Fatigue des élastomères polyuréthane
Fatigue des élastomères polyuréthane
présentée devant
pour obtenir
le grade de Docteur
par
Pascal PICHON
Ingénieur Polytech’Nantes
----------------------
JURY
ALIG Ingo Maître de Conférences (DKI Darmstadt) – Examinateur
BOUTAOUS M’hamed Maître de Conférences (INSA Lyon) – Examinateur
DAVID Laurent Professeur (Université Lyon 1) – Examinateur
LAIARINANDRASANA Lucien Maître de Recherche (Ecole des Mines de Paris) – Rapporteur
MECHIN Françoise CR CNRS (INSA Lyon) – Co-directrice de thèse
OTAIGBE Joshua Professeur (University of Southern Mississipi) – Examinateur
SAUTEREAU Henry Professeur (INSA Lyon) – Co-directeur de thèse
SEGUELA Roland DR CNRS (Université de Lille 1) – Rapporteur
TRENTESAUX Hervé Société Mérylithe – Examinateur
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
II
INSA de Lyon – Liste des Ecoles Doctorales
III
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
IV
Remerciements
Remerciements
L’occasion m’est donnée de remercier vivement Henry SAUTEREAU et Françoise MECHIN pour leur
encadrement et leur suivi patient de mes travaux. Leurs remarques et conseils ont dépassé le cadre de la
chimie, de la morphologie et de l’étude mécanique des matériaux polyuréthane. Tous ont servis au bon
déroulement de cette étude.
Je tiens à remercier Jean-François GERARD pour m’avoir accueilli au sein de son laboratoire et
pour les discussions qui ont dépassées le simple cadre scientifique.
Mes remerciements à la société Mérylithe, ainsi qu’à l’ANRT, pour le financement de ce projet
CIFRE. Les discussions avec M. Hervé TRENTESAUX, M. Jacky FERRAND et M. Alexis GERENTON
concernant la mise en œuvre des matériaux polyuréthane furent nombreuses et très enrichissantes. Un
grand merci à Alexis GERENTON, correspondant à Méry, pour sa disponibilité et pour toute l’aide
apportée, qu’elle soit d’ordre scientifique mais également pour l’intégration au sein de l’équipe Mérylithe.
Merci également à Mme Laure CILIA, Melle Erika DRIVET, M. Franck DROUIN et M. Jean-Philippe
POULAT pour l’accueil très chaleureux et toute l’aide apportée à chacun de mes séjours au sein de la
société.
Un merci particulier à M. M’hamed BOUTAOUS, qui a accepté d’être intégré à mon projet afin de
m’aider à traiter la thématique concernant la thermique. Merci pour tout le temps accordé, et
accessoirement pour les souvenirs des péripéties de Salerne.
Merci au Pr. Laurent DAVID pour avoir accepté de présider mon jury ainsi que pour l’accès à
l’ESRF de Grenoble et l’aide à l’exploitation des diffractogrammes SAXS. Merci également à M. Cyrille
ROCHAS pour l’aide lors des études SAXS effectuées sur la ligne d’essai D2AM de l’ESRF de Grenoble.
Je citerai de même M. François NOEL d’INSACAST pour le prêt de la caméra thermique, le Pr.
Patrick GERMAIN pour l’accès au calorimètre adiabatique, M. Paulo FERREIRA et le LIM de l’ENSAM
Paris Tech’ pour les essais dynamiques sur machine MTS.
Merci à M. Geoffroy CAMMAGE pour l’aide apportée dans l’étude des matériaux en traction
cyclique.
Merci à Mme Anne BAUDOIN pour son aide, même si les expériences de RMN du Solide par diffusion
de spin n’ont finalement pas abouties.
Je remercie les Pr. Lucien LAIARINANDRASANA et Roland SEGUELA d’avoir accepté de rapporter
mon travail et les membres du jury, Ingo ALIG et Joshua OTAIGBE, pour avoir manifesté, par leur
présence, leur intêret pour ce travail.
Enfin, pour l’ambiance générale au laboratoire, les nombreux moments passés ensemble, à parler
sciences ou pas, merci aux permanents, post-doctorants, doctorants et étudiants de PPF de 5-SGM qui
m’ont été proches.
V
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
VI
«On peut toujours plus que ce que l'on croit pouvoir.»
Joseph Kessel
VII
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
VIII
Résumés
Résumé :
Deux formulations polyuréthane segmenté, PP et Adilithe VIII®, ainsi que leurs
segments souples et rigides modèles, ont été synthétisées par coulée basse pression. Dans la
formulation PP, les segments rigides (SR) sont répartis en une partie dissoute dans la matrice
souple, une partie sous forme de nodules amorphes et le reste sous forme de lamelles elles-
mêmes organisées sous forme de sphérolites. Il existe un gradient de morphologie radial dans
les cylindres de diamètre 39 mm de la formulation PP, lié à l’exothermie de réaction lors de la
mise en œuvre. La formulation Adilithe VIII® ne présente pas de gradient de morphologie et
montre une bonne séparation de phase.
La microstructure et les propriétés de la formulation PP ont été suivies pendant
plusieurs semaines après la mise en œuvre et la cuisson. Au cours de cette période de
maturation, l’hydrolyse des fonctions NCO libres pour produire des liaisons urée aux bords
des nodules amorphes et des lamelles organisées est à l’origine de l’augmentation du module.
En traction comme en compression statiques uniaxiales, les deux formulations ont des
comportements très différents. PP a un comportement viscoélastique et met en évidence un
effet Müllins très clair. Par contre, Adilithe VIII® a, au-delà d’une certaine contrainte, un
comportement viscoélastoplastique. Ce comportement limite la gamme d’utilisation en
contrainte de ce matériau, en statique comme en dynamique.
Le caractère viscoélastique des formulations polyuréthane étudiées mène à la
dissipation d’une partie du travail mécanique fourni au système lors d’un essai mécanique
dynamique. Tout ou partie de ce travail dissipé est converti sous forme de chaleur et conduit à
l’autoéchauffement de l’échantillon lors de l’essai. L’essai de fatigue thermomécanique a
pour conséquence un micromélange de phases. Au-delà de la Tg des SR, une partie des
nodules amorphes se dissout dans la matrice, ce qui a pour conséquence une baisse du
module.
Après détermination de tous les échanges thermiques entrant en jeu dans le système,
nous avons modélisé avec un bon accord avec l’expérience et sans paramètre ajustable les
refroidissements dans l’air d’échantillons de différentes dimensions. La prise en compte d’une
résistance thermique de contact entre les plots et les mors en acier a permis de modéliser
également les refroidissements d’échantillons entre les mors de fatigue. L’utilisation d’un
terme source, relié aux propriétés mécaniques du matériau (complaisance de perte), dans le
logiciel de calculs par éléments finis permet de simuler l’autoéchauffement sous contrainte
des formulations. La non-stabilisation thermique peut également être simulée avec une
équation unique.
Mots-clefs :
IX
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Abstract :
Two segmented polyurethane formulations, PP and Adilithe VIII®, and their soft and
rigid models segments, have been synthesized by low pressure casting. For PP materials, hard
segments (HS) are partly dissolved in the soft matrix. Part of the HS forms amorphous
nodules and the rest forms organized lamellas, which are structured in shape of spherulites. A
radial gradient of morphology is present in the 39 mm-diameter PP cylindrical specimen, due
to the exothermal reaction during processing. Adilithe VIII® materials don’t show any
gradient of morphology and a good phase separation.
The microstructure and properties of the PP formulation were followed for several
weeks after casting and curing. During this ageing period, the hydrolysis of free NCO
functions, which produce urea linkages at the border of soft matrix with amorphous nodules
and organized lamellae, is held responsible for the modulus increase.
Tensile and compressive static testing shows that both formulations have very
different behaviours. PP has a viscoelastic behaviour and reveals a clear Müllins effect.
Adilithe VIII® has, beyond a certain stress, a viscoelastoplastic behaviour. This behavior
limits the range of use of this material, in both static as dynamic modes.
The viscoelastic behaviour of polyurethane formulations leads to a dissipation of the
supplied mechanical work during a dynamic mechanical test. Part of this dissipated work is
converted into heat and leads to a self-heating of the sample during the test. The consequence
of the thermomechanical fatigue test is a phase mixing. Beyond the Tg of the HS, some
amorphous nodules dissolves in the soft matrix, which results in a decrease of the modulus.
After determination of all types of heat transfers that take place in the system, we
modelled with a good agreement, and without any adjustable parameter, experimental
coolings of samples of different sizes. The contact between samples and steel grips was
modelled by a thermal contact resistance. This enables to model the cooling of samples
between the grips. The self-heating of the materials under dynamical loading is then
modelled, via a finite element software, by defining a heat source related to the mechanical
properties of the material (loss compliance). Thermal non-stabilization can also be simulated,
with use of a single equation.
Keywords :
X
Sommaire
Sommaire :
Pages
INTRODUCTION GENERALE ____________________________________________________ 1
XI
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
XII
Sommaire
XIII
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
XIV
Abréviations et symboles
Abréviations et symboles
1) Formulation / Chimie
2) Caractérisation mécanique
XV
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
3) Caractérisation structurale
XVI
Abréviations et symboles
4) Caractérisation thermophysique
XVII
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
XVIII
Introduction générale
INTRODUCTION GENERALE
Les matériaux polyuréthane sont utilisés pour leur caractère élastomère alliant une
bonne résistance aux solvants et à l’abrasion. Dans le cas de cette étude, les matériaux qui
seront étudiés sont destinés à des applications en fatigue en compression. La deuxième partie
consistera à rassembler des résultats bibliographiques sur la fatigue des matériaux polymères
et en particuler des polyuréthanes et à décrire la mise un point de deux types d’essais de
fatigue thermomécanique permettant de les caractériser.
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 2
Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
Page 3
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Pages
I.1 Généralités sur les structures des polyuréthanes et les réactions mises en jeu ................... 5
I.1.1 Généralités sur la morphologie des polyuréthanes .......................................................................... 5
I.1.2 Généralités sur les réactions impliquant des isocyanates ................................................................ 6
I.2 Principales méthodes de préparation ..................................................................................... 8
I.2.1 Principaux composés de base .......................................................................................................... 8
I.2.1.1 Les isocyanates ...................................................................................................................... 8
I.2.1.2 Les polyols ............................................................................................................................. 9
I.2.1.3 Les allongeurs de chaînes et les réticulants ......................................................................... 10
I.2.2 Différents types de PU .................................................................................................................. 10
I.2.3 Voies de synthèse des polyuréthanes ............................................................................................ 11
I.2.3.1 Le procédé en une étape : « one shot » ................................................................................ 11
I.2.3.2 Utilisation d’un prépolymère ............................................................................................... 12
I.2.3.3 Utilisation d’un procédé intermédiaire : ‘quasi deux étapes’ ............................................... 13
I.2.3.4 Influence du cycle thermique sur la structure pour les procédés en masse .......................... 14
I.[Link] Influence de l’exothermie lors de la synthèse de PU ...................................................... 14
I.[Link] Influence d’une post-réaction immédiate ou différée ...................................................... 14
I.3 Microstructure des polyuréthanes ........................................................................................ 15
I.4 Formulations et mises en œuvre des matériaux SPU étudiés ............................................. 19
I.4.1 La formulation PP ......................................................................................................................... 19
I.4.1.1 Les réactifs ........................................................................................................................... 19
I.4.1.2 La synthèse .......................................................................................................................... 20
I.4.1.3 Voie de synthèse détaillée et conditions de mise en œuvre ................................................. 21
I.4.1.4 Synthèse de matériaux modèles de la formulation PP ......................................................... 22
I.4.2 La formulation Adilithe VIII® ....................................................................................................... 23
I.4.2.1 Les constituants de base du polymère .................................................................................. 23
I.4.2.2 La synthèse et les conditions de mise en œuvre ................................................................... 23
I.4.2.3 Synthèse de matériaux modèles de l’Adilithe VIII® ............................................................ 24
Conclusions du chapitre I ............................................................................................................... 25
Références bibliographiques du chapitre I ................................................................................... 26
Page 4
Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
Les polyuréthanes (PU) occupent une place à part dans l’industrie des matières
plastiques en raison de leur grande diversité :
- diversité de structure : ils peuvent être linéaires, segmentés (ce sont les
thermoplastiques) ou réticulés ;
- diversité de composition chimique : outre les groupements uréthane, ces polymères
contiennent en quantité parfois importante des groupes ester, éther, urée, biuret, allophanate,
etc…
Grâce à cette diversité, il est possible de préparer toute une gamme de polymères aux
propriétés très différentes touchant de nombreuses industries (caoutchouc, peintures et vernis,
matières plastiques) et pouvant être mis en œuvre par les principaux procédés pour les
matières synthétiques ou par des procédés spécifiquement adaptés comme la technique R.I.M.
(Reaction Injection Moulding).
Page 5
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
- Réactions principales :
Les réactions chimiques ayant lieu dans les matériaux polyuréthane peuvent être
représentées simplement par les équations suivantes [SAU-62] :
R N C O R'
R N C O + R' OH
H O
Équation I-1
Isocyanate alcool uréthane
R N C N R'
R N C O + R' NH2
H O H
Équation I-2
Isocyanate amine urée
- Réactions secondaires :
R N C OH
R N C O + H 2O R NH2 + CO2
H O
Équation I-3
Isocyanate eau acide amine
carbamique
O H
R N C N R' C N R'
R N C O + R N
H O H C N R
O H Équation I-4
Isocyanate urée substituée biuret substitué
O
R' N C O R C O R''
R N C O + R' N
H O C N R
O H Équation I-5
Isocyanate uréthane allophanate
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Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
* Dimérisation :
O
C
2 R N C O R N N R
C
O
Équation I-6
2 isocyanates urétidione
* Trimérisation :
O
C
R N N R
3 R N C O
O C C O
N
R
Équation I-7
3 isocyanates isocyanurate
* Polymérisation :
R O
n R N C O
* N C n *
Équation I-8
n isocyanates polymère linéaire
* Formation d’urétonimine :
2O C N R N C O O C N R N C N R N C O + CO2
Équation I-9
2 diisocyanates carbodiimide
O C N R N C O + O C N R N C N R N C O
Équation I-10
Diisocyanate carbodiimide
O C N R N R N C O
N C
C N
O R N C O
urétonimine
La première réaction (Équation I-1) est la réaction principale et la seule souhaitée dans
la synthèse des polyuréthanes. Elle a lieu entre le diisocyanate et le polyol, ou le diol
allongeur de chaînes, pour des températures comprises entre 50 et 100°C. Cette réaction est
réversible au-delà de 170-220°C selon les structures. [CAM-82] [YAN-86]
Page 7
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 8
Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
CH2 NCO
OCN CH2 NCO
NCO
Figure I-1 – a) 4,4’-MDI b) 2,4’-MDI
Le MDI de fonctionnalité 2 a une masse molaire de 250 g/mol, soit 8 fonctions NCO
par kilogramme de matière et se présente sous forme solide. Pour chaque isocyanate, on
définit un indice NCO, comme étant le produit du nombre de fonctions NCO par kilogramme
multiplié par 4,2. Pour le MDI, l’indice NCO est de 33,6.
La température de fusion du 2,4’-MDI est de 36 à 40°C et celle du 4,4’-MDI de 42 à
44°C.
Afin d’apporter une réticulation au sein du matériau et de faciliter les manipulations, il
est possible d’utiliser des mélanges de fonctionnalité comprises entre 2,2 et 2,7, qui se
présentent sous forme liquide. Des mélanges de MDI de fonctionnalité 2,0 et d’oligomères de
fonctionnalité supérieure permettent d’atteindre la fonctionnalité voulue.
Les composés contenant plusieurs fonctions hydroxyle par molécule sont, en plus des
isocyanates, les constituants essentiels pour la formation de matériaux polyuréthanes. Les
polyols de forte masse les plus utilisés appartiennent généralement à deux types principaux :
les polyesters et les polyéthers. On trouve plus rarement et pour des applications spécifiques
d’autres polyols : polycarbonates, polybutadiènes, polyols dérivés d’acides gras.
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les allongeurs de chaînes diol sont des composés aliphatiques (EG : éthylène glycol,
BDO : 1,4-butanediol …) ou aromatiques (HQEE : hydroquinone bis(2-hydroxyéthyl)éther
…) de faible masse molaire (environ 90-250 g/mol) et terminés par deux fonctions OH
(Tableau I-2). L’utilisation d’allongeurs diamine conduit à des polyuréthane-urées.
Les réticulants sont des composés de faible masse molaire également, possédant une
fonctionnalité supérieure à 2. Le glycérol et le triméthylpropane (TMP) possèdent 3 fonctions
OH par molécule.
Fonctionnalité de Fonctionnalité de
Macrodiol Matériau obtenu
l'isocyanate l'allongeur de chaînes
Pas d'allongeur de Segment Souple
a Oui 2
chaînes (TPU de faible Tg)
Segment Rigide
b Non 2 2
(TPU de Tg élevée)
c Oui 2 2 TPU segmenté linéaire
d >2 2 PU segmenté réticulé
Oui
e 2 >2 en phase rigide
Polyol de PU segmenté réticulé
f 2 2
fonctionnalité > 2 en phase souple
g >2 2 Réseau
Non thermodurcissable
h 2 >2 (Tg élevée)
Tableau I-3 - Les différents types de matériaux polyuréthane
Page 10
Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
segment rigide polaire. Le segment souple (SS) a une température de transition vitreuse
inférieure à la température ambiante et assure les propriétés élastomères. Le segment rigide
(SR), caractérisé par des groupements uréthane plus ou moins miscibles avec les SS et
susceptibles de former des liaisons hydrogène, assure le renforcement mécanique du matériau.
Il est constitué de diisocyanate et de l’allongeur de chaînes court. La microséparation de
phases est due à la pseudo-cristallinité des microdomaines rigides et/ou à l’immiscibilité
thermodynamique entre la chaîne macrodiol et les SR du système.
Avec un macrodiol, la réticulation dans les domaines rigides peut être réalisée par
l’utilisation d’un isocyanate (cas d du Tableau I-3) ou d’un allongeur de chaînes (cas e du Tableau
I-3) de fonctionnalité supérieure à 2.
L’utilisation d’un polyol de fonctionnalité supérieure à 2 permet d’avoir une
réticulation chimique dans la phase souple (cas f du Tableau I-3).
Selon la formulation, les polyuréthanes peuvent être utilisés sous forme de mousses
flexibles pour le textile ou l’emballage, de mousses rigides pour l’automobile ou la
construction, de solides massiques pour le revêtement de roues ou de rouleaux, la protection
de câbles électriques, etc.…
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
il y a un risque de dégradation des fonctions uréthane. De plus, pour des PU segmentés à trois
composants, la différence de réactivité entre les OH d’un diol court et d’un macrodiol peut
entraîner une distribution plus large des masses molaires de SR. La conséquence est une
diminution du degré de séparation de phases et donc une altération de certaines propriétés
mécaniques. [DIE-87]
De nombreux élastomères polyuréthane sont mis en œuvre de cette manière car elle
permet la réaction complète des fonctions isocyanate avec les macrodiols polyéther, même de
faible réactivité, sans catalyseur. La distribution des masses molaires des segments rigides est
moins large, le degré de séparation de phases de la structure segmentée est amélioré. Les
propriétés thermiques (température de pseudo-fusion) et mécaniques (module) peuvent donc
s’en trouver améliorées.
Dans le cas de la synthèse en deux étapes, les réactions peuvent être décrites comme
suit :
Ce que l’on appelle le prépolymère est donc un mélange du polyol de départ, dont les
fonctions alcool ont été transformées en fonctions uréthane sous forme d’oligomères simples
et supérieurs et de diisocyanate en excès. Le prépolymère est caractérisé par son taux de NCO
et par sa distribution de masses molaires. [PEE-76]
Page 12
Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
* MACRODIOL O N R N O R' O n
N R N O MACRODIOL *
O H H O O H H O
Ainsi, on obtient des segments souples (SS) et des segments rigides (SR) alternés. En
raison de la présence d’oligomères supérieurs dans le prépolymère, les SS sont constitués de
un ou plusieurs motifs macrodiol.
Page 13
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
I.2.3.4 Influence du cycle thermique sur la structure pour les procédés en masse
Il faut noter qu’un cycle thermique (au dessus de la température de transition vitreuse
des segments rigides, 98°C pour MDI-HQEE d’après la littérature [CUV-91] [CUV-92])
d’une quinzaine d’heures immédiatement après la coulée permet à la fois à la réaction
chimique de se poursuivre grâce à la mobilité des chaînes, mais également aux segments
rigides de se réarranger sous une forme plus stable thermodynamiquement (libérant
d'éventuelles concentrations de contraintes locales). La résistance aux solvants et le module
sont également augmentés, ainsi que la stabilité thermique.
Page 14
Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
Les polyuréthanes segmentés peuvent être vus comme des copolymères à blocs avec
une alternance de blocs souples et rigides. Les propriétés particulières des polyuréthanes, et
par conséquent leurs applications, reposent sur leur capacité à s’organiser à l’échelle
nanométrique. Ce phénomène appelé microséparation de phases est provoqué par la non-
miscibilité entre les blocs souples et rigides, associé à l’existence d’un lien covalent, qui
empêche toute séparation macroscopique.
Les segments rigides peuvent se trouver sous différents états dans les polyuréthanes
segmentés, comme représentés sur la Figure I-2. Lorsque le PU subit un recuit à basse
température après un passage à température élevée, les SR longs et courts sont exclus de la
phase souple en SS tandis que pour des températures de recuit élevées, seuls les SR longs sont
exclus alors que les SR les plus courts restent dissous dans la phase souple. [KWE-82]
Segments rigides
microséparés et
amorphes
Tg
domaines
rigides
modifient la Tg
des domaines
souples
Segments rigides
dissous Segments rigides organisés Tm1, Tm2…
Figure I-2 – Les différents états des segments rigides dans les PU segmentés, d’après [MAC-89]
Page 15
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Leibler [LEI-80] puis Matsen et Bates [MAT-96] ont étudié la miscibilité des
différents blocs dans les copolymères à blocs. Pour un système initialement ordonné à basse
température, au dessus d’une certaine température les phases ne sont plus microséparées et ne
présentent plus d’ordre. Le passage d’un état ordonné à un état désordonné, c’est-à-dire que
les blocs souples et rigides, initialement non miscibles, deviennent miscibles, est appelé
transition ordre-désordre ou transition de micromélange (chauffage) ou de microséparation de
phases (refroidissement). Cette transition est réversible. La température de micromélange de
phases est définie comme TMMT.
Des auteurs comme Ryan et al. [RYA-92] et Velankar et Cooper [VEL-98] se
demandent s’il est réellement possible de dire que les SPU possédent une phase ordonnée,
c’est-à-dire une phase avec un ordre à longue distance. Si les spectres SAXS mettent en
évidence un pic typique d’un copolymère à bloc, ceux-ci ne montrent jamais des pics d’ordre
supérieur.
Les SPU diffèrent également des copolymères à blocs puisque la longueur de chaînes
des segments peut être variable, en raison du mode de synthèse de ces matériaux. La
polymolécularité des segments aura donc pour conséquence des longueurs et un nombre de
blocs variables, et donc des transitions élargies. [PEE-76]
Page 16
Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
Page 17
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Pour une température comprise entre la TMMT et la Tm (Figure I-3b), des microdomaines
organisés se trouvent dans une matrice homogène dans laquelle le reste des SR est dissous.
Pour une température inférieure à la TMMT (Figure I-3a), en plus des microdomaines
organisés, se trouvent des SR microséparés et sous forme amorphe. Le reste des SR est
dissous de manière homogène dans la matrice souple.
SR séparés,
amorphes
et plus ou moins
ordonnés
Véritables cristaux 50 Å
50 Å
Microdomaines
de SR organisés
Reste
du matériau:
homogène
Tout est
homogène
50 Å
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Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
Saiani et al. [SAI-01] [SAI-04] ont étudié un PU à base de MDI allongé par le MP-
Diol (2-méthyl-1,3-propanediol) comme SR, afin de diminuer les températures
d’endothermes. Les deux endothermes successifs observés à haute température ont été
associés respectivement à la fusion de la structure ordonnée dans les domaines rigides (Tm) et
au micromélange des phases souples et rigides (TMMT). Ce processus est inversé par rapport
aux PUs étudiés par Koberstein et al., à base de MDI-BDO. Ainsi, l’ordre entre le
micromélange de phases et la fusion des domaines organisés lors de rampes en température ne
serait pas inhérent à tous les PU mais fonction de la nature chimique des SR.
Pour conclure ce chapitre, nous présentons les formulations utilisées dans ce travail.
Deux formulations vont être décrites dans cette partie. La formulation PP, réticulée en
phase souple, est composée de PCL/MDI/HQEE (Annexe 1) alors que la formulation Adilithe
VIII®, linéaire, est composée de PCL/PPDI/BDO.
I.4.1 La formulation PP
- Le diisocyanate
Page 19
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
I.4.1.2 La synthèse
C N CH2 N C O CH2 5
C O R O C CH2 O C N CH2 N C O CH2 2
O O CH2 O
5 2
O H H O O n O p OH H O xq
Le matériau polyuréthane ainsi synthétisé est constitué d’un SS PCL et d’un SR MDI-
HQEE. Dans le cas de la formulation PP, les segments souples sont composés d’un mélange
de PCL2 et PCL3.
Tableau I-4 – Proportions massiques totales des réactifs et molaires du total des fonctions NCO ou OH
correspondantes de la formulation PP008.
Formulation PP008 PCL2 PCL3 MDI HQEE
Apport en fonctions NCO ou OH (%) 9,32 12,16 51,00 27,52
Proportion massique (%) 35,00 30,00 24,37 10,63
Page 20
Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
Cette machine de coulée est constituée de deux circuits de matières aboutissant à une
tête de mélange dynamique. Dans chaque circuit, la matière chemine en permanence en
boucle fermée entre la cuve et la tête de mélange. La circulation est assurée par des pompes à
engrenages, entraînées par des moteurs asservis en vitesse. Ces pompes travaillent à pression
constante régulée.
Le chauffage des cuves, de 30 L de volume, est assuré par des résistances électriques.
Les températures des composants dépendent du procédé de synthèse utilisé.
Des plaques carrées de 2 mm d’épaisseur et 250 mm de côté, ainsi que des joncs
cynlindriques de 39 mm de diamètre et 400 mm de longueur, sont coulés dans des moules
d’acier préchauffés à 130°C (ou à 160°C selon la formulation, Annexe 1) et disposés
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
horizontalement pour les joncs, verticalement pour les plaques. Le débit est d’environ 600g de
matière par minute à 5 bars.
L’exothermie de la réaction porte le matériau coulé dans les plaques à 130°C à une
température de 135°C alors que le cœur d’un jonc dont le moule est à 130°C atteint une
température de 165°C. L’exothermie est plus forte en raison de la plus grande taille de
l’échantillon.
Trois matériaux modèles utiles à l’étude de la formulation PP ont été synthétisés par
mélange manuel. L’objectif est notamment d’identifier les transitions structurales et
également d’estimer le degré de séparation de phases dans les matériaux PP.
Tous ces matériaux ont ensuite subi une post-réaction de 15h à 130°C sous air.
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Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
- Le macrodiol
- Le diisocyanate
Le butane diol (BDO) est un diol court aliphatique utilisé comme allongeur de
chaînes, d’indice d’hydroxyle iOH = 1246. La masse molaire est de 90 g/mol. La température
de fusion est de 20°C.
HO CH2 4
OH
Cette synthèse est en partie confidentielle. On peut cependant dire que le matériau
polyuréthane Adilithe VIII® est obtenu en 2 étapes, préparé puis coulé en réacteur et non en
machine basse pression comme les formulations PP. Le prépolymère PPDI-PCL2 est stabilisé
dans le réacteur à 80°C sous vide et l’allongeur de chaînes BDO est ajouté à température
ambiante. Le mélange est agité fortement sous vide pendant 3 min puis le matériau est coulé
en appliquant une pression d’environ 2 bars dans le réacteur, avec un débit avoisinant les 3-
4kg/min. Pendant ces quelques minutes d’agitation, la température passe de 77 à 85°C. Les
moules sont préchauffés à 130°C et le temps de vie du mélange est de 9 min.
Page 23
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Le matériau linéaire ainsi synthétisé est constitué d’un SS PCL2000 et d’un SR PPDI-
BDO. D’après les conditions de synthèse particulières, ce segment rigide ne présente
quasiment aucune polymolécularité (il est de longueur uniforme). La formulation est
constituée de 17% massiques de SR. Le matériau subit finalement un cycle thermique de 15h
à 130°C afin de terminer la réaction. Le matériau est refroidi par convection naturelle à l’air
libre. Sa dureté atteint très rapidement 96 Shore A.
Deux matériaux modèles d’indice NCO/OH = 1,00 ont été synthétisés par mélange
manuel :
- le segment souple pur, constitué d’un mélange de PCL2 et PPDI. La
synthèse a lieu en masse. Le PPDI est porté à 100°C et on le fait réagir avec le polyol
à 100°C également. Il faut alterner le mélange manuel avec des remises à l’étuve du
mélange pendant plusieurs dizaines de minutes afin d’homogénéiser le matériau.
- le segment rigide pur PPDI-BDO en solvant. Le protocole expérimental est
identique à celui suivi pour la synthèse en solvant du SR MDI-HQEE.
Ces deux matériaux ont ensuite subi une isotherme de 15h à 130°C sous air.
Page 24
Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
Conclusions du chapitre I
Cette première partie a permis de définir ce qu’est un PU, matériau possédant une très
large variété de formulations et de propriétés, et de caractériser les différents réactifs mis en
jeu dans la synthèse de ces polymères. Plusieurs méthodes sont utilisables pour mettre en
œuvre ces matériaux. Le choix du procédé dépend notamment des propriétés finales que l’on
souhaite obtenir pour le matériau.
Les 2 familles de matériaux SPU étudiées dans ce travail (PP & Adilithe VIII®) ont été
présentées du point de vue de leurs compositions chimiques et de leurs procédés de mise en
œuvre.
La formulation PP, réticulée en phase souple, est mise en œuvre par coulée basse
pression par une méthode proche de la méthode quasi-2 étapes.
La formulation Adilithe VIII®, linéaire, est mise en œuvre en 2 étapes, par coulée à
basse pression du mélange effectué en réacteur.
Page 25
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
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Chapitre I : Généralités et synthèse des matériaux polyuréthane
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Page 27
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 28
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
Les matériaux polyuréthane que nous allons étudier sont destinés à des applications en
chargement répété, comme le bandage de roues ou de cylindres. Ces matériaux sont utilisés
pour leur caractère élastomère, une bonne résistance à l’abrasion ainsi qu’une bonne
résistance aux solvants. Les formulations sont définies par leurs propriétés viscoélastiques.
Ainsi, lors d’une sollicitation répétitive, un déphasage existe entre la charge imposée et la
réponse du matériau. Une partie du travail mécanique appliqué au matériau à chaque cycle se
dissipe. Ce travail mécanique dissipé peut mener à la rupture de liaisons, des changements
structuraux ou se transformer en chaleur.
Dans un second temps, l’appareil de fatigue utilisé pendant l’étude sera présenté. Le
test de fatigue thermomécanique peut se révéler un indicateur très fin des propriétés du
matériau qui ne seraient pas forcément révélées par un test statique. Les deux types de test qui
ont été mis au point sur les formulations PP et Adilithe VIII® seront ensuite décrits : à charge
constante et à chargement progressif. Dans le cas d’un essai à charge constante sur un
cylindre de la formulation PP, l’exploitation des cycles permet de suivre les propriétés tout au
long de l’essai. La température est également suivie en différents points de l’éprouvette.
Page 29
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Pages
II.1 Généralités sur les phénomènes de fatigue ...................................................................... 31
II.1.1 Définition de la fatigue d’un matériau .......................................................................................... 31
II.1.2 Définition des modes de rupture ................................................................................................... 33
II.1.3 Comportement thermomécanique des polymères en fatigue ......................................................... 33
II.1.3.1 Bilan énergétique ................................................................................................................. 33
II.1.3.2 Equilibres thermiques et phénomènes d’échauffement........................................................ 37
II.1.3.3 Évolution de la température du matériau lors d’un essai de fatigue .................................... 38
II.1.3.4 Principaux paramètres influant sur le passage d’un équilibre stable à instable ................... 39
II.[Link] Les conditions d’essai ..................................................................................................... 39
II.[Link] La contrainte appliquée ................................................................................................... 39
II.[Link] Le rapport de chargement ............................................................................................... 40
II.[Link] La fréquence de sollicitation ........................................................................................... 40
II.[Link] Les dimensions de l’échantillon ...................................................................................... 41
II.[Link] Les propriétés thermiques du matériau ........................................................................... 41
II.[Link] Les propriétés mécaniques du matériau .......................................................................... 42
II.1.4 Phénomènes responsables de la rupture en fatigue ....................................................................... 43
II.1.5 Modification des structures et des propriétés lors des essais de fatigue ........................................ 44
II.1.5.1 Fatigue mécanique (à température constante) ...................................................................... 44
II.[Link] Cristallisation sous contrainte du matériau ..................................................................... 44
II.[Link] Adoucissement du matériau ............................................................................................ 45
II.1.5.2 Fatigue thermomécanique .................................................................................................... 50
II.1.6 Modélisation des échanges thermiques lors des essais de fatigue thermomécanique.................... 54
II.2 Mise au point de l’essai de fatigue thermomécanique .................................................... 55
II.2.1 Description du dispositif de fatigue en compression ..................................................................... 55
II.2.2 Définition des conditions d’essai du test standard......................................................................... 55
II.2.2.1 Définition des paramètres de l’essai standard ...................................................................... 55
II.2.2.2 Gradients thermiques expérimentaux .................................................................................. 57
II.2.2.3 Évolution des paramètres mécaniques au cours d’un essai de fatigue thermomécanique
standard 60
II.2.3 Essais à chargement progressif SILT ............................................................................................ 64
Conclusions du chapitre II ............................................................................................................. 65
Références bibliographiques du chapitre II ................................................................................. 66
Page 30
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
La caractérisation mécanique statique n’est pas suffisante pour prédire les propriétés
d’un polyuréthane dans le cadre d’une application où il subit une sollicitation cyclique. Il est
donc nécessaire de caractériser le matériau dans le cadre d’un essai de fatigue pour obtenir un
maximum d’informations sur ses propriétés dynamiques. Il faut comprendre les mécanismes
responsables de l’endommagement du matériau pour ensuite prévoir la durée de vie du
matériau, c’est-à-dire déterminer la relation entre la structure et les propriétés. Les conditions
d’essais doivent être capables de simuler au mieux la sollicitation subie par la pièce lors de
son application réelle.
