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Histoire de la V° République française

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La V° République (1958-20…)

C’est une période de « l’Histoire immédiate » Des remises en causes des thèses sont possibles. Cette
République tient une réputation de stabilité, d’efficacité et d’adaptabilité avec la cohabitation, les
transformations des modes de scrutin, la décentralisation, la régionalisation et le quinquennat.
Depuis une ou deux décennies, de nouveaux enjeux naissent avec même des remises en question. On
note une baisse du nombre d’inscriptions sur les listes électorales cependant que le taux d’abstention
augmente. Un républicanisme défensif apparaît alors avec les républicanistes et les souverainistes. On note
aussi une progression de formations atypiques avec Chasse, Nature, Pêche et Traditions (CNPT)

Le découpage chronologique passe par une date obligée : 1981 qui redéfinit la donne politique en
instaurant l’alternance. 1958-1981 : elle même divisée en une période gaullienne et une période post-
gaullienne. 1981-2003 : 14 années mitterrandiennes puis chiraquiennes (on raisonne souvent en termes de
personnalisation de la fonction présidentielle, qui définit le tonalité de chaque période)

I. De la République gaullienne à l’alternance de 1981.

A/ De Gaulle et la V° République (1958-1961)

1. La mise en place de la V° République (juin 1958 – novembre 1962)

a. Elaboration et adoption de la Constitution.

Après douze années de traversée du désert, le général de Gaulle retrouve le devant de la scène
politique et il va avoir l’occasion de réaliser son programme prononcé à Bayeux le 16 juin 1946 . Il le dit lui
même dans ses mémoires : ce qui va être fait c’est la Constitution de Bayeux. Comment le texte constitutionnel
de 1958 a-t-il été établi ?
L’élaboration ne prendra que trois mois soit un contraste saisissant avec l’année laborieuse pour la
constitution de la IV°. Elle est confiée à des organismes comprenant peu de membres : un Comité d’experts
composés de conseillers d’Etat, un Comité formé autour du général de Gaulle et de son Garde des sceaux
Michel Debré (véritable maître d’œuvre de la constitution) en plus de quatre ministres d’Etat : Guy
Mollet, Pflimlin (MRP), Houphouët Boigny (UDSR), Louis Jaquinot (indépendant). Le Conseil des ministres
n’a eu un simple rôle formel. Le texte a ensuite été étudié par le Conseil Consultatif Constitutionnel
composé de 39 membres, les deux tiers ayant été désigné par l’Assemblée nationale et le Conseil de la
République et un tiers par le gouvernement. Il est alors présidé par Reynaud. Ce texte fut aussi discuté par le
Conseil d’Etat qui n’émit qu’un avis. Il fut ensuit soumis au peuple français par référendum.

Pour ouvrir la campagne, le général de Gaulle a choisi symboliquement le 4 septembre 1958 et la


Place de la République (haut lieu républicain) pour l’énoncer comme référence à la naissance de la III°
République. Les communistes, les poujadistes et les mendésistes appellent à voter non, mais ils n’ont pas
été toujours suivi par leurs électeurs. Il y a des camps divisés : les Radicaux, l’UDSR (Mitterrand fait
campagne pour le non), la SFIO avec comme secrétaire général Mollet et membre notoire Deferre prône le
« oui ». En septembre 1958 est créé le Parti Socialiste Autonome (PSA), ancêtre du PSU (avril 1960). On
remarque des personnalités dans le mouvement pour la campagne pour le non : Mendès-France, Mitterrand et
Mayer fondent l’Union des Forces Démocratiques.
Le référendum a lieu le 28 septembre 1958 et le « oui » l’emporte à 79,25%. En Algérie, on trouve
96% de « oui » et 90% en Lorraine et Alsace comme dans la plupart des autres régions. Le taux d’abstention est
faible, 15,6% ce qui reflète intérêt de l’opinion.
Un enseignement est tiré du référendum : la personne du général de Gaulle est plébiscitée. Les
nouvelles institutions sont adoptées sans contestation possible, leur légitimité est forte, contrairement à la
lV° République.

b. La Constitution de 1958 et la mise en marche des institutions.

Il y a un préambule qui contient les principes Généraux de la Constitution, soit quelques lignes. Il
se réfère aux Droits de l’Homme, au principe de souveraineté nationale avec deux références : la
déclaration de 1789 et la Constitution de 1946. Mais le texte de 1958 diverge en ce qui concerne l’exercice de
la souveraineté nationale : la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants
et par la voix du référendum. En 1946, on insistait surtout sur les représentants. Ici, on envisage d’utiliser le
référendum à des fins législatives, alors que sous la IV°, il était limité au référendum constitutionnel.
. L’Exécutif.
- Le Président.
Notons l’importance d’une nouvelle donnée liée au Président de la République, il devient la clé de
voûte des institutions. Il figure au titre 2 (titre 6 sous lV° : signe d’une priorité). La défense de son rôle innove
peu par rapport aux III° et IV° Républiques : il est le garant de la continuité de l’Etat, de l’indépendance
nationale et de l’intégrité du territoire. Il veille au respect de la constitution, et assure par son arbitrage le
fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Où réside alors la nouveauté ? Dans son mode d’élection et les
moyens d’actions.

Le mode d’élection visait à soustraire l’exécutif (le Président) à la pression du


Parlement. Ainsi qu’il l’avait proposé à Bayeux, son élection va se faire par un collège
électoral composé de membres du Parlement, noyés dans la masse des conseillers d’Etat,
représentants des assemblées des TOM, maires, délégués municipaux (80000 notables) Il
devient alors l’élu des notables locaux.

Les moyens d’actions : le Président de la République nomme classiquement le Premier


ministre et les autres membres du gouvernement sur proposition de celui-ci. Le
Président promulgue les lois dans les 15 jours mais peut demander un nouveau délai de
délibération. La nouveauté réside surtout dans trois dispositions qui lui confèrent des
moyensde pressions constitutionnels considérables :

o L’article 11 lui permet de soumettre aux référendums tout projet de loi


(faculté de s’adresser au pays).

o L’article 12 concerne la dissolution : il peut prononcer la dissolution de


l’Assemblée nationale après avoir pris l’avis du Premier ministre et des
présidents des Assemblées.

o L’article 16 lui octroie des pouvoirs exceptionnels lorsque les institutions de


la République, l’indépendance nationale, l’intégrité du territoire,
l’exécution des engagements internationaux de la Républiques sont
menacés. Cela s’inscrit dans la logique des menaces latentes qui pèsent toujours
avec l’Algérie : c’est une référence à mai 40.
- Le gouvernement.
Le gouvernement voit également sont autorité renforcée. Il est composé d’un Premier ministre
qui « dirige l’action du gouvernement » (c’est l’article 21). Ce gouvernement « détermine et conduit le
politique de la nation, il est responsable devant le Parlement » (article 20) ce qui exclut tout régime Présidentiel à
l’américaine (comme le montrel’engagement de De Gaulle). Ce gouvernement procède exclusivement du chef
de l’Etat. Le Premier ministre peut être véritablement l’homme du chef de l’Etat et il n’est plus entre les
mains de l’Assemblée, et il n’est plus soumis à l’investiture de l’Assemblée.
« Gouverner est une fonction, légiférer en est une autre. Elle ne se confondent pas, et ce n’est pas aux
mêmes à faire l’une et l’autre »les fonctions de ministre et les fonctions parlementaires sont incompatibles
(on reprochait à la IV° d’entraîner l’instabilité par la « course aux portefeuille » des parlementaires) La
Constitution (article 23) rend donc incompatible le cumul des fonctions.
- L’ambiguïté de la constitution concernant l’exécutif.
La constitution permet d’envisager un pouvoir exécutif à deux têtes mais rien n’exclut dans les
textes que le Premier ministre ait une majorité à l’Assemblée (ayant un programme différent) qui ne soit
pas en accord avec le Président, et qu’il s’appuie dessus pour gouverner : la cohabitation est
techniquement possible. Cette dyarchie est un risque permanent pour la V° République.
C’est le résultat de la juxtaposition d’un régime parlementaire et d’une prépondérance
présidentielle. La constitution (cette prépondérance est plus affirmée en pratique dans les textes) est donc
susceptible d’évolution en fonction des majorité parlementaires qui fluctuent selon les élections. En 1958, ce
risque n’existe pas au vu de l’autorité personnelle très forte de De Gaulle.
. Le Législatif.
Il arrive juste après l’exécutif. Il y a une rationalisation de l’hégémonie du Parlement sous la V°
République, ce qui va résoudre le problème de l’instabilité gouvernementale. Selon l’article 24, « Le
Parlement comprend l’Assemblée nationale et le Sénat ».
- L’Assemblée nationale.
On dénombre 465 députés pour la France métropolitaine, élus pour 5 ans et au scrutin uninominal
majoritaire à deux tours (fin du scrutin proportionnel des Républiques précédentes). Les garanties
habituelles des élus sont conservées (immunité), mais l’Assemblée n’est plus permanente. « Le Parlement se
réunit de plein droit en une session ordinaire qui commence le premier jour ouvrable d’octobre et prend fin le
dernier jour ouvrable de juin » (article 28). Mais il peut être réuni en session extraordinaire soit à la
demande du Premier ministre, soit à la majorité des membres de l’Assemblée nationale (article 29) Elle est
renouvelable un mois après adoption du décret de clôture sauf pour le Premier ministre. En dehors des cas
dans lesquels le Parlement se réunit de plein droit, les sessions extraordinaires sont ouvertes et closes par décret
du Président de la République (article 30)
Elle dispose de moyens d’action sur le gouvernement :

La motion de censure : le gouvernement peut adopter un texte sans qu’il soit voté sans si
l’Assemblée dépose une motion de censure votée à la majorité (article 49 alinéa 3) Cela
permet au gouvernement d’aller contre l’opposition parlementaire, la majorité devant se
resserrer et les députés prendre leur responsabilité

Il y a un droit d’interpellation mais limité.


- Le Sénat.
Le Sénat retrouve son nom de la III° République, mais pas son rôle. Il se compose de 255
membres élus pour 9 ans renouvelés par tiers tous les trois ans au suffrage universel indirect par des
collèges départementaux composés d’élus (députés, conseillers généraux, délégués municipaux (représentants
des conseils municipaux). Il a un rôle très limité de confirmation des lois pouvant jouer de la navette dans
l’adoption des projets et propositions de lois bien que l’Assemblée nationale ait le dernier mot (article 45).
Le Président du Sénat assure l’intérim quand il y a vacance de la Présidence de la République (art 7 alinéas 4).
. Le Judiciaire.
- Le Conseil Constitutionnel.
L’originalité de la constitution de 1958 a d’avoir mis en place un Conseil Constitutionnel bien que
compétent qu’à partir de 1971.
L’article 56 dispose : « Le conseil constitutionnel comprend neuf membres, dont le mandat dure
neuf ans et n’est pas renouvelable. Le conseil constitutionnel se renouvelle par tiers tous les trois ans. Trois
membres sont nommés par le Président de la République, trois par le Président de l’Assemblée nationale
et trois par le Président du Sénat. En sus des neuf membres prévus ci-dessus, font de droit parti à vie du
Conseil Constitutionnel les anciens présidents de la République. Le Président est nommé par le Président
de la République. Il a voix prépondérante en cas de partage. »
Le Conseil Constitution veille en sus de la constitutionnalité des normes juridiques, à la régularité
des élections présidentielle et législative, ainsi que des opérations du référendum (articles 58, 59 et 60)
- La Haute Cour de Justice.
Selon l’article 67, « elle est composée de membres élus, en leur sein et en nombre égal, par
l’Assemblée nationale et par le Sénat après chaque renouvellement général ou partiel de ces assemblées.
Elle élit son Président parmi ses membres. » Elle est compétente en matière de responsabilité pénale du
Président (art 68) et des membres du gouvernement (articles 68-1 et 68-2)
. Du Conseil économique et social.
Selon l’article 69, « saisi par le gouvernement, il donne son avis sur les projets de loi, d’ordonnance
ou de décret ainsi que sur les propositions de loi qui lui sont soumis » Il peut également être consulté par
le gouvernement sur tout problème économique et/ou social (article 70)
. Des départements d’outre-mer.
Le Titre XII relatif aux collectivités territoriales offre à l’Outre-mer la formule de la communauté
par acte d’autodétermination, la République reconnaissant en son article 72-3 « au sein du peuple
français, les populations d’outre-mer, dans un idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité » On a
évité les termes de fédération et de confédération pour accorder une autonomie (article 74).

Sur le court terme, les institutions sont taillées sur mesure pour de Gaulle, qui en a besoin pour
régler la question algérienne. Sur le long terme, le texte ménage plusieurs interprétations/lectures
possibles du régime : soit Présidentielle, soit Parlementaire.
ζ. De la mise en place des institutions.
- Les législatives.
Les élections législatives ont lieu les 23 et 30 novembre 1958. Elles ne se déroulent plus à la
proportionnelle mais au scrutin d’arrondissement majoritaire à deux tours. La campagne électorale voit
toutes les formations (sauf le PCF et l’UFD) se réclamer du gaullisme, depuis les socialistes jusqu’au
nouveau parti crée à l’occasion des élections, le I° octobre 1958, autour de Debré, Chaban-Delmas, Soustelle
et Michelet : l’UNR (Union pour une Nouvelle République). La campagne est sans grand relief, l’abstention a
augmenté (22, 9%). C’est un véritable succès gaulliste, l’UNR et les modérés auxquels se sont associés des élus
d’Algérie vont à peut près contrôler 70% des sièges à l’Assemblée National. De Gaulle dispose alors d’une
majorité écrasante cependant que le bloc est quand même soumis à des divisions.

Dans cette nouvelle Assemblée, les personnalités connues de la IV° République ont été battues
telles que P. Mendès-France, [Link], [Link] (ex-Président du Conseil), [Link], R. Lacoste, [Link],
[Link], J. Duclos ou encore [Link].
Le premier président de l’assemblée est Chaban-Delmas, contre Reynaud, candidat de De Gaulle.
En fait, De Gaulle aurait souhaité un homme « neuf » de la V° République, à la différence de Chaban-
Delmas.
- Les présidentielles.
Le président de la République est élu le 21 décembre 1958. Les 80 000 notables plébiscitent le
général de Gaulle qui l’emporte par près de 80% (78,50 %) des suffrages sur ses rivaux, communiste
(Georges Marrane) et UFD (le doyen de la faculté des sciences de Paris : [Link]) Le 8 janvier 1959 a
lieu la passation de pouvoirs de Coty à de Gaulle, qui descend en voiture les Champs-Elysées. Le nouveau
chef de l’Etat nomme Premier ministre le gaulliste Michel Debré, principal rédacteur de la Constitution
qu’il va avoir pour charge d’appliquer.
- Le règlement de la question coloniale
Les anciennes colonies d’Afrique noire obtiennent l’autonomie en 1958 (sauf pour la Guinée, qui
obtient carrément son indépendance, du fait de son refus de la constitution de la cinquième. Cela va
accélérer le passage à l’indépendance ; pour la France, c’est un bon point sur le plan international. Aussi,
tous les Etats africains vont-ils gagner leur indépendance entre juin et novembre 1959, ceci sans rompre
leurs liens avec la France.

c. Le règlement de la question algérienne.

