Déclin des valeurs et sinistrose en France
Déclin des valeurs et sinistrose en France
Daniel MARTIN
[Link]
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Table des matières
1. Evolution de nos certitudes ............................................................. 4
1.1 L'ère du savoir provenant d'une autorité ..........................................................4
1.2 La séparation progressive de la philosophie, de la religion et de la science 5
1.3 La baisse de la pression sociale .......................................................................6
2. Conséquences de la dévaluation de l'autorité ............................... 7
2.1 La morale .............................................................................................................8
2.2 La perte du respect, de la religiosité et de la morale .......................................9
2.3 La perte du sens de l'engagement personnel ................................................12
2.4 La perte du sens du devoir ..............................................................................12
2.5 Baisse de la pression sociale et augmentation des suicides .......................13
2.6 Un bonheur souvent inaccessible ...................................................................14
2.6.1 Brefs rappels de psychologie du bonheur ......................................................... 14
2.6.2 Inversion des valeurs chez les jeunes en situation d'échec ............................. 15
2.6.3 Rapport Obin : l'islamisation extrémiste dans l'Education nationale .............. 16
2.7 Des jeunes attirés par le mal ...........................................................................17
2.7.1 Ceux qui deviennent casseurs ou terroristes .................................................... 18
2.8 Un enseignement inadapté ..............................................................................18
3. Pourquoi la sinistrose actuelle ? ................................................... 20
3.1 Analyse de la sinistrose ...................................................................................20
3.1.1 Le travail, une valeur fondamentale de l'identité d'une personne .................... 21
[Link] L'identification au rôle social : une étape indispensable dans la
construction de soi ................................................................................21
[Link] La discrimination dans l'accès au travail ou au logement ......................21
[Link] Les trappes à chômage .........................................................................22
[Link] L'aliénation dans le travail .....................................................................22
[Link] La peur de perdre son emploi................................................................23
[Link] La peur de la mondialisation..................................................................24
3.1.2 Les inégalités ....................................................................................................... 24
3.1.3 La générosité des Français ................................................................................. 25
3.1.4 L'hostilité ambiante ............................................................................................. 25
[Link] Délits : statistiques officielles et données d'enquête..............................27
[Link] La violence en Corse.............................................................................30
[Link] Conflits du travail ...................................................................................30
3.1.5 L'impuissance, l'absence de prise sur le monde alentour ................................ 30
3.1.6 La sinistrose dans l'opinion française : sondages IFOP et CSA 08/2005 ........ 31
3.1.7 L'inquiétude face à un avenir qu'ils ne maîtrisent pas ...................................... 32
3.1.8 Une société matérialiste ...................................................................................... 33
3.1.9 L’affaiblissement de la volonté de se donner du mal ........................................ 34
3.1.10 La perte de confiance dans la classe politique.................................................. 35
3.2 L'absence de rêve, de vision, d'espoir ............................................................37
3.2.1 Le rêve personnel ................................................................................................ 37
3.2.2 Des entreprises dynamiques et conquérantes .................................................. 38
3.2.3 Une vision pour la France ................................................................................... 38
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3.3 Des media pour briser la barrière d'incompréhension ..................................41
4. La demande des Français ............................................................... 42
5. Annexe .............................................................................................. 42
L'humanité a mis deux mille ans à séparer religion, philosophie et science, et pour
beaucoup d'hommes ce processus n'est pas terminé.
C'est ainsi que pour les musulmans wahhabites d'Arabie Saoudite il est
inconcevable de séparer les pouvoirs religieux, politique, juridique et militaire ;
pour les Iraniens, la « république » a bien des élections et des députés, mais les
candidatures aux élections et les lois votées doivent être approuvées par les
mollahs au pouvoir, dont la sainteté et l'autorité sont autoproclamées ; et pour
les Américains de certains états il n'est pas question d'enseigner
l'évolutionnisme de Darwin, car il contredit la création du monde décrite par la
Bible.
De leur côté, les Français n'ont pas de quoi être fiers au sujet de leurs croyances.
Selon [14] page 120 (dont l'auteur sait de quoi il parle, parce qu'il passe son temps à
sonder l'opinion de ses concitoyens) :
"…plus de la moitié des Français disent croire à Jésus-Christ, fils de Dieu, mais
aussi à la transmission de pensée, la moitié croit aux prédictions des voyantes,
le tiers aux extraterrestres ou aux tables tournantes."
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laquelle c'est Dieu qui a créé le monde [32] et l'homme n'a pas évolué, ayant été
créé par Lui tel qu'il est.
Il y a encore beaucoup de Français qui pensent que l'économie devrait
fonctionner suivant les principes d'équité auxquels ils tiennent. Ils n'ont pas
encore compris qu'elle fonctionne suivant des lois propres, indépendantes de ce
qu'ils considèrent comme « bien » ou « mal », et que c'est aux Etats d'en
corriger les effets, par exemple en imposant et en subventionnant les citoyens
selon des principes censés compenser les inégalités (Détails).
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comment. Il pouvait espérer une amélioration indéfinie de sa compréhension du
monde et de son pouvoir sur la nature.
Bien que la science soit loin, aujourd'hui, d'avoir décrit et expliqué tous les
phénomènes observés, qu'il s'agisse du monde physique ou de la société humaine,
elle est débarrassée des à priori religieux, philosophiques ou idéologiques. N'ayant
plus le pouvoir d'imposer une explication du monde, l'autorité est donc dévaluée :
ce point est capital, nous en verrons les conséquences ci-dessous.
Non seulement les Français ont été de moins en moins soumis à l'autorité d'un roi, la
royauté (absolue ou constitutionnelle) disparaissant au profit de la République
(démocratique), mais de plus en plus d'individus se sont affranchis de la pression du
groupe où ils vivaient. Des millions de paysans sont venus travailler à la ville à partir
du XIXe siècle, échappant ainsi à la pression du milieu villageois et familial dans
lequel ils vivaient jusque là. Devenu ainsi autonome, financièrement et socialement,
chaque individu a pu davantage décider par lui-même ce qu'il ferait et comment il
vivrait, sans subir la pression de sa famille ou du qu'en dira-t-on de son village. Cette
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évolution vers l'autonomie s'est poursuivie avec le salariat des femmes, devenues
plus indépendantes en pouvant subvenir seules à leurs besoins.
La dernière grande baisse des contraintes sociales a été celle qui a suivi mai 1968,
avec un effondrement de plusieurs valeurs [33] fondamentales symbolisé par le
slogan « il est interdit d'interdire », notamment :
La libération des mœurs, les gens se donnant le droit de faire sans se cacher
des choses dont ils auraient eu honte auparavant ;
La perte du respect de « l'autre », devenu mon égal même s'il est plus savant,
plus riche, plus méritant, ou chargé d'une responsabilité publique élective ou
administrative ; cette perte de respect a entraîné une perte de politesse ;
La dévalorisation des devoirs de chacun au profit de ses droits, d'où plus
d'individualisme, plus d'égoïsme, moins de civisme ;
La perte de respect pour le travail et l'effort, etc.
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autorité a diminué, elle n'impose plus aujourd'hui sa morale et l'unité sociale qu'à un
pourcentage réduit de la population. Celle-ci est donc de plus en plus amorale et
individualiste.
2.1 La morale
Toute notre morale, dont les règles doivent gouverner le comportement de chacun
vis-à-vis des autres, repose sur deux principes, affirmés tout autant par la religion
chrétienne que par la philosophie de Kant, qui les érige en devoir de l'homme, valeur
[33] suprême :
Une action n'est morale que si elle est désintéressée. Par une telle action,
l'homme - qui est libre de la faire ou non, voire de faire le contraire - oublie son
intérêt au profit de celui de « l'autre ». Il accepte de sacrifier son égoïsme et ses
aspirations au bien de son voisin ou de la société tout entière.
L'action d'un homme vertueux doit tendre vers le bien commun (on dit vers
l'universel). Il doit faire passer l'intérêt de la société avant le sien. Il doit respecter
la loi, établie pour le bien de tous. En fait, il doit respecter pour tous ses
contemporains les droits définis dans la Déclaration universelle des droits de
l'homme [23].
La société a donc, vis-à-vis de chaque enfant puis de chaque adulte, le devoir de lui
transmettre les règles morales qu'elle a adoptées (parfois depuis des siècles), dans
le cadre de ses valeurs fondamentales [33]. Ce sont ces règles qui définissent le
permis et le défendu, le louable et le méprisable, le possible, l'impossible et
l'obligatoire. Il ne faut pas compter sur les lois - comme on a trop tendance à le faire
en France - pour remplacer les règles morales, car il est bien plus facile de tourner
une loi que de passer outre à une règle morale intériorisée depuis des années.
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Hélas, en France et particulièrement depuis mai 1968, la transmission de la culture
[33] (dont la morale fait partie) se fait bien moins et bien plus mal. C'est
particulièrement vrai du fait de l'Education nationale, comme le montre le texte
"L'enseignement victime de l'idéologie".
Le savoir n'est plus respecté comme naguère, et dans les milieux pauvres les « bons
élèves » sont rejetés par une société qui n'accepte de reconnaître comme siens que
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les ignorants. En même temps que le savoir, ces groupes rejettent ceux qui
respectent les lois écrites ou morales et montrent qu'ils sont intégrés dans la société
traditionnelle.
Le travail est dévalué, c'est une valeur [33] ringarde qui ne donne droit à aucun
respect. Pire même, les jeunes ne connaissent plus la règle « le travail est un
investissement qui doit précéder le plaisir » (exemples : impossible de jouer du piano
sans apprendre d'abord le solfège et faire des gammes, impossible de gagner une
compétition sportive sans s'entraîner d'abord, etc.)
Pire même, en perdant le respect des autres on perd le plus souvent le respect de
soi-même. Parce qu'on n'accorde plus beaucoup de valeur à l'image qu'on donne
aux autres de soi-même (les autres ne méritant pas qu'on se donne du mal pour leur
présenter une bonne image) et parce que le respect de soi-même exige un effort
(dont on n'a plus l'habitude et qui n'a plus de valeur sociale), alors on se néglige. On
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s'habille de vêtements à peine propres, on se tient mal, on ment, on triche et on ne
respecte plus assez sa santé physique : on ne fait plus assez d'exercice, on se
bourre de sucreries, de graisses, d'alcool et parfois de drogue, on s'avachit devant la
télévision et les jeux électroniques.
