Réplique : L'Audition de Tony
Réplique : L'Audition de Tony
U N F I L M D’A N TO I N E G I O RG I N I
PRO D U I T PA R P R E M I È R E LI G N E
1. FORMULAIRE
2. SYNOPSIS
3. SCÉNARIO
4. INTENTIONS VISUELLES
7. NOTE DE LA PRODUCTRICE
8. CV DE L'AUTEUR-RÉALISATEUR
Support de tournage (ex : HD, 16, 35, 2k, 4k, DVCAM, Super 8…) : 4K
Auteur(s) du projet
Réalisation
Antoine Giorgini
Richard Rosefort
Aujourd'hui, Tony Frémeaux, 18 ans, doit passer une audition pour l'entrée au conservatoire, section art
dramatique. Mais son ami Steven, censé lui donner la réplique, n'est pas là. Après avoir échoué à lui trouver
un remplaçant, Tony quitte les lieux, déterminé à ne plus jamais adresser la parole au traître.
- du CNC ?
Fonds d’aide à l’innovation audiovisuelle (fiction / animation / documentaire) X non oui
Dispositif pour la CRéation Artistique Multimédia et numérique (DICRéAM) X non oui
Aide aux projets Nouveaux Médias X non oui
Aide pour les œuvres cinématographiques d’Outre-Mer X non oui
- du Groupe de Recherches et d’Essais Cinématographiques ? X non oui
- d’un atelier d’écriture ? X non oui :
- d’une collectivité locale ? non X oui :
* Aide à la production - CICLIC
* Aide à la production - Région Haute-Normandie
Déclare(nt) avoir pris connaissance des dispositions du décret du 24 février 1999 relatif au soutien financier
de l’industrie cinématographique et de l’arrêté du 22 mars 1999.
!
!
LIENS
Vous pouvez indiquer sur cette page des liens (youtube / viméo / dailymotion / etc.) vers
tout élément aidant à préciser l’expression visuelle choisie pour le projet (essais, film précédent, photos,
éléments graphiques, volumes, maquettes…)
Aujourd'hui, Tony Frémeaux (18), doit passer une audition pour l'entrée au
conservatoire, section art dramatique. Mais son ami Steven, censé lui donner la
réplique, n'est pas là. Après avoir échoué à lui trouver un remplaçant, Tony quitte les
lieux, déterminé à ne plus jamais adresser la parole au traître.
!
1 EXT. QUARTIER POPULAIRE DE TOURS - JOUR 1
TONY, 18 ans, sec et l’air nerveux, remonte à pieds une rue
d’un quartier populaire de Tours. Il porte des chaussures bas
de gamme cirées aux bouts pointus et une veste en skaï.
Il s'arrête devant une petite maison mitoyenne et basse, à la
façade abîmée, et frappe sèchement à la porte. Après quelques
secondes, UN HOMME, la quarantaine, l’air fantasque, un peu
anar, ouvre la porte.
L’HOMME
Salut.
TONY
Il est là Steven?
L’HOMME
J'sais pas.
(Il tourne la tête vers
l'intérieur de la maison,
portant la voix)
Il est là Steven?
VOIX DE FEMME
(off, de l’intérieur)
Nan.
L’HOMME
Nan.
TONY
Il est où?
L’HOMME
(tournant à nouveau la
tête en portant la voix)
Il est où?
VOIX
J'sais pas.
L’HOMME
J'sais pas.
TONY
Il a pas dormi ici?
L’HOMME
Si il est pas là c'matin, c'est que
non. Tu veux un café?
TONY
Hé Yacine!
YACINE
Salut.
TONY
Salut. Tu sais pas où il est
Steven?
YACINE
Nan… Il est pas chez lui?
Tony fait non de la tête.
YACINE (CONT’D)
Hier il a squatté un peu devant la
maison avec des potes et après il
est parti… Je sais pas où.
TONY
Il était avec qui?
YACINE
J’connaissais pas.
Tony est assis par terre contre un mur, dans une cour
intérieure pavée. Il tient son téléphone collé à l’oreille,
puis raccroche, n’ayant pu joindre son interlocuteur.
L’endroit est charmant, bien entretenu. Dans la cour, on voit
une dizaine de jeunes, filles et garçons, de 18 à 25 ans,
debout, assis sur des bancs ou par terre contre les murs.