La crise a duré 4 ans sous la IV° et 4 ans sous la V° République. De Gaulle doit son retour à une
ambiguïté : les activistes d’Alger, de même que la majeure partie de l’opinion publique en métropole sont
favorable à la conservation de l’Algérie dans la France et ils fondent leurs espoirs en De Gaulle . Debré est
lui même favorable au maintien de l’Algérie dans la France. Mais De Gaulle n’a en fait pas d’avis arrêté. Il va
donc se maintenir dans une espèce de flou volontaire et s’engager dans une politique pragmatique. Ainsi
ses déclarations vont offrir à chacun ce qu’il désire. La première déclaration historique est celle du 4 juin 1958
faite sur le balcon du gouvernement général à Alger avec cette phrase devenue mythique « Je vous ai compris »
Celle-ci déchaîne l’enthousiasme de la foule venue l’acclamer bien que personne n’ait en fait vraiment
discerner ce que le général avait compris.
Entre 1958 et 1962, il va par étapes successives amener le pays vers l’indépendance selon quatre
étapes :
. L’intégration et la « paix des braves » (juin à décembre 1958)
De Gaulle a proposé comme solution l’intégration. Il va proposer l’égalité entre Européens et
musulmans, par l’établissement du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne sous la
présidence de Ferhat Abbas. Par ailleurs, le Plan de Constantine (dans l’est algérien) du 3 octobre 1958
propose des réformes économiques et sociales ambitieuses de manière à convaincre les Algériens de ne pas
faire sécession.
Le 23 octobre 1958, de Gaulle tend la main au FLN avec la fameuse « Paix des braves » (formule
prononcé dans un discours par laquelle de Gaulle reconnaît au FLN ses qualités de combattants et
propose la paix). D’un autre côté, on cherche à rétablir l’autorité de l’Etat contre ceux qui ont organisé la
crise du 13 mai 1958 : de Gaulle va reprendre les choses en main en écartant le général Salan et en le
remplaçant par un autre militaire, [Link], et de Gaulle scinde les fonctions de gouverneur militaire et de
délégué général.
. L’autodétermination (janvier 1959-juin 1960)
Les succès du Plan Challe sont incontestables sur le terrain, mais le FLN continue à marquer des
points sur la scène internationale, notamment à l’ONU. Cette position internationale du FLN gêne de
Gaulle cependant que ce dernier a en tête une opinion française qui est de plus en plus favorable à une
négociation. De Gaulle propose alors une solution dans une allocution du 16 septembre 1959, le droit de
l’Algérie à l’autodétermination. Il offre trois formules possibles aux Algériens : l’indépendance, la
francisation, c'est-à-dire assimilation complète à la France et enfin l’association d’une Algérie gouvernée
par les Algériens en union étroite avec la France. C’est cette dernière option qui a sa préférence. En
métropole, le discours est bien accueilli par le centre, les gaullistes, mais la gauche prône toujours
l’indépendance. Sur le plan international, cette proposition est bien accueillie par les USA et le Royaume-
Uni.
Mais sur le terrain, les partisans de l’Algérie Français sont de plus en plus inquiets par les prises de
position gaulliennes. La général Massu, au cours d’un entretien à la presse, se permet de critiquer la
politique d’autodétermination de De Gaulle : il est alors destitué le23 janvier 1960. Cela met dès lors le feu
aux poudres et déclenche à Alger la « Semaine des barricades » du 24 janvier au 1er février 1960 : des grèves
générales ont lieu suivies de barricades avec l’idée de refaire le 13 mai 1958 pour renverser de Gaulle.
Mais cette tentative échoue face à la fermeté du pouvoir gaulliste, l’armée n’ayant pas basculé dans le camp
des insurgés, et le gouvernement ayant accordé à de Gaulle les pouvoirs spéciaux prévus à l’article 16 de la
Constitution. L’échec des barricades prouve alors la stabilité de la V° République. Pendant ce temps, le
FLN refuse toujours les nouvelles propositions qui lui sont faites lors des négociations faites à Melun.
. La République algérienne (juin 1960-juin 1961)
De Gaulle va dès lors accélérer le processus. Il va, au cours de ses discours, prononcer les mots de
« République algérienne » et « Algérie algérienne ». Le 8 janvier 1961, les Français de métropole sont
consultéspar référendum sur la question de l’autodétermination : 75% de « oui » ce qui prouve qu’il y a
une lassitude. Le 11 avril 1961, de Gaulle prononce même les mots « d’Etat Algérien souverain ». La
radicalisation des activistes d’Alger ne fait alors que s’accentuer : on voit ainsi l’apparition massive des
premiers tracts de l’OAS (Organisation de l’Armée secrète), tenue par des officiers, des politiques
totalement favorables au maintien de l’Algérie française, et des mouvements d’extrême droite.
Cela débouche sur le putsch des Généraux le 22 avril 1961. A sa tête trouvons-nous « le quarteron
de généraux » Salan, Challe, Zeiler et Jouhaud. Les putschistes contrôlent alors Alger et le Gouvernement
général et se préparent à une attaque de la métropole. De Gaulle va alors intervenirà la TV le 23 avril 1961 à
20h en uniforme, et il stigmatise le fameux « quarteron de généraux à la retraite », et il ordonne aux
militaires de ne pas leur obéir. Le Président décide alors d’appliquer l’article 16 de la Constitution établissant
l’état d’urgence, qui va rester en vigueur jusqu’au 30 septembre 1961. Dès le 25 avril 1961, les Généraux isolés
vont abandonner leur entreprise et vont s’enfuir : les appelés ne les ont pas soutenus, ni la marine. Challe et
Zeiler se rendent cependant que les autres entrent dans la clandestinité de l’OAS.

. L’indépendance (juin 1961-juillet 1962)


Le 20 mai 1961 marque l’ouverture des négociations avec le FLN à Evian. Celles-ci échouent sur la
question du Sahara et les tractations vont durer jusqu’en avril 1962. En Algérie, le FLN intensifie ses actes
de terrorisme. A ce terrorisme répond celui de l’OAS sous les ordres du général Salan produisant la
terreur au sein des deux populations car l’OAS essaie de prendre le pouvoir de l’administration. Cette
violence va creuser de plus en plus le fossé de haine entre les deux communautés. On note dès lors l’attentat
manqué de Pont-sur-Seinecontre de Gaulle le 9 septembre 1961.

On a aussi un très fort clivage dans les milieux intellectuels où chacun se manifeste. Il y a le manifeste
des 121 du 6 septembre 1960 signé par des intellectuels tels Sartre , Simone de Beauvoir, P. Viadal-Naquet
(historien qui a beaucoup écrit de livres sur la torture) qui réclament « le droit à l’insoumission dans la
guerre d’Algérie ».
De l’autre côté, on dénonce la trahison et on prend position pour l’Algérie Française tels les écrivains
Antoine Blondin, Nimier, [Link], la revue Esprit et F. Mauriac. Durant l’hiver 1961-1962, les
manifestations massives se succèdent dans Paris : celle du 8 février se termine tragiquement par 8 morts
dans le métro Charonne à la suite de charges policières ; manifestations entre les 17 et 20 octobre 1961 qui
sont favorables au FLN et organisées par des musulmans (une centaine de morts, beaucoup jetés à la Seine
par la Police)

Le 18 mars 1962, les accords d’Evian sont enfin conclus, donnant l’indépendance à l’Algérie et au
Sahara. Ils prévoyaient une période transitoire entre un cessez-le-feu (17 mars) et l’autodétermination en
juillet. Cette dernière serait sous autorité française, avec Christian Fochet comme chef du gouvernement
provisoire, et garantissait le maintien des français d’Algérie, ainsi qu’une coopération économique, financière
et culturelle entre les deux pays. La France pouvait aussi conserver deux bases navales : Mers el-kébir et
Reggane (toutes deux abandonnées en 1967). L’indépendance algérienne est ratifiée en France par référendum
le 8 avril 1962 à 90% de « oui ». En Algérie, l’OAS va profiter de la période de transition pour essayer de
soulever les Français d’Algérie et tenter de soulever l’armée : c’est l’insurrection du quartier de Bab-el
Oued le 23 avril 1962, mais cela est réprimé par la fusillade de la rue d’Isly le 26 avril. Le général Salan, qui
dirige l’OAS, est arrêté le 20 avril, ce qui va encore plus déchaîner la violence : les Européens sont obligés de
partir (ils n’ont plus d’autres choix qu’entre la valise et le cercueil) tandis que l’OAS va pratiquer la
politique de la terre brûlée. Soustelle et Bidault (anciens gaullistes membres de l’OAS) vont être contraint à
l’exil et amnistiés en 1968. Les Européens abandonnent la terre qui pour 80% d’entre eux est leur terre
natale, sans avoir de solution de réinsertion en métropole : aussi en 1962, 700 000 européens gagnent la
métropole. Fin 1962 : il ne reste plus que 200 000 français en Algérie. Il va se poser aussi le problème des
Harkis qui se font massacrer dans leur pays et qui sont mal intégrés en France (ils demandent encore
aujourd’hui une reconnaissance de leurs droits : statut difficile à vivre).

L’indépendance est finalement reconnue par le référendum algérien du 1 er juillet 1962 avec 99,
72% de « oui » et le 3 juillet 1962 par de Gaulle.
Le bilan de cette guerre est lourd avec 24 000 morts français en plus des 85 000 supplétifs (harkis) ;
2 800 civils français et plus de 4 000 harkis disparus. Du coté algérien, on dénombre entre 300 000 et 500
000 morts. C’est un véritable traumatisme pour les deux pays : on parle ainsi de « syndrome algérien »
Le 22 août 1962, de Gaulle échappe à l’attentat du Petit-Clamart. L’événement va précipiter la révision
de la Constitution.

d. De Gaulle contre les partis et la réforme de 1962.

La fin du drame algérien est à la fois une conclusion et un départ pour de Gaulle, qui change de
Premier ministre : Debré présente sa démission le 14 avril 1962 ce qui montre que Debré a accepté de
mettre de côté ses propres convictions pour mener la politique de De Gaulle : osmose entre le gouvernement
et le Président. De Gaulle nomme alors Pompidou qui est originaire du Cantal, normalien, professeur agrégé de
lettres, qui ne fut pas résistant durant la Seconde Guerre Mondiale, mais qui fut un proche collaborateur de De
Gaulle dès la fin de celle-ci, principal conseiller. Entre 1956-1962, il fut le directeur général de la banque
Rothschild. De juin 1958 à janvier 1959, il fut le directeur de cabinet de De Gaulle. C’est un non-
parlementaire que de Gaulle nomme à Matignon, ce qui est ressentie par l’opposition comme la
manifestation de la présidentialisation du pouvoir et du mépris du Président pour le Parlement.

Pour de Gaulle, tout reste à faire, il souhaite réformer les institutions, voulant donner encore plus de
poids à l’exécutif en instaurant l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, car il
se pose le problème de sa succession. Une semaine après l’attentat, il présente le projet de modification de la
constitution qui se fera par référendum. L’opposition affirme un double refus, celui d’une évolution du
régime vers un pouvoir personnel et celui concernant la procédure référendaire (voie de l’article 11 qui
dispose que le Président peut soumettre au référendum tout projet qui modifierait les pouvoirs publics). Il
y a alors un débat juridique, car pour l’opposition, la révision est prévue dans l’article 89 uniquement qui
prévoit un vote des deux assemblées puis d’un référendum (proposition et projet de loi), ou alors que le
texte soit voté à la majorité des trois cinquième par le Parlement réuni en Congrès (projet de loi
uniquement).
De Gaulle passe outre, il fait comme il veut. Pour l’opposition c’est une « violation délibérée,
outrageante de la constitution » (Gaston Monnerville) et l’accuse alors de forfaiture. Le 5 octobre 1962, une
motion de censure est votée par 280 voix, le gouvernement Pompidou est ainsi renversé. De Gaulle riposte
par la dissolution de l’Assemblée nationale le 10 octobre 1962.
Le référendum sur la révision constitutionnelle a lieu le 26 octobre 1962. Seule l’UNR fait
campagne pour le « oui », toutes les autres formations appellent à voter « non » : c’est le « Cartel de non
pour la défense des principes républicains contre le pouvoir personnel ». De Gaulle avait averti qu’il se
retirerait si le « non » l’emportait ou si la majorité de « oui » était trop faible. Le « oui » l’emporte : 62%.

Des élections législatives ont lieu les 18 et 25 novembre 1962. De Gaulle contrairement ce qu’il a
fait en 1968 va directement participer à la campagne électorale, chargeant [Link] d’organiser la
campagne qui crée une Association pour la V° République visant à désigner dans chaque circonscription
un candidat fidèle au général. Du côté de l’opposition, Mollet accepte au deuxième tour le principe du
désistement entre communistes et socialistes. On assiste dès lors à une bipolarisation politique puisqu’il y
a alliance électorale. Les résultats annoncent la défaite de l’opposition puisque c’est un véritable raz de marée
en faveur de l’UNR-UDT qui obtient 32% des suffrages exprimés, ce qui est un record dans l’histoire
parlementaire de la France. Ils obtiennent 233 sièges sur les 382. On note une augmentation de sièges chez les
communistes grâce au désistement des socialistes. Néanmoins, le cartel des « non » recule à l’Assemblée
nationale (baisse du MRP, des Indépendants,…). Tous les leaders favorables à l’Algérie française sont battus
(comme par exemple Le Pen).
Un nouveau gouvernement Pompidou est crée ; c’est véritablement en 1962 que la V° République
est fondée (c’est la grande année) et le général de Gaulle est alors à son apogée politique.

2. La mise en place de la V° République (décembre 1962 – avril 1969)

a. La politique de la Grandeur.

Après la révision, le général de Gaulle va se concentrer davantage sur la politique économique et


extérieure qui est le domaine réservé du Président. C’est l’époque de la politique de grandeur. La fin de la
Guerre d’Algérie va permettre à de Gaulle de reprendre l’initiative sur la scène internationale en essayant de
mettre en place une politique de grandeur en affirmant autant que possible la France sur le devant de la scène
internationale selon une série d’initiatives :
C’est d’abord l’affirmation de l’indépendance nationale face aux deux blocs, notamment
vis à vis des Etats-Unis :

o C’est unepolitique de défense : De Gaulle veut que la France dispose d’une


politique de défense indépendante et pour cela, il faut que la France
retrouve sa souveraineté militaire en se dotant de l’arme nucléaire. Cette
décision avait été prise sous le gouvernement de Félix Gaillard en 1958. La
première explosion d’une Bombe Atomique française a eu lieu dans le
Sahara algérien dans la base de Reggane le 13 février 1960. On résume la
doctrine française de dissuasion par la formule suivante : « la dissuasion du
faible au fort » élaborée dans les années 1960. Le but politique est
stratégique. Les dommages qu’on est capable de causer à l’agresseur potentiel
doivent être puissants peur être dissuasifs. La France alors refuse de
s’associer le 5 août 1963 au Traité de Moscou signé par les USA, la Grande-
Bretagne et l’URSS sur l’arrêt des essais atomiques. La souveraineté
militaire passe aussi par le retrait des commandements intégrés de l’OTAN
annoncé le 7 mars 1966 par de Gaulle : les bases françaises de l’OTAN sont
fermées. Mais si la France se retire de la partie militaire de l’OTAN, elle
conserve son poste politique dans le cadre du pacte d’Atlantique Nord.

o Il y a une prise de distance vis-à-vis des Etats-Unis avec les voyages au


Mexique en 1964 et en Amérique Latine en 1965 : de Gaulle se rend dans
l’arrière cour des USA. La France va prendre des positions critiques envers
l’impérialisme américain, notamment en critiquant l’engagement américain à
St-Domingue, au Vietnam dans son fameux discours de Phnom-Penh au
Cambodge le 30 août 1966. En 1967 de Gaulle se rend à Montréal où il
prononce la célèbre formule provocatrice : « Vive le Québec libre »
marquant ainsi sa solidarité avec le mouvement indépendantiste québécois.

o En parallèle, il mène une politique de rapprochement de Moscou en invitant


[Link] à Paris en 1960 et en se rendant lui même en URSS
en1966. Il se rend également dans le bloc de l’Est en Pologne (1967), Roumanie
(1968).

o C’est enfin la recherche d’une troisième voie avec le Tiers-Monde : De


Gaulle entame une reconnaissance très précoce de la République Populaire
de Chine en 1964. Il veut aussi engager la France sur la voie de la coopération :
il déclarera « la coopération est désormais une grande ambition de la France »
en 1967. La France gaullienne entend aussi soutenir les aspirations
nationales des peuples qui revendiquent leur droit à disposer d’eux-mêmes.
On note dès lors un changement d’attitude vis-à-vis d’Israël pendant la Guerre
des 6 jours en 1967, soutenant la cause palestinienne et condamnant
l’agression israélienne.

De Gaulle mène aussi une politique européenne :

o C’est un moyen aussi pour de Gaulle d’affirmer la France sur la scène


internationale. L’arrivée de De Gaulle au pouvoir n’arrête pas la construction
européenne cependant qu’il a une conception précise de ce qu’elle doit être et
ne pas être. Il rejette l’idée d’une Europe supranationale mais appel de ses
vœux une Europe des Etats, voire des nations. Début 1962, il propose le
Plan Fouchet qui est un projet d’union des Etats (confédération) mais
celui-ci fut rejeté par les Pays-bas et la Belgique.

o L’Europe permet aussi la mise en place du couple franco-allemand. En effet,


de Gaulle souhaite une sorte de condominium franco-allemand sur l’Europe : le
22 janvier 1963 est signé un Traité de coopération qui prévoit des
rencontres régulières entre les chefs d’Etats et une coopération entre les
deux pays.

o La politique européenne de De Gaulle suit la logique de sa politique


internationale en opposant son veto, par deux fois (janvier 1963 et mai 1967),
à l’adhésion de la Grande-Bretagne dans au sein de la CEE, refusant de voir
entrer dans la communauté ce qu’il nomme le « Cheval de Troie des Etats-
Unis » (comme le résumera parfaitement Churchill « Sachez que chaque fois
qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons le
grand large »)
o La Politique agricole commune (PAC) est mise en place en 1962, mais de
Gaulle reste très vigilant chaque fois qu’il y a menace de supranationalité
avec le refus que le Fonds Européen d’Organisation et de Garantie
Agricole (FEOGA) soit géré de façon supranationale : c’est la crise avec la
« politique de la chaise vide » menée pendant par 6 mois par de Gaulle en
juillet 1965, bloquant ainsi les institutions européennes. La crise se conclut
en janvier1966 - par le pacte de Luxembourg - par une acceptation de la
position française par ses autres partenaires. Les textes importants restent votés
à l’unanimité tandis que ceux secondaires le sont à la majorité qualifiée (des
deux tiers)

Ces visées gaulliennes se traduit aussi par une modernisation économique : la France connaît
depuis 1963 une croissance économique soutenue et un important déficit budgétaire en
plus d’une instabilité du franc. D’où l’adoption du Plan Pinay-Rueff qui a pour but de
stabiliser la monnaie par une dévaluation de 17,55% et par la création du nouveau franc à
parti du 1er janvier 1960. Il opte aussi pour une baisse des dépenses publiques et une
augmentation des impôts : l’inflation est contrôlée et les grands équilibres sont rétablis (les
balances redeviennent positives) La France va connaître pendant plus de 10 ans une
croissance économique spectaculaire grâce à l’ « ardente obligation ». Il y a un contexte
économique très favorable (hydrocarbures à prix très bas et retour des rapatriés d’Algérie ce
qui implique une forte main d’oeuvre). Les retombées sociales de cette augmentation sont
très importantes, le revenu moyen ayant plus que doublé pendant ces 10 années. La
France rentre alors dans une société de consommation sur le modèle américain : c’est « la
révolution invisible des 30 glorieuses », comme le dira [Link]é.

b. Les forces politiques (1962-1967)

. Adroite.
Le Parti du Président, l’UNR (Union pour la Nouvelle République) est extrêmement
proche de De Gaulle. Cette union est née en 1958du rassemblement de groupes dispersés :
gaullistes de la France Libre, anciens du RPF et républicains sociaux avec Chaban-
Delmas. C’est une véritable force de soutien pour de Gaulle. L’UNR se pense comme un
mouvement, un anti-parti car elle veut rassembler (problème d’identification idéologique). Le
gaulliste en effet dénie toute validité au clivage droite-gauche, son objectif étant
d’assumer l’unanimité nationale. En 1962, l’extrême droite a fait scission avec le camp
gaulliste, mais on trouve des gaullistes de gauche regroupé dans l’UDT (Union
Démocratique du Travail) fondée en 1959 par [Link] et [Link].

