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revue neurologique 171 (2015) 853–865

Disponible en ligne sur

ScienceDirect
[Link]

Revue générale

Élaboration et normalisation d’une épreuve


d’évaluation de la mémoire épisodique verbale
chez la personne âgée : « GERIA-12 »
Creation and normalisation of a verbal episodic memory
task in elderly adults: ‘‘GERIA-12’’

M. Vandenberghe a,*,b,c, J. Michiels c, V. Vanderaspoilden c,d,


T. Claes c,e, P. Fery b,c
a
Service de gériatrie, hôpital Erasme, université libre de Bruxelles, route de Lennik, 808, 1070 Bruxelles, Belgique
b
Service de neuropsychologie clinique et cognitive, hôpital Erasme, université libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique
c
Unité de recherches en neuropsychologie et imagerie fonctionnelle (UR2NF), centre de recherches en cognition et
neurosciences (CRCN), institut des neurosciences de l’ULB, université libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique
d
Service de revalidation neurologique, CHU Brugmann, 4, P.L.-Van-Gehuchten, 1020 Bruxelles, Belgique
e
HIS, hôpital Molière, 142, rue Marconi, 1190 Bruxelles, Belgique

info article r é s u m é

Historique de l’article : Introduction. – L’atteinte des processus d’encodage et de consolidation en mémoire épiso-
Reçu le 27 avril 2015 dique est précoce dans le syndrome démentiel de type Alzheimer. Or, il existe peu d’outils
Reçu sous la forme révisée le diagnostiques adaptés aux personnes âgées, en termes de facilité d’administration et de
1er juillet 2015 données normatives.
Accepté le 13 août 2015 Objectif. – Le but de cette étude était de développer une tâche évaluant la mémoire épiso-
Disponible sur Internet le dique verbale chez les personnes âgées de 70 à 89 ans.
10 novembre 2015 Méthode. – La tâche (GERIA-12) est basée sur la même procédure que l’épreuve de rappel
libre/rappel indicé à 16 items mais ne comporte que 12 items et 2 essais d’apprentissage. Afin
Mots clés : d’évaluer les processus de consolidation, des rappels différés ont lieu après 20 minutes et
Normes 24 h. L’étalonnage a porté sur 220 personnes âgées de 70 à 89 ans, issues de 3 niveaux de
Sujets âgés scolarité différents.
Mémoire épisodique
Résultats. – Les performances diminuent avec l’âge et augmentent avec le niveau scolaire.
Encodage, consolidation et
L’étalonnage a été effectué avec la méthode Barona pour les rappels libres, et sous forme de
récupération
percentiles pour les rappels totaux, la reconnaissance et les indices (encodage, consolida-
tion et récupération).
Keywords: Conclusion. – Cette tâche évalue les processus d’encodage, de stockage et de récupération, et
Norms dispose de données normatives précises et d’une procédure plus adaptée aux personnes
Elderly subjects âgées (facilité d’administration en consultation).
Episodic memory # 2015 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Encoding, consolidation and retrieval

* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : muvdberg@[Link] (M. Vandenberghe).
[Link]
0035-3787/# 2015 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
854 revue neurologique 171 (2015) 853–865

abstract

Introduction. – Early damage to episodic memory encoding and consolidation processes has
been demonstrated in dementia of the Alzheimer type. However, in the domain of verbal
episodic memory assessment, there are few diagnostic tools adapted to the old and oldest
old as far as ease of administration and accuracy of normative data are concerned. Classic
tasks are either too effortful (like the free recall/cued recall of 16 items), not sensitive enough
(like the 5 words test), or insufficiently accurate for people above 70 years old in terms of
normative data.
Aim. – The aim of this study was to develop a reduced task (in terms of number of items and
number of trials) assessing verbal episodic memory in people aged between 70 and 89 years
old.
Methods. – The task (GERIA-12) used the same procedure as the RL/RI-16 task but the list
comprised only 12 words and there were only 2 learning trials. In order to assess consolida-
tion processes, we included 2 delayed recall trials, one after 20 minutes and the other after
24 hours. We also calculated indexes adapted from the Item-Specific Deficit Approach
developed by Wright et al., which has the advantage of providing measures specific to
encoding, consolidation and retrieval processes. Standardization was done with data from
220 people aged between 70 and 89 years old and belonging to 3 education levels.
Results. – We obtained a significant effect of age and education level: scores decrease with
age and increase with education. Norms have thus been calculated taking those two
variables into consideration. Concerning the standardization, Barona method has been
used for free recall scores while percentiles have been used for all other scores (total recall,
free recall, encoding, consolidation and retrieval indexes). Normative data are also provided
for intrusions and perseverations.
Conclusion. – This new task allows encoding, consolidation and retrieval processes assess-
ment in older people and has the following advantages: the procedure is more suitable (ease
and time of administration), there are accurate normative data for old and oldest old people,
and there are normative data for two delayed recalls (at 20 minutes and at 24 hours).
# 2015 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