Les essais peuvent être effectués sous contrainte ou déformation imposée. Dans les
deux cas, outre la fréquence, un certain nombre de variables (Figure II-1) contribuent à définir
plus précisément l’essai de fatigue [CRA-74] :
Il n’existe pas de critère universel simple pour caractériser la tenue à la fatigue d’un
matériau. Le critère dépend de la sollicitation (fréquence, contrainte…), de l’environnement
(température…), du comportement et de la structure du matériau et surtout de l’application
envisagée.
Page 31
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les courbes de Wöhler traduisent la durée de vie totale des échantillons en ne séparant
pas les phénomènes d’amorçage et de propagation de fissure. Pour remédier à cela, la
propagation de fissures peut être suivie lors d’un essai de fatigue et on peut y appliquer la loi
de Paris [TRO-95].
Page 32
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
La rupture d’un matériau peut être atteinte de deux manières différentes, selon les
matériaux et les conditions expérimentales du test de fatigue : la rupture peut être thermique
ou mécanique.
Par contre, à une fréquence ou contrainte donnée plus faible, ou pour des échantillons
minces, l’échauffement est plus faible, voire nul, et la température se stabilise au sein du
matériau. Des fissures peuvent s’amorcer, se propager, puis provoquer la destruction de
l’éprouvette. L’échauffement n’est donc pas ici la cause principale de la rupture, qualifiée de
mécanique. [GHO-73]
Page 33
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
3,5 9%
σ0
8%
3,0
ε(t)
δ 7%
σ0.(1-R)/2
2,5
Contrainte (MPa)
σ(t) 6%
Déformation (%)
2,0 5%
1,5 4%
3%
1,0
2%
0,5 σ0.R
1%
0,0 0%
0 0,005 0,01 0,015 0,02 0,025 0,03 0,035
Temps (s)
Figure II-4 – Représentation de la force et du déplacement sur un cycle d’un essai de fatigue en compression, à
T=22°C. Le décalage temporel entre les deux courbes est défini comme l’angle de perte δ.
Le travail est calculé à partir de W = ∫ F .dL = ∫ σ .S 0 .dε .L0 = V0 .∫ σ .dε (Figure II-5) :
3,5
3,0
2,5
Contrainte (MPa)
δ
2,0 Edyn
1,5
W''
1,0
W'
0,5
0,0
0% 2% 4% 6% 8% 10%
Déformation (%)
Figure II-5 – Représentation d’un cycle de l’essai de fatigue, à T=22°C. L’aire de
l’hystérèse correspond à l’énergie dissipée W’’ durant le cycle.
Page 34
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
σ0 σ
W = V0 .∫ .(1 − R ). sin( ω .t ).d 0 .(1 − R ).[J '.sin( ω .t ) − J ' '.cos(ω .t ) ]
2 2
σ 02
W = V0 . .(1 − R ) 2 .∫ sin( ω .t ).d [J '.sin( ω .t ) − J ' '.cos( ω .t ) ]
4
σ 02
W = V0 .
4
[
.(1 − R ) 2 .∫ J '.ω . sin( ω .t ). cos( ω .t ) + J ' '.ω . sin 2 (ω .t ) .dt ]
Le calcul donne une intégrale en deux parties : W = W '+W ' '
4 0
2 2.π / ω
σ
et W ' ' = V0 . ∫ [J ' '.sin ]
0 2 2
.ω .(1 − R ) . (ω .t ) .dt
4 0
2.π / ω
Calculons ∫ sin
2
(ω .t ).dt :
0
2.π / ω 2.π / ω 2.π / ω 2.π / ω
1 − cos( 2.ω .t ) 1 1
∫ sin (ω .t ).dt = ∫ ∫ ∫ 2.ω . cos( 2.ω .t ).dt
2
2 .dt = 2
.dt −
4.ω
.
0 0 0 0
2.π / ω 2.π / ω
x 1 2.π / ω π 1 π
∫ sin
2
(ω .t ).dt = − .[sin( 2.ω .t ) ]0 = − 0 − .[0 − 0] =
0 2 0 4.ω ω 4.ω ω
Page 35
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
0,6
0,4
y = 0,9998x + 0,0115
0,3 2
R = 0,999
0,2
0,1
0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7
2 2
π/4.F 0.(1-R) .sin δ/kdyn.f/V ou
σ20.(1-R)[Link] δ/Edyn.f (W/cm3)
π/4.σ
Figure II-6 – Validation expérimentale de l’expression du travail dissipé W’’ pour différentes forces,
fréquences, formulations, températures et géométries d’échantillons étudiés dans ce travail (Équation II-3).
Notons que dans les deux cas, que la sollicitation soit à déplacement imposé ou à force
imposée, le travail mécanique dissipé W’’ dépend du carré de ces variables et revêt une très
forte influence.
Si on considère que tout le travail dissipé W’’ est transformé en chaleur et que les
conditions adiabatiques sont respectées, on peut estimer l’élévation maximale de température
du matériau par l’Équation II-4 :
Cependant, cette dernière équation ne peut pas modéliser l’ensemble d’un essai de
fatigue thermomécanique car les conditions ne sont pas adiabatiques : elle ne prend pas en
compte les échanges thermiques avec l’extérieur mais peut être une aide à la prédiction et au
calcul de l’autoéchauffement qui a lieu au cœur de l’échantillon au début du test.
Page 36
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
La durée de vie d’un polymère soumis à des déformations cycliques dépend en grande
partie de l’élévation de température de l’échantillon. Cette augmentation de température
résulte de la compétition entre la chaleur générée par hystérésis : Q+ et les échanges
thermiques avec le milieu ambiant : Q–.
Les pertes thermiques ont lieu essentiellement par convection avec le milieu ambiant.
La conduction est faible car les matériaux polymères sont de bons isolants thermiques et la
perte par rayonnement est considérée ici comme négligeable. La quantité de chaleur échangée
avec le milieu ambiant peut donc s’écrire :
Q– = α ( TS - T∞ ) (sur un cycle)
Les équilibres thermiques possibles sont atteints pour Q+ = Q-. C’est-à-dire, dans le cas
d’une résolution graphique, à l’intersection des deux courbes Q+ et Q-.
Figure II-7 – a) Effet de la température sur le module dynamique E’, l’angle de perte
δ et la quantité de chaleur Q+. b) domaines d’équilibres thermiques entre la quantité de
chaleur Q+ et celle échangée avec le milieu ambiant Q- [RAT-65]
Page 37
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
En se basant sur la Figure II-7b, on distingue trois cas d’équilibres thermiques : deux
équilibres stables A et C et un équilibre instable B.
Équilibre instable B
L’équilibre B est instable car tout écart de température conduit vers les équilibres
stables A ou C. On peur définir deux températures Tk et T*k entre lesquelles il est impossible
de stabiliser la température de l’échantillon.
Page 38
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
(3)
(2)
(1)
Figure II-8 – Possibilités d’évolution de température mesurée lors d’un essai de fatigue.
(1) équilibre thermique stable à basse température ; (2) équilibre thermique stable à
haute température ; (3) équilibre thermique instable [RAT-65]
Le cyclage peut être contrôlé en force (ou contrainte) (le plus fréquemment) ou en
déplacement (ou déformation) [RAT-69]. Une baisse du module due à l’élévation de
température (observée en DMTA) augmente la dissipation d’énergie dans le cas d’un essai à
contrainte imposée, alors que dans le cas d’un asservissement en déformation, cette baisse de
module provoque une baisse de la dissipation d’énergie.
Page 39
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Figure II-9 – Evolution thermique pendant un essai de fatigue à contrainte imposée variable [CRA-74]
Il est défini par R = σmin/σmax. Crawford et Benham [CRA-74] expliquent que lors
d’un essai de fatigue, une sollicitation alternée en traction/compression (R = –1) provoque un
échauffement plus important du matériau qu’une sollicitation de même amplitude appliquée
uniquement en traction (R = 0).
De plus, dans les polymères en général, deux modes de déformation peuvent
subvenir : le craquelage et le cisaillement. Compte tenu des critères de plasticité, le
craquelage ne peut pas exister en compression, ce qui fait que les durées de vie peuvent être
très différentes.
Comme nous l’avons vu, lors d’un essai de fatigue sur des matériaux viscoélastiques,
une partie de l’énergie est dissipée sous forme de chaleur. Cette chaleur dissipée est due à la
composante visqueuse du polymère qui dépend linéairement de la fréquence (Équation II-3).
Page 40
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
Page 41
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les propriétés mécaniques statiques, telle que la dureté par exemple, et dynamiques
dans le domaine viscoélastique sont importantes.
Une dureté plus grande à la température ambiante diminue à contrainte donnée
l’enfoncement de l’échantillon, et réduit donc la dissipation d’énergie (W’’= π. σ20. J’’ avec
J(t)=ε(t)/σ0) et l’échauffement initiaux du matériau [CLI-92].
Cependant, du fait d’évolutions qui peuvent être différentes des modules élastiques E’
ou visqueux E’’ avec la température pour plusieurs matériaux, des rigidités ou des duretés
identiques à température ambiante ne correspondent pas forcément à des échauffements
similaires sous une même sollicitation cyclique.
De même, un matériau possédant une bonne tenue à haute température pourra avoir
une tenue en fatigue supérieure. Plus la température de fusion des SR est élevée, plus il faut
chauffer pour avoir un bris thermique. Il est en fait important de trouver un compromis entre
les propriétés à haute température et la capacité du matériau à s’échauffer.
Page 42
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
Dans le même ordre d’idée, Liu et al. [LIU-89] ont mis en évidence pour un
polyuréthane segmenté (SPU) PTMO/MDI/BDO que le mélange de phase qui a lieu lors d’un
essai de fatigue est partiellement réversible et donc que le matériau peut recouvrer une partie
de ses propriétés. Ils quantifient les proportions de phases rigides et intermédiaires par
thermoluminescence et observent que l’augmentation de phase intermédiaire, constituée de
segments rigides et de segments souples, obtenue pendant 106 cycles de fatigue à 25% de
déformation à 2 Hz disparaît en partie par démixtion après 30 jours de repos après essai.
On voit bien que les théories de cumul de dommages ne sont pas valables dans le cas
de la rupture thermique. Le fait de ne pas forcément obtenir une durée de vie infinie pour des
essais contrôlés en température montre bien que des évolutions structurales propres au
matériau doivent se produire avant d’atteindre la température critique qui ne serait pas
l’unique responsable de la rupture.
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Le calcul des énergies dissipées montre, en effet, qu’une partie seulement de l’énergie
mécanique est transformée sous forme de chaleur, la fraction restante pouvant par exemple
être consommée par des changements de conformation, des ruptures et des
désenchevêtrements de chaînes macromoléculaires.
Des analyses ont été faites sur des matériaux ayant subi des sollicitations répétées pour
mieux comprendre les modifications structurales induites par la fatigue. Le but de ces
recherches est d’établir une relation entre des changements de propriétés macroscopiques et
des changements structuraux au niveau moléculaire des matériaux testés en fatigue. De telles
corrélations peuvent par exemple être utiles dans le but d’améliorer les propriétés dynamiques
d’un matériau polymère à travers une modification de sa structure moléculaire.
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Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
Figure II-12 – Schémas de l’évolution de la structure au cours de l’essai de fatigue. Stage I : Orientation
des domaines. Stage II : Mélange des phases. Stage III : Orientation des segments. [SHI-87]
Liu et al. [LIU-89] ont effectué des analyses de thermoluminescence sur des films de
polyuréthanes linéaires fatigués à 25% de déformation en traction en isotherme à 2 Hz de
PTMO(2000)/MDI/BDO et également des analyses des temps de diffusion des phases par
RMN du Solide. Les films ne possèdent pas de déformation résiduelle et n'ont pas présenté
d'élévation de température après avoir subi 106 cycles.
Par écho de spin en RMN du Solide, les temps caractéristiques de relaxation radiale
T2 sont étudiés pour chacune des 3 phases considérées : souple, intermédiaire et rigide. En
considérant que les contributions des 3 phases peuvent être décrites par des Gaussiennes, on
peut déterminer les proportions de ces mêmes phases avec la durée passée en fatigue (Figure
II-13).
La forte augmentation de la phase intermédiaire met en évidence le phénomène de
Phase Mixing au sein du matériau en fatigue cyclique sans échauffement.
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
De même, Jimenez et al. [JIM-00] ont étudié en fatigue mécanique en traction des
films PU PTMO/MDI/BDO. Un second macrodiol PTMO avec un groupe méthyle sur la
chaîne a également été utilisé. Le test de fatigue consiste en une traction cyclique à 20% de
déformation à 3Hz pendant 106 cycles, en isotherme.
Comme pour Liu, la fatigue se traduit sur les courbes de thermoluminescence par une
augmentation de l’intensité du pic associé à la phase intermédiaire. Ce phénomène est moins
prononcé pour le matériau dont la phase souple contient un groupe méthyle.
L’ajout de ce groupe méthyle génère un encombrement suffisant de la phase souple
pour ne pas observer de cristallisation en DSC. Cette absence de cristallisation permet au PU
avec le groupement méthyle d’avoir une meilleure tenue en fatigue que le matériau avec la
phase souple à base de PTMO simple. La cristallisation de la phase souple est donc un facteur
réduisant dramatiquement la résistance à la fatigue mécanique.
Ceci montre que l’on a intérêt à réticuler un peu la phase souple dans le cas où elle
aurait tendance à cristalliser.
El Fray et Altstädt ont mené une série d’études sur un élastomère thermoplastique
(copolyester aliphatique/aromatique) de dureté 55 Shore D et sur un polyuréthane (polyéther
Pellethane 55DE®). Ils ont utilisé différentes techniques de sollicitation des échantillons.
[ElF-03a] Après détermination du module en statique et de la contrainte à rupture (appelée
UTS pour Ultimate Tensile Stress), ils ont utilisé la méthode du SILT (Stepwise Increasing
Load Testing) en traction. La contrainte imposée, pour R=0,1 en traction isotherme et à une
fréquence de 3 Hz, augmente par palier pendant l’essai (Figure II-14a). Ce type d’essai a pour
avantage de toujours mener les éprouvettes, de section 12 mm2, à rupture mécanique.
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Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
a) b)
[ElF-03b] Les échantillons sont aussi sollicités en mode SLT (Single Load Test ; un
seul niveau de chargement). La contrainte appliquée correspond à la charge induisant une
chute de 5% du module dynamique et a été mesurée par SILT précédemment.
Le test de fatigue est composé de 100.000 cycles à 1 Hz à 24°C dans l’air. L’influence
du taux de SR sur le 50.000ème cycle est représentée sur la Figure II-15. Comme attendu, on
observe une augmentation du module dynamique avec le taux de SR.
Figure II-15 – 50.000ème cycle pour des échantillons dont le taux de SR varie entre 26 et 70%. Les 2 premiers
chiffres correspondent au taux de SR et les 2 derniers au taux de phase souple [ElF-03b]
Lorsque les matériaux sont destinés à des applications dans le domaine médical, des
tests en milieu aqueux représentatif du corps humain peuvent être réalisés en chambre
d’ambiance (Figure II-16), à température ambiante comme à 37°C.
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Éprouvette
[ElF-04] Les matériaux ont finalement été sollicités par la méthode du SIST (Stepwise
Increasing Strain Test), qui contrôle en déformation et non pas en contrainte comme le SILT.
La déformation imposée, avec Rε=0,1 et à une fréquence de 1 Hz, augmente par palier
pendant l’essai (Figure II-17a).
a) b)
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Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
La tenue en fatigue peut aussi être caractérisée par le suivi de l’avancement de fissure
sur des éprouvettes entaillées en suivant la loi de Paris. Rodriguez et al. [ROD-94] ont étudié
la tenue en fatigue en traction simple de TPU à base de 4 polyols différents/MDI/BDO.
L’utilisation de polycarbonate adipate a montré de moins bonnes propriétés de tenue en
fatigue que la polycaprolactone, le polytétraméthylène éther glycol ou le polyadipate ester.
Legorju et al. [LEG-02] ont sollicité en fatigue (R=-1) des élastomères linéaires
naturels et synthétiques. La vitesse d’avancement de fissure est augmentée par la température.
Pour une sollicitation faible, l’endommagement du matériau est très fort. Par contre,
pour une sollicitation forte en traction, le matériau est renforcé par cristallisation sous
contrainte de la phase souple comme dans le cas de Sakurai [SAK-94]. Ceci montre que les
phénomènes induits par la fatigue sont nombreux, propres à une sollicitation et un matériau
donné, et peuvent parfois être opposés.
Si une sollicitation mécanique répétée peut amener à une cristallisation sous contrainte
du matériau, elle génère plus souvent un adoucissement du matériau lié à des réarrangements
et/ou des ruptures de chaînes. Dans les matériaux polyuréthane, l’adoucissement est lié à un
micromélange de phases. Initialement, les phases souples et rigides sont généralement bien
définies. La sollicitation mécanique peut avoir pour conséquence de faire migrer des segments
d’une phase dans l’autre. La création d’une phase intermédiaire fait baisser l’effet renforçant
des domaines rigides et mène donc à une baisse du module mécanique.
Des essais à chargement ou déplacement imposés ont été mis au point afin d’étudier
l’évolution du module avec la grandeur imposée. Ce type de test pourra être utilisé afin de
porter à rupture les échantillons des formulations de notre étude.
Page 49
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Fitzgerald et al. [FIT-92] ont mené des essais de fatigue en compression (30Hz et
8kg±4kg) sur des matériaux élastomères PDMS chargés avec de l’oxyde d’aluminium
(échantillons de diamètre 12 mm et hauteur 12mm). Ce niveau de sollicitation a été choisi
pour obtenir une très faible élévation de la température et cela pour différentes températures
extérieures (entre 163 et 218°C). Ces essais ne correspondent pas réellement à de la fatigue
thermique puisque la température est un paramètre extérieur à l’échantillon et non de l’auto-
échauffement. Ils permettent néanmoins de séparer l’influence de la température de celle de la
charge appliquée. Les auteurs ont ainsi constaté que le phénomène de rupture des liaisons est
accéléré lorsque la contrainte ou la température appliquée en fatigue augmentent. Ces auteurs
vérifient donc que ce sont à la fois l’énergie mécanique et l’énergie thermique qui sont
responsables de l’amorçage et de la propagation des réactions de dégradation du matériau.
Visser et al. [VIS-96] ont montré, lors d’un essai de fatigue en compression (30Hz à
218°C) sur un élastomère PDMS et P(DPS-co-DMS), que la compétition entre les
phénomènes de scission des chaînes et de réticulation chimique dépendait du taux de
diphénylsiloxane présent dans l’élastomère. Cette compétition s’avère d’autant plus complexe
à caractériser pour un polyuréthane vu le nombre de transitions thermiques envisageables.
Page 50
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
Plus intéressante est l’étude faite par Mead et al. [MEA-87] sur l’influence de la
fatigue thermique en compression (f = 6,5 Hz et R = 0,1, cubes de 63,5 mm de côté et
contrainte maximale de 6,6 MPa) sur les propriétés mécaniques d’un polyuréthane-urée. Un
certain nombre d’expériences leur ont permis de conclure que la rupture de l’échantillon est
avant tout thermique (3 formulations polyuréthane-urées différentes : Figure II-19a) car
l’augmentation de température de l’échantillon provoque la fusion des domaines rigides qui,
de ce fait, n’assurent plus leur rôle de renforcement du matériau. Des analyses de gonflement
montrent qu’il n’y a pas de changement de la densité de réticulation, pas de rupture de
liaisons uréthane ou urée, et ceci malgré une diminution du module au plateau caoutchoutique
E’ (Figure II-19b).
a) b)
L’augmentation de la Tg des SR (qui passe de 175 à 205°C) en DSC, sous l’effet des
cycles subis et de l’auto-échauffement, peut être expliquée par une augmentation du degré de
séparation de phases ou par une meilleure organisation des domaines rigides amorphes.
La baisse du module élastique E’ ne peut être expliquée dans ce cas par la dissociation
des liaisons uréthane et urée sous forme de d’isocyanates, alcools et amines car aucun
nouveau pic n’est observé en spectroscopie infrarouge. Ce phénomène a pourtant été observé
par Saunders [SAU-66] et Ballisteri [BAL-80]. Dans le cas de Mead et al. [MEA-87], la
baisse de module est donc liée à la perte d’organisation des domaines rigides. Ce phénomène
est amplifié par la température et la rupture de l’échantillon a lieu lors du passage au dessus
de la température de fusion des SR.
Différents paramètres liés à la formulation ont une influence sur la tenue en fatigue
thermomécanique des élastomères polyuréthane :
- La longueur du macrodiol
De nombreux auteurs ont étudié l’influence de ce paramètre. Avoir un macrodiol de
masse comprise entre 2000 et 3000 g/mol permet d'augmenter les enchevêtrements au sein de
la matrice souple et ainsi de réduire cet adoucissement [RED-78]. Le degré de séparation de
phases le plus important est également obtenu avec un macrodiol de masse comprise entre
2000 et 3000 g/mol. [SEE-75a] [SEE-75b] [PET-85a] [PET-85b] [JIM-00]
Page 51
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
[CHO-97] Angèle Chomard a réalisé un test de fatigue similaire à celui décrit dans la
norme NF T 46-045 (essais de flexométrie à compression), en sollicitant des éprouvettes
cylindriques de diamètre 39mm et hauteur 39mm sous 10 Hz avec une contrainte imposée de
5,7 MPa qu’elle a déterminée comme étant la plus proche de la sollicitation réellement subie
par le matériau pour l’application industrielle. Les matériaux sont des PU PEA/MDI/BDO.
Les éprouvettes cylindriques sont recommandées par cette norme pour évaluer l’élévation de
température et la résistance à la fatigue d’un matériau élastomère.
Page 52
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
D’après ces différents résultats, on peut établir que c’est une combinaison de la
contrainte mécanique appliquée et du recuit thermique provoqué par l’essai de fatigue qui
provoque des changements irréversibles de structures et de propriétés. Les mécanismes qui
vont ensuite dominer dans la dégradation des matériaux soumis à une contrainte cyclique et
une température élevée sont gouvernés par la composition chimique du polymère et son
vieillissement. Les phénomènes expliquant la baisse de module du matériau sont la perte
d’organisation des domaines rigides, le micromélange de phases ainsi que la fusion des
domaines rigides organisés.
Page 53
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Le travail dissipé W’’ à chaque cycle de fatigue peut conduire à des modifications
structurales et à la transformation sous forme de chaleur. La quantité de chaleur est
usuellement définie comme un terme source à l’intérieur de l’échantillon Q+.
Kogelnik et al. [KOG-90] ont travaillé, par le modèle d’Œrtel, sur l’estimation de
l’autoéchauffement final en fonction de l’énergie dissipée par cycle dans l’échantillon. Ils ont
supposé que la totalité du travail mécanique dissipé est convertie en chaleur. Ils ont également
isolé thermiquement les contacts avec les mors et supposé que la seule perte d’énergie se fait
par échange convectif sur la surface de l’échantillon. L’autoéchauffement est légèrement
surestimé par cette méthode, notamment car l’isolation thermique des mors n’est pas parfaite.
Pour un système dans lequel les échanges thermiques liés aux contacts entre
l’échantillon et les mors de fatigue ne sont pas négligeables, alors ce modèle surestimera
fortement l’autoéchauffement du matériau.
Rittel et al. [RIT-00a] [RIT-00b] ont utilisé un logiciel de modélisation thermique par
éléments finis afin de simuler l’autoéchauffement sous contrainte de matériaux
thermoplastiques PC et PMMA. Ils ont supposé une conduction parfaite entre les surfaces
planes du plot sollicité et les mors de compression en acier. La couronne du plot subit une
convection naturelle avec l’air. La conductivité thermique λ, la capacité calorifique Cp et la
densité ρ des matériaux ont été déterminées. Le taux de transformation sous forme de chaleur
utilisé est de 50%. L’utilisation de 50% du travail mécanique dissipé à chaque cycle comme
terme source permet de simuler l’autoéchauffement des matériaux. La montée en température
ainsi que la température de stabilisation sont bien décrits.
Ils concluent que le reste du travail dissipé est affecté à des modifications structurales.
Les propriétés mécaniques étant constante à la stabilisation de l’échantillon, ces modifications
ne peuvent être considérées comme de la plasticité.
A noter ques tous ces auteurs ont proposé des modélisations avec des caractéristiques
themophysiques toutes constantes ou indépendantes de la température.
Page 54
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
a) b)
Figure II-20 – Photos a) de la machine de fatigue et b) du plot entre les mors de compression.
Le test est effectué sur des cylindres ayant un diamètre moyen de 39 mm et une
hauteur moyenne de 36 mm. Le test complet est composé de différentes séquences. Il s’agit
tout d’abord de mesurer le module statique en compression uniaxiale du plot sur 2 cycles à 10
mm/min, ainsi que l’énergie dissipée lors d’un cycle.
La seconde étape est le test de fatigue thermomécanique proprement dit. Les cylindres
sont sollicités en compression entre les faces planes, comme sur la Figure II-20b. La
sollicitation sinusoïdale comprime le matériau à force contrôlée, entre 400 et 4000 N, soit
entre 0,33 et 3,35 MPa ( σ max ). Le rapport de charge R est donc de 0,1. La fréquence peut
varier entre 1 ou 27 Hz. Le choix de la force maximale et de la fréquence de l’essai a été
effectué en raison des conditions réelles de l’application visée. De plus, il est possible de
suivre la température grâce à 5 thermocouples gainés de type J ou K et de diamètre 0,25 mm
et/ou 1 mm. Ceux-ci peuvent être positionnés en différentes positions radiales ou
longitudinales du plot (Figure II-21).
Page 55
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
3,0
W''
2,5
Contrainte (MPa)
2,0
Edyn
1,5
1,0
0,5 W'
0,0
0% 2% 4% 6% 8% 10%
Déformation (%)
Page 56
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
La Figure II-23a est une photographie d’un plot de la formulation Adilithe III® avant
l’essai de fatigue. Sous une sollicitation de force maximale 4kN à 20Hz, la température se
stabilise à une température de 135°C dans le plot et celui-ci a pris une forme de tonneau et
révèle une part de déformation plastique (Figure II-23b). Par contre, pour une sollicitation de
force maximale 5kN à 20Hz, la température ne stabilise pas et le plot éclate au-delà de 180°C
(Figure II-23c).
a) b) c)
Figure II-23 – Photographies de plots de la formulation Adilithe III® a) avant l’essai
de fatigue, b) après un essai à 4 kN et 20 Hz et c) après un essai à 5 kN et 20 Hz.
A noter également qu’en dehors du test standard (F0=4 kN, R=0,1 et f=27 Hz),
d’autres essais seront effectués en faisant varier un ou plusieurs de ces paramètres.
Par exemple, un test avec une fréquence de 1 Hz permet de limiter fortement
l’autoéchauffement et ainsi de considérer que le test induit alors seulement de la fatigue
mécanique, et non thermomécanique.
Page 57
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
70
65
Cœur
60
Température (°C) 55
6 mm du mors
50
45 Surface à mi-hauteur
40
35
30
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Figure II-24 – Evolution de la température au centre du cylindre, à 6mm du mors d’acier et à mi-
hauteur sur la surface au cours d’un essai de fatigue standard sur PP013 (40% SR) à 10 Hz.
Cœur
95
85
6 mm du mors
Température (°C)
75
65
Surface à mi-hauteur
55
45
35
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Figure II-25 – Evolution de la température au centre du cylindre, à 6mm du mors d’acier et à
mi-hauteur sur la surface au cours d’un essai de fatigue standard sur PP (40% SR) à 27 Hz.
Pour tous les tests, la température aux contacts entre les plots de PU et les mors en
acier augmente très peu. En effet, la température de contact est liée à l’effusivité des
matériaux e = (λ .ρ .Cp )−1 par l’Équation II-5. Les propriétés thermophysiques sont déterminées
dans la Partie III.3.1 et permettent de calculer pour l’acier et la formulation PP respectivement :
eacier = 14000 m2/s et ePP = 700 m2/s.
T =
(e acier .Tacier + e PP .T PP 008 ) Équation II-5
(e acier + e PP )
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Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
Le changement de température à cœur de l’échantillon n’a que très peu d’influence sur
la température de contact. Si la température du plot au contact avec les mors passait de 65°C à
100°C, la température du contact n’augmenterait que de 2°C (de 29 à 27°C).
80
75
70
T de surface (°C)
65
60
55
Acier 50 Acier
45
40
35
z (mm)
30
-20 -16 -12 -8 -4 0 4 8 12 16 20
Figure II-27 – Gradient thermique longitudinal de surface d’un plot de la formulation PP (35% SR),
stabilisé thermiquement lors d’un essai de fatigue à 4kN et 27 Hz, d’après la Figure II-26.
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
avec TC
80
sans TC
T de surface (°C)
70
60
50
40
x (mm)
30
-14 -10 -6 -2 2 6 10 14
Le matériau de la formulation PP (à 40% SR) est sollicité entre 400 et 4000 N à une
fréquence de 10 Hz. On observe expérimentalement sur la Figure II-29 qu’il y a un retard
temporel du déplacement par rapport à la force imposée. Ce retard est défini par l’angle de
perte δ, sachant qu’un cycle correspond à 360°. Cet amortissement est lié à la présence d’une
composante visqueuse dans le module du matériau (Équation II-6).
E''
tan δ = Équation II-6
E'
où E’ est le module de conservation (élastique) et E’’ le module de perte (visqueux).
Page 60
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
3,5 9%
σ0
8%
3,0
δ ε(t)
σ0.(1-R)/2 7%
2,5
Contrainte (MPa)
σ(t) 6%
Déformation (%)
2,0 5%
1,5 4%
3%
1,0
2%
0,5 σ0.R
1%
0,0 0%
0 0,02 0,04 0,06 0,08 0,1
Temps (s)
Figure II-29 – Représentation de la force et du déplacement sur un cycle d’un essai de fatigue en
compression, à T=22°C. Le décalage temporel entre les deux courbes est défini comme l’angle de perte δ.
L’évolution des cycles de fatigue est représentée sur la Figure II-30 en fonction du
nombre de cycles N.
3,5
N
3,0
810
1620
2133
2,5 2808
3698
Contrainte (MPa)
4869
2,0 6411
8441
11113
15633
1,5 19266
25367
33400
43877
1,0 57903
76239
100381
0,5 132168
174022
229129
299943
0,0
0% 2% 4% 6% 8% 10% 12%
Déformation (%)
Figure II-30 – Evolution des cycles d’hystérésis au cours d’un essai de fatigue standard.
π
Pour un test et une géométrie donnés, le travail dissipé W ' ' = .σ 02 .(1 − R ) 2 . J ' '.V0
4
sin δ tan δ
(Équation II-1) est directement proportionnel à J ' ' = = . L’analyse des cycles
E dyn E ''
d’hystérésis permet donc de suivre les propriétés du matériau tout au long de l’essai : l’angle
de perte δ, le module dynamique Edyn (Figure II-31) et le travail dissipé par cycle W’’ (Figure
II-32).
Page 61
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
62 0,14
61 0,13
60 0,12
59 0,11
E dyn (MPa)
58 0,10
tg δ
57 0,09
56 0,08
Edyn
55 tg δ 0,07
54 0,06
53 0,05
0 9000 18000 27000 36000 45000 54000 63000 72000
Cycles
0,8
0,7
W'' (J/cycle)
0,6
0,5
0,4
0,3
0 9000 18000 27000 36000 45000 54000 63000 72000
Cycles
Figure II-32 – Evolution du travail dissipé W’’ (en J/cycle) au cours d’un essai
de fatigue à 10 Hz entre 400 et 4000 N d’un plot de la formulation PP (40% SR).
Comme montré sur la Figure II-24, une partie du travail dissipé W’’ à chaque cycle se
transforme sous forme de chaleur et mène à l’autoéchauffement de l’échantillon sollicité. Les
grandeurs dernièrement représentées au cours de l’essai peuvent être également représentées
en fonction de la température à cœur de l’échantillon (Figure II-33 pour Edyn et tg δ, Figure II-34
pour W’’). Il faut garder à l’esprit que ces grandeurs sont des valeurs globales associées à
l’ensemble du plot et donc à ses gradients thermiques verticaux et horizontaux.
Page 62
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
62 0,14
61 0,13
60 0,12
59 0,11
E dyn (MPa)
tg δ
58 0,10
tg δ
57 0,09
56 Edyn 0,08
55 0,07
54 0,06
53 0,05
20 30 40 50 60 70
Température à cœur (°C)
0,8
0,7
W'' (J/cycle)
0,6
0,5
0,4
0,3
20 30 40 50 60 70
Température à cœur (°C)
Figure II-34 – Evolution du travail dissipé W’’ (en J/cycle) en fonction de la température à cœur au cours d’un
essai de fatigue à 10 Hz entre 400 et 4000 N d’un plot de la formulation PP (40% SR).
