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la source
suprême

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Publication initiale sous le titre La Suprema Sorgente, Casa Editrice
Astrolabio-Ubaldini, Rome, 1997
© 1999 Chögyal Namkhai Norbu et Adriano Clemente

Traduction de l’italien vers l’anglais par Andrew Lukianowicz


Traduction française par Thierry Jeanneret et Bruno Espaze à partir de l’édition
révisée et complétée The Supreme Source, The Fundamental Tantra of the
Dzogchen Semde, Sow Lion Publications, Ithaca, 1999 (N° IPC 151EN01)
Relecture Laurent Maurice

N° IPC 732FR12 – Version française approuvée par Bruno Espaze pour le


Comité International des Publications de la Communauté Dzogchen fondée par
Chögyal Namkhaï Norbu

© Communauté Dzogchen Internationale CDI Dejamling, 30570 Saint-André


de Majencoules, [email protected]

En couverture : Starnight in forest, iStock.com/AHMET

© 2022, Éditions Almora, une marque du groupe Guy Trédaniel


19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris
ISBN : 978-2-35118-510-0

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Chögyal Namkhai Norbu
Adriano Clemente

la source
suprême
Le tantra fondamental
du Dzogchen Semdé :
Künjé Gyalpo
collection dirigée par josé le roy

a
r
o
A l m

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Note des traducteurs

Pour rendre en français ce texte traduit du Tibétain par Adriano


Clemente, nous nous sommes appuyés principalement sur la tra-
duction de l’italien à l’anglais réalisée par Andrew Lukianowicz,
mais avons aussi fréquemment fait référence à la version origi-
nale italienne d’Adriano Clemente.
Nous avons choisi d’utiliser les termes français les plus
proches de ceux utilisés par Chögyal Namkhaï Norbu dans ses
enseignements oraux, qui sont aussi ceux que l’on retrouve dans
ses ouvrages déjà publiés en anglais, en italien ou en français.
Ainsi par exemple, nous avons utilisé « Illumination » de pré-
férence à « Eveil », « conscience » de préférence à « esprit » ou
dans certains contextes à « présence éveillée », et ainsi de suite.
Ces autres termes auraient également pu être utilisés, pour poin-
ter en direction de la même réalité à partir d’un contexte lexical
légèrement différent, mais il nous a semblé préférable de rester le
plus près possible du style et du vocabulaire de l’auteur.
Les traducteurs remercient chaleureusement Philippe Cornu
pour sa relecture, ses nombreuses et pertinentes suggestions et
toutes les améliorations qu’il a apportées à ce texte.
Les traducteurs remercient aussi David Espaze pour son aide
constante tout au long de ce travail de traduction.

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Table des matières

Avant-propos....................................................................... 13

Préface.................................................................................. 19

PREMIÈRE PARTIE

L’ORIGINE ET
LES ENSEIGNEMENTS
DU DZOGCHEN SEMDÉ

1. L’Origine du Dzogchen :
De l’Oḍḍiyāna au Tibet...............................................27
I. L’Origine de la Transmission du Dzogchen.................. 27
II. Les douze maîtres primordiaux.................................... 32
III. Garab Dorje................................................................ 40
IV. Mañjuśrīmitra.............................................................. 47
V. La Lignée des Maîtres de l’Oḑḑiyāna et de l’Inde....... 53
VI. Śri Siṃha.................................................................... 69
VII. Le traducteur tibétain Vairocana............................... 76

2. Le Dzogchen Semdé et le Tantra Künjé Gyalpo.....85


I. Les séries de la bodhicitta primordiale.......................... 85
II. Les écrits du Semdé .................................................... 92
III. Structure et contenu du Künjé Gyalpo........................ 96

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DEUXIÈME PARTIE

UNE INTRODUCTION
AU KÜNJÉ GYALPO

3. Les Principes fondamentaux


du Tantra et du Dzogchen...........................................117
I. Les Tantras Externes ou Inférieurs................................ 117
II. Les tantras internes ou supérieurs................................ 123
III. Le Dzogchen ou Atiyoga............................................ 126

4. Les Quatre-vingt-quatre Chapitres


du Künjé Gyalpo..........................................................135

TROISIÈME PARTIE

LE KÜNJÉ GYALPO
Note sur la méthode de traduction.................................... 191

5. Le Tantra Racine......................................................195
I. Les Enseignements sur la Manifestation Primordiale... 195
II. Les enseignements qui dévoilent la nature véritable... 218
III. Les Enseignements au-delà de la cause et de l’effet... 228
IV. Les Enseignements sur la perfection non agissante ... 253
V. Les enseignements qui établissent la connaissance...... 267
VI. Les enseignements conclusifs..................................... 280

