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Hugo, Dieu Et Les Tables Tournantes

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QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS ?

SUBLIME AU GROTESQUE
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes
. ROBERT KOPP

Victor Hugo n'est pas un voyant des choses de Dieu, mais de l'ombre de l'absence
de Dieu.
Paul Claudel

L e domaine par excellence du sublime, n'est-ce pas la religion ?


Nous la concevons couramment en termes d'élévation, donc
de sublime. Toutefois, les pratiques quotidiennes intègrent
souvent des éléments venus d'horizons bien différents : foi et
superstition ont partie liée, et ceci depuis toujours (1). Souvent,
leur cohabitation ne pose guère de problème, comme à certaines
époques du Moyen Âge ; mais elle semble être particulièrement
conflictuelle aux époques d'incertitude et de doute, lorsque l'arma-
ture intellectuelle et morale qui avait prévalu pendant des généra-
tions se fissure et que la recherche effrénée de valeurs nouvelles
obsède les esprits. C'est bien le cas de nos jours : le succès des
sectes les plus grotesques et des croyances les plus ridicules le
prouve. Que d'agitateurs de grelots qui envahissent jusqu'à l'espace
public ! Ce fut aussi le cas dans la France du XIXe siècle, empêtrée
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

dans les séquelles d'une Révolution qui ne finissait pas de finir et


dont l'ombre portée plane encore sur les clivages politiques d'au-
jourd'hui. Jamais les régimes ne se sont chassés à un rythme aussi
rapide ; jamais les partisans de l'ordre et ceux du mouvement ne
se sont combattus avec autant de violence. Or, ce n'est pas la poli-
tique qui domine le siècle - ou en apparence seulement - c'est la
religion, et ceci au dire même des historiens des idées politiques,
tel Michel Winock, qui a raison d'écrire : « La question religieuse
est, en ce XIXe siècle, au centre de tous les conflits, au cœur de
toutes les interrogations philosophiques et politiques. Siècle de la
mort de Dieu et siècle de la Science, le XIXe est aussi celui de la
nostalgie inassouvie de la divinité, quand s'épuisent, à peine nées,
les espérances de la raison. /.../Aucune époque, peut-être, n'a été
aussi profuse en projets religieux : nouveau christianisme de Saint-
Simon, religion de l'humanité de Leroux ou de Comte, néo-chris-
tianisme de Sand, néo-catholicisme de Lamartine, religiosité pré-
gnante des premiers socialismes (jusqu'à l'antithéiste Proudhon
hanté par la figure de Jésus), sans parler de la diffusion sans voile
de l'occultisme, auquel un Victor Hugo s'adonne tout en fustigeant
le parti prêtre (2). »
Ces lignes résument parfaitement l'une des problématiques
majeures du XIXe siècle (3), à savoir celle, non pas de la religion,
mais des religions nouvelles, susceptibles de prendre la suite ou la
place d'un christianisme largement démonétisé dès avant la fin de
l'Ancien Régime et qui ne se remettra jamais des coups que lui.a
portés la Révolution. « Quelle sera la religion qui remplacera le
christianisme ? » demande Chateaubriand, dès 1797, à la fin de son
Essai sur les révolutions, car il est entendu, pour lui, qu'une société,
quelle qu'elle soit, n'est viable et quelque peu solide qu'à condi-
tion de reposer sur un fondement religieux (4). On connaît la
réponse que Chateaubriand donnera lui-même, cinq ans plus tard,
à sa question : le christianisme se remplacera lui-même, puisque
l'on n'a pas trouvé de religion plus poétique, c'est-à-dire mieux à
même de satisfaire l'imagination des hommes. L'imagination et les
sens, faudrait-il dire : car la supériorité du christianisme s'exprime
surtout à travers la musique, l'architecture, la peinture, la littérature,
bref, tout ce qui ne s'adresse pas à la raison, mais qui soulève ce

11431
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

que Mme de Staël appelle P« enthousiasme ». Chateaubriand a ainsi


tranché la vieille querelle du merveilleux en faveur du merveilleux
chrétien (.5). La référence ne sera plus seulement Homère, mais
Homère et la Bible, les deux sources d'inspiration que Victor Hugo
ne cessera d'invoquer conjointement à son tour. Le Génie du chris-
tianisme, dont on a un peu oublié de fêter le bicentenaire en cette
année 2002 dévolue trop exclusivement à Hugo, à Dumas et à
Zola (6), a été l'un des best-sellers tout au long du XIXe siècle ; il
a été constamment réédité ; il est devenu un des livres de prix par
excellence et l'on ne compte pas les versions abrégées. La première
édition avait paru peu avant le Concordat ; la deuxième était tout
naturellement dédiée au Premier consul, l'artisan de la politique
de réconciliation.
Toutefois, même si ce renouveau catholique, auquel participent,
à l'époque, nombre d'auteurs comme Lamennais, Barbey d'Aurevilly,
Veuillot ou Lacordaire, est sans doute le courant le plus important
dans ce renouveau religieux général, il existe toute une série de
religions concurrentes. Et, chose remarquable : leurs fondateurs
sont le plus souvent des poètes et des écrivains. Ce sont eux, ces
mages romantiques, ces prophètes des temps à venir, qui se
croient investis de ce pouvoir spirituel laïque que nous connais-
sons bien désormais, grâce aux excellents travaux de Paul
Bénichou (7). Ce pouvoir spirituel laïque, Quinet et Michelet et
Victor Hugo l'ont explicitement revendiqué, et beaucoup d'autres,
tout au long du XIXe siècle. Voici ce qu'écrit Victor Hugo dans un
carnet qui date de mai 1853, donc de l'époque de Jersey qui nous
intéresse tout particulièrement ici : « II y a dans ma fonction
quelque chose de sacerdotal. Je remplace la magistrature et le cler-
gé. Je juge, ce que n'ont pas fait les juges ; j'excommunie, ce que
n'ont pas fait les prêtres (8). » Ce genre de remarque, on en trouve
tout au long de la carrière de Victor Hugo, de ses premiers
recueils de vers jusqu'à ses préfaces testamentaires. Elles désignent
parfaitement l'idée qu'il se faisait de son métier. C'est donc dans
un certain contexte qu'il faut placer ces réflexions sur « Victor
Hugo, Dieu et les tables tournantes » (ou parlantes, ou mouvantes,
comme on disait aussi à l'époque). Dieu et les tables tournantes.
La conjonction trahit une petite arrière-pensée : à savoir qu'il s'agit

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QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

des deux faces d'une même médaille, de deux aspects, indisso-


ciables, de ce phénomène complexe qu'est la religion de Victor
Hugo et qui comporte, tout comme ses romans ou ses drames, un
curieux mélange de grotesque et de sublime.

