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Régime politique russe post-soviétique

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Chapitre 2- Le régime politique russe

La fin de l'Union soviétique en 1991 a marqué un tournant majeur dans l'histoire de la


Russie, propulsant le pays dans une période de transition radicale. La dissolution de
l'URSS a mis fin à des décennies de régime communiste, ouvrant la voie à la
construction d'une nouvelle identité politique, économique et sociale pour la Russie.
Cette transition n'a pas été sans difficultés, car le pays devait naviguer entre les
vestiges de son passé soviétique et les aspirations d'un futur démocratique et
capitaliste. Comprendre le régime politique russe actuel est crucial, non seulement
pour saisir les dynamiques internes de ce vaste pays, mais aussi pour appréhender son
rôle et son influence sur la scène mondiale. Le système politique de la Russie, avec
ses particularités et ses évolutions, a des implications profondes pour la stabilité
régionale et les relations internationales.

Les premières années qui ont suivi l'effondrement de l'Union soviétique ont été
marquées par une instabilité et une incertitude profondes. Boris Eltsine, le premier
président de la Fédération de Russie, a hérité d'un pays en crise. L'économie était en
ruines, le système politique était en transition et les structures sociales étaient
profondément perturbées1. Les réformes économiques, souvent désignées par le terme
de "thérapie de choc", visaient à transformer rapidement l'économie planifiée
soviétique en une économie de marché. Ces réformes ont entraîné une inflation
galopante, une hausse du chômage et une chute spectaculaire du niveau de vie pour de
nombreux citoyens russes. La privatisation des entreprises d'État a souvent bénéficié à
une petite élite, créant des inégalités sociales importantes et une nouvelle classe
d'oligarques.

En parallèle, le paysage politique était en ébullition. Le conflit entre le président


Eltsine et le Parlement russe a atteint son paroxysme en 1993, culminant dans une
confrontation armée à Moscou. Ce conflit a souligné la nécessité d'une nouvelle
Constitution qui établirait clairement les règles du jeu politique et garantirait la
stabilité du pays. C'est dans ce contexte tumultueux que la Constitution de 1993 a été
adoptée. Ce document fondamental visait à instaurer une démocratie représentative en
Russie, en définissant les rôles et les responsabilités des différentes branches du
gouvernement et en garantissant les droits fondamentaux des citoyens.

1
Marie Mendras, Russie : L'envers du pouvoir (Éditions du Seuil, 2008), p. 45.
La Constitution de 1993 a introduit un système politique présidentialiste, avec un
exécutif fort et un Parlement bicaméral. Le Président de la Fédération de Russie a été
doté de pouvoirs considérables, incluant la possibilité de dissoudre la Douma
(chambre basse du Parlement) et de gouverner par décret dans certaines circonstances.
Cette concentration de pouvoir au sein de l'exécutif était vue comme nécessaire pour
stabiliser le pays et éviter les impasses politiques. Le Parlement, composé de la
Douma d'État et du Conseil de la Fédération, devait jouer un rôle de contrepoids, bien
que dans la pratique, son pouvoir soit souvent limité par l'autorité présidentielle.

L'adoption de la Constitution a également cherché à promouvoir les droits et libertés


des citoyens russes, avec des garanties pour la liberté d'expression, de presse et de
réunion. Cependant, la réalité a souvent été plus complexe. Au fil des années, des
modifications et des amendements ont été apportés à la Constitution, renforçant
encore davantage le pouvoir de l'exécutif. Sous les présidences successives de
Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, la centralisation du pouvoir s'est accentuée,
souvent justifiée par la nécessité de lutter contre le terrorisme, de maintenir l'intégrité
territoriale de la Russie et de préserver la stabilité nationale.

La transition post-soviétique de la Russie a été une période de transformations


profondes et parfois douloureuses. L'adoption de la Constitution de 1993 représentait
une tentative de mettre en place un cadre juridique et politique stable pour guider le
pays à travers ces changements. Néanmoins, les défis économiques, politiques et
sociaux ont perduré, influençant le développement du régime politique russe tel qu'il
est aujourd'hui. La centralisation du pouvoir, les tensions entre le centre et les régions,
ainsi que le rôle prépondérant de l'exécutif sont des caractéristiques clés qui
continuent de définir la politique russe contemporaine.

Dans ce chapitre, nous allons d'abord explorer les fondements du régime politique
russe, en examinant la Constitution de 1993 et les principales institutions de l'État.
Ensuite, nous analyserons les dynamiques de pouvoir en Russie, en nous concentrant
sur la centralisation du pouvoir autour de la présidence et les interactions entre les
différents niveaux de gouvernance. Cette analyse nous permettra de mieux
comprendre la nature et les mécanismes du régime politique russe, ainsi que les défis
et les tensions qui le caractérisent.

Section 1- Le fondement du pouvoir politique russe


L'effondrement de l'Union soviétique en 1991 a marqué la fin d'une ère et le début
d'une nouvelle ère pour la Russie et pour le monde. Ce bouleversement géopolitique
majeur a mis fin à près de sept décennies de domination soviétique en Europe de l'Est
et en Asie centrale, libérant les républiques constitutives de l'URSS pour forger leurs
propres destinées. La dissolution de l'Union soviétique a été un événement d'une
portée historique considérable, caractérisé par la fragmentation politique, économique
et sociale d'un empire qui avait façonné une grande partie du XXe siècle.

L'importance de comprendre le régime politique russe contemporain réside non


seulement dans son impact sur la vie des citoyens russes, mais aussi dans son
influence sur la politique internationale. La Russie, en tant qu'héritière de l'URSS, a
conservé une position de superpuissance mondiale avec un arsenal nucléaire
important, une vaste étendue territoriale et des ressources naturelles abondantes. Son
rôle dans les affaires mondiales, que ce soit sur le plan diplomatique, économique ou
sécuritaire, est crucial pour la stabilité et l'équilibre des forces à l'échelle mondiale.

La transition post-soviétique de la Russie vers un régime politique démocratique et un


marché économique libre n'a pas été sans défis. Les premières années après la
dissolution de l'Union soviétique ont été marquées par une transition tumultueuse vers
une économie de marché et une démocratie parlementaire. Les réformes économiques
radicales, connues sous le nom de "thérapie de choc", ont été mises en œuvre pour
libéraliser l'économie et encourager l'entrepreneuriat privé, mais ont également
entraîné une période d'incertitude économique et sociale pour de nombreux Russes2.

Sur le plan politique, la Russie a dû établir de nouvelles institutions démocratiques et


définir les règles du jeu politique dans un environnement post-totalitaire. L'adoption
de la Constitution de 1993 a été une étape cruciale dans ce processus, visant à
consolider les fondements d'un État de droit, à garantir les droits et libertés
fondamentaux des citoyens, et à structurer le gouvernement autour d'un exécutif fort
et d'un parlement bicaméral. Cette constitutionnalisation du régime a jeté les bases du
cadre institutionnel qui gouverne la Russie aujourd'hui, en déterminant les pouvoirs,
les responsabilités et les limitations des principales branches du gouvernement.

Comprendre le régime politique russe actuel implique également de reconnaître les


dynamiques complexes de pouvoir et d'influence qui façonnent la politique intérieure
2
Françoise Daucé, L’État russe et ses sociétés civiles (Fayard, 2010), p. 122.
et étrangère du pays. La centralisation du pouvoir exécutif sous la présidence, les
relations entre le gouvernement central et les régions autonomes, ainsi que les défis
persistants liés à la démocratisation et aux droits de l'homme sont autant d'aspects
essentiels à analyser pour une compréhension approfondie du paysage politique russe
contemporain.

En somme, explorer le régime politique russe aujourd'hui ne se limite pas à une étude
académique de ses institutions et processus politiques. C'est aussi une exploration des
héritages historiques, des défis post-soviétiques et des choix politiques qui ont
déterminé la trajectoire de ce vaste pays. Cette exploration offre un regard critique sur
les dynamiques internes de la Russie tout en mettant en lumière son rôle
incontournable sur la scène mondiale.

Dans cette section, nous allons examiner en détail les fondements du régime politique
russe en deux parties principales. La première paragraphe se concentrera sur la
Constitution de 1993, en explorant ses principes fondamentaux, sa structure et son
impact sur le système politique russe. Nous discuterons de la manière dont cette
Constitution a été conçue pour équilibrer les pouvoirs tout en permettant un exécutif
fort capable de stabiliser le pays.

La seconde paragraphe analysera les principales institutions politiques en Russie, en


mettant en lumière le rôle et les pouvoirs du Président, du Parlement (Douma d'État et
Conseil de la Fédération), et du système judiciaire. Nous examinerons également
comment ces institutions interagissent entre elles et avec les administrations
régionales, ainsi que le rôle crucial de l'armée et des services de sécurité. Cette
analyse nous permettra de comprendre comment le pouvoir est structuré et exercé en
Russie, ainsi que les dynamiques de pouvoir qui façonnent le régime politique actuel.

Paragraphe 1- La constitution de 1993

La fin de l'Union soviétique en 1991 a marqué un tournant décisif dans l'histoire de la


Russie, inaugurant une période de transformation profonde et souvent tumultueuse.
Après des décennies de domination sous un régime communiste autoritaire, la Russie
s'est retrouvée confrontée à une série de défis économiques, politiques et sociaux sans
précédent. L'effondrement de l'URSS a entraîné une transition vers une économie de
marché, mettant fin à une économie planifiée et introduisant des réformes
économiques radicales. Ces réformes, souvent qualifiées de "thérapie de choc",
visaient à libéraliser l'économie russe et à favoriser l'entrepreneuriat privé, mais ont
également exacerbé les inégalités sociales et accru l'incertitude économique pour de
nombreux citoyens3.

Sur le plan politique, la Russie post-soviétique a été marquée par une instabilité
politique considérable. Les premières années après la dissolution de l'Union
soviétique ont été caractérisées par des conflits internes, des luttes de pouvoir et une
incertitude quant à la direction politique du pays. Le président Boris Eltsine, confronté
à des défis majeurs tels que l'hyperinflation, le chômage élevé et la détérioration des
services sociaux, a dû naviguer dans un climat politique volatile où la légitimité du
gouvernement central était souvent remise en question.

Dans ce contexte de transition chaotique et d'urgence économique, la nécessité d'un


cadre constitutionnel stable et durable est devenue impérieuse pour stabiliser la Russie
et garantir son développement futur. La Constitution de 1993 est née de cette volonté
de consolider les fondements d'un État de droit et de structurer le gouvernement
autour de principes démocratiques fondamentaux. Elle représente un jalon crucial
dans l'histoire politique russe moderne, établissant les règles du jeu pour les
institutions gouvernementales, garantissant les droits et libertés des citoyens et posant
les bases pour la résolution des conflits politiques par des moyens constitutionnels
plutôt que par la force.

Ainsi, comprendre la Constitution de 1993 va bien au-delà de son texte juridique ;


c'est une exploration des choix politiques critiques qui ont façonné la trajectoire post-
soviétique de la Russie. Elle offre un cadre pour analyser les dynamiques de pouvoir,
les défis persistants en matière de démocratisation et les tensions entre le
gouvernement central et les entités régionales. En étudiant cette Constitution, nous
pouvons mieux appréhender les fondements du régime politique actuel en Russie et
évaluer son impact sur la stabilité nationale et son rôle sur la scène internationale.

Les premières années post-soviétiques en Russie ont été une période de profonds
bouleversements et de défis monumentaux. Après des décennies de régime
communiste sous l'Union soviétique, la Russie s'est retrouvée confrontée à une
3
Jean-Robert Raviot, La Russie contemporaine (Presses Universitaires de France, 2009), p. 87.
nouvelle réalité économique, politique et sociale4. La transition vers une économie de
marché a été l'une des principales priorités, nécessitant des réformes économiques
radicales pour remplacer le système centralisé et planifié par une économie plus
libérale et axée sur le marché. Cependant, ces réformes, connues sous le nom de
"thérapie de choc", ont engendré une période de transition difficile, marquée par une
inflation galopante, une hausse du chômage et une détérioration des conditions de vie
pour de nombreux citoyens russes.

Politiquement, la Russie a également traversé une période tumultueuse. Les premières


années post-soviétiques ont été caractérisées par des conflits politiques intenses et des
luttes de pouvoir entre différentes factions. Le président Boris Eltsine, confronté à une
opposition forte au sein du Parlement et à une contestation croissante de ses réformes
économiques, a dû naviguer dans un paysage politique instable. Les tensions ont
souvent éclaté en crises politiques, culminant en octobre 1993 avec une confrontation
violente entre le président et le Parlement, menant à l'assaut du bâtiment du Parlement
par les forces gouvernementales.

Dans ce contexte de turbulence politique et économique, la nécessité d'une nouvelle


base constitutionnelle pour stabiliser le pays et définir clairement les pouvoirs et les
responsabilités des institutions gouvernementales est devenue évidente. La
Constitution de 1993 a émergé comme une réponse à ces défis critiques. Adoptée par
référendum en décembre 1993, cette constitution a cherché à consolider les
fondements d'un État de droit en Russie, garantissant les droits et libertés
fondamentaux des citoyens tout en structurant le gouvernement autour de principes
démocratiques essentiels.

Le processus d'élaboration de la Constitution de 1993 a été marqué par des débats


intenses et souvent polarisés. Les principaux acteurs politiques et intellectuels ont
rivalisé pour définir la structure et les principes qui guideraient le nouveau cadre
constitutionnel. Des questions cruciales concernant la répartition des pouvoirs entre le
président, le Parlement et le système judiciaire ont été examinées avec une attention
particulière. Le résultat final a été une constitution qui a consolidé un système

4
Cécile Vaissié, La société civile dans la Russie post-soviétique (L'Harmattan, 2014), p. 54.
présidentiel fort, tout en introduisant des mécanismes de contrôle et de contrepoids
pour éviter la concentration excessive du pouvoir5.

1- Les contextes de l'adoption

L'adoption de la Constitution de 1993 en Russie ne peut être pleinement comprise


sans examiner les crises politiques majeures qui ont marqué les premières années
post-soviétiques. Ces crises ont non seulement façonné le paysage politique du pays,
mais ont également mis en évidence la nécessité d'une nouvelle structure
constitutionnelle capable de stabiliser et de guider la Russie à travers une période de
transition difficile.

Lorsque l'Union soviétique s'est effondrée en décembre 1991, elle a laissé derrière elle
un vide politique immense et un héritage d'instabilité. Les anciennes structures de
pouvoir se sont désintégrées, et les nouvelles institutions politiques étaient encore en
formation. Le président Boris Eltsine, élu en juin 1991, a été confronté à la tâche
herculéenne de reconstruire le pays sur de nouvelles bases démocratiques. Cependant,
cette période de transformation a été marquée par une série de crises politiques qui ont
mis à l'épreuve la résilience des institutions naissantes de la Russie.

L'une des crises les plus significatives a été la lutte de pouvoir entre le président Boris
Eltsine et le Parlement russe (le Congrès des députés du peuple et son corps exécutif,
le Soviet suprême). Cette confrontation est née des divergences profondes sur la
direction des réformes économiques et politiques. Alors que Eltsine prônait des
réformes rapides et radicales pour transformer l'économie, de nombreux députés
étaient plus conservateurs et s'opposaient à ces changements rapides, craignant leur
impact sur la population et l'ordre social.

La situation s'est aggravée au cours de 1992 et 1993, lorsque le Parlement a de plus en


plus résisté aux décrets présidentiels de Eltsine et a tenté de réduire ses pouvoirs.
Cette confrontation a atteint son paroxysme en mars 1993, lorsque Eltsine a tenté de
renforcer ses pouvoirs par un référendum constitutionnel, une initiative qui a été
bloquée par le Parlement. Les tensions ont continué d'escalader, avec des
manifestations de rue et une polarisation politique croissante dans tout le pays.