Certains tiennent des livres entre leurs mains, récitant à
voix basse, d’autres déclament des tirades avec éloquence,
d’autres encore sont isolés, calmes et concentrés.
TONY
(marmonnant, à lui-même)
Putain t’es où, espèce d’enculé?
UNE VOIX
(toute douce)
Excuse-moi...
LUCIE
Merci, c'est cool.
TONY
Tu présentes quoi?
LUCIE
«Antigone» d’Anouilh.
TONY
Ouais j'connais. Et t'as pas de
réplique?
LUCIE
J'ai travaillé un monologue. Et
toi? C'est quoi?
TONY
(comme un mauvais présage)
Shakespeare... La Tempête. Tu
connais?
LUCIE
Non. Enfin je connais Shakespeare,
mais pas La Tempête. Ca parle de
quoi?
TONY
(préoccupé)
Ca parle de... Ca parle d’amour, et
de magie...
(s’interrompant soudain)
Tu t’appelles comment? Moi c’est
Tony.
LUCIE
Lucie.
4.
TONY
Hé, Lucie?
LUCIE
Oui?
TONY
(embarrassé)
Tu vois, j’ai un pote qui doit
arriver pour me donner la réplique
mais je sais pas ce qu’il fout, il
vient pas, j’avais rendez-vous avec
lui ce matin et... Même sur son
téléphone, je tombe sur son
répondeur.
LUCIE
Oh merde, c’est con ça.
TONY
A fond, ouais...
Un temps.
TONY (CONT’D)
Mais du coup je me disais que...
Peut-être tu... Au pire, ça te
dérangerait de me donner la
réplique?
LUCIE
Bah... je sais pas... J’ai pas
vraiment envie que le jury me voie
dans un autre rôle que celui que
j’ai travaillé, je suis désolée...
TONY
(insistant)
Ouais, je comprends, c’est
normal... Mais tu sais, vraiment,
c’est pas long, c’est quelques
phrases.
LUCIE
Ouais mais... Je suis assez
stressée en plus, désolée.
TONY
(insistant)
Tu vois on pourrait attendre que tu
soies passée et si tu le sens bien
pour toi, après tu me donnes la
réplique?
5.
LUCIE
S’il te plaît, arrête, franchement
j’ai pas envie.
Un temps. Tony le prend mal.
TONY
Mais putain ça fait quoi? C’est
juste 5 minutes avec le texte sous
les yeux, je suis dans la merde,
là!
LUCIE
Mais t’es relou, toi, sérieux! J’ai
pas envie! Je fais ce que je veux,
quand même!
TONY
(il l’imite avec une voix
criarde)
“Je fais ce que je veux, quand
même!” Pfff. Merci!
Dégoûtée, Lucie se lève et part s’installer ailleurs.
TONY (CONT’D)
C’est ça, bouge!
TONY
Aaaaahhh, espèce de gros bâtard!
TONY
Excusez-moi les gars, y a moyen
d’avoir un téléphone à prêter deux
secondes?
TONY (CONT’D)
C’est urgent en fait...
Vincent sort son beau smart phone mais Abdel lui murmure
rapidement quelque chose qui le dissuade de prêter l’appareil
à Tony.
TONY (CONT’D)
(agressif, à Abdel)
Pourquoi tu lui dis de l’ranger?!
Vas-y donne, je vais pas
l'chourrave.
VINCENT
Nan mais j’ai plus de crédit de
toute façon.
RÉPONDEUR STEVEN
Allô?... Allô!... Je t’ai bien
eu...
Tony fait d’immenses efforts pour ravaler sa rage.
TONY
Ouais c’est Tony. J’ai plus de
téléphone à cause de toi, je suis
au conservatoire, là, je t’attends
ici. Mais qu’est-ce que tu fous,
bordel?!
(MORE)
7.
TONY (CONT'D)
Ca fait deux heures, là, c’est
bientôt la fin ici! Sérieux...
Tony raccroche sans savoir quoi dire de plus. Il retourne
vers les adolescents et rend à Vincent son téléphone d’un
geste désinvolte.
TONY (CONT’D)
Merci.
FRANCOIS
Ah! Mère Ubu, vous me faites injure
et vous aller passer tout à l'heure
par la casserole.