6. Le Tantra Suivant :
Les Enseignements sur la Compréhension................293
I. Introduction................................................................... 293
II. Comprendre la véritable signification des dix natures... 294
III. Conclusion.................................................................. 309

10

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7. Le Tantra Final :
Les Enseignements sur la Méditation........................311
I. Introduction................................................................... 311
II. L’état de non-méditation des dix natures..................... 313
III. Conclusion.................................................................. 330

Épilogue :
De la Nature de Samantabhadra................................335

ANNEXES
A) Enseignements que Vairocana a reçus de Śri Siṃha... 344
B) Les premiers enseignements traduits par
Vairocana au Tibet à son retour d’Oḑḑiyāna .................... 351
C) Les Enseignements transmis par Vairocana à
rGyal mo g.Yu sgra snying po............................................. 352

Bibliographie des ouvrages tibétains


et occidentaux ..............................................................367
Ouvrages tibétains............................................................ 367
Ouvrages occidentaux....................................................... 370

Index .............................................................................373

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En lisant le Künjé Gyalpo vous rencontrerez souvent le mot
« Je ». « Je » suis la nature de tous les phénomènes, « Je » suis
la racine de l’existence, et ainsi de suite. Ce « Je » est votre véri-
table état : le Bouddha primordial, la suprême source de manifes-
tations. Essayez de comprendre la signification du Kunjé Gyalpo
en lisant ce livre à la lumière de cette clarification.
Chögyal Namkhai Norbu

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AVANT-PROPOS

Le Künjé Gyalpo (tib. Kun byed rgyal po)1 peut être considéré
comme le tantra fondamental du Dzogchen, un enseignement qui
d’après la tradition a été transmis depuis plus de deux mille ans
de maître à disciples. Son but est d’éveiller chaque individu à sa
véritable nature : l’état primordial d’Illumination, qui peut être
comparé à un miroir à la surface duquel la multiplicité des phéno-
mènes de l’existence est réfléchie. Introduire cette connaissance
est la tâche de l’enseignant, alors que la comprendre profondé-
ment et l’intégrer dans sa propre existence est la tâche du dis-
ciple : c’est seulement lorsque ceci a été accompli que les textes
traditionnels deviennent des mots vivants, de précieux repères au
long du voyage intemporel vers la source suprême.
En fait, le Dzogchen peut être considéré comme le sommet
non seulement de tous les chemins bouddhistes de réalisation,
comme ceci a souvent été affirmé par les enseignants tibétains,
mais aussi celui des diverses méthodes spirituelles et enseigne-
ments des autres traditions. Le but de chaque voie, directement
ou indirectement, est de surmonter la condition dualiste afin d’at-
teindre l’ineffable dimension de l’absolu : cette dimension est
précisément l’état primordial que l’authentique maître Dzogchen
présente au disciple.

1. Pour les termes tibétains un système de transcription phonétique


adapté a été utilisé dans lequel, en gros, u = ou, ü = u, o = o, ö = eu. Dans
les notes et parenthèses (à l’exception des termes les plus communément
utilisés) la translittération scientifique Wylie a été utilisée. La translittération
Wylie de la plupart des termes a aussi été donnée dans l’index à la fin de
ce livre.

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Avant-propos

C’est ce fait qui m’a incité à rendre disponible aux lecteurs


intéressés par la quête spirituelle en général et par le bouddhisme
tibétain en particulier, bien que non dans son intégralité, un texte
de base du Dzogchen : le Künjé Gyalpo, ou Roi Créant Tout. Tra-
duit comme « Source Suprême » dans le présent ouvrage, c’est
un tantra dont le titre exprime simultanément la signification de
l’enseignant, de l’état primordial communiqué par l’enseignant
au disciple, et de la connaissance qui s’épanouit en ce dernier.
Le choix de ce texte, qui dans cette version provient du huitième
siècle mais dont l’origine peut être bien plus ancienne, est aussi
dû à son message universel, qui le classe parmi les plus grands
écrits spirituels de tous les âges, comparable à des classiques tels
que la Bhagavad Gitā.
Le présent ouvrage est structuré en trois parties. La première
partie décrit l’origine et les principes de base du Dzogchen défi-
nis dans les textes traditionnels du Dzogchen Semdé, dont le
Künjé Gyalpo est l’écrit fondamental. Une large part du maté-
riel est tirée du Bairo Drabak (Bai ro ‘dra ‘bag), la biographie
du grand maître et traducteur tibétain Vairocana, qui introduisit
les séries du Semdé et du Longdé du Dzogchen de l’Inde et de
l’Oḍḍiyāna au Tibet au viiie siècle. En fait, les cinq premiers cha-
pitres de cette biographie constituent une véritable histoire des
origines du Dzogchen.
La seconde partie de cet ouvrage consiste exclusivement
en enseignements oraux donnés par Chögyal Namkhai Norbu :
une brève introduction aux aspects fondamentaux du Tantra1 et
du Dzogchen, suivie d’un exposé succinct des points les plus
saillants de chacun des quatre-vingt-quatre chapitres du Künjé
Gyalpo. Ces enseignements ont été donnés par Chögyal Namkhai
Norbu en Sardaigne à la fin de 1977 et au début de 1978, lors-
qu’il donna la transmission et un commentaire oral de ce tantra.
Nous conseillons aux lecteurs qui ne sont pas familiers avec le
bouddhisme tibétain de lire d’abord le chapitre sur les principes