5
Hélène Carrère d'Encausse, L'Empire d'Eurasie : une histoire de l'Empire russe de 1552 à nos jours (Fayard,
2005), p. 139.
La crise a culminé en octobre 1993, lorsque le conflit entre Eltsine et le Parlement
s'est transformé en violence ouverte. Le 21 septembre 1993, Eltsine a dissous le
Parlement, une action que les députés ont qualifiée d'illégale. En réponse, ils ont voté
pour destituer Eltsine et nommer le vice-président Aleksandr Rutskoi en tant que
président par intérim. Ce conflit constitutionnel a dégénéré en un affrontement armé
lorsque les forces loyales à Eltsine ont assiégé et bombardé le bâtiment du Parlement,
la "Maison Blanche" de Moscou, les 3 et 4 octobre 1993. Cette crise s'est soldée par la
victoire de Eltsine, mais au prix de nombreux morts et d'une profonde fracture dans la
société russe.

Ces crises ont mis en lumière l'instabilité des arrangements constitutionnels existants
et la nécessité urgente d'un nouveau cadre constitutionnel pour éviter de futurs
conflits de pouvoir. La Constitution de 1993 a été conçue pour répondre à cette
nécessité, en établissant des règles claires pour la répartition des pouvoirs entre les
différentes branches du gouvernement et en renforçant la stabilité politique. Elle visait
à créer un équilibre entre un exécutif fort, nécessaire pour mener des réformes dans
une période de transition, et des mécanismes de contrôle et de contrepoids pour
protéger les principes démocratiques6.

L'adoption de la Constitution par référendum en décembre 1993 a marqué la fin de


cette période de crises politiques et le début d'une nouvelle ère institutionnelle pour la
Russie. Elle a fourni une base légale et constitutionnelle pour la reconstruction du
pays, en établissant des principes démocratiques et en garantissant les droits et libertés
des citoyens. Toutefois, les cicatrices laissées par ces crises ont continué d'influencer
la politique russe, soulignant l'importance de la stabilité constitutionnelle dans un
contexte de transition post-soviétique.

Après la chute de l'Union soviétique, la Russie a dû gérer la transition d'une économie


planifiée socialiste vers une économie de marché. Historiquement, la Russie avait
fonctionné sous un système où l'État contrôlait les principales industries et services,
garantissant des aspects comme la sécurité sociale et l'accès universel aux services
publics. Même après l'effondrement de l'URSS, ces principes socialistes restaient
profondément enracinés dans la société, nécessitant un ajustement délicat pour éviter
l'effondrement social complet.

6
Michel Eltchaninoff, Dans la tête de Vladimir Poutine (Actes Sud, 2015), p. 112.
Simultanément, l'introduction des principes de marché est devenue impérative pour
revitaliser l'économie russe. Les réformes économiques des années 1990, surnommées
la "thérapie de choc", visaient à libéraliser l'économie, privatiser les entreprises d'État
et attirer les investissements étrangers. Bien que cruciales pour l'intégration de la
Russie dans l'économie mondiale, ces réformes ont entraîné une instabilité
économique, une augmentation des inégalités et une chute du niveau de vie pour de
nombreux Russes, illustrant les défis de la transition vers un système de marché.

2- Les principes fondamentaux

La Constitution de 1993 établit la séparation des pouvoirs comme l'un des principes
fondamentaux du régime politique russe. Ce principe vise à éviter la concentration du
pouvoir en une seule entité gouvernementale, assurant ainsi un système de freins et
contrepoids essentiel pour le fonctionnement démocratique de l'État. La séparation
des pouvoirs est articulée autour de trois branches principales : le pouvoir exécutif, le
pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire.

Le pouvoir exécutif en Russie est dominé par le président, qui détient des pouvoirs
considérables. Le président est à la fois le chef de l'État et le commandant en chef des
forces armées, et dispose de l'autorité pour nommer le Premier ministre, les membres
du gouvernement, et d'autres hauts fonctionnaires. En cas de conflit entre le
gouvernement et le Parlement, le président a le pouvoir de dissoudre la Douma (la
chambre basse du Parlement) et de convoquer de nouvelles élections. Ces pouvoirs
confèrent au président une influence significative sur la politique nationale, mais ils
sont également encadrés par des mécanismes constitutionnels visant à prévenir les
abus de pouvoir7.

Le pouvoir législatif est exercé par l'Assemblée fédérale, composée de deux chambres
: la Douma d'État et le Conseil de la Fédération. La Douma d'État est la chambre
basse, élue au suffrage universel, et joue un rôle crucial dans la législation et le
contrôle du gouvernement. Le Conseil de la Fédération, représentant les entités
fédérées de Russie, participe à l'élaboration des lois et à la protection des intérêts
régionaux. Les deux chambres doivent coopérer pour adopter des lois fédérales, et
chacune a des responsabilités spécifiques, telles que l'approbation des nominations
présidentielles et la déclaration de guerre. Ce bicaméralisme vise à équilibrer les
7
Philippe de Lara, La Russie de Poutine (Presses Universitaires de France, 2006), p. 95.
intérêts nationaux et régionaux, tout en fournissant un cadre pour le débat et la
délibération législative.

Le pouvoir judiciaire, indépendant en théorie, joue un rôle crucial dans l'interprétation


et l'application des lois. La Cour constitutionnelle est l'organe suprême chargé de
garantir la conformité des lois et des actes gouvernementaux à la Constitution. Elle
peut annuler des lois ou des actes exécutifs jugés inconstitutionnels, agissant ainsi
comme un gardien des droits constitutionnels et des libertés fondamentales. Les
tribunaux ordinaires, incluant les cours suprêmes et les tribunaux de district, assurent
la justice au quotidien et veillent à ce que les lois soient appliquées de manière juste et
équitable. L'indépendance judiciaire est essentielle pour protéger les citoyens contre
les abus de pouvoir et pour maintenir la confiance dans le système juridique.

La Constitution de 1993 met en place un système complexe d'interactions entre les


branches du gouvernement, où chaque branche a des moyens d'influencer et de
contrôler les autres. Par exemple, tandis que le président peut dissoudre la Douma,
cette dernière peut voter une motion de censure contre le gouvernement. De plus, la
Cour constitutionnelle peut juger les actes du président et du Parlement, renforçant
ainsi la séparation des pouvoirs. Ce système de freins et contrepoids est conçu pour
prévenir la concentration du pouvoir et encourager la coopération et le compromis
entre les différentes branches du gouvernement.

En conclusion, la séparation des pouvoirs est un principe fondamental de la


Constitution russe de 1993, visant à assurer un gouvernement équilibré et à protéger la
démocratie en Russie. Bien que des défis persistent en termes de mise en œuvre et de
respect de ce principe, il reste un pilier central du régime politique russe, essentiel
pour la stabilité et la légitimité de l'État.

La Constitution de 1993 garantit une série de droits civils et politiques fondamentaux


aux citoyens russes. Parmi ceux-ci figurent le droit à la liberté d'expression, de
réunion et d'association, ainsi que le droit de vote et le droit de se présenter à des
élections. Ces droits sont essentiels pour le fonctionnement d'une démocratie et
permettent aux citoyens de participer activement à la vie politique et sociale du pays.
La liberté de la presse, bien que souvent mise à l'épreuve, est également protégée
constitutionnellement, permettant aux médias de jouer un rôle crucial dans
l'information et la surveillance du gouvernement.
Outre les droits civils et politiques, la Constitution de 1993 protège également les
droits économiques, sociaux et culturels des citoyens. Ces droits incluent le droit au
travail, à la sécurité sociale, à la santé et à l'éducation. L'État russe est tenu de garantir
un niveau de vie adéquat pour ses citoyens, notamment en offrant des services de
santé accessibles et une éducation gratuite. De plus, la Constitution reconnaît
l'importance de la diversité culturelle et linguistique, assurant la protection des droits
des minorités et le respect des différentes traditions et coutumes au sein de la société
russe. Ces droits visent à promouvoir l'égalité et à améliorer la qualité de vie de tous
les citoyens, renforçant ainsi la cohésion sociale et le développement humain.

Paragraphe 2-

La Constitution de la Fédération de Russie de 1993 a jeté les bases d'un État moderne
en définissant les structures et les fonctions des principales institutions politiques.
Comprendre ces institutions est essentiel pour saisir la dynamique du pouvoir en
Russie et les mécanismes qui régissent la vie politique du pays. Deux institutions se
distinguent par leur rôle central : la présidence de la Fédération de Russie et le
Parlement, connu sous le nom d'Assemblée fédérale. Chacune de ces institutions joue
un rôle crucial dans la gouvernance du pays, avec des pouvoirs et des responsabilités
distincts mais interconnectés8.

Après la dissolution de l'Union soviétique en 1991, la Russie a entrepris un processus


de transformation politique et économique profond. Le chaos initial et les conflits de
pouvoir des premières années post-soviétiques ont montré la nécessité d'établir des
structures politiques stables et durables. La Constitution de 1993 a été élaborée dans
ce contexte de transition pour fournir un cadre juridique solide, garantir la séparation
des pouvoirs et protéger les droits fondamentaux des citoyens. Les institutions
définies par cette Constitution devaient non seulement stabiliser la situation politique,
mais aussi guider la Russie vers un système plus démocratique et ouvert.

Le président de la Fédération de Russie occupe une position prééminente dans le


système politique russe. En tant que chef de l'État, le président est responsable de la
direction générale de la politique intérieure et extérieure du pays. Il détient des
pouvoirs étendus, y compris la nomination du Premier ministre, la gestion des forces
armées et la conduite des relations internationales. Le président peut également
8
Anne de Tinguy, La Russie et le monde (Odile Jacob, 2008), p. 162.
émettre des décrets exécutifs, dissoudre la Douma (chambre basse du Parlement) dans
certaines conditions et convoquer des élections anticipées. Ces prérogatives font de la
présidence une institution centrale dans la gouvernance de la Russie, avec une
influence significative sur l'ensemble des autres branches du gouvernement9.

Parallèlement à la présidence, l'Assemblée fédérale, ou Parlement russe, joue un rôle


crucial dans le processus législatif et la supervision du gouvernement. Composée de
deux chambres - la Douma d'État et le Conseil de la Fédération - l'Assemblée fédérale
est responsable de l'élaboration des lois, de la ratification des traités internationaux, et
de la supervision des actions de l'exécutif. La Douma, élue au suffrage universel,
représente les citoyens et est impliquée directement dans le processus législatif. Le
Conseil de la Fédération, quant à lui, représente les entités fédérées de la Russie et
participe à la protection des intérêts régionaux. Cette structure bicamérale vise à
équilibrer les intérêts nationaux et régionaux, tout en assurant une délibération
législative approfondie.

La relation entre le président et l'Assemblée fédérale est caractérisée par un équilibre


délicat de pouvoirs et de responsabilités. Tandis que le président détient des pouvoirs
exécutifs substantiels, le Parlement joue un rôle clé dans le contrôle et la surveillance
de l'exécutif. Par exemple, bien que le président nomme le Premier ministre, cette
nomination doit être approuvée par la Douma. De même, le Parlement peut adopter
des lois qui limitent les pouvoirs exécutifs, bien que celles-ci puissent être soumises
au veto présidentiel. Ce système de freins et contrepoids est conçu pour éviter la
concentration excessive du pouvoir et encourager la coopération entre les différentes
branches du gouvernement.

Depuis l'adoption de la Constitution de 1993, les institutions politiques de la Russie


ont évolué, souvent en réponse à des défis internes et externes. Le rôle du président a
souvent été au centre des débats sur la centralisation du pouvoir, avec des critiques
pointant vers une tendance à la concentration du pouvoir exécutif. De même, le
Parlement a connu des transformations, notamment en termes de composition et de
fonctionnement, reflétant les changements dans la dynamique politique et les priorités
nationales. Ces évolutions montrent que les institutions définies par la Constitution
continuent de s'adapter aux réalités changeantes de la gouvernance en Russie.

9
Marlène Laruelle, Comprendre les Russes : Idéologie, politique et société (Éditions du Seuil, 2016), p. 74.
Dans cette paragraphe, nous allons examiner en détail deux des principales
institutions politiques de la Fédération de Russie : le président et l'Assemblée
fédérale. Nous explorerons leurs rôles, leurs pouvoirs et leurs interactions, en mettant
en lumière comment ces institutions contribuent à la gouvernance du pays. En
comprenant ces éléments, nous pourrons mieux appréhender les dynamiques du
pouvoir en Russie et les défis auxquels le pays est confronté dans sa quête de stabilité
et de développement démocratique.

1- Le président de la fédération de Russie

Le président est responsable de la mise en œuvre des politiques intérieures et


extérieures, dirigeant ainsi la politique générale du gouvernement. Il dispose du
pouvoir de nommer le Premier ministre, qui doit être approuvé par la Douma d'État, et
de nommer également les membres du gouvernement, les chefs des agences fédérales
et d'autres hauts fonctionnaires. Le président a le droit de dissoudre la Douma sous
certaines conditions, notamment en cas de rejet répété des candidats au poste de
Premier ministre ou de votes de défiance répétitifs.

En matière de politique extérieure, le président représente la Russie dans les relations


internationales, négocie et signe des traités internationaux, et est le commandant en
chef des forces armées. Il peut déclarer l'état d'urgence et la loi martiale, mobiliser les
forces armées et déterminer la politique de défense nationale. Le président peut
également émettre des décrets et des ordonnances ayant force de loi, tant qu'ils ne
contredisent pas la Constitution ou les lois fédérales.

Le président joue un rôle de contrôle et d'équilibre vis-à-vis des autres branches du


gouvernement. Il a le pouvoir de veto sur les lois adoptées par le Parlement, bien que
ce veto puisse être annulé par un vote des deux tiers de chaque chambre de
l'Assemblée fédérale. Le président peut également proposer des projets de loi à la
Douma et dispose du droit de promulguer les lois. En outre, le président a le pouvoir
de nommer les juges des tribunaux fédéraux, y compris ceux de la Cour
constitutionnelle, de la Cour suprême et d'autres tribunaux fédéraux, sous réserve de
l'approbation du Conseil de la Fédération.
Le président de la Fédération de Russie est élu au suffrage universel direct pour un
mandat de six ans, renouvelable une fois consécutivement. Ce système électoral vise à
garantir que le président bénéficie d'un large soutien populaire, renforçant ainsi sa
légitimité politique. L'élection présidentielle se déroule en deux tours, à moins qu'un
candidat ne recueille plus de 50 % des voix au premier tour. Si aucun candidat
n'atteint cette majorité, un second tour est organisé entre les deux candidats ayant
obtenu le plus de voix au premier tour.

Les candidats à la présidence doivent remplir plusieurs conditions pour être éligibles.
Ils doivent être citoyens russes, âgés d'au moins 35 ans, et résider de manière
permanente en Russie depuis au moins 10 ans. Les candidats peuvent être nommés
par des partis politiques enregistrés ou se présenter en tant qu'indépendants, à
condition de recueillir un nombre suffisant de signatures de soutien.

Le processus électoral est supervisé par la Commission électorale centrale, qui veille à
ce que les élections se déroulent de manière libre et équitable. Cependant, le système
électoral russe a souvent été critiqué pour des allégations de fraude, de manque de
transparence et d'iniquité dans l'accès aux médias pour les candidats d'opposition.
Malgré ces critiques, le président élu doit prêter serment avant de prendre ses
fonctions, jurant de respecter la Constitution, de protéger les droits et les libertés des
citoyens, et de servir le peuple russe avec loyauté et intégrité10.

