Prise en charge du choc hémorragique
Prise en charge du choc hémorragique
Accueil du polytraumatisé
C. Laplace, J. Duranteau
Réanimation chirurgicale, département d’anesthésie-réanimation chirurgicale, CHU de Bicêtre, AP-HP,
78, rue du Général-Leclerc, 94275 Le Kremlin-Bicêtre cedex, France
POINTS ESSENTIELS
❍ La prise en charge hospitalière initiale des patients traumatisés ne doit suppor-
ter aucun délai et la démarche diagnostique et thérapeutique doit être extrê-
mement rigoureuse. L’adéquation et la rapidité de la mise en œuvre de cette
prise en charge influent directement sur le pronostic du polytraumatisé.
❍ L’examen clinique initial est complété, en salle de déchocage, et une radiogra-
phie thoracique de face (idéalement couplée à l’échographie pleuro-pulmo-
naire), une radiographie de bassin de face et l’échographie abdominale. Un
examen tomodensitométrique en première intension ne peut se concevoir chez
un polytraumatisé non évalué en salle de déchocage.
❍ Le doppler transcrânien doit désormais faire partie de l’évaluation initiale du
traumatisé.
❍ Le choc traumatique évolue en trois phases : la plus précoce est dominée par
l’hémorragie. Secondairement, un syndrome inflammatoire lié à la reperfusion
et aux lésions tissulaires évolue vers la guérison ou les dysfonctions viscérales.
❍ Il est essentiel, en cas de choc hémorragique, de maintenir le mieux possible
une hémostase biologique en limitant le remplissage vasculaire au minimum
nécessaire pour limiter la coagulopathie de dilution et en ayant une stratégie
transfusionnelle agressive par un apport précoce et anticipé de culots globulai-
res, PFC et de fibrinogène.
❍ L’introduction précoce d’un vasopresseur permet de corriger rapidement
l’hypotension artérielle au cours du choc hémorragique, mais il ne faut pas
oublier que le remplissage vasculaire reste le traitement du choc hémorragi-
que. Le vasopresseur n’est là que pour aider le réanimateur à corriger rapide-
ment l’hypotension et permettre de réaliser une expansion efficace et raisonna-
ble.
❍ Les recommandations européennes relatives à la gestion de l’hémorragie
post-traumatique, recommandent d’avoir un objectif de PA systolique de 80–
90 mm Hg (PA moyenne de 60–65 mm Hg) jusqu’à la réalisation de l’hémos-
tase.
2 C. Laplace, J. Duranteau
Introduction
Les traumatismes représentent la 4e cause de mortalité tous âges confondus et la pre-
mière cause de mortalité dans la population des moins de 40 ans [1,2]. Ils s’accompa-
gnent d’une morbidité majeure avec des séquelles parfois lourdes tant sur le plan per-
sonnel, familial et social. Le polytraumatisé se défini comme un traumatisé grave
présentant plusieurs lésions corporelles dont l’une au moins engage le pronostic vital à
très court terme [3]. L’Injury Severity Score (ISS) est supérieur à 25 pour les traumatis-
mes sévères avec risque vital [4]. Le choc hémorragique est responsable, à lui seul, de
40 % de la mortalité chez ces patients dans les 48 h qui suivent le traumatisme [5]. La
prise en charge hospitalière initiale de tels patients ne doit supporter aucun délai et la
démarche diagnostique et thérapeutique doit être extrêmement rigoureuse. Elle doit se
faire selon une véritable stratégie afin de déterminer l’urgence thérapeutique et d’éta-
blir le bilan lésionnel complet. L’adéquation et la rapidité de la mise en œuvre de cette
stratégie influent directement sur le pronostic du polytraumatisé. Cette prise en charge
initiale ne peut se concevoir que dans le cadre de centres dédiés à la traumatologie,
rompus à la prise en charge de telles pathologies et disposant de tout le plateau techni-
que nécessaire.