1. Lorsque son initiale est majuscule, le terme Tantra note la totalité du


système caractéristique de ces enseignements.

14

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Avant-propos

fondamentaux du Tantra et du Dzogchen. Il serait cependant


utile aux lecteurs d’avoir au moins une connaissance générale du
bouddhisme du Mahāyāna et du bouddhisme ancien (Hīnayāna).
La troisième et dernière partie contient des extraits du Künjé
Gyalpo, sélectionnés pour permettre aux lecteurs d’approcher le
message extraordinaire de ce texte tout en évitant de les plonger
dans des détails qui sont difficiles à comprendre sans une cer-
taine connaissance des divers aspects des tantras et des sūtras.
Le Künjé Gyalpo est un texte dédié en priorité au bénéfice
des pratiquants bouddhistes, et conséquemment son langage et sa
terminologie sont largement ceux du bouddhisme tantrique et des
sūtras. Il est important de garder ceci à l’esprit en lisant ce texte.
Dans toutes les traditions gnostiques, l’absolu est l’équiva-
lent de l’ineffable, de ce qui transcende les mots et la pensée.
Par exemple, une invocation fameuse de Jigmé Lingpa dit que :
« même la langue du Bouddha est faible pour expliquer ce point
[c’est-à-dire la nature absolue]1 » — ce qui ne signifie cependant
pas que les mots n’ont pas de valeur. Depuis les temps anciens, la
connaissance du Dzogchen a été communiquée au moyen de trois
types de transmissions : directe, c’est-à-dire d’esprit à esprit ;
symbolique, par l’usage de postures, d’objets, ou d’énigmes ; et
orale, par l’explication orale. Nubchen Sangyé Yéshé, l’un des
premiers maîtres tibétains du Dzogchen, écrit : « De même que
pour trouver de l’or dans le noir nous avons besoin d’une lampe,
pour découvrir la véritable signification [de l’absolu] dans notre
propre esprit et pour cultiver cette reconnaissance, nous avons
besoin de la lampe des mots et des écritures pour nous éclai-
rer... » Et il est dit dans Le Pic Suprême2 : « La lampe des noms et
des mots illumine l’or de la véritable signification ».

1. Extrait du gZhi lam ‘bras bu’i smon lam (p. 445.5), du cycle des
enseignements du Klong chen snying thig, un gter ma de ‘Jigs med gling pa
(1730-1798) ; note bibliographique n° 25.
2. Du bSam gtan mig sgron, de gNubs chen sangs rgyas ye shes
(neuvième siècle), Bibliographie n° 33, p13.3. Le Pic Suprême (rTse mo
byung rgyal) est l’un des textes fondamentaux du rDzogs chen sems sde.

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Ce travail est dédié à la diffusion des enseignements Dzo-
gchen en Occident, avec l’espoir que les générations futures, elles
aussi, auront la bonne fortune de rencontrer une source vivante
de la connaissance comme le maître Chögyal Namkhai Norbu
— le véritable Künjé Gyalpo — l’a été et l’est encore pour moi.

Adriano Clemente
Juin 1996

L’édition anglaise ayant servi de base à cette traduction de


La Source Suprême a été révisée et partiellement augmentée par
rapport à l’édition originale italienne publiée en 1997.