Une religion de bric et de broc


Une des grandes sources du romantisme européen - et par-
tant du romantisme français - a été l'occultisme sous toutes ses
formes : magnétisme, spiritisme, théosophisme, magie (9). Blake et
Novalis, Balzac et Nerval, et beaucoup d'autres, ont puisé à pleines
mains dans les œuvres de Swedenborg, de Saint-Martin, de Mesmer,
de l'abbé Constant (Éliphas Lévi). Rien d'étonnant que Victor
Hugo se soit abreuvé aux mêmes sources (10). Plus près de nous,
les surréalistes y ont puisé à leur tour. Et aujourd'hui, c'est un peu
à travers les expériences de ces derniers que nous lisons les proto-
coles des tables. Mais avant de s'intéresser à l'occultisme, Victor
Hugo n'a-t-il pas participé, en bon poète catholique, au renouveau
religieux de la Restauration ? La crise mystique, dont parlent tous
ses biographes, ne semble pas antérieure à la fin des années 1840
et l'impact qu'elle a eu sur sa création poétique n'est pas facile à
déterminer (11).
En effet, le jeune Victor Hugo a d'abord été un romantique
de droite, royaliste et catholique, à l'instar de Chateaubriand. « La
littérature présente - écrit-il dans la préface des Nouvelles Odes
parues en mars 1824 -, telle que l'ont créée les Chateaubriand, les
Staël, les La Mennais, n'appartient donc en rien à la révolution. De
même que les écrits sophistiques et déréglés des Voltaire, des
Diderot et des Helvétius ont été d'avance l'expression des innova-
tions sociales écloses dans la décrépitude du dernier siècle, la litté-
rature actuelle, que l'on attaque avec tant d'instinct d'un côté, et si
peu de sagacité de l'autre, est l'expression anticipée de la société
religieuse et monarchique qui sortira sans doute du milieu de tant
d'anciens débris, de tant de ruines récentes. Il faut le dire et le
redire, ce n'est pas un besoin de nouveauté qui tourmente les
esprits, c'est un besoin de vérité ; et il est immense (12). »

145
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

On sait que quelques années plus tard, Victor Hugo s'est


émancipé de ce royalisme catholique pour rejoindre le camp des
libéraux, puis des partisans de la révolution de Juillet et des béné-
ficiaires de celle-ci, comme député et comme pair de France. Il
aurait donc laissé loin derrière lui son enfance et sa jeunesse, mar-
quées - comme il le prétendra plus tard - par la « sombre domina-
tion cléricale ».
Or, il y a une grande part de légende dans cette façon de
présenter les choses. Il n'y a jamais eu de « sombre domination
cléricale ». Le catholicisme de Victor Hugo était un catholicisme
purement littéraire. Victor Hugo - contrairement à Chateaubriand
ou à Lamartine - n'a point eu une enfance religieuse. Il n'a pas
même été baptisé (13). Pourquoi l'aurait-il été ? Ses parents ne s'étaient
point mariés à l'église. Victor Hugo le savait fort bien. Il lui est
même arrivé de le dire. Ainsi, dans Victor Hugo raconté par un
témoin de sa vie, cette première grande hagiographie dictée à
Adèle et publiée en 1863, pendant l'exil : « II n'y eut pas de maria-
ge religieux. Les églises étaient fermées dans ce moment [nous
sommes en 1797], les prêtres enfuis ou cachés, les jeunes gens ne
se donnèrent pas la peine d'en trouver un. La mariée tenait médio-
crement à la bénédiction du curé, et le marié n'y tenait pas du
tout (14). »
La mère de Victor Hugo était une voltairienne ; elle ne fit
baptiser aucun de ses enfants. Et lorsqu'elle s'est trouvée en
Espagne avec ses fils, elle les a déclarés comme protestants pour
leur éviter d'être obligés de servir la messe. Ne pas avoir été bapti-
sé, pour le chantre du trône et de l'autel, cela pouvait apparaître
comme un manque, surtout au moment où il veut se marier (et
que pour ce faire, il lui faut produire un acte de naissance et de
baptême). Aussi, l'abbé Lamennais lui suggéra un « baptême sous
condition ». Toutefois, au dernier moment, le catéchumène a pré-
féré garder sa liberté (15).
Voltairien, royaliste et anticlérical : trois qualificatifs qu'il
arrive d'ailleurs à Victor Hugo de reprendre à son compte. Il se
désignera volontiers, lui aussi, comme « royaliste voltairien »
lorsque, rétrospectivement, il parlera de ses débuts. C'est ainsi que
dans ses premiers textes, il lui arrive de fustiger à la fois le catholi-
cisme et l'athéisme.

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QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

Au départ, donc, nulle tendance au mysticisme. Pas davan-


tage lorsqu'il passera du royalisme voltairien de sa mère au roya-
lisme chrétien de son grand modèle Chateaubriand. À la suite de
ce dernier, il déclare, en tête des Odes et ballades (préface de l'édi-
tion de 1826) : « De tous les livres qui circulent entre les mains des
hommes, deux seuls doivent être étudiés par lui [le poète], Homère
et la Bible. C'est que ces deux livres vénérables, les premiers de
tous par leur date et par leur valeur, presque aussi anciens que le
monde, sont eux-mêmes deux mondes pour la pensée. On y
retrouve en quelque sorte la création tout entière considérée sous
son double aspect, dans Homère par le génie de l'homme, dans
la Bible par l'esprit de Dieu (16). » Or, mettre le génie de l'homme
en communication, pour ne pas dire en communion avec l'esprit
de Dieu, c'est bien l'une des ambitions de Victor Hugo. C'est aussi
l'enjeux des tables, si l'on en croit - mais on a le droit de rester
méfiant - cette conversation entre Victor Hugo et Auguste
Vacquerie, conversation rapportée par le Journal de l'exil d'Adèle,
la fille du poète, sous la date de novembre 1854, les expériences
ayant commencé en septembre 1853 :

VICTOR HUGO - Le Phénomène des tables a pour but de ramener


l'homme au spiritualisme et de l'y ramener immédiatement. La Révolution
est prête ; le parti républicain qui fera la Révolution est également prêt ;
seulement, le parti républicain et le peuple ne croient pas. Ils nient Dieu,
Dieu, las d'attendre le lent travail de la pensée humaine, se révèle à eux
par le phénomène matériel et incontestable des tables.
AUGUSTE VACQUERIE - [présente quelques objections et fait remar-
quer que l'homme, au cours de l'histoire, s'est affranchi des dieux, est
devenu majeur] : Enfin arrive la Révolution de 1793. L'homme est majeur.
Que vient faire l'intervention de la divinité en plein XIXe siècle ?
VICTOR HUGO - Vous avez raison sur certains points. L'homme fut
d'abord sous l'influence directe et palpable de la divinité, plus tard, l'in-
fluence s'amoindrit et reste à l'état de conseil, mais en même temps
l'homme devient superstitieux et fanatique ; puis, avec Diderot et
Voltaire, la littérature tombe dans l'incrédulité, et après avoir échappé au
fanatisme, la Révolution verse de l'autre côté, dans l'athéisme.
Plus tard, une fausse religion de boudoir, appelée religiosité, et
dont Chateaubriand fut l'apôtre, s'est fait jour sous l'Empire. Mais le peuple,
cependant, roulait dans le matérialisme. Il fallait un miracle pour que le
peuple, représenté par le parti républicain, devînt subitement spiritua-
liste. Ce miracle, Dieu l'a fait : les tables parlent (17).