J'ai été stupéfait de constater que les émissions amorales de « télé réalité »
étaient suivies par des millions de téléspectateurs. Ceux-ci se comportaient
comme des voyeurs qui aimaient regarder des tranches de vie où les acteurs
étaient déshumanisés, réduits à leurs instincts les plus animaux et leurs
émotions les plus primitives, ainsi qu'à un espoir de gain facile d'argent et de
notoriété acquise sans travailler. Ces émissions étaient une forme de
pornographie et une insulte à la dignité de leurs acteurs comme de leurs
spectateurs.
Mai 1968
En rejetant l'ordre public, l'autorité, la responsabilité, la valeur du travail et celle du
savoir, mai 1968 a porté le manque de respect à un nouveau sommet : « Il est
interdit d'interdire ». Nous souffrons encore, près de quarante ans après, des dérives
morales que cette époque a encouragées par idéologie. Voici ce qu'en dit [27] pages
58-60 :
"« Il est interdit d'interdire ». C'est où l'on passe de la liberté à la licence, de la
révolte à la veulerie [la lâcheté], du relativisme au nihilisme [la négation des
valeurs morales [33] ]. Cela ne peut mener qu'à la décadence ou à la barbarie. Il
n'y a plus ni valeur qui vaille ni devoir qui s'impose ; il n'y a que mon plaisir ou
ma lâcheté, que les intérêts et les rapports de forces."
"Si tout est permis, il n'y a rien à s'imposer à soi-même, ni à reprocher aux
autres. Au nom de quoi combattre l'horreur, la violence, l'injustice ?"
"Si tout est permis, le terrorisme l'est aussi, et la torture, et la dictature, et les
génocides…"
Le refus de toute autorité, caractéristique des gauchistes (terme inventé par Lénine),
se manifeste encore, de nos jours, par des partis systématiquement contestataires et
utopistes comme Les Verts et le mouvement ATTAC. Leurs membres sont capables
de débattre pendant des semaines sans se mettre d'accord, aucun n'acceptant
d'écouter les autres et de se rallier à son point de vue. Habiles dans l'art d'agiter, les
gauchistes du Nouveau Parti Anticapitaliste dominent plusieurs syndicats, qui
contestent tout et veulent comme Les Verts une société communiste sans
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concurrence qui n'a aucune chance de voir le jour, ou de durer si on l'instaurait.
(Pour plus de détails, voir "Altermondialisme : une analyse critique".)
Oh certes, beaucoup de gens font partie d'une association, pour se donner bonne
conscience, quand ce n'est pas pour en tirer un avantage ou pour passer le temps.
Mais des engagements comme celui-là n'engagent guère, ou pas pour la vie.
Inutile de s'appesantir sur les parents qui n'accordent pas assez de temps à leurs
enfants, qui les mettent devant la télé pour s'en débarrasser, ou ne cherchent pas à
savoir pourquoi ils ont de mauvais résultats scolaires, ou font de grosses bêtises. Ils
s'étonneront peut-être, trente ans plus tard, que leurs enfants les oublient à leur tour.
Le sens du devoir n'est plus ce qu'il était : voilà pourquoi le respect et l'engagement
personnel ont reculé.
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2.5 Baisse de la pression sociale et augmentation des suicides
A ma connaissance, le père de la sociologie est le Français Emile Durkheim. Dans
son célèbre ouvrage [17] il a montré à l'aide de statistiques que le suicide est un
phénomène social, puisque les taux de suicide varient considérablement en fonction
des milieux sociaux. En considérant les trois facteurs d'intégration sociale que sont la
religion, la politique et la famille, Durkheim a démontré ce qui suit.
Dans les sociétés occidentales, plus l'intégration sociale est faible, plus il y a de
suicides. Voici pourquoi. L'intégration sociale produit des contraintes de la société
sur chaque individu, contraintes qui définissent le bien et le mal, le permis et l'interdit,
c'est-à-dire des valeurs [33]. Lorsque l'évolution de la société où il vit diminue les
contraintes de celle-ci sur l'individu, celui-ci trouve de moins en moins de bornes à
ses désirs. Ceux-ci augmentent alors, accroissant l'insatisfaction et les frustrations,
parfois jusqu'au désespoir qui conduit au suicide.
C'est ainsi que le relâchement des liens familiaux, la plus grande facilité de
divorcer et la multiplication des films et publicités érotiques suppriment les
bornes des désirs sexuels, accroissant ainsi le fossé entre ce que l'individu
désire et ce qu'il peut satisfaire, donc les frustrations. On constate aussi que le
suicide est plus fréquent dans les pays où le taux de divorces est plus élevé.
C'est ainsi qu'il y a plus de suicides dans les pays peu religieux (où les
contraintes sociales des pratiques religieuses sont peu importantes) que dans
les pays religieux.
C'est ainsi qu'il y a plus de suicides à la campagne ou chez les personnes qui
vivent seules, qu'à la ville et chez les personnes bien entourées et soumises au
jugement de leur entourage.
Dans leur étude [20], Znaniecki et Thomas ont montré que la transplantation
consécutive à l'émigration provoquait une désorganisation sociale des familles, qui
provoquait à son tour la démoralisation des immigrés ; dans leur pays d'accueil ceux-
ci ont alors le sentiment que leur vie n'a plus de sens et de but. L'analogie avec l'état
d'esprit de nombreuses personnes issues de l'immigration en France est frappante :
l'immigration constitue en elle-même une cause de démoralisation. Tant que ces
personnes ne se sont pas intégrées pleinement dans la société française, leurs
règles de vie sont mal définies, voire contradictoires, d'où leur démoralisation et
parfois leur conduite asociale, leur révolte.
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Nous comprenons à présent, au vu des travaux de Durkheim et de ses successeurs,
que les conditions sociales de la sinistrose sont particulièrement remplies dans notre
pays.
D'après [18], il y a eu en 2003, en France, 10 660 suicides (7 940 hommes et
2 720 femmes), et plus probablement 13 000 suicides environ compte tenu des
phénomènes de sous-déclaration. En 2001, la France avait le plus fort taux de
suicides en Europe des 15 après la Finlande et l'Autriche.
D'après [19], la probabilité de se suicider des hommes nés en 1956 correspond
à 1,8 fois celle des hommes nés en 1930, augmentation considérable
correspondant à une forte baisse d'intégration sociale.
Le suicide étant un acte extrême, on conçoit qu'un pays qui compte un fort taux de
suicides compte aussi une forte proportion de personnes qui, sans aller jusqu'au
suicide, s'estiment désorientées et malheureuses.
Savoir qu'il existe signifie pouvoir affirmer sa personnalité et ses buts, en les situant
par rapport aux autres hommes, et voir ces affirmations acceptées par les autres.
Cela signifie devoir faire face à des défis et, lorsqu'on l'a fait avec succès, se sentir
plus grand et voir cette grandeur reconnue par les autres. Chaque homme voudrait
voir ses qualités, sa position sociale, son travail, etc. appréciés par les autres, et si
possible enviés.
C'est à cause de ce besoin essentiel qu'on voit tant de tags et de dessins sur
nos murs : ce sont les signatures de gens qui se sentent exclus de la société et
veulent affirmer leur existence ; et, avec certains dessins, leur talent artistique.
C'est ainsi que le refus de ces exclus d'être traités de « racaille » et de subir de
multiples contrôles d'identité est l'une des causes de la révolte des banlieues de
l'automne 2005.
Etre en harmonie avec le contexte signifie être bien dans sa peau, sentir qu'on a
réussi à atteindre un but qu'on s'était fixé, qu'on est bien intégré dans une société où
on joue son rôle avec succès. L'homme est un être social. Beaucoup de jeunes des
banlieues se sentent rejetés et empêchés de vivre comme les autres Français, et
cette non-intégration les met en fureur.
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moins apprécié ? Il a aussi besoin de se situer par rapport aux règles de
fonctionnement de la société : quelles règles de vie ai-je accepté, quels buts me
suis-je donné ?
Pour être bien dans sa peau, l'homme a besoin de succès reconnu par les
autres dans ce qu'il a entrepris ; il en a besoin autant que de santé physique. Le
succès est une preuve d'harmonie.
2.6.2 Inversion des valeurs chez les jeunes en situation d'échec
En même temps qu'ils ont perdu le respect, certains hommes ont perdu leurs
repères, ou ne les ont pas construits pendant leur enfance et leur adolescence.
Manquant d'affection de la part de leurs parents, ils n'ont connu de l'amour que les
caricatures des films télévisés. Manquant de leçons familiales - ou au moins
scolaires - sur le bien et le mal, le permis et l'interdit, les droits et les devoirs, ils n'ont
appris que les règles des bandes du quartier et celles des films de violence.
Manquant de respect de la part des autres, ils ne respectent que la force, imposée
par la contrainte. Manquant d'instruction civique, ils ont de la société une image
déformée, cruelle et injuste.
A chaque occasion, ils ont constaté qu'ils n'étaient pas en harmonie avec leur
contexte de vie. A l'école, lorsqu'ils se comparaient aux autres, ils se trouvaient parmi
les mauvais ; lorsqu'un test vérifiait leurs aptitudes, ils échouaient : mauvais en
lecture, en dictée, en mathématiques, etc. Plus tard, lorsqu'ils cherchaient un travail,
ils faisaient partie de ceux qui n'en trouvaient pas. Ils vivaient dans un quartier
pauvre, dominé par des caïds, sans espoir d'en sortir ; du reste, leurs parents et
leurs frères et sœurs y étaient toujours, parfois depuis des décennies. La société
française, dont la télévision montrait souvent l'opulence et la réussite, les rejetait. Ils
avaient moins d'argent que les autres. La police les soupçonnait en vérifiant leurs
papiers plus souvent que ceux d'autres gens, et ces soupçons étaient insultants.