L’objectif de ce chapitre est de détailler la prise en charge hospitalière initiale d’un poly-
traumatisé avec la démarche diagnostic permettant d’établir le bilan lésionnel et les
thérapeutiques urgentes à mettre en œuvre afin de contrôler les défaillances d’organes,
en particulier l’insuffisance circulatoire aiguë.
La stratégie diagnostique
L’insuffisance circulatoire aiguë, l’insuffisance respiratoire aiguë et le coma sont les
trois défaillances vitales les plus fréquentes chez les polytraumatisés. La stratégie dia-
gnostique doit permettre de définir l’étiologie de chacune d’elles et d’adapter la straté-
gie thérapeutique afin d’apporter rapidement les mesures correctives adaptées.
Dans ce contexte particulier du traumatisé, la défaillance circulatoire en rapport avec
une hypovolémie est de loin la cause la plus fréquente de défaillance vitale (plus de 80 %
des cas). Elle est liée à une hémorragie active ou à une vasoplégie intense dans les situa-
tions de traumatisme médullaire. Elle peut aussi être en rapport avec un choc obstruc-
tif par tamponnade gazeuse ou liquidienne (environ 20 % des cas) et exceptionnelle-
ment avec un choc cardiogénique, dans le cadre d’une contusion myocardique sévère
(moins de 1 % des cas).
ment au scanner dans le but de réaliser immédiatement le bilan lésionnel. Cette atti-
tude ne doit pas être appliquée sans discernement à tous les polytraumatisés au risque
d’entraîner une perte de chance chez certains patients. La réalisation d’une tomodensi-
tométrie, si rapide soit elle avec les nouvelles machines, nécessite un temps non négli-
geable de transport intra-hospitalier et d’installation pouvant être préjudiciable chez
un patient défaillant et instable. En effet, la grande majorité des polytraumatisés néces-
sitent des gestes d’urgence dès leur admission hospitalière, qui ne peuvent supporter
aucun délai : intubation oro-trachéale, drainage thoracique d’un épanchement com-
pressif, hémostase chirurgicale urgente, remplissage vasculaire massif, osmothérapie
en cas d’engagement cérébral. Dans ce débat sur la réalisation première d’une tomo-
densitométrie, plusieurs cas de figure peuvent se présenter à l’admission du patient.
y Le traumatisé ne présente pas de défaillance évidente, dans ce cas, la tomodensitomé-
trie en première intention pourrait éventuellement être le premier examen à réaliser
mais cette attitude reste pour l’heure à valider. Seules quelques études retrouvent un
bénéfice [12]. Cette attitude nécessiterait par ailleurs la définition objective stricte de
critères pour accepter cette conduite à tenir sans prise de risque, chez des patients
dont la seule évaluation clinique serait pré-hospitalière.
y Le patient est instable pendant le transport et à l’arrivée à l’hôpital : Dans cette situa-
tion, aucune étude ne peut recommander pour l’instant la réalisation immédiate
d’une tomodensitométrie. La FAST et les radiographies standards réalisées en salle
de déchocage restent les examens à réaliser sans délai. Ils permettent en quelques
minutes, sans déplacer le patient, en même temps que la réalisation des manœuvres
de réanimation, d’avoir une orientation sur l’étiologie d’une instabilité circulatoire et
de décider de la meilleure orientation à adopter pour le patient. En cas de stabilisa-
tion du patient grâce aux premières manœuvres de réanimation (remplissage vascu-
laire, transfusion, drainage pleural, intubation, mise sous catécholamines, osmothé-
rapie…), la réalisation de la tomodensitométrie permettra alors, le bilan exhaustif
détaillé des lésions avant de définir un plan thérapeutique adapté en fonction des
priorités. Le transport du patient en salle de radiologie se fera alors avec le minimum
de risque, chez un patient monitoré et réanimé.
