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Prise en charge du choc hémorragique

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51e Congrès national d’anesthésie et de réanimation. Médecins. Les essentiels.

© 2009 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

Accueil du polytraumatisé
C. Laplace, J. Duranteau
Réanimation chirurgicale, département d’anesthésie-réanimation chirurgicale, CHU de Bicêtre, AP-HP,
78, rue du Général-Leclerc, 94275 Le Kremlin-Bicêtre cedex, France

POINTS ESSENTIELS
❍ La prise en charge hospitalière initiale des patients traumatisés ne doit suppor-
ter aucun délai et la démarche diagnostique et thérapeutique doit être extrê-
mement rigoureuse. L’adéquation et la rapidité de la mise en œuvre de cette
prise en charge influent directement sur le pronostic du polytraumatisé.
❍ L’examen clinique initial est complété, en salle de déchocage, et une radiogra-
phie thoracique de face (idéalement couplée à l’échographie pleuro-pulmo-
naire), une radiographie de bassin de face et l’échographie abdominale. Un
examen tomodensitométrique en première intension ne peut se concevoir chez
un polytraumatisé non évalué en salle de déchocage.
❍ Le doppler transcrânien doit désormais faire partie de l’évaluation initiale du
traumatisé.
❍ Le choc traumatique évolue en trois phases : la plus précoce est dominée par
l’hémorragie. Secondairement, un syndrome inflammatoire lié à la reperfusion
et aux lésions tissulaires évolue vers la guérison ou les dysfonctions viscérales.
❍ Il est essentiel, en cas de choc hémorragique, de maintenir le mieux possible
une hémostase biologique en limitant le remplissage vasculaire au minimum
nécessaire pour limiter la coagulopathie de dilution et en ayant une stratégie
transfusionnelle agressive par un apport précoce et anticipé de culots globulai-
res, PFC et de fibrinogène.
❍ L’introduction précoce d’un vasopresseur permet de corriger rapidement
l’hypotension artérielle au cours du choc hémorragique, mais il ne faut pas
oublier que le remplissage vasculaire reste le traitement du choc hémorragi-
que. Le vasopresseur n’est là que pour aider le réanimateur à corriger rapide-
ment l’hypotension et permettre de réaliser une expansion efficace et raisonna-
ble.
❍ Les recommandations européennes relatives à la gestion de l’hémorragie
post-traumatique, recommandent d’avoir un objectif de PA systolique de 80–
90 mm Hg (PA moyenne de 60–65 mm Hg) jusqu’à la réalisation de l’hémos-
tase.
2 C. Laplace, J. Duranteau

❍ La prise en charge des patients polytraumatisés nécessite une prise en charge


pluridisciplinaire, dans des centres hospitaliers au plateau technique adapté et
avec des équipes rompues à la prise en charge rapide de tels patients.

Introduction
Les traumatismes représentent la 4e cause de mortalité tous âges confondus et la pre-
mière cause de mortalité dans la population des moins de 40 ans [1,2]. Ils s’accompa-
gnent d’une morbidité majeure avec des séquelles parfois lourdes tant sur le plan per-
sonnel, familial et social. Le polytraumatisé se défini comme un traumatisé grave
présentant plusieurs lésions corporelles dont l’une au moins engage le pronostic vital à
très court terme [3]. L’Injury Severity Score (ISS) est supérieur à 25 pour les traumatis-
mes sévères avec risque vital [4]. Le choc hémorragique est responsable, à lui seul, de
40 % de la mortalité chez ces patients dans les 48 h qui suivent le traumatisme [5]. La
prise en charge hospitalière initiale de tels patients ne doit supporter aucun délai et la
démarche diagnostique et thérapeutique doit être extrêmement rigoureuse. Elle doit se
faire selon une véritable stratégie afin de déterminer l’urgence thérapeutique et d’éta-
blir le bilan lésionnel complet. L’adéquation et la rapidité de la mise en œuvre de cette
stratégie influent directement sur le pronostic du polytraumatisé. Cette prise en charge
initiale ne peut se concevoir que dans le cadre de centres dédiés à la traumatologie,
rompus à la prise en charge de telles pathologies et disposant de tout le plateau techni-
que nécessaire.
L’objectif de ce chapitre est de détailler la prise en charge hospitalière initiale d’un poly-
traumatisé avec la démarche diagnostic permettant d’établir le bilan lésionnel et les
thérapeutiques urgentes à mettre en œuvre afin de contrôler les défaillances d’organes,
en particulier l’insuffisance circulatoire aiguë.

La stratégie diagnostique
L’insuffisance circulatoire aiguë, l’insuffisance respiratoire aiguë et le coma sont les
trois défaillances vitales les plus fréquentes chez les polytraumatisés. La stratégie dia-
gnostique doit permettre de définir l’étiologie de chacune d’elles et d’adapter la straté-
gie thérapeutique afin d’apporter rapidement les mesures correctives adaptées.
Dans ce contexte particulier du traumatisé, la défaillance circulatoire en rapport avec
une hypovolémie est de loin la cause la plus fréquente de défaillance vitale (plus de 80 %
des cas). Elle est liée à une hémorragie active ou à une vasoplégie intense dans les situa-
tions de traumatisme médullaire. Elle peut aussi être en rapport avec un choc obstruc-
tif par tamponnade gazeuse ou liquidienne (environ 20 % des cas) et exceptionnelle-
ment avec un choc cardiogénique, dans le cadre d’une contusion myocardique sévère
(moins de 1 % des cas).

