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Cours de Droit des
obligations
mars 12, 2019 Cours droit
DROIT DES
OBLIGATIONS
Le droit des obligations est une branche
essentielle du droit civil, dont l’étude est
absolument nécessaire, non seulement
pour tout étudiant en droit, mais aussi pour
tout individu. En effet, cette matière met
en jeu des concepts fondamentaux de la
science juridique, que vous allez retrouver
tout au long de vos études, puis dans la vie
professionnelle, et également dans votre
quotidien.
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Les autres fiches de cours :
L’obligation cumulative, alternative ou
facultative.
Obligation solidaire : solidarité active et
passive
Qu’est-ce que l’obligation in solidum ?
L’obligation à prestation indivisible
La condition en droit des obligations (art. 1304
code civil)
Condition potestative et critères de validité
des conditions
Condition suspensive ou résolutoire : droits,
devoirs, e!ets
Qu’est-ce que le terme? (art. 1305 code civil)
Qu’est-ce que le paiement ? (art. 1342 code
civil)
L’exécution du paiement : date, lieu, preuve…
L’imputation des paiements
Qu’est-ce que la dation en paiement?
Qu’est-ce qu’une compensation ? (article 1347
code civil)
La compensation des dettes connexes (article
1348-1 code civil)
Compensation conventionnelle et judiciaire
(article 1348 code civil)
Qu’est-ce que la confusion? (article 1349 Code
civil)
Qu’est qu,une remise de dette? (article 1350
code civil)
Quels sont les délais de prescription (article
2219)
La cession de contrat (article 1216 du Code
civil)
Cession de contrat : régime, e!ets (article
1216)
La cession de créance (articles 1321 à 1326 du
code civil)
Action oblique et action paulienne (article
1341)
La subrogation réelle, personnelle,
conventionnelle (article 1346)
La délégation de l’obligation (article 1336 du
code civil)
Le terme de l’obligation (article 1305 du code
civil)
La condition de l’obligation (article 1304 du
code civil)
Les obligations alternatives et indivisibles
(article 1307 et 1320 code civil)
La solidarité active et passive (articles 1310 du
Code civil)
Le paiement (article 1342 du code civil)
La compensation (l’article 1347 du Code civil)
Confusion, prescription… extinction de
l’obligation sans paiement
Les commentaires d’arrêts en droit des
obligations et droit civil
Le régime général des obligations
Cours et fiches de Régime des obligations
Obligations : régime, extinction, transmission
des obligations
Les clauses sur la réparation (clauses pénales,
limitatives de responsabilité…)
L’information des contractants
Obligations de moyens et de résultat :
définition, di!érence…
La distinction entre responsabilité
contractuelle et délictuelle
Que reste-t-il de la faute dans la
responsabilité délictuelle ?
Voici le plan du cours de droit des
obligations :
Introduction
I. La notion d’obligation
II. Classifications des obligations
III. Sources du droit des obligations
Première Partie : Les obligations nées d’un
acte juridique : les contrats
I. La notion de contrat
II. Les fondements du contrat
III. Classifications des contrats
Titre 1 : La formation du contrat
Sous-titre 1 : Les conditions de
formation du contrat
Chapitre 1 : L’accord des volontés : le
consentement
Section 1 : Le consentement est une
manifestation de volonté
Sous-Section 1 : L’existence du
consentement
§ 1 : L’aptitude à consentir
§ 2 : Les expressions du consentement
Sous-Section 2 : La protection du
consentement :
§ 1 : L’erreur (article 1110du Code Civil.)
§ 2 : Le dol (article 1116du Code Civil.)
§ 3 : La violence (article 1111du Code Civil.)
Section 2 : Le consentement est une
rencontre de volontés
§ 1/ Les éléments de l’accord
§ 2/ Les contrats entre absents
Chapitre 2 : L’extériorisation des
volontés : la forme du contrat
Section 1 : La forme exigée pour la validité
du contrat
Section 2 : La forme exigée pour l’efficacité
du contrat
1 : Formalisme pour la preuve du contrat
2 : Formalisme pour l’opposabilité du
contrat.
Chapitre 3 : Le contenu du contrat :
l’objet et la cause
Section 1 : L’objet
§ 1 : Les caractères de l’objet
§ 2 : L’équivalence des prestations : la
lésion
Section 2 : La cause
§ 1 : L’existence de la cause
§ 2 : La licéité et la moralité de la cause
Sous-Titre 2 : La sanction des conditions
de formation du contrat : La nullité du
contrat
Section 1 : La notion de nullité
§ 1 : Définition de la nullité
§ 2 : Distinction entre nullité relative et
absolue
Section 2 : La mise en œuvre des nullités
§ 1 : Les personnes qui peuvent invoquer la
nullité
§ 2 : L’extinction du droit d’invoquer la nullité
Section 3 : Les conséquences de la nullité
§ 1 : Etendue de la nullité
§ 2 : Effets de la nullité
§ 3 : Responsabilité civile consécutive à
l’annulation
Titre 2 : Les effets du contrat
Chapitre 1 : La force du contrat
Sous-section 1 : Les obligations créées par
le contrat
Section 1 : L’interprétation du contrat
Section 2 : L’immutabilité du contrat
§ 1 : La modification du contrat
§ 2 : La révocation du contrat
Sous-section 2 : Les personnes liées par le
contrat
Section 1 : Le principe de l’effet relatif des
conventions
Section 2 : Les exceptions au principe de
l’effet relatif
§ 1 : Les contrats pour autrui
§ 2 : Les contrats contre autrui – La
simulation
§ 3 : Les contrats transmis à autrui
Chapitre 2 : La violation du contrat
Section 1 : La responsabilité contractuelle
§ 1 : Les conditions de la responsabilité
contractuelle
§ 2 : La mise en œuvre de la responsabilité
contractuelle
Section 2 : Le sort des contrats
synallagmatiques
§ 1 : L’exception d’inexécution
§ 2 : La résolution des contrats pour
inexécution
Deuxième Partie : Les obligations nées d’un
fait juridique : la responsabilité civile
délictuelle
Titre 1 : Les faits générateurs de la
responsabilité civile délictuelle
Chapitre 1 : La responsabilité du fait
personnel
Section 1 : Les éléments constitutifs de la
faute
Section 2 : La disparition de la faute
Chapitre 2 : La responsabilité du fait des
choses
Section 1 : Le principe général de
responsabilité du fait des choses
Section 2 : Les régimes spéciaux de
responsabilité du fait des choses
Chapitre 3 : La responsabilité du fait
d’autrui
Section 1 : Les régimes spéciaux de
responsabilité du fait d’autrui
Section 2 : Le régime général de la
responsabilité du fait d’autrui
Titre 2 : L’objet de la responsabilité
civile : la réparation du dommage
Chapitre 1 : Le dommage réparable
Section 1 : Les caractères du dommage
Section 2 : Les différentes catégories de
dommage réparable
Section 3 : Les principes relatifs à la
réparation du dommage
Chapitre 2 : Les actions en réparation
Section 1 : L’exercice de l’action en
réparation
Section 2 : Les modalités de la réparation
1 =) Le contrat est un élément fondamental de
notre vie quotidienne.
Tout le monde conclu chaque jour des contrats
sans le savoir :
– Vous habitez un appartement => vous avez
bénéficié de l’exécution d’un contrat de bail.
– Vous avez ensuite fait des courses dans un
magasin => un contratde vente a été conclu
préalablement ;
– Si vous avez pris le bus pour venir jusqu’ici, vous
avez conclu un contrat de transport avec Les Cars
Jaunes…
NB 1: Le contrat est utilisé aussi bien par des
personnes physiques que par des personnes
morales :
Ex. : les entreprises (contrat de société qui crée
l’entreprise)
NB 2 : Le contrat est utilisé dans les relations
entre personnes privées mais aussi dans les
relations avec les personnes publiques, les
collectivités territoriales, l’Etat …
– Si je vous donne ce cours, c’est que j’ai conclu un
contrat avec l’Etat, qui me paie pour faire ce travail =>
C’est un contrat de travail.
– Certains d’entre vous bénéficient pour leur part
d’une bourse publique pour accomplir leurs études
=> Une bourse correspond à l’exécution d’un contrat
conclu avec l’Etat français.
2 =) Le contrat est la principale source des
obligations.
3 =) La responsabilité civile appartient également
à notre quotidien.Vous êtes l’auteur ou la victime
d’un accident, vous devez réparer ou obtenir
réparation pour le dommage subi.
Le droit des obligations :
– discipline qui englobe presque toutes les
autres
– étude nécessaire à la compréhension
d’autres branches du droittel que le droit
commercial, le droit du travail, etc.
La distinction droit civil/ droit commercial
– utile en terme de preuve et de prescription
– le Code civil gouverne la vie des affaires et
on peut dire que la théorie des obligations
constitue le « droit civil des affaires »,
c’est la base du droit privé.
Le but du cours :
-vous donner les notions essentielles du droit des
obligations
– vous donner les bases nécessaires à la
compréhension de la science juridique.
=) Notion – Classification – sources –
I. La notion d’obligation
=) sens distincts :
– Dans le langage courant, il désigne tout
devoir auquel l’hommeest astreint et ce,
en vertu de règles morales, religieuses …
ÞC’est un lien de droit entre deux personnes en
vertu duquel l’une d’entre elles (créancier) peut
exiger quelque chose d’une autre (le débiteur).
– En droit, il faut distinguer l’obligation du
devoirqui ne produit pas toujours d’effet de
droit :
=) seul le devoir issu d’une règle de droit
produira des effets de droit (impliquant au
besoin l’intervention de la force publique)
=) c’est cette sanction étatique qui fait la différence
entre les devoirs de morale et les obligations
juridiques
=) au sens du droit privé, le terme a un sens encore
plus étroit : l’obligation est un lien d’ordre
patrimonial qui unit les personnes juridiques
entre elles.
=) l’obligation est donc une variété des droits
subjectifs (Définition : prérogatives individuelles
reconnue et sanctionnée par le Droit objectif qui
permet à son titulaire de faire, d’exiger, ou d’interdire
quelque chose)
Les droits subjectifs sont soit extra-patrimoniaux
(droits de la personnalité, statut familial), soit
patrimoniaux.
Les droits subjectifs patrimoniaux sont soit réels,
soit personnels.
Le droit réel est celui qui donne à une personne un
pouvoir direct sur une chose (droit de propriété)
Le droit personnel, ou « droit de créance »,
=) lien de droit entre deux personnes, en vertu
duquel l’une (le débiteur) doit quelque chose à
l’autre (le créancier).
=) Le rapport d’obligation est une « dette » du
côté passif et une « créance » du côté actif.
=) ce sont les droits personnels qui constituent
des obligations au sens juridique
=) ce lien personnel est un élément du patrimoine
des parties ; c’est une valeur économique qui peut
circuler.
=) Intérêt : transmission par succession : ceux qui
recueillent le patrimoine d’une personne profitent de
ses créances et sont tenus de ses dettes
Les différentes obligations peuvent faire l’objet de
plusieurs classifications=) régimes juridiques
différents.
II. Classifications des
obligations
=) selon leur source, leur étendue et leur force.
1. A) Classification des obligations
d’après leur source
Deux classements d’après la source possibles ici :
celle du Code civil et celle de la doctrine
1) classification du code civil
=) 5 sources d’obligations : articles 1101 et 1370 :
– le contrat : accord de volontés destiné à
créer des obligations
– le quasi-contrat : (article 1371) : fait
volontaire et licite, qui ressemble à un
contrat mais qui ne comporte aucun accord
de volonté
=) gestion d’affaire (acte d’immixtion
dans les affaires d’autrui dans l’intérêt et à
l’insu du maître de l’affaire qui oblige celui-ci à
rembourser les dépenses)
=) paiement de l’indu (paiement ne
correspondant à aucune dette qui ouvre droit
à restitution à celui qui a payé par erreur)
– le délit : (article 1382) fait illicite,
volontaire et même intentionnel ; le fait de
causer un dommage avec l’intention de le
causer
– le quasi-délit : (article 1383) fait illicite,
volontaire mais non intentionnel (l’auteur
du fait, s’il a voulu le fait lui-même, n’en a pas
voulu le résultat dommageable)
– la loi : qui fait naître,
exceptionnellement, quelques obligations
en dehors de toute volonté et de tout fait
imputable à l’obligé (par exemple, les
obligations de voisinage ou les obligations
alimentaires).
=) contrats et quasi-contrats : caractère licite
=) délits et quasi-délits : caractère illicite
=) contrat et délit : caractère intentionnel
=) quasi-délits et quasi-contrats : caractère non
intentionnel
=) loi : engagements qui se forment sans
convention, par opposition aux obligations
conventionnelles.
A cette distinction obligations conventionnelles ou non
correspond la distinction moderne acte juridique –
fait juridique.
2) la distinction de la doctrine :
acte et fait juridique
Les actes juridiquessont
=) des manifestations de volonté
=) en vue de produire des effets de droit
=) ex. : un contrat conclu entre deux personnes afin
de faire naître entre elles des obligations : une vente,
un bail, un prêt.
Les faits juridiquessont
=) des évènements quelconques auxquels une
règle de droit attachedes effets juridiques
=) n’ont pas été spécialement et directement
voulus par les intéressés.
=) volontaire ou involontaire : un comportement
demeure un fait juridique dès lors que l’effet
juridique qui y est attaché n’a pas été voulu par
son auteur.
Ex : personne qui cause intentionnellement un
dommage à autrui. L’auteur responsable a
volontairement lésé la victime, mais il n’était pas
dans son intention de réparer le préjudice par le
versement d’une indemnité pécuniaire. C’est la loi qui
impose la réparation. La victime est donc titulaire
d’une créance de réparation qui a sa source dans un
fait juridique.
Intérêt de la distinction acte juridique / fait
juridique:
Principalement : il concerne la preuve des
obligations :
=) les actes juridiques se prouvent selon les
règles visées auxarticles 1341 et s. du Code civil :
preuve littérale / exception en matière commerciale/
enjeu< euros/ existence d’un CPE /impossibilité
matérielle ou morale de produire un écrit.
=) Deux source d’obligations, mais :
La source la plus importante reste
toutefois le contrat. Le Code civil a
introduit le régime de l’obligation à partir
de l’obligation contractuelle: le titre III
du livre III qui lui est consacré (article
1101-1369) est intitulé : « Des contrats ou
des obligations conventionnelles en
général ».
Dans ce chapitre figure l’un des autres textes les
plus célèbres du Code civil,
L’article 1134, al. 1er : « les conventions légalement
formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont
faites », texte qui constitue la base fondamentale
du droit des contrats.
C’est d’ailleurs cette source des obligations qui
constituera l’essentiel du programme de ce semestre.
Le texte principal régissant les obligations
naissant de faitsjuridiquesse trouve à
L’article 1382 du Code civil : « tout fait
quelconque de l’homme, qui cause à autrui un
dommage, oblige celui par la faute duquel il est
arrivé à le réparer ».
* *
La classification des obligations en fonction de
leur source est la distinction fondamentale en
droit privé, et c’est la distinction que nous
adopterons ; mais il en existe plusieurs autres. Les
deux suivantes ont été élaborées principalement dans
le cadre du droit des contrats. La dernière dans celui
des obligations en général.
1. B) Classification des obligations
d’après leur objet
L’obligation peut en effet avoir des objets différents et
le Code civil (article 1101 et 1126), oppose les
obligations de donner aux obligations de faire et
de ne pas faire.
=)Il y a obligation de donner lorsqu’une personne doit
transférerla propriétéd’un bien (du latin dare, faire
une dation) (et non consentir une donation, du latin
donare).
Ex : Contrat de vente avec clause de réserve de
propriété
.=) Il y a obligation de faire lorsque le débiteur doit
accomplir une prestation positive =) ex. : construire
un bâtiment
=) Il y a obligation de ne pas faire lorsque le
débiteur doit s’abstenir de certains actes =) ex. :
clauses de non concurrence
Le principal intérêt de cette classification peut
s’observer lorsque le débiteur n’exécute pas son
obligation. Alors que le créancier d’une obligation de
donner peut obtenir en justice l’exécution forcée de
l’obligation.
Cette faculté n’est pas ouverte, en principe, au
créancier d’une obligation de faire ou de ne pas faire.
On ne peut pas forcer un artiste à exécuter sa
commande, ni empêcher le commerçant de s’installer
où il veut.
=> Au lieu d’une satisfaction directe, le créancier
n’obtiendra qu’une satisfaction indirecte, à savoir
le versement d’une somme d’argent qui viendra le
dédommager. On dit alors que l’obligation de faire ou
de ne pas faire se résout endommages et
intérêts(article 1142 du Code civil).
* *
Ensuite, un troisième mode de classification des
obligations intéresse les contrats : la classification
selon leur étendue.
1. C) Classification des obligations
d’après leur étendue
Parmi les obligations de faire, on distingue
l’obligation de résultat et l’obligation de moyens
– Obligation de résultat : débiteur est tenu à un
résultat déterminé ;
=) Par exemple, le transporteur qui s’engage à
amener qqn à destination
Il n’est considéré comme ayant exécuté son
obligation ques’il a atteint le résultat convenu.
– Obligation de moyens : le débiteur s’engage
seulement à utiliser les moyens dont il dispose, à
se montrer prudent et diligent, à faire de son
mieux.
Ex : Le médecin ne promet pas de guérir le malade
mais de le soigner du mieux qu’il peut
Si le malade meurt, le médecin ne sera pas
nécessairement jugé responsable d’une inexécution
contractuelle. Ce n’est que s’il est démontré que le
médecin a commis une faute, en n’apportant pas tous
les soins qu’il était en mesure d’apporter, qu’il
engagera sa responsabilité.
Intérêt de la distinction: l’intérêt de la distinction
touche surtout à la preuve de la faute et à la
charge de la preuve :
=) obligation de résultat, le seul fait que le résultat
promis n’ait pas été atteint suffit à engager la
responsabilité du débiteur.
=)obligation de moyens le débiteur n’est
responsable que s’il est démontré que son attitude a
été incorrecte.
Cette distinction obligation de moyens/de résultats est
très utilisée (et de plus en plus par les médias,
souvent à mauvais escient). Elle est en faittrès
difficile à appliquer.
* *
Enfin, il reste une dernière classification possible des
obligations :
1. D) Classification des obligations
d’après leur force
Obligation « civile » = en principe « obligatoire »
Obligations « naturelles » :
– obligation civile
– mais vice lors de sa formation ou d’un
événement postérieur,
– pas d’élément de contrainte.
– obligations civiles imparfaites : manque la sanction
juridique : une obligation naturelle ne peut donner lieu
à une exécution forcée. Mais si elle est
volontairement exécutée, elle ne pourra être
remise en cause (art.1235)
– obligations répondant à un devoir de
morale : devoir alimentaire entre frères et
sœurs non inscrit dans Cciv
Particularité de l’obligation naturelle :
– le paiement effectué sur son fondement
est valable et définitif
– elle se transforme parfois en véritable
obligation juridique : lorsque l’intéressé
s’y engage ou encore quand il a
simplement commencé de l’exécuter.
* *
Nous avons vu la notion d’obligation et ses
principales classifications. Il nous reste, pour conclure
cette introduction à étudier rapidement les sources
du droit des obligations.
III. Sources du droit des
obligations
Nous avons vu que les obligations avaient deux
sources principales (ce qui donne naissance aux
obligations) : le fait et l’acte juridique, le contrat
restant la source essentielle.
Quant au droit des obligations (les règles gouvernant
ces obligations), il puise sa source dans plusieurs
instruments.
ÞSources écrites/ non écrites
1. A) Les sources écrites
=)Le droit des obligations a pour l’essentiel sa
source dans la loi et particulièrement dans le Code
civil des articles 1101 à 2278.
= l’article 1134 du Code civil selon lequel « les
conventions légalement formées tiennent lieu de lois
à ceux qui les ont faites ».
= légalement formées, c’est-à-dire conformes à la loi,
les conventions (i.e. les contrats) ont à l’égard des
parties contractantes la même force que la loi.
Ce n’est qu’à cette condition que les contrats
acquièrent force obligatoire.
=) la principale source du droit des obligations,=
la loi (textes votés par le Parlement et règlements
administratifs)
=) dans le respect de la hiérarchie des normes(voir
cours de 1ère année sur les sources du droit, et sur la
pyramide des normes.)
=)A côté de la loi, au sens de droit interne, le
phénomène général d’internationalisation affecte
aussi le droit des obligations.
– droit communautaire
Plusieurs directives intéressent le droit des
obligations : celle de 1993 sur les clauses abusives,
celle de 1985 sur la responsabilité du fait des produits
défectueux, pour ne citer que celles-ci.
– droit international
Ex : Convention de Vienne du 11 avril 1980 sur la
vente internationale de marchandises
1. B) Les sources non écrites
A côté de ces deux sources principales du droit des
obligations, il existe des sources non-écrites :
– En premier lieu, il est fréquent que la loi renvoie
expressément aux usages pour compléter ou
interpréter les contrats (article 1135, 1159, 1160 du
Code civil).
