PROJET DE CONSERVATION DES SOLS ET DES EAUX
DANS LA ZONE SOUDANO-GUINÉENNE AU CENTRE DE
PORMATION RURALE DE TAM1 (TOGO)
J.M. Ubalde & R.M. Poch
Department de Medi Ambient i Ciències del $òl, Universitat de Lleida.
Av. Rovira Roure, 177. E-25 198 Lleida, Espagne.
RÉSUMÉ: Ce travail a pour objectif la réalisation d'un plan de conservation des sols et des
eaux dans une aire représentative du nord du Togo. Ce projet se développe au Centre de Formation
Rurale de Tami (CFRT), localisé dans la zone soudano-guinéenne de Togo. Cette région, avec une
haute densité démographique, c'est une de celles qui présentent les plus grands problèmes de
dégradation des sols du pays. Ce centre, avec des champs de 100 ha, c'est un endroit représentatif de la
région, oÙ sont bien manifestes ses problèmes de dégradation des sols: érosion, inondations et basse
fertilité.
Les critères pour décider des mesures d'aménagement ont été le diagnostic des problèmes et
leurs causes; le contexte socio-économique, les coûts des mesures et la maximisation de la
diversification des mesures pour que le centre devienne une aire modèle, oÙ l'on puisse tester
I'effectivité des mesures de conservation à moyen terme, et qu'elles puissent &e observées et
éventuellement adoptées par les paysans.
Les techniques de conservation des sols et des eaux qui ont été proposées sont relativement peu
coûteuses, sont connues par la population, exigent peu de moyens et peu de formation technique, ce
qui les rend adoptables par les paysans. Les principaux objectifs des aménagements de conservation
ont été le contrôle du ruissellement dans toutes les formes du terroir avec un système de terrasses
progressives et drainages et l'augmentation de la fertilité des sols avec l'apport d'amendements et
engrais. Les mesures les plus chères sont celles faites avec des pierres et les moins chères celles qui
utilisent du matériel véghl. Par contre, les plus acceptées socialement sont les oeuvres pierreuses, qui
choquent moins avec le système agricole actuel que celles en matériel végétal.
MOTS-CLÉS: Togo, zone soudano-guinéenne, érosion, fertilité, conservation des sols et des eaux.
ABSTRACT: The objective of this work is to make a soil and water conservation project in a
representative area of northem Togo. This project is carried out at the Centre de Formation Rurale de
Tami (CFRT), located in the sudano-guinean area of Togo. This region has a high population density
and is one of the most degraded areas of the country as far as soils are concemed. The CFRT occupies
100 ha, where the main problems derived of soil degradation in the area can be seen: erosion, flooding
and low fertility.
The criteria to decide the management measures have been the diagnosis of the problems and
their causes, the socio-economical environment, the cost of the measures and the variety of the
techniques to use, so that the CFRT can become a model area where the effectivity of the measures
can be tested, observed and eventually adopted by the fhrmers in a mid-term.
The proposed soil and consemtion techniques are relatively cheap, are b o m by the
population, require low inputs and almost no technical training, therefore they could be adopted by the
farmers. The main objectives are the control of any type of runoff by a progressive terracing and
drainage, and the increase of soil fertility by amendments and fertilisers. The most expensive measures
are those made with stones, and the cheapest ones those made with plant materials. On the contrary,
the most accepted are the first ones, which are more integrated with the present agricultural systems
than the ones using plants.
KEY WORDS: Togo, sudano-guinean zone, erosion, fertility, soil and water conservation
485
1. INTRODUCTION ET OBJECTIFS
Dans la Région des Savanes, la dégradation des sols rksultant des achvitds humain= est
trks importante. Dans cette région, en plus de la haute densité démographique (localement
supérieure a 300 hab/km2), une diminution de la productivité agricole a déjà été constatée : .
(Brabant et al.; 1996). Actuellement on estime que la totalité des sols sont menacés à un degré -.
plus ou moins fort par une érosion pluriforme.