y En cas d’insuffisance circulatoire aiguë sur l’aire d’accueil hospitalière, non contrôlée
par les premières manœuvres de réanimation, le patient ne doit pas être mobilisé
pour réaliser la tomodensitométrie. Le seul motif de déplacement devant être le
transport au bloc opératoire ou en salle de radiologie interventionnelle afin de con-
trôler un saignement massif actif (hémopéritoine aigu, hémothorax massif avec sai-
gnement actif, fracas du bassin…). Dans ces cas, les premiers examens (radiographies
du thorax, du bassin et FAST) permettent rapidement la localisation du site hémor-
ragique et orientent vers l’attitude thérapeutique à adopter : laparotomie d’hémos-
tase, thoracotomie d’hémostase ou artério-embolisation d’une lésion artérielle pel-
vienne. Par ailleurs, la possibilité de répéter l’examen échographique pendant les
premières minutes de la réanimation donne des arguments majeurs sur l’évolutivité
d’un hémopéritoine ou d’un hémothorax. La tomodensitométrie est alors réalisée
après l’obtention de l’hémostase, en sortie de bloc opératoire ou de salle de radiologie
interventionnelle.
L’examen tomodensitométrique ne peut donc se concevoir que chez un patient stable
ou stabilisé par les manœuvres de réanimation instaurées en salle de déchoquage, mais
en aucun cas chez un patient qui n’a pas été évalué à l’arrivée. Une étude ayant comparé
la « FAST » et la tomodensitométrie et ayant conclu à la supériorité du scanner ne
posait pas le problème en termes corrects [12]. Elle s’intéressait à des patients hémody-
Accueil du polytraumatisé 5
La stratégie thérapeutique
L’insuffisance circulatoire du polytraumatisé à la phase aiguë de sa prise en charge,
c’est à dire dans les premières heures, se focalise souvent sur le traitement du choc
hémorragique traumatique dont la prise en charge a fait l’objet de recommandations
européennes récentes [15]. Le temps écoulé entre le traumatisme et le contrôle du sai-
gnement doit être le plus court possible et les gestes chirurgicaux d’hémostase doivent
suivre les règles du « damage control ».
À la phase initiale du choc hémorragique, la fréquence cardiaque (FC) et la pression
artérielle (PA) sont le plus souvent les seuls paramètres hémodynamiques d’évaluation
du choc hémorragique. Cependant, si une tachycardie, chez un patient vigile, est un
témoin plus précoce que la PA de la diminution du retour veineux, son interprétation
peut être influencée par l’anxièté ou par la douleur du patient. D’autre part, il faut
garder à l’esprit le piège classique que constitue l’apparition d’une bradycardie témoi-
gnant d’une réduction du volume intravasculaire supérieure à 50 %.
La PA reste donc le principal indice hémodynamique sur lequel la réanimation initiale
du choc hémorragique est conduite. La priorité thérapeutique est, outre de contrôler
6 C. Laplace, J. Duranteau
« remplissage immédiat » était de 1,26 (1,00–1,58) [18]. Le concept proposé par Bickell
et al. était alors d’amener au plus vite le patient au centre de traumatologie sans réaliser
d’expansion volémique. Mais, cette étude, outre les limites méthodologiques qu’elle
possède, ne permet pas de recommander une telle stratégie dans les traumatismes
fermés lors de temps prolongés de transport vers le centre de traumatologie et chez des
patients présentant des comorbidités. Une revue Cochrane ne permet pas de trancher
formellement entre les deux attitudes [19]. Le degré de remplissage vasculaire initial
reste donc une question en suspens. Cependant, Il est logique d’aller vers la prévention
d’une hémodilution en limitant le remplissage vasculaire au minimum nécessaire [15]
et d’avoir une stratégie aggressive pour maintenir le mieux possible une hémostase bio-
logique par un apport précoce et anticipé de culots globulaires, de PFC et de fibrino-
gène tant que l’hémostase chirurgicale ou radio-interventionnelle n’est pas réalisée.