Les examens « de débrouillage »


La détermination exacte de l’origine du choc est une urgence, elle repose sur un examen
clinique rapide mais attentif et sur des examens paracliniques réalisés en salle de décho-
quage. L’examen clinique recherchera des signes d’insuffisance circulatoire aiguë :
pâleur, sueurs, confusion, hypotension artérielle, tachycardie, voire bradycardie qui
peut être un signe d’alarme signant une hypovolémie extrême annonciatrice dans ce
contexte d’arrêt cardio-circulatoire imminent. Cet examen clinique s’emploie égale-
ment à rechercher une hémorragie extériorisée (plaie du cuir chevelu, épistaxis, fracture
Accueil du polytraumatisé 3

ouverte, délabrement cutané) et des signes évocateurs d’hémorragie interne (défense ou


contracture abdominale en cas d’hémopéritoine, asymétrie thoracique liée à un hémo-
thorax, déformation d’une cuisse par un hématome sur fracture du fémur, hématomes
et ecchymoses des organes génitaux dans les fractures pelviennes). Il est complété par la
détermination de l’hémoglobine en urgence, en salle de déchoquage et par des examens
paracliniques dont le but est de localiser l’origine d’une hémorragie occulte, interne,
dans une des trois cavités suivantes : le thorax, l’abdomen ou le rétropéritoine.
y La radiographie thoracique de face en position couchée permet de détecter un hémo-
thorax et/ou un pneumothorax et d’en rechercher le caractère compressif éventuel.
Elle détecte des fractures costales ou scapulaires. Elle évalue également la silhouette
cardiaque et les signes évocateurs de dissection aortique traumatique. Elle est idéale-
ment désormais couplée à l’échographie pleuro-pulmonaire qui est un examen plus
sensible que la radiographie thoracique pour la détection des pneumothorax anté-
rieurs [6,7].
y La radiographie de bassin de face révèle les lésions du cadre osseux de l’anneau pel-
vien. Elle permet d’évaluer la gravité d’une fracture, l’importance des déplacements et
le risque hémorragique associé [8]. La présence d’une fracture chez un patient hémo-
dynamiquement instable doit faire discuter l’opportunité d’une embolisation arté-
rielle du bassin et/ou d’une fixation chirurgicale [9,10].
y L’échographie abdominale, appelée « FAST » par les Anglo-saxons (Focused Assess-
ment by Sonography in Trauma) a pour but la recherche d’un épanchement intrapé-
ritonéal dans les différents espaces suivants : inter hépato-rénal, inter spléno-rénal et
dans le cul de sac de Douglas. L’échographie abdominale est capable de détecter les
épanchements intrapéritonéaux dès 100 ml, mais elle est peu performante pour la
détection des épanchements rétropéritonéaux. L’évaluation de la présence d’un
hémopéricarde par voie sous-xyphoïdienne fait aussi partie de cet examen rapide de
débrouillage.
De réalisation rapide et dans le même temps que l’on réalise l’échographie pleuro-pul-
monaire et la FAST, le doppler transcrânien doit désormais faire partie de l’évaluation
initiale du traumatisé [11]. Il ne participe bien évidemment pas au diagnostic étiologi-
que du choc hémorragique mais permet l’évaluation de l’hémodynamique cérébrale
dont la prise en compte est primordiale dans les objectifs de réanimation, en particulier
en cas d’association d’un état de choc à un traumatisme crânien grave. En effet, l’hypo-
tension artérielle a été démontrée comme étant un des 3 facteurs principaux influant
négativement sur le pronostic des traumatisés crâniens, avec l’hypoxie et l’hyperther-
mie. Dans notre équipe, dès l’admission, tout polytraumatisé bénéficie immédiatement
à son arrivée d’un doppler transcrânien bilatéral, d’une échographie pleuro-pulmo-
naire et d’une évaluation échographique abdominale et péricardique rapide. Cet
examen réalisé en salle de déchoquage par le réanimateur nécessite seulement 15 min
pour sa réalisation complète. Ces examens permettent rapidement de prendre les déci-
sions thérapeutiques urgentes les plus adéquates : drainage pleural d’un épanchement,
laparotomie d’hémostase en urgence devant la présence d’un hémopéritoine aigu,
embolisation artérielle pelvienne si l’instabilité hémodynamique est associée à une frac-
ture du bassin sans hémothorax ni hémopéritoine.

Le bilan lésionnel exhaustif et sa place dans la stratégie diagnostique


L’avènement depuis quelques années de scanners à multidetecteurs, rapides et permet-
tant un examen tomodensitométrique complet en quelques minutes a fait envisagé par
certaines équipes la possibilité de réaliser l’accueil des patients polytraumatisés directe-
4 C. Laplace, J. Duranteau

