, et celui d’Aix-la-Chapelle de 1748, qui terminait la guerre de
succession d’Autriche, un nombre incroyable de transferts de territoires italiens
s’opéra, pour des raisons d’équilibre, de partage et de compensation.
- La Sicile, attribuée à la Savoie en 1714, fut échangée par le duc de Savoie en
1720 contre la Sardaigne. Mais elle retourna en 1735 aux Bourbons d’Espagne en
1735.
- Le royaume de Naples, qui avait été attribué en 1714 aux Habsbourg de Vienne,
fut reconquis par les Espagnols. En 1735 eut lieu la réunion du royaume de Naples
avec celui de Sicile, pour former définitivement le royaume des Deux-Siciles, avec un
Bourbon espagnol (Charles, le fils de Philippe V, le premier roi d’Espagne de la
famille Bourbon) sur le trône.
- Le Milanais était passé entre les mains des Habsbourg de Vienne.
- Mantoue avait cessé d’être indépendant et était englobé dans les territoires
autrichiens.
Espagne, 1978, n° 2139 Belgique, 1941, n° 573
Philippe V d’Espagne Marie-Thérèse d’Autriche
(règne : 1700-1746) (règne : 1740-1780)
- Les duchés de Parme et de Plaisance, qui étaient gouvernés par la famille Farnèse,
furent eux aussi donnés aux Bourbons d’Espagne (Philippe, deuxième fils du roi
d’Espagne Philippe V). Mais ils passèrent en 1735 aux Habsbourg de Vienne.
- En Toscane, l’année 1737 vit l’extinction de la lignée des Médicis avec Jean Gaston
de Médicis qui mourut sans descendance. La Toscane, devenue un grand-duché
d’une importance négligeable, passa à la maison de Lorraine (François de Lorraine, le
mari de la future impératrice Marie-Thérèse !)
85
- Le grand bénéficiaire était la Savoie, grâce au flair des ducs de Savoie, qui avaient
toujours choisi le bon camp au bon moment. Elle échangea donc la Sicile contre la
Sardaigne en 1720, et prit le nom de royaume de Piémont-Sardaigne. Le territoire
savoyard englobait alors la Savoie française actuelle, le Piémont, la Ligurie et Nice.
- Les seuls états qui échappèrent à ces transferts et partages étaient la République
de Gênes – qui devra en 1768 céder la Corse à la France -, Venise et les États
pontificaux. Mais tous les trois se trouvaient dans un état déplorable. Gênes avait
perdu toute son importance commerciale et financière, Venise vivait sur ses
réserves et était plus ou moins consciente que la fin approchait, et les États
pontificaux nageaient dans la décrépitude, avec une administration anachronique
inadaptée à l’évolution européenne.
Pendant le 17e siècle, les papes, malgré les bonnes résolutions du
concile de Trente, s’adonnaient encore sans scrupules à un népotisme très intense,
comme Urbain VIII, un Barberini, pape de 1623 à 1644, Innocent X, un Pamphili,
pape de 1644 à 1655, et Alexandre VII, un Chigi, pape de 1655 à 1667.
Vatican, 1999, n° 1132 Vatican, 1999, n° 1133
Le pape Urbain VIII Le pape Innocent X
Pendant le 18e siècle, l’on commença enfin à voir des papes plus
dignes et moins cupides, d’une stature morale plus élevée et ayant mis fin au
népotisme. Quelques “bons” exemples sont Benoît XIII, pape de 1724 à 1730, et
Benoît XIV, pape de 1740 à 1758. Il y eut des exceptions malheureuses, comme
Clément XIII, pape de 1758 à 1769, mais de toutes façons, le rôle du pape sur
l’échiquier européen était devenu mineur.
Vatican, 1999, n° 1136 Vatican, 2000, n° 1185
Le pape Benoît XIII Le pape Benoît XIV
86
3. Le triomphe du style baroque
Au 17e siècle, l’Italie était en pleine régression politique et
économique, mais il y eut cependant une importante évolution dans l’art, surtout
dans l’architecture : le style baroque. Le baroque s’est imposé en Italie à la suite du
concile de Trente, où l’Église catholique s’était redressée et avait engagé une
Contre-réforme énergique.
Cette Église, consciente de sa nouvelle puissance, voulait voir la
culture et l’art participer à ce renouveau. Les jésuites furent les premiers à traduire
ces consignes en instructions précises données aux architectes : l’église du Gesù à
Rome (1584) est considérée comme la première construction en style véritablement
baroque. Ce style se caractérise par les effets dramatiques, l’exubérance, la
grandeur triomphaliste, le jeu chargé des volumes opposés au vide.
Aussi bien en architecture qu’en sculpture, deux noms vont dominer
le 17 siècle: Gian Lorenzo Bernini (Le Bernin, 1598-1680) et Francesco Borromini
e
(1599-1667).
Le Bernin est surtout célèbre pour son incomparable colonnade
devant Saint-Pierre de Rome, mais il est également l’auteur de splendides sculptures
du plus pur style baroque, comme l’extase de sainte Thérèse d’Avila.
Vatican, 1991, n°s 911/913 Monaco, 1998, n°2175
La “colonnade de Bernini” au Vatican
1974, n° 1171 1980, n° 1469 Espagne, 1962, n° 1094 1998, n° 2345
David Apollon et Daphné Sainte Thérèse d’Avila
Oeuvres du Bernin
87
Les oeuvres les plus célèbres de Borromini sont les églises romaines
de saint Yves et celle de sainte Agnès, à la Piazza Navona.
1967, n° 982 1985, n° 1650
Saint Yves, Rome Sainte Agnès, Piazza Navona, Rome
Oeuvres de Borromini
Même si le 18e siècle présente moins de noms célèbres, la culture,
l’art et la littérature continuaient à occuper une place non négligeable dans la
péninsule italienne.
En littérature, deux noms dominent ce siècle: Carlo Goldoni (1707-
1793) et Vittorio Alfieri (1749-1803).
Goldoni est le créateur de la comédie italienne moderne. Il pose un
regard amusé et moqueur sur les classes sociales qui évoluaient dans une Venise qui
brillait de ses derniers feux.
Alfieri est un auteur de tragédies, de poèmes et de satires, qui, par
son amour de la liberté et par sa haine du despotisme, inspira dans les générations
successives des sentiments qui préparèrent le Risorgimento.
Saint-Marin, 1993, n° 1344 1977, n° 1306 1993, n°s 1999/2000
Vatican, 2007, n°s 1433/1435
Carlo Goldoni
88
1932, n° 286 1949, n° 543 2003, n° 2671
Vittorio Alfieri
Dans l’architecture, la sculpture et la peinture, le baroque évolua
vers le style rococo, caractérisé par une surcharge décorative. Ce style connut son
apogée entre 1730 et 1760, pour céder ensuite lentement le pas au néoclassicisme.
En peinture, le plus grand nom du style rococo est Giambattista
Tiepolo (1696-1770), qui peignit surtout à Venise des grands cycles de fresques.
Ses compositions sont toujours pleines de vie et de lumière.
Ses deux fils Giandomenico (1727-1804) et Lorenzo (1736-1776)
furent également d’excellents artistes.
Saint-Marin, 1970, n°s 766/768
Oeuvres de Giambattista Tiepolo
1975, n° 1223 1996, n° 2154 Saint-Marin, 2008, n° 2128
Oeuvres de Giambattista Tiepolo Oeuvre de Giandomenico Tiepolo
89
IX. Le “Risorgimento” (1792-1849)
1. Napoléon Bonaparte (1796-1815)
La Révolution française, surtout après la mort du roi Louis XVI et les
excès de la Terreur, sema l’inquiétude dans les classes dirigeantes italiennes.
Lorsque la Convention, et après elle le Directoire, prirent la décision d’exporter les
idées de la Révolution, c’est d’abord le royaume de Piémont-Sardaigne qui en fit les
frais : en 1792, la Savoie et Nice furent occupées par les troupes françaises.
Les choses évoluèrent rapidement lorsque le général Bonaparte fut
envoyé en Italie en 1796. Il écrasa d’abord l’armée piémontaise, et remporta ensuite
plusieurs victoires contre les troupes autrichiennes (Lodi, Castiglione, Arcole, Rivoli).
Il occupa la Lombardie, et se dirigea vers le sud, mettant toute l’Italie sous contrôle
français. Venise capitula à son tour en 1797, après une indépendance de 1070 ans.
France, 1972, n° 1730 Dahomey, 1969, P.A. n° 104 Gabon, P.A. n° 85
Napoléon à la bataille d’Arcole La bataille de Rivoli
Napoléon accepta que les anciens états, duchés et principautés se
réunissent pour former des républiques, qui devaient évidemment rester dans la
mouvance française. Il y eut ainsi, parmi d’autres de moindre importance, la
République cisalpine dans le Nord (Milan, 1797), la République de Rome (1798), et la
République parthénopéenne (Naples, 1799). C’est dans la République cisalpine que le
drapeau tricolore italien fut hissé pour la toute première fois en 1797.
1997, n° 2211
Première apparition du drapeau tricolore italien
90
En-tête de la République cisalpine (coll. Francis Kinard)
En 1799, toute l’Italie était donc sous contrôle français, sauf la Sicile
et la Sardaigne, qui étaient protégées par la flotte anglaise.
Cela n’allait pas durer longtemps : pendant l’été 1799, les troupes
autrichiennes et russes parvinrent à reprendre toute l’Italie et à chasser les Français.
Mais peu après, les choses avaient évolué en France : le 18 Brumaire (3 novembre)
1799, Napoléon avait pris le pouvoir à Paris par un coup d’État, et son premier souci
était de récupérer l’Italie que la France venait de perdre.
Surtout grâce à Desaix, qui périt dans la bataille, il remporta le 14
juin 1800 la victoire de Marengo, qui lui ouvrit la voie de toute l’Italie. La République
cisalpine fut restaurée et agrandie, avec... Bonaparte comme président.
2000, n° 2451 France, 1968, n° 1551
La bataille de Marengo Le général Desaix, le vainqueur de Marengo
Après s’être proclamé empereur en 1804, Napoléon, devenu
conscient d’être le maître de l’Europe, remania complètement la configuration
territoriale de l’Italie.