Ce projet se développe dans une école agricole avec des champs de 100 ha appelé
Centre de Formation Rurale de Tami (CFRT), localisé dans la Région des Savanes, au nord '
du Togo (UTM: X=179 Km, Y=l 201.21 Km) (fig. 1). Dans ce centre on forme des paysans
de la zone, en régime de coopérative, pendant un séjour de deux ans, pour qu'ils rentrent dans :
Pig. I. - Carte de situafion du Centre de Formation Rurale de Tami (CFRT), TQgo-
Le CFRT, tout au iong de ses 30 annkes d'existence a aidé à l'introduction
d'arn&orafins d m I'agTiCltlture traditiome3le de la r@on, en utilisant ses champs de
démonstration de pratiques de culture améiiorées. Conscients du grave problème de
d6gmbtion des sols 4zze la souffre depuis les derni&es andes, le CFRT a demand-éun
plan de conservation des eaux et des sols de fagm que le centre devieme une airemod+le, d
t
les paysans puissent voir k s diB3rent.s amdnagementts de conservation des soh et des eaux
applicabla, les e€€& ilans leurs r h o k s et liar possible ineop&ion dans l a r sysiGme
agride amei.
486
487
trouvent les plateaux constitués d'un sol ferrugineux tropical peu profond sur cuirasse
latéritique. Sur les versants, se trouvent les résidus de démantèlement de la cuirasse ancienne
(glacis polygénique quaternaire avec sols ferrugineux tropicaux). A la base des versants, on
trouve un colluvium provenant d'érosion subactuelle et, dans les bas-fonds, des sols
hydromorphes sur sédiments quaternaires.
Presque toute la végétation du CFRT est une savane arborée peu dense, profondément
modifiée par le surpâturage, les feux répétés, la culture itinérante et le défrichement sélectif, si
bien que la diversité de la couverture naturelle est remplacée par un petit nombre d'espkces
conservées par l'homme, pour son intérêt alimentaire ou autres: en plus des espèces
caractéristiques (Daniella oliveri et Butyrospemtim paradomim) il y a la Parkia biglobosa,
1'Adansoniadigitatu, l'Acacia albi&, le í%"indus indica, ... Autres types de communautés
végétales existantes sont le bois (qui est un vestige de l'ancienne forêt sèche soudanienne) où
prédomine 1Ynogeissus leiocarpzs et la végétation des rivières, avec une grande varieté
d'espèces.
Les cultures qui prédominent sont les vivriers: mil, sorgho, maïs, arachide, soja et riz. Il
n'y a qu'une culture commerciale: le coton. Le CFRT a contribué à la diversification des
cultures de la région, avec l'introduction de nouvelles cultures et variétés.
3. DYNAMIQUE DE LA DÉGRADATION DES SOLS DANS LA
RÉGION
La Région des Savanes est une zone fortement dégradée, où les principaux problèmes
sont l'érosion et la perte de la fertilité (Akata, 1992). Le principal responsable de cette
dégradation a été l'homme, mais il faut ajouter aussi la sécheresse que souffre ces dernikres
années cette partie de l'Afrique (Rochette, 1989).
Pendant les dernières décennies, dans la Région des Savanes il y a eu une grande
croissance démographique, résultant d'un taux de fécondité élevé (7.6 enfants par femme) et
une forte baisse de Ia mortalité, due à l'augmentation des activités sanitaires depuis les années
70. L'effet immédiat a été l'augmentation des surfaces cultivées et la disparition de la jachère,
Clément clé dans l'équilibre du système agricole traditionnel de slash-and-burn. Cette
dynamique a entratné une dégradation rapide de la fertilité des sols, produisant une baisse de
la productivité agricole et aggravant la situation alimentaire, périodiquement préoccupante
(1700 cdpers/jour). Autres effets ont été la déforestation, due à l'augmentation du besoin de
combustible, et le surpâturage, dû à l'augmentation du bétail et le progrès de la santé
vétérinaire.