Ces usages sont dits « conventionnels » parce qu’ils
consistent dans les pratiques, souvent spéciales à
une profession ou à une région, que les particuliers
suivent dans les conventions qu’ils passent. Il s’agit
de clauses qui, initialement, étaient toujours insérées
dans un certain type de conventions et qui ont
finalement été sous-entendues, les parties étant
censées s’y être référées implicitement, du seul fait
qu’elles ne les ont pas écartées.
Les usages, en tant que source d’obligations, sont
également très importants dans l’ordre international,
et notamment en droit commercial international : on
parle alors de lex mercatoria.
+ Principes UNIDROIT, destinés à régir les contrats
internationaux.
– La jurisprudence a également joué un rôle
important dans la formation du droit des obligations.
La jurisprudence a permis au droit des obligations de
résister à l’usure du temps, en élucidant, interprétant
et adaptant les règles existantes, pour répondre aux
nouveaux besoins exprimés par la pratique
contractuelle.
Mais c’est surtout en matière d’obligations extra-
contractuelles (responsabilité civile délictuelle) que
la création prétorienne s’est donné libre cours.
En effet, les articles 1382 et suivants, Code civil,
régissant les principes de la responsabilité délictuelle,
se sont avérés insuffisants ou incomplets face aux
nombreux progrès techniques que notre société a
connus (industrialisation). Le juge a donc dû
compléter la loi.
– En marge des sources traditionnelles (loi,
jurisprudence, usages), de nouvelles normes ont
proliféré en droit des obligations. Ces règles émanent
souvent de ce qu’on appelle les « autorités
administratives indépendantes » : Commission
nationale des clauses abusives, Conseil de la
concurrence, Commission des opérations de bourse,
etc. Ces normes, qui peuvent prendre différentes
appellations (instructions, avis, recommandations) ont
contribué à obscurcir le paysage et à rendre encore
plus difficile la compréhension du droit des
obligations.
* *
Nous avons à présent passé en revue toutes les
différentes sources du droit des obligations.
Nous allons maintenant revenir aux sources des
obligations (vues au stade des classifications
possibles des obligations entre elles).
Deux sources principales sont à retenir : c’est la vraie
distinction à retenir.
=) Elle réside dans le caractère volontaire
(contrat)ou involontaire (délit, quasi-délit, quasi-
contrat)de l’obligation créée.
La distinction essentielle = l’acte et le fait
juridique, que la Code civil n’utilise pas, mais qui est
pourtant la meilleure façon d’exposer le droit des
obligations.
=) première partie, les obligations qui résultent d’un
acte juridique, le contrat.
=) Dans une seconde partie nous aborderons les
obligations qui résultent d’un fait juridique ; ce sera
la question de la responsabilité délictuelle.
Première Partie :
Les obligations nées d’un
acte juridique : les
contrats
Le contrat = élément essentiel de la vie en société
= touche tout le monde (tout le monde
conclut des contrats)
= faire des courses, s’habiller, se loger …
(contrats variés)
Nous étudierons ses conditions de formation et ses
effets.
Mais auparavant : =) = les 3 points de cette
introduction au droit commun des contrats :
1 – la notion de contrat
2 – ses fondements
3 – classification des contrats
I. La notion de contrat
l’article 1101 du Code civil « Le contrat » = «
convention par laquelle une ou plusieurs personnes
s’obligent envers une ou plusieurs autres à donner,
faire ou ne pas faire quelque chose ».
Il résulte de cette définition que :
1- Le contrat est une convention, c’est-à-dire un
acte juridique formé par l’accord de volonté de
deux ou plusieurs personnes.
(Distinction de l’acte unilatéral = également un acte
juridique
= mais qui n’est l’œuvre que d’une seule
volonté. (Ex. : testament).
2- Le contrat est créateur d’obligations,
contrairement à d’autres accords de volonté, qui
n’obligent pas juridiquement, parce que les parties
n’ont pas voulu créer un lien de droit entre elles. 3 Ex
:
Ex : lespromesses politiques, qui n’engagent pas
civilement leur auteur.
Ex: les actes de courtoisie, qui n’obligent qu’en
vertu des simples règles de politesse. Ex : Une
invitation lancée et acceptée ne constitue pas un
contrat.
Ex : L’acte de complaisance, comme celui accompli
par un automobiliste qui prend à son bord un auto-
stoppeur. On s’est longtemps demandé s’il n’y avait
pas ici conclusion d’un contrat de transport, mais la
jurisprudence s’y est jusqu’à présent opposée.
3- Le contrat ne lie que les parties qui l’ont
conclu.C’est ce qu’on appelle l’effet relatif des
contrats.
Distinction de l’acte juridique collectif, qui est
susceptible de s’imposer à des personnes qui n’y ont
pas participé.
Ex: La convention collective conclue par les syndicats
avec le patronat au sein d’une entreprise, et qui
s’impose à tous les salariés.
* *
II. Les fondements du contrat
Pourquoi donne-t-on force au contrat ?
=) principes fondamentaux qui gouvernent
l’ensemble du droit des contrats.
=) place déterminante accordée à la volonté
individuelle
=) Le principe d’autonomie de la volonté constitue
la base du droit des contrats (A). Il comporte
certaines limites (B).
1. A) LE PRINCIPE D’AUTONOMIE
DE LA VOLONTE
=) conception classique : contrat = l’œuvre
exclusive de la volonté des parties.
=) grand principe du droit des contrats : le principe
de l’autonomie de la volonté.
=) idée que l’homme est fondamentalement libre,
et que la loi ne peut restreindre cette liberté.
=) A l’inverse, toutes les obligations qu’il a voulues
s’imposent à lui, et il doit les respecter.
=) L’idée est ensuite que, ce que l’homme a librement
voulu est forcément juste pour lui, et utile pour la
société.
On retrouve dans ce raisonnement les mots de
Rousseau dans le Contrat social : « L’obéissance
aux lois qu’on s’est prescrite est liberté ». La
liberté engendre la liberté.
=) La théorie classique a influencé les rédacteurs du
Code civil,
=) la volonté individuelle est considérée comme le
seul véritable fondement de la force obligatoire
des contrats
=) l’obligation n’est légitime que si elle est fondée sur
la volonté des parties
=) cette volonté est autonome car elle seule peut
déterminer le contenu et les effets du contrat,
indépendamment de la loi.
=) influence du principe d’autonomie de la volonté
sur les rédacteurs du Code civil se retrouve dans
quelques grands principes qui ont gouverné et
gouvernent encore le droit des contrats :
– premier principe posé = principe de la liberté
contractuelle :les parties sont libres de contracter ou
de ne pas contracter :
(1) nul ne peut être obligé de contracter, d’entrer
en relation avec ses semblables et, par exemple,
chacun a droit de refuser de céder les biens qui lui
appartiennent. Le refus de contracter est une
manifestation de la liberté.
(2) Cela signifie également que chacun
choisit librement son cocontractant
(3) ce sont les cocontractants, les parties
au contrat, qui définissent librement ce à quoi
elles s’obligent. Bien sûr, il peut exister des
réglementations que les parties doivent respecter
lorsqu’il s’agit de règles impératives, mais dans
l’ensemble, en matière contractuelle les lois sont
supplétives, c’est-à-dire qu’elles ne jouent qu’en
l’absence de volonté expresse des parties.
=) Quant à la forme, la liberté contractuelle
commande la primauté du consensualisme.
L’échange des volontés suffit, l’échange des
consentements suffit à la conclusion du contrat. Peu
importe la forme dans laquelle il est constaté.
– deuxième principe = la force obligatoire du
contrat, si les parties décident de se lier, elles sont
tenues de respecter leurs engagements. Rien
n’oblige les parties à contracter. Mais dès lors qu’elles
l’ont fait, elles sont tenues de respecter leurs
engagements.
Si les parties ne respectent pas leur engagement,
elles engagent leur responsabilité sauf
consentement mutuel des deux parties.
La force obligatoire du contrat s’impose donc aux
parties. Mais elle s’impose également au juge, qui
doit respecter le contrat et le faire respecter ; il peut
avoir à interpréter le contrat mais en aucun cas il ne
peut le modifier.
– Le troisième principe = l’effet relatif du contrat =
seules sont tenues les personnes qui ont entendu se
lier. Parce que le contrat repose sur la volonté des
parties, il n’a pas d’effets à l’égard des tiers
Ces trois principes gouvernent l’ensemble de la
théorie générale des contrats, mais plusieurs limites
ont été apportées au principe d’autonomie de la
volonté.
1. B) LES LIMITES AU PRINCIPE
D’AUTONOMIE DE LA VOLONTE
Deux types de limites :
* 1ère limite : théorie de l’autonomie de la volonté
nuancée par les rédacteurs du Code civil, qui ne
l’ont retenue qu’en partie.
=) l’article 1134, selon lequel les conventions
légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui
les ont faites, montre que le contrat tire avant tout sa
force de la loi, et que, aussi libre soit la volonté des
parties contractantes, le contrat ne pourra être
respecté que si il est « légalement formé ».
La loi conserve donc un rôle supérieur au contrat.
L’autonomie est relative, car elle ne produit ses effets
que si elle agit conformément à la loi.
=) le consentement des parties = très important
(condition de validité du contrat) mais ne suffit
pas,
=) d’autres exigences ont été posées, comme
l’existence et la licéité de l’objet et de la cause
(contenu du contrat)
* 2ème limite : conséquences de certaines
évolutions, que n’avaient certainement pas
prévues les rédacteurs du Code civil.
– On s’est d’abord rendu compte qu’il pouvait y avoir
une contradiction entre la liberté contractuelle et
la justice : liberté à condition qu’il existe une égalité
entre les parties
– XIXème siècle = apparition des
inégalités de puissance économique
(essor des grands groupes industriels.)
– loi du plus fort, le plus faible n’ayant
aucune possibilité de négociation.
– sociétés qui détiennent un monopole
sur un marché déterminé (ex : EDF) : le
particulier n’a alors même pas la
possibilité de refuser le contrat.
– = contrats d’adhésion, par opposition
aux contrats de gré à gré habituellement
négociés.
– On s’est également rendu compte qu’il y avait une
contradiction possible entre la liberté
contractuelle et l’utilité sociale.
=> Il est apparu nécessaire que la volonté individuelle
perde sa souveraineté absolue. Des
réglementations impératives sont donc apparues,
pour protéger les contractants en état d’infériorité
On a alors parlé du « déclin de l’autonomie de la
volonté » :
– restrictions apportées au consensualisme
– multiplication des contrats dans lesquels on
doit respecter un certain formalisme.
– dans certains cas, la loi force
les parties à contracter (ex :
assurance automobile
obligatoire), ou détermine le
contenu des contrats (ex
contrat de travail : fixe la durée
de travail des salariés, et rend
obligatoire le repos
hebdomadaire et les congés
payés…)
En matière de protection des consommateurs, la
loi peut également porter atteinte à la force
obligatoire des contrats, en permettant aux
consommateurs de ne pas exécuter leurs
obligations…
Le principe d’autonomie de la volonté a donc subi
quelques atteintes. Le principe n’est donc plus
absolu, mais il demeurela règle en droit des
contrats.
Il constitue donc toujours un facteur d’unité des
différents contrats, qui peuvent être regroupés en
différentes catégories, que nous allons maintenant
étudier.
III. Classifications des contrats
=) grande variété de contrats.
=) Certains types de contrats sont très anciens et sont
réglementés par le Code civil. Cette variété est
présentée dans le Code civil des articles 1102 à 1107.
=) Mais la pratique a inventé d’autres contrats.
=) les contrats obéissent à des régimes juridiques
distincts selon qu’ils appartiennent à telle ou telle
catégorie. =) d’où l’importance de l’opération de
qualification.
=) Les contrats sont généralement classés en
fonction de leur réglementation, de leur objet, de
la qualité des contractants, selon leur mode de
formation.
1. A) Classification des contrats
selon leur réglementation
=) contrats nommés et innommés (article 1107 du
Code civil.)
=) contrats nommés = nettement identifiés
= régime juridique précis
= correspondent à une
opération juridique bien définie
: vente, dépôt, mandat, prêt,
louage, société, etc.
=) innommés = pas une dénomination légale propre
= relèvent du droit commun des
contrats.
= contrats sui generis
= « sur mesure » spécialement
créés par les parties pour répondre à
leurs besoins propres.
NB 1: – Certains contrats peuvent avoir un nom,
tout en restant un contrat innommé. Ainsi du
contrat de déménagement, de location de coffre-fort.
La pratique leur a donné un nom, mais la loi ne leur a
pas attaché de régime juridique spécial.
NB 2– D’autres contrats, autrefois innommés, sont
devenus tellement fréquents que la loi les a nommés,
et leur a attaché une réglementation spécifique. Ex :
le contrat de crédit-bail, qui est le fruit de la pratique
anglo-saxonne (leasing), et est aujourd’hui
partiellement réglementé par le législateur français.
On prend conscience ainsi du phénomène de la
spécialisation.
=) « Droit commun des obligations » = Code civil
de 1804. (Titre 3 -article 1101 à 1369 du Code civil)
= en principe applicable à tous
les contrats quelle que soit leur nature
=) certains contrats échappent au droit commun des
obligations (article 1107 du Code civil dispose que
« les règles particulières à certains contrats sont
établies sous les titres relatifs à chacun d’eux ».)
– A côté des règles générales, il existe donc
des règles spéciales à certains contrats, que
l’on appelle les contrats spéciaux :
ð par exemple, le contrat de vente est
régi par le titre 6 du Code civil
(articles 1582 et suivants).
ð Le contrat de prêt est soumis aux
dispositions des articles 1874 et
suivants,
ð le contrat de mandat aux règles des
articles 1984 et suivants du Code
civil.
ð autres contrats spéciaux plus récents :
contrat de travail, contrat de
transport, contrat d’assurance,
contrat de sous-traitance…
ð Certaines de ces nouvelles
réglementations ont été intégrées
dans le Code civil, mais elles ont
souvent entraîné la naissance
d’un droit spécial, comme le droit
du transport, droit du travail, droit
des assurances… Ainsi, des pans
entiers du droit des contrats ont
ainsi été détachés du Code civil,
sans pour autant que les contrats
en question deviennent
autonomes par rapport au droit
commun des contrats;
Mais il faut bien être conscient qu’aucun droit
spécial ne se suffit à lui-même : ces règles ne
visent que certaines situations ponctuelles de la vie
du contrat. Elles se contentent de se greffer sur le
droit commun, pour venir préciser ou déroger à
certaines règles.
La connaissance du droit commun, de ce qu’on
appelle la théorie générale des obligations constitue
donc un préalable indispensable à l’étude du droit des
contrats spéciaux.
1. B) Classification des contrats
selon leur objet et leurs effets
1- CONTRATS
SYNALLAGMATIQUES ET
CONTRATS UNILATERAUX
Aux termes de l’article 1102 du Code civil, « le
contrat est synallagmatique ou bilatéral lorsque les
contractants s’obligent réciproquement les uns envers
les autres ».
=) caractéristiques = crée des obligations
réciproques et interdépendantes entre les parties.
Ex. : le contrat de bail, le bailleur (le
propriétaire, généralement), a
l’obligation d’assurer au locataire la
paisible jouissance de la chose louée
et le locataire, réciproquement, a
l’obligation de payer un loyer
(article 1709). Chaque partie est à la
fois créancière et débitrice.
– Au contraire, le contrat unilatéral ne fait naître
d’obligations qu’à la charge d’une seule partie
(article 1103du Code Civil.).
– Attention, il ne faut pas le confondre avec
l’acte unilatéral comme le testament, dans
lequel il n’y a pas d’échange entre les
volontés de plusieurs personnes.
Dans le contrat unilatéral, on a un échange de
volontés, (c’est un contrat), mais une seule
personne s’oblige.
– Ex. : une promesse unilatérale de
vente, un propriétaire (le promettant),
s’engage à vendre son bien à une
autre personne (le bénéficiaire), si
celle-ci veut l’acheter dans un délai
déterminé ; Si cette éventualité se
réalise, le promettant sera tenu de
vendre son bien.
Mais la promesse est unilatérale, et le bénéficiaire
n’est pas obligé d’acheter. Il est seulement créancier
de la promesse.
– autre ex: la donation,qui
requiert le consentement des
deux parties, mais dans
laquelle une seule personne
s’oblige.
L’intérêt de la distinction est double :
– quant à la preuve : les contrats
synallagmatiques doivent répondre à la formalité
du double : ils doivent être rédigé en autant
d’originaux qu’il existe de parties (article 1325)
Les contrats unilatéraux doivent pour leur part
répondre à l’exigence d’une mention manuscrite
prévue par l’article 1326 (si c’est un engagement de
payer une somme d’argent).
– Quant au fond : les obligations réciproques du
contrat synallagmatique sont interdépendantes, ce
qui permet au créancier d’une obligation inexécutée :
* de refuser d’exécuter sa propre
obligation : cela s’appelle l’exception
d’inexécution
* de demander la résolution du
contrat, c’est-à-dire son
anéantissement rétroactif, ce qui
entraînera des restitutions
réciproques.
2- CONTRATS A TITRE GRATUIT ET
CONTRATS A TITRE ONEREUX
Le contrat à titre gratuitest celui où celui qui s’oblige
est désintéressé, et n’entend rien obtenir en
échange. On dit que, dans ce cas, le débiteur est
animé d’une intention libérale.
L’ex-type est la donation.
Le contrat à titre onéreux est au contraire celui où
chaque partie n’entend fournir une prestation qu’en
échange d’un avantage.
Ex: la plupart des contrats usuels : vente, louage,
échange.
NB: Cette distinction recoupe en partie la distinction
précédente : tous les contrats synallagmatiques
sont conclus à titre onéreux.
Mais il peut arriver qu’un contrat unilatéral ne soit pas
conclu à titre gratuit. Par ex, dans la PUV citée tout à
l’heure, le promettant s’engage à réserver la vente au
bénéficiaire pendant un certain délai, mais il n’est pas
forcément animé d’une intention libérale. Il espère en
échange de son engagement que la vente se
réalisera dans des conditions qu’il estime
avantageuses.
* Les intérêts de cette distinction sont multiples :
– l’acte à titre gratuit est en effet
considéré comme un acte suspect, ou au moins
dangereux pour le débiteur, car il ampute son
patrimoine sans contrepartie. Ce qui entraîne
notamment que :
– Les conditions de validité et de capacité
juridiques des actes à titre gratuit sont
plus strictes que celles des actes à titre
onéreux (A.A. + les mineurs et les incapables
majeurs ne peuvent pas conclure de
donation).
– La responsabilité contractuelle du débiteur
animé d’une intention libérale est appréciée
moins sévèrement (ex : pas d’obligation de
garantie du vendeur)
– Les droits de mutation sont plus lourds quand
l’acte est conclu à titre gratuit.
3- CONTRATS COMMUTATIFS ET
CONTRATS ALEATOIRES
Il faut ici ouvrir une sous-classification, parmi les
contrats synallagmatiques à titre onéreux, celle qui
est faite entre les contrats commutatifs et les contrats
aléatoires.
Le contrat commutatif est un contrat à titre
onéreux dans lequel la contrepartie que chaque
contractant reçoit est certaine et déterminée dès
la conclusion de l’acte.
Le contrat est aléatoire quand l’une au moins des
obligations dépend, dans son principe ou dans
son montant, d’un événement incertain (article
1104).
Ex. : la rente viagère, l’acheteur s’engage à payer
une certaine somme au vendeur, jusqu’au décès de
celui-ci. La somme que devra verser l’acheteur
dépend donc de la durée de la vie du vendeur.
L’intérêt de la distinctionapparaît à propos de la
théorie de la lésion. La lésion, c’est le
préjudice résultant d’une disproportion
manifeste entre les obligations
réciproques.
Ex: un immeuble vendu pour un prix
dérisoire. Le contrat lésionnaire peut
éventuellement être annulé ou réduit,
c’est-à-dire qu’on va ajuster les
prestations l’une à l’autre.
Un contrat aléatoire ne peut être annulé ni réduit,
précisément parce qu’il est impossible de calculer les
avantages que devait en tirer une partie : « l’aléa
chasse la lésion ».
Les parties acceptent le contrat parce que l’aléa
existe. C’est comme un pari, chacun espérant faire
une affaire => Ils ne peuvent se plaindre
ultérieurement.
4- CONTRATS A EXECUTION
INSTANTANEE ET CONTRATS
SUCCESSIFS
Un contrat est à exécution instantanée lorsqu’il
donne naissance à des obligations susceptibles
d’être exécutées en une seule fois, comme la
vente d’un objet, l’échange ou la donation.
Le contrat est à exécution successive lorsqu’il
comporte l’exécution d’obligations s’échelonnant
dans le temps.
Par exemple, le bail ou le contrat de travail. Les
parties se lient pour une certaine durée, déterminée
ou indéterminée.
Le principal intérêt de cette distinction survient en
cas d’annulation ou de résolutionpour
inexécution.
Dans les contrats instantanés, l’annulation et la
résolution sont rétroactives : le vendeur rend
l’argent, l’acheteur rend la chose.