- La Savoie, le Piémont, la Toscane, Gênes et Parme devinrent des départements
français.
- La République cisalpine devint en 1805 le Royaume d’Italie, et la vice-royauté en
fut donnée à Eugène de Beauharnais, le fils de Joséphine. Ce royaume s’agrandit
encore avec la Vénétie (1806), Ancône et les Marches (1808) et le Trentin (1809).
91
Marque de passage du Royaume d’Italie (coll. Francis Kinard)
- En 1806, le royaume de Naples fut conquis et d’abord donné à Joseph Bonaparte,
le frère de l’empereur. Celui-ci partit en 1808 pour occuper le trône d’Espagne, et
alors le royaume de Naples fut donné à Joachim Murat, qui était devenu entretemps
le beau-frère de Napoléon.
- En 1808, le pape Pie VII fut déporté, et les États pontificaux devinrent à leur tour
des départements français.
Vatican, 1958, n° 264 2014, n° 3447
Le pape Pie VII Joachim Murat, roi de Naples
En 1810, la carte politique de l’Italie était donc singulièrement
simplifiée : il ne restait plus que trois entités :
- La France, avec de nombreux départements disséminés dans toute la péninsule.
- Le royaume d’Italie, gouverné par Eugène de Beauharnais en tant que vice-roi.
- Le royaume de Naples, gouverné par Joachim Murat.
La malheureuse campagne de Russie fut le début de la fin pour
Napoléon, et donc pour la présence française en Italie.
Murat resta fidèle jusqu’à la défaite de Leipzig d’octobre 1813. Il
essaya ensuite, après avoir pris Rome, Florence et Bologne, de devenir le roi de
toute l’Italie, mais, désavoué par les coalisés qui combattaient Napoléon, il dut
s’enfuir. Il essaya en 1815 de reconquérir son royaume de Naples, mais il fut arrêté
et fusillé le 13 octobre 1815.
92
En 1814-1815, la situation antérieure était pratiquement rétablie :
- Le roi de Piémont-Sardaigne retrouvait son ancien royaume, avec la Savoie, le
Piémont, la Ligurie, la Sardaigne, Nice, et en plus Gênes.
- Le pape Pie VII, enfin libéré, retrouvait ses États pontificaux.
- La famille d’Este rentrait à Modène.
- La famille de Lorraine rentrait en Toscane.
- L’ex-impératrice des Français Marie-Louise, qui était la fille de l’empereur
d’Autriche François Ier et la deuxième épouse de Napoléon, recevait les duchés de
Parme, de Plaisance et de Guastalla.
- Le royaume des Deux-Siciles retournait aux Bourbons.
- La Lombardie et la Vénétie redevenaient autrichiennes, sous le nom de royaume
lombard-vénitien, avec Milan comme capitale.
Mais le drapeau tricolore, hissé en 1797, ne fut plus jamais oublié.
Des hommes comme l’écrivain et poète Ugo Foscolo (1778-1827), ardent patriote,
étaient là pour attiser les aspirations vers l’unité italienne, entretenues par une
langue et une culture communes.
1932, n° 287 1979, n° 1385
Ugo Foscolo
2. De 1815 à 1848
Le morcellement de l’Italie assurait à l’Autriche la prépondérance
dans la péninsule. Sous l’influence de Metternich, qui dirigea la politique à Vienne de
1814 à 1848, les souverains italiens suivaient une ligne absolutiste et conservatrice,
qui ne fit que rendre l’opposition libérale plus ardente. C’était l’époque romantique,
où des bourgeois affirmaient leur résistance à l’occupant dans des sociétés
secrètes, les “carbonari” (la charbonnerie). Un célèbre carbonaro était le poète Silvio
Pellico, qui paya cette participation par dix ans de réclusion dans une terrible prison
de Moravie.
Les premiers mouvements de résistance eurent lieu dans le royaume
de Naples en 1820 et dans le Piémont en 1821, mais ces premières expériences
révolutionnaires furent impitoyablement réprimées par les troupes autrichiennes.
Il fallut ensuite attendre 1831 pour voir une nouvelle insurrection,
cette fois-ci à Modène, dirigée par Ciro Menotti. Cette insurrection allait rapidement
gagner tout le nord et le centre de l’Italie, mais une fois de plus, Metternich envoya
ses troupes et la répression fut une nouvelle fois féroce. Ciro Menotti fut pendu.
93
1955, n° 690 1981, n° 1483
Silvio Pellico Ciro Menotti
À partir de 1830, il y aura deux tendances dans l’opposition contre
l’occupant autrichien et contre l’absolutisme, mais avec le même but final : la
constitution d’une Italie unifiée.
La première tendance était révolutionnaire et agressive, avec
Mazzini comme chef de file. La deuxième tendance était plus libérale et plus modérée.
Giuseppe Mazzini (1805-1872) voulait obtenir l’unification par des
insurrections populaires. Dès 1831, il propagea ses idées révolutionnaires dans son
périodique Giovine Italia. En 1833 et en 1834, il fit deux tentatives de putsch, qui
furent rapidement réprimées, et Mazzini allait passer le reste de sa vie, sauf une très
courte période en 1848, dans différents lieux d’exil, d’où il continuera à stimuler la
résistance par d’incessants écrits enflammés.
1921, n° 122 1949, n° 542 1971, n° 1075 1972, n° 1095 1955, P.A. n° 135
Giuseppe Mazzini
C’est ainsi qu’il poussa en 1844 les frères Attilio et Emilio Bandiera à
une folle équipée en Calabre en 1844. Héroïque mais insensée, cette équipée était
condamnée à l’échec, et les deux frères furent fusillés le 25 juillet 1844.
République sociale italienne, 1944, n°s 41/43
Les frères Attilio et Emilio Bandiera
94
Après ces échecs de Mazzini, la tendance libérale et modérée prit le
dessus jusqu’en 1844. Les leaders en étaient Vincenzo Gioberti (1801-1852),
Cesare Balbo (1789-1853) et Massimo d’Azeglio (1798-1866).
2011, n° 3211 2010, n° 3127
Vincenzo Gioberti Massimo d’Azeglio
Le feu couvait depuis un demi-siècle, mais l’incendie se déclara,
comme partout en Europe, en 1848. Dès 1846, le roi Charles-Albert de Piémont-
Sardaigne et le nouveau pape Pie IX avaient libéralisé leur régime, mais cela s’avéra
insuffisant. La révolte contre l’absolutisme et contre la domination autrichienne
commença en 1847 dans le royaume des Deux-Siciles, et en 1848, toute l’Italie
était en ébullition. À Milan, les Autrichiens furent chassés après cinq jours de combat
(les cinque giornate de Milan, du 18 au 22 mars). Un des leaders à Milan était Carlo
Cattaneo (1801-1869), qui s’opposera plus tard jusqu’à sa mort à la maison de
Savoie.
1995, n° 2019 2011, n° 3209
Les cinq jours de Milan Carlo Cattaneo
Charles-Albert, roi de Piémont-Sardaigne, prit le drapeau tricolore
comme emblème et déclara la guerre à l’Autriche, sous le slogan, vu l’absence d’aide
extérieure : “L’Italia farà da sé !” Il remporta rapidement quelques succès initiaux,
comme les victoires de Goito le 8 avril 1848 et celle de Pastrengo le 30 avril 1848.
1998, n° 2298 2011, n° 3249
La victoire de Pastrengo du 30 avril 1848
95
Cependant, Rome, la Toscane et les Deux-Siciles se désolidarisèrent
rapidement du Piémont, tandis que Ferdinand II de Naples fit bombarder les insurgés
à Messine, ce qui lui valut le surnom de Re bomba. La défaite militaire était
inéluctable face à la puissante armée autrichienne.
Charles-Albert de Piémont dut signer l’armistice le 9 août, mais à
Venise, Daniele Manin, aidé de Niccolò Tommaseo, proclama la République de Venise,
et début 1849, c’est à Rome que la République fut proclamée et le pape Pie IX
chassé.
Saint-Marin, 1974, n° 884 1974, n° 1190 1949, n° 537
Niccolò Tommaseo 100e anniversaire de la
République romaine de 1848
1978, n° 1348 Vatican, 2000, n° 1188
Le pape Pie IX
En mars 1849, le Piémont reprit les hostilités, mais il fut rapidement
battu, et Charles-Albert dut abdiquer en faveur de son fils, Victor-Emmanuel II.
L’Autriche sortait ainsi vainqueur de cette longue guerre, mais il
restait encore Venise et Rome. Venise ne capitula que le 23 août 1849, tandis que
le pape Pie IX rentrait victorieusement à Rome grâce à l’aide d’un corps
expéditionnaire français, envoyé par Louis-Napoléon, qui deviendra plus tard
l’empereur Napoléon III. Les insurgés romains capitulèrent le 30 juin 1849, malgré
une résistance héroïque de Garibaldi sur le Janicule.
L’Italie a émis en 1948 une série de 13 timbres, consacrée aux
événements qui ont marqué l’épopée révolutionnaire de 1848-1849.
96
Insurrection à Palerme Insurrection à Padoue Proclamation de la Constitution
Les cinq journées de Milan Proclamation de la République à Venise Défense de Vicence
Bataille de Curtatone Bataille de Goito Insurrection à Bologne
Bataille de Brescia Garibaldi à la bataille de Rome Mort de Goffredo Mameli
L’insurrection à Naples
1948, n°s 518/529 & Exp. 35
Les événements majeurs de la révolution de 1848-1849
C’est en 1849 que Giuseppe Garibaldi (1807-1882) joua son
premier grand rôle, dans la défense de Rome. Suite à sa participation dans
l’insurrection manquée de 1834, il fut condamné à mort, et il se réfugia en Amérique
du Sud. Il rentra en Italie en 1848, et il se battit héroïquement dans la défense de
Rome contre les troupes françaises.