Une autre cause de la dégradation a été l'affaiblissement des règles et pratiques
d'exploitation traditionnelles (Constanty, 1991). Les structures traditionnelles villageoises qui
organisaient autrefois l'utilisation équilibrée du terroir se désagrègent aujourd'hui, car cette
autorité n'a pas intégré la nouvelle situation: la croissance démographique, l'introduction de
nouvelles techniques et la généralisation de l'économie marchande. Quelques pratiques
traditionnelles, comme la culture itinérante et le paillage des champs, ont également été
abandonnées, car elles entrent en contradiction avec le besoin d'espace. D'autre part on a
conservé quelques pratiques culturelles qoi appauvrissent le sol, principalement le recours
systématique au feu.
488
d
Avec tous ces considérants, la dégradation du milieu naturel apparaît très préoccupante.
À partir d'un déséquilibre bioclimatique, le maintien des pratiques traditionnelles d'agriculture
et d'élevage, incompatibles avec les taux actuels d'occupation du sol, ont entrdné une
importante disparition de la couverture végétale, un appauvrissement généralisé de la terre et
une érosion plus accentuée.
4. DIAGNOSTIC DES PROBLÈMES
On a déterminé les unités sol-paysages et leurs problèmes d'aménagement (tableau 1).
Position Classification Usage Limitations d'aménagement
FAO 1998 actuel
Plateaux Plintosol geric Culture
Versants Haut Acrisol ou Culture ou
Lixisol pâturage manque de nutriments, erosion
orthiplintic
Bas Acrisol ou Id. et peu de réserve d'eau
Lixisol arenic
Tronqué par Vertisol Compacité
érosion hipereutric
Bas-fond Accumulation Gleysol arenic Pâturage, riz
forte Phaeozem Forêt sacrée
pachic
Accumulation Plinthosol Pâturage, riz Inondation
faible stagnic,
endoeutric (inc.
Phaeozem
gleyic)
L'érosion des sols est l'un des problèmes les plus importants de la terre. On peut
distinguer les processus qui affectent les versants cultivés ou les prés pour le pâturage, et les
processus d'érosion du ravin (marigot), de type géomorphologique par ruissellement
concentré.
Dans la prospection de l'érosion, nous avons vu que, dans les parcelles et pâturages du
CFRT, principalement celles qui se trouvent dans les marges des plateaux et dans les versants?
souffient de l'érosion par splash et en nappe, mais elle peut être concentrée localement?avec
de petites rigoles. Ces types d'érosion sont favorisées par les facteurs suivants: pluies intenses
et copieuses pendant la saison humide, sols avec une très basse stabilité structurelle, cultures
qui laissent la superficie dénudée ou peu protégée au commencement et pendant la saison des
pluies, parcelles trop longues avec peu de contrôle du ruissellement superficiel et surpâturage.
Le centre a des problèmes graves d'érosion dans les marigots, par la concentration de
l'eau dans les bas-fonds. Dans la réalisation de la cartographie du marigot, nous avons vu que
40% de ses rives sont actives (moins de 20% de recouvrement du sol), concentrant la plupart
de cette activité dans sa tête, ou l'on a observé des avancements de 2 m en un seul jour. La
croissance du marigot est due a l'inondation des horizons superficiels sableux du sol par l'eau
qui vient des versants et des plateaux, qui sont plus perméables. Cette eau circule de forme
subsuperficielle, sur des horizons argileux dans ces positions-là et s'accumule dans les
horizons sableux plus épais des bas-fonds. La faible cohésion des sables fait qu'en se saturant,
les rives du marigot s'effondrent et elles sont traînées par l'eau. Le problème n'est pas celui de
l'excavation du cours du marigot mais celui du volume d'eau recueillie par le bassin versant et
l'instabilité des rives.
Un autre problème important dans le CFRT, ce sont les inondations dans les versants et
les bas-fonds pendant la saison humide, favorisées par les pluies intenses et copieuses, qui
surpassent souvent la capacité d'infiltration des sols, par le peu de contrôle du ruissellement
dans les versants et la basse capacité de rétention d'eau des sols. D'autre part, des periodes de
sécheresse sont &équentes au cours de la saison des pluies, entraînant notablement la perte des
semis.