Afin d’effectuer le remplissage vasculaire le plus adapté possible, il est intéressant
d’obtenir chez les patients en choc hémorragique une évaluation du débit cardiaque et
du volume d’éjection systolique. Les techniques disponibles à l’heure actuelle sont
multiples : thermodilution (Picco®), analyse de l’onde de pouls (Vigileo® et Picco®),
doppler œsophagien (cardioQ®) ou encore échocardiographie transthoracique ou
trans-œsophagienne. De même, l’analyse de la variabilité respiratoire de la PA sous ven-
tilation mécanique permet d’évaluer la précharge dépendance ventriculaire [20]. Ce
paramètre est facile à analyser chez les patients polytraumatisés grâce au cathéter arté-
riel posé à l’arrivée de ces patients en salle de déchocage.
Comme nous l’avons vu, il est essentiel d’avoir une stratégie transfusionnelle agressive
pour maintenir le mieux possible une hémostase biologique. L’emploi de concentrés
érythrocytaires est nécessaire pour compenser l’anémie aiguë qui altère le transport
artériel en oxygène. Leur administration est guidée par le taux d’hémoglobine. Les
objectifs sont variables selon l’âge du patient, ses antécédents, l’importance de l’hémor-
ragie et son caractère contrôlée ou non. L’apport de concentrés érythrocytaires est
indispensable en dessous de 7 g/dl d’hémoglobine chez le sujet sain et de 10 g/dl chez
le sujet à la réserve cardiaque altérée. En cas de traumatisme crânien sévère, un niveau
d’hémoglobine de 10 g/dl est recommandé. En cas de grande urgence hémorragique,
on peut transfuser le patient avec des concentrés globulaires de groupe O, rhésus néga-
tif. Dès les résultats du groupe sanguin connu, on adaptera la transfusion avec des con-
centrés globulaires iso-groupe, iso-rhésus.
Classiquement, un taux de prothrombine inférieur ou égal à 40 % nécessite l’apport de
facteurs de coagulation. Chez le traumatisé crânien, cette limite et fixée à 50 % (60 %
pour une pose de capteur de pression intracrânienne). De manière similaire, l’utilisa-
tion de transfusion plaquettaire est indispensable si la numération plaquettaire est
inférieure ou égale à 5·104/mm3 (105/mm3 chez le traumatisé crânien). Le taux de fibri-
nogène doit être maintenu au-dessus de 1 g/l et peut justifier l’administration de solu-
tion de fibrinogène dans la mesure où les PFC sont parfois insuffisants en terme
d’apport de fibrinogène. L’administration de facteur VII activé pourra être envisagée
devant un choc hémorragique non contrôlé par la chirurgie et l’artériographie emboli-
sation [21]. Les recommandations européennes sur l’utilisation du facteur VII activé
suggèrent d’administrer ce médicament alors que le pH est supérieur à 7,20, que les pla-
quettes sont supérieures à 50 000/mm3, que le taux de fibrinogène est supérieur à 1 g/l
et que l’hématocrite est supérieur à 24 % [21]. La dose recommandée dans le cadre d’un
traumatisme par la société européenne de réanimation est de 200 γ/kg lors de la pre-
mière injection suivi d’une injection de 100 γ/kg 1 h et 3 h après la première injection.
Mais la question de la dose optimale persiste dans la mesure où le facteur VII activé est
8 C. Laplace, J. Duranteau
Les vasopresseurs
L’emploi des vasopresseurs est un élément indispensable du contrôle de l’hémodyna-
mique du choc hémorragique. Lors du choc hémorragique, l’hypotension, liée à la spo-
liation sanguine, est compensée chez le patient conscient par une activation du système
sympathique avec une redistribution du flux sanguin et une mobilisation du pool vei-
neux non contraint splanchnique. Cette adaptation va permettre de maintenir la pres-
sion artérielle jusqu’à une perte sanguine d’environ 1500–2000 ml. Ainsi, chez le sujet
conscient, une pression artérielle maintenue pourra faire sous-estimer la perte san-
guine malgré une spoliation sanguine déjà importante. Cependant, dans le cadre du
polytraumatisme, la nécessité quasi systématique de recours à l’intubation orotra-
chéale et à la sédation, rend la pression artérielle, du fait de l’inhibition du système sym-
pathique par les hypnotiques, très informative sur le degré d’hypovolémie. Les travaux
de Vatner et al. [22] l’ont parfaitement illustré chez l’animal, montrant une parfaite
corrélation entre la réduction de la pression artérielle et le degré d’hémorragie chez
l’animal dénervé ou sous anesthésie barbiturique, alors que la pression artérielle restait
stable chez l’animal éveillé. Le premier intérêt des vasopresseurs dans le choc hémorra-
gique est donc de lutter contre la diminution de la capacité de stimulation du système
sympathique induite par la sédation et donc de contrebalancer les effets de l’anesthésie.