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Chögyal Namkhai Norbu

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PRÉFACE

Les écrits fondamentaux des enseignements Dzogchen sont


divisés en trois catégories, nommées gyü, lung et men ngag.
Les gyü, ou tantras, sont des textes qui expliquent le principe
fondamental de l’enseignement de la « complète perfection pri-
mordiale » ou Ati Dzogpa Chenpo dans son entièreté, présentant
complètement les trois points-clés de la base, de la voie et du
fruit.
Les lung1 peuvent être une partie d’un tantra, résumant son
point essentiel, ou mettant l’accent ou clarifiant un aspect spéci-
fique en relation avec la base, la voie ou le fruit.
Les men ngak ou upadeśa sont des extraits contenant des ins-
tructions spéciales de pratiques liées à des points spécifiques de
la Base, de la Voie ou du Fruit de l’Ati Dzogpa Chenpo, sous une
forme approfondie ou concise, mais ils peuvent aussi être des
textes d’instructions dérivés de l’expérience personnelle d’ensei-
gnants réalisés, écrits expressément pour le bénéfice des généra-
tions futures et marqués par le sceau du secret.
La signification du terme « tantra » est « continuité » ou « sans
interruption », et se réfère à la condition de notre état primordial :
potentialité infinie et manifestation ininterrompue de son éner-
gie. Les tantras sont appelés ainsi car leur fonction expresse est
de nous permettre, directement ou indirectement, de comprendre
clairement l’état naturel.

1. En dehors du contexte du rDzogs chen le terme lung indique une


citation d’un écrit important. Son équivalent sanskrit correspondant à la
signification de « tradition », semble être āgama.

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Préface

Tous les tantras principaux furent révélés dans une dimension


pure précise, dans une ère particulière ou kalpa, par une mani-
festation spécifique du saṃbhogakāya se manifestant comme
le maître qui transmit les enseignements appropriés aux divers
vidyādharas et siddhas des trois niveaux finaux de réalisation
(bhūmi), présents à cette occasion comme disciples1.
Pour ce qui concerne le Kunjé Gyalpo en particulier, les écrits
dzogchen rapportent que dans un endroit appelé « La Matrice de
Conception » (Chags ‘byung mngal gnas), à l’époque où la durée
moyenne de la vie humaine était de quatre-vingt mille ans, le maître
Zhönnu Rölpa Nampar Tséwa transmit à environ mille disciples
non-humains yakṣas et rākṣasas les enseignements essentiels des
cinq tantras racine (rtsa rgyud), incluant le Kunjé Gyalpo, et des
six tantras secondaires (yan lag gi rgyud)2 du Dzogchen Semdé.
Ainsi, nous pouvons déduire que ces enseignements constituent la
base de l’Ati Dzogpa Chenpo dans les âges lointains.
Les cinq tantras-racine du Dzogchen Semdé ont été classés
de plusieurs manières, mais en examinant le contenu des divers
tantras, la liste qui semble correspondre au plus près à l’impor-
tance de leur contenu est la suivante :
1. Le Tantra de la Bodhicitta qui est le Roi Créateur de
Tout (Byang chub kyi sems kun byed rgyal po’i rgyud).
2. Le Tantra nommé « La Roue Secrète qui Triomphe des
Concepts » (La zlo gsang ba’i ‘khor lo zhes bya ba’i rgyud).
3. Le Grand Tantra de Vajrasattva qui égale les limites de
l’Espace (rDo rje sems dpa’ nam mkha’i mtha’ dang mnyam
pa’i rgyud chen po).

1. Les trois niveaux finaux des dix bhūmis de la voie du Mahāyāna sont
connus comme « les trois niveaux purs » (dag pa sa gsum). Les Bodhisattvas
à ces trois niveaux sont capables de percevoir la dimension pure du
saṃbhogakāya. Les vidyādhara, ou rig ‘dzin, sont des êtres qui ont atteint la
réalisation par la pratique du Tantra et en particulier du rDzogs chen.
2. D’après d’autres sources le Kun byed rgyal po fut aussi enseigné par
un autre des douze maîtres primordiaux, brTse bas rol pa’i blo gros. Voir
Chapitre 1, section II.

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Préface

4. Le Tantra de l’Espace Total de Vajrasattva (rDo rje sems


dpa’ nam mkha’ che’i rgyud ces bya ba).
5. Le Tantra Suprême de la Dimension de la Complète Per-
fection de la Bodhicitta qui égale l’Espace (Byang chub kyi
sems rdzogs pa chen po mkha’ mnyam klong gi rgyud kyi
rgyal po zhes bya ba)1.

Pour chaque tantra-racine on compte six tantras secondaires


qui sont étroitement liés à son contenu, puis d’autres tantras sub-
sidiaires dépendent à leur tour de chacun de ces tantras secon-
daires. Comme il contient dans son entièreté le contenu de cha-
cun des cinq tantras racine du Semdé et en conséquence constitue
leur base, le Künjé Gyalpo a été considéré par tous les grands
maîtres Dzogchen comme le tantra principal du Semdé.
Analysons la signification du nom Künjé Gyalpo. La tra-
duction littérale, « Le Roi qui crée tout », est en réalité syno-
nyme de « Samantabhadra2 », un terme largement utilisé dans
les enseignements Dzogchen. Le premier mot, Künjé (tib. kun
byed) « créant-tout » ou « faisant-tout » pourrait faire penser à
un créateur universel, une entité qui génère le monde par un acte
de volonté ; il ne doit cependant absolument pas être interprété
de cette manière. Sa véritable signification désigne notre état pri-
mordial, qui par sa propre nature contient toutes les qualités de
l’autoperfection ainsi que la capacité de les manifester sans avoir
à les créer et sans dépendre d’aucun effort. Pensez à un miroir :
la capacité de réflexion est une qualité naturelle du miroir lui-
même, et c’est seulement grâce à cette condition que diverses
images peuvent sans interruption apparaître à sa surface.