Du côté de l’aile droite, on trouve les républicains sociaux. Pourtant l’UNR assume
totalement les fonctions d’un parti d’autant que la droite s’est effondrée et que la
gauche garde son identité : le gaullisme serait donc plutôt à droite. Ce mouvement-parti
va d’ailleurs connaître les difficultés de tout parti présidentiel : il est difficile d’exister sans
gêner le chef de l’Etat. Les députés gaullistes sont extrêmement disciplinés surnommés
les « godillots du général » par l’opposition. A chacune des élections législatives, l’UNR
est invitée à servir le pouvoir gaulliste : c’est le cas en 1962 ([Link] forme l’Union
pour la V° République) ; en 1962 aussi, Pompidou constitue le Comité d’action pour la V°
République. L’UNR connaît donc une existence difficile : elle use successivement sept
secrétaires généraux qui servent de courroie de transmission entre l’Elysée et les
militants.

L’Union reste peu nombreuse avec 26 000 membres en 1959 et 86 000 en 1962. Le
passage de Pompidou va accroître cet instrument de pouvoir qu’est l’UNR : Pompidou
restructure ainsi le Parti gaulliste aux assises de Lille en novembre 1967, l’UNR
devenant l’Union des démocrates pour la V° République (UDV°) puis Union pour la Défense
de la République (UDR) en 1968. Pompidou va surtout s’attacher à renouveler les cadres de
ce parti en remplaçant la génération des gaullistes historiques par des hommes de la
génération du RPF comme Pompidou lui-même. C’est le Parti de la majorité.

L’extrême-droite : C’est la grande vaincue de l’épreuve de 1962, anéantie avec l’OAS.


Deux groupes survivent, dépourvus de tout influence : le mensuel Europe-Action qui diffuse
des thèmes sur la défense de l’Europe et la supériorité raciale de l’Occident ; le Mouvement
Occident qui naît en 1964.
La droite classique : Elle aussi est en miette à coté du Parti gaulliste très puissant. Le
centre national des indépendants n’est plus qu’une force d’appoint. Les vieux notables
modérés qui en étaient la structure disparaissent ([Link] meurt en 1966 et Pinay entérine
le déclin de sa formation politique en refusant de porter sa candidature aux présidentielles de
1965). En réalité une seule force surnage, celle des Républicains indépendants, dont
Valéry Giscard d’Estaing est la figure. Leur problème est de ne pas se faire absorber par
l’UNR. Valéry Giscard d’Estaing va occuper des fonctions ministérielles jusqu’en
janvier 1967, date à laquelle il décide de fonder son propre parti, la Fédération des
Républicains Indépendants qu’il définit comme « libérale, centriste et européenne » : il
montre une volonté de se démarquer vis-à-vis de l’UNR. A la fois alliée au gaullisme et
adversaire de celui-ci, elle n’a pour lors qu’un faible poids.
. Au centre
Les radicaux sont dirigés à cette époque par Faure qui appelle au dépassement des clivages et au
rassemblement. Le MRP se dote au Congrès de la Baule en 1963 d’une nouvelle direction, emportant à sa
tête [Link] (maire de Rouen de 1968 à 1993), qui accepte l’idée d’un grand parti centriste capable de
faire échec au gaullisme et aux communistes. Il a tenté une ouverture sur la gauche, mais ce fut un échec.
Toutefois, la MRP va obtenir des suffrages de centre-droit ce qui va engendre la création le 2 février1966 du
« Centre démocrate ».
. A gauche
Les gauches non communistes : on note des tentatives de rénovation réalisées au sein de
clubs de réflexions comme le Club [Link], Tocqueville, ou encore la Ligue pour le
Combat Républicain fondée en 1959 par Mitterrand après les échecs de l’UDSR. Des
fusions naissent avec la Convention de Institutions Républicaines (CIR), issue d’une
fusion entre le club des Jacobins de Hernu et la Ligue pour le Combat Républicain de
Mitterrand. Ce dernier en devient d’ailleurs. La tentative de rénovation passe aussi par le
Parti Socialiste Unifié (PSU), fondé le 10 avril 1960 par le recoupement du Parti
Socialiste Autonome (PSA), des mendésistes y compris Mendès-France et des dissidents
communistes. Le PSU est faible par le nombre de ses adhérents mais il va être un
laboratoire d’idées très influent à travers différents canaux : la Presse (l’hebdomadaire
France Observateur devient en 1964 le Nouvel Observateur) ; le syndicalisme étudiant
(l’UNEF qui a acquis une force importante avec ses prises de position contre la Guerre
d’Algérie) ; le syndicalisme traditionnel avec l’aile gauche de la Confédération Française
des travailleurs Chrétiens (CFCT). Cette CFTC décide en 1964 d’abandonner son obédience
chrétienne pour devenir la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT).

Il y a une tentative de rassemblement car la donne institutionnelle impose une logique


majoritaire, soit un dépassement des clivages traditionnels pour essayer de rassembler
en direction du centre. L’Express va alors lancer une campagne en 1963 pour
déterminer quel serait le meilleur candidat face à de Gaulle pour les élections de 1965 :
il en ressort que le nom de [Link]. Il va faire campagne pendant deux ans pour
tenter de rassembler dans une Fédération Démocratique Socialiste des socialistes et des
démocrates-chrétiens : c’est un échec et Deferre retire sa candidature le 25 juin 1965.

Le PCF : Il demeure le groupe majeur de la gauche en terme de suffrage puisqu’à à la


fin de la République gaullienne, il obtient encore 20% de l’électorat français. Pourtant, le
PCF ne manifeste aucun progressisme puisque Thorez fait camper le PCF sur des positions
dogmatiques refusant toujours la diffusion du Rapport Khrouchtchev et procédant à
l’exclusion des novateurs. Thorez meurt en juillet 1954 ce qui va permettre une ouverture
menée par le nouveau secrétaire général, Waldeck Rochet, qui va appuyer la candidature de
Mitterrand en 1965 et signer un accord de désistement avec la gauche non communiste en
1964. Il va aussi lutter pour obtenir l’établissement d’un programme commun de
gouvernement.

c. Les premiers symptômes de l’usure du pouvoir (1965-1967)

En 1965 ont lieu les élections présidentielles au suffrage universel direct. Mendès-France refuse de
se présenter car il condamne la Constitution. Cependant, l’image du gaullisme commence à se détériorer dans
l’opinion, Pourquoi ?
On note une certaine rancœur de la Guerre d’Algérie cependant que la politique extérieure
française n’est pas toujours comprise. Les questions économiques et financières sont mal perçues , tout se
passe comme si les français étaient moins sensibles à l’augmentation du niveau de vie qu’aux inégalités dans la
répartition des bénéfices. Il y a aussi un mécontentement du monde paysan avec d’importantes
manifestations agricoles en 1960 et 1962, car l’agriculture se transforme sous l’effet de la modernisation.
Des grèves à répétition ont lieu dans les services publics et la fonction publique. Une grève générale est lancée
le I° mars 1963 suscitant une vive sympathie dans l’opinion. Le mécontentement dans l’opinion va croître
tout au long de l’année 1963 au vu de l’adoption en septembre 1963, par le gouvernement, d’un plan de
stabilisation qui vise à bloquer l’inflation mais qui provoque un ralentissement de la croissance, soit une
hausse du chômage.
. Les élections présidentielles.
C’est dans ce contexte délicat que vont se dérouler les élections présidentielles prévues les 5 et 19
décembre 1965.

[Link] Vignancourt (Extrême droite), ancien député des Basses Pyrénées proche des
poujadistes et avocat de l’OAS ; [Link] (centre-droit)

[Link] (candidat sans étiquette)

Le 9 septembre 1965, Mitterrand annonce sa candidature. Il démarre à cette date une


grande carrière politique après avoir été 12 fois ministre sous la IV° République, battu
aux législatives de 1958 et déconsidéré dans l’Affaire de l’Observatoire du 16 octobre
1959. Guy Mollet rejette l’idée qu’un socialiste puisse être candidat à la présidence de la
République. Mitterrand est alors la solution de Mollet pour éviter qu’un rival du PS,
comme Deferre, se présente. Aussi va-t-il avoir l’appui de la SFIO, du PCF, de Mendès-
France et donc du PSU ainsi que du Parti radical. Fin octobre 1965 il apparaît comme le
candidat unique de la gauche.

Le centre a pour candidat [Link], qui se veut centriste et européen. Celui-ci annonce
sa candidature le 19 septembre 1965 avec le soutien d’une fraction de radicaux.

Le général de Gaulle va quant à lui retarder sa candidature la plus tard possible, soit le 4
novembre 1965. Par une allocution radio-télévisée, il annonce sa candidature dans laquelle il
dramatise l’enjeu de la consultation (menace d’une nouvelle instabilité si il n’était pas réélu).

La partie va se jouer entre trois candidats : de Gaulle, Mitterrand et Lecanuet. Ce sont des
élections très originales en ce sens où c’est la première fois que les campagnes électorales font usage de la
télévision et des sondages. De Gaulle va décider de ne pas utiliser le temps de parole impartie dans son entier à
la télévision car il est sûr de son succès. Mais les deux autres vont l’utiliser ce qui va avoir un effet de choc dans
l’opinion. L’ORTF bien que très contrôlée par le pouvoir, les sondages vont mettre en évidence la hausse
dans les sondages de Lecanuet et Mitterrand qui sont plus jeunes que de Gaulle et le premier plutôt
séduisant. On note ainsi une percée spectaculaire de Lecanuet et de Mitterrand. C’est une découverte par
l’opinion, Lecanuet mord alors sur l’électorat gaulliste. De Gaulle passe alors sous la barre des 50%, sa mise
en ballottage devenant ainsi envisageable.

La victoire de De Gaulle victoire fut ainsi difficile. La participation au scrutin est massive pour
ces premières élections au suffrage universel : l’abstention n’est ainsi que de 14,99%. De Gaulle est mis en
ballottage au premier tour avec 43% des voix. Le principal responsable est Lecanuet qui a fait un score de
15,8% cependant que Mitterrand a fait 33,2%. Sur le papier pourtant, de Gaulle est potentiellement battu à
cause des désistements. De Gaulle va faire campagne grâce à Michel Leroy. Mitterrand fait campagne sur
le thème du rassemblement et de la lutte contre le gaullisme. C’est pourtant de Gaulle qui l’importe avec
54,5% des suffrages, en récupérant ceux des centristes. L’opinion a donc manifesté son refus d’un gouvernement
autoritaire.
. Les élections législatives.
Un troisième tour se profile avec les élections législatives de mars 1967, qui vont confirmer la
tendance. George Pompidou recompose alors son gouvernement tentant une certaine ouverture. Valéry
Giscard d’Estaing quant à lui est renvoyé au vu de sa responsabilité des effets issus du Plan de stabilisation de
1963 particulièrement impopulaire. L’ouverture est marquée par l’arrivée d’Edgar Faure et de Jean Marcel
Jeanneney (radicaux). Pour mener sa campagne pour les législatives, Pompidou fonde l’Union des
démocrates de la V° République (UDV°) avec un candidat unique par circonscription pour défendre le
gaullisme. Mitterrand rassemble les forces de gauche dans la Fédération de la Gauche Démocratique et
Socialiste (FGDS). Un accord de désistement est conclu pour le second tour entre les membres du PCF, de la
FGSD et du Centre démocrate. Lecanuet va mener campagne pour le centre démocrate (ancien MRP).
Les élections ont lieu le 5 mars 1967. La participation électorale est très élevée (la plus forte
participation aux législatives depuis la Libération) avec taux d’abstention de 18,88%. L’UDV° remporte
200 sièges bien qu’ayant perdu 29 sièges. Les Républicains indépendants de Valéry Giscard d’Estaing
remportent 44 sièges. L’UDV° a donc besoin du soutien des Républicains indépendants qui vont devenir l’arbitre
de la situation. Le PCF quant à lui a obtenu 73 sièges, 121 pour la FGDS tandis que le Centre démocratique
de Lecanuet est le grand vaincu des élections.
Cependant, l’exécutif ne tient pas compte de ces tendances puisque le gouvernement remanié ne
reconduit que des fidèles gaullistes avec [Link] aux Armées et Couve de Murville aux Affaires
Etrangères alors qu’ils ont été battus aux élections législatives. On constate ainsi l’obstination de l’exécutif
qui gouverne beaucoup par ordonnance : c’est une vision d’un gouvernement très intransigeant.

d. La crise de mai 68 et la fin de la République gaullienne.

Cette crise, absolument inattendue, a surpris les contemporains (cf. La brèche, premières
réflexions sur les évènements de 1969 par Lefort, Morin et Castoriadisq qui sont des Sociologues). Les
derniers jours d’avril sont marqués par la surprise exprimée par [Link] Ponté qui écrit un article
dans le Monde « Quand la France s’ennuie ». En fait la France vit une crise morale et culturelle qui va
naître de l’inadéquation entre les valeurs traditionnelles issues du XIX° siècle et une réalité nouvelle
engendrée par la croissance et la consommation. C’est un paradoxe car cette crise morale et culturelle est fille
de la croissance cependant qu’elle la conteste (refus de la société de conso).
. La phase étudiante
Elle met en évidence la crise des valeurs sociales, qui existe dans les autres pays du monde, surtout
aux Etats-Unis, en Allemagne, au Japon. Cette année sert de référence aux étudiants, qui s’inspire beaucoup
du philosophe allemande de Marcuse s’inspirant de Marx et de Freud dans ses ouvrages Eros et civilisation
(1965) et L’homme unidimensionnel (1964) : c’est une pensée de la contestation.
Il y a un réel malaise étudiant en France. Cela se constate par l’explosion des effectifs universel
(+300 000 étudiant en 8 ans) engendrant des problèmes de locaux, d’enseignants insuffisants en nombre.
L’Université est au bord de l’asphyxie. Le malaise s’accentue avec la réforme proposée en 1966 par Fouchet
qui s’attachait à réformer les filières Littéraires et Scientifiques à la Faculté sur des critères de sélection. De plus
cette jeunesse est politisée depuis la Guerre d’Algérie. On note ainsi on forte influence du Parti Socialiste
Unifié (PSU) cependant que se développe des groupuscules qui débattent de la révolution. Ceux-ci sont
surtout issus des Jeunesses communistes qui prônent la déstalinisation. Leur formation se fait sous la houlette
d’Alain Krivine de la Jeunesse communiste révolutionnaire de tendances trotskiste, tandis que d’autres
ont des tendances maoïste, castriste, ou encore de Che Guevara. Quels sont les points communs de ces
mouvements ?

Une large frustration historique de la lutte anti-fasciste pendant la Seconde Guerre


Mondiale : c’est le rêve de la résistance avec des slogans comme « CRS, SS ».

L’antistalinisme.

La lutte contre les guerres coloniales, en partie celle du Vietnam.

Ces mouvements sont tous issus de la jeunesse nombreuse du Baby-Boom.

Tout démarre à Nanterre le 22 mars 1968. La faculté de Nanterre a été inaugurée en 1963 pour
décongestionner la Sorbonne. Elle a été érigée au milieu d’un bidonville, mal reliée par une seule voie
ferrée : c’est un gettho. Les groupuscules se fédèrent dans le « mouvement du 22 mars » dirigé par Cohn-
Bendit qui va occuper la salle du Conseil de la faculté. Le doyen ne réussit pas à rétablir l’ordre et décide la
fermeture de l’établissement le 2 mai 1968 ce qui va provoquer une contagion dans toute la capitale. Le 3 mai
1968, la Sorbonne est investie. Autre erreur, l’intervention des CRS pour évacuer la Sorbonne. On va
assister à une suite d’incidents qui va provoquer une émeute. Pompidou part le 2 mai 1968 pour un
voyage en Afghanistan. La nuit des barricades a lieu dans la soirée du 10 au 11 mai : c’est un véritable
combat de rue et mise à sac de la capitale. Quand Pompidou revient le 11 mai1968, la situation est
incontrôlable. Personne ne comprend alors ce qui se passe. Le PCF condamne les groupuscules gauchistes.
L’opinion est de plus en plus favorable aux manifestants tandis que les partis politiques sont
décontenancés. Le 13 mai 1968, les syndicats lancent une grève générale et une manifestation générale dans
Paris.
. La Crise sociale (13-25mai)
Le général de Gaulle va en Roumanie entre le 14 et le 18 mai pendant que les étudiants occupent
le quartier latin et l’Odéon. Dans le reste du pays démarre la grève générale, en l’occurrence à Nantes par une
occupation d’usine et une séquestration des dirigeants. Le I° mai 1968, la grève est lancée dans toutes les
usines Renault, dont principalement celle de Boulogne-Billancourt. La grève gagne ensuite tous les
secteurs. Les revendications sont surtout qualitatives se caractérisant par un refus de l’autorité ayant un
désir de participation (autogestion).
A son retour de Roumanie, de Gaulle fait une déclarationle24 mai 1968 qui tombe en porte à faux :
« La réforme oui, la chienlit non ! » et il annonce un référendum pour donner au chef d’Etat le pouvoir de
réformer toutes les structures. Cette déclaration est mal prise puisque les gens réclament au contraire
l’autogestion. De Gaulle dira lui-même qu’il était à côté de la plaque.
Pompidou va prendre des initiatives plus efficaces en réunissant au ministère du travail à Grenelle
patronat et syndicats : la CGT n’est alors pas en phase contrairement à la CFDT qui a des revendications
qualitatives. Le 27 mai 1968 sont signés les Accords de Grenelle : augmentation de 35% du SMIC ; de 10%
des autres salaires ; baisse du ticket modérateur de la sécurité ; diminution d’une heure de la durée
hebdomadaire du travail ; le gouvernement paie 50% des jours de grèves. Ceci est un traitement classique et
quantitatif qui ne correspond pourtant pas aux revendications. Les grévistes de Renault refusent les accords, le
pouvoir apparaît alors impuissant pour trouver les réponses adéquates.
. La crise politique (27-31 mai)
Il y a une véritable vacance du pouvoir pendant cette période, une non maîtrise totale du pouvoir
politique. Il y a alors une réaction de l’opposition pour proposer une alternative : le 27 mai 1968, les
organisations les plus proches du mouvement de contestation (UNEF, PSU et CFDT) organisent une
grande manifestation au stade Charlety réunissant plus de 30 000 personnes dont Mendès-France. Certains
envisagent des solutions révolutionnaires. Le 28 mai 1968, deux solutions politiques plus classiques sont
proposées

Une solution de la gauche non communiste : Mitterrand préconise la constitution d’un


gouvernement provisoire de 10 membres sous la présidence de Mendès-France, et
l’élection en juillet d’un nouveau Président de la République (il se porte alors candidat), et
un renouvellement pour octobre de l’Assemblée nationale.

