Semestre 1 Droit Constitutionnel
Semestre 1 Droit Constitutionnel
Le droit constitutionnel est une branche du droit public qui organise les relations entre les
personnes publiques, à savoir l'État, les collectivités territoriales et les établissements publics. Il
régit également les relations entre les personnes publiques et les individus, ainsi qu'entre l'État et
les collectivités territoriales.
Le droit constitutionnel se divise en plusieurs branches, dont le droit administratif, qui étudie les
liens entre l'administration et les administrés, et le droit financier, qui concerne les relations entre
l'État et les contribuables.
L'État est la forme habituelle d'organisation du pouvoir politique dans les sociétés développées. Il
est le cadre dans lequel naissent et se développent les règles constitutionnelles. Le nombre d'États
dans la société internationale a augmenté, passant de 51 en 1945 à 193 membres de l'ONU.
L'État représente le pouvoir central, par opposition aux collectivités territoriales (communes,
départements, régions, collectivités à statut particulier et collectivités d'outre-mer en France). Il
désigne les gouvernants, responsables du maintien de l'ordre, et est une société politique organisée
(par exemple, l'État français, espagnol ou italien).
Pour ceux qui s'intéressent à la théorie de l'État, il est essentiel de comprendre les conditions de sa
naissance.
L'État provient du terme latin "status", signifiant un statut ou une situation. Sa signification a
évolué pour désigner l'organisation politique et juridique d'un pays, particulièrement depuis le
traité de Westphalie de 1648.
Les États modernes, nés au XVIIe siècle, résultent d'un processus de centralisation du pouvoir sur
un territoire donné pour une population sédentarisée. La théorie du contrat social, présentée par
Thomas Hobbes, John Locke et Jean-Jacques Rousseau, a justifié la naissance de l'État. Selon
Rousseau, les individus, à l'origine indépendants, se sont volontairement associés pour former une
société. L'État est ainsi l'association politique librement formée par les participants au contrat
social, la souveraineté de l'État étant la somme des volontés individuelles des contractants.
L'État se compose de trois éléments : une nation, un territoire et une organisation politique
exerçant une autorité.
=> La nation : est un groupement humain dans lequel les individus se sentent unis par des liens
matériels et spirituels et se conçoivent comme distincts des autres groupements nationaux. La
nationalité est le lien privilégié unissant les personnes à l'État. La nation est une notion plus
restrictive que celle de population.
La nation a donné lieu à deux conceptions principales : la conception allemande (thèse objective)
et la conception française (thèse subjective).
1. Conception allemande (thèse objective) : La nation est le produit d’éléments objectifs comme la
géographie, la langue, la religion ou l’idéologie. Cette conception a été forgée par Fichte et est
influencée par les écrits de Kant.
2. Conception française (thèse subjective) : La nation résulte de la libre décision des individus de
s’associer pour un destin commun. Cette conception, soutenue par Ernest Renan, met l'accent sur
la volonté de vivre ensemble, enracinée dans une histoire et des souvenirs communs.
La nation, qu'elle soit définie de manière objective ou subjective, conduit à assimiler l'État et la
nation dans le concept d'État-nation. Cependant, cette identification n'est pas toujours réalisée,
entraînant des conflits.
1. Identification entre la nation et l'État : En Occident, la nation est le résultat d’un processus
historique se développant et s’achevant par la naissance de l'État. En France, l'État a précédé la
nation, la forgeant progressivement autour des rois de France puis de la République. Le droit
international reconnaît le principe des nationalités et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes,
consacré par la Charte des Nations Unies et le Préambule de la Constitution française de 1958.
2. Dissociation entre la nation et l'État : La nation ne correspond pas toujours à l'État. On observe
des nations non constituées, des nations écartelées ou regroupées. Par exemple, la nation
allemande était divisée entre 1945 et 1990, et certains États regroupent plusieurs nations, comme
l’Autriche-Hongrie ou l’URSS.
=> Un territoire
Le territoire est l'espace sur lequel l'autorité politique exerce son pouvoir. Il comprend la surface,
le sol et le sous-sol, l’espace maritime et aérien. La taille des États importe peu, des micro-États
comme Monaco ou le Liechtenstein existent. Les constitutions posent souvent le principe
d'intangibilité des frontières pour éviter les revendications territoriales.
=> Pouvoir de contrainte
L'État a le pouvoir de fixer des règles de comportement et d'en imposer le respect. Il définit des
normes juridiques qui s’imposent aux particuliers. L'État de droit, concept popularisé par Carré de
Malberg, implique que les gouvernants doivent produire des règles claires et prévoir des
procédures de contrôle de leurs actes, y compris les lois. Le contrôle de constitutionnalité participe
à l'existence de cet État de droit.
Bien que l'État ne détienne pas le monopole du pouvoir normatif, il possède celui de la force, ou du
moins de son usage. Seul l'État a le pouvoir d'exiger, si nécessaire par la force, le respect des règles
de droit. Les gouvernants, agissant au nom de l'État, disposent de l'administration et de la force
armée pour faire appliquer les décisions étatiques. Ainsi, la volonté des citoyens se plie devant la
contrainte exercée par les autorités étatiques. Non seulement l'État peut recourir à la force pour
exécuter ses propres décisions, mais les particuliers doivent également s'adresser à l'État pour
obtenir le respect des règles qu'ils ont eux-mêmes établies. Les particuliers ne peuvent pas se rendre
justice par eux-mêmes, ce monopole de la contrainte étant un élément capital de la définition de
l'État.
L'État est donc le seul à pouvoir bénéficier de ce recours à la force et doit en avoir le monopole.
Pour être légitime, ce pouvoir de contrainte doit être accepté par les citoyens, qui renoncent à leur
propre pouvoir en le remettant à l'État. Toutefois, ce consentement n'est pas indispensable à
l'existence de l'État, qui peut aussi exercer une violence illégitime et ne pas respecter les droits de
l'homme et du citoyen. Dans ce cas, l'État serait alors non démocratique mais autoritaire ou
dictatorial.
L'État, en tant que puissance publique, est présenté comme une organisation dotée de la
personnalité morale, distincte de la personne physique. La personnalité morale est une fiction
juridique destinée à prendre en charge de façon permanente les intérêts d'un groupe humain
indépendamment des personnes physiques qui agissent en son nom. Ainsi, l'État est une collectivité
organisée, une entité abstraite distincte des personnes qui parlent en son nom. Comme le souligne le
doyen Duguit, « je n'ai jamais déjeuné avec une personne morale ». La personnalité morale donne
une existence et une capacité juridiques à des groupements d'individus poursuivant un but
identique.
La personnalité morale existe en droit privé sous forme de sociétés ou d'associations. En droit
public, elle est reconnue à l'État ainsi qu'à d'autres personnes publiques ou morales de droit public,
telles que les collectivités territoriales et les établissements publics. La personnalité morale explique
certaines caractéristiques juridiques de l'État, le distinguant de ses dirigeants, comme l'illustre la
formule de l'Ancien Régime « le roi est mort, vive le roi ». Cette reconnaissance entraîne plusieurs
conséquences : l'État est engagé par ses décisions, quelle que soit la personne au pouvoir ; les
gouvernants ne sont pas propriétaires de leurs fonctions mais en sont titulaires ou investis
temporairement ; le patrimoine des gouvernants est distinct de celui de l'État. Ainsi, l'État peut
posséder des biens, conclure des contrats, engager sa responsabilité et être traduit en justice comme
une personne physique. La personnalité morale explique donc la permanence de la puissance
publique au-delà des individus et des élections.
Sur la population de son territoire, l'État exerce une autorité politique exclusive appelée « la
souveraineté », caractéristique juridique essentielle. Seul l'État dispose de la souveraineté, ne
reconnaissant aucun pouvoir supérieur ou concurrent. Cette notion, inventée par Jean Bodin au
XVIe siècle, désigne la puissance absolue et perpétuelle d'une république.
Le pouvoir de l'État, originaire et illimité, n'est subordonné à aucune règle extérieure. Il peut
s'organiser à sa guise, sa volonté prévalant sur celle des groupes et des individus. La souveraineté
interne permet à l'État de poser librement des normes, selon la formule du juriste allemand Jelinek,
qui parlait de la « compétence de la compétence ». Ainsi, l'État peut intervenir où et quand il le
souhaite, bien que cette théorie puisse entraîner des dérives absolutistes.
Partant du principe que l'État est fondé sur un pacte social par lequel chaque citoyen s'engage, ces
derniers lui confient un pouvoir considéré comme absolu. Rousseau affirmait que la puissance
souveraine ne peut être limitée. Cependant, la souveraineté peut rencontrer des limites : l'État,
créateur de droit, y est également soumis. Cette conception de la souveraineté absolue a été
contestée et plusieurs doctrines ont été élaborées pour justifier la soumission de l'État au droit :
1. La théorie du droit naturel ou jusnaturalisme : cette théorie s'oppose au droit positif, considérant
qu'il existe un droit préexistant, fondé sur la raison, qui s'impose à l'État indépendamment des lois
étatiques.