1. Dans l’édition mTshams brag du rNying ma rgyud ‘bum, publiée à


Thimpu en 1982, respectivement vol. Ka, pp. 1-262 ; vol. Ka, pp. 262-288 ;
vol. Kha, pp. 1-278 ; vol. Ga, pp. 165-191 ; vol. Ga, pp. 191-355.
2. Littéralement Samantabhadra, en tibétain Kun tu bzang po, signifie
« toujours bon » ou « bon en toutes circonstances ». Représenté comme
un Bouddha nu, sans ornement, bleu ciel, il représente l’état primordial
dharmakāya présent dans tous les êtres.

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Préface

À un niveau plus profond, la véritable signification du terme


kün (tib. kun), qui signifie « tout », est la vacuité, dans la mesure
où la nature ultime de tous les phénomènes est la condition de
pureté originelle (ka dag), ou vacuité. Jé (tib. byed), un verbe qui
signifie « faire » ou « agir », fait référence à l’énergie naturelle
de la vacuité qui, étant intrinsèquement douée de mouvement et
d’action, se manifeste comme clarté (gsal ba), vision (snang ba),
et pure présence instantanée (rig pa). Les deux syllabes qui com-
posent le mot « künjé » signifient ainsi directement ces principes
caractéristiques fréquemment indiqués dans le Vajrayāna1 par les
expressions « clarté et vacuité » (gsal stong), « vision et vacuité »
(snang stong), « béatitude et vacuité » (bde stong), et « présence
et vacuité » (rig stong).
Le terme gyalpo (Tib. rgyal po) ou « roi », est utilisé pour désigner
les tantras principaux ou ceux qui exposent des enseignements plus
élevés que ceux d’autres tantras. Il exprime le principe de connais-
sance qui correspond à la perfection totale de l’état primordial ou
Ati Dzogpa Chenpo : notre condition authentique et originelle.
En conclusion, comme ce tantra révèle la nature de Künjé
Gyalpo, la condition de l’état primordial, et indique dans son
intégralité la voie ou la manière de la réaliser, il forme non seu-
lement la base et la racine des enseignements Dzogchen mais
présente aussi le but final de tous les chemins de réalisation.
Pour ces raisons, ceux qui ont l’opportunité d’étudier et de
réfléchir à ce tantra-racine du Semdé et d’appliquer parfaitement
le principe de connaissance qu’il expose n’ont besoin de rien
d’autre. Cependant, dans le cas où ce n’est pas possible, alors
comprendre juste une partie de ce texte nous guidera sûrement
vers la connaissance authentique de l’Ati Dzogpa Chenpo, et en
conséquence sera d’un immense bénéfice.

1. Le Vajrayāna, ou véhicule « vajra », désigne les enseignements


tantriques, tout comme le font ses synonymes Mantrayāna et
Guhyamantrayāna. Dans les enseignements tantriques le vajra, un terme
qui désigne aussi un objet rituel caractéristique, représente l’état primordial
indestructible du Corps, Voix et Esprit.

22

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Préface

Il y a quelques années, pour le bénéfice de quelques étudiants


qui montraient un grand intérêt pour le contenu de ce tantra, j’en
donnai des explications orales, en insistant sur ses points princi-
paux. Mon élève Adriano Clemente qui a étudié avec moi depuis
longtemps et a maintenant acquis une bonne part d’expérience,
les a rassemblées et les a éditées sous la forme sous laquelle elles
sont présentées dans ce livre. Je suis certain qu’elles serviront
à ouvrir les yeux de tous ceux qui désirent découvrir l’état de
connaissance de Künjé Gyalpo, et j’espère que cela pourra vrai-
ment se réaliser.