Dans les contrats successifs, on ne peut pas
toujours restituer les prestations qui ont été
accomplies (l’employé peut rendre l’argent, mais
l’employeur ne peut pas rendre le travail). Dans ce
cas, le contrat prend fin sans rétroactivité. La
résolution s’appelle alors résiliation.
Je vous renvoie enfin à la distinction, plus récente,
entre les contrats d’adhésion et les contrats de gré
à gré (ou contrats négociés) dont nous avons parlé,
et dont il ne découle pas encore de conséquences
juridiques très précises.
1. C) Classification des contrats
selon la qualité des
cocontractants
Un contrat est marqué d’intuitupersonae lorsque
sa formation et son exécution dépendent de la
personne du cocontractant. La considération de
la personne constitue la cause de l’engagement.
Le mandat est par exempleconclu en raison de la
confiance qui unit les contractants. Cela implique
qu’une erreur sur la personne peut être une cause
de nullité.
le contrat conclu entre professionnels ou
entreconsommateurs(protection du
consommateur)
Code de la consommation, adopté par une loi
du 26 juillet 1993 et qui constitue
l’ensemble des textes relatifs au droit de la
consommation.
– Contrats civils et commerciaux
En vérité, cette distinction n’existe pasen tant que
telle, car la plupart des contrats peuvent être soit
civils, soit commerciaux, soit mixtes.
Le caractère civil ou commercial ne dépend pas
de la nature du contrat, mais de la qualité des
personnes qui le concluent, et de l’objectif
qu’elles visent.
Ex : un contrat de vente sera :
– civilsi il est conclu entre particulierssans
intention spéculative
– commercials’il est conclu entre
commerçantdans l’exercice de leur commerce.
– mixtes’il est conclu entre un commerçant et
un particulier.
Certains contrats sont nécessairement civils, comme
ceux qui sont conclus à titre gratuit, c’est-à-dire sans
intention spéculative. D’autres sont nécessairement
commerciaux, comme la vente d’un vente de fonds
de commerce, qui par hypothèse est conclu entre
deux commerçants dans le cadre de leur profession.
Mais il demeure que c’est la qualité des parties qui
permet de distinguer un contrat civil d’un contrat
commercial.
ð Si le contrat est commercial :
ð soumis aux règles du droit commercial
ð principe de liberté de la preuve,
ð la compétence des tribunaux de commerce,
ð la solidarité présumée entre les débiteurs.
Mais, en toutes hypothèses, les
dispositions du Code de commerce
relatives au droit des contrats sont assez
peu nombreuses, et le contrat
continuera de s’appuyer sur les règles
fondamentales du droit des
obligations.
Ainsi, un contrat de vente commerciale sera-t-il
soumis :
– en premier lieu, au droit commun des contrats ;
– en second lieu, au droit spécial de la vente
contenue dans le Code civil ;
– enfin, aux règles spécifiques du droit commercial,
chacune de ces règles pouvant déroger aux
précédentes.
Il nous reste, enfin, à exposer la classification selon le
mode de formation du contrat
1. D) Classification des contrats
selon leur mode de formation
contrat consensuel, solennel ou réel.
– Le contrat consensuelest celui qui se forme par
le seul accord des volontés, sans qu’aucune
condition de forme ne soit requise.
Ex: le contrat de vente est en principe conclu dès
que les parties se sont entendues sur la chose et
sur le prix. Le document signé n’est requis qu’à
titre de preuve, et non pas comme une condition
de formation du contrat.
– Le contrat solennel est celui pour la validité
duquel la loi exige que certaines formes soient
respectées. Ces formes consistent le plus souvent
dans la rédaction d’un écrit qui peut-être, selon les
cas, un acte authentique ou un acte sous seing
privé.
Ex: la donation – le contrat de mariage : Acte
Authentique.
En droit français, le consensualisme est la règle, le
formalisme l’exception.
– Les contrats réels sont ceux qui, pour leur
formation, exigent non seulement l’accord des
parties, mais également la remise d’une chose au
débiteur. Tel est le cas du don manuel, ou du gage
ou du prêt à usage entre particuliers.
On distingue ensuite entre les contrats de gré
à gré, ou négociés, et les contrats d’adhésion.
Les contrats conclus de gré à gré sont le fruit d’une
libre discussion entre les parties.
Les contrats d’adhésion, déjà évoqués, sont ceux
dont la conclusion résulte de l’adhésion de la partie
économiquement faible au projet pré rédigé par la
partie forte (SNCF, EDF).
Intéressante, cette distinction n’a pas pour
conséquence l’adoption d’un régime propre pour
ce type de contrats, qui restent soumis au droit
commun.
Cependant, c’est presque exclusivement dans ce
deuxième type de contrat que figurent des
clauses abusives qui, depuis quelques temps,
sont réputées non écrites par la loi,
notamment par l’article L. 132-1 du Code de la
consommation, et par le juge
* *
Maintenant que nous avons étudié certains principes
généraux applicables en droit des contrats, il nous
reste à déterminer comment se forme le rapport
contractuel, en étudiant d’abord la façon dont
s’accomplit la rencontre des volontés, et quelles
conditions doivent être respectées pour que le contrat
soit valablement formé. Cela fera l’objet d’un premier
titre, sur la formation du contrat.
Nous verrons ensuite dans un deuxième titre,
consacré aux effets du contrat, comment on arrive
à procurer au créancier la satisfaction qui lui est
promise par le contrat.
Titre 1 : La formation du
contrat
Pour produire leur effet créateur d’obligations, les
contrats doivent être, selon l’article 1134 du Code
civil, être légalement formés, c’est-à-dire respecter
les conditions que la loi met à leur validité. Le non-
respect de ces conditions entraîne la nullité du
contrat.
Nous étudierons donc successivement les conditions
de formation du contrat, et les sanctions de ces
conditions de validité.
Sous-titre 1 : Les
conditions de formation
du contrat
Aux termes de l’article 1108 du Code civil, ces
conditions sont au nombre de quatre :
« Le consentement de la partie qui s’oblige,
Sa capacité de contracter,
Un objet certain qui forme la matière de
l’engagement,
Une cause licite dans l’obligation »
C’est pourquoi, en trois chapitres, nous aborderons
successivement :
– chapitre 1 : les conditions de fond
(consentement, capacité, objet, cause)
– chapitre 2 : les conditions de forme
Chapitre 1 : Les conditions de fond
Section 1 : L’accord des volontés : le
consentement
Nous avons déjà dit que le contrat était une
convention, c’est-à-dire un accord entre deux ou
plusieurs volontés. L’idée de volonté est reprise
dans l’article 1108 avec les conditions de
consentement et de capacité.
En matière contractuelle, le terme consentement
revêt une double acception.
– Consentir, c’est vouloir : Il désigne d’abord la
manifestation de volonté dechacune des parties,
l’acquiescement qu’elle donne aux conditions du
contrat projeté. C’est en ce sens que l’on dit d’une
personne qu’elle « donne son consentement ».
– Consentir, c’est également s’entendre : Pris dans
son sens étymologique (cum sentire), le mot
consentement désigne aussi l’accord, le concours
de deux volontés, celle du débiteur qui s’oblige, celle
du créancier envers qui il s’oblige, pour réaliser une
opération commune qui est l’objet du contrat.
Sous-Section 1 :
L’existence du
consentement
Il est donc important de connaître quels sont les
éléments de cet accord, et d’étudier les situations
éléments de cet accord, et d’étudier les situations
dans lesquelles la rencontre des volontés présente
des difficultés.
§ 1/ Les éléments de l’accord
Dans la tradition contractuelle française, marquée par
le consensualisme, le contrat est en principe formé
dès la rencontre de l’offre faite par une partie, et de
l’acceptation de cette offre par l’autre partie.
A/ L’offre
L’offre est, par hypothèse, la première manifestation
de volonté : une personne prend l’initiative des
négociations, en formant une offre, également
appelée pollicitation.
Notion / régime :
1°) La notion d’offre
Au sens juridique du terme, l’offre = proposition
ferme de conclure un contrat déterminé, à des
conditions déterminées.
Il ne manque que l’acceptation de l’autre pour que
s’accomplisse la rencontre des volontés, et que le
contrat soit formé. L’offre est plus qu’une invitation à
entrer en pourparlers, moins qu’une promesse de
contrat.
L’offre doit être précise, et ferme.
* précise: L’offre doit être suffisamment précise pour
que son acceptation (qui peut être un simple « oui »)
permette la formation du contrat. L’offre doit donc
décrire clairement les conditions auxquelles le
pollicitant souhaite s’engager, en fixant au moins
les éléments essentiels du contrat envisagé. Ces
éléments essentiels varient en fonction de la nature
du contrat :
– En ce qui concerne le contrat de vente, la loi
(article 1583 C. civ.) considère comme essentiels
la détermination de la chose à vendre, et du prix
demandé.
– Pour le contrat de bail, la Jurisprudence estime que
l’offre doit mentionner la chose louée, le montant des
loyers, et la date d’entrée en jouissance ;
– Dans le silence de la loi, la Jurisprudence
détermine aucas par cas quels sont les éléments
essentiels de chaque contrat. Ex : Dans un contrat
visant à engager une actrice pour le tournage d’un
film, la Cour d’appel de Paris a considéré comme
essentielles la rémunération de l’actrice, et la date de
début du tournage.
* ferme: La proposition de contracter ne peut être
qualifiée d’offre que si son auteur manifeste sa
volonté de conclure le contrat proposé. Tel n’est pas
le cas si la proposition est assortie de réserves,
expresses ou tacites.
Ex: – Le vendeur qui se réserve le droit de
modifier le prix, ou qui donne un prix à titre
indicatif.
– Toutes les propositions de contrats intuitu personae
sont considérées comme faites sous réserve de
l’agrément de la personne qui accepte. Ex : l’offre
d’emploi. Même si la proposition est précise (nature
de l’emploi et salaire), l’acceptation du candidat ne
suffit pas à la conclusion du contrat. Il faut encore que
l’employeur agréé celui-ci. Dans ce cas, l’acceptation
est assimilée à une contre-proposition, et il faut
encore l’acceptation de l’employeur pour que le
contrat soit formé.
A défaut de préciser les éléments essentiels du
contrat, ou d’être suffisamment ferme, la proposition
n’est pas une offre, mais une simple invitation d’entrer
en pourparlers.
Ex : A vendre, 206 diesel, 1999, prix à débattre.
2°) Régime de l’offre
– L’offre peut être faite à personne déterminée, ou
au public. (Ex : expo en vitrine, annonce dans le
journal.)
– Elle peut être expresse ou tacite (cf. supra).
– En principe, l’offre est librement révocable,
c’est-à-dire que l’offrant peut retirer son offre, si cette
rétractation intervient avant l’acceptation. Après : trop
tard car le contrat est formé => D.I, car inexécution.
NB : Si l’offrant n’a pas précisé de délai, le pollicitant
peut librement révoquer l’offre faite au public ; si
l’offre est faite à une personne déterminée, elle doit
être maintenue durant un délai raisonnable.
=) on veut éviter que le destinataire de l’offre, qui a
besoin d’un délai de réflexion, et a peut-être engagé
des frais ou du temps pour étudier la proposition, ne
subisse un préjudice du fait du retrait brutal de l’offre.
– L’offre devient caduque si son auteur décède ou
devient incapable avant qu’elle n’ait été acceptée.
B/ L’acceptation
– nécessité d’adéquation entre l’offre et
l’acceptation
L’acceptation résulte de l’agrément pur et simple
de l’offre, aux conditions fixées par celle-ci.
(Quand on accepte l’offre)
Distinction avec la contre-proposition: Toute
réponse dans laquelle est demandée une
modification des conditions fixées par le pollicitant
s’analyse non comme une acceptation, mais comme
une contre-proposition. Dans ce cas, la réponse
devient offre nouvelle, et il faut l’acceptation du
pollicitant originel pour que se forme le contrat. =>
Tant que dure la négociation, les parties jouent tour à
tour le rôle de pollicitant.
– L’acceptation peut être expresse ou tacite/ Le
silence ne vaut pas, en principe, acceptation (cf.
supra).
Il est des cas où, à titre exceptionnel, le silence
vaut acceptation. ; Le silence dit
« circonstancié » apparaît dans trois
hypothèses.
– lorsque les parties étaient en relations
d’affaires antérieures et si le nouveau contrat
proposé est de même nature que les
précédents, le silence vaut acceptation. Il en
est de même du renouvellement d’un contrat
par « tacite reconduction », ce renouvellement
est constitué de deux silences (bail : article
1738)
– le silence vaut aussi acceptation pour les
contrats conclu entre parties d’un même milieu
professionnel, si l’usage le prévoit
– enfin, lorsque l’offre est faite dans l’intérêt
exclusif de celui auquel elle est adressée, le
silence vaut acceptation, c’est ce que décide
parfois la jurisprudence (offre de remise
partielle de loyer).
– Dans un système consensualiste, l’acceptation
entraîne la conclusion du contrat, aux conditions
fixées par l’offrant.
Dans un système formaliste, c’est-à-dire si
le contrat est de type solennel,
l’acceptation est nécessaire à la formation
du contrat, mais il faut encore que les
formes requises soient accomplies (ex :
Actes Authentiques) pour que le contrat
soit considéré comme conclu.
Le problème se pose parfois de connaître l’ampleur
exacte de l’acceptation : On ne peut en effet accepter
que ce que dont on a pris connaissance, et il existe
des clauses dont on peut douter que l’acceptant les
ait connues.
C’est le cas notamment des clauses écrites en
caractères minuscules, et en bas du document
contractuel, ou présentées au dos du document, ou
dans un document annexe que l’acceptant n’a reçu
qu’après son acceptation. On peut alors se demander
si l’acceptant a réellement su ce à quoi il s’engageait.
La jurisprudence considère dans ce cas qu’il incombe
au pollicitant de démontrer que l’autre partie a connu
ces conditions particulières, et qu’elle les a
acceptées. Si cette preuve n’est pas faite, la clause
est généralement réputée non écrite, c’est-à-dire que
le contrat est considéré comme conclu, mais
s’applique sans la clause litigieuse. Si la clause est
une clause essentielle du contrat, le contrat n’est pas
conclu.
* *
Lorsqu’un contrat est conclu entre deux personnes
présentes, il n’y a aucune difficulté ; on sait où et
quand s’est produit l’accord de volontés.
Il n’en est pas de même lorsque offrant et acceptant
ne se trouvent pas au même endroit. C’est ce qu’on
appelle les contrats entre absents.
CAS PARTICULIER / Difficultés
d’application :
Les contrats entre absents
Quand un contrat entre absents est conclu
verbalement, par téléphone, par exemple, c’est
seulement le lieu de formation qui est difficile à
déterminer. La difficulté est encore plus grande
pour les contrats conclus par correspondance.
L’utilisation d’un mode de transmission de la volonté –
courrier, fax, émail- soulève la question de savoir à
quel moment et quel endroit se rencontrent les
volontés, et se forme donc le contrat.
Des intérêts pratiques importants (surtout pour la
date) sont attachés à cette question, comme celle de
la compétence judiciaire qui dépend parfois du lieu de
conclusion du contrat (contrat de travail), comme la
compétence législative en droit international privé.
L’intérêt peut également être commercial
lorsqu’existent des fluctuations de cours importantes
d’un jour à l’autre. Par ailleurs la caducité de l’offre
peut dépendre de la date d’acceptation.
C’est bien sûr aux parties de dire dans quelles
conditions le contrat est conclu. Le problème ne se
pose que dans l’hypothèse inverse.
Le Code civil n’est pas bavard sur ce point (sauf
article 932 et 1985 c.civ).
Les auteurs (c’est à dire la doctrine) se sont
énormément opposés sur cette question.
Deux théories ont été présentées : celle de
l’émission de l’acceptation (cachet de la poste) et
celle de la réception de l’acceptation par l’offrant.
De même, certains auteurs estimaient que la
détermination du lieu et de la date de formation du
contrat devaient demeurer liées, tandis que certains
autres estimaient qu’on pouvait dissocier les deux
questions, et faire intervenir un critère pour fixé la
date, et un autre pour fixer le lieu. Ex : lieu : émission
; Date : Réception.
=) C’est la Jurisprudence qui a eu à répondre à la
question :
– Elle semble tout de même favorable à ce que la
date et le lieu de formation du contrat soient
déterminés simultanément, et par application des
mêmes critères.
– Un arrêt de la Chambre commerciale du 7
janvier 1981 s’est en outre nettement
prononcé en faveur du système de
l’émission(cf. chambre des requettes. 21 mars
1932 ; com. 7 janvier 1981, GA 144-145).
Une société avait émis une offre assortie d’un délai
de 30 jours. Le destinataire avait expédié sa lettre
d’acceptation 7 jours avant l’expiration du délai, mais
ne pouvait prouver que le pollicitant l’avait reçue dans
le délai convenu. La Cour de cassation a estimé que,
faute de stipulation contraire, le contrat était devenu
parfait à compter de l’émission de l’acceptation.
(critique de l’auteur Larroumet 285).
=) solution du droit français : émission de
l’acceptation
NB : convention de Vienne 11 avril 1980 : théorie de
la réception (article 18)
Directive 8 juin 2000 sur commerce électronique :
réception (mais offrant doit envoyer un accusé de
réception)
* *
Il ne suffit pas, pour que le consentement soit valable,
que la volonté soit convenablement formée, par une
personne saine d’esprit. Il faut encore que cette
volonté soit exprimée, et manifeste le consentement
de la partie au contrat en cause.
§ 2 : Les expressions du
consentement
Le consentement = opération mentale,
phénomène interne qui doit êtreextériorisé, et que
l’autre partie est informée de l’existence de ce
consentement.
Cette extériorisation peut s’accomplir
– soit par une manifestation expresse,
– soit par une manifestation tacite de la
volonté de la personne qui s’engage.
1°) Le consentement exprès
Le consentement est exprès lorsque la volonté est
clairement exprimée, et qu’il n’est pas nécessaire
d’interpréter le comportement de la personne pour
comprendre qu’elle désire s’engager.
=) le cas du langage écrit ou parlé : la rédaction et
la signature d’un contrat, un échange de lettres, de
fax, d’emails ou de paroles expriment de façon
expresse la volonté de leur auteur.
=) Certains comportements sont également
considérés comme exprimant de façon expresse le
consentement – ou l’absence de consentement – de
leur auteur.
Il en est généralement ainsi lorsque l’usage
consacre ce comportement comme valant
toujours offre ou acceptation de contracter.
Ex. : celui quilève la main lors d’une offre aux
enchères manifeste sa volonté d’acquérir le bien
proposé. De même, le fait pour un taxi de
stationner sur un emplacement réservé,
chauffeur au volant et gaine de compteur
enlevée, constitue une offre expresse de
contracter un contrat de transport.
Le fait d’exposer un objet en vitrine avec son prix est
également considéré comme une offre de vente. (En
fait, les auteurs s’opposent sur ces exemples).
=> Nul besoin de supposition ou d’interprétation,
puisque l’usage veut que l’acceptation s’exprime par
ce moyen particulier. Ici, le geste n’a pas d’autre but
que d’exprimer la volonté de contracter.
2°) Le consentement tacite
=) Le consentement est au contraire tacite lorsqu’il
se contente de laisser supposer la volonté de
l’individu de s’engager dans les liens contractuels.
Par ex: le locataire qui reste dans les lieux après
l’expiration du contrat de bail manifeste
tacitement sa volonté de renouveler le contrat, et
le bailleur qui continue de percevoir les loyers
manifeste tacitement son acceptation.
=) La difficulté surgit lorsqu’il faut interpréter le
silence d’une des parties : Le droit français ne
consacre pas le dicton qui énonce « Qui ne dit
mot consent ».
=) En principe, le silence ne vaut pas acceptation.
=) exceptions au principe selon lequel le silence ne
vaut pas acceptation.
– Certaines exceptions sont légales : Ainsi,
l’article L. 112-2 du Code des assurances
énonce que, lorsqu’un assuré propose de
prolonger ou de modifier un contrat
d’assurance, le silence gardé par
l’assureur pendant 10 jours vaut
acceptation tacite de cette modification.
– D’autres exceptions sont d’origine
jurisprudentielle,et s’appliquent lorsque le
silence, rapproché des circonstances
particulières, manifeste sans équivoque le
consentement :
– Ainsi, lorsque le contrat prévoit
expressément que, dans telle ou telle
situation, le silence d’une des parties
vaudra acceptation.
Ex: Si vous ne protestez pas dans les
deux mois de la réception de vos
relevés bancaires, vous êtes considérés
comme ayant accepté les opérations qui
y ont été inscrites. En signant le contrat
bancaire, vous avez accepté toutes ses
clauses, y compris celle qui assimile votre
silence à une acceptation.
– De même lorsque les parties se
trouvaient déjà dans des
relationsd’affaires, et que l’offre porte
sur un contrat qu’elles concluent
habituellement, le silence peut être
considéré comme valant acceptation.
– Troisième exception, plus contestable : la
jurisprudence considère que le silence peut valoir
acceptation, en dehors de toute relation contractuelle
préexistante, lorsque la proposition de conclure un
contrat est faite dans le seul intérêt de celui à qui
elle s’adresse.