Le dernier problème étudié a été la fertilité du sol, aussi bien chimique que physique.
De la fertilité chimique (tableau 2), il faut remarquer les faibles teneurs en matière organique,
inférieures à 1%, sauf dans le sol de la forêt (10%). La réaction des sols est modérément acide
dans les sols sableux, ce qui montre une tendance à. l'insaturation et au lessivage des bases,
mais il n'y a pas de risque de toxicité d'aluminium car l'acidité n'est pas inférieure à 5.5 en
aucun cas. Le dosage de nutriments est aussi très faible dans les sols cultivés des plateaux et
des versants: le N varie de 85 à 9 kg/ha, le P de 24 à 9 kgha et le K de 94 à 35 kg/ha (sauf
202 kg/ha dans le vertisol). La CEC est très basse dans les horizons les plus sableux en raison
de la texture et la faible teneur en matière organique, ce qui oblige à fiactionner la fertilisation
chimique.
pH Matière N-No3- P- K+
Sol HzO Organique Texture
Oken (cmol+/kg)
12.5 (%) (kaal (kg/ha) (kgha)
Plintosol
5.8 0.6 27 24 94 5 FAI-
(plat eau)
Acrisol ou Lixisol 6.1 0.4 13.5 10.5 35 - ArF
(versant)
Vertisol
(versant tronqué) 7.6 0.3 9 22.5 202 21.8 Ag
Gleysol, Plintosol
6.8 0.9 30 9 59 4.7 FAr
(bas-fond, pâturage)
Phaeozem
(bas-fond, forêt) 7.9 9.7 234 45 >1760 39.1 F Ag
Les propriétés physiques des sols qui ont été établies sont la capacité d'infiltration, la
densité apparente et la perméabilité. Pour les sols du CFRT, où la capacité d'infiltration varie
de modérée (bas-fons) à très rapide (plateaux), la densité apparente varie de 1 450 kg/m3 dans
la partie basse à 1 750 kg/m3 dans la partie haute et la perméabilité est lente et modérée au
bas-fond et modérée dans le reste. Cette tendance se traduit en une plus grande probabilité
d'érosion et d'inondation dans les parties inférieures du versant et du bas-fond sous pluies
intenses, et dans les parties hautes dans de longues périodes de pluie.
490
5. PROPOSITIONS D'AMÉLIORATION
Les propositions d'amélioration sont la conséquence de la diagnose des problèmes dans
Etude du milieu qui, comme nous avons indiqué ci-dessus, sont l'érosion et l'inondation
(fertilité physique) et le manque de nutriments (fertilité chimique). Ces mesures sont un
exemple de celles qu'on trouve dans la région. Ce sont des mesures qui ne demandent pas trop
de machines ni des techniques sophistiquées de construction, ce qui les rend adoptables par la
population. Les mesures de conservation se sont diversifiées au maximum, tout en suivant le
but d'habiliter le CFRT comme aire-modèle et de tester les mesures moyen et long terme.
Les propositions sont divisées en: aménagements de conservation des sols et des eaux et
amendement et fertilisation des sols.
a) Aménagements de conservation des sols et des eaux
1. Objectif contrôle du ruissellement superficiel dans les versants (parcelles agricoles):
- Division en parcelles plus petites avec alignements d'arbres. haies vives d'arbustes et
bandes d'arrêt enherbées qui interceptent le flux (fig. 5). Avec ces haies placées de
maniere isohypse il y aura un nivellement progressif de la pente: c'est la méthode des
terrasses progressives décrite par Roose (1986).
- Intercepter le flux avec des cordons de pierres selon les courbes de niveau (fig. 4).
Celle-ci est une mesure complémentaire à l'antérieure et qui aurait l'objectif de diminuer
la quantité et la vitesse de l'eau qui arrive à la tête du marigot.