ment au scanner dans le but de réaliser immédiatement le bilan lésionnel. Cette atti-
tude ne doit pas être appliquée sans discernement à tous les polytraumatisés au risque
d’entraîner une perte de chance chez certains patients. La réalisation d’une tomodensi-
tométrie, si rapide soit elle avec les nouvelles machines, nécessite un temps non négli-
geable de transport intra-hospitalier et d’installation pouvant être préjudiciable chez
un patient défaillant et instable. En effet, la grande majorité des polytraumatisés néces-
sitent des gestes d’urgence dès leur admission hospitalière, qui ne peuvent supporter
aucun délai : intubation oro-trachéale, drainage thoracique d’un épanchement com-
pressif, hémostase chirurgicale urgente, remplissage vasculaire massif, osmothérapie
en cas d’engagement cérébral. Dans ce débat sur la réalisation première d’une tomo-
densitométrie, plusieurs cas de figure peuvent se présenter à l’admission du patient.
y Le traumatisé ne présente pas de défaillance évidente, dans ce cas, la tomodensitomé-
trie en première intention pourrait éventuellement être le premier examen à réaliser
mais cette attitude reste pour l’heure à valider. Seules quelques études retrouvent un
bénéfice [12]. Cette attitude nécessiterait par ailleurs la définition objective stricte de
critères pour accepter cette conduite à tenir sans prise de risque, chez des patients
dont la seule évaluation clinique serait pré-hospitalière.
y Le patient est instable pendant le transport et à l’arrivée à l’hôpital : Dans cette situa-
tion, aucune étude ne peut recommander pour l’instant la réalisation immédiate
d’une tomodensitométrie. La FAST et les radiographies standards réalisées en salle
de déchocage restent les examens à réaliser sans délai. Ils permettent en quelques
minutes, sans déplacer le patient, en même temps que la réalisation des manœuvres
de réanimation, d’avoir une orientation sur l’étiologie d’une instabilité circulatoire et
de décider de la meilleure orientation à adopter pour le patient. En cas de stabilisa-
tion du patient grâce aux premières manœuvres de réanimation (remplissage vascu-
laire, transfusion, drainage pleural, intubation, mise sous catécholamines, osmothé-
rapie…), la réalisation de la tomodensitométrie permettra alors, le bilan exhaustif
détaillé des lésions avant de définir un plan thérapeutique adapté en fonction des
priorités. Le transport du patient en salle de radiologie se fera alors avec le minimum
de risque, chez un patient monitoré et réanimé.
y En cas d’insuffisance circulatoire aiguë sur l’aire d’accueil hospitalière, non contrôlée
par les premières manœuvres de réanimation, le patient ne doit pas être mobilisé
pour réaliser la tomodensitométrie. Le seul motif de déplacement devant être le
transport au bloc opératoire ou en salle de radiologie interventionnelle afin de con-
trôler un saignement massif actif (hémopéritoine aigu, hémothorax massif avec sai-
gnement actif, fracas du bassin…). Dans ces cas, les premiers examens (radiographies
du thorax, du bassin et FAST) permettent rapidement la localisation du site hémor-
ragique et orientent vers l’attitude thérapeutique à adopter : laparotomie d’hémos-
tase, thoracotomie d’hémostase ou artério-embolisation d’une lésion artérielle pel-
vienne. Par ailleurs, la possibilité de répéter l’examen échographique pendant les
premières minutes de la réanimation donne des arguments majeurs sur l’évolutivité
d’un hémopéritoine ou d’un hémothorax. La tomodensitométrie est alors réalisée
après l’obtention de l’hémostase, en sortie de bloc opératoire ou de salle de radiologie
interventionnelle.
L’examen tomodensitométrique ne peut donc se concevoir que chez un patient stable
ou stabilisé par les manœuvres de réanimation instaurées en salle de déchoquage, mais
en aucun cas chez un patient qui n’a pas été évalué à l’arrivée. Une étude ayant comparé
la « FAST » et la tomodensitométrie et ayant conclu à la supériorité du scanner ne
posait pas le problème en termes corrects [12]. Elle s’intéressait à des patients hémody-
Accueil du polytraumatisé 5

namiquement stables et analysait la capacité de l’échographie à déceler les lésions


intra-abdominales. Ce n’est bien évidemment pas le but de la « FAST ». Cette échogra-
phie d’urgence n’a pour seul but de rechercher la présence d’un épanchement intrapé-
ritonéal chez un patient en situation d’instabilité hémodynamique, orientant alors vers
un hémopéritoine comme étiologie à un état de choc hémorragique. La tomodensito-
métrie réalisée secondairement chez un patient stabilisé permet d’analyser les organes
pleins (foie, rate, rein), les lésions vasculaires et recherchant un pneumopéritoine. La
réalisation de premiers gestes en même temps que les examens d’orientation (radiogra-
phie de thorax et de bassin, échographie) n’entraîne pas de délai préjudiciable aux
patients les moins graves mais permet d’éviter de retarder les premières manœuvres de
réanimation chez les patients en grande défaillance. Dans notre expérience, le temps
moyen de déchoquage avant réalisation de la tomodensitométrie est de 61 ± 25 min. Ce
temps est mis à profit pour stabiliser les fonctions vitales. Il permet de réaliser le bilan
tomodensitométrique dans les meilleures conditions de sécurité. D’autres études prô-
nant le scanner immédiat à l’admission sont réalisées dans des équipes où l’accueil et le
déchoquage se font directement sur la table du scanner dédié à l’urgence et positionné
dans la salle de déchoquage [13,14]. Cette situation idéale n’est pas actuellement de
pratique courante dans nos structures hospitalières. Dans ces études, le scanner est
débuté si les paramètres vitaux sont dans les limites définies par le protocole local
(SpO2 > 90 %, FC < 130/min et PAS > 70 mm Hg pour l’étude de Weninger et al.). Dans
le cas contraire, le patient est réanimé sur la table même du scanner (intubation et rem-
plissage par sérum salé hypertonique quelque soit l’étiologie de l’hypotension) [14].
Cette attitude n’est actuellement pas transposable à notre pratique.
Le bilan tomodensitométrique doit comprendre systématiquement un scanner céré-
bral sans injection de produit de contraste, un scanner de l’ensemble du rachis cer-
vico-thoraco-lombaire et sacré avec réalisation de reconstructions frontales et sagitales.
Enfin, un scanner avec injection de produit de contraste du cou, du thorax, de l’abdo-
men et du pelvis. L’injection de produit de contraste est indispensable à la réalisation
correcte de cet examen car elle permet la visualisation des organes pleins, des vaisseaux
et décèle les extravasations de produit de contraste témoins de rupture vasculaire (fla-
que, faux anévrysme), les dissections (aortique, carotidiennes, rénales) et les interrup-
tions artérielles (dissections, spasmes, compression).