MATTHIEU
Eh! Pauvre malheureux, si je
passais par la casserole, qui te
raccommoderait tes fonds de
culotte?
FRANCOIS
Eh vraiment! Et puis après? N'ai-je
pas un cul comme les autres?
VOIX
Hé toi devant, là?
Tony se retourne. On reconnaît Vincent et Abdel qui sont
accompagnés d’un troisième type, FRÉDÉRIC, un peu plus âgé
qu’eux.
FRÉDÉRIC
Alors, il paraît que t’arraches le
portable de mon petit frère?
Un temps.
TONY
Je lui ai rendu, son portable.
FRÉDÉRIC
Mais il t’avait dit non. Et quand
on dit non, c’est non. Qu’est-ce
que t’en penses?
TONY
(s’énerve)
T’as pas autre chose à faire, toi?
FRÉDÉRIC
Non, j’ai pas autre chose à faire,
non. Je les aime pas les mecs comme
toi, donc tu vas t’excuser. On est
pas dans ton foyer ici!
9.
TONY
Qu’est-ce que t’as dit, là?!
FRÉDÉRIC
J’ai dit qu’on était pas dans ton
foyer!
BOOM! Tony met un violent coup de tête à Frédéric, qui après
être resté immobile cinq secondes, s’effondre au sol, le nez
ensanglanté.
Vincent et Abdel sont sous le choc. Tony les regarde un
instant puis s’enfuit en courant.
STEVEN
(très embarrassé et
essoufflé)
Euh... Je... Je suis la réplique de
Tony, Tony Frémeaux... Pour «La
Tempête» de Shakespeare.
Un temps. Le jury est interloqué.
CAROLE
Les auditions sont terminées,
Monsieur. Je suis désolée...
STEVEN
Mais Tony... Il est passé? Tony
Frémeaux?
CAROLE
Tony Frémeaux ça ne me dit rien...
Non... Désolée, on n’a pas eu de
Shakespeare aujourd’hui.
10.
FRÉDÉRIC
(voix de canard)
Tant mieux.
UN POLICIER
Il était en jogging?
ABDEL
Non, il était plutôt bien habillé.
FRÉDÉRIC
Ouais si on veut, il avait une
chemise blanche avec un dragon dans
le dos, genre super moche... Et une
sale gueule, aussi.
LE POLICIER
Et au fait, vous dites qu’il a
appelé avec votre téléphone tout à
l’heure. Vous savez qui?
VINCENT
Ben non...
LE POLICIER
Faites-voire un peu votre
téléphone, si on retrouve son
copain, on sait jamais.
STEVEN
Allo?
11.
LE POLICIER
Oui bonjour, qui est à l'appareil
s'il vous plait?
STEVEN
Bah c'est Steven.
LE POLICIER
Steven? Steven comment?
STEVEN
Et vous? Vous êtes qui?
En parlant, Steven se retourne et regarde le policier au
téléphone. Il ne fait toujours pas le lien.
LE POLICIER
C'est la police, Monsieur. On
voudrait vous poser quelques
questions.
STEVEN
Allez c'est qui? Mehdi? C'est toi,
Med’? Je reconnais ta voix de
fillette.
LE POLICIER
Monsieur s'il vous plait...
LE POLICIER (CONT’D)
Vous pouvez me donner votre nom,
Monsieur?
POLICIER
Monsieur, s’il vous plaît?
STEVEN
Hé Tony!
Tony se retourne et regarde Steven s’approcher.
STEVEN (CONT’D)
J’étais au théâtre, tu vas où là?
TONY
(agressif)
Quoi, tu vas où? Connard, on avait
dit 8h à ta case, t’étais où toi?
STEVEN
J’ai galéré man... je suis sorti
hier et après c’est parti en
vrille. Vas-y, excuse!
TONY
T’est sorti et après c’est parti en
vrille? C’est ça ton excuse?
STEVEN
J’ai pas fait exprès!
Un temps.
TONY
T’as fait exprès parce que t’es
dég’ que je fasse un truc de ma
vie.
STEVEN
Vas-y, ta gueule.
TONY
Et toi tu fais rien, depuis que
t’es né tu fais rien.
13.
TONY
Plus que toi, ouais.