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Le test standard, pour lequel les forces maximales et minimales appliquées sont
constantes, donne certaines indications mais un autre essai peut être réalisé. Celui-ci, décrit
par El Fray et Altstädt [ElF-03a], consiste à augmenter par palier la force maximale
appliquée, à fréquence et rapport de charge constants. Il est appelé essai à chargement
progressif (SILT : Stepwise Increasing Load Test). Il permet de déterminer la force maximale
applicable pour que l’échantillon se stabilise en température à cœur. Au-delà de cette force
limite, tous les échantillons sont menés à rupture thermique.
4
Adilithe VIII
T à coeur 3,5
3
2,5
60
2
1,5
1
T extérieure
0,5
20 0
0 48600 97200 145800 194400 243000 291600 340200 388800 437400 486000 534600 583200
Cycles
Figure II-35 – Evolution de la température à cœur d’un cylindre de formulation Adilithe VIII® au cours d’un
essai de fatigue à chargement progressif SILT.
Ce test sera utilisé pour différencier des formulations et mieux connaître les plages
d’utilisation des matériaux.
Page 64
Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
Conclusions du chapitre II
Le dispositif de fatigue thermomécanique a été mis au point et décrit, ainsi que les
deux types de test utilisés pour caractériser les propriétés dynamiques de nos matériaux : à
chargement constant et à chargement progressif par palier.
Ces trois points feront l’objet des trois parties présentées dans le chapitre suivant.
Page 65
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
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Chapitre II : Bibliographie sur la fatigue des PU et mise au point d’un essai de fatigue thermomécanique
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 70
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Page 71
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Pages
III.1 Caractérisation structurale ............................................................................................... 73
III.1.1 La formulation PP..................................................................................................................... 73
III.1.1.1 Caractérisation structurale d’une plaque coulée dans un moule à 130°C ............................ 73
III.[Link] Morphologie du matériau polyuréthane ......................................................................... 74
III.[Link] Identification des transitions thermiques ....................................................................... 82
III.1.1.2 Comparaison entre une plaque et un cylindre, coulés dans des moules à 130°C. ................ 98
III.1.1.3 Influence de la température des moules sur la morphologie de la formulation PP ............ 103
III.[Link] Comparaison des cœurs de plots coulés dans des moules à 130 et 160°C ................... 104
III.[Link] Comparaison de plaques coulées dans des moules à 130 et 160°C ............................. 105
III.[Link] Comparaison d’un cœur de plot à 130°C avec une plaque à 160°C ............................ 108
III.1.1.4 Répétabilité des formulations PP ....................................................................................... 109
III.1.2 La formulation Adilithe VIII® ................................................................................................ 110
III.1.2.1 Caractérisation d’une plaque ............................................................................................. 110
III.1.2.2 Comparaison entre une plaque et un plot ........................................................................... 113
III.2 Comportement mécanique statique des formulations étudiées.................................... 115
III.2.1 Bibliographie sur l’évolution de la structure et des propriétés des formulations PU segmenté
lors d’une sollicitation statique .................................................................................................................. 115
III.2.1.1 Effet Müllins en traction .................................................................................................... 115
III.[Link] Mise en évidence à l’échelle macroscopique en traction uniaxiale.............................. 115
III.[Link] Interprétation physique ................................................................................................ 117
III.2.1.2 Effet Müllins en compression ............................................................................................ 122
III.2.2 Comportement mécanique statique de la formulation PP ....................................................... 123
III.2.2.1 Comportement en traction uniaxiale sur plaque ................................................................ 123
III.[Link] Comportement viscoélastique ...................................................................................... 123
III.[Link] Mise en évidence de l’Effet Müllins. Adoucissement sous contrainte......................... 124
III.2.2.2 Comportement en compression uniaxiale sur plot ............................................................. 127
III.2.2.3 Fluage en compression, à froid et à chaud ......................................................................... 129
III.2.3 Comparaison avec le comportement mécanique statique de la formulation Adilithe VIII® ... 130
III.2.3.1 Comportement en traction uniaxiale sur plaque ................................................................ 130
III.2.3.2 Comportement en compression uniaxiale sur plot ............................................................. 131
III.3 Caractérisation thermophysique des formulations SPU étudiées................................ 133
III.3.1 Propriétés thermophysiques intrinsèques ............................................................................... 133
III.3.1.1 La diffusivité thermique α(T) ............................................................................................ 133
III.[Link] Méthode flash sur un plot ............................................................................................ 133
III.[Link] Méthode indirecte ........................................................................................................ 134
III.3.1.2 La masse volumique ρ(T) .................................................................................................. 134
III.3.1.3 La conductivité thermique λ (T) ........................................................................................ 134
III.3.1.4 La chaleur spécifique Cp(T) .............................................................................................. 136
III.3.1.5 Bilan .................................................................................................................................. 137
III.3.2 Refroidissements de plots dans l’air ....................................................................................... 138
III.3.2.1 Transferts thermiques ........................................................................................................ 138
III.[Link] Rayonnement ............................................................................................................... 138
III.[Link] Convection ................................................................................................................... 139
III.3.2.2 Expériences ........................................................................................................................ 141
III.3.2.3 Modélisation ...................................................................................................................... 142
III.3.3 Refroidissements de plots entre les mors ................................................................................ 146
III.3.3.1 Résistance thermique de contact ........................................................................................ 147
III.3.3.2 Expériences ........................................................................................................................ 148
III.3.3.3 Modélisation ...................................................................................................................... 150
Conclusions du chapitre III .......................................................................................................... 153
Références bibliographiques du chapitre III .............................................................................. 155
Page 72
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Dans cette première partie, nous étudierons la structure et la morphologie des deux
types de formulations mises au point pour des applications en fatigue thermomécanique.
Commençons par la formulation PP.
III.1.1 La formulation PP
Les polyuréthanes segmentés peuvent être vus comme des copolymères à blocs avec
une alternance de blocs souples et rigides. La microséparation de phases est liée à
l’immiscibilité thermodynamique entre les segments souples et rigides. Elle est fortement
influencée par le type et la longueur des segments, la composition et la préparation de
l’échantillon [SEY-73] [LEU-86] [RYA-91] [CHU-92].
Les domaines rigides jouent le rôle de nœuds de réticulation physique dans le matériau
et se comportent comme des charges, distribuées dans la matrice souple à faible module qui,
elle, apporte l’extensibilité au polymère.
L’étude des plaques matures de la formulation PP008 (35% SR, Annexe 1) est divisée
en deux parties. La morphologie du matériau a été étudiée par l’intermédiaire de techniques
de microscopie (AFM, MET) ainsi que par la diffraction des rayons X aux petits angles
(SAXS). Les transitions thermiques des phases mises en évidence ont ensuite été étudiées au
travers d’expériences de DSC et de DMA, puis complétées par un suivi thermique in-situ par
SAXS et par différents recuits en DSC. Elles donneront des informations sur la pureté et
l’organisation des phases en présence.
Page 73
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Figure III-1 – Image AFM d’un échantillon de plaque de PP003 (35% SR).
Signal d’amplitude en mode de contact modulé [30 x 30 µm2].
Grâce au MET à plus petite échelle d’observation, nous observons plus précisément
comment ces domaines rigides sont structurés (Figure III-2). Le RuO4 a tendance à marquer et
assombrir les zones riches en cycles benzéniques, ce qui permet d’avoir un contraste entre le
SS PCL (aucun cycle) et le SR MDI-HQEE (3 cycles). En pratique, la présence de SR dissous
dans la phase souple peut faire baisser le contraste entre les deux phases. L’organisation
Page 74
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
ressemble à des sphérolites dans lesquelles la phase cristalline est remplacée par des fibrilles
ou lamelles de SR et la phase amorphe par la matrice souple [ANE-03]. Les lamelles ont une
épaisseur d’environ 100 Å et peuvent atteindre 0,5 µm de longueur. Elles sont espacées
d’environ 100 Å également, ce qui donne une distance de répétition dans l’empilement
lamellaire d’environ 200 Å.
Néanmoins, en regardant encore à plus petite échelle (Figure III-3), des sphères plus
sombres de 100 Å de diamètre sont également observées. On peut supposer que ce sont des
nodules constitués de SR, qu’ils soient organisés ou complètement amorphes.
Figure III-2 – Image MET d’un échantillon de plaque de PP003 (35% SR) marqué au RuO4.
Figure III-3 – Image MET d’un échantillon de plaque de PP003 (35% SR) marqué au RuO4.
Page 75
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Des analyses d’images MET du cœur d’un plot de la formulation PP003 (35% SR) ont
été effectuées et reportées en Annexe 4, avec pour objectif de déterminer un ordre de grandeur
du taux de SR organisés sous forme de lamelles. Les différences morphologiques entre une
plaque et le cœur d’un plot feront l’objet de la Partie III.1.1.2.
La diffusion des rayons X aux petits angles (Small Angle X-Ray Scattering ou SAXS,
Annexe 3) est utilisée afin d’étudier plus précisément la morphologie des matériaux [RYA-91].
La courbe de SAXS expérimentale d’une plaque (intensité diffusée Ic en fonction du
vecteur de diffusion q=4π.sin(θ)/ λ où λ est la longueur d’onde incidente et 2θ l’angle de
diffusion) est représentée sur la Figure III-4.
Page 76
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
La courbe corrigée par le facteur de Lorentz est représentée sur la Figure III-5 pour
cette même plaque. Cette représentation (Ic.q2 en fonction de q) est utilisée dans le cas de
structures semblables à des empilements de lamelles, comme nous l’avons observé en MET
(Figure III-2) [GLA-82], caractérisés par une distance interdomaine dB. La présence d’un pic
de corrélation révèle une périodicité à l’échelle nanométrique de la structure microséparée.
Dans ce cas d’une plaque de la formulation PP, deux diffusions distinctes sont visibles : un
pic de corrélation vers 0,03 Å-1 et un épaulement vers 0,05 Å-1. Sur la représentation avec
correction de Lorentz, le pic vers 0,03 Å-1 correspond à un épaulement du pic principal situé
vers 0,05 Å-1.
Le pic à faible q, vers 0,03 Å-1, est attribué à une morphologie ayant une longue
période d 1B d’environ 200 Å, ce qui est en bon accord avec la périodicité de l’arrangement
lamellaire observé sur les images MET (Figure III-2) et avec la littérature [CHU-92] [FIN-
05b].
De la même manière, le second pic avec d 2B d’environ 100 Å peut être attribué à la
distance de corrélation inter-nodulaires. Certains nodules, les plus gros, ont été mis en
évidence par MET avec un diamètre d’environ 100 Å également (Figure III-3). Ceci sous-
entendrait que la plupart de ces nodules ne sont donc pas visibles par MET.
L’analyse est à présent basée sur l’étude de la morphologie nodulaire avec le modèle
de Beaucage [BEA-94] et de la microstructure lamellaire avec le représentation de Lorentz et
la fonction d’autocorrélation 1-D γ 1 ( r ) [CHU-92]. D’autres modèles existent et auraient pu
être utilisés. Par exmple, le modèle de Zernike-Prins [LAI-04] [FIN-05b] n’a pas été utilisé
car il ne donne pas d’informations sur la qualité des interfaces souple/rigide.
Page 77
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
D’une manière générale, l’intensité diffractée d’un système à deux phases peut être
représentée par le produit d’un facteur de forme, P(q), et d’un facteur de structure, S(q) :
où q est le vecteur du réseau réciproque. P(q) est une fonction qui décrit les effets
d’interférences entre les rayons X diffractés par les différentes parties d’un même corps
diffractant (microdomaine) et est dépendant de la taille et de la forme de celui-ci. S (q ) est
une fonction qui décrit les effets d’interférences entre les rayons X diffractés par différents
corps diffractant dans l’échantillon et dépend de leurs positions relatives.
Dans le cas d’une sphère de rayon Rg , le facteur de forme est donné par [BEA-94] :
P
q 2 .R g 2
P(q ) = G. exp − + B
( (
erf q.R / 6
g ))
3
Équation III-3
3 q
avec : – le premier terme associé au modèle de Guinier pour des sphères de rayon de
giration des particules diffusantes Rg et G le préfacteur de Guinier (proportionnel au facteur
de contraste et au carré du volume moyen des particules) ;
– le second terme associé aux lois puissance de limitation de la structure, B le
préfacteur spécifique au type de loi puissance aux q élevés et P l’exposant de la loi de
Porod. Pour des interfaces bien définies, P = 4 ; P est inférieur pour des morphologies à
géométrie fractale, P peut être supérieur à 4 pour une interface diffuse entre les nodules et la
matrice souple. La fonction erreur erf(X) est le double de l’intégrale de la distribution
Gaussienne avec une moyenne de 0 et une variance de ½.
1
S (q ) = Équation III-4
1 + k .θ (q)
Page 78
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
valeur de k élevée induit un pic de corrélation marqué), θ (q ) le facteur de forme pour des
interactions sphériques corrélées sur une distance moyenne d 2 entre particules diffusantes :
sin(qd 2 ) − qd . cos(qd 2 )
θ (q ) = 3 Équation III-5
(qd 2 ) 3
Le premier terme associé au modèle de Guinier dans l’Équation III-3 s’applique à des
sphères de rayon de giration des particules diffusantes Rg .
Suivant les Équation III-3 à Équation III-5, les nodules ont un rayon de giration moyen
Rg = 32 Å et une distance inter-nodulaires (entre centres) d 2 = 117 Å. Ainsi, la matrice
souple est nanostructurée avec des nodules dont la taille est trop faible pour qu’ils puissent
être observés facilement en MET. L’exposant de Porod P = 3,9 est proche de 4, signifiant une
interface nette entre les nodules rigides et la matrice souple. La microséparation de phase est
claire à l’échelle nanométrique.
k = 0,83
Rg = 32 Å
d2 = 117 Å P = 3,9
Figure III-6 – Diffractogramme SAXS (Ic =f(q)) d’un échantillon de la plaque mature de PP008
(35% SR) de 2 mm d’épaisseur coulée dans des moules à 130°C. Représentation du signal
expérimental, du modèle de Beaucage (ligne discontinue) servant à modéliser la contribution des
nodules sans la contribution du premier pic à 0,03 A-1 et qui superpose le signal expérimental à partir
de 0,06 A-1 et du reste de l’intensité (ligne pointillée) attribué à l’empilement lamellaire à 0,03 A-1.
Page 79
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
dB2 = 115 Å
dB1 = 209 Å
Figure III-7 – Diffractogramme SAXS, représenté sur la Figure III-6, corrigé par le facteur de Lorentz (Ic.q2
=f(q)) d’un échantillon de la plaque mature de PP008 (35% SR) de 2 mm d’épaisseur coulée dans des moules à
130°C. Représentation du signal expérimental, du modèle de Beaucage (ligne discontinue) servant à modéliser
la contribution des nodules sans la contribution du premier pic à 0,03 A-1 et qui superpose le signal expérimental
à partir de 0,06 A-1 et du reste de l’intensité (ligne pointillée) attribué à l’empilement lamellaire à 0,03 A-1.
Page 80
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Figure III-8 – Fonction d’auto-corrélation monodimensionnelle 1-D obtenue à partir de la Figure III-4.
γ 1 ( r ) montre un maximum bien défini avec une longue période Lp = 197 Å, ce qui
concorde avec l’estimation directe obtenue avec la loi de Bragg (≈ 200 Å). Le premier
maximum de la fonction d’autocorrélation monodimensionnelle est fortement atténué, signe
que la distribution de distance est large, peut-être en raison d’un faible nombre de lamelles par
empilement. Sur les clichés MET, la distance interlamelles est très variable (Figure III-2, Figure
III-3). La valeur minimum α ' de cette fonction permet d’accéder à la proportion de phase
minoritaire Φ 1 en utilisant l’Équation III-7 [VON-82].
Φ1
α '= − Équation III-7
1 − Φ1
Page 81
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les analyses de DSC (Annexe 3) permettent d’identifier les transitions thermiques qui
ont lieu dans le matériau [CUV-92]. L’analyse d’une plaque de formulation PP coulée dans
un moule à 130°C est représentée sur la Figure III-9.
Les SPU à base de HQEE n’ont été que très peu étudiés dans la littérature. Dans notre
cas, la matrice souple est caractérisée par sa transition vitreuse dont la température d’onset est
TgSS = –36,5°C. Les domaines rigides montrent plusieurs pics de fusion aux températures Tm1
= 185°C and Tm2 = 205°C. Un phénomène large apparaît à une température intermédiaire
(Onset Tr ≈ 53°C) et pourrait être associé à la transition vitreuse des domaines rigides [CUV-
91] [KOB-92], à une « réorganisation » dans certains segments rigides [LEU-86], à la mise
en mouvement des unités à un seul MDI placé entre 2 SS [FIN-04], ou alors à un
micromélange de segments souples et rigides aux interfaces des domaines [SAI-04].
La cristallisation partielle de la phase souple peut être exclue [UNA-08]. L’utilisation
de PCL trifonctionnelle est à l’origine de nœuds de réticulation qui empêchent la
recristallisation. De plus, ces segments ont une longueur de chaîne plutôt faible. La
cristallisation éventuelle de ces SS aurait lieu dans une gamme de température plus basse
(entre 20 et 40°C).
Page 82
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Des segments modèles souples et rigides purs ont été synthétisés afin d’étudier la
pureté des phases, et notamment l’éventuelle présence de SR dissous dans la phase souple
(Figure I-2).
100% souple
PP (35% SR)
De plus, on note un pic très large et peu intense aux températures intermédiaires. Il
s’étend jusqu’à des températures trop élevées pour qu’il puisse s’agir d’un pic de fusion des
segments polycaprolactone. De plus, la réticulation avec PCL3 limite fortement la fusion de la
phase souple.
En comparant avec le phénomène large observé sur la formulation PP dans la même
gamme de température, on note une forte différence d’intensité. On peut donc supposer que le
phénomène intermédiaire met dans ce cas également en jeu des segments rigides, soit sous
forme d’une transition vitreuse des SR amorphes ou d’une « fusion » d’une interphase
constituée de SS et de SR.
Page 83
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
La courbe DSC du segment rigide pur synthétisé dans le THF est représentée sur la
Figure III-11.
1
0,5
-1
Tg 100% SR THF = 102°C 214°C
-1,5
247°C
exo up
-2
-80 -40 0 40 80 120 160 200 240 280
Température (°C)
Les seconds passages en DSC des segments rigides purs synthétisés en masse et
dans le THF sont comparés sur la Figure III-12.
0,8
0,3
Flux de chaleur (W/g)
Figure III-12 – 2nds cycles de chauffe à 10°C/min des matériaux rigides modèles
synthétisés en masse et dans le THF. Refroidissement rapide avant les 2nds cycles.
Page 84
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
En comparant les pics de fusion des matériaux rigides modèles synthétisés en masse et
dans le THF, on observe que l’intensité des pics est plus faible en masse, et que les
températures des pics sont très légèrement supérieures, signe que la quantité de SR cristallisés
est plus faible et que la qualité de l’organisation est légèrement meilleure. Les SR peuvent
être plus longs en masse. On retrouve bien les pics de fusion à 214 et 247°C, mais pas celui à
260°C. Tonelli et al. [TON-99] ont également synthétisé différents SR modèles basés sur
MDI et HQEE et ont montré que l’augmentation des températures de fusion sous forme de
pics de fusion discrets peut être associé à une augmentation de la longueur des oligomères
synthétisés. Dans notre cas, elle correspondrait au passage de l’endotherme vers 214°C à celui
vers 247°C par exemple.
Lors du second cycle (Figure III-12), on observe très nettement la transition vitreuse des
SR à Tg100%SR Masse = 112°C. La Tg est inférieure pour la synthèse en voie solvant, peut-être
parce que les SR ont précipité dans le THF et n’ont pu atteindre la même longueur qu’en
masse. Étant donnée cette faible solubilité dans de nombreux solvants, nous n’avons pas pu
analyser ces composés par chromatographie d’exclusion stérique.
A partir de ces résultats, on peut dire que le matériau est composé de deux phases
principales : des domaines rigides organisés, sous forme de nodules et/ou de lamelles,
composés de SR linéaires MDI-HQEE et une phase souple réticulée, constituée de SS PCL et
de SR dissous. La transition Tr pourrait être due à la relaxation d’une interphase entre les
domaines rigides et la matrice souple, ou à la transition vitreuse de SR dans l’état amorphe,
sous forme de nodules et/ou de lamelles.
Page 85
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
endotherme observé en DSC et est associée à la perte de l’ordre dans les domaines rigides. Ce
matériau ne peut pas s’écouler en raison des nœuds de réticulation chimique dans la phase
souple, ce que confirme la perte limitée de module avec la « fusion » des domaines rigides.
10000 1
Tα = -18.5°C
E' tan δ = 0.5
1000
0,1
T'r = 63°C
Modulus (MPa)
100 Tm = 180°C
tan δ
10
0,01
E'' tan δ
0,1 0,001
-100 -50 0 50 100 150 200
Temperature (°C)
Figure III-13 – Courbes DMA obtenues avec un échantillon de plaque mature de la formulation
PP008 (35% SR) (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz).
E' Tα=-35°C
1000 tan δ=1,75
1
100
Modules (MPa)
0,1
10
tan δ
1
0,01
0,1 tan δ
E''
0,001
0,01
0,001 0,0001
-100 -50 0 50 100 150 200 250
Température (°C)
Figure III-14 – Courbes DMA obtenues avec un échantillon de plaque du matériau 100%
Souple (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz).
Page 86
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
- « Cristallinité » des domaines rigides par diffraction des rayons X aux grand angles :
WAXD.
La « cristallinité » des domaines rigides a été étudiée par diffraction des rayons X
(Annexe 3). Dans un premier temps, les trois matériaux modèles ont été étudiés (Figure III-15).
Pour le matériau souple modèle, on voit deux pics larges dont le premier, vers 20°, correspond
au halo amorphe du matériau et le second, vers 40°, correspond à la répétition du premier pic.
Les matériaux rigides ont quant à eux différents pics de diffraction assez larges vers 20, 21 et
25°.
6000
WAXD
Intenisté (u.a.)
5000
3000
100SS
100SR-Masse
100SR-THF
2000
1000
2θ
θ (°)
0
10 20 30 40 50 60 70
Épaulement
Figure III-16 – Diffractogramme d’un échantillon de plaque mature de la formulation PP003 (35% SR).
Page 87
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
La diffusion des rayons X aux petits angles permet, dans le cas de la plaque de la
formulation PP, d’étudier séparément les deux populations observées en MET : nodules et
lamelles. Un suivi de ces populations lors d’une montée en température est effectué.
L’objectif est, au travers des évolutions des diffractogrammes au passage des transitions
thermiques, d’obtenir plus d’informations sur l’organisation des espèces diffusantes. Une
attention particulière sera portée sur l’attribution de Tr, observée en DSC et T’r, observée en
DMA.
L’échantillon est un disque découpé dans une plaque mature d’épaisseur 2 mm de la
formulation PP003 (35% SR) et de diamètre 10 mm. Il a été placé dans une cellule
transparente et a été chauffé de 30 à 250°C à 3°C/min. La fréquence d’acquisition est d’un
diffractogramme toutes les 30 secondes, soit une acquisition chaque 1,5°C. Les
diffractogrammes, avec la correction de Lorentz, sont reportés sur la Figure III-17 pour la
gamme de température allant de 30°C à 90°C, sur la Figure III-18 entre 90°C à 175°C et sur la
Figure III-19 entre 175°C à 250°C.
90°C
30°C
30°C
90°C
Figure III-17 – Diffractogrammes SAXS corrigés par le facteur de Lorentz (Ic.q2 =f(q))
d’un échantillon de la plaque mature de PP003 (35% SR) de 2 mm d’épaisseur chauffé
entre 30°C et 90°C à 3°C/min. Les flèches indiquent l’augmentation de la température.
175°C
90°C
175°C
90°C
Figure III-18 – Diffractogrammes SAXS corrigés par le facteur de Lorentz (Ic.q2 =f(q))
d’un échantillon de la plaque mature de PP003 (35% SR) de 2 mm d’épaisseur chauffé
entre 90°C et 175°C à 3°C/min. Les flèches indiquent l’augmentation de la température.
Page 88
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
175°C
175°C
250°C
Figure III-19 – Diffractogrammes SAXS corrigés par le facteur de Lorentz (Ic.q2 =f(q))
d’un échantillon de la plaque mature de PP003 (35% SR) de 2 mm d’épaisseur chauffé
entre 175°C et 250°C à 3°C/min. Les flèches indiquent l’augmentation de la température.
Différentes températures charnières sont observées sur les 2 figures : 55, 90, 175 et
200°C. Les caractéristiques des deux espèces diffusantes du matériau à ces températures sont
reportées dans le Tableau III-1.
Tableau III-1 – Paramètres extraits du modèle de Beaucage pour des particules sphériques et de la loi de Bragg
pour les lamelles pour les diffractogrammes SAXS de suivi en température d’une plaque mature d’épaisseur 2
mm de la formulation PP003. Incertitude : 1 Å. Températures clés, de 30°C à 250°C, montrées sur la Figure
III-20 et Figure III-21.
Page 89
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
a)
145 260
b)
Distance caractéristique d2 nodules (Å)
140 250
230
130
Nodules 220
125
210
120 200
30 50 70 90 110 130 150 170 190 210
Température (°C)
Figure III-20 – a) Thermogramme DSC d’un échantillon de plaque mature de la formulation PP003 (35% SR)
(3°C/min, 1er passage). b) Distances caractéristiques extraites du modèle de Beaucage pour les nodules et de la
loi de Bragg sur les diffractogrammes corrigés par le facteur de Lorentz pour les lamelles durant une expérience
de suivi in-situ SAXS lors d’une montée en température, de 30 à 250°C, à 3°C/min (1 diffractogramme toutes les
30s, soit tous les 1,5°C) d’une plaque mature de formulation PP003 (35% SR).
2
En SAXS, l’intensité diffusée est liée au degré de microséparation de phases, η . Pour
un système à deux phases, elle correspond à [SAI-01] :
2
η = Φ R .Φ S .(ρ R − ρ S )2 Équation III-8
Page 90
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
1200
7000
1000
Intensité associée aux nodules (u.a.)
800
5000
600 4000
Lamelles
3000
400
2000
200
1000
0 0
30 50 70 90 110 130 150 170 190 210
Température (°C)
Figure III-21 – Intensités extraites de la loi de Bragg sur les diffractogrammes corrigés par le
facteur de Lorentz pour les nodules et pour les lamelles durant une expérience de suivi in-situ
SAXS lors d’une montée en température, de 30 à 250°C, à 3°C/min (1 diffractogramme toutes
les 30s, soit tous les 1,5°C) d’une plaque mature de formulation PP003 (35% SR).
Page 91
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Entre 30 et 175°C (lamelles). Aucune transition n’est observée sur les SR organisés
sous forme de lamelles dans cette gamme de température. La distance caractéristique de
B
l’empilement d 2 et l’intensité du pic augmentent de manière globalement linéaire, suivant
l’expansion thermique du matériau, en l’occurrence de la phase souple qui se situe entre les
B
lamelles. L’incertitude sur l’évaluation de d 2 et de l’intensité est plus grande que pour les
nodules en raison de la méthode d’exploitation des diffractogrammes, en l’occurrence le
modèle de Beaucage.
Entre 175 et 200°C. L’intensité des pics des nodules et des lamelles diminue alors que
les distances caractéristiques augmentent. Ces résultats sont associés à la fusion accompagnée
de la dissolution des SR (Figure III-20a) les plus longs dans la matrice souple. Le degré de
2
séparation de phases η diminue pour les nodules comme pour les lamelles, ainsi que les
intensités des pics.
Dans cette partie, des échantillons de plaques matures de la coulée PP003 (35% SR)
vont subir différents recuits par DSC afin d’étudier l’influence du passage des transitions sur
la structure du matériau.
Page 92
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Tableau III-2 – Caractéristiques thermiques d’échantillons de plaques matures d’épaisseur 2 mm par DSC à
10°C/min. L’échantillon 1 a été chauffé de -80°C à 260°C. Les échantillons 2 à 4 ont d’abord été chauffés à 130,
195 et 220°C respectivement, refroidis à -80°C puis chauffés à 260°C. Les résultats sont ceux correspondant à la
seconde chauffe pour les échantillons 2 à 4. *Intensité de la TgSR.
n° TgSS ∆CpSS TgSR1 TgSR2 Inten Tm1 Tm2 Tm3
(°C) (J/g/K) (°C) (°C) sité* (°C) (°C) (°C)
199/
1 1ère chauffe -41 0,45 52 / + 177 232
206
Après cycle 197/
2 -37 0,48 54 / – 177 231
jusqu’à 130°C 206
Après cycle 198/
3 -35 0,50 50 103 – / 231
jusqu’à 185°C 206
Après cycle
4 -33 0,54 66 / ++ / / 231
jusqu’à 220°C
L’échantillon 2 (Figure III-23) a été chauffé à 130°C (i.e. après la TgSR des nodules), puis
refroidi à -80°C et chauffé à 260°C. Ce recuit thermique à 130°C a eu pour effet une
augmentation de la TgSS (+4°C) et de ∆CpSS. La température de transition thermique TgSR n’a
pas changée, mais son intensité a diminué. Les pics de pseudo-fusion n’ont pas été modifiés.
Page 93
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Il est possible de supposer que lors de la chauffe, une partie des SR, sous forme
liquide amorphe au dessus de TgSR, se sont dissous dans la phase souple et sont à l’origine de
l’augmentation de la TgSS.
Les SR qui sont restés séparés et sous forme amorphe sont associés à la température de
transition vitreuse, moins intense, TgSR1 = 54°C. Cette valeur est inférieure à celles obtenues
pour les matériaux modèles (Tg100%SR Masse = 112°C et Tg100%SR THF = 102°C). Les SR qui
forment les nodules amorphes seraient très courts. Comme la température de micromélange de
phases des SR dans la phase souple TMMT [SAI-01] [SAI-07] dépend de la longueur des SR, la
TMMT1 de ces SR très courts serait inférieure à 130°C. Il est également possible que des SS
soient dissous dans ces nodules rigides.
Les lamelles n’ont pas été affectées par ce recuit à 130°C.
Ainsi, comme pour l’échantillon 2, une partie des SR amorphes courts s’est dissoute
dans la phase souple, alors que le reste est resté sous forme amorphe, observé à TgSR1 = 52°C.
Les SR préalablement organisés dont on observe la pseudo-fusion à Tm1 sont probablement
plus longs. Une partie s’est dissoute dans la phase souple. Le reste n’a pas eu le temps de se
réorganiser non plus et apparaît sous forme amorphe avec une nouvelle transition vitreuse
TgSR2 = 103°C. La disparition totale du pic à Tm1 est la preuve qu’aucun SR long n’a eu le
temps de se réorganiser lors du refroidissement à 10°C/min.
La valeur élevée de TgSR2 (103°C) est un signe que les SR préalablement organisés
sous forme de lamelles sont plus longs. Le fait qu’une partie de ces SR se dissolvent dans la
phase souple suggère que la température de microséparation de phases avec la phase souple,
TMMT2 [SAI-01] [SAI-07], est inférieure à 185°C.
Page 94
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Si on considère deux tailles de SR : les plus courts (TgSR1=53°C) auraient une TMMT1
faible et se dissoudraient dans la phase souple dès que TgSR1 est atteinte. Les plus longs
(TgSR2=103°C) auraient une TMMT2 inférieure à 175°C. La dissolution d’une partie des
nodules a lieu entre 50 et 100°C. La dissolution du reste des nodules et des lamelles débute à
175°C et s’accélère à 200°C. Ces deux domaines de température peuvent être corrélés avec
les deux endothermes Tm1 et Tm2 observés en DSC.
Page 95
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
A présent, il est possible de réutiliser les courbes de DMA des formulations PP008
(35% SR, Figure III-13) et du matériau souple (Figure III-14) pour estimer, à l’aide des valeurs
de modules, les proportions des phases nodulaires et lamellaires.
Le module E’ d’une autre formulation PP (PP013), contenant 40% de SR, est
superposé sur la Figure III-26 aux modules E’ de PP008 (35% SR) et du matériau souple.
L'augmentation du taux de SR a pour effet principal une augmentation du module élastique du
matériau [HAR-90] [SPA-90].
Les grandeurs caractéristiques sont reportées dans le Tableau III-3, ainsi que les
modules E’ à 35°C et 140°C.
100
80
Modules E' (MPa)
60
40%SR
35%SR
40
20
140°C
35°C Souple
0
-50 0 50 100 150 200 250
Température (°C)
Figure III-26 – Comparaison des modules élastiques E’ obtenus par DMA pour des
échantillons de plaques mûries des formulations PP008 (35%SR), PP013 (40%SR) et
matériau souple (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz).
Tableau III-3 – Caractéristiques DMA (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz)
d’échantillons de plaques mûries des formulations PP008 (35%SR), PP013 (40%SR) et matériau souple.
Tαα tanδδ E’ (MPa)
(°C) Tαα 22°C 140°C 35°C 140°C
PP008 (35% SR) -15 0,50 0,033 0,005 45,5 43,0
PP013 (40% SR) -19 0,34 0,052 0,007 62,5 56,0
Matériau souple -35 1,75 0,007 0,0007 6,3 9,3
Page 96
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Le calcul par une loi des mélanges permet d’estimer le module des lamelles à environ
270 MPa à 140°C. Le taux de SR sous forme de lamelles dans le matériau à 40% SR serait
alors de 18%. Le module du matériau PP (35 ou 40% SR) est calculé, à une température
donnée, par l’Équation III-9.
EPP = %[Link] + %[Link] + % [Link] Équation III-9
où %i et Ei sont respectivement les taux volumiques et modules de lamelles, nodules
et phase souple , à une température donnée.
Si on suppose à présent que le module des lamelles est inchangé entre 35 et 140°C, il
est possible d’estimer le module des phases nodulaires et leur proportion dans les matériaux à
35 et 40% de SR. Le matériau à 35% de SR étant constitué d’une proportion de SR dissous
dans la matrice souple et de 13% de lamelles, on peut supposer que les nodules correspondent
à 10% du matériau.