Le mandat présidentiel est limité à deux termes consécutifs, après quoi un président
sortant doit attendre au moins un mandat complet avant de pouvoir se représenter.
Cette limitation vise à empêcher la concentration excessive du pouvoir et à
encourager la rotation du leadership. Cependant, des amendements constitutionnels
adoptés en 2020 ont modifié ces restrictions, permettant au président en exercice,
Vladimir Poutine, de potentiellement rester au pouvoir jusqu'en 2036, suscitant des
débats et des préoccupations quant à la démocratie et la longévité du pouvoir exécutif
en Russie.

2- L'assemblée fédérale

10
Daniel Treisman, Le Retour du Tsar : La Russie de Poutine et l'avenir (Flammarion, 2012), p. 187.
La Douma d'État, ou chambre basse du Parlement russe, joue un rôle crucial dans le
processus législatif et dans la supervision de l'exécutif. Composée de 450 députés, la
Douma est élue au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans. Les élections
se déroulent selon un système mixte, où la moitié des députés est élue par
représentation proportionnelle à partir de listes de partis, et l'autre moitié par des
circonscriptions uninominales.

La fonction principale de la Douma est l'élaboration et l'adoption des lois fédérales.


Les projets de loi peuvent être initiés par le président, les membres de la Douma, le
Conseil de la Fédération, le gouvernement, ou les assemblées législatives des sujets de
la Fédération. Une fois adoptées par la Douma, les lois sont envoyées au Conseil de la
Fédération pour approbation. En plus de son rôle législatif, la Douma joue un rôle de
contrôle et de supervision du gouvernement. Elle approuve la nomination du Premier
ministre proposée par le président et peut exprimer une motion de censure contre le
gouvernement. En cas de conflit persistant entre la Douma et le président concernant
la nomination du Premier ministre, le président peut dissoudre la Douma et appeler à
de nouvelles élections.

La Douma d'État a également le pouvoir de lancer des enquêtes parlementaires et de


convoquer des ministres pour des séances de questions, ce qui lui permet de surveiller
les activités du gouvernement et de garantir la transparence et la responsabilité de
l'exécutif. Par ailleurs, elle participe à l'approbation du budget fédéral et à la
ratification des traités internationaux, renforçant ainsi son influence sur les politiques
nationales et étrangères.

Le Conseil de la Fédération, ou chambre haute du Parlement russe, représente les


intérêts des entités fédérées de la Russie. Composé de 170 membres, le Conseil de la
Fédération inclut deux représentants de chaque sujet de la Fédération : un choisi par
l'assemblée législative régionale et l'autre nommé par le chef de l'exécutif régional.
Cette structure vise à garantir que les diverses régions de la Russie, avec leurs besoins
et priorités spécifiques, soient adéquatement représentées au niveau fédéral.

Le Conseil de la Fédération joue un rôle clé dans le processus législatif en examinant


les lois adoptées par la Douma d'État. Il a le pouvoir d'approuver, de rejeter ou de
proposer des amendements aux lois fédérales. Si le Conseil de la Fédération rejette
une loi, la Douma peut surmonter ce veto par un vote des deux tiers. En plus de son
rôle législatif, le Conseil de la Fédération a des responsabilités spécifiques qui
comprennent la confirmation des nominations de juges à la Cour constitutionnelle, à
la Cour suprême et aux autres tribunaux fédéraux, proposées par le président.

Le Conseil de la Fédération a également le pouvoir de déclarer la guerre, de ratifier


les traités internationaux, et d'approuver les décisions du président concernant
l'utilisation des forces armées à l'étranger. En cas d'urgence nationale, c'est le Conseil
de la Fédération qui doit approuver l'instauration de l'état d'urgence ou de la loi
martiale. Ce pouvoir de confirmation et d'approbation renforce son rôle de garant de
la légalité et de la constitutionnalité des décisions majeures de l'État.

En somme, le Conseil de la Fédération, en tant que représentant des entités régionales,


et la Douma d'État, en tant que représentant du peuple, forment ensemble un système
bicaméral destiné à équilibrer les intérêts nationaux et régionaux, tout en assurant une
législation réfléchie et un contrôle rigoureux de l'exécutif.

Section 2- Les dynamiques du pouvoir en Russie

Depuis la dissolution de l'Union soviétique en 1991, la Russie a traversé une période


de transformation politique et économique significative. Cette période a été marquée
par des efforts pour établir un cadre constitutionnel stable et un système politique
capable de gérer les défis complexes d'un pays vaste et diversifié. La Constitution de
1993 a joué un rôle crucial dans ce processus, définissant les structures de
gouvernance et les relations entre les différentes branches du gouvernement.
Cependant, les dynamiques du pouvoir en Russie sont loin d'être statiques, évoluant
en réponse aux changements politiques, économiques et sociaux11.

La structure politique russe est caractérisée par un fort exécutif centralisé, où le


président détient des pouvoirs considérables. Le rôle du président, en tant que chef de
l'État et commandant en chef des forces armées, est central dans la gouvernance du
pays. Le président influence non seulement la politique nationale et internationale,
mais aussi la manière dont les autres branches du gouvernement fonctionnent. Cette
centralisation du pouvoir exécutif a suscité des débats et des préoccupations quant à
l'équilibre des pouvoirs et à la nature démocratique du régime politique russe.
11
François Thual, Géopolitique de la Russie (Armand Colin, 2013), p. 57.
Parallèlement à la présidence, le Parlement russe, composé de la Douma d'État et du
Conseil de la Fédération, joue un rôle important dans l'élaboration des lois et la
supervision de l'exécutif. Toutefois, les relations entre ces différentes branches du
gouvernement sont souvent complexes et peuvent être conflictuelles. Le système de
freins et contrepoids établi par la Constitution vise à prévenir la concentration
excessive du pouvoir, mais en pratique, l'exécutif tend à dominer, influençant la
législation et la gouvernance au quotidien.

En plus des relations entre les branches exécutive et législative, les dynamiques du
pouvoir en Russie sont également influencées par les interactions entre le
gouvernement fédéral et les entités régionales. La Fédération de Russie est composée
de nombreuses républiques, territoires, régions et autres entités fédérées, chacune
avec ses propres besoins et priorités. Les relations entre ces différents niveaux de
pouvoir sont cruciales pour la stabilité et la cohésion du pays. Le Conseil de la
Fédération joue un rôle clé en représentant les intérêts des régions, mais les tensions
entre le centre et les régions peuvent parfois émerger, particulièrement en matière de
répartition des ressources et de l'autonomie régionale.

Dans cette section, nous allons explorer en détail les dynamiques du pouvoir en
Russie. Nous commencerons par examiner le rôle central du président, en analysant
ses pouvoirs, ses responsabilités, et son influence sur le système politique. Ensuite,
nous aborderons les relations entre les différents niveaux de pouvoir, en mettant
l'accent sur les interactions entre le gouvernement fédéral et les entités régionales. En
comprenant ces dynamiques, nous pourrons mieux saisir les mécanismes de
gouvernance en Russie et les défis auxquels le pays est confronté dans la gestion de
son vaste territoire et de sa population diversifiée.

Paragraphe 1- Le rôle central du président

Le président de la Fédération de Russie occupe une position centrale et cruciale dans


le système politique du pays, influençant profondément tant la politique intérieure que
la diplomatie internationale. Depuis la dissolution de l'Union soviétique en 1991, la
Russie a traversé une période de transition tumultueuse marquée par des défis
économiques, politiques et sociaux considérables. Dans ce contexte de restructuration
nationale, l'établissement d'un cadre constitutionnel solide était indispensable pour
stabiliser le pays et garantir un fonctionnement gouvernemental efficace.

La Constitution de la Fédération de Russie, adoptée en 1993, a joué un rôle


déterminant en définissant les pouvoirs et les responsabilités du président. En effet,
cette constitution a instauré un système présidentiel fort où le chef de l'État détient des
pouvoirs exécutifs considérables, lui permettant d'influencer directement les
politiques nationales et étrangères. Cette centralisation du pouvoir présidentiel vise à
assurer une gouvernance stable et cohérente, mais suscite également des débats sur
l'équilibre des pouvoirs au sein du système politique russe.

Dans cette introduction, nous explorerons en profondeur l'importance du président


dans le système politique russe contemporain. Nous analyserons comment la
Constitution de 1993 a établi les fondations du pouvoir présidentiel, en examinant les
pouvoirs exécutifs et législatifs du président, ainsi que son rôle dans le contrôle et
l'équilibre des pouvoirs avec les autres branches du gouvernement. En outre, nous
aborderons les dynamiques spécifiques des relations entre le président, le Parlement et
les entités régionales, mettant en lumière les défis et les implications de cette structure
de gouvernance pour la démocratie et la stabilité politique en Russie12.

Cette analyse permettra de mieux comprendre comment le président russe exerce son
autorité, influence les décisions politiques et façonne le paysage politique national. En
examinant ces aspects, nous pourrons évaluer l'impact du leadership présidentiel sur
la gouvernance de la Russie et les perspectives d'évolution de son système politique
dans le futur.

Le président de la Fédération de Russie détient une autorité étendue qui façonne


profondément la gouvernance nationale. Dans le cadre exécutif, il est le chef de l'État
et le commandant en chef des forces armées, lui conférant un contrôle direct sur la
sécurité nationale et la politique étrangère. En nommant le Premier ministre et en
influençant la composition du gouvernement, le président exerce une influence
significative sur la politique intérieure. De plus, il peut dissoudre la Douma d'État, ce
qui lui donne un levier de pouvoir crucial pour influencer le processus législatif.

12
Bernard Guetta, La Véritable Histoire d'Alexeï Navalny (Éditions de l'Aube, 2021), p. 98.
Sur le plan législatif, le président dispose du pouvoir de veto sur les lois adoptées par
le Parlement, bien que cette décision puisse être annulée par une majorité des deux
tiers dans chaque chambre de l'Assemblée fédérale. Ce pouvoir de veto illustre la
capacité du président à influencer et à modérer le processus législatif russe. De plus, il
a le droit d'initier des projets de loi et de proposer des amendements à la Constitution,
renforçant ainsi son rôle dans la formulation des politiques nationales.

Les relations entre le président et le Parlement russe, composé de la Douma d'État et


du Conseil de la Fédération, jouent un rôle essentiel dans le maintien de l'équilibre des
pouvoirs. La Douma d'État, en tant que principale chambre législative, est chargée de
l'adoption des lois et est souvent le théâtre de débats politiques animés. Le Conseil de
la Fédération, représentant les entités fédérées, contribue à la représentation des
intérêts régionaux et au contrôle sur les décisions législatives nationales.

En conclusion, bien que la Constitution de 1993 ait établi un cadre pour limiter la
concentration excessive du pouvoir présidentiel, la réalité politique en Russie montre
une centralisation significative autour du président. Cette dynamique influence non
seulement la politique intérieure et extérieure du pays, mais aussi l'équilibre entre le
pouvoir central et les régions. Comprendre ces mécanismes est crucial pour évaluer la
gouvernance russe contemporaine et les défis démocratiques auxquels le pays est
confronté.

A- Le concentration du pouvoir

La concentration des pouvoirs présidentiels en Russie s'est parfois manifestée à


travers des amendements constitutionnels et des prolongations de mandats, soulevant
des questions sur l'équilibre des pouvoirs et la démocratie. Depuis l'adoption de la
Constitution de 1993, plusieurs amendements ont été introduits, certains renforçant le
pouvoir présidentiel et d'autres ajustant les conditions de mandat, suscitant un débat
intense sur la direction politique et l'autorité de l'exécutif.

L'un des amendements les plus controversés a été introduit en 2020, permettant au
président Vladimir Poutine de se présenter pour deux autres mandats après son
mandat en cours, prolongeant potentiellement sa présidence jusqu'en 2036. Cette
modification constitutionnelle, approuvée par un référendum national, a ouvert la voie
à une prolongation significative du pouvoir présidentiel, marquant un retour à une
période où le chef de l'État russe exerce une influence dominante sur la politique
nationale.

Cette centralisation du pouvoir présidentiel a été justifiée par ses partisans comme
nécessaire pour assurer la stabilité et la continuité dans un contexte géopolitique
complexe. Cependant, les critiques ont soutenu que cela risquait de compromettre les
principes démocratiques en limitant la rotation du pouvoir et en affaiblissant les
contre-pouvoirs institutionnels. En effet, la capacité de prolonger les mandats
présidentiels peut consolider une présidence à long terme, réduisant ainsi la diversité
des voix politiques et la possibilité de renouvellement du leadership13.

Les amendements constitutionnels en Russie ne se limitent pas seulement à la durée


des mandats présidentiels. Ils ont également touché d'autres aspects du pouvoir
exécutif, tels que la composition et le rôle du gouvernement, ainsi que la définition
des compétences du président dans des domaines spécifiques comme les affaires
étrangères et la sécurité nationale. Ces changements constitutionnels reflètent une
volonté de renforcer la présidence russe en réponse aux défis internes et externes, tout
en suscitant des inquiétudes quant à la consolidation excessive du pouvoir au sommet
de l'État.

En conclusion, la concentration des pouvoirs présidentiels en Russie à travers des


amendements constitutionnels et des prolongations de mandats soulève des questions
cruciales sur la nature de la gouvernance démocratique dans le pays. Alors que
certains voient ces changements comme nécessaires pour assurer la stabilité et
l'efficacité gouvernementale, d'autres expriment des préoccupations quant aux
implications pour les libertés civiques et l'équilibre des pouvoirs. Cette évolution
continue nécessite une attention critique et un examen approfondi des conséquences à
long terme pour la Russie en tant que société et acteur international.

Le président de la Fédération de Russie exerce un contrôle considérable sur la branche


exécutive en tant que chef de l'État et commandant en chef des forces armées. Il
nomme le Premier ministre et peut dissoudre le gouvernement, jouant ainsi un rôle clé
dans la formation et la direction des politiques nationales. Ce contrôle s'étend

13
Hélène Richard, Russie : les défis de la puissance (CNRS Éditions, 2014), p. 119.
également aux affaires étrangères et à la sécurité nationale, renforçant son autorité
dans les décisions stratégiques.

Sur le plan législatif, le président peut proposer des lois, soumettre des amendements
constitutionnels et appeler à des référendums nationaux sur des questions de politique
importante. Il détient également un pouvoir de veto sur les lois adoptées par la Douma
d'État, ce qui lui permet d'influencer directement le processus législatif. Bien que ce
veto puisse être annulé par une majorité qualifiée, il reste un outil puissant pour
façonner la législation.

Cette concentration des pouvoirs exécutifs et législatifs autour du président suscite


des questions sur l'équilibre des pouvoirs en Russie et sur l'indépendance effective des
organes législatifs. Malgré les mécanismes de vérification constitutionnels, la réalité
politique montre souvent une forte centralisation du pouvoir présidentiel, ce qui peut
affecter la démocratie institutionnelle et la représentation politique.

B- L'influence sur la politique intérieure et extérieure

Le président de la Fédération de Russie exerce une influence substantielle sur la


politique intérieure à travers une série de stratégies conçues pour consolider et
maintenir son pouvoir. À l'échelle nationale, il utilise ses prérogatives
constitutionnelles pour nommer des figures clés au sein du gouvernement, y compris
le Premier ministre et les ministres, ce qui lui permet de modeler l'orientation
politique et économique du pays selon ses propres priorités. Cette capacité de
nomination lui confère un contrôle direct sur la composition du gouvernement,
renforçant ainsi son influence sur la gouvernance interne.

En outre, le président emploie des instruments de politique publique tels que les
décrets présidentiels pour introduire des réformes et des initiatives sans
nécessairement passer par le processus législatif. Cette flexibilité lui permet de réagir
rapidement aux défis nationaux émergents et de définir l'agenda politique du pays de
manière proactive. Les décrets présidentiels peuvent couvrir une gamme étendue de
sujets, allant de la politique économique à la sécurité nationale, et offrent au président
un levier efficace pour mettre en œuvre des changements significatifs dans la
gouvernance sans les obstacles potentiels du débat parlementaire.
De plus, le président joue un rôle crucial dans la gestion des crises et des situations
d'urgence qui pourraient menacer la stabilité intérieure. En tant que commandant en
chef des forces armées, il est chargé de la sécurité nationale et de la défense, ce qui lui
confère un pouvoir décisionnel direct dans la réponse aux menaces internes et
externes. En mobilisant les ressources nationales et en coordonnant les efforts
gouvernementaux, le président peut agir rapidement pour atténuer les crises et
maintenir l'ordre intérieur, renforçant ainsi son image de leader stable et réactif 14.

