- L'histoire, selon Cicéron, est décrite comme "le témoin des temps, la lumière de
la vérité, la vie de la mémoire, l'institutrice de la vie, la messagère de l'antiquité",
soulignant ainsi son importance dans la compréhension du passé et la
transmission des connaissances.
- Pierre Nora, quant à lui, met en évidence le contraste entre l'histoire qui
rassemble et la mémoire qui divise, soulignant les tensions entre différentes
interprétations du passé.
- Les guerres du XXe siècle ont profondément marqué l'histoire et les mémoires
collectives, créant des antagonismes durables entre vainqueurs et vaincus, et
générant des traumatismes chez les victimes des crimes de masse et des
génocides.
I- Histoire et mémoires
- Jacques Chirac, dans son discours, fait référence à la rafle du Vel d'Hiv pour
mettre en lumière la responsabilité française dans la déportation des Juifs
pendant la Seconde Guerre mondiale, soulignant ainsi la complexité des liens
entre histoire et mémoires.
- La caricature de Plantu représentant la commémoration d'Oradour-sur-Glane
met en avant le contraste entre la tragédie passée et la volonté de réconciliation
entre la France et l'Allemagne, tout en critiquant l'inaction de la communauté
internationale face à d'autres atrocités contemporaines.
- L'introduction de lois mémorielles, comme la loi Taubira de 2001 reconnaissant
l'esclavage comme un crime contre l'humanité, témoigne des efforts des États
pour reconnaître et commémorer les souffrances passées.
- Les historiens, tels que Robert Paxton, sont parfois sollicités comme témoins
dans les procès pour crimes contre l'humanité, soulignant ainsi le rôle crucial de
l'histoire dans les procédures judiciaires.
- Cependant, certains historiens, à l'instar de Henry Rousso, contestent leur
implication dans ces procès, arguant que leur présence pourrait compromettre la
neutralité et l'indépendance de la recherche historique.
II- Histoire et justice
- Le procès de Nuremberg, qui s'est tenu de 1945 à 1946, marque un tournant
dans l'histoire de la justice internationale après la Seconde Guerre mondiale.
Pour la première fois, un Tribunal pénal international est mis en place pour juger
les hauts dignitaires nazis responsables de crimes de guerre et de crimes contre
l'humanité.
- De nouvelles notions juridiques telles que le "génocide" et le "crime contre
l'humanité" sont introduites pour juger des crimes d'une nouvelle ampleur. Le
génocide, défini par Raphael Lemkin, implique la destruction méthodique d'un
groupe humain, tandis que le crime contre l'humanité concerne les exactions
commises contre les populations civiles en temps de guerre.
- La Cour pénale internationale, établie en 2002 à La Haye, élargit la définition du
crime contre l'humanité en incluant la torture, le viol et l'emprisonnement. Le
génocide est caractérisé par trois critères : un objectif d'anéantissement, des
motifs raciaux, religieux ou ethniques, et une programmation organisée de cet
anéantissement.
- La justice pénale internationale se développe après la Seconde Guerre
mondiale, avec la création de tribunaux internationaux exceptionnels pour juger
les crimes de masse, notamment au Rwanda et en ex-Yougoslavie. La CPI,
instituée en 2002, vise à poursuivre les auteurs de génocide, de crimes contre
l'humanité et de crimes de guerre.
- Cependant, l'efficacité de la CPI est parfois limitée par le non-engagement de
certains États membres et par des considérations politiques. Les crimes contre
l'humanité sont reconnus comme imprescriptibles, mais les procès tardifs
nécessitent une compréhension approfondie du contexte historique, parfois en
faisant appel à des historiens comme Robert Paxton.
- Certains historiens, comme Henry Rousso, contestent leur implication dans les
procès pour crimes contre l'humanité, arguant qu'ils ne sont ni des témoins ni
des experts au sens juridique du terme, et que leur expertise historique peut être
mal interprétée ou instrumentalisée lors des procédures judiciaires.
I. AXE 1 - HISTOIRE ET MÉMOIRES DES CONFLITS
- -Maurice Genevoix au Panthéon : En novembre 2020, l'écrivain et ancien
combattant Maurice Genevoix, connu pour ses récits de guerre, est honoré au
Panthéon. Son œuvre "Ceux de 14" offre un témoignage authentique de la
Première Guerre mondiale, souvent censuré dans les années 1920 pour sa
description réaliste des combats. Né le 29 novembre 1890 à Decize, Genevoix a
été marqué par son expérience du front durant la Grande Guerre, ce qui
transparaît dans son écriture poignante et sincère. Cet événement souligne
l'importance de la mémoire de la Grande Guerre en France, malgré les défis
posés par d'autres événements historiques comme les attentats de 2015.
- Impact des travaux historiques sur les mémoires : Les écrits de Maurice
Genevoix ont été censurés en raison de leur récit précis des horreurs de la
guerre, illustrant ainsi le contrôle exercé sur la mémoire collective par les
autorités. Cependant, à partir des années 1950, les historiens, tels que Marc
Bloch et Lucien Febvre avec la création des Annales d'histoire économique et
sociale, ont commencé à étudier le vécu des soldats, contribuant ainsi à une
compréhension plus nuancée et moins passionnée des événements.