Ex : Silence d’un débiteur après réception d’une offre
de remise de dette.
Ici, le mécanisme est contestable, car il repose sur
une double interprétation : interprétation de ce qui est
bon pour l’individu, et interprétation de la volonté de
l’individu.
Ex: Un garagiste qui dépanne un motocycliste victime
d’un accident. Le motocycliste, inconscient au
moment des faits, n’avait peut-être pas envie qu’on
répare son engin.
=> L’interprétation est parfois douteuse. Mais
l’hypothèse est rare, de toute façon.
Conclusion : Gardez en tête le principe : le silence
ne vaut pas acceptation, et sachez qu’il existe
quelques exceptions.
On a vu que, pour que le consentement existe, il faut
une volonté exprimée de façon non équivoque, par
une personne douée d’un certain discernement. Nous
allons maintenant étudier les différentes qualités
requises pour que le consentement ainsi exprimé soit
considéré comme valable.
Sous-Section 2 :
L’intégrité du
consentement : les vices
du consentement
Il ne suffit pas que le consentement existe. Pour
contracter, il faut consentir en pleine connaissance de
cause et librement. On exprime cette idée en
exigeant que le
Consentement libre et éclairé.
Eclairé,cela signifie que le consentement doit être
déterminé par des données exactes concernant la
nature, le contenu et la portée de l’engagement
souscrit par chacune des parties. L’erreur à l’origine
de ce défaut peut être spontanée ou provoquée.
Dans le premier cas on parle d’erreur au sens strict,
dans le second cas de dol.
Libre :Si un contractant qui, en son for intérieur,
refuse de s’engager décide néanmoins de contracter
car il est soumis à des pressions, son
consentement n’est pas libre. Entre le contrat qu’il
désapprouve et les menaces dont il est l’objet, il
choisit le premier par crainte des secondes. On parle
ici de violence.
L’erreur, le dol et la violence constituent trois
vices du consentementqui permettent à la partie qui
en est victime de demander l’annulation du contrat.
On dit que le consentement a été vicié.
L’article 1109 du Code civil :« Il n’y a point de
consentement valable, si le consentement, n’a été
donné que par erreur, ou s’il a été extorqué par
violence ou surpris par dol »
On étudiera successivement chacun de ces vices du
consentement.
§ 1 : L’erreur (article 1110du
Code Civil.)
Définition: L’erreur est une fausse appréciation de
la réalité : elle consiste à croire vrai ce qui est
faux, ou inversement.
L’erreur peut porter sur différents éléments du contrat.
Par exemple, l’intéressé pense acheter un tableau de
Renoir alors qu’il s’agit d’un tableau de Degas.
Mais la lecture du Code civil laisse apparaître que
toutes les erreurs ne sont pas prises en considération
par le droit positif.
Par ailleurs, la sécurité dans les relations
contractuelles commande qu’on ne puisse pas sous
le simple prétexte que l’on s’est trompé, attaquer un
contrat.
Il y a deux impératifs à concilier : la protection de la
victime et la sécurité contractuelle.
C’est pourquoi, il nous faut d’abord déterminer le
domaine de l’erreur (A), c’est-à-dire les cas où
l’erreur peut être sanctionnée, puis les conditions
dans lesquelles l’erreur peut être sanctionnée (B).
A/ Le domaine de l’erreur
=) L’article 1110 du Code civil dispose
que :
L’erreur n’est une cause de nullité de la
convention que lorsqu’elle tombe sur la substance
même de la chose qui en est l’objet.
Elle n’est point une cause de nullité, lorsqu’elle
ne tombe que sur la personne avec laquelle on a
intention de contracter, à moins que la considération
de cette personne ne soit la cause principale de la
convention.
Dans cet article il n’est donc fait état que de l’erreur
sur la substance et de l’erreur sur la personne,
lorsque la considération de la personne était une
considération essentielle.
=) la doctrine distingue trois catégories d’erreurs en
fonction de leur gravité. La dernière catégorie
n’entraîne pas la nullité du contrat.
Tantôt l’erreur détruit le consentement, c’est
l’erreur-obstacle ; tantôt elle vicie le
consentement, c’est l’erreur vice du
consentement, tantôt elle est indifférente et ne
porte pas atteinte à la validité du contrat.
1. L’erreur-obstacle
L’erreur-obstacle résulte d’un quiproquo.
Il arrive que derrière des déclarations en apparence
concordantes, les volontés réelles ne se soient pas
rencontrées. Quand elles se présentent, il n’y a pas
de doute possible sur la nullité du contrat : D’ailleurs,
comme le disait Planiol : Ce n’est pas un contrat,
c’est un malentendu.
Cet obstacle peut être rencontré dans deux séries
d’hypothèses, hypothèses d’école (i.e. très rares) :
1. a) l’erreur sur la nature du contrat.
Anatole croyait qu’il s’agissait d’un contrat de vente
alors que Barnabé voulait seulement louer le même
bien.
1. b) L’erreur sur l’identité de la chose
qui fait l’objet du contrat
Chacune des parties a en vue un bien différent. L’un
entend vendre ou donner en location telle parcelle de
terrain, l’autre croit acheter ou prendre en location
une autre parcelle de terrain.
2. L’erreur vice du
consentement
L’article 1110 est restrictifet ne prévoit que deux
types d’erreur : l’erreur sur la substance de la chose,
de façon générale, et l’erreur sur la personne du
contractant, à titre exceptionnel.
1. a) l’erreur sur la
substance
L’erreur n’est une cause de nullité que si elle
porte sur « la substance même de la chose qui en
est l’objet ».
Difficile à comprendre, la notion a donné lieu à un
important travail d’interprétation.
La notion de substance, en effet, peut être entendue
de plusieurs façons.
Objectivementla qualité substantielle d’une chose
= matière dont la chose est faite, c’est la
substance physique
= perçue comme essentielle.
= Ex : l’authenticité d’une œuvre d’art.
= une cause de nullité.
Subjectivement, la qualité substantielle =
essentielle qu’aux yeux de l’une des parties
(l’acheteur)
= qualité déterminante du
consentement.
= conception retenue par le droit
positif
Ex : l’authenticité lui importait peu mais il était
important pour lui que le meuble soit en bois de letchi
et non en bois de tamarin.
Aussi, pour concilier protection de la victime et
protection du cocontractant, il faut nuancer ;
prétendre que telle qualité était essentielle pour vous
ne suffit pas :
=) Il doit s’agir d’une qualité déterminante
connue des deux parties.
La nullité ne peut être prononcée que si l’autre
partie connaissait l’importance essentielle que la
victime de l’erreur attachait à la qualitédéfaillante.
On a parfois, à ce propos, parlé d’erreur
« commune ». Mais en fait ce n’est pas l’erreur qui
est commune mais l’intention de considérer telle
qualité comme substantielle. On dira par exemple que
cette qualité, objet de l’erreur, doit « être entrée dans
le champ contractuel » ou encore que l’erreur doit
porter sur une qualité convenue.
Pour le savoir, on examinera le contrat avec attention.
En matière de vente d’œuvres d’art, par exemple,
on examinera les mentions et les formules du
type « attribué à », « école de », « dans le style
de ». Dans ce cas l’acheteur ne pourrait par exemple
agir en nullité sous le prétexte qu’il s’agit d’une copie.
Au contraire, le fait que l’acheteur exige un certificat
de d’authenticité montre qu’il y attache de
l’importance.
Exemple célèbre d’erreur sur la substance :
Vous étudierez à ce sujet dans le cadre de vos
séances de T.D. la célèbre affaire POUSSIN, qui a
donné lieu à 15 années de procédure judiciaire, et à
l’intervention à deux reprises de la Cour de cassation,
plus un détour par le Tribunal des conflits, pour arriver
finalement, en 1987, à la même solution que celle
posée par le TGI en 1972…. Des particuliers
avaient vendu (2.200 francs) aux enchères un
tableau qu’un expert avait attribué à l’Ecole des
Carrache. Le Musée du Louvre exerça son droit
de préemption, et, dans les semaines qui
suivirent, divers articles de presse présentèrent
ce tableau comme une œuvre du grand peintre de
la Renaissance Nicolas Poussin, qui était donc
mille fois plus précieuse qu’un banal tableau de
l’Ecole des Carrache.
Les vendeurs demandèrent la nullité de la vente
pour erreur sur la substance.Les défendeurs
soutinrent que seule l’erreur de l’acheteur, et non
celle du vendeur, pouvait donner lieu à l’annulation, et
que de toutes façons, il ne pouvait y avoir d’erreur car
on n’était pas absolument sur que ce fut un Poussin
authentique. Les vendeurs obtinrent finalement
gain de cause, au motif que, s’il n’était pas
absolument certain que l’œuvre fut effectivement de
Nicolas Poussin, il est clair en revanche que les
vendeurs avaient conclu le contrat en étant
convaincu que ce n’étaitpasun Poussin. Cela était
suffisant pour constituer une erreur sur la
substance, car ils n’auraient jamais vendu le tableau
2.200 francs s’ils avaient su qu’il était possible que ce
tableau en vaille 10 ou 100 fois plus.
=) Remarques sur cet arrêt :
– L’erreur peut être celle du vendeur, et
pas uniquement celle de l’acheteur.
Il est vrai que l’erreur sur la prestation fournie est
rarement alléguée. Une raison toute simple en est le
fait que l’acheteur qui fait une bonne affaire ne va pas
en avertir le vendeur. Celui-ci n’a guère l’occasion de
prendre conscience de son erreur, sauf peut-être en
cas de revente, à un musée par exemple.
– (+ civ. 13 janvier 1998) : l’erreur peut être constituée
par une discordance entre la croyance du vendeur (il
pensait que le tableau n’était pas de Poussin) et une
réalité même incertaine (l’œuvre est peut-être de
Poussin)
1. b) erreur sur la personne
Tout comme les choses, les personnes ont des
qualités substantielles qui peuvent être
déterminantes pour le consentement.
En fait, l’article 1110 du Code civil pose en principe
que l’erreur sur la personne avec laquelle on
contracte n’est pasune cause de nullité, « à moins
que la considération de cette personne ne soit la
cause principale de la convention ».
Il est vrai que, dans les contrats usuels, la personne
du cocontractant est normalement indifférente : peu
importe à qui l’on vend, à qui on achète.
Mais dans certains contrats, l’identité ou la qualité de
la personne est déterminante. On dit que ces
contrats sont conclus intuitu personae, i.e. en
considération de la personne.
L’intuitu personaeexiste toujours dans les contrats à
titre gratuit : on ne donne pas à n’importe qui.
L’intuitu personaeest également présent dans les
contrats à titre onéreux, qui comportent des
prestations dépendant étroitement des qualités
personnelles du cocontractant : commande d’un
tableau à un artiste-peintre, contrat de travail, contrat
de mandat, contrat de prêt….
Selon les cas, on pourra tenir compte d’une erreur sur
le talent, la compétence, l’honorabilité, la situation de
famille, la solvabilité de la personne…
3. L’erreur indifférente
Dans tous les autres cas que ceux que nous venons
de voir, l’erreur n’entraîne pas la nullité de
l’engagement. Elle est indifférente.
l’erreur sur la valeur
On entend par là l’erreur sur l’évaluation
(économique) de l’objet du contrat.
Distinguer :
– erreur monétairequi procède d’une
appréciation économique erronée effectuée à
partir de données exactes (tableau est bien
authentique mais vaut 1000 et non 100)
– erreur sur la valeurqualitative de la
chose, qui est la conséquence d’une erreur sur
une qualité substantielle
Ainsi, erreur sur la valeur, en principe indifférente, ne
l’est plus quand elle prend sa source dans une erreur
sur la substance.
En fait, l’erreur sur la valeur est soumise à un
régime particulier, celui de la lésion, qui n’entraîne
la nullité que dans des cas exceptionnels
(notamment, elle n’est d’aucune conséquence en ce
qui concerne les biens mobiliers). cf. infra.
l’erreur sur les motifs
On entend par là l’erreur sur le motif personnel) qui
a conduit une partie à contracter mais qui ne prend
en compte ni les qualités de la chose objet du contrat
ni celle de la personne.
=) Par exemple, une personne achète une voiture
parce qu’elle pense obtenir prochainement un emploi
qui le requiert. Si elle n’obtient pas cet emploi, il y
aura erreur sur les motifs mais c’est une erreur qui
n’est pas sanctionnée.
On considère en effet que les motifs sont trop divers,
trop subjectifs, et trop extérieurs au contrat pour que
l’on porte atteinte à la validité du contrat dès qu’une
partie s’est trompée sur ce point. Il faut, je vous l’ai
dit, faire attention à préserver un minimum les intérêts
de cocontractant, et l’annulation ne peut être
encourue que si, par une clause expresse, le motif en
question a été intégré dans le champ contractuel.
Ex : j’achète la voiture à condition que je sois nommé
à St Pierre.
Dans ce cas, il n’est pas porté atteinte à la sécurité
contractuelle, puisque le cocontractant sait qu’il existe
un aléa.
– Le motif peut être la cause de l’engagement ;
on le verra ultérieurement en étudiant la cause.
Remarque : Erreur de fait ou erreur de droit.
L’erreur de droit, qui porte sur l’ignorance de la
loi, est susceptible d’être prise en considération aussi
bien qu’une erreur de fait : Par ex, la personne qui
vend sa part d’héritage en pensant que la loi lui
attribue des droits insignifiants, alors qu’il s’avère qu’il
doit recevoir des droits beaucoup plus importants.
On pourrait s’étonner de cette solution, puisque tout
le monde connaît la maxime selon laquelle « nul n’est
censé ignorer la loi ». Mais cette maxime a pour seul
effet d’empêcher une personne d’échapper à
l’application d’une règle sous prétexte qu’il ne la
connaît pas.
Dans le cas présent, il s’agit de montrer que
l’erreur de droit a vicié le consentement au
contrat, ce qui est différent.
B/ Les conditions de la nullité
pour erreur
Pour que l’erreur entraîne la nullité du contrat, il ne
suffit pas, comme pourrait le laisser penser la lecture
de l’article 1110, qu’elle ait porté sur la substance de
la chose ou sur la personne du cocontractant, il faut
encore qu’elle revête certains caractères que
l’intéressé doit prouver.
L’erreur doit être déterminante.
Même lorsqu’elle tombe sur un point retenu par la
jurisprudence, l’erreur n’est prise en compte que si
elle a été déterminante du consentement. Le
contractant doit prouver que, s’il n’avait pas commis
cette erreur, il n’aurait jamais conclu le contrat (soit
pas du tout, soit pas aux mêmes conditions).
Ce caractère est délicat à démontrer.
L’erreur doit être excusable.
Si l’erreur déterminante est généralement reconnue
comme cause d’annulation du contrat, encore faut-il
que celui qui l’a commise n’ait pas fait preuve
d’une négligence excessive. Ainsi, lorsqu’il s’avère
que la victime aurait pu facilement éviter l’erreur, en
se renseignant un minimum, ou en faisant preuve
d’un peu moins de naïveté, l’erreur est considérée
comme inexcusable, et le contrat valable. On estime
en effet que l’individu ne mérite pas d’être protégé.
C’est au juge du fond d’apprécier souverainement le
caractère excusable de l’erreur, qui s’apprécie in
concreto en fonction des circonstances de la cause,
de l’âge, de l’expérience et de la profession du
demandeur de la nullité.
Ex : Est ainsi inexcusable l’erreur commise par un
architecte sur la constructibilité du terrain qu’il
acquiert.
L’erreur doit être commune
On a déjà abordé ce point à propos de la substance
de la chose.
En fait, ce n’est pas l’erreur qui est commune mais
intention de considérer telle qualité comme
substantielle. L’autre devait connaître l’importance
essentielle attachée à la qualité.
=) Cette règle, qui n’est pas toujours nettement
exprimée par la jurisprudence, est souvent difficile à
appliquer. Il est en effet déjà difficile de prouver
que celui qui a commis l’erreur tenait telle ou telle
qualité pour déterminante. Il est encore plus
difficile de démontrer que l’autre savait qu’il en
était ainsi.
On résout la difficulté en posant une présomption de
fait, en fonction de la nature de la qualité considérée
et des circonstances dans lesquelles le contrat a été
conclu :
S’il s’agit d’une qualité qui, dans n’importe
quelles circonstances, est toujours considérée
comme substantielle, alors l’erreur sera présumée
commune.
Ex : l’antiquaire doit bien se douter que ses clients
recherchent des meubles anciens.
Dans le cas contraire, il faudra que le demandeur à
l’annulation démontre non seulement le caractère
déterminant de l’erreur qu’il a commise, mais
également le fait que le cocontractant connaissait ce
caractère déterminant.
Conséquences de la réunion des conditions :
L’erreur est sanctionnée par la nullité. Elle ne peut
être demandée que par la victime de l’erreur
(nullité relative).
Mais s’agissant d’une erreur-obstacle, celle-ci
est sanctionnée par une nullité absolue car un
élément essentiel du contrat, le consentement
fait défaut. S’agissant d’une erreur – vice du
consentement, la nullité du contrat est relative.
Peut agir pendant cinq ans à compter de la
découverte du vice ; la nullité est susceptible
de confirmation.
Mais l’erreur ne suppose aucune faute de la part
de l’autre partie, qui peut même avoir ignoré cette
erreur ou l’avoir partagée (il croyait lui aussi que le
tableau était authentique). Il n’y a donc pas lieu à
l’attribution de dommages-intérêts.
* *
§ 2 : Le dol (article 1116du
Code Civil.)
Le dol n’est pas défini par la loi. L’article 1116
dispose seulement que :
« Le dol est une cause de nullité de la convention
lorsque les manœuvres pratiquées par l’une des
parties sont telles, qu’il est évident que, sans ces
manœuvres, l’autre partie n’aurait pas contracté. Il ne
se présume pas, et doit être prouvé. »
Le mot désigne un comportementdestiné à
induire une personne en erreur, pour la décider à
conclure le contrat.
Le dol est une manœuvre ayant pour but et pour
résultat de tromper l’autre partie. Le dol désigne
toutes les tromperies par lesquelles un
contractant provoque chez sonpartenaire une
erreur qui le détermine à contracter. Celui qui en est
victime ne s’est pas trompé, il a été trompé. C’est
une erreur provoquée.
Différence avec l’erreurayant, en cas de dol, sa
source dans un acte de déloyauté.
Le droit civil la sanctionne avec plus de rigueur. Trois
particularités :
– preuve : s’il y a dol, la preuve est plus
aisée car elle ne vise pas directement à prouver
l’erreur (fait psychologique) mais les agissements
qui ont provoqué celle-ci
– fond : les erreurs qualifiées
d’indifférentes lorsqu’elles sont spontanées
(erreur sur la valeur), sont sanctionnées
lorsqu’elles ont été provoquées par une tromperie
– sanction : le dol implique toujours une
faute de celui qui l’a commis ; la victime pourra
donc en outre demander des dommages-intérêts
si la nullité ne suffit pas à réparer le préjudice
subi.
Ceci étant précisé, la loi n’a fait du dol un vice du
consentement que si certaines conditions sont
réunies. ÞÉléments du dol/ sanctions
A/ Les éléments du dol
L’article 1116 dispose que « le dol ne se présume
pas, il doit être prouvé ». La personne qui invoque
le dol doit établir l’existence du dol.
Il y a dol, lorsque 3 éléments sont réunis :
1. L’élément matériel
– L’article 1116 du code civil=
« manœuvres pratiquées » par l’une des
parties,
– la Jurisprudence = assimile le mensonge
et la réticence dolosive.
Manœuvre
Le Code civil utilise le mot manœuvres, qui impliquent
une idée de machination et d’artifice.
Vous avez une villa au bord la mer ; vous savez que
votre acheteur potentiel est un passionné de pêche ;
le jour où il visite votre maison, vous organisez une
mise en scène avec une flottille de barques sillonnant
la mer et simulant une pêche miraculeuse ; votre
acheteur achète la villa à un prix exorbitant (trafiquer
compteur voiture)
Mensonge
Le mensonge, même sans machinations, sans acte
extérieur, constitue un dol. Mais ne sont pas
dolosives les exagérations habituelles dans une
profession
Evidemment, la frontière entre l’exagération (dolus
bonus) et le mensonge (dolus malus) est une
question de fait, appréciée souverainement par les
juges du fond.
Réticence
La réticence est le fait de garder le silence sur une
information que l’on connaît et devrait communiquer.
Certains textes règlent expressément le problème, en
énonçant par exemple que le vendeur est tenu de
déclarer les vices cachés dont il a connaissance
(article 1641 à 1648 du Code civil), ou au contraire,
permet aux femmes enceintes de ne pas révéler leur
état de grossesse lors d’un entretien d’embauche (art.
L.122-25 du Code du travail).
En dehors de ces cas, la JP, après avoir longtemps
décidé le contraire, considère aujourd’hui que le dol
est constitué dès lors qu’il apparaît que le
cocontractant a gardé le silence sur un fait qui, s’il
avait été connu de son partenaire, l’aurait empêché
de contracter (V. p. ex Cass. 3ème civ. 2 octobre
1974, GAJCiv. n° 87).