Cette deuxième étape de calcul permet d’estimer le module des nodules à environ 60
MPa. Le taux de SR sous forme de nodules dans le matériau à 40% SR serait alors de 17%.
Les résultats sont rassemblés dans le Tableau III-4 et le Tableau III-5. Ils permettent de
valider les ordres de grandeurs des modules des phases et des proportions de chacune. A noter
que les nodules ont un pouvoir renforçant moins important que les lamelles.
Tableau III-4 – Approximations des taux volumiques des différentes phases estimées pour les plaques mûries
des formulations PP008 (35%SR), PP013 (40%SR) et matériau souple.
Approximation des taux de phases
Lamelles Nodules Phase souple
35%SR (PP008) 13 10 77
40%SR (PP013) 18 17 65
Matériau souple 0 0 100
Tableau III-5 – Estimation des modules d’Young des différentes phases présentes dans les plaques mûries des
formulations PP008 (35%SR), PP013 (40%SR) et matériau souple.
Estimation des modules E’ (MPa)
35°C 140°C
Lamelles 270 270
Nodules 60 « Liquide »
Phase souple 5,9 9,3
Page 97
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
III.1.1.2 Comparaison entre une plaque et un cylindre, coulés dans des moules à
130°C.
Les résultats de DSC sont représentés, avec les valeurs caractéristiques, sur la Figure
III-27. De même, les résultats de DMA sont représentés sur la Figure III-28 et les valeurs
caractéristiques reportées dans le Tableau III-6. Les différentes prises d’échantillons dans les
plots sont détaillées dans l’Annexe 5.
10,5 J/g
0,45 J/g/K
8,3 J/g
Figure III-27 – Courbes DSC (10°C/min, 1er passage) d’échantillons matures de la formulation
PP008 (35% SR, moules à 130°C) : comparaison entre plaque, bord de plot et cœur de plot.
Page 98
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
a) b)
Figure III-28 – Courbes a) d’amortissement et b) du module élastique en DMA (0,1% de déformation, vitesse
de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz) d’échantillons matures de la formulation PP008 (35% SR, moules à
130°C) : comparaison entre plaque, bord de plot et cœur de plot
Tableau III-6 – Caractéristiques DMA (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz)
d’échantillons matures de la formulation PP008 (35% SR, moules à 130°C) : comparaison entre plaque, bord de
plot et cœur de plot.* Minimum local de E’ après T’r.
Tαα T’r tanδ
δ E’ (MPa)
(°C) (°C) Tαα 22°C 140°C 22°C Minimum* 140°C
Plaque -21 63 0,45 0,040 0,005 47 40 (à 86°C) 43
Bord du cylindre -20 64 0,47 0,039 0,005 46 40 (à 89°C) 43
Cœur du cylindre -19 85 0,61 0,035 0,004 37 26 (à 115°C) 27
Les domaines rigides organisés ont des températures de fusion plus hautes en DSC,
avec une enthalpie globale de fusion ∆Hm1+2 plus faible. Le module E’ à 140°C est plus faible
pour le cœur (27 MPa contre 43 MPa pour la plaque). Il y a moins de SR sous forme de
lamelles au cœur mais ces lamelles sont mieux organisées (Tm1 et Tm2 plus élevées).
Le module E’ à 22°C est plus faible pour le cœur (37 MPa contre 47 MPa pour la
plaque). Cela est en partie dû à la plus faible quantité de lamelles rigides à cœur.
Page 99
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Figure III-29 – Diffractogramme SAXS (Ic =f(q)) d’un échantillon de cœur de plot mature de PP008 (35% SR)
coulé dans des moules à 130°C. Représentation du signal expérimental, du modèle de Beaucage (ligne
discontinue) servant à modéliser la contribution des nodules sans la contribution du premier pic à 0,03 A-1 et qui
superpose le signal expérimental à partir de 0,06 A-1 et le reste de l’intensité (ligne pointillée) attribuée à
l’empilement lamellaire à 0,03 A-1.
Figure III-30 – Diffractogramme SAXS, représenté sur la Figure III-4, corrigé par le facteur de Lorentz (Ic.q2
=f(q)) d’un échantillon de cœur de plot mature de PP008 (35% SR) coulé dans des moules à 130°C.
Représentation du signal expérimental, du modèle de Beaucage (ligne discontinue) servant à modéliser la
contribution des nodules sans la contribution du premier pic à 0,03 A-1 et qui superpose le signal expérimental à
partir de 0,06 A-1 et le reste de l’intensité (ligne pointillée) attribuée à l’empilement lamellaire à 0,03 A-1.
Page 100
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Tableau III-7 – Paramètres extraits du modèle de Beaucage pour des particules sphériques pour les
diffractogrammes SAXS d’une plaque d’épaisseur 2 mm et d’un plot de diamètre 39 mm enregistrés radialement
tous les 3 mm de la formulation mature PP008. Incertitude : 1 Å.
Rg (Å) d 2 (Å) k P
Coeur du cylindre (r = 0 mm) 30 111 0,82 3,9
r=3 30 111 0,87 3,9
r=6 30 111 0,85 3,9
r=9 30 111 0,81 3,9
r=12 31 114 0,87 3,9
r=15 31 116 0,79 3,9
Bord du cylindre (r=18,5) 32 116 0,83 3,9
Plaque 32 117 0,87 3,9
Tableau III-8 – Paramètres extraits de la loi de Bragg sur les diffractogrammes SAXS avec correction de
Lorentz et de la fonction d’autocorrélation 1-D pour une plaque d’épaisseur 2 mm et un plot de diamètre 39 mm
enregistrés radialement tous les 3 mm de la formulation mature PP008. Incertitude : 1 Å.
Les diffractogrammes obtenus à cœur peuvent être comparés aux observations MET
(Figure III-31). En effet, sur les Figure III-31a et b, les lamelles sont bien visibles, avec une
longue période d’environ 200 Å, ce qui correspond au pic observé en SAXS vers 0,03 Å-1.
De même, des « gros » nodules sont observés sur la Figure III-31c. La grande majorité
des nodules ont une taille trop faible pour être observés.
Page 101
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
a)
b)
c)
Figure III-31 – Micrographies MET du cœur d’un plot mature de la formulation PP008 (35% SR) :
a) faible grossissement (surface analysée : ~200 µm2) ; b) détail d’une zone riche en lamelles ;
c) possibles « gros » nodules (diamètre ~30 à 50 nm).
Page 102
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Le SAXS valide les résultats obtenus par DSC et DMA. Le bord du cylindre et la
plaque ont quasiment la même morphologie.
Par contre, de fines différences de morphologie dans le cylindre, du cœur vers le bord,
sont mises en évidence. En particulier, la distance de corrélation des nodules d 2 passe de 108
à 117 Å. L’exothermie de la réaction, plus forte à cœur, a mené à une morphologie légèrement
plus fine qu’au bord du cylindre. La fraction de lamelles dans les sphérolites Φ 1 est
légèrement plus forte à cœur. Le cœur ayant un taux global de SR sous forme de lamelles plus
faible à cœur qu’au bord, il faut supposer qu’il y a moins de sphérolites à cœur.
L’exposant P de la loi de Porod est constant et égal à 3,9, montrant que les interfaces
sont nettes dans tout le matériau. Le degré de corrélation k est globalement constant et égal à
environ 0,8, preuve que le pic de corrélation entre les nodules est peu intense.
La plaque coulée dans un moule à 130°C est représentative du bord du plot coulé dans
des moules à 130°C. Par contre, et du fait de l’exothermie jusqu’à environ 160°C au cœur du
plot, la structure à cœur est différente. Afin d’essayer d’obtenir une plaque représentative de
la morphologie du cœur coulé dans des moules à 130°C, voire même obtenir un cylindre sans
gradient de morphologie, ces deux géométries ont été coulées dans des moules portés
préalablement à une température plus haute, proche de celle atteinte au cœur à cause de
l’exothermie de la réaction.
Ainsi, une coulée de la même formulation PP (35% SR), appelée PP004, a été
effectuée dans des moules portés à 160°C puis comparée à une plaque coulée dans des moules
à 130°C, ici PP003 (35% SR). Il est intéressant d’étudier l’influence de la température des
moules sur les cœurs de joncs, sur les plaques puis de comparer le cœur coulé à 130°C avec la
plaque coulée à 160°C.
Notons toutefois que ces moules ne sont pas thermorégulés mais simplement
préchauffés. Or, la matière au moment du mélange qui précède immédiatement la coulée, se
compose d’environ deux tiers de prépolymère à 100°C et d’un tiers d’allongeur de chaînes à
140°C. On peut donc estimer la température du mélange avant exothermie à environ 115-
120°C.
Si le contact avec la paroi du moule peut élever la température de cette matière, elle
doit également induire réciproquement une rapide diminution de la température de la paroi
des moules d’épaisseur 10 mm. Les phénomènes observés ne seront donc certainement pas
aussi marqués que ce que l’on aurait pu attendre pour des parois véritablement maintenues à
160°C.
Page 103
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
III.[Link] Comparaison des cœurs de plots coulés dans des moules à 130 et 160°C
Au cours de la mise en œuvre, les cœurs de plots coulés dans des moules à 130 et
160°C ont atteint la même température, c’est-à-dire environ 160°C. Lorsque l’on étudie ces
cœurs en DSC et en SAXS (Figure III-32), on note effectivement très peu de différences. De
même, les modules obtenus en DMA sont très proches.
Comme on pouvait s’y attendre, l’effet de la température initiale de la paroi est faible
par rapport à la mase de matière concernée, et on peut supposer que dans les deux cas, la
température initiale à cœur est quasiement la même, environ 115°C.
La TgSS et la TmSR sont identiques, ainsi que le pic de diffraction aux petits q, associés
aux lamelles. Le pic de réorganisation a la même intensité, mais à une température un peu
plus importante. Le second pic de diffraction a la même intensité, mais il correspond à une
distance caractéristique de 8,5 nm à 130°C, contre 9,8 à 160°C.
500000
Ic.q2 (u.a.)
450000 98 Å 85 Å
130°C 400000
130°C
350000
300000
250000 160°C
~200 Å
200000
160°C 150000
100000
0
-1
0,01 0,06 q (A ) 0,11 0,16
Page 104
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Lors de la mise en œuvre des plaques dans les moules à une température initiale de
130°C, la température de la matière a atteint 135°C. Par contre, dans le cas des moules
préalablement chauffés à 160°C, l’exothermie n’a pu être mesurée en raison du faible temps
de vie de la matière. Toutefois, il semble peu probable que la matière ait eu le temps
d’atteindre la température de 160°C.
En DSC (Figure III-33), la température de transition vitreuse des nodules amorphes est
plus élevée pour une plaque coulée dans des moules à 160°C. La perte de module de
conservation associée a lieu également à plus haute température (Figure III-34a).
Tg SS
130°C
Tf SR
160°C
Les pics de fusion vers 180 et 200°C tendent à disparaître, tandis que l’intensité des
pics vers 210 et 230°C augmente. Les SR dans les domaines rigides sont donc mieux
organisés dans des plaques coulées dans des moules à 160°C qu’à 130°C.
La quantité de SR dans la phase souple est inchangée, ce qui est confirmé par la
superposition des pics de l’amortissement en DMA (Figure III-34b).
6,0E+07 1
a) b)
5,5E+07
160°C
Tan delta
4,5E+07
4,0E+07 0,01
130°C
3,5E+07
3,0E+07 0,001
0 50 100 150 200 -100 -50 0 50 100 150 200
Température (°C) Température (°C)
Page 105
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Sur les diffractogrammes de SAXS, on note que le pic de corrélation est plus large
dans les moules à 160°C et « commence » à des valeurs de q légèrement inférieures (Figure
III-35).
117 Å
130 Å
a) b)
Figure III-36 – Micrographies MET à grossissement moyen (surface analysée : ~28 µm2) a) d’une plaque
mature PP003 (moule à 130°C) et b) d’une plaque mature PP004 (moule à 160°C).
Page 106
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
a) b)
a) b)
Figure III-38 – Micrographies MET à fort grossissement (surface analysée : ~1.5 µm2)
des zones riches en segments rigides (marquées en noir) a) d’une plaque mature PP003
(moule à 130°C) et b) d’une plaque mature PP004 (moule à 160°C).
Tableau III-9 – Comparaison des propriétés mécaniques à 22°C lors des 4 premiers cycles de traction de 0 à
200% de déformation d’échantillons issus de plaques de PP coulées dans des moules à 130 et 160°C : charge à
300 mm/min, décharge à 100 mm/min.
Déformation non
Température E100 % (MPa) E100 % (MPa) W’’ (J) W’’(J)
recouverte
du moule 1er cycle 4ème cycle 1er cycle 4ème cycle
instantanément (%)
130°C 7,26 4,17 19 1,15 0,26
160°C 7,75 4,29 18 1,25 0,26
Page 107
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Tableau III-10 – Comparaison des propriétés mécaniques finales à 22°C lors de la 5ème charge à 300 mm/min
jusqu’à rupture d’échantillons issus de plaques de PP coulées dans des moules à 130 et 160°C. 3 essais ont été
effectués pour chaque matériau.
Température Contrainte à rupture Déformation à rupture Travail à rupture
du moule (MPa) ± (%) ± (J) ±
130°C 22,5 1,5 399 21 6,7 0,9
160°C 22,3 0,7 353 3 5,7 0,1
III.[Link] Comparaison d’un cœur de plot à 130°C avec une plaque à 160°C
Globalement, le gradient de morphologie est plus faible dans le plot à 160°C qu’à
130°C. En DSC, on trouve des similitudes sur l’augmentation des températures du pic de
réorganisation et du pic de fusion des SR, en comparaison avec la plaque à 130°C.
L’organisation des SR ordonnés est tout de même différente, puisqu’il n’y a qu’un
seul pic de fusion au cœur du plot à 130°C tout comme à 160°C. En comparant les
diffractogrammes SAXS (Figure III-39), il est clair que la structure d’une plaque à 160°C n’est
pas celle d’un cœur de plot à 130°C. Le pic principal correspond à une distance
caractéristique de 80 Å pour le cœur à 130°C et de 120 Å pour la plaque à 160°C. La
différence principale concerne donc a priori la population de nodules.
500000
Ic.q (u.a.)
450000 85 Å
2
400000
Cœur
350000
130 Å 130°C
300000
250000
Plaque
200000
160°C
150000
100000
Figure III-39 – Diffractogrammes SAXS corrigés par le facteur de Lorentz du cœur d’un plot coulé dans un
moule à 130°C et d’une plaque coulée dans un moule à 160°C.
La plaque a été coulée dans un moule à 160°C dans l’objectif que la matière atteigne
cette température. Elle correspond au maximum de température, atteinte au cœur d’un jonc
coulé dans un moule à 130°C, en raison de l’exothermie de la réaction.
Même si les deux matériaux ont été portés jusqu’à la même température de 160°C,
l’inertie thermique est différente et fait penser que le cœur du plot est resté plus longtemps à
cette température que la plaque, et a pu permettre, en jouant sur les temps de ‘cristallisation’,
d’obtenir des morphologies différentes.
Page 108
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Afin de voir si la différence de structure est liée au temps passé à 160°C, un suivi de
recuit à 160°C d’une plaque initialement coulée dans un moule à 130°C a été effectué in-situ
en SAXS. Des changements de morphologie ont lieu durant la chauffe de 25°C à 160°C
(Partie III.[Link]). Par contre, le recuit en lui-même, d’une heure à 160°C, n’a pas d’effet sur la
morphologie.
Il a été vu que la plaque coulée dans un moule à 130°C est bien un modèle du bord
d’un jonc coulé dans un moule à 130°C, mais que l’exothermie importante à 160°C au cœur
du jonc est à l’origine d’un gradient de morphologie. Une plaque coulée à 160°C ne constitue
pas un bon modèle du cœur d’un jonc coulé dans un moule à 130°C. L’hypothèse avancée est
que le temps où le matériau est resté à cette température au moment de la synthèse, si même
elle a été atteinte, est très différent et serait à l’origine de ces différentes morphologiques.
Page 109
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Cette formulation industrielle est linéaire, contrairement aux formulations PP qui sont
réticulées en phase souple. Le segment rigide a également une nature chimique différente. La
mise en œuvre est différente puisque, pour Adilithe VIII®, l’exothermie a lieu dans le
réacteur, alors que pour PP, elle a lieu essentiellement dans les moules.
Cette formulation est composée d’un SS linéaire PCL de masse 2000 g/mol et d’un SR
de longueur quasi-uniforme PPDI-BDO-PPDI.
PP (35% SR)
Adilithe VIII®
Nous n’avons pas trouvé de bibliographie sur le segment souple PCL2-PPDI, mais B.
Nabeth [NAB-96] a déterminé la Tg de PCL2-MDI 1/1 à -52°C et celle de PCL2-TMXDI 1/1
à -54°C. Nous trouvons pour la phase souple linéaire de l’Adilithe VIII® : TgSS = -53°C, ce
qui semble tout à fait cohérent.
Page 110
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
0
-0,6
Adilithe VIII : Tg = -53°C
-1
-1,2
1er passage Adilithe VIII : Tf = 159°C
-1,4
2nd passage SOUPLE : Tf = 38°C
-1,8
Le pic de fusion des domaines rigides PPDI-BDO est plus intense et bien mieux défini
pour l’Adilithe VIII® que pour la formulation PP (Figure III-40). Il se situe à une température
un peu faible par rapport aux segments formés à partir de BDO, qui se situent vers 180°C
pour PPDI-BDO et MDI-BDO [BAR-87] [SIN-96] [PET-98].
Le degré d’organisation de la phase rigide a également été étudié par WAXD (Figure
III-42). Le diffractogramme est très différent de celui de PP003 dans la gamme entre 15 et 30°.
Il présente un pic très bien défini à 19° ainsi que deux autres pics moins nets à 21 et 25°.
6000 2000
WAXD
Intensity (a.u.)
1800
5000
19°
21° 1600
3000 1000
Adilithe VIII®
Adilithe VIII
Plaque-130-PP003 800
2000
600
PP 400
1000
200
2θ
θ (°)
0 0
10 20 30 40 50 60 70
Figure III-42 – Diffractogramme d’un échantillon de plaque d’Adilithe VIII® comparé à PP003.
Les morphologies sont à présent comparées par SAXS (Figure III-43). Pour l’Adilithe
VIII®, le pic de corrélation est obtenu pour d2B = 85 Å. Il ne présente pas d’épaulement pour
des distances plus grandes (q plus faibles).
Nous n’avons pas pu exploiter les observations MET de ce matériau, qui auraient pu
permettre de déterminer quel est le type de structure ayant une distance caractéristique de 85
Å (lamelles ou nodules). D’une part, cette taille caractéristique est faible. D’autre part, le
contraste entre les SS et les SR quant au marquage par le RuO4 est plus faible que pour la
formulation PP car le SR PPDI-BDO ne contient qu’un seul cycle, contre 3 pour MDI-HQEE
et le taux de SR est plus faible (17 % contre 35%).
Page 111
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
500000 1000000
PP : d2B = 115 Å
Ic.q2 (u.a.)
450000 900000
400000 800000
®
350000
Adilithe VIII 700000
d2B = 85 Å
300000 600000
250000 500000
200000 400000
150000 300000
100000 200000
0 0
-1
0,01 0,06 q (A ) 0,11 0,16
Figure III-43 – Diffractogrammes SAXS corrigés par le facteur de Lorentz d’un échantillon de plaque
d’Adilithe VIII® comparé à PP003.
1
1,00E+08
PP (35% SR)
1,00E+07
Tan delta
0,1
1,00E+06
PP (35% SR)
1,00E+05
Adilithe VIII® 0,01
1,00E+04
Température (°C)
1,00E+03 0,001
-100 -50 0 50 100 150 200
Figure III-44 – Courbes DMA obtenues avec un échantillon de plaque d’Adilithe VIII®
comparé à PP008 (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1 Hz).
Page 112
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
L’Adilithe VIII® donc est une formulation non réticulée montrant une bonne
séparation de phase et un fort module au plateau caoutchoutique. La phase souple est très pure
et les domaines rigides ont une organisation cristalline bien définie, peut-être du fait de leur
longueur quasi-uniforme.
Lors de la mise en œuvre, le jonc subit une faible exothermie. D’ailleurs, en regardant
les courbes DSC (Figure III-45) et DMA (Figure III-46) d’une plaque, d’un bord et d’un cœur de
jonc, aucune différence notable n’est observée.
12,9 J/g
0,44 J/g/K
11,8 J/g
1E+10 1
Plaque-AdilitheVIII
Bord-AdilitheVIII
Coeur-AdilitheVIII
Plaque-AdilitheVIII
E' (MPa)
tan delta
1E+09 Bord-AdilitheVIII
Coeur-AdilitheVIII
0,1
1E+08
Temperature (°C)
1E+07 0,01
-100 -50 0 50 100 150
Page 113
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Pour la formulation PP, l’exothermie a lieu lorsque la matière est dans les moules.
Pour Adilithe VIII®, l’exothermie commence dans le réacteur et la matière a une température
constante de 85°C quand elle est coulée dans les moules. L’exothermie de PP a un effet sur
les quantités de phases nodulaires et lamellaires. Les SR de la formulation Adilithe VIII®,
moins nombreux et de longueur quasi-uniforme, ne s’organisent que selon une seule
morphologie, que nous n’avons pu déterminer.
Page 114
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Les élastomères, polyuréthanes ou non, ont largement été caractérisés dans le domaine
élastique. Différents modèles de comportement ont été établis pour caractériser le
comportement mécanique statique de cette famille de matériaux polymères.
Ces matériaux subissent un phénomène d’adoucissement sous contrainte lors des
premiers cycles de traction aux grandes déformations, appelé effet Müllins [MUL-69]. A
l’état initial, le matériau se trouve dans un état métastable et la sollicitation le placera dans un
état structural stable.
Enfin, la sollicitation mécanique cyclique induit des pertes de propriétés qui sont liées
à des phénomènes de dégradation de la structure.
A noter que les normes qui réglementent la détermination de caractéristiques sont les
suivantes : [AFN-81b] en traction, [AFN-81] en compression et [AFN-84] [DIN-83] pour une
sollicitation cyclique. Les essais de traction et de compression sont détaillés dans l’Annexe 3.
Le domaine élastique d’un élastomère n’est pas linéaire, contrairement aux métaux ou
à des polymères non vitreux par exemple qui seront caractérisés par le module d’Young ; on
parle alors d’élasticité non linéaire ou élasticité caoutchoutique. Un élastomère peut recouvrer
complètement d’une déformation le portant à plusieurs fois sa longueur initiale.
L’effet Müllins (ou « stress softening ») a été observé pour la première fois par
Bouasse et Carrière [BOU-03] sur des essais de traction statique de caoutchouc vulcanisé
(1903) ; ce n’est qu’en 1947 que Müllins [MUL-47] [MUL-57] a pu caractériser cet effet sur
du caoutchouc vulcanisé chargé avec des particules de noir de carbone. Ce phénomène se
produit sur les élastomères, chargés ou non, lors d’essais de traction uniaxiale : on effectue un
Page 115
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Figure III-47 – Caractérisation de l’effet Müllins sur du caoutchouc naturel renforcé par du noir de carbone.
[DOR-04] λ : rapport d’allongement, λ = 1 + εn avec εn : déformation nominale
Il faut cependant souligner que l’effet Müllins dépend de l’histoire du matériau, c’est-
à-dire de la déformation qu’il a subie (Figure III-48). En effet, si un matériau neuf subit un
chargement correspondant à un rapport d’allongement λI (domaine I), il se déchargera suivant
I’. Si on réalise un deuxième chargement jusqu’à un rapport d’allongement λII > λI, alors on
observe que la courbe de traction suit le même domaine I’ jusqu’à ce que λ = λI, puis reprend
la courbe maîtresse (domaine II) ; on réalise ensuite un déchargement (domaine II’). En
effectuant un troisième chargement jusqu’à un rapport d’allongement λIII > λII, on observe
alors que la courbe de traction suit le domaine II’ jusqu’à ce que λ = λII, puis reprend la
courbe maîtresse (domaine III) ; on réalise ensuite un déchargement (domaine III’). [MAR-
02]
Page 116
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
a) b)
Si le matériau n’est pas sollicité au delà du rapport d’allongement λIII alors pour tous
les essais de traction suivants, la courbe suivra le domaine II’ puis III.
Müllins et Tobin (1947) ont avancé une première explication du phénomène de « stress
softening » : lorsqu’on étire le matériau, la phase rigide est désagrégée et transformée en
phase souple. Müllins a suggéré plus tard que ce phénomène était dû à un
désenchevêtrement des chaînes accompagné d’une rupture des interactions entre les
charges et la matrice de caoutchouc. Au final, plus on étire le matériau plus la proportion
de phase souple augmente et plus le phénomène de « stress softening » est marqué.
[MAR-02]
Johnson et Beatty (1993), en reprenant le modèle de Müllins et Tobin, ont soutenu que la
phase rigide pouvait être vue comme des agrégats de chaînes tenues entre elles par des
chaînes plus courtes, des enchevêtrements ou des forces intermoléculaires. Lorsque le
matériau est étiré, les chaînes macromoléculaires sont extraites de la phase rigide vers la
phase souple et sont donc transformées en phase souple. Les conséquences induites par ce
modèle sont les suivantes : en premier lieu la déformation est moins importante dans la
phase souple, deuxièmement la longueur moyenne des chaînes augmente lorsque le
matériau est étiré, enfin la phase rigide est orientée dans le sens de l'étirement ce qui peut
expliquer l’anisotropie de l’effet Müllins.[MOO-40]
Page 117
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Christenson et al. [CHR-05] ont étudié un PEUU [poly(éther uréthane urée)] constitué de
segments rigides MDI/ED [mixed ethylene diamine] dispersés dans une matrice
élastomère de segments souples PTMO. Les segments rigides représentent environ 24%
en masse. En imposant une contrainte de traction uniaxiale, les segments souples sont
alors étirés. Une rupture des domaines rigides, ainsi que leur orientation dans le sens de la
contrainte appliquée, sont observés en AFM (Figure III-49b). En imposant ensuite une
contrainte de plus en plus importante, le processus d’élongation de la phase souple et de
rupture et écoulement des domaines rigides se poursuit et implique une orientation des
segments souples et rigides (Figure III-49c). Dans la dernière partie de la courbe de
traction, on observe une amélioration des propriétés mécaniques qui correspond à une
cristallisation sous contrainte de la phase souple qui a été étirée, accompagnée d’une
orientation plus poussée de la phase souple et de la phase rigide. A 500% de déformation,
le matériau est constitué de segments parallèles souples et rigides ainsi que de petits
domaines rigides semi-cristallins séparés par des segments souples cristallisés (Figure
III-49d). En relâchant la contrainte, la phase souple se rétracte tandis que la phase rigide
perd son orientation et tend à reformer des domaines plus grands (rapprochement des
petits domaines rigides), cependant certains segments rigides gardent leur orientation
(Figure III-49e). De plus, du fait de la cristallisation sous contrainte aux fortes
déformations, il apparaît une déformation résiduelle non recouvrable. Lors d’un
rechargement jusqu’à 500% de déformation, les segments souples, en s’étirant, réorientent
les segments rigides jusqu’à obtenir la même conformation que pendant le cycle de
conditionnement (Figure III-49f). Ce processus est essentiellement réversible avec, dans le
cas idéal, aucune déformation supplémentaire des chaînes (Figure III-49g).
Ce phénomène de cristallisation sous contrainte a aussi été mis en évidence par
Indukuri et al. [IND-05] pour des thermoplastiques multiblocs.
L’analyse à plus faible échelle de l’effet Müllins révèle une modification du réseau
suivant un procédé continu de rupture de chaînes et de nœuds de réticulations qui conduit
au phénomène de « stress softening ». En considérant que les charges présentes dans
l’élastomère sont idéalement rigides, De Tommasi et Puglisi [DeT-06] proposent que ces
charges soient connectées au réseau par deux types de chaînes de longueurs différentes :
des chaînes élastiques qui permettent d’avoir une réponse à chaque déformation imposée
et des chaînes cassantes responsables des modifications microscopiques du réseau. Dans
ce modèle, on considère une distribution de longueurs de chaînes caractérisée par un seuil
Page 118
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
a) b)
Ces matériaux ont donc un comportement stable et répétable au-delà des premiers
cycles de conditionnement, ce qui permet de les utiliser dans les cas où une bonne
recouvrance après sollicitation est nécessaire.
Yang et al. [HU-05], [YAN-06] ont synthétisé des PU à mémoire de forme (Shape
Memory PolyUrethanes : SMPUs) à base de PCL 4000/MDI/BDO dans le DMF, réticulés en
phase rigide par ajout de glycérol. Grâce à ces points de réticulation chimique dans les SR, les
SMPUs réticulés ont un module plus élevé que les linéaires, surtout au dessus de la
température de fusion des SS (aux alentours de 50°C).
Comme sur la Figure III-47, après avoir subi les cycles de conditionnement (4 ou 5)
durant lesquels une réorganisation au sein du matériau a lieu, les cycles de chargement
suivants sont superposables. Ces matériaux réticulés ont, après avoir subi les cycles de
conditionnement, de bonnes propriétés de recouvrance de la déformation subie, même après
de fortes déformations.
L’étude par SAXS permet de suivre la morphologie d’un matériau biphasé au cours
d’un essai de traction. Laity et al. [LAI-06] ont utilisé le modèle globulaire de Zernike-Prins
pour modéliser les images SAXS (exemple sur la Figure III-52) obtenus sur des polyuréthanes
PTMO/MDI/BDO. Les matériaux ont été sollicités jusqu’à 150% de déformation, sur les deux
premiers cycles (Figure III-53).
Page 119
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 120
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
a) b)
Figure III-54 – a) Spectres SAXS d’un TPU PTMO/MDI/BDO avec 35% de SR obtenus à
différentes déformations (entre 0 et 1200%) avec des regroupements radiaux de 10° dans le
sens transversal à la traction et b) évolution de la distance interdomaine d moyenne. Les lignes
représentent les valeurs attendues par le modèle de déformation affine [FIN-05b]
La figure de SAXS est initialement isotrope, signe que le matériau l'est aussi. Elle tend
ensuite vers une figure à 4 lobes jusqu'à 250%, puis en 2 arcs jusqu'à 500 et 2 lobes jusqu'à
rupture. En WAXD, l'apparition d'un second pic à partir de 350% de déformation symbolise la
présence d'une cristallisation sous contrainte de la phase souple.
Finnigan et al. [FIN-05b] n’ont pas obtenu de cristallisation sous contrainte, le PTMO
utilisé a une masse de 1000 g/mol et a été utilisé suffisamment au dessus de sa température
fusion pour éviter de cristalliser sous contrainte.
Dans un second temps, les échantillons sont analysés après relaxation de ces mêmes
allongements (0 à 700%). Alors que l'échantillon à 50% est identique à un échantillon non
sollicité, les suivants sont anisotropes, montrant que des modifications structurales
permanentes ont eu lieu. On observe qu'à partir de 500% de déformation, la figure SAXS
montre 6 lobes et que ceux-ci sont également moins intenses, signe de rupture de domaines
rigides.
Page 121
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Des suivis de traction uniaxiale in-situ par SAXS sont difficiles à effectuer sur les
matériaux de la famille des PP. En effet, la morphologie contient une double population
(nodules et lamelles), ce qui rend l’exploitation des diffractogrammes de SAXS très
complexe.
a) b)
Figure III-55 – a) Test de compression cycliqueet b) test de compression cyclique à différentes déformations
fixées sur un TPU [QI-05] N.B. : Les valeurs repérées sont toutes négatives
Page 122
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Les expériences de traction uniaxiale ont été effectuées selon la norme ISO/R 527
[AFN-81b] sur des éprouvettes de longueur nominale 20 mm et de section environ 2 x 4 mm2
(Annexe 3). Le test consiste à faire subir à l’éprouvette 4 cycles de chargement entre 0 et 200%
de déformation à 300 mm/min et déchargement à 100 mm/min, soit un rapport 1/3 entre les
vitesses. Le 5ème chargement, effectué également à 300 mm/min, est réalisé jusqu’à la rupture
du matériau.
10
E100%
8 W''
Contrainte (MPa)
ère
1 charge
E10%
4
ère
1 décharge
0
0 εr 50 100 150 200
Déformation (%)
Le module du matériau est déterminé de façon arbitraire par le module sécant à 100%
de déformation E100 % et par le module moyen E10 % sur les premiers 10% de déformation.
L’énergie dissipée par cycle W’’ est définie comme l’aire de l’hystérèse de traction.
Il faut attendre quelques semaines pour atteindre la déformation permanente du
matériau PP après un essai de traction à 200% de déformation et à une vitesse de 300
mm/min. Pendant ce temps d’attente, la déformation résiduelle diminue de 15-20% à 5%
(Figure III-57). Cette baisse de la déformation de 10-15% correspond à la composante pseudo-
élastique ou anélastique de la recouvrance.
Page 123
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
32
déformation résiduelle (%)
24
quasi-instantanée
1 jour
16
1 semaine
1 mois
8
0
0 100 200 300 400
déformation imposée (%)
Figure III-57 – Evolution, avec le temps de repos et avec la déformation maximale subie, de
la déformation résiduelle d’échantillons de plaque de PP003 (130°C-1,06), à 22°C, ayant subi
un 1er cycle de chargement à 300 mm/min et déchargement jusqu’à 0 % à 100 mm/min.
10
e e
8 2 ,3 &
Contrainte (MPa)
e
ère 4 charges
1 charge
6
4
1ère décharge
e e e
2 2 , 3 & 4 décharges
0
0 50 100 150 200
Déformation (%)
Page 124
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Le module E100 % , ainsi que l’énergie dissipée W’’, diminuent et se stabilisent après 4
cycles de traction, comme il est montré sur la Figure III-59 et dans le Tableau III-11. La grande
majorité de ces modifications ont lieu lors du tout premier cycle, appelé « cycle de
conditionnement ». Il faut ensuite 3 autres cycles pour que le matériau soit considéré comme
stable.