La stratégie thérapeutique
L’insuffisance circulatoire du polytraumatisé à la phase aiguë de sa prise en charge,
c’est à dire dans les premières heures, se focalise souvent sur le traitement du choc
hémorragique traumatique dont la prise en charge a fait l’objet de recommandations
européennes récentes [15]. Le temps écoulé entre le traumatisme et le contrôle du sai-
gnement doit être le plus court possible et les gestes chirurgicaux d’hémostase doivent
suivre les règles du « damage control ».
À la phase initiale du choc hémorragique, la fréquence cardiaque (FC) et la pression
artérielle (PA) sont le plus souvent les seuls paramètres hémodynamiques d’évaluation
du choc hémorragique. Cependant, si une tachycardie, chez un patient vigile, est un
témoin plus précoce que la PA de la diminution du retour veineux, son interprétation
peut être influencée par l’anxièté ou par la douleur du patient. D’autre part, il faut
garder à l’esprit le piège classique que constitue l’apparition d’une bradycardie témoi-
gnant d’une réduction du volume intravasculaire supérieure à 50 %.
La PA reste donc le principal indice hémodynamique sur lequel la réanimation initiale
du choc hémorragique est conduite. La priorité thérapeutique est, outre de contrôler
6 C. Laplace, J. Duranteau

rapidement le saignement, de restaurer un retour veineux afin d’obtenir une PA suffi-


sante pour assurer une pression de perfusion et donc un débit sanguin au niveau des
circulations régionales et ainsi limiter les risques d’hypoxie tissulaire. Ceci justifie que
l’on dispose d’une mesure fiable et continue de la PA. En intra-hospitalier, la pose d’un
cathéter artériel permet d’avoir un monitorage continue de la PA fiable même pour des
PA très basses.

Les abords vasculaires


Le remplissage vasculaire efficace ne peut se concevoir que par le biais de cathéters
courts et de gros diamètre afin d’offrir le moins de résistance possible à l’écoulement
du soluté. L’idéal est l’emploi de 2 cathéters périphériques de diamètres 14 ou
16 Gauges. Il existe par ailleurs des cathéters de gros diamètre utilisables par voie vei-
neuse centrale, qui, en association avec des tubulures larges et des accéléra-
teurs-réchauffeurs de solutés, permettent un débit de remplissage vasculaire consé-
quent (cathéters de type MAC® ou désilets). Dès l’admission du patient, une voie
d’abord veineuse « centrale » est posée de manière à administrer de manière fiable et
sûre les catécholamines, la sédation et les autres traitements nécessaires. La voie fémo-
rale est alors la voie de prédilection car elle est d’abord facile, de repérage simple, de
cathétérisation rapide et sans complication majeure susceptible d’aggraver le patient
(pas de risque de pneumothorax, pas de risque d’hématome cervical). L’utilisation de
l’abord fémoral permet en outre, dans le même temps, la mise en place d’un monito-
rage continu de la pression artérielle invasive par un cathéter artériel fémoral. Cet
abord artériel permet dès la pose la réalisation en urgence du bilan biologique.

Le remplissage vasculaire et la transfusion sanguine


Le remplissage vasculaire corrige l’hypovolémie induite par la spoliation sanguine et
permet de rétablir une efficacité circulatoire et une perfusion d’organes. Cependant,
tant que le saignement n’est pas contrôlé, le fait de restaurer la PA peut favoriser et
entretenir le saignement [16]. En effet, le remplissage vasculaire peut être à l’origine
d’une hémodilution et d’une hypothermie qui peuvent avoir des conséquences néfastes
sur l’hémostase biologique et empêcher la formation d’un caillot. Il faut donc éviter
une un remplissage vasculaire excessif. Par ailleurs, si le saignement n’est pas contrôlé,
une PA élevée peut favoriser le saignement en empêchant la formation du caillot.
Deux concepts ont émergé au cours des dernières années : le concept de « low volume
ressuscitation », et le concept de « hypotensive ressuscitation ». Souvent ces deux con-
cepts sont confondus. En effet, au cours de la réanimation du choc hémorragique, la
stratégie de remplissage vasculaire s’inscrit en partie dans le même cadre de discussion
que l’objectif de pression artérielle.
Plusieurs études expérimentales ont rapportées qu’un remplissage trop abondant à la
phase précoce favorisait le resaignement. Riddez et al. préconisaient un remplissage ini-
tial modéré, de l’ordre de 1 à 2 fois le volume sanguin spolié [17]. Le concept de « low
volume ressuscitation » provient de la publication d’une étude nord-américaine en
1994. Dans cette étude, Bickell et al. comparaient une stratégie de remplissage immé-
diat (avant la réalisation de l’hémostase) versus une absence de remplissage immédiat
(remplissage retardé après la réalisation de l’hémostase) chez 598 patients présentant
une PA systolique ≤ 90 mm Hg à la prise en charge et un traumatisme pénétrant du
tronc. Les auteurs ont montré que la mortalité était significativement abaissée chez les
patients « sans remplissage immédiat ». Le risque relatif de décès dans le groupe
Accueil du polytraumatisé 7