2. La théorie de l'autolimitation du pouvoir de l'État : en posant des règles, l'État accepte de se lier
lui-même. Il crée du droit et doit respecter ces règles. Cependant, cette théorie présente des limites,
notamment quant à la garantie que l'État ne reviendra pas sur ce principe.
L'État est une organisation indépendante, exerçant une souveraineté externe à l'égard des autres
États. Il peut toutefois limiter volontairement sa souveraineté par des traités ou son adhésion à des
organisations telles que l'ONU ou l'UE. Cette forme de souveraineté a été contestée, les États
acceptant de réduire leur souveraineté par des traités.
En conclusion, les États peuvent reconnaître des règles extérieures à eux-mêmes, comme l'illustrent
les traités internationaux qu'ils sont tenus de respecter.
Sur le plan juridique, deux formes d'États sont distinguées : l'État simple ou unitaire (comme la
France) et l'État composé, supposant une union ou un groupement d'États ou un État fédéral
(comme les États-Unis, l'Allemagne ou la Suisse).
A. L’État unitaire
L'État unitaire, forme d'État répandue, présente différentes modalités d'organisation : centralisé,
déconcentré ou décentralisé.
Définition de l'État unitaire : L'État unitaire se caractérise par l'unité de son pouvoir politique
avec un seul centre de décision. Il n'existe qu'une seule organisation politique et juridique détenant
toutes les compétences étatiques. Un seul parlement légifère, qu'il soit monocaméral ou bicaméral,
et un seul pouvoir exécutif définit et exécute la volonté de l'État. Le droit produit est identique sur
tout le territoire. L'État unitaire est indivisible, comme le dispose l'article premier de la Constitution
de 1958 : « la France est une république indivisible ».
L'État unitaire est la forme la plus répandue dans le monde (Chine, Portugal, Royaume-Uni,
Pologne). Il a dû s'adapter au fil des années, divisant son territoire pour rapprocher l'administration
des citoyens. Cette division, produit de la déconcentration et de la décentralisation, permet de
relayer le pouvoir central au niveau local. En pratique, ces deux systèmes coexistent souvent. Un
État décentralisé ne devient pas un État fédéral.
L’État unitaire est presque naturellement centralisé, comme en témoigne la construction de l’État
monarchique absolutiste, avec ses particularismes locaux. La centralisation est un mode
d’organisation administrative dans lequel une seule personne publique, à savoir l’État, est
juridiquement capable de prendre toutes les décisions publiques nécessaires à son administration.
Ainsi, toutes les décisions administratives doivent être demandées à l’État ou prises par celui-ci.
Ce système rencontre certaines difficultés, notamment lorsque l’État doit prendre un grand nombre
de décisions. Il n’est pas viable à long terme, car la centralisation tend à éloigner le pouvoir des
préoccupations des administrés, puisque seul l’État peut prendre des décisions.
La France, de l’Ancien Régime jusqu’à l’Empire de 1814, a été marquée par une centralisation
excessive.
Les compétences sont exercées localement par des représentants du pouvoir central, constituant
ainsi un prolongement de l’administration centrale au niveau local. Selon la formule de Barrot
(homme politique du milieu du 19ème siècle), la déconcentration signifie : « C’est toujours le
même marteau qui frappe, mais on en a raccourci le manche ». Cela désigne un système
d’administration où des pouvoirs de décision sont confiés à des autorités administratives réparties
sur le territoire et placées à la tête de circonscriptions administratives.
Les circonscriptions administratives sont des aires géographiques issues d’une division du territoire
national, sans personnalité morale, servant à délimiter la portée géographique de certains actes ou
actions de l’État. Il existe différentes circonscriptions administratives :
Les préfets, les directeurs départementaux ou régionaux des services déconcentrés de l’État, les
recteurs d’académies et les maires sont des autorités déconcentrées, investies de pouvoirs de
décision et représentant localement l’État, tout en restant soumises au pouvoir hiérarchique des
autorités centrales (exemple : les ministres).
La déconcentration opère une répartition des compétences au sein d’une même personne publique
afin de rapprocher l’administration des administrés. Comme l’indique un décret du 25 mars 1852 :
« On peut gouverner de loin mais on administre bien de près ». En France, la déconcentration a été
consacrée par la loi du 6 février 1992 relative à l’administration territoriale de la République (loi
dite ATR). Depuis lors, la compétence de droit commun est confiée aux représentants locaux de
l’État, les ministres ne détenant plus qu’une compétence d’attribution, ce qui fait de la France un
État déconcentré.
L’État unitaire peut également être décentralisé, offrant ainsi une plus grande autonomie aux
autorités locales. Les États unitaires peuvent présenter de grandes différences selon le degré de
décentralisation.
Les organes décentralisés doivent disposer de compétences propres, l’État étant dessaisi de celles-
ci. Les compétences sont exercées au nom de l’organisme décentralisé, mais ces entités
administratives ne peuvent édicter des lois, seuls l’État en ayant le pouvoir.
Les collectivités doivent être gérées par des organes autonomes, librement choisis par la collectivité
locale, cette liberté s’exprimant par l’élection, le procédé démocratique par excellence. L’article 72
alinéa 2 de la Constitution de 1958 stipule que « Les collectivités territoriales s’administrent
librement par des conseils élus et dans des conditions prévues par la loi ». La décentralisation ne
signifie pas l’indépendance, les collectivités décentralisées restant soumises au contrôle du pouvoir
central, garant du respect des intérêts nationaux et de l’ordre juridique national.
Une véritable décentralisation suppose une autonomie financière, c’est-à-dire un budget alimenté
par des ressources propres, non par des subventions étatiques pouvant constituer un moyen de
pression de l’État sur les collectivités.
La décentralisation, lorsqu’elle est voulue par l’État, est le signe d’un certain libéralisme politique.
L’État démontre ainsi son caractère démocratique, la décentralisation contribuant à légitimer le
pouvoir étatique. Dans un État centralisé, une seule personne morale prend toutes les décisions
(l’État). L’existence et l’aménagement de la décentralisation résultent de choix politiques, consacrés
en France par trois actes successifs :
1. L’acte 1 : La décentralisation contemporaine a été fondée par la loi du 2 mars 1982 relative aux
droits et libertés des communes, régions, départements. Cette loi marque le début de l’acte 1 de
la décentralisation.
2. L’acte 2 : En 2003, la révision constitutionnelle du 28 mars a inscrit dans l’article premier de la
Constitution que l’organisation de la République, bien qu’indivisible, est décentralisée. Cette
révision a également modifié les articles 72 et suivants de la Constitution relatifs aux
collectivités territoriales.
3. L’acte 3 : Débuté après l’alternance de 2012, cette phase vise à renforcer la place des régions et
des métropoles.
Actuellement, la France est un État unitaire présentant une organisation administrative à la fois
déconcentrée et décentralisée.
L’État composé est un État formé de plusieurs États ou divisibles en parties internes qui méritent
elles-mêmes le nom d’État.
A. La confédération d’États
Une confédération d’États est une association d’États créée par un traité international. Les États
signataires sont les membres de la confédération. Initialement contractuelle, toute modification de
ses compétences suppose une révision du traité constitutif. Les États membres décident d’exercer,
par l’intermédiaire d’organes communs, un certain nombre de compétences, généralement dans les
domaines diplomatiques ou militaires, et tentent d’unifier leur politique dans divers secteurs.
Les décisions ne s’appliquent qu’après ratification par chaque État membre de la confédération.
Chaque État membre conserve la plénitude de sa personnalité et de sa souveraineté. Contrairement
à l’État fédéral, un membre d’une confédération peut en principe se retirer. La confédération est
souvent une solution transitoire, pouvant évoluer vers une intégration plus poussée, comme le
fédéralisme. Par exemple, les États-Unis ont évolué d’une confédération (1778-1787) à un
fédéralisme en 1787, et la Confédération helvétique est devenue un État fédéral en 1848.
Les confédérations sont rarement durables, souvent considérées comme des étapes vers plus ou
moins de liens entre les États membres. Par exemple, la Communauté des États indépendants (CEI),
créée en 1991 par 11 pays de l’ex-URSS, est une confédération de dislocation.
En conclusion, la confédération est souvent une étape transitoire, vers soit une intégration plus
poussée, soit une séparation des États membres.
La définition du fédéralisme
L’État fédéral est une union d’États au sens du droit constitutionnel, dans laquelle un nouvel État se
superpose aux États membres. Des États souverains acceptent d’abandonner certaines compétences
pour former un nouvel État, créant ainsi un État supplémentaire.