Le 5ème chargement en traction s’effectue jusqu’à rupture, afin de déterminer les
propriétés finales du matériau. La contrainte à rupture est de l’ordre de 20 MPa et la
déformation à rupture de 370%. Les polyuréthanes réticulés en phase souple ont une
déformation à rupture faible en raison de la restriction que représentent les nœuds de
réticulation pour l’allongement des chaînes polymères.
1400 8
Comparaison des évolutions du travail dissipé
et du module sécant à 100%
1200 E100% (MPa) 7
1000
W'' (J)
800
5
600
4
400
200 3
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
cycles
Figure III-59 – Évolution du travail dissipé W’’ (mJ) et du module sécant à 100 % de déformation avec le
nombre de cycles de chargement de 0 à 200 % de déformation à 300 mm/min et déchargement jusqu’à 0 % à 100
mm/min, pour un essai sur 10 cycles de traction consécutifs d’une plaque de PP008 (35% SR).
Tableau III-11 – Propriétés mécaniques à 22°C lors des 4 premiers cycles de traction enchaînés instantanément
de 0 à 200% de déformation d’un échantillon de plaque de PP008 (35% SR) : charge à 300 mm/min, décharge à
100 mm/min. * 5ème charge jusqu’à rupture.
Déformation résiduelle
Cycle # E100 % (MPa) W’’ (J)
instantanée (%)
1 7,7 20 1,29
2 4,4 22 0,35
3 4,3 23 0,31
4 4,2 24 0,28
5* 4,2 / /
Page 125
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Du fait de cet effet Müllins, il faut prendre des précautions avant le test pour que
l’éprouvette n’ait pas subi de sollicitation préalable. C’est également pour cette raison que le
module peut être mesuré au 5ème cycle, afin de se soustraire aux effets d’une éventuelle
sollicitation (ayant eu lieu en dessous de 200% de déformation).
Une étude de SAXS in-situ lors d’un essai de traction cyclique a été effectuée afin de
déterminer l’origine de la perte de module lors du « cycle de conditionnement ». Cependant,
du fait de la présence de deux populations différentes (nodules et de lamelles), l’exploitation
s’avère très difficile et ne permet pas, en traction, de les différencier. L’observation de
diffractogrammes SAXS après recouvrance montre cependant une légère anisotropie dans le
matériau.
6E+07 10
5E+07
avant 1
4E+07
Module E' (MPa)
Tan delta
cycles
2E+07
0,01
1E+07
avant
0E+00 0,001
-100 -50 0 50 100 150 200
Température (°C)
Figure III-60 – Comparaison des courbes DMA obtenues avec un échantillon de plaque mature de PP008
(35% SR) non sollicité et un échantillon de plaque mature de PP008 (35% SR) ayant subi 4 cycles de
traction à 200% de déformation (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz).
Page 126
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
3,5
3
Contrainte (MPa)
2,5
1,5
0,5 W''= 0 J
εr instantané = 2 %
0
0 50 100 150 200 250 300 350
Déformation (%)
6
5
4
3
2
1
0
0 300 600 Temps (s) 900
Page 127
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
8
9
7 Direct
8
6
7
Contrainte (MPa)
5 6
Échelons à
Force (kN)
4 1, 2, 3, 4 & 5 kN 5
4
3
Échelons à 3
2 6, 7, 8 & 9 kN
2
1
1
0 0
2% 7% 12% 17% 22% 27%
Déformation (%)
La courbe de chargement à 4000 N d’un plot de la formulation PP014 (35% SR) est
comparée au matériau souple modèle sur la Figure III-64. Comme en traction, le matériau
souple ne met pas en évidence de perte viscoélastique du travail mécanique.
3,5
2,5 PP
souple
Contrainte (MPa)
1,5
0,5
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Déformation (%)
Figure III-64 – Courbe contrainte nominale-déformation nominale de plots de PP014 (35% de SR) et du
matériau souple, à 22°C, 2 cycles de chargement de 400 à 4000 N à 10 mm/min et déchargement à 10 mm/min.
Page 128
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Lors d’un essai de fatigue standard entre 400 et 4000 N, le plot se trouve sous une
charge moyenne de 2200 N pendant les 3 heures de l’essai. Afin de déterminer l’importance
du fluage sur l’évolution des propriétés des plots de la formulation PP à 35% de SR (PP003),
des essais de fluage à mi-charge (2200 N) et à charge pleine (4000 N) ont été effectués à
température ambiante et à une température plus élevée (115°C). L’évolution de la déformation
pour ces quatre essais est représentée sur la Figure III-65.
4,4
115°C 10,5
115°C
T = 22°C
déformation (%)
T = 115°C
10
déformation (%)
4,2
T = 22°C
T = 115°C 9,5
4
9
3,8
22°C 8,5 22°C
3,6
8
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3
temps (h) temps (h)
L’enfoncement initial est supérieur à chaud en raison d’une baisse de module. Lors de
l’essai à 115°C à mi-charge, la déformation augmente de 0,2 % en 3 h. A pleine charge, elle
augmente de 0,4 %. Ces variations de déformation sont négligeables et ne seront pas prises en
compte dans l’évolution des paramètres en fatigue thermomécanique. Le bon comportement
en fluage, à des températures inférieures aux températures de pseudo-fusion des domaines
rigides, est dû à la réticulation chimique de la phase souple.
Page 129
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Entre les deux formulations, la différence de module dans la partie linéaire initiale de
la courbe de chargement E10 % est semblable aux différences de module au plateau
caoutchoutique à température ambiante (Figure III-44 et Tableau III-12).
Page 130
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Tableau III-12 – Comparaison des propriétés mécaniques lors des 4 premiers cycles de traction de 0 à 200% de
déformation d’un échantillon de plaque d’Adilithe VIII® et de PP008 : charge à 300 mm/min, décharge à 100
mm/min.
Tableau III-13 – Comparaison des propriétés mécaniques finales lors de la 5ème charge à 300 mm/min jusqu’à
rupture d’un échantillon de plaque d’Adilithe VIII® et de PP008. 3 essais ont été effectués pour chaque matériau.
* L’Adilithe VIII® a glissé des mors pour tous les essais, les valeurs sont donc des valeurs minimales.
Contrainte à rupture Déformation à rupture Travail à rupture
(MPa) ± (%) ± (J) ±
PP008 20,2 3,0 370 40 7,6 1,6
® 37,5 1,9 950 Non rompu 30,6 1,5
Adilithe VIII *
Pour la formulation PP008, le module E100 % au 4ème cycle n’est que de 56% du module
au 1er cycle. Il est de 60% pour la formulation Adilithe VIII®. Par contre, l’énergie dissipée
W’’ au 4ème cycle n’est que de 22% de l’énergie dissipée au 1er cycle. Elle est de 13% pour la
formulation Adilithe VIII®. La déformation permanente est de 5% pour PP008 contre 50% de
déformation plastique pour la formulation Adilithe VIII®.
Dans ces essais statiques en traction contrôlés en déformation, l’Adilithe VIII® dissipe
plus, surtout au 1er cycle, que la formulation PP008. La non réticulation de la phase souple
donne, comme le montre la déformation permanente, un comportement viscoélastoplastique
au matériau.
9
7
Direct 8
6
7
5 6
Contrainte (MPa)
Échelons à
Force (kN)
4 5
1, 2, 3 & 4 kN
4
3
3
2
Échelons à 2
1 5, 6, 7, 8 & 9 kN 1
0 0
2% 4% 6% 8% 10% 12% 14%
Déformation (%)
Figure III-67 – Courbes contrainte nominale-déformation nominale de plots de formulation Adilithe VIII®, à
22°C, selon le profil de chargement direct à 9kN pour le premier (Figure III-62), par échelons pour le second.
Page 131
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
A présent, les formulations PP et Adilithe VIII® vont être comparées du point de vue
de leurs propriétés thermophysiques.
Page 132
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Les élastomères sont connus comme étant des matériaux isolants thermiques. Dans le
cadre d’une application en fatigue engendrant un échauffement du matériau, il est important
de s’intéresser aux propriétés thermiques intrinsèques des formulations. Peut-on différencier
deux formulations ayant un comportement attendu différent en fatigue par leurs simples
propriétés thermophysiques ?
Dans l’optique de la modélisation des échanges thermiques lors d’un essai de fatigue
thermomécanique, il est également nécessaire de quantifier tous les transferts thermiques dans
notre système de fatigue. Les propriétés thermophysiques, ainsi que les transferts thermiques
dans le système, devront être validés en simulant des refroidissements dans l’air, puis entre les
mors de fatigue, d’échantillons de nos formulations SPU.
Les évolutions des propriétés thermiques avec la température sont étudiées afin d’être
prises en compte dans la modélisation.
Cette méthode, décrite dans l’Annexe 3 [BAL-86], donne pour un plot de la formulation
PP008 : α PP 008 = 11,0.10 -8 ± 1,0.10 -8 m 2 .s -1 . Et pour un plot de la formulation Adilithe
VIII® : α AdilitheVIII = 10, 4.10 −8 ± 1, 0.10−8 m 2 .s −1 . Les résultats sont très proches pour les deux
formulations et correspondent tout à fait à l’ordre de grandeur attendu. A part la réticulation
de la phase souple pour la formulation PP, les deux formulations ont en effet une phase souple
de même nature chimique.
Page 133
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Tableau III-14 – Valeurs de la conductivité thermique de plots d’Adilithe VIII® et de PP008 à différentes
températures.
Température Conductivité thermique
(°C) (W/m.K)
Adilithe VIII® 26,0 0,143 [± 0,007]
25,3 0,153 [± 0,008]
78,3 0,164 [± 0,008]
PP008
117,9 0,169 [± 0,008]
158,8 0,166 [± 0,008]
Page 134
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
0,18
Évolution thermique de la conductivité thermique
de PP008 et Adilithe VIII
λ (W/(m.K))
0,17
0,16
2
y = -2E-06x + 0,0004x + 0,144
2
R = 0,9887
0,15
lambda-PP
lambda-Adi
Polynomial (lambda-PP)
0,14
0,13
Température (°C)
0,12
0 20 40 60 80 100 120 140 160
78,3°C
25,3°C 158,8°C
119,9°C
Page 135
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
[ALI-07] obtiennent λ=0,21 W/m.K pour un matériau PPO 1000/MDI/EG. Dashora [DAS-
94] obtient quant à lui λ=0,19 W/m.K pour le Vulkollan.
A part les résultats de Cai et al., obtenus avec la même méthode, les autres auteurs
trouvent des valeurs de conductivité un peu plus élevées par méthode indirecte.
2150
Cp (J/kg/°C)
2050
2000
Adilithe VIII® PP008
1950 y = 3.2381x + 1722.9
1900
2
R = 0.9822 y = 1.7154x + 1783.5
2
R = 0.9575
1850
1800
y = 4.2312x + 1611.2
2
1750 R = 0.9973
Température (°C)
1700
0 20 40 60 80 100 120 140 160
Figure III-70 – Évolution de la chaleur spécifique de plaques matures de formulations Adilithe VIII® et PP008.
On peut définir ainsi deux domaines linéaires, avec un changement de pente vers
70°C, correspondant à une réorganisation, que l’on associe par ailleurs à la transition vitreuse
des SR amorphes. La valeur à température ambiante (22°C) est de 1700 J/kg/°C. L’expérience
similaire sur une plaque d’Adilithe VIII® mène à une valeur à l’ambiante de 1790 J/kg/°C,
soit 4 à 5 % supérieure à celle de PP008.
Ces valeurs correspondent tout à fait à la bibliographie. Rassaq et al. [RAZ-07], pour
un système PPO-MDI-EO-BDO, ont obtenu Cp=2500 J/kg.K à 20°C. Dickie [DIC-97] a
étudié un TPU commercial (formule non précisée) par DSC modulée. Au-delà de la Tg
(99°C), la chaleur spécifique du TPU est de 1650-1700 J/kg.K et atteint environ 2200 vers
250°C. Enfin, le Handbook [PYD-03] des polymères rapporte les valeurs de la PCL,
constituant à 65% massique de la formulation PP. Sa chaleur spécifique Cp varie de 1740 à
1940 J/kg.K entre 0 et 80°C.
Page 136
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
III.3.1.5 Bilan
1,12E-07
Diffusivité thermique (m /s)
2
1,11E-07
1,10E-07
indirecte corrigée
Temperature (°C) constante
1,09E-07
0 50 100 150
Figure III-71 – Evolution thermique de la diffusivité thermique de la formulation mature PP008 (35% SR).
Page 137
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Tous les échanges thermiques sont pris en compte : la conduction dans le matériau,
mais aussi le rayonnement du plot et la convection entre le plot et l’air ambiant. Il est
nécessaire de prendre en compte le rayonnement, même si la température de la surface ne
dépasse pas 150°C, car les coefficients d’échanges par convection naturelle sont
habituellement faibles.
Rayonnement Convection
du plot hray avec l’air hhor
Convection Plot
avec l’air hver h36mm x
Ø39mm
Figure III-72 – Schéma d’un plot dans l’air, subissant des échanges
thermiques par convection avec l’air et par rayonnement.
III.[Link] Rayonnement
Page 138
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
D’autre part, le flux de chaleur peut être calculé par la loi de Newton (Équation III-12).
ϕ ray = hray .S '.(TS − T∞ ) Équation III-12
Ainsi, le rayonnement peut être exprimé par un coefficient d’échange thermique hray
(Équation III-13). Son évolution thermique est représentée sur la Figure III-73.
hray = ε '.σ '.(TS + T∞ ).(TS2 + T∞2 ) Équation III-13
10
hray (W/m 2/K)
8
hray
6
TS (°C)
5
20 60 100 140
III.[Link] Convection
Les échanges convectifs peuvent être de deux types : naturel ou forcé. Dans le cas de
la convection naturelle (ou libre), l'échange de chaleur est responsable du mouvement de l’air.
La différence de densité de l’air entre zones froides et chaudes provoque le mouvement par
poussée d’Archimède. Par contre, dans le cas de la convection forcée, le mouvement de l’air
est provoqué par un dispositif externe ou par le mouvement des surfaces d’échanges. Le
mouvement favorise le transfert thermique par convection.
Dans le cas du refroidissement dans l’air d’échantillons de polyuréthane, il n’y a pas
de brassage mécanique de l’air. L’estimation du coefficient d’échange convectif est effectuée
par des corrélations issues de la convection naturelle autour ou au long d’un cylindre. Les
échanges thermiques dans ce cas sont calculés en utilisant la loi de Newton pour les échanges
convectifs (Équation III-14).
ϕ conv = hconv .S '.(TS − T∞ ) Équation III-14
Page 139
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Le calcul des coefficients de transfert par convection naturelle, hhor et hver, relatifs
respectivement aux surfaces planes horizontales et à la couronne verticale, a été effectué de
manière indépendante puis reporté dans l’Annexe 6. [BEJ-04]
Il en résulte que ces coefficients sont pratiquement égaux (Figure III-74), notamment
parce que l’élancement de l’échantillon est proche de 1. Les variations en température de ces
coefficients de transfert par convection naturelle sont importantes, de 4,5 W.m-2.K-1 5°C au
dessus de T∞ à 10 W.m-2.K-1 à 140°C. Par contre, la convection tend à s’annuler lorsque le
gradient thermique est inférieur à 5°C.
10
h (W/m 2/K)
9
8
7
hhor
6
hver
5 T∞ = 25°C
4
3
TS (°C)
2
20 60 100 140
Chaque surface du plot échange de la chaleur par rayonnement et par convection avec
le milieu ambiant. Le rapport de ces deux contributions, hray /hconv, est représenté en fonction
de la température sur la Figure III-75. A basse température, le rayonnement est majoritaire. Au-
delà de 40°C, les échanges par rayonnement et par convection sont comparables.
2,0
hray / hconv
1,6
1,2
TS (°C)
0,8
20 60 100 140
Figure III-75 – Evolution du rapport entre les coefficients d’échange thermique par rayonnement
et par convection naturelle avec l’air hray / hconv en fonction de la température de la surface TS.
Page 140
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
III.3.2.2 Expériences
70
60
TCoeur
Température (°C)
50
PP-L-air
Adi-L-air
40
air
30
20
Temps (s) 1h
0 900 1800 2700 3600 4500
Figure III-76 – Comparaison des températures à cœur de plots des formulations PP008
et Adilithe VIII®. Suivi des refroidissements dans l’air de plots préalablement portés à
une température homogène de 80°C et pendus à un fil.
Des expériences similaires ont été effectuées sur des plots de la formulation PP008 de
différents volumes, à partir de 140°C. Alors que le plot standard a une hauteur de 36 mm, des
plots de hauteur 22 et 50 mm ont été suivis. Les trois suivis de température à cœur lors des
refroidissements sont superposés sur la Figure III-77. Comme attendu, le temps de
refroidissement augmente avec la diminution du rapport surface sur volume.
140
TSi = 138°C
120
Température (°C)
100 h=
50 mm
80
36 mm
60 22 mm
1h
Coeur - h = 50 mm
40
Cœur - h = 36 mm
Coeur - h = 22 mm
T∞ = 23°C
Temps (s)
20
0 900 1800 2700 3600 4500 5400
Page 141
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
III.3.2.3 Modélisation
L’utilisation d’un logiciel de modélisation des échanges thermiques par éléments finis
a pour but de simuler les refroidissements expérimentaux dans l’air qui viennent d’être
présentés. La simulation utilisera les propriétés thermophysiques et les transferts thermiques
qui viennent d’être déterminés pour des cylindres de différentes hauteurs. La validité de la
modélisation sera liée à la bonne simulation du temps de refroidissement au cœur des
échantillons, mais également à la bonne prise en compte des gradients thermiques.
Ti T∞
r
Symétrie plan
Symétrie axiale
Figure III-78 – Simplification du système 3D (Figure III-72) en système 2D axisymétrique.
λ
Les propriétés thermophysiques du matériau PU α PP 008 (T ) = , ont d’ores et déjà
ρ .Cp
été déterminées dans la gamme d’utilisation du matériau. La température initiale du matériau
et la température ambiante sont définies par les conditions expérimentales.
Le terme Q = h.S '.(TS − T∞ ) correspond ici aux transferts thermiques dans le système,
défini par le coefficient d’échanges thermiques, à savoir :
- pour les surfaces planes : convection de l’air hhor et rayonnement hray ;
- pour la couronne : convection de l’air hver et rayonnement hray ;
- symétrie plan à mi-hauteur du plot et
- symétrie de révolution dans l’axe du plot cylindrique.
Il n’y aucun paramètre ajustable dans cette simulation du refroidissement dans l’air
de plots pendus par un fil.
Page 142
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Une dernière étape de maillage du quadrant est nécessaire avant d’effectuer des
simulations. Le résultat de la simulation est d’obtenir, toutes les 10 secondes pendant 5400
secondes (1h30), la température en chaque point du maillage. Par exemple, la cartographie
thermique dans le quadrant supérieur droit du plot initialement homogène à 140°C est
représentée après 900 s sur la Figure III-79. Cette représentation permet d’observer
qualitativement les gradients thermiques dans le plot.
85,2°C
97,8°C r
81,3°C
Page 143
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
140
Ti = 138°C
120 gros
100
Dans l’axe
80
Température (°C)
fin
60
fin à 6mm
40 Dans l’axe
T∞ = 23°C
20
Temps (s) 1h
0 900 1800 2700 3600 4500 5400
Figure III-80 – Suivi des refroidissements, à cœur et à 6 mm du haut, dans l’air de plots de la formulation
PP008 mature préalablement portés à une température homogène de 140°C et pendus à un fil. Comparaison avec
les simulations numériques sans paramètre ajustable. Expériences en traits épais et modélisations en traits fins.
Lors de ces refroidissements, des TC fins ont également été placés à 6 mm du bord et
à mi-hauteur afin de valider le gradient radial (Figure III-81).
140 z t = 900 s
Ti = 138°C
120
fin gros
100
r
fin fin
Dans l’axe
80
Température (°C)
Dans l’axe
60
40
T∞ = 23°C
20
Temps (s) 1h
0 900 1800 2700 3600 4500 5400
Figure III-81 – Suivi des refroidissements, à cœur et à 6 mm du bord, dans l’air de plots de la formulation
PP008 mature préalablement portés à une température homogène de 140°C et pendus à un fil. Comparaison avec
les simulations numériques sans paramètre ajustable. Expériences en traits épais et modélisations en traits fins.
Page 144
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Dans un cas, le TC a été placé de manière radiale (dans le sens du flux de chaleur).
Dans l’autre, il a été placé perpendiculairement au flux de chaleur, dans le sens longitudinal
du plot. Même en essayant de mesurer de différentes manières le gradient radial (entre le cœur
et à 6 mm du bord), il y a de petits écarts avec la simulation. A t = 900 s, la simulation
surestime la température de 4°C.
140
Ti = 138°C
120
fin gros
100 fin à 6mm
Dans l’axe
80
Température (°C)
60
40 T∞ = 28°C
20
Temps (s) 1h
0 900 1800 2700 3600 4500 5400
Figure III-82 – Suivi des refroidissements dans l’air d’un plot mature de hauteur 36 mm du matériau souple
modèle préalablement porté à une température homogène de 140°C et pendu à un fil. Comparaison avec les
simulations numériques sans paramètre ajustable. Expériences en traits épais et modélisations en traits fins.
Page 145
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Comme pour le plot seul, on note la symétrie plan à mi-hauteur du plot et la symétrie
de révolution.
Convection
avec l’air h’hor
et h’ver Mors en acier
Mors
Rayonnement h350mm x
du mors h’ray Ø60mm
RTC PU/Acier
hRTC Plot
h36mm x
Ø39mm
Rayonnement
du plot hray
Convection
avec l’air hver
Figure III-83 – Schéma d’un plot entre les mors de compression en acier, subissant des échanges
thermiques par convection avec l’air, par rayonnement et par conduction avec les mors.
Page 146
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Lorsqu’un flux de chaleur permanent traverse l’interface entre les deux milieux,
certaines lignes de flux convergent vers les zones de contact où le passage de chaleur est
facilité (passage n1), il en résulte un phénomène de constriction des lignes de flux qui se
caractérise par l’accroissement de la résistance thermique de contact. D’autres lignes de flux
traversent l’espace interstitiel (passage n2), ce transfert de chaleur s’effectue essentiellement
par conduction thermique. Le champ de température qui en résulte se trouve considérablement
perturbé dans une région localisée de part et d’autre de l’interface (Figure III-84).
Les deux voies de passage (n1 et n2) sont bien évidemment couplées. Si par exemple le
passage de chaleur par le milieu interstitiel est plus important, la constriction sera d’autant
plus faible.
Page 147
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Pour notre étude, la valeur de la RTC entre les matériaux et l’acier des mors sera tirée
des valeurs de la littérature. Pour un contact acier-polymère sous pression, une valeur de
l’ordre de 10-3 m2.K.W-1 est souvent mesurée, notamment par Delaunay et al. [DEL-00].
Celle valeur sera celle qui servira tout d’abord à nos simulations numériques.
III.3.3.2 Expériences
80
70
60
TCoeur refroidissements dans l’air
de PP et Adilithe VIII®.
Température (°C)
50
40
TCoeur
30
refroidissements entre les
20
mors de PP et Adilithe VIII®. 1h
0 900 1800 Temps (s) 2700 3600 4500
Figure III-85 – Comparaison des températures à cœur de plots des formulations PP008 et
Adilithe VIII®. Suivi des refroidissements de plots, préalablement portés à une température
homogène de 80°C, pendus à un fil et entre les mors sous 2200 N.
Page 148
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Les deux formulations se refroidissent de façons très voisines entre les mors d’acier
sous 2200 N, comme dans l’air. L’ajout des contacts avec les mors accélère le refroidissement
des deux formulations.
fin perlé
120
gros
Dans l’axe
80
Température (°C)
60
40
1h
20
0 900 Temps (s) 1800 2700 3600
Figure III-86 – Comparaison des températures en trois positions de plots de la formulation PP008.
Suivi des refroidissements de plots, préalablement portés à une température homogène de 140°C,
entre les mors sous 2200 N (courbes fines) et sous 4000 N (courbes épaisses).
Page 149
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
III.3.3.3 Modélisation
Comme pour les refroidissements dans l’air, le logiciel Comsol Multiphysics® est
utilisé. Les symétries du système (Figure III-83) permettent de le simplifier (Figure III-87).
z Convection
hver’, hhor’
Rayonnement
hray’
Mors en acier
Ti T∞
PU RTC PU/Acier
hRTC
Ti Convection
hver
Symétrie plan r Rayonnement
Symétrie axiale hray
Dans cette simulation, l’unique paramètre ajustable est hRTC, la conductance aux
contacts entre le plot et les mors d’acier.
Dans un premier temps, la valeur de la RTC a été prise à 1.10-3 m2.K.W-1, soit une
conductance hRTC de 1000 W.m-2.K-1 [PAR-97], afin de simuler les refroidissements sous
2200 N.
Page 150
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
76,2°C
118,3°C r
Figure III-88 – Cartographie thermique à t = 450 s d’un quadrant de plot initialement homogène
à Ti = 140°C puis refroidi avec hRTC = 1000W.m-2.K-1 au contact avec les mors.
140 140
Ti = 140°C Ti = 140°C
120 120
gros gros
100
fin perlé 100
Température (°C)
à 6 mm
Température (°C)
fin
à 6 mm
80 80
Dans l’axe Dans l’axe
60 T∞ = 24,5°C 60
T∞ = 23°C
40 1h 40
1h
a) b)
20 20
0 900 Temps (s) 1800 2700 3600 0 900 Temps (s) 1800 2700 3600
Figure III-89 – Suivi des refroidissements entre les mors sous 2200 N de plots de la formulation mature PP008
préalablement portés à une température homogène de 140°C. Comparaison avec les simulations, sans paramètre
ajustable, à cœur et à 6 mm du haut. Expériences en traits épais et modélisations en traits fins.
Lors des deux expériences de refroidissements entre les mors sous 2200 N qui
viennent d’être présentées, des TC fins ont également été placés à 6 mm du bord et à mi-
hauteur afin de valider le gradient radial.
Page 151
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Dans un cas, le TC a été placé de manière radiale (dans le sens du flux de chaleur,
Figure III-90a). Dans l’autre, il a été placé perpendiculairement au flux de chaleur, dans le sens
longitudinal du plot (Figure III-90b). Même en essayant de mesurer de différentes manières le
gradient radial (entre le cœur et à 6 mm du bord), il y a un écart en début de refroidissement
qui varie entre 5 et 10°C. Il est légèrement mieux représenté en essayant de mesurer de
manière différente, perpendiculairement au gradient de température, et en utilisant un TC
perlé pour lequel la position de la mesure est plus précise. Le décalage de simulation du
gradient thermique radial n’est pas lié au gradient de morphologie radial présent dans les
cylindres de formulation PP008.
140
Ti = 140°C 140
Ti = 140°C
120 120
fin perlé
fin dénudé fin gros
100 100
Température (°C)
80 80
Température (°C)
Dans l’axe Dans l’axe
60 60
T∞ = 23°C T∞ = 24,5°C
40
a) 1h
40
b) 1h
20 20
0 900 Temps (s) 1800 2700 3600 0 900 Temps (s) 1800 2700 3600
Figure III-90 – Suivi des refroidissements entre les mors sous 2200 N de plots de la formulation PP008 mature
préalablement portés à une température homogène de 140°C. Comparaison avec les simulations, sans paramètre
ajustable, à cœur et à 6 mm du bord. Expériences en traits épais et modélisations en traits fins.
Page 152
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Le bord du cylindre a une morphologie similaire à la plaque, ces deux géométries étant
coulées au contact avec les parois des moules à 130°C. Par contre, une plaque coulée dans un
moule à 160°C ne constitue pas un assez bon modèle du cœur d’un jonc coulé dans un moule
à 130°C. L’hypothèse avancée est que, même si les 2 matériaux ont été portés à une
température d’environ 160°C, le temps que le matériau a passé à cette température au
moment de la synthèse est très différent et serait à l’origine de ces différences
morphologiques radiales dans les cylindres. Cette exothermie a eu pour conséquence de
former à cœur, par rapport au bord ou à une plaque, plus de nodules et moins de sphérolites
avec des lamelles organisées.
L’Adilithe VIII® est une formulation non réticulée montrant une bonne séparation de
phase et un module élevé au plateau caoutchoutique. La phase souple est très pure et les
domaines rigides ont une organisation cristalline bien définie.
La plaque d’Adilithe VIII® est représentative de l’ensemble du jonc. Il n’y a pas de
gradient radial de morphologie dans les cylindres, car une partie des réactions chimiques de
formation de groupements uréthane a lieu dans le réacteur. La matière a une température
homogène quand elle est coulée dans les moules. Les SR de la formulation Adilithe VIII®,
moins nombreux que dans la formulation PP mais de longueur quasi-uniforme, ne
s’organisent que selon une seule morphologie, avec une distance caractéristique de 85 Å. La
microscopie n’a pas permis de conclure à la structuration des SR sous forme de lamelles ou
sous forme de nodules dans le matériau.
Page 153
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les deux formulations PP et Adilithe VIII® ont des propriétés thermophysiques très
proches. D’éventuelles différences de comportement lors de l’essai de fatigue
thermomécanique ne seront donc pas liées à la capacité du matériau à dissiper la chaleur. Le
formulateur de PU doit donc privilégier la limitation de la génération de chaleur pour les
applications en fatigue thermomécanique.
Nous avons modélisé avec un bon accord avec l’expérience et sans paramètre
ajustable les refroidissements dans l’air d’échantillons de différentes dimensions. La prise en
compte d’une résistance thermique de contact entre les surfaces planes des plots et les mors en
acier a permis de modéliser également les refroidissements d’échantillons entre les mors de
fatigue sous 2200N.
La simulation de l’autoéchauffement observé lors des essais dynamiques en
compression fera l’objet de la Partie V.2.
Le Chapitre suivant a pour objectif d’étudier les évolutions morphologiques qui ont
lieu pendant la période de maturation des formulations SPU.
Page 154
Chapitre III : Caractérisation des matériaux polyuréthane matures
Page 155
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
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Page 157
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 158
Chapitre IV : Étude de la maturation de la formulation PP
Pages
IV.1 Rappels bibliographiques sur l’évolution des structures et des propriétés des PU avec
le temps .......................................................................................................................................... 160
IV.2 Suivi de la maturation d’une formulation PP................................................................ 164
IV.2.1 Évolutions de la microstructure et conséquences sur les propriétés d’une plaque.................. 164
IV.2.2 Évolutions structurales et du comportement en fatigue d’un plot .......................................... 169
Conclusions du chapitre IV .......................................................................................................... 172
Références bibliographiques du chapitre IV .............................................................................. 173
Page 159
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les modifications les plus importantes sont observées en utilisant l’essai de fatigue
cyclique en compression comme révélateur des évolutions de la structure [CHO-97]. Le PU
de cette formulation tient 15 minutes en fatigue (sous 8200N) une semaine après sa synthèse,
20 minutes après 3 semaines et environ 45 minutes après 2 mois de « mûrissement ». Angèle
Chomard a ensuite cherché à relier ces évolutions de propriétés mécaniques à des évolutions
de structures.
De légères modifications sont notées en DMA et DSC : une légère augmentation de E'
en DMA et une TgSS plus basse en DSC et DMA. La baisse de TgSS indique une amélioration
de la séparation de phase. Les mesures DSC montrent d'autre part que la maturation provoque,
dans le cas d'une formulation linéaire, une disparition du pic de fusion entre 150 et 175°C et
une augmentation de l'intensité de la transition située entre 60 et 110°C. Cet endotherme situé
environ 30°C au dessus de la température ambiante est attribué à un pic de « recuit à la
température ambiante », son origine étant associée à un ordre à très faible distance des SR.
[BAR-87]
Sur les formulations Adilithe VI® mises au point chez Mérylithe (PCL/MDI/HQEE),
Henri Sautel [SAU-06] a observé de fortes variations du comportement en fatigue (4 kN,
R=0,1 et 20 Hz) au cours de la maturation. Une semaine après la mise et œuvre et la cuisson,
le matériau s'échauffe jusqu'à atteindre 200°C en 15 minutes sans se stabiliser. Une
stabilisation thermique est obtenue à 160°C après 3 semaines, 140°C après 6 semaines et
120°C après 12 semaines.
La « stabilisation » du matériau est la preuve que des changements structuraux ont eu
lieu. Angèle Chomard [CHO-97] attribue ces évolutions de propriétés à des réarrangements
physiques : une éventuelle réorganisation de la phase rigide vers un état plus ordonné permet
cette « stabilisation ».
Industriellement, la connaissance de ce temps de stabilisation est un enjeu important
pour définir un temps de stockage minimum du matériau qui permette de garantir ses
propriétés statiques et dynamiques.
Page 160
Chapitre IV : Étude de la maturation de la formulation PP
Rappelons que les fonctions isocyanate libres peuvent réagir avec des liaisons
uréthane pour former des groupements allophanate. Cette réaction est lente et n’est donc pas
compétitive aux temps courts de maturation.
Les fonctions isocyanate libres peuvent également réagir avec des molécules d’eau
provenant de l’air ambiant pour former des groupements amine (avec dégagement de CO2,
Figure IV-1). Ensuite, le groupement amine formé peut réagir avec une fonction isocyanate
proche afin de créer un pont urée. Cette réaction avec l’humidité est rapide, mais toutefois
limitée par la diffusion des molécules d’eau au cœur du matériau.