d’Alzheimer était le total des mots rappelés (rappels libres et


1. Introduction indicés).
En plus de la réponse à l’indiçage, d’autres auteurs ont
Une des conséquences du vieillissement de la population est montré que le score au rappel différé était une mesure cruciale
l’augmentation de la prévalence de syndromes démentiels tels permettant de distinguer les sujets présentant une maladie
que ceux causés par la maladie d’Alzheimer. Un des éléments d’Alzheimer débutante de sujets âgés normaux [5,13,14], de
clés du dépistage précoce de ce type de syndrome démentiel sujets présentant une démence vasculaire [15] ou de sujets
est le bilan neuropsychologique et notamment l’évaluation présentant une dépression [16]. En effet, les sujets présentant
des troubles de la mémoire épisodique. En effet, plusieurs une maladie d’Alzheimer débutante développeraient de
études ont montré l’atteinte précoce des processus d’enco- manière précoce des difficultés de consolidation en mémoire
dage et de consolidation en mémoire épisodique dans le épisodique. En outre, combiner le rappel différé d’une liste de
syndrome démentiel de type Alzheimer [1–6]. Certains auteurs mots avec le score à la partie B du Trail Making Test permettait
ont montré que la réponse à l’indiçage constitue une mesure de discriminer au mieux les sujets âgés sains de ceux qui
sensible d’un dysfonctionnement du processus d’encodage en développaient une démence [17]. Par ailleurs, Dewar et al. [18]
mémoire épisodique dans la maladie d’Alzheimer à un stade ont montré que les patients présentant un mild cognitive
précoce. En effet, les patients présentant une maladie impairment sont capables de consolider des informations
d’Alzheimer bénéficient moins des indices sémantiques que nouvelles mais que ce processus de consolidation serait
les participants sains [7–9], que les patients présentant une amoindri par les effets d’interférence qui ont lieu directement
démence fronto-temporale [10,11] ou que les patients pré- après l’apprentissage. Ces patients montrent donc des
sentant une maladie de Parkinson ou de Huntington [12]. De difficultés plus marquées que les sujets normaux au rappel
même, Tounsi et al. [3] ont observé que la sensibilité à différé, étant donné les interférences provoquées par les
l’indiçage sémantique déclinait avec la progression de la autres tâches cognitives administrées durant l’intervalle.
maladie. Plus récemment, Sarazin et al. [1] ont montré que la Enfin, des difficultés de consolidation ont été mises en
mesure la plus précise pour prédire la conversion de patients évidence à plus long terme (6 semaines) chez des patients
présentant des troubles cognitifs légers vers une maladie présentant un mild cognitive impairment, de même que chez des
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patients avec des plaintes mnésiques sans déficit objectivé évaluation fine des processus de consolidation à long terme,
dans les tâches classiques [19]. nous avons inclus un rappel différé après 24 heures. Nous
Il apparaı̂t donc que les tâches permettant de diagnostiquer avons choisi ce délai relativement court afin d’éviter d’éven-
de manière précoce et précise les troubles cognitifs liés au tuels effets planchers dans notre population témoin (lesquels
développement d’une maladie d’Alzheimer au stade très ont une probabilité plus élevée de survenir lorsque les délais
débutant sont celles qui évaluent la mémoire épisodique et sont de plusieurs jours) qui empêcheraient de mettre des
qui permettent de mettre en évidence d’éventuelles difficultés déficits en évidence dans des populations cliniques. Enfin,
d’encodage via la réponse à l’indiçage, ainsi que d’éventuelles nous avons calculé des indices d’encodage, de récupération et
difficultés de consolidation via un rappel différé. de consolidation adaptés à notre procédure à partir des indices
À l’heure actuelle, la tâche RL/RI-16 [20,21] est la plus de l’analyse ISDA (Item-Specific Deficit Approach) proposée
utilisée en clinique pour dissocier les processus d’encodage, de par Wright et al. [26]. Initialement, ces indices sont calculés à
consolidation et de récupération en mémoire épisodique partir de la performance à une tâche comportant plusieurs
verbale. Sa procédure consiste en la présentation d’une liste essais de rappel libre et plusieurs essais de rappel différé. Dans
de 16 mots appartenant à 16 catégories sémantiques diffé- ce contexte, l’indice d’encodage est le nombre d’items qui ne
rentes, suivie d’un rappel libre et d’un rappel indicé portant sont pas rappelés à plus de la moitié des essais d’apprentis-
uniquement sur les items non produits au rappel libre. Elle sage. Plus il est élevé et plus les difficultés d’encodage sont
permet de distinguer si l’altération se situe au niveau du sévères. Toutefois, le fait qu’un item ne soit pas évoqué au
processus de récupération (lorsque les items ne sont pas cours d’un essai de rappel libre peut aussi résulter d’une
produits au rappel libre mais le sont au rappel indicé) ou au difficulté de récupération. La définition de l’indice d’encodage
niveau du processus d’encodage (lorsque les items ne sont utilisée par Wright et al. comporte donc un risque que certains
produits ni au rappel libre ni au rappel indicé). Le rappel différé items considérés comme non encodés soient en fait des items
(en général 20 minutes après le dernier essai d’apprentissage) non récupérés. Une tâche combinant des essais de rappel libre
permet de montrer une altération des processus de consoli- et de rappel indicé permet d’éviter ce biais à condition de
dation (lorsque des items ne sont produits ni au rappel libre modifier le calcul de l’indice d’encodage en incluant unique-
différé ni au rappel indicé différé alors qu’ils l’étaient au cours ment les items qui ne sont rappelés à aucun essai d’appren-
des essais d’apprentissage). Toutefois, les données normatives tissage (ni au rappel libre ni au rappel indicé) et qui ne sont pas
récoltées par Van der Linden et al. [21] pour la RL/RI-16 items non plus rappelés au rappel différé (libre et indicé).
ne différencient pas les personnes âgées des personnes très L’indice de récupération défini par Wright et al. est le
âgées (une seule tranche d’âge regroupe les sujets à partir de nombre d’items qui sont rappelés au cours de l’apprentissage
75 ans). Amieva et al. [22] ont par contre évalué un grand mais qui ne sont pas rappelés à chaque essai de rappel différé.
nombre de sujets âgés (1458 personnes âgées de 65 à 90 ans, Ceci implique que le fonctionnement des processus de
réparties en 4 classes d’âge) sur la RL/RI-16 items mais les récupération ne puisse être évalué qu’en administrant
données normatives ne sont pas fournies en dessous des plusieurs essais de rappel différé. D’une part, il est rare que
percentiles 10, et aucune donnée normative n’a été récoltée les tâches d’apprentissage soient construites de la sorte.
concernant la tâche de reconnaissance. D’autre part, il est utile de pouvoir quantifier les processus de
Or, il semble crucial de bénéficier de données normatives récupération au cours de l’apprentissage lui-même. Afin de
précises lorsqu’on évalue la mémoire épisodique chez des remédier à cela, nous avons défini deux indices de récupéra-
sujets très âgés, afin d’être en mesure de pouvoir départager tion. À nouveau, dans une tâche combinant des essais de
les effets du vieillissement normal de ceux liés à un processus rappel libre et de rappel indicé, l’indice de récupération au
dégénératif débutant tel qu’une maladie d’Alzheimer. En effet, cours de l’apprentissage est le nombre moyen d’items
la littérature a depuis longtemps montré que la mémoire récupérés aux différents essais de rappel indicé par rapport
épisodique était altérée dans le vieillissement normal (pour au nombre d’indices fournis, exprimé en pourcentage. Plus ce
revue, voir Craik et al. [23]), au contraire de la mémoire pourcentage est élevé et plus les processus de récupération
sémantique ou procédurale, notamment en ce qui concerne sont fonctionnels. L’indice de récupération au cours du rappel
les processus de récupération et de consolidation. Toutefois, différé est le pourcentage d’items récupérés au rappel différé
dans la pratique clinique, nous ne disposons encore que de indicé par rapport au nombre d’indices fournis. Plus ce
trop peu de données relatives aux sujets très âgés alors que pourcentage est élevé et plus les processus de récupération
certains auteurs avaient déjà montré cette spécificité, notam- sont fonctionnels. Enfin, l’indice de consolidation défini par
ment dans des tâches de rappel de mots ou d’histoires où les Wright et al. est le nombre d’items rappelés au cours de
sujets âgés de 75 à 84 ans obtenaient des performances l’apprentissage mais qui ne sont rappelés à aucun des essais
significativement moins bonnes que des sujets âgés de 65 à de rappel différé. Cette définition suppose que le fait qu’un
74 ans [24,25]. item ne soit jamais produit au cours de plusieurs essais de
Afin de pallier à ces difficultés, nous avons développé une rappel différé reflète une altération de la consolidation. Or, à
version abrégée de la tâche RL/RI-16 adaptée pour l’évaluation nouveau, il se peut que cela reflète une altération de la
de la mémoire épisodique verbale chez la personne âgée, voire récupération, si cet item est systématiquement non récupéré
très âgée, la GERIA-12, et nous avons étalonné cette nouvelle au cours des essais successifs de rappel différé. Seul un essai
épreuve chez des sujets sains âgés de 70 à 89 ans et issus de supplémentaire de rappel indicé différé permet de différencier
3 niveaux de scolarité différents. La procédure est limitée à le processus (consolidation vs récupération) responsable de
2 essais d’apprentissage et la liste n’est constituée que de l’absence de rappel de cet item au rappel différé. Il offre en
12 mots à apprendre. Étant donné l’importance d’une outre l’avantage de permettre ce calcul avec un seul essai de
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rappel différé. En conséquence, nous avons modifié le calcul 24 h afin de disposer d’une mesure supplémentaire des
de l’indice de consolidation en comptant les items rappelés à capacités de consolidation en mémoire.
chaque essai d’apprentissage (en rappel libre ou en rappel Le choix de limiter la tâche à 2 essais d’apprentissage (au
indicé) et qui ne sont pas rappelés au rappel différé (libre et lieu de 3 dans la tâche RL/RI-16) a été basé sur l’analyse des
indicé). données de 133 patients à la RL/RI-16, âgés de 70 à 89 ans et
ayant effectué un bilan neuropsychologique à l’hôpital Erasme
entre 2008 et 2010. Une analyse de constance des rappels libres
2. Méthode et des rappels totaux a montré que la performance de la
grande majorité de ces patients était soit systématiquement
2.1. Description de la population normale soit systématiquement pathologique aux 3 essais de
rappel libre (86,46 % des patients) et aux trois essais de rappel
Deux cent cinquante participants ont été recrutés (via le total (92,48 % des patients). Un Khi2 d’ajustement significatif
bouche-à-oreille, le milieu associatif ou encore des annonces (rappels libres : Khi [1] = 70,744 ; p = 0,000 ; rappels totaux : Khi
affichées dans les commerces), tous âgés de 70 à 89 ans, sans [1] = 96,008 ; p = 0,000) a montré que le 3e essai de rappel (libre
antécédent neurologique ni psychiatrique (sur base d’un ou total) ne fournit pas d’information supplémentaire. En
questionnaire de santé générale standardisé), ne consommant d’autres termes, la probabilité était très élevée pour qu’un
pas de médicaments agissant sur le système nerveux central patient réussisse (échoue) le 3e essai s’il avait réussi (échoué)
(la prise d’un somnifère était tolérée) et ne vivant pas en les deux premiers.
institution. Ils signaient un consentement éclairé et n’étaient Les 12 mots sélectionnés appartenaient à 12 catégories
pas rémunérés. sémantiques différentes. Ils étaient présentés sur des fiches
Les participants étaient répartis en 3 niveaux de scolarité. (feuille format A4 standard en mode paysage) dans le même
Le niveau 1 comprenait des participants ayant réalisé ordre pour tous les participants, avec 4 mots par fiche. La tâche
uniquement des études primaires ou des études de type se déroulait en 6 phases successives. Lors de la phase
professionnel. Le niveau 2 regroupait des participants ayant d’encodage sémantique (basée sur le principe de spécificité
accompli des études secondaires autres que professionnelles de l’encodage selon lequel la récupération est plus efficace
(ce qui correspond au niveau du BAC en France). Enfin, le lorsque les indices présentés lors des phases d’encodage et de
niveau 3 englobait des participants ayant accompli des études récupération sont identiques [21,31]), l’examinateur présentait
supérieures. les fiches l’une après l’autre et demandait au participant de lire
Les données étaient recueillies lors d’une visite au domicile le mot correspondant à la catégorie sémantique énoncée. Les
des participants. La séance débutait avec l’administration de consignes étaient les suivantes : « Je vais vous présenter une
la Geriatric Depression Scale (GDS) à 15 items [27], suivie du liste de 12 mots. Vous les verrez par écrit, 4 par 4. J’ai ici
questionnaire de santé et de la GERIA-12. Durant l’intervalle de 3 feuilles. Sur chacune d’elle, 4 mots sont inscrits. Après les
20 minutes avant le rappel différé, les participants effec- avoir vus, je vous demanderai d’essayer d’en rappeler le plus
tuaient des tâches cognitives n’utilisant pas de matériel possible dans l’ordre que vous voudrez. Plusieurs essais seront
verbal. Pour terminer, les participants effectuaient le Montreal réalisés. Vous avez bien compris ? Voici la première feuille :
Cognitive Assessment (MoCA) [28]. Après 24 heures, les parmi ces 4 mots, pouvez-vous me dire quelle est la boisson ?
participants étaient recontactés par téléphone pour le rappel (le cognac) Quel est l’outil ? (la bêche), etc. ». L’ordre de
différé de la nouvelle tâche de mémoire. présentation des catégories sémantiques était fixe. Il n’y avait
Trente participants ont été exclus pour les raisons pas de limite de temps pour obtenir une réponse durant cette
suivantes : score pathologique à la MoCA (n = 10, normes phase d’encodage. Si le participant présentait des difficultés
basées sur Rossetti et al. [29]), score supérieur à 7/15 à la GDS lors de cette phase d’encodage sémantique (barrière linguis-
(n = 9, normes basées sur Lacoste et Trivalle [30]), antécédents tique, difficultés d’ordre sémantique), la tâche n’était pas
neurologiques tels qu’accident vasculaire cérébral ou trauma poursuivie. Au cours de la phase de rappel immédiat indicé,
crânien (n = 3), abandon (n = 1). Enfin, 7 participants ont été après l’identification des 4 mots présentés sur une fiche,
écartés car ils présentaient des données extrêmes détermi- l’examinateur reprenait la feuille et procédait à un rappel
nées à partir d’une analyse basée sur une droite de régression indicé en fournissant les indices catégoriels utilisés lors de
incluant le total des 4 rappels libres. Les résultats finaux l’encodage. Le participant devait rappeler les items corres-
portent sur un échantillon de 220 personnes. pondant à ces catégories. Les consignes étaient les suivantes :
En ce qui concerne le rappel différé à 24 h, seuls « Maintenant, je reprends la feuille et vous allez me dire quelle
99 participants ont été recontactés par téléphone car cette était la boisson qui était inscrite sur cette feuille ? (réponse).
procédure a été incluse en cours de réalisation de l’étude. Quel était l’outil ? (réponse), etc. ». En cas d’absence de réponse
après 10 secondes, l’examinateur passait à l’item suivant. En
2.2. Procédure cas d’échec à récupérer un ou plusieurs items, la fiche était à
nouveau présentée, l’examinateur appliquait à nouveau la
Le matériel était constitué de 12 mots et la procédure phase d’encodage sémantique pour les seuls items échoués et
d’apprentissage comportait un essai de rappel immédiat, procédait à une nouvelle phase de rappel indicé immédiat
2 essais de rappel libre suivis chacun d’un essai de rappel pour ces seuls items. Le nombre d’applications de cette
indicé, un essai de rappel libre différé après 20 minutes suivi procédure d’encodage sémantique et de rappel indicé immé-
d’un essai de rappel indicé et d’une tâche de reconnaissance diat était limité à 4 pour un item donné. La même procédure
de type oui/non. Nous avons ajouté un rappel différé après était appliquée pour les 2 autres fiches. Seuls les mots
revue neurologique 171 (2015) 853–865 857