- Construction des mémoires des conflits : Les mémoires des conflits, tant au
niveau national qu'individuel, sont des éléments fondamentaux de l'identité d'un
pays et de ses citoyens. Elles peuvent être influencées par des refoulements,
des tensions entre différents groupes mémoriels, voire des tensions
internationales, comme dans le cas du génocide arménien et les relations entre
la Turquie et les pays occidentaux.
- Rôle de l'historien : Les historiens, tels que Pierre Nora avec son concept de
"lieux de mémoire", jouent un rôle crucial dans la production d'un récit objectif
des conflits, contribuant ainsi à dépassionner les mémoires et à favoriser une
meilleure compréhension historique. Des figures telles que Jacques Le Goff ou
Annie Lacroix-Riz ont également marqué le champ historique par leurs
contributions à l'analyse des mémoires conflictuelles.
II. HISTOIRES ET MÉMOIRES DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
A. Causes de la Première Guerre mondiale : un débat complexe
- Avant 1914, les rivalités impérialistes en Europe, notamment entre l'Allemagne,
la France, la Russie et l'Angleterre, ainsi que les tensions nationalistes dans les
Balkans, ont contribué aux tensions préexistantes. Les dates clés, telles que la
crise de Tanger en 1905 ou l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par
l'Autriche-Hongrie en 1908, ont exacerbé ces rivalités.
- L'attentat de Sarajevo le 28 juin 1914, utilisé comme prétexte par
l'Autriche-Hongrie pour déclarer la guerre à la Serbie, a déclenché une série
d'alliances et de mobilisations qui ont conduit à la guerre à grande échelle.
B. Évolution du débat historiographique :
- Avant la Seconde Guerre mondiale, les historiens français ont souvent mis en
avant la culpabilité allemande, tandis qu'en Allemagne, les historiens ont
minimisé cette responsabilité. Des figures notables comme Jules Isaac en
France ont mené des enquêtes sur les manuels scolaires et l'enseignement de
l'histoire, mettant en lumière les biais nationalistes.
- Après la Seconde Guerre mondiale, des historiens comme Fritz Fischer en
Allemagne ont remis en cause cette vision, soulignant la responsabilité impériale
allemande dans le déclenchement du conflit. Les travaux de Fischer, notamment
son livre "Les Buts de guerre secrets de l'Allemagne impériale", publié en 1961,
ont suscité d'importants débats académiques.
- Au XXIe siècle, grâce à une approche plus objective et à l'accès à de nouvelles
sources, les historiens tendent à voir les origines du conflit comme résultant d'un
enchevêtrement complexe de facteurs, plutôt que de la responsabilité d'un seul
pays. Des initiatives internationales telles que la création de la Commission
internationale pour l'histoire de la Grande Guerre ont favorisé la collaboration
entre chercheurs de différents pays.
C. Mémoire de la Grande Guerre : enjeux politiques et historiques
- La mémoire de la Première Guerre mondiale a été utilisée pour favoriser la
réconciliation franco-allemande, mais elle a également été instrumentalisée à
des fins politiques, notamment par le parti nazi en Allemagne. Des événements
commémoratifs tels que le centenaire de la guerre ont été l'occasion de
réévaluer ces mémoires et d'encourager le dialogue transnational.
- Les débats historiques sur la brutalisation des sociétés européennes après la
guerre ont suscité des controverses, mettant en lumière l'impact durable du
conflit sur la géopolitique mondiale. Des initiatives telles que le projet européen
"Europeana 1914-1918" ont permis de numériser et de rendre accessibles des
documents historiques, contribuant ainsi à la diffusion des connaissances sur la
Grande Guerre.
D. Travail des historiens : nouveaux objets de recherche et controverses
- Les historiens se sont progressivement tournés vers des questions sociales et
individuelles liées à la guerre, ouvrant de nouveaux champs de recherche. Des
thèmes tels que la fraternisation entre soldats ennemis ou le rôle des femmes
pendant le conflit ont été davantage explorés.
- Des controverses persistent, notamment concernant la brutalisation des sociétés
européennes ou le rôle de l'armistice de 1918 dans la genèse de la Seconde
Guerre mondiale. Des débats académiques animés ont lieu sur ces sujets,
reflétant la diversité des approches historiques.
III. NOUVEAUX CHAMPS DE RECHERCHE ET DÉFIS
A. Histoire sociale et individuelle :
- Les historiens se penchent de plus en plus sur les expériences individuelles des
soldats, des civils et des groupes marginalisés pendant la guerre, élargissant
ainsi notre compréhension des conflits. Des études de cas, telles que celles sur
les poilus dans les tranchées ou les réfugiés de guerre, permettent
d'appréhender les réalités vécues par différentes populations.
B. Histoire globale et comparée :
- L'histoire globale permet de mettre en perspective les événements de la
Première Guerre mondiale dans un contexte mondial, en examinant les
interactions entre les différents théâtres de guerre et les conséquences à long
terme sur les sociétés non européennes. Des études comparatives entre la
Première Guerre mondiale et d'autres conflits, tels que la guerre de Sécession
aux États-Unis ou la guerre de Crimée, offrent des perspectives nouvelles sur les
dynamiques de guerre.
C. Défis et controverses :
- Les historiens doivent faire face à des défis tels que l'accès limité à certaines
sources, les biais nationalistes ou idéologiques, ainsi que la nécessité de
réconcilier des récits historiques souvent divergents. La préservation des
témoignages oraux de survivants de la guerre et la numérisation des archives
historiques sont des priorités pour garantir la pérennité de la recherche.