Chögyal Namkhai Norbu,


Décembre 1995

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PREMIÈRE PARTIE

L’ORIGINE ET
LES ENSEIGNEMENTS
DU DZOGCHEN SEMDÉ

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Samantabhadra-Künjé Gyalpo au-dessus de
Vajrasattva-Sattvavajra
Dessin de Glen Eddy

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1. L’ORIGINE DU DZOGCHEN :

DE L’OḌḌIYĀNA AU TIBET

I. L’ORIGINE DE LA TRANSMISSION DU
DZOGCHEN

Dzogchen, une abréviation de Dzogpa Chenpo, est un terme


tibétain qui signifie achèvement complet, ou perfection : l’état
originel ou vraie condition de tout être vivant, qu’il en soit
conscient ou non. Dzogchen est un des divers noms, et actuelle-
ment le plus connu avec Atiyoga, ou « yoga de la connaissance
primordiale » (gdod ma’i rnal ‘byor), d’un très ancien enseigne-
ment qui communique clairement et directement la nature de cet
état originel. L’examen de la littérature disponible actuellement
en tibétain révèle que les enseignements Dzogchen existaient
au Tibet dès au moins le huitième siècle dans chacune des deux
grandes traditions religieuses : le bouddhisme et le bön. Le Dzo-
gchen de la tradition bouddhiste découle du maître Garab Dorje
de l’Oḍḍiyāna, une région que beaucoup d’érudits ont identifiée
comme la vallée de Swat au Pakistan, alors un centre bouddhiste
florissant. Les tantras et enseignements Dzogchen qu’il transmit
furent ensuite introduits au Tibet lors de la première expansion
du bouddhisme au huitième siècle, et ils font encore partie du
canon de la tradition Nyingma ou « ancienne », le Nyingma Gyüd
Bum. Le bön, quant à lui, existait déjà plusieurs siècles avant l’in-
troduction du bouddhisme. Bien que cette tradition affirme que
son fondateur Shenrab Miwoche, qui vécut probablement bien

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L’origine et les enseignements du Dzogchen Semdé

avant Garab Dorje, transmit les premiers enseignements Dzo-


gchen, comme il n’existe aucun document écrit d’une antiquité
suffisante il est difficile d’établir l’antériorité chronologique des
écrits Dzogchen du bön ou du bouddhisme1. Quoi qu’il en soit,
l’étude des écritures, la transmission des enseignements et la réa-
lisation de la pratique ont perduré jusqu’à ce jour dans les deux
traditions. Passée cette brève mention, nous laisserons de côté
le Dzogchen bön pour focaliser notre attention sur l’origine du
Dzogchen telle que transmise dans la tradition bouddhiste.
Les textes tibétains qui racontent l’histoire de l’enseignement
Dzogchen décrivent une tripartition dans son mode de trans-
mission : la transmission directe (dgongs brgyud), la transmis-
sion symbolique (brda brgyud), et la transmission orale (snyan
brgyud), liées respectivement aux trois kāyas, ou dimensions
fondamentales de l’existence. Celles-ci sont le dharmakāya, ou
dimension de l’essence, le saṃbhogakāya, ou dimension de la
jouissance parfaite et le nirmāṇakāya, ou dimension de la mani-
festation. Sous-tendant ces modes, et en particulier la transmis-
sion directe, existe la notion d’une réalité absolue présente en
tout être d’où est issue toute la manifestation du saṃsāra et du
nirvāṇa. À ce sujet, dans un travail sur l’origine du Dzogchen,
Chögyal Namkhai Norbu écrivait :
La sagesse auto-émergente, l’essence de tous les Bouddhas,
pré-existe à la division du saṃsāra et du nirvāṇa et est au-delà
des limites de la transmigration et de la libération. Comme elle
transcende les quatre limites conceptuelles2 et qu’elle est intrin-
sèquement pure, la condition originelle est la nature non-créée
de l’existence qui a toujours existé, la nature ultime de tous les

1. La tradition la plus ancienne du Dzogchen Bön est contenue dans


le cycle du Zhang zhung snyan brgyud, la Transmission Orale du Zhang
Zhung révélée par Tapihritsa et transcrite par sNang bzher lod po autour
du huitième siècle. Voir Drung, Deu & Bön, Chögyal Namkhai Norbu,
Dharamsala 1995, Chap. 15 Section 11.
2. Les quatre limites conceptuelles (mu bzhi) désignent le dualisme de
« la naissance et la cessation », de « l’éternité et le néant », de « l’être et le
non-être » et de « la vision et la vacuité ».