Le fédéralisme naît d’une constitution, contrairement à la confédération qui naît d’un traité. Cet
État fédéral est le seul à subsister au niveau international, et lui seul peut entretenir des relations
internationales. Cependant, les États membres conservent les apparences et la réalité d’un État, avec
une constitution, un parlement et des tribunaux.
- Premier niveau : Les États membres ou États fédérés, appelés cantons en Suisse ou
provinces au Canada, qui renoncent à l’usage exclusif de leur souveraineté au profit de
l’État fédéral, tant sur le plan interne qu’international. Leurs compétences sont limitées par
la constitution fédérale.
- Niveau supérieur : Le nouvel État, l’État fédéral ou la fédération, qui englobe les États
fédérés sans les absorber. La constitution fédérale crée un nouvel ordre juridique et
politique, et les relations avec l’étranger sont confiées à l’État fédéral, seul détenteur de la
souveraineté internationale.
Le fédéralisme gagne du terrain, avec de nombreux États importants adoptant cette forme de
gouvernance, comme l’Autriche, la Suisse, la Belgique, les États-Unis, le Brésil et le Canada. Un
État fédéral peut se former par association, comme lors de la réunification allemande en 1990, ou
par dissociation d’un État unitaire, comme la Belgique en 1990.
Le fédéralisme repose sur trois principes systématisés par le juriste Georges Scelle :
=> Le principe de superposition :
Le fédéralisme implique une superposition des ordres juridiques des États fédérés et de l’État
fédéral couvrant l’ensemble du territoire des États fédérés. Le super-État crée un nouvel ordre
politique et juridique distinct de celui des États fédérés, disposant de la souveraineté plénière au
niveau international. L’autonomie constitutionnelle des États membres est limitée ; ils doivent
respecter les droits fondamentaux et certaines compétences relèvent exclusivement de la fédération.
Le droit fédéral s’impose au droit des États fédérés et lie directement les personnes.
Un fédéralisme coopératif a émergé, permettant aux États de nouer des liens sans passer par l’État
fédéral, souvent en matière d’éducation ou de culture, comme en Allemagne et aux États-Unis.
Les États fédérés disposent d’une autonomie constitutionnelle, chacun ayant sa propre constitution
dans le respect de la constitution fédérale. Aux États-Unis, il existe 51 constitutions ; en Allemagne,
17. Les États fédérés ont également une autonomie législative, chaque État ayant son propre
parlement, droit public et privé, économie et budget. Cependant, certaines compétences sont
attribuées au parlement fédéral, dont les lois s’appliquent sur tout le territoire fédéral.
La délimitation des compétences est délicate, avec différents procédés. Aux États-Unis et en Suisse,
les constitutions réservent la compétence de droit commun aux États fédérés. Au Canada, les
provinces ont des compétences résiduelles, source de conflits comme la question québécoise. En
Allemagne, on distingue les compétences concurrentes, de réserve et d’attribution.
L’État fédéral résulte d’un accord volontaire entre les États membres, qui participent à la gestion de
l’État fédéral et à la révision de sa constitution. Les États fédérés participent à la législation fédérale
via un parlement bicaméral, avec une seconde chambre représentant les États membres, comme le
Sénat aux États-Unis.
Cette seconde chambre doit disposer de pouvoirs importants pour assurer l’effectivité de la
participation des États fédérés. Par exemple, aux États-Unis, le Sénat a autant de pouvoirs législatifs
que la Chambre des représentants (bicamerisme égalitaire). En Allemagne, la chambre représentant
les États a moins de pouvoirs (bicamerisme inégalitaire). Les États membres peuvent également
participer à l’élection de l’exécutif fédéral, comme aux États-Unis, où le président est élu par un
collège électoral par État.
La participation des États fédérés à la révision de la constitution fédérale est cruciale. Aux États-
Unis, une révision nécessite l’accord des deux chambres du Congrès et des trois quarts des États
fédérés, protégeant l’équilibre entre la fédération et les États fédérés.
C. L’État régional
Il existe parfois des situations intermédiaires entre l’État unitaire et l’État fédéral, souvent appelées
États régionaux ou autonomiques, comme en Italie et en Espagne. Ces États reconnaissent une
véritable autonomie à des entités (régions ou communautés autonomes) dotées d’un pouvoir
normatif autonome, allant au-delà de la simple application de la loi nationale. Cependant, ces
collectivités régionales restent soumises à des contrôles et ne disposent pas du pouvoir constituant
ni du pouvoir d’auto-organisation.
Dans ces États, la juridiction constitutionnelle joue un rôle spécifique de protection de la répartition
des compétences entre les niveaux territoriaux, telle qu’inscrite dans la constitution.
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TITRE 2 - LA CONSTITUTION
La Constitution peut être définie comme l’acte qui organise le pouvoir au sein de l’État. C’est un
texte doté d’une importante valeur symbolique, philosophique et juridique. L’un des premiers gestes
d’un nouvel État est de se doter d’un drapeau, d’une monnaie et d’une constitution. Ainsi, tout État
doit posséder une constitution.
La Constitution est l’acte fondateur d’un État, consacrant parfois la naissance d’un nouvel État,
comme ce fut le cas aux États-Unis. Elle peut aussi marquer l’établissement d’un nouveau régime
politique, comme en France qui a adopté quinze constitutions différentes. Elle consacre l’État de
droit en limitant le pouvoir et l’exercice de ce pouvoir par ses détenteurs, à savoir les gouvernants
et le peuple, qui acceptent de fixer des bornes à ce pouvoir. Avec l’adoption de la Constitution,
l’État accepte d’être limité par le droit et de le respecter.
Elle met en place un système juridique, un ensemble de règles qui organisent la vie politique et
sociale ainsi que le pouvoir. La constitution s’impose au pouvoir, obligeant ce dernier à respecter
certaines procédures et à prévoir la participation des citoyens aux décisions finales.
Il existe le pouvoir constituant, compétent pour élaborer la constitution, et qui crée à travers celle-ci
les pouvoirs constitués, c’est-à-dire les organes chargés d’exercer le pouvoir politique, administratif
et juridictionnel. On distingue donc le pouvoir constituant (qui met en place les pouvoirs constitués)
et les pouvoirs constitués.
Selon Philippe Ardant, la Constitution « est l’acte solennel soumettant le pouvoir étatique à des
règles limitant sa liberté pour le choix des gouvernants, l’organisation et le fonctionnement des
institutions, ainsi que dans ses relations avec les citoyens, et fixant un certain nombre de valeurs
fondamentales ».
La constitution se voit souvent reconnaître une valeur juridique supérieure, occupant le sommet de
la hiérarchie des normes. Il existe deux principaux critères de définition de la Constitution :
Tous les États ont une Constitution matérielle, car tout État dispose d’un ensemble de règles, même
coutumières, concernant la dévolution et l’exercice du pouvoir. Cependant, tous les États n’ont pas
forcément une constitution formelle.
Les constitutions contiennent trois sortes de dispositions : des dispositions relatives aux statuts des
gouvernants, des déclarations de droits et parfois des dispositions de caractère purement formel.
Le but premier des constitutions est d’organiser l’exercice du pouvoir. En tant que statut de l’État
en tant que personne morale, la constitution détermine qui a qualité pour agir en son nom.
Les constitutions énoncent différents droits et libertés dont les individus sont titulaires, tels que le
droit de propriété, la liberté d’aller et venir, de conscience. Ces droits peuvent figurer dans le corps
même de la constitution ou dans une déclaration annexée.
En France, les constituants privilégient les déclarations de droits, comme la Déclaration des droits
de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789. À l’étranger, les droits sont souvent inscrits dans le
corps même des constitutions, comme la Constitution italienne de 1947.
Le contenu des droits et libertés a évolué : au XIXe siècle, une conception libérale prévalait, mais
aujourd’hui elle est plus démocratique et libérale. Les premières déclarations des droits percevaient
l’État comme un adversaire potentiel des libertés individuelles. Les libertés consacrées étaient
perçues comme indispensables à l’individu et menacées par l’État, comme la liberté religieuse, de
réunion, de circulation, et de propriété.
Ces premières conceptions sont qualifiées de droits de première génération. Les déclarations
contemporaines insistent sur les libertés collectives, comme le préambule de la Constitution de
1946 en France, qui met en évidence une nouvelle conception du rôle de l’État, obligeant ce dernier
à intervenir. Ces nouveaux droits, qualifiés de droits de deuxième génération, impliquent pour leur
mise en œuvre l’intervention de l’État.
Il existe également des droits de troisième génération, tels que le droit à un environnement sain. La
Constitution du Portugal de 1976 a été la première à proclamer ce droit, suivi en France par la
Charte de l’environnement de 2004, intégrée à la constitution en 2005.