correctement rappelés après la première présentation des joindre le participant par téléphone, sans lui en expliquer le
items étaient comptabilisés. Le participant obtenait donc un motif.
score entre 0 et 12. Au cours de la phase de rappels libres et
de rappels indicés, chaque essai de rappel libre était précédé 2.3. Matériel
d’une tâche distractrice de 20 secondes (comptage à rebours
à partir de 374). Ensuite, l’examinateur procédait à un rappel Les 12 mots ont été choisis en fonction de leur degré de
libre (2 minutes) puis à un rappel indicé pour les mots non prototypie [32] et de leur fréquence d’usage dans la langue
rappelés au rappel libre, et ce à deux reprises. Les consignes française (base de données BRULEX [33]). Les mots sélection-
de la phase de rappel libre étaient les suivantes : « Mainte- nés avaient un rang de prototypie variant de 4 à 30 (moyenne
nant, vous allez essayer de rappeler le plus possible des 11,25  8,22) et une fréquence d’usage moyenne située entre
12 mots qui vous ont été présentés sur les feuilles. Vous 114 et 1191 (moyenne 525,67  314,69). Les items occupant les
pouvez les rappeler dans n’importe quel ordre ». Les 3 premières positions dans les listes de production d’exem-
consignes du rappel indicé étaient les suivantes : « Je vais plaires et ceux ayant une fréquence d’usage très élevée ou
vous aider à retrouver les autres mots. Parmi les mots que je faible ont été écartés afin d’éviter que les réponses correctes
vous ai présentés sur les feuilles, quel(le) était le(la). . . (nom produites aux rappels indicés soient liées à leur fréquence
de la catégorie) ? ». Le participant disposait de 10 secondes d’usage ou à leur prototypie (i.e., éviter que le premier mot
par item pour le rappel indicé. Au cours du 1er essai de rappel auquel pense le sujet soit l’exemplaire attendu même si le
indicé, l’examinateur fournissait la réponse correcte après sujet n’y avait pas été exposé auparavant). La Fig. 1 présente
les 10 secondes si le participant ne l’avait pas produite, ou s’il les 12 mots cibles qui ont été retenus et leur répartition sur les
avait produit une réponse incorrecte. Pour le 2e essai, par 3 fiches2.
contre, aucun retour n’était fourni. Pour chaque rappel, le Vingt-quatre mots supplémentaires ont été sélectionnés
nombre de mots rappelés, l’ordre dans lequel ils étaient pour les distracteurs de la tâche de reconnaissance : 12 dis-
rappelés et les intrusions étaient notés. Après un intervalle tracteurs sémantiques appariés avec les mots cibles pour le
de 20 minutes, une phase de rappel libre/indicé des 12 items rang de prototypie et la fréquence d’usage (par exemple,
était administrée. Pour le rappel libre, l’examinateur four- « marteau » pour « bêche ») et 12 distracteurs phonologiques
nissait les consignes suivantes : « Tout à l’heure, je vous ai appariés avec les mots cibles pour la fréquence d’usage (par
présenté une liste de mots sur 3 fiches, et je vous ai demandé exemple, « pantin » pour « requin »).
de les apprendre. J’aimerais bien voir ceux dont vous vous
souvenez encore maintenant. Pouvez-vous m’en rappeler le 2.4. Variables
plus possible, dans n’importe quel ordre ? ». En ce qui
concerne le rappel indicé, les consignes étaient les Nous avons compté le nombre de mots correctement rappelés
suivantes : « Sur les fiches que je vous ai présentées tout à au rappel immédiat, à chaque essai de rappel libre et de rappel
l’heure, quel(le) était le(la). . . (nom de la catégorie) ? ». Aucun différé, de même que le nombre de mots rappelés au total de
retour n’était fourni. Le nombre de mots rappelés, l’ordre chaque essai de rappel libre et de rappel indicé, et de chaque
dans lequel ils étaient rappelés et les intrusions étaient essai de rappel différé libre et indicé (en effet, le nombre de
notés. Au cours de la phase de reconnaissance, les mots mots rappelés au rappel indicé pris isolément n’est pas
étaient présentés visuellement un par un, dans un ordre de pertinent car il est dépendant du nombre de mots rappelés au
présentation fixe1. Il s’agissait d’une tâche de type oui/non rappel libre).
composée de 36 items (les 12 mots cibles, 12 distracteurs Nous avons aussi compté le nombre d’intrusions à chaque
sémantiques et 12 distracteurs phonologiques). Les consi- rappel libre et à chaque rappel indicé ainsi que le nombre de
gnes étaient les suivantes : « Maintenant, je vais vous persévérations (les intrusions qui sont répétées au cours de
montrer des mots écrits sur des fiches, un mot à la fois. Parmi différents essais).
ces mots, se trouvent les 12 mots que vous avez dû Pour la reconnaissance, nous avons compté le nombre de
mémoriser tout à l’heure ainsi que des mots n’en faisant mots correctement reconnus, le nombre de fausses recon-
pas partie. À chaque fois que je vous présenterai un mot, je naissances sémantiques et le nombre de fausses reconnais-
vous demande de m’indiquer si oui ou non il faisait partie de sances phonologiques.
la liste de mots que vous avez dû mémoriser ». Une absence Le calcul des indices ISDA modifiés s’est effectué de la
de réponse n’était pas autorisée dans cette tâche, le choix manière suivante. Un item était considéré comme n’étant pas
était forcé si nécessaire (en disant par exemple : « Même si encodé s’il n’était présent dans aucun essai de rappel (libre,
vous n’êtes pas certain, répondez par oui ou non »). Le indicé, libre différé, indicé différé). Pour chaque participant,
patient obtenait un score compris entre 0 à 12 pour les nous avons calculé un indice d’encodage qui correspond au
détections correctes, pour le nombre de fausses reconnais- nombre d’items non encodés. Plus cette somme est élevée et
sances sémantiques et pour le nombre de fausses recon- plus la difficulté d’encodage est sévère. Nous avons également
naissances phonologiques. Enfin, la phase de rappel différé calculé plusieurs indices de récupération. L’indice de récupé-
libre/indicé après 24 heures était réalisée par téléphone. ration au cours de l’apprentissage est le nombre moyen
L’examinateur s’assurait la veille d’un moment où il pourrait d’items récupérés aux différents essais de rappel indicé par
rapport au nombre d’indices fournis, exprimé en pourcentage.
1
Le matériel peut être téléchargé directement à l’adresse
2
Internet suivante : [Link] Le matériel peut être téléchargé à l’adresse Internet suivante :
20Reconnaissance%[Link]. [Link]
858 revue neurologique 171 (2015) 853–865

