INTRODUCTION
1. Problématique
Les fonctions de l'État dérivent de sa nature même. Il dispose de divers
leviers pour agir sur lui-même et sur la société. Ces moyens d’action sont de diverses
natures – juridique, coercitive, organique, humaine, matérielle et financière – et
participent à l’existence même de l’État. Et à partir du XXe siècle, le rôle de
l’administration publique s’étend par la prise en charge de fonctions sociales et
économiques sans cesse plus nombreuses. Cet accroissement des interventions se réalise
selon plusieurs modalités1.
Pour remplir ses fonctions d’intérêt général, l’Etat crée plusieurs services et
ceux-ci aident l’Etat remplir ses différentes missions. Les missions de l’Etat sont
nombreuses et variées. Cependant, certains auteurs tentent de le regrouper dans plusieurs
catégories : il y a des missions qui visent la collectivité toute entière, des missions qui ne
concernent qu’une partie de la population ou des missions qui ne concerne que quelques
individus.
L’ensemble de ces missions de l’Etat qui vise la satisfaction de l’intérêt
général peut être caractérisée par les missions de souverainetés ; les missions sociales et
les missions économiques. Dans le premier cas, l’Etat est dit gendarme, car il se concentre
principalement sur le maintien de l’ordre public, la sécurité des citoyens et la protection
des droits individuels. Il intervient dans la régulation et la surveillance des activités
économiques pour garantir un cadre légal et équitable, mais il n’intervient pas directement
dans l’économie en tant qu’acteur économique majeur. Son rôle principal est de garantir la
sécurité et la stabilité de la société.2
Dans le second cas, l’État est dit providence, car il se caractérise par son
engagement à fournir un certain niveau de protection sociale à ses citoyens. Cela inclut
des services tels que la santé, l’éducation, la sécurité sociale, le logement, etc. L’État
providence intervient activement pour réduire les inégalités sociales, assurer la solidarité
et le bien-être des individus, et promouvoir la justice sociale.
1
FRIER et PETIT J. Droit administratif, 12e édition, LGDJ, Paris, 2017, p. 19
2
KAMINAR NSIY KAWU T. Cours de grands services publics de l’Etat, Master 1 droit, UCC, inedit. p.6
Dans le dernier cas, l’État est dit agent économique, cette expression
désigne l’État qui joue un rôle actif dans l’économie en tant qu’investisseur, producteur ou
régulateur direct des affaires économiques. Concrètement, l’Etat peut posséder des
entreprises publiques, intervenir dans des secteurs clés de l’économie, mettre en œuvre
des politiques économiques et industrielles, et influencer le fonctionnement du marché.
L’objectif principal de l’État agent économique est de favoriser le développement
économique, la création d’emplois et la croissance.
L’évolution des idées et l’apparition des nécessités nouvelles ont justifié la
nécessité de l’intervention de l’État en matière économique et ragaillardit l’État dans des
interventions plus étendues et plus hardies dans la gestion directe des activités
économiques. Les raisons de ce développement des entreprises publiques dans presque
tous les pays du monde sont regroupées en trois catégories : de politique générale, il y
ajoute celles de politique économique et de politique sociale 3.
Au premier plan, il convient de noter que l’État peut être amené à créer des
entreprises qu’il soumet à sa propre gestion pour des raisons de politique internationale ou
de politique nationales. Sur le plan international, l’État estimer devoir prendre certaines
activités entre ses mains en vue d’assurer la défense et la sécurité de sa population et de
son territoire ou même simplement pour des raisons de simple prestige. Au niveau
national, l’État peut décider de s’occuper lui-même de certaines activités essentielles ou
stratégiques qui ont un impact sérieux sur la politique nationale, comme la presse
radiophonique ou audiovisuelle. Il peut aussi agir ainsi pour empêcher un monopole privé
qui affecterait l’intérêt général, gênerait une politique de développement ou même
réorganiser les entreprises des secteurs léthargiques qui auraient une certaine importance
sur la vie de la population4.
Au second plan, on relève qu’aux idées nouvellement nées, aux nouveaux
principes découlant des interventions de l’État dans les activités économiques
correspondent de nouveaux principes directeurs qui entrent en vigueur dans les pays
capitalistes. À l’idée de confier la gestion des activités économiques essentielles à la
nation revient le principe que le droit de l’État à cette gestion publique de ces activités
3
KABANGE NTABALA C, Droit des services et transformation des entreprises publiques en République
démocratique du Congo, Kinshasa, éd. Dieu est bon, 2007, p.52-54.