Une du parti communiste : Elle est très vague, appelant à former un gouvernement populaire.

Un évènement perturbateur mais habile et salvateur va permettre le rétablissement de la


situation. Le 29 mai 1968, la rumeur selon laquelle le général de Gaulle a disparu après un conseil des
ministres se répand. Il est censé être parti pour Colombey mais il n’y est jamais arrivé : il y a une grande
émotion dans la presse, plusieurs hypothèses sont alors élaborées. En réalité, il s’est rendu à Baden Baden au
côté du général Massu, commandant les forces françaises : réelle crise de découragement ? Ou tactique de
dramatisation pour reprendre les choses en main ?
Le 30 mai 1968 a lieu la reprise en main de De Gaulle après une allocution radio diffusée, utilisant
l’élément de dramatisation : vide et instabilité politique, menace d’un coup de force communiste, et il
annonce un certain nombre de décisions. En premier lieu le maintien du Premier ministre, ensuite la
dissolution de l’Assemblée nationale pour de nouvelles élections. Il affiche sa détermination à utiliser les
pouvoirs exceptionnels que lui confère la Constitution. Il en appelle à la sagesse des Français. Une manifestation
est organisée par les gaullistes qui réinvestissent la rue le 30 mai 1968 au soir sur les Champs-Elysée avec les
fidèles en tête (Mauriac). On dénombre entre 300 000 et 400 000 manifestants. Le pouvoir a donc repris
l’initiative. Le 31 mai 1968, Pompidou procède à un remaniement de son gouvernement : renvoi du
ministre de l’éducation nationale, du ministre de l’Intérieur (Fouchet), de la jeunesse, de l’information,
remplacé par des très proches du général. Les grèves et manifestations s’estompent progressivement, l’Odéon
étant évacué le 14 juin 1968 et la Sorbonne le 16 juin 1968.
. Les significations et la portée.
Une analyse intéressante a été faite dans un article signé Benetton et Touchard dans la revue
française de Sciences politiques de 1970, dressant 8 types d’interprétations :

Une crise de subversion : c’est l’interprétation donnée par le ministre de l’Intérieur


Marcellin ou encore par l’extrême droite selon laquelle les groupuscules ont voulu
causer cette crise, mais celle-ci aurait aussi été orchestrée par le communisme
international (Castro, Moscou, Pékin)

La crise de l’université.

Un excès de fièvre de la jeunesse.

Une crise de civilisation : thèse de nombreux écrivains et journalistes de l’époque comme


Clavel et Jacques Maritain.

Un mouvementsocial d’un type nouveau : c’est la thèse d’Alain Touraine selon laquelle la
lutte contre le capitalisme a fait place à la lutte contre la technocratie.

Un conflit social de type traditionnel : c’est la thèse de Waldeck Roucherselon laquelle la


classe ouvrière refuse la concentration capitaliste.

Système politique trop rigide qui concentre les pouvoirs au main de l’exécutif autoritaire
(passage d’un excès de parlementarisme à un excès d’exécutif) : il y a un besoin de
participation.

Un enchaînement de circonstances.
On peut conclure comme Winock dans La crise hexagonale que la crise a eu de multiples cause et a
eu un effet catalyseur. On a signé la révolution en théâtralisant la révolution : c’est l’effet fondamental qui a
provoqué une fracture dans une société bloquée (comme le dit Crozier). La société française aurait du mal à se
réformer. La société française n’avance que par crise.

Les effets sont multiples :

Le pouvoir politique contre toute attente sort renforcé au sortir de la crise : les élections
des 23 et 30 juin 1968 ont montré un net recul de la gauche considérée comme responsable
des évènements. Seul le PSU fait campagne sur les thèmes des Mai 68 et progresse de 1%
tandis que la FGDS et d’autres formations perdent des sièges. Le nouveau rassemblement
gaulliste, l’Union de Défense de la République (UDR) a fait campagne sur la promesse de
garantir l’ordre obtenant ainsi la majorité absolue avec l’appui de Républicains
indépendants (72% des sièges à l’Assemblée nationale).

L’autorité du général de Gaulle a cependant été atteinte et il se sépare de Pompidou car ce


dernier a pris une stature trop importante aux yeux du général (effets de la dyarchie).
Pompidou est remplacé le 29 juillet 1968 par Couve de Murville. Son gouvernement est
peu différent de celui remanié par Pompidou. Pour réaliser les réformes nécessaires, on
va choisir deux personnalités : [Link] est nommé ministre de l’éducation nationale
pour réformer la faculté. Il s’y attache avec sa loi d’orientation de l’enseignement
supérieure votée le 12 novembre 1968 qui donne l’autonomie aux universités dans leur
gestion interne (les conseils d’administration associent tous les membres de l’Université)
Mais les réformes sont mal accueillies par les étudiants et les radicaux de droite bien qu’elles
permettent de redémarrer l’Université. Jeanneney est chargé des réformes
institutionnelles : réformes régionales et du Sénat avec la création de régions
administrées par des Conseils (élus nationaux, cantonaux, municipaux, associées à des
chambres de commerce). De Gaulle souhaite un nouveau Sénat avec moins de pouvoirs
politiques. Le seul moyen pour de Gaulle est alors de passer par le référendum.

Le climat n’est pourtant pas favorable à de Gaulle : la reprise de l’inflation annule les
avantages salariaux qui avaient été concédés par les Accords de Grenelle. Les milieux
d’affaires veulent une dévaluation que de Gaulle refuse : il y a une aliénation des milieux
d’affaires. La gauche et le centre vont mener une campagne sur le « non ». Dans la majorité,
une personnalité écartée du pouvoir va apparaître dans l’opposition, Valéry Giscard
d’Estaing, qui fait campagne pour le « non ».Les sénateurs dans leur ensemble vont
s’opposer à la réforme, même ceux de la majorité. Enfin, Pompidou va avoir une
attitude ambiguë : lors de son voyage à Rome le 17 janvier 1969, il envisage d’être
candidat à la présidence de la République. Les milieux d’affaires voient en lui une solution
prochaine. Les résultats du référendum du 27 avril 1969 donnent raison à l’opposition puisque
le « non » l’emporte à 52,41% contre 47,59% de « oui ». Le taux d’abstention est alors de
19,9%. De Gaulle fait aussitôt savoir qu’il cesse ses fonctions mettant en pratique sa
conception particulière du pouvoir : le pacte a été rompu avec les Français. Il se retire à
Colombey et meurt le 9 novembre 1970.

B/ La « République des épigones » (1969-1981)

1. Les gaullistes dans De Gaulle (1969 – 1974)

a. L’élection de Pompidou (juin 1969).

Alain Poher alors Président du Sénat assure l’intérim. Les élections présidentielles sont prévues
pour le I° juin 1969. Les candidats sont :

Pompidou (qui l’annonce lors de sa déclaration de Rome). Les gaullistes malgré


quelques réticences vont lui apporter leur soutien. Réticences car Pompidou
n’appartient aux « Barons du Gaullisme » qui sont les résistants. C’est un gaulliste sans
passé de résistant. De même il peut compter sur le soutien des Républicains Indépendants
de Valéry Giscard d’Estaing et sur une fraction des centristes. C’est une campagne sur le
thème de l’ouverture, en particulier du PDM (Progrès et Démocratie Moderne) de
[Link], Pleven et Joseph Fontanet.
Au centre, il y a Alain Poher, Président du Sénat, qui se veut anti-gaulliste : il espère ainsi
rassembler à gauche.

Mitterrand ayant quitté la présidence de la FGDS, il est désormais sans étiquettes. Le PSU
revendique l’héritage de 1968 de même que le courant trotskiste. Mais il y a encore un PCF isolé, surtout après
l’invasion de la Tchécoslovaquie (Printemps de Prague) D’où une multitude de candidature à gauche :

[Link] sous l’étiquette SFIO, peu soutenu par son propre camp

[Link] pour le PSU.

[Link] pour le PCF.

Alain Krivine pour la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR).

Au premier tour : le taux d’abstention est élevé avec 22,41%. On note l’éclatant succès de Pompidou
qui obtient 44,7% (mieux que de Gaulle en 1965). Poher n’obtient que 23,31% des suffrages exprimés, ce
qui est un résultat décevant. La gauche maintient ses positions de 1965, avec une amélioration de la
situation qui est meilleure pour les communistes que pour les socialistes. Defferre obtient 5% et Krivine
1,06%.
Au deuxième tour : c’est un tour de droite avec l’affrontement Poher - Pompidou, qui l’emporte
avec 58,21%. Les électeurs communistes, le PSU, et les trotskistes se sont abstenus ou ont voté blanc, le taux
d’abstention atteignant ainsi les 31,15%
Pompidou devient alors le Président de la République et nomme au poste de Premier ministre
[Link]-Delmas, député-maire de Bordeaux (résistant, il est passé par l’inspection des finances ;
ministre de Mendès-France en 1954, présent dans les gouvernements de coalition en 1956 et en 1958. Enfin
il a été Président de l’Assemblée nationale depuis 1958, mais jamais de Gaulle ne lui a confié un
portefeuille car pour Chaban-Delmas restait pour lui un homme de la IV° République). La composition du
gouvernement reflète « la volonté d’ouverture » (thème de la campagne) : la droite modérée occupe des
places importantes avec Valéry Giscard d’Estaing au ministère des finances, Debré à la défense nationale.
On note la présence du centre avec le PDM (Pleven, Duhamel et Fontanet). On compte aussi un démocrate-
chrétien avec Schuman aux Affaires étrangères ce qui est signal que le gouvernement est favorable à la
construction européenne. Notons aussi la présence de deux conseillers qui vont jouer un grand rôle : Simon
Nora (mendésiste, conseiller des question économiques) et [Link] (vient de la CFTC, conseiller en
affaires sociales). Enfin, il y a d’autres personnalités d’influence comme [Link] et Marie-France Garaud
qui aura des rapports difficiles avec Nora et Delors.

b. La nouvelle société de [Link]-Delmas.

L’expérience de ce gouvernement est souvent comparée à celle de Mendès-France en 1954 et à


celle de Rocard entre 1988 et 1991 (comme l’écrivent [Link] et [Link] : dans les trois cas, on peut
constater qu’ils se sont heurtés au conservatisme pour avoir voulu faire des réformes et à
l’incompréhension d’une partie de leur majorité)
Le premier heurt entre le Président de la République et le Premier ministre va se manifester dès la
présentation du gouvernement devant l’Assemblée nationale le 16 septembre 1969. Chaban-Delmas fait ainsi
une importante déclaration sur la « nouvelle société » (déclaration rédigée par [Link]) alors qu’il n’a pas
communiqué ce texte au Président avant de le lire devant l’Assemblée nationale : il y a un malentendu initial
entre les deux hommes, presque institutionnel car Pompidou ne veut pas voir se rétablir des rapports identiques à
ceux de la IV° entre le Président et le Premier ministre.
Cette déclaration est d’inspiration libérale, volontariste et kennedyiste : on parle alors de
volontarisme moderniste. Cette déclaration place l’homme au cœur du projet de société. Elle emprunte à
l’analyse du sociologue [Link] le thème de la « Société bloquée ». Il convenait d’associer davantage les
français aux décisions par le dialogue et de partager les fruits de la croissance. Ce discours tente de réagir vis-à-
vis de 1968. Ce n’est pas tant le contenu que la forme qui va déplaire à Pompidou.

Les applications de ce réformisme sont multiples :

Chaban-Delmas va initier une politique sociale novatrice. En novembre 1969 est crée le
SMIC qui remplace le SMIG. Il est indexé au taux de croissance. Les salaires sont d’autre
part mensualisés et le gouvernement encourage l’établissement de conventions
collectives entre patrons et salariés, les entreprises publiques devant montrer l’exemple.

La décentralisation va progresser avec la création des établissements publics régionaux,


de même qu’il renforce l’aménagement du territoire.
Le domaine de l’information : la tutelle de l’Etat sur le TV s’assouplit avec la création d’une
deuxième chaîne et l’affaiblissement du ministère de l’info. Ce sont des mesures qui vont
déplaire aux plus conservateurs (association présence et action du gaullisme crée par
Messmer).

La politique de fermeté est incarnée à l’époque par [Link], ministre de l’intérieur.


Une loi anti-casseur est adoptée au printemps 1970 permettant de renforcer l’arsenal
juridique de la répression.

La rupture entre le Premier ministre et le Président va s’accentuer selon trois facteurs principaux :

Les scandales financiers qui concernent des parlementaire de l’UDR : [Link],


proche de Valéry Giscard d’Estaing, accuse la « République des copains ». Le Premier
ministre est lui même accusé de fraude fiscale (par Le Canard enchaîné)

Le second référendum sur l’entrée de L’Irlande, le Danemark, la Norvège et le RU rend


la partie facile pour Pompidou qui organise le référendum car de Gaulle était contre,
l’opposition étant obligé de voter pour. Bien vite, la gauche déjoue le projet : le PCF appelle
à voter « non » et le PS prône l’abstention. Le 23 avril 1972, il y a une très forte abstention
(39,67%), dont le Premier ministre doit en porter la responsabilité. Le « oui » l’emporte
cependant avec 68,32%.

Le 23 mai 1972, le Premier ministre qui se sent fragilisé demande un vote de confiance à
l’Assemblée nationale : à une voix près, il a sa majorité de 1969 (performance) Mais le
Président n’a constitutionnellement pas à en rendre compte, il ne veut pas que le
Premier ministre s’appuie sur l’Assemblée nationale. A l’approche des législatives,
Pompidou veut régler ce problème : Chaban-Delmas remet sa démission le 5 juillet 1972
(c’est en fait une éviction). Ce départ marque une césure dans la présidence de
Pompidou puisqu’on note dès lors l’abandon des réformes libérales et le repli sur la
majorité présidentielle.

Le renforcement de la gauche est marqué par un regroupement nécessaire après l’échec aux
présidentielles. On assiste à une rénovation de la SFIO en juillet 1969 au Congrès d’Issy-lès- Moulineaux.
On crée le PS qui rassemble la SFIO, l’union des clubs pour le renouveau de la gauche (UCRG) dirigé par
[Link] et l’union de groupes et clubs socialistes dirigé par [Link]. Le leader du Parti change de statut,
passant de secrétaire général à premier secrétaire. Savary devance de peu [Link] à ce poste : c’est la fin du
règne de 23 ans de [Link].
Le Congrès d’Epinay-sur-Seine a lieu en juin 1971, il réalise la fusion entre le PS et la Convention
des Institutions Républicains (CIR) de Mitterrand qui prend le poste de premier secrétaire du PS le
premier jour du Congrès. Mitterrand y trouve le soutien de l’aile gauche du PS (le CERES) incarné dans
J-P. Chevènement, de Mauroy et de Defferre. Ce Congrès d’Epinay est celui que l’on retient, mais, celui
d’Issy est tout aussi important. Il y a une autre nouveauté à gauche : l’Union de la Gauche qui rassemble tous les
mouvements de gauche, désirée depuis 1964 par Waldeck-Rouché du PCF, processus interrompu par 1968. Le
nouveau secrétaire général du PCF, [Link], va le reprendre. Le 26 juin 1972, l’Union de la Gauche se
concrétise par la signature d’un programme commun de gouvernement très détaillé. C’est un élément sans
précédent car avant il n’y avait eut que des accords électoraux alors qu’ici on a affaire à un engagement à mettre
en œuvre ensemble. Ils sont rejoint par le mouvement des radicaux de gauche crée en 1972 par [Link].
Cette unité faite à gauche fait que cette dernière va proposer une alternative de plus en plus crédible.

c. Le septennat interrompu.