effet, la présence de cet item au rappel différé à 24 h contredit


cette interprétation.

2.5. Analyse statistique

Les variables ont été analysées différemment selon qu’elles se


distribuaient normalement ou pas. Lorsqu’elles se distri-
buaient normalement, elles ont été étalonnées en utilisant la
méthode Barona [34], méthode utilisée pour l’étalonnage de
l’épreuve RL/RI-16 [21] et de l’épreuve de rappel indicé à
48 items [35]. C’est le cas des 4 rappels libres. Lorsque les
variables ne se distribuaient pas normalement, elles ont été
étalonnées en utilisant des percentiles (c’est le cas du rappel
immédiat, des rappels totaux, des nombres de reconnaissan-
ces correctes et de fausses reconnaissances, des indices
d’encodage, de récupération et de consolidation) ou des
pourcentages de fréquence cumulée (c’est le cas des nombres
d’intrusions et de persévérations).

3. Résultats

Les caractéristiques générales de l’échantillon sont présen-


Fig. 1 – Fiches de présentation des items de la GERIA-12. tées au Tableau 1. Le score moyen des participants au
Montreal Cognitive Assessment (MoCA) était de 26,38 (écart-
type = 2,01) et à la Geriatric Depression Scale (GDS) de 2,24
(écart-type = 1,71).
Avec notre procédure comportant deux essais de rappel libre
et de rappel indicé, le calcul de cet indice s’effectue avec la 3.1. Rappels libres
formule suivante : ((RI1/(N-RL1)) + (RI2/(N-RL2))/2)  100 où :
La Fig. 2 présente le nombre moyen de mots rappelés (score/
 RI1 (RI2) = le nombre d’items rappelés au premier (second) 12) à chaque essai de rappel libre en fonction de l’âge et du
essai de rappel indicé ; niveau scolaire. Elle suggère que l’âge et la scolarité ont un
 n = 12 = le nombre d’items contenus dans la liste ; effet sur le rappel libre. Étant donné les distributions normales
 RL1 (RL2) = le nombre d’items rappelés au premier (second) observées au niveau des rappels libres (test de Kolmogorov-
essai de rappel libre. Smirnov à un échantillon, tous les p > 0,1), nous avons réalisé
un étalonnage selon la méthode Barona [34]. Cette méthode
Les indices de récupération au rappel différé après permet de calculer pour chaque rappel libre un score attendu
20 minutes (ou 24 heures) correspondent au pourcentage en tenant compte de l’impact éventuel de l’âge, du genre et du
d’items récupérés au rappel différé indicé après 20 minutes niveau de scolarité du participant. À cette fin nous avons
(ou 24 heures) par rapport au nombre d’indices fournis. Plus effectué des régressions multilinéaires pas à pas ascendantes
les indices de récupération sont bas et plus la difficulté de pour chaque rappel libre. Les résultats de ces analyses sont
récupération est élevée. Les formules suivantes permettent de présentés au Tableau 2. Les coefficients « bêta » mesurent la
calculer ces indices : (RID200 /(N-RLD200 ))  100 et (RID24H/(N- valeur prédictive de chaque variable sociodémographique
RLD24H’))  100 où :

 RID (RLD) = le nombre d’items fournis au rappel différé


Tableau 1 – Répartition de la population de référence de
indicé (libre) ;
la GERIA-12 selon la classe d’âge, le niveau scolaire et le
 n = 12 = le nombre d’items contenus dans la liste. genre.
Âge (années) Niveau scolaire Femmes Hommes
Enfin, l’indice de consolidation est la somme des items non
produits au rappel différé alors qu’ils ont été produits à chaque 70–79 (n = 115) Primaire ou 25 15
professionnel
essai d’apprentissage (en rappel libre ou en rappel indicé). Plus
Secondaire 19 14
cet indice est élevé et plus la difficulté de consolidation est
Supérieur 22 20
sévère. Cet indice a été calculé séparément pour les items non
produits au rappel différé à 20 minutes et pour ceux non 80–89 (n = 105) Primaire ou 19 9
professionnel
produits au rappel différé à 24 h. Toutefois, lorsqu’un item
Secondaire 17 16
répondait à ces conditions pour le rappel différé à 20 minutes Supérieur 23 21
mais était présent au rappel différé à 24 h, nous ne l’avons pas
Total 125 95
comptabilisé comme item non consolidé à 20 minutes. En
revue neurologique 171 (2015) 853–865 859

Fig. 2 – Nombres moyens de mots rappelés (score/12) à chaque essai de rappel libre (« R1 » = 1er essai [n = 220], « R2 » = 2e
essai [n = 220], « R20 » = rappel différé à 20 minutes [n = 220], « R24 » = rappel différé à 24 h [n = 99]) en fonction de l’âge et du
niveau scolaire (NSC).