4
LACHAUME J.-F., Grands services publics, Paris, 2e éd, Armand colin, 2000.p. 168
économiques est juridiquement admise et économiquement raisonnable. Vient ensuite une
autre idée complémentaire à la première, qui est celle de considérer que le rôle de l’État
est de favoriser le fonctionnement d’une économie nationale dans des conditions voisines
de l’optimum économique suscite le principe selon lequel la gestion de certaines activités
économiques par l’État est pour lui, non une faculté, mais plutôt une obligation
impérieuse d’intervention dans le secteur public 5. Pour y répondre, l’État peut, grâce à
l’entreprise publique, tenir en mains les leviers de l’économie nationale, orienter celle-ci
vers les objectifs et les idéaux préalablement définis.
En RDC, la volonté des pouvoirs publics d’intervenir de manière active
dans la sphère économique était justifiée par la nécessité de jeter les bases du
développement économique et social dans un contexte de défaillance du secteur privé. Et
concernant la Republique démocratique du Congo, déjà en 1978, le législateur a légiféré
sur le domaine des entreprises publiques à travers la loi n°78-002 du 06 janvier 1978
portant dispositions générales applicables aux entreprises publiques. Ce texte a été
plusieurs fois modifié notamment par la loi 78-016 du 11 juillet 1978, par l’ordonnance-
loi n°82-019 du 29 mars 1982, par l’Ordonnance-Loi n°85-021 du 30 mars 1985 et par
l’Ordonnance-Loi n°89-051 du 28 septembre 19896.
L’objectif de base qui a motivé l’Etat congolais à contrôler l’ensemble des
activités stratégiques était d’accroître sa part à l’objectif global de croissance économique.
Au cours des dernières décennies les performances individuelles ou mêmes globales des
entreprises publiques à l’effort de développement ont été négatives. Car malgré le fait que
les entreprises publiques congolaises vivent dans un paradis fiscal, elles ont réussi à
transformer cette notion en parasite fiscal.7.
Cette situation s’explique par le fait que depuis le début du processus de
démocratisation en 1990, la RDC connaît une situation difficile marquée par des troubles
sociopolitiques qui ont réduit considérablement ses capacités de production. La guerre de
5
LACHAUME J.-F., [Link].p. 169.
6
MUMBERE MITAMANGO F. « Réforme des entreprises publiques : quel rôle pour l’Etat congolais après le
désengagement ? » in, La RDC enquête de stabilité politique et socio-économique, CRIG, 2019, pp-158-170
7
KAMINAR NSIY KAWU T. « Enjeux politiques et administratifs de la privatisation des entreprises
publiques en République démocratique du Congo (RDC) » in, Les réformes du secteur public en République
démocratique du Congo. Rétrospectives et perspectives, disponible sur [Link]
Kawu_reformes_en_RDC.pdf
1996-2002 a en particulier eu pour conséquence la détérioration de la situation
économique. Pour mettre fin à la dégradation économique et sauver l’essentiel du
portefeuille de l’Etat, le gouvernement congolais a fait recours à la privatisation des
entreprises publiques pour des raisons suivantes : assurer les services publics de meilleure
qualité et à moindre coût pour la société, accroître l’offre des biens et services pour la
communauté, alléger les contraintes budgétaires, obtenir des ressources complémentaires
plus sûres pour la survie des entreprises, partager les risques avec les partenaires privés et
accéder aux moyens modernes de gestion ayant un impact sur les coûts de production et
de la distribution, allouer au maximum des ressources pour le pays et résoudre les
problèmes sociaux inhérents à la gestion publique8.
Nonobstant cette politique des privatisations des entreprisses publiques, le
problème relatif à la rentabilité des entreprises publiques congolaises qualifiées souvent
de « canards boiteux » se posa avec acuité longtemps en RDC avant que la réforme
n’apparaisse comme la voie de sortie. C’est ainsi qu’à partir de 2001, l’Etat congolais
s’est lancé dans de vastes réformes macroéconomiques lesquelles touchent notamment à
la révision du mode d’intervention de l’Etat dans l’économie et à sa participation dans les
entreprises publiques.