Constatant que d'autres possèdent les biens et les qualités qu'eux-mêmes n'ont pas ;
constatant que d'autres ont dans la société une place et une importance qu'eux-
mêmes n'ont pas ; ayant perdu l'espoir d'atteindre jamais le même niveau de
reconnaissance sociale que les autres, ils deviennent envieux. La psychologie nous
apprend alors qu'ils inversent les valeurs : ils déclarent mauvais ce qui est désirable
pour les autres et bon ce qui représente leur condition personnelle :
Il est mauvais d'être intelligent ou bon élève, mais bon et valorisant d'être un
cancre qui déclare inutiles l'intelligence et l'effort scolaire ;
Il est mauvais d'être bien habillé, mais bon de montrer par ses vêtements qu'on
appartient à une société de quartier différente de celle des bourgeois ;
Il est mauvais de travailler (inversion de valeur : on déclare détestable ce qu'on
n'a pu obtenir ou pas pu bien faire) et il vaut mieux voler ou vendre de la
drogue ;
Il est mauvais de respecter la société et les gens qui représentent ses valeurs :
Les policiers et les juges, qui représentent l'ordre et le respect de la loi sont
des ennemis ;
Les médecins, infirmières et pompiers, qui représentent des services de la
société détestée, doivent être bombardés d'objets divers pour qu'ils sachent
combien on les hait ;
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Les voitures et magasins, symboles de l'argent des autres, doivent être
dégradés ou détruits, pour qu'ils ne représentent plus une supériorité par
rapport à sa propre misère ;
Les instituteurs et professeurs qui représentent le savoir et l'autorité de celui
qui enseigne doivent être méprisés et insultés, etc.
Cette inversion des valeurs fait alors de ces personnes des ennemis de la société.
Les messages des media et l'exemple des caïds du quartier provoquent, chez les
gens qui ont des repères affaiblis, l'envie de posséder, jouir, désobéir et dominer eux
aussi. Mais comme le plus souvent ils ne peuvent satisfaire ces envies, ils en
conçoivent frustration, envie et rancœur.
Voir aussi l'influence des cultures africaines et maghrébines sur la prédisposition des
jeunes à la violence.
2.6.3 Rapport Obin : l'islamisation extrémiste dans l'Education nationale
Voici deux extraits du rapport de l'Inspecteur Général de l'Education nationale J-P
Obin [16], après enquête dans des dizaines d'établissements d'enseignement
français :
"Les manifestations observées en milieu scolaire, individuelles et le plus souvent
collectives, revêtent des formes parfois licites (comme la participation au jeûne
rituel ou le refus d'aliments non consacrés, ou encore le marquage vestimentaire
des parents), parfois illicites (comme l'absentéisme sélectif, ou le refus ou la
contestation d'activités et de contenus d'enseignement), ou au caractère parfois
plus difficile à apprécier (comme certaines revendications d'adaptation de la vie
scolaire ou des contestations politico-religieuses.)"
"Dans certains quartiers, qui sont loin répétons-le de se cantonner aux banlieues
des grandes villes, se sont déjà édifiées des contre-sociétés closes dont les
normes sont le plus souvent en fort décalage voire en rupture avec celles de la
société moderne et démocratique qui les entoure. Il ne s'agit nullement pour ces
populations d'un repli identitaire des plus anciens, mais bien d'une identité de
substitution qui se diffuse d'abord parmi les jeunes de la seconde ou troisième
génération. Le terreau social sur lequel se développent ces évolutions est bien
connu, c'est la ségrégation dont sont victimes ces populations devant l'accès à
l'habitat, à l'emploi et aux loisirs, du fait de la xénophobie et du racisme, depuis
leur arrivée sur le sol national. L'intériorisation de cette injustice porte toute une
jeunesse vers le ressentiment, le repli et parfois la radicalisation. Des
organisations, le plus souvent structurées sur le plan international, prospèrent
sur ce terreau et assurent à cette nouvelle identité "musulmane" une promotion
efficace, dans une surenchère permanente qui donne aux plus radicaux souvent
le plus de poids auprès des plus jeunes ou des plus fragiles (parmi ces derniers
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on peut placer un certain nombre de jeunes convertis ; la direction centrale des
renseignements généraux estime ces radicaux à 1100 sur environ 50 000
convertis).
Le projet de ces groupes ouvertement ségrégationnistes et qui dénoncent
l'intégration comme une apostasie ou une oppression, va encore plus loin. Il est
aussi de rassembler ces populations sur le plan politique en les dissociant de la
nation française et en les agrégeant à une vaste "nation musulmane". Nous
avons dit combien ce projet nous semblait déjà bien diffusé et mis en œuvre
dans la jeunesse scolarisée, notamment auprès de ces collégiens et lycéens qui
refusent, parfois massivement, de s'identifier comme "Français" et ont pris
comme héros les partisans de la guerre à outrance contre le monde occidental."
Hélas, les choses ont changé. De nos jours, trop de jeunes sont désabusés. A force
d'échecs et de mépris, ils ne croient plus pouvoir changer le monde, ils n'ont plus
guère d'espoir de s'y faire une place. Privés désormais d'une bonne part des repères
traditionnels, beaucoup de jeunes s'en construisent de nouveaux. Et pour s'opposer
à leurs parents comme la génération précédente, ils choisissent de glorifier le Mal,
comme dans les films d'extrême violence et les jeux vidéo.
Pour certains, cette glorification est un jeu : ils portent des vêtements noirs avec des
symboles sataniques, écoutent des musiques tristes dans l'obscurité et se disent
« gothiques », ou adorateurs de Satan qui s'oppose à Dieu. Pour la plupart d'entre
ces jeunes, cette contre-culture ne dégénère pas ; pour un petit nombre, hélas, elle
favorise la violence : tombes profanées, néonazisme, satanisme, actes de
destruction ou de mutilation, etc. Certains espèrent trouver dans ces pratiques, dans
l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes ou le mal qu'ils peuvent causer, une « toute-
puissance » symbole d'une place qu'ils n'espèrent pas trouver dans la société.
D'autres jeunes choisissent l'oubli dans la drogue et son paradis artificiel, d'autres
encore brûlent des voitures, des lieux de culte ou des écoles.
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Notre civilisation a toujours compté sur le dynamisme de la jeune génération pour
une bonne part de ses progrès. Hélas, aujourd'hui et particulièrement en France,
beaucoup de jeunes ne veulent plus se battre pour ce progrès ; ils redoutent l'avenir
et n'aspirent plus qu'à une jouissance immédiate.
2.7.1 Ceux qui deviennent casseurs ou terroristes
L'inversion de valeurs [33] fréquente chez les jeunes Français, particulièrement ceux
issus de l'immigration, en fait basculer certains dans la violence : ils deviennent
casseurs, brûlent des voitures, etc. Un tout petit nombre bascule dans le terrorisme.
La psychologie du phénomène est analysée en détail dans "Pourquoi sont-ils
devenus casseurs ou terroristes ?".
On encourage les jeunes à ne plus apprendre des autres, à tout redécouvrir par eux-
mêmes, ce qui ne marche pas du tout en matière de sciences (le nombre d'Einstein
est réduit), de philosophie (peut-on découvrir soi-même ce qu'ont apporté Descartes
et Kant), d'expression française (on ne réinvente ni le vocabulaire ni la grammaire),
de littérature (on n'étudie plus jamais un livre entièrement) et de citoyenneté (on ne
redécouvre pas par soi-même les institutions et les lois de la République). On ne se
fatigue plus à faire des démonstrations de géométrie et on n'apprend plus le latin,
tant pis pour la rigueur que ces disciplines apportaient. On n'apprend plus à se
concentrer pour calculer mentalement, puisqu'il existe des calculettes.
18
élogieuses, une bonne note ou un prix en fin d'année, l'élève associe travail scolaire
et future récompense, et il prend l'habitude de travailler. Mieux même, il y prend
plaisir, parce qu'à chaque fois qu'il apprend quelque chose il a l'impression de
s'enrichir, de devenir plus fort, plus estimable pour les autres.
Devenu adolescent puis adulte, le travail et l'effort lui paraissent alors naturels.
Le travail bien fait finit par faire partie du respect de soi-même : on se mépriserait de
l'avoir bâclé. Tout homme est alors comme le pianiste qui doit faire six heures
d'exercices par jour et les fait avec joie ; il est comme le sportif qui doit s'entraîner,
manger et dormir en vue des compétitions futures, et accepte cette discipline de vie.
Chaque effort pour relever un défi, pour se dépasser, devient source de plaisir avant
même que le succès final récompense ces efforts.
Mais hélas, de nos jours on évite de noter les élèves, pour ne pas que certains
puissent souffrir de la comparaison aux autres. Souvent, ceux qui ont bien travaillé
ne se sentent pas récompensés. Dans certaines classes, le passage dans la classe
supérieure est acquis même si on n'a pas travaillé. Tout se passe alors comme si le
travail n'était plus une valeur, et beaucoup d'élèves n'en prennent pas l'habitude à
l'âge où l'on apprend la vie. Et dans les cités « sensibles » la motivation d'apprendre
disparaît avec l'espoir de trouver ensuite un travail.
Les statistiques de médiocrité des élèves citées par les enseignants sont effrayantes,
pour le niveau d'ignorance atteint comme pour la baisse rapide, année après année,
du volume et de la profondeur de leurs compétences [1].
A une époque où Internet donne accès à un extraordinaire volume de textes, les
difficultés de lecture d'élèves qui n'ont plus l'entraînement nécessaire, et leur
manque de vocabulaire, les privent de connaissances que les jeunes d'autres
peuples peuvent mobiliser. Le manque d'habitude de réfléchir et, plus généralement,
d'absorber et de mettre à profit les idées d'autrui, privent de nombreux jeunes de la
possibilité d'accéder à des carrières techniques ou scientifiques porteuses d'avenir.
Manquant de vocabulaire faute d'avoir assez lu, il y a beaucoup de concepts
qu'ils ignorent, donc beaucoup de phénomènes de la vie de tous les jours qu'ils ne
comprennent pas. Ils ont aussi du mal à s'exprimer, donc à se faire comprendre et à
convaincre ; d'où un sentiment de rejet par les autres, d'absence de prise sur le
monde qui les entoure, d'où une volonté de révolte.