« remplissage immédiat » était de 1,26 (1,00–1,58) [18]. Le concept proposé par Bickell
et al. était alors d’amener au plus vite le patient au centre de traumatologie sans réaliser
d’expansion volémique. Mais, cette étude, outre les limites méthodologiques qu’elle
possède, ne permet pas de recommander une telle stratégie dans les traumatismes
fermés lors de temps prolongés de transport vers le centre de traumatologie et chez des
patients présentant des comorbidités. Une revue Cochrane ne permet pas de trancher
formellement entre les deux attitudes [19]. Le degré de remplissage vasculaire initial
reste donc une question en suspens. Cependant, Il est logique d’aller vers la prévention
d’une hémodilution en limitant le remplissage vasculaire au minimum nécessaire [15]
et d’avoir une stratégie aggressive pour maintenir le mieux possible une hémostase bio-
logique par un apport précoce et anticipé de culots globulaires, de PFC et de fibrino-
gène tant que l’hémostase chirurgicale ou radio-interventionnelle n’est pas réalisée.
Afin d’effectuer le remplissage vasculaire le plus adapté possible, il est intéressant
d’obtenir chez les patients en choc hémorragique une évaluation du débit cardiaque et
du volume d’éjection systolique. Les techniques disponibles à l’heure actuelle sont
multiples : thermodilution (Picco®), analyse de l’onde de pouls (Vigileo® et Picco®),
doppler œsophagien (cardioQ®) ou encore échocardiographie transthoracique ou
trans-œsophagienne. De même, l’analyse de la variabilité respiratoire de la PA sous ven-
tilation mécanique permet d’évaluer la précharge dépendance ventriculaire [20]. Ce
paramètre est facile à analyser chez les patients polytraumatisés grâce au cathéter arté-
riel posé à l’arrivée de ces patients en salle de déchocage.
Comme nous l’avons vu, il est essentiel d’avoir une stratégie transfusionnelle agressive
pour maintenir le mieux possible une hémostase biologique. L’emploi de concentrés
érythrocytaires est nécessaire pour compenser l’anémie aiguë qui altère le transport
artériel en oxygène. Leur administration est guidée par le taux d’hémoglobine. Les
objectifs sont variables selon l’âge du patient, ses antécédents, l’importance de l’hémor-
ragie et son caractère contrôlée ou non. L’apport de concentrés érythrocytaires est
indispensable en dessous de 7 g/dl d’hémoglobine chez le sujet sain et de 10 g/dl chez
le sujet à la réserve cardiaque altérée. En cas de traumatisme crânien sévère, un niveau
d’hémoglobine de 10 g/dl est recommandé. En cas de grande urgence hémorragique,
on peut transfuser le patient avec des concentrés globulaires de groupe O, rhésus néga-
tif. Dès les résultats du groupe sanguin connu, on adaptera la transfusion avec des con-
centrés globulaires iso-groupe, iso-rhésus.
Classiquement, un taux de prothrombine inférieur ou égal à 40 % nécessite l’apport de
facteurs de coagulation. Chez le traumatisé crânien, cette limite et fixée à 50 % (60 %
pour une pose de capteur de pression intracrânienne). De manière similaire, l’utilisa-
tion de transfusion plaquettaire est indispensable si la numération plaquettaire est
inférieure ou égale à 5·104/mm3 (105/mm3 chez le traumatisé crânien). Le taux de fibri-
nogène doit être maintenu au-dessus de 1 g/l et peut justifier l’administration de solu-
tion de fibrinogène dans la mesure où les PFC sont parfois insuffisants en terme
d’apport de fibrinogène. L’administration de facteur VII activé pourra être envisagée
devant un choc hémorragique non contrôlé par la chirurgie et l’artériographie emboli-
sation [21]. Les recommandations européennes sur l’utilisation du facteur VII activé
suggèrent d’administrer ce médicament alors que le pH est supérieur à 7,20, que les pla-
quettes sont supérieures à 50 000/mm3, que le taux de fibrinogène est supérieur à 1 g/l
et que l’hématocrite est supérieur à 24 % [21]. La dose recommandée dans le cadre d’un
traumatisme par la société européenne de réanimation est de 200 γ/kg lors de la pre-
mière injection suivi d’une injection de 100 γ/kg 1 h et 3 h après la première injection.
Mais la question de la dose optimale persiste dans la mesure où le facteur VII activé est
8 C. Laplace, J. Duranteau

potentiellement à risque thrombogène et que des doses inférieures permettraient peut


être d’obtenir des résultats similaires avec une diminution du risque thrombogène.
Ces différentes recommandations sur l’emploi des produits sanguins ont fait l’objet
d’une conférence de consensus en 1996 et de recommandations pour la pratique clini-
que en 2002. l’emploi des concentrés érythrocytaires, du plasma et des transfusions pla-
quettaires sont guidés par des paramètres biologiques objectifs et destinés à compenser
la perte, la consommation et la dilution des différents éléments figurés du sang et des
facteurs de coagulation engendrée par l’hémorragie et la réanimation. L’emploi de
moyens d’exploration de l’hémostase et de mesure de l’hémoglobine délocalisée, au lit
du patient vont devenir indispensable pour une prise en charge optimale du patient.