Refusant de se soumettre, il fut obligé de mener une vie de fugitif
errant en Italie. Pendant cette période de fuite, son épouse Anita trouva la mort. Il
parvint à échapper après avoir trouvé un refuge à Saint-Marin, et il reprit le chemin
de l’exil. Il ne revint en Italie qu’en 1854, pour continuer à se battre en faveur de
l’unité italienne.
97
1910, n°s 85 & 86 Saint-Marin, 1927, n° 99 1957, n°s 749/750
Saint-Marin, 1949, n° 341 1932, n°s 304 & P.A. n° 36 1982, n° 1534
Saint-Marin, 1932, n° 169 Saint-Marin, 1999, n° 1629 2007, n° 2948
Giuseppe Garibaldi
1932, n° 303
Statue de Garibaldi à Rome, sur le Janicule
1932, P.A. n° 35 Saint-Marin, 1949, n° 338 1932,n° 300
Anita Garibaldi Mort d’Anita Garibaldi
98
X. L’unification (1849-1870)
Après l’échec de la révolution de 1848-1849, une répression
rigoureuse s’était abattue sur toute l’Italie, sauf au Piémont, où une vive agitation,
entretenue par des patriotes extrémistes, couvait toujours.
Un exemple de cette répression eut lieu à Belfiore, près de Mantoue,
où fin 1852 et début 1853, de nombreux patriotes furent pendus après avoir été
soumis à la torture et reçu un procès inique.
1952, n° 643
Les “Martyrs de Belfiore” en 1852
Victor-Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne, eut l’intelligence de
choisir la voie moyenne entre la réaction absolutiste et l’extrémisme révolutionnaire.
Et pour suivre cette voie moyenne, il fit appel dès 1850 à l’homme qui allait devenir
le véritable père de l’unification italienne : Camillo Benso di Cavour (1810-1861).
1962, n° 881 2010, n° 3147 2011, n° 3208
Camillo Benso di Cavour
Cavour resta à la tête du gouvernement piémontais presque sans
interruption jusqu’à sa mort en 1861. Il s’était donné pour but de faire du Piémont
le noyau de l’émancipation et de l’unification de l’Italie. Sa réussite dépendait de
trois éléments:
- Éviter l’extrémisme révolutionnaire et atteindre son but en suivant un chemin
constitutionnel et parlementaire.
- Rallier le peuple italien à l’idée de l’unité sous la couronne du roi de Piémont-
Sardaigne.
- S’assurer le soutien diplomatique et militaire de la France, seul moyen de venir à
bout des Habsbourg.
99
Le premier point – éviter l’extrémisme – était le plus difficile :
surtout l’incorrigible Mazzini, révolutionnaire et républicain, continuait à fomenter
des insurrections, comme en 1857, quand il envoya son lieutenant Carlo Pisacane en
Campanie. Ce fut de nouveau un échec, où Pisacane trouva la mort.
2011, n° 3213 2011, n° 3214
Giuseppe Mazzini Carlo Pisacane
Pour le troisième point, obtenir l’appui de la France, Cavour fit
preuve d’une géniale habileté. Il commença par faire participer le royaume de
Piémont-Sardaigne aux côtés de la France, de la Grande-Bretagne et de la Turquie
contre la Russie, dans la guerre de Crimée de 1854-1855, pour “se faire bien voir”.
Ensuite, il mena des missions diplomatiques incessantes auprès de Napoléon III, qui
finirent par avoir du succès : Napoléon promit son aide militaire, en échange de Nice
et de la Savoie.
Cavour fit tout pour inciter l’Autriche à déclencher les hostilités, et
effectivement, le 27 avril 1859, l’armée autrichienne entrait en Italie. Napoléon III
tint ses promesses, et envoya son armée en renfort des Italiens. Garibaldi, de son
côté, accourut aussi. Il remporta la bataille de San Fermo, tandis que l’armée franco-
sarde remporta successivement les batailles de Montebello, Palestro et surtout
Magenta, le 4 juin 1859. Après cette dernière victoire, Napoléon III et Victor-
Emmanuel II firent une entrée triomphale à Milan.
1959, n° 795, 796 & 797
Bataille de San Fermo Bataille de Magenta Bataille de Palestro
La dernière bataille se déroula le 24 juin 1859, à Solférino. Ce fut
encore une victoire franco-sarde, mais cette bataille fut un véritable carnage, avec
environ 50.000 morts. C’est pendant cette bataille qu’Henri Dunant, qui était là par
hasard, se rendit compte de la nécessité de la création d’une aide internationale
pour secourir les victimes en cas de conflits sanglants : ce fut le début de la Croix-
Rouge.
100
2011, n° 3250 1959, n° 794 Belgique, 1959, n° 1101
Bataille de Solférino Création de la Croix-Rouge par Henri Dunant
après la sanglante bataille de Solférino
En même temps, le reste de l’Italie se soulevait également : les
souverains de Toscane, Parme et Modène furent chassés, et des gouvernements
provisoires, favorables à Victor-Emmanuel II, furent installés. Le grand artisan de ces
soulèvements était Luigi Carlo Farini (1812-1866), qui deviendra en 1862 premier
ministre d’Italie, mais qui sombrera dans la folie.
2012, n° 3338
Luigi Carlo Farini
La Romagne, qui faisait partie des États pontificaux, s’était aussi
soulevée, et ce fut une des raisons qui incitèrent Napoléon III à retirer son armée et
à signer la paix avec Vienne, pour ne pas désobliger le pape. Ce retrait des troupes
françaises désappointa vivement les Italiens, en premier lieu Cavour, qui durent ainsi
abandonner l’idée de reprendre la Vénétie.
Mais dès le printemps 1860, le grand-duché de Toscane, les duchés
de Parme et de Modène, et la Romagne proclamèrent leur rattachement au royaume
de Piémont-Sardaigne, qui avait déjà repris aux Autrichiens la Lombardie, mais qui,
pour satisfaire au traité signé avec Napoléon III, dut abandonner la Savoie et Nice à
la France.
Il ne restait donc plus que trois souverains à chasser : le roi des
Deux-Siciles, le pape (qui avait déjà perdu une partie de son territoire, la Romagne)
et l’empereur d’Autriche, qui gardait encore toujours la Vénétie.
101
France, 2010, n° 4441
150 anniversaire du rattachement de la Savoie à la France en 1860
e
En ce qui concerne le royaume des Deux-Siciles, c’est Garibaldi qui
allait s’en charger tout seul. Avec ses volontaires en chemise rouge (les “Mille”), il
débarqua le 11 mai 1860 en Sicile, s’empara de toute l’île, remonta vers le nord, et
fit le 7 septembre une entrée triomphale à Naples, d’où le roi François II avait pris la
fuite.
2010, bloc 52
1932, n° 297 1960, n°811 2011, n° 3251
L’expédition des “Mille” de Garibaldi en 1860
102
Il ne restait donc plus que les États pontificaux et la Vénétie à
conquérir. La conquête de ce qui restait des États pontificaux fut une fois de plus
réalisée grâce à l’habileté de Cavour. Garibaldi ayant exprimé le souhait de marcher
sur Rome, Cavour parvint à convaincre Napoléon III que mieux valait une entrée des
troupes “disciplinées” du Piémont plutôt que celles des “forcenés” de Garibaldi. Cela
fut effectué sans problèmes : les zouaves pontificaux, des volontaires que Pie IX
avait recrutés à la hâte, ne faisaient pas le poids devant l’armée piémontaise.
Une rencontre hautement symbolique eut lieu le 26 octobre 1860
entre Garibaldi et Victor-Emmanuel II à Teano, près de Naples.
1932, n° 296 1938, n° 424 1960, n° 810
Rencontre de Victor-Emmanuel II et de Garibaldi à Teano, le 26 octobre 1860
Les premières élections “italiennes” eurent lieu en janvier 1861, et
le 23 mars, Victor-Emmanuel II fut officiellement proclamé roi d’Italie.
1929, n° 223 1978, n° 1347 2011, n° 3215
Victor-Emmanuel II, roi d’Italie
Le 6 juin 1861, Cavour, épuisé, mourut à peine âgé de 51 ans. Ces
dernières paroles furent : “L’Italia è fatta” (l’Italie est faite).
1959, n° 793
Les quatre grands artisans de l’unification italienne :
Victor-Emmanuel II, Garibaldi, Cavour et Mazzini
103
2011, bloc 57 2011, bloc 67
150e anniversaire du royaume d’Italie et de l’unification du pays
La royauté ne fut cependant pas accueillie partout avec le même
enthousiasme : dans l’Italie méridionale à prédominance agricole, surtout en Sicile,
l’on attendait rien du nouveau régime “nordique”, et l’on y avait de plus en plus
recours au brigandage. Ce brigandage était une réponse au retard politique,
économique et social du “Mezzogiorno”, et fut la base de la maffia sicilienne et de la
camorra napolitaine. Il y eut même de véritables émeutes à Palerme en 1866, suivies
d’une dure répression.
2015, bloc F3564
Florence, capitale de l’Italie de 1865 à 1871
104
Pour montrer qu’il était bien le roi de tous les Italiens, Victor-
Emmanuel transféra en 1865 sa capitale de Turin à Florence, en attendant que ce
soit Rome. Garibaldi lui aussi s’impatientait, et l’armée italienne dut même mettre fin
à sa nouvelle tentative en 1862 de marcher sur Rome, en lui barrant la route en
1862 à Aspromonte.
L’Italie récupéra la Vénétie en 1866 : l’Autriche était très affaiblie
après sa défaite en 1866 à Sadowa face à la Prusse, et les Italiens en profitèrent
pour lancer l’attaque : ce fut une fois de plus Garibaldi qui fonça et qui remporta le
21 juillet la victoire de Bezzecca. L’Autriche abandonna la Vénétie à Napoléon III, qui
s’empressa de la rétrocéder à l’Italie, espérant ainsi retrouver la sympathie italienne
qu’il avait perdue après son abandon en 1859. Il ne restait plus que Rome...
