Repères
Quelques définitions clés pour
aborder ce dossier « semences »
Voici présentées les définitions
des mots et expressions du
rendue plus homogène, par exemple en terme de phénotype (taille,
forme des épis…), de précocité ou tout autres caractères (cette re-
dossier « semences » (pages 12-
cherche d’homogénéité est souvent excessive et, si elle facilite la
mécanisation, la commercialisation des semences et des produits,
34) identifiés par un astérisque *
c’est souvent une fragilité en terme de biodiversité et de gestion des
risques agronomiques et climatiques…). Le centre de recherche ayant
effectué ce travail donne un nom qui se réfère rarement au nom initial
de la variété paysanne et il mentionne rarement l’important travail
initial de sélection effectué par les paysans.
Semences – Identification, au sein de semences populations des paysans, de lignées
présentant des caractères intéressants (par exemple, résistances à
La semence est la matière première de l’agriculture. Elle influence des maladies).
fortement le rendement d’une culture. Que ce soit pour une variété pay- – Introduction dans des variétés paysannes d’un (ou plusieurs) caractère de
sanne ou de sélectionneur, l’emploi de semences de mauvaise qualité résistance par des croisements répétés (appelés rétrocroisements).
peut entraîner une réduction qualitative et quantitative des récoltes. – Croisements (on emploie aussi le terme hybridation) de 2 variétés pay-
Dans les schémas des obtenteurs de variétés et des organismes of- sannes (et aussi améliorées) pour obtenir des lignées au sein desquel-
ficiels de multiplication, la production de semences vise à fournir un les le sélectionneur identifie celles présentant des caractères jugés
produit conforme au matériel de départ mis au point par le sélection- intéressants. Là, il y a un travail plus poussé des sélectionneurs mais
neur et respectant les normes de qualité technique. Afin de limiter les ils se sont souvent trompés dans les PED en ne connaissant pas assez
risques de dérives des variétés, du sélectionneur à l’agriculteur, il y a les conditions paysannes et les attentes des paysans (d’où l’intérêt de
alors quatre générations : les associer à ces tâches).
– Le matériel de départ appelé « G0 » ou « breeder seed » : il est l’étalon – Croisement de deux lignées pures (ou homozygotes) suite à des autofé-
de la variété et doit être à l’origine de chaque processus de multiplica- condations successives. Les « hybrides F1 » issues de ces plantes mani-
tion de semences. Sa conformité au type original et sa maintenance festent ensuite un potentiel de rendement important. Par contre, les
sont assurées par la recherche. autofécondations successives lorsque l’on ressème les Hybrides F1 se
– Les semences de prébase (G1, G2, G3) : issues du matériel G0, elles doi- traduisent par des descendances présentant les fragilités des lignées
vent être à un niveau de pureté le plus élevé possible. Elles sont le plus autofécondées et des rendements faibles.
souvent produites par la recherche. – Et toutes les « améliorations » via les biotechnologies (cf. PGM).
– Les semences de base (SB ou G4) : issues de la multiplication des pré-
bases, ce sont les semences mères des semences commerciales. Leur Semences délintées : semences débarrassées du duvet de fibres cour-
production est souvent la responsabilité de structures semencières tes qui restent habituellement collées aux graines après l’égrenage. Cela
agréées, avec l’assistance des techniciens de la recherche ou des ser- se fait souvent à l’aide de l’acide sulfurique.
vices techniques de l’état, pour assurer le maintien et la pureté de la
variété. Une Plante génétiquement modifiée (PGM) est une plante qui com-
– Les semences commerciales ou semences certifiées : ce sont les semen- porte, en plus des 30 000 à 90 000 gènes présents dans son génome
ces de première génération ou de deuxième génération (R1 : Semence et résultant le plus souvent d’un travail de sélection millénaire, un ou
issue de semence de base G 4 et destinée à la production ; R2 : Se- plusieurs gènes supplémentaires (appelé transgènes) qui ont été insérés
mence issue de R1). en laboratoire par l’Homme et qui lui donne une caractéristique nouvelle
(résistance à un herbicide, production d’une protéine insecticide, etc.).