- Des controverses persistent sur des questions telles que les responsabilités
dans le déclenchement du conflit, la brutalisation des sociétés européennes ou
les conséquences à long terme de la guerre. L'organisation de colloques
internationaux et la publication d'ouvrages de synthèse contribuent à nourrir ces
débats et à faire avancer la recherche.
II- MÉMOIRES ET HISTOIRE D’UN CONFLIT : LA GUERRE D’ALGÉRIE
Introduction:
- Contexte actuel : La guerre d'Algérie, malgré ses 60 ans d'indépendance,
continue de hanter les mémoires, avec des répercussions politiques et
géopolitiques considérables.
- Pluralité des mémoires : Les historiens soulignent l'existence de mémoires
divergentes et cloisonnées, reflétant les différentes perspectives et expériences
vécues pendant le conflit.
A. Une guerre de décolonisation qui ouvre des blessures nombreuses :
1. Un conflit long et complexe :
- Contexte historique : Au XIXe siècle, les puissances européennes fondent leur
prestige sur leurs possessions coloniales. La décolonisation, amorcée au XXe
siècle, est perçue comme un déclin par les gouvernements et les opinions
coloniales.
- La guerre d'Algérie (1954-1962) : C'est un conflit majeur de décolonisation où la
France s'est retrouvée en guerre avec l'Algérie. Cette décolonisation s'avère
difficile et la guerre est longtemps refusée d'être nommée officiellement.
- Création du FLN : En 1954, des nationalistes algériens fondent le Front de
Libération Nationale (FLN) et lancent l'insurrection armée contre la présence
française en Algérie. Le 1er novembre devient la Toussaint rouge, symbole de la
lutte pour l'indépendance algérienne.
2. Acteurs et événements clés :
- Gouvernements français et insurrection FLN : Les gouvernements de la IVe
République refusent de négocier avec le FLN et préfèrent utiliser la force militaire
pour maintenir la colonie. Des opérations militaires conséquentes sont lancées,
notamment avec l'envoi du contingent en 1956.
- Les Harkis et l'OAS : Pendant le conflit, les Harkis, supplétifs de l'armée
française, combattent pour l'Algérie française. Parallèlement, l'Organisation de
l'armée secrète (OAS) est créée en 1961, s'opposant à la politique de De Gaulle
en faveur de l'indépendance.
- Accords d'Évian (mars 1962) : La guerre prend fin avec la signature des accords
d'Évian entre le FLN et le gouvernement français, accordant l'indépendance à
l'Algérie selon les volontés de De Gaulle.
3. Bilan humain et conséquences :
- Blessures persistantes : Malgré la fin du conflit, de nombreuses blessures
physiques et psychologiques restent ouvertes. Les rapatriés pieds-noirs et les
Harkis sont contraints de quitter l'Algérie, tandis que de nombreux soldats
français rentrent traumatisés.
- Divisions internes : La guerre divise également la société française, avec des
manifestations pour ou contre l'indépendance souvent réprimées dans la
violence. L'émergence de l'OAS témoigne de ces divisions.
- Reconnaissance tardive : Les pouvoirs publics français tardent à reconnaître les
crimes et les responsabilités de l'État pendant la guerre, ce qui contribue à
maintenir les tensions et les mémoires douloureuses.
B. Histoire et mémoires du conflit en métropole :
1. Oublier la « sale guerre » :
- Début d'une période d'amnésie : À partir de 1962, la France entre dans une
période marquée par l'amnésie collective et le refoulement des souvenirs de la
guerre d'Algérie. Les autorités encouragent cette politique d'oubli à travers des
lois d'amnistie et la censure des débats publics sur le sujet. L'objectif est de
tourner la page sur un conflit traumatisant et douloureux, souvent qualifié de «
sale guerre ».
- Rôle des historiens dans la révélation de la torture : Les historiens ont joué un
rôle crucial dans la révélation des pratiques de torture pendant la guerre
d'Algérie. Des chercheurs comme Pierre Vidal-Naquet et Raphaëlle Branche ont
enquêté sur ces crimes de guerre et ont mis au jour la réalité de la torture
systématique pratiquée par l'armée française. Leurs travaux ont contribué à
briser le silence entourant ces atrocités et à remettre en question le récit officiel
de l'époque.
- Évolution du débat public : Malgré les tentatives d'occultation, le débat sur la
guerre d'Algérie a refait surface dans les années suivantes, notamment avec la
sortie de films comme « La Bataille d'Alger » de Gillo Pontecorvo en 1966 et «
Avoir 20 ans dans les Aurès » de René Vautier en 1972. Ces œuvres ont
contribué à sensibiliser le public aux aspects sombres et controversés de la
guerre, y compris la pratique de la torture par l'armée française.
2. Du réveil des mémoires à la reconnaissance mémorielle :
- Émergence des mémoires : Dans les années 1980 et 1990, les mémoires de la
guerre d'Algérie ont commencé à émerger en France, portées par différents
groupes de mémoire. Les harkis, les pieds-noirs et les anciens soldats appelés
ont progressivement commencé à témoigner de leur expérience du conflit,
ouvrant la voie à une reconnaissance plus large des souffrances et des
traumatismes liés à la guerre.