L’autorité de ces droits dépend de l’existence d’organismes juridictionnels habilités à imposer leur
respect par les gouvernants. En France, la Cinquième République a renforcé la portée juridique de
la DDHC de 1789, du préambule de la Constitution de 1946 et de la Charte de l’environnement de
2004. Le Conseil constitutionnel, dans une décision du 16 juillet 1971, a accepté d’exercer son
contrôle de constitutionnalité des lois par rapport au préambule de la Constitution de 1958.
Ainsi, la définition de la constitution englobe ces deux aspects, selon l’article 16 de la DDHC :
« toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs
déterminée n’a point de constitution ».
Il est fréquent que les constitutions contiennent des dispositions sans rapport avec l’organisation de
l’État ou la protection des droits fondamentaux. Ce sont des dispositions formellement
constitutionnelles, souvent constitutionnelles par leur forme plus que par leur valeur juridique. Par
exemple, le 18e amendement de la Constitution américaine de 1918 interdisant la vente ou le
transport de boissons enivrantes.
La constitution se présente comme l’ensemble des règles juridiques élaborées et révisées selon une
procédure supérieure à celle utilisée pour les lois ordinaires. Par conséquent, le pouvoir constituant
domine les pouvoirs constitués que sont les pouvoirs exécutif et législatif.
En principe, les critères matériels et formels coïncident, mais une dissociation peut être envisagée.
En principe, les règles les plus importantes de l’État (critère matériel) bénéficient d’un régime
juridique supérieur (critère formel). Dans ce cas, le contenu est à l’image du contenant. Par
exemple, les Constitutions américaines de 1787 et française de 1958 inscrivent des dispositions
fondamentales, organisant le pouvoir politique et définissant les normes et droits fondamentaux.
On distingue les constitutions écrites et non écrites (ou coutumières). Traditionnellement, il existe
deux formes principales de constitutions : les écrites et les coutumières.
La constitution écrite donne lieu à un document, les règles importantes de l’organisation de l’État
étant organisées en titres et articles, souvent précédés d’un préambule. C’est la forme moderne de
constitution. Les premières constitutions écrites sont apparues en 1787 aux États-Unis, puis en
Europe. Par exemple, la constitution polonaise du 3 mai 1791 a précédé de quelques semaines la
constitution française du 3 septembre 1791.
L’adoption d’une constitution écrite marque souvent une rupture politique, constituant l’acte
fondateur d’un État, comme la Constitution américaine de 1787, concrétisant juridiquement l’union
entre les États et leur indépendance proclamée le 4 juillet 1776.
- Accessibilité : L’écriture permet de respecter l’adage « nul n’est censé ignorer la loi », en
rendant les règles d’organisation du pouvoir et de protection des droits fondamentaux
accessibles à tous.
- Caractère démocratique : L’écriture peut renforcer le caractère démocratique, en
associant les citoyens à sa rédaction ou révision.
- Caractère rigide : Une constitution écrite garantit son respect et assure une certaine
stabilité des règles constitutionnelles, en étant plus difficile à réviser.
Les règles constitutionnelles ne sont pas toujours écrites. Certaines sont d’origine coutumière,
formées par l’accumulation de coutumes, comme en France avant la révolution avec les lois
fondamentales du royaume. Aujourd’hui, les constitutions coutumières sont rares, la Grande-
Bretagne étant un exemple notable.
Les constitutions écrites peuvent faire l’objet d’application coutumière, ayant besoin
d’interprétation en raison de leur ambiguïté et de leurs lacunes. La constitution est un acte vivant,
évoluant avec la pratique, donnant lieu à des coutumes juridiquement obligatoires.
En France, la coutume a longtemps été niée comme source du droit constitutionnel, mais la doctrine
a évolué au cours du 20ème siècle.
Une constitution est un texte régissant les institutions politiques. Elle peut être élaborée à la
naissance d’un nouvel État, au lendemain d’une révolution ou, plus rarement, après la prise de
conscience de l’échec des institutions précédentes. Son élaboration répond à des règles spécifiques
et est établie par le pouvoir constituant originaire. Cette procédure vise à assurer la cohésion du
texte en tenant compte des préoccupations politiques des auteurs.
Il peut être nécessaire de modifier la constitution en vigueur sans bouleverser son schéma général.
Cela implique de la réviser selon une procédure particulière prévue par la constitution elle-même.
La révision de la constitution relève de la compétence du pouvoir constituant dérivé.
Le pouvoir constituant originaire est l’organe compétent pour rédiger les constitutions. Il établit les
règles fondamentales relatives à la dévolution et à l’exercice du pouvoir politique. Ce pouvoir
rédige le texte qui fonde un nouvel ordre juridique. Il est souverain et libre de ses choix.
L’élaboration d’une nouvelle constitution suppose la disparition de l’ordre juridique antérieur, et ce
pouvoir n’est soumis à aucune contrainte préalable.
Le pouvoir constituant originaire peut émerger dans un nouvel État après l’indépendance d’un pays,
après une révolution, un coup d’État ou le renversement d’une dictature. Par exemple, la France a
connu ce processus en 1814, 1848 et 1870. Cependant, certaines constitutions françaises ont été
adoptées pour tenir compte des échecs des régimes précédents, comme la constitution du 4 octobre
1958.
=> Les modes d’exercice du pouvoir constituant originaire
La rédaction d’une constitution peut être réalisée par un monarque, un dictateur ou un chef d’État
sans que le peuple ne soit impliqué. La tâche de rédaction est alors confiée à un groupe de
personnes sous l’autorité du chef de l’État. Le texte élaboré est qualifié de « charte octroyée » pour
souligner l’absence de participation du peuple ou de représentants élus. Le peuple n’est donc pas
associé à l’élaboration de la constitution, ce qui est non démocratique.
Cependant, un texte élaboré de manière autoritaire peut être démocratique dans son contenu.
Dans une démocratie, la volonté du peuple est la source du pouvoir. Le pouvoir constituant
originaire appartient au peuple, donc au suffrage universel. Ce mode d’élaboration est plus ouvert,
permettant au peuple d’adopter une constitution selon plusieurs modalités.
Le peuple peut désigner une assemblée constituante chargée de rédiger une constitution. La
rédaction est alors publique, et le texte est amendé, discuté et voté. Les travaux préparatoires
servent à l’interprétation et à la compréhension du texte constitutionnel. Il existe différents types
d’assemblées constituantes, certaines exclusivement chargées de rédiger la constitution, d’autres
dotées de pouvoirs complémentaires, comme le pouvoir d’adopter des lois. Ces assemblées sont
dissoutes une fois les institutions découlant de la nouvelle constitution mises en place. La France a
connu deux assemblées constituantes non spécialisées en 1848 et en 1875.
Une fois le projet de constitution établi, il doit être adopté pour entrer en vigueur. L’adoption peut
se faire de différentes manières :
- Par le chef de l’État, dans le cas d’une charte octroyée.
- Par les assemblées constituantes qui peuvent adopter le texte après l’avoir élaboré.
- Par référendum constituant, où le peuple est directement consulté sur le texte. C’est la procédure
la plus démocratique, bien qu’elle puisse parfois se transformer en plébiscite, et place le peuple face
à un choix binaire.
Les constitutions prévoient souvent la possibilité d’être révisées. Une révision partielle peut être
préférable à une modification complète ou à une révolution. On distingue alors deux sortes de
pouvoirs constituants.
Le pouvoir constituant dérivé dispose du pouvoir de modifier une constitution existante. Les
constitutions écrites prévoient cette procédure, ce qui distingue le pouvoir constituant dérivé du
pouvoir constituant originaire. Le pouvoir constituant dérivé n’est pas souverain, il résulte d’une
constitution et doit respecter les procédures mises en place. Les constitutions peuvent fixer des
limites à l’exercice de ce pouvoir.
Le pouvoir constituant dérivé intervient dans un cadre déterminé, respectant une procédure fixée
par la constitution. Cette procédure de révision constitutionnelle se déroule en trois étapes :
1. Phase d’initiative : Les organes compétents pour proposer des révisions constitutionnelles
peuvent être le gouvernement, les membres du parlement ou, plus rarement, le peuple. En France,
l’initiative est souvent partagée entre le pouvoir exécutif et le parlement.
2. Rédaction : Le texte de la révision peut être élaboré par le parlement ou une assemblée
spécialement élue pour réviser la constitution.
3. Adoption : La révision peut être approuvée par le parlement, soit par une des deux chambres, soit
par les deux, avec des conditions de majorité renforcée. Une majorité qualifiée (plus large que la
majorité absolue) peut être exigée. La révision peut également être approuvée par référendum.