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1. L’origine du Dzogchen : de l’Oḍḍiyāna au Tibet

phénomènes. Elle ne peut pas être identifiée à une substance


stable et éternelle permettant l’assertion « C’est ainsi ! » et est
absolument libre de tous les défauts de la pensée dualiste, qui
n’est capable que de se référer à un objet autre qu’elle-même.
On l’a nommée l’ineffable et inconcevable « base de la pureté
primordiale » (ye thog ka dag gi gzhi), au-delà des limites
conceptuelles de l’être et du non-être. Comme son essence est
la pureté de la vacuité originelle, elle transcende les limites
inhérentes à une substance éternelle : elle n’a rien de concret ni
aucune caractéristique spécifique à montrer. Comme sa nature
est l’autoperfection, elle transcende la limite de la non-existence
et du non-être : la clarté de la lumière est la pure nature de la
vacuité. Ainsi, cette condition naturelle d’Illumination primor-
diale, qui est l’état immuable du dharmakāya, n’implique pas la
subdivision en saṃsāra et nirvāṇa. La sagesse auto-émergente,
originellement vide, est dans une condition similaire à l’espace,
et elle est infuse en tous les êtres sans distinction, du glorieux
Samantabhadra au plus petit insecte accroché à un brin d’herbe.
Pour cette raison, l’état complet du dharmakāya, l’aspect indis-
sociable des deux vérités, absolue et relative, est appelé « le
Bouddha primordial ».
Bien que dans la condition de la base il n’y ait aucune sépa-
ration ou dualité entre le saṃsāra et le nirvāṇa, lorsque son
énergie primordiale se manifeste, elle devient la fondation com-
mune de la libération et de l’illusion. En conséquence, en accord
avec l’apparence qu’elle revêt, elle est désignée comme saṃsāra
ou nirvāṇa, tout comme un récipient peut, bien qu’il n’ait pas de
nom, être désigné de différentes manières selon la langue que
l’on parle1.
Mais alors, on peut s’interroger : comment le saṃsāra appa-
raît-il ? Comment entrons-nous dans la vision dualiste, cause de
la transmigration ? Le texte continue en expliquant que :
Si, au moment où l’énergie de la base se manifeste, on ne la
considère pas comme quelque chose autre que soi-même et que l’on

1. Lhun grub rdzogs pa chen po’i ston pa dang bstan pa’i byung tshul
brjod pa’i gtam nor bu’i phreng ba, MS, Bibliographie n° 34, pp. 11.7-17.1

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L’origine et les enseignements du Dzogchen Semdé

reconnaît son propre état comme l’indivisibilité de l’essence, de la


nature et du potentiel de l’énergie, le mouvement de l’énergie s’au-
tolibère... En comprenant l’essence qui est la véritable nature de l’Il-
lumination primordiale, on se trouve toujours dans cet état : ceci est
appelé « Samantabhadra » ou « lumière immuable » (‘od mi ‘gyur),
qui lui-même est le « Seigneur Primordial » (gdod ma’i mgon po)
parfait dans sa condition originelle... Sans couleur ni forme, au-delà
des limites de taille, et transcendant la dualité de la demeure et
de qui l’habite, elle est la nature immuable du quatrième temps,
au-delà du passé, du présent et du futur, l’espace infini de l’autoper-
fection paré des cinq conditions parfaites pour la transmission de la
connaissance jusqu’à la fin des temps1. C’est la pure dimension du
dharmakāya, l’essence du vajra de claire lumière, qui contient aussi
les dimensions du saṃbhogakāya et du nirmāṇakāya2.
Comme mentionné, le principe des trois transmissions est
étroitement relié aux trois dimensions, ou kāyas, de l’état d’Illu-
mination. En fait, comme souvent expliqué dans le Künjé Gyalpo,
c’est de ces trois dimensions que les divers types d’enseignement
émergent en accord avec les diverses capacités des êtres. En par-
ticulier, une explication dit que les trois séries des tantras internes
viennent du dharmakāya, les trois séries des tantras externes du
saṃbhogakāya, et que les enseignements des sūtras du Mahāyāna
et du Hinayāna proviennent du nirmāṇakāya.
Par exemple, une Histoire du Dharma attribuée à Longchenpa3
dit :
Comment la nature fondamentale se manifeste-t-elle comme pure
dimension et comme un maître pour aider les êtres ? Puisqu’ils ne

1. Les cinq conditions parfaites (phun sum tshogs pa lnga) sont le


maître, l’enseignement, l’assemblée, le lieu et le temps. Elles sont aussi
appelées les « cinq certitudes » (nges pa lnga) du saṃbhogakāya.
2. Bibliographie n° 34, pp. 21.5-23.6.
3. Le colophon du Klong chen chos ‘byung, dont le titre original est
Chos ‘byung rin po che’i gter mdzod bstan pa gsal bar byed pa’i nyi ‘od,
écrit en 1362, porte le nom de rGyal sras Thugs mchog rtsal, identifié par
certains, notamment ‘Jigs med gling pa, comme Klong chen pa. Nonobstant
cela, beaucoup d’érudits demeurent dans le doute quant à l’identité de
l’auteur de cet ouvrage.