Selon le rapport 2005 du Comité de pilotage pour la réforme des entreprises
publiques (COPIREP) : « réformer une entreprise, c’est avant tout la traiter comme un
acteur économique normal qui doit subir, à de rares exceptions près, les lois du marché ».
L’atelier de sensibilisation au Projet Compétitivité et Développement du secteur privé,
tenu à Kinshasa du 3 au 4 février 2004, fait le constat selon lequel il y avait des secteurs
d’activités dans lesquels une entreprise gérée par le privé donnerait des résultats meilleurs
que ceux de la même entreprise placée sous une gestion publique. Au fil des temps et au
regard des résultats peu satisfaisants, le besoin de réformer le secteur devenait impérieux 9.
Toujours dans son rapport sur l’évaluation de la réforme des entreprises
publiques, le COPIREP notait déjà que : « De manière générale, les entreprises du
portefeuille de l’Etat se caractérisent par une faible productivité, une mégestion manifeste,
des services de qualité médiocre rendus à la communauté, un outil de production vétuste
8
KAMINAR NSIY KAWU T., [Link].p.38
9
KUMBU ki NGIMBI J-M, Législation en matière économique, Kinshasa, I.A.D.H.D., 2022, p.43
et obsolète. Au lieu d’être des unités créatrices des richesses et d’emplois, elles sont
devenues une charge très lourde pour l’Etat-propriétaire10 ».
Des études menées dans le cadre de ces entreprises ont conclu à leur
inefficacité et leur manque de compétitivité. Ces inefficacités ont été relevées sur
plusieurs plans : administratif et organisationnel, technique, opérationnel et financier.
Aussi, l’échec des stratégies de développement des entreprises publiques fondées sur la
prééminence de l’Etat a-t-elle conduit à des crises d’endettement, voire à une situation de
quasi-faillite de certaines de ces entreprises11.
Face à cette situation, la reforme est apparue indispensable, et c’est
pourquoi en 2008 des lois relatives à la reforme des entreprises publiques ont vu le jour.
Ces lois sont, pour l’essentiel, un nouveau cadre juridique de l’organisation et de la
gestion des entreprises du portefeuille de l’Etat. Ainsi la réforme 2008 ont consisté
tantôt en la transformation de certaines entreprises publiques en sociétés commerciales du
secteur marchand ou d’autres établissements ou services publics ; tantôt à la dissolution et
la liquidation des entreprises publiques dans la mesure où elles sont en cessation de
paiement ou leur activité économique ne se justifie plus ; et au désengagement, total ou
partiel, de l’Etat du capital social ou de la gestion d’une entreprise.
Au demeurant, et dans le cadre de ce mémoire, les questions formant la
problématique se présentent comme suit : quel bilan dresse-t-on dans la mise en œuvre
réforme des entreprises publiques, en général et au sein de la SNEL en particulier ? Les
objectifs assignés ont-ils été atteint ? Dans la négative quelles perspectives peuvent être
envisagées pour surmonter ces obstacles ?
2. Hypothèse
Face aux questions soulevées dans la problématique nous formulons
l'hypothèse selon laquelle si la reforme vise à insuffler une dynamique nouvelle aux
entreprises du portefeuille de l’Etat en vue d’améliorer leur potentiel de production et de
rentabilité ; et à contribuer au renforcement de la compétitivité de ces entreprises et de
l’ensemble de l’économie nationale, la réalité révèle que 12 ans après les entreprises
10
COPIREP, L’évaluation de la réforme, Rapport annuel, Kinshasa, 2013, p.13
11
MUMBERE MITAMANGO F, [Link]. p-159.
transformées en sociétés commerciales n’ont pas atteint leurs objectifs et leur bilan est
mitigé.
Le triste constat est que toutes les entreprises publiques devenues des
sociétés commerciales n'ont connu aucune avancée concrète dans leur gouvernance qui
puisse permettre une gestion orthodoxe susceptible d'actionner leur développement
économique et social. La réalité est que ces entreprises ont continué à demeurer des
vaches à lait de l’Etat et peine à rendre des services satisfaisants à la population
congolaise.