La distinction entre constitutions souples et rigides repose sur la facilité avec laquelle elles peuvent
être révisées.
Une constitution est dite souple lorsqu’elle peut être modifiée comme une simple loi, par la
procédure législative ordinaire. Cela signifie qu’il n’y a pas de suprématie de la constitution sur la
loi. Les constitutions coutumières sont généralement qualifiées de souples, comme celle de la
Grande-Bretagne.
Une constitution est qualifiée de rigide lorsqu’une procédure spéciale est prévue pour la réviser.
Cette procédure doit être plus difficile à mettre en œuvre que celle suivie pour l’adoption d’une loi
ordinaire. Les constitutions rigides sont apparues à la fin du XVIIIe siècle avec les constitutions des
États américains. Elles ont pour conséquence que le législateur ne peut pas modifier librement la
constitution ni voter des lois contraires à celle-ci. Les constitutions rigides protègent plus
efficacement les droits fondamentaux des citoyens.
La procédure de révision de la Constitution de 1958 est prévue à l’article 89. Toutefois, l’article 11,
garantissant le référendum législatif, a été utilisé de manière controversée (par le général de Gaulle)
pour modifier la constitution.
2. Discussion et vote : Le projet ou la proposition est soumis pour discussion et vote à l’Assemblée
nationale et au Sénat, qui doivent adopter le texte à la majorité des suffrages exprimés.
3. Adoption par référendum : Le texte adopté par les deux assemblées est soumis au peuple par
référendum. Si le peuple l’approuve, le président de la République promulgue la loi
constitutionnelle.
Cette procédure a été utilisée une seule fois en 2000 pour réduire la durée du mandat présidentiel de
7 à 5 ans.
La procédure abrégée
La procédure abrégée est possible pour des modifications mineures. Le référendum est une
opération lourde, et certaines modifications techniques peuvent ne pas sensibiliser les citoyens.
1. Initiative : La procédure abrégée ne peut être utilisée que pour un projet de révision émanant de
l’exécutif.
3. Adoption par le Congrès : Le texte est adopté par le Congrès (réunion des deux assemblées à
Versailles) à la majorité des 3/5 des suffrages exprimés. Le président de la République décide seul
du recours à cette procédure, mais sa décision doit être contresignée par le premier ministre. La
procédure abrégée est réservée à des modifications mineures, mais a été utilisée pour la quasi-
totalité des révisions.
La constitution de 1958 prévoit des hypothèses dans lesquelles elle ne peut être modifiée. Ces
limites sont de deux ordres :
1. Circonstances particulières :
2. Limites de fond : La forme républicaine du gouvernement ne peut faire l’objet d’aucune révision.
Cette notion de forme républicaine du gouvernement soulève des difficultés d’interprétation,
renvoyant au principe républicain énoncé dans l’article premier de la constitution. Le conseil
constitutionnel se refuse à contrôler la constitutionnalité des révisions constitutionnelles. Dans une
décision du 26 mars 2003, relative à l’organisation décentralisée de la République, le conseil s’est
estimé incompétent pour contrôler le respect de ces exigences par le pouvoir constituant dérivé.
Cet article consacre le référendum législatif, permettant l’adoption de lois ordinaires par
consultation directe du peuple. Il ne mentionne pas la possibilité d’adopter des révisions
constitutionnelles par cette procédure référendaire. L’initiative du référendum revient au président
de la République, qui n’a pas à consulter les assemblées, seulement à les informer. Le débat
organisé au Parlement ne doit pas donner lieu à un vote pour ne pas empiéter sur la liberté des
décisions du président de la République. Le texte soumis à référendum doit porter sur l’un des trois
objets suivants :
L’article 11 a été utilisé en 1962 pour opérer la réforme la plus importante de la constitution, à
savoir l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Le général de Gaulle a
soumis directement au peuple un projet de révision constitutionnelle, approuvé par 62 % des
suffrages exprimés. En 1969, il a soumis un autre projet de révision portant sur la création des
régions et une modification importante du Sénat. Ce projet a été rejeté lors du référendum du 27
avril 1969, et le général de Gaulle a démissionné.
Cette utilisation du référendum législatif pour réviser la constitution a été contestée, car elle permet
de contourner l’opposition des chambres au projet. En 1962, les assemblées et l’ensemble des partis
politiques étaient hostiles à l’élection du président de la République au suffrage universel direct.
Avant cette révision, le président était élu au suffrage universel indirect par un collège de notables.
L’utilisation de l’article 11 pour la révision de la constitution est contestable car elle contourne
l’opposition des chambres parlementaires. La constitution prévoit dans l’article 89 une procédure de
révision spécifique.
En 1962, le conseil constitutionnel, saisi après le référendum par le président du Sénat de l’époque,
s’est déclaré incompétent pour exercer le contrôle des lois référendaires (décision du 6 novembre
1962).
=> La pratique des révisions constitutionnelles
En France, 24 révisions constitutionnelles ont été adoptées depuis 1946, dont 19 depuis les années
1990. Certaines révisions ont profondément modifié le texte et la pratique constitutionnelle.
Parmi les révisions notables, celle du 6 novembre 1962 a instauré l’élection du président de la
République au suffrage universel, renforçant son pouvoir. La révision de juin 2008, relative à la
modernisation des institutions de la Ve République, a créé 9 articles et en a modifié 30, visant à
revaloriser les pouvoirs du Parlement et à introduire la procédure des questions prioritaires de
constitutionnalité (QPC).
Depuis les années 1990, les révisions constitutionnelles ont participé à l’internationalisation et à
l’européanisation de la constitution de 1958, notamment pour intégrer des traités internationaux ou
européens, comme la révision de 1992 permettant la ratification du traité de Maastricht. La quasi-
totalité des révisions ont été adoptées par la procédure abrégée, excepté la procédure normale
utilisée en 2000 pour réduire la durée du mandat présidentiel.
Dans la majorité des États modernes, la Constitution est l’acte possédant la plus haute autorité
juridique. La suprématie de la Constitution dans la hiérarchie des normes est garantie par l’exercice
d’un contrôle de constitutionnalité qui sanctionne les actes inférieurs non conformes à la
Constitution.
Un système juridique est un ensemble organisé de règles de droit, de normes régissant une société
donnée. Toutes ces règles n’ont pas la même valeur. Il existe des liens de subordination entre elles :
certaines règles sont supérieures et s’imposent aux autres. Ainsi, les normes sont hiérarchisées.
Chaque norme doit être conforme ou compatible avec celles qui lui sont supérieures.
Les normes supérieures sont moins nombreuses que les normes subordonnées. La hiérarchie des
normes, théorisée par Hans Kelsen dans la pyramide des normes, montre que l’ordre juridique n’est
pas un système de normes placées au même rang mais un édifice à plusieurs étages superposés. Au
sommet de cette hiérarchie se trouve la « norme mère », qui commande tout le système juridique.
Dans le système juridique français, cette « norme mère » est la Constitution. En dessous, on trouve
d’autres normes qui sont directement ou indirectement subordonnées.
Depuis deux siècles, l’idée de limiter le pouvoir et de contraindre au respect de la Constitution s’est
développée. Les sanctions possibles présentent essentiellement une nature juridique et prennent la
forme d’un contrôle de constitutionnalité.
Ce contrôle désigne le mécanisme garantissant la conformité des règles de droit aux principes
définis par la Constitution. Il s’agit de faire constater par une juridiction constitutionnelle qu’un
acte juridique édicté par une autorité politique a été pris en violation de la Constitution et est donc
dépourvu de force juridique.
Le contrôle de constitutionnalité en France porte sur les lois et les engagements internationaux.
Dans d’autres États, ce contrôle peut être plus large. Il ne peut être institué qu’au profit de
Constitutions formelles, c’est-à-dire des textes identifiables comme étant la Constitution.
Le contrôle de constitutionnalité a souvent été contesté en Europe, car la tradition voulait que le
parlement soit l’expression du souverain et que la loi soit l’expression de la volonté générale, une
théorie soutenue notamment par Rousseau. En conséquence, la tradition européenne est hostile à
certains contrôles, préférant le légicentrisme.
Ces contrôles peuvent beaucoup varier d’un État à l’autre. Il existe principalement deux modèles :
le modèle américain et le modèle européen. La différence réside dans la procédure par laquelle une
loi est déclarée inconstitutionnelle par l’organe compétent.
1. Le modèle américain
Dans le système américain, le contrôle de constitutionnalité est incident, c’est-à-dire qu’il intervient
à l’occasion d’un procès, ce qui en fait un contrôle concret. Ce contrôle est exercé par l’ensemble
des juridictions, avec la Cour Suprême à leur tête. Il est qualifié de diffus car il n’appartient pas à
un seul organe ou juridiction, mais à l’ensemble des tribunaux.