Le successeur choisi à Chaban-Delmas est Pierre .Messmer entre 1972 et 1974. C’est un ancien
élève de l’école coloniale. Il a exercé des responsabilités dans les colonies et a servi 10 ans au ministère de
la Défense de De Gaulle. C’est un gaulliste fidèle et historique. Il est choisi car il incarne l’ordre et qu’il
rassure. Depuis 1968, il s’est fait le gardien vigilant de la doctrine gaulliste. Il va ramener le calme politique.
Le Président de la République tient à bien montrer que le Premier ministre procède bien du
Président et non du Parlement. Pour bien montrer cela, l’Assemblée nationale en vacances depuis quelques
jours, n’est pas rentrée pour investir Messmer, et à la rentrée il ne posera pas la question de confiance. On
retrouve donc une conception très présidentialiste de la constitution, ce qui marque une diminution du
pouvoir du Parlement. On assiste, par ailleurs, à la reprise en main de l’ORTF. On resserre alors la bride, et on
prépare les élections législatives du 4 et 11 mars 1973.
La majorité va présenter ses candidats sous l’appellation commune d’Union des Républicains de
Progrès pour le soutien au Président de la République (URP). Les centristes et l’opposition sont regroupés
dans le mouvement réformateur, notamment le centre démocrate de [Link] et le Parti radical de
Servan-Schreiber. L’Union de la gauche : PS, PCF et radicaux de gauche sont unis pour ces élections. Le
PSU conclut avec l’Union de la gauche un accord de désistement pour le second tour.
Les résultats : Par rapport à 1968, il y a une progression de la gauche et un recul de la majorité. A
l’intérieur de la gauche il est intéressant de noter que le PS a le même poids politique que le PCF, c’est-à-
dire que le PCF ne profite pas de l’union de la gauche alors que le PS oui.
La majorité conserve sa position à l’Assemblée nationale avec 268 sièges, l’opposition 175, le
mouvement réformateur 34. A l’issue de ces élections, Chaban-Delmas perd la Présidence de l’Assemblée
nationale au profit d’[Link]. Un nouveau gouvernement Messmer est constitué. On assiste à l’entrée du
secrétaire général de l’Elysée Michel Jobert qui devient ministre des Affaires étrangères.
Le septennat se transforme en quinquennat en raison de la maladie du chef de l’Etat. Pompidou a réussi
une tâche difficile : succéder à de Gaulle. Mais la « fin de règne » est difficile pour plusieurs raisons,
notamment l’entrée dans la crise économique, démarrée avec la Guerre du Kippour. Ce se traduit par le
triplement du prix du baril, entraînant chômage, dégradation du climat social et contestations. Une forte
agitation étudiante contre la loi Debré se fait sentir car celle-ci vise à limiter le sursis des étudiants pour le
service militaires. Se pose aussi le problème de la volonté d’ouverture d’un camp militaire au Larzac, très
contesté. Le conflit de l’entreprise LIP a aussi beaucoup marqué.
Pompidou est atteint par une leucémie, et son autorité s’en trouve limitée. Il aurait voulu
proposer une réforme pour le quinquennat en décembre 1973 mais il retire le projet devant l’hostilité des
politiques. Messmer va démissionner. Un troisième gouvernement est formé avec Chirac en ministre de
l’intérieur. Pompidou meurt le 2 avril 1974.

2. Le septennat de Valérie Giscard d’Estaing (1974 – 1981)

a. La succession de [Link].

Pour la deuxième fois en cinq ans, la succession du Président de la République se pose subitement.
Poher est proposé pour assurer l’intérim. Sont candidats à la Présidentielle des 5 et 19 mai 1974 :

A gauche, un seul candidat avec l’appui du PS, du PCF, des radicaux de gauche, du PSU
et d’un certain nombre de syndicats (CGT, CFDT et le FEN)

o Krivine (LCR)

o Arlette Laguiller (LO)

o [Link] (écologiste)

A droite, la situation est confuse. Personne ne s’impose. Parce que le Président défunt n’a
désigné personne. Chaban-Delmasva rendre publique sa candidature moins de 48h après la
mort de Pompidou et avant la fin de la séance qui rend hommage à Pompidou. Il semble à ce
moment avoir l’appui de l’UDR et du centre Démocrate et Progrès.

o [Link] se porte candidat mais cela ne dure que quelques jours.

o Valéry Giscard d’Estaing annonce sa candidature le 8 avril 1974 depuis sa


mairie de Chamalières (polytechnicien, élève de l’ENA, inspecteur des
finances, il a commencé sa carrière politique au cabinet Faure et est
député du Puy de Dôme depuis 1956. Il a occupé le poste de secrétaire aux
finances de Debré, ministre des finances de Pompidou à deux reprises. Il dirige
la Fédération des Républicains Indépendants). La droite s’inquiète et tente de
convaincre Messmer de rassembler tout ce monde, mais ce dernier ne le
fera qu’à la condition que les autres se retirent. Seul Faure le fait, donc
Messmer abandonne.

o Les conseillers de Pompidou sont très hostiles à Chaban-Delmas et sont


prêts à soutenir la candidature de Valéry Giscard d’Estaing (certains
gaullistes vont le soutenir). C’est ainsi qu’il faut comprendre le Manifeste
des 43 : le 13 avril 1974, 39 députés UDR et 4 ministre de Messmer
publient un texte dans lequel ils déplorent la multiplicité des candidatures
dans la majorité et ainsi que la candidature de Chaban-Delmas qu’ils rendent
responsables de la division. Chaban-Delmas abandonne finalement.

o [Link], maire de Tours

o Le Pen à la tête du Front National fondé en 1972


o Un candidat monarchistes : Renouvin.

Un phénomène nouveau apparaît qui se traduit par la multiplication des petites candidatures
marginales qui obtiennent les 100 signatures.
Les campagnes se déroulent sur sept semaines. La Télévision et les sondages jouent un rôle
essentiel. C’est une nouveauté. Il y a une grande incertitude en ce qui concerne les résultats. Mitterrand, de
son côté, est sûr de regrouper la totalité des voix de gauche. Il est le seul à déjà avoir été candidat. Il a
acquis une maîtrise de la télévision.
Chaban-Delmas est connu puisqu’il a été trois ans Premier Ministre. Mais lors de son
passage à Matignon il s’est fait beaucoup d’ennemis, et l’appel des 43 lui porte tort. En plus il fait une
mauvaise campagne : il décide de passer à la TV avec Malraux qui l’interroge. Mais la série d’émission est
un désastre.
La campagne de Valéry Giscard d’Estaing, pour sa part, est très efficace (filmée par Depardon).
Il va axer son discours sur le thème de la continuité mais cela ne le gêne pas pour se présenter comme le
candidat du changement et de la modernité. Il joue sur son âge (48 ans). Il va obtenir le soutien des
réformateurs de Lecanuet.

On constate que les sondages révèlent la chute de Chaban-Delmas (entre le 19 avril et le 3 mai, il
passe de 29% à 15%, Françoise Giroud dit : « on ne tire pas sur une ambulance ».

Les résultats montre une participation très forte au premier tour : taux d’abstention de 15,77%. 9
candidats se partagent moins de 10% des suffrages exprimés. Les français votent utile : Mitterrand : 43,25 %,
Valéry Giscard d’Estaing : 32,6 %, Chaban-Delmas : 15,11 %. La gauche continue de progresser.

Au deuxième tour c’est Valéry Giscard d’Estaing qui va l’emporter le 19 mai 1974 d’une courte
victoire. Abstention : 12,7% et Valéry Giscard d’Estaing l’emporte avec 50,8%. Les abstentionnistes du
premier tour ont voté pour Valéry Giscard d’Estaing ce qui explique cette victoire. Mais l’électorat
gaulliste ne se reporte pas sur Valéry Giscard d’Estaing. Il y a donc un clivage clair et net entre droite et
gauche alors que le gaullisme avait brouillé les cartes.

b. « Le libéralisme avancé » de Valéry Giscard d’Estaing.

Une fois élu, Valéry Giscard d’Estaing va nommer Chirac Premier ministre, de manière à
rassurer les gaullistes. Né en 1932 dans une famille corrézienne de tradition radicale. Il est énarque et c’est
un fidèle de Pompidou et il avait été choisi par [Link] comme chargé de mission auprès de Pompidou.
Elu député de Corrèze en mars 1967, secrétaire d’Etat aux affaires sociales dans le gouvernement
Pompidou ce qui le conduit à négocier les accords de Grenelle en 1968 ; secrétaire d’Etat à l’économie et aux
finances puis ministre de l’Agri dans le cabinet Messmer ce qui lui donne grande popularité. A l’intérieur en
1974. Le nommer, c’est faire une concession envers les gaullistes. Mais dans son premier discours Valéry
Giscard d’Estaing prône sa volonté de renouvellement et de changement : « une politique nouvelle pour la
France ». Il ne prononce ni le nom de son prédécesseur ni celui de De Gaulle. Sur 16 ministres dans le
gouvernement Chirac il n’y a que 5 gaullistes. Il va aussi nommer Poniatowski Ministre de l’intérieur avec le
titre de Ministre d’Etat (et va donc jouer le rôle de vice Premier-Ministre, ce qui gène Chirac). Certains
centristes sont hostiles au gaullisme, notamment Lecanuet qui est nommé garde des Sceaux et J ean-
Jacques Servan-Shreiber qui est Ministre des réformes (qui n’avait cessé de critiquer « l’Etat UDR » mais il
va être renvoyé au bout de quelques jours parce qu’il critique les essais nucléaires).
Comment Valéry Giscard d’Estaing va-t-il gouverner ? Le 25 septembre 1975, il veut que la
France devienne « un immense chantier de réformes».

Il met en place une réforme institutionnelle concernant le droit de saisine du Conseil


constitutionnel (21 octobre 1974) : une loi pouvait être déferrée devant le Conseil
Constitutionnel par le Président, le Premier ministre ou les Présidents des Assemblées, mais à
partir de là, la saisine peut émaner de parlementaires (60 députés ou sénateurs).

C’est l’abaissement de l’âge de la majorité à 18 ans le 5 juillet 1974.

La loi du 7 août 1974 fait éclater l’ORTF alors que jusque là la Télévision et la radio étaient
sous tutelle de l’Etat. Elle éclate en une série de sociétés indépendantes (antenne 2, FR 3,
radio France)

Le 31 décembre 1975 le statut de la ville de Paris est modifié puisque c’était la seule qui
n’avait pas de statut autonome et son maire va pouvoir être élu.

On note des réformes à caractère social : c’est la généralisation de la Sécurité sociale. On


impose une réglementation des licenciements collectifs.
Aussi à noter une réforme de l’éducation nationale : la loi Haby institue le collège unique.
On voulait mettre en place un tronc commun dans un but de démocratisation.

Enfin c’est des réformes de mœurs : la loi du 4 décembre 1974 qui autorise la vente des
produits contraceptifs en pharmacie et leur remboursement par la Sécurité sociale (en
1967 : loi Neuwirth mais l’application de cette loi avait toujours été repoussée). Puis c’est la
loi Veil sur l’IVG le 17 janvier 1975 ; c’est une loi qui divise la majorité (284 contre 189
et sur les 284 « pour », 181 appartiennent à l’opposition. Loi du 11 juillet 1975 qui
introduit le divorce par consentement mutuel qui simplifie la procédure de divorce.

Il y a des différences entre le Président et Chirac au sujet des réformes. La situation économique
se détériore et il propose d’avancer les législatives prévues pour 1978 (aux cantonales de 1976, la gauche
progresse). Il y a des tensions entre les deux têtes de l’exécutif : Chirac démissionne le 26 juillet 1976.
C’est la première fois qu’un Premier Ministre démissionne de sa propre volonté. C’est le plus court passage
à Matignon de la V° République. Cela révèle l’impossibilité d’une dyarchie à la tête de l’Etat et provoque
des tensions entre l’UDR et les républicains indépendants. L’UDR ne va pas cesser de mettre des bâtons dans
les roues aux républicains indépendants (cela peut expliquer en partie défaite de Valéry Giscard d’Estaing en
1981)

c. « Une France partagée en quatre » (René Rémond).

Valéry Giscard d’Estaing le remplace par Raymond Barre, peu connu des français. Il a été
ministre du commerce extérieur dans le gouvernement Chirac. Il n’appartient à aucune formation politique
(comme Pompidou en 1962), ce qui est habile pour ne pas mécontenter les gaullistes, n’a pas de mandat électif et
doit sa nomination à la volonté du « prince ». C’est un universitaire, à l’expérience des cabinets ministériels
et sa compétence va rassurer les français : agrégé d’économie, « c’est le meilleur économiste de France ».
Il va rester jusqu’en 1981 parce qu’il y a un partage des tâches : lui s’occupe des questions économiques et
financières et le président de la politique extérieure. Il va prendre sous sa houlette le Ministre de l’économie
et des finances. La composition ministérielle va tenter de refléter la majorité présidentielle (on garde deux
gaullistes : Boulin et Guichard, Lecanuet, Poniatowski…).

Le Plan Barre lancé en 1976 vise à lutter contre l’inflation : blocage des prix, des loyers, et
limitation de la hausse des salaires ce qui avive les critiques de la gauche et de l’UDR. Un deuxième plan
Barre est lancé en avril 1977 qui confirme les orientations du premier : l’inflation tombe en dessous des
10%. Donc dès 1978, le gouvernement desserre le contrôle sur les prix mais c’était sans compter sur le
choc pétrolier de 1979 (prix du baril double).

Chirac retrouve son siège de député de Corrèze et fonde le RPR le 5 décembre 1976. Il en devient
le Président et a pour objectif de créer un parti puissant, bien organisé, avec des responsables qui lui sont
dévoués pour préparer la présidentielle. Il va marquer sa puissance par rapport au président et au
gouvernement.

Les municipales de 1977 montrent le recul de la majorité : c’est une déroute : la gauche qui détenait 98
des 221 villes de plus de 30 000 habitants va désormais en contrôler 156. Paris : il y a élection d’un maire
et on va constater la fracture de la majorité parce que Valéry Giscard d’Estaing désigne Michel d’Ornano
(un de ses fidèles), décision que les gaullistes ne vont pas accepter. Ces derniers sont majoritaires à Paris
et vont donc imposer Chirac qui va finalement l’emporter le 25 mars 1977.

Les législatives de 1978 : elles s’annoncent très difficiles, les sondages sont mauvais pour la
majorité, le chômage est fort… Ainsi, la majorité s’organise : en mai 1977 au Congrès de Fréjus les
Républicains indépendants (les giscardiens) se réorganisent en intégrant divers courants et se rassemblent :
création du Parti Républicain qui se donne pour Secrétaire Général Jean-Pierre Soisson. Le I° février 1978,
Valéry Giscard d’Estaing décide la constitution d’un cartel électoral entre les formations libérales qui le
soutiennent (Parti radical de Jean-Jacques Servan-Schreiber + Centre des Démocrates Sociaux de
Lecanuet) et le Parti Républicain : ce qui donne l’UDF (Union pour la démocratie française). Objectif :
rééquilibrer le RPR au sein de la majorité. Ils vont se mettre d’accord sur un code de bonne conduite qui
est proposé en janvier 1977 par les chiraquiens aux giscardiens.
Par contre à gauche il y a désunion, ce qui est paradoxal alors qu’il y a eu le Programme
Commun. Le 23 septembre 1977 : rupture de l’Union de la gauche. Pourquoi ? Le PCF se rend compte
que ça lui est défavorable et que cela sert surtout de marchepied au PS pour accéder au pouvoir; c’est
également l’idée de Moscou. La rupture intervient sur la réactualisation du Programme commun : des
désaccords interviennent sur les nationalisations. Les négociations tournent mal et c’est la désunion.

Résultats : Premier tour où l’abstention est faible : la gauche avec le PS en tête (22,79%) et PCF
(20,61%). A droite l’UDF fait 23,89% et le RPR 22,24% : au sein de l’Assemblée ce ne sont plus les
gaullistes qui ont la première place au sein de la majorité. Le second tour révèle une bipolarisation
presque parfaite mais victoire de la majorité (291 sièges contre 200 pour la gauche). Il y eu une
mobilisation encore plus forte au second tour ce qui joue en faveur de la majorité. Très grande discipline de
vote à droite, ce qui n’est pas le cas à gauche.

d. La fin du septennat de [Link] d’Estaing. (78 à 81) : une période morose.

La gauche est minée par des divisions entre socialistes et communistes que les élections
européennes de juin 1979 confirment. C’est la première fois qu’il y a un suffrage Universel direct mais les
deux partis s’accablent réciproquement. Il y a des divisions à l’intérieur de chaque parti. Au sein du PCF,
certains refusent l’alignement sur Moscou et vont le faire savoir (Althusser ; Ellenstein) : il y a une campagne de
critiques contre Georges Marchais. Il y a aussi des divisions au sein du PS : Michel Rocard met en cause la
ligne de Mitterrand en dénonçant « l’archaïsme de l’Union de la gauche » et se pose en compétiteur pour
la Présidentielle. Congrès de Metz en 1979 : les mitterrandiens et le CERES mettent en minorité Rocard.
Chez les radicaux, démission de Fabre qui est remplacé par Crépeau, maire de la Rochelle.

Les relations entre Valéry Giscard d’Estaing et Chirac vont miner la vie politique puisque la
menace de gauche semble s’écarter. Chaban-Delmas est réélu au Perchoir avec le soutien de Valéry
Giscard d’Estaing alors que les chiraquiens soutiennent Edgar Faure. Les élections à l’Assemblée
européenne constituent un moment de tension entre UDF et RPR et c’est à cette occasion que Chirac va
lancer son « appel de Cochin » : le 6 décembre 1978, c’est une déclaration de guerre aux giscardiens à
propos de l’Europe qui sont partisans d’une Europe supranationale. Le résultat des élections n’est pas une
réussite pour Chirac et c’est la liste UDF qui arrive en tête.
Barre va souvent faire appel l’article 49-3 pour gouverner (utilisé à six reprises durant l’hiver
1979-80), mais Valéry Giscard d’Estaing conserve un taux de popularité honorable et on pense qu’il sera
réélu malgré des affaires (les Diamants de Bokassa ; l’affaire Broglie ; l’assassinat inexpliqué de Joseph
Fontenay ; le « suicide » du ministre du Travail Robert Boulin, ancien député-maire de Libourne).