A force de rejeter la vertu lorsqu'elle exige de faire des efforts sur soi-même,
beaucoup de jeunes ont une hiérarchie de valeurs [33] déficiente. Du coup, ils sont
19
mal dans leur peau, mal intégrés dans une société qu'ils ne comprennent pas et
qu'ils trouvent inéquitable à leur égard. Et ils se révoltent et veulent en détruire tous
les symboles : bâtiments, policiers et pompiers, etc.
Ces exigences sont excessives pour la plupart des jeunes gens : nous venons de
voir qu'ils ont été mal formés par l'Education nationale à partir de 1970 environ. Si on
ajoute à leur handicap de formation celui de la perte de temps, et de l'habitude de
passivité acquise avec 3 heures et demie de télévision par jour, on arrive à une
situation d'incompréhension : la grande majorité des gens, jeunes ou adultes, ne
comprennent pas le monde où ils vivent. C'est ce que confirme [4] : les Français peu
instruits ne comprennent pas le monde où ils vivent, donc ils en ont peur.
Ils n'en comprennent pas les principales techniques et encore moins les principes
scientifiques sous-jacents, d'où une attitude de crainte superstitieuse vis-à-vis des
OGM, du nucléaire, du rayonnement des téléphones portables, et de la
mondialisation avec son libéralisme et ses multinationales. Ils ne connaissent rien à
l'électronique, à l'informatique et à l'économie, pourtant présentes à chaque heure de
leur vie.
20
La conséquence de l'incompréhension est un réflexe bien humain : ce qu'on ne
comprend pas fait peur. Les Français comprenant de moins en moins le monde où ils
vivent, ils en ont peur et cela sape leur moral.
3.1.1 Le travail, une valeur fondamentale de l'identité d'une personne
D'après [13], lorsqu'on demande aux gens « qu'est-ce qui permet le mieux de dire
qui vous êtes ? », 86 % des personnes citent leur famille et 40 % leur métier, leur
situation professionnelle, leurs études.
21
[Link] Les trappes à chômage
Une partie de la population s'avère défavorisée pour l'accès à l'emploi, génération
après génération : il y a en France des « trappes à chômage ». C'est ainsi que [12]
nous apprend que :
Page 299 :
"Les jeunes dont le père est d'origine maghrébine sont les plus touchés par les
difficultés d'insertion sur le marché du travail. Au bout de 5 ans, la moitié d'entre
eux n'ont pas d'emploi stable contre un tiers des jeunes dont le père est né en
France. Leur risque de non-emploi prolongé est 2 fois plus élevé que la
moyenne. Les jeunes dont le père est issu d'autres courants migratoires extra-
européens (Turquie, Afrique noire, Moyen-Orient, etc.) connaissent dans leur
ensemble des difficultés d'insertion équivalentes à celles des jeunes de père
maghrébin.
Les difficultés sont particulièrement aiguës lorsque les deux parents sont tous
deux d'origine extra-européenne, alors que l'insertion des jeunes issus de
couples mixtes, par exemple franco-maghrébin, s'apparente à celle des jeunes
issus de couples français."
Page 301 :
"Environ 12 % des jeunes déclarent qu'avant leurs 16 ans un de leurs parents a
été confronté à une longue période de chômage. […] Ce chômage des parents
semble avoir un impact important sur la réussite scolaire des enfants. Ainsi, pour
les enfants d'employés, la probabilité de sortir du système éducatif sans
qualification apparaît 2 fois plus élevés pour ceux dont un parent a été confronté
au chômage de longue durée que pour les autres.
Cet effet se prolonge même au-delà, dans l'insertion sur le marché du travail.
Ainsi, à niveau de formation, origines sociale et nationale équivalents, un jeune
dont un parent a été confronté à un chômage long présente un risque 30 % plus
élevé de rester presque toujours hors de l'emploi plutôt que d'obtenir un emploi
stable."
Ainsi, il y a en France des familles où « on est chômeur de père en fils », familles où
le désespoir pousse les jeunes à toutes sortes de révoltes. C'est d'autant plus grave
que les jeunes qui n'ont pu se construire par leur travail manquent de valeurs [33]
leur permettant de résister à la tentation d'être violents.
22
Si en plus d'être privé de la reconnaissance de son mérite le salarié a l'impression
d'être exploité, c'est-à-dire payé moins qu'il vaut par une entreprise qui fait des
bénéfices sur son dos, il est encore plus frustré.
Lorsque ce sentiment d'injustice perdure jour après jour et année après année, le
salarié perd tout ou partie de l'intérêt pour son travail, auquel il ne s'identifie plus. Il
ne se sent lui-même qu'en dehors de ce travail, qu'il ne fait plus que pour gagner sa
vie.
Il est clair que l'aliénation est pour un salarié un problème psychologique, provenant :
D'une part de faits réels : salaire inférieur aux conditions habituelles du marché
du travail, etc.
D'autre part d'une mauvaise communication :
Personne n'explique aux salariés que ce n'est pas tant l'effort que
l'entreprise paie, mais ce que le salarié fait gagner à l'entreprise et la
difficulté qu'il y aurait à le remplacer, c'est-à-dire sa rareté. C'est pourquoi un
PDG qui fait gagner des centaines de millions à son entreprise et qu'on
aurait du mal à remplacer est payé comme un sportif célèbre. Il ne faut pas
être plus jaloux de lui que d'un grand footballeur ou d'un coureur
automobile ;
Sa hiérarchie n'explique pas au salarié pourquoi son travail ne peut être
payé davantage : il y a des coûts autres que son propre salaire et les
charges associées ; il faut rétribuer les actionnaires (épargnants qui vivent
de ces dividendes comme ce sera son propre cas une fois à la retraite) ; les
bénéfices sont indispensables pour que l'entreprise puisse investir en
matériel moderne, en R&D, etc.
Lorsque j'étais chef d'entreprise en Allemagne, je donnais accès
permanent à la comptabilité aux délégués du personnel, pour qu'ils
connaissent la situation de notre entreprise commune aussi bien que moi ;
Sa hiérarchie oublie de féliciter le salarié lorsqu'il travaille bien, de lui parler
de la satisfaction de ses clients. Certaines entreprises font signer leur travail
par les salariés qui l'ont fait (exemple : chez certains constructeurs, les
ouvriers de l'équipe qui a monté un moteur de voiture signent sur une fiche,
acceptant ainsi la responsabilité de leur travail et affirmant leur fierté de
l'avoir bien fait).
23
entreprise ne régresse pas. Cela se vérifie en France, mais aussi en Allemagne,
en Grande-Bretagne ou aux États-Unis.
« Malgré un sentiment général d'insécurité croissante (...), la stabilité de l'emploi
reste une caractéristique marquante des marchés du travail contemporains
[dans les pays de l'OCDE]. En 2002, le travailleur allemand moyen restait chez
le même employeur 10,7 ans, le Français 11,3 ans, le Britannique 8,1 ans et
l'Américain 6,6 ans », observait au début de l'année Peter Auer, coauteur avec
Sandrine Cazes d'un article sur le sujet publié dans la Revue internationale du
travail."
"En réalité, c'est la perception de la précarité qui s'est profondément modifiée en
trente ans. « Dans le passé, la plupart des emplois étaient perçus comme sûrs et
stables. Cette impression a été mise à mal par l'expérience de ces vingt
dernières années, marquées par la persistance de hauts niveaux de chômage »,
notent les experts de l'OCDE."
Pour le « salarié moyen », la probabilité de perdre son emploi n'est donc guère plus
grande de nos jours qu'il y a une vingtaine d'années. Ce qui est vrai, en revanche,
c'est que :
l'accès à un emploi stable est bien plus difficile pour les jeunes d'aujourd'hui qu'il
l'était pour leurs parents au même âge ;
la perte d'emploi touche beaucoup plus les jeunes et les salariés en CDD, qui
servent de « variable d'ajustement », que les travailleurs plus âgés.
24
Les gens sont donc sensibles aux inégalités, en France comme ailleurs. Ils le sont
d'autant plus que divers politiciens et syndicalistes, jouant habilement des media, ne
manquent jamais une occasion de susciter leur colère à l'occasion d'injustices ou de
privilèges. C'est pourquoi j'ai étudié ce domaine dans trois textes où abondent les
comparaisons :
"Les inégalités en France" ;
"Niveau de vie, inégalités et pauvreté, en France et aux Etats-Unis" ;
"Assurance maladie et pensions aux Etats-Unis et en France".
3.1.3 La générosité des Français
Jusqu'à ce point, le début de ce chapitre a donné une image tristement négative de
la France et des Français ; hélas, la suite ne sera pas plus joyeuse. J'ai donc voulu
délibérément interrompre cette litanie décourageante en montrant un des aspects de
la France dont je suis le plus fier en tant que Français : notre générosité. Cet aspect
ne s'est jamais démenti depuis mon arrivée en France, à l'été 1948, lorsque ce pays
a partagé avec les réfugiés que nous étions, mes parents et moi, sa nourriture qui
était rationnée.
J'admire aussi le dévouement des agents EDF qui rétablissent le courant en plein
hiver après une tempête en travaillant jour et nuit dans la neige et le froid, et celui
des pompiers, professionnels ou volontaires, qui sauvent tant de vies et tant de biens
au péril de leur propre vie.
3.1.4 L'hostilité ambiante
Mais un autre aspect de notre vie en société m'inquiète : l'hostilité croissante des
rapports entre les gens. Le graphique ci-dessous, issu de l'article "Le pouvoir
judiciaire" de l'Encyclopédie Universalis version 10, montre qu'en 17 ans le nombre
d'affaires civiles traitées par la justice a triplé.
25
Nombre d'affaires traitées par la justice de 1978 à 1995
26
Evolution du nombre d'affaires civiles (base 100 en 1990)
27
En interrogeant les victimes, on s'aperçoit qu'il y a 3 fois plus de vols que ceux que la
police connaît
28
Types d'agressions et plaintes
(rectifier l'erreur : "personnes âgées portent peu plainte")
En 2005 :
18.7 % des ménages ont subi un vol ou un acte de vandalisme.
Il y a eu 9 millions d'atteintes aux biens, contre 9.3 millions en 2004.