En somme, l'influence du président russe sur la politique intérieure est profondément


enracinée dans ses pouvoirs constitutionnels et ses capacités d'action directe à travers
les décrets présidentiels. Ces stratégies lui permettent non seulement de façonner
l'agenda politique du pays, mais aussi de maintenir une autorité centrale forte face aux
défis nationaux et aux changements socio-économiques. Cependant, cette
concentration de pouvoir soulève également des questions sur la démocratie et
l'équilibre des pouvoirs en Russie, avec des implications importantes pour la
gouvernance et la stabilité à long terme du pays.

Sur le plan de la politique étrangère, le président russe exerce une influence


considérable en tant que principal architecte des relations internationales de la Russie.
Il représente le pays dans les forums internationaux, négocie des accords bilatéraux et
multilatéraux, et défend les intérêts nationaux sur la scène mondiale. La diplomatie
russe sous la direction présidentielle vise souvent à renforcer la position géopolitique
de la Russie, en particulier dans des régions stratégiques comme l'Europe de l'Est, le
Moyen-Orient et l'Asie centrale.

L'influence géopolitique du président russe s'étend également à travers des alliances et


des partenariats stratégiques, comme ceux dans le cadre de l'Organisation du Traité de
sécurité collective (OTSC) ou des relations avec des puissances régionales et
mondiales telles que la Chine et les États-Unis. Ces relations internationales sont
souvent marquées par une diplomatie pragmatique visant à sécuriser les intérêts
économiques, sécuritaires et politiques de la Russie sur la scène mondiale.

En conclusion, l'influence du président russe sur la politique intérieure et extérieure


est déterminante pour la gouvernance nationale et la position de la Russie dans le
monde. Par le biais de stratégies de maintien du pouvoir et d'une diplomatie active, le
14
Jean-Sylvestre Mongrenier, Le Monde vu de Moscou (PUF, 2012), p. 142.
président exerce un leadership fort qui façonne non seulement les politiques
domestiques mais aussi l'orientation géopolitique du pays. Cette capacité à influencer
les affaires nationales et internationales reflète la centralisation du pouvoir
présidentiel en Russie et ses implications pour la démocratie et la stabilité politique.

Paragraphe 2- Les relations entre les différentes niveaux du pouvoir

Les relations entre les différents niveaux de pouvoir en Russie sont façonnées par une
combinaison complexe de structures constitutionnelles, de dynamiques politiques et
de pratiques institutionnelles. Pour comprendre ces relations, il est essentiel
d'examiner comment le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire interagissent dans le
cadre politique russe.

Au sommet de la hiérarchie du pouvoir exécutif se trouve le président de la Fédération


de Russie, qui agit en tant que chef de l'État et chef du gouvernement. Le président
nomme le Premier ministre et les membres du gouvernement, ce qui lui donne une
influence significative sur la politique nationale. Bien que le Premier ministre soit
responsable de la gestion quotidienne du gouvernement, il est en grande partie nommé
et peut être révoqué par le président, illustrant ainsi la primauté du chef de l'État dans
le pouvoir exécutif.

Le président utilise également des décrets présidentiels pour diriger les politiques
gouvernementales sans nécessiter l'approbation du Parlement, offrant une flexibilité
dans la mise en œuvre de ses priorités politiques. Cependant, cette centralisation du
pouvoir exécutif peut parfois entraîner des tensions avec le pouvoir législatif et
judiciaire, en particulier lorsque les décisions présidentielles sont contestées pour leur
impact sur l'équilibre des pouvoirs.

Le pouvoir législatif en Russie est conféré à l'Assemblée fédérale, composée de deux


chambres : la Douma d'État et le Conseil de la Fédération. La Douma d'État est la
chambre basse, où les députés sont élus au suffrage universel direct pour des mandats
de cinq ans15. Le Conseil de la Fédération représente les entités fédérales de Russie et
est composé de représentants des régions et des républiques. Ensemble, ces deux
chambres sont responsables de l'adoption des lois, du budget national et de
l'amendement constitutionnel.

15
Michel Wieviorka, La Russie en quête de reconnaissance (L'Harmattan, 2015), p. 82.
Bien que le président dispose d'un veto législatif et d'un pouvoir de proposition
législative, l'Assemblée fédérale joue un rôle crucial dans la représentation des
intérêts régionaux et dans la formulation des politiques nationales. Les relations entre
le pouvoir exécutif et législatif peuvent varier en fonction de la composition politique
de la Douma d'État et de la coopération ou de la confrontation entre les différents
organes du gouvernement.

Le pouvoir judiciaire en Russie est indépendant et est principalement exercé par la


Cour constitutionnelle, la Cour suprême et d'autres tribunaux spécialisés. La Cour
constitutionnelle est chargée de vérifier la conformité des lois et des actes du
gouvernement avec la Constitution russe. Bien que les juges soient nommés par le
président avec l'approbation du Conseil de la Fédération, une fois en poste, leur
indépendance judiciaire est garantie par la Constitution.

Les relations entre le pouvoir judiciaire et les branches exécutives et législatives sont
cruciales pour maintenir l'état de droit et assurer la séparation des pouvoirs en Russie.
La Cour constitutionnelle joue un rôle vital en arbitrant les conflits constitutionnels et
en protégeant les droits individuels contre toute atteinte par les organes
gouvernementaux.

En résumé, les relations entre les différents niveaux de pouvoir en Russie sont
caractérisées par une interaction complexe entre le président, l'Assemblée fédérale et
le pouvoir judiciaire. Alors que le président détient un pouvoir considérable dans le
domaine exécutif, l'Assemblée fédérale assure la législation et représente les intérêts
régionaux, tandis que le pouvoir judiciaire garantit l'application de la loi et protège les
droits constitutionnels. Cette dynamique entre les branches du gouvernement est
essentielle pour maintenir un équilibre des pouvoirs efficace et pour assurer la
gouvernance démocratique en Russie.

A- Le pouvoir exécutif et législatif

Les relations entre le pouvoir exécutif et législatif en Russie sont marquées par une
combinaison complexe de collaboration stratégique et de conflits politiques. Le
pouvoir exécutif, représenté par le président de la Fédération de Russie, et le pouvoir
législatif, incarné par l'Assemblée fédérale, sont essentiels pour la formulation des
politiques nationales et l'adoption des lois.
La Constitution russe confère des rôles distincts mais interdépendants à ces deux
branches du gouvernement. Le président joue un rôle central en tant que chef de l'État
et du gouvernement, responsable de la nomination du Premier ministre et des
ministres clés du gouvernement. Cette autorité de nomination lui permet d'exercer une
influence considérable sur la direction politique du pays. D'autre part, l'Assemblée
fédérale, composée de la Douma d'État et du Conseil de la Fédération, est chargée de
l'adoption des lois, du budget national et de l'amendement constitutionnel.

La relation entre le pouvoir législatif et exécutif en ce qui concerne les lois est un
aspect crucial de la gouvernance russe. Bien que le président ait le pouvoir de
proposer des lois et de soumettre des amendements constitutionnels, c'est l'Assemblée
fédérale qui doit les adopter. La Douma d'État, en tant que chambre basse, est élue au
suffrage direct et est responsable de l'élaboration et de l'adoption des projets de loi. Le
Conseil de la Fédération représente les entités fédérales et joue un rôle consultatif et
de révision dans le processus législatif.

Le président dispose d'un veto législatif qui peut être utilisé pour bloquer une
législation adoptée par la Douma d'État. Cependant, ce veto peut être contourné si la
Douma d'État réussit à adopter la loi à nouveau avec une majorité qualifiée après son
rejet initial par le président. Ce mécanisme de veto reflète la dynamique de contrôle et
d'équilibre des pouvoirs entre le président et l'Assemblée fédérale, assurant ainsi une
forme de dialogue et de négociation dans le processus législatif.

Malgré les mécanismes constitutionnels de contrôle et d'équilibre des pouvoirs, les


relations entre le président et l'Assemblée fédérale peuvent être marquées par des
tensions et des conflits politiques. Les divergences idéologiques, les différences
stratégiques sur les priorités politiques nationales et les intérêts régionaux peuvent
influencer les interactions entre ces deux branches du gouvernement. Ces tensions
peuvent parfois entraîner des blocages dans l'adoption des lois ou des réformes
proposées par le président, ce qui nécessite souvent des compromis et des concessions
pour parvenir à un consensus législatif16.

En conclusion, la collaboration et les conflits entre le pouvoir exécutif et législatif en


Russie sont essentiels pour comprendre la gouvernance politique du pays. Alors que
le président détient un pouvoir considérable dans la formulation des politiques
16
Stéphane Courtois, Le Livre noir du communisme (Robert Laffont, 1997), p. 234.
nationales et la direction du gouvernement, l'Assemblée fédérale joue un rôle critique
dans l'adoption des lois et l'exercice de la représentation démocratique. Cette
dynamique complexe reflète les défis et les opportunités de la démocratie russe, où le
dialogue institutionnel et la négociation politique sont nécessaires pour maintenir un
équilibre stable des pouvoirs.

B- Le pouvoir judiciaire

Le pouvoir judiciaire en Russie joue un rôle crucial dans le système politique en


assurant l'interprétation et l'application des lois conformément à la Constitution russe.
Son indépendance est fondamentale pour garantir l'état de droit et maintenir l'équilibre
des pouvoirs au sein du régime politique.

L'indépendance du pouvoir judiciaire en Russie est protégée par la Constitution, qui


garantit que les juges sont nommés de manière indépendante et exercent leurs
fonctions sans ingérence politique directe. Les juges sont nommés par le président
avec l'approbation du Conseil de la Fédération, assurant ainsi une certaine séparation
des pouvoirs et une autonomie dans leurs décisions judiciaires.

Cependant, malgré ces garanties constitutionnelles, il existe des préoccupations


persistantes concernant l'indépendance réelle du système judiciaire russe. Des rapports
internationaux et des observateurs critiques ont souvent signalé des pressions
politiques sur les juges, en particulier dans les affaires politiquement sensibles ou
celles impliquant des acteurs influents. Cela peut compromettre l'impartialité des
décisions judiciaires et remettre en question la capacité du pouvoir judiciaire à agir
comme un contrepoids efficace aux autres branches du gouvernement.

Le pouvoir judiciaire russe est chargé de garantir la conformité des lois et des actes
gouvernementaux avec la Constitution. La Cour constitutionnelle de la Fédération de
Russie est l'organe suprême pour interpréter la Constitution et vérifier la légalité des
actes législatifs et exécutifs. Elle joue un rôle crucial dans l'arbitrage des conflits
constitutionnels entre le pouvoir exécutif, législatif et les droits individuels des
citoyens.

En plus de la Cour constitutionnelle, la Cour suprême de la Fédération de Russie traite


des affaires civiles, pénales et administratives, et agit comme la plus haute instance
d'appel dans le système judiciaire russe. Elle est essentielle pour assurer une
application cohérente de la loi à travers le pays et pour protéger les droits des citoyens
contre tout abus de pouvoir.

Malgré les progrès réalisés dans la consolidation de l'indépendance judiciaire en


Russie, des défis persistent. La perception de partialité judiciaire et les accusations de
corruption au sein du système judiciaire demeurent des préoccupations majeures. Les
réformes visant à renforcer l'indépendance judiciaire et à améliorer la transparence
dans le processus judiciaire sont essentielles pour renforcer la confiance du public
dans le système judiciaire et assurer un état de droit robuste.17

En conclusion, le pouvoir judiciaire en Russie joue un rôle crucial dans la protection


des droits constitutionnels et dans la garantie de l'application équitable des lois. Son
indépendance est fondamentale pour maintenir l'intégrité du système judiciaire et
assurer un équilibre des pouvoirs efficace au sein du régime politique. Toutefois, les
défis persistent, nécessitant des efforts continus pour renforcer l'indépendance
judiciaire et améliorer la confiance du public dans l'administration de la justice en
Russie.

La politisation de la justice en Russie représente une préoccupation majeure où les


décisions judiciaires sont souvent influencées par des considérations politiques plutôt
que par la stricte application de la loi. Ce phénomène se manifeste à travers
l'utilisation sélective des poursuites contre les opposants politiques et les critiques du
gouvernement, ainsi que par des interférences potentielles dans les nominations et les
décisions des juges. Ces pratiques compromettent l'indépendance judiciaire et minent
la confiance du public dans l'état de droit en Russie, mettant en danger les principes
fondamentaux de la démocratie et de la gouvernance juste.

Pour contrer la politisation de la justice, des réformes sont nécessaires pour renforcer
l'indépendance judiciaire, améliorer la transparence du système judiciaire et protéger
les juges contre les pressions politiques. Cela inclut des efforts pour garantir que les
décisions judiciaires sont basées sur le droit et non sur des considérations partisanes,
ainsi que pour promouvoir une culture judiciaire qui respecte pleinement les droits
constitutionnels des citoyens russes. Ces mesures sont cruciales pour restaurer la
crédibilité du système judiciaire et renforcer l'état de droit en Russie.

17
Pierre Grosser, L'Histoire du monde se fait en Asie (Odile Jacob, 2017), p. 123.
En conclusion, la politisation de la justice en Russie représente un défi significatif
pour l'indépendance judiciaire et l'état de droit dans le pays. Les influences politiques
sur les décisions judiciaires compromettent la crédibilité et l'impartialité du système
judiciaire, minant ainsi la confiance du public et mettant en péril les principes
démocratiques essentiels. Pour préserver l'intégrité du pouvoir judiciaire et renforcer
l'état de droit, des réformes doivent être entreprises pour garantir que les juges
agissent de manière indépendante, que les nominations judiciaires soient transparentes
et que les décisions judiciaires soient fondées sur le droit plutôt que sur des
considérations politiques.

En passant maintenant au régime politique chinois, nous examinerons comment la


Chine gère ses structures de gouvernance, les dynamiques de pouvoir entre ses
institutions clés et les défis particuliers auxquels elle est confrontée sur la scène
nationale et internationale.

Chapitre 3- Le régime politique russe

Le régime politique chinois, dominé par le Parti communiste chinois (PCC), est un
modèle de gouvernance unique qui combine une centralisation autoritaire avec des
éléments d'adaptation économique et sociale. Depuis la fondation de la République
populaire de Chine en 1949, sous la direction de Mao Zedong, le pays a connu des
transformations profondes et multiples réformes, tout en maintenant le contrôle strict
du PCC sur tous les aspects de la vie publique et privée. Cette centralisation est
essentielle pour comprendre comment la Chine est devenue une puissance mondiale et
comment elle continue de naviguer dans le paysage complexe de la politique
contemporaine.

La compréhension du régime politique chinois nécessite d'abord une exploration de


ses fondements idéologiques et institutionnels. La Constitution de la République
populaire de Chine, adoptée en 1982 et révisée à plusieurs reprises, ainsi que les
principes directeurs du PCC, forment la base de l'organisation de l'État et de la gestion
des affaires publiques. Le PCC, en tant que parti unique, exerce un contrôle total sur
toutes les institutions de l'État, y compris l'Assemblée nationale populaire, le Conseil
des affaires de l'État, et le système judiciaire. Cette structure centralisée est justifiée
par l'idéologie marxiste-léniniste adaptée aux conditions chinoises, enrichie par les
contributions théoriques des leaders successifs, de Mao Zedong à Xi Jinping. La
centralité du PCC dans le système politique chinois soulève des questions sur la
nature de la légitimité politique, la participation citoyenne et les mécanismes de
contrôle interne.