1986, n° 1078 1966, n° 953 2011, n° 3252
La bataille de Bezzecca de 1866
1966, n° 944
100e anniversaire du rattachement à l’Italie de la Vénétie et de Mantoue
Pour Rome, ce fut comme toujours Garibaldi qui mit le feu aux
poudres. En 1867, il se mit en route pour envahir ce qui restait des États
pontificaux. Napoléon III, qui ne voulait pas lâcher le pape Pie IX afin de ne pas perdre
le soutien des catholiques français, envoya un corps expéditionnaire au secours du
pape. Ce corps expéditionnaire battit les troupes de Garibaldi en 1867 à Mentana.
1987, n° 1760
La bataille de Mentana de 1967
105
Mais en 1870, la guerre entre la Prusse et la France provoqua la
chute de Napoléon III, ce qui entraîna le retrait de l’armée française de Rome.
L’armée italienne eut alors peu de peine à occuper Rome, qui était pratiquement
sans défense.
2011, n° 3253
Entrée de l’armée italienne dans Rome en 1870
En 1871, Rome fut déclarée capitale de l’Italie, et Victor-Emmanuel II
s’installa au palais du Quirinal à Rome. Pie IX et ses successeurs, retranchés au
Vatican, allaient se considérer commes des prisonniers (la “question romaine”)
jusqu’aux accords du Latran, conclus en 1929 entre le pape et Mussolini.
1970, n° 1053
100e anniversaire du rattachement de Rome à l’Italie
2007, n° 2932 2008, n° 2993 2009, n° 3049
2010, n° 3163 2011, n° 3201
Rome, nouvelle capitale de l’Italie en 1871
106
Vatican, 1978, n°s 653/655
100e anniversaire de la mort du pape Pie IX
Les ultimes paroles de Cavour étaient maintenant une réalité :
“L’Italia è fatta”.
Carte maximum de 1970 avec le timbre n° 1053
100e anniversaire du rattachement de Rome à l’Italie
107
La littérature et la musique au 19e siècle
Dans la liitérature italienne, le romantisme a dominé la première
moitié du siècle. La plupart des auteurs romantiques militaient dans les rangs de
l’opposition : ils étaient libéraux et patriotes.
Il faut mentionner Giacomo Leopardi (1798-1837), considéré
comme le poète romantique par excellence, mais qui fut également philosophe et
philologue.
1932, n° 288 1937, n°s 408 & 410 1998, n° 2311
Giacomo Leopardi
Ensuite, il y eut Alessandro Manzoni (1785-1873). Son principal
roman I promessi sposi (Les Fiancés) est considéré comme l'œuvre la plus
représentative du Risorgimento et du romantisme italien. Cette oeuvre eut aussi une
grande influence sur la définition d'une langue nationale italienne.
1923, n° 1511 973, n° 1173
Alessandro Manzoni
Il faut également citer Giosuè Carducci (1835-1907), poète dont les
oeuvres ont influencé profondément la vie intellectuelle de l’Italie du 19e siècle. Il
reçut le prix Nobel de littérature en 1906.
1932, n° 289 1957, n° 746 2007, n° 2914
Giosuè Carducci
108
En musique, le 19e siècle est avant tout celui de l’opéra, où la
virtuosité vocale est mise au service d’une histoire (le “libretto) avec une grande
puissance dramatique, plus rarement une verve comique.
Les grands noms de l’art lyrique italien de la première moitié du 19e
siècle – époque romantique par excellence - sont Vincenzo Bellini (1801-1835),
Gaetano Donizetti (1797-1848) et Gioacchino Rossini (1792-1868).
1935, n° 369 1952, n° 620 2001, n° 2473
Vincenzo Bellini
1948, n° 531 1998, n° 2289
Gaetano Donizetti
1942, n°s 448 & 449 1968, n° 1021
Gioacchino Rossini
Dans la deuxième moitié du siècle, le compositeur qui a le mieux su
traduire dans un langage musical et scénique l’aspiration de tout un peuple à la
liberté et à l’unité est sans conteste Giuseppe Verdi (1813-1901). Il a donné un
rayonnement inégalé à l’opéra italien dans des oeuvres d’une grande intensité
dramatique, parvenant à faire chanter par tout un peuple ses arias les plus célèbres.
Il réussit à faire vibrer la corde patriotique des spectateurs, comme dans le fameux
aria “va pensiero”, de Nabucco, chanté par le choeur des esclaves. Applaudir
frénétiquement cet aria n’était pas un délit punissable...
109
Mais l’on applaudissait pas seulement son immense talent musical et
scénique : du temps de l’occupation autrichienne, il était d’usage de crier “Viva
Verdi”. Tous les Italiens savaient que le nom de Verdi était formé des initiales de
“Vittorio Emanuele Re d’Italia”...
1951, n°s 615/617
Giuseppe Verdi
Saint-Marin, 2001, bloc 30
Giuseppe Verdi
110
La philatélie de 1850 à 1862
Les divers royaumes, duchés et principautés ont émis, avant d’être
rattachés à l’Italie, leurs propres timbres, à partir de 1850
Les timbres des états souverains avant l’unification sont des fac-similés
Timbres de Lombardo-Vénétie, à partir de 1850
Timbres de Modène, à partir de 1852 Timbres de Naples, à partir de 1858
Timbres de Parme, à partir de 1852 Timbres de Romagne, à partir de 1859
Timbres des Etats pontificaux, à partir de 1852
Timbres de Piémont-Sardaigne, à partir de 1851 Timbres de Toscane, à partir de 1851
111
La Sicile mérite une mention spéciale : les timbres représentent le roi
Ferdinand II, surnommé le “Re bomba”, après son bombardement de Messine en
1848. Mais il refusait de tolérer que son effigie sur les timbres soit maculée par une
oblitération. Les cachets d’oblitération furent spécialement conçus pour entourer
l’effigie royale...
Timbres de Sicile, à partir de 1859 Oblitération entourant l’effigie royale
C’est à partir de 1861 que furent émis des timbres pour toute
l’Italie, représentant l’effigie du roi Victor-Emmanuel II.
Timbres pour toute l’Italie, à l’effigie de Victor-Emmanuel II
Les deux premiers timbres, non dentelés, furent préparés à Naples en 1861, mais ne furent pas émis,
car leur valeur était indiquée en centesimi et lire. Or la lire n’avait pas encore cours dans l’Italie
méridionale : ce n’est qu’en 1862 que la lire fut introduite comme monnaie unique pour toute l’Italie
2012, n°s 3265/3267
150 anniversaire de l’introduction de la lire comme monnaie unique pour toute l’Italie
e
112
XI. De 1870 à 1918
Le royaume d’Italie étant constitué, l’on ne peut pas encore parler
de véritable démocratie : avec le vote censitaire, moins de 2% des Italiens pouvaient
voter. En plus, le pape Pie IX avait interdit toute participation des catholiques à la vie
politique, ce qui réduisit le nombre d’électeurs à environ 150.000 !
La droite conservatrice et catholique était donc muselée par la
volonté du pape, et l’extrême-gauche socialiste et marxiste n’en était qu’à ses
débuts.
Il ne restait donc qu’une droite libérale, recrutée surtout dans la
riche bourgeoisie du Nord, et une gauche modérée, qui recrutait dans la petite et
moyenne bourgeoisie.
Pendant ce temps, Victor-Emmanuel II était mort en 1878, et son
fils Humbert I (Umberto I) lui succéda. Il allait régner jusqu’en 1900.
er
1879, n° 37 1889, n° 45 1891, n° 63 1896, n° 59
Le roi Humbert Ier
Grosso modo, entre 1870 et 1896, l’on peut distinguer trois
périodes :
- 1870-1876 : la droite au pouvoir. Les problèmes étaient surtout financiers, avec
une fiscalité accrue qui touchait surtout les plus déshérités.
- 1876-1887 : la gauche au pouvoir, avec surtout Agostino Depretis. Essayant
d’écarter aussi bien l’extrême-droite conservatrice que l’extrême-gauche montante,
il opta pour un rapprochement entre la gauche modérée et la droite modérée.
- 1887-1896 : l’ère de Crispi. Francesco Crispi, véritable homme d’État, mais
mégalomane et autoritaire, eut à faire face à des problèmes économiques, financiers
et sociaux. Il essaya de détourner l’attention des électeurs vers les problèmes
extérieurs. Car il y avait en effet deux points délicats qui restaient à régler.
Il y avait le problème des “terres irrédentes”. De nombreux Italiens
estimaient que l’Italie n’était pas encore complète, car il manquait encore Le Trentin
et la région de Trieste. Mais ce problème fut provisoirement mis au placard, car le
pays avait signé en 1882 avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie la Triple Alliance,
qui était avant tout dirigée contre la France républicaine.
L’autre problème était d’ordre colonial. De nombreux Italiens
s’étaient installés en Afrique du Nord, surtout en Tunisie et en Érythrée, mais l’Italie
avait été devancée en 1881 par la France, qui avait mis la main sur la Tunisie.
C’est pour compenser le fait d’avoir “raté” la Tunisie que l’Italie mit
alors la main sur l’Érythrée, avec Assab et Massawa. En essayant de descendre vers
le Sud pour accaparer une partie de l’Éthiopie, l’armée italienne fut battue une
première fois en 1887 à Dogali et une deuxième fois en 1895 à Amba-Alagi.
113
L’Italie organisa alors, pour venger son honneur, une expédition en
Éthiopie, mais ce corps expéditionnaire fut écrasé par l’armée du négus d’Éthiopie à
Adua, le 1er mars 1896. Ce désastre obligea Crispi à démissionner et signifiait
provisoirement la fin du rêve colonial italien.
Éthiopie, 1971, n°s 600/603
75e anniversaire de la bataille d’Adua
Éthiopie, 1996, n°s 1414/1419 (bloc 2)
100e anniversaire de la bataille d’Adua
Après la chute de Crispi, il y eut des gouvernements bizarres, avec
des coalitions entre la droite conservatrice et la gauche progressiste. Ils n’avaient
qu’un point en commun : la volonté de rompre avec une politique coloniale coûteuse.
La droite le voulait pour consacrer toutes les énergies et toutes les finances au
développement économique, la gauche pour trouver une solution aux problèmes
sociaux.