Semences fermières : Les semences fermières sont d’une manière gé-
nérale celles qui ont été produites à la ferme par l’agriculteur. En France, Espèces-variétés
l’appellation « semences fermières » est souvent restreinte aux semen-
ces produites à la ferme de variétés protégées (pour les céréales, les pois Une espèce végétale se définit comme un groupe de végétaux pré-
et le colza, ce sont fréquemment des R2 produites à la ferme à partir de sentant des caractéristiques similaires et pouvant se reproduire entre
semences certifiées R1). eux, mais ne pouvant ordinairement pas se croiser avec une autre es-
pèce. Au sein d’une espèce, une variété est définie comme un ensem-
Semences paysannes (ou variétés locales) : Ce sont des semences sé- ble de plantes pouvant être clairement identifiées par des caractères
lectionnées par les paysans (souvent par sélection massale), adaptées morphologiques, physiologiques et génétiques communs qui les distin-
à leurs terroirs, à leurs modes de production et présentant des caracté- guent des autres plantes de la même espèce. Après multiplication, ces
ristiques qualitatives jugées intéressantes par les transformateurs ou caractères sont conservés s’il n’y a pas eu fécondation par une plante
transformatrices locales et les consommateurs. d’une autre variété.
Quelques types de variétés :
Le terme « semence améliorée » signifie que la variété concernée a Variété lignée pure : c’est l’ensemble des descendants homozygotes de
été « améliorée » par des centres publics ou privés de sélection végé- quelques plantes auto fécondées naturellement ou artificiellement.
tale mais les réalités sont dans les faits très diverses. Par exemple, ces Variété clone : issue de la reproduction végétative (comme le bouturage
semences améliorées peuvent être des : ou le marcottage), tous les individus sont alors strictement identiques
– Semence paysanne d’un autre pays ou d’une autre région qui a été (cas des variétés de pomme de terre des sélectionneurs). Ü
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Û Variété population : des variétés sélectionnées par les communautés La Convention de l’UPOV a été adoptée à Paris en 1961, puis modifiée
rurales (on parle également de variétés paysannes). deux fois,en 1978 et 1991.
Elle instaure, pour la protection des obtentions végétales, des cer-
Germoplasme : Souvent synonyme de « matériel génétique ». Ce tificats d’obtentions végétales (COV) : il s’agit du système spécifique de
terme désigne la semence ou tout autre matériel à partir duquel les protection des variétés adopté par les pays membres de l’UPOV, avec
plantes se multiplient. les caractéristiques suivantes :
(i) le COV donne un droit exclusif de propriété d’une durée 20 ou 25 ans
Écotype : population d’une espèce donnée qui présente des caracté- selon les espèces ; son extension à toutes les espèces végétales est
ristiques nouvelles adaptées à un type de milieu particulier. Les carac- prévue par UPOV 91 ;
téristiques propres à l’écotype sont héréditaires (…). Ces plantes sont (ii) le détenteur du COV est seul habilité à produire et commercialiser des
appelées « variétés » ou « sous-espèces ». semences ou plants de la variété protégée; il peut le céder par contrat
à des tiers (agriculteurs-multiplicateurs de semences) ;
Variétés composites : La première génération obtenue par croisement (iii) une variété protégée par COV peut-être utilisée librement par des
au hasard d’un grand nombre de parents spécifiés B. tiers pour l’expérimentation ou pour la création de nouvelles varié-
tés (exemption du sélectionneur) comme ressource génétique; avec
Variété essentiellement dérivée (VED) : dans le cadre de l’adoption le brevet, par contre, la variété n’est exploitable qu’avec l’achat d’une
du COV 91 (cf. définition plus bas) impulsée par les petits et moyens licence ;
obtenteurs, ce concept fait que la variété est protégée contre une con- (iv) les agriculteurs peuvent multiplier des variétés protégées par COV
fiscation de leurs travaux et investissements par ces multinationales pour leurs besoins propres (semences de ferme) librement (UPOV 1978)
des semences. ou en versant une contrepartie à l’obtenteur (UPOV 1991 en cours d’ap-
plication). Le privilège de l’agriculteur s’en trouve réduit et le COV se
Sélection-conservation rapproche du brevet qui interdit ce mode de multiplication ;
(v) la protection de l’obtenteur vis-à-vis d’une variété « dérivée » très peu
La sélection massale consiste à sélectionner, parmi un ensemble de différente de la variété initiale (insertion d’un gène par transgénèse par
plants du même âge, ceux qui paraissent les meilleurs selon les critères exemple) est soumise à l’accord contractuel du détenteur et au verse-
que l’on se fixe. L’objectif est de conserver les organes de reproduction ment de royalties (notion « d’essentielle dérivation », UPOV 1991).