Les vasopresseurs
L’emploi des vasopresseurs est un élément indispensable du contrôle de l’hémodyna-
mique du choc hémorragique. Lors du choc hémorragique, l’hypotension, liée à la spo-
liation sanguine, est compensée chez le patient conscient par une activation du système
sympathique avec une redistribution du flux sanguin et une mobilisation du pool vei-
neux non contraint splanchnique. Cette adaptation va permettre de maintenir la pres-
sion artérielle jusqu’à une perte sanguine d’environ 1500–2000 ml. Ainsi, chez le sujet
conscient, une pression artérielle maintenue pourra faire sous-estimer la perte san-
guine malgré une spoliation sanguine déjà importante. Cependant, dans le cadre du
polytraumatisme, la nécessité quasi systématique de recours à l’intubation orotra-
chéale et à la sédation, rend la pression artérielle, du fait de l’inhibition du système sym-
pathique par les hypnotiques, très informative sur le degré d’hypovolémie. Les travaux
de Vatner et al. [22] l’ont parfaitement illustré chez l’animal, montrant une parfaite
corrélation entre la réduction de la pression artérielle et le degré d’hémorragie chez
l’animal dénervé ou sous anesthésie barbiturique, alors que la pression artérielle restait
stable chez l’animal éveillé. Le premier intérêt des vasopresseurs dans le choc hémorra-
gique est donc de lutter contre la diminution de la capacité de stimulation du système
sympathique induite par la sédation et donc de contrebalancer les effets de l’anesthésie.
Au cours du choc hémorragique, rapidement vont apparaître des phénomènes inflam-
matoires généraux liés au stress traumatique, aux lésions tissulaires, à la réanimation
qui vont entraîner la pérennisation du choc [23]. Progressivement, va s’installer une
vasoplégie liée au SIRS (Syndrôme de Réponse Inflammatoire Systémique) réalisant un
tableau hémodynamique « sepsis-like » avec vasoplégie et fuite capillaire. La présence
d’un choc hémorragique et d’un remplissage vasculaire massif ont été montré comme
étant en cause dans l’apparition des syndromes de défaillance multi-viscérale précoces
chez le polytraumatisé [24].
Une utilisation précoce des vasopresseurs trouve une autre justification pour éviter un
remplissage vasculaire excessif. La prise en charge nord américaine du choc hémorragi-
que est basée en premier lieu sur le remplissage, l’introduction de catécholamines étant
réservée aux situations catastrophiques comme un traitement de dernier recours. Mais
les amines vasopressives ont leur intérêt à différents moments au cours du choc hémor-
ragique. À la phase initiale, l’administration de catécholamines vasoconstrictrices se
justifie afin de maintenir une pression de perfusion si le remplissage vasculaire ne
permet pas à lui seul de restaurer la pression artérielle. Une administration précoce des
vasopresseurs limiterait les effets délétères d’une expansion volémique excessive asso-
ciée à une dilution des facteurs d’hémostase. Dans un modèle murin de choc hémorra-
gique non contrôlé, une étude a comparé une prise en charge conventionnelle basée sur
un remplissage isolé versus une introduction précoce de noradrénaline associée au
Accueil du polytraumatisé 9

remplissage. L’introduction précoce de doses raisonnables de noradrénaline améliore


significativement la survie des animaux [25]. Il est intéressant de constater qu’une mor-
talité de 100 % était observée dans les groupes d’animaux où il était tenter de maintenir
une PA moyenne au dessus de 80 mm Hg uniquement par un remplissage vasculaire.
Enfin, dans cette étude, l’introduction de norepinephrine permettait de diminuer for-
tement le remplissage vasculaire.
La priorité thérapeutique au cours d’un état de choc étant de restaurer la pression arté-
rielle, il peut être proposé d’introduire un vasopresseur si une expansion volémique de
1000 ml s’avère insuffisante pour restaurer la PA. La norépinéphrine, du fait de son
action α-adrénergique prédominante peut être recommandée. L’introduction d’un
vasopresseur ne doit pas faire oublier que le remplissage vasculaire reste le traitement
du choc hémorragique. Le vasopresseur n’est là que pour aider le réanimateur à corriger
rapidement l’hypotension et permettre de réaliser une expansion efficace et raisonna-
ble. Récemment, une étude multicentrique menée dans des « trauma centers » améri-
cains, suggère que l’introduction précoce de vasopresseurs dans les chocs hémorragi-
ques traumatiques pouvait aggraver la mortalité [26]. Mais cette étude souffre de
nombreuses limitations. Avant tout elle a été construite pour évaluer le devenir des
traumatismes fermés et non pour évaluer les effets d’une introduction précoce des
vasopresseurs. Ensuite plusieurs vasopresseurs ont été utilisés et la phényléphrine
apparaît le plus délétère. Aucune conclusion ne peut être établie avec l’utilisation de la
noradrénaline. Les limites de cette étude atténuent sa portée.
L’introduction précoce de vasopresseurs est également intéressante lors de l’associa-
tion d’un choc hémorragique et d’un traumatisme crânien sévère. En effet, nous savons
depuis de nombreuses années que la prévention des lésions cérébrales ischémiques
secondaires impose un contrôle strict de la pression artérielle, nécessitant fréquem-
ment l’emploi de vasopresseurs pour assurer une pression de perfusion cérébrale satis-
faisante [27]. Dans ce cas une PA systolique ≥ 120 mm Hg sera rechercher jusqu’à
l’obtention d’un monitorage de la pression intracrânienne.