Tableau 2 – Valeurs des coefficients standardisés bêta pour les variables sociodémographiques (âge, niveau scolaire et
genre) et des coefficients de détermination R2 pour chaque rappel libre.
Rappel Bêta âge Bêta scolarité Bêta genre R2
Rappel libre 1 0,150* 0,194** 0,072 0,055
Rappel libre 2 0,168* 0,220** 0,110 0,071
Rappel libre différé (20 minutes) 0,119 0,259*** 0,166* 0,086
Rappel libre différé (24 h) 0,324** 0,288** 0,286** 0,223
*p < 0,05 ; **p < 0,01 ; ***p < 0,001.

pour les scores aux rappels libres : l’âge (les participants ont À partir des valeurs obtenues lors de la réalisation de ces
été répartis en 2 groupes : 70–79 ans et 80–89 ans), le niveau régressions multilinéaires, il est possible de déterminer des
scolaire et le genre. Les coefficients de détermination équations de régressions pour chaque rappel libre (Tableau 3).
R2 correspondent à la proportion de la variance de la variable Elles permettent de déterminer pour chaque rappel libre, le
dépendante expliquée par la régression linéaire. score attendu pour un individu étant donné son âge, son
Le Tableau 2 montre que l’impact de l’âge, du genre et du niveau de scolarité et son genre.
niveau de scolarité sur la performance n’est pas le même pour Par exemple, pour un patient âgé de 88 ans (Âge = 2), de
les quatre essais de rappel libre. En effet, l’âge est associé de niveau d’études primaires (Scol = 1), qui rappelle 3 mots au
façon significative aux 1er et 2e essais de rappel libre ainsi 1er essai de rappel libre, l’équation de régression pour
qu’au rappel libre différé à 24 h. Pour ces trois essais, la obtenir sa note présumée serait la suivante :
performance diminue lorsque l’âge du sujet augmente. La Y = 7,61 + (0,39  1)  (0,501  2) = 6,998. Il suffit ensuite
variable scolarité est associée significativement aux 4 essais de d’évaluer l’importance de la différence entre cette note
rappel libre. Pour ces quatre paramètres, la performance des présumée (6,998) et la note réellement obtenue (3) en
participants augmente avec le niveau de scolarité. En ce qui utilisant l’écart-type résiduel comme unité de mesure, soit
concerne la variable genre, elle est associée de façon z = (3–6,998)/1,63 = 2,45. La performance de ce patient
significative au rappel différé libre à 20 minutes et à 24 h. apparaı̂t donc comme étant inférieure à la moyenne
Pour les deux essais de rappel différé, la performance est observée dans un groupe de participants sains de même
moins élevée chez les hommes que chez les femmes. âge, de même niveau scolaire et de même sexe. Dans la

Tableau 3 – Équations de régression et écarts-types résiduels permettant la détermination des valeurs normales pour
chaque rappel libre.
Rappel Équation de régression Écart-type résiduel
Rappel libre 1 7,61 + 0,39 Scol  0,501 Âge 1,63
Rappel libre 2 8,56 + 0,48 Scol  0,61 Âge 1,77
Rappel libre différé à 20 minutes 8,24 + 0,60 Scol  0,65 Genre 1,86
Rappel libre différé à 24 heures 10  1,60 Âge + 0,84 Scol  1,42 Genre 2,21
Les variables sociodémographiques sont codées comme suit : Âge = groupe d’âge : 70–79 ans = 1 ; 80–89 ans = 2 ; Scol = niveau scolaire :
primaire ou professionnel = 1 ; secondaire = 2 ; supérieur = 3 ; Genre : femme = 1 ; homme = 2.
860 revue neurologique 171 (2015) 853–865

Fig. 3 – Nombres moyens de mots rappelés (score/12) à chaque essai de rappel total (libre + indicé, « R1 » = 1er essai [n = 220],
« R2 » = 2e essai [n = 220], « R20 » = rappel différé à 20 minutes [n = 220], « R24 » = rappel différé à 24 h [n = 99]) en fonction de
l’âge et du niveau scolaire (NSC).

mesure où le seuil pathologique est conventionnellement des scores aux rappels libres et indicés (RT), en fonction du
fixé à z = 1,65 [21,36], la performance de ce patient peut niveau de scolarité.
être considérée comme déficitaire. À l’inverse, si ce même Nous nous sommes ensuite demandés si les rappels
patient rappelle également 3 mots en rappel libre différé différés à 20 minutes et à 24 heures étaient comparables, ou
après 24 heures, sa note présumée serait de 4,8 (Y = 10- si un nombre significatif d’items n’étaient pas maintenus en
(1,60  2) + (0,84  1)  (1,42  2)) et son score z serait de mémoire après 24 heures. Pour ce faire, nous avons réalisé une
0,81 (z = (3–4,8)/2,21). Cette même performance de 3 mots analyse de variance (ANOVA) prenant en compte la variable
rappelés spontanément est donc considérée comme nor- répétée « Essai » (2 niveaux, score après 20 minutes de délai et
male si elle est mesurée 24 heures après la phase d’appren- score après 24 h) et les variables inter-sujets « Âge » (2 niveaux,
tissage3. 70–79 et 80–89 ans), « Genre » (2 niveaux) et « Niveau de
scolarité » (3 niveaux). Seul l’effet de la variable « Essai » est
3.2. Rappel immédiat et rappels totaux significatif à 0,05 (F(1,87) = 15,18 ; p < 0,01) : la performance
après un délai de 24 heures est significativement inférieure à
La Fig. 3 présente le nombre moyen de mots rappelés (score/12) celle après un délai de 20 minutes.
au rappel immédiat et à chaque essai de rappel total Pour rappel, en ce qui concerne le rappel différé à 24 h,
(libre + indicé) en fonction de l’âge et du niveau scolaire. Étant l’échantillon est plus faible (99 sujets au lieu de 220) étant
donné que les scores de rappels immédiat et totaux ne se donné que ce rappel différé a été instauré alors que la récolte
distribuaient pas normalement (distribution dissymétrique de données avait déjà débuté. Parmi les 99 sujets qui ont été
avec un « effet plafond » très marqué), ils ont été étalonnés recontactés, tous ont accepté d’effectuer la tâche après
en centiles, selon 2 niveaux de scolarité (1 + 2 ; et 3) mais sans 24 heures.
distinction d’âge ni de genre. En effet, les analyses de variance
(ANOVA) prenant en compte les variables inter-sujets « Âge » 3.3. Reconnaissance
(2 niveaux, 70–79 et 80–89 ans), « Genre » (2 niveaux) et « Niveau
de scolarité » (3 niveaux) mettent en évidence uniquement un Étant donné que ni les scores de reconnaissance, ni les fausses
effet du niveau de scolarité et celui-ci n’est présent que sur le reconnaissances ne se distribuaient normalement (distribu-
rappel immédiat (F(2,207) = 4,45 ; p = 0,01) et sur le rappel total tion dissymétrique avec un « effet plafond » très marqué pour
différé à 20 minutes (F(2,207) = 4,42 ; p = 0,01). Il n’y a pas d’effet les scores en reconnaissance, et un « effet plancher » très
de l’âge ni du genre ( p > 0,10). Aucune interaction n’est marqué pour les fausses reconnaissances), ils ont été
significative ( ps > 0,10). Les analyses post-hoc (comparaisons étalonnés en centiles, sans distinction d’âge ni de genre ni
multiples de Bonferroni) réalisées sur la variable niveau de de niveau de scolarité (aucun effet et aucune interaction
scolarité montrent que les sujets de niveau 1 ne se différencient n’étaient significatifs ; p > 0,10). Le Tableau 5 présente les
pas significativement des sujets de niveau 2 ( ps > 0,10) alors que percentiles pour le score en reconnaissance (nombre d’items
les sujets de niveau 2 se différencient des sujets de niveau 3 correctement reconnus, maximum 12) et pour les fausses
(rappel immédiat : d = 0,32 ; p = 0,024 ; rappel total différé à reconnaissances sémantiques et phonologiques (maximum
20 minutes : d = 0,42 ; p = 0,020). Le Tableau 4 présente les 12 dans chaque cas).
percentiles pour le rappel immédiat (Rim), ainsi que la somme
3.4. Intrusions, persévérations
3
Un fichier Excel qui permet la conversion automatique des
scores en écarts-réduits (note Z) peut être téléchargé à l’adresse 3.4.1. Intrusions
Internet suivante : [Link] Nous avons calculé des pourcentages de fréquences cumulées
LaNeuropsychologie/tabid/59/[Link]#TESTS. pour les intrusions observées en rappel libre et en rappel
revue neurologique 171 (2015) 853–865 861