(Il apparaît ainsi que la Jurisprudence sanctionne non
seulement celui qui a fait naître l’erreur par son
silence, mais également celui qui n’a pas provoqué,
mais s’est contenté d’exploiter l’erreur de l’autre. =>
Emergence de l’obligation précontractuelle
d’information).
2. L’élément intentionnel
Pour que le contrat puisse être annulé sur le
fondement du dol, il faut que l’élément matériel que
l’on vient d’évoquer ait été commis par l’une des
parties dans le but de tromper l’autre. Pas de dol
sans intention de tromper.
Cela sera facilement vérifié s’il s’agit d’une
manœuvre ou d’un mensonge délibéré, mais sera
plus difficile à démontrer s’il s’agit de simple
réticence.
Dans ce cas en effet, le silence peut résulter d’un
simple oubli et non pas de la volontépositive de
tromper l’autre partie. Les juges retiennent toutefois
l’existence d’un dol lorsqu’il apparaît que le
contractant connaissait, ou qu’il ne pouvait pas
ignorer l’importance du fait dissimulé pour son
partenaire contractuel.
Ex: le vendeur d’antiquité commet un dol s’il ne dit
pas que la pièce qu’il vend est une copie récente d’un
meuble ancien.
Remarque
Le dol n’est une cause de nullité que s’il émane du
cocontractant ou de son représentant parce qu’il
repose sur l’idée de faute de celui-ci.
=) le dol n’est pas cause de nullité s’il est le fait
d’un tiers.
3. Le caractère déterminant du
dol
La manœuvre commise dans le but de tromper autrui
n’est dolosive que si elle atteint son but, c’est-à-dire
qu’elle provoque chez l’autre une erreur
déterminante.
* L’erreur ainsi provoquée peut être de n’importe
quelle nature : erreur sur la personne ou sur la
substance, erreur de droit ou de fait, erreur du
vendeur ou de l’acquéreur, mais aussi erreur sur la
valeur ou sur les motifs (qui ne sont pas reconnues
quand elles sont spontanées).
* L’erreur doit être déterminante, c’est-à-dire non
seulement qu’elle doit avoir été provoqué par les
manœuvres du cocontractant, mais qu’elle doit en
outre avoir été telle que, sans elle, la victime n’aurait
pas contracté.
=> On parle alors de dol principal, par opposition au
dol incident. Le dol est incident quand la victime
aurait quand même contracté, maisà des
conditions différentes (par ex, à un prix plus bas).
Dans ce cas, la Jurisprudence considère
généralement que le contrat n’est pas nul, et que la
victime peut seulement obtenir desdommages et
intérêts. (=> Responsabilité délictuelle de base).
Le caractère déterminant du dol est apprécié in
concreto, c’est-à-dire qu’on recherchera si, compte
tenu de l’âge, de l’intelligence, et de la compétence
de la personne, celle-ci a effectivement été trompée,
et qu’elle mérite d’être protégée. Par transposition au
dol des règles appliquées en matière de d’erreur
inexcusable, on refusera l’annulation à celui qui
s’est laissé prendre par un mensonge
particulièrement grossier ou une manœuvre
particulièrement évidente.
B/ La sanction du dol
La preuve (qui peut se faire par tous moyens) du
dol permet de prononcer la nullité du contrat
(nullité relative)
Mais le dol est aussi une faute, qui permet d’allouer
des dommages-intérêts à la victime. La victime peut
donc exercer une action en responsabilité délictuelle
pour obtenir réparation du préjudice subi. La
responsabilité est délictuelle car la faute est
antérieure au contrat.
Si un tiers est complice, on peut lui demander des
dommages-intérêts sur le fondement de l’article 1382
du Code civil
Délit civil, le dol peut aussi dans certains cas
constituer un délit pénal (escroquerie, publicité
mensongère, délit d’abus de faiblesse ou d’ignorance
du consommateur)
§ 3 : La violence
(article 1111du Code Civil.)
Article 1111
La violence exercée contre celui qui a contracté
l’obligation, est une cause de nullité, encore qu’elle ait
été exercée par un tiers autre que celui au profit
duquel la convention a été faite
Article 1112
Il y a violence, lorsqu’elle est de nature à faire
impression sur une personne raisonnable, et qu’elle
peut lui inspirer la crainte d’exposer sa personne ou
sa fortune à un mal considérable et présent.
On a égard, en cette matière, à l’âge, au sexe et à la
condition des personnes.
Il y a violence lorsqu’une personne contracte
sous la menace d’un mal qui fait naître chez elle
un sentiment de crainte.
La différence est manifeste avec l’erreur et le dol. En
cas de violence, le consentement a été donné en
connaissance de cause, mais il n’a pas été libre. Tout
en sachant que le contrat est mauvais pour elle, la
victime de la violence donne son consentement car
elle est menacée d’un mal plus grave au cas où elle
refuserait de s’engager.
Le vice du consentement n’est plus l’erreur
(spontanée ou provoquée) mais la crainte qui
entame ou supprime la liberté du consentement.
NB : En revanche, il n’y a pas à proprement parler de
violence lorsqu’une personne contracte sous l’empire
d’une drogue qui annihile totalement sa volonté ou
que sa main a été guidée de force pour obtenir sa
signature. En ce cas, en effet, le consentement n’est
plus donné sous l’empire de la crainte, il fait
radicalement défaut.
Conditions ; origine
A/ Les conditions de la violence
Elément matériel et caractère injuste
Plusieurs éléments sont nécessaires pour
caractériser la violence :
L’élément matériel: on entend par là toutes
sortes de menaces.
La violence peut s’exercer à l’encontre du contractant
ou à l’égard des proches pour lesquels la loi présume
de l’affection : conjoint, descendant, ascendants
(article 1113du Code Civil.).
Le mal dont ils sont menacés peut être physique
(menace de mort, de coups), moral (révéler un fait
contraire à l’honneur), pécuniaire (priver quelqu’un
de sa profession)
L’élément injuste, illégitime: pour être cause de
nullité, la violence doit être injuste. Il ne suffit pas
que la liberté de décision ait été altérée, il faut
encore que la contrainte soit illégitime.
Le Code civil et la Jurisprudence considèrent que la
violence n’appelle pas de sanction lorsqu’elle est
légitime.
On peut citer deux cas de violence légitime :
* la crainte révérencielle : L’article 1114 du Code
civil dispose que « la seule crainte révérencielle
envers le père, la mère ou autre ascendants, sans
qu’il y ait eu de violence exercée, ne suffit point
pour annuler le contrat ».
L’expression désigne la crainte que les enfants
peuvent avoir de déplaire à leurs parents, et qui peut
les conduire à conclure un contrat qu’ils ne
souhaitaient pas vraiment (par ex : mariage). Cette
crainte est considérée comme légitime, car elle
résulte de l’autorité morale des parents, et du respect
qui leur est dû.
Si aucune violence caractérisée ne peut être
reprochée aux ascendants, le contrat ne sera pas
annulé, bien que le consentement n’ait pas été
totalement libre.
* La menace d’exercer une voie de droit. La
Jurisprudence considère que la menace d’exercer un
droit, comme par ex une action en justice, pour
persuader autrui de conclure un contrat n’est pas
illégitime.
Ex: – Le débiteur qui accepte de vendre ses biens
pour échapper aux poursuites judiciaires de son
créancier ne peut pas invoquer une violence illégitime
cause de nullité du contrat.
– L’employé qui a détourné des fonds de sa société,
et qui accepte de démissionner pour échapper à des
poursuites pénales ;
– la menace de faire grève, ou la contrainte exercée
par une grève déjà déclenchée ne sont pas
illégitimes, car la grève est un mode d’action reconnu
par le droit.
Le degré de gravité:
Enfin, selon l’article 1112du Code Civil., « il y a
violence lorsqu’elle est de nature à faire impression
sur une personne raisonnable et qu’elle peut lui
inspirer la crainte d’exposer sa personne ou sa
fortune à un mal considérable et présent ».
Ce qui importe en vérité, c’est que la crainte inspirée
par cette menace ait été suffisamment importante
pour déterminer le consentement.
Pour apprécier l’importance de cette crainte, deux
critères sont possibles :
– Appréciationin concreto, ou appréciation
subjective : on recherche quelle influence la violence
a effectivement eu sur le comportement de la victime
: celle-ci aurait-elle contracté si la violence n’avait pas
eu lieu ? L’appréciation in concreto suppose que l’on
prenne en compte les particularités physiques,
physiologiques et psychologiques de l’individu victime
: une personne âgée, en mauvaise santé, peu sûre
d’elle, sans compétence dans les affaires, sera
nécessairement plus sensible à la violence qu’un
professionnel ou une personne en pleine possession
de ses moyens.
Ce système permettra d’annuler des contrats dans
lesquels la violence exercée aura été objectivement
peu importante.
– Appréciationin abstracto, ou objective : on se
contente de rechercher si la violence exercée était de
nature à influencer le consentement d’un « Bon père
de famille », c’est-à-dire d’une personne
moyennement influençable, ni héros ni faible => on
ne se réfère pas aux caractéristiques particulières de
la victime. On n’annule le contrat que si la violence
présentait objectivement un caractère de gravité
suffisant.
Le choix entre ces deux systèmes est important, car
l’un est plus favorable à la victime que l’autre.
Le problème, c’est que l’article 1112 du Code civil se
réfère successivement aux deux critères : l’alinéa 1er
envisage, in abstracto, l’influence que la violence
pouvait avoir sur une personne raisonnable ; l’alinéa
2 impose aux juges d’avoir égard, in concreto, à l’âge,
au sexe et à la condition des personnes.
C’est là que la Jurisprudence est intervenue, pour
exercer son rôle d’interprétation et d’adaptation
des textes, en remédiant aux contradictions de la loi :
la Cour de cassation estime en effet que, entre ces
deux conceptions, il faut faire prévaloir celle qui
recherche concrètement l’influence exercée par la
violence sur la victime, compte tenu de ses
caractéristiques personnelles.
=> Avec l’appréciation in concreto, le seuil à partir
duquel la violence devient une cause de nullité est
variable en fonction de l’âge, du sexe, de la condition
sociale et de la force de caractère de celui qui
demande la nullité du contrat.
B/ Origines de la violence
Plus grave que le dol, la violence sera prise en
compte qu’elle émane du cocontractant ou d’un
tiers. De même l’état de nécessité est parfois prix en
compte.
* La contrainte par un tiers
Contrairement à ce qui se passe pour le dol, la
violence est considérée comme une cause de nullité
du contrat même si elle n’est pas exercée par le
cocontractant, mais par un tiers. Ainsi, quel que soit
l’auteur de la menace, la pression exercée est
sanctionnée dès lors qu’elle est illégitime, et
qu’elle a déterminé le consentement de la victime.
Cette solution peut paraître injuste pour le
cocontractant, qui subit la nullité du contrat alors qu’il
n’est pas à l’origine du VDC, mais on peut
également considérer qu’il a quand même profité
de la violence sans laquelle, en tout état de cause, le
contrat n’aurait pas été conclu.
* L’état de nécessité.
On s’est longtemps demandé s’il fallait reconnaître
comme cause de nullité la contrainte qui, en dehors
de toute action humaine, résulte des
seulsévènements extérieurs. La victime contracte
alors sous le seul effet del’état de nécessité dans
lequel elle se trouve. C’est le cas typique du contrat
d’assistance maritime : le capitaine du navire en péril
est bien obligé d’accepter l’aide du navire sauveteur,
sans pouvoir discuter les conditions du contrat.
Faut-il considérer qu’il y a eu violence, alors que
personne, ni partie ni tiers, n’en est à l’origine ?
Il existe en fait assez peu de décisions judiciaires
ayant eu à trancher cette difficulté, mais ces la Cour
de cassation semble favorable à l’assimilation de
l’état de nécessité au cas de violence exercée par un
humain.
Ex: – Chambre des requettes. 27 avril 1887, D. 1988,
1, 263 pour un contrat d’assistance maritime.
– Soc. 5 juillet 1965, Bull. civ. IV, n° 545, qui approuve
l’annulation pour violence morale d’un contrat de
travail désavantageux, que le salarié avait conclu
sous l’influence de pressants besoins d’argent, dus
notamment à la maladie d’un enfant.
[La Jurisprudence est trop pauvre pour être
considérée comme fixée. Mais il semble ETAC que
l’état de nécessité ne soit retenu comme un VDC que
si le cocontractant à profité des circonstances, pour
stipuler des conditions abusives. Ex : le chirurgien
qui profite de l’urgence de l’intervention pour réclamer
des honoraires excessifs.
Si le contrat est conclu à des conditions normales, il y
a alors violence légitime => il faut donc une faute, en
plus de l’altération du consentement, pour que la
sanction soit encourue].
Sanction de la violence
– la violence est un fait juridique, qui peut être
prouvé par tous moyens.
– Si preuve des éléments constitutifs est
rapportée, donc si violence a été déterminante =)
nullité relative
Selon la conception moderne, la violence est
sanctionnée parla nullité relative du contrat. La
nullité ne peut être demandée que par la victime ;
son action se prescrit par cinq ans à compter du
moment où la violence a cessé (article 1304du Code
Civil.).
– Comme dans le dol, il y a une dimension morale
dans le régime de la violence : l’annulation est
conçue à la fois comme la réparation d’un vice du
consentement, et comme la sanction de la faute
commise par l’auteur de la violence =)
dommages-intérêts
– sanctions pénales dans certains
cas(escroquerie, extorsion de fonds, chantage,
abus de position dominante)
Section 2 : La capacité
=) une opération mentale = pesé le pour et le contre,
=) requiert l’aptitude à comprendre, c’est-à-dire
l’intelligence, et l’aptitude à décider, c’est à dire la
volonté. (§ 1)
=) Il faut ensuite que la volonté soit exprimée, pour
que l’autre puisse en prendre connaissance. (§ 2)
§ 1 : L’aptitude à consentir
=) la partie qui s’engage doit être apte à mesurer
les conséquences de ses actes, et la portée de son
engagement.
=) la personne doit être suffisamment consciente de
ses actes au moment où elle s’engage, qu’elle ait une
capacité de discernement suffisante.
2 cas d’incapables juridiques
ð les enfants en bas âge,
ð les adultes atteintsprovisoirement ou
définitivement d’un trouble mental
(régime d’incapacité juridique
qui tente de les protéger contre
les effets d’un contrat mal conclu).
=) Les incapables, mineurs ou majeurs
Interdiction de conclure certains actes : 2 cas à
envisager
– (A) :obligation d’assistance d’une tierce
personne : les incapacités
– (B) : Mais il peut arriver qu’une personne
juridiquement capable soit ponctuellement
(à un moment donné pour une raison
déterminée) hors d’état de manifester sa
volonté : l’absence de consentement
A/ Les incapacités
=) certaines personnes voient leur capacité de
contracter limitée par la loi, en raison de la
faiblesse de leur discernement.
Article 1123 du Code civil : « toute personne peut
contracter si elle n’en est pas déclarée incapable
par la loi ».
Il existe deux types d’incapacités :
ð incapacité de jouissance
ð incapacité d’exercice
Il y a incapacité de jouissancelorsqu’un individu
est purement et simplement privé du droit
d’accomplir tel ou tel acte juridique.
L’incapable ne peut le faire lui-même, et aucun
représentant ne peut le faire en sonnom. Ce
régime est assez rare, et ne concerne que des actes
particuliers.
Ex: La donation : Un mineur ne peut en principe
faire aucune donation, et ses parents ne peuvent la
faire à sa place. La raison d’une telle incapacité est la
volonté de protéger l’incapable, car la donation est
un acte trop dangereux, qui appauvrit son patrimoine
sans contrepartie.
Certaines incapacités de jouissance sont également
prononcées à titre de sanction, comme une peine
accessoire à une condamnation pénale. Ex :
interdiction bancaire.
– Il y a incapacité d’exercice quand la personne a
les mêmes droits qu’une personne capable, mais
qu’elle ne peut pas les exercer librement.
C’est le cas le plus fréquent quand on parle
d’incapacité.
=) Principe : les mineurs ne peuvent conclure
personnellement aucun acte juridique, mais leurs
représentants légaux (en général, leurs parents)
peuvent le faire en leur nom.
=) exception : caractère modeste de l’acte et en
raison de l’âge (article 389-5 et 450du Code Civil.) :
ex. : course au supermarché, l’acte ainsi conclu
sera valable.
=) les incapables majeurs, 2 régimes :
– la tutelle frappe les personnes atteintes d’une
altération de leurs facultés mentales grave et
définitive.
Ils sont placés sous un système de représentation,
c’est-à-dire qu’ils sont représentés par un tuteur dans
tous les actes de la vie juridique.
La curatelles’applique à des personnes victimes
d’une altération de leur facultés mentales qui
amoindrit leur discernement, sans les mettre
totalement hors d’agir. Ils sont placés dans un
système d’assistance, qui les oblige à se faire
assister d’un curateur pour conclure les actes les
plus graves de la vie juridique (notamment, les
ventes, les donations, et les actes de longue durée.
La sanction : la nullité de l’acte, nullité dont la
portée varie en fonction du régime de l’incapacité,
nous aurons l’occasion d’y revenir.
=) mineurs = automatiquement placés dans un
régime d’incapacité, et jusqu’à leur majorité
=) Majeurs = un jugement doit intervenir pour que le
majeur soit placé sous la protection d’un système de
tutelle ou de curatelle.
Dans ce cas, il suffit généralement de démontrer que
le jugement est intervenu avant l’acte litigieux pour en
obtenir l’annulation. En dehors de l’existence de tout
jugement, la protection des personnes inaptes à
contracter se fait au cas par cas, comme nous allons
le voir maintenant.
B/ L’absence de consentement
Il arrive que des majeurs juridiquement capables,
concluent des actes alors qu’ils étaient hors d’état
de manifester une volonté consciente.
=) Cela peut arriver pour une personne à l’égard de
laquelle un jugement d’incapacité n’est pas
encore intervenu,
=) ou encore lorsque une personne, sous l’emprise
de l’alcool ou de la drogue, conclut un acte alors
qu’il n’était ponctuellement pas apte à mesurer les
conséquences de ses actes.
Ces personnes ne bénéficient pas d’un régime de
protection permanent, mais le droit les autorise
tout de même à demander la nullité du contrat,
s’ils parviennent à démontrer que, lors de la
conclusion du contrat, ils n’étaient pas en mesure de
donner valablement leur consentement. Aucune
volonté réelle et consciente n’ayant pu être formée, il
y a dans ce cas absence de consentement.
L’article 489 du Code civilénonce en effet : « pour
faire un acte valable, il faut être sain d’esprit. Mais
c’est à ceux qui agissent en nullité de prouver
l’existence d’un trouble mental au moment de
l’acte ».
Il incombe donc à celui qui veut obtenir la nullité de
démontrer :
– l’existence d’un trouble mental : il n’est pas
nécessaire que l’altération des facultés mentales
soient totale et prive définitivement l’intéressé de
toute raison. Mais il faut démontrer que ce trouble a
altéré de façon suffisamment grave la capacité de
compréhension, de réflexion ou de décision de
l’individu. Ainsi la faiblesse de caractère, l’intelligence
médiocre, ou l’état dépressif d’un individu ne suffira
pas pour faire annuler l’acte. L’appréciation de la
gravité du trouble mental relève du
pouvoirsouverain des juges du fond, c’est-à-dire
que cette notion, qui est essentiellement une notion
de fait, ne sera pas contrôlée par la Cour de
cassation.
– il faut également rapporter la preuve que ce trouble
mental existait au moment précis de la conclusion
de l’acte.
Cette preuve étant souvent très difficile à démontrer,
la Jurisprudence admet que le demandeur se
contente de prouver que le trouble existait « à
l’époque de l’acte », c’est-à-dire avant et après sa
conclusion. L’annulation sera alors prononcée, saufsi
le défendeur parvient à démontrer l’existence d’un
« intervalle lucide » au moment précis de la
conclusion du contrat.
S’agissant de faits juridiques, la preuve du trouble
mental, comme la preuve de l’intervalle lucide est
libre, et peut être rapportée partous moyens.
Sont admis à agir en nullité :
– l’intéressé ;
– son tuteur ou curateur s’il a par la suite été placé
sous un régime d’incapacité ;
– ses héritiers s’il décède entre-temps.
Section 3 : l’objet et la cause
(Le contenu du contrat)
Contrat : Les parties veulent quelque chose de
précis, pour une raison précise.
– Rechercher CE QU’ELLES VEULENT, c’est
déterminer l’objet du contrat ;
– Rechercher POURQUOI elles le veulent,
c’est déterminer la cause du contrat.
La loi pose donc deux conditions supplémentaires
pour la validité des conventions, l’une relative à l’objet
(1), l’autre relative à la cause (2), que nous
envisagerons successivement.
Sous-Section 1 : L’objet
Parmi les 4 conditions essentielles à la validité du
contrat, l’article 1108 pose celle de « l’objet
certain qui forme la matière de l’engagement ».