- Politique de reconnaissance mémorielle : Sous la pression des acteurs de la
mémoire et des historiens, les pouvoirs publics français ont progressivement
engagé une politique de reconnaissance mémorielle de la guerre d'Algérie. Cela
s'est traduit par l'intégration de l'enseignement de la guerre dans les
programmes scolaires, la reconnaissance du statut d'anciens combattants pour
les appelés, la création de mémoriaux et la reconnaissance des responsabilités
de l'État dans certains événements tragiques, comme le massacre du 17 octobre
1961.
- Débats persistants : Malgré ces avancées, les débats sur la mémoire de la
guerre d'Algérie persistent en France. La question des violences de guerre,
notamment la torture, reste un sujet de controverse et de débat politique. De
plus, la recherche de la bonne date pour commémorer les victimes du conflit
témoigne des tensions persistantes autour de la mémoire de la guerre et de la
difficulté à apaiser les blessures du passé.
C. Histoire et mémoires des anciens colonisés :
1. Des mémoires confisquées par le pouvoir :
- Mémoire officielle en Algérie : Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, le
régime dirigé par le président Ahmed Ben Bella a rapidement établi une mémoire
officielle de la guerre d'Algérie. Cette mémoire a été caractérisée par une
glorification du rôle du Front de Libération Nationale (FLN) en tant que seul
acteur légitime de la lutte pour l'indépendance. Les années suivantes, le régime
de Houari Boumediene a consolidé cette vision en promouvant une histoire
unifiée de la guerre, centrée sur le FLN et minimisant les divisions internes,
notamment avec le Mouvement National Algérien (MNA) dirigé par Messali Hadj.
- Contrôle de l'histoire par le pouvoir : Sous le régime de Boumediene, le contrôle
de l'histoire était strictement exercé par l'État. Les historiens indépendants
étaient souvent marginalisés et confrontés à des obstacles dans leur travail de
recherche. Les récits alternatifs ou critiques de la guerre d'Algérie étaient
rarement tolérés et pouvaient même être réprimés par les autorités. Le régime a
utilisé l'histoire officielle pour légitimer son autorité et sa politique, en mettant en
avant le rôle héroïque du FLN et en écartant les voix dissidentes.
2. L'impact géopolitique des mémoires :
- Coopérations et tensions : Malgré les différends mémoriels, la France et l'Algérie
ont maintenu des relations diplomatiques et économiques étroites depuis
l'indépendance. Cependant, les divergences historiques persistent et influencent
parfois les relations bilatérales. Les demandes d'excuses officielles et de
réparations de la part de l'Algérie ont parfois créé des tensions avec la France,
qui a été réticente à reconnaître formellement les crimes commis pendant la
colonisation. Ces tensions reflètent les enjeux persistants liés aux mémoires de
la guerre et à la justice historique.
- Évolution des perceptions : Au cours des dernières décennies, les perceptions
de la guerre d'Algérie ont évolué en Algérie, en particulier parmi la jeune
génération. De plus en plus de jeunes Algériens remettent en question la
mémoire officielle et réclament une reconnaissance plus nuancée du passé
colonial. Les manifestations de 2019, qui ont repris des slogans historiques de
l'indépendance pour critiquer le régime en place, témoignent de l'importance des
mémoires dans les luttes politiques contemporaines en Algérie.
3. Le difficile travail des historiens :
- Obstacles à la recherche historique : Les historiens en Algérie sont confrontés à
de nombreux obstacles dans leur travail de recherche sur la guerre d'Algérie.
Ces obstacles comprennent le manque d'accès aux archives officielles, la
censure étatique et la pression politique pour promouvoir une histoire officielle
conforme à la vision du régime. Ces défis limitent la liberté académique et
entravent la diffusion d'une histoire critique et nuancée de la guerre.
- Émergence d'une histoire alternative : Malgré ces obstacles, certains historiens
algériens s'efforcent de proposer une histoire alternative de la guerre d'Algérie,
en mettant en lumière les différentes perspectives des acteurs du conflit. Leur
travail contribue à ouvrir le débat sur les mémoires de la guerre et à promouvoir
une compréhension plus complexe et inclusive de ce chapitre de l'histoire
algérienne.
AXE 2 : La justice à l’échelle locale : les tribunaux gacaca face au génocide
des Tutsis. Jalon 1
Introduction :
- Le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 a été l'un des événements les plus
tragiques du XXe siècle, laissant des cicatrices profondes dans l'histoire du pays
et soulevant des questions cruciales sur la justice à l'échelle locale et
internationale. Dans cette optique, cet axe d'étude se concentre sur le rôle des
tribunaux gacaca face à ce génocide, ainsi que sur d'autres initiatives de justice
locales et internationales.
Partie A : Le contexte du génocide des Tutsis au Rwanda
- Le génocide des Tutsis au Rwanda a été précédé par des tensions ethniques et
politiques de longue date, exacerbées par la guerre civile et l'assassinat du
président Habyarimana le 6 avril 1994. Les massacres ont été perpétrés
principalement par des extrémistes hutus, avec le soutien du gouvernement et
des milices locales. En l'espace de quelques mois, des centaines de milliers de
Tutsis ont été systématiquement tués, et la communauté internationale a
largement échoué à intervenir pour arrêter le génocide.