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QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

Mais avant de nous pencher sur ce « miracle », revenons à


l'époque d'avant l'exil. Dans les années 1820, la grande référence
littéraire de Victor Hugo est Chateaubriand. Dans les articles du
Conservateur littéraire et dans les Odes et ballades, Victor Hugo
utilise le christianisme comme une mythologie particulièrement
bien adaptée aux sentiments et au goût de ses lecteurs. La littéra-
ture moderne est chrétienne, donc : soyons moderne, faisons de la
littérature chrétienne !
En revanche, Victor Hugo n'est pas du tout un adepte de
René qui a enchanté tant d'écrivains de sa génération, dont Balzac
et Sainte-Beuve, par exemple. Lorsque, dans les Misérables, il évo-
quera sa jeunesse à travers la figure de Marius, il ne prête à ce
dernier aucune des inquiétudes métaphysiques qui tourmentent
un Louis Lambert ou un Joseph Delorme. Pour l'ennui, le spleen,
Victor Hugo n'est pas un enfant du siècle. Il n'empêche que Dieu
existe et que l'âme est immortelle, quelle que soit la définition que
l'on donne de Dieu et de l'âme. D'ailleurs, le génie poétique n'est-
il pas mandaté directement par Dieu ? C'est ce que suggère le poème
liminaire des Odes (1822), « Le Poète dans les Révolutions », daté
de mars 1821 :

Le mortel qu'un Dieu même anime


Marche à l'avenir, plein d'ardeur ;
C'est en s'élançant dans l'abîme
Qu'il sonde la profondeur (18).

Ce poème préfigure « Les Mages », grande composition


datant de 1855 - donc de l'époque des tables - et se trouve dans
la sixième partie des Contemplations, peu avant « Ce que dit la
bouche d'ombre » :

Pourquoi donc faites-vous des prêtres


Quand vous en avez parmi vous ?
Les esprits conducteurs des êtres
Portent un signe sombre et doux.
Nous naissons tous ce que nous sommes.
Dieu de ses mains sacre des hommes
Dans les ténèbres des berceaux ;
Son effrayant doigt invisible

148
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

Écrit sous leur crâne la bible


Des arbres, des monts et des eaux.

Ces hommes, ce sont les poètes ;


Ceux dont l'aile monte et descend ;
Toutes les bouches inquiètes
Qu'ouvré le verbe frémissant ;
Les Virgiles, les Isaïes ;
Toutes les âmes envahies
Par les grandes brumes du sort ;
Tous ceux en qui Dieu se concentre ;
Tous les yeux où la lumière entre,
Tous les fronts d'où le rayon sort.

Contrairement à l'homme de tous les jours devant lequel « le


ciel se tait », le poète sait interroger le mystère.

Eux, ils parlent à ce mystère !


Ils interrogent l'éternel,
Ils appellent le solitaire,
Ils montent, ils frappent au ciel,
Disent : Es-tu là ? dans la tombe,
Volent, pareils à la colombe
Offrant le rameau qu'elle tient,
Et leur voix est grave, humble ou tendre,
Et par moment on croit entendre
Le pas sourd de quelqu'un qui vient (19).

Très tôt, Victor Hugo a été pénétré du sacerdoce du poète et


il est toujours resté très attaché à cette idée ; très tôt, il a commencé
à se construire une philosophie religieuse très personnelle, où se
mêlaient, à un peu de christianisme, du saint-simonisme, du fou-
riérisme, du magnétisme, du socialisme, sans parler de la théoso-
phie et de la kabbale. Religion pétrie au gré de lectures aussi nom-
breuses que désordonnées. Cet éclectisme a déjà frappé ses
contemporains. Ainsi Paul Stapfer, qui a partagé son exil, note-t-il
dans ses Souvenirs :

Le spiritualisme de Victor Hugo étant constitué, non par quelque


doctrine homogène et solide, mais par toutes les idées belles et généreuses
qu'il est possible de concevoir, ou plutôt d'imaginer, sur Dieu et sur l'âme,
comportait à la fois l'orthodoxie et l'hérésie, le christianisme et le paga-

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QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS ?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

nisme, le théisme et le panthéisme, la foi en la survivance de la personne


et la croyance en la métempsycose, les arguments classiques de Socrate
exposés dans le Phédon de Platon et les mystiques rêveries d'un
Swedenborg ou d'un Lavater, l'odyssée planétaire de Jean Reynaud et la
palingénésie terrestre de Pierre Leroux ; on y trouve tout ensemble la
vieille affirmation de la séparation absolue de l'âme et du corps, et l'anti-
cipation confuse des grandes doctrines du spiritualisme nouveau sur la
matière, considérée comme si peu génératrice de l'esprit qu'elle en est
issue au contraire et qu'elle doit y rentrer (20).

Il ne s'agit pas ici de démêler cet écheveau ; Auguste Viatte,


Maurice Levaillant, Jean Gaudon et d'autres ont essayé de le faire. Ce
qu'il faut retenir, c'est la conviction que Victor Hugo partage avec
beaucoup de ses contemporains, que derrière l'univers visible s'en
cache un autre, qui commence à la limite de nos sens pour s'étendre
jusqu'à ce que le poète continue d'appeler Dieu, faute d'un terme
plus approprié. Dès la préface aux Odes (1822), Victor Hugo affirme
l'existence de cet autre monde :

Sous le monde réel, il existe un monde idéal, qui se montre


resplendissant à l'œil de ceux que des méditations graves ont accoutumé
à voir dans les choses plus que les choses (21).

Or, cet univers qui est situé au-delà de l'univers visible, c'est
au poète qu'il appartient de le déchiffrer grâce à son don de
« seconde vue », comme l'appelait Balzac. Le poète est le grand
déchiffreur ; voyez le poème liminaire des Voix intérieures :

Notre esprit éperdu,


Chaque jour, en lisant dans le livre des choses,
Découvre à l'univers un sens inattendu (22).

Ou dans les Contemplations, « À propos d'Horace », le der-


nier vers :

Ô nature, alphabet des grandes lettres d'ombre (23).

Cette « seconde vue » n'emprunte pas les chemins de la


connaissance rationnelle ; elle utilise l'intuition, la connaissance
par analogie, les « correspondances » (chères à Baudelaire) et,
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

pourquoi pas, la divination. Tous les moyens d'élargir le champ de


notre conscience méritent d'être expérimentés. Il s'agît de décloi-
sonner notre esprit, diront les surréalistes qui cultiveront, du moins
un certains temps (car les résultats étaient décevants), les som-
meils hypnotiques, les rêves éveillés, les drogues, l'automatisme
psychique, la télépathie, etc. Tous les moyens sont recevables.
C'est pourquoi Victor Hugo, pourtant acquis à la notion de progrès
(comme Michelet, et au contraire de Flaubert et de Baudelaire) et
croyant fermement, non seulement au progrès social, mais aussi
au progrès dans les sciences, est résolument opposé au scientisme
d'un Taine ou d'un Zola. En 1860, il écrit dans une longue note
intitulée « Philosophie » et destinée sans doute aux Misérables :

La science s'est effarouchée devant le chloroforme, devant les


phénomènes biologiques, devant l'étrange question des tables, devant
Mesmer, devant Deleuze, devant Puységur, devant l'extase magnétique,
devant la catalepsie artificielle, devant la vision à travers l'obstacle,
devant l'homéopathie, devant l'hypnotisme ; la science, sous prétexte de
« merveillosité » s'est soustraite au devoir scientifique, qui est de tout
approfondir, de tout examiner, de tout éclairer, de tout critiquer, de tout
vérifier, de tout classer ; elle a balbutié des railleries ou aventuré des
négations au lieu de faire des expériences ; elle a laissé, au grand profit
des charlatans, la foule en proie à des visions mêlées de réalité ; elle a
chancelé, lâché le pied, et, là où il fallait avancer, rétrogradé. Elle a fermé
les portes, elle, la science, qui n'a d'autre fonction que de les ouvrir, et
qui n'est rien, si elle n'est pas une clef (24).