Cette exigence est ensuite reprise et développée
dans les articles 1126 et suivants du Code civil. La
création d’une obligation n’est pas abstraite, elle a
pour objet une certaine prestation.
L’objet = prestation que le débiteur s’engage à
fournir au créancier
– donner,
– faire
– ne pas faire quelque chose, selon la
classification déjà exposée et selon
l’article 1126du Code Civil.
Il en résulte qu’il y a un seul objet dans les contrats
unilatéraux, et deux dans les contrats
synallagmatiques.
Ex. : la vente : l’objet de l’obligation du
vendeur est de livrer la chose ; l’objet de
l’obligation de l’acheteur est de payer le
prix.
Pour que le contrat soit valable, l’objet doit présenter
certains caractères (§ 1). On se demandera ensuite
si, dans les contrats synallagmatiques, l’équilibre
entre les prestations réciproques est une autre
condition de validité du contrat. Le § 2 sera donc
consacré à la lésion.
§ 1 : L’existence de l’objet
Remarque : l’obligation doit avoir un objet
possible
De même qu’à l’impossible nul n’est tenu, à
l’impossible, nul ne peut s’engager, mais pour que le
contrat ne puisse valablement se former, il faut une
impossibilité absolue. Exemple : une agence de
voyage propose à sa clientèle un voyage au centre
de la terre.
Autre exemple: USA contrat d’assurance contre le
risque d’enlèvement extraterrestre ou syndrome de la
vierge marie
Les caractères de l’objet (certain (A),
déterminé ou déterminable (B) et licite (C))
A/ L’objet doit être certain
Principe : Le contrat n’est en valable que si la
chose existe lors de sa conclusion.
1. Article 1601 du Code civil : « si au moment
de la vente, la chose vendue était périe en
totalité, la vente serait nulle »
=) Si la chose a péri avant la vente (animal mort), le
contrat n’a pu être valablement conclu
Exceptions : la vente de chose future est
licite (article 1130 alinéa 1 : « Les choses
futures peuvent être l’objet d’une
obligation »
En pratique, les contrats sur choses futures sont très
fréquents. Tel est le cas des commandes adressées à
des fabricants qui, au moment où ils les acceptent,
n’ont pas en stock les produits qu’ils s’engagent à
livrer dans le délai convenu. Autre ex : vente
d’immeuble à construire (article 1601 à 1604 du
Code civil)
Exception à l’exception : pactes sur succession
future
B/L’objet doit être déterminé ou
déterminable (article 1129, repris à
l’article 1591 concernant la vente)
L’obligation doit avoir pour objet une chose
déterminée ou déterminable
=) Il est évident que le débiteur ne peut souscrire un
contrat sans savoir à quoi il s’engage. L’objet de
l’obligation doit donc être déterminé, et cette
détermination peut avoir plusieurs niveaux, selon les
cas :
* Dans la plupart des obligations de faire ou de ne
pas faire, la simple désignation de la prestation à
accomplir suffit : en indiquant le service promis
(peindre un mur – construire une maison), on satisfait
à l’obligation de détermination de l’objet. Encore faut-
il que les indications soient suffisamment précises
pour que le débiteur sache à quoi il s’engage.
Ainsi, la Cour de cassation a considéré que
l’obligation du débiteur de « faire un geste » en faveur
d’un tiers manquait de précision, et que le contrat
devait être annulé pour indétermination de l’objet
(Cass. com. 28 février 1983, Bull. civ. IV, n° 86).
* Si le contrat porte sur une chose matérielle (il
s’agit alors principalement d’une obligation de
donner) il faudra préciser la nature de l’obligation
(transférer la propriété, par la vente, l’échange ou la
donation), et préciser en outre quelle est la chose
matérielle qui doit être donnée.
=> Cette précision permettra de vérifier que la
chose existe, qu’elle appartient bien à celui qui
s’engage à en transférer la propriété
Si le contrat porte sur une chose matérielle, deux
situations peuvent se présenter :
– si la chose est ce que l’on appelle un corps
certain, c’est-à-dire une chose qui a une identité
propre (un tableau, bijou de famille, vin millésimé)
alors la simple désignation de la chose suffit :
telle maison, telle voiture.
– si la chose est une chose fongible (qui se
remplace) ou « chose de genre » (du blé, une
marchandise de série), c’est-à-dire une chose qui se
compte, se pèse ou se mesure, et qui
interchangeables avec d’autres choses de la même
espèce, alors il faudra non seulement désigner
l’espèce à laquelle cette chose appartient (ex : du
blé, du sable, du vin, en précisant le cas échéant la
qualité), mais aussi, selon les termes de l’article
1129 du Code civil, sa quotité, c’est-à-dire en gros sa
quantité (une tonne, deux litres, 3 euros).
Ainsi, un contrat devente de farine, sans autre
précision, est dépourvu d’objet.
– L’article 1129 du Code civil exige que
la quotité soit déterminée au moment de
la conclusion du contrat, ou, au moins
déterminableà condition que les
éléments permettant de le déterminer
soient suffisamment précis
– Ex. : vente dont le prix sera fixé
ultérieurement en fonction du cours
boursier
– importante jurisprudence : cas des
contrats cadre
– stipulant une
clause d’exclusivité
(ex. contrat de
distribution entre une
compagnie pétrolière et
un pompiste)
– article 1129 : pas
applicable à la
détermination du prix
selon la
Jurisprudence (pas
d’annulation du
contrat) : ex. Cour de
cassation Assemblée
Plénière. 1er
décembre 1995
C/ L’objet doit être licite et moral
(article 6 et 1128)
Article 6du Code civil qui énonce qu’« on ne peut
déroger par des conventions particulières aux lois qui
intéressent l’ordre public et les bonnes mœurs ».
Article 1128 : application particulière de l’article 6 :« Il
n’y a que les choses qui sont dans le commerce
qui puissent être l’objet des conventions »
Ex: Interdiction de conclure aucun contrat sur les
choses « hors du commerce », que l’on appelle
aussi les choses indisponibles.
Sont en général hors du commerce:
– Les choses dangereuses ou choses dont le
commerce est interdit ou restreint en vue de la
protection de la santé publique (les remèdes secrets,
les substances vénéneuses, la drogue, les animaux
atteints de maladies contagieuses.
Mais : limites car certaines personnes (pharmaciens)
peuvent acheter des drogues.
– Les choses « sacrées », commela famille,
l’état civil ou lecorps humain, qui sont
considérés comme indisponibles.
– On parle du principe de l’indisponibilité du
corps humain
Ex: on ne peut vendre ou donner ou renoncer aux
droits attachés à ses liens de filiation, ni son nom ou
sa nationalité. Possibilité de changer de nom à
certaines conditions.
Ex 2: on ne peut en principe faire aucun contrat
portant sur son corps. C’est au nom des articles 6 et
1128 que la Cour de cassation a ainsi annulé les
conventions de mère porteuses, en estimant qu’elles
contrevenant à la fois au principe de l’indisponibilité
du corps humain (celui de la mère et celui de l’enfant)
qu’à celui de l’état civil (nom de l’enfant). Solution en
partie reprise dans l’article 16-7 du Code civil.
NB : Multiplication des exceptionsau principe
d’indisponibilité du corps humain :dons de sang,
d’organes et de gamètes, possibilité de céder un
embryon issu d’une P.M.A. et, bientôt, de faire des
expérimentations dessus…
=) L’humain n’est pas une chose, mais détaché
du corps, il devient une chose
– la loi du 29 juillet 1994 réglemente la cession
et l’utilisation des produits du corps humain, y
compris les embryons. La seule chose qui
reste du tabou originaire est l’interdiction de
toute contrepartie pécuniaire (article 16-5du
Code Civil.).
– une directive CEE du 14 juin 1989 du conseil
des communautés européennes qualifiant le
sang et le plasma humains de matières
premières et leurs dérivés de
« médicaments »
§ 2 : L’équivalence des
prestations : la lésion
La lésion est le préjudice résultant, pour l’une des
parties à un contrat, d’un défaut d’équivalence entre
l’avantage qu’elle obtient et le sacrifice qu’elle
consent. Un vendeur est lésé s’il vend trop bon
marché ; un acheteur, s’il paie trop cher.
Le problème est de savoir s’il y a dans la
lésion une cause de nullité du contrat, ou au
moins de modification par le juge des
conditions stipulées dans la convention.
A/ Le principe
Le Code civil considère que, en principe, la lésion
n’affecte pas la validité des contrats.
La raison en est que, conformément au principe
d’autonomie de la volonté, les parties ont
librement fixé les prestations respectives
Faisant prévaloir la liberté contractuelle, le droit
refuse d’annuler le contrat sur des considérations de
valeur comparée des prestations réciproques.
B/ Les exceptions
En droit positif, aux termes de l’article 1118 du
Code civil « la lésion ne vicie les conventions que
dans certains contrats et à l’égard de certaines
personnes » :
– à l’égard de certaines personnes : la plupart des
actes accomplis par un incapable (les mineurs et les
majeurs en tutelle) sont susceptibles d’annulation (on
parle alors de rescision) de l’acte s’il est démontré
que l’acte est lésionnaire : mineurs non émancipés
(article 1305du Code Civil.)
– dans certains contrats : Initialement, et
conformément à la tradition romaine, le Code civil ne
prévoyait que deux cas : le partage pouvait être
rescindé en cas de lésion de plus du quart (famille)
(article 887, al. 2), et la vente d’immeuble,
rescindable en cas de lésion de plus des 7/12ème
(patrimoine) (article 1674).
Des dispositions légales sont par la suite intervenues,
pour sanctionner la lésion dans contrats aussi divers
que variés : vente d’engrais, contrat d’assistance
maritime, prêt à intérêt… (+ article 491-2 ; article 510-
3)
La sanction varie selon les cas, mais les lois
ultérieures préfèrent la révision du prix que la
rescision pure et simple.
Résultats: multiplication des systèmes
particuliers, perte de cohérence.
* *
L’objet doit donc être certain, déterminé ou
déterminable et licite, sans qu’il soit en principe
nécessaire que l’objet d’une obligation soit d’une
valeur équivalente à l’objet de la prestation
réciproque.
Sous-Section 2 : La
cause
Analyser le consentement répond à la question : est-
ce que les parties ont voulu s’engager?
Analyser l’objet répond à la question : à quoi les
parties ont-elles voulu s’engager ?
Analyser la cause est répondre à la question :
pourquoi les parties ont voulu le contrat ?
Or, l’article 1108 du Code Civil subordonne la
validité d’une convention à l’existence d’une
cause licite dans l’obligation et les articles 1131 et
suivants reprennent cette exigence en la
précisant.
La cause, est la justification du contrat.
L’existence de la cause (§1) et sa licéité (§2)
§ 1 : L’existence de la cause
Aux termes de l’article 1131 du Code Civil
« l’obligation sans cause, ou sur une fausse
cause… ne peut avoir aucun e"et ».
Remarque : la notion de « fausse cause » suppose
une erreur du débiteur, qui a cru à une cause qui
n’existait pas. Cette notion n’est donc qu’un cas
particulier d’absence de cause, et ne fera pas l’objet
d’un traitement particulier. Le cocontractant croyait
que la cause existait alors qu’elle n’existait pas. Par
exemple : j’achète un débit de boissons en ignorant
que l’administration en interdit l’exploitation.
A/ La notion de cause objective
Systématisée sous l’Ancien droit par le juriste
DOMAT, cette théorie consiste à définir la cause
comme le but en vue duquel les parties ont
contracté.
Mais ce but est un but objectif, spécifique à chaque
type de contrat, et indépendant des mobiles
personnels des parties.
– Ainsi, dans les contrats synallagmatiques,
l’obligation de chaque partie a pour cause celle qui
est assumée par l’autre partie : les obligations
réciproques se servent mutuellement de cause.
Ex: Dans la vente, l’obligation du vendeur a pour
cause le paiement du prix par l’acquéreur.
Inversement, l’obligation de l’acquéreur a pour
cause le transfert de la propriété par le vendeur.
En fait, l’objet de l’obligation de l’une des parties
constitue la cause de l’obligation de l’autre partie;
– Dans les contrats unilatéraux à titre onéreux,
l’engagement de la partie qui s’oblige a pour cause la
prestation antérieurement assumée par l’autre.
Ex: Contrat de prêt = contrat réel. L’obligation de
l’emprunteur (rendre avec intérêt) a pour cause la
remise des fonds prêtés.
– Dans les contrats unilatéraux à titre gratuit, la
cause ne peut être que la volonté de faire un
sacrifice sans contrepartie : ici, la cause réside
dans l’intention libérale du donateur.
B/ L’utilité de la notion de cause
objective
La théorie classique de la cause permet de
faireannuler l’entier contrat s’il s’avère que la cause
de l’une ou l’autre obligation n’existe pas.
Ainsi, le contrat de vente sera annulé si la chose
vendue n’existe pas, ou qu’elle n’appartient pas
au vendeur. L’objet de l’obligation du vendeur est
inexistant, le contrat doit donc être annulé. Avec la
disparition de l’objet de l’obligation du vendeur
disparaît la cause de l’obligation de l’acheteur, qui
doit donc également être annulé => le contrat
disparaît.
=> La théorie de la cause, comme celle de l’objet,
permet de mettre en valeur l’interdépendance des
obligations, et permet également d’éviter qu’une des
prestations subsiste après annulation de l’autre. Sans
la théorie de la cause, l’acquéreur resterait tenu de
payer le prix bien que l’objet vendu n’existe pas. La
cause joue ici comme un instrument d’équité, pour
éviter qu’une partie reste tenue alors que l’autre est
déliée.
Les tribunaux annulent aussi pour absence de cause
les contrats où la prestation promise par l’une des
partie ne présente aucune utilité pour l’autre, ou
qu’elle est privée de son principal intérêt.
Ex TD: Contrat Chronopostcontient une clause
qui limite l’indemnité due en cas de retard dans la
livraison. La Cour de cassation a estimé que
l’obligation essentielle de Chronopost était de
livrer dans un délai déterminé et que la clause de
limitation de responsabilité avait pour effet de
priver de tout intérêt la souscription du contrat
par le client (je paie plus cher que La Poste pour avoir
un service rapide et sûr – si une clause limite la
responsabilité de Chronopost en cas de retard, je
paie en fait pour rien, puisque je n’ai aucune
garantie).( arrêt Chronopost rendu par la Ch. com., le
22 octobre 1996 (Bull. civ., IV, n°261 ; D. 1997, 121 ;
Rép. Defrénois 1997, 333, n. D. Mazeaud).)
=> la clause privait de cause l’obligation du client.
La Cour de cassation refuse d’en faire
application, en la réputant non écrite.
Souhaitant participer à une adjudication
(concours), une société remet une enveloppe
renfermant sa soumission à la société
Chronopost qui s’engage à la faire parvenir au
destinataire, au plus tard le lendemain de son
envoi avant midi. « Maître du temps », selon la
publicité bien connue, Chronopost contracte
ainsi, en contrepartie du surcoût payé par
l’expéditeur, une obligation de célérité et de
ponctualité. L’enveloppe étant parvenue à son
destinataire après l’heure promise, c’est-à-dire
trop tard pour être admise dans la procédure
d’adjudication, l’expéditeur réclame réparation
de son préjudice à Chronopost. Celui-ci lui
oppose une clause du contrat qui limite
l’indemnisation du retard au prix du transport
acquitté. Se fondant sur l’article 1131 du Code
civil, la Cour de cassation décide que la clause
limitative de responsabilité doit être réputée
non écrite car elle contredit la portée de
l’engagement pris par Chronopost,
« spécialiste du transport rapide garantissant
la fiabilité et la célérité de son service ». En
d’autres termes, en limitant à une somme
forfaitaire faible l’indemnisation due par
Chronopost en cas d’inexécution de son
obligation de rapidité et de fiabilité, le contrat
prive de cause l’engagement de l’expéditeur,
car le supplément de prix payé pour l’envoi du
pli avait pour contrepartie l’obligation pour un
professionnel du transport rapide de livrer en
temps et en heure.
C/ Preuve et sanction de l’existence
de la cause
– preuve
Le plus souvent, le titre qui constate l’obligation du
débiteur en indique aussi la cause : dans l’acte de
vente, la cause de l’obligation de l’acheteur résulte de
la mention de la chose vendue ; la seule production
du titre établit la cause. Si le débiteur soutient que la
cause est absente par ce que la chose, objet de
l’obligation du vendeur n’existe pas, il lui appartiendra
de le démontrer.
Mais il se peut que le titre n’indique pas la cause :
« je reconnais devoir à X la somme de « tant » » ; or
une promesse de payer n’est juridiquement efficace
que si elle est motivée (par une intention libérale, par
exemple). L’instrumentum n’indique pas la cause
mais son existence est présumée du seul fait que la
promesse est produite. Le débiteur qui veut se
soustraire à son obligation devra démontrer l’absence
de cause. (cf. interprétation donnée à l’article 1132,
Code civil)
– Quant à la sanction, la jurisprudence se
prononce pour une nullité absolue, le contrat
étant dépourvu d’un de ses éléments
essentiels.
Mais =) Cour de cassation chambre Civ. 1re, 9
novembre 1999 (D.2000, 507) : la nullité d’un
contrat d’assurance pour absence d’aléa est une
nullité relative. Fait prévaloir le fondement de la
protection sur gravité du vice qui affecte l’acte
Approbation doctrine : l’absence de cause (ou le
défaut de contrepartie) n’a de sens que par rapport
au contractant qui s’est engagé en pure perte. La
nullité est donc protectrice de ses seuls intérêts.
Donc : nullité relative.
Mais parfois, plutôt que d’anéantir le contrat dans sa
totalité, certaines décisions récentes se contentent de
réputer non écrite une clause particulière au motif que
celle-ci prive l’un des contractants de la contrepartie
nécessaire.
On est alors en présence d’une nullité partielle
qui s’explique par le fait que l’annulation totale
du contrat se retournerait contre celui que le
juge entend protéger. Par ce biais, la
jurisprudence parvient à supprimer des
clauses abusives dans des hypothèses où
l’article. L. 132-1, Code de la consommation,
n’est pas applicable, le contrat ayant été
conclu entre deux professionnels.
+ Cour de cassation, Chambre Civil 1re, 20 février
2001, Société Cubic Défense c./ CCI, Bull. civ., I,
n°39 (contrats – cause – absence) =) Dès lors que la
Cour d’appel retient que la demande en nullité du
contrat pour défaut de cause ne visait que la
protection des intérêts de la partie demanderesse,
elle justifie sa décision soumettant cette nullité
relative à la prescription de 5 ans de l’article 1304du
Code Civil.
* *
Le problème est que la théorie classique de la cause
permet de vérifier l’existence de la cause, mais ne
permet pas d’assurer une protection parfaite de
l’ordre public et des bonnes mœurs.
Certains contrats sont réguliers quand on les
envisage objectivement, mais ont été
subjectivement déterminés par la recherche d’une
fin illicite ou immorale.
Exd’un contrat de vente d’un immeuble.
L’immeuble existe, le transfert de propriété s’effectue,
le prix est payé. Au regard de la théorie classique, le
contrat est parfaitement valable. Mais si l’acquéreur a
acheté l’immeuble dans le but d’y installer une
maison de tolérance (maison close), en principe
prohibé par la loi du 13 avril 1946 => la notion
objective de cause est souvent impuissante à annuler
des contrats conclus à des fins illicites ou immorales.
D’où naissance d’une autre théorie moderne de la
cause, qui est venu pallier les insuffisances de la
théorie classique.
§ 2 : La licéité et la moralité de
la cause
Il ne suffit pas que la cause existe, il faut encore
qu’elle soit licite.
Article 1131 du Code civil : « L’obligation… sur
une cause illicite, ne peut avoir aucun effet »
Le contrôle de la licéité de la cause permet de
vérifier la rectitude des mobiles des contractants.
Cette condition n’est pas posée dans un souci de
protection des intérêts individuels mais dans un
souci de protection de l’intérêt général.
De fait, il est précisé :
Article 1133 du Code civil: « La cause est illicite
quand elle est prohibée par la loi, quand elle est
contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs ».
C’est surtout ici la cause subjective, lointaine, qui
permettra d’examiner la licéité de la cause.
=) Ainsi, l’achat ou la location d’un immeuble,
considéré objectivement, est toujours licite. Mais ce
qui pourra ne pas l’être, c’est la destination concrète
que l’acquéreur entend donner à l’immeuble (y établir
une maison de tolérance, par exemple).
A/ La notion de cause subjective
(Ou cause du contrat)
Selon les auteurs modernes, approuvés par la
jurisprudence, lorsqu’il faut apprécier la licéité de la
cause, il ne s’agit plus d’examiner la cause de
l’obligation, mais la cause du contrat, ou cause
subjective, c’est-à-dire les mobiles qui ont conduits
les parties à conclure la convention. Si ces mobiles
sont contraires à la loi, à l’ordre public ou aux bonnes
mœurs, le contrat sera nul.