Partie B : Les tribunaux gacaca face au génocide des Tutsis
- Mise en place des tribunaux gacaca (2001) : Face à l'ampleur des crimes et à la
nécessité de juger un grand nombre de personnes, le gouvernement rwandais a
mis en place les tribunaux gacaca en 2001 en parallèle avec le TPIR (Tribunal
pénal international pour le Rwanda). Ces tribunaux, organisés à l'échelle locale,
étaient composés de juges non professionnels et avaient pour mission de juger
les présumés génocidaires. Ils ont fonctionné en parallèle avec le système
judiciaire classique.
- Les tribunaux gacaca ont été nommés d'après une tradition rwandaise de
résolution des conflits, où les membres de la communauté se réunissaient pour
discuter des problèmes et prendre des décisions collectives.
- Fonctionnement des tribunaux gacaca : Les tribunaux gacaca se déroulaient en
plein air et encourageaient les accusés à avouer leurs crimes. Ils étaient
organisés au niveau des cellules (unités administratives de base au Rwanda) et
des secteurs, et leur fonctionnement reposait sur la participation active de la
communauté. Les audiences étaient ouvertes au public, permettant ainsi aux
victimes et aux témoins de participer et de témoigner.
- Les tribunaux gacaca ont également intégré des mécanismes de réparation et de
réconciliation, encourageant les auteurs à se repentir publiquement et à
participer à des programmes de réhabilitation.
- Bilan et controverses : Malgré leurs limites, les tribunaux gacaca ont contribué à
la réconciliation nationale en permettant aux communautés locales de confronter
leur histoire et de rendre justice aux victimes du génocide. Environ deux millions
de cas ont été traités, mais leur efficacité et leur impartialité ont été remises en
question, notamment par des organisations de défense des droits de l'homme,
en raison du manque de garanties procédurales et de possibles pressions
communautaires.
Partie C : La justice internationale et le TPIR
- Création du TPIR (1994) : Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR)
a été établi par le Conseil de sécurité des Nations unies le 8 novembre 1994
pour juger les principaux responsables du génocide des Tutsis. Son objectif était
de lutter contre l'impunité et de punir les crimes contre l'humanité commis
pendant cette période. Il avait son siège à Arusha, en Tanzanie.
- Le TPIR a été créé en vertu de la résolution 955 du Conseil de sécurité des
Nations unies, en réponse aux atrocités commises pendant le génocide.
- Défis et réalisations du TPIR : Le TPIR a été confronté à de nombreux défis,
notamment l'hostilité des opinions publiques locales et la complexité des
procédures judiciaires, ainsi que des problèmes de coopération des États
membres avec le tribunal. Malgré cela, il a réussi à juger plusieurs hauts
responsables du génocide, dont des membres du gouvernement et des
militaires. Toutefois, sa contribution à la réconciliation nationale reste discutée,
certains critiques soulignant que le TPIR a concentré son attention sur un petit
nombre de responsables, laissant de côté les acteurs de base du génocide.
Partie D : La Cour pénale internationale (CPI) et au-delà
- Création de la CPI (2002) : La Cour pénale internationale (CPI) a été établie par
le Statut de Rome en 1998 et est entrée en vigueur en 2002. Son siège est à La
Haye, aux Pays-Bas. La CPI a compétence pour juger les individus accusés de
crimes graves relevant du droit international, notamment les génocides, les
crimes contre l'humanité, les crimes de guerre et depuis 2018, le crime
d'agression.
- Le Statut de Rome a été adopté lors d'une conférence diplomatique en 1998,
signé par 120 pays, et est entré en vigueur après la ratification de 60 États.
- Limites et perspectives de la CPI : La CPI a été confrontée à des défis similaires
à ceux du TPIR, notamment en ce qui concerne la coopération des États
membres et l'application de ses décisions. Malgré ses limites, la CPI représente
une étape importante dans la lutte contre l'impunité et la promotion de la justice
internationale, en contribuant à la prise de conscience des crimes internationaux
et en cherchant à établir des normes de responsabilité pour les individus
impliqués dans de tels actes. Cependant, elle a également été critiquée pour son
manque de capacité à poursuivre certains auteurs de crimes graves en raison de
contraintes politiques et diplomatiques.
Partie E : La justice permet de construire l'Histoire et la mémoire
1. Rôle de la justice dans la construction de l'histoire :
Les mécanismes de justice internationale et nationale ont joué un rôle essentiel
dans la construction de l'histoire du génocide rwandais. En documentant les
preuves, en recueillant les témoignages et en rendant des jugements, ces
tribunaux ont contribué à établir une version factuelle des événements, fondée
sur des preuves tangibles et des témoignages crédibles.
2. Création d'une mémoire collective :
La recherche de la justice a également contribué à la construction d'une mémoire
collective autour du génocide. Les procès ont permis aux victimes de raconter
leur histoire, de rendre hommage aux morts et de faire entendre leur voix. Ils ont
également joué un rôle dans la transmission de l'histoire aux générations futures,
en enseignant les leçons du passé et en sensibilisant à l'importance de la justice
et de la réconciliation.
3. Lutte contre le négationnisme et la révision de l'histoire :
En rendant des jugements basés sur des faits établis, les tribunaux ont contribué
à contrer le négationnisme et la révision de l'histoire du génocide rwandais. En
fournissant une base solide pour la vérité historique, la justice a permis de
contester les récits falsifiés et de prévenir la manipulation de l'histoire à des fins
politiques.