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1. L’origine du Dzogchen : de l’Oḍḍiyāna au Tibet

comprennent pas la nature fondamentale en raison de l’ignorance et


des conceptions erronées, les êtres des trois mondes accumulent les
actions et les passions qui produisent divers types de souffrance. Les
Bouddhas qui, avec l’œil de l’omniscience, perçoivent la souffrance
endurée par tous les êtres comme une mère aimante perçoit celle de
son propre fils, les aident avec une grande compassion en manifestant
la dimension du corps, la sagesse qui réside en lui, et les activités béné-
fiques... [Le tantra] L’État Unifié de la Connaissance1 dit :
La sagesse des Tathāgatas apprivoise les êtres par la compassion :
De l’aspiration altruiste des trois kāyas
Sont créées les trois pures dimensions des Illuminés.
La dimension du dharmakāya est comme l’espace,
Son nom est « qui est intimement présent en toute chose »,
Le maître est Samantabhadra,
Qui transmet l’enseignement par la dimension non-conceptuelle et
par les trois tantras internes.
Et de plus :
Dans le palais Akaniṣṭha2 du [Bouddha] Vairocana,
Comme un roi, le saṃbhogakāya enseigne aux bodhisattvas
Les trois séries des tantras externes : kriyā, ubhaya et yoga,
Au moyen des symboles de la manifestation qu’il a revêtue...
Et plus loin :
Au sud de Jambudvipa [notre monde], le nirmāṇakāya Śākyamuni
Endossa la forme d’un śravaka et enseigna à des disciples variés
Les trois sections des Sūtra, du Vinaya et de l’Abhidharma,
Transmettant l’enseignement par les trois véhicules analytiques3.

1. dGongs pa ‘dus pa, le texte fondamental de l’Anuyoga.


2. Akaniṣṭha, en tibétain ‘og min, « le plus élevé », désigne la dimension
pure où les enseignements tantriques ont leur origine. Les textes parlent de
différents types d’Akaniṣṭha liés à autant de niveaux de manifestation de
la sagesse.
3. Bibliographie n° 3, pp. 5-6. Les trois véhicules analytiques, ou
« véhicules de l’analyse des causes » (rgyu’i mtshan nyid kyi theg pa),
respectivement ceux des śrāvakas, des pratyekabuddhas (les deux du
Hinayāna) et ceux des Bodhisattvas (Mahāyāna), incluent les enseignements
des sūtras définis comme « analytiques » dans la mesure où ils cultivent
principalement une compréhension graduelle ou « conceptuelle » de

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L’origine et les enseignements du Dzogchen Semdé

Le Vairo Drabag, dont on pense qu’il relate une tradition


ancienne, parle de la transmission de l’enseignement par quatre
kāyas ou véhicules : svabhāvikakāya, ou dimension de la nature
fondamentale, dharmakāya, saṃbhogakāya, et le kāya, ou
dimension, secret (guhyakāya, gsang ba’i sku). Toutefois, cette
subdivision ne prend en considération que la transmission du
Tantra et des enseignements Dzogchen1.

II. LES DOUZE MAÎTRES PRIMORDIAUX

Les textes traditionnels affirment que la dissémination de


l’enseignement Dzogchen n’est pas limitée au monde humain.
Par exemple, le tantra Le Son Surpassant Tout (sGra thal ‘gyur)
explique qu’on le trouve dans pas moins de treize systèmes solaires
(thal ba) tout comme dans le nôtre, et décrit minutieusement,
bien que de manière cryptique, l’emplacement des ces mondes et
les caractéristiques des êtres qui les peuplent2. Par ailleurs, bien
mieux connue est la tradition qui dit que Garab Dorje fut pré-
cédé de douze maîtres (ston pa bcu gnyis), décrits dans les textes
comme les manifestations nirmāṇakāya du Bouddha primordial
Vajradhara3. Ils vécurent en différents temps et lieux, depuis
l’époque lointaine où la durée de vie moyenne était incalculable
(une sorte d’âge d’or mythique) jusqu’à l’apparition du Bouddha
Śākyamuni dans notre Kāliyuga. Bien qu’elles proviennent pro-
bablement d’une unique et ancienne tradition, parfois les listes

śūnyatā avant d’arriver à sa perception directe. La tradition chinoise Ch’an


et le Zen japonais sont des exceptions.
1. Voir Annexe I
2. Bibliographie n° 4, p. 22.3sqq.
3. Vajradhara (rDo rje ‘chang) représente le principe de l’état
d’Illumination, compris en particulier comme l’origine et l’unification des
« cinq familles de Bouddha ». Dans la tradition tantrique moderne il est
l’équivalent de Samantabhadra de l’ancienne tradition.

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