En Europe, le contrôle de constitutionnalité est confié à une cour constitutionnelle, une institution
spécialisée. Il s’agit d’un contrôle concentré, c’est-à-dire exercé par des organes spécialisés. Cette
cour est située en dehors du système juridictionnel, bien qu’elle soit composée de juridictions. Ces
dernières rendent des décisions revêtues de l’autorité de la chose jugée et s’imposant à tous.
Ce contentieux concerne essentiellement le contrôle des lois ordinaires et des traités internationaux.
L’instauration de ce contrôle a été plus tardive en Europe qu’aux États-Unis. Le modèle européen
de contrôle de constitutionnalité résulte des théories de Kelsen et est nécessaire au maintien de la
pyramide des normes.
Ce contrôle est né en Europe en 1920 en Autriche, puis s’est développé après la Seconde Guerre
mondiale, en Italie en 1948 et en Allemagne en 1949.
- Les membres nommés : Ils sont au nombre de 9. Trois sont désignés par le Président de la
République, trois par le Président de l’Assemblée nationale et trois par le Président du Sénat. Ils
sont nommés pour 9 ans et renouvelés par tiers tous les 3 ans. Chaque autorité investie du pouvoir
procède de la même manière tous les 3 ans pour une nouvelle nomination. Nul ne peut être nommé
pour deux mandats. Les nominations du Président de la République requièrent un vote des
commissions permanentes compétentes de chaque assemblée.
- Les membres de droit : Il s’agit des anciens Présidents de la République. Ils sont membres à vie
du Conseil constitutionnel. Ils peuvent choisir de ne pas siéger.
Le Conseil constitutionnel exerce son contrôle de constitutionnalité sur saisine, ne pouvant pas se
saisir lui-même. Selon l'article 61 de la Constitution, il peut être saisi facultativement par le
Président de la République, le Premier ministre, les présidents des deux chambres (Sénat et
Assemblée nationale), et, depuis la révision constitutionnelle du 29 octobre 1974, par 60 députés ou
60 sénateurs.
Cette révision constitutionnelle a conféré de nouveaux droits à l'opposition, lui permettant de saisir
le Conseil constitutionnel, contribuant ainsi à l'essor du contrôle de constitutionnalité. Cette saisine
doit intervenir après le vote de la loi et à la fin de la procédure législative, mais avant la
promulgation de la loi. La saisine suspend la promulgation du texte, donc ce contrôle intervient
avant l'entrée en vigueur de la loi.
Certaines règles de droit sont obligatoirement contrôlées par le Conseil constitutionnel, tandis que
d'autres ne font l'objet que d'un contrôle facultatif. Le contrôle obligatoire, selon l'article 61 alinéa 1
de la Constitution, concerne les lois organiques, les lois à valeur inférieure à la Constitution. Le
Conseil constitutionnel est saisi obligatoirement par le Premier ministre après le vote des lois
organiques et avant leur promulgation.
Les règlements des assemblées, déterminant la vie de chacune des assemblées, sont obligatoirement
remis au Conseil constitutionnel par les présidents des chambres avant leur mise en application. Les
propositions de lois référendaires mentionnées à l'article 11 de la Constitution doivent être
transmises par les présidents des assemblées au Conseil constitutionnel avant d'être soumises au
référendum.
Le contrôle facultatif concerne principalement les lois ordinaires et représente le contentieux le plus
abondant du Conseil constitutionnel. Ce contrôle intervient sur saisine des 4 autorités politiques : le
Président de la République, le Premier ministre, les présidents des chambres, ou 60 députés ou 60
sénateurs.
Le Conseil constitutionnel peut contrôler toutes les lois, quelle que soit leur nature, mais il est
incompétent pour contrôler les révisions constitutionnelles et les lois référendaires. Si le Conseil
constitutionnel déclare qu'un engagement international comporte une clause contraire à la
Constitution, l'autorisation de ratifier cet engagement ne peut intervenir qu'après révision de la
Constitution.
Le Conseil constitutionnel exerce un contrôle sur les normes qui lui sont soumises en les
confrontant aux normes constitutionnelles de référence, formant le bloc de constitutionnalité.
=> Les normes intégrées par le bloc de constitutionnalité
Toutes ces normes trouvent leurs sources dans la Constitution. Les normes énoncées par le texte
constitutionnel, que ce soit dans le corps même de la Constitution ou dans son préambule, font
partie du bloc de constitutionnalité. Chaque article de la Constitution de 1958 relève du bloc de
constitutionnalité, incluant des articles relatifs aux pouvoirs publics, aux droits fondamentaux et
aux libertés publiques.
Les règlements des assemblées et les lois organiques sont exclus des normes de référence du
Conseil constitutionnel. Les normes internationales ou communautaires sont également exclues.
Dans une décision de principe du 15 janvier 1975 sur l'IVG, le Conseil constitutionnel a considéré
qu'il ne lui appartenait pas d'examiner la conformité des lois à une stipulation de traité ou d'accord
international.
Les décisions du Conseil constitutionnel ont l'autorité de la chose jugée selon l'article 62 de la
Constitution. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et
juridictionnelles et ne peuvent faire l'objet de recours. Lorsque le Conseil constitutionnel déclare
une loi conforme à la Constitution, celle-ci peut être promulguée. À l'inverse, une décision
déclarant une loi contraire à la Constitution empêche sa promulgation et annule la procédure
législative ayant conduit à son adoption. Le Conseil constitutionnel peut aussi déclarer qu'une loi
est partiellement conforme à la Constitution, permettant ainsi sa promulgation à l'exception des
articles ou parties d'articles déclarés contraires.
Un traité international déclaré inconstitutionnel ne peut être ratifié qu'après une modification de la
Constitution (article 54 de la Constitution).
Jusqu'à une date récente, la constitution n'organisait aucun contrôle de la loi une fois celle-ci
promulguée. La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 a créé l'article 61-1 de la Constitution,
instaurant un contrôle de constitutionnalité a posteriori, c'est-à-dire un contrôle lorsque la loi est
déjà entrée en vigueur.
La QPC, entrée en vigueur le 1er mars 2010, permet à tout justiciable, au cours d'une instance, de
saisir le juge d'une question prioritaire de constitutionnalité. La QPC n'est pas ouverte à tous les
citoyens et peut seulement intervenir dans le cadre d'un procès en cours. Cette procédure répond à
un besoin de défense des droits fondamentaux et des libertés individuelles inscrits dans les
différents textes à valeur constitutionnelle.
- Première étape : Le premier juge saisi doit immédiatement vérifier si la contestation porte sur
une loi applicable au litige, si cette loi n’a pas déjà été examinée par le Conseil constitutionnel, et si
la question n'est pas dépourvue de caractère sérieux. Cette vérification doit être effectuée sans délai,
conférant ainsi à la QPC un caractère prioritaire qui prime sur toutes les autres questions. La
transmission de la QPC suspend le cours de l’instance dans laquelle la question a été soulevée. Le
premier juge transmet ensuite la QPC au Conseil d'État ou à la Cour de cassation, qui exerce alors
un nouveau filtre.
Si le premier juge saisi est une juridiction administrative, la question est renvoyée au Conseil d'État
(CE). Si le premier juge saisi est une juridiction judiciaire, la question est renvoyée à la Cour de
cassation (CA). Le CE ou la CA vérifient si les conditions suivantes sont remplies avant de
transmettre la question au Conseil constitutionnel : la contestation porte-t-elle sur une loi applicable
au litige, cette loi a-t-elle déjà été examinée par le Conseil constitutionnel, et la question est-elle
nouvelle ou sérieuse ?
La QPC peut être perçue comme portant atteinte à la sécurité juridique, ce qui explique qu’elle n'a
été consacrée que récemment.
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TITRE 3 - LA DÉMOCRATIE
La démocratie situe la source du pouvoir dans le peuple pour faire prévaloir la volonté des plus
nombreux. Elle suppose que tout le peuple puisse choisir ses gouvernants, reposant ainsi sur le
suffrage universel et le pluralisme politique. Il n’y a de choix véritable pour les électeurs que s’ils
peuvent se prononcer entre plusieurs partis politiques. Ce pluralisme politique est d’ordre
idéologique. La démocratie pluraliste implique le rejet de toutes vérités officielles imposées
concernant l’avenir du pays, ces dernières devant être ouvertes à la critique. Les différents courants
d’opinions doivent pouvoir s’exprimer librement en exposant les mesures qu’ils préconisent.
Le pluralisme politique est également d’ordre partisan, nécessitant l’existence de plusieurs partis
politiques. Ces partis ont pour rôle de préparer des programmes et de les proposer aux électeurs, et
doivent ainsi bénéficier d’une grande liberté.
La démocratie doit permettre l’alternance, c’est-à-dire que la minorité d’aujourd’hui doit pouvoir
devenir la majorité de demain.