Au cours du choc hémorragique, rapidement vont apparaître des phénomènes inflam-
matoires généraux liés au stress traumatique, aux lésions tissulaires, à la réanimation
qui vont entraîner la pérennisation du choc [23]. Progressivement, va s’installer une
vasoplégie liée au SIRS (Syndrôme de Réponse Inflammatoire Systémique) réalisant un
tableau hémodynamique « sepsis-like » avec vasoplégie et fuite capillaire. La présence
d’un choc hémorragique et d’un remplissage vasculaire massif ont été montré comme
étant en cause dans l’apparition des syndromes de défaillance multi-viscérale précoces
chez le polytraumatisé [24].
Une utilisation précoce des vasopresseurs trouve une autre justification pour éviter un
remplissage vasculaire excessif. La prise en charge nord américaine du choc hémorragi-
que est basée en premier lieu sur le remplissage, l’introduction de catécholamines étant
réservée aux situations catastrophiques comme un traitement de dernier recours. Mais
les amines vasopressives ont leur intérêt à différents moments au cours du choc hémor-
ragique. À la phase initiale, l’administration de catécholamines vasoconstrictrices se
justifie afin de maintenir une pression de perfusion si le remplissage vasculaire ne
permet pas à lui seul de restaurer la pression artérielle. Une administration précoce des
vasopresseurs limiterait les effets délétères d’une expansion volémique excessive asso-
ciée à une dilution des facteurs d’hémostase. Dans un modèle murin de choc hémorra-
gique non contrôlé, une étude a comparé une prise en charge conventionnelle basée sur
un remplissage isolé versus une introduction précoce de noradrénaline associée au
Accueil du polytraumatisé 9
séquences néfastes sur la mortalité. Il est toutefois essentiel de noter que dans cette
étude 1/ le petit nombre de patients étudié ne permet pas de mettre en évidence une dif-
férence de mortalité, 2/ dans le groupe PA moyenne 70 mm Hg, la PA moyenne avant
l’arrêt de l’hémorragie était égale à 100 mm Hg. Sur la base de cette étude, il est donc
impossible de conclure formellement sur le bien fondé d’une PA moyenne égale à
70 mm Hg. Les recommandations européennes relatives à la gestion de l’hémorragie
post-traumatique, recommandent d’avoir un objectif de PA systolique de 80–
90 mm Hg (PA moyenne de 60–65 mm Hg) jusqu’à la réalisation de l’hémostase [15].
Dans une étude récente réalisée à l’accueil de polytraumatisés, une stratégie de remplis-
sage guidée par le doppler œsophagien comparée à une attitude classique basée uni-
quement sur la pression artérielle a démontré des bénéfices. Le groupe des patients trai-
tés sur la base des données du doppler œsophagien avait pour un même objectif de
pression artérielle moyenne, un taux de lactate plus bas, une fréquence moindre de
complications infectieuses en réanimation et une durée d’hospitalisation plus courte
[30]. Cet article met en exergue les limites d’une réanimation basée exclusivement sur
la pression artérielle. De manière similaire aux dernières recommandations sur le sep-
sis, l’urgence est au remplissage vasculaire, éventuellement en association aux catécho-
lamines. L’avenir de la prise en charge hémodynamique sera probablement à l’évalua-
tion directe des circulations régionales et à l’évaluation de l’oxygénation tissulaire.