Il y a eu 5.5 millions d'actes de destruction ou dégradation.
Il y a eu 3.5 millions de vols, dont 1 million de tentatives et 220 000 vols avec
violence.
830 000 personnes de 14 ans ou plus ont été victimes d'au moins une agression.
11.4 % des personnes interrogées ressentaient un sentiment d'insécurité dans
leur quartier.
29
[Link] La violence en Corse
Source : [26]. Du 1er janvier au 15 décembre 2006, il y a eu dans l'île 229 attentats à
l'explosif, contre 168 en 2005 :
87 ont endommagé ou détruit des résidences secondaires de particuliers, contre
51 en 2005 ;
40 ont visé des bâtiments publics (postes, recettes des impôts, gendarmeries,
etc.)
Conflits du travail
Source : [7]
Compte tenu des relations de travail très souvent conflictuelles de notre pays :
Le nombre de conflits qui sont soumis à la juridiction des prud'hommes est
énorme : 224 158 en 1993, 207 770 en 2004. Environ un salarié sur 100 va en
justice chaque année !
En 2004, un peu plus d’un salarié sur 4 ayant fait l’objet d’un licenciement pour
motif personnel a saisi le conseil de prud’hommes, et un salarié sur 40 lors des
licenciements économiques.
3.1.5 L'impuissance, l'absence de prise sur le monde alentour
La plupart des gens ont l'impression de ne pas avoir de prise sur le monde qui les
entoure, donc de ne pas occuper la place à laquelle ils ont droit. La décision de les
licencier peut être prise à 5000 km par une direction de multinationale. L'Etat peut
leur imposer des taxes dont ils ne comprennent pas l'utilité, alors qu'ils voient que de
l'argent public est gaspillé. Les politiciens leur font des promesses qu'ils ne tiennent
pas. S'ils écrivent à une administration, un journal ou un député, ils n'obtiennent pas
de réponse. Beaucoup de gens se sentent impuissants et pensent ne pouvoir jouer
aucun rôle dans la société sans sacrifier leur vie à un idéal comme soigner les
malades en Afrique noire.
30
3.1.6 La sinistrose dans l'opinion française : sondages IFOP et CSA 08/2005
Le dimanche 28/08/2005, Ouest-France publiait un sondage très significatif, réalisé
par l'IFOP du 25 au 26 août 2005 auprès de 1005 personnes de 15 ans et plus. En
voici les résultats :
Une dégradation sans précédent du degré d'optimisme des Français
A quelques jours de l’échéance du cap des 100 jours fixés par Dominique de
Villepin pour recréer « les conditions de la confiance avec les Français », 30 %
seulement de ceux-ci se déclaraient optimistes en pensant à l'avenir, contre
70 % qui exprimaient leur pessimisme (25 % étaient « très pessimistes »). Par
rapport à décembre 2004, où 58 % se déclaraient optimistes et 42 %
pessimistes, la chute était sans précédent : il y avait en août 2005 (c'est-à-dire 8
mois après) moitié moins d'optimistes et une proportion de pessimistes jamais
atteinte !
Une altération sensible de la confiance au gouvernement
La lutte contre l'insécurité et contre le racisme et l'antisémitisme recueillent
la confiance des citoyens, avec respectivement 62 % et 59 %;
L'action gouvernementale pour l'emploi apparaît nettement décrédibilisée :
seuls 25 % des Français lui font confiance, contre 31 % en décembre 2004 ;
En matière d'augmentation du pouvoir d'achat, 14 % des interviewés font
confiance au gouvernement, contre 86 % qui ne lui font pas confiance.
31
3.1.7 L'inquiétude face à un avenir qu'ils ne maîtrisent pas
Contrairement à ce qui se passait avant 1980, la plupart des gens ont si peu
confiance en eux-mêmes qu'ils ont l'impression de vivre dans un monde où il n'y a
guère d'opportunité pour eux de faire quelque chose de leur vie. Le niveau élevé de
chômage inquiète tellement les Français qu'ils épargnent énormément : d'après Le
Figaro économie du 20/06/2005, les taux d'épargne au 1er trimestre 2005 étaient de
0.9% des revenus disponibles aux Etats-Unis, 4.6 % au Japon, 5.8% au Royaume-
Uni, 10.8% en Allemagne et 15.4% en France, pays le plus frileux : les Français ont
plus peur de l'avenir que les autres peuples riches.
Cette peur de l'avenir se traduit aussi par un désir d'être fonctionnaire : dans son livre
de 2004 "Vous, les politiques"… l'ancien ministre Francis Mer écrit, page 31 :
"Les sondages montrent que tous les Français ou presque souhaitent devenir
fonctionnaires, ce qui est évidemment inquiétant puisque cela veut dire
recherche de garantie, recherche de protection, absence de confiance dans
l'avenir."
Et il confirme, pages 102 et 103 :
"Regardez les sondages : ils montrent que trois Français sur quatre
souhaiteraient que leurs enfants deviennent fonctionnaires ! A la liberté, ils
préfèrent ce qu'ils croient être la sécurité de leur descendance, même si elle est
accompagnée d'une certaine médiocrité."
Bien que des entreprises se créent tous les jours, beaucoup de nos concitoyens
n'envisagent pas de prendre le risque de se mettre à leur compte. Page 102, M. Mer
écrit :
"Le Français a plutôt envie d'être dirigé, à condition de se sentir protégé. Il n'est
pas attiré spontanément par une organisation de la société où l'on cultive la
liberté d'être et d'entreprendre tout en acceptant la responsabilité individuelle qui
en découle."
Sa phrase me rappelle ce que Jaurès (le fondateur de L'Humanité) écrivait à propos
des dirigeants et des dirigés :
"Est dirigeant celui qui accepte de prendre les risques que les dirigés ne veulent
pas prendre."
Des peurs et encore des peurs
En plus de la peur de ne pas gagner leur vie, beaucoup de Français ont peur de la
science, des forces de la nature, des terroristes, des OGM, du nucléaire, des
malfaiteurs, etc. Ils demandent à l'Etat de les protéger à la fois du malheur
économique ; de la maladie ; des médecins irresponsables comme ceux qui sont
impliqués dans les scandales des hormones de croissance ou du sang contaminé ;
des malfaisants ; des pollutions ; des savants et industriels fous ; des patrons
américains ; des ouvriers du textile chinois…
Les Français champions de la consommation d'anxiolytiques
Selon [30], les Français sont le peuple d'Europe qui consomme le plus de
médicaments par habitant : 284€ hors taxes par an, devant l'Allemagne (244€), le
Royaume-Uni et l'Italie (202€) et l'Espagne (193€). Selon [31], "la consommation de
ces médicaments, notamment celle des anxiolytiques et hypnotiques, est en
moyenne deux fois plus élevée en France que dans les autres pays européens,
32
l’écart étant particulièrement flagrant avec l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-
Bas."
Le ridicule principe de précaution
Les Français sont le seul peuple au monde à avoir adopté (à l'initiative du président
Chirac) une loi constitutionnelle obligeant l'Etat à stopper toute recherche, toute
innovation, toute activité qui fait peur à quelqu'un, si on ne peut prouver à cette
personne qu'elle a tort ; cela s'appelle le « Principe de précaution » et c'est
logiquement absurde, puisque cela consiste à bloquer tout ce qui fait peur à
quelqu'un, même si nul ne peut préciser les risques ; aucun autre peuple n'a ainsi
manifesté sa peur et sa détermination à lui céder à tout prix.
C'est en application de cette loi que, début 2009, Bouygues Télécom puis SFR ont
été condamnés à démonter des antennes relais de téléphonie mobile parce que
leurs voisins en avaient peur. Oui, seulement peur, aucune maladie n'ayant pu être
prouvée. La France est le seul pays au monde où la peur irrationnelle d'une poignée
de gens suffit pour prendre des décisions de justice à impact économique !
3.1.8 Une société matérialiste
Notre société propage surtout des valeurs matérialistes [33]. La télévision est pleine
de jeux où on fait gagner de l'argent sans effort, et de la célébrité sans talent en
quelques mois. Elle est pleine de films parlant de richesse, de sportifs millionnaires,
d'histoire de « people » riches et immoraux, d'entreprises capitalistes prêtes à faire
du profit sur le dos de leurs salariés et des consommateurs. Il est bien plus question
de loisirs que de travail, de beauté du corps et de performances sportives que de
comportements altruistes.
Déjà en 1932 Bergson écrivait dans "Les deux sources de la morale et de la
religion" :
"Jamais, dit-on, l'humanité n'a été plus assoiffée de plaisir, de luxe et de
richesse. Une force irrésistible semble la pousser de plus en plus violemment à
la satisfaction de ses désirs les plus grossiers."
Voir aussi : "L'homme, perpétuel insatisfait et créateur d'idéaux".
A l'école, où depuis la loi Jospin du 10 juillet 1989 l'Education nationale met « l'élève
au centre », et développe sa personnalité et l'affirmation de soi au détriment de
l'effort, l'individualisme règne en maître (voir "L'enseignement victime de l'idéologie").
Pour les Français formés depuis, c'est le triomphe « moi d'abord », où chacun refuse
de se sacrifier pour les autres, où on vit en couple sans se marier et où on divorce
une fois sur deux, par égoïsme.
De nos jours, chez la plupart des gens, matérialisme et individualisme ont remplacé
les idéaux de naguère. Il n'y a presque plus personne qui soit prêt à se donner du
mal pour la France, à sacrifier un peu de son confort ou de son argent pour une
cause nationale comme le recul de notre déficit et de notre dette. Chacun veut tirer le
maximum de l'Etat, c'est-à-dire de la collectivité : le maximum d'avantages sociaux,
de remboursements maladie, de retraites. On attend de l'Etat qu'il protège contre
tout, qu'il crée des emplois aidés (ce qu'il ne peut faire qu'aux frais d'autres
travailleurs), qu'il permette aux chômeurs de refuser des emplois pour continuer à
vivre aux crochets de la collectivité, qu'il fournisse de l'électricité, du gaz et de
l'essence en dessous de leur coût. Lorsque le Premier ministre Raffarin a tenté de
33
faire travailler les Français une journée de plus par an en faisant don de ce travail
aux personnes âgées dans la misère, la majorité a refusé : « moi d'abord, les vieux
après ! »
J'ai décrit les principes du matérialisme et de la morale dans "Tout ce que vous avez
toujours voulu savoir sur la philosophie sans jamais oser le demander". Un
matérialiste croyant que les actes de l'homme sont conséquences de phénomènes
physico-chimiques 100 % matériels, n'a aucune raison d'avoir un comportement
moral ; il ne croit pas à une récompense dans une vie après la mort, et ne voit pas de
raison de sacrifier son intérêt à celui des autres.