Or, ce que la science récuse, la poésie l'accueille. C'est ce


que Victor Hugo appelle - tout comme Nerval et Baudelaire - le
surnaturalisme.
Ainsi, le terrain a été, en quelque sorte, préparé. Victor Hugo
ne pouvait pas passer à côté de l'expérience des tables. D'autant
que le sujet était à la mode, ou revenait à la mode tous les quatre
ou cinq ans. De même que d'autres phénomènes spiritistes. En
1847, par exemple, la presse parisienne se fait l'écho d'une nou-
velle offensive des magnétiseurs. Jules Janin, Frédéric Soulié, Paul
Féval, Scribe, Gautier, Jules Sandeau et beaucoup d'autres sont fas-
cinés par les phénomènes d'extase magnétique. Dumas s'en empare
dans un de ses romans, Joseph Balsamo. Il y reproduit notamment
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

une conversation avec un des familiers de Victor Hugo, Henri


Delaage, auteur d'un Monde occulte, que le poète a sans doute lu.
Victor Hugo a d'ailleurs lui-même participé à des séances de
magnétisme chez la vicomtesse de Saint-Mars.
Son obsession est de retrouver sa fille morte, Léopoldine,
qui s'est noyée à Villequier, avec son mari, Charles Vacquerie, le
4 septembre 1843, alors qu'il est en voyage avec Juliette Drouet, sa
maîtresse en titre :

Est-ce qu'il est vraiment impossible, doux ange


De lever cette pierre, et de parler un peu ?

écrit-il dans un fragment de 1846.


On sait que Victor Hugo a été profondément affecté par ce
drame, que cette perte devait endeuiller le reste de sa vie, que sa
réflexion tourne de plus en plus autour de la mort, de l'au-delà, qu'il
se remet à prier (il en parle dans ses lettres à Adèle, sa femme,
mais aussi dans celle à Juliette Drouet), qu'il cède souvent à la
superstition : « Tu sais combien le coup qui vient de nous frapper
m'a rendu faible et craintif - écrit-il à Adèle, le 3 octobre 1844 - et
je ne voudrais pas vous revoir un vendredi (25). » II aimerait croire
aux fantômes qui nous reviennent de l'autre monde, comme dans
cette autre ébauche de 1846 :

Parfois, quand j'étais là, derrière moi la lune


Se levait, et, pensif, les yeux de pleurs noyés,
Je voyais une forme humaine, vague et brune
Croître sous la fosse à mes pieds.

Et je te parlais, ange, ô ma fille que j'aime,


Et je ne savais plus, dans ce sombre entretien,
Si cette ombre sortait de l'herbe ou de moi-même,
Si c'était mon spectre ou le tien.

De plus en plus, le poète s'identifie à Orphée descendant


dans le royaume des ombres pour retrouver l'être aimé :

Ô Seigneur ! ouvrez-moi les portes de la nuit


Afin que je m'en aille et que je disparaisse !
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

Un autre deuil devait le frapper en 1845 : Claire Pradier, la


fille de Juliette Drouet, était morte à son tour. Elle avait eu l'âge de
Léopoldine. Désormais, le poète et son amante communieront
dans le souvenir de ces deux jeunes femmes mortes.
1845 ou 1846 : c'est le début d'un nouveau travail poétique
qui conduira aux Contemplations. Mais ce livre, placé sous le
signe de Léopoldine, et dont la première partie réunit des poèmes
écrits entre 1830 et 1843, n'a reçu son vrai visage qu'à travers l'exil
et - en partie - à travers les tables.

L'expérience de Jersey
« Hugo serait mort en 1848 - écrit Henri Guillemin - que
l'on citerait son nom, dans les dictionnaires, comme celui d'un
poète distingué, un peu frondeur autour de 1830, mais qui sut se
ranger assez vite pour accomplir une belle carrière de bourgeois
juste-milieu. [...] L'exil rendra Hugo à lui-même (26). » Disons qu'il
l'a transformé pour faire ressortir dans son œuvre les aspects qui
nous intéressent le plus aujourd'hui, qui nous semblent les plus
novateurs. Hugo a d'ailleurs reconnu, le premier, tout ce qu'il doit
à son long exil : « Ma proscription est bonne et j'en remercie la
destinée » ; « Je trouve de plus en plus l'exil bon ; j'y mourrai peut-
être, mais accru. » Les remarques de ce genre sont nombreuses
sous sa plume. Et c'est bien parce que l'exil lui était bénéfique -
était bénéfique à son œuvre - qu'il l'a supporté pendant près de
vingt ans, refusant de profiter de la loi d'amnistie qui lui aurait
permis de rentrer en France, refusant aussi de céder aux pressions
de son entourage et notamment de ses enfants, qui estimaient
qu'ils perdaient leurs plus belles années.
"Il n'y a pas lieu de revenir sur l'évolution de la pensée poli-
tique de Victor Hugo entre 1848 et 1851 ; on connaît son parcours,
son rôle de notable de la monarchie de Juillet, ses hésitations face
à la révolution de Février, son acheminement progressif vers l'idée
républicaine, son soutien au prince-président, puis son refus du
coup d'État (27). Expulsé de France, il se réfugie d'abord à
Bruxelles, le 11 décembre 1851. Il se met aussitôt à la rédaction de
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
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ce qui deviendra l'Histoire d'un crime. Toutefois, au bout de