- Assurer la réalisation des sillons selon les courbes de niveau.
- Drainage dans les parties du versant qui s'inondent (fig. 3) pour évacuer les eaux
excédentaires pendant la saison humide. Ces drainages recueilliront l'eau des parcelles,
pour la diviser a une vitesse non érosive vers la tête du marigot.
- Étudier la localisation et la viabilité de construire une mare (fig. 3). Cette mesure a
l'objectif principal d'emmagasiner une quantité minimum d'eau pour assurer une partie
de la récolte, en cas de sécheresse postérieure aux premières pluies.
2. Objectif contrôle du ruissellement sub et superficiel dans les bas-fonds et le marigot:
-Traitement des têtes du marigot avec la plantation des rives et avec des digues en
pierre qui contrôlent son développement. Le type de digue qu'on veut réaliser doit être
perméable pour diminuer la pression sur la structure et agir comme un filtre inversé qui
laisse passer l'eau graduellement des trous petits de la structure aux grands (Heede,
1970, 1979).
- Dimes de'retention en pierres sèches au long du cours du marigot. On a dessiné des
séries de digues en pierre pour fixer le profil du talweg et les rives actives. On a utilisé
les digues en pierre décrites par Heede (1970, 1979).
- Construction des dimes filtrantes au bas-fond (fig. 4), pour diminuer la vitesse de l'eau
et favoriser le nivellement du.sol. C'est une mesure associée aux rizières du bas-fond.
491
-
Rig. 5. Carte des travaux avec du matériel végétal.
492
b) Amendement et fertilisation des sols
1. Objectif Accroissement des teneurs en matière organique pour augmenter la
rétention de nutriments et la résistence à l'érosion, avec apportations annuelles et
continuées de:
- Amendements organiques en forme de fbmier de bétail. La production de fbmier et de
résidus organiques au CFRT n'est pas sufisante pour faire des amendements dans tous
les champs. Cela peut être pallié partiellement avec la culture intensive de fourrage.
Normalement il est plus efficace d'appliquer des amendements dans les meilleurs sols.
Ils pourraient cependant être justifiés dans quelques cas en sols dégradés (Roose, 1994):
dans les plateaux qui sont des zones productrices de ruissellement qui érode les sols
cultivés situés en aval et dans les sols dégradés mais avec potentiel agricole (plus de 30
cm de sol argileux, plus de 60 cm de sol sableux).
- Compostage. U convient d'établir le compostage des résidus organiques du centre
(domestiques et restes du biogas) pour son application au sol. Le principal problème du
compostage est le travail requis pour obtenir un bon produit et le besoin de temps (6-18
mois) (Roose, 1994).
- Matériel végétal provenant du désherbage et des haies vives. Le désherbage doit être
réalisé avec un labour qui laisse les mauvaises herbes sur le champ. Avec le matériel
provenant des haies vives on peut faire un paillage antiérosif sur la superficie et
l'enterrer à la fin de la période végétative.
2. Feu de brousse. II faut le substituer par un apport de fertilisants minéraux, au moins
dans les sols avec teneurs en matière organique faible.
3. Fractionnement de l'engrais azoté au moins 2 ou 3 fois et engrais de fond P et K dans
les sols sableux annuellement, pour augmenter graduellement le capital de ces éléments
dans le sol.
4. Laisser les parcelles les plus improductives en jachère, pour procéder au
rétablissement de leur fertilité et/ou planter des espèces améliorantes, pour leur capacité
de fixation de N (Rhizobium) ou pour avoir un feuillage riche en nutriments minéraux.
Quelques espèces utilisées dans la région avec ce but sont la Cassia siamea, le Cajamrs
cajun et l'Acacia holosericea.
6. ANALYSE DES COûTS
Dans notre projet on a calculé les coûts d'exécution des différents aménagements
(Tableau 3). Ces travaux, qui exigent des moyens relativement limités, se sont montrés
efficaces dans beaucoup de projets réalisés dans la région. On a calculé aussi le coût des
travaux sans la main d'oeuvre, pour approcher davantage le prix qu'ils auraient s'ils étaient
réalisés par les intéressés. On peut réduire encore davantage les prix si les paysans s'associent
pour acquérir le matériel et les machines.