Les principaux défis sont liés à des problèmes structurels profonds, tels que
la corruption, le manque de transparence dans la gestion des ressources, et une faible
culture de responsabilité au sein des entreprises du portefeuille de l’Etat. Nous pensons
que l'adoption de mesures efficaces de gouvernance, combinées à des stratégies visant à
renforcer les capacités internes et à favoriser la participation citoyenne, pourrait contribuer
à améliorer la performance et la durabilité des entreprises publiques dans le pays.
3. Choix et intérêt du sujet
L’intérêt de ce mémoire est d’évaluer la mise en œuvre de la reforme des
entreprises publiques transformées en sociétés commerciales. Ce qui confère à l’étude un
double intérêt théorie et pratique.
Du point de vue théorique, notre étude se voudrait être
essentiellement une contribution à la science juridique et
administrative. C’est également un partage d’idées, un point
mobilisateur pour quiconque voudrait s’imprégner du fonctionnement
des entreprises du portefeuille de l’Etat en République démocratique du
Congo.
Du point de vue pratique, il est question de répondre à un besoin
pressant et réel d’information et de formation sur le fonctionnement des
entreprises publiques en RDC. C’est également un outil d’éveil de
conscience du peuple congolais qui a besoin d’une gestion saine de la
chose publique surtout en ce temps où le pays est confronté à des
impératifs du developpement.
4. Méthode et technique
L’élaboration de notre mémoire exige de recourir aux méthodes et techniques.
La méthode peut se définir comme un ensemble de procédés raisonnées pour parvenir à un
but, que ce soit une argumentation quelconque, une démonstration mathématique, une
expérimentation scientifique, ou encore l’enseignement d’une discipline 12.
Les techniques de recherche sont des outils, des instruments d’investigation
scientifique qui servent à collecter des données à leur dépouillement et à leur présentation.
Dans cette optique, la technique demeure le moyen d’atteindre un but qui se situe au
niveau des faits concrets, c’est-à-dire au niveau des étapes pratiques de la recherche.
A cet égard, nous recourons d’une part, à la méthode juridique, plus
précisément à la méthode exégétique13, qui nous est utile dans l’analyse et l’interprétation
des textes légaux se rapportant à notre sujet d’étude. Cette méthode est normative en ceci
qu’elle consiste à exposer et à analyser les textes de loi et divers documents à la matière
traitée en recherchant sans cesse le droit applicable au cas d’espèce 14.
Si la méthode exégétique nous permet d’identifier les différents textes
juridiques en la matière ; nous faisons aussi recours à la méthode sociologique qui nous
aide à situer cette étude sous examen dans son contexte vécu en République Démocratique
du Congo.
Enfin, s’agissant de la technique nous recourons à celle dite documentaire
laquelle nous permet au cours de nos analyses d’exploiter les données contenues dans les
ouvrages, les articles des revues, les notes des cours portant sur notre domaine d'étude
ainsi que d'autres documents des sujets différents mais complémentaires afin d’enrichir
notre travail.
12
MORFAUX L-M., et J. LEFRANC, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Paris, Armand
Colin, 2007, p.343.
13
ESAMBO KANGASHE J.-L., Le droit constitutionnel, Academia-L ’Harmattan, Bruxelles, 2013, p.28
14
DJOLI ESENG’EKELI J., Droit constitutionnel tome II : l’expérience congolais, L’Harmattan, Paris, 2013,
p.17.
5. Délimitation spatio-temporelle
Dans l’espace, la présente étude se déroule sur le territoire de la Republique
démocratique du Congo, plus précisément dans la ville province de Kinshasa et a pour
cible la Société Nationale de l’Electricité ;
6. Plan sommaire
Outre l’introduction et la conclusion, la présente étude analyse d’une part
la reforme des entreprises publiques congolaises (Chapitre 1 er) et d’autre part évalue sa
mise en œuvre au sein de la Société Nationale de l’Electricité (Chapitre 2 e).
PLAN DU TRAVAIL
Chapitre 1. Analyse de reforme des entreprises publiques en RDC
Section 1. Contexte et fondement de la reforme des entreprises publiques congolaises
Section 2. Modalités de la reforme des entreprises publiques congolaises
Chapitre 2. Evaluation de la reforme au sein de la Société Nationale de l’Electricité
Section 1. Transformation de la SNEL en société commerciale
Section 2. Ecueils et perspectives de la reforme au sein de la SNEL