Avec l'absence de valeurs morales [33] propagée par notre société matérialiste et
son individualisme, aucun effort n'a de sens en dehors du profit personnel ; les
valeurs traditionnelles d'honnêteté, de travail, de vérité et d'altruisme n'ont plus
cours. Du coup, beaucoup de personnes ressentent un vide et une perte de sens
face à la vie. Certaines se réfugient dans la religion - par exemple l'islam, d'autres
dans des trafics, d'autres dans la drogue ou l'alcool. Trop peu donnent un sens à leur
vie en donnant bénévolement du temps aux autres : aide aux personnes
handicapées, reconstruction de monuments anciens, coopération en Afrique pour y
soigner des gens, etc.
Au lieu d'enrôler les jeunes désœuvrés des banlieues dans des actions collectives
comme la rénovation urbaine ou l'aide aux personnes âgées, les associations
subventionnées préfèrent leur proposer des activités sportives, qui les occupent mais
ne mènent à rien. Et il ne se trouve aucun politicien pour leur proposer des actions
qui leur permettent de retrouver de la valeur à leurs propres yeux en se rendant
utiles.
3.1.9 L’affaiblissement de la volonté de se donner du mal
A force de passer des heures chaque jour à regarder passivement la télévision
depuis la plus tendre enfance, de plus en plus de jeunes ont perdu l’habitude de se
battre pour gagner, autrement qu’avec des consoles de jeu électroniques.
Mais à force de ne plus avoir de mauvaise note à l’école, même quand ils ne se sont
pas donnés le mal d’apprendre et de comprendre les connaissances qui n’entrent
pas dans la tête toutes seules ; à force d’entrer en sixième même quand ils ont de
grandes difficultés en lecture, orthographe et calcul, et de monter de classe même
après une mauvaise année ; à force de ne pas avoir de difficulté à vaincre, beaucoup
de jeunes sont devenus faibles, beaucoup manquent de volonté, beaucoup se
découragent à la moindre difficulté.
Alors les études difficiles comme les maths et la physique tentent de moins en
moins de jeunes bacheliers. Selon [5], le Conseil général de l’Essonne a constaté
34
que depuis 1996 les DEUGS en science dure ont perdu 25 % de leurs étudiants, et
même 46 % pour les DEUGS de physique. Il y a 20 ans, une vingtaine de
polytechniciens docteurs ès sciences intégraient le CNRS chaque année ;
aujourd’hui, ils ne sont plus que zéro ou un. Un professeur au Collège de France
constate :
"Moins de jeunes chercheurs signifie moins d'implication technologique et donc
un déclin industriel."
Et le directeur de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne conclut :
"La France va manquer d'ingénieurs dans l'industrie, ainsi que de techniciens. Or
les pays industriels ne peuvent pas s'en passer : on a un PIB important grâce à
notre technologie!"
La désaffection des jeunes Français pour les sciences exactes vient aussi d'une
attitude générale de défiance vis-à-vis des sciences (qui ont apporté la bombe
atomique) et des grandes entreprises (qui conquièrent des marchés à coups
d'innovations techniques, mais sont « d'affreuses sociétés capitalistes pratiquant un
ultralibéralisme inhumain »). Parfois, cette peur des sciences conduit à de véritables
attitudes de crainte superstitieuse, comme c'est le cas vis-à-vis des OGM, pourtant à
l'origine d'innombrables médicaments et de plantes indispensables aux pays
pauvres, qui ne peuvent se payer nos engrais et nos pesticides.
(Voir aussi à propos des OGM les textes : "La Chine a aussi d'immenses
problèmes"; - "Maïs OGM : nouvelle défaite pour les opposants"; - "OGM : l'Etat
de droit à 2 %".)
35
d'emploi et de niveau de vie ? Pourquoi y arriveraient-ils maintenant, alors que
depuis des décennies ils promettent de faire du chômage leur priorité, ou d'instaurer
un service minimum dans les transports publics, sans jamais tenir parole ? Qu'ont-ils
dit, qu'ont-ils fait pour être crédibles ? Parlant de l'emploi, le président Mitterrand
avait même avoué « On a tout essayé ! », après avoir fait avec son Premier ministre
Pierre Mauroy une relance à contretemps si désastreuse qu'elle avait obligé la
France à faire 3 dévaluations successives, dont deux en moins d'un an ?
Comme tout homme, chaque Français a besoin d'avoir confiance son gouvernement,
ainsi que dans ses concitoyens. Il a besoin de vivre dans une société de convivialité.
Hélas, la défiance est chez nous institutionnalisée : parce que personne ne fait plus
confiance à personne, que les syndicats se méfient des patrons, qui se méfient du
gouvernement, qui se méfie de l'Union européenne, nous faisons des milliers de lois.
Celles-ci sont censées tout prévoir et nous protéger contre tous les abus, mais en
réalité elles tuent le dialogue social, dont les participants se réfugient derrière des
textes.
Un mot d'espoir, tout de même : les élections présidentielles de mai 2007 ont montré,
par leur participation de près de 85 %, que les Français croient encore à la
36
démocratie et en la possibilité pour des politiques de changer leurs institutions et leur
économie.
Manager pendant des années, j'ai dû embaucher des collaborateurs. Ceux à qui j'ai
fait confiance m'avaient tous donné l'impression de vouloir réussir en se donnant du
mal, d'avoir une vision de leur avenir et de leur place dans l'entreprise. Aux meilleurs,
j'ai cédé à prix d'ami des actions de ma société, pour qu'ils s'y sentent chez eux,
qu'ils puissent participer à sa gestion et se sentent responsables de son devenir et
de ses résultats.
Dans un monde qui change de plus en plus et de plus en plus vite, nul ne peut être
certain de garder le même métier toute sa vie, pas même ceux qui entrent
aujourd'hui dans la fonction publique. Chacun doit donc préserver son
« employabilité », en se demandant chaque année si sa fonction n'est pas menacée
par l'évolution économique et si sa qualification est toujours recherchée. Si elle n'est
plus au goût du jour, il faut en acquérir une autre, à un niveau qui garantit du travail.
Ceux qui pour cela comptent sur leur employeur se font des illusions. Pourquoi
un employeur préoccupé par ses résultats de fin d'année investirait-il dans
l'employabilité future de ses salariés ? S'il les forme pour ses besoins de l'année
37
suivante, c'est déjà le bout du monde, parce qu'il doit payer leur salaire pendant
qu'ils apprennent, puis les augmenter lorsqu'ils sont devenus plus qualifiés ; et aussi
parce qu'il se demande toujours s'il n'est pas moins cher d'embaucher un jeune dont
les connaissances sont à peu près à jour mais le salaire est plus modeste, que de
former un employé plus âgé.
Chaque salarié doit investir dans sa compétence comme il investit dans une
assurance-vie, pour garantir son employabilité future. Dans ce domaine aussi, le
dynamisme, l'initiative personnelle, la volonté de progresser sont déterminants ; ceux
qui réussissent sont ceux qui ont travaillé à leur avenir, pas ceux qui ont attendu que
l'entreprise ou l'Etat leur apporte des opportunités sur un plateau. Cet investissement
personnel demande que l'on prenne chaque semaine quelques heures pour
apprendre, que ce soit le Dimanche après-midi ou chaque matin dans un train de
banlieue.
Et que ceux qui ont peur que, passé quarante ans, on soit trop vieux pour
apprendre se rassurent : il y a beaucoup de personnes qui reprennent leurs études
une fois à la retraite, après 60 ans. Je peux l'affirmer, je me suis mis avec succès à
la mécanique quantique à 61 ans, y compris les maths nécessaires, plusieurs heures
par jour : on n'est vieux que quand on n'a plus la santé, ou plus la volonté de
progresser.
3.2.2 Des entreprises dynamiques et conquérantes
Au pessimisme et à l'immobilisme des Français s'oppose le dynamisme et l'esprit de
conquête des entreprises françaises. Malgré une législation du travail aberrante, des
charges sociales lourdes et une fiscalité décourageante, les entreprises françaises
se développent sans se décourager. Les Français ont peur des délocalisations,
phénomène insignifiant. Ils ont peur des achats d'entreprises françaises par des
étrangers, alors que les entreprises françaises investissent deux fois plus à l'étranger
(en achetant ou en créant des entreprises) que les entreprises étrangères en France.
Les politiciens et les media français portent l'entière responsabilité de l'ignorance des
Français sur ces vérités, qui devraient pourtant leur remonter le moral.
3.2.3 Une vision pour la France
Pour être optimiste, une vision personnelle n'est qu'un premier pas, il faut aussi une
vision pour la France. Chacun de nous a besoin de savoir que notre pays est
gouverné avec une vision de son avenir.
Hélas, ce n'était pas le cas du temps du président Chirac. Au sommet de l'Etat,
le Président ou le Premier ministre ne prenaient jamais une heure à la télévision pour
nous exposer une vision pour la France. Ils ne nous parlaient pas de nos difficultés,
ne nous les expliquaient pas autrement qu'en termes vagues et philosophiques
incapables de nous en faire comprendre les détails. Ils ne nous faisaient pas
partager une vision de l'avenir qui décrit un objectif et les efforts nécessaires pour y
parvenir : tout se passait comme s'ils n'avaient d'autre objectif que de réagir aux
difficultés du moment et aux attaques incessantes de l'opposition et des syndicats,
pour limiter les futures défaites électorales.
A leur niveau, nos syndicats donnent une puissante image d'immobilisme : quelle
que soit la réforme proposée, ils sont contre ; parfois ils en ont une autre à proposer,
parfaitement utopiste pour ceux qui ont un minimum de connaissances en économie.