114
La fin du 19e siècle fut une période de crise, avec plus de quatre ans
de graves difficultés sociales. En 1901 commença l’ère Giolitti, après l’assassinat du
roi Humbert Ier. Celui-ci avait été tué par l’anarchiste Gaetano Bresci, le 29 juillet
1900, à Monza. Son fils Victor-Emmanuel III lui succéda. Il allait régner jusqu’en
1946.
Giovanni Giolitti allait dominer la vie politique jusqu’en 1914.
Pragmatique et réaliste, il se souciait peu des étiquettes de parti et chercha surtout
à s’assurer une majorité parlementaire par une politique de clientèle qui consistait à
avoir des obligés dans toutes les formations politiques. Cela explique son
rapprochement avec les catholiques de don Luigi Sturzo, le véritable fondateur de la
démocratie-chrétienne, et avec les socialistes, regroupés dans le PSI (Partito
Socialista Italiano), où un certain Benito Mussolini se montrait un militant actif...
2003, n° 2666 2009, n° 3092
Giovanni Giolitti Don Luigi Sturzo
À partir de 1907, Giolitti dut progressivement abandonner sa
politique extérieure prudente, face à une opinion publique qui se montrait de plus en
plus impérialiste. Après l’Érythrée, italienne depuis 1882, et la Somalie, où l’Italie
s’était progressivement implantée à partir de 1889, c’était la Libye qu’elle
convoitait.
Finalement, en septembre 1911, Giolitti déclara la guerre au sultan,
exigeant pour l’Italie le droit d’occuper la Libye. Après une conquête qui fut loin
d’être facile, le traité de Lausanne, signé le 18 octobre 1912, donna à l’Italie la
Cyrénaïque, la Tripolitaine et les îles du Dodécanèse.
En mars 1914, Giolitti dut quitter le pouvoir, et il fut remplacé par le
conservateur Salandra. Alors que Giolitti avait toujours pris position pour une
politique de neutralité dans le conflit européen qui se dessinait, Salandra était
beaucoup plus “interventionniste”.
Lorsque la guerre éclata début septembre 1914, Salandra garda
encore la neutralité jusqu’en 1915, mais alors, il dénonça la Triple Alliance qui avait
pourtant fonctionné depuis 1882, et il signa le 26 avril 1915 le traité de Londres.
Ce traité promettait à l’Italie, en échange de sa participation à la guerre aux côtés
de la Triple Entente (France, Grande-Bretagne et Russie), le Trentin, Trieste, l’Istrie,
une partie de la Dalmatie et des possessions outre-mer.
Mais cette décision de lancer le pays dans la guerre était l’oeuvre de
trois hommes: le roi, le premier ministre Salandra et le ministre des Affaires
étrangères Sonnino. Le pays lui-même n’y était pas préparé.
115
2015, n° 3613
100e anniversaire de l’entrée de l’Italie dans la première guerre mondiale en 1915
Le général Cadorna, piètre stratège et peu ménager du sang de ses
soldats, mena de 1915 à 1917 sans grand succès d’incessantes offensives dans le
Nord, sur le front de l’Isonzo. En octobre 1917, l’Autriche remporta une éclatante
victoire à Caporetto et menaça Venise.
1999, n° 2390 2011, n° 3254 1967, n° 988
Les “appelés de la classe 1899” Les combats de 1916-1917
Salandra fut renversé et Cadorna remplacé par le général Diaz. Le
nouveau premier ministre Orlando parvint à mobiliser les énergies en multipliant les
promesses aux combattants, et en juin 1918, Diaz remporta la grande victoire de
Vittorio Veneto. C’était le début de la fin pour les forces autrichiennes.
1921, n°s 113/116
3 anniversaire de la victoire de Vittorio Veneto
e
L’Italie était fin 1918 dans le rang des vainqueurs, mais le bilan en
pertes humaines était terrible : plus de 650 000 soldats morts au combat et près de
600 000 civils tués. En plus, une grave crise économique, financière et sociale.
116
1958, n°s 770/772
40 anniversaire de la victoire de 1918
e
1968, n°s 1022/1027
50e anniversaire de la victoire de 1918
Saint-Marin, 1918, n°s 62/67
Victoire de l’Italie dans la première guerre mondiale
Mais après la guerre, les promesses des Alliés, contenues dans le
traité de Londres de 1915, ne seront pas tenues, ni d’ailleurs les promesses du
nouveau gouvernement Orlando envers les combattants. Le fascisme saura tirer
parti de cette double frustration.
117
La philatélie des débuts coloniaux de l’Italie
- Il y eut d’abord, à partir de 1874, les timbres italiens surchargés “ESTERO”. Ils
étaient employés dans les offices postaux italiens de Tunis, La Goulette, Suse,
Tripoli et Alexandrie (tous en Afrique du Nord), Assab et Massawa (Érythrée), et
finalement Buenos Ayres et Montevideo (Amérique du Sud). Ces timbres furent
employés jusque fin 1889.
1874, n° 2 1874, n° 11 1879, n° 5 1883, n° 13 1881, n° 17
Fragment avec deux fois le n° 5, oblitéré “235” (= Tunis)
- Des timbres furent surchargés pour le bureau postal italien de la Canée, en Crête,
de 1900 à 1914.
1900, n° 1 1901, n° 2 1907, n° 15 1902, n° 16 1909, n° 17
- Des timbres furent surchargés pour les offices postaux italiens en Albanie, à partir
de 1908.
1902, n° 18 1902, n° 19 1902, n° 20 1907, n° 43A 1907, n° 44 1907, n° 45
118
- À partir de 1908-1909, des surcharges spécifiques furent apposées sur les
timbres italiens, pour plusieurs offices postaux italiens dans les territoires sous
contrôle ottoman : Constantinople, Durrës (Durazzo), Shkodër (Scutari), Vlorë
(Valona) Jérusalem, Janina (Giannina) Salonique (Salonicco) et Smyrne.
1909, n° 56 1909, n° 64 1909, n° 96 1909, n° 112 1909, n° 72
1909, n° 80 1909, n° 88 1909, n° 104
- En Afrique du Nord, des surcharges spéciales pour Bengasi (1901 et 1911) et pour
Tripoli (1909) furent employées.
1901, n° 1 1911, n° 2 1909, n° 3 1909, n° 8
- Des timbres à surcharge pour la Libye furent employés à partir de 1912.
1915, n° 6 1912, n° 8 1915, n° 11 1918, n° 20
- Il y eut à partir de 1917 deux bureaux postaux italiens en Chine, l’un à Pékin,
l’autre à Tsientsin.
1917, n°s 16 & 19 1917, n°s 26 & 29
119
- Pour les îles du Dodécanèse, il y eut en 1912 une surcharge pour toutes les îles,
ensuite chaque île reçut sa propre surcharge.
1912, n°s 1 & 2
Calimno Caso Coo Karki Leros Lipso Nisiros
Patmos Piscopi Rodi Scarpanto Simi Stampalia
1917, n° 9 (pour Rhodes, n° 10)
- L’Erythrée reçut ses propres timbres à partir de1893, d’abord des surcharges sur
timbres italiens, ensuite, à partir de 1910, des timbres spécifiques.
1893, n° 2 1893, n° 5 1903, n° 23 1909, n° 32 1916, n° 34
- La Somalie eut ses propres timbres à partir de 1903.
1903, n°s 2, 3,4 & 7
Pour plus de détails, je réfère à mes livres sur l’Albanie, sur la Grèce (Crête et Dodécanèse) et sur la Somalie.
120
- La Convention de 1923 avait créé une zone internationale à Tanger. Les
administrations postales française, britannique et espagnole en avaient profité pour
ouvrir un bureau de poste dans cette zone.
En 1926 en Italie, en attendant un accord probable entre le ministère des Affaires
étrangères et celui des PTT, la poste italienne prépara une épreuve, en surchargeant
un timbre italien à l’effigie du roi Victor-Emmanuel III avec le mot “TANGERI”. Ce
timbre serait alors employé dans le bureau postal italien de Tanger qui devait encore
y être établi.
Mais cet accord ne vint jamais, et l’épreuve fut délaissée. L’on ne connaît qu’une
seule feuille de 400 timbres (4 x 100) de cette épreuve, dont actuellement environ
200 exemplaires existent encore.
1926, épreuve pour Tanger
121
XII. L’ère fasciste (1919-1945)
1. L’échec italien à la conférence de la paix
L’on considère souvent Benito Mussolini comme le chef de l’État
italien pendant la période fasciste : ceci n’est pas exact, car l’Italie était un royaume
jusqu’en 1946, avec sur le trône le roi Victor-Emmanuel III. Mussolini n’était
officiellement que le chef du gouvernement, et jusqu’à sa chute en 1943, il fit
toujours preuve d’une remarquable fidélité et d’une parfaite courtoisie envers le roi.
1901, n° 73 1906, n° 77 1906, n° 78 1908, n° 80 1925, n° 175
1927, n° 203 1929, n° 205 1929, n° 232
Le roi Victor-Emmanuel III
Victor-Emmanuel III régnait sur un pays en profonde crise après la
première guerre mondiale : crise financière, économique et sociale. Mais le pays
espérait beaucoup de la conférence de la paix de Paris, qui commença en janvier
1919. Le premier ministre Vittorio Orlando y siégeait aux côtés du président
américain Wilson, du premier ministre français Clémenceau et du premier ministre
anglais Lloyd George.
Grande-Bretagne, 2013, n° 3841 2002, n° 2620 France, 1951, n° 918 États-Unis, 1998, n° 2705
David Lloyd George Vittorio Orlando Georges Clémenceau Woodrow Wilson
Les ténors de la conférence de la paix de Paris 1919
122
L’Italie était dans le camp des vainqueurs, et Orlando commença les
négociations avec beaucoup de confiance et d’ambition, se basant sur le traité secret
de Londres d’avril 1915, où les alliés avaient promis une grande extension du
territoire italien vers le nord et sur la côte dalmate, en échange de l’entrée en guerre
du pays contre les Allemands et les Autrichiens.
Se basant là-dessus, les Italiens demandèrent, avec raison :
- La Vénétie julienne et le Trentin – Haut Adige dans le nord
- La région côtière de la Dalmatie, avec e.a. Fiume.