Les dynamiques du régime politique chinois sont caractérisées par une interaction
complexe entre centralisation du pouvoir et adaptation aux réalités locales. Le
président de la République populaire de Chine, qui est également le secrétaire général
du PCC et le président de la Commission militaire centrale, incarne la concentration
du pouvoir exécutif et militaire. Cette concentration permet une coordination étroite
des politiques et une réponse rapide aux défis internes et externes. Cependant, le
régime politique chinois ne se limite pas à une centralisation rigide. Depuis les
réformes économiques initiées par Deng Xiaoping dans les années 1970 et 1980, le
pays a introduit des éléments de marché et permis une certaine autonomie
économique régionale. Ces réformes ont stimulé une croissance économique
spectaculaire, mais elles ont aussi créé des tensions entre le gouvernement central et
les autorités locales18.

Les relations entre le gouvernement central et les provinces sont un aspect crucial des
dynamiques politiques en Chine. La gestion des minorités ethniques et des régions
autonomes, telles que le Xinjiang et le Tibet, présente des défis uniques pour la
gouvernance centralisée. Le PCC a adopté une approche combinant développement
économique, contrôle politique strict, et promotion de l'identité nationale chinoise
pour intégrer ces régions. Ces politiques ont cependant suscité des critiques et des
tensions, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, concernant les droits humains et
l'autonomie culturelle.

Sur la scène internationale, la politique étrangère chinoise est orientée vers le


renforcement de la position géopolitique de la Chine. Le président joue un rôle central
en tant que principal architecte des relations internationales du pays. Il représente la
Chine dans les forums internationaux, négocie des accords bilatéraux et multilatéraux,
et défend les intérêts nationaux sur la scène mondiale. La diplomatie chinoise vise
18
Jacques Sapir, La fin de l'URSS et la naissance de la Russie (La Découverte, 2013), p. 101.
souvent à renforcer la position géopolitique de la Chine, en particulier dans des
régions stratégiques comme l'Europe de l'Est, le Moyen-Orient et l'Asie centrale.
L'initiative Belt and Road, par exemple, démontre l'ambition de la Chine de s'étendre
et d'influencer à l'échelle mondiale, tout en promouvant une image de stabilité et de
puissance économique.

Les relations internationales sont marquées par une diplomatie pragmatique visant à
sécuriser les intérêts économiques, sécuritaires et politiques de la Chine. Les alliances
et partenariats stratégiques, notamment dans le cadre de l'Organisation de coopération
de Shanghai (OCS) et les relations avec des puissances régionales et mondiales telles
que la Russie et les États-Unis, jouent un rôle crucial dans la stratégie de politique
étrangère de la Chine. Ces relations sont souvent gérées avec une approche calculée
pour maximiser les avantages pour la Chine tout en minimisant les conflits potentiels.

En conclusion, le régime politique chinois est un modèle de gouvernance autoritaire


caractérisé par une centralisation du pouvoir, une flexibilité économique, et une
influence géopolitique croissante. Ce chapitre examinera en détail les fondements du
régime politique chinois, y compris ses institutions clés et son cadre idéologique, ainsi
que les dynamiques de pouvoir qui façonnent la gouvernance du pays. Cette
exploration permettra de mieux comprendre comment la Chine gère ses affaires
internes et exerce une influence croissante sur la scène mondiale. Nous allons
maintenant nous pencher sur le fondement du régime politique chinois et les
dynamiques internes qui le caractérisent, en mettant en lumière les forces et les défis
auxquels la Chine est confrontée aujourd'hui.

Section 1- Le fondement du régime politique chinois

périodes de bouleversements politiques intenses et de réformes majeures, façonnant


ainsi le cadre actuel de son régime politique. La Révolution culturelle (1966-1976),
une période de grande turbulence, a laissé des traces profondes sur la société et
l'économie chinoises, mettant en lumière la nécessité de réformes substantielles. C'est
dans ce contexte de transition que la Constitution de 1982 a été adoptée, marquant un
tournant décisif vers la stabilisation et la modernisation du pays.
La Constitution de 1982 est une pierre angulaire de la Chine moderne, établissant les
fondements juridiques et politiques qui ont permis au pays de se transformer en une
puissance économique mondiale. Cette Constitution a introduit des principes
fondamentaux visant à consolider le pouvoir du Parti communiste chinois (PCC) tout
en intégrant des réformes économiques de marché. L'étude de cette Constitution est
essentielle pour comprendre comment la Chine a navigué entre centralisation
politique et ouverture économique, permettant ainsi une croissance rapide tout en
maintenant un régime autoritaire stable19.

L'adoption de la Constitution de 1982 a été accompagnée de réformes économiques


significatives sous la direction de Deng Xiaoping. Ces réformes ont marqué le début
de l'ouverture de la Chine et de son intégration dans l'économie mondiale. Les
mesures telles que la décentralisation de la gestion économique, l'encouragement des
investissements étrangers et la création de zones économiques spéciales ont joué un
rôle crucial dans le dynamisme économique du pays. Sur le plan politique, la
Constitution a réaffirmé le rôle central du PCC tout en introduisant des mécanismes
visant à améliorer la gouvernance et renforcer l'État de droit dans le cadre d'un
système à parti unique.

Les institutions principales de la Chine, telles que l'Assemblée nationale populaire et


le Conseil des affaires de l'État, jouent un rôle crucial dans la gouvernance du pays.
Ces institutions, bien qu'étroitement subordonnées au PCC, ont des fonctions
spécifiques et des responsabilités distinctes qui leur permettent de mettre en œuvre les
politiques nationales et de superviser leur application. La structure institutionnelle de
la Chine est conçue pour assurer une centralisation du pouvoir tout en permettant une
certaine décentralisation économique et administrative pour stimuler le
développement régional.

La République populaire de Chine, après des décennies de bouleversements politiques


et de transformations socio-économiques, a adopté en 1982 une Constitution qui
constitue le socle de son régime politique actuel. Cette Constitution, conçue dans un
contexte de réformes post-révolution culturelle, a été essentielle pour stabiliser le pays
et orienter son développement futur. L'objectif de cette section est de fournir un

19
Jean-Luc Domenach, La Chine m’inquiète (Perrin, 2008), p. 32.
aperçu détaillé des origines, du contenu et des évolutions de la Constitution de 1982,
ainsi que des principales institutions politiques qui en découlent.

Pour saisir l'importance de la Constitution de 1982, il est crucial de comprendre le


contexte historique de son élaboration. La Chine des années 1970 était marquée par
les séquelles de la Révolution culturelle et par une économie en difficulté. Deng
Xiaoping, émergeant comme le leader de facto après la mort de Mao Zedong, a lancé
une série de réformes visant à moderniser l'économie et à stabiliser le pays. La
Constitution de 1982 a été rédigée pour consolider ces réformes et établir un cadre
juridique stable. Elle a marqué une rupture avec les précédentes constitutions, en
particulier par son approche pragmatique envers la gouvernance et l'économie.20

La Constitution de 1982 a introduit des principes clés tels que le respect des droits des
citoyens, la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire (tout en
maintenant la suprématie du PCC), et l'importance de l'économie de marché socialiste.
Elle a également mis l'accent sur la modernisation des secteurs agricole, industriel, de
la défense nationale et de la science et de la technologie. Cette Constitution a été
amendée à plusieurs reprises pour répondre aux besoins changeants de la société et de
l'économie chinoises. Les amendements ont souvent reflété les priorités politiques des
dirigeants au pouvoir, comme la légalisation des réformes économiques de marché et
le renforcement du rôle de la loi dans la gouvernance.

Pour comprendre pleinement les fondements du régime politique chinois, nous allons
maintenant examiner en détail deux aspects principaux : la Constitution de 1982 et ses
évolutions, ainsi que les institutions principales. Cette exploration nous permettra de
saisir comment ces éléments forment le cadre juridique et institutionnel de la
gouvernance en Chine et comment ils influencent les dynamiques politiques actuelles.

Paragraphe 1- La constitution de 1982 et ses évolutions

La Constitution de 1982 constitue le fondement juridique et politique de la


République populaire de Chine moderne. Son adoption représente une étape cruciale
dans l'histoire contemporaine de la Chine, marquant le début d'une nouvelle ère de
réformes économiques et de stabilité politique. Avant de plonger dans les détails de
20
Jean-Philippe Béja, La République Populaire de Chine (Presses Universitaires de France, 2008), p. 98.
cette Constitution et ses évolutions, il est essentiel de comprendre le contexte
historique qui a conduit à son élaboration21.

La période précédant 1982 était marquée par des bouleversements politiques et des
transformations profondes. Après la fondation de la République populaire de Chine en
1949, le pays a traversé des décennies de changements radicaux, notamment la
Révolution culturelle (1966-1976), qui a provoqué des perturbations majeures sur les
plans économique, social et politique. Ces années de tumultes ont révélé les faiblesses
des structures politiques existantes et ont souligné la nécessité d'un cadre juridique
stable pour guider le pays vers la modernisation et le développement22.

Sous la direction de Deng Xiaoping, la Chine a entamé une série de réformes visant à
ouvrir l'économie et à stabiliser la société. Deng a reconnu l'importance de renforcer
l'État de droit et de moderniser le système politique pour soutenir les réformes
économiques. La Constitution de 1982 a été conçue pour répondre à ces besoins, en
introduisant des principes clés tels que le respect des droits des citoyens, la séparation
des pouvoirs et l'intégration de l'économie de marché socialiste. Cette Constitution a
représenté un compromis entre le maintien du contrôle politique par le Parti
communiste chinois (PCC) et la nécessité d'introduire des réformes pour stimuler la
croissance économique.

Depuis son adoption, la Constitution de 1982 a subi plusieurs amendements pour


s'adapter aux évolutions socio-économiques et politiques de la Chine. Ces
amendements reflètent les changements dans les priorités nationales et les orientations
stratégiques du PCC. Ils ont souvent été motivés par la nécessité de légaliser les
réformes économiques, de renforcer le rôle de la loi dans la gouvernance, et de
répondre aux nouveaux défis posés par le développement rapide du pays. Chaque
amendement a apporté des modifications importantes qui ont influencé la direction
politique et économique de la Chine.

L'examen de la Constitution de 1982 et de ses évolutions est essentiel pour


comprendre le cadre juridique qui régit la Chine moderne. Cette analyse révèle
comment le pays a navigué entre centralisation politique et ouverture économique, et
comment il a cherché à équilibrer la stabilité politique avec le dynamisme
21
Marie-Claire Bergère, Histoire de la Chine des origines à nos jours (Tallandier, 2013), p. 215.

22
Michel Aglietta et Guo Bai, La voie chinoise : capitalisme et empire (Odile Jacob, 2012), p. 97.
économique. La Constitution de 1982 reste un document central pour la gouvernance
chinoise, encapsulant les défis et les aspirations de la nation dans sa quête de
modernisation et de puissance mondiale.

Le contexte historique de la Constitution de 1982 peut être compris comme une


réponse aux tumultes des décennies précédentes. La Révolution culturelle avait laissé
le pays en désarroi, avec des institutions affaiblies et une économie stagnante. La
montée en puissance de Deng Xiaoping a marqué le début d'une période de réformes
profondes, visant à reconstruire et à moderniser la nation. En ce sens, la Constitution
de 1982 a servi de fondement juridique pour ces réformes, établissant un cadre stable
qui permettrait à la Chine de progresser économiquement tout en maintenant une
stabilité politique.

Un autre aspect crucial de la Constitution de 1982 est son rôle dans la mise en place
d'un système de gouvernance qui reflète les aspirations économiques de la Chine. En
introduisant des principes de l'économie de marché socialiste, la Constitution a permis
une flexibilité économique qui a été essentielle pour le développement rapide du pays.
Cela a également impliqué des révisions successives pour adapter le cadre légal aux
réalités économiques en évolution, comme l'intégration dans l'économie mondiale et
la transition vers un modèle économique plus axé sur le marché.

L'adoption de la Constitution de 1982 a également marqué une nouvelle phase dans la


relation entre le Parti communiste chinois et l'État. En consolidant le rôle du PCC tout
en établissant des structures juridiques plus formalisées, la Constitution a créé un
équilibre délicat entre le contrôle politique et la nécessité de réforme. Cet équilibre a
été constamment ajusté à travers divers amendements, chacun reflétant des
changements dans la politique nationale et les priorités stratégiques du leadership
chinois.

A- Le contexte de l'adoption

La période suivant la mort de Mao Zedong en 1976 a été marquée par des
bouleversements politiques et sociaux significatifs en Chine. La Révolution culturelle,
qui a duré une décennie, a laissé le pays dans un état de désordre économique et de
désorganisation institutionnelle. Les institutions politiques et sociales étaient
affaiblies, et l'économie stagnait en raison des politiques radicales et souvent
destructrices de cette période. À ce moment charnière, la Chine se trouvait à un
carrefour, nécessitant une réévaluation complète de ses politiques et de ses priorités 23.

Sous la direction de Deng Xiaoping, la Chine a entamé une période de réformes


profondes et de modernisation. Deng, reconnu pour son pragmatisme, a cherché à
libéraliser l'économie tout en maintenant le contrôle politique strict du Parti
communiste chinois (PCC). Les réformes de Deng visaient à moderniser quatre
secteurs clés : l'agriculture, l'industrie, la défense nationale, et la science et
technologie, communément appelées les "Quatre Modernisations". Ces réformes
étaient essentielles pour remettre la Chine sur la voie de la croissance et du
développement, et elles nécessitaient une nouvelle structure constitutionnelle pour
fournir un cadre légal stable et soutenable.

L'adoption de la Constitution de 1982 s'inscrit dans ce contexte de réformes et de


modernisation. Elle a été conçue pour refléter les nouvelles priorités économiques et
politiques du pays, en intégrant des éléments de stabilité juridique et de flexibilité
économique. La Constitution devait également corriger les excès du passé, établir des
bases solides pour la gouvernance et fournir un cadre pour les futures réformes
économiques et sociales. Ce document est ainsi devenu un instrument crucial pour
stabiliser la Chine après des décennies de perturbations et pour orienter le pays vers
un avenir de croissance et de développement.

La Constitution de 1982 représente un compromis entre les idéaux socialistes du PCC


et la nécessité pragmatique de réformes économiques de marché. En intégrant des
principes de l'économie de marché dans un cadre socialiste, la Constitution a jeté les
bases d'un modèle unique de développement économique. Ce modèle, souvent
qualifié de "socialisme de marché", permettait d'introduire des éléments de l'économie
de marché tout en maintenant le contrôle étroit du parti sur les principales institutions
économiques et politiques.

Un des aspects clés de cette intégration a été la reconnaissance de la propriété privée


et la promotion de l'initiative individuelle dans le cadre économique. Bien que le
secteur public reste dominant, les réformes ont permis la création et le développement
du secteur privé, ce qui a été crucial pour stimuler la croissance économique. La
Constitution de 1982 a légitimé ces changements en introduisant des clauses
23
Stéphane Corcuff, Taiwan, une politique de la souveraineté (Presses de Sciences Po, 2012), p. 48.
spécifiques qui reconnaissaient et protégeaient la propriété privée et l'initiative
individuelle, tout en soulignant le rôle central de l'État dans la gestion de l'économie.

La Constitution de 1982 a également introduit des réformes institutionnelles pour


renforcer l'efficacité et la responsabilité des gouvernements locaux et central. Elle a
établi des structures plus claires pour la gouvernance, y compris une séparation
formelle des pouvoirs entre les différentes branches du gouvernement, bien que le
PCC continue de jouer un rôle prédominant. Ces réformes institutionnelles visaient à
créer un environnement plus stable et prévisible pour la prise de décisions
économiques et politiques, facilitant ainsi les réformes nécessaires pour moderniser
l'économie et améliorer la gouvernance.