Les objectifs hémodynamiques


Les objectifs hémodynamiques sont prioritairement de restaurer une pression artérielle
moyenne afin d’assurer une perfusion des organes vitaux. Nous avons vu que la pres-
sion artérielle est bien corrélée au saignement chez le patient anesthésié et ce paramètre
est le plus simple et le plus rapide à monitorer en urgence. Le niveau de pression arté-
rielle optimal qu’on doit maintenir au cours de la réanimation du choc hémorragique
est sujet à débat. En effet, les lésions occasionnées par le traumatisme comprennent des
lésions artérielles et artériolaires dont le débit de saignement dépend du niveau de pres-
sion qui règne à l’intérieur des vaisseaux. Tant que le saignement n’est pas contrôlé, le
fait de restaurer la pression artérielle peut favoriser et entretenir le saignement. L’objec-
tif initial est donc de contrôler au plus vite le saignement et de maintenir une PA suffi-
sante, sans tenter de « normaliser » cette PA, pour limiter les hypoperfusions tissulai-
res. Il n’existe pas actuellement de consensus sur le niveau optimal de PA à atteindre.
Expérimentalement sur des modèles de choc hémorragique par perforation de l’aorte,
un resaignement était observé pour des restaurations de PA moyenne entre 60 et
65 mm Hg [28]. Dutton et al. [29], ont testé le retentissement en terme de mortalité
d’un remplissage vasculaire titré sur une cible de PA moyenne de 70 mm Hg vs un rem-
plissage vasculaire titré sur une cible > 100 mm Hg. Aucune différence de mortalité n’a
été observée dans cette étude. La conclusion est que la titration du traitement initial du
choc hémorragique sur un objectif de PA moyenne voisin de 70 mm Hg n’a pas de con-
10 C. Laplace, J. Duranteau

séquences néfastes sur la mortalité. Il est toutefois essentiel de noter que dans cette
étude 1/ le petit nombre de patients étudié ne permet pas de mettre en évidence une dif-
férence de mortalité, 2/ dans le groupe PA moyenne 70 mm Hg, la PA moyenne avant
l’arrêt de l’hémorragie était égale à 100 mm Hg. Sur la base de cette étude, il est donc
impossible de conclure formellement sur le bien fondé d’une PA moyenne égale à
70 mm Hg. Les recommandations européennes relatives à la gestion de l’hémorragie
post-traumatique, recommandent d’avoir un objectif de PA systolique de 80–
90 mm Hg (PA moyenne de 60–65 mm Hg) jusqu’à la réalisation de l’hémostase [15].
Dans une étude récente réalisée à l’accueil de polytraumatisés, une stratégie de remplis-
sage guidée par le doppler œsophagien comparée à une attitude classique basée uni-
quement sur la pression artérielle a démontré des bénéfices. Le groupe des patients trai-
tés sur la base des données du doppler œsophagien avait pour un même objectif de
pression artérielle moyenne, un taux de lactate plus bas, une fréquence moindre de
complications infectieuses en réanimation et une durée d’hospitalisation plus courte
[30]. Cet article met en exergue les limites d’une réanimation basée exclusivement sur
la pression artérielle. De manière similaire aux dernières recommandations sur le sep-
sis, l’urgence est au remplissage vasculaire, éventuellement en association aux catécho-
lamines. L’avenir de la prise en charge hémodynamique sera probablement à l’évalua-
tion directe des circulations régionales et à l’évaluation de l’oxygénation tissulaire.
Diverses méthodes existent actuellement : la saturation tissulaire en oxygène (NIRS)
[31,32], la spectroscopie orthogonale polarisée (OPS) [33,34], et la mesure de la capno-
métrie sublinguale (SLO2) [35]. L’emploi de ces techniques comme objectifs de la réani-
mation dans le choc hémorragique traumatique doit faire l’objet d’études cliniques.