4. Éducation et sensibilisation :
Les initiatives de justice ont également joué un rôle dans l'éducation et la
sensibilisation du public. Les tribunaux, les musées et les mémoriaux ont servi
de lieux d'apprentissage où les gens peuvent en apprendre davantage sur le
génocide, ses causes et ses conséquences. Cela a contribué à briser le silence
entourant le génocide et à encourager un dialogue ouvert sur les questions
difficiles de justice et de responsabilité.
III. L’histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes (objet
de travail conclusif)
III. L’histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes
Introduction :
- En 2020, à Paris, une pétition est lancée pour l'installation des Stolpersteine, des
pavés commémoratifs rappelant les victimes de la Shoah. Cela souligne
l'importance contemporaine des mémoires des génocides des Juifs et des
Tsiganes, générant encore des débats. La matérialisation de ces mémoires à
travers des lieux de mémoire et l'uniformisation mondiale de leur expression
dans l'espace public témoignent de leur pertinence et de leur diffusion grâce à
l'art et la culture.
1. Émergence et matérialisation de la mémoire des génocides :
- Entre 1944 et 1945, les armées alliées découvrent l'horreur de la Shoah et du
génocide des Tsiganes, avec entre 5 et 6 millions de Juifs et entre 300 000 et
500 000 Tsiganes tués.
- Initialement ignorés, ces génocides sont progressivement reconnus grâce aux
récits des survivants, conduisant à des initiatives de justice et de
commémoration.
- Des lieux de mémoire comme Auschwitz et des événements marquants comme
la Rafle du Vel' d'Hiv' en France deviennent emblématiques de cette mémoire.
2. Transmissions des mémoires depuis 1945 :
- Les mémoires des génocides des Juifs et des Tsiganes ont été longtemps
étouffées par d'autres mémoires après la guerre, notamment celle de la
résistance, mais émergent progressivement à partir des années 1960.
- Des initiatives comme le procès d'Adolf Eichmann en 1961 et la publication de
travaux historiques comme ceux de Raul Hilberg contribuent à cette émergence.
- Les médias culturels, tels que le film documentaire "Shoah" de Claude
Lanzmann et les œuvres littéraires comme "Si c'est un homme" de Primo Levi,
jouent un rôle crucial dans la transmission de ces mémoires.
3. Défis contemporains et perspectives d'avenir :
- Malgré une reconnaissance croissante, la mémoire du génocide des Tsiganes
reste marginale en comparaison avec celle de la Shoah, en raison du manque
d'études historiques et de procès spécifiques.
- Les génocides contemporains, comme celui au Darfour, soulèvent de nouvelles
questions sur la prévention et la mémoire des atrocités, nécessitant une action
internationale et une vigilance continue.
- L'éducation et la sensibilisation restent essentielles dans la transmission de ces
mémoires, tandis que de nouvelles initiatives, telles que l'utilisation des
technologies numériques, offrent de nouvelles opportunités pour perpétuer ces
souvenirs et lutter contre l'oubli et la négation.
B - Les lieux de mémoire des génocides des Juifs et des Tziganes
1 - La « mémorialisation » des lieux des génocides (Europe de l’est)
Les lieux disparus :
- Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis, dans le cadre de leur politique
d'extermination systématique, ont détruit méthodiquement les traces de leurs
crimes dans les camps de concentration et d'extermination. Ils ont dynamité les
chambres à gaz et les fours crématoires pour effacer les preuves de leurs
atrocités. Malgré cette tentative de dissimulation, des efforts d'archéologie ont
permis de retrouver des éléments clés des génocides, tels que des charniers et
les fondations des chambres à gaz, comme cela a été le cas lors des fouilles
menées dans le camp de Sobibor.
Les lieux « mémorialisés » :
- Auschwitz-Birkenau, l'un des camps les plus sinistres de l'Holocauste, a été
préservé en grande partie intact. Ce camp est devenu un musée dès 1947,
préservant ainsi un témoignage physique de l'ampleur des crimes commis par
les nazis. Les baraquements, les fours crématoires et les chambres à gaz y sont
conservés en l'état, faisant de ce site un lieu de mémoire puissant et poignant.
Inscrit au patrimoine de l’UNESCO en 1979, le camp attire désormais des
millions de visiteurs chaque année, leur permettant de se confronter à l'horreur
de l'Holocauste.
Événements significatifs :
- En 1970, Willy Brandt, chancelier de la République fédérale d'Allemagne, a
marqué un moment symbolique en s'agenouillant devant le monument aux
victimes du ghetto de Varsovie, exprimant ainsi le repentir du peuple allemand
pour les crimes commis pendant la Shoah. Cette action a eu un impact profond
sur les relations germano-polonaises et a contribué à une prise de conscience
collective de la nécessité de se souvenir et de reconnaître les horreurs du passé.
2 - Musées, mémoriaux et commémorations des génocides dans le monde
Des formes et des acteurs multiples :
- À travers le monde, les initiatives visant à commémorer les victimes de
l'Holocauste et du génocide des Tsiganes se manifestent sous diverses formes,
telles que des musées, des mémoriaux et des commémorations. Ces projets
sont le résultat d'efforts conjoints de divers acteurs, qu'ils soient publics ou
privés, impliquant des municipalités, des gouvernements et des organisations
associatives.
Exemple du Jardin des Justes à Jérusalem :
- Le Jardin des Justes, inauguré en 1996, est un hommage aux personnes qui ont
risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Shoah. Chaque arbre planté
dans ce jardin représente un Juste parmi les nations, ces individus héroïques qui
ont agi avec courage et humanité dans des circonstances extrêmes. Depuis son
inauguration, de nouveaux noms sont ajoutés chaque année, soulignant ainsi
l'importance continue de reconnaître ces actes de bravoure.