Tableau 4 – Étalonnage en percentiles des scores au rappel immédiat (Rim) et aux rappels totaux (rappel total = rappel
libre + rappel indicé) en fonction du niveau scolaire.
Niveau primaire, professionnel ou secondaire

Rim (n = 133) RT1 (n = 134) RT2 (n = 134) RDT20 (n = 134) RDT24 h (n = 58)
Percentile 1 8 7,4 7,7 7,4 7
Percentile 5 10 9 9 9 8
Percentile 10 10 10 10 10 8
Percentile 25 11 11 11 11 10
Percentile 50 12 12 12 12 11
Percentile 75 12 12 12 12 12
Percentile 90 12 12 12 12 12

Niveau supérieur

Rim (n = 86) RT1 (n = 86) RT2 (n = 86) RDT20 (n = 86) RDT24 h (n = 41)
Percentile 1 9 9 9 9 7
Percentile 5 10 10 10 10 7
Percentile 10 11 11 11 11 8
Percentile 25 12 11 12 12 10
Percentile 50 12 12 12 12 12
Percentile 75 12 12 12 12 12
Percentile 90 12 12 12 12 12

RT1 : rappel total 1 ; RT2 : rappel total 2 ; RT20 : rappel total après 20 minutes ; RT24 h : rappel total après 24 heures.

Tableau 5 – Étalonnage en percentiles des scores en reconnaissance (n = 220).


Reconnaissances Fausses reconnaissances Fausses reconnaissances
correctes sémantiques phonologiques
Percentile 1 10,2 2 1
Percentile 5 11 0 0
Percentile 10 11 0 0
Percentile 25 12 0 0
Percentile 50 12 0 0
Percentile 75 12 0 0
Percentile 90 12 0 0

indicé, pour chaque essai d’apprentissage et de rappel différé. 24 h). La plupart de ces indices ne se distribuaient
La production de 2 intrusions par essai de rappel libre ou de pas normalement (distribution dissymétrique avec un effet
rappel indicé est considérée comme statistiquement anor- plancher pour les indices d’encodage et de consolidation). Les
male puisque la grande majorité des participants (au moins analyses de variance (ANOVA) prenant en compte les variables
95 %) commettait au plus 1 intrusion par essai. Toutefois, en ce inter-sujets « Âge » (2 niveaux, 70–79 et 80–89 ans), « Genre »
qui concerne le nombre d’intrusions au rappel libre après (2 niveaux) et « Niveau de scolarité » (3 niveaux) mettent en
24 heures, c’est la production de 3 intrusions qui est évidence uniquement un effet du niveau de scolarité, et ce
considérée comme statistiquement anormale. uniquement sur l’indice de récupération au cours de
l’apprentissage (F(2,207) = 3,20 ; p < 0,05) et non sur les autres
3.4.2. Persévérations indices ( ps > 0,10). Il n’y a pas d’effet de l’âge ni du genre et
Nous avons également calculé le pourcentage de fréquences aucune interaction n’est significative ( ps > 0,10). Les analyses
cumulées pour les persévérations, c’est-à-dire les intrusions post-hoc (comparaisons multiples de Bonferroni) réalisées sur
qui sont répétées au cours de différents essais. La production la variable niveau de scolarité montrent que les sujets de
de 2 persévérations au cours de la tâche est considérée comme niveau 1 ne se différencient pas significativement des sujets de
statistiquement anormale puisque la grande majorité des niveau 2 ( ps > 0,10) alors que les sujets de niveau 2 se
participants (95 %) commet au plus 1 erreur de ce type au cours différencient des sujets de niveau 3 (d = 6,61 ; p = 0,040). En
de la tâche. conséquence, les indices ont été étalonnés en centiles selon
2 niveaux de scolarité (1 + 2 ; et 3) mais sans distinction d’âge
3.5. Indices d’encodage, de récupération et de ni de genre.
consolidation Le Tableau 6 présente les percentiles pour les 6 indices, en
fonction du niveau de scolarité (pour l’indice de récupération
Nous avons calculé 6 indices sur base de la méthode décrite au cours de l’apprentissage uniquement). Pour rappel, l’indice
par Wright et al. [26] : 1 indice d’encodage, 2 indices de d’encodage correspond au nombre d’items non encodés (i.e., le
consolidation (après 20 minutes et après 24 h) et 3 indices de nombre d’items qui n’étaient présents à aucun essai de
récupération (au cours de l’apprentissage, lors du rappel indicé rappel libre ou indicé). Plus cette somme est élevée et plus la
différé après 20 minutes et lors du rappel indicé différé après difficulté d’encodage est sévère. Les indices de récupération
862 revue neurologique 171 (2015) 853–865

Tableau 6 – Étalonnage en percentiles des indices « ISDA » (Item-Specific Deficit Approach).


Encodage (n = 220) Consolidation Récupération

20 minutes 24 heures Apprentissage 20 minutes 24 heures


(n = 220) (n = 99) (n = 219)a (n = 209)b (n = 94)c

NSC 1 et 2 NSC 3
Percentile 90 0 0 0 100 100 100 100
Percentile 75 0 0 0 92 100 100 100
Percentile 50 0 0 1 83 100 100 75
Percentile 25 0 1 2 73 86 75 50
Percentile 10 0 2 3 54 74 60 40
Percentile 5 0 2 4 50 63 46 33
Percentile 1 1 3 5 42 49 1,33 0
a
Un sujet ayant rappelé les 12 mots aux 2 essais de rappel libre lors de l’apprentissage, aucun score de récupération au cours de
l’apprentissage n’a été calculé pour lui.
b
Onze sujets ont rappelé les 12 items au rappel différé libre après 200 et donc aucun score de récupération au cours du rappel différé après 200
n’a été calculé pour eux.
c
Cinq sujets ont rappelé les 12 items au rappel différé libre après 24 h et donc aucun score de récupération au cours du rappel différé après
24 h n’a été calculé pour eux.