Dans une démocratie, les citoyens s’expriment au cours d’élections ou de votations (comme les
référendums). Tous les citoyens doivent pouvoir y participer, sous certaines conditions, notamment
d’âge (la majorité étant fixée à 18 ans depuis la loi du 5 juillet 1974), de nationalité et d’absence
d’incapacité.
Ces électeurs déterminent la majorité, qui l’emporte. En droit, toute majorité suffit, même d’une
seule voix. Cependant, une majorité plus large confère une légitimité accrue pour gouverner.
Les constitutions françaises se sont principalement inspirées de cette théorie, comme énoncé dans
la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, article 3 : « le principe de toute
souveraineté réside essentiellement dans la nation ». La Constitution de 1791 énonce également
que « la souveraineté est indivisible, inaliénable, et imprescriptible. Elle appartient à la nation ».
1. La souveraineté est une et inaliénable : elle n’appartient pas en partie à chaque citoyen, elle
n’est pas atomisée, et il n’y a pas de millions de co-souverains.
2. La souveraineté s’exerce par l’intermédiaire de représentants : la nation étant une
abstraction, sa volonté doit être exprimée par des individus qui parlent en son nom. Ces
représentants ne sont pas propriétaires de la souveraineté, ils l’exercent par représentation de la
nation.
3. La théorie de l’électorat se fait sur fonction : la souveraineté résidant dans la nation et non
dans le peuple, celui-ci n’a alors aucun droit à participer directement à l’exercice du pouvoir. Le
choix de ses représentants n’est donc pas une manifestation de la souveraineté individuelle des
citoyens électeurs.
La souveraineté nationale n’impose pas la reconnaissance du droit de vote à tous les citoyens.
Lorsque le droit de vote est instauré, il peut être limité à une catégorie de la population, et le
suffrage peut être restreint, censitaire (lié à la richesse) ou capacitaire (lié à la capacité
intellectuelle). Le citoyen qui se voit confier cette mission doit l’exercer obligatoirement.
Cette théorie fonde le régime du mandat représentatif, créant un écran entre le peuple et l’élu. Deux
traits caractérisent cette conception : les représentants sont ceux de la nation et non seulement des
électeurs, et le représentant est indépendant de l’électeur, étant la voix de la nation et non de
l’électeur.
2. La théorie de la souveraineté populaire
Dans "Le Contrat social" de 1762, Rousseau développe la théorie de la souveraineté populaire en
soulignant ses caractéristiques et ses conséquences. Pour lui, le titulaire de la souveraineté est le
peuple, c’est-à-dire l’ensemble des citoyens. Chaque citoyen détient une parcelle de la
souveraineté, qui est donc fractionnée. Pour exercer cette souveraineté, il est nécessaire de voter.
Cette théorie n’a pas connu de véritable consécration constitutionnelle dans l’histoire française,
bien que le principe ait été proclamé deux fois : notamment dans la Constitution de l’an III, le 22
août 1795.
1. Première conséquence : Si tous les citoyens sont co-souverains, il faut recueillir l’avis
personnel de chacun sur les décisions à prendre. La souveraineté populaire favorise donc la
démocratie directe, permettant au peuple de s’exprimer directement par voie de référendum sans
désigner de représentants.
2. Deuxième conséquence : Pour des raisons pratiques, le peuple doit élire des délégués et non des
représentants. L’électorat est un droit pour chaque citoyen, impliquant la reconnaissance implicite
du suffrage universel. Chaque citoyen exerce librement son droit de vote.
Les délégués désignés par les citoyens doivent respecter des instructions précises et sont donc
investis d’un mandat impératif. Ils reçoivent des instructions et peuvent être révoqués par les
électeurs. Les élus ne sont que des administrateurs et non des représentants, leur mandat est court.
Ce débat n’est plus d’actualité, les constituants de 1946 ayant refusé de choisir entre ces deux
théories de la souveraineté, optant pour une formule de compromis : « La souveraineté nationale
appartient au peuple français. »
Différents systèmes associent les citoyens à l’exercice du pouvoir, distinguant la démocratie directe
de la démocratie représentative, avec des solutions intermédiaires comme la démocratie semi-
directe.
1. La démocratie directe
2. La démocratie représentative
Cette forme de démocratie peut exister dans des monarchies ou des républiques avec des
assemblées élues. Une conséquence importante est l’absence de contrats entre élus et électeurs.
L’investiture donnée à l’élu est générale, impliquant un engagement d’agir en conscience. L’élu
représente la nation, pas seulement ses électeurs, et le mandat impératif est prohibé pour protéger la
liberté et la dignité de l’élu. L’article 27 de la Constitution de 1958 dispose que tout mandat
impératif est nul. Dans des régimes représentatifs, le référendum est souvent proscrit et le contrôle
de constitutionnalité des lois référendaires n’existe pas.
3. La démocratie semi-directe
Certains États associent les deux formes de démocratie, représentative et directe, pour créer une
démocratie semi-directe, introduisant des éléments des deux.
=> L’initiative populaire : Permet au peuple, par voie de pétition, de demander au parlement de se
prononcer sur un texte ou une question spécifique. Cela donne au peuple un droit d’initiative
législative.
=> Le véto populaire : Permet au peuple de s’opposer à l’entrée en vigueur d’une loi votée par le
parlement. Par pétition, cette procédure a été prévue par la Constitution de l’an I (1793) mais n’a
jamais été appliquée.
=> La révocation populaire : Permet de révoquer en cours de mandat un représentant par une
initiative populaire exprimée par pétition. C’est une conséquence directe du mandat impératif,
permettant aux électeurs de révoquer un élu s’il ne suit pas fidèlement leurs indications. (Ces
techniques ne sont pas applicables en France).
Le référendum
En France, la tradition est hostile au référendum, semblant se méfier du peuple. Il existe différentes
formes de référendum, local ou national, consacré depuis la révision constitutionnelle du 28 mars
2003. Le référendum national peut être constituant ou législatif.
Article 11 de la Constitution :
La désignation des gouvernants dans une démocratie libérale repose sur certains principes relatifs
au régime du suffrage.
Le premier principe est le suffrage universel. Il est universel lorsqu'il est accordé à tous les
citoyens, sous réserve de certaines conditions minimales, généralement liées à l'âge, à la nationalité
et à la jouissance des droits civiques. Le suffrage universel est une notion relativement récente en
France, d'abord reconnu aux hommes en 1848, et devenu véritablement universel avec la
reconnaissance du droit de vote pour les femmes par l'ordonnance du 21 avril 1944. L'article 3,
alinéa 3 de la Constitution dispose que « le suffrage est universel, égal et secret ».
Le deuxième principe est l'égalité du suffrage, selon lequel chaque électeur dispose d'une voix. Ce
principe individualiste s'oppose au vote plural ou familial.
Le troisième principe est la liberté du suffrage. En France, le vote est un droit exercé librement, ce
qui inclut la possibilité de ne pas voter et des conditions garantissant la liberté d'expression.
Contrairement à des pays comme la Belgique, la Grèce et le Luxembourg où le vote est obligatoire
sous peine d'amende, le vote en France est un devoir civique, excepté pour les élections
sénatoriales, où le vote est obligatoire sous peine d'amende.
Section 3 : Les modes de scrutin
Le mode de scrutin désigne la méthode de calcul permettant d'obtenir le résultat électoral, c'est-à-
dire l'attribution des sièges en fonction du nombre de suffrages. Les modes de scrutin sont
déterminants pour les résultats électoraux et influencent la désignation des représentants, le
système des partis et la stabilité gouvernementale.
Le choix des modes de scrutin repose sur divers critères et objectifs, souvent basés sur des
préoccupations d'efficacité et d'équité en matière de représentation.
A. Le scrutin uninominal :
Le scrutin est uninominal lorsque les électeurs désignent un seul représentant par circonscription.
Chaque bulletin de vote ne peut porter qu'un seul nom, avec un seul siège à pourvoir par
circonscription. Ce système est utilisé pour l'élection présidentielle et les élections législatives en
France. Le scrutin uninominal personnalise l'élection et établit un lien entre l'élu et sa
circonscription.
B. Le scrutin de liste :
Aussi appelé scrutin plurinominal, il consiste pour chaque électeur à voter pour une liste de
candidats dans une circonscription étendue. Ce mode de scrutin est appliqué lorsqu'il s'agit de
désigner plusieurs représentants pour plusieurs sièges. Il existe sous différentes formes :
- Les listes bloquées : Les électeurs votent pour une liste entière sans pouvoir la modifier,
système couramment utilisé en France.
- Le vote préférentiel : Les électeurs peuvent modifier l'ordre des candidats sur la liste.