Évolution contemporaine :
Au fil des décennies, la reconnaissance et la commémoration des génocides ont
évolué, en particulier avec la disparition progressive des témoins directs des
atrocités. Des musées majeurs, comme le Musée du mémorial de l'Holocauste
des États-Unis à Washington et le Musée juif de Berlin, ont été érigés pour
perpétuer la mémoire des victimes et sensibiliser les générations futures à
l'importance de la tolérance et du respect des droits de l'homme.
Limites et critiques :
- Malgré ces progrès, le génocide des Tsiganes reste souvent négligé et moins
visible dans l'espace public, soulignant les lacunes persistantes dans la
reconnaissance de cette tragédie. De plus, certains dénoncent la
commercialisation et la banalisation de la mémoire de l'Holocauste, en particulier
à travers le tourisme des lieux d'extermination comme Auschwitz, mettant en
lumière les défis complexes associés à la préservation et à la transmission de
l'histoire tragique de l'Hol
II/ JUGER LES GÉNOCIDES : UNE ÉTAPE ESSENTIELLE POUR EN
CONSTRUIRE LES MÉMOIRES :
A - Après Nuremberg : les procès en Allemagne - Jalon 2
La dénazification :
- Après la défaite de l'Allemagne nazie en 1945, les Alliés occupent le territoire
allemand et entreprennent la dénazification du pays. L'Allemagne est divisée en
quatre zones d'occupation, chacune administrée par une des grandes
puissances alliées (États-Unis, Union soviétique, Royaume-Uni et France). Les
Accords de Postdam, signés en août 1945, déterminent les conditions de cette
dénazification, comprenant les « 5 D » : démilitarisation, décartellisation,
démocratisation, dénazification et démolition.
Les procès de Nuremberg :
- Les procès de Nuremberg se tiennent de novembre 1945 à octobre 1946 dans la
ville de Nuremberg, haut lieu des rassemblements nazis. Ces procès marquent
le premier jugement international des crimes contre l'humanité et visent à
traduire en justice les principaux responsables du régime nazi. Les 22 hauts
dignitaires nazis capturés sont jugés par le premier Tribunal pénal international,
composé de juges des quatre grandes puissances alliées. Parmi les accusés,
des figures telles que Hermann Göring, Rudolf Hess et Joachim von Ribbentrop
sont jugées. Douze des accusés sont condamnés à mort par pendaison, sept
sont condamnés à des peines de prison et trois sont acquittés. Ces procès sont
cruciaux pour établir la responsabilité individuelle des dirigeants nazis dans les
atrocités commises pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les autres procès :
- Outre les procès de Nuremberg, des procès similaires sont organisés dans les
zones d'occupation, visant à juger les criminels de guerre et les membres du
régime nazi impliqués dans les crimes contre l'humanité. Cependant, la plupart
des condamnations portent sur des crimes contre les civils allemands plutôt que
sur les génocides. Les débuts de la guerre froide et les impératifs de
reconstruction compliquent ces efforts de justice, et de nombreux prisonniers
nazis sont amnistiés dans les années qui suivent.
Dans les années 1950 et 1960 :
- Après la création de la République fédérale d'Allemagne (RFA) en 1949, le pays
cherche à tourner la page sur son passé nazi, sous l'impulsion du chancelier
Adenauer. Cependant, certains procès tardifs, comme celui d'Ulm en 1958,
témoignent de l'impunité persistante de nombreux criminels de guerre. En 1958,
le « Centre national d'enquêtes sur les crimes de guerre nazis » est établi en
RFA, permettant de poursuivre les enquêtes et d'initier de nouveaux procès dans
les années 1960. Ces procès, bien que critiqués pour leurs résultats souvent
cléments, contribuent à raviver la conscience collective des génocides et à
nourrir les travaux des historiens.
Procès et mémoires :
- Les procès des années 1960 et 1970 sont marqués par les difficultés
rencontrées par les accusés pour prouver qu'ils avaient agi sous l'autorité de
leurs supérieurs. Les preuves, souvent détruites par les nazis, rendent le travail
d'accusation ardu. Malgré cela, les témoignages recueillis contribuent à éclairer
les horreurs du passé et à sensibiliser le public à l'importance de la justice pour
les victimes des génocides nazis. Les historiens, à l'instar de Léon Poliakov,
jouent un rôle crucial dans cette entreprise en documentant et en analysant ces
événements tragiques.
B - Juger sans limite de temps ni frontières:
Ailleurs dans le monde après la guerre :
- Les procès de Nuremberg ont été des références pour l'établissement de
tribunaux exceptionnels en Europe de l'Est, notamment en Pologne, en
Tchécoslovaquie et en Hongrie. Ces pays ont organisé leurs propres procès pour
juger les responsables des crimes nazis.
Le 1er procès d'Auschwitz :
- À Cracovie en 1947, a lieu le premier procès d'Auschwitz, symbolisant la quête
de justice pour les atrocités commises pendant la guerre. Quarante accusés sont
jugés, et 23 sont condamnés à mort. Rudolf Höss, le principal commandant
d'Auschwitz, est jugé par le tribunal polonais et condamné à la peine capitale.