Pendant l’occupation militaire provisoire de ces territoires par les
troupes italiennes, des timbres spécifiques pour chaque région furent émis.
Timbres pour la Vénétie julienne (fin 1918 – 20 avril 1919)
Timbres pour le Trentin (fin 1918 – 20 avril 1919)
Timbres pour l’ensemble des régions annexées, émis entre janvier et avril 1919.
En Vénétie julienne et au Trentin, ils furent employés jusqu’au 20 avril 1919 (après cette date,
ce furent les timbres italiens normaux qui y furent employés)
En Dalmatie, ils furent employés jusqu’en février 1921
Timbres spécifiques pour la côte dalmate (du 1er mai 1919 jusqu’au début 1922)
123
À Paris, l’Italie reçut bien ses territoires nordiques, mais Wilson
s’opposa à toute concession en Dalmatie : il exigea et obtint que toute la Dalmatie
aille à la Yougoslavie, qui venait de naître. La seule concession qu’Orlando parvint à
arracher était un statut spécial pour la ville de Fiume, qui devint une ville autonome
sous contrôle de la Société des Nations. Ces piètres résulats rendirent l’Italie furieuse,
et le cabinet Orlando tomba.
2. Fiume
Un personnage hors du commun surgit alors : Gabriele d’Annunzio.
Dandy et mythomane, écrivain et poète, il était aussi un patriote exalté. Il organisa le
12 septembre 1919 avec une paire de milliers de militants, nommés les arditi (les
braves), une marche sur Fiume.
Contre toute attente, cette marche fut un succès, et d’Annunzio
déclara Fiume ville italienne.
1934, n° 332 2013, n° 3355 1963, n° 883
Gabriele d’Annunzio
La conférence de Rapallo de 1920 ayant décidé de faire de Fiume
une ville libre (comme Dantzig), d’Annunzio proclama la “Régence italienne du
Carnaro”, mais il dut finalement évacuer la ville fin 1920.
Fiume avait entretemps émis des timbres, d’abord comme ville
italienne, ensuite avec la surcharge “Reggenza Italiana del Carnaro”.
Fiume, 1920, ns 110/113
Premier anniversaire de la marche sur Fiume
124
Fiume,1920, n°s 118 & 125
Timbres avec la surcharge “Reggenza Italiana del Carnaro“
Pour plus de détails, je réfère à mon livre sur Fiume
3. Le fascisme au pouvoir
À Rome, pendant ce temps, c’était l’impasse politique, avec une
grande instabilité ministérielle. Les libéraux, la démocratie chrétienne et la gauche se
disputaient le pouvoir dans une atmosphère de crise. C’est alors que Mussolini
estima son heure venue.
Benito Mussolini est né en 1883. Il se profila d’abord comme un
farouche adepte de l’extrême-gauche, et se fit connaître par des articles virulents
dans des feuilles de gauche. Il fonda à Milan en 1914 le quotidien Il Popolo d’Italia,
où il prit violemment parti pour l’entrée en guerre de l’Italie.
Après la guerre, en 1919, il créa le parti faciste, qui regroupait en
fait tous les mécontents. Les fascistes avaient trois point en commun :
- La déception des anciens combattants, qui avaient vu la victoire “mutilée” à Paris.
- La crainte de troubles sociaux.
- La peur du bolchévisme, qui gagnait du terrain à partir de l’Union soviétique.
1923, n°s 134/136
Les faisceaux (les “fasces lictoriae”, portés par les licteurs dans l’antique Rome)
devinrent le symbole du parti fasciste et lui donnèrent son nom
En 1920, Mussolini transforma le mouvement fasciste en un
véritable parti politique dont il devint le chef incontesté, et rapidement, la vie
politique italienne se dualisa : d’un côté la gauche, et de l’autre côté le fascisme,
avec son programme nationaliste et nettement orienté à droite. Mussolini a donc
pris un virage de 180 degrés par rapport à sa jeunesse !
125
Benito Mussolini, le “Duce”
En octobre 1922, Mussolini entreprit avec ses troupes de choc une
“marche sur Rome”, pour prendre le pouvoir, et le 30 octobre 1922, le roi le nomma
à la tête d’un nouveau gouvernement. On croyait que le gouvernement de Mussolini
allait rapidement s’effondrer : il tint 21 ans...
1923, n° 138 1923, n° 139 1938, n° 426
Commémoration de la marche sur Rome de 1922
En 1932, une grande série de 20 timbres fut émise pour
commémorer le 10e anniversaire de la marche sur Rome. Les timbres illustrent des
citations de Mussolini. Le n° 312 est le seul timbre qui représente Mussolini avant
1941.
126
1932, n°s 309, 310 & 312
10e anniversaire de la marche sur Rome de 1922
En quelques années, Mussolini parvint à éliminer toute oppostion,
aussi bien politique que populaire. Pour y parvenir, il employa la propagande, les
intimidations, les changements des lois électorales, parfois la terreur. Cela lui fut
relativement facile à cause de l’absence totale d’unité dans cette opposition. Il fut
bientôt reconnu par toute l’Italie comme “Il Duce”.
Il exigeait de l’ordre et de la discipline dans son parti, et créa à cet
effet la Milice nationale, dont les effectifs devinrent les troupes de choc du parti
fasciste.
1935, n°s 360/363 & P.A. n° 85
Timbres émis au profit de la Milice nationale
Il est plus que probable que c’est dans cette Milice nationale qu’il
faut chercher les auteurs de l’assassinat du politicien de gauche Giacomo Matteotti,
le 10 juin 1924.
1955, n° 700 Saint-Marin, 2012, n° 2332
Giacomo Matteotti
Après avoir éliminé toute opposition, il faut bien reconnaître que le
régime de Mussolini, s’il ne fut pas démocratique, fut efficace et bénéfique.
Quelques exemples de succès sont :
127
- Le retour de Fiume à l’Italie, par voie diplomatique, en 1924.
- Le redressement de l’économie et l’assainissement des finances.
- La régression spectaculaire du chômage.
- L’assèchement des Marais pontins.
1934, n°s 331 & 336 1932, n° 313
10 anniversaire du retour de Fiume
e Assèchement des Marais pontins
Le plus grand succès diplomatique de Mussolini fut de mettre un
terme à la question romaine, qui durait depuis 1870, en signant en 1929 avec le
pape Pie XI les accords du Latran. La souveraineté temporelle du pape était réduite à
la Cité du Vatican, qui devint un État à part entière. En contrepartie, le catholicisme
devint la religion d’État en Italie.
1954, n°s 670/671 1959, n° 780
25e et 30e anniversaire des accords du Latran
Vatican, 1954, n°s 192/193 Vatican, 1959, n°s 272/273
25e et 30e anniversaire des accords du Latran. Le pape Pie XI
Vatican, 1929, n°s 31/32 & 37/38
Les premiers timbres de l’ État du Vatican, en 1929, après les accords du Latran
128
Les premières difficultés commencèrent vers 1934, lorsque
Mussolini, grisé par ses succès, voulut faire de l’Italie une grande puissance coloniale.
L’Italie possédait déjà en Afrique du Nord la Tripolitaine et la Cyrénaïque, qui furent
réunies en 1934 pour former la Libye italienne. En Afrique orientale, l’Italie possédait
déjà l’Érythrée et la Somalie, mais Mussolini voulait constituer un grand ensemble
colonial en y incluant l’Éthiopie. Il attaqua l’Éthiopie en 1935 et parvint à conquérir
le pays, mais au prix d’énormes difficultés militaires et financières.
L’Érythrée, la Somalie et l’Éthiopie furent fondues dans l’Afrique
orientale italienne, et le 9 mai 1936, Mussolini proclama officiellement la naissance
du nouvel Empire romain. Le roi Victor-Emmanuel III devint l’empereur d’Éthiopie.
Tripolitaine, 1934, P.A. n° 63 Cyrénaïque, 1934, P.A. n° 30 Libye, 1937, P.A. n° 6
Tripolitaine + Cyrénaïque = Libye italienne
Érythrée, 1934, P.A.n° 7 Somalie, 1934 P.A. n° 7 Éthiopie, 1936, n° 1
Tête de Mussolini taillée dans le roc, près d’Adua
Afrique orientale italienne, 1938, P.A. n° 2
Érythrée + Somalie + Éthiopie = Afrique orientale italienne
1938, n°s 428, P.A.n°s 107 & 111
Vctor-Emmanuel III en tant qu’empereur
129
La conquête de l’Éthiopie par Mussolini lui avait aliéné de
nombreuses sympathies sur le plan international, et il se tourna alors de plus en plus
vers Hitler, qui avait pris le pouvoir en Allemagne en 1933. Progressivement, l’Italie
devint un véritable vassal de l’Allemagne nazie, et même si Mussolini joua encore un
rôle important à la conférence de Munich en septembre 1938, Berlin et non Rome
était le centre de l’axe Allemagne - Autriche (annexée par l’Allemagne en 1938) –
Italie.
Mussolini voulut montrer son importance en annexant l’Albanie en
avril 1939, en contrepartie de l’Anschluss de l’Autriche. Victor-Emmanuel III ajouta à
sa liste le titre de roi d’Albanie.
1939-1940, n°s 260/264 & 266, P.A. n°s 36 & 39 et Exprès n°s 271/272
Timbres-poste de l’occupation italienne de l’Albanie. Effigie du roi Victor-Emmanuel III, roi d’Albanie
4. La deuxième guerre mondiale
Lorsque Hitler déclencha la guerre, le 1er septembre 1939, Mussolini
garda d’abord une prudente neutralité, conscient de l’impréparation de l’armée
italienne. Mais, devant les succès initiaux de Hitler et la certitude que l’Allemagne
allait être le vainqueur final, il se joignit à Hitler et déclara la guerre aux Alliés le 10
juin 1940.
La guerre tourna rapidement à la catastrophe pour l’Italie en Afrique,
où toutes les colonies italiennes furent perdues, et où l’Allemagne dut venir en aide
avec l’Afrikakorps.