Diverses méthodes existent actuellement : la saturation tissulaire en oxygène (NIRS)
[31,32], la spectroscopie orthogonale polarisée (OPS) [33,34], et la mesure de la capno-
métrie sublinguale (SLO2) [35]. L’emploi de ces techniques comme objectifs de la réani-
mation dans le choc hémorragique traumatique doit faire l’objet d’études cliniques.
La neuro-réanimation associée
L’association d’un traumatisme crânien grave avec coma et d’un choc hémorragique
revêt un caractère particulier de gravité. En effet, le cerveau traumatisé est d’une vulné-
rabilité extrême et les lésions ischémiques secondaires ont été montrées comme étant
un facteur pronostic majeur du traumatisme crânien. Hors, la période post-traumati-
que précoce, en particulier lorsque coexiste un choc hémorragique est fréquemment
associée à une hypotension et une hypoxie [27,36]. Les recommandations actuelles
sont en faveur du maintien d’une pression artérielle systolique ≥ 90 mm Hg [37,38], ce
qui en présence d’un choc hémorragique justifie de manière encore plus impérative, le
contrôle rapide de l’hémostase. En effet, tant que l’hémostase chirurgicale n’a pas été
obtenue, la nécessaire augmentation de la pression artérielle pour maintenir une pres-
sion de perfusion cérébrale adéquate est contre balancée par le risque majoré de saigne-
ment. La particularité de la phase post-traumatique précoce est l’absence de monito-
rage cérébral. Le doppler trans-crânien trouve donc là un intérêt tout particulier. Il est
rapide à mettre en œuvre, reproductible et non invasif. D’autre part, il est performant
pour la mise en évidence des épisodes d’ischémie cérébrale par basse pression de perfu-
sion cérébrale. Une étude récente de notre équipe a démontré l’intérêt du doppler
trans-crânien précoce dans la détection des hypoperfusions cérébrales et dans la mise
en œuvre de thérapeutiques adaptées pour normaliser cette perfusion cérébrale [11].
Après contrôle de l’hémorragie, tout comme l’hémodynamique générale nécessite un
monitorage complémentaire, la neuro-réanimation justifie la mise en place d’un moni-
torage cérébral multimodal. La mise en place d’un capteur de pression intracrânienne
permettra d’ajuster le niveau de pression artérielle moyenne de manière à assurer une
pression de perfusion cérébrale suffisante. En effet, la pression de perfusion cérébrale
(PPC) est la pression motrice de la circulation cérébrale, résultante de la pression arté-
Accueil du polytraumatisé 11
Conclusion
Le polytraumatisme est une situation clinique fréquente, elle est responsable d’associa-
tions lésionnelles multiples et de la survenue de défaillances viscérales mettant en péril
le pronostic vital du patient. L’insuffisance circulatoire qui y est fréquemment associée
nécessite pour sa prise en charge une attitude diagnostic protocolisée et rigoureuse afin
d’identifier le plus rapidement possible l’origine de l’instabilité. D’autre part, la straté-
gie thérapeutique ne doit subir aucun délai. Elle doit permettre rapidement le contrôle
de l’origine du saignement dans le cas d’un choc hémorragique et assurer une réanima-
tion intensive immédiate prenant en considération les impératifs de traitement des
autres défaillances vitales (défaillance neurologique et insuffisance respiratoire). Enfin,
dans un second temps, en réanimation, la mise en place d’un monitorage adéquat et la
12 C. Laplace, J. Duranteau
prise en compte de toutes les pathologies doit permettre une optimisation des théra-
peutiques à même d’assurer un pronostic favorable au patient avec le moins de séquel-
les possibles.
Cette prise en charge spécifique nécessite une prise en charge pluri-disciplinaire, dans
des centres hospitaliers au plateau technique adapté et avec des équipes rompues à la
prise en charge rapide de tels patients.
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