La cinétique de maturation a été suivie par Prisacariu et al. [PRI-00] pour des
plaques de différentes épaisseurs (Figure IV-2). L’indicateur est la contrainte à 300% de
déformation en traction (σ σ300%). Pour tous les échantillons conservés dans l’air
atmosphérique, une augmentation de la contrainte est observée lors de la maturation, en
supposant que le durcissement du matériau est dû à la cinétique de formation de groupes urée,
en bordure des domaines rigides, par réaction des NCO libres avec l’humidité de l’air.
Le temps de maturation est d’environ 25 jours pour une plaque d’épaisseur 2 mm.
L’extrapolation pour une plaque infiniment fine permet d’estimer le temps de maturation à 12
jours.
δ lim → 0
Figure IV-2 – Évolution de la contrainte à 300% de déformation lors de la maturation (22°C, 50% HR) pour des
échantillons de différentes épaisseurs. Expériences (pointillés) : (+) 1mm, (▲) 2 mm, (●) 4 mm et (○) 6 mm.
Calculs (traits pleins) : a) extrapolé pour une épaisseur infiniment fine, b) 1mm, c) 2 mm, d) 4 mm et e) 6 mm.
(►) Expérience pour une plaque d’épaisseur 2 mm en atmosphère anhydre [PRI-00]
Page 161
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Tableau IV-1 – Evolution calculée de la contrainte à 300% de déformation (en pourcentage de la maturation)
pour un échantillon de PU virtuellement d’épaisseur infiniment faible et de la consommation des fonctions NCO
libres dans l’échantillon d’épaisseur 20 µm [PRI-00].
La cinétique d’absorption de l’eau dans le polymère a été suivie par des expériences
de prise de masse (Figure IV-3) d’un échantillon d’épaisseur 2 mm déjà mature et déshydraté
puis mis sous atmosphère contrôlée (50%HR et 25°C, comme pour le suivi de la maturation).
Il s’avère qu’une plaque d’épaisseur 2 mm absorbe plus d’eau que nécessaire pour
consommer l’excès initial en NCO, et ce en 1 jour, alors que le processus de maturation de ces
films nécessite 15 jours. Il faut donc invoquer un autre phénomène, en l’occurrence la
nécessité de désorber le CO2 produit par la réaction NCO/H2O. Les PUs peuvent en effet
absorber des quantités non négligeables de CO2, et les cinétiques de désorption soint loin
d’être triviales.
Page 162
Chapitre IV : Étude de la maturation de la formulation PP
Après avoir été soumises à différentes pressions de CO2 en tubes scellés, les plaques
de PU ont absorbé des quantités variables de ce gaz. La cinétique de désorption des
molécules de CO2 a ensuite été suivie par gravimétrie sur des films d’épaisseur 2 mm (Figure
IV-4). La cinétique de diffusion de ce gaz à travers le polymère est très lente, et, curieusement,
dépend en outre de la concentration initiale en CO2 : plus celle-ci est grande, plus la
désorption est rapide ; mais elle est de toute façon infiniment plus lente que la désorption
d’eau.
En résumé, la prise d’eau se fait en 1 jour. L’eau diffuse ensuite pour réagir avec les
NCO libres. Finalement, le CO2 formé doit ressortir pour être quantifié. Il faut au moins 4
semaines pour diffuser totalement le CO2 désorbé du film d’épaisseur 2 mm. La désorption du
CO2 est donc comparable en temps à la maturation du matériau suivie avec σ300%, comme le
montre la Figure IV-4.
Figure IV-4 – Comparaison entre le taux de CO2 désorbé (○) et la contrainte à 300%
de déformation (●) lors de la maturation d’une plaque d’épaisseur 2 mm [PRI-00]
Si ce phénomène est très bien connu dans le monde des fabricants et utilisateurs de
PUs, il existe néanmoins très peu d’études sur le sujet de la maturation des matériaux
polyuréthane. Notre étude a pour but de caractériser les modifications structurales puis les
conséquences sur les propriétés de la maturation au stockage de deux types d’échantillons :
des plaques d’épaisseur 2 mm et des cylindres de diamètre 39 mm.
Page 163
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Différentes techniques (DSC, DMA, traction cyclique et SAXS) ont été utilisées afin
de suivre la maturation (de 0,5 à 23 semaines à 22°C et 50% d’humidité relative
immédiatement après la réaction de 15 h à 130°C directement après la coulée dans des moules
à 130°C) de la structure et ses effets sur les propriétés mécaniques des plaques de 2 mm
d’épaisseur de la formulation PP008 (35% SR).
D’après toutes les techniques de caractérisation, la majorité des modifications ont lieu
durant les 4 premières semaines après mise en œuvre et réaction.
10
13 sem
9 sem
Contrainte (MPa)
8
4 sem 1ères charges
6
4 1 sem
0,5sem 4èmes charges
0
0 50 100 150 200
Déformation (%)
Page 164
Chapitre IV : Étude de la maturation de la formulation PP
Tableau IV-2 – Evolution des propriétés mécaniques lors des cycles de traction à 22°C au cours de la
maturation (entre 0,5 et 18 semaines). Résultats de la 1ère et de la 4ème charge : charge à 300 mm/min de 0 à
200% de déformation ; décharge à 100 mm/min. * Déformation résiduelle instantanée après la 1ère décharge
(Figure III-58).
E 100 % Déformation
E 100 % Contrainte Déformation
Temps résiduelle W’’ (J) W’’ (J)
(MPa) (MPa) ère ème à rupture à rupture
(semaines) instantanée* 1 charge 4 charge
ère ème
1 charge 4 charge (MPa ±2 ) (%±40%)
(%)
0,5 6,8 3,7 24 1,18 0,25 24 530
1 7,3 4,1 21 1,24 0,27 26 450
4 7,7 4,3 21 1,30 0,29 24 440
9 7,6 4,2 20 1,28 0,28 22 390
13 7,7 4,3 20 1,29 0,28 23 410
18 7,7 4,3 20 1,32 0,30 23 400
Tableau IV-3 – Paramètres extraits du modèle de Beaucage pour des particules sphériques et de la fonction
d’autocorrélation 1-D pour les lamelles pour les diffractogrammes SAXS d’une plaque d’épaisseur 2 mm de la
formulation PP008 après 1 semaine et 23 semaines de maturation. Incertitude : 1 Å.
Rg (Å) d 2 (Å) k P
après 1 semaine 31 116 0,83 3,8
après 23 semaines 31 117 0,83 3,9
- matrice souple
L’évolution de l’amortissement mesuré en DMA est représentée sur la Figure IV-7. Les
résultats sont reportés dans le Tableau IV-5. L’intensité et la température Tα du maximum
d’intensité, associée à la transition vitreuse de la matrice souple, sont toutes les deux
constantes. La TgSS est également constante en DSC (Figure IV-6 et Tableau IV-4).
Cela signifie que la pureté de la phase souple, qui contient probablement des SR
dissous, n’est pas modifiée lors de la maturation et ne joue aucun rôle dans l’augmentation de
module.
-0,25
∆Hm1 ∆Hm2
0,5sem 0,5sem
0,5week
-0,35
Heat Flow (mW/g)
1 sem 1sem
1wk
-0,4
2 sem -0,45
2sem
2wk
-0,5
13 sem
PP008-20071119(plaque)
PP008-20071121(plaque) 13sem
13wk
-0,55 PP008-20071128(plaque)
PP008-20080213(plaque)
Page 165
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Tableau IV-4 – Caractéristiques thermiques DSC (10°C/min, 1er passage) d’échantillons de plaques de la
formulation PP008 (130°C-1,06) : évolution au cours de la maturation.
Temps (semaines) TgSR (°C) Tm1 (°C) Tm2 (°C) ∆Hm1 (J/g) ∆Hm2 (J/g) ∆Hm1+2 (J/g)
0,5 41 183 201 4,1 4,8 8,9
1 43 183 201 4,2 4,6 8,8
2 46 185 203 4,2 5,4 9,6
13 53 185 205 4,3 5,9 10,2
18 52 185 205 4,4 5,8 10,2
Tableau IV-5 – Caractéristiques DMA extraites à 22°C et 140°C (0,1% de déformation, vitesse de chauffe
3°C/min, fréquence 1Hz) d’échantillons de plaques de la formulation PP008 (130°C-1,06) au cours de la
maturation. T’r est mesuré au point d’inflexion du module E’.
Temps (semaines) T’r (°C) E’ (MPa) tan δ E’ (MPa) tan δ
22°C 140°C
0,5 51 44 0,046 38 0,010
1 56 44 0,045 40 0,008
2 61 46 0,040 41 0,006
4 63 47 0,040 43 0,005
9 64 47 0,039 43 0,005
13 63 47 0,040 43 0,005
- principales modifications
La température de transition vitreuse des nodules amorphes TgSR augmente de 41 à
52°C (Figure IV-6). La température de la transition mécanique associée T’r mène à une perte
de module E’ (Figure IV-8). T’r augmente de 51 à 63°C au cours de la maturation.
L’amortissement mesuré entre 100 et 150°C diminue sensiblement. De plus, le module E’ à
22°C, et également à 140°C, augmente lors de la maturation. Cette augmentation de 15% du
module E’ est en accord avec celle mesurée avec E100 % en traction uniaxiale.
Concernant les domaines rigides ordonnés, la température du premier pic de fusion
Tm1 augmente, mais pas son enthalpie ∆Hm1. La température du second pic de fusion Tm2
augmente moins que Tm1, mais son enthalpie ∆Hm2 augmente, ainsi donc que ∆Hm1+2 (Tableau
IV-4). L’évolution combinée de E’ et E’’ en DMA induit une augmentation de l’énergie
dissipée par cycle de traction jusqu’à 200% de déformation (Tableau IV-2). Les changements
mécaniques interviennent principalement lors des 4 premières semaines de maturation,
comme pour les indicateurs morphologiques.
Page 166
Chapitre IV : Étude de la maturation de la formulation PP
- propriétés finales
La contrainte à rupture est sensiblement constante au cours de la maturation, dans la
gamme de 22 à 26 MPa. La dispersion des propriétés à rupture est large, mais permet tout de
même d’observer une tendance à la baisse de la déformation à rupture : de 530% après 4 jours
de maturation à 410% après 13 semaines.
Prisacariu et al. [PRI-00] ont démontré que la maturation de plaques de PU avec 10%
d’excès de NCO est essentiellement due à la réaction des NCO libres avec l’humidité de l’air
pour former des fonctions amine puis des ponts urée. Cette réaction est supposée avoir lieu à
l’interface entre les domaines rigides et la matrice souple. D’une part, pour produire un pont
urée, chacun des 2 NCO libres appartient à l’extrémité d’un SR. D’autre part, ils doivent être
proches l’un de l’autre pour pouvoir réagir ensemble et cette proximité est effective dans les
domaines rigides, organisés ou amorphes. Les molécules d’eau sont supposées diffuser plus
rapidement à travers la matrice souple plutôt qu’à travers les domaines rigides.
Pour les auteurs, ce phénomène a pour conséquence une augmentation du module du
matériau. Toutefois, aucune information sur la morphologie n’a été fournie dans la
publication.
Si l’hydrolyse des fonctions NCO (avec un excès initial de 6 %) produit des fonctions
amine puis des ponts urée, la conséquence serait un allongement des chaînes rigides formant
les nodules et donc une possible augmentation de la TgSR. Ces changements peuvent avoir
lieu sans modification de la qualité des interfaces avec la phase souple. Ici, la TgSR atteint
52°C après 4 semaines de maturation. Cette transition se trouve à une température peu
supérieure à la température ambiante.
Page 167
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Même si la formation de ponts urée peut avoir lieu au bord des lamelles, cette réaction
n’explique pas l’augmentation de l’enthalpie de fusion et l’augmentation du module E’ à
140°C. Ce module augmenterait si les liaisons urée étaient créées entre le bord d’une lamelle
et la matrice souple. La probabilité d’une réaction avec un NCO libre de la matrice souple est
plus faible, mais non nulle. Elle suppose la présence de segments PCL terminés par un unique
motif MDI. Il y a peu d’espèces de ce genre mais ces segments sont en revanche
vraisemblablement assez mobiles.
La faible augmentation des températures de fusion peut être due à une légère
amélioration de l’organisation dans les lamelles. La baisse de l’amortissement dans la gamme
100-150°C n’est pas expliquée.
Des expériences de DMA ont été effectuées sur différentes plaques d’épaisseur 2 mm
d’une formulation proche de l’Adilithe VIII® : après 8h de maturation (soit 8h après la fin de
la post-réaction de 15h à 130°C), après 21 jours de maturation dans l’air ambiant et après 21
jours de maturation dans une atmosphère sèche (Figure IV-9).
1,2E+08 0,1
21 jours au sec
21 jours au sec
8,0E+07
Tan delta
8 heures 0,01
21 jours à l’air
6,0E+07
4,0E+07
2,0E+07 0,001
40 60 80 100 120 140 160 180 200
Température (°C)
Page 168
Chapitre IV : Étude de la maturation de la formulation PP
Tableau IV-6 – Caractéristiques DMA (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz)
d’échantillons de cœur de plots de diamètre 39 mm de la formulation PP008 (130°C-1,06-23 semaines) :
évolution au cours de la maturation. T’r est mesuré au point d’inflexion du module E’.
Tαα tanδδ E’ (MPa)
(°C) Tα
α 22°C 140°C 22°C 140°C
après 4 semaines -20 0.62 0.046 0.023 34 24
après 8 semaines -19 0.62 0.038 0.012 36 27
après 13 semaines -19 0.61 0.035 0.006 37 27
200
T - 4sem
180
160
T - 9sem
140 T - 13sem
T cœur (°C)
120
100
80
60
40
45'
20
0 24300 Cycles 48600 72900
Page 169
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Tableau IV-7 – Caractéristiques des cycles à 27Hz, σmax = 3,35 MPa and R=0,1 au cours de la maturation (entre
4 et 23 semaines) pour des plots de PP008. Les valeurs à 22°C proviennent de l’analyse des 10 premiers cycles
stabilisés au début de l’essai. Les propriétés de l’hystérèse de fatigue à la Tstab, quand elle existe, sont également
reportées. * T=140°C. n.s.: non stabilisé en température.
Temps (semaines) W’’ (J) Edyn (MPa) tan δ Tstab (°C)
4 0,93 41,4 0,126 -
@22°C
Entre 4 et 9 semaines de maturation, comme montré dans le Tableau IV-7, une légère
augmentation de Edyn à 22°C et 140°C, combinée à une baisse de tan δ, limite la perte
d’énergie par cycle W’’. Grâce à ces améliorations, l’échantillon réussit finalement le test de
fatigue et la température se stabilise à cœur après 30 minutes d’essai à Tstab=145°C.
Ce temps de maturation est bien plus important que pour les plaques d’épaisseur 2
mm. Ce résultat est principalement lié à l’effet de l’épaisseur de l’échantillon. D’après
Prisacariu et al. [PRI-00], le temps nécessaire pour la diffusion des molécules d’eau et de
CO2 dans le matériau limite la production des groupements urée.
Ce temps est également suffisamment long pour supposer que d’autres réactions et
phénomènes physiques pourraient avoir lieu en parallèle et être à l’origine de la maturation.
Le module est initialement plus faible à cœur car il contient moins de lamelles.
L’augmentation de module due à la maturation est plus faible à cœur que pour les plaques. Ce
suggère que la formation de groupements allophanate amène moins de rigidité au matériau
qu’un groupement urée.
Page 170
Chapitre IV : Étude de la maturation de la formulation PP
65
60
21 jours au sec
55 8 heures
50
21 jours à l’air
Température (°C)
45
40
35
30
25
20
0 24300 48600 72900 97200
Cycles
Un autre plot, qui a « mûri » dans l’air (22°C et 50% d’humidité relative), est sollicité
au bout de 21 jours. La température se stabilise à cœur à 50°C environ. La baisse de la
température de stabilisation observée après 21 jours de maturation dans l’air est liée à la
hausse du module dynamique initial (Edyn passe de 90 à 96 MPa) et à la baisse de
l’amortissement initial (tg δ passe de 0,11 à 0,10).
Un autre plot a été sollicité en fatigue après 21 jours de maturation à 22°C mais dans
une atmosphère sans humidité. Il s’avère que l’échantillon se stabilise à une température
légèrement supérieure à 60°C. Il n’y a pas eu de changement significatif des propriétés
dynamiques du matériau : le module dynamique Edyn varie de 90 à 91 MPa et l’amortissement
tg δ est constant à 0,11. Bien que d’autres réactions, telles que la formation de groupements
allophanate, aient pu se produire dans le matériau, ce résultat permet de confirmer l’influence
de l’humidité dans le processus de maturation des matériaux polyuréthane. Vu que la
morphologie du cœur n’a pas beaucoup changé, on peut supposer que des modifications plus
importantes ont eu lieu ailleurs dans le plot, en se rapprochant de plus en plus du bord.
Page 171
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Conclusions du chapitre IV
Dans le Chapitre suivant vont être étudiées les conséquences d’un essai de fatigue
thermomécanique de 3h à 27 Hz sur la structure et les propriétés du matériau. Le but sera
également de séparer les effets de la sollicitation mécanique et les effets du recuit de 3h issu
de l’autoéchauffement.
Ensuite, la modélisation thermique de l’essai de fatigue sera poursuivie afin de simuler
l’autoéchauffement et d’en déduire le taux de transformation du travail mécanique dissipé
sous forme de chaleur.
Page 172
Chapitre IV : Étude de la maturation de la formulation PP
[BAR-87] BARIKANI M & HEPBURN C. The relative thermal stability of polyurethane elastomers : effect of
diisocyanate structure. Cell. Polym., 1987, Vol. 6, pp. 41-54.
[CHO-97] CHOMARD A. Fatigue thermique des matériaux polyuréthane. Essais d'optimisation d'une
formulation PU à base de polyester. Thèse MMC. Lyon : INSA de Lyon, 1997, 210 p.
[LUD-08] LUDWICK A, AGLAN H, ABDALLA MO & CALHOUN M. Degradation behavior of an ultraviolet and
hygrothermally aged polyurethane elastomer: Fourier transform infrared and differential scanning
calorimetry studies. J. Appl. Polym. Sci., 2008, Vol. 110, pp. 712-718.
[MAR-01] MARTIN DJ, WARREN LAP, GUNATILLAKE PA, MCCARTHY SJ, MEIJS GF & SCHINDHELM K. New
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Biomaterials, 2001, Vol. 22, pp. 973-978.
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postcure reaction mechanism in casting polyurethane elastomers. J. Macromol. Sci. Pure Appl.
Chem., 2000, Vol. A37, pp. 785-806.
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[SON-08] SONNENSCHEIN M, WENDT BL, SCHROCK AK, SONNEY JM & RYAN AJ. The relationship between
polyurethane foam microstructure and foam aging. Polymer, 2008, Vol. 49, pp. 934-942.
Page 173
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 174
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Les deux formulations PP et Adilithe VIII® ont été développées spécifiquement pour
des applications en fatigue. Le test standard à charge constante, ainsi que le test à chargement
progressif, ont été décrits dans la Partie II.2. L’exploitation des cycles permet de suivre les
propriétés mécaniques tout au long de l’essai. Les gradients thermiques longitudinaux et
radiaux ont également été mis en évidence.
Page 175
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Pages
V.1 Influence de l’essai de fatigue thermomécanique standard sur la morphologie et les
propriétés d’un plot de formulation PP ...................................................................................... 177
V.1.1 Caractérisation des propriétés et du gradient de morphologie d’un plot mature de PP ............... 179
V.1.2 Influence d’un recuit de 3h à 140°C sur la morphologie ............................................................. 180
V.1.3 Influence d’un essai de fatigue mécanique isotherme ................................................................. 183
V.1.4 Influence d’un essai de fatigue thermomécanique standard ........................................................ 185
V.2 Étude de la conversion en chaleur du travail mécanique dissipé à 10 Hz................... 194
V.2.1 Modélisation des échanges thermiques lors d’un essai de fatigue standard de la formulation PP013
(40% SR) sous 4,0 kN à 10 Hz .................................................................................................................. 194
V.2.1.1 Approximation de la part d’énergie dissipée transformée en chaleur ................................ 194
V.2.1.2 Expressions possibles du terme source pour simuler l’autoéchauffement ......................... 195
V.[Link] Terme source constant .................................................................................................. 196
V.[Link] Terme source lié à la température ................................................................................. 198
V.[Link] Terme source lié à l’évolution thermique des propriétés mécaniques dynamiques de la
formulation PP ................................................................................................................................. 199
V.2.1.3 Taux de conversion en chaleur du travail mécanique lors d’un essai de fatigue à 10 Hz .. 202
V.2.2 Comportement en fatigue du matériau souple lors d’un essai sous 2 kN à 10 Hz ....................... 203
V.2.3 Sensibilité de la mesure lors des essais de fatigue ....................................................................... 207
V.3 Comparaison des comportements à la fatigue thermomécanique en compression des
différentes formulations ............................................................................................................... 210
V.3.1 Influence de la fréquence sur le taux de conversion en chaleur de la formulation PP ................. 210
V.3.2 Comparaison en fatigue thermomécanique à force constante des formulations PP, Souple et
Adilithe VIII®. ........................................................................................................................................... 212
V.3.3 Essai à chargement progressif sur la formulation Adilithe VIII® ................................................ 215
Conclusions du chapitre V ........................................................................................................... 218
Références bibliographiques du chapitre V................................................................................ 219
Page 176
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
160
Coeur
140
120
Température (°C)
100
6 mm du haut
80
60 6 mm du bord
40
T extérieure
20
0 1800 3600 5400 7200 9000 10800
Temps (s)
Figure V-1 –Evolution de la température au centre du cylindre, à 6mm du mors d’acier et à mi-hauteur
sur la surface au cours d’un essai de fatigue standard sur PP008 (35% SR) à 27 Hz.
Une baisse du module élastique en compression E est observée (à 22°C, de 28,0 à 25,9
MPa ; Figure V-2). A ce stade, il n’est pas possible de savoir si cette perte de propriétés est la
conséquence de changements structuraux liés à la sollicitation mécanique, à l’élévation de
température subie ou à la synergie des effets.
3,5
3
Mûri
2,5
Contrainte (MPa)
1,5
Fatigue
1
thermomécanique
0,5
0
2 4 6 8 10 12 14 16 18
Déformation (%)
Figure V-2 – Courbes contrainte-déformation en compression sur deux cycles jusqu’à 3,35 MPa
(4kN) à 10 mm/min de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison entre un plot
mature non sollicité et un plot mature ayant subi un essai de fatigue à 4 kN (300.000 cycles, 27 Hz).
Page 177
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Pour cela, quatre plots d’un même jonc mature de la coulée PP008 seront étudiés par
différentes techniques : compression mécanique, DSC, DMA et SAXS principalement. Des
observations MET ainsi que des expériences de WAXS seront également entreprises.
Tous les plots sont initialement mûris 23 semaines. Le premier plot n’a pas été
sollicité. Il servira de référence afin de déterminer la structure et les propriétés initiales du
matériau.
Le second plot a subi un recuit de 3h à 140°C. Cette température correspond à la
température de stabilisation à cœur du plot dans le cas de l’essai de fatigue thermomécanique.
La durée correspond également à la durée totale de l’essai de fatigue thermomécanique.
Le troisième plot a subi un essai de fatigue de 300.000 cycles dans les conditions de
sollicitation habituelles mais à une fréquence de 1 Hz. La baisse de la fréquence a permis de
limiter fortement l’autoéchauffement, puisque la température à cœur n’a augmenté que de 8°C
environ. Ce plot permet d’étudier les effets de la sollicitation mécanique seule sans effet
thermique notable.
Le quatrième plot enfin, a subi un essai de fatigue thermomécanique standard de
300.000 cycles à 27 Hz.
Pour ces quatre plots, les appellations seront : Mûri, Recuit, Fatigue mécanique (1 Hz)
et Fatigue thermomécanique (27 Hz).
Page 178
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Le plot mature de la formulation PP008 a déjà caractérisé dans la Partie III.1.1.2. Les
différentes prises d’échantillons sur les plots sont détaillées dans l’Annexe 5. Nous rapellerons
ici les évolutions des structures selon les gradients radial et longitudinal car des gradients
thermiques de température sont générés dans l’essai de fatigue thermomécanique, qui peuvent
induire des variations de structure et de morphologie.
a) 240 b) 240
220 220
200 200
(Å)
(Å)
180 180
2
2
dB1
B
dB1
et d
et d
B
B
d
d
140 140
120 120
100 100
0 3 6 9 12 15 18 0 3 6 9 12 15 18
Cœur z (mm) Haut Cœur r (mm) Bord
B B
Figure V-3 – Distances caractéristiques, d pour les lamelles et d pour les nodules
1 2
suivant a) le gradient longitudinal (selon z) et b) le gradient radial (selon r) d’un plot
mature, non sollicité, de la formulation PP008 (35% SR).
Par contre, on vérifie bien qu’il n’y a pas de gradient longitudinal sur l’axe d’un plot
coupé dans un jonc (hors extrémités).
Page 179
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Un plot mature a subi un recuit de 3h à 140°C, qui correspond au temps passé par le
cœur du plot à la température de stabilisation lors de l’essai de fatigue thermomécanique
standard. Il permet d’étudier les effets de la température sur la morphologie, sans sollicitation
mécanique.
Cœur Mûri
puis Recuit 3,5+3,0= 6,5 J/g
4,0E+07 10
Recuit
3,5E+07
3,0E+07
tan δ
E' (Pa)
2,5E+07 0,1
2,0E+07 Mûri
0,01
1,5E+07
1,0E+07 0,001
-100 -50 0 50 100 150 200
Température (°C)
Figure V-5 – Courbes DMA (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz)
d’échantillons de cœurs de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison entre
un cœur de plot mûri non sollicité et un cœur de plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C.
Page 180
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
L’enthalpie de fusion diminue, ainsi que le module à 140°C. Il semble donc que le
recuit a un impact sur la qualité et/ou la quantité de lamelles organisées. Il est possible que le
recuit ait pour conséquence une dissolution partielle des interfaces entre les lamelles rigides et
la phase souple.
On peut conclure à une diminution du degré de microséparation de phases. Dans le cas
de la dissolution d’une partie des SR amorphes sous forme de nodules dans la phase souple,
elle devrait commencer par les SR les plus courts et aurait pour conséquence une
augmentation de la TgSR. Pour obtenir une baisse de cette TgSR, il faudrait que des SS se
disolvent dans les SR amorphes.
a) 240 b) 250
Mûri Recuit Mûri Recuit
235 240
230
230
d 1(Å)
d 1(Å)
220
B
B
225
210
220 200
215 190
0 3 6 9 12 15 18 0 3 6 9 12 15 18
Cœur z (mm) Haut Cœur r (mm) Bord
B
Figure V-6 – Distances caractéristiques d pour les lamelles extraites des diffractogrammes effectués
1
suivant a) le gradient longitudinal (selon z) et b) le gradient radial (selon r) de plots matures de la formulation
PP008 (35% SR) : comparaison entre un plot mûri non sollicité et un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C.
a) 130 b) 135
Mûri Recuit Mûri Recuit
125 130
120 125
d 2(Å)
d 2(Å)
115 120
B
B
110 115
105 110
100 105
0 3 6 9 12 15 18 0 3 6 9 12 15 18
Cœur z (mm) Haut Cœur r (mm) Bord
B
Figure V-7 – Distances caractéristiques d pour les nodules extraites des diffractogrammes effectués
2
suivant a) le gradient longitudinal (selon z) et b) le gradient radial (selon r) de plots matures de la formulation
PP008 (35% SR) : comparaison entre un plot mûri non sollicité et un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C.
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 182
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Cœur Mûri
4,3+3,5= 7,8 J/g
Figure V-8 – Thermogrammes DSC (10°C/min, 1er passage) d’échantillons de cœurs de plots matures de la
formulation PP008 (35% SR) : comparaison entre un cœur de plot mûri non sollicité et un cœur de plot ayant
subi un essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz.
4,0E+07 10
3,5E+07
Fatigue mécanique 1
3,0E+07
tan δ
E' (Pa)
2,5E+07 0,1
2,0E+07 Mûri
0,01
1,5E+07
1,0E+07 0,001
-100 -50 0 50 100 150 200
Température (°C)
Figure V-9 – Courbes DMA (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz) d’échantillons
de cœurs de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison entre un cœur de plot mûri non
sollicité et un cœur de plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz.
Les évolutions des distances caractéristiques, obtenues par SAXS, suivant les
gradients longitudinal et radial, sont représentées pour les lamelles (Figure V-10) et les nodules
(Figure V-11) et comparées aux matériaux mature et ayant subi un recuit.
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Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
a) 240 b) 250
Mûri Recuit Méca Mûri Recuit Méca
235 240
230
230
d 1(Å)
d 1(Å)
220
B
B
225
210
220 200
215 190
0 3 6 9 12 15 18 0 3 6 9 12 15 18
Cœur z (mm) Haut Cœur r (mm) Bord
Figure V-10 – Distance caractéristique d1B pour les lamelles suivant a) le gradient longitudinal
(selon z) et b) le gradient radial (selon r) de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) :
comparaison entre un plot mûri non sollicité, un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C et un plot
ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz.
a) 130 b) 135
Mûri Recuit Méca Mûri Recuit Méca
125 130
120 125
dB2(Å)
d 2(Å)
115 120
B
110 115
105 110
100 105
0 3 6 9 12 15 18 0 3 6 9 12 15 18
Cœur z (mm) Haut Cœur r (mm) Bord
B
Figure V-11 – Distance caractéristique d pour les nodules suivant a) le gradient longitudinal
2
(selon z) et b) le gradient radial (selon r) de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) :
comparaison entre un plot mûri non sollicité, un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C et un plot
ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz.
L’essai de fatigue mécanique n’a pas eu d’influence sur les distances caractéristiques
obtenues en SAXS. Il n’y a pas non plus de changement d’intensité des pics de corrélation.
La fatigue mécanique, c'est-à-dire 300.000 cycles en compression subis sous 4 kN à 1
Hz, n’a que très peu de conséquences sur la morphologie du matériau, seulement une baisse
de l’intensité du 2nd pic de fusion Tm2, en partie au profit du 1er pic Tm1, et une très légère
baisse de module. Il n’y a pas de micromélange de phases, la température n’ayant jamais
dépassé la TgSR.
Il faut noter que pour l’essai de fatigue thermomécanique, la déformation
correspondant à une sollicitation entre 400 N et 4 kN est d’environ 8%. Lorsque le plot est
stabilisé en température à 140°C à cœur, la perte de module liée à l’échauffement du matériau
mène à une déformation de 10% environ. Ainsi, le test mécanique sans autoéchauffement fait
subir une déformation d’environ 8%. Le matériau n’est donc pas tout à fait sollicité dans la
même gamme de déformation.
Afin d’y remédier, un autre échantillon a subi un essai de fatigue mécanique à 1 Hz
entre 450 N et 4,5 kN. L’autoéchauffement lié à la sollicitation est de 11 à 12°C. Le matériau
ne dépasse jamais la TgSR du matériau. Une perte de module en compression d’environ 1,0
MPa est obtenue, sans pour autant affecter visiblement la structure ou amener une
déformation permamnente. Si la structure à l’échelle nanométrique n’est pas affectée, alors il
faudrait étudier la structure à l’échelle micronique, c'est-à-dire par SALS. Cette technique
pourrait permettre d’observer des changements dans l’organisation des ‘sphérolites’.
Page 184
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
L’influence de l’essai sur le module est représentée sur la Figure V-12. Il est comparé
aux trois autres échantillons.
3,5
3
Mûri
Fatigue mécanique
2,5
Contrainte (MPa)
2 Recuit
1,5
1
Fatigue thermomécanique
0,5
0
2 4 6 8 10 12 14 16 18
Déformation (%)
Il n’y a quasiment pas de perte de module liée à la fatigue mécanique pure. La perte de
module après recuit est plus forte que celle liée à l’essai de fatigue thermomécanique. En
effet, dans l’échantillon fatigué à 27 Hz, seul le cœur atteint la température de 140°C. Le
recuit par contre est homogène et ne reproduit pas les gradients thermiques dans le plot
fatigué à 27 Hz. Il est nécessaire d’étudier plus précisément à cœur les changements
structuraux.
Page 185
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les évolutions morphologiques à cœur sont étudiées par DSC et représentées sur la
Figure V-13. Les valeurs des grandeurs caractéristiques sont reportées dans le Tableau V-1.
Mûri
Recuit
Fatigue
mécanique
Fatigue
TM
Tableau V-1 – Caractéristiques thermiques DSC (10°C/min, 1er passage) d’échantillons de cœurs de plots
matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison entre un plot mûri non sollicité, un plot ayant subi un
recuit de 3h à 140°C, un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz et un plot ayant subi un essai de
fatigue sous 4 kN à 27 Hz. TgSR est mesurée au maximum de l’endotherme large.
TgSS TgSR Tm1 Tm2 ∆Hm1 ∆Hm2 ∆Hm1+2
(°C) (°C) (°C) (°C) (J/g) (J/g) (J/g)
Mûri -39 94 213 222 4,3 3,5 7,8
Recuit -36 68 214 224 3,5 3,0 6,5
Fatigue mécanique -38 96 212 220 4,8 2,4 7,2
Fatigue thermomécanique -36 83 211 219 5,3 1,7 7,0
Page 186
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
L’influence sur les propriétés mécaniques des évolutions structurales obtenues à cœur
est étudiée par DMA et représentée sur la Figure V-14. Les valeurs sont reportées dans le
Tableau V-2. Les éprouvettes de DMA sont prélevées dans toute la hauteur du plot. Dans le cas
de l’échantillon fatigué à 27 Hz, le cœur s’est stabilisé à 140°C, contre environ 30°C pour les
faces en contact avec les mors. La morphologie étudiée par DMA dans ce cas est donc une
morphologie « moyenne » dans la hauteur du plot à cœur.