Pour montrer à Hitler de quoi l’armée italienne était capable,
Mussolini attaqua la Grèce le 28 octobre 1940, mais ici aussi ce fut un désastre :
l’Allemagne dut ici aussi venir en aide, ce qui l’obligea à retarder son invasion de
l’Union soviétique. Ce retard jouera un rôle majeur dans la défaite finale de
l’Allemagne.
130
1941, n°s 432/437
Hitler et Mussolini : “deux peuples, une guerre”
Après l’invasion des Balkans par l’armée allemande, Mussolini “reçut”
de Hitler le contrôle sur des grandes parties de la Yougoslavie démembrée : la
Slovénie, le Monténégro et la zone de Fiume.
Timbres de l’occupation italienne Timbres de l’occupation italienne
de la Slovénie du Monténégro
Timbres de l’occupation italienne de la zone de Fiume
La situation se dégrada rapidement pour l’axe Berlin – Rome après
Stalingrad, et en Italie, la popularité de Mussolini connaissait une chute vertigineuse,
suite aux multiples revers. Dans la nuit du 24 au 25 juillet 1943, il fut mis en
minorité par le Grand Conseil fasciste, et le lendemain, il fut arrêté sur ordre du roi
et emprisonné dans les montagnes du Gran Sasso.
Mais Hitler veillait : un commando allemand parvint à libérer le Duce,
qui n’était depuis lors plus un vassal, mais une véritable marionnette entre les mains
de son “ami” Hitler. Mussolini fonda dans le Nord de l’Italie la “République sociale
italienne”, pour contrer le nouveau gouvernement de Badoglio à Rome, qui avait
signé l’armistice avec les Alliés le 3 septembre 1943. Lorsque cet armistice fut
rendu public le 8 septembre, les Allemands prirent immédiatement la relève en Italie
et dans les Balkans, où ils remplacèrent leurs ex-alliés.
131
L’Italie était coupée en deux : le Sud, où les Allemands avaient pris
la relève, considérant l’Italie comme un pays occupé, et le Nord, où la République
sociale italienne restait l’alliée de Hitler.
1943-1944, timbres de la République sociale italienne
Le débarquement des Alliés en Sicile, le 10 juillet 1943, était le
début d’une remontée vers le Nord qui allait se terminer par l’écroulement de la
République sociale italienne au printemps de 1945 et l’assassinat de Mussolini par
les partisans le 28 avril 1945.
L’une des plus dures batailles fut celle du Mont Cassin, qui dura de
janvier à mai 1944.
Gouvernement polonais en exil à Londres, 1944, n°s 17/19
La bataille du Mont Cassin
La résistance italienne devint elle aussi de plus en plus hardie et
efficace, comme aux “quatre journées de Naples” (27-30 septembre 1943). Mais les
actions de la résistance engendrèrent de graves représailles de la part des
Allemands, comme les massacres des Fosses ardéatines (24 mars 1944) et de
Marzabotto (29 septembre 1944).
1954, n° 676 1965, n° 917 1975, n° 1219 1993, n° 2024
10e et 20e anniversaire de la résistance Les “quatre journées de Naples”
132
1975, n° 1220 1994, n° 2065 1994, n° 2066
Le massacre des Fosses ardéatines Le massacre de Marzabotto
Les territoires libérés entrèrent dans la période de la “lieutenance”
(luogotenenza). Les forces alliées avaient d’abord émis des timbres provisoires pour
la Sicile et pour Naples, mais dès le début de 1944, des timbres italiens furent émis,
où les faisceaux étaient supprimés.
1943, Sicile 1943, Naples 1945, Vénétie julienne
Timbres de l’occupation alliée
(A.M.G. V.G. = Allied Military Government – Venezia Giulia)
1944, n° 451 1944, n°s 461/463
Timbres de la “lieutenance”, sans faisceaux
Les partisans émirent également de nombreux timbres, avec des
surcharges, pour un usage local. Les contrefaçons et les réimpressions en sont
innombrables.
Timbre des partisans d’Aoste Timbres des partisans de Savone
(C.L.N. = Comitato di Liberazione Nazionale)
133
Le 9 mai 1946, le roi Victor-Emmanuel III abdiqua en faveur de son
fils, qui devint l’éphémère roi Humbert II (Umberto II).
1930, n°s 251/253
Humbert, alors prince héritier, lors de son mariage en 1930 avec la princesse Marie-José de Belgique
Les 2 et 3 juin 1946, un référendum national devait décider du sort
de l’Italie : 54,3% des participants votèrent pour la république, 45,7% pour la
monarchie. Humbert II quitta l’Italie le 13 juin, et partit en exil, après seulement 35
jours de règne.
C’était la fin du règne de la maison de Savoie. Les seules personnes
de cette dynastie qui furent encore honorées par un timbre-poste au temps de la
République ont été la reine Hélène, l’épouse du roi Victor-Emmanuel III, et sa fille,
Mafalda de Savoie. La reine s’était toujours distinguée par son engagement social et
ses initiatives pendant les deux guerres pour soulager la misère du peuple. Sa fille
Mafalda avait été arrêtée par les Allemands en septembre 1943, et elle mourut à
Buchenwald le 27 août 1944, après un bombardement américain.
2002, n° 2565 1995, n° 2099
La reine Hélène La princesse Mafalda
134
XIII. La République italienne (1946-...)
1. La politique intérieure
Le référendum national des 2 et 3 juin 1946 ayant donné une
majorité (loin d’être écrasante) pour un régime républicain, le roi Humbert II quitta le
territoire italien le 13 juin, et Alcide de Gasperi fut prié de remplir les fonctions de
chef provisoire de l’État. L’on peut considérer que ce jour est la date de naissance
de la République italienne.
1956, n°s 725/728
10e anniversaire de la République italienne
1966, n°s 950/951 1976, n° 1264 1996, n° 2175
20e, 30e et 50e anniversaire de la République italienne
2016, n° 3674
70e anniversaire de la République italienne
135
Une Assemblée constituante fut élue. Le 1er janvier 1948, la
nouvelle constitution, qui proclama officiellement le statut républicain de l’Italie,
entra en vigueur.
2006, n° 2875
60e anniversaire de l’Assemblée constituante
1948, n°s 516/517
Promulgation de la nouvelle constitution
1958, n°s 756/758
10 anniversaire de la constitution
e
1978, n° 1351 1998, n° 2279 2008, n° 2974
30e, 50e et 60e anniversaire de la constitution
136
2017, n° 3787
70 anniversaire de la constitution
e
Les premiers présidents de la République italienne furent Enrico De
Nicola (1946-1948), Luigi Einaudi (1948-1955), Giovanni Gronchi (1955-1962),
Antonio Segni (1962-1964), Giuseppe Saragat (1965-1971) et Giovanni Leone
(1971-1978). Ils sont réunis sur un timbre de 1976.
1976, n° 1265
Les présidents De Nicola, Einaudi, Gronchi, Segni, Saragat et Leone
Peu de présidents italiens ont été honorés par un timbre-poste
individuel. Il n’y a que Luigi Einaudi, président de 1948 à 1955, et Sandro Pertini,
président de 1978 à 1985. Les voyages à l’étranger des présidents Gronchi, Saragat
et Pertini ont cependant fait qu’ils sont représentés sur des timbres du Brésil et de
l’Uruguay.
1974, n° 1170 2012, n° 3301 Saint-Marin, 2011, n° 2259
Luigi Einaudi, président de 1948 à 1955
137
Uruguay, 1961, P.A. n°s 210/212
Giovanni Gronchi, président de 1955 à 1962
Brésil, 1958, n° 661 Iran, 1957, n° 889
Giovanni Gronchi, président de 1955 à 1962
Brésil 1965, n° 783
Giuseppe Saragat, président de 1965 à 1971
2018, n°s 3809/3811
Giovanni Gronchi Giuseppe Saragat Oscar Luigi Scalfaro
président de 1955 à 1962 président de 1965 à 1971 président de 1992 à 1999
138
1996, n° 2195 Saint-Marin, 1984, n° 1097 Uruguay, 1986, n° 1201
Sandro Pertini, président de 1978 à 1985
Le voyage du président Gronchi au Pérou en 1961 a failli provoquer
un incident diplomatique : un timbre fut émis à cette occasion le 3 avril 1961,
représentant la carte du Pérou. Mais il s’avéra que cette carte était inexacte : elle
était amputée d’un territoire de 174 000 km2, connu sous le nom de “triangle de
l’Amazone”, et qui était également revendiqué par l’Équateur. Une conférence
américaine avait attribué définitivement ce territoire au Pérou en 1942, mais le
dessinateur italien s’était basé sur une carte de... 1939 !
Des nouveaux timbres avec la carte exacte furent imprimés
d’urgence, dans une nouvelle couleur, et ils furent collés sur les timbres erronés qui
étaient déjà apposés sur les aérogrammes préparés pour accompagner l’avion
présidentiel. Le timbre inexact est connu sous le nom de “Gronchi rosa”.
1961, n°s 847 & 847A
Le timbre exact Le timbre inexact (le “Gronchi rosa”)
Avec le retour à la démocratie, le jeu des partis politiques reprit de
plus belle. Au début, il y eut un gouvernement de coalition comprenant les
démocrates-chrétiens, les socialistes et les communistes, constitué pour établir la
république, mais rapidement, les clivages politiques devinrent trop importants pour
continuer à gouverner ensemble. Jusqu’à la fin du siècle, les partis allaient parfois
s’affronter, parfois s’allier, dans des gouvernements souvent éphémères :
l’instabilité gouvernementale italienne atteignait un niveau rarement égalé dans les
démocraties européennes. Il faut ici survoler les tendances politiques les plus
importantes.
139
- Le parti libéral (PLI). Avec à sa tête Benedetto Croce (1866-1952), il se présenta
comme le principal parti conservateur en Italie, mais il ne joua plus jamais un rôle
important jusqu’à sa dissolution à la fin du 20e siècle.
Les deux premiers présidents de la République furent cependant des
membres de ce parti : De Nicola et Einaudi.