En résumé, la Constitution de 1982 a été adoptée dans un contexte de réformes


profondes et de modernisation, avec l'objectif de stabiliser la Chine et de fournir un
cadre pour le développement économique futur. En intégrant des principes socialistes
avec des éléments de marché, la Constitution a établi un modèle unique de
développement qui a permis à la Chine de progresser rapidement tout en maintenant
la stabilité politique. Dans les sections suivantes, nous examinerons en détail
comment ces principes ont été mis en œuvre et comment ils ont évolué au fil du temps
pour répondre aux besoins changeants du pays.

B- les principes fondamentaux

Le Parti communiste chinois (PCC) occupe une position centrale et incontestée dans
la structure politique de la Chine, telle qu'établie par la Constitution de 1982. Dès le
préambule, la Constitution affirme la direction du PCC comme essentielle au maintien
de l'ordre social et au développement économique du pays. Le PCC est présenté non
seulement comme le dirigeant politique, mais aussi comme le guide idéologique et
moral de la nation. Cette centralité est renforcée par diverses clauses
constitutionnelles qui consacrent le rôle du parti dans tous les aspects de la vie
politique et économique24.

La Constitution de 1982, tout en établissant des organes de l'État tels que l'Assemblée
populaire nationale, le Conseil des affaires d'État, et le système judiciaire, reconnaît
explicitement la suprématie du PCC dans le processus décisionnel. Le parti contrôle

24
Alice Ekman, Rouge vif : l’idéal communiste chinois (Éditions de l’Observatoire, 2020), p. 145.
les nominations aux postes clés au sein de l'État, garantissant ainsi que ses politiques
et directives sont mises en œuvre de manière cohérente à tous les niveaux de
gouvernement. En pratique, cela signifie que le PCC exerce un contrôle direct sur la
formulation et l'application des lois, la politique économique, la sécurité nationale et
les affaires étrangères.

Le rôle du PCC est également visible dans son influence sur les structures locales de
gouvernance. À tous les niveaux administratifs, des comités du parti supervisent les
opérations des organes gouvernementaux, assurant une intégration étroite entre les
objectifs du parti et la mise en œuvre des politiques locales. Cette omniprésence du
PCC est conçue pour maintenir l'unité et la stabilité du pays, en minimisant les
dissensions internes et en alignant les actions locales sur les priorités nationales.

En termes idéologiques, le PCC est chargé de diffuser les valeurs socialistes et de


promouvoir l'éducation politique parmi les citoyens. La Constitution de 1982 souligne
le rôle du parti dans l'éducation des masses à travers le marxisme-léninisme et la
pensée de Mao Zedong, et plus récemment, les théories de Deng Xiaoping et les idées
de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise pour une nouvelle ère. Cette éducation
idéologique vise à renforcer la légitimité du PCC et à assurer la fidélité des citoyens
aux principes du parti.

La Constitution de 1982 accorde une place importante aux droits et devoirs des
citoyens, cherchant à établir un équilibre entre les libertés individuelles et les
responsabilités envers l'État. Elle énumère une série de droits fondamentaux, y
compris les droits à l'égalité, à la liberté d'expression, à la liberté de la presse, à la
réunion, à l'association, à la manifestation, et à la croyance religieuse. En théorie, ces
droits sont conçus pour protéger les libertés personnelles et garantir la participation
des citoyens à la vie politique et sociale.

Cependant, ces droits sont souvent subordonnés à la sécurité nationale, à la stabilité


sociale et aux intérêts du PCC. Par exemple, la liberté d'expression et de la presse est
limitée par des lois sur la sécurité de l'État et des régulations strictes sur les médias et
l'internet, visant à prévenir la dissémination d'informations que le parti considère
comme subversives ou nuisibles. De même, les droits à la réunion et à la
manifestation sont conditionnés à l'obtention de permis et peuvent être restreints en
cas de menaces perçues à l'ordre public.
En plus des droits, la Constitution énonce des devoirs citoyens, insistant sur
l'importance de la contribution individuelle au bien-être collectif. Parmi ces devoirs
figurent le respect de la Constitution et des lois, la sauvegarde de l'unité nationale, le
maintien de l'ordre public, le respect des droits d'autrui, et la protection des biens
publics. Les citoyens sont également encouragés à participer activement au
développement économique et à la défense nationale, renforçant ainsi l'idéologie du
service à la communauté et de la solidarité nationale.

L'éducation patriotique est un autre aspect crucial des devoirs des citoyens. Le
gouvernement met en œuvre des programmes de formation idéologique et civique
dans les écoles et à travers les médias, visant à inculquer les valeurs socialistes et à
promouvoir la loyauté envers l'État et le PCC. Cette éducation vise à créer une société
harmonieuse et disciplinée, où les citoyens sont conscients de leurs responsabilités
envers la nation et adhèrent aux idéaux socialistes.

En résumé, la Constitution de 1982 établit un cadre pour les droits et devoirs des
citoyens, équilibrant les libertés individuelles avec des obligations envers l'État et le
PCC. Les droits accordés sont vastes en théorie, mais souvent restreints en pratique
pour maintenir la stabilité et la sécurité nationales. Les devoirs citoyens renforcent
l'importance de la participation active et de la loyauté envers l'État, assurant la
cohésion sociale et la réalisation des objectifs nationaux.

Paragraphe 2- les institutions principales

La structure institutionnelle de la République populaire de Chine, telle que définie par


la Constitution de 1982, est un complexe d'organes et de mécanismes conçus pour
fonctionner sous la direction centrale du Parti communiste chinois (PCC) 25. Cette
structure vise à assurer la gouvernance efficace du pays tout en maintenant le contrôle
politique strict du parti. Les institutions principales comprennent le PCC lui-même,
l'État et ses organes gouvernementaux, chacun jouant un rôle distinct mais
interconnecté dans la gestion des affaires nationales.

Le PCC est au cœur du système politique chinois, exerçant une influence directe sur
toutes les branches du gouvernement et sur la société en général. Le Comité central du
PCC, dirigé par le Secrétaire général, est l'organe de décision suprême. Sous lui, le

25
Isabelle Attané, La Chine à bout de souffle (Fayard, 2016), p. 59.
Politburo et son Comité permanent sont responsables de la formulation des politiques
majeures et de la supervision de leur mise en œuvre. Les congrès nationaux du parti,
tenus tous les cinq ans, établissent les lignes directrices stratégiques et élisent les
membres des organes dirigeants.

Le PCC s'assure que ses politiques et décisions sont suivies à travers une série de
comités de parti implantés dans toutes les institutions gouvernementales et les
entreprises publiques. Ces comités garantissent que les directives du parti sont
intégrées dans le travail quotidien des institutions et que la ligne idéologique du parti
est respectée. En outre, le Département de l'organisation du PCC contrôle les
nominations aux postes clés, assurant que des cadres loyaux et compétents occupent
des positions influentes dans l'appareil d'État.

L'État chinois est représenté par plusieurs organes, chacun ayant des responsabilités
spécifiques définies par la Constitution. Le plus élevé de ces organes est l'Assemblée
populaire nationale (APN), qui est théoriquement l'organe législatif suprême. L'APN
est responsable de l'élaboration des lois, de l'approbation du budget national, et de la
supervision du Conseil des affaires d'État. Elle se réunit une fois par an pour examiner
et adopter des législations majeures et pour élire les principaux dirigeants de l'État.

Le Conseil des affaires d'État, ou gouvernement central, est l'organe exécutif de l'État,
dirigé par le Premier ministre. Il est chargé de la mise en œuvre des lois et des
politiques adoptées par l'APN et de la gestion des affaires courantes du pays. Le
Conseil des affaires d'État supervise une vaste bureaucratie composée de ministères et
de commissions qui traitent des divers aspects de l'administration nationale, y compris
l'économie, l'éducation, la santé, et les affaires étrangères.

Le système judiciaire chinois est conçu pour fonctionner sous l'autorité de l'État, avec
la Cour populaire suprême au sommet. La Constitution garantit théoriquement
l'indépendance des tribunaux, mais en pratique, le système judiciaire est subordonné à
l'influence du PCC. Les juges sont souvent membres du parti, et les comités de justice
du parti jouent un rôle crucial dans les décisions judiciaires importantes. Cette
structure permet au PCC de maintenir un contrôle strict sur le système judiciaire,
assurant que les décisions judiciaires sont alignées sur les priorités politiques et
sociales du parti.
En résumé, les institutions principales de la Chine, définies par la Constitution de
1982, fonctionnent de manière interconnectée pour assurer la gouvernance stable du
pays sous la direction centrale du PCC. Le PCC, l'État et ses organes
gouvernementaux, et le système judiciaire forment un réseau complexe où chaque
entité joue un rôle spécifique mais coordonné dans la gestion des affaires nationales.
Cette structure assure que les politiques du parti sont efficacement mises en œuvre à
tous les niveaux de la société et de l'État.

Dans ce paragraphe , nous examinerons plus en détail les rôles et les responsabilités
spécifiques du Parti communiste chinois ainsi que ceux de l'État et du gouvernement.
Nous analyserons comment ces institutions interagissent et collaborent pour
gouverner le pays et maintenir la stabilité politique et sociale.

A- Le parti communiste chinois

Le Parti communiste chinois (PCC) est structuré de manière rigoureuse et


hiérarchisée, permettant une centralisation efficace du pouvoir et un contrôle strict sur
toutes les facettes de la société chinoise. Au sommet de cette hiérarchie se trouve le
Comité central du PCC, qui est l'organe décisionnel suprême 26. Le Comité central est
composé de plusieurs centaines de membres élus lors du Congrès national du PCC,
qui se réunit tous les cinq ans.

Le Comité central élit le Bureau politique (Politburo) et son Comité permanent, qui
sont les véritables centres de pouvoir au sein du PCC. Le Politburo est composé de 25
membres, et son Comité permanent, généralement constitué de sept membres,
comprend les plus hauts dirigeants du parti, y compris le Secrétaire général du PCC,
qui est également le Président de la Chine. Le Secrétaire général, actuellement Xi
Jinping, détient le pouvoir suprême, supervisant l’ensemble des politiques et des
décisions stratégiques du parti et de l'État.

En dessous du Comité central, le PCC est organisé en divers comités à tous les
niveaux de l'administration, y compris les comités provinciaux, municipaux, de comté
et de village. Ces comités locaux sont responsables de la mise en œuvre des directives
du parti dans leurs juridictions respectives, assurant ainsi une ligne de commandement
claire et une application cohérente des politiques nationales. Chaque niveau de cette

26
Philippe Le Corre et Alain Sepulchre, L’Offensive chinoise en Europe (Fayard, 2015), p. 127.
structure est surveillé par des organes de contrôle internes pour garantir la discipline
du parti et la fidélité à ses principes.

Le PCC joue un rôle dominant et omniprésent dans la politique et l'administration de


la Chine. Sa domination est inscrite dans la Constitution chinoise, qui stipule que le
PCC est l’avant-garde du peuple chinois et la force directrice du pays. Cette position
de suprématie permet au parti d'exercer un contrôle étendu sur toutes les branches du
gouvernement, y compris le législatif, l'exécutif et le judiciaire.

En matière politique, le PCC décide des grandes orientations nationales et des


politiques stratégiques. Les principales décisions politiques sont prises lors des
plénums du Comité central et des réunions du Politburo et de son Comité permanent.
Ces décisions couvrent tous les aspects de la gouvernance, y compris la politique
économique, les affaires sociales, la sécurité nationale et les relations internationales.
Le rôle du PCC dans la politique est d'assurer la stabilité, la continuité et la mise en
œuvre des idéaux socialistes.

Administrativement, le PCC contrôle la bureaucratie à travers un système de


nominations et de promotions basé sur la fidélité au parti et l’efficacité. Les membres
du parti occupent la majorité des postes clés dans le gouvernement, les entreprises
publiques, les institutions éducatives et même les organisations sociales. Cette
intégration permet au PCC de surveiller et d'influencer directement la mise en œuvre
des politiques à tous les niveaux de l'administration.

Le PCC utilise également divers mécanismes pour s'assurer que ses directives sont
suivies de manière rigoureuse. Parmi ceux-ci figurent les inspections disciplinaires,
les enquêtes internes et l'éducation idéologique. Les inspections disciplinaires sont
menées par la Commission centrale de contrôle de la discipline, qui supervise la
conformité aux lois et règlements du parti et prend des mesures contre la corruption et
les abus de pouvoir. Les enquêtes internes permettent de surveiller les performances
des membres du parti et de garantir leur allégeance. L'éducation idéologique vise à
inculquer les valeurs socialistes et la fidélité au parti parmi les membres et la
population en général.

En conclusion, le Parti communiste chinois est une institution fondamentale et


dominante dans le système politique chinois. Sa structure hiérarchique et ses
mécanismes de contrôle assurent une centralisation du pouvoir et une mise en œuvre
cohérente des politiques nationales. Le rôle du PCC dans la politique et
l'administration de la Chine est essentiel pour maintenir la stabilité et orienter le
développement du pays selon les principes socialistes. Dans la section suivante, nous
examinerons plus en détail l'État et le gouvernement, explorant leurs rôles et leurs
interactions avec le PCC.

B- L'état et le gouvernement

Le Président de la République populaire de Chine occupe une position centrale dans


la structure étatique du pays, bien que son rôle soit étroitement lié à son statut au sein
du Parti communiste chinois (PCC). Selon la Constitution chinoise, le Président est le
chef de l'État, élu par l'Assemblée populaire nationale (APN) pour un mandat de cinq
ans, renouvelable. Traditionnellement, le poste de Président est occupé par le
Secrétaire général du PCC, assurant ainsi une cohérence et une centralisation du
pouvoir au sommet de l'État et du parti27.

Les pouvoirs du Président de la République sont principalement cérémoniels mais


comportent aussi des fonctions exécutives cruciales. Le Président promulgue les lois
adoptées par l'APN et ses organes permanents, nomme ou révoque les membres du
Conseil des affaires de l'État (le gouvernement), les ambassadeurs de Chine à
l'étranger, et les présidents et juges de la Cour populaire suprême ainsi que du Parquet
populaire suprême sur décision de l'APN. En outre, le Président peut accorder des
grâces, déclarer l'état d'urgence, et proclamer la loi martiale sur décision de l'APN.

En matière de politique étrangère, le Président joue un rôle symbolique et


diplomatique important. Il reçoit les lettres de créance des ambassadeurs étrangers,
représente la Chine dans les relations internationales, et peut conclure des traités avec
d'autres États. Ce rôle diplomatique est souvent exercé en coordination avec le
Premier ministre et le Conseil des affaires de l'État, ainsi qu'avec le ministère des
Affaires étrangères, afin de maintenir une politique extérieure cohérente et alignée
avec les objectifs stratégiques du PCC.

En pratique, le pouvoir du Président est amplifié par son rôle au sein du PCC. Par
exemple, Xi Jinping, en tant que Secrétaire général du PCC et Président de la

27
Gilles Guiheux, La société chinoise vue par ses sociologues (Karthala, 2007), p. 89.
République populaire de Chine, détient une influence significative sur les politiques
nationales et internationales. Ce double rôle lui permet de centraliser les décisions
stratégiques et de s'assurer que les directives du parti sont intégrées dans les politiques
gouvernementales. La centralisation du pouvoir au niveau du Président renforce la
stabilité politique et la continuité des politiques de l'État.

Le Conseil des affaires de l'État, souvent appelé le gouvernement central de la Chine,


est l'organe exécutif suprême de l'État. Il est dirigé par le Premier ministre, qui est
nommé par le Président sur approbation de l'APN. Le Conseil des affaires de l'État est
composé du Premier ministre, des vice-Premiers ministres, des conseillers d'État, des
ministres des différents départements ministériels, et des présidents de diverses
commissions. Ces membres sont également approuvés par l'APN, assurant ainsi une
légitimité constitutionnelle à leur autorité.