38
Exemple : la centrale syndicale UNSA revendique la semaine de 32 heures sur 4
jours dans la page [Link] de son
site. Sachant que la France a justement besoin de plus de travail pour créer des
emplois, cette revendication montre le manque de réalisme de ce syndicat !
Au lieu d'une grande vision mobilisatrice, les dirigeants français de l'ère Chirac nous
donnaient une vision de doute et d'impossibilité : on ne peut pas imposer la
démocratie aux autres ; on ne doit pas intervenir militairement contre les tyrans ; on
ne doit pas dénoncer les dirigeants corrompus comme Arafat ou Saddam Hussein,
mais les flatter au nom d'une politique pro-arabe ; la France ne veut pas s'engager
dans des actions contre le terrorisme autres que verbales ; la mondialisation est
dangereuse si elle n'est pas maîtrisée ; on ne peut tenir les promesses réitérées de
service minimum ; on n'arrive pas à diminuer les effectifs pléthoriques de la fonction
publique ou des "entreprises" comme EDF, la SNCF ou La Poste ; on ne peut pas,
on ne peut rien.
Lorsque le président Chirac proposait au monde une vision généreuse d'aide aux
pays pauvres, c'était depuis des années sous forme de mesures parfaitement
utopiques, immédiatement rejetées par les responsables politiques étrangers : ce fut
d'abord la « taxe Tobin », puis un impôt international sur les transports aux résultats
insignifiants, etc. Et pendant qu'il proposait ces mesures inefficaces, il maintenait
39
l'aide aux agriculteurs européens et les barrières commerciales qui empêchent les
agriculteurs du tiers-monde de nous vendre leurs produits.
Pire même, à chaque fois que les media nous parlent de l'Union européenne, c'est
pour dire que ses contraintes nous empêchent de dépenser de l'argent pour des
services publics dont nous avons besoin, ou nous obligent à privatiser ces services -
ce qui précarise des emplois, ou nous forcent à accepter le dumping social comme le
fait la "directive Bolkestein". Jamais ils ne nous expliquent la raison de ces
contraintes, adoptées pourtant démocratiquement par les pays membres - dont la
France - parce qu'elles s'imposent pour la santé économique.
La France s'avère jusqu'à présent incapable de maîtriser ses déficits parce que les
gouvernements successifs sont trop faibles, et incapables d'expliquer aux citoyens
qu'ils vivent ainsi à crédit sur le dos des générations suivantes. Au lieu de mesures
courageuses pour résoudre ce problème (comme le Canada l'a résolu, par exemple)
la France a obtenu, avec les Allemands, de nos partenaires européens de relâcher
les contraintes de déficit et dette maximum, c'est-à-dire d'admettre que nous
persévérions dans notre politique de faiblesse irresponsable.
En relâchant la contrainte de déficit nos partenaires européens se sacrifient,
parce que les emprunts répétés que nous devons faire pour boucher nos trous
budgétaires pèsent sur les taux d'intérêt de toute l'Union, ce qui handicape
l'investissement et y génère de l'inflation ; ils n'admettront donc pas que notre
laxisme perdure et nous finirons par être sanctionnés, conformément aux traités de
l'Union.
Mais hélas ni les media ni nos politiciens ne nous expliquent l'Union, et ne nous
font partager l'espoir qu'avec une gestion raisonnable elle nous protège du malheur
économique, grâce à son poids international très supérieur à celui de la France.
40
Une classe politique déconsidérée
La France donne aux pays dynamiques d'Amérique et d'Asie l'image d'un peuple
vieux, dans une Europe vieillie, parce que nos dirigeants ont une vision de vieux,
faite de souvenirs nostalgiques de grandeur et d'impuissance face à l'évolution du
monde. Cette impuissance, cette volonté d'aller à contre-courant de l'histoire en
refusant ses enseignements et son évolution, est illustrée par les incroyables propos
du président Chirac rapportés par Le Point n° 1693 du 24/02/2005, page 9 :
"… les députés de Strasbourg ont surtout été surpris par le discours enflammé
du Chef de l'Etat contre le libéralisme. « Il échouera partout » a prédit avec
conviction Jacques Chirac devant ses amis, médusés de l'entendre, pour la
première fois peut-être si catégorique. « Ces solutions-là ne marchent pas. »"
Au lieu d'un tel leader et d'une classe politique respectée, les Français ont trop
souvent vu se succéder les scandales : l'affaire URBA avec le financement du PS
par fausses factures ; l'affaire des lycées d'Ile de France où 4 partis (RPR, PR, PS et
PCF) se sont entendus pendant des années pour voler des dizaines de millions aux
contribuables. Comment s'étonner, alors, qu'ils se méfient de l'ensemble de cette
classe politique ainsi que l'Etat qu'elle représente ? Comment s'étonner qu'ils n'aient
plus confiance, et qu'ils aient peur que ces politiciens soient incapables de gérer les
problèmes ?
Voir aussi "La démocratie malade des médias - Nous votons sans savoir".
41
4. La demande des Français
Les Français sont prêts à accepter des réformes, à condition d'abord de comprendre
en quoi l'économie du pays va mal et pourquoi le chômage dure depuis plus de 30
ans. Ils sont prêts à des sacrifices, si ceux-ci leur sont demandés dans le cadre d'un
projet concret, chiffré et accompagné d'un calendrier, exposé par un politicien digne
de confiance. Méfiants, ils veulent aussi la publication des chiffres permettant d'en
suivre le progrès. Enfin, ils veulent pouvoir donner leur avis sur ce projet et avoir la
certitude qu'il sera pris en compte. En somme, ils veulent simplement une
gouvernance sérieuse, parce qu'ils en sont privés depuis plus de 30 ans.
Daniel MARTIN
5. Annexe
[1] Livre de Luc Ferry Comment peut-on être ministre ? - Essai sur la gouvernabilité
des démocraties, éditions PLON. En voici des citations concernant l'illettrisme, les
sorties du système éducatif sans diplôme ou sans qualification, la crise des
vocations scientifiques (c'est moi qui ai souligné en jaune) :
Pages 104-105
Considérons le cas de l'illettrisme. Depuis des années, Claude Thélot, alors
directeur de l'évaluation et de la prospective (DEP) au ministère, tire la sonnette
d'alarme au point qu'au vu de ses travaux, Le Monde lui-même, pourtant peu
enclin à encourager les discours « réactionnaires », titre le 3 mai 1996 « 26 %
des écoliers ne savent pas lire ou calculer à la fin du primaire ». Encore faut-il
ajouter qu'en détaillant l'article qui suit cette une, on s'aperçoit vite que la réalité
est plus sombre encore. Ce sont, toujours selon les mêmes sources, c'est-à-
dire, rappelons-le, celles du ministère lui-même, 9 % des enfants qui ne
maîtrisent tout simplement pas les compétences de base à l'entrée en sixième.
C'est déjà beaucoup trop. Mais à ces 9 %, s'ajoutent 34,7 % qui
« maîtrisent uniquement les compétences de base », c'est-à-dire, pour parler
en clair, qui sont en situation de grande fragilité : ils déchiffrent, sans doute,
mais beaucoup d'entre eux peinent à comprendre le sens de ce qu'ils lisent,
même lorsqu'il s'agit d'un texte simple. Ce sont donc, à en croire les
statistiques officielles de la DEP, près de 45 % des élèves qui ne savent
pas, ou pas assez bien, lire et écrire lorsqu'ils entrent au collège. Comment
pourraient-ils continuer leurs études dans de bonnes conditions ? Et comment
s'étonner que le collège apparaisse comme le « point noir »du système
éducatif ?
C'est à des conclusions analogues que parvient, deux ans plus tard, dans un
rapport remis à Ségolène Royal, un autre éminent spécialiste de l'Education
nationale, le recteur Jean Ferrier. Ancien directeur des écoles de Lionel Jospin, il
42
est lui aussi peu suspect de vouloir servir un discours « de droite ». Il n'en
constate pas moins ceci : « Selon les années, ce sont entre 21 et 42 % des
élèves qui, au début du cycle 3, (entrée au CE2) paraissent ne pas maîtriser
le niveau minimal des compétences dites de base en lecture ou en calcul ou
dans les deux domaines. Ils sont entre 21 et 35 % à l'entrée au collège. » Un
récent rapport de la Direction de l'évaluation du ministère, publié après mon
départ - en octobre 2004 -, confirme ces mauvais résultats. Analysant très en
détail les « compétences générales des élèves en fin de collège », il
conclut que « 15 % d'entre eux s'avèrent n'avoir pratiquement aucune maîtrise
de ces compétences ou une maîtrise réduite et sont en difficulté devant un
texte complexe ou comprenant un vocabulaire peu courant ». A l'opposé,
toujours selon ce document, seuls 15 % parviennent à un niveau de maîtrise
bon ou excellent - ce que les auteurs de ce travail considèrent eux-mêmes
comme un fort médiocre résultat.
Pages 105-107
…il est clair que, depuis des années, de bons esprits, avec ou sans chiffres à
l'appui, ne cessent de mettre en garde les autorités politiques contre un
indéniable déclin de la maîtrise de la langue écrite et parlée. Il est également
certain que ce déclin est une véritable catastrophe : psychologique, d'abord,
pour les enfants eux-mêmes qui, dès le cours préparatoire, éprouvent le
sentiment d'avoir manqué une marche, de ne pas suivre, de ne plus être tout à
fait comme les autres et qui en conçoivent parfois une terrible angoisse ; scolaire
ensuite : comment poursuivre des études, dans quelque discipline que ce soit, si
l'on est en difficulté de lecture ? ; culturelle et morale enfin : ces élèves, à qui l'on
n'a pas réussi à apprendre assez bien leur propre langue pour qu'ils puissent lire
par plaisir - car c'est là, sans doute, le vrai critère de démarcation entre ceux qui
vont continuer et ceux qui vont s'arrêter -, ont un fort risque d'être à jamais
exclus de ce que les philosophes nomment volontiers la « vie avec la pensée ».