– Ex : Comprise comme l’intention libérale, la
volonté abstraite de gratifier une personne, la cause
sera toujours licite. Ce qui pourra ne pas l’être, ce
sont les mobiles, les motifs qui animent le disposant,
par exemple obtenir une faveur, des services que la
loi ou la morale réprouvent. On décidait par exemple
traditionnellement qu’une donation faite à une
concubine était nulle si elle avait pour cause, dans la
pensée des contractants, l’établissement ou le
maintien de rapports immoraux.
Voir arrêt Civ. 1, 3 février 1999
En réalité, tous les mobiles ne sont pas pris en
compte, et la Jurisprudence pose deux conditions
à l’annulation du contrat : (mais en réalité,
aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une)
1- Le mobile retenu doit être la « cause impulsive
et déterminante » du contrat,c’est à dire celle qui a
conduit la partie à conclure le contrat. Sans laquelle
le contrat n’aurait pas été conclu ;
2- Ce motif déterminant doit avoir étécommun aux
deux parties, i.e. le dessein illicite ou immoral doit
avoir été connu de l’autre partie (cf. erreur commune :
le contractant de bonne foi ne doit pas se voir
imposer une annulation fondée sur une illicéité ou
une immoralité dont il ne s’est pas aperçu).
Par là, il ne fallait pas entendre l’exigence d’une fin
commune poursuivie par les deux parties mais
seulement celle d’un motif entré dans le champ
contractuel (Civ. 1re, 12 juillet 1989). On voulait ainsi
assurer la sécurité des relations juridiques et protéger
le cocontractant de bonne foi. Celui-ci n’avait pas à
supporter une annulation fondée sur un motif illicite
ou immoral qu’il n’a pas connu.
Cette solution avait toutefois suscité de vives
critiques. Visant à contrôler la conformité de la
convention à l’ordre public, l’exigence d’une cause
licite intéresse au premier chef l’intérêt général. Or,
en exigeant que le mobile illicite ou immoral qui
anime l’un des contractants ait été connu de l’autre, la
solution présentait l’inconvénient de raréfier les
annulations et aussi d’atténuer son rôle moralisateur.
De plus, même du point de vue des intérêts
particuliers, la solution retenue n’était pas plus
satisfaisante lorsque le demandeur en nullité n’était
pas celui qui connaissait le mobile illicite, mais celui
qui l’ignorait. Donc, loin de protéger le contractant
irréprochable, l’exigence d’un mobile illicite commun
aux deux parties se retournait contre lui.
Aussi certains auteurs ont-ils proposé qu’on ne
préoccupe pas de savoir si le but illicite avait été
connu de l’autre partie.
=) Cette suggestion a finalement été entendue et une
nouvelle solution a été posée dans un arrêt de la
Civ. 1re, 7 octobre 1998, époux Malvezin (D. 1998,
563, concl. Sainte-Rose ; 1999, somm., 110, obs.
Delebecque, chron. Tournafond, p. 237 ; J.C.P. 1998,
II, 10202, n. Malville ; 1999, I, 114, obs. Jamin ;
Rép. Defrénois 1998, 1408, obs. D. Mazeaud).
=) La Cour de cassation a en effet posé qu’un
contrat pouvait être annulé pour cause illicite ou
immorale même lorsque le motif qui a déterminé
l’une des parties à conclure ce contrat n’a pas été
connu de l’autre.
Il est à noter cependant que l’exigence d’un motif
immoral connu des deux parties n’était posée que
pour les contrats à titre onéreux. Pour les libéralités, il
suffisait et il suffit toujours que le mobile illicite ait été
déterminant dans l’esprit du disposant.
B/ La conformité de la cause à
l’ordre public et aux bonnes mœurs
Pour pouvoir apprécier la licéité de la cause, il faut
d’abord encore savoir ce que contient la notion
d’ordre public et de bonnes mœurs.
Contrairement à ce que pourrait laisser penser
l’article 6 du Code civil (« on ne peut déroger par des
conventions particulières aux lois qui intéressent
l’ordre public et les bonnes mœurs »), ces notions ne
trouvent pas uniquement leur source dans la loi, et il
n’est pas exigé qu’un texte soit enfreint pour que la
nullité soit prononcée.
La Jurisprudence a également un rôle non
négligeable dans la détermination de ce qui
donne uncaractère « illicite » à l’objet ou à la
cause d’un contrat. Cela est particulièrement vrai en
ce qui concerne la notion de bonnes mœurs, qui a
une connotation principalement morale, et à propos
de laquelle peu de textes ont été adoptés. Cela est
également vrai pour l’Ordre Public car, si la loi énonce
parfois expressément le caractère impératif d’une
disposition (ex, article 1388, qui dispose que les
époux ne peuvent déroger aux droits et obligations
découlant du mariage et de l’autorité parentale), cette
précision fait souvent défaut, et c’est alors la
Jurisprudence qui donne à la règle son caractère
impératif).
Si on ajoute à cela le fait que l’Ordre Public et les
Bonnes Mœurs sont des notions variables dans le
temps, on comprend qu’il soit difficile d’en
dresser une liste exhaustive.
Pour se faire une idée de ce que représente cette
notion, on peut dire d’abord que les bonnes mœurs
font partie intégrante de l’ordre public. On ne
sanctionne les conventions contraires aux bonnes
mœurs que parce qu’elles portent atteinte à l’Ordre
Public.
Reste à définir ce qu’est l’Ordre Public. On a coutume
de distinguer l’Ordre Public classique à l’Ordre Public
économique et social.
1) L’ordre public traditionnel
L’ordre public traditionnel est un OP politique. Il
tend à sauvegarder des principes permanents de
civilisation. A travers ces principes, on vise à protéger
trois institutions particulières, qui sont considérés
comme les piliers de la société :
1°) L’Etat et les services publics: la plupart des lois
constitutionnelles, fiscales et pénales sont d’Ordre
Public ;
2°) La famille: les particuliers ne peuvent ni créer
leurs rapports de famille dans des conditions
différentes que celles prévues par la loi, ni leur faire
produire d’autres effets. Ex : article 1388 du Code
civil précité ; nullité des conventions de séparation
amiable des époux ; nullité des conventions de mère
porteuses, cf. TD.
3°) La morale :
– nullité des conventions qui portent atteinte au
respect dû à la personne humaine (jeter de nains ;
convention de strip-tease ; racolage) ;
– nullité des conventions qui tendent à la réalisation
d’un gain immoral (le gagnant au jeu ne peut pas agir
en justice contre le perdant qui ne l’a pas payé ;
– nullité des conventions contraires à la morale
sexuelle (contrats tendant à l’établissement ou à
l’exploitation d’une maison de tolérance)
On touche là à la notion de Bonnes Mœurs, et à son
caractère très évolutif.
Evolution jurisprudentielle très fameuse : Jusqu’à
février 1999,la Jurisprudence considérait comme
nulles les libéralités entre concubins qui avaient pour
objet d’établir, de maintenir ou de rétablir les relations
sexuelles entre les deux. De même, la Jurisprudence
considérait comme nulle la libéralité faites pour
entretenir des relations adultères.
Le 3 février 1999, la Cour de cassation a mis un
terme à cette jurisprudence, en considérant que
« n’est pas contraire aux bonnes mœurs la cause de
la libéralité dont l’auteur entend maintenir la relation
adultère qu’il entretient avec le bénéficiaire ».
2) L’ordre public économique et
social
La naissance de l’OPES correspond au déclin du
libéralisme, et de l’autonomie de la volonté. Il est
l’instrument des réformes sociales, et vise à intervenir
dans les rapports pécuniaires des individus, pour les
rendre plus équitables, ou pour mieux les ordonner
en considération de l’intérêt général.
Cet Ordre Public est d’origine légale plus que
jurisprudentielle. Il se traduit par la multiplication des
dispositions impératives
On a coutume de distinguer, dans l’Ordre Public
Economique et Social, deux sous-catégories, en
fonction de l’objectif poursuivi :
– l’Ordre Public Economique et Socialde direction, qui
tend à réaliser une organisation et un équilibre
économique : ex : réglementation des prix et de la
concurrence ; Ces règles sont édictées dans l’intérêt
général.
– l’Ordre Public Economique et Socialde protection,
qui vise à assurer la protection de la partie la plus
faible, dans les contrats où il existe une forte inégalité
entre les parties. Ex : réglementation en matière de
droit du travail, ou de droit de la consommation ; Elles
sont prises au profit d’un intérêt particulier.
Mais il est souvent difficile de distinguer ce qui relève
de l’une ou de l’autre catégorie, parce que les
objectifs sont souvent mêlés (augmentation des
salaires => protection et augmentation du pouvoir
d’achat), comme il est parfois difficile de distinguer
OP traditionnel de OPES. Les distinctions ont
pourtant quelques implications en ce qui concerne
lanature de la nullité encourue, c’est ce qu’on va voir
maintenant.
C/ preuve et sanction de la cause
illicite
– preuve
Quant à la licéité, la cause est présumée
licite ; il appartient à celui qui prétend qu’une
cause est illicite de le démontrer. Par conséquent,
c’est sur le débiteur que pèse la charge de la
preuve, car il a intérêt à faire annuler le contrat.
En général, il peut faire cette preuve par tous
moyens, sans que l’illicéité ou l’immoralité
ressorte nécessairement de l’acte, textuellement
et intrinsèquement.
– sanction : nullité absolue
On justifie cette solution en suggérant qu’un contrat
dépourvu de cause serait contraire à l’intérêt général
car il ne remplirait pas sa fonction sociale d’échange.
En revanche, alors que l’annulation d’un contrat
implique en principe la restitution mutuelle des
prestations, le contrat annulé pour cause immorale a
cette conséquence que celui qui se prévaut de son
immoralité ne peut obtenir la restitution de sa
prestation (nemo auditur…)
De tout ceci on s’aperçoit et on mesure l’importance
de la licéité de la cause. La cause est en effet le
moyen juridique essentiel qui permet de contrôler la
conformité du contrat à l’ordre public et aux bonnes
mœurs
Chapitre 2 : la forme du contrat
=) La forme du contrat est en principe libre
=)c’est le principe du consensualisme
=) Un contrat est valable et efficace même s’il n’a
pas été « signé ».
– On se fie alors au respect de la parole
donnée. Le principe assure aussi la rapidité des
transactions.
– Dangers : risque de s’engager à la légère,
sans avoir mesuré la portée de l’engagement
=) c’est pourquoi notre droit positif a instauré un
minimum de formalisme. Le formalisme s’oppose
au consensualisme.
=) deux fonctions à ce formalisme :
exigé parfois pour la validité même du contrat
Sanction= nullité du contrat
exigé parfois pour la seule efficacité pratique du
contrat : preuve, publicité du contrat
Sanction= le contrat n’est pas nul,
mais sa portée reste limitée : le contrat
mais ne pourra être prouvé, exécuté,
etc.
Section 1 : La forme
exigée pour la validité du
contrat
=) Lorsqu’une forme est imposée à titre de condition
de validité du contrat, on dit que le contrat est un
contrat solennel.
=) Le but de ce formalisme est de protéger les
parties ou l’une d’elles.
Mais le principe étant le consensualisme, seul un
texte peut imposer une exigence de forme.
Ex : loi du 3 janvier 1967 qui exige que les ventes
de navires soient faites par écrit « à peine de
nullité ». (Il peut y avoir quelques doutes lorsque la loi
exige un écrit mais sans préciser qu’il l’est « à peine
de nullité »)
Il y a plusieurs formes possibles :
– l’acte notarié : le notaire est censé éclairer les
parties sur la portée de leur engagement
=) donations (article 931) ; contrat de mariage
(article 1394)
Remarque : la vente d’immeublen’est pas un
contrat solennel, même si en pratique elle est
conclue par acte notarié pour les besoins de la
publicité foncière.
– l’acte écrit, sous seing privé : c’est un écrit
qui peut revêtir n’importe quelle forme (même un
simple bon de commande).
– Mais souvent, les textes exigent aussi
desmentions impératives : indication des résultats
des 3 dernières années dans la vente de fonds de
commerce ;
– Ils peuvent exiger aussi des formulaires
annexes : formulaire détachable de réponse ou
de dédit (démarchage à domicile, crédit mobilier)
– On peut encore exiger des mentions
manuscrites : pour la caution (personne
physique) d’un prêt
Sanction de ces exigences : nullité du contrat ou
bien la clause peu lisible, par exemple, sera réputée
inexistante.
Autres formalités exigées pour la validité du
contrat :
– contrat réel : ce contrat ne se forme
définitivement que par la remise de la chose :
dons manuels, gage (article 2073), prêts d’argent
consentis par des particuliers (article 1875 et
1892) (mais autres prêts d’argent, dépôt, sont
devenus des contrats consensuels)
La remise de la chose s’appelle « tradition »
– contrats soumis à autorisation ou
homologation : contrat modifiant le régime
matrimonial (article 1397) ; vente des éléments
d’actif d’une entreprise en difficulté (art. L. 622-16
du code de commerce), à peine de nullité
absolue.
– autorisations administratives préalables à la
vente de certains biens, tels que les immeubles
classés monuments historiques, les HLM, les
immeubles intégrés dans un périmètre de rénovation
urbaines. Idem pour les offices ministériels, ou les
biens destinés à être vendus aux enchères.
– Exigence d’une notification au bénéfice des
personnes bénéficiant d’un droit de préemption
(preneur du bail rural, Musées nationaux, SAFER,
locataire de l’immeuble, etc…)
– Formalités civiles diverses : la loi du 11 juillet
1975 sur la sous-traitance, qui impose de fournir
au sous-traitant une caution bancaire
– Exigences d’ordre fiscal : en principe
l’enregistrement d’un acte n’entraîne que des
sanctions d’ordre fiscal, mais exceptionnellement,
la formalité est exigée pour la validité : les
promesses unilatérales de vente portant sur des
immeubles ou des fonds de commerce doivent
être enregistrées dans les dix jours (article
1840 A, CGI)
Section 2 :
La forme exigée pour
l’efficacité du contrat
En dehors des cas limités que nous venons de
voir, le contrat est valable dans tous les cas, du
seul fait de l’échange des consentements, sans
autre formalité.
D’ailleurs, le terme « contrat » désigne l’accord
juridique ; on devrait utiliser le terme « acte » pour
désigner le document écrit.
Principe du consensualisme
Exceptions : des formes peuvent être exigées.
Pour : preuve, exécution, opposabilité
1 : Formalisme pour la preuve du
contrat
Lorsqu’une forme est imposée pour la preuve du
contrat, on dit que la condition est requise ad
probationem.
Il faut prouver existence du contrat et contenu du
contrat.
Plusieurs questions à résoudre (rappel du cours
de 1re année) : charge de la preuve (article 1315),
etc.
Cas où l’écrit est exigé :
– contrats supérieurs à 800 € (article 1341).
Autres modes de preuve non recevables.
Exception : contrats conclus par un
commerçant (article 109, C. com. ; L. 110-
3) ; impossibilité de l’écrit ; CPE
– cautionnement (article 2015) ; contrat
d’apprentissage (art. L. 117-12, C. trav.)(VERIF)
Notion d’écrit :
– Depuis la loi du 13 mars 2000, de nouvelles
dispositions du Code civil (article 1316 à 1316-
4) admettent l’écrit sous forme électronique,
au même titre que l’écrit sur support papier
– Acte authentique : reçu par un officier public, il
fait foi jusqu’à inscription de faux
– Acte sous seing privé
2 : Formalisme pour
l’opposabilité du contrat.
En principe, tous les actes juridiques sont
opposables aux tiersdu fait même de leur
conclusion. Mais la loi impose parfois certaines
formalités particulières destinées à informer les
tiers de l’existence de l’acte, et ces formalités
sont érigées en conditions d’opposabilité de
l’acte.
Il existe encore parfois des exigences de
publicité, notamment pour les biens stables et
importants :
– les ventes d’immeubles font l’objet d’une
publicité foncière. Tant que cette publicité n’est
pas assurée, les tiers sont en droit de faire
comme si l’acte n’avait pas été conclu, et que
l’immeuble était resté la propriété de l’acquéreur.
– inscriptions, immatriculations : fonds de
commerce, avions, navires, automobiles, brevets,
marques, chevaux de course, société…
De même les transferts de droit sur ces biens doivent
être transcrits pour être opposables aux tiers.
=> Bien distinguer les différentes conditions de forme,
en fonction de l’objectif en vue duquel elles sont
édictées : Ni les formalités probatoires, ni celles qui
sont requises pour l’opposabilité aux tiers n’ont
d’influence sur la validité de l’acte. Seuls les
contrats solennels sont nuls en cas d’irrespect
des conditions de forme.
Sous-Titre 2 : La sanction
des conditions de
formation du contrat : La
nullité du contrat
Il n’existe aucun contrôle préventif (le risque n’est
pas non plus exclu dans les contrats solennels)
Seule une sanction intervenant a posteriori est
concevable : il faudra annuler le contrat irrégulier, de
manière à le priver d’effet, et à détruire ce qu’il avait
créé.
Inconvénients= annulation est toujours préjudiciable
pour une des parties, et elle l’est souvent pour les
tiers.
Sanctions possibles / non respect des conditions
de formation du contrat =
– La nullité
– La sanction pénale
– Les dommages- intérêts : règles de
responsabilité civile = comportement fautif d’une
des parties, dans la mesure où celui-ci a causé
un dommage à l’autre.
Mais avant d’aller plus avant, il convient de préciser la
notion et de la différencier d’autres notions voisines.
Ensuite : mise en œuvre des nullités et
conséquences de la nullité
Section 1 : La notion de
nullité
Définition/ distinction
§ 1 : Définition de la nullité
Définition: La nullité se caractérise par deux
éléments fondamentaux : ses causes et ses effets
=) Quant aux causes qui la provoquent
– Absence d’une des 4 conditions de
formation du contrat (conditions de
fond : consentement, capacité, objet,
cause)
– Dans les contrats solennels,
l’inobservation des formes requises
sera une cause supplémentaire de nullité.
– Dans les contrats spéciaux, d’autres
conditions pourront être érigées par la loi
ou par la Jurisprudence comme des
conditions de formation du contrat
nécessaires à sa validité.
=) Distinction : nullité / caducité, qui vient frapper
le contrat lorsqu’une condition de validité du
contrat vient à disparaître en cours de contrat.
Ex: Le contrat de location est valable, mais le local
loué est détruit en cours de bail : l’objet disparaît ; le
contrat est caduc.
=) Distinction nullité/ résolution, qui intervient
lorsque le contrat est valable, mais qu’une des
parties ne l’exécute pas correctement.
Ex: l’acheteur ne paie pas le prix prévu dans le
contrat de vente. Le vendeur peut, à certaines
conditions, demander la résolution du contrat.
=) Quant aux effets produits, la nullité entraîne la
destructionrétroactive du contrat
– Distinction nullité / caducité et de la
résiliation,qui n’ont d’effet que pour l’avenir.
– La résiliation du contrat survient en
cas d’inexécution du contrat, quand
celui-ci est à exécution successive.[Ex :
contrat de travail : on ne peut pas
anéantir le contrat rétroactivement, dans
la mesure où, si le salarié peut
éventuellement restituer les salaires qu’il a
perçus, il est difficile d’envisager que
l’employeur restitue le travail dont il a
bénéficié.]
La résiliation est en fait la résolution des
contrats successifs, elle n’a d’effet que
pour l’avenir.
[Les effets distinguent encore la nullité de
l’inopposabilité, qui a des effets relatifs, c’est-à-
dire qu’ils ne se produisent qu’à l’égard de
certaines personnes. Au lieu d’être considéré
comme n’ayant jamais existé, le contrat
continue de produire ses effets à l’égard des
parties, mais il peut être méconnu par les tiers,
ou par certains d’entre eux. Cela est
généralement le cas quand les formalités de
publicité légale ne sont pas accomplies. Ainsi,
l’hypothèque non publiée reste valable entre
les parties, mais n’est pas opposable aux
autres créanciers du propriétaire de
l’immeuble, qui peuvent refuser de passer
après le créancier hypothécaire lors du
paiement des différentes créances.]
§ 2 : Distinction entre nullité
relative et absolue
La distinction entre nullité relative et nullité absolue
est une distinction fondamentale, qui repose
essentiellement sur la nature des intérêts protégés
par la nullité.
– La nullité absolue du contrat : parmi les
dispositions légales, certaines tendent à assurer la
sauvegarde de l’intérêt général. C’est le cas
lorsque l’objet ou la cause sont contraire aux bonnes
mœurs ou à l’Ordre Public politique *, ou à l’Ordre
Public économique de direction.
– La nullité relative du contrat : d’autres règles ne
sont édictées que pour assurer la protection d’une
personne déterminée.
=) cas pour les règles relatives à l’absence de
consentement, aux vices de consentement, et
à l’incapacité
=) cas encore lorsque le contrat est annulé
pour absence decause, qui ne préjudicie pas à
l’intérêt général, mais seulement à celui qui
s’engage sans contrepartie.
(cf. : revirement de Jurisprudence Cour de Cassation.
1ère civ. 9 novembre 1999 – SCREG c/ G.F.A. :
Absence d’aléa dans un contrat d’assurance souscrit
après le sinistre => nullité relative, ne pouvant être
demandée que par l’assureur).