(graines, épis, boutures) des plantes répondant le mieux à ses besoins
pour les multiplier (ressemer lorsqu’il s’agit de graines). Brevet : Un brevet est un titre de propriété qui confère à son titu-
laire un droit exclusif d’exploitation sur l’invention brevetée pour une
Obtenteurs : organismes produisant des variétés afin de les inscrire durée limitée.
dans un catalogue officiel et de les commercialiser.
Différence brevets – COV : Contrairement aux brevets, la protection
Conservation in situ désigne la conservation, le maintien et la recons- par les COV n’octroie pas de droit absolu sur l’utilisation des semences,
titution par les agriculteurs et communautés paysannes de populations leur culture et leurs nouvelles sélections. Elle ne donne un monopole
d’espèces viables dans leur milieu naturel et, dans le cas des espèces vé- aux entreprises que pour la multiplication commerciale et la vente sur
gétales cultivées, dans le milieu où se sont développés leurs caractères le marché des semences. Les agriculteurs restent libres de conserver les
distinctifs, à savoir dans les systèmes de cultures paysans. semences de leurs propres récoltes, et les sélectionneurs peuvent les
réutiliser pour mettre au point de nouvelles variétés.
Conservation ex situ désigne la conservation de ressources phyto-
génétiques pour l’alimentation et l’agriculture en dehors de leur milieu L’Accord de Bangui institue, en 1977, l’Organisation Africaine de la
naturel, par exemple dans une banque de semences. Propriété Intellectuelle (OAPI), qui réglemente la protection intellectuelle
de ses pays membres. La révision de cet accord en 1999 avec l’ajout de
Accession est le nom donné à un lot de semences pour l’identifier lors- l’annexe X consacre, pour un certain nombre de pays d’Afrique, la pro-
qu’il entre dans une banque de semences. Ainsi, dans un village donné, tection des obtentions végétales selon un système « sui generis » basé
pour une même variété paysanne, plusieurs échantillons peuvent être sur la Convention de l’UPOV de 1991. Cet accord révisé a été signé en
collectés chez différents paysans ; ils constitueront alors autant d’acces- février 1999 par 15 pays d’Afrique francophone.
sions pour la banque de semences.
Un système « sui generis » est un système propre à chaque pays,
Législations-DPI-brevets autre que le brevet, qui permet de protéger les variétés végétales du
copiage.
L’Union internationale pour la protection des obtentions végétales
(UPOV) est une organisation intergouvernementale indépendante char- Semences « libres de royalties » : semences accessibles sans droits à
gée de protéger juridiquement les droits de propriété intellectuelle (DPI) payer aux obtenteurs. Les instituts publics ont souvent produit ce type
des obtenteurs de nouvelles variétés végétales, au niveau international, de semences.
afin d’encourager leur recherche.
Catalogue ouest africain des espèces et variétés végétales (Coafev) :
1. Dans le cas du maïs, ces parents peuvent des hybrides et ces variétés Élaboré en 2008, le Coafev présente la liste des variétés homologuées
composites de maïs souvent développées par des instituts publics de dont les semences peuvent être commercialisées sur le territoire consti-
recherche peuvent être ressemées plusieurs fois par les paysans à partir tué par dix-sept pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, membres de l’UE-
de leur récolte, ce qui limite fortement leur dépendance et leur coût en MOA, de la Cedeao et du Cilss. Pour être inscrite au Coafev, une variété
semences. doit être préalablement inscrite à un catalogue national. §
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