Tony remarque la voiture de police derrière l’épaule de
Steven. Deux policiers en sortent.
TONY (CONT’D)
Putain y a les flics.
Tony part en trombe et Steven lui emboîte le pas. La voiture
de police les rattrape et les coince. Ils sont pris en
tenaille.
STEVEN
Vas-y, toi! Tu me fais mal!
LE POLICIER
(à Steven, lui assénant
une petite claque sur le
crâne)
Bah alors, toi? Pourquoi t’es parti
en courant?
L’AUTRE POLICIER
Regarde ça, un beau dragon dans le
dos.
PAUL
Tu sais que t'es en sursis?
PAUL (CONT’D)
Il va sauter, là. Tu l'as vue sa
tête au gars? Il a plus de nez.
TONY
N’importe quoi.
PAUL
Oui bien sûr, n’importe quoi.
TONY
C'est lui qui m'a agressé.
PAUL
Mais tu lui avais volé le portable,
de son petit frère, tu veux qu’il
te fasse quoi le gars, un bisou?
TONY
Je lui ai rendu son téléphone. Je
l'ai emprunté pour appeler, j'avais
cassé le mien.
PAUL
Oh, pauvre petit. Tu casses ton
téléphone donc tu vas te servir,
c’est logique. Et après on te
demande de t’excuser et tu
distribues les coups de tête,
normal.
Tony se renfrogne.
PAUL (CONT’D)
Tu sais qu'il porte plainte pour
coups et blessures? C'est bien...
Avec un casier pareil... C'est
bien... Faut réfléchir des fois,
les gars. Ca fait pas de mal.
Un temps.
PAUL (CONT’D)
Il faisait quoi ton pote dans le
coup?
TONY
Je vous ai déjà dit, il venait me
donner la réplique.
PAUL
La réplique. Ah ouais... Et tu vas
dire ça au juge? Tu te fous de ma
gueule, un peu, non?
TONY
(lui montrant le livre)
Et ça c'est quoi?
(MORE)
15.
TONY (CONT'D)
Tu vois bien ce qu'est marqué
dessus? Shakespeare! Tu connais
Shakespeare?
PAUL
Oh tu te calmes, là! Et t'arrêtes
de me tutoyer aussi, d'accord?!
TONY
(se calmant)
Quoi, tu me dis «tu» toi, aussi.
PAUL
TAIS-TOI!
TONY
C'est pas mon copain, j'ai rien à
voir avec lui, moi.
PAUL
Il venait te donner la réplique,
mais c'est pas ton copain.
TONY
Nan, c'est un clochard lui.
PAUL
Pfff... Tu t’enfonces, mon gars.
PAUL (CONT’D)
Amenez-moi Steven...
(il regarde la feuille)
Blanckaert s'il vous plait.
PAUL (CONT’D)
Alors Steven! T'es venu faire quoi
dans le centre?
STEVEN
(sur la défensive)
Quoi? C'est interdit de venir se
promener en ville?!
16.
TONY
(agressif)
Mais dis-lui, pauvre débile.
Un temps. Steven et Tony se fusillent du regard.
TONY (CONT’D)
(dans sa barbe)
Clochard...
PAUL
(à Tony)
Pep-pep, là! Tais-toi!
Paul regarde Steven.
PAUL (CONT’D)
Alors?
STEVEN:
Je suis venu lui donner la
réplique... Pour son audition.
PAUL
(dubitatif)
Ah ouais?
STEVEN
(à Paul)
Quoi? Qu’est-ce qu’y a?
PAUL
(prenant un accent de
racaille)
«Qu’est-ce qu’y a? Qu’est-ce qu’y
a?» Tu te crois dans ton quartier,
toi?
STEVEN
Tu crois que je suis pas capable?
PAUL
Capable de quoi?
(il prend le livre dans la
main)
De ça?
STEVEN
Ouais!
TONY
C’est bon, ta gueule.
PAUL
Bah vas-y!
PAUL (CONT’D)
Allez-y!
Tony se redresse sur sa chaise, s’essuie les mains sur son
pantalon.
Paul met ses lunettes et parcourt une page des yeux.
PAUL (CONT’D)
(à Tony)
Tu joues qui, toi? Hein? Miranda?
Un temps.
PAUL (CONT’D)
Bah alors? Il y a plus personne?