quelques mois, il abandonnera ce texte, qui ne sera repris et publié
que vingt-cinq ans plus tard, au profit de Napoléon-le-Petiï, qui sera
imprimé à Londres, en août 1852, et publié par Hetzel à Bruxelles.
Cette publication coïncide avec l'arrivée de Victor Hugo et de sa
famille à Jersey, le gouvernement, belge lui ayant signifié qu'en cas
d'attaques contre le prince-président, il serait prié de partir.
Dès la fin juillet 1852, Victor Hugo avait donc commencé à
prendre congé des autres proscrits au cours d'une série de ban-
quets d'adieux organisés pour lui tant à Bruxelles qu'à Anvers. Le
2 août, il s'embarque pour Londres, où il rencontre Mazzini,
Kossuth, Louis Blanc et Schœlcher, et trois jours plus tard, il arrive
à Saint-Hélier avec Charles et Juliette Drouet (incognito). Sa femme,
sa fille et Auguste Vacquerie, ainsi que de nombreux proscrits
l'avaient précédé.
Les premiers mois de l'exil ont été entièrement placés sous
le signe de la politique, au détriment d'un livre de poésie com-
mencé en 1846 et qui deviendra les Contemplations. Ainsi, il écrit
le 7 septembre 1852 à Hetzel : « J'ai pensé, - et autour de moi car
c'est l'avis unanime, qu'il m'était impossible de publier en ce
moment un volume de poésie pure. Cela ferait l'effet d'un désar-
mement, et je suis plus armé et plus combattant que jamais. Les
Contemplations en conséquence se composeraient de deux volumes,
premier volume : autrefois, poésie pure, deuxième volume :
aujourd'hui, flagellation de tous ces drôles et du drôle en
chef (28). »
Ce n'est toutefois pas ce programme-là qu'il exécutera ; la
« flagellation de tous les drôles et du drôle en chef », il s'y livrera
dans un volume à part, les Châtiments, composé presque entière-
ment à Jersey, entre octobre 1852 et septembre 1853, et publié en
novembre 1853, sous deux formes différentes : l'une complète
mais clandestine, l'autre expurgée mais publique. Parallèlement,
Victor Hugo avait préparé deux volumes d'Œuvres oratoires, la
première partie des futurs Actes et paroles. Ils avaient paru à
Bruxelles en août 1853.
Toute la production de Victor Hugo semble donc placée
sous le signe de Tacite et de Juvénal, de Dante et des prophètes

154!
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

de l'Ancien Testament. Toutefois, sous l'imprécation perce parfois


une poésie de la nature, une poésie de l'aube, d'un ailleurs, qui
semble inspirée par le spectacle que Victor Hugo a sous les yeux à
Marine-Terrace. Rappelons, à titre d'exemple, ces quelques vers de
« Stella » :

Je m'étais endormi la nuit près de la grève.


Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve,
J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin (29).

Et puis, il y a cette « Vision de Dante », datée du 24 février


1853 (30), dans laquelle Victor Hugo reprend certains thèmes
abordés dans les Odes ou dans les Rayons et les Ombres (en parti-
culier dans * Fonction du poète »). Il s'agit d'un poème apocalyp-
tique, sorte de jugement dernier dicté par Dieu au poète :

J'étais comme est un prêtre au seuil du saint parvis,


Songeant, et, quand mes yeux se rouvrirent, je vis
L'ombre : l'ombre hideuse, ignorée, insondable,
De l'invisible Rien vision formidable,
Sans forme, sans contour, sans plancher, sans plafond,
Où dans l'obscurité l'obscurité se fond ;
Point d'escalier, de pont, de spirale, de rampe ;
L'ombre sans un regard, l'ombre sans une lampe ;
Je vois de l'inconnu, d'aucun vent agité ;
L'ombre, voile effrayant du spectre Éternité (31).

Le poète se fait prophète, voyant ; il délivre une cosmogo-


nie ; il prend la place du prêtre (contre le parti prêtre). C'est alors,
précisément, que Victor Hugo fait une nouvelle expérience de spi-
ritisme et ceci, grâce à l'arrivée de Delphine de Girardin à Jersey,
le 6 septembre 1853. Ancienne égérie des écrivains romantiques,
auteur elle-même, femme d'Emile de Girardin, l'inventeur de la
presse à quarante francs, elle était une vieille amie de Victor
Hugo. Lorsqu'elle lui rendit visite à Jersey, elle était déjà fortement
marquée par le cancer qui allait l'emporter deux ans plus tard. Elle
apportait aux exilés les dernières nouvelles de Paris. Or, en cette
année 1853, Paris était en proie à une nouvelle vague de spiri-
tisme. « Pendant près d'une année - raconte Alex Erdan, ancien
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

collaborateur de l'Événement (32) et auteur d'une France


mystique - Paris et la France furent occupés à faire tourner les
tables. Ce fut une'monomanie universelle. /.../Bref, la table parlante
fut l'événement caractéristique de l'année 1853, le point de mire
de tous les esprits. »
Comment les exilés ne se seraient-ils pas intéressés à ce
phénomène ? Ne fût-ce que pour se divertir. Certains ont décrit
leur existence comme celle de morts-vivants perdus au milieu des
vagues. Toute distraction était la bienvenue, surtout si elle cadrait
avec les préoccupations du maître des lieux. Après quelques essais
infructueux, la table se met à parler pour la première fois, le
11 septembre 1853, en présence de Victor Hugo, de sa femme, de
ses fils Charles et François-Victor, de sa fille Adèle, du général Flô,
de M. de Treveneuc et d'Auguste Vacquerie. C'est madame de Girardin
et Vacquerie qui se mettent à la table. C'est madame de Girardin
qui pose les premières questions et, comme par enchantement,
c'est l'esprit de Léopoldine qui se manifeste, pour dire que c'est le
Bon Dieu qui l'envoie, qu'elle est dans la lumière, qu'elle est heu-
reuse, qu'elle voit la souffrance de ceux qui l'aiment et qu'elle
reviendra (33)-
On comprend l'émotion de l'assistance et son envie de se
livrer à une autre séance dès le lendemain. Cette fois, c'est Victor
Hugo qui pose les questions et à sa grande stupéfaction qui fait
très vite place à une non moins grande satisfaction, c'est l'esprit de
Napoléon III qui se présente devant lui (pendant que l'Empereur
dort aux Tuileries). Envoyé par son oncle, il avoue à son adver-
saire qu'il le craint (contrairement à Lamartine et Cavaignac), que
Napoléon-le-Pettt est un livre terrible, qu'il a par avance lu ses devoirs
dans le recueil non encore publié des Châtiments, qu'après lui la
France sera républicaine (34). Quelques jours plus tard, Napoléon Ier
vient lui-même maudire son neveu et conforter Victor Hugo dans
son combat : « Au secours ! à l'assassin ! Ma race me sacrifie ; elle
pille ma vie ; elle assassine ma mort. Ô ma vieille garde ! ô mes
drapeaux ! ô mes victoires ! ô mon fils ! Austerlitz, ô pureté du
sang versé pour la patrie ! ô mon saule ! ô idée, viens à mon aide !
Mon titre usé salit ma gloire. On vole mes os. Ah ! suaire ferme-
toi ! Le violateur de la France a violé la sainteté du tombeau. Le
fossoyeur Bonaparte ronge le mort Napoléon (35). »

JI56
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

Ce sera ensuite le tour des confrères : Chateaubriand (qui a


beaucoup apprécié Napoléon-le-Petif), Dante (qui a bien entendu lu
« La Vision de Dante », destinée d'abord aux Châtiments, mais
publiée seulement vingt-cinq ans plus tard), Eschyle, Molière,
Cervantes et bien d'autres. Parmi les plus diserts, Shakespeare qui,
après avoir affirmé la supériorité du français sur l'anglais, dicte, au
cours de plusieurs séances, trois longs poèmes en alexandrins fran-
çais. Si l'art est immortel sur Terre, il est inutile au ciel, devant Dieu :

Laissons donc, ô vivants, nos œuvres à la terre,


Les hommes à genoux en seront les valets ;
Mais lorsque vous viendrez chez le maître Mystère
Laissez cette poussière au seuil de son palais.