II. Une république adaptable.

A/ Le premier septennat de François Mitterrand et l’alternance (1981-1988)

1. La victoire électorale de la gauche

a. La Présidentielle de 81 : 26 avril et 10 mai 81.

Pour la première fois depuis 1965 la Présidentielle a lieu à échéance normale.

Les candidats : On remarque la multiplicité des candidatures (10 alors qu’on a modifié la loi des
signatures : il en faut 500, réparties dans 30 départements, ce qui est fatal à Le Pen et à Krivine,
contrairement à l’ancien système dans lequel il ne fallait que 100 signatures réparties dans 10 départements)

UDF : Valéry Giscard d’Estaing qui va se déclarer le 2 mars 81

PCF : Georges Marchais


RPR : Michel Debré annonce sa candidature et il va la maintenir après que Chirac ait annoncé
la sienne.

PS : Rocard est candidat pour la deuxième fois ; il se pose en rénovateur, mais peu populaire
dans le PS : Mitterrand se porte candidat le 8 novembre 80 et à ce moment-là Rocard
renonce.

Michel Crépeau pour les radicaux (MRG)

PSU : Huguette Bouchardeau (féministe)

LO : Arlette Laguiller

Brice Lalonde pour les écologistes

Marie France Garrault (droite).

Les résultats :

Premier tour : Le 26 avril 1981 avec un taux d’abstention de 18, 81% : Valéry Giscard
d’Estaing avec 28,32% des voix, Mitterrand 25, 85% des suffrages. 49,31% prévu pour la
majorité, 46,32% pour Mitterrand, sans les voix des écologistes. Valéry Giscard d’Estaing
semble devoir l’emporter. Le PCF enregistre avec [Link] la plus grande défaite
électorale depuis la Libération avec 15,2% des suffrages. Une partie importante du PCF
désavoue le PCF et son candidat. Les voix du PCF soutiennent alors Mitterrand. Tous les
autres candidats de gauche appellent à voter Mitterrand. A droite, Chirac se désiste en
faveur de Valéry Giscard d’Estaing mais appelle chacun à voter selon sa conscience. Debré
attend plus de 10 jours pour se désister. Marie-France Garrault annonce qu’elle votera
blanc. Valéry Giscard d’Estaing ne réunit donc pas l’unanimité à droite. Lors du ddébat
télévisé, Mitterrand insiste sur le mauvais bilan économique : « vous êtes l’homme du
passif ».

Second tour : Le 10 mai aboutit à la victoire de Mitterrand. L’abstention s’élève à 15,


4%. Mitterrand obtient 51, 76% contre 48,24 % pour Valéry Giscard d’Estaing. Un
million de suffrages ont fait la différence durant les élections. Mitterrand a remporté tous les
suffrages à gauche plus 800 000 voix chiraquiennes.

Les enseignements à tirer de cette défaite de Valéry Giscard d’Estaing sont les suivants :

Effet à retardement de la rupture de l’été 1976 entre Chirac et Valéry Giscard d’Estaing.

Lassitude de la part des Français vis-à-vis de la droite et une aspiration au changement.

L’échec d’une politique économique est sanctionnée : la crise s’éternise malgré le Plan
Barre ce qui amène les français à se poser la question suivante : pourquoi ne pas essayer la
politique économie de gauche ?

Mitterrand n’effraie pas en tant que candidat de gauche. Son slogan de campagne : « La
force tranquille » de Jacques Séguin (publicitaire)Il fait campagne sur un texte de 110
propositions dont l’abolition de la peine de mort et 39 heures.

Ironie de l’Histoire, Mitterrand, l’un des opposants les plus farouches à la Constitution de 1958
(« non » aux deux référendums de 1958 et 1962) devient l’un des successeurs de De Gaulle, et le deuxièmes
Président socialiste de la République (après [Link] sous la IV° République)

Biographie de Mitterrand : c’est un professionnel de la politique, né dans une famille nettement


marquée à droite ayant reçu une éducation conservatrice et catholique. Son parcours durant la Seconde
guerre mondiale : prisonnier en Allemagne, évadé en décembre 1941, a travaillé au gouvernement de Vichy.
Maréchaliste, il refuse cependant la collaboration et n’est surtout pas antisémite. Il passe à la résistance
par patriotisme à l’été 1943. A l’issue du conflit mondial, sa sensibilité le rapproche du général Giraud, et le
rend toujours très méfiant vis-à-vis de De [Link] reste de la carrière de Mitterrand est illustré par son
glissement constant à gauche.
Question des Français : que va-t-il advenir de l’héritage de De Gaulle ? Des institutions ? La prise de
fonction de Mitterrand est marquée par une certaine originalité : à gauche c’est l’euphorie.
L’enthousiasme populaire est manifesté dans les rues. Le 21 mai, Mitterrand rentre à l’Elysée et organise
une cérémonie au Panthéon avec une mise en scène présentant l’Hymne à la joie par Jack Lang et le dépôt
de roses sur la tombe de Jaurès, de Jean Moulin et de [Link] (député d’origine alsacienne qui fait abolir
l’esclavage en 1848).
Dès le lendemain, Mitterrand désigne un Premier ministre : [Link], député-maire de Lille, qui
incarne le socialisme historique du nord de la France et de la tradition ouvrière et enseignante. C’est une
politique qui succède aux fonctionnaires, économistes et autres énarques. Le gouvernement est
important puisqu’il compte une quarantaine de membres. On y retrouve toutes les composantes du PS,
pas de communistes, des radicaux de gauche et des personnalités ralliés à Mitterrand comme [Link]
(sous Pompidou), [Link] (sous Chaban-Delmas), [Link] (ministre de l’agriculture du général de Gaulle avec
réforme importantes de modernisation pour la PAC).Mitterrand dissout le 22 mai 81 l’Assemblée nationale
(élue en mars 78)

b. Les élections législatives des 14 et 21 juin 1981 : la « vague rose ».

La droite a été complètement déstabilisée par la défaite de Valéry Giscard d’Estaing et va s’en
désolidariser pour suivre Chirac. Ce dernier signe un accord avec [Link] pour une Union pour une
Nouvelle Majorité. 29,14% de taux d’abstention, surtout à droite (25% des électeurs de droite). Le champ est
libre pour la gauche qui va réaliser une montée spectaculaire : 37,7% des voix pour le PS équivalent au
raz de marée de l’UDR en 1968. Le PCF, de son côté ne cesse de s’effondrer.
Au second tour, la gauche obtient plus de 70% des sièges. Le PS obtient la majorité absolue
285/491 sièges. La majorité parlementaire et la majorité présidentielle sont à l’unisson et l’harmonie est
rétablie entre les deux pouvoirs.1981 prouve que la constitution est adaptable mais c’est aussi une rupture
dans la continuité politique.

2. Du changement à la rigueur.

a. Mauroy ou « gouverner autrement » (Le Monde du 20 avril 1982 signé par Mauroy)

Le gouvernement Mauroy : juin 1981 et juillet [Link] Deuxième gouvernement Mauroy est
constitué le 23 juin 1981, et comprend 4 ministres communistes : Charles Fitermann aux transports, à la
santé, à la formation professionnelle. Les communistes étaient absents du gouvernement depuis 1947. Cela a été
possible grâce au rapprochement entre le PS et le PCF pour les élections. Mais en plaçant les communistes
à ces postes, Mitterrand s’assure la paix sociale dans des secteurs à risques et contrôlés par la CGT . Le
gouvernement se caractérise par le dosage des tendances du PS : [Link] au ministre de l’Intérieur,
[Link] à l’éducation nationale, [Link] est ministre au secrétariat chargé du Plan. On va trouver des non-
parlementaires proches du Président de la république tels que [Link] au ministre de la justice, le
diplomate [Link] aux Affaires étrangères, Delors à l’économie et aux finances, le professeur de droit
[Link] à la culture, l’ancien PDG de Renault [Link] à l’industrie. Le dispositif présidentiel est complété
par l’élection de deux proches de Mitterrand (à la présidence de l’Assemblée nationale, Louis Mermazet,
et à la présidence du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, [Link]). La continuité institutionnelle
l’emporte donc.
Dans les 110 propositions du candidat Mitterrand, aucune ne prévoyait de changement
institutionnel. Le style de Mitterrand est celui qui va le plus se rapprocher de celui du fondateur de la V°
République.

Des différences sont à noter dans les relations entre le Président et le PS : du temps de De Gaulle,
l’UNR n’existait que par de Gaulle, l’UDF du temps de Valéry Giscard d’Estaing a été constitué pour et
par le Président. Là, le PS doit sa constitution au Président, mais surtout a son existence propre. Dans les
premières années de son septennat, Mitterrand avait pris l’habitude de réunir tous les mardi matins le
Premier ministre, le Président de l’Assemblée nationale et le Secrétaire général du PS (Lionel Jospin)

Le mot d’ordre est : « Changer la vie » conformément aux promesses électorales ce qui est facilité
par les faibles moyens de l’opposition : c’est « état de grâce » La France devient en quelques mois un vaste
chantier (juin 1981-juin 1982)

Des réformes structurelles sont tout d’abord menées :

o La politique de nationalisation, envisagée comme seul moyen de sortir le pays


de la crise. En septembre 1981, cinq grands groupes parmi les plus
performants de l’économie française sont nationalisés : la CGE, le groupe
St-Gobin, le groupe Péchiney, Rhône-Poulenc et Thomson-Brant plus deux
compagnies financières : Paris Bas et Suez et 36 banques d’affaires.

o Les lois de décentralisation : c’est les lois Defferre : loi du 3 mars 1982
donne aux autorités élues des communes, départements et régions le
pouvoir de faire exécuter les décisions des assemblées qu’elles président.

o Relance de la planification : Michel Rocard s’en occupe

o Modernisation du paysdans le sens d’une plus grande justice : abolition de


la peine de mort le 9 octobre 1981 ([Link]), suppression de la Cour de
sûreté de l’Etat, des quartiers de sécurité dans les prisons, les citoyens
peuvent directement en appeler à la Cour européenne des droits de l’homme.
Sur le plan social, les Lois Auroux (Jean Auroux, ministre du travail)
votées en 1982, concernent les négociations dans l’entreprise : notamment
négociations annuelles par branches sur les salaires. Loi Ralite d’octobre
1982 qui met fin dans les hôpitaux à la coexistence des secteurs privés et
publics. La Loi Quilliot (juin 1982) aménage la législation pour favoriser les
locataires vis-à-vis des proprios. On créé une troisième voie d’accès à l’ENA :
c’est un recrutement plus démocratique : concerne les personnes non
étudiantes, non fonctionnaires, mais en formation. En juillet 1982 une nouvelle
loi fixe le nouveau statut de l’audiovisuel, on créé la Haute Autorité de
l’audiovisuel (ancêtre du CSA) dont les membres sont désignés sur le modèle
du conseil constitutionnel. Le 9 novembre 81, une loi autorise la création des
radios locales.

o Politique culturelle : autre virage important de 1981 : le budget du ministre


de la culture a doublé. C’est à la fois une rupture quantitative et
qualitative. On passe au « tout culturel » : reconnaissance d’expression
culturelles jusqu’alors non reconnue : Loi Lang d’août 1981 sur le prix
unique du livre.

o Des réformes conjoncturelles complètent cela.C’est d’abord une politique de relance


donc de déficit budgétaire. Lutte contre le chômage avec les 39h sans baisse de salaire, on
passe à cinq semaines de congés payés, la retraite est fixée à 60 ans enmars 1982, on
augmente le SMIC et tous les minimas sociaux : les dépenses publiques augmentent de
27% : on souhaite booster la croissance. Cette politique n’a malheureusement pas les effets
escomptés : on procède à une baisse du franc et creusement des déficits, inflation et en
1983, on compte deux millions de chômeurs. Le basculement vers une politique de rigueur
devient rapidement inévitable, dès juin1982 (augmentation des taxes, contrôle des changes…)

b. Grogne sociale et revers électoraux.

Elections municipales des 6 et 13 mars 1983 : la gauche va perdre 30 villes de plus de 30 000
habitants. La montée de la droite est visible à Paris dans tous les arrondissements, Lyon et Marseille.
On note la montée en puissance du FN dont la ville emblématique à l’époque est Dreux : au
premier tour, il rassemble 17% des voix : alliance conclue sur le terrain avec la droite classique. L’Alliance
remporte les élections.

Les Européennes du 17 juin 1984 : les clivages politiques vont être très marqués, taux
d’abstention fort et c’est une véritable débâcle pour la gauche puisque le PS obtient seulement 20, 75%
des voix, et 11,2% pour le PCF.
Le FN obtient 10,91% et prend place au sein du groupe des forces politiques qui comptent en mettant
ses thèmes au centre du débat), l’UDF et le RPR rassemblent 43% des suffrages. Leur campagne est menée
sur la question de l’insécurité et sur les problèmes de l’immigration.

Le projet de loi Savary s’inscrit dans le programme : « créer un grand service public unifié et laïc
d’Education nationale sans spoliation ni monopole » (1 des 110 propositions). Le secteur privé est en
baisse. un million de personnes défilent dans la rue le 24 juin 1984, pour protester. C’est la grande
manifestation depuis 1968. Pourquoi cette mobilisation ? Cette réforme met la religion eu second rang, or
dans les établissements privés, l’aspect confessionnel a diminué mais le secteur privé encadre mieux que le
public pour les parents. Le 12 juillet 1984, le projet de loi est retiré, et le 17 juillet, Mauroy démissionne,
remplacé par [Link].

c. Le gouvernement Fabius (juillet 1984-mars 1986).


Il s’agit de trouver un second souffle pour les socialistes, de faire oublier la querelle scolaire. Un
effet de rupture est tenté avec le choix d’un tout jeune Premier ministre : 38 ans, énarque, agrégé de
lettres, étant passé par le Conseil d’Etat, ministre du budget, de l’industrie, et conseiller particulier de
Mitterrand. Choisir Fabius, c’est aussi choisir un technicien pour remplacer un politique. Le 19 juillet 1984,
a lieu la constitution du gouvernement dans lequel on remarque quelques changements : pas de
participation des communistes car ils sont contre la politique de rigueur (mais ils soutiennent par principe le
gouvernement)
C’est un gouvernement homogène qui essaie de représenter tous les courants du PS. Delors quitte
le gouvernement pour la Présidence de la Commission Européenne, P.Bérégovoy se voie confier le
ministère de l’économie et des finances, [Link] à l’Intérieur, [Link] remplace Claude Chesson aux
Affaires étrangères, Chevènement à l’Education nationale.
Ce gouvernement a une double mission : moderniser le France et rassembler les Français. Du côté
de l’éducation, on revient aux lois de 1959 en abandonnant totalement le projet Savary, mais en
redynamisant l’éducation (d’ici 2000, projet de mener 80% d’un classe d’âge au bac).
C’est une période où le gouvernement socialiste se rallie aux thèses libérales : on parle de « social-
libéralisme ». La priorité est donnée à la lutte contre l’inflation qui passe en dessous des 5% en 1985 avec
un franc stabilisé. Envol spectaculaire de la Bourse. Le chômage stagne à 2, 5millions en 1986 malgré tous
les remèdes inventés. L’effet Fabius a été de courte durée, en raison notamment d’un série d’Affaires qui vont
mettre en cause le gouvernement :

En Nouvelle-Calédonie, la situation se dégrade. Deux partis indépendantistes


s’affrontent : le FLNKS (Front de libération national avec Kanak socialiste) et le RPCF
(Rassemblement pour la Calédonie dans la République). On se trouve face à une
situation quasi insurrectionnelle. [Link] est envoyé après avoir été nommé Ministre de la
Nouvelle Calédonie en mai [Link] élections de 1985 confirment cependant la
prépondérance des partis indépendants. L’Affaire Greenpeace le 10 juillet 1985 se
concrétise par un attentat contre le navire Rainbow Warrior, qui appartient au
mouvement Greenpeace. L’enquête révèle que les services secrets français sont à
l’origine de cet attentat. Le ministre de la Défense, Charles Hernu démissionne le 20 juillet.

Le général Jaruzelski, chef autoritaire de la Pologne, amoureux des droits de l’Homme,


est invité à l’Elysée.

Le 27 octobre 1985, duel Télévisé entre Fabius-Chirac. Les élections législatives de mars
1986 s’annonce mal pour la majorité. Cela pose certains problèmes : si la droite l’emporte,
on verra une situation totalement inédite de différence de majorité entre l’Assemblée
nationale et le Président. Le pouvoir Présidentiel sera-t-il affaibli ? Barre refuse la
cohabitation, tandis que Chirac est prêt à assumer la situation. Problème pour la gauche de
limitation de la défaite. Une réforme du mode de scrutin a lieu. La loi électorale est modifiée
le 26 juin 1985 et entraîne l’augmentation du nombre de députés qui passe de 491 à 575.
Le scrutin uninominal à 2 tours est abandonné au profit du scrutin de liste
départemental à la proportionnelle (mode de scrutin de la IV° République). Démission de
Rocard (ministre de l’agriculture) qui considère ce mode de scrutin dangereux : risque de
favoriser le FN. La loi de décembre 1985 limite le cumul des mandats.