Pis encore peut-être, ils risquent de perdre l'estime de soi et, se détestant ou se
méprisant eux-mêmes, de se mettre aussi à détester et mépriser les autres. Le
lien entre les difficultés de lecture et les conduites inciviles ou violentes est
d'ailleurs avéré.
Voyons encore, autre indicateur crucial, celui des sorties sans diplôme ou sans
qualification suffisante pour s'insérer dans la cité. 160 000 jeunes environ ont
quitté l'année dernière notre système scolaire sans diplôme général autre que le
brevet des collèges, le certificat d'études, ou sans qualification professionnelle.
C'est inacceptable. D'autant plus inacceptable que derrière ces chiffres bruts se
cache une réalité humaine dramatique : des années d'échec scolaire ont fait
perdre aux enfants, qui en sont malgré tout davantage les victimes que les
artisans, toute envie de réussir au sein d'une communauté « normale ». La
logique de l'échec est une terrible logique : en faisant perdre l'estime de soi elle
entame le respect des autres, s'avérant ainsi être une des principales origines
des comportements déviants que l'on observe en si grand nombre aujourd'hui au
sein des collèges. Et là encore, les chiffres stagnent, voire empirent lentement
mais sûrement depuis dix ans (1).
1. Un peu plus de 7 % des jeunes quittent encore l'école sans avoir atteint le
niveau minimal de qualification, c'est-à-dire, selon les critères de l'Education
nationale, le niveau V (niveau du CAP et du BEP). Il faut préciser que, dans le
43
jargon un peu particulier de l'Education nationale, on appelle « sortants sans
qualification » les jeunes qui s'arrêtent sans accéder à une classe de seconde ou
à une année terminale de CAP-BEP. Ils étaient 110 000 en 1980, 82 000 en
1990, 57 000 en 1995. On avait donc bien progressé. Mais depuis 1994, le
progrès a cessé et les chiffres se situent toujours entre 55 000 et 60 000…
…depuis une dizaine d'années nous stagnons de nouveau. Le chiffre avancé,
d'environ 160 000, est d'autant plus préoccupant que pour ces élèves, les
difficultés d'accès à l'emploi se sont accrues : en 2000, près de 45 % des jeunes
de moins de vingt-cinq ans sans diplôme étaient au chômage, contre seulement
20 % des titulaires d'un CAP ou d'un BEP, et 10 % des diplômés de
l'enseignement supérieur.
Page 223
…une baisse de niveau depuis les années vingt. On sait notamment qu'au
certificat d'études, les élèves de cette époque commettaient en moyenne cinq
fautes par dictée. Ceux d'aujourd'hui, sélectionnés et préparés dans les mêmes
conditions, en font dix-sept.
[2] A chaque élection générale entre 1981 et 2007, les Français ont sanctionné tous
les gouvernements en place :
En 1981, la présidence Giscard et le gouvernement Barre ont été sanctionnés au
profit de Mitterrand et de la gauche unie ;
En 1986, le gouvernement de gauche de Fabius est sanctionné aux élections
législatives, Chirac devient Premier ministre ;
En 1988, le gouvernement de droite de Chirac est sanctionné, Mitterrand est
réélu ainsi qu'un parlement de gauche ; les Premiers ministres successifs sont
Rocard, Cresson et Bérégovoy ;
En 1993, les élections législatives sanctionnent le gouvernement de gauche,
Balladur devient Premier ministre ;
En 1995, les élections présidentielle et législatives sanctionnent la gauche :
Chirac est élu avec un parlement de droite ;
En 1997, après dissolution de l'Assemblée, les élections législatives
sanctionnent le gouvernement Juppé, et Jospin devient Premier ministre ;
En 2002, les élections présidentielle et législative sanctionnent la gauche :
Chirac est réélu avec un parlement de droite ;
En 2004, les élections régionales sanctionnent lourdement le gouvernement de
droite de M. Raffarin.
En somme, entre 1981 et 2007, les Français ont sanctionné les dirigeants politiques
en place à chaque élection générale, en basculant de droite à gauche et
inversement. Aucune politique, ni de droite ni de gauche, n'a répondu à leurs
attentes concernant le sujet qui les préoccupe le plus, le même jusqu'à nos jours : le
chômage. Constatant que les politiciens qui avaient promis de faire baisser le
chômage n'avaient pas tenu leur promesse, les Français les ont sanctionnés
électoralement. Leur exaspération est allée croissant, comme en témoignent les
44
scores des candidats extrémistes à l'élection présidentielle du 21 avril 2002, et le
désaveu cinglant du gouvernement Raffarin aux élections régionales de mars 2004.
[4] Emission de télévision quotidienne C dans l'air d'Yves Calvi sur France 5 le
05/04/2005 à 17h50. Les deux directeurs d'instituts de sondage français présents ont
affirmé que les partisans du « non » au référendum sur le Traité constitutionnel
avaient en commun leur niveau d'instruction bien plus faible que celui des partisans
du « oui ». Ce niveau plus faible explique leur moindre compréhension du Traité et
des enjeux de l'Union européenne, donc leur crainte des conséquences qu'ils
redoutent sans les comprendre : chômage, moindre protection sociale, destruction
des services publics, etc. Les gens dont le niveau d'instruction est normal
comprennent les enjeux, ne redoutent pas l'Union européenne et s'apprêtent à voter
« oui ».
[5] Le Figaro des 6 et 7 août 2005, page 7, article « Désaffection pour les sciences :
des conséquences sociales majeures ».
45
porte pas plainte, par peur de représailles ou parce qu'elles pensent que « cela ne
sert à rien ». Une enquête de terrain, dite « de victimation », permet de chiffrer le
nombre réel de faits délictueux à environ 3 fois celui des statistiques officielles.
[14] Livre "La nuit des politiques", par Roland Cayrol, directeur de l'institut de
sondage CSA, publié chez Hachette en mai 2006.
[17] Emile Durkheim - "Le suicide - Etude de sociologie" (1897) - Page d'accueil
[Link]
ml
[19] DREES - "L’évolution des suicides sur longue période : le rôle des effets d’âge,
de date et de génération" - août 2002 - [Link]
resultat/er-pdf/[Link]
46
Les enfants de cadres au prénom maghrébin ont environ 2 fois moins de
chances d’être à leur tour cadres.
Enfin, les enfants d’artisans et de commerçants au prénom du Maghreb ont 4 à 5
fois moins de chances d’avoir une mobilité sociale ascendante.
[26] Le Figaro du 25/12/2006, articles "La pratique religieuse des Français" et "En
Corse, la violence n'a pas reculé en 2006".
47
[31] Rapport sur le bon usage des médicaments psychotropes (02/07/2006)
[Link]
Extraits :
"La consommation de ces médicaments, notamment celle des anxiolytiques et
hypnotiques, est en moyenne deux fois plus élevée en France que dans les
autres pays européens, l’écart étant particulièrement flagrant avec l’Allemagne,
le Royaume-Uni et les Pays-Bas."
"La consommation élevée des médicaments psychotropes en France n’est pas
non plus explicable par une prise en charge plus adéquate des troubles
psychiatriques dans notre pays par rapport à celle observée dans les autres
pays européens. Ainsi, les recommandations de bonnes pratiques concernant
les durées de prescription sont peu respectées : ces durées sont longues quand
elles devraient être courtes, supérieures à 6 mois pour plus de trois quarts des
usagers d’anxiolytiques, alors que la durée recommandée maximale est de 3
mois ;"
"Les indications des traitements sont également peu respectées : la moitié des
personnes consommant des antidépresseurs et plus des deux tiers de celles
consommant des anxiolytiques et hypnotiques ne présentent pas de trouble
psychiatrique relevant d’une indication reconnue ; inversement, moins d’une
personne sur 3 souffrant de dépression en France bénéficie d’un traitement
approprié."
Valeur
C'est la qualité de ce qui est désiré ou estimé.
Exemples : valeur de la vie humaine ; valeur de l'amour, de la compassion ;
valeur du beau, du bien, du juste ; valeur du progrès scientifique ou social ;
droits de l'homme ; démocratie ; laïcité ; liberté d'action, d'expression et de
conscience ; etc.
Toute valeur est en même temps objet de désir et objet d'un jugement : le désir est le
moteur, le jugement, l'arbitre. Si l'un de ces deux facteurs disparaît, il n'y a plus de
valeur.
En plus des valeurs positives précédentes, il y a bien entendu des valeurs négatives
correspondant à ce qui est détesté, craint, etc.
Culture
Au niveau d'un groupe humain, c'est l'ensemble des valeurs, croyances et
attitudes partagées par les membres du groupe (peuple, fidèles d'une religion,
etc.) depuis suffisamment longtemps pour qu'ils les aient intériorisées (c'est-à-
dire que ces valeurs, croyances et attitudes leur paraissent inconsciemment
incontestables). Ce partage résulte :
48
de l'histoire commune ;
de l'environnement géographique et climatique où le groupe vit depuis des
générations ;
de la (ou les) religion(s) les plus répandues dans le groupe ;
de l'éducation transmise aux enfants par les parents ou l'enseignement ;
des informations diffusées par les media ;
des formes d'art dominantes depuis des décennies (littérature, danse,
architecture, cinéma, etc.) ;
des coutumes sociales, etc.
La culture d'un groupe humain est en rapport avec l'ethnie, définie par son
héritage socioculturel (en particulier la langue), l'espace géographique et la
conscience de ses membres d'appartenir à un même groupe.
Au niveau d'une personne, la culture résulte de celle de son groupe, qui lui a
transmis ses valeurs, croyances et attitudes, ainsi que des connaissances et
expériences issues de sa propre vie.
Mais la culture d'une personne est sans rapport avec sa couleur de peau ou
d'autres caractéristiques provenant de sa naissance : c'est une caractéristique
transmise par la vie en société. Il n'y a donc pas de rapport entre culture et race.
Du reste, la notion de race est trop vague pour pouvoir être définie d'une
manière utilisable : la génétique moderne montre que les différences biologiques
entre races n'ont rien d'absolu, tous les hommes ayant un patrimoine héréditaire
commun.
Morale
La morale, ensemble des règles de la vie en société - qu'elles soient ou non
confirmées par la loi - fait partie de la culture. Voir ce que [27] dit de la morale.
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