Son exécution a eu lieu près du four crématoire du camp, marquant un moment
historique dans la lutte contre l'impunité des criminels de guerre.
Les chasseurs de nazis :
- Le procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961 a été un événement majeur
dans la poursuite des criminels nazis. Eichmann, responsable de la logistique de
la Shoah, a été capturé par les services secrets israéliens en Argentine. Ce
procès a permis de donner la parole aux survivants de l'Holocauste et a joué un
rôle crucial dans la reconnaissance mondiale des crimes commis contre les
Juifs. Parallèlement, des individus et des organisations comme le Centre
Simon-Wiesenthal ont poursuivi leur travail de traque des criminels nazis en fuite
dans le monde entier. Leur engagement a abouti à des arrestations significatives,
telles que celle de Klaus Barbie en 1983 en Bolivie.
La question de l’imprescriptibilité :
- La lutte contre l'impunité des criminels nazis s'est poursuivie au-delà des
décennies qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2002, le Centre
Simon-Wiesenthal a lancé l'opération « Last chance », offrant des primes pour
obtenir des informations permettant de poursuivre les derniers criminels nazis en
liberté. Le cas de Reinhold Hanning, ancien garde SS à Auschwitz, jugé en
Allemagne en 2016, illustre la persistance des efforts pour traduire en justice
ceux qui ont participé aux atrocités nazies. Son procès a soulevé des questions
importantes sur l'imprescriptibilité des crimes de guerre et a attiré l'attention sur
la nécessité de poursuivre les responsables même longtemps après les
événements. Malgré ces efforts, de nombreux criminels nazis ont échappé à la
justice, soulignant les défis persistants dans la quête de vérité et de réparation
pour les victimes de l'Holocauste.
III/ LA CULTURE DIFFUSE ET ENTRETIEN LA MÉMOIRE DES GÉNOCIDES
A - Écrire l’anéantissement :
L’ÉCRITURE DU GÉNOCIDE durant l’enfermement :
- Pendant leur enfermement dans les camps de la mort, les victimes ont produit
des écrits poignants décrivant l'horreur de leur quotidien. Ces témoignages,
découverts dans les ruines des ghettos et des camps, offrent un aperçu précieux
du processus d'extermination en cours. Certains manuscrits ont été conservés
au mémorial Yad Vashem à Jérusalem, tandis que d'autres ont été compilés
dans des ouvrages tels que "Les voix sous la cendre" en 2005, qui regroupe trois
témoignages de Sonderkommandos. Le journal d’Anne Franck, publié pour la
première fois en 1946 par son père Otto Franck, est devenu un symbole de
l'extermination des Juifs européens.
TÉMOIGNER APRÈS LE GÉNOCIDE :
- Après la libération des camps, de nombreux rescapés ont partagé leur
expérience à travers des témoignages. En 1947, Primo Levi publie "Si c'est un
homme", un récit bouleversant de sa déportation à Auschwitz. Ce livre, bien
qu'initialement peu diffusé, connaît un succès international dans les années
1960. À partir des années 1980, une littérature témoignage plus diversifiée
émerge, reflétant la volonté des survivants de transmettre leur mémoire aux
générations futures.
PEUT-ON « FICTIONNALISER » LES GÉNOCIDES ? :
- Certains survivants et descendants ont choisi de raconter les génocides à travers
la fiction. En 1960, Anna Langfus publie "Le sel et le soufre", un roman poignant
sur le destin d'une juive polonaise enfermée dans le ghetto de Varsovie. Dans les
années 1970, George Perec et Art Spiegelman explorent également les horreurs
de la Shoah à travers des œuvres littéraires et graphiques.
ÉCRIRE LE GÉNOCIDE DES TZIGANES :
- Dans les années 1980, les témoignages sur le génocide des Tziganes
commencent à émerger, apportant un éclairage sur cette tragédie souvent
négligée. Ceija Stojka, une survivante rom d’Auschwitz, témoigne de son
expérience à travers des poèmes et des peintures, offrant ainsi une perspective
unique sur le génocide tsigane.
B - Représenter et documenter les génocides au cinéma :
DOCUMENTER LA SHOAH :
- Dès la libération des camps, des films documentaires ont été réalisés pour
témoigner de l'horreur de la Shoah. En 1956, Alain Resnais réalise "Nuit et
Brouillard", un court-métrage dénonçant le système concentrationnaire nazi.
Toutefois, le film est critiqué pour son manque de distinction entre les différents
types de camps et pour son omission des victimes juives.
Shoah de CLAUDE LANZMANN :
- En 1985, Claude Lanzmann révolutionne le genre documentaire avec "Shoah",
un film de neuf heures et demie qui se concentre exclusivement sur les
témoignages des survivants. En refusant d'utiliser des images d'archives ou des
reconstitutions, Lanzmann met en lumière la force du témoignage humain face à
l'indicible, marquant ainsi un tournant dans la représentation cinématographique
de la Shoah.
LA FICTION ET LA SHOAH :
- Malgré les controverses, la fiction cinématographique a également contribué à
perpétuer la mémoire de la Shoah. En 1993, "La Liste de Schindler" de Steven
Spielberg suscite un débat sur la représentation artistique de l'Holocauste.
Malgré ces controverses, le cinéma a joué un rôle crucial dans la transmission
de la mémoire de la Shoah, contribuant ainsi à sensibiliser les générations
futures aux dangers du racisme et de la haine.