Seuls, vous ne passez pas dans le monde où l'on passe,


Dans la vie où l'on meurt, l'art est seul immortel,
Mais avant d'approcher l'Éternel face à face
Suicidez-vous tous à la porte du ciel (36).

Toutefois, pour les hommes, l'art garde toute sa valeur de


témoignage et Shakespeare remercie Victor Hugo de continuer
l'œuvre de ses aînés.
Il n'en fallait pas plus pour déchaîner l'enthousiasme
d'Auguste Vacquerie qui a établi le protocole de quelque soixante-
dix séances. Fin février 1854, il écrit à Paul Meurice : « Je n'ai
jamais été plus en train. Je fais de tout, entre autres choses beau-
coup de vers. Shakespeare, Eschyle et Molière sont venus nous
parler en vers. Au commencement, cela a été à merveille ; ils fai-
saient leurs vers et nous les donnaient pour rien avec la prodiga-
lité des génies morts ; mais ils sont devenus plus exigeants et ne
veulent plus répondre que quand on les interroge en vers. Viens
donc ici. Tu manques tout simplement la seule chose qui vaille la
peine de vivre. »
Les procès-verbaux de Vacquerie n'ont été publiés qu'en
1923. Ils n'étaient pas totalement inconnus. Paul Meurice avait
communiqué quelques fragments à des curieux dès la fin du
XIXe siècle. Mais la critique de la IIIe République n'était pas très
friande de ce genre de révélation ; sans doute craignait-elle que
l'on accusât le grand homme d'obscurantisme. Mais à l'époque où
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

les surréalistes se livraient à des expériences analogues, le


moment semblait venu de s'intéresser à cet aspect de la religion
de Victor Hugo. Toutefois, Gustave Simon n'a publié qu'un choix.
Il voulait surtout montrer que Victor Hugo n'avait emprunté aux
tables aucun de ses vers. Sans doute, sa démonstration n'aurait-
elle pas été aussi nette s'il avait publié l'intégralité des quatre
cahiers. Tous les protocoles ne sont pas de Vacquerie ; certains
ont été établis par Hugo lui-même, par sa femme, par Adèle.
Après Gustave Simon, d'autres textes ont été révélés par une série
de livres et d'articles : de Claudius Grillet (37), de Paul Hazard (38),
de Henri Guillemin (39), la publication la plus importante étant
celle de Maurice Levaillant en 1954 (40). Enfin, le dossier a été
considérablement augmenté et complété en 1968 par Jean et
Sheila Gaudon ; il figure au tome IX de l'édition des Œuvres com-
plètes publiée par Jean Massin (4l) [1968]. Or, depuis la publica-
tion de Jean et de Sheila Gaudon, de nouveaux documents ont fait
leur apparition.
À l'origine, le « livre des tables » se composait de quatre
cahiers ; ils ne figurent pas dans l'inventaire des papiers établi par
Me Gatine après la mort du poète, mais ils ont été exposés à la
Maison Victor Hugo en 1933. Après quoi, ils disparaissent à nou-
veau. L'un d'entre eux passe dans une vente en 1962 et entre à la
Bibliothèque nationale. Un autre suit quelques années plus tard.
Ce sont ces deux cahiers, plus des fragments, qui ont été exposés
à la BNF à l'occasion du bicentenaire de la naissance du poète.

L'impact des tables


Que nous apprennent les livres des tables ? Pour la plus
grande partie, rien que nous ne sachions déjà avec plus ou moins
de certitude. Comme les expériences des tables tournantes prati-
quées de nos jours, celles de Jersey confirment d'abord ce que le
groupe réuni autour de la table pense, ouvertement ou de façon
inavouée. Il s'agit de vérifier ses repères, de rappeler certaines
valeurs. Il s'agit donc de rassurer. Aussi longtemps que les exilés
vivaient à Bruxelles, ils évoluaient au milieu d'une société structu-
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS
Ou sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

rée ; ils avaient des contacts avec Paris, avec Londres. À Jersey, ils
étaient repliés sur eux-mêmes, tournant en rond, sans véritable
perspective. Même le courrier arrivait irrégulièrement. Il était
d'ailleurs étroitement surveillé. Il n'est donc pas étonnant que le
groupe ait eu besoin de réconfort, et quelle aubaine de recevoir
celui-ci d'un au-delà, fût-il de pacotille. Ainsi, les grandes idées
politiques de Victor Hugo et ses convictions esthétiques sont-elles
passées en revue. À travers la table sont réaffirmés, voire ressassés
les principes essentiels de sa philosophie, de sa politique, de sa
religion. Mais le regard est également entraîné au-delà de l'horizon
forcément limité d'une petite île peuplée d'exilés, tantôt exaltés,
tantôt déprimés, toujours impatients. Victor Hugo, paralysé dans
son action politique immédiate, se souvient qu'il est un grand poète
romantique, un poète du mystère et de la mort, un poète de l'in-
conscient. Les tables lui rappellent quelles sont les sources de son
lyrisme. Elles l'aident à faire son travail de deuil et le poussent à
écouter à nouveau et avec une attention accrue ce que dit la bouche
d'ombre. Elles contribuent ainsi à créer un climat favorable à l'éclo-
sion des Contemplations. La plupart des poèmes qui composent la
deuxième partie du recueil ont en effet été écrits à Jersey entre
septembre 1853 et août 1855. Ce sont les mois les plus féconds de
toute la carrière de Victor Hugo. Le volume paraîtra en avril 1856,
un an et deux mois exactement avant les Fleurs du mal (42).
À l'égard des tables, Victor Hugo semble avoir oscillé entre
méfiance et crédulité. Par moment, il avait l'impression que la
table allait lui révéler une nouvelle cosmogonie. Dans une lettre
du 4 janvier 1855 à madame de Girardin, il précise que « tout un
système quasi cosmogonique, par moi couvé et à moitié écrit
depuis vingt ans, avait été confirmé par la table avec des élargisse-
ments magnifiques (4.3) ». En effet, c'est à l'époque des tables qu'il
conçoit son grand poème « Satan pardonné » qui devait relater la
remontée, à la fin des temps, de Lucifer vers la lumière originelle,
l'existence du mal ayant été l'une des conditions nécessaires de la
création. Comme dans Éloa de Vigny, l'Ange Liberté vaincra Satan,
avec la complicité de celui-ci, car il n'a jamais cessé d'aimer
Dieu... On aura reconnu la Fin de Satan, qui restera fragment et
ne paraîtra qu'en 1886, un an après la mort de son auteur.
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

De même, le grand poème « Ce que dit la bouche d'ombre »


qui termine la dernière section des Contemplations n'est pas sans
rapport avec la séance du 24 avril 1854 au cours de laquelle la
table demande au poète des vers appelant la pitié sur les êtres et
les choses.