Le rôle principal du Conseil des affaires de l'État est de mettre en œuvre les politiques
et les lois adoptées par l'APN. Il supervise l'administration publique, dirige le travail
des ministères et commissions, et coordonne les activités entre les différentes
branches de l'administration centrale. Le Conseil des affaires de l'État propose
également des projets de loi à l'APN et ses organes permanents, et prépare le budget
national. En outre, il est responsable de la politique économique, de la défense, de la
science et de la technologie, de l'éducation, de la culture, de la santé publique, de la
protection environnementale, et des affaires sociales28.

Le Conseil des affaires de l'État joue un rôle crucial dans le développement


économique de la Chine. Sous la direction du Premier ministre, il élabore et met en
œuvre des plans quinquennaux et des politiques économiques à long terme. Ces plans
visent à stimuler la croissance économique, à moderniser l'industrie, à promouvoir
l'innovation technologique, et à améliorer le bien-être social. La politique économique
est un domaine où le Conseil des affaires de l'État exerce une autorité significative,
influençant directement la trajectoire du développement national.

En termes de gestion des crises, le Conseil des affaires de l'État a la responsabilité de


coordonner la réponse du gouvernement aux situations d'urgence, telles que les
catastrophes naturelles, les crises de santé publique, et les incidents de sécurité
nationale. Il mobilise les ressources nécessaires, coordonne les actions entre les
28
Gilles Guiheux, La société chinoise vue par ses sociologues (Karthala, 2007), p. 89.
différents départements et niveaux de gouvernement, et assure une communication
efficace avec le public. Cette capacité de gestion des crises renforce la résilience de
l'État face aux défis internes et externes.

En conclusion, le Président de la République populaire de Chine et le Conseil des


affaires de l'État jouent des rôles complémentaires dans la gouvernance du pays.
Tandis que le Président symbolise l'unité nationale et exerce des fonctions
diplomatiques et cérémonielles importantes, le Conseil des affaires de l'État assure la
mise en œuvre pratique des politiques et la gestion quotidienne des affaires publiques.
Ensemble, ces institutions forment le noyau de l'appareil gouvernemental chinois,
travaillant sous la direction du PCC pour maintenir la stabilité politique et promouvoir
le développement socio-économique.

Section 2- Les dynamiques du pouvoir politique chinois

L'analyse des dynamiques du pouvoir en Chine révèle un système politique


caractérisé par une centralisation marquée et une autorité étendue exercée par le Parti
communiste chinois (PCC). Depuis l'adoption de la Constitution de 1982 et les
réformes économiques subséquentes, la Chine a connu une transformation profonde
qui a renforcé le contrôle du PCC tout en modernisant l'économie et la société. La
compréhension de ces dynamiques est essentielle pour appréhender la gouvernance
chinoise contemporaine et les mécanismes de pouvoir qui sous-tendent son
fonctionnement.

La centralisation du pouvoir en Chine repose principalement sur le rôle dominant du


PCC, qui s'affirme non seulement comme le guide idéologique de la nation mais aussi
comme l'architecte des politiques économiques et sociales. Le PCC supervise toutes
les branches du gouvernement, y compris les organes exécutifs, législatifs et
judiciaires, assurant ainsi une cohésion et une uniformité dans la mise en œuvre des
politiques. Cette centralisation est renforcée par des structures de contrôle interne
strictes et une hiérarchie clairement définie qui permet de maintenir la discipline et la
fidélité au sein du parti.

Le contrôle du PCC s'étend également aux niveaux locaux, où des comités du parti
existent à chaque échelon de l'administration publique, des provinces aux villages.
Cette présence omniprésente permet au parti de s'assurer que ses directives sont
suivies partout dans le pays et de répondre rapidement aux problèmes locaux. En
outre, le PCC utilise divers mécanismes pour surveiller et contrôler les performances
des cadres et des fonctionnaires, garantissant ainsi une gouvernance efficace et
conforme aux priorités nationales29.

Les relations entre les différents niveaux de pouvoir en Chine sont définies par une
interaction complexe entre centralisation et décentralisation. Tandis que le PCC
maintient une autorité centrale forte, il délègue également certaines responsabilités
aux gouvernements provinciaux et locaux pour faciliter une administration plus
efficace et adaptée aux réalités régionales. Ce système de gouvernance multi-niveaux
permet de concilier l'unité nationale avec la diversité locale, en équilibrant le contrôle
centralisé et l'autonomie locale.

Cependant, cette relation entre les différents niveaux de pouvoir n'est pas exempte de
tensions. Les gouvernements locaux jouent un rôle crucial dans la mise en œuvre des
politiques nationales, mais ils doivent souvent naviguer entre les directives du parti et
les besoins spécifiques de leurs régions. Cette dualité peut engendrer des défis,
notamment en matière de coordination et de ressources, nécessitant une gestion habile
pour maintenir la cohérence des politiques à travers le pays.

Dans les paragraphes suivantes, nous allons examiner en détail deux aspects clés des
dynamiques du pouvoir en Chine : le contrôle du Parti communiste chinois et les
relations entre les différents niveaux de pouvoir. Nous explorerons comment le PCC
utilise ses structures et mécanismes pour exercer son autorité et comment les
interactions entre le pouvoir central et les autorités locales influencent la gouvernance
du pays. Ces analyses nous permettront de mieux comprendre les fondements et les
défis du régime politique chinois contemporain.

Paragraphe 1- Le contrôle du PCC

Le Parti communiste chinois (PCC) constitue la colonne vertébrale du système


politique de la Chine, exerçant un contrôle omniprésent et rigoureux sur tous les
aspects de la vie politique, économique et sociale du pays. Depuis sa fondation en
1921 et sa prise de pouvoir en 1949, le PCC a évolué en une institution complexe et
centralisée, dont l'influence s'étend bien au-delà des structures gouvernementales

29
Jean-François Huchet, Chine : la grande transformation (Presses Universitaires de Rennes, 2010), p. 112.
formelles. Comprendre les mécanismes de contrôle du PCC est essentiel pour
appréhender la stabilité politique, les processus décisionnels et les dynamiques de
pouvoir en Chine contemporaine.

Le contrôle du PCC s'est consolidé au fil des décennies, particulièrement après la


Révolution culturelle (1966-1976), une période marquée par des luttes internes et une
instabilité politique majeure. La fin de cette ère tumultueuse a conduit à une série de
réformes économiques et politiques initiées par Deng Xiaoping à partir de 1978. Ces
réformes ont visé à moderniser l'économie chinoise tout en réaffirmant le contrôle
centralisé du PCC sur l'appareil d'État. L'adoption de la Constitution de 1982 a été une
étape clé dans cette consolidation, établissant des structures juridiques et
institutionnelles qui renforcent le rôle du parti.

Le PCC est organisé de manière hiérarchique, avec une structure pyramidale qui
assure une discipline et un contrôle stricts à chaque niveau de l'administration. Au
sommet se trouve le Comité central, élu par le Congrès national du PCC, qui se réunit
tous les cinq ans. Le Comité central comprend le Bureau politique (Politburo) et son
Comité permanent, des organes où les décisions politiques majeures sont prises. Le
Secrétaire général du PCC, également Président de la Chine, se trouve au sommet de
cette hiérarchie, incarnant le leadership suprême.

Cette structure est reproduite à tous les niveaux de l'administration, des comités
provinciaux aux comités de village. Chaque échelon de la hiérarchie du PCC est
responsable de la mise en œuvre des directives du parti, assurant une cohésion et une
coordination efficaces des politiques nationales. Cette organisation hiérarchique
permet également un contrôle serré sur les membres du parti et les fonctionnaires,
garantissant leur fidélité aux principes et aux objectifs du PCC30.

Le PCC utilise divers mécanismes pour maintenir son contrôle et sa discipline


internes. La Commission centrale de contrôle de la discipline (CCCD) joue un rôle
crucial en supervisant l'application des règles du parti et en menant des enquêtes sur
les comportements indisciplinés ou corrompus. Les inspections disciplinaires
régulières et les enquêtes permettent de détecter et de punir les infractions, renforçant
ainsi la loyauté et la discipline parmi les membres du parti.

30
Valérie Niquet, Chine-Japon : quel leadership en Asie ? (Perrin, 2006), p. 68.
En plus de la CCCD, le PCC emploie des méthodes de surveillance idéologique, y
compris l'éducation et la formation continue de ses membres. Des programmes
d'éducation politique et idéologique sont mis en place pour inculquer les valeurs et les
objectifs du parti, renforçant ainsi la cohésion idéologique. Cette surveillance
idéologique est étendue à la population générale à travers des campagnes de
propagande et des programmes éducatifs qui promeuvent les principes socialistes et la
fidélité au parti.

Le contrôle du PCC s'étend à toutes les branches du gouvernement, y compris


l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Les membres du parti occupent les postes clés
dans le gouvernement, garantissant que les décisions politiques sont alignées sur les
directives du PCC. Le Secrétaire général du PCC, en tant que chef de l'État et chef du
gouvernement, joue un rôle central dans la formulation et la mise en œuvre des
politiques nationales.

Le PCC exerce également une influence significative sur le processus législatif. Bien
que l'Assemblée populaire nationale (APN) soit l'organe législatif suprême, ses
décisions et lois sont souvent orientées par les directives du PCC. Le Conseil des
affaires de l'État, qui est l'organe exécutif suprême, fonctionne également sous la
supervision directe du PCC, assurant que l'administration publique est conforme aux
priorités politiques du parti.

Le contrôle du PCC ne se limite pas aux institutions gouvernementales mais s'étend


également aux médias et à l'opinion publique. Les médias en Chine sont étroitement
surveillés et contrôlés par le parti, qui utilise cette influence pour façonner les
perceptions publiques et promouvoir les politiques gouvernementales. Les
plateformes de médias sociaux et internet sont également soumises à une censure
rigoureuse, permettant au PCC de contrôler le flux d'informations et de prévenir la
diffusion de contenu critique ou subversif31.

A- La concentration du pouvoir

La centralisation des décisions au sein du Parti communiste chinois (PCC) est une
caractéristique déterminante du régime politique chinois. Le PCC assure une
uniformité des politiques nationales en consolidant le pouvoir décisionnel au sommet

31
Sébastien Lechevalier, La grande transformation du capitalisme chinois (Presses de Sciences Po, 2011), p. 75.
de sa hiérarchie. Le Comité central, le Bureau politique (Politburo) et son Comité
permanent sont les principaux organes où sont prises les décisions politiques
majeures. Ces structures garantissent que les directives émises par les plus hauts
dirigeants du PCC sont mises en œuvre de manière uniforme à travers toutes les
institutions gouvernementales et administratives. La centralisation permet également
de réagir rapidement et de manière cohérente aux crises nationales et internationales,
en mobilisant les ressources et les efforts nécessaires pour maintenir la stabilité et
l'ordre.

Le PCC maintient un contrôle strict sur toutes les institutions de l'État, y compris les
branches exécutive, législative et judiciaire. Les membres du parti occupent des
positions clés dans ces institutions, assurant que les politiques et les lois sont
conformes aux directives du parti. Par exemple, le Conseil des affaires de l'État,
l'organe exécutif suprême, est dirigé par des membres du Politburo, ce qui garantit
que les décisions administratives sont en ligne avec les objectifs du PCC. De même,
l'Assemblée populaire nationale (APN), bien qu'elle soit l'organe législatif suprême,
fonctionne sous la supervision étroite du PCC, limitant son indépendance et son rôle
en tant que corps législatif véritablement autonome. Cette emprise sur les institutions
permet au PCC de conserver un contrôle total sur l'appareil d'État et de minimiser les
risques de dissidence ou de contestation interne32.

Le leadership au sein du PCC est structuré de manière à garantir une continuité et une
stabilité politiques. Le Secrétaire général du PCC, qui est également le Président de la
République populaire de Chine, occupe la position de pouvoir suprême. Cette double
casquette permet au leader du PCC de diriger à la fois le parti et l'État, assurant une
synergie entre les deux entités. Le processus de sélection des dirigeants au sein du
PCC est soigneusement contrôlé par les échelons supérieurs du parti, avec un accent
mis sur la fidélité idéologique et la compétence administrative. Les cadres sont formés
et promus en fonction de leur adhésion aux principes du parti et de leur performance,
créant une élite politique loyale et efficace.

La succession au sein du PCC est un processus crucial qui reflète la centralisation du


pouvoir et l'importance de la continuité. Historiquement, le processus de succession a
été marqué par des luttes internes et des purges, mais les récentes réformes ont visé à

32
Martine Bulard, Chine, le grand prédateur (Le Monde Diplomatique, 2019), p. 34.
instituer des mécanismes plus stables et prévisibles. Le système de rotation des cadres
et la formation des futurs dirigeants au sein de l'École centrale du PCC et d'autres
institutions éducatives du parti jouent un rôle clé dans la préparation de la relève. Les
successeurs potentiels sont souvent identifiés et groomés des années à l'avance,
permettant une transition plus douce et réduisant les risques d'instabilité politique.
Toutefois, ce processus reste fortement centralisé, avec les décisions finales prises par
le Comité central et le Politburo.

La concentration du pouvoir au sein du PCC a un impact profond sur la gouvernance


en Chine. D'une part, elle permet une mise en œuvre rapide et cohérente des
politiques, facilitant des réformes économiques et sociales ambitieuses. D'autre part,
cette centralisation limite la participation démocratique et la transparence, souvent au
détriment des libertés individuelles et des droits civiques 33. Le contrôle centralisé du
PCC sur les médias et la société civile empêche l'émergence de contre-pouvoirs et de
critiques, consolidant ainsi son autorité mais également générant des tensions sous-
jacentes. En somme, la concentration du pouvoir au sein du PCC crée un régime
politique fort et stable, mais à un coût important pour la diversité politique et les
droits des citoyens.

B- L'influence sur la société et l'économie

Le Parti communiste chinois (PCC) exerce une influence considérable sur la société
chinoise par le biais de politiques de contrôle social et de surveillance. Ces politiques
sont conçues pour maintenir la stabilité sociale et politique, prévenir les dissidences et
promouvoir les valeurs socialistes. Un élément central de cette stratégie est le système
de crédit social, lancé en 2014, qui évalue les comportements des citoyens et des
entreprises. Ce système repose sur une collecte massive de données via la surveillance
électronique, les caméras de reconnaissance faciale et les activités en ligne,
permettant au gouvernement de suivre et d'évaluer les actions des individus. Ceux qui
respectent les règles et les normes sociales reçoivent des avantages, tandis que les
infractions peuvent entraîner des sanctions comme des restrictions de voyage ou des
limitations d'accès à certains services publics.

33
Michel Bonnin, Génération perdue: le mouvement d'envoi des jeunes instruits à la campagne en Chine (Seuil,
2004), p. 210.
Outre le système de crédit social, le PCC utilise des campagnes de propagande
intensives pour influencer l'opinion publique et inculquer les valeurs du parti. Les
médias, largement contrôlés par l'État, jouent un rôle clé dans la diffusion des
messages du PCC, en promouvant les réalisations du gouvernement et en minimisant
les critiques. Les plateformes de médias sociaux, bien qu'initialement perçues comme
des espaces potentiellement libres, sont soumises à une censure stricte et à une
surveillance continue. Les entreprises de technologie coopèrent avec le gouvernement
pour filtrer les contenus et signaler les comportements déviants, assurant ainsi que le
discours public reste aligné avec les intérêts du PCC. Cette combinaison de
surveillance et de propagande permet au parti de maintenir un contrôle serré sur la
société, limitant l'espace pour les mouvements dissidents ou les critiques ouvertes.