STEVEN
C’est lui, Ferdinand. Moi c’est
Miranda.
TONY
(à Steven)
«Ô ma chère maîtresse, le soleil
sera couché avant que j’ai fini la
tâche que je dois m’efforcer de
remplir.»
STEVEN
«Cela me conviendrait tout aussi
bien qu’à vous et je le ferais avec
bien moins de fatigue,
(il cherche ses mots)
Car...
PAUL
«Car mon cœur...”
STEVEN
(enchaînant)
C’est bon, je sais! «Car mon cœur
serait à l’ouvrage, et le vôtre y
répugne.»
TONY
(avec entrain et une
aisance étonnante)
“Charmante Miranda! Objet en effet
de la plus haute admiration, digne
de ce qu’il y a de plus précieux au
monde! J’ai regardé beaucoup de
femmes du regard le plus favorable;
(Paul écoute Tony,
captivé)
Plus d’une fois la mélodie de leur
voix a captivé mon oreille trop
prompte à les écouter. Diverses
femmes m’ont plu par des qualités
diverses mais jamais je n’en aimai
aucune sans que quelque défaut vint
s’opposer...”
PAUL
Hum, j’arrive, merci.
Le gardien sort et ferme la porte. Un silence s’installe
entre les trois hommes.
Macadam Cowboy (John Schlesinger, 1969) Will Hunting (Gus Van Sant, 1997)
RÉPLIQUE - NOTE D'INTENTION DE L'AUTEUR-RÉALISATEUR
Je me sens proche des jeunes et en particulier de ceux qui sont issus de milieux défavorisés.
Lorsque j'étais animateur en centre social dans le Nord de la France, j'ai souvent été témoin de
l'ardeur avec laquelle certains d'entre eux s'investissent dans un projet afin de s'affranchir de leur
milieu. Mais les échecs sont majoritaires et le fragile équilibre sur lequel ils évoluent peut
rapidement se briser. C'est ce qui menace Tony, mon personnage principal.
Dans mon précédent film, Les Brigands, deux jeunes en marge portaient secours à un sanglier
blessé par des chasseurs en forêt. Désoeuvrés et sans projet, l'opportunité de sauver cet animal
leur donnait, l'espace d'une journée, la sensation de participer à leur propre vie.
Dans Réplique, Tony veut intégrer le conservatoire d'art dramatique, mais les circonstances le
conduisent à ne pouvoir passer son audition ailleurs qu'au commissariat. J'envisage ce moment
comme l'aboutissement d'un parcours semé d'événements à la limite du plausible - comme l'est la
conversation téléphonique de Steven avec le policier, alors qu'ils ne sont qu'à quelques mètres l'un
de l'autre. La scène finale doit être jubilatoire, émouvante, l'apothéose du parcours raté de
personnages éminemment attachants.
Mes personnages ne sont pas les victimes de la société mais plutôt les héros malmenés d'une
comédie sociale. S'ils sont victimes, ce n'est que d'eux-mêmes et en particulier de leur impulsivité.
Je porte sur eux un regard aussi tendre qu'ironique, à distance de toute critique naïve de la société
dans laquelle ils évoluent.
Le parcours de Tony devra être rythmé, de sorte qu'il se sente harcelé par les événements et y
réponde avec de plus en plus de hargne. Je veux que le montage et la réalisation installent une
cadence soutenue, qui résonne avec la perception du spectateur, comme si le film n'était qu'une
grande inspiration. Je veux une réalisation fluide et posée, utilisant des plans larges et fixes et
travaillant au maximum le rythme à l'intérieur des cadres: déplacements rapides, dialogues vifs... A
mes yeux, les films de Franck Capra ou de Stanley Donen, et plus particulièrement Charade sont
des références en matière de rythme et de mise en scène.
Comme à l'occasion des Brigands, mes deux protagonistes seront interprétés par des jeunes du
Nord, ayant peu ou pas d'expérience dans le cinéma. J'aimerais qu'ils incarnent la réalité sociale
dans laquelle s'inscrivent leurs personnages.
Antoine Giorgini
RÉPLIQUE - NOTES SUR LA RÉÉCRITURE
Le rythme
Les retours de lecture de la plénière de juillet ont pointé des problèmes de rythme dans la
précédente version de mon scénario, en particulier dans son deuxième acte. Celui-ci était en
effet émaillé d'hasards opportuns, dont le scénario avait besoin pour progresser.