Les élections législatives du 16 mars 1986 : l’UDF et le RPR concluent un pacte pour « gouverner
ensemble ». Ainsi, en janvier 1986, Lecanuet et Chirac signent une plate-forme de 20 engagements
fondamentaux sur les thèmes du chômage et de la sécurité (délinquance, terrorismes corse, basque,
d’Action directe et international ; affaire des otages français détenus au Liban) : la droite n’obtient
qu’une courte majorité, 286 sièges, la majorité absolue étant manquée de 3 sièges, 212 élus pour le PS qui
est 1er parti de France, et le PCF obtient 9, 82% des suffrages.

Le vrai vainqueur de cette élection est le FN qui entre à l’Assemblée nationale avec 35 députés ce
qui s’explique par le scrutin à la proportionnelle. La courte majorité de la droite l’oblige à collaborer avec
le Président, ce qui rend la cohabitation possible.

3. La cohabitation, nouvelle expérience pour la V° République (mai


1986- mai 1988).

a. L’apprentissage de la cohabitation.

C’est l’alternance dans l’alternance. C’est un véritable saut dans l’inconnu. Chirac va privilégier
une lecture littérale de la constitution plutôt qu’une lecture gaullienne : Selon l’Article 20 : « le
gouvernement conduit et détermine la politique de la nation » et l’article 21 « le Premier ministre dirige
l’action du gouvernement ». La politique extérieure reste le domaine réservé du Président ce qui pose parfois
de réels problèmes de protocole, mais pas de divergences profondes. Il y a une prépondérance totale du
Président dans le domaine de la défense : le ministre de la Défense et des relations étrangères est en
relation directe avec le Président. Le Président énonce au gouvernement les principes de sa conduite : « La
constitution, rien que la constitution, toute la constitution », mais dans la pratique c’est moins simple. La
nomination des fonctionnaires nécessite deux signatures. On assiste à une utilisation fréquente des
ordonnances par Chirac que Mitterrand refuse souvent de signer (celle qui risque de porter atteinte au statut
de la Nouvelle-Calédonie, celle qui risque de porter atteinte aux droits des étrangers). Il s’instaure donc une
juste moyenne entre parlementarisme et présidentialisme.

b. Une rupture libérale.

Mitterrand nomme Chirac premier ministre. Le gouvernement est composé à partir des choix du
Premier ministre et Mitterrand n’intervient que pour récuser certains choix dans des domaines qui
relèvent de son autorité. Deux techniciens sont nommés aux Affaires étrangères et Défense. L’axe du
gouvernement est résolument libéral. Il n’y a qu’un ministre d’Etat : ministre de l’économie, des finances
et de la privatisation » occupé par Balladur : sorte de vice-Premier ministre . Les autres ministères clé sont
occupés par des membres du RPR : Pasqua à l’Intérieur, Séguin aux Affaires sociales, Pons aux départements et
TOM, Albin Chalandon à la Justice. Certains membres viennent de l’UDF également : toutes les tendances
représentées, notamment le Président du CDS (Centre des démocrates sociaux) P. Méhaignerie et des
jeunes libéraux du Parti républicain comme Léotard ( secrétaire général), Madelin (ministre de l’Industrie)
ou Gérard Longuet.
Cette équipe, dans le domaine économique est convaincue de la solution libérale basée sur le modèle
reaganien et thatchérien. Raymond Barre ne cache pas son scepticisme devant le « reaganisme à la
française ».

On privatise : la loi de juillet 1986 prévoit la privatisation en 5 ans de 65 entreprises financières et


industrielles (c’est l’exemple de la Société Générale). Cela suscite un Engouement populaire : les actions
en bourse s’achètent en masse : on parle d’un capitalisme « populaire ». Ceci s’accompagne aussi d’une
politique de baisse des dépenses publiques et de la libéralisation complète des prix et des changes. Une baisse
des prélèvements obligatoires est mise en place ainsi que la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes.
Dans le domaine social, on supprime l’autorisation pour limoger.
On revient sur la Loi Quillot et sur le code de la nationalité (qui projette de faire reculer droit du
sol) : « pour devenir Français, il faut le vouloir et le demander ». Il y a aussi le rétablissement des
procédures de contrôle d’identité.
La loi Pasqua de septembre 1986 rend plus difficile l’immigration et permet l’expulsion
d’immigrés sans condamnation pénale.
Dans le domaine de l’information : on vise à limiter le monopole dans le domaine de la presse
écrite : la mesure (mise en place par Mitterrand) abrogée. La Haute Autorité est supprimée et remplacée par
la CNCL (Commission nationale de la communication et des libertés). Dans les années 1980, on assiste à une
libéralisation du paysage français : avec le retour de la droite, le mouvement va s’accélérer. A partir de
1987 : la 5 est attribuée à un nouveau groupe, TV6 devient M6 sous le contrôle de la Compagnie
luxembourgeoise de télévision et la Lyonnaise des eaux. Il y a aussi la privatisation de TF1 (groupe
Bouygues).
Il y a une rupture en ce qui concerne le mode de scrutin : la droite rétablit le mode de scrutin
majoritaire à deux tours avec un nouveau découpage de circonscriptions. La France devient un immense
chantier.

c. Les difficultés du gouvernement Chirac.

Le terrorisme : six explosions de bombes sont recensées à l’automne 1986, notamment avec
l’attentat de Rennes où on dénombre six morts. Deux origines : une origine moyen-orientale liée aux
événements au Liban et une origine intérieure : des groupes d’extrême gauche : Action directe assassine le
PDG de la régie Renault, Georges Besse en novembre 1986.
Un mouvement étudiant apparaît à l’automne 1986 qui refuse le projet de loi Devaquet (Alain
Devaquet : secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur et à la recherche). Il est perçu par la jeunesse
comme un projet voulant établir la sélection à l’entrée de l’université. Le projet est retiré le 8 décembre
1986. Devaquet démissionne.

La politique de réforme est freinée. La France rencontre des difficultés économiques et sociales :
le 18 décembre 1986 démarre une grève des cheminots, conflit qui s’avère long. Ils demandent une
augmentation des salaires. La grève est conduite par des coordinations nées en dehors des organisations
syndicales ce qui constitue un phénomène nouveau. La croissance est de plus 2,3% en 1987. On relève des
déficits du commerce extérieur et de la balance des paiements ainsi qu’une inflation croissante. Deux
réajustements monétaires sont nécessaires (avril 1986 et mai 1987) ce qui a permis de faire face à ces
problèmes de façon assez rapide. Le Franc est dévalué de 3% par rapport au Deutsch Mark. Le gouvernement
est contraint de stopper les privatisations en raison du Krach boursier de l’automne 1987.

La France connaît aussi des difficultés politiques avec des divisions internes de la droite. Se pose la
question du FN : la majorité se divise entre ceux qui sont pour le compromis avec le FN et ceux qui sont
contre (Michelle Barzach à la santé, Michel Noir au commerce extérieur, Claude Malhuret aux droits de
l’Homme). Le débat demeure récurrent jusqu’en 1988. Il y a également rivalité entre Chirac et Barre, très
soutenu par le Centre des Démocrates Sociaux et qui dispose d’une influence notable à l’UDF. Barre
exprime son désaccord sur la politique économique, le code de la nationalité… et a des ambitions
présidentielles.

d. Les élections présidentielles de mai 1988.

Elles s’annoncent favorables à Mitterrand qui fait campagne sur le thème : « la France unie ». Il y
a peu de références au socialisme. Il souhaite rassembler, se veut au-dessus des discours partisans. Les
sondages le donnent gagnant. A gauche, le PCF désigne un nouveau candidat : André Lajoinie. Barre est
aussi candidat, soutenu par l’UDF et Valéry Giscard d’Estaing qui renonce à se présenter. On compte
également deux candidats trotskistes avec Laguiller et Pierre Boussel. A ces personnes viennent s’ajouter
[Link], [Link] (écologiste), et le nationaliste Le Pen.

Premier tour :

o Mitterrand : 34% gagnant ainsi plus de 8 points par rapport aux élections
de 1981. Ceci est attribué au déclin du PCF.

o Lajoinie : 6,76%

o Chirac : 19,94%

o Barre : 16,54%

o Le Pen : 14,39%

Second tour : Mitterrand est réélu avec plus de 54% des suffrages. Chirac obtient 45,98%
(juste avant le second tour : libération des otages du Liban mais l’affaire de la grotte
d’Ouvéa et l’a prise d’assaut par les forces de police fait 22 morts)

Explication de cette victoire : Il a bénéficié de la prime aux sortants, de la plus forte participation
au second tour et d’un désistement de la gauche et l’extrême gauche. Il a fait campagne sur le thème de la
France unie et a récupéré les voix barristes centristes (conflit avec Chirac et problème du FN). Chirac n’a pas
recueilli les voix de la droite et de l’extrême droite (certaines se sont reportées sur Mitterrand). La
Démission de Chirac a lieu le 10 mai 1988.

B/ Le second septennat de François Mitterrand (1988-1995)

1. Le gouvernement de Michel Rocard (mai 1988- mai 1991).

a. Le double choix : Rocard et la dissolution.

Il emprunte la voie de la réforme et incarne mieux l’ouverture(Énarque, inspecteur des finances,


engagé : il est étudiant et fait partie de la SFIO mais il quitte ce parti quand le gouvernement Mollet soutient de
Gaulle et la Constitution en 1958. Il a adhéré au PSA à partir de 1958 (devenu PSU en 1981), député des
Yvelines, maire de Conflans-Sainte-Honorine ; rejoint le PS en 1974 : a souvent des prises de position
tranchées contre Mitterrand). Il prend position contre « l’archaïsme politique » de Mitterrand.

Il constitue un gouvernement d’ouverture avec Michel Durafour et Jacques Pelletier (centristes),


[Link] (ex-giscardien), Brice Lalonde (et son thème des Verts qui commence à être pris en compte), et
ouverture à des personnes de la société civile telles que le syndicaliste CFDT Jacques Chérèque, Roger
Bambuck (ancien sportif de haut niveau à la tête du ministère des Sports), Kouchner à l’action
humanitaire.
Il nomment ses fidèles : Lang à la Culture, [Link] à l’Education, Mauroy lui succédant à la
présidence du PS, Bérégovoy à l’Economie et aux Finances, Dumas aux Affaires Etrangères,
Chevènement, Joxe, Cresson…Mais Mitterrand dissout de l’assemblée : Mitterrand n’a pas réussi à
rallier à la majorité présidentielle, les centristes.

Aux élections législatives (des 5 et 12 juin 88) : La droite se regroupe sous la houlette de Valéry
Giscard d’Estaing.

Au premier tour : l’électorat est lassé. (34% d’abstention). On assiste à une progression
du PS, la droite résiste avec le RPR et le UDF totalisent 37,67% des suffrages. Le FN
redescend à 9,65% à cause du scrutin majoritaire.

Au second tour :

o PS et divers gauche obtiennent 278 sièges. Il y a donc un sursaut de la


gauche.

o PCF : 27

o UDF : 130

o RPR : 128

o Divers droite : 13

o FN : 1

Une phase inédite s’ouvre avec un gouvernement à majorité relative.

b. L’apprentissage de la majorité relative.

Le second gouvernement Rocard regroupe 49 membres. De nouveaux arrivants incarnent


l’ouverture : Jean-Pierre Soisson (ex-giscardien), le député (Centre des démocrates Sociaux) Rauche,
l’historien Alain Decaux, et le professeur de médecine [Link], renvoyé 10 jours plus tard qui
avait évoqué sans en référer, la possibilité d’une dépénalisation de la drogue (un homme qui osait affirmer
ses désaccords)

Le nouveau gouvernement va devoir compter avec une majorité relative. Deux solutions s’offrent à lui :
Construire des majorités ponctuelles suivant les problèmes (en obtenant abstention de
groupes par exemple) : cela donne plus d’importance à l’Assemblée.

Un outil constitutionnel : l’article 49-3 : permet de passer outre les majorités : si pas
satisfait, les députés doivent voter à majorité absolue la motion de censure : d’où
l’article utilisé à 28 reprises en 3 ans.

c. La méthode Rocard.

Rocard a voulu laisser sa marque en imposant une autre manière de gouverner. Il y a un respect
du dialogue et du pluralisme ainsi qu’une volonté de donner la priorité aux problèmes fondamentaux par
rapport aux événements conjoncturels.

La question calédonienne : il obtient la signature d’un accord entre les deux leaders (Jacques
Lafleur pour RPCR et Jean-Marie Tjibaou pour le FLNKS) : c’est une démarche très
mendésienne du pluralisme. Rocard a voulu agir en gestionnaire et réformateur. Les
Accords de Matignon sont signés le 26 juin 1988. Ils établissent une large autonomie pour la
Nouvelle Calédonie et des investissements importants. Il est prévu un référendum pour
l’indépendance dix ans plus tard, ainsi qu’un référendum sur ces accords de Matignon
dans toute la République française le 6 novembre 1988 (63% d’abstention). Le RPR a
appelé à l’abstention. (non : Pasqua et Pons, oui : Juppé et Seguin). Le « oui » l’a emporté
avec 80% des suffrages. Le 4 mai 1989, Tjibaou est assassiné par un extrémiste
indépendantiste. La Paix est instaurée en Nouvelle-Calédonie.
C’est une période où l’on fait adopter le RMI (11 octobre 1988) à l’assemblée nationale :
adoption à l’unanimité pour lutter contre l’exclusion. On assiste aussi au retour de
l’impôt sur la fortune supprimé jusqu’alors par la droite et rétabli sous la forme de
L’impôt de Solidarité sur la fortune (ISF).La CNCL est remplacée par le CSA (Conseil
supérieur de l’Audiovisuel)

Une réforme est engagée dans la gestion du service public avec la séparation La Poste/France
Télécom. On tente aussi une adaptation du système universitaire avec le Plan université 2000.
La Création d’un ministère de la ville a lieu en 1990, confié à M. Delebarre car les
banlieues font parler d’elles et préoccupent le gouvernement. Il doit s’attaquer à la
question de 400 quartiers les plus difficiles. Il faut aussi s’attaquer au problème du déficit
de la sécurité. Le gouvernement met en place la CSG (Contribution Sociale généralisée),
pour combler le déficit permanent de la Sécurité sociale.

d. Divisions politiques et rejet de la politique.

Il y a des divisions dans le camp de la majorité et surtout au PS. Il y a une rivalité entre Rocard
et Fabius. L’affrontement éclate lors du Congrès de Rennes qui se tient entre les 15 et 18 mars 1990.
Mitterrand n’a plus la mainmise sur le parti. Trois grandes tendances s’affrontent : tendance Rocard,
tendance Mauroy soutenue par Jospin, tendance Fabius, tendance Chevènement et tendance Poperen.
Mauroy est réélu mais sans véritable autorité.
On note également des divisions à droite (RPR) avec un courant rénovateur mené par Noir et Carignon
(maire de Lyon). Ils souhaiteraient un grand parti de droite, même une fusion avec l’UDF. La tendance Pasqua –
Seguin donne la priorité à l’identité nationale notamment vis-à-vis de la construction européenne. On assiste
aussi à la tentative de l’extrême droite de réintégrer le jeu parlementaire.

Le rejet de la politique a tendance à se développer.

Aux élections européennes de juin 1989 : on constate un ancrage de l’extrême droite avec
11%, le PCF obtient 7,7%, CPNT (Chasse pêche nature et tradition) 4,1%, Liste Simone
Veil : 8,4%. Les grands partis font les frais du rejet et réalisent des scores décevant :
UDF – RPR : 28,9% et la Liste socialiste n’obtient que 23,6% (liste menée par Fabius)

Elections cantonales et municipales : l’abstention s’élève à 51% pour septembre 1988 et


27,2% pour mars 1989.

Explication du rejet :

Question du chômage, crise économique et sociale pour lesquelles le gouvernement est


impuissant à trouver une solution.

L’immigration pose la question d’une société française qui devient pluriculturelle.

Problème de la sécurité sociale.

La question des retraites se développe.

Problème de la violence.

Affaires politico-financières : affaires liées au financement des partis politiques.

Les lois de décembre 1989 et de janvier 1990 sur le financement des partis politiques établissent
l’amnistie des pratiques illégales sur le financement des partis.

Un répit s’installe avec la conjoncture internationale et la guerre du Golfe. L’opinion s’est ralliée à la
politique d’engagement aux côtés des Etats-Unis. La première guerre du golfe a renforcé la cohésion
nationale Le taux de popularité de Mitterrand est élevé. DE son côté, Chevènement refuse d’intervenir, ce
qui lui vaut d’être remplacé par Pierre Joxe. La guerre a sondé l’Elysée et Matignon comme le montre
Schneider dans son ouvrage La haine tranquille consacré aux relations entre l’Elysée et Matignon. Le 17 mai
1991, Rocard donne sa démission après avoir déclaré quelques jours plus tôt ironiquement « j’ai le bail
locatif le plus précaire de Paris » (témoigne des relations entre Rocard et le Président)

2. La fin difficile de la législature socialiste (mai 1991- mars 1993)


a. Edith Cresson, première femme à Matignon (mai 1991-avril 1992).