4,0E+07 10
Recuit Mûri
3,5E+07 Fatigue mécanique
1
3,0E+07
tan δ
E' (Pa)
2,5E+07 0,1
2,0E+07
Fatigue TM
0,01
1,5E+07 Mûri
Fatigue mécanique
1,0E+07 0,001
-100 -50 0 50 100 150 200
Température (°C)
Figure V-14 – Courbes DMA (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence
1Hz) d’échantillons de cœurs de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison
entre un plot mûri non sollicité, un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C, un plot ayant subi un
essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz et un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 27 Hz.
Tableau V-2 – Caractéristiques DMA (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz)
d’échantillons de cœurs de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison entre un plot mûri
non sollicité, un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C, un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz
et un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 27 Hz. T’r est mesuré au point d’inflexion du module E’.
* Minimum local après T’r.
Tαα T’r tanδ
δ E’ (MPa)
(°C) (°C) Tαα 22°C 140°C 22°C Minimum* 140°C
Mûri -19 85 0,61 0,033 0,005 37,0 26,2 (115°C) 27,0
Recuit -15 53 0,69 0,036 0,004 28,3 22,7 (86°C) 25,5
Fatigue mécanique -18 84 0,62 0,032 0,005 36,6 25,6 (116°C) 26,5
Fatigue thermomécanique -17 52 0,64 0,037 0,06 31,9 25,1 (105°C) 26,2
Page 187
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les évolutions morphologiques au bord à mi-hauteur du plot sont étudiées par DSC et
représentées sur la Figure V-15. Les valeurs sont reportées dans le Tableau V-3.
Mûri
Recuit
Fatigue
mécanique
Fatigue
TM
Tableau V-3 – Caractéristiques thermiques DSC (10°C/min, 1er passage) d’échantillons de bords de plots
matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison entre un plot mûri non sollicité, un plot ayant subi un
recuit de 3h à 140°C, un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz et un plot ayant subi un essai de
fatigue sous 4 kN à 27 Hz. TgSR est mesurée au maximum de l’endotherme large.
TgSS TgSR Tm1 Tm2 ∆Hm1 ∆Hm2 ∆Hm1+2
(°C) (°C) (°C) (°C) (J/g) (J/g) (J/g)
Mûri -37 75 186 205 3,5 4,6 8,1
Recuit -36 62 188 205 2,8 4,7 7,5
Fatigue mécanique -37 75 187 205 3,5 4,3 7,8
Fatigue thermomécanique -37 68 187 205 3,6 4,2 7,8
Page 188
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
L’influence sur les propriétés mécaniques des évolutions structurales obtenues au bord
est étudiée par DMA et représentée sur la Figure V-16. Les valeurs sont reportées dans le
Tableau V-4. Les éprouvettes de DMA sont prélevées dans toute la hauteur du plot. Dans le cas
de l’échantillon fatigué à 27 Hz, le bord à mi-hauteur s’est stabilisé à environ 70°C, contre
environ 30°C pour la paroi en contact avec les mors.
5,0E+07 10
Recuit Mûri
4,5E+07 Fatigue mécanique
1
4,0E+07
tan δ
E' (Pa)
3,5E+07 0,1
3,0E+07
Fatigue TM
0,01
2,5E+07 Mûri
Fatigue mécanique
2,0E+07 0,001
-100 -50 0 50 100 150 200
Température (°C)
Figure V-16 – Courbes DMA (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence
1Hz) d’échantillons de bords de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison
entre un plot mûri non sollicité, un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C, un plot ayant subi un
essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz et un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 27 Hz.
Tableau V-4 – Caractéristiques DMA (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz)
d’échantillons de bords de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison entre un plot mûri
non sollicité, un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C, un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz
et un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 27 Hz. T’r est mesuré au point d’inflexion du module E’.
* Minimum local après T’r
Tαα T’r tanδ
δ E’ (MPa)
(°C) (°C) Tαα 22°C 140°C 22°C Minimum* 140°C
Mûri -20 64 0,45 0,041 0,005 46,0 40,0 (89°C) 42,8
Recuit -19 44 0,48 0,043 0,005 40,5 35,6 (65°C) 41,3
Fatigue mécanique -20 63 0,45 0,040 0,005 45,5 39,6 (88°C) 42,4
Fatigue thermomécanique -20 46 0,46 0,041 0,06 41,5 37,4 (67°C) 41,9
Page 189
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les évolutions morphologiques au milieu des surfaces planes des plots sont étudiées
par DSC et représentées sur la Figure V-17. Les valeurs sont reportées dans le Tableau V-5. Ces
points correspondent avant essai à une structure de cœur puisqu’il n’y a pas de gradient
longitudinal.
Mûri
Recuit
Fatigue
mécanique
Fatigue
TM
Tableau V-5 – Caractéristiques thermiques DSC (10°C/min, 1er passage) d’échantillons de hauts de plots
matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison entre un plot mûri non sollicité, un plot ayant subi un
recuit de 3h à 140°C, un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 1 Hz et un plot ayant subi un essai de
fatigue sous 4 kN à 27 Hz. TgSR est mesurée au maximum de l’endotherme large.
TgSS xH TgSR Tm1 Tm2 ∆Hm1 ∆Hm2 ∆Hm1+2
(°C) (%) (°C) (°C) (°C) (J/g) (J/g) (J/g)
Mûri -38 14 95 213 222 4,3 3,8 8,1
Recuit -36 16 67 213 221 4,1 3,5 7,6
Fatigue mécanique -37 15 97 213 220 5,3 2,8 8,1
Fatigue thermomécanique -38 14 95 212 219 5,3 2,6 7,9
Page 190
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
- Gradients de morphologie
Les diffractogrammes à cœur de chacun des 4 plots de cette étude sont comparés sur la
Figure V-18. Après exploitation des diffractogrammes SAXS, les évolutions des distances
caractéristiques, suivant les gradients longitudinal et radial, sont représentées pour les
lamelles (Figure V-19) et les nodules (Figure V-20) et comparées aux matériaux matures, ayant
subi un recuit et ayant subi un essai de fatigue mécanique à 1 Hz.
6000
Mûri
Fatigue mécanique
5000
(1 Hz)
4000
Ic.q (u.a.)
3000
2
Recuit
2000
Fatigue thermomécanique
(27 Hz)
1000
a) 240 b) 250
Mûri Recuit Méca Thermoméca Mûri Recuit Méca Thermoméca
235 240
230
230
d 1(Å)
d 1(Å)
220
B
225
210
220
200
215 190
0 3 6 9 12 15 18 0 3 6 9 12 15 18
Cœur z (mm) Haut Cœur r (mm) Bord
B
Figure V-19 – Distance caractéristique d pour les lamelles suivant a) le gradient longitudinal (selon
1
z) et b) le gradient radial (selon r) de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison
entre un plot mûri non sollicité, un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C, un plot ayant subi un essai
de fatigue sous 4 kN à 1 Hz et un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 27 Hz.
Page 191
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
a) 130 b) 135
Mûri Recuit Méca Thermoméca Mûri Recuit Méca Thermoméca
125 130
120 125
d 2(Å)
d 2(Å)
115 120
B
B
110 115
105 110
100 105
0 3 6 9 12 15 18 0 3 6 9 12 15 18
Cœur z (mm) Haut Cœur r (mm) Bord
Figure V-20 – Distance caractéristique d 2B pour les nodules suivant a) le gradient longitudinal (selon
z) et b) le gradient radial (selon r) de plots matures de la formulation PP008 (35% SR) : comparaison
entre un plot mûri non sollicité, un plot ayant subi un recuit de 3h à 140°C, un plot ayant subi un essai
de fatigue sous 4 kN à 1 Hz et un plot ayant subi un essai de fatigue sous 4 kN à 27 Hz.
Quelle que soit la zone considérée, la fatigue mécanique a peu d’influence sur la
structure du matériau à l’échelle nanométrique. Par contre, le recuit de 3h à 140°C a une fois
de plus été le test le plus sévère et a eu pour conséquence une augmentation de 10 à 15 Å des
B
distances caractéristiques d1 et d 2B . C’est la seule sollicitation qui induise des modifications
en haut du plot. Le cas du plot ayant subi l’essai de fatigue thermomécanique est plus
complexe en raison des gradients thermiques expérimentaux. Son cœur, stabilisé à 140°C, a
une morphologie proche de celle du cœur recuit à 140°C. Le bord, stabilisé vers 70°C, a une
structure intermédiaire entre l’échantillon non sollicité et l’échantillon recuit à 140°C. Au
centre des surfaces planes, stabilisé vers 35°C en contact avec les mors d’acier, la
morphologie n’est pas modifiée. Entre ces positions, on retrouve des gradients de
morphologie correspondant aux gradients thermiques observés dans le plot stabilisé
thermiquement durant l’essai de fatigue thermomécanique.
Cette étude a permis de mettre en lumière le rôle primordial de la température sur les
changements structuraux à l’échelle nanométrique, avec des conséquences macroscopiques.
Le passage de la TgSR a pour effet de dissoudre une partie des SR préalablement sous forme
de nodules amorphes dans la matrice souple, mais également de diffuser des SS dans les
nodules rigides non dissous. La dissolution est confirmée par la baisse de l’intensité du pic de
diffusion (Figure V-18). Ce micromélange de phases a pour conséquence, à l’échelle
macroscopique, une baisse du module à 22°C. Les lamelles sont également légèrement
affectées par ce recuit, avec une dissolution partielle qui pourrait avoir lieu aux interfaces
avec la phase souple.
Page 192
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Ceci montre bien qu’il faut réussir à limiter l’échauffement pour altérer au minimum
la structure. Les études sur les refroidissements (Partie III.3.3) ont montré que différentes
formulations ont la même capacité à dissiper la chaleur. Ainsi, le paramètre important est
donc de limiter la génération de chaleur Q+ dans le matériau, notamment en limitant la
dissipation du travail mécanique W’’.
Page 193
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Après avoir mis en évidence l’effet prépondérant du recuit sur les changements
structuraux et son influence sur les propriétés lors d’un essai de fatigue thermomécanique, la
modélisation thermique va être utilisée afin de simuler l’autoéchauffement sous contrainte
d’un échantillon. Ensuite, la modélisation des transferts thermiques va permettre de quantifier
la quantité d’énergie transformée en chaleur à chaque cycle de l’essai. Le comportement de la
formulation PP sera ensuite comparé à celui du matériau souple.
Page 194
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Dans le cas de la formulation PP, si 100% du travail dissipé initial se transformait sous
forme de chaleur, alors la température à cœur à la stabilisation présumée serait de 625°C. Si
50% du travail était converti en chaleur, alors la température atteindrait 325°C à cœur. Ces
températures théoriques sont très supérieures à la température de fusion des domaines rigides
organisés et également très supérieures à la température réelle de stabilisation de l’échantillon
à cœur, qui est de 100°C pour un plot de la formulation PP013 (40% SR), sollicité à 27 Hz.
Ceci confirme l’importance des mors d’acier dans les échanges de chaleur dans le
système. Les refroidissements sans mécanique effectués avec et sans contacts avec les mors
d’acier l’avaient déjà en partie montré. Les équations proposées par Kogelnik et al. ne peuvent
donc pas être utilisées dans notre système. L’utilisation d’un logiciel plus complet, tel que
Comsol Multiphysics®, est donc nécessaire pour prendre en compte tous les échanges
thermiques.
Les propriétés thermophysiques du matériau, entre 20°C et 160°C, ont été déterminées
dans la Partie III.3.1 pour un échantillon de PP à 35% SR. Nous pouvons admettre que ces
propriétés sont très proches pour le cas où le taux de SR est de 40%. La simulation des
échanges thermiques par convection avec l’air et par rayonnement a été validée, dans la même
gamme de température, dans la Partie III.3.2.
Les échanges thermiques aux contacts entre le matériau polyuréthane et les mors
d’acier sont conductifs et sont quantifiés au moyen d’une résistance thermique de contact
(RTC). Le coefficient d’échanges ou conductance hRTC a été fixé à 1000 W.m-2.K-1. La
simulation des contacts avec les mors en acier par une résistance thermique de contact a été
validée dans la Partie III.3.3.
La géométrie et l’ensemble des échanges sont récapitulés dans la Figure III-83. On note
la symétrie plan à mi-hauteur du plot et la symétrie de révolution. La prise en compte de ces
symétries dans le logiciel Comsol Multiphysics® permet de simplifier la géométrie et les
calculs (Figure III-87).
L’autoéchauffement du plot sous contrainte sera simulé à l’aide d’un terme source Q+.
Cette source est répartie dans tout le volume du plot. Comsol Multiphysics® étant un logiciel
Page 195
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
de calculs par éléments finis, chaque élément de volume dV du plot dissipe une quantité de
chaleur dQ. Dans le logiciel Comsol Multiphysics®, Q+ a la dimension d’une puissance par
unité de volume (W/m3). Le terme source Q peut également être exprimé en Joules par cycle
pour le volume total du plot et ainsi être comparé au travail mécanique dissipé W’’ (Équation
V-3).
Q ( J / cycle) = Q + .(W / m 3 ) *V (m 3 ) / f ( Hz ) Équation V-3
Il faut à présent décider de l’expression du terme source Q. Trois pistes ont été
explorées :
- un terme source constant Q ;
- un terme source lié à la température sous la forme Q=b-a.T. Cette expression, avec
une pente négative, est à comparer avec l’évolution du travail dissipé W’’ avec la
température à cœur lors d’un essai de fatigue (Figure II-34) ;
- un terme source lié à l’évolution thermique réelle des propriétés mécaniques du
matériau, et plus précisément à la complaisance de perte sous la forme Q=n.J’’(T).
27°C
50°C
65°C
Figure V-21 – Cartographie thermique à t = 7200 s d’un quadrant de plot, entre les mors d’acier, initialement
homogène à Ti =25°C avec un terme source Q=0,327 J/cycle à 10 Hz.
Page 196
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
En supposant que 100% du travail mécanique dissipé W’’initial = 0,70 J/cycle est
converti sous forme de chaleur, alors la simulation prévoit une température de stabilisation à
cœur de 107°C (Figure V-22). Expérimentalement, au cours de l’essai de fatigue la baisse de
W’’ est importante puisque W’’final = 0,40 J/cycle. Si cette quantité d’énergie était dissipée
dans le plot à chaque cycle, la modélisation conduirait à une stabilisation à 74°C à cœur. Pour
que la simulation prévoit une stabilisation à 65°C, il faut Q = 0,327 J/cycle, ce qui correspond
à un rapport Q / W’’final = 82%.
115
105
Q = W’’initial = 0,70 J/cycle
95
Température (°C)
85
65
Q = 0,327 J/cycle = 82%.W’’final
55
45
35
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Page 197
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
70
65
Cœur
Température (°C) 60
55
6mm du mors
50
45 Surface à mi-hauteur
40
35
30
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Figure V-23 – Comparaison des températures expérimentales (en traits épais) et simulées
avec Q = 0,327 J/cycle (traits fins) au centre du cylindre, à 6mm du mors d’acier et à mi-
hauteur sur la surface au cours d’un essai de fatigue standard sur PP (40% SR) à 10 Hz.
Essayons à présent d’utiliser une expression du terme source liée à la température, afin
de dissiper plus de chaleur lorsque le matériau est à température ambiante, conformément au
fait que W’’ diminue au cours de l’essai, et donc de mieux simuler la montée en température
de l’échantillon.
Dans le cas de cette expression du terme source, la dissipation de chaleur est plus
importante à « froid » et plus faible à « chaud ». Cette expression a pour avantage d’avoir 2
paramètres ajustables ‘a’ et ‘b’, qui vont permettre de mieux simuler à la fois la montée
initiale en température et la température de stabilisation.
La simulation obtenue avec une expression de Q = b-a.T = 0,195-0,00135.T, avec T en
°C, est comparée aux résultats expérimentaux aux mêmes positions (Figure V-24).
70
65
Cœur
60
Température (°C)
55
6mm du mors
50
45 Surface à mi-hauteur
40
35
30
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Figure V-24 – Comparaison des températures expérimentales (en traits épais) et simulées avec
Q = 0,195-0,00135.T, avec T en °C (traits fins), au centre du cylindre, à 6mm du mors d’acier
et à mi-hauteur sur la surface au cours d’un essai de fatigue standard sur PP (40% SR) à 10 Hz.
Page 198
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Utilisons à présent une expression qui prenne en compte les propriétés réelles du
matériau, ainsi que leurs évolutions avec la température.
La dernière expression du terme source étudiée est liée aux propriétés mécaniques du
sin δ tan δ
matériau, par la complaisance de perte J ' ' = = , qui dépend de la température. Les
E dyn E ''
expériences de DMA effectuées sur une plaque, un bord et un cœur de plot (Figure III-28)
permettent de mesurer l’évolution de la complaisance de perte avec la température pour la
formulation PP008 (35% SR, Figure V-25).
0,8
Cœur de plot
0,6
J'' (GPa )
-1
0,4
Bord de plot
0,2
Plaque
0
20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
Température (°C)
Figure V-25 – Évolution de la complaisance de perte J’’ avec la température calculée à partir des
expériences de DMA obtenues avec des échantillons de plaque, bord et cœur de plot de PP (35% SR)
mature (Figure III-28) (0,1% de déformation, vitesse de chauffe 3°C/min, fréquence 1Hz).
Pour les trois échantillons, trois domaines peuvent être mis en évidence :
Page 199
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
2,5
J'' (GPa-1)
2,0
1,5
1,0
20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
Température (°C)
Les trois domaines observés sur la Figure V-25 sont également présents pour une
sollicitation hors du domaine viscoélastique linéaire. La complaisance de perte minimale est
plus importante : 1,5 GPa-1 contre environ 0,1 GPa-1 en DMA.
A noter que cette expérience a également été réalisée à une fréquence de 19 Hz
(F0=4kN) et avec une force maximale de 2 kN (à 27 Hz). Dans les deux cas, les valeurs de
J’’(T) sont un peu plus faibles, mais ont des tendances tout à fait identiques. Nous utiliserons
donc cette expression déterminée sous 4 kN à 27 Hz pour étudier les essais de fatigue
thermomécanique réalisés à 10 Hz. Les calculs suivant n’en sont absolument pas affectés.
Page 200
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
70
65
Cœur
60
Température (°C) 55
6mm du mors
50
45 Surface à mi-hauteur
40
35
30
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Figure V-27 – Comparaison des températures expérimentales (en traits épais) et simulées avec
Q = 1,87.J’’(T), avec J’’(T) en GPa-1 (traits fins), au centre du cylindre, à 6mm du mors d’acier
et à mi-hauteur sur la surface au cours d’un essai de fatigue standard sur PP (40% SR) à 10 Hz.
n=9
185 n = 8,5
165
n=8
n=7
Température (°C)
145
n=6
125
n=5
105 n=4
n=3
85
n=2
65
n=1
45
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Page 201
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
0,80
0,70
W'' et Q (J/cycle)
W’’
0,60
0,50 b-a.T
n.J’’(T)
0,40 constant
0,30
0 1800 3600 5400 7200
temps (s)
Figure V-29 – Suivi du travail mécanique dissipé expérimental W’’ (en trait épais) et comparaison avec
l’évolution du terme source Q intégré pour les 3 expressions (en traits fins) : constant, sous la forme b-a.T
et sous la forme n.J’’(T), au cours d’un essai de fatigue standard sur PP (40% SR) à 10 Hz.
Avec un terme source constant, on retrouve bien une valeur de Q = 0,327 J/cycle.
Avec les deux autres expressions du terme source, la quantité de chaleur dissipée est plus
importante au début de l’essai, c’est-à-dire lorsqu’au moins une partie de l’échantillon est à
température faible.
Le taux de conversion en chaleur est calculable en comparant la quantité de chaleur
dissipée Q au travail mécanique dissipé W’’. Le taux de conversion Q/W’’ est calculé pour
chacune des 3 expressions du terme source et représenté sur la Figure V-30.
Page 202
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
100%
b-a.T
n.J’’(T)
80%
(sans unité)
60%
constant
40%
Q/W''
20%
0%
0 1800 3600 5400 7200
temps (s)
Figure V-30 – Suivi du taux de conversion du travail mécanique dissipé expérimental en chaleur :
Q/W’’ (en traits fins) pour les 3 expressions du terme source : constant, sous la forme b-a.T et sous la
fome n.J’’(T), au cours d’un essai de fatigue standard sur PP (40% SR) à 10 Hz.
Cette partie a pour but de déterminer le taux de conversion en chaleur d’un échantillon
du matériau souple, modèle, sollicité sous 2,0 kN (R=0,1) à 10 Hz. Le matériau souple est
sollicité à une force plus faible car son module est plus faible que celui de la formulation PP
(40% SR) : 62,5 MPa pour PP contre 6,3 MPa pour le matériau souple à 35°C (Figure III-26).
- Suivi de l’autoéchauffement
Page 203
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
55
50 Cœur
Température (°C) 45
40
35
30
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
L’analyse des cycles d’hystérésis permet de suivre les propriétés du matériau tout au
long de l’essai : l’angle de perte δ, le module dynamique Edyn (Figure V-32) et le travail
mécanique dissipé par cycle W’’ (Figure V-33).
Edyn
7,55
7,5
E dyn (MPa)
7,45 0,025
tg δ
7,4
tg δ
7,35
7,3 0,020
0 9000 18000 27000 36000 45000 54000 63000 72000
Cycles
Page 204
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
0,32
0,30
W'' (J/cycle)
0,28
0,26
0,24
0,22
0 9000 18000 27000 36000 45000 54000 63000 72000
Cycles
Figure V-33 – Evolution du travail dissipé W’’ (en J/cycle) au cours d’un essai
de fatigue à 10 Hz entre 200 et 2000 N d’un plot du matériau souple modèle.
50
Q = 0,205 J/cycle = 85%.W’’final
45
40
35
30
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Page 205
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
55
50
Température (°C) 45
constant
40
b-aT
35
30
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Figure V-35 – Comparaison de la température expérimentale au centre du cylindre (en traits épais)
et simulées avec Q = 0,205 J/cycle et Q = 0,195-0,00135.T, avec T en °C (traits fins), au centre du
cylindre, au cours d’un essai de fatigue standard sur un plot du matériau souple modèle.
L’expression du terme source Q en n.J’’(T) n’est pas utilisée car elle a été déterminée
pour le matériau PP qui contient 40% de SR et que le matériau souple n’en contient pas.
0,33
W'' et Q (J/cycle)
W’’
0,28
b-a.T
0,23 constant
0,18
0 1800 3600 5400 7200
temps (s)
Figure V-36 – Suivi du travail mécanique dissipé expérimental W’’ (en trait épais) et comparaison
avec l’évolution du terme source Q intégré pour les 2 expressions utilisées (en traits fins) : constant et
sous la forme b-a.T, au cours d’un essai de fatigue standard sur un plot du matériau souple modèle.
Avec un terme source constant, on retrouve bien une valeur de Q = 0,205 J/cycle.
Avec l’expression sous la forme b-a.T, la quantité de chaleur dissipée est plus importante au
début de l’essai, c’est-à-dire lorsqu’au moins une partie de l’échantillon est à température
faible. Le taux de conversion Q/W’’ est calculé pour chacune des 2 expressions du terme
source utilisées et représenté sur la Figure V-37.
Page 206
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
100%
80%
(sans unité)
constant b-a.T
60%
40%
Q/W''
20%
0%
0 1800 3600 5400 7200
temps (s)
Figure V-37 – Suivi du taux de conversion du travail mécanique dissipé expérimental en chaleur :
Q/W’’ (en traits fins) pour les 2 expressions du terme source utilisées : constant et sous la forme b-a.T,
au cours d’un essai de fatigue standard sur un plot du matériau souple modèle.
Il existe un autre paramètre thermique qui peut être pris en compte : le mouvement des
parois du plot lors de la sollicitation. Ce mouvement peut induire une convection forcée qui
fait augmenter la quantité d’énergie échangée avec l’air. Il serait nécessaire de calculer sa
valeur en fonction de la vitesse de mouvement de la paroi, qui est liée à la fois au module de
l’éprouvette et à la fréquence de l’essai. En augmentant les échanges avec l’air, le gradient
thermique radial simulé pourrait être amélioré. Cette correction aura tendance à faire
augmenter le taux de conversion en chaleur.
La formulation PP (40% SR) a été testée en fatigue sur différentes machines de fatigue
hydrauliques afin d’étudier la sensibilité de la mesure des propriétés mécaniques dynamiques.
Cette étude a été menée en exploitant les premiers cycles de fatigue sous 4 kN (R=0,1),
lorsque la température peut encore être considérée comme homogène.
Pour tous les appareillages de fatigue, les signaux de Force et de Déplacement sont
asynchrones. Un déphasage lié à la machine s’additionne donc au déphasage lié aux
matériaux viscoélastiques étudiés. Ce déphasage de l’appareil peut être négligeable à faible
fréquence, mais ne l’est absolument pas au-delà de 5 ou 10 Hz, et surtout à 27 Hz.
Page 207
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les résultats obtenus sur l’appareillage de fatigue MTS ‘Elastomer 831’ situé à
l’ENSAM Paris’Tech sont reportés dans les premières colonnes du Tableau V-6. La calibration
du déphasage entre les signaux de force et de déplacement a été effectuée à une fréquence
donnée, ici de 27 Hz. L’amortissement mesuré à 27 Hz est de 0,13 et le travail mécanique
dissipé de 0,65 J/cycle.
Les résultats obtenus sur la machine de fatigue Zwick HC25 située à Ulm sont
regroupés dans les autres colonnes du Tableau V-6 et l’évolution de l’amortissement avec la
fréquence est représentée sur la Figure V-38. Sans la compensation du déphasage, c’est-à-dire
dans le cas de l’exploitation des résultats bruts, une très forte augmentation de
l’amortissement, et donc de W’’ est obtenue avec la fréquence. A 27 Hz, l’amortissement
mesuré est de 0,34 et le travail mécanique dissipé de 1,50 J/cycle. Une correction de la
raideur a également été effectuée. Pour un capteur de force placé sur le vérin mobile,
l’accélération de la masse d’acier se trouvant entre le capteur de force et l’échantillon a une
influence sur la force mesurée et doit être compensée, soit par l’intermédiaire d’un
accéléromètre, soit mathématiquement, à chaque fréquence, en connaissant cette masse.
Tableau V-6 – Propriétés extraites des cycles de fatigue effectués sur un échantillon de la formulation PP (40%
SR) sous 4 kN et R=0,1, avec différents appareillages de fatigue à 25°C : machine MTS de l’ENSAM Paris’Tech
et machine Zwick située à Ulm (Allemagne). Pour celle-ci, les résultats sont reportés avant et après correction.
MTS ENSAM ZWICK Ulm
avant correction après correction
f Edyn W’’ Edyn W’’ Edyn W’’
tg δ tg δ tg δ
(Hz) (MPa) (J/cycle) (MPa) (J/cycle) (MPa) (J/cycle)
1 60 0,08 0,43 62 0,08 0,41 63 0,08 0,41
5 63 0,09 0,48 65 0,09 0,43 66 0,09 0,43
10 64 0,10 0,55 67 0,10 0,44 67 0,10 0,45
27 66 0,13 0,65 68 0,34 1,50 68 0,09 0,43
1
0,9
0,8
avant correction
0,7
TAN DELTA non corrigé
0,6
TAN DELTA corrigé
0,5
0,4
0,3
0,2
après correction
0,1
0
0 10 20 30 40 50
Figure V-38 – Évolution de tg delta avant (carrés) et après (losange) correction pour
un échantillon de la formulation PP (40% SR) avec la fréquence, de 1 à 55 Hz, pour
une sollicitation à 4 kN (R=0,1) réalisée à 25°C sur la machine Zwich Ulm.
Page 208
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Les résultats obtenus sur l’appareillage de fatigue Zwick située à l’INSA de Lyon sont
reportés dans les premières colonnes du Tableau V-7. Sans compensation du déphasage, à 27
Hz, l’amortissement est de 0,45 et le travail mécanique dissipé de 2,18 J/cycle. La calibration
du déphasage entre les signaux de force et de déplacement a été effectuée à chaque fréquence
par l’intermédiaire d’un ressort. Cette compensation permet d’obtenir, à 27 Hz, un
amortissement de 0,11 et un travail mécanique dissipé de 0,55 J/cycle.
Tableau V-7 – Propriétés extraites des cycles de fatigue effectués sur un échantillon de la formulation PP (40%
SR) à 25°C sous 4 kN et R=0,1, sur la machine de fatigue Zwick située à l’INSA de [Link] résultats des essais
effectués sur un ressort sont également reportés puis finalement les résultats corrigés pour l’échantillon PP.
PP avant correction Ressort PP après correction
Edyn delta W’’ delta W’’
f (Hz) tg δ tg δ delta (°) tg δ
(MPa) (°) (J/cycle) (°) (J/cycle)
1 58 6,01 0,10 0,51 0,59 0,01 5,42 0,09 0,46
5 59 8,75 0,15 0,75 3,24 0,06 5,51 0,09 0,47
10 59 11,61 0,20 1,00 6,31 0,11 5,30 0,09 0,45
19 59 18,63 0,33 1,63 12,77 0,23 5,86 0,10 0,50
27 59 24,20 0,45 2,18 17,76 0,32 6,44 0,11 0,55
La comparaison des résultats obtenus sur les 3 machines montre que les différences de
résultats ne sont pas négligeables.
Reprenons l’exemple de la formulation PP (40% SR), dont les résultats, dans la Partie
V.2.1, montrent que le taux de conversion en chaleur passe de 60% à 85% au cours de l’essai.
Calculons l’influence d’un décalage fin du déphasage sur le taux de conversion. Pour ce
signal, de période 100 ms, décidons d’appliquer un décalage du déphasage de 0,5°, soit 0,139
ms. L’amortissement final passe de 0,061 à 0,052 ; W’’ passe de 0,40 à 0,34 J/cycle ; en
conclusion le taux de conversion final passe de 85% à 100%.
En appliquant ce léger décalage de phase de 0,5° tout au long de l’essai à 10 Hz, le
taux de conversion évolue de 65% à 100%.
De même, pour le matériau souple dont les résultats sont situés dans la Partie V.2.2, ce
même décalage de 0,5° du déphasage mène à un taux de conversion de 100%, constant tout au
long de l’essai.
La différence de comportement entre les deux formulations est très claire. Pour la
formulation PP, une partie du travail dissipé est affectée à des modifications structurales en
début d’essai. En fin d’essai, la conversion sous forme de chaleur est totale. Pour le matériau
souple, qui ne contient pas de segments rigides, la totalité du travail est transformée sous
forme de chaleur tout au long de l’essai.
Page 209
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
- Suivi de l’autoéchauffement
L’évolution de la température à cœur de l’échantillon de la formulation PP, sollicité à
27 Hz entre 400 et 4000 N, est superposée sur la Figure V-39 à l’expérience effectuée à 10 Hz.
La température se stabilise à cœur à 100°C à 27 Hz, contre 65°C à 10 Hz. L’autoéchauffement
est passé de 40°C à 75°C en passant la fréquence de 10 Hz à 27 Hz.
Notons qu’excepté la valeur différente au plateau, l’allure des 2 courbes est
exactement la même, le plateau étant atteint au bout d’environ 2300 s (environ 40 min).
115
105 27 Hz
Températures à cœur (°C)
95
85
75
10 Hz
65
55
45
35
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Page 210
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Les modules initiaux sont les mêmes pour les 2 fréquences. A 27 Hz,
l’autoéchauffement étant plus important, la perte de module l’est également. Les
amortissements ne sont différents que d’une valeur très faible de 0,01.
Au final, la dissipation est plus importante à 27 Hz, surtout à cause de la baisse plus
importante du module dynamique.
65
60
10 Hz
55
E dyn (MPa)
50 27 Hz
45
40
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
temps (s)
Figure V-40 – Evolution du module dynamique Edyn au cours d’essais de fatigue standard
à 10 Hz et à 27 Hz entre 400 et 4000 N de plots de la formulation PP (40% SR).
0,15
0,14
0,13
0,12
0,11 10 Hz
tg δ
0,1
0,09 27 Hz
0,08
0,07
0,06
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
temps (s)
Page 211
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
0,8
0,7
W'' (J/cycle)
0,6
27 Hz
0,5
10 Hz
0,4
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
temps (s)
Figure V-42 – Evolution du travail dissipé W’’ (en J/cycle) au cours d’essais de fatigue
standard à 10 Hz et à 27 Hz entre 400 et 4000 N de plots de la formulation PP (40% SR).
- Suivi de l’autoéchauffement
95
85
75
Souple - 1,5 kN
65
55
Adilithe VIII® - 4 kN
45
35
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Page 212
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
L’analyse des cycles d’hystérésis permet de suivre les propriétés des trois matériaux
tout au long de l’essai : le module dynamique Edyn (Figure V-44), l’angle de perte δ (Figure
V-45) et le travail mécanique dissipé par cycle W’’ (Figure V-46).
120
Adilithe VIII® - 4 kN
100
E dyn (MPa)
80
PP (40% SR) - 4 kN
60
40
Souple - 1,5 kN
20
0
0 48600 97200 145800 194400
Cycles
Figure V-44 – Evolution du module dynamique Edyn au cours d’essais de fatigue standard à 27 Hz, entre 400 et
4000 N de plots des formulations PP et Adilithe VIII® et entre 150 et 1500 N d’un plot du matériau souple modèle.
0,16
0,14
PP (40% SR) - 4 kN
0,12
Adilithe VIII® - 4 kN
tg δ
0,1
Souple - 1,5 kN
0,08
0,06
0,04
0 48600 97200 145800 194400
Cycles
Figure V-45 – Evolution de l’amortissement tg δ au cours d’essais de fatigue standard à 27 Hz, entre 400 et 4000
N de plots des formulations PP et Adilithe VIII® et entre 150 et 1500 N d’un plot du matériau souple modèle.