- Le système de panachage : Les électeurs composent leur propre liste en sélectionnant
des noms sur plusieurs listes.
Le vainqueur d'une élection est celui qui obtient la majorité des voix. La majorité peut être
interprétée de différentes manières : parfois, il faut obtenir plus de la moitié des voix, et dans
d'autres cas, il suffit d'avoir plus de voix que l'adversaire.
A. Le scrutin majoritaire :
Dans ce système, le siège est attribué au candidat ou à la liste ayant obtenu la majorité des
suffrages exprimés. Il peut être uninominal ou de liste et se dérouler en un ou deux tours.
Les sièges sont attribués au candidat ayant recueilli le plus grand nombre de voix, suivant le
principe de la majorité relative. Ce mode est utilisé dans les démocraties anglo-américaines,
comme pour l'élection présidentielle aux États-Unis.
2. Le scrutin majoritaire à deux tours :
Est élu le candidat ayant obtenu la majorité absolue au premier tour, ou, à défaut, celui qui obtient
la majorité relative au second tour. Seuls les candidats ayant atteint un certain pourcentage de
suffrages au premier tour peuvent se présenter au second tour. Ce mode est traditionnel en France
depuis le Second Empire et favorise la stabilité gouvernementale.
B. Le scrutin proportionnel :
Le scrutin proportionnel répartit les sièges entre les listes proportionnellement aux voix obtenues.
Exclusivement réservé aux scrutins de liste, il peut se dérouler à un ou deux tours et à différentes
échelles territoriales. La répartition des sièges se fait selon plusieurs méthodes :
La théorie de la séparation des pouvoirs est récente et indissociable de la lutte des monarchies en
Europe au XVIIIe siècle. Cette théorie a donné lieu à des applications variées selon les contextes
politiques et historiques, révélant ainsi sa complexité.
La théorie de la séparation des pouvoirs a été précédée par celle de la séparation des fonctions,
dont les origines remontent à l'Antiquité. Formulée initialement par Montesquieu, cette théorie a
évolué pour devenir un pilier des démocraties modernes.
Cette distinction des fonctions de l'État a été reprise par John Locke, qui identifie les fonctions
législative, exécutive et de mener les relations extérieures. Locke envisage la possibilité de confier
ces fonctions à des organes distincts, plutôt que de les concentrer entre les mains d'un seul organe.
C'est Montesquieu qui a formulé cette théorie de manière aboutie, en proposant la spécialisation
des organes de l'État dans des fonctions définies.
Paragraphe 2 : Montesquieu et la théorie de la séparation des pouvoirs
Les principes dégagés par Montesquieu sont fondamentaux pour la protection des libertés
individuelles contre le despotisme. En étudiant le régime britannique, Montesquieu conclut que la
séparation des pouvoirs repose sur la répartition des fonctions entre des organes indépendants : le
pouvoir législatif (faire les lois), le pouvoir exécutif (exécuter les lois), et le pouvoir judiciaire
(régler les différends).
Montesquieu insiste sur l'indépendance et la spécialisation des pouvoirs. Pour éviter l'abus de
pouvoir, il propose que chaque pouvoir limite l'autre par un système de checks and balances, où les
pouvoirs se contrôlent mutuellement tout en collaborant. La théorie de Montesquieu prône une
séparation souple des pouvoirs, permettant une certaine coopération pour assurer l'efficacité et
l'équilibre des institutions.
La théorie classique de la séparation des pouvoirs distingue trois types de pouvoirs : exécutif,
législatif, et judiciaire.
Le pouvoir législatif est chargé de poser les règles qui organisent la vie en société, c'est-à-dire les
lois. Confié au Parlement, ce pouvoir est traditionnellement considéré comme l'expression de la
volonté générale (Rousseau). Toutefois, cette conception a évolué avec l'introduction du contrôle
de constitutionnalité, permettant à un juge de remettre en cause les décisions parlementaires. Le
Parlement dispose d'une légitimité issue du suffrage universel direct, bien que des exceptions
existent où le gouvernement peut également adopter des mesures générales ou individuelles pour
l'application des lois. Le recours au référendum permet aussi au peuple de légiférer directement.
Le pouvoir exécutif, chargé de l'exécution des lois, a vu ses compétences s'élargir avec la
transformation des sociétés modernes. Le gouvernement dispose du pouvoir réglementaire, élabore
des règlements et a autorité sur l'administration, qui comprend des services et personnels
importants avec un budget conséquent. Le gouvernement prend des mesures individuelles telles
que la nomination de hauts fonctionnaires et le maintien de l'ordre.
La théorie de Montesquieu peut être interprétée de diverses manières, ce qui explique sa mise en
œuvre variée selon les besoins spécifiques des différents pays. Ces variations reflètent à la fois des
incompréhensions de la théorie originale et des adaptations contextuelles.
Le régime parlementaire implique une séparation souple des pouvoirs et est né en Grande-Bretagne.
Il se définit principalement par une coopération des pouvoirs.
L'exécutif est nécessairement bicéphale, ce qui constitue une condition essentielle du régime
parlementaire, tandis que le parlement n'est pas obligatoirement bicaméral.
Le parlement est souvent composé de deux chambres, bien que ce ne soit pas une obligation. Ce
bicamérisme peut être égalitaire (Italie, Belgique) ou inégalitaire (France sous la Cinquième
République). Le poids du suffrage universel direct peut justifier l'importance de l'une des chambres,
la seconde chambre servant de contrepoids.
Les pouvoirs sont chargés de compétences ouvertes ou concurrentes. La fonction législative est
partagée entre l'exécutif (initiation et promulgation) et le parlement (vote). Le pouvoir exécutif peut
nommer des juges ou exercer une autorité sur le parquet, tandis que le parlement peut intervenir via
des lois d'amnistie.
Ces moyens équilibrent les pouvoirs et sont essentiels pour maintenir la stabilité du régime
parlementaire.
=> Les différentes formes de régimes parlementaires :
Il existe plusieurs formes de régimes parlementaires, présents en Europe et dans d'anciens territoires
britanniques (Australie, Inde, Canada).
Les organes exécutifs et législatifs sont indépendants. Le chef de l'État, élu au suffrage universel
direct ou indirect, jouit d'une forte légitimité et dispose de larges pouvoirs. L'exécutif est
monocéphale, concentré entre les mains du président, qui est à la fois chef de l'État et chef du
gouvernement. Le président ne peut être renversé par le parlement, et les chambres parlementaires
ne peuvent être dissoutes.
Chaque organe exerce sa fonction sans partage. Le parlement détient le monopole de l'initiative
législative et de la maîtrise de la procédure législative, avec des prérogatives de contrôle sur
l'exécutif. Le président exerce la totalité de la fonction exécutive, bien que des exceptions existent,
comme le veto présidentiel aux États-Unis.
Même si les pouvoirs sont séparés, des moyens de contrôle réciproques existent conformément à la
doctrine des Checks and Balances, garantissant un équilibre et une coopération forcée entre les
pouvoirs.
Ces systèmes montrent la diversité des interprétations et des mises en œuvre de la théorie de la
séparation des pouvoirs, adaptée aux contextes spécifiques de chaque pays.
En Amérique du Sud, certains États ont tenté de copier le régime présidentiel américain, mais ces
copies sont souvent devenues des caricatures, donnant naissance à une déformation du régime
présidentiel appelée « présidentialisme », où le président concentre presque tous les pouvoirs.
La théorie de la séparation des pouvoirs a été critiquée. Rousseau, par exemple, n'acceptait pas que
la souveraineté soit divisée entre des pouvoirs indépendants. Montesquieu insistait sur la
spécialisation et l'indépendance des pouvoirs, mais celles-ci ne sont pas toujours assurées en
pratique. Aucun régime ne pratique une séparation totale des pouvoirs, et les pouvoirs ne restent pas
toujours dans les domaines qui leur sont assignés. Par exemple, le gouvernement peut prendre des
décisions qui empiètent sur les pouvoirs du parlement.
Le pouvoir réglementaire n'est plus limité à l'application des lois ; il est devenu autonome sous la
Cinquième République. La Constitution a consacré l'existence d'un pouvoir réglementaire
autonome et limité le champ d'intervention de la loi, réduisant ainsi le pouvoir de décision du
parlement.
La séparation des pouvoirs est également remise en cause par le développement des partis
politiques. Lorsque le gouvernement est l'émanation du parti majoritaire au parlement, la séparation
des pouvoirs et le contrôle mutuel deviennent discutables. En réalité, le pouvoir est souvent
concentré entre les mains du parti majoritaire au parlement, et les pouvoirs législatif et exécutif ne
sont plus véritablement séparés mais solidaires. Toutefois, cette concentration des pouvoirs ne
conduit pas nécessairement à la tyrannie grâce au contrôle exercé par l'opposition.