Pourquoi, vous, poètes, parlez-vous toujours avec amour des rosés


et des papillons et jamais des chardons, des champignons vénéneux, des
crapauds, des limaces, des chenilles, des mouches, des vers, des acarus,
des vermines, des infusoires ? Assurément ce sont là des êtres malheu-
reux ; et les cailloux et les coquillages donc ! Pourquoi ne parlez-vous
pas des punaises ? des puces ? des poux ? des scolopendres ? des scor-
pions ? des cancrelas, des crabes, des homards, des oies ? Pourquoi ne
plaignez-vous pas les souffrances des êtres immondes ? Pourquoi ne plai-
gnez-vous pas les tortures des infiniment petits, condamnés à être l'ex-
crément de l'infiniment grand (44) ?

Les fleurs souffrent sous le ciseau,


Et se ferment ainsi que des paupières closes ;
Toutes les femmes sont teintes du sang des rosés ;
La vierge au bal, qui danse, ange aux fraîches couleurs,
Et qui porte en sa main une touffe de fleurs,
Respire en souriant un bouquet d'agonies.
Pleurez sur les laideurs et les ignominies,
Pleurez sur l'araignée immonde, sur le ver,
Sur la limace au dos mouillé comme l'hiver,
Sur le vil puceron qu'on voit aux feuilles pendre,
Sur le crabe hideux, sur l'affreux scolopendre,
Sur l'effrayant crapaud, pauvre monstre aux doux yeux,
Qui regarde toujours le ciel mystérieux !
Plaignez l'oiseau de crime et la bête de proie.

LJ

Sur ces tombeaux vivants, marqués d'obscurs arrêts,


Penchez-vous attendri ! versez votre prière !
La pitié fait sortir des rayons de la pierre.
Plaignez le louveteau, plaignez le lionceau.
La matière, affreux bloc, n'est que le lourd monceau
Des effets monstrueux, sortis des sombres causes.
Ayez pitié ! voyez des âmes dans les choses.
Hélas ! le cabanon subit aussi l'écrou ;
Plaignez le prisonnier, mais plaignez le verrou (45).
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

À d'autres moments, Victor Hugo insiste sur le fait qu'aucun


des vers dictés par la table ne se retrouve dans son œuvre.
« Jamais je n'ai mêlé à mes vers un seul des vers venus du mystère,
ni à mes idées une seule de ces idées. Je les ai toujours religieuse-
ment laissés à l'inconnu, qui en est l'unique auteur. /...] La muraille
qui sépare ces deux faits doit être maintenue, dans l'intérêt de
l'observation et de la science (46). » Lorsque le poète précise de
cette façon son rôle, il est revenu des expériences de Jersey. Elles
s'étaient terminées en juillet 1855. Il en parle désormais avec déta-
chement, mais sans rien renier. Ainsi dans son William Shakespeare,
lorsqu'il établit un parallèle entre le trépied des anciens, notam-
ment celui de Delphes, et les tables tournantes : « Du reste, quoi
que la crédulité en ait dit ou pensé, ce phénomène des trépieds et
des tables est sans rapport aucun, c'est là que nous voulons en
venir, avec l'inspiration des poètes, inspiration toute directe. La
sibylle a un trépied, le poëte non. Le poète est lui-même trépied.
Il est le trépied de Dieu (47). » Les tables, il n'y a pas de doute,
ont conforté Victor Hugo dans son rôle de mage.
Au cours des deux années que duraient ces expériences,
tous les grands problèmes de la philosophie hugolienne défi-
laient : le problème du mal, l'échelle des êtres, le paradis futur de
la civilisation universelle, la loi des progrès dans le règne animal
et dans le règne humain. Mais aucune des réponses de la table
n'apporte un élément que l'on ne retrouverait pas dans un ou plu-
sieurs textes de l'immense œuvre de Victor Hugo. Aussi l'intérêt
pour ces séances allait-il diminuant. Il est vrai que des accidents
étaient survenus, comparables d'ailleurs aux accidents que connaî-
tront dans des circonstances analogues les surréalistes. L'esprit
d'un des participants, J. Allix, se désagrégeait, en quelque sorte,
sous les yeux des participants. On enregistra des défections. Le
fidèle secrétaire des séances, Auguste Vacquerie, ne peut lui-même
réprimer son scepticisme : '« Tu as reçu mes procès-verbaux des
tables, n'est-ce pas ? écrit-il à Paul Meurice vers la fin de 1854.
Nous continuons à causer avec elles, moins passionnément, car je
penche beaucoup plus à croire maintenant qu'ils [les esprits] nous
rendent notre pensée, et que c'est tout bonnement un effet de
mirage (48). » Faut-il, après cet aveu, se perdre encore en conjec-
.QUELS RQMANIIQUES SQMMESJOUS?
Du. sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

turcs sur la réalité de l'existence des esprits et leur présence dans


les tables ? Une fois la parenthèse refermée, en été 1855, elle ne se
rouvrira plus jamais. Les tables avaient donné ce qu'elles pou-
vaient offrir à un moment précis de la carrière du poète. Victor
Hugo et les siens étaient d'ailleurs obligés de quitter Jersey en
octobre de la même année.
Quelle est finalement l'influence de cette expérience de spi-
ritisme sur l'œuvre et sur la pensée de Victor Hugo ? Les historiens
- à la suite du poète lui-même - l'ont tantôt exagérée, tantôt mini-
misée. S'il arrive à Hugo de penser que les révélations faites par la
table de Marine-Terrace et publiées après la mort des exilés fonde-
ront une « nouvelle religion qui englobera le christianisme en l'élar-
gissant, comme le christianisme avait englobé le judaïsme », il ne
manque pas de préciser, à d'autres moments, qu'aucune des phrases,
qu'aucun des vers dictés par la table ne sont entrés dans son œuvre
qui n'appartient qu'à lui. Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler une
fois encore que, arrivé à Jersey en août 1852, le poète est d'abord
occupé par la confection et la publication des Châtiments. Si ce
recueil marque, après des années de prose, le retour de Victor
Hugo à la poésie, ce n'est pas encore de poésie pure qu'il s'agit,
mais bien de poésie militante, faisant écho à l'Histoire d'un crime
et à Napoléon-le-Petit. Or, l'isolement, la solitude, le contact avec
la nature favorisaient d'autres formes de lyrisme, à la fois intimes
et cosmiques. L'expérience des tables a contribué à Péclosion de
celles-ci. Elles n'ont pas inspiré les Contemplations, ni la Fin de
Satan ; mais elles ont créé un climat dont ces œuvres ont profité.
Elles ont contribué à révéler Victor Hugo à lui-même : « Dans l'exil
(Contemplations, 1856) j'ai dit le mot qui explique toute ma vie :
J'ai grandi (49). »

1. Voir par exemple Robert Turcan, les Cultes orientaux dans le monde romain. Les
Belles Lettres, 1979.
2. Michel Winock, les Voix de la liberté, Le Seuil, 2001, p. 11 ; livre qui ne contient
pas moins de trois chapitres consacrés à Victor Hugo et à son engagement poli-
tique.
QUELS ROMANIIQUES SOMMESJOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