1966, n° 943 2016, n° 3643
Benedetto Croce
- Le parti communiste (PCI). Le PCI, qui devint un des plus importants partis
communistes d’Europe, avait eu comme fondateurs en 1921 Antonio Gramsci
(1891-1937) et Palmiro Togliatti (1893-1964). Le parti communiste italien
participa au premier gouvernement républician italien en 1946, mais dès 1947, il
entra dans l’opposition et devint le plus coriace adversaire de la démocratie-
chrétienne.
1987, n° 1741 1997, n° 2223 Union soviétique, 1964, n° 2858
Antonio Gramsci Palmiro Togliatti
Deux grands noms du PCI ont été Nilde Lotti (1920-1999), qui fut la
première femme à assumer la présidence de la chambre des députés de 1979 à
1992, et Enrico Berlinguer (1922-1984), qui dirigea le PCI de 1972 jusqu’à sa mort.
Il eut le mérite d’oeuvrer pour un Eurocommunisme plus indépendant de Moscou.
140
2006, n° 2876 2014, n° 3465
Nilde Lotti Enrico Berlinguer
- Le parti socialiste (PSI). Le parti socialiste italien a été fondé en 1892. Parmi les
grands nom de ses débuts, qui furent réprimés par le fascisme, il faut mentionner
Filippo Turati (1857-1932) et Camillo Prampolini (1859-1930). Après la guerre, le
PSI fut longtemps inféodé au parti communiste, mais son leader Pietro Nenni (1891-
1980) parvint à en faire une formation importante qui participa à de nombreux
gouvernements. Tout comme le parti libéral, il fut dissous en 1994 après le scandale
des “mani pulite” (les mains sales), où son premier ministre Bettino Craxi était
largement impliqué.
Saint-Marin, 2012, n° 2331 1959, n° 786 1991, n° 1931
Filippo Turati Camillo Prampolini Pietro Nenni
- La démocratie-chrétienne (DC). Ce parti s’est toujours profilé au centre, et a été
pendant un demi-siècle le parti dominant de la scène politique italienne. Tous les
premiers ministres de 1948 à 1982 et cinq des neufs présidents de la République de
1948 à 1992 sont sortis de ses rangs.
Le grand nom des premières années de l’après-guerre a été Alcide
de Gasperi (1881-1954). Il fut un des fondateurs de la République italienne, et
occupa le poste de premier ministre de 1945 à 1953. Il joua un rôle majeur dans la
construction européenne, et est considéré, avec Jean Monnet et Robert Schuman,
comme un des trois grands pères de l’Europe.
141
1981, n° 1475 2005, n° 2812
Alcide de Gasperi
D’autre personnalités de la DC qui furent premier ministre sont
Amintore Fanfani (1908-1999, cinq fois premier ministre entre 1954 et 1987) et
Aldo Moro (1916-1978, deux fois premier ministre entre 1963 et 1976). Aldo Moro
fut assassiné à Rome le 9 mai 1978 par les Brigades rouges.
2008, n° 2976 2003, n° 2644 2016, n° 3696
Amintore Fanfani Aldo Moro
D’autres membres de la DC ont également eu l’honneur d’un timbre-
poste, pour leurs services dans différents gouvernements, comme Ezio Vanoni
(1903-1956, économie et finance), Guido Gonella (1905-1982, justice) et Giorgio
La Pira (1904-1977, promoteur du pacifisme).
2003, n° 2654 2004, n° 2684 2005, n° 2801
Ezio Vanoni Giorgio La Pira Guido Gonella
142
2. La question de Trieste
Le premier grand problème auquel le gouvernement de la jeune
république fut confronté est celui de Trieste. L’Istrie, Fiume et la Dalmatie avaient
été définitivement attribuées à la Yougoslavie, ce qui avait causé un exode
dramatique de la population italienne de ces régions.
1997, n° 2277 2005, n° 2763 2007, n° 2973
Exode italien d’Istrie, de Fiume et de Dalmatie Fiume, ville autrefois
italienne
Mais l’Italie continuait à réclamer Trieste, parce que la ville était déjà
en sa possession avant la période fasciste. Le traité de Paris de 1947 créa un
“territoire de Trieste”, sous contrôle de l’ONU, mais coupé en deux zones : l’une
anglo-américaine, comprenant la ville de Trieste et plus de 300 000 habitants (zone
A), l’autre yougoslave, avec un peu plus de 50 000 habitants (zone B).
Chaque zone émit ses propres timbres : dans la zone A des timbres
de la République italienne avec la surcharge “A.M.G. F.T.T.” (= Allied Military
Government Free Triest Territory). Dans la zone B, soit des timbres spécifiques, soit
des timbres yougoslaves, avec le texte ou la surcharge “VUJA STT” (= Vojna Uprava
Jugoslavenske Armije Slobodni Teritorij Trsta, ce qui signifie “Administration militaire
par l’armée yougoslave du territoire libre de Trieste”).
1947-1954 : timbres de Trieste de la zone A
1947-1954 : timbres de Trieste de la zone B
143
Le 26 octobre 1954, l’ONU décida que la zone A allait
définitivement à l’Italie, la zone B à la Yougoslavie. Mais déjà, en 1952, l’Italie avait
émis un timbre pour la foire de Trieste, avec... un drapeau italien.
1952, n° 631 2004, n° 2744
Déjà le drapeau italien à Trieste ! 50e anniversaire du retour de Trieste à l’Italie
26 octobre 1954 : enveloppe du premier jour du retour de Trieste à l’Italie.
Emploi simultané de timbres de Trieste zone A et d’Italie, et cachet de propagande : “E per sempre !”
144
3. La dimension européenne
La République italienne a toujours été un fervent promoteur de l’idée
européenne. Deux Italiens font partie des “Pères de l’Europe” : le chrétien-
démocrate Alcide de Gasperi, déjà cité, et l’homme de gauche Altiero Spinelli.
Saint-Marin, 2011, n°s 2290/2291 2007, n° 2945
Alcide de Gasperi Altiero Spinelli
L’Italie était parmi les membres fondateurs de l’OTAN, ayant signé le
Pacte atlantique le 4 avril 1949.
1953, n°s 660/661
4e anniversaire de la signature par l’Italie du Pacte atlantique, base de l’OTAN, le 4 avril 1949
1959, n°s 781/782
10 anniversaire de l’adhésion de l’Italie à l’OTAN
e
Le 14 décembre 1955, l’Italie devint membre des Nations-Unies.
2005, n° 2817
50e anniversaire de l’entrée de l’Italie à l’ONU
En 1951, l’Italie fut parmi les premiers pays signataires du traité de
Paris, qui fonda la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA).
145
1971, n°s 1070/1071
20e anniversaire de la CECA. Effigies de Konrad Adenauer, Robert Schuman et Alcide de Gasperi
Paul-Henri Spaak présenta le 21 avril 1956 le “Rapport Spaak” aux
six membres, dont l’Italie, de la Commission européenne du charbon et de l’acier. Ce
rapport a été la base de la signature par ces six pays, le 25 mars 1957, du Traité de
Rome, première étape vers l’Union européenne.
1996, n° 2177
40 anniversaire du Rapport Spaak
e
1967, n° 961/962 1982, n° 1531
10e et 25e anniversaire de la signature du Traité de Rome
1997, n° 2216 2007, n° 2925
40e et 50e anniversaire de la signature du Traité de Rome
146
2017, n° 3734
60 anniversaire de la signature du Traité de Rome
e
Dès l’introduction de la monnaie unique en Europe, le 1er janvier
2002, l’Italie adhéra à la zone euro.
2002, n°s 2552/2555
L’euro devient l’unité monétaire de l’Italie
4. L’Italie du 21e siècle
À la fin du 20e siècle, l’Italie fut touchée par une grave crise
institutionnelle. Surtout dans l’Italie méridionale et en Sicile, le crime organisé
connaissait un développement rarement atteint auparavant. Les juges anti-mafia
Giovanni Falcone et Paolo Borsellino furent tous deux assassinés à Palerme en 1992.
2002, n°s 2579
Les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, assassinés en 1992
147
Les partis politiques faisaient preuve d’impuissance, et la
magistrature entama, à partir de 1992, une action “mains propres”, qui mit à jour
une corruption généralisée, érigée en véritable système dans le monde politique et
économique. Les partis classiques, comme la DC, le PCI, le PSI et le PLI,
s’effondrèrent pour faire place à de nouveaux partis, où la polarisation gauche-droite
était nettement plus marquée. La figure la plus marquante sur la nouvelle scène
politique fut sans conteste Silvio Berlusconi, richissime homme d’affaires qui fut le
leader de la droite jusqu’à sa chute fin 2011.
L’Italie essaie actuellement de se relever d’une crise économique
sans précédent, et joue avec grande humanité un rôle primordial dans l’accueil des
innombrables réfugiés arrivant d’Afrique par mer dans des conditions dramatiques.
148
Bibliographie
- Pierre Milza, Histoire de l’Italie des origines à nos jours, éd. Pluriel, 2013
- Ivan Cloulas, Laurent le Magnifique, éd. Fayard,1982
- Ivan Cloulas, Jules II, éd. Fayard, 1990
- Enzo Gualazzi, Savonarole, éd. Payot, 1985
- Max Gallo, Garibaldi, éd. Fayard, 1982
- André Brissaud, Mussolini, 3 vol., éd. Perrin, 1983
- Jean-Mathieu Rosay, De ware geschiedenis van de pausen, éd. Coda, 1993
- Benoist-Méchin, Frédéric de Hohenstaufen, éd. Perrin, 1980
- Tim Cornell & John Matthews, Atlas van het Romeinse rijk, éd. Elsevier
- Donald Matthew, Atlas van de Middeleeuwen, éd. Elsevier
- Edward Gibbon, Herfsttij en ondergang van het Romeinse rijk, éd. Bruna
- Jean Huré, Histoire de la Sicile, série “Que sais-je?”, éd. Presses universitaires
de France, 1957
- Guy Coutant, Histoire et philatélie de la Grèce
- Guy Coutant, Histoire et philatélie de l’Albanie
- Guy Coutant, Histoire et philatélie de Fiume
- Guy Coutant, Histoire et philatélie de la Somalie
- Et bien sûr les inépuisables ressources d’internet, en premier lieu Wikipedia
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