Le type de travaui qui reste meilleur marché c'est celui qui utilise du matériel végétal,
avec une fluctuation de 364 FCFA/m pour les alignements d'arbres et de 1 064 FCFNm pour
les haies vives d'arbustes. Les travaux qui reviennent les plus chers sont ceux réalisés avec
493
des pierres, qui coûtent 2 120 FCFA/m pour les cordons de pierres et 5 215 FCFA/m pour les
digues filtrantes. Le système de drainage est dans une position intermédiaire avec 820
FCFA/m. I1 faut remarquer l'importance de la main d'oeuvre dans le coût total, par exemple,
dans les alignements d'arbres le coût est de 364 FCFNm, dont 252 FCFNm correspondant à
la main d'oeuvre. L'exception sont les bandes enherbées qui ont un coût de main d'oeuvre très
bas (77 FCFNm).
Coût total Coût relatif par unité (FCFA)
Concept pour le CFRT Matériel, Main
unité
@CFA) machines d'oeuvre
Haies vives d'arbustes 4 177 825 1 064 685 379 m
Bandes d'arrêt enherbées 1253 450 440 3 63 77 m
Alignement d'arbres 8 020 998 364 112 252 m
Reboisement 11 160 979 55 22 33 m2
Cordons de pierre 6 030 827 2 120 1576 544 m
Digues filtrantes au bas-fond 7 822 500 5 215 4 498 717 m
Dimes de retention en Dierre 1966496 196650 184565 12085 unité
Système de drainages 3 791 452 820 439 381 m
Mare 1 087 105 3 62 2 360 . m;'
D'un autre côté, les travaux réalisés avec des pierres sont les mesures les plus acceptées
par les paysans: ces types de travaux, bien qu'ils requièrent beaucoup de travail pour la récolte
de pierres, demandent peu d'entretien, ils donnent un bon résultat, ils ressemblent aux
pratiques traditionnelles d'épierrement des parcelles et ils n'entrent pas en contradiction avec
les pratiques culturales, comme le feu. Les travaux avec des plantes sont plus eficaces et
meilleur marché, mais ils sont moins utilisés car il s'agit d'une technique plus exigente dans la
réalisation de la pépinière, la plantation et l'entretien, en raison aussi du vide juridique sur les
plantations forestières et la difficulté de succès avec les problèmes actuels de feu et de
surpâturage. Finalement, la réalisation de drains pour lutter contre les inondations est une
pratique tres peu répandue.
7. CONCLUSIONS
Le CFRT est un endroit représentatif de la région, c'est pourquoi il s'agit d'un lieu apte
pour pratiquer les techniques d'amélioration agricole qui soient applicables à toute la zone.
Les principaux problèmes diagnostiqués sont I'érosion, les inondations et le manque de
nutriments du sol. On a introduit un système de contrôle du ruissellement dans toutes les
parties du relief, avec des moyens relativement limités, avec le but que ce soient des mesures
adoptables par la population de la région. On a proposé aussi des mesures en vue d'augmenter
les teneurs en matière organique et nutriments du sol.
Avec la réalisation de ce projet, le CFRT améliorera son rôle d'aire-modèle, et
deviendra un lieu excellent pour la formation et la prise de conscience des paysans. En plus,
on pourra placer des parcelles d'expérimentation, qui permettront d'évaluer les techniques de
conservation des sols et des eaux realisées et de les améliorer.
494
REMERCIEMENTS:
Nous tenons à remercier le Frère Felipe García, directeur du CFRT, pour son
inestimable aide et pour tout le travail fait au centre; I'ONG PRODE, le Centre de
Cooperació Internacional de l'université de Lleida et la Diputació de Lleida pour leur
financement. Au professeur Miracle Freixes pour la révision du texte en frangais.
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