3. Parfaitement mise en lumière, aussi, par Philippe Muray, te XIXe Siècle à travers
les âges, Denoël, 1984 ; réédition Gallimard, 1999, coll. « Tel ».
4. Chateaubriand, Essai sur les révolutions. Génie du christianisme, p. p. Maurice
Regard, Gallimard, 1978, « Bibliothèque de la Pléiade », p. 428 ss. M. Regard,
dans ses commentaires (p. 1574), rapproche, de façon très pertinente, la question
posée par Chateaubriand de cette remarque de Joseph de Maistre, dans les
Considérations sur la France (Neuchâtel, 1796, Londres, 1797) : « La Révolution est
une lutte à mort entre le christianisme et la philosophie. Ou bien la Révolution
vaincra et une nouvelle religion apparaîtra, mais ce sera une religion satanique, ou
bien le christianisme l'emportera et alors apparaîtra une nouvelle société
rajeunie. »
5. Voir Marc Fumaroli, « Les abeilles et les araignées », étude figurant en tête de
l'anthologie de textes consacrés à la Querelle des Anciens et des Modernes
(XVII" et XVIIie siècles), Gallimard, 2001, coll. « Folio classique ».
6. Exception faite d'une exposition consacrée au Génie du christianisme à la Vallée-
aux-Loups dont il reste un excellent catalogue et d'un colloque de la Société
Chateaubriand (Paris, 14 et 15 octobre 2002).
7. Voir Paul Bénichou, le Sacre de l'écrivain (1750-1830). Essai sur l'avènement
d'un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne, José Corti, 1973 ; réédition
Gallimard, 1996 ; le Temps des prophètes. Doctrines de l'âge romantique,
Gallimard, 1977 ; les Mages romantiques, Gallimard, 1988 ; l'École du désenchan-
tement (Sainte-Beuve, Nodier, Musset, Nerval, Gautier), Gallimard, 1992.
8. Victor Hugo, Œuvres complètes, édition chronologique publiée sous la direction
de Jean Massin, Le Club français du livre, t. VIII, 1968, p. 1120. Cité désormais ŒC,
suivi du tome et de la page.
9. Voir l'étude fondamentale d'Auguste Viatte, tes Sources occultes du Romantisme :
illuminisme-théosophie (1770-1820), Champion, 1928, réimpression 1965.
10. Auguste Viatte, Victor Hugo et les illuminés de son temps, Montréal, Les Édi-
tions de l'Arbre, 1942 ; Genève, Slatkine Reprints, 1973 et 2002.
11. Voir Maurice Levaillant, la Crise mystique de Victor Hugo (1-843-1856), d'après
des documents inédits, Paris, José Corti, 1954.
12. ŒC, N, 473.
13. Voir Gérard Vinzac, les Origines religieuses de Victor Hugo, Blond et Gay,
1955.
14. ŒC, I, 836. Bien plus tard, dans un Carnet publié par Henri Guillemin et cité en
note, Victor Hugo écrira : « Ma mère n'aimait pas les prêtres : cette forte et aus-
tère femme n'entrait jamais dans une église ; non à cause de l'église, mais à cause
des prêtres. Elle croyait à Dieu et à l'âme ; rien de moins, rien de plus. »
15. Voir la lettre de Léopold Hugo à son fils, du 3 septembre 1822 : « Quant à l'ex-
trait baptistaire, la chose est plus difficile, car ta mère ne t'a pas fait donner le
sacrement qui te fait chrétien, je suis parfaitement sûr que tu ne l'as pas eu. » ŒC,
II, 1354. On trouvera l'ensemble des documents connus à ce jour dans la note de
Jean Massin, « Victor Hugo face au baptême », ŒC, II, 1371-1379.

1631
QUELSRQMANIIQUESSOMMESJJOUS?
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

16. ŒC, 11,712-713.


17. ŒC IX, 1497.
18. ŒC, 1,811.
19. ŒC IX, 354 et 361.
20. Auguste Viatte, Victor Hugo et les illuminés de son temps, op. dt, p. 157-158.
21.ŒC, II, 5.
22. ŒC V, 562.
23. ŒC IX, 90.
24. Victor Hugo, Œuvres complètes, Laffont, coll. « Bouquins », Critique, p. 518.
25. ŒC VII, 725.
26. Victor Hugo par lui-même. Le Seuil, 1959, coll. « Les Écrivains de toujours »,
p. 16.
27. Voir Guy Rosa, « 1848 : trois écrivains face à l'histoire [Hugo, Michelet,
Flaubert] », 48/14. La Revue du musée d'Orsay, n° 8, printemps 1999, p. 58-83,
ainsi que Michel Winock, « Victor Hugo devient républicain », dans les Voix de la
liberté, op. cit., p. 347-359.
28. ŒC, VIII, 1033.
29. Les Châtiments, VI, 15 ; ŒC, VIII, 736.
30. Destinée d'abord à servir de conclusion aux Châtiments, mais publiée vingt-
cinq ans plus tard seulement.
31.ŒC VIII, 818-819.
32. Le journal dirigé par Victor Hugo.
33. Voir ŒC IX, 1186ss.
34. ŒC IX, 1193.
35. ŒC IX, 1232.
36. ŒC, XI, 1305.
37. Victor Hugo spirite, Paris, Lyon, Emmanuel Vitte, 1929.
38. Avec Victor Hugo en exil, Paris, Les Belles Lettres, 1931.
39. Dans le Figaro littéraire du 26 février 1949 et du 20 décembre 1952, ainsi que
dans la Revue de Paris de septembre 1952.
40. La Crise mystique de Victor Hugo (1843-1856), d'après des documents inédits,
Paris, José Corti, 1954. Faut-il rappeler que José Corti était un proche d'André
Breton ?
41. Club français du livre, 18 volumes, 1967-1970. Ainsi « Ce que disent les
tables » se trouve inclus dans les œuvres de Victor Hugo, ce qui n'est plus le cas
dans l'édition « Bouquins », publiée sous la responsabilité de Jacques Seebacher et
de Guy Rosa (Paris, Laffont, 1985-1989, 15 volumes réédités en 2002).
42. Voir, pour de plus amples détails, la thèse de Jean Gaudon, le Temps de la
contemplation. L'œuvre poétique de Hugo de 1845 à 1856, Flammarion, 1969.
43. ŒC, IX, 1087.
44. ŒC, IX, 1360.
45. ŒC, IX, 385.
46. La Légende des siècles, cité par A. Viatte, [Link], p. 146-147.

I64
QUELS ROMANTIQUES SOMMES-NOUS
Du sublime au grotesque
Victor Hugo, Dieu
et les tables tournantes

47. William Shakespeare, cité d'après Victor Hugo, Œuvres complètes, Laffont,
1985, coll. « Bouquins », Critique, p. 262-263.
48. Cité par Maurice Levaillant, op. cit., p. 201.
49. Note de 1868, Œuvres complètes, Laffont, 1989, coll. « Bouquins », Océan,
p. 286.

• Professeur de littérature française à l'université de Baie (Suisse). Robert Kopp est


directeur littéraire de la collection « Bouquins Laffont ».

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