La neuro-réanimation associée
L’association d’un traumatisme crânien grave avec coma et d’un choc hémorragique
revêt un caractère particulier de gravité. En effet, le cerveau traumatisé est d’une vulné-
rabilité extrême et les lésions ischémiques secondaires ont été montrées comme étant
un facteur pronostic majeur du traumatisme crânien. Hors, la période post-traumati-
que précoce, en particulier lorsque coexiste un choc hémorragique est fréquemment
associée à une hypotension et une hypoxie [27,36]. Les recommandations actuelles
sont en faveur du maintien d’une pression artérielle systolique ≥ 90 mm Hg [37,38], ce
qui en présence d’un choc hémorragique justifie de manière encore plus impérative, le
contrôle rapide de l’hémostase. En effet, tant que l’hémostase chirurgicale n’a pas été
obtenue, la nécessaire augmentation de la pression artérielle pour maintenir une pres-
sion de perfusion cérébrale adéquate est contre balancée par le risque majoré de saigne-
ment. La particularité de la phase post-traumatique précoce est l’absence de monito-
rage cérébral. Le doppler trans-crânien trouve donc là un intérêt tout particulier. Il est
rapide à mettre en œuvre, reproductible et non invasif. D’autre part, il est performant
pour la mise en évidence des épisodes d’ischémie cérébrale par basse pression de perfu-
sion cérébrale. Une étude récente de notre équipe a démontré l’intérêt du doppler
trans-crânien précoce dans la détection des hypoperfusions cérébrales et dans la mise
en œuvre de thérapeutiques adaptées pour normaliser cette perfusion cérébrale [11].
Après contrôle de l’hémorragie, tout comme l’hémodynamique générale nécessite un
monitorage complémentaire, la neuro-réanimation justifie la mise en place d’un moni-
torage cérébral multimodal. La mise en place d’un capteur de pression intracrânienne
permettra d’ajuster le niveau de pression artérielle moyenne de manière à assurer une
pression de perfusion cérébrale suffisante. En effet, la pression de perfusion cérébrale
(PPC) est la pression motrice de la circulation cérébrale, résultante de la pression arté-
Accueil du polytraumatisé 11

rielle moyenne (PAM) et de la pression intracrânienne (PIC) mesurée par mesure


intra-parenchymateuse ou intra-ventriculaire selon les équipes de neuro-réanimation
(PPC = PAM – PIC). Par ailleurs, le niveau de pression de perfusion cérébrale sera ajusté
en fonction des résultats des vélocimétries mesurées de manière pluri-quotidiennes sur
les artères cérébrales moyennes. D’autres moyens de monitorage de l’oxygénation céré-
brale et de la perfusion cérébrale existent mais ne sont pas de pratique courante et reste
pour l’heure du domaine prédominant de la recherche clinique (microdialyse cérébrale,
mesure de la PO2 tissulaire cérébrale…).

La prise en charge respiratoire


En dehors de la défaillance hémodynamique, l’insuffisance respiratoire aiguë est fré-
quemment présente, voire se trouve au premier plan des défaillances lors de la prise en
charge des polytraumatisés. Sa prise en charge est indissociable de celle de la défaillance
circulatoire. L’intubation oro-trachéale est d’indications larges chez ces patients du fait
des troubles de conscience, du choc, du traumatisme thoracique, de la nécessité d’une
chirurgie sous anesthésie générale [39]. Cette intubation est un intubation à risque car
dans le cadre de l’urgence, de type « induction en séquence rapide » du fait du risque
d’estomac plein et devant donc en respecter ses modes de réalisation (hypnose et cura-
risation d’installation rapide mais de durée brève), dans des conditions techniques ren-
dues difficiles du fait de la possible lésion du rachis cervicale qui ne doit jamais être
oubliée [40]. L’emploi d’une minerve rigide et d’une stabilisation manuelle en rectitude
tête-cou-tronc étant formelles, mais génératrices de mauvaises conditions de visualisa-
tion glottique [41].
Le drainage pleural sera réalisé si nécessaire à l’admission hospitalière. En pré-hospita-
lier, en cas de pneumothorax compressif, une exsufflation à l’aiguille reste la règle. Sa
réalisation est indispensable à l’obtention d’une stabilisation hémodynamique, en cas
d’épanchement compressif réalisant un tableau hémodynamique de choc obstructif
par tamponnade gazeuse thoracique. L’emploi de drains de gros calibre pour le drai-
nage thoracique se justifie par la fréquence de l’hémothorax et la nécessité d’obtenir
une vacuité pleurale optimale sans caillotage résiduel responsable de séquelles
pleuro-pulmonaires à long terme. En cas d’hémothorax massif, drainé à l’admission, la
mise en place de dispositifs de récupération du sang fraîchement épanché permet une
épargne sanguine non négligeable dans ce contexte. Si le volume drainé initial est
≥ 1000 ml ou si le débit hémorragique est ≥ 300 ml/h, une exploration chirurgicale est
généralement la règle. En ce qui concerne la ventilation mécanique, une ventilation
protective est la règle en cas de contusion pulmonaire hypoxémiante.

Conclusion
Le polytraumatisme est une situation clinique fréquente, elle est responsable d’associa-
tions lésionnelles multiples et de la survenue de défaillances viscérales mettant en péril
le pronostic vital du patient. L’insuffisance circulatoire qui y est fréquemment associée
nécessite pour sa prise en charge une attitude diagnostic protocolisée et rigoureuse afin
d’identifier le plus rapidement possible l’origine de l’instabilité. D’autre part, la straté-
gie thérapeutique ne doit subir aucun délai. Elle doit permettre rapidement le contrôle
de l’origine du saignement dans le cas d’un choc hémorragique et assurer une réanima-
tion intensive immédiate prenant en considération les impératifs de traitement des
autres défaillances vitales (défaillance neurologique et insuffisance respiratoire). Enfin,
dans un second temps, en réanimation, la mise en place d’un monitorage adéquat et la
12 C. Laplace, J. Duranteau

prise en compte de toutes les pathologies doit permettre une optimisation des théra-
peutiques à même d’assurer un pronostic favorable au patient avec le moins de séquel-
les possibles.
Cette prise en charge spécifique nécessite une prise en charge pluri-disciplinaire, dans
des centres hospitaliers au plateau technique adapté et avec des équipes rompues à la
prise en charge rapide de tels patients.

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