Je me suis efforcé à trouver dans les ressources mêmes de la mise en place de mon récit
les outils de sa progression, afin de respecter son développement organique. C'est ainsi que
j'ai eu l'idée de faire intervenir le personnage de Fred, le grand frère d'un des adolescents à
qui Tony arrache un téléphone portable, et dont la vengeance est une conséquence logique
des actes commis par Tony dans la première partie du film.
Les péripéties qui vont suivre - et qui découlent du fait que Steven croise les policiers qui
sont à la recherche de Tony - ne sont pas des hasards: les personnages se fuient, se
croisent et se retrouvent dans une seule et même arène de jeu, qui constitue le terrain de
cette comédie.
J'ai conscience du fait que les rouages de mon écriture peuvent sembler très visibles au
scénario. Mais il ne s'agit pas encore d'un film. Il m'appartient désormais de trouver les
acteurs et la grammaire propres à faire disparaître la mécanique du récit au profit du rire et
de l'émotion.
Certains lecteurs nous ont demandé s'il était pertinent que Tony et Steven se retrouvent
avant leur confrontation au commissariat. Après avoir étudié diverses hypothèses, je suis
persuadé que cela est indispensable.
Cette scène contribue à clarifier la nature du lien qui existe entre Tony et Steven. Elle nous
permet d'apprendre à connaître ce dernier et de comprendre les raisons de sa défection.
C'est également le seul moment où le ressentiment de Tony peut pleinement s'exprimer.
En outre, je me suis aperçu qu'éluder cette scène m'obligeait à organiser le récit de sorte à
ce que Tony et Steven se fassent arrêter séparément pour n'être réunis qu'au commissariat.
Ceci n'était possible qu'en multipliant les coïncidences et en alourdissant considérablement
le rythme du récit.
Pour finir, il m’est apparu que la tension, la colère et la déception des personnages au cours
de cette séquence, constituaient un terreau indispensable à l'émotion que je cherche à faire
émerger au moment de leur rapprochement par le biais du texte de Shakespeare.
La résolution
La résolution de mon film a presque toujours été la même (celle que vous lirez cette fois-ci
est identique à celle de la version précédemment proposée au CNC). Mais au moment de la
réécriture du scénario, j'ai eu besoin d'en essayer une autre. Il me semblait plus crédible que
Tony soit maintenu en garde à vue, puisque son casier judiciaire ne lui autorisait pas de
nouveau débordement. Steven était chassé du commissariat par Paul, mais revenait
discrètement s'asseoir sur le banc où Tony devait rester assis, pour lui signifier sa solidarité.
Plusieurs critères m'ont poussé à revenir à ma première idée. Tout d'abord, il me semble que
le geste de Steven ne suffisait pas. Tony seul peut pardonner et rétablir le lien. Je ne voulais
pas que la fin du film laisse planer un doute quant à l'état de la relation des protagonistes.
D'autre part, je veux croire que Paul est touché par la sublimation de Tony et Steven par le
texte de Shakespeare. Je veux qu'il les comprenne, et qu'il les gracie, pour une fois. C'est la
seule manière d'accorder à ce texte une forme de puissance (un peu magique, ce qui est
peut-être une forme de naïveté de ma part). Si Tony est gardé à vue après avoir dit le texte,
alors le moment de la déclamation n'aura été qu'anecdotique - c'était bien, mais ça n'a servi
à rien. Une fin plus plausible repliait le film sur lui-même, fermait son sens, amoindrissait sa
portée.
Je suis très heureux d’être passé par ce travail de réécriture, sans lequel je n'aurais pu
parvenir à cette version, à mes yeux beaucoup plus satisfaisante que la précédente. J'ai
désormais le sentiment d'avoir sondé les potentiels de mon récit et d'avoir fait des choix
nécessaires, parfois risqués, mais en connaissance de cause.
Antoine Giorgini
RÉPLIQUE - NOTE DE LA PRODUCTRICE
Réplique est une comédie sociale, un genre qui se dessinait déjà à l'horizon des
Brigands, le précédent et premier court-métrage d'Antoine Giorgini, que j'ai produit au
sein de la société Petit Film.