Page 213
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
0,9
0,8
0,7
PP (40% SR) - 4 kN
0,6
W'' (J/cycle)
0,5
Souple - 1,5 kN
0,4
0,3
0,2
Figure V-46 – Evolution du travail dissipé W’’ (en J/cycle) au cours d’essais de
fatigue standard à 27 Hz, entre 400 et 4000 N de plots des formulations PP et
Adilithe VIII® et entre 150 et 1500 N d’un plot du matériau souple modèle.
Ce résultat est fort éloigné d’un taux de transformation en chaleur attendu à 100%.
Pour le matériau souple, qui ne subit pas de modifications structurales, cette remarque est
encore plus vraie. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées.
Les amortissements étant très faibles, un décalage de 0,5° du déphasage change
d’environ 10% le taux de conversion.
On peut également supposer que, comme à 10 Hz, la convection est sous-estimée à ces
hautes fréquences. En effet, le mouvement de la couronne du matériau à chaque cycle peut
induire une convection forcée. Ainsi, le terme source simulé actuellement serait sous-estimé.
Il serait donc nécessaire de calculer les coefficients de convection forcée pour ces essais.
Page 214
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Expérience
Ce test, décrit dans la Partie II.2.3 [ElF-03a], consiste à effectuer à 27 Hz et R=0,1 des
paliers de 500 N tous les 48600 cycles (30 min).
L’évolution de la température en différentes positions d’un plot de la formulation
Adilithe VIII® est représentée sur la Figure V-47.
140
Déformation 6
plastique
120
5
4
Cœur
80
3
Force (kN)
60
2
12 mm du mors
40 6 mm du mors 1
20
T extérieure 0
0 48600 97200 145800 194400 243000 291600 340200 388800 437400 486000 534600 583200
Cycles
Pour le palier à 4 kN, la température se stabilise à cœur à 45°C, comme pour l’essai de
fatigue thermomécanique standard. Au-delà (Partie III.2.3.2), la déformation plastique
intervient.
Dans la suite du test, il n’est pas certain que la température se stabilise sous 4,5 kN
puis 5 kN. Pour le palier à 5,5 kN, la température commence à diverger. Le palier à 6 kN n’a
pas été effectué complètement. L’essai a dû être interrompu lorsque la température de fusion
des domaines rigides a été atteinte à cœur (Tm=160°C).
La divergence a lieu bien avant la température de fusion des domaines rigides.
Modélisation thermique
Page 215
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les températures simulée et expérimentale à cœur sont superposées sur la Figure V-48.
140 6,5
Déformation 6
plastique 5,5
5
4,5
expérience 4
3,5
3
2,5
60
Force (kN)
2
1,5
simulation 1
0,5
20 0
0 48600 97200 145800 194400 243000 291600 340200 388800 437400 486000 534600 583200
Cycles
Figure V-48 – Comparaison de l’évolution de la température simulée et expérimentale à cœur au cours d’un
essai de fatigue à chargement progressif à 27 Hz sur un plot de la formulation Adilithe VIII®.
90
0,20
80
Déformation
plastique
Tstab par palier à cœur (°C)
70 0,15
expérience
Q (J/cycle)
60
simulation 0,10
50
40 Tstab(°C) = 1,35.F(kN)2 + 24
0,05
30
Q (J/cycle)
20 0,00
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5 5,5 6
Pas de Force (kN)
Figure V-49 – Comparaison des températures de stabilisation simulées et expérimentales à cœur et suivi de la
valeur du terme source Q à chaque palier de force au cours d’un essai de fatigue à chargement progressif à 27 Hz
sur un plot de la formulation Adilithe VIII®.
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Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
Page 217
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Conclusions du chapitre V
L’utilisation d’un terme source dans le logiciel de calculs par éléments finis permet de
simuler l’autoéchauffement sous contrainte, à 10 comme à 27 Hz, d’un élastomère ayant un
caractère viscoélastique. L’expression du terme source peut être reliée aux propriétés
mécaniques du matériau, et ce dans toute la gamme d’utilisation en température. Dans ce cas,
il est possible de simuler le passage de la stabilisation thermique à la non-stabilisation
thermique avec une équation unique.
A fréquence plus élevée (27 Hz), le taux de conversion calculé est approximativement
de 50%, pour différents volumes mais également différentes formulations, et notamment
Adilithe VIII® sollicité dans le domaine viscoélastique. A cette fréquence, l’incertitude sur
l’angle de perte est importante et influe fortement sur le taux de conversion en chaleur
calculé.
Page 218
Chapitre V : Étude expérimentale de la fatigue thermomécanique et modélisation des échanges thermiques
[CHO-97] CHOMARD A. Fatigue thermique des matériaux polyuréthane. Essais d'optimisation d'une
formulation PU à base de polyester. Thèse MMC. Lyon : INSA de Lyon, 1997, 210 p.
[ElF-03a] EL FRAY M & ALTSTADT V. Fatigue behaviour of multiblock thermoplastic elastomers. 1. Stepwise
increasing load testing of poly(aliphatic/aromatic-ester) copolymers. Polymer, 2003, Vol. 44, pp.
4635-4642.
[HAN-99] HANDA K, KATO A & NARISAWA I. Fatigue characteristics of a glass-fiber-reinforced polyamide.
J. Appl. Polym. Sci., 1999, Vol. 72, pp. 1783-1793.
[KOG-90] KOGELNIK HJ, HUANG HH, BARNES M & MEICHSNER R. Comparaison of the dynamic properties of
solid polyurethane elastomers. 33rd annual polyurethane technical/marketing conference, Orlando
FL, 1990.
[MOL-96] MOLINARI A & GERMAIN Y. Self heating and thermal failure of polymers sustaining a compressive
cyclic loading. Int. J. Solids Struct., 1996, Vol. 33, pp. 3439-3462.
[RID-66] RIDDELL MN, KOO GP & O'TOOLE JL. Fatigue mechanisms of thermoplastics. Polym. Eng. Sci.,
1966, Vol. 6, pp. 363-368.
[RIT-00a] RITTEL D. An investigation of the heat generated during cyclic loading of two glassy polymers.
Part I: Experimental. Mech. Mater., 2000, Vol. 32, pp. 131-147.
[RIT-00b] RITTEL D & RABIN Y. An investigation of the heat generated during cyclic loading of two glassy
polymers. Part II: Thermal analysis. Mech. Mater., 2000, Vol. 32, pp. 149-159.
Page 219
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 220
Conclusion générale
CONCLUSION GENERALE
Cette étude s’est portée sur la compréhension de la tenue à la fatigue
thermomécanique en compression de formulations élastomères polyuréthane. Différents
aspects ont été abordés :
Page 221
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 222
Conclusion générale
Page 223
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 224
Page 225
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Page 226
Annexes
ANNEXES
Ensuite, plusieurs paramètres ont été testés afin d’améliorer les propriétés de la
formulation en fatigue Adilithe VI® : taux de réticulation de phase souple (déformation
permanente), taux de SR (dureté), indice global NCO/OH, procédé (2 étapes ou quasi 2
étapes, températures)…
Pour la mise en œuvre avec HQEE, l'allongeur doit être porté à une température plus
importante (90°C avec le BDO). En effet, l'HQEE pur a une température de fusion de 102°C.
Page 227
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
La tenue à la fatigue n’est pas réellement modifiée par l’utilisation d’un isocyanate de
fonctionnalité supérieure à 2 ou d’un réticulant. Par contre, l’utilisation d’un macrotriol ainsi
que de polyols de masses molaires comprises entre 2000 et 3000 g/mol est recommandée car
elle permet d’avoir une bon degré de séparation de phases et pas de cristallisation de la phase
souple lorsqu’une légère réticulation est ajoutée [SAU-06].
[DIE-87] DIETER JW & BYRNE CA. Aliphatic polyurethane elastomers with high performance properties.
Polym. Eng. Sci., 1987, Vol. 27, pp. 673-683.
[HAN-93] HANHI K & STENBERG B. Friction and the dynamic mechanical and thermal properties of
polyurethane elastomers. 1. Solid polyurethanes. [Link]., 1993, Vol. 12, pp. 461-493.
[SAU-06] SAUTEL H. Travaux Mérylithe non publiés. 2006.
[SON-05] SONNENSCHEIN MF, LYSENKO Z, BRUNE DA, WENDT BL & SCHROCK AK. Enhancing polyurethane
properties via soft segment crystallization. Polymer, 2005, Vol. 46, pp. 10158-10166.
[ZHA-99] ZHA LS, WU MY & YANG JJ. Hydrogen bonding and morphological structure of segmented
polyurethanes based on hydroquinone- bis(hydroxyethy)ether as a chain extender. J. Appl. Polym.
Sci., 1999, Vol. 73, pp. 2895-2902.
Page 228
Annexes
Les formulations PP
- PP001 : Formulation avec 34,53% de SR, un indice NCO/OH global de 1,10 et coulée
dans des moules à 130°C. Prépolymère préparé en réacteur. Allongeur de
chaînes préparé en cuve de coulée.
Formulation globale
MDI PCL3 PCL2 HQEE
24,40 30,00 35,47 10,14
194,6 46,4 35,7 100,3
- PP002 : Formulation avec 34,53% de SR, un indice NCO/OH global de 1,10 et coulée
dans des moules à 130°C : Identique à PP001.
- PP003 : Formulation avec 34,53% de SR, un indice NCO/OH global de 1,06 et coulée
dans des moules à 130°C.
Composition des cuves identique à PP001, seul le dosage final est changé pour obtenir
un indice NCO/OH global de 1,06.
- PP004 : Formulation avec 34,53% de SR, un indice NCO/OH global de 1,06 et coulée
dans des moules à 160°C.
Composition des cuves identique à PP001, seul le dosage final est changé pour obtenir
un indice NCO/OH global de 1,06.
- PP005 : Formulation avec 34,53% de SR, un indice NCO/OH global de 1,02 et coulée
dans des moules à 160°C.
Composition des cuves identique à PP001, seul le dosage final est changé pour obtenir
un indice NCO/OH global de 1,02.
- PP006 : Formulation avec 34,53% de SR, un indice NCO/OH global de 1,02 et coulée
dans des moules à 130°C.
Composition des cuves identique à PP001, seul le dosage final est changé pour obtenir
un indice NCO/OH global de 1,02.
- PP007 : Formulation avec 35% de SR, un indice NCO/OH global de 1,06 et coulée
dans des moules à 130°C.
Formulation globale
MDI PCL3 PCL2 HQEE
24,37 30,00 35,00 10,63
194,4 46,4 35,2 105,2
Page 229
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
- PP008 : Formulation avec 35% de SR, un indice NCO/OH global de 1,06 et coulée
dans des moules à 130°C. Prépolymère préparé en réacteur. Allongeur de
chaînes préparé en cuve.
- PP010 : Formulation avec 35% de SR, un indice NCO/OH global de 1,06 et coulée
dans des moules à 130°C. Prépolymère préparé en réacteur. Allongeur de
chaînes préparé en réacteur.
- PP013 : Formulation avec 40% de SR, un indice NCO/OH global de 1,06 et coulée
dans des moules à 130°C. Prépolymère préparé en réacteur. Allongeur de
chaînes préparé en réacteur.
- PP014 : Formulation avec 35% de SR, un indice NCO/OH global de 1,06 et coulée
dans des moules à 130°C. Prépolymère préparé en réacteur. Allongeur de
chaînes préparé en réacteur.
- PP015 : Formulation avec 35% de SR, un indice NCO/OH global de 1,06 et coulée
dans des moules à 130°C. Prépolymère préparé en réacteur. Allongeur de
chaînes préparé en cuve.
Page 230
Annexes
Principe
Le dosage chimique des fonctions isocyanate dans un diisocyanate pur ou dans un mélange de
prépolymères est décrite par la norme AFNOR référencée NF T52-132. Elle se base sur la
réaction de blocage des fonctions NCO par la DiButylAmine (notée DBA), de masse molaire
129,25 [Link]-1, qui entraîne la formation de l'urée correspondante.
R-N=C=O + (C4H9)2NH → R-NH-CO-N(C4H9)2
Le titrage en retour de l'excès de DBA se fait visuellement avec l'acide chlorhydrique 1N
comme solution titrante et le vert de bromocrésol comme indicateur coloré.
(C4H9)2NH + HCl → (C4H9)2NH, HCl
On utilise de l'acétone anhydre comme solvant.
où: V0 est le volume d'acide chlorhydrique utilisé pour le dosage à blanc [mL]
Véq est le volume d'acide chlorhydrique utilisé pour le dosage du diisocyanate ou du
prépolymère à analyser [mL]
mtotale est la masse de la prise d'essai [g]
mdiisocyanate est la masse du diisocyanate contenu dans la prise d'essai [g]
L'indice NCO est le pourcentage de la masse totale correspondant à des fonctions NCO et
l'équivalent NCO est le nombre de moles de fonctions NCO par kilogramme de matière.
Par exemple, pour le MDI pur : %NCO=33,6% soient 8 fonctions NCO/kg de matière.
Page 231
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Traction uniaxiale
Les expériences de traction uniaxiale ont été effectuées avec une machine de traction
électromécanique MTS 2/M à une température de 22±1°C et une humidité relative de 50±5%.
Les éprouvettes de type ISO (selon la norme ISO/R 527) ont une longueur nominale de 20
mm et une section d’environ 2 x 4 mm2. Le test consiste à faire subir à l’éprouvette 4 cycles
de chargement entre 0 et 200% de déformation à 300 mm/min et déchargement à 100
mm/min, soit un rapport 1/3 entre les vitesses. Le 5ème chargement, effectué également à 300
mm/min, est réalisé jusqu’à la rupture du matériau.
Compression uniaxiale
Les expériences de compression uniaxiale ont été effectuées avec une machine de
traction électromécanique MTS 2/M à une température de 22±1°C et une humidité relative de
50±5%. Les éprouvettes ont une hauteur de 36 mm environ et un diamètre d’environ 39 mm.
Le test consiste à faire subir à l’éprouvette 2 cycles de chargement entre 0 et 4 kN à 10
mm/min et déchargement à 10 mm/min également.
Page 232
Annexes
- propriétés thermophysiques
Caméra thermique
Les photographies thermiques ont été obtenues par l’utilisation d’une caméra
thermique de marque Fluke et de modèle IR FlexCam Thermal Imager Ti40 (Figure 3-1). Pour
les PU, l’émissivité est de 0,95.
Page 233
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les mesures de diffusivité thermique ont été effectuées sur un appareil conçu par le
laboratoire du centre thermique de l’INSA de Lyon (CETHIL) (Figure 3-2). Le principe de la
mesure, initialement développée par Parker en 1961, consiste à exciter un échantillon plan
cylindrique et de petites dimensions par une brève impulsion thermique sur sa face avant
(Figure 3-3). La mesure de la différence de température entre les deux surfaces de l’échantillon
en fonction du temps permet ensuite de déterminer la diffusivité thermique de ce matériau
(Figure 3-4).
Page 234
Annexes
Masse volumique
m
La masse volumique ρ = d’un plot est obtenue en déterminant sa masse m et son
V
volume V . A 20°C, on obtient ρ PP 008 = 1170 ± 20 kg/m3 pour un plot de PP008 et ρ AdilitheVI II =
1150 ± 20 kg/m3 pour l’Adilithe VIII®.
Page 235
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Pour l’Adilithe VIII®, on détermine α L − AdilitheVIII 255.10-6 °C-1 entre 20 et 140°C. Dans
cette formulation, la phase souple n’est pas réticulée et il y a moins de SR, ce qui expliquerait
une dilatation légèrement plus importante.
1,3
y = 0,0081x - 0,4862
∆ L (DMA) (mm avec L0=22,84 mm)
1,1
0,9
Domaine
Τα phase
caoutchoutique II
0,7 souple
0,1
Domaine Fusion /
-0,1 caoutchoutique I dissolution
y = 0,0032x - 0,132
des segments
-0,3 rigides
Température (°C)
-0,5
-100 -50 0 50 100 150 200
Page 236
Annexes
Les expériences ont été effectuées par la société Influtherm (CEI, 66 bd Niels BOHR,
BP 2132, 69603 Villeurbanne Cedex, France) et réalisées à l’aide d’un conductivimètre à fil
chaud.
La conductivité thermique caractérise le transfert de la chaleur à travers un matériau.
Par définition, la conductivité thermique λ (W.m-1.K-1) est déterminée par la première loi de
Fourier (Équation 3-4).
dT
J = −λ Équation 3-4
dx
où J est le flux de chaleur (W.m-2), c’est-à-dire la quantité d’énergie qui traverse une
unité de surface, pendant une unité de temps (seconde) et dT/d x est le gradient de
température selon la direction x du flux de chaleur [DEP-02].
Principe de mesure
Après quelques simplifications, l’Équation 3-5 peut se mettre sous la forme de l'Équation
3-7.
dT ( r , t ) P r2
=
. exp − Équation 3-7
d ln( t ) 4 .π .λ 4 .α .t
Si le point considéré se trouve sur la source de chaleur même, r=0, l’Équation 3-7 peut
se mettre sous la forme de l'Équation 3-8.
dT (0, t ) T2 − T1 P
= = Équation 3-8
d ln( t ) ln( t 2 ) − ln( t1 ) 4.π .λ
Nous remarquons que, dans ce cas, la diffusivité thermique D du milieu n’intervient
plus et la conductivité thermique est donnée par l’Équation 3-9.
P ln( t 2 / t1 )
λ= . Équation 3-9
4.π T2 − T1
L’Équation 3-8 n’est valide que pour le régime établi. Dans les premiers instants, la
résistance de contact entre le fil et le matériau et les caractéristiques thermiques du fil
génèrent une augmentation de température qui n’est pas linéaire en fonction du logarithme du
temps.
L’enregistrement d’un thermogramme (Figure 3-6) permet alors de mesurer la
conductivité thermique λ du matériau.
Page 237
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
La conductivité du milieu dans lequel le fil est inclus est inversement proportionnelle à
la pente de l’élévation de température a (Équation 3-10) :
P 1
λ= . Équation 3-10
4.π a
Dans le cas pratique où le milieu n’est pas infini, la pente obtenue sur la Figure 3-6 est
modifiée dans une proportion qui est propre au montage utilisé. L’Équation 3-10 est alors
simplifiée sous la forme (Équation 3-11) :
P
λ = k. Équation 3-11
a
Le paramètre k est appelé coefficient de sonde et sa valeur est déterminée par
étalonnage.
La méthode du fil chaud est une méthode en régime transitoire dont le principe est de
mesurer l’élévation de température d’une source de chaleur linéaire, le fil chaud étant encastré
dans l’éprouvette de mesure.
Présentation de l’équipement
Cet appareil est conçu pour mesurer une conductivité thermique apparente comprise
entre 0,02 W/(m.K) et 5,00 W/(m.K).
Page 238
Annexes
Raccordement vers PC et
Centrale d’acquisition
Creuset de mesure
Diamètre 40 mm
Hauteur 100 mm
PT 100
Page 239
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Tableau 3-1 – Valeurs de la conductivité thermique de plots d’Adilithe VIII® et de PP008 à différentes
températures.
ÉCHANTILLON TEMPÉRATURE CONDUCTIVITÉ THERMIQUE
(°C) (W/m.K)
Adilithe VIII® 26,0 0,143 [± 0,007]
25,3 0,153 [± 0,008]
78,3 0,164 [± 0,008]
PP008
117,9 0,169 [± 0,008]
158,8 0,166 [± 0,008]
Page 240
Annexes
Pour que la température d’un corps augmente (ou baisse), il faut qu’il ait absorbé
(dégagé) de la chaleur.
La chaleur ∆Q nécessaire pour faire varier de ∆T la température d’une substance de
masse m est donnée par l’Équation 3-12 :
∆Q = [Link] .∆ T Équation 3-12
où Cp est la chaleur spécifique, supposée constante sur l’intervalle ∆ T , ou capacité
calorifique à pression constante de la substance, de l’ordre de 2000 à 3000 J/kg.K [THO-89]
pour un élastomère. Elle représente la quantité de chaleur nécessaire pour élever de 1°C la
température de 1 kg de cette substance sans changer son état (solide, liquide ou gazeux).
Afin de déterminer la chaleur spécifique des formulations ainsi que son évolution avec
la température, la méthode de calorimètrie adiabatique est utilisée (Figure 3-10). L’appareil,
modèle Calvet Calorimeter C80 de la société Setaram, est situé dans le laboratoire LAEPSI de
l’INSA de Lyon.
L’avantage de cette technique, par rapport à la méthode de comparaison avec un
étalon saphir par DSC, est que la masse utilisée est beaucoup plus importante (de l’ordre de 2
g au lieu de 5 mg en DSC) et que les capteurs sont placés en 3D autour du creuset. Les
expériences sont en revanche assez longues en raison de l’inertie thermique du système, qui
va mesurer l’énergie absorbée par le matériau de masse m pour effectuer un incrément de
température de 2°C. L’échantillon est constitué par la superposition de 5 disques de 2 mm
d’épaisseur et 14 mm de diamètre découpés dans des plaques.
a) b) c)
Figure 3-10 – Photographies du calorimètre adiabatique a) vu de face, b) vu de dessus et c) des creusets
[DAS-92] DASHORA P, SAXENA NS, SAKSENA MP, BALA K, SACHDEV K, PRADHAN PR & LADIWALA GD. A
theoretical study of the temperature dependence of the thermal conductivity of polymers. Physica
Scripta, 1992, Vol. 45, pp. 399-401.
[DEP-02] DE PONTE F & KLARSFELD S. Techniques de l'Ingénieur, Conductivité thermique des isolants. 2002.
[THO-89] THOMPSON EV. Encyclopedia of Polymer Science and Engineering, Thermal properties. New York.
J. Wiley & Sons, 1989, 711-747 pp.
Page 241
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
En supposant que le matériau est isotrope, c’est-à-dire que les taux surfaciques des
phases sont égaux aux taux volumiques, il est possible de calculer l’ordre de grandeur du taux
de SR organisés sous forme de lamelles. Pour cela, il faut calculer la proportion de domaines
rigides dans le matériau (Figure 4-1), puis la proportion de lamelles dans un domaine organisé,
ou sphérolite (Figure 4-2).
Figure 4-1 – Image MET d’un échantillon de cœur de cylindre de PP003 (35% SR) marqué au RuO4 à faible
grandissement. a) Image originale. b) Les zones correspondantes aux « sphérolites » ont été noircies.
Figure 4-2 – Image MET d’un échantillon de cœur de cylindre de PP003 (35% SR) marqué
au RuO4 à fort grandissement. a) Image originale. b) Les lamelles visibles ont été noircies.
Sur une photo large (Figure 4-1a), les zones estimées comme ne faisant pas partie de la
phase « claire » ont été noircies (Figure 4-1b). La proportion de cette image associée aux
domaines rigides est d’environ 50%.
Page 242
Annexes
Ensuite et sur une photo à fort grandissement dans une zone comportant le moins
possible de phase « claire » comme définie sur la Figure 4-2a, les lamelles ont été noircies
(Figure 4-2b). La proportion que représentent les lamelles noircies sur cette figure dans les
domaines rigides est d’environ 20%.
Ceci signifie que globalement dans le matériau, comme les domaines rigides
représentent environ 50% du matériau, les lamelles représentent 50% x 20% = 10% de la
surface, et par extension 10% volumiques. Il est peut-être possible d’atteindre 15% de SR
organisés sous forme de lamelles en considérant plus de lamelles, notamment des lamelles
plus fines. Les lamelles orientées parallèlement à l’image ne sont pas considérées. La limite
entre les lamelles et la phase souple est également difficile à déterminer avec précision.
La seconde moitié du matériau correspond à la phase souple qui peut également
contenir des SR dissous et des nodules rigides trop petits pour être distingués.
Page 243
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Les joncs cylindriques, coulés dans des moules d’acier préchauffés à 130°C (ou à
160°C selon la formulation, Annexe 1), ont un diamètre de 39 mm et une longueur de 400
mm. Les deux extrémités des joncs sont tronçonnées, sur une hauteur de 1 cm, afin de
s’affranchir de la présence des extrémités des moules d’acier.
Des plots, ayant une hauteur d’environ 36 mm, sont ensuite découpés dans la longueur
du jonc. Les prises d’échantillons effectuées pour l’étude des plots sont détaillées sur la partie
droite de la Figure 5-1.
2
z
b
r
1 3
a
A B
Figure 5-1 – Schéma d’un plot (à gauche) et coupe longitudinale (à droite),
avec représentation des différentes prises d’échantillons.
Le module global en compression est déterminé sur le plot avant découpe pour
l’échantillonnage (à gauche sur la Figure 5-1).
Page 244
Annexes
Les modèles relatifs au cas d’une plaque horizontale sont utilisés pour les surfaces
planes (Figure 6-1). Pour une convection naturelle dans l’air, le coefficient d’échange est lié au
nombre de Nusselt (Nu) (Équation 6-1).
Figure 6-1 – Schéma d’une convection naturelle sur une surface plane.
hhor .D
Nu = Équation 6-1
λ
où λ est la conductivité thermique de l’air et D une distance caractéristique du
système, ici le diamètre du cylindre (39 mm).
Le nombre de Nusselt (Nu) est également lié aux nombres de Grashof (Gr) et de
Prandtl (Pr) (Équation 6-2). Les nombres a et n dépendent de la valeur du produit [Link]. Ce
produit est également appelé nombre de Rayleigh (Ra) et caractérise le transfert de chaleur au
sein d'un fluide : inférieur à une valeur critique, le transfert s'opère essentiellement par
conduction, tandis qu'au-delà de cette valeur c'est la convection libre ou naturelle qui devient
importante.
Nu = a.(Gr. Pr) n = [Link] n Équation 6-2
Le nombre de Prandtl (Pr) (Équation 6-3) est lié aux propriétés de l’air. En première
approximation, ce nombre est calculé à la température moyenne du fluide pendant l’essai de
(T + T∞ )
refroidissement Tm = S .
2
µ .Cp
Pr = Équation 6-3
λ
(140 + 20)
où, à Tm = = 80°C , µ = 1.825.10 −5 kg.m −1 .s −1 est la viscosité dynamique de
2
l’air, Cp = 1008J .kg −1.K −1 la capacité calorifique de l’air et λ = 0,028W .m −1.K −1 la
conductivité thermique de l’air.
Page 245
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Le nombre de Grashof (Gr) (Équation 6-4) est un nombre sans dimension utilisé pour
caractériser la convection libre dans un fluide. Il correspond au rapport des forces de gravité
sur les forces visqueuses.
ρ 2 .β .(TS − T∞ ).g.D 3
Gr = Équation 6-4
µ2
1
où ρ = 1,088kg.m −3 est la masse volumique de l’air à Tm , β = le coefficient
Tm
d’expansion thermique (K-1), TS la température des surfaces planes du plot, T∞ la
−2
température extérieure, g = 9,81m.s l’accélération de la pesanteur, D = 39mm la distance
caractéristique du système, ici le diamètre du cylindre et µ = 1,825.10−5 kg.m −1.s −1 la viscosité
dynamique de l’air.
Le nombre de Nusselt (Nu) est calculé dans toute la gamme de température grâce à
l’Équation 6-2. Le coefficient d’échange thermique convectif sur les surfaces planes du plot est
accessible par l’utilisation de l’Équation 6-1 (Figure 6-2), avec T∞ = 25°C .
10
hhor (W/m 2/K)
9
8
7
6 hhor
5
4 T∞ = 25°C
3
TS (°C)
2
20 60 100 140
Page 246
Annexes
Le modèle relatif au cas d’un cylindre vertical de longueur infinie et de diamètre D est
utilisé pour la couronne verticale du plot (Figure 6-3). Pour une convection naturelle dans l’air,
le coefficient d’échange est donné par l’Équation 6-5.
1/ 4
T − T∞
hver = 5,6. S Équation 6-5
D.T∞
où TS est la température de surface de la couronne du plot, T∞ la température
extérieure et D = 39mm une distance caractéristique du système, ici le diamètre du cylindre.
L’utilisation de l’Équation 6-5 permet de comparer, sur la Figure 6-4 pour T∞ = 25°C , le
coefficient d’échanges convectifs relatif à la couronne avec celui relatif aux surfaces planes.
Ces coefficients sont pratiquement égaux, notamment parce que l’élancement de l’échantillon
est proche de 1.
10
h (W/m 2/K)
9
8
7
hhor
6
hver
5 T∞ = 25°C
4
3
TS (°C)
2
20 60 100 140
Figure 6-4 – Evolution du coefficient d’échange thermique par convection naturelle sur
la couronne hver, comparé à hhor en fonction de la température de la surface TS.
Page 247
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
La simulation est déclinée pour différentes géométries puis comparée aux résultats
expérimentaux de la Figure III-77. Les résultats de la simulation pour le plot de hauteur 22 mm
sont reportés sur la Figure 7-1, et sur la Figure 7-2 pour le plot de hauteur 50 mm.
140
Ti = 138°C
120
Température (°C)
100
gros
fin à 4mm
80
Dans l’axe
60
Th Coeur
Th 4mm du haut
40 Th 6 mm du bord
Coeur - Gros TC
4mm du haut - TC fin
T∞ = 23°C
20
6 mm du bord - TC fin
1h Temps (s)
Figure 7-1 – Suivi des refroidissements dans l’air d’un plot de hauteur 22 mm de la formulation PP008 mature
préalablement porté à une température homogène de 140°C et pendu à un fil. Comparaison avec les simulations
numériques sans paramètre ajustable. Expériences en traits épais et modélisations en traits fins.
140
Ti = 138°C
120
Température (°C)
100
gros
80
fin à 8mm
60
Dans l’axe
Th Coeur
40 Th 8 mm du haut
Coeur - Gros TC T∞ = 23°C
8 mm du haut - TC fin
20
1h Temps (s)
Figure 7-2 – Suivi des refroidissements dans l’air d’un plot de hauteur 50 mm de la formulation PP008 mature
préalablement porté à une température homogène de 140°C et pendu à un fil. Comparaison avec les simulations
numériques sans paramètre ajustable. Expériences en traits épais et modélisations en traits fins.
Page 248
Annexes
105
Cœur
95
85
6mm du mors
Température (°C)
75
65 Surface à mi-hauteur
55
45
35
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Figure 8-1 – Comparaison des températures expérimentales (en traits épais) et simulées avec Q = 0,43-0,0022.T,
avec T en °C (traits fins), au centre du cylindre, à 6mm du mors d’acier et à mi-hauteur sur la surface au cours
d’un essai de fatigue standard sur PP (40% SR) à 27 Hz.
Page 249
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
Le calcul de ces intégrales à chaque cycle est ensuite rapporté au travail mécanique
dissipé afin de calculer les taux de conversion en chaleur à la stabilisation pour chaque
formulation.
Ainsi, les taux de conversion en chaleur à la stabilisation sont de 45% pour la
formulation PP (40% SR), 42% pour le matériau souple et 48% pour la formulation Adilithe
VIII®. En effectuant un léger décalage du déphasage de 0,5°, soit 0,051 ms, ces taux passent
respectivement à 50%, 52% et 56%. Si le décalage est de 0,139 ms, ces taux passent
respectivement à 62%, 65% et 70%.
Page 250
Annexes
- Suivi de l’autoéchauffement
115 50 mm
Températures à cœur (°C)
105
95 36 mm
85
75
65
55
45
35
25
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
Temps (s)
Figure 9-1 – Évolution de la température au centre du cylindre au cours d’essais de fatigue standard à 27
Hz entre 400 et 4000 N de plots de la formulation PP (40% SR) de hauteur 36 mm (standard) et 50 mm.
Page 251
Fatigue thermomécanique des élastomères polyuréthane
65
60
55
E dyn (MPa)
50
36 mm
45
40
50 mm
35
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
temps (s)
Figure 9-2 – Evolution du module dynamique Edyn au cours d’essais de fatigue standard à 27 Hz
entre 400 et 4000 N de plots de la formulation PP (40% SR) de hauteur 36 mm (standard) et 50 mm.
0,16
0,15
0,14
0,13
0,12
tg δ
0,11
0,1
50 mm
0,09
36 mm
0,08
0,07
0,06
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
temps (s)
1,2
1,1
1
50 mm
W'' (J/cycle)
0,9
0,8
0,7
36 mm
0,6
0,5
0,4
0 900 1800 2700 3600 4500 5400 6300 7200
temps (s)
Figure 9-4 – Evolution du travail dissipé W’’ (en J/cycle au cours d’essais de fatigue standard à 27 Hz
entre 400 et 4000 N de plots de la formulation PP (40% SR) de hauteur 36 mm (standard) et 50 mm.
Page 252
Annexes
Page 253
FOLIO ADMINISTRATIF
TITRE :
FATIGUE THERMOMECANIQUE DES ELASTOMERES POLYURETHANE : CARACTERISATION EXPERIMENTALE
DE L’EVOLUTION DES MICROSTRUCTURES ET MODELISATION DES ECHANGES THERMIQUES
Laboratoire (s) de recherche : Institut des Matériaux Polymères / Laboratoire des Matériaux Macromoléculaires
UMR 5223 INSA de Lyon
Composition du jury :
ALIG Ingo Maître de Conférences (DKI Darmstadt) – Examinateur
BOUTAOUS M’hamed Maître de Conférences (INSA Lyon) – Examinateur
DAVID Laurent Professeur (Université Lyon 1) – Examinateur
LAIARINANDRASANA Lucien Maître de Recherche HDR (Ecole des Mines de Paris) – Rapporteur
MECHIN Françoise CR CNRS (INSA Lyon) – Co-directrice de thèse
OTAIGBE Joshua Professeur (University of Southern Mississipi) – Examinateur
SAUTEREAU Henry Professeur (INSA Lyon) – Co-directeur de thèse
SEGUELA Roland DR CNRS (Université de Lille) – Rapporteur
TRENTESAUX Hervé Société Mérylithe – Examinateur