correspondent au pourcentage d’items récupérés aux diffé- L’intérêt principal de ce travail est de fournir des données
rents essais de rappel indicé par rapport au nombre d’indices normatives pour des sujets très âgés à l’aide d’une épreuve
fournis. Plus les indices de récupération sont bas et plus la évaluant la mémoire épisodique. En effet, la GERIA-12 bénéficie
difficulté de récupération est élevée. Enfin, l’indice de de données normatives précises en fonction de 2 tranches
consolidation est la somme des items qui ne sont présents d’âge, de 3 niveaux scolaires et du genre. Il s’agit donc
ni au rappel libre différé ni au rappel indicé différé mais qui d’une des rares tâches étalonnée avec précision dans les
sont présents à chaque essai d’apprentissage (rappel libre ou populations âgées et très âgées, ce qui permet de contrer les
indicé). Plus cet indice est élevé et plus la difficulté de problèmes d’interprétation liés aux effectifs trop limités ou
consolidation est sévère. regroupant des participants au sein d’une classe d’âge trop
Le Tableau 6 montre que la majeure partie des participants étendue (ce qui est le cas de la RL/RI-16 items par exemple,
ont un indice d’encodage égal à zéro. Il est donc très rare qu’un avec une seule classe d’âge regroupant les personnes âgées de
de nos participants n’encode pas un item. De même, les items 75 à 100 ans).
non consolidés sont peu nombreux : maximum 1 après De manière intéressante, notre tâche confirme l’effet de
20 minutes et maximum 3 après 24 heures chez la grande l’âge sur les performances dans une tâche de mémoire
majorité des participants (au moins 95 %). Enfin, les pour- épisodique [22] et donc l’intérêt de bénéficier de données
centages de récupération sont très élevés, notamment chez les normatives précises tenant compte de l’âge. En effet, chez nos
sujets de niveau scolaire supérieur et ce même concernant les sujets sains âgés de 70 à 89 ans, l’âge est corrélé de façon
rappels différés. Cela confirme le fait que les indices négative et significative aux 1er et 2e essais de rappel libre ainsi
sémantiques sont efficaces pour la majorité des participants. qu’au rappel libre différé à 24 h. Nos résultats permettent donc
de confirmer la nécessité de tenir compte de l’âge et de
disposer de données spécifiques lorsqu’on analyse la per-
4. Discussion formance de patients dits « très âgés », et non d’extrapoler à
ces patients des résultats obtenus chez des sujets moins âgés
L’objectif de cette étude était de créer une nouvelle tâche (70–79 ans, par exemple). Cela confirme la littérature selon
permettant d’évaluer les processus d’encodage, de consolida- laquelle le vieillissement normal influence les performances
tion et de récupération d’un matériel verbal en mémoire dans les tâches faisant intervenir la mémoire épisodique [23],
épisodique, à l’aide d’une procédure adaptée aux personnes tel que cela avait déjà été mis en évidence par Backman et al.
âgées, et d’établir des normes précises pour les tranches d’âge [24] et Dixon et al. [25].
au-delà de 70 ans. À cette fin, nous avons construit la GERIA- La question pourrait se poser de savoir quel type de
12, basée sur la même procédure que la RL/RI-16 items mais mémoire est évaluée par la GERIA-12. La mémoire épisodique,
qui ne comporte que 2 essais d’apprentissage d’une liste telle que définie par Baddeley [37], est un système permettant
limitée à 12 mots. Nous avons également adapté différentes d’apprendre un matériel verbal nouveau dépassant les
mesures innovantes en termes de consolidation : un rappel capacités de stockage à court terme et qui doit être récupéré
différé après 24 h et le calcul d’indices de consolidation après consciemment. La GERIA-12 répond à ces exigences comme
différents délais. Nous avons ensuite étalonné cette tâche sur c’est le cas de d’autres tâches très semblables telles que le RL/
un échantillon de 220 personnes âgées de 70 à 89 ans, vivant RI-16 items [21]. Toutefois, comme la majorité des tâches
toutes à domicile et ne présentant pas de troubles cognitifs cognitives, la GERIA-12 recrute d’autres processus cognitifs :
(Montreal Cognitive Assessment [28]) ni psychiatriques (Geria- des capacités attentionnelles suffisantes pour pouvoir main-
tric Depression Scale à 15 items [27]) majeurs pouvant avoir un tenir son attention tout au long de la tâche, un traitement
effet sur les performances au test. sémantique préservé, une production orale préservée.
revue neurologique 171 (2015) 853–865 863

Par ailleurs, si l’on s’intéresse aux types de plaintes Une limite potentielle de la GERIA-12 concerne le fait qu’en
évoquées par les patients en consultation, ce type de tâche diminuant le nombre d’essais d’apprentissage, nous dimi-
permet de mettre en évidence des déficits à apprendre des nuons les possibilités d’observer une courbe d’apprentissage
informations nouvelles et liées à un contexte d’apprentissage au fil des essais. En outre, les sujets ont moins d’opportunité de
précis. Ces déficits peuvent ensuite être mis en parallèle avec se servir efficacement des retours qu’ils reçoivent, étant donné
les difficultés évoquées par les patients dans leur quotidien. qu’ils reçoivent un retour uniquement après le 1er essai
Un atout supplémentaire de la GERIA-12 est lié au fait que d’apprentissage. Toutefois, nous avons vu que la courbe
des valeurs seuils ont été calculées pour les intrusions et les d’apprentissage n’était pas la mesure la plus cruciale pour le
persévérations, ce qui est d’un intérêt considérable pour la diagnostic précoce des troubles mnésiques liés à une maladie
pratique clinique. En effet, plutôt que de devoir se fier à un d’Alzheimer, au contraire de la sensibilité à l’indiçage et du
sentiment clinique, les cliniciens pourront s’appuyer sur des rappel différé. Par ailleurs, malgré cette diminution du nombre
données objectives pour conclure qu’un patient produit un d’essais d’apprentissage, nos données mettent en évidence un
nombre anormalement élevé d’intrusions ou de persévéra- effet plafond des rappels totaux, en particulier chez les
tions. De même, le fait qu’un rappel supplémentaire ait été participants de niveau scolaire élevé, de la même manière
instauré et normalisé 24 heures après la phase d’apprentis- que ce qui avait été observé par Van der Linden et al. en 2004
sage permet de bénéficier de données objectives sur le [21]. Cet effet plafond est toutefois nettement moins observé
processus de consolidation à long terme. Or, nous avons vu lors du rappel après 24 heures.
que ce processus pouvait être atteint de manière spécifique au Par ailleurs, plusieurs études soulèvent la question des
stade précoce de la maladie d’Alzheimer [5,13,14]. En outre, effets de contexte en mémoire épisodique et certaines
nos données confirment l’importance de coupler un rappel montrent que le fait d’être dans un contexte différent au
libre et un rappel indicé, même en différé : en effet, nous avons moment du rappel et au moment de l’apprentissage peut avoir
vu que les scores en rappel libre après 24 heures montraient un effet négatif sur la performance [39,40]. Dans notre étude, le
un effet plancher dans certaines tranches d’âge et de niveau rappel différé à 24 heures était réalisé dans un contexte
scolaire (les sujets très âgés de faible niveau scolaire par différent de celui de l’apprentissage puisqu’il était administré
exemple). Toutefois, même ces sujets âgés sains en difficulté par téléphone. Il se peut donc que les scores au rappel différé à
dans les tâches de rappel libre sont fortement aidés par 24 heures et partant les indices de consolidation à 24 heures
l’indiçage sémantique, qui leur permet d’améliorer leur reflètent ce changement de contexte même si les participants
performance. La prise en compte des scores au rappel total se trouvaient à leur domicile dans les deux cas. La présence
après 24 heures apparaı̂t donc d’un intérêt considérable pour d’un effet significatif de l’intervalle sur les indices de
différencier les difficultés liées au vieillissement normal de consolidation est compatible avec cette interprétation, les
celles liées à une maladie affectant le fonctionnement de la performances en rappel après 20 minutes étant supérieures à
mémoire épisodique. celles en rappel après 24 heures. Il se peut également que cet
Par ailleurs, notre tâche comporte une nouveauté sup- effet significatif de l’intervalle soit lié à la présence de
plémentaire par rapport aux tâches existantes : il s’agit du difficultés de consolidation en mémoire dans le vieillissement
calcul d’indices à partir de l’analyse de la performance item normal, telles que cela a été mis en évidence après 24 heures
par item (Item-Specific Deficit Approach [26,38]). Ces indices dans d’autres paradigmes expérimentaux [41]. Nos résultats
présentent l’intérêt de fournir des indicateurs cliniques renforcent donc l’idée selon laquelle il ne faut pas négliger les
spécifiques aux processus d’encodage, de consolidation et effets de contexte, d’une part, et l’importance de bénéficier de
de récupération. En effet, nous avons montré que chez les données normatives précises sur la consolidation en mémoire
participants sains les indices d’encodage et de consolidation afin de départager les effets du vieillissement normal de ceux
sont très faibles, voire égal à zéro dans la plupart des cas (pour liés à la présence d’une maladie d’Alzheimer au stade
rappel, plus le score est proche de 0 et plus le processus est débutant.
fonctionnel). Cela démontre que chaque item est toujours Une question que l’on peut également se poser concerne les
rappelé au moins une fois au cours des essais d’apprentissage, éventuels biais de recrutement liés à notre échantillon. Un
et que rares sont les items qui ne montrent pas de signes de premier biais pourrait être lié au degré de motivation des
consolidation chez les participants sains. De plus, nous avons participants de notre échantillon, que l’on peut supposer plus
montré que les indices de récupération sont très élevés, y élevé que celui de la population générale, de part le fait que nos
compris pour les rappels différés, ce qui confirme la grande participants ont accepté de participer à une étude. Un second
efficacité de l’indiçage sémantique chez les participants âgés biais pourrait être lié au fait qu’afin de créer un échantillon
sains [22]. représentatif d’une population âgée saine d’un point de vue
Notons encore que, d’un point de vue écologique, il est cognitif et psychiatrique, nous avons écarté les sujets
intéressant de demander, lors du rappel après 24 h, si le présentant un score trop faible à la MoCA ou trop élevé à la
patient se souvient de la séance précédente, c’est-à-dire de GDS. Une critique face à ce type d’approche consiste à affirmer
l’épisode d’apprentissage. En particulier, se souvient-il du que notre échantillon n’est pas réellement représentatif de la
contexte de la séance durant laquelle a eu lieu l’apprentissage population âgée générale, mais plutôt d’une partie de la
lorsqu’il tente de récupérer les mots en mémoire ? La qualité population, celle qui ne présente aucun symptôme psychia-
de sa réponse fournira un indice supplémentaire qualitatif sur trique ni neurologique. En effet, étant donné la prévalence des
le fonctionnement de sa mémoire épisodique. Dans cette symptômes dépressifs et des troubles cognitifs dans la
étude, nous n’avons toutefois pas récolté de données à ce population générale âgée [42,43], notre échantillon pourrait
sujet. ne pas être représentatif de la majorité des personnes âgées
864 revue neurologique 171 (2015) 853–865