Ici, Antoine sonde le tempérament d'un personnage qu'on pourrait qualifier de voyou et
qui n'en reste pas moins réellement touché par un texte de Shakespeare. Ignorer les
bonnes manières et n'avoir aucun goût n'ont jamais empêché d'être intelligent et sensible.
Et par son action, par sa détermination, Tony le revendique. Réplique observe en ce
personnage une possible figure de la fierté.
Malgré tout, Steven et Tony ont un orgueil mal placé, une susceptibilité à fleur de peau,
aucun sens de la nuance et une répulsion pour la modération. C'est l'affirmation
maladroite de leur dignité, derrière la conscience de n'avoir pas les mêmes armes que
les autres pour obtenir ce qu'ils désirent.
Les Brigands a été tourné en novembre 2012 et fait depuis le mois de juin 2013 une belle
carrière en festivals (plus de 30 sélections et 5 prix). Son scénario avait remporté le
premier prix du concours de l'Eure (Moulin d'Andé) et obtenu le soutien de la région
Haute-Normandie, de la contribution financière du CNC, de la Communauté Française de
Belgique et de France 2.
Réplique a besoin de dix jours de tournage (nous en avions 8 pour Les Brigands, qui était
moins ardu). Les comédiens seront nombreux (2 rôles principaux, 12 rôles secondaires,
5 petits rôles et une trentaine de figurants), pas nécessairement tous professionnels, et
nous aurons besoin de deux semaines de répétitions pour trouver le rythme et le ton
appropriés à chaque scène. Les scènes de rue, faites de quiproquos et de courses-
poursuites, impliquant une figuration importante, devront être patiemment mises en place.
Notre tournage aura presque exclusivement lieu en extérieur, au printemps. Nous
devrons prévoir des installations lumière importantes et des solutions de repli en cas
d'intempéries.
Le soutien de la Contribution Financière fait une immense différence: c'est celui qui
permet à l'équipe technique et artistique de travailler sereinement et d'offrir au réalisateur
le temps nécessaire à l'élaboration de la mise en scène et du ton justes. C'est également
le soutien qui rend possible les répétitions avec les comédiens, dans les décors.
Marie Dubas
Antoine Giorgini
AUTEUR - RÉALISATEUR
Sélections 30+ festivals : Belo Horizonte, Varsovie, St Petersbourg, Istanbul, Adana, Vilnius,
Zagreb, Festival della Lessinia, Ciné Bocage à Moulins, Off-courts à Trouville
Cinéssone, Du grain à démoudre, Vendôme, Perpetuum Mobile, Braunschweig,
Gijona, Guadalajara, Balchik, Okseo…
ACCESSOIRISTE
FORMATION
Fondée par Marie Dubas en 2014, Première Ligne Films se donne pour mission
d'accompagner de jeunes auteurs français et internationaux, porteurs de films de toutes
durées, explorant certains des enjeux sociaux et politiques de nos organisations
contemporaines.
Marie Dubas a produit plus de 15 courts-métrages entre 2008 et 2012, parmi lesquels UNE
LECON PARTICULIERE par Raphaël Chevènement (2008, nominé aux Césars) et LE SENS
DE L'ORIENTATION de Fabien Gorgeart (2012, Prix Spécial du Jury à Clermont-Ferrand).
En 2010, elle co-fonde la société Petit Film avec Jean des Forêts. Elle y produit le premier
long-métrage de Neïl Beloufa, TONIGHT AND THE PEOPLE (Rotterdam IFFR 2014) et prend
part à la production de LEONES de Jazmin Lopez (Venice Orizzonti 2012) et de 40 JOURS
DE SILENCE de Saodat Ismaïlova (Berlinale Panorama 2014).
Marie Dubas est diplômée d'EAVE 2013, experte pour Media Developement et membre de la
commission d'aide au court-métrage de la Région Basse-Normandie. Elle enseigne le
financement de films à l'ISCPA et agit comme tutrice pour la résidence de réécriture de NISI
MASA.
EN DEVELOPMENT
REPLIQUE - 20'
d'Antoine Giorgini
avec le soutien de CICLIC, de la Région Haute-Normandie et du CNC (aide à la réécriture)
LE DIABLE - 15'
de Fabien Gorgeart
TV: France 2