Il y a une volonté de redresser la situation avant les législatives de 1993 : animer un « nouvel élan »
pour reprendre l’expression de Mitterrand. Mitterrand fait appel à Cresson. C’est le gouvernement le plus
bref de la V° République.
Diplômée d’HEC, études de droit, études en économie agricole, a démarré la politique dans la
mouvance radicale de droite, a rejoint la Convention des Institutions républicaines (CIR), passe au PS en
1971, député européenne en 1979, ministre de l’agriculture en 1981, elle récupère le portefeuille du commerce
extérieur et tourisme en 1983, ministre des affaires européenne en 1988 dans le gouvernement Rocard. Elle n’y
reste pas longtemps et quitte le gouvernement en octobre 1988 pour aller travailler dans le privé.
On assiste aussi à l’arrivée de Martine Aubry (au travail) et Bianco aux affaires sociales,
Frédérique Brodin (jeunesse et sport), Strauss-Kahn (industrie) et Bérégovoy (économie et finances). Le
ministère de l’économie et des finances se voit aussi confié le commerce extérieur et les postes et
télécommunications. Un effet de popularité important se fait ressentir dû à « l’effet femme ». Mais la
confiance tombe après cinq mois. Le gouvernement Cresson est un gouvernement à forte marque
mitterrandiste et socialiste. Les communistes ont refusé d’y participer. On assiste au départ des
rocardiens et de ceux qui représentaient l’ouverture (centristes).
Le gouvernement accentue la politique de rigueur. Elle a voulu incarner un volontarisme,
volontarisme qui se traduit notamment dans l’éducation nationale par deux mesures : la valorisation de
l’apprentissage et le volonté de délocaliser l’ENA à Strasbourg. La question de l’immigration est un peu
abordée. On met en place les premiers avions spéciaux pour ramener les immigrés dans leurs pays respectifs.
Mais son volontarisme va déboucher sur des maladresses verbales telles que « les Anglais, tous des
homosexuels », « les Japonais, des fourmis ».

Les régionales de mars 1992 constituent une déroute pour la gauche.

PS : 18,3%

PCF : 8,1%

Ecologistes : 14,4%

FN : 13,91%

La droite remporte 33,2% des voix et contrôle 20 régions sur 23. Mais dans certaines régions
comme la Dordogne, la situation est ambiguë. [Link] va l’emporter avec l’aide du FN ce qui lui
coûtera sa participation au gouvernement. Mitterrand se défait de Cresson et confie Matignon à Bérégovoy.

b. Le gouvernement Pierre Bérégovoy (avril 1992-mars1993).

Fils de commerçant, CAP d’ajusteur fraiseur, cheminot et agent technico-commercial. Il a


participé à la fondation du PSA puis du PSU (changement d’appellation en 1981). Il rejoint le PS dès 1969,
secrétaire général de la présidence de la république, ministres des affaires sociales en 1981, de l’économie en
1984 et en 1988 à nouveau. On assiste à l’arrivée de Tapie au ministère de la ville qui démissionne 52 jours
plus tard en raison d’une mise en accusation.
Bérégovoy fait éclater le ministère de l’économie et des finances en trois : Sapin à l’économie et
auxfinances, Charasse au budget, Dominique Strauss-Kahn à l’industrie et au commerce extérieur. Lang
est nommé à l’éducation et à la culture.
Mais, la France compte 3 millions de chômeurs et est touchée par l’affaire du sang contaminé (par le
virus du Sida, sang qui sera distribué jusqu’en 1985) Le procès débute en juin 1992 le docteur Garreta est le
principal accusé et ce procès ne concerne que les médecins et non les politiques comme le déclare Georgina
Dufois : « Responsables mais par coupables ». La France est aussi touchée par des affaires financières
comme celle du financement occulte du PS avec l’affaire Urba-graco alors que Bérégovoy voulait lutter
contre la corruption. Il y a aussi le problème de la ratification du traité de Maastricht. Mitterrand a fait
de la construction européenne un axe majeur de sa politique. Il propose et obtient en juin 1992 une révision
constitutionnelle par la voie parlementaire afin de rendre le traité compatible avec la Constitution. Les
parlementaires du RPR n’ont pas siégé.
Le « Non » est défendu par : l’extrême gauche contre une Europe capitaliste, l’extrême droite
refusant la supranationalité, les souverainistes avec Chevènement, l’UDF avec De Villiers. Les Français
approuvent le traité à 51,04% lors du référendum du 20 septembre 1992. La réforme de la PAC au
printemps 1992 mécontente les agriculteurs français. Il y a ainsi un rejet du politique et des partis du
gouvernement. Le monde a parlé des « Dix Frances » dans son édition du 25 septembre 1992 pour relater les
clivages importants dans le pays. La France du « Oui » est une France aisée et diplômée dont la tendance
politique correspond au centre, émanant de la ville, une France structurellement progressiste, une France socialo-
chrétienne (Bretagne) alors que celle du « non » est une France démunie, peu ou pas diplômée, reposant sur les
extrêmes, une France rurale, une France structurellement répressive, une France nationale-laïque.
Les législatives du 21 et 28 mars 93 se soldent par une défaite sans appel du PS qui n’obtient que
67 sièges, le PCF 24, Les écologistes 7,6 % et la victoire de la droite : Union pour la France (UPF) avec 440
sièges et divers droite = 84% des sièges (RPR = 233 et UDF = 207). En réalité, il y a une rivalité entre Fabius
(secrétaire général du PS) et Beregovoy. Michel Rocard avait proposé une unification autour de la gauche
mais les écologistes refusent tout accord avec le PS. Le PS subit ainsi une perte de 4 millions de voix
durant ces législatives. Le recul du PC est plus limité. La Chambre de 1993 est une chambre introuvable.

3. La seconde cohabitation (mars 1993- mai 1995)

a. Le gouvernement Balladur.

La maladie de Mitterrand est officiellement révélée depuis septembre 1992. Il aurait pu


démissionner. Bérégovoy, pour sa part, se suicide le 1 er mai 1993. De son côté, Sarkozy est porte parole du
gouvernement et encharge du budget. Il est très proche de Balladur.

Chirac veut se réserver pour la prochaine présidentielle, c’est donc Balladur qui est choisi
(Science-Po Paris, ENA, Conseil d’Etat, premiers pas politique auprès de Pompidou à Matignon, son
conseiller social très écouté en mai 1968, puis secrétaire général de la Présidence à l’Elysée, a assuré la
continuité à l’Elysée. Conseiller expérimenté de Chirac, ministre d’Etat en charge de l’économie et des
privatisations au moment de la première cohabitation). Son gouvernement est restreint, se limite à 30
membres, tous parlementaires. On dénombre 4 ministres d’Etat ([Link] aux Affaires sociales, [Link] à
l’Intérieur, [Link]é secrétaire général du RPR et ministre des Affaires étrangères, [Link] du (Centre des
démocrates sociaux) occupe la justice, F.Léotard la défense nationale). C’est un gouvernement très équilibré
avec Bayrou à l’éducation nationale. On compte donc 15 RPR + 14 UDF + une centriste (Veil).

L’Opposition est totalement exsangue et le Président est moins combatif. Fabius est mis en
minorité au PS et remplacé par [Link] pour peu de temps. Balladur est accueilli très favorablement
par l’opinion (60%-70% de contents), car il rassure par son calme et sa modération.
Il lance un certain nombre de réformes et de mesures qui lui tiennent à cœur. Il lance alors un
grand emprunt le 25 mai (« l’emprunt Balladur ») qui a été un très grand succès. On revient aussi à un
libéralisme strict. Les privatisations sont poursuivies. Ainsi, une nouvelle loi de privatisation est adoptée en
juillet 1993 portant sur 21 entreprises dont la BNP, Rhône-Poulenc, ELF Aquitaine… : l’actionnariat
populaire comme en 1986 se développe bien.

En 1986 se tient l’Uruguay Round, dont l’acte final est signé en 1993. La participation du
gouvernement Balladur s’avère positive. On assiste au passage du GATT à l’OMC. Sur le plan de
l’agriculture, il a négocié en faveur du lobby agricole français, ainsi que sur l’exception culturelle (la France
prend la défense de cette notion) contre le libre-échange en matière culturelle : jacques Toubon est alors
ministre de la Culture.
Ce gouvernement a également impulsé d’autres réformes notamment avec l’instauration du
Conseil Supérieur de la Magistrature en avril 1993 qui vise à assurer beaucoup plus son indépendance par
rapport au pouvoir politique et à l’exécutif (notamment dans la composition), en y faisant rentrer des
personnalités extérieures afin de contrebalancer le poids de l’exécutif. Les membres élus y font leur
apparition. La Cour de Justice de la République remplace la Haute Cour de Justice, composée de 12
[Link] sert à juger le cas échéant les membres du gouvernement pour des actes accomplis dans
l’exercice de leur fonction. Dès 1994, elle est saisie pour les poursuites engagées dans l‘Affaire du sang
contaminé (Fabius, [Link], Edmond Hervé…).
Est mise en place une politique sécuritaire en matière d’immigration. [Link] reprend la politique
de restriction et la politique sécuritaire en matière d’immigration. La loi Pasqua vise à réduire les
politiques de regroupement familial ainsi que les possibilités de demande d’asile. Cette Loi est en partie
annulée par le Conseil Constitutionnel. Autre loi : de nouveaux moyens sont mis au service de la police pour
les contrôles d’identité. Une autre loi rend plus difficile l’acquisition de la nationalité française (la
nationalité pour un enfant d’immigré né sur le territoire doit être demandé par ses parents, elle n’est plus
automatique après deux ans d’attente suivant un mariage mixte).
En matière d’éducation, Balladur et Bayrou veulent réviser la loi Falloux (1850), car elle était
gênante sur un aspect : le gouvernement voulait permettre aux collectivités locales de financer les
dépenses d’investissement de écoles privées sous contrat. La rectification de cette loi va mécontenter le
camp laïc, ce qui va se traduire par des manifestations et la fin de l’état de grâce. Le gouvernement va faire
machine arrière dès janvier 1994. On ne modifie pas la loi Falloux.
b. La fin de « l’état de grâce ».

Les autres difficultés sont celles liées à la conjoncture économique extrêmement mauvaise. On
constate l’échec du gouvernement avec 3,3 millions de chômeurs fin décembre 1993. Le gouvernement
élabore une loi quinquennale sur l’emploi qui insiste sur la flexibilité du temps de travail. Cela conduit a
des manifestations et grèves répétées. Cette loi s’accompagne d’un décret début 1994 instituant le Contrat
d’insertion professionnelle (CIP) qui devait permettre de payer au-dessous du SMIC (80%) les jeunes se
présentant pour leur premier emploi. Cela provoque, encore une fois, de grandes manifestations lycéennes et
étudiantes contraignant le gouvernement à faire machine arrière.
De nouvelles échéances politiques arrivent avec les élections européennes du 12 juin 1994. Elles
montrent que les listes de la majorité (25,58%) et les listes socialistes (14,49%) vont réaliser des scores
médiocres synonymes d’un rejet de la politique. Mais les listes Bernard Tapie (12,3%) (Gauche) et De
Villiers (12,33%) (anti-Europe) font de bons scores.
La période Balladur s’achève aussi dans un contexte de convulsion. Les affaires se multiplient à
droite après s’être multipliées à gauche. La règle du gouvernement Balladur, c’est que si un ministre était
mis en examen, il devait démissionner. Ainsi, trois ministres démissionnent ([Link] ministre de la
communication, [Link], ministre de l’industrie, [Link], ministre de la coopération).

C/ Le premier septennat de Jacques Chirac (1995-2002)

1. L’élection de Jacques Chirac, une élection imprévue.

a. La campagne présidentielle de 1995.

Les candidats :

A droite : Chirac annonce sa candidature le 4 novembre 1994. Mais à droite la situation


est complexe, avec Balladur dont la côte reste élevée, et qui candidat le 18 janvier 1995.
Il est d’ailleurs soutenu par la plus grande partie de l’UDF et une partie du RPR (Sarkozy).

A Gauche : C’est d’abord [Link] qui semble s’engager dans la campagne. Il vient de
quitter la présidence de la commission européenne (1985-1994). Les membres du PS
plébiscitent sa candidature au Congrès de Liévin en Juin 1994, et sa côte est bonne dans
les sondages. Mais il renonce. [Link], ancien premier secrétaire du PS (1981-88),
ministre de l’éducation (1988-92), battu aux législatives de 1993, semblait depuis s’être
éloigné de la politique. Il annonce sa candidature au sein du PS le 4 janvier 1995. Les
résultats sont de 66% de voix pour Jospin contre [Link] au PS.

Les autre candidatures : [Link], [Link], [Link], [Link] Villiers (droite


traditionnelle), [Link] Pen (troisième fois), [Link] (sans étiquette).

La campagne :

Le premier tour :

o Première surprise : La campagne a vu un duel à droite : Chirac-Balladur,


mis en scène par Les Guignols de l’Info (la caricature des « amis de 30
ans » a joué en faveur de Chirac). Balladur a reculé progressivement dans les
sondages, et à l’inverse, Chirac a opéré une remontée, faisant campagne sur
le fameux thème de la « fracture sociale » (Emmanuel Todd) dans une
France où les inégalités sont manifestes. Chirac avait aussi l’atout d’un passé
déjà long en politique. On se situe également dans un contexte de tension
avec l’Affaire Schuller-Maréchal concernant la gestion des HLM de la ville
de Paris. Un proche de Pasqua est mis en accusation.
o Seconde surprise : La progression dans les sondages de [Link], qui
déjouent les pronostics d’un duel au second tour entre les deux droites. Le
23 avril, c’est Jospin qui arrive en tête avec 23,3%. Chirac : 20,84% et
Balladur : 18,58%. Le taux d’abstention est en hausse : 21,62%. Jospin a bien
rassemblé les voix de gauche ce qui témoigne d’un malaise au sein de la
droite. Le score de Chirac est médiocre puisque la droite est divisée en deux
parties assez égales, mais cette droite reste majoritaire dans les suffrages (+
de 59%). Le FN atteint 15% et confirme son implantation et notamment dans
l’électorat ouvrier et les catégories défavorisées. Malgré la campagne positive
de [Link], le PC ne fait que 8,54%.

Le second tour, le 7 mai, l’élection de Chirac paraît fortement probable, mais Le Pen
appelle à voter blanc, Balladur appelle au désistement. Un débat télévisé se tient le 2
maientre Jospin et Chirac. Au final, 20,34% d’abstention, 31% de l’électorat du FN a
voté blanc. Chirac l’emporte avec 52,53% des suffrages exprimés contre 47,37% à
Jospin. Mais la base de Chirac est la base la plus faible de la V° République.

La droite est désormais maîtresse de tous les pouvoirs (Assemblée nationale, gouvernement,
Président, Sénat), après 13 ans d’une Présidence socialiste. L’alternance est complète. Mais le PS est en
renouveau. A l’issu de cette présidentielle, le Président avait décidé de dissoudre car sa majorité n’était
pas totalement homogène. Il écarte finalement cette solution.

b. Le gouvernement Juppé (mai 1995-juin 1997).

Né à Mont de Marsan en 1945. Fils de propriétaire agricoles, il fait Normale Supérieur, Sciences-
Po Paris, l’ENA dont il sort inspecteur des finances. A 30 ans il entre comme chargé de mission au cabinet
de Chirac quand celui-ci est Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing. Dès la création du RPR, Chirac
le nomme délégué général du mouvement. En 1978, il est conseiller technique à la Mairie de Paris. Il devient en
1983, deuxième adjoint chargé des affaires monétaires et financières. Il est ministre du budget dans la première
cohabitation, des Affaires étrangères dans la deuxième. Il quitte Partis pour succéder à Chaban-Delmas à
Bordeaux, comme député en 1993, à la maire en 1995. C’est un fidèle de Chirac. Dès son élection, il fait une
déclaration à l’Assemblée nationale où il montre sa totale allégeance au Président.

Son gouvernement est restructuré, pléthorique, féminisé et anti-balladurien. Le ministère de


l’Intérieur est réduit (on lui enlève la réforme de l’Etat et la décentralisation), Debré s’y installe. Le ministère
de Affaires sociales est démantelé, [Link] devient ministre du travail, la santé publique et l’Assurance Maladie
forment un autre ministère autonome, création d’un ministère de la solidarité entre les générations, de
l’intégration et de la lutte contre l’exclusion. Il y a 43 membres dont 12 femmes (proportion la plus élevée de
la V° République), mais la première se trouve à la quatorzième place dans l’ordre protocolaire. Il s’agit de
Corinne Lepage à l’environnement et [Link] Pannafieu au tourisme, [Link] à la santé publique…= « les
Juppettes ». Les deux chefs de parti au sein de ce gouvernement sont Juppé Président du RPR et Bayrou
Président du (centre des démocrates sociaux) à l’éducation nationale. Paris est sur-représenté avec 6 ministres
ou secrétaires d’Etat franciliens. Jacques Toubon est Garde des Sceaux, Madelin est à l ‘économie et aux
finances et Bernard Pons à l’aménagement du territoire.

Le début des difficultés est constitué par les élection municipales des 11 et 18 juin 1995 : le PS
confirme sa remontée dans le Sud-Est avec la reconquête de Toulon. Les positions du fief RPR de Paris
s’érodent avec le passage de 6 Arrondissements à gauche.
La popularité du Président diminue, ses dispositions internationales sont très mal accueillies avec
la reprise des essais nucléaire le 13 juin 1995. Le 25 juillet survient l’attentat du GIA algérien dans le
RER.
Sur le plan économique, la croissance est faible. En Octobre 1995, Chirac annonce une politique de
rigueur pour deux ans. On reforme un gouvernement Juppé : 10 jupettes sont renvoyées, ce qui entraîne
un baisse des effectifs.
Mi-novembre-mi-décembre 1995 : une Grande crise sociale est déclanchée par le Plan Juppé sur la
réforme de la Sécurité sociale. On remarque un important soutien indirect à ce mouvement social qui
touche Paris et les grandes villes. Le Plan est retiré.
Autres réformes : celle sur le service national (relative indifférence) qui vise à une
professionnalisation de l’armée, réforme sur l’immigration avec la lutte de Debré contre l’immigration
clandestine. Mais le mouvement des sans-papiers se développe soutenu notamment par des figures du cinéma.
On assiste à l’occupation de l’Eglise St-Bernard. La côte de popularité du Président augmente (de 27 points)
et du Premier ministre (hausse de 38 points). Chirac décide alors la dissolution.

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