dans la population générale. Toutefois, si nous avons eu [4] Petersen RC, Smith GE, Ivnik RJ, Kokmen E, Tangalos EG.
recours à ces critères en vue d’évaluer des sujets « sains » et Memory function in very early Alzheimer’s disease.
Neurology 1994;44:867–72.
non déments afin de pouvoir récolter des données normatives
[5] Greenaway MC, Lacritz LH, Binegar D, Weiner MF, Lipton A,
(par définition, représentant la population « normale » et non
Munro Cullum C. Patterns of verbal memory performance
« pathologique »), nous les avons établis suffisamment larges, in mild cognitive impairment, Alzheimer disease, and
avec des scores à la GDS allant jusqu’à 7/15 [30] et des scores à normal aging. Cogn Behav Neurol 2006;19:79–84.
la MoCA allant jusqu’à 22/30 pour les sujets n’ayant pas réalisé [6] Nestor PJ, Scheltens P, Hodges JR. Advances in the
d’études supérieures [29], de sorte que l’échantillon de sujets early detection of Alzheimer’s disease. Nat Med
sains recrutés ne se situe pas dans la seule limite supérieure de 2004;10:34–41.
[7] Adam S, Van der Linden M, Ivanoiu A, Juillerat AC, Bechet S,
la population normale.
Salmon E. Optimization of encoding specificity for the
Les données normatives récoltées avec la GERIA-12 confir- diagnosis of early AD: the RI-48 task. J Clin Exp
ment donc deux points cruciaux déjà établis dans la littérature Neuropsychol 2007;29(5):477–87.
avec d’autres tâches et notamment la RL/RI-16 items : [8] Grober E, Buschke H, Crystal H, Bang S, Dresner R.
l’efficacité de l’indiçage sémantique et la stabilité du rappel Screening for dementia by memory testing. Neurology
différé dans le vieillissement normal [1,4,5,7,9,22]. L’étape 1988;38(6):900–3.
[9] Ivanoiu A, Adam S, Van der Linden M, Salmon E, Juillerat
suivante sera d’évaluer la sensibilité et la spécificité de la
AC, Mulligan R, et al. Memory evaluation with a new cued
GERIA-12, c’est-à-dire de déterminer dans quelle mesure notre
recall test in patients with mild cognitive impairment and
tâche permet de différencier des personnes âgées saines de Alzheimer’s disease. J Neurol 2005;252:47–55.
personnes âgées présentant un risque accru de développer [10] Lemos R, Duro D, Simoes MR, Santana I. The Free and Cued
une maladie d’Alzheimer, et de déterminer quelles sont les Selective Reminding Test: distinguishes frontotemporal
mesures les plus pertinentes pour y parvenir. Une autre dementia from Alzheimer’s disease. Arch Clin
perspective intéressante serait de coupler cette tâche avec des Neuropsychol 2014;29(7):670–9.
[11] Pasquier F, Grymonprez L, Lebert F, Van der Linden M.
mesures écologiques, afin de pouvoir mettre en parallèle les
Memory impairment differs in frontotemporal dementia
difficultés observées en situation d’évaluation avec celles
and Alzheimer’s disease. Neurocase 2001;7:161–71.
observées dans des situations plus proches du quotidien des [12] Pillon B, Deweer B, Agid Y, Dubois B. Explicit memory in
patients. Alzheimer’s, Huntington’s, and Parkinson’s diseases. Arch
Ce nouvel outil d’évaluation offre donc l’avantage d’être Neurol 1993;50:374–9.
facile d’utilisation en consultation avec des personnes âgées. [13] Welsh K, Butters N, Hugues J, Mohs R, Heyman A. Detection
Son originalité est liée à son étalonnage précis et complet dans of abnormal memory decline in mild cases of Alzheimer’s
disease using CERAD neuropsychological measures. Arch
une population âgée saine, ainsi qu’à différentes mesures
Neurol 1991;48:278–81.
innovantes en termes de consolidation : un rappel différé [14] de Rotrou J, Battal-Merlet L, Wenisch E, Chausson C, Bizet E,
après 24 h et le calcul d’indices de consolidation après Dray F, et al. Relevance of 10-min delayed recall in
différents délais. Il est toutefois important de rappeler que dementia screening. Eur J Neurol 2007;14:144–9.
le profil de performance obtenu dans une tâche de mémoire [15] McDermott AT, DeFilippis NA. Are the indices of the RBANS
épisodique verbale permet de fournir des hypothèses quant au sufficient for differentiating Alzheimer’s disease and
subcortical vascular dementia? Arch Clin Neuropsychol
diagnostic de maladie d’Alzheimer, mais qu’il ne permet pas à
2010;25:327–34.
lui seul de conclure à la présence de cette maladie. Chaque
[16] Dierckx E, Engelborghs S, De Raedt R, De Deyn PP,
profil de performance doit en effet être interprété en tenant D’Haenens E, Verté D, et al. The 10-word learning task in
compte du patient dans sa globalité (histoire de vie, éléments the differential diagnosis of early Alzheimer’s disease and
médicaux, psychologiques, etc.). elderly depression: a cross-sectional pilot study. Aging
Ment Health 2011;15(1):113–21.
[17] Chen P, Ratcliff G, Belle SH, Cauley JA, DeKosky ST, Ganguli
Déclaration d’intérêts M. Cognitive tests that best discriminate between
presymptomatic AD and those who remain nondemented.
Neurology 2000;55:1847–53.
Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en [18] Dewar M, Pesallaccia M, Cowan N, Provinciali L, Della Sala
relation avec cet article. S. Insights into spared memory capacity in amnestic MCI
and Alzheimer’s disease via minimal interference. Brain
Cogn 2012;78:189–99.
r é f é r e n c e s
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revue neurologique 171 (2015) 853–865 865

indicé à 16 items : normes en population générale chez des [33] Content A, Mousty P, Radeau M. BRULEX : une base de
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