Sur le plan économique, le PCC a mis en œuvre des stratégies ambitieuses de


développement et de réforme depuis les années 1980, transformant la Chine en une
des économies les plus dynamiques du monde. Sous la direction de Deng Xiaoping, la
Chine a adopté des politiques de réforme et d'ouverture, intégrant progressivement
des éléments d'économie de marché dans un cadre socialiste. Ces réformes ont inclus
la décollectivisation de l'agriculture, la création de zones économiques spéciales
(ZES) pour attirer les investissements étrangers, et la privatisation partielle des
entreprises d'État. Ces mesures ont conduit à une croissance économique rapide, à une
réduction significative de la pauvreté et à l'émergence d'une classe moyenne de plus
en plus influente.

Le PCC a également mis l'accent sur l'innovation et la technologie comme moteurs


clés du développement économique. Des plans comme "Made in China 2025" visent à
transformer la Chine en un leader mondial dans des secteurs technologiques avancés
tels que l'intelligence artificielle, la robotique et les véhicules électriques. Le
gouvernement investit massivement dans la recherche et le développement,
encourageant les partenariats entre le secteur public et les entreprises privées. Cette
stratégie vise à réduire la dépendance de la Chine vis-à-vis des technologies
étrangères et à établir sa domination dans les industries de haute technologie. Le
succès de cette approche est visible dans l'essor de géants technologiques chinois
comme Huawei, Alibaba et Tencent, qui jouent un rôle de plus en plus important sur
la scène mondiale34.

Paragraphe 2- Les relations entre les différents niveaux de pouvoir

Les relations entre les différents niveaux de pouvoir en Chine sont complexes et
profondément influencées par la structure centralisée du Parti communiste chinois
(PCC). Comprendre ces dynamiques est essentiel pour appréhender la manière dont la
Chine est gouvernée, ainsi que pour évaluer les mécanismes de prise de décision et de
mise en œuvre des politiques à travers ce vaste pays. Cette introduction examine le
cadre général de ces relations, en mettant en lumière les interactions entre le pouvoir
central, provincial et local, ainsi que l'équilibre entre les différentes branches du
gouvernement.

Depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949, le PCC a établi une


structure de gouvernance centralisée visant à maintenir une cohésion politique et
administrative à travers le pays. La Constitution de 1982 a solidifié ce cadre en
définissant clairement le rôle dominant du PCC et en stipulant la nature unitaire de
l'État chinois. Dans ce système, le pouvoir central, basé à Pékin, détient l'autorité
ultime et supervise les niveaux inférieurs de gouvernement, y compris les provinces,
les municipalités, les comtés et les villages. Cependant, cette centralisation est
tempérée par un certain degré de décentralisation administrative et économique,
introduite principalement lors des réformes de Deng Xiaoping dans les années 1980 et
1990, qui visaient à stimuler l'initiative locale et à encourager la croissance
économique régionale.

Les relations entre le pouvoir central et les pouvoirs locaux en Chine sont souvent
caractérisées par une tension entre centralisation et décentralisation. Le gouvernement
central exerce un contrôle rigoureux sur les décisions politiques majeures, la sécurité
nationale, la diplomatie, et les orientations économiques stratégiques. Cependant, les
gouvernements locaux bénéficient d'une certaine autonomie en matière de mise en
œuvre des politiques économiques et sociales, adaptation des régulations nationales
aux contextes locaux, et gestion des ressources locales. Cette autonomie est
34
Cyrille J.-D. Javary, Le Discours de la tortue : Comprendre la Chine ancienne pour découvrir la Chine actuelle
(Albin Michel, 2012), p. 56.
particulièrement visible dans les zones économiques spéciales et les régions qui ont
été des pionnières des réformes économiques.

Les dirigeants provinciaux et locaux sont généralement membres du PCC et sont


nommés par les autorités centrales, ce qui assure une cohérence idéologique et une
loyauté politique. Cependant, ils doivent également répondre aux besoins et aux
aspirations de leurs populations locales, ce qui peut parfois créer des frictions avec les
directives centralisées. Cette dualité a conduit à des innovations locales et à des
expériences pilotes, certaines réussies, d'autres moins, mais toutes surveillées de près
par Pékin pour une éventuelle adoption à l'échelle nationale.

Les relations entre les différents niveaux de pouvoir ne se limitent pas aux
interactions entre le centre et la périphérie; elles impliquent également les dynamiques
internes entre les branches exécutive, législative et judiciaire. Bien que la séparation
des pouvoirs soit moins marquée en Chine que dans de nombreuses démocraties
occidentales, elle existe dans une certaine mesure. L'Assemblée populaire nationale
(APN) est théoriquement le plus haut organe de l'État, responsable de l'élaboration des
lois et de la supervision de l'exécutif. Cependant, dans la pratique, elle fonctionne
largement sous la direction du PCC, qui en contrôle la composition et l'agenda.

Le Conseil des affaires de l'État, dirigé par le Premier ministre, exerce le pouvoir
exécutif et met en œuvre les décisions du parti et de l'APN. Le pouvoir judiciaire, bien
qu'indépendant en théorie, est également soumis à l'influence du PCC,
particulièrement à travers le Comité central pour les affaires politiques et juridiques,
qui coordonne les efforts de maintien de l'ordre, de la sécurité et de la justice. Cette
structure garantit que toutes les branches du gouvernement agissent en cohésion avec
les directives du parti, minimisant ainsi les conflits interinstitutionnels35.

L'équilibre des pouvoirs en Chine est également marqué par la gestion des affaires
régionales, où le PCC joue un rôle crucial dans la médiation des intérêts locaux et
nationaux. Les gouvernements régionaux doivent naviguer entre les exigences des
autorités centrales et les besoins spécifiques de leurs régions. Cela est
particulièrement pertinent dans les régions autonomes comme le Xinjiang, le Tibet et

35
Cyrille J.-D. Javary, Le Discours de la tortue : Comprendre la Chine ancienne pour découvrir la Chine actuelle
(Albin Michel, 2012), p. 56.
la Mongolie intérieure, où des considérations ethniques, culturelles et politiques
ajoutent une couche supplémentaire de complexité aux relations de pouvoir.

En conclusion, les relations entre les différents niveaux de pouvoir en Chine sont un
élément central de la gouvernance du pays, façonné par une interaction constante
entre centralisation et décentralisation, ainsi qu'une coordination rigoureuse entre les
branches du gouvernement. Comprendre ces dynamiques est crucial pour saisir
comment le PCC maintient la stabilité et la cohésion dans un pays aussi vaste et
diversifié. Dans les sections suivantes, nous explorerons en détail le contrôle du Parti
communiste chinois sur ces relations de pouvoir et les interactions entre les différents
niveaux de gouvernement, y compris le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire.

A- Le Pouvoir Central et les Autorités Locales

Les relations entre le gouvernement central chinois et les provinces reposent sur un
équilibre entre centralisation et décentralisation. Historiquement, le Parti communiste
chinois (PCC) a maintenu un contrôle strict sur les autorités provinciales pour assurer
la cohérence politique. Les gouverneurs provinciaux, souvent nommés par Pékin, sont
responsables de l'exécution des directives nationales tout en répondant aux besoins
locaux. Cette structure permet au gouvernement central de garder une mainmise sur
les régions tout en leur permettant d'adapter certaines politiques aux réalités locales.

Depuis les années 1980, la Chine a progressivement décentralisé certaines de ses


responsabilités administratives et économiques pour stimuler l'initiative locale et
encourager la croissance régionale. Les provinces ont ainsi obtenu plus d'autonomie
pour gérer leurs ressources, attirer des investissements et développer des
infrastructures. Cette décentralisation a permis aux régions de prospérer
économiquement, bien que cela ait également exacerbé les disparités économiques
entre les provinces côtières riches et les régions intérieures moins développées.

Malgré la décentralisation, le gouvernement central maintient un contrôle strict pour


assurer l'unité et la cohérence nationale. Ce contrôle est exercé à travers le système de
nomenklatura, qui supervise les nominations des hauts fonctionnaires, et par des
inspections régulières pour s'assurer que les politiques locales sont conformes aux
directives centrales. Les conférences de travail et réunions plénières entre dirigeants
provinciaux et responsables centraux facilitent la coordination des politiques et
l'échange d'expériences, garantissant une mise en œuvre uniforme des initiatives
nationales

En conclusion, les relations entre le pouvoir central et les autorités locales en Chine
sont caractérisées par une interaction complexe entre centralisation et décentralisation.
La décentralisation administrative et économique a permis aux provinces de jouer un
rôle crucial dans le développement économique du pays, tout en restant sous la stricte
supervision du PCC. Cette structure permet une flexibilité locale tout en maintenant
l'unité et la cohérence nationale, illustrant l'approche pragmatique de la Chine en
matière de gouvernance. Les sections suivantes exploreront plus en détail les
dynamiques entre le pouvoir exécutif et législatif, ainsi que le rôle du pouvoir
judiciaire dans ce système centralisé.

B- Le Rôle de l'Armée (Armée Populaire de Libération)

L'Armée populaire de libération (APL) est une institution centrale du pouvoir en


Chine, jouant un rôle crucial dans la défense nationale et la politique intérieure. Créée
en 1927, l'APL est l'armée officielle de la République populaire de Chine et est placée
sous le commandement direct du Parti communiste chinois (PCC) 36. Son organisation
est structurée en plusieurs branches : les forces terrestres, maritimes, aériennes, les
forces de missiles et les forces de soutien stratégique. Chaque branche est subdivisée
en unités régionales pour assurer une couverture militaire complète à travers le vaste
territoire chinois.

Le commandement de l'APL est fortement centralisé. Le président de la République


populaire de Chine, qui est également le secrétaire général du PCC et le président de
la Commission militaire centrale (CMC), est le commandant en chef de l'APL. La
CMC, qui est l'organe suprême de direction militaire, supervise l'ensemble des
activités de l'armée et est directement responsable devant le Comité central du PCC.
Cette structure assure que le contrôle de l'armée reste fermement entre les mains du
parti, garantissant ainsi la loyauté de l'APL envers le leadership du PCC.

L'APL exerce une influence politique significative en Chine, bien au-delà de ses
fonctions militaires traditionnelles. Historiquement, l'armée a joué un rôle déterminant
dans la consolidation du pouvoir du PCC et continue d'être un pilier de soutien crucial

36
Thierry Pairault, Chine-Afrique : une vision macroéconomique (L'Harmattan, 2015), p. 131.
pour le régime. Les hauts gradés de l'APL sont souvent membres du Comité central
du PCC et participent activement aux processus décisionnels politiques. Cette
intégration politique-militaire assure une symbiose entre les objectifs du parti et les
actions de l'armée.

L'APL intervient également directement dans la politique intérieure, surtout en


périodes de crise. Par exemple, l'intervention de l'armée lors des manifestations de la
place Tiananmen en 1989 a démontré son rôle central dans le maintien de l'ordre et de
la stabilité politique. Plus récemment, l'APL a été impliquée dans des opérations de
maintien de l'ordre dans des régions sensibles telles que le Xinjiang et le Tibet, où des
mouvements séparatistes et des troubles sociaux menacent l'unité nationale. Ces
interventions illustrent le rôle de l'APL non seulement comme une force de défense,
mais aussi comme un outil de contrôle politique et social.

En période de catastrophes naturelles ou de crises sanitaires, l'APL est souvent


mobilisée pour fournir une aide d'urgence et des services de secours, renforçant ainsi
sa présence et son rôle dans la vie quotidienne des citoyens. Cette capacité à
intervenir rapidement et efficacement dans diverses situations renforce la légitimité du
PCC et projette l'image d'un État capable de protéger et de servir son peuple.

En somme, l'Armée populaire de libération est bien plus qu'une simple force militaire
en Chine; elle est un acteur clé du pouvoir politique et social. Son organisation et son
commandement centralisés garantissent une loyauté indéfectible au Parti communiste
chinois, tandis que son rôle dans la politique intérieure, tant en période de crise que de
stabilité, souligne son importance dans le maintien de l'ordre et de la cohésion
nationale. Cette analyse du rôle de l'APL met en lumière la complexité des relations
entre les différents niveaux de pouvoir en Chine et la centralité du contrôle militaire
dans la stratégie de gouvernance du PCC37.

Conclusion Générale

Le régime politique russe est caractérisé par une forte centralisation du pouvoir,
centrée autour du président, qui joue un rôle prépondérant dans la gouvernance du
pays. La Constitution de 1993 a établi un cadre pour la séparation des pouvoirs, mais
en pratique, le président exerce une influence considérable sur les branches exécutive,

37
Emmanuel Lincot, Arts, pouvoir et société en Chine (Presses Universitaires de France, 2015), p. 105.
législative et judiciaire. Les amendements constitutionnels et les mécanismes de
prolongation des mandats ont renforcé cette concentration de pouvoir, permettant une
continuité et une stabilité politique au prix de certains reculs démocratiques.

Les institutions principales, notamment le Parlement et le Conseil de la Fédération,


fonctionnent en étroite relation avec le pouvoir exécutif, souvent subordonnées aux
décisions présidentielles. Le contrôle du président sur les nominations et les politiques
nationales souligne la centralisation du pouvoir. Cette structure de gouvernance a
permis à la Russie de naviguer à travers des défis économiques et géopolitiques
complexes, mais elle a également suscité des critiques quant à la réduction de l’espace
pour l’opposition politique et la société civile.

Le régime politique chinois, sous l'égide du Parti communiste chinois (PCC), repose
également sur une forte centralisation du pouvoir. La Constitution de 1982 a marqué
un tournant en introduisant des réformes économiques tout en maintenant le contrôle
politique strict du PCC. Les institutions principales, telles que le président de la
République populaire de Chine et le Conseil des affaires de l'État, sont étroitement
liées à la structure du parti, assurant une harmonisation des objectifs politiques et
administratifs.

L'Armée populaire de libération (APL) joue un rôle crucial non seulement en matière
de défense mais aussi dans le maintien de la stabilité politique intérieure. La
centralisation des décisions au sein du PCC, le contrôle sur les institutions et
l'influence sur la société et l'économie reflètent une gouvernance qui vise à assurer la
continuité et la stabilité à travers un contrôle strict et une surveillance étendue. Les
réformes économiques ont conduit à un développement spectaculaire, mais ce progrès
économique est constamment équilibré avec la nécessité de maintenir le contrôle
politique.

Les régimes politiques russe et chinois partagent plusieurs traits communs,


notamment une centralisation du pouvoir et une influence dominante de leurs leaders
respectifs sur les institutions étatiques. Les deux pays ont adopté des constitutions qui,
tout en établissant des cadres juridiques pour la gouvernance, ont permis à leurs
dirigeants de consolider leur pouvoir. En Russie, cette consolidation se manifeste à
travers des amendements constitutionnels et une influence directe sur les branches du
gouvernement. En Chine, le rôle central du PCC et la symbiose entre le parti et les
institutions étatiques sont les principales caractéristiques.

Cependant, les contextes historiques et les dynamiques spécifiques de chaque pays


diffèrent. La Russie post-soviétique a navigué à travers des transitions économiques et
politiques complexes, cherchant à stabiliser et à moderniser son système sous un
leadership fort. La Chine, quant à elle, a mené des réformes économiques tout en
conservant un contrôle politique strict, utilisant le développement économique comme
un moyen de renforcer la légitimité du PCC.

En somme, les régimes politiques russe et chinois illustrent comment des structures de
pouvoir centralisées peuvent naviguer à travers les défis contemporains en maintenant
la stabilité et la continuité. Cependant, cette centralisation soulève des questions
importantes sur les implications pour la démocratie, les droits de l’homme et la
participation politique. Alors que nous avançons, il sera crucial de surveiller comment
ces régimes s’adaptent aux pressions internes et externes et comment ils équilibrent la
centralisation du pouvoir avec les aspirations de leurs populations pour une
gouvernance plus participative et transparente.

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