=) cas enfin pour toutes les règles qui entrent
dans l’Ordre Public de protection.
[La distinction est toutefoisdifficile à justifier
dans certains cas. Il est notamment souvent
difficile de savoir si les règles de formes sont
édictées pour protéger l’intérêt général ou
l’intérêt particulier. La tendance dominante est
toutefois d’y voir, dans tous les cas, une cause
de nullité absolue.]
=) la distinction nullité relative / absolue est d’une
grande importance pour la mise en œuvre des
nullités.
Section 2 : La mise en
œuvre des nullités
=) qui peut invoquer la nullité ?
=) dans quels délais ?
=) et pour produire quels effets ? (= extinction du
droit d’invoquer la nullité)
§ 1 : Les personnes qui
peuvent invoquer la nullité
Nullité conventionnelle :
– sans avoir recours au juge
– les parties constatent la nullité du contrat, et en
tirent elles-mêmes les conséquences.
Nullité judiciaire :
– le plus souvent, les parties ne sont pas d’accord
sur le principe de la nullité, ou sur les effets de
cette nullité
– Le recours au juge est alors nécessaire.
– peut être demandée par voie d’action, c’est-
à-dire qu’une personne prend l’initiative
d’intenter un procès, pour faire prononcer la
nullité. Ce sera le cas lorsqu’un contractant, qui a
déjà exécuté sa prestation, veut obtenir la
restitution de ce qu’il a fourni.
– peut également être obtenue par voie
d’exception, c’est-à-dire comme moyen de
défense. Ce sera le cas lorsque le défendeur, se
voyant réclamer l’exécution de son obligation,
invoque la nullité du contrat, pour éviter d’avoir à
s’exécuter.
I- LE DROIT d’INVOQUER LA
NULLITE ABSOLUE
– La nullité absolue étant instituée pour
protégerl’intérêt général,
– droit français : principe général de procédure,
« Pas d’intérêt, pas d’action ». (Article 31 NCPC),
qui veut que seules sont admises à agir en justice les
personnes qui ont un intérêt personnel et actuel à agir
Prenant en compte cette nécessité et cette contrainte,
la loi ouvre d’abord le droit d’invoquer la nullité
absolue à « toute personne intéressée ».
Les personnes intéressées sont celles
concernées par l’acte litigieux.
-Les parties à l’acte,
– si incapacité, son représentant légal
– Si la partie décède, son action sera transmise à ses
héritiers
(Distinguer ayant cause à titre universel et
particulier)
=) ayants cause universels (Celui qui a acquis
l’universalité des biens de son auteur ou une quote-
part de cette universalité (héritier légitime – légataire
universel ou à titre universel). Recueille en principe
tous les droits et obligations.).
=) ayants cause à titre particulier des parties au
contrat (Celui qui a acquis de son auteur un ou
plusieurs droits déterminés (acheteur – donataire –
légataire particulier d’une chose ou d’une somme
d’argent) auquel sont transmises les créances
relatives au bien acquis (mais non les obligations).
Ceux-ci sont intéressés dans la mesure où leur
situation est affectée par le contrat conclu par leur
auteur. Ainsi, l’acquéreur d’un immeuble loué, tenu en
vertu de l’article 1743 du Code civil de respecter le
bail conclu par son auteur, pourra se prévaloir de la
nullité de celui-ci.
– Les créanciers des parties seront également
admis à agir en nullité, si le contrat a appauvri leur
débiteur.
– L’action est également ouverte au Ministère
public, dans la mesure où il est chargé de veiller à la
bonne exécution des lois. Il ne pourra toutefois agir
que lorsque la nullité est fondée sur des raisons
d’ordre public : principalement pour immoralité
ou illicéité de la cause.
– Le juge peut enfin soulever d’office la nullité de
l’acte, dans un procès où l’un des plaideurs aurait
négligé de l’invoquer (article 12 NCPC). Le juge est
toutefois tenu de respecter le principe du
contradictoire, et doit inviter les parties à présenter
leurs observations sur la nullité encourue.
II- LE DROIT D’INVOQUER LA
NULLITE RELATIVE
Les nullités relatives sont uniquement destinées à
protéger des intérêts particuliers.
Si la personne protégée ne se sent pas lésée par le
contrat, il n’y a pas de raison d’en prononcer la nullité
dès lors que l’intérêt général n’est pas contrarié.
C’est pourquoi la loi n’ouvre l’action qu’à la seule
partie que la nullité tend à protéger. L’action est au
contraire refusée à l’autre partie.
ex: En matière d’absence ou de vice de
consentement, d’incapacité, ou d’absence de cause,
l’action sera ouverte à la seule partie dont le
consentement a été absent, vicié, ou altéré, ou à
la partie qui souffre de l’absence de cause.
Si la partie est un incapable, l’action en nullité sera
intentée par son représentant légal, ou par l’incapable
lui-même avec l’assistance de son curateur.
L’action est transmise aux héritiers, et peut
éventuellement être exercée par les créanciers de la
personne protégée, si les conditions de l’action
oblique sont réunies.
§ 2 : L’extinction du droit
d’invoquer la nullité
Le droit d’invoquer la nullité n’est pas éternel. La
personne habilitée à invoquer la nullité peut perdre
ce droit, par la confirmation ou la prescription.
A/ La confirmation
La confirmation est l’acte unilatéral par lequel une
personne qui peut demander la nullité d’un acte
renonce à se prévaloir des vices dont celui-ci est
entaché. Il y a renonciation à agir en nullité.
=) distinguer confirmation et régularisation : la
régularisation consiste à valider un acte
initialement nul en lui apportant l’élément qui
manquait. Elle rend l’acte rétroactivement
valable à l’égard de tous.
=) distinguer confirmation et réfection : la
réfection résulte d’un nouvel accord des
parties, analogue à celui qui avait donné
naissance au contrat primitif, mais échappant à
la cause de nullité qui l’affectait.
Ensuite :
– Elle n’est possible que lorsque la nullité
encourue est une nullité relative,
– qui ne concerne pas l’intérêt général. Elle peut
être expresse ou tacite.
– Par exemple, la personne qui exécute
volontairement l’acte, alors qu’elle connaît
l’existence d’une cause de nullité relative, est
considérée comme ayant tacitement confirmé
l’acte, et renoncé par là-même au droit d’invoquer
la nullité.
Deux conditions sont requises pour que la
confirmation produise son effet :
– le confirmant doit avoir connaissance du vice qui
affecte le contrat ;
– il doit avoir l’intention de réparer ce vice ; Cette
intention sera parfois difficile à démontrer, surtout
lorsqu’il est question de confirmation tacite.
Ces deux conditions impliquent que la confirmation
ne peut intervenir qu’après la conclusion de l’acte. On
ne peut confirmer qu’après la naissance du droit
d’agir en nullité : la clause du contrat par laquelle la
partie renonce par avance au droit d’invoquer la
nullité est considérée comme non-écrite.
Enfin,
=) La confirmation n’a qu’un effet relatif, c’est-à-
dire que, si plusieurs personnes étaient admises à
agir en nullité, celles qui n’ont pas confirmé l’acte
conservent leur droit d’agir en nullité.
Ex : colocataires/ nullité du contrat de bail
B/ La prescription extinctive
Lorsque le titulaire d’un droit s’abstient de
l’exercer pendant un certain temps, il perd son
droit d’agir, par l’effet de la prescription
extinctive.
Le délai de prescription varie en fonction de la
nature de la nullité.
– En matière de nullité relative, la prescription est
quinquennale (5 ans).
– Elle est trentenaire en matière de nullité
absolue.
* Point de départ du délai :
=) Principe : le délai de prescription commence à
courir au jour de la conclusion du contrat.
=) Exceptions :
– S’il s’agit d’un VDC, le délai de 5 ans court à
compter de la découverte de l’erreur ou du dol, ou
à compter de la cessation de la violence.
– S’il s’agit d’une incapacité, le délai quinquennal
court contre l’incapable à compter de la majorité
ou de l’émancipation de l’enfant, ou du jour où le
régime de protection a cessé. En revanche, si c’est
lereprésentant légal qui agit au nom de l’incapable, le
délai court dès la conclusion du contrat.
Imprescriptibilité de l’action en nullité exercée par
voie d’exception.
Section 3 : Les
conséquences de la
nullité
Principe :l’annulation du contrat a pour effet de
provoquerl’anéantissement rétroactif du contrat.
Cependant, la réalité est plus complexe :
– l’étendue de la nullité : l’annulation
peut porter sur l’acte tout entier ou sur une
partie de l’acte.
– Les conséquences de la nullité : l’acte
annulé a pu être entièrement ou partiellement
exécuté ; les prestations fournies doivent en
principe être restituées
– Parfois, source de responsabilité :
l’anéantissement de l’acte peut avoir causé à
l’une des parties un préjudice imputable à
l’autre
§ 1 : Etendue de la nullité
Principe : lorsqu’un contrat est vicié, il l’est
normalement dans sa totalité.
Par ex, si le consentement d’une partie fait défaut, ou
si la cause est illicite ou immorale, le contrat est
affecté dans son principe même, et doit donc être
complètement anéanti.
Cependant, l’annulation d’un contrat est un acte
grave. On essaie donc, dans la mesure du
possible delimiter l’étendue de la nullité aux
seules clauses litigieuses.
1. TD, dans l’affaire Chronopost, que les juges
n’ont pas annulé l’entier contrat, mais
uniquement la clause qui limitait la responsabilité
de la société en cas de retard dans la livraison.
Cette clause a été déclarée non-écrite, en ce
qu’elle privait de cause l’engagement du client, qui
ne s’était engagé que parce qu’il comptait sur la
célérité de l’opération =) nullité partielle.
La Jurisprudence s’assure donc, avant de limiter
l’étendue de la nullité à certaines clauses, que
celles-ci n’ont pas constitué la « cause impulsive
etdéterminante » de l’engagement des parties.
S’il s’avère que, sans cette clause, le contrat n’aurait
jamais été conclu, parce qu’il perd tout son intérêt, les
juges prononceront l’annulation de l’entier contrat.
§ 2 : Effets de la nullité
=) Lorsque la nullité est prononcée, l’acte est privé
évidemment d’effets pour l’avenir.
=) Mais la nullité remet aussi en cause les effets que
l’acte a déjà produits. L’acte nul, dit-on, est anéanti
rétroactivement. Il est censé n’avoir jamais existé.
Mais difficultés :
– Il se peut cependant que l’acte ait été déjà exécuté.
La rétroactivité de la nullité postule alors que les
choses soient remises en l’état où elles se trouvaient
au moment de la formation de l’acte.
– Il se peut aussi que l’une des parties ait par
exemple revendu son bien ou l’ait loué à un tiers
Il convient donc d’étudier les conséquences de
l’annulation entre les parties et à l’égard des tiers
1/ Effets de l’annulation du
contrat entre les parties
* si la convention n’a connu aucun
commencement d’exécution : la rétroactivité
n’emporte aucun effet : la dette et la créance
disparaissent simultanément.
* Lorsque l’acte a été exécuté, même
partiellement, les choses doivent être remises dans
le même état que si le contrat n’avait jamais existé.
Chacun restitue en nature ce qu’il a reçu.
Ex: le vendeur rend l’argent, l’acheteur le bien vendu.
* Si la restitution est impossible parce que le bien
a été consommé, ou qu’il a étédétruit, la restitution
se fait par équivalent, c’est-à-dire en argent, à la
valeur du bien au jour de la conclusion du contrat.
Exceptions :
Dans les contrats à exécution successive,
(Ex contrat de travail, contrat de bail)certaines
prestations ne peuvent être restituées en nature :
le travail de l’employé, ou la jouissance des
locaux loués. Dans ce cas, on procédera à une
restitution par équivalent : les salaires ou les
loyers devront être restitués, diminués d’une
indemnité correspondant à la valeur du travail
fourni, ou à la valeur de l’occupation des lieux
pendant le temps où le contrat a été exécuté. Le
plus souvent, l’indemnité est égale aux sommes
devant être restituées, ce qui fait que personne
ne devra rien à personne.
NB : Si l’on se contente des apparences, on pourra
penser que la nullité n’a d’effet que pour l’avenir. Mais
il y a bel et bien eu restitution, absorbée par la
compensation.
Ex: Une entreprise de travail temporaire
(intérim) met du personnel à la disposition
d’une société de BTP. La société de BTP ne
règle pas les factures correspondant à cette
mise à disposition. La société d’intérim assigne
en paiement la société de BTP, qui réplique en
invoquant la nullité du contrat, pour vice de
forme (écrit obligatoire). La CA reconnaît la
nullité du contrat, mais condamne
l’entrepreneur au paiement des factures. Celui-
ci fait un pourvoi, en disant que, si le contrat
est nul, on ne peut le condamner à l’exécuter.
Rejet par la Cour de cassation, qui explique
que, lorsque comme en l’espèce les
restitutions sont impossibles, la partie qui a
bénéficié de la prestation irrépétible doit
s’acquitter du prix correspondant à cette
prestation. Ici, l’entrepreneur devait payer la
somme correspondant aux rémunérations
versées aux salariés par la société d’intérim
pendant la durée du contrat => la somme
payée par l’entrepreneur ne correspond pas à
une exécution du contrat annulé, mais à
l’indemnisation du travail dont il a bénéficié
(bof : en fait cela ne devait pas correspondre
aux factures, car elles prenaient en compte un
bénéfice pour la société).
Mais le juge, appréciant souverainement le
montant de l’indemnité, fixera parfois une
somme différente de celle à restituer (ex :
déduit des salaires à restituer les congés
payés correspondant à la durée de travail
effectué). (Critique Flour et Aubert n° 374)
exception d’indignité:
Dans les contrats annulés pour immoralité, celui
qui invoque la nullité ne peut obtenir la restitution de
ce qu’il déjà exécuté, dès lors qu’il savait que le
contrat conclu portait atteinte aux bonnes mœurs.
Cette règle résulte de deux adages : Nemo auditur
propriam turpitudinem allegans (nul ne peut se
prévaloir de sa propre turpitude) et in pari causa,
turpidudinis cessat repetitio : il n’y a pas lieu à
répétition si les deux parties sont pareillement
associées à la turpitude.
Ainsi, l’acquéreur d’une maison de tolérance, qui
est entré en possession avant le paiement du
prix, pourra à la fois demander la nullité du
contrat, donc être dispensé de payer, et refuser la
restitution de l’immeuble.
Cette règle joue un rôle dissuasif important,
puisqu’elle fait peser une menace sur la partie qui
commence à s’exécuter, celui-ci pouvant craindre que
l’autre invoque la nullité du contrat, et se prévale de la
règle Nemo auditur pour refuser les restitutions.
+ La règle ne joue que si la nullité repose
sur l’immoralité (cause immorale) ; si le
contrat est simplement illicite (ex : si objet hors
commerce), la restitution des prestations peut
être réclamée
De plus la règle ne trouve application qu’en
matière de contrats à titre onéreux, et non
pour les libéralités annulées pour cause
immorale. Le refus de la restitution aurait pour
résultat, cette fois, de donner effet à la
libéralité nulle.
conservation des fruits par le possesseur
de bonne foi(article 549du Code Civil.). La
stricte application de la rétroactivité postulerait
que l’acquéreur d’un bien dont le titre est
annulé restitue non seulement le bien, mais
les fruits perçus depuis son entrée en
possession (ex : loyers, récoltes). L’article
549 lui permet au contraire de les
conserver, sauf s’il était de mauvaise foi,
c’est-à-dire s’il connaissait le vice qui a
motivé l’annulation.
incapables
Lorsque la nullité est demandée par l’incapable,
l’article 1312 ne l’oblige pas à restituer (sinon nullité
n’a aucun intérêt pour lui) ; ne restitue que ce qui a
tourné à son profit. Ex : si a dépensé l’argent reçu, ne
sera pas obligé de le restituer.
2/ Effets de l’annulation du
contrat à l’égard des tiers
Si A vend à B, qui revend à C, l’annulation de la
première vente forcera C à restituer le bien à B, qui
devra lui-même le rendre à A.
Cette règle des restitutions en cascade supporte
toutefois quelques exceptions :
– D’abord, le vendeur d’un bien est légalement tenu
d’une obligation de garantie à l’égard de son
acquéreur. Il en résulte que si c’est B qui est le
demandeur à l’action en nullité, C ne sera pas
tenu de lui restituer le bien.
– Ensuite, en matière mobilière, l’action en
revendication formée par B contre C se heurte à la
règle posée par l’article 2279 du Code civil : « en
fait de meubles, possession vaut titre ». Si C est de
bonne foi, c’est-à-dire s’il ignorait la cause de nullité
de la vente A-B, il pourra donc s’opposer à la
restitution.
– En matière immobilière, il sera beaucoup plus
difficile de s’opposer à la restitution. C pourra
toutefois invoquer la théorie de l’apparence, qui
vise à protéger les personnes qui se sont fiées de
bonne foi à la situation qui leur était présentée. C
pourra donc conserver le bien s’il démontre qu’il ne
pouvait connaître la cause de nullité de la vente A-B.
Dans ces trois cas, A restituera le prix, et B restituera
le bien par équivalent, c’est-à-dire à sa valeur
estimée au jour de la vente A-B, valeur qui ne
correspond pas forcément au prix convenu.
§ 3 : Responsabilité civile
consécutive à l’annulation
(dommages et intérêts)
Indépendamment des considérations liées au
mécanisme des restitutions, il est possible, et même
fréquent, que l’annulation cause un préjudice
particulier à l’une ou l’autredes parties : des frais
ont pu être engagés inutilement, du temps a été
perdu, d’autres offres ont été repoussées, des
bénéfices escomptés n’ont pas été perçus…
=) La question est de savoir si ce type de
préjudice ouvre droit à réparation.
La Jurisprudence accorde parfois en plus de la
nullité du contrat, la condamnation à des
dommages et intérêts.
Il faut souligner que la responsabilité encourue (de
nature délictuelle) doit trouver sa source dans une
faute commise par l’une des parties. Cette faute ne
peut résider dans le fait de demander l’annulation (qui
est par hypothèse un fait licite), mais dans celui
d’avoir laissé le contrat se conclure en connaissance
de cause. Ainsi, celui qui està l’origine du vice
contractuel, ou qui connaissait, ou aurait dû connaître
le vice, alors que l’autre l’ignorait, devra réparer le
préjudice subi par son cocontractant.
En pratique, cela le cas dans les hypothèses
suivantes :
– erreur inexcusable,
– dol ou violence commise par le cocontractant,
– la dissimulation frauduleuse d’une incapacité,
– illicéité du contrat; dans ce dernier cas, les deux
parties sont généralement également fautives, et
la réparation sera exclue en cas de préjudice égal,
ou diminué en raison de la faute de la victime en
cas de préjudice éprouvé par l’une seule des
parties.
Titre 2 : Les effets du
contrat
Le contrat étant valablement formé, est efficace, il
produit des effets.
Parmi les dispositions du Code civil relatives aux
effets du contrat, deux textes se détachent plus
particulièrement :
=) l’article 1134 (les conventions…tiennent lieu de
loi…) : force du contrat
=)l’article 1165 qui énonce que « les conventions
n’ont d’effet qu’entre les parties contractantes » :
domaine du contrat
=) les conséquences de la violation du lien
contractuel (contrat pas respecté)
Chapitre 1 : La force du contrat
Le contrat est la loi des parties et c’est de là qu’il
tire sa force
Dans une formule empruntée à Domat, c’est
l’article 1134 qui exprime le principe de la force
obligatoire du contrat :
=) « les conventions légalement formées tiennent
lieu de loi à ceux qui les ont faites ».
Sous-section 1 : Les obligations
créées par le contrat
Article 1134, al. 2, ajoute :
« Elles ne peuvent être révoquées que de leur
consentement mutuel ou pour des causes que la
loi autorise »
=) sa modification, sa suspension, se révocation, ne
peuvent s’opérer que par le mutuel accord des
volontés primitives
=) par ailleurs, ni le juge ni le législateur n’ont le
pouvoir d’intervenir dans la vie contractuelle.
=) pose deux séries de questions : interprétation &
immutabilité du contrat
Section 1 :
L’interprétation du
contrat
Le principe = le juge ne peut intervenir dans la vie
contractuelle, mais en cas de litige, il peut être
amené à interpréter le contrat
Le contenu du contrat doit d’abord être défini
par référence à la volonté des parties
Article 1156 du Code Civil : « on doit, dans les
conventions, rechercher quelle a été la commune
intention des parties contractantes plutôt que de
s’arrêter au sens littéral des termes »
Les articles suivants contiennent des directives
complémentaires
Ex : article 1164 : « dans le doute, la convention
s’interprète (…) en faveur de celui qui a contracté
l’obligation »
D’autres textes donnent eux aussi leurs
directives à propos de certains contrats.
Ex : l’article L. 133-2, Code de la
consommation, précise que les clauses (des
contrats proposés par les professionnels aux
consommateurs) s’interprètent en cas de doute
dans le sens le plus favorable au
consommateur ou au non professionnel »
Il arrive aussi que le contrat comporte des
lacunes
Dans ce cas l’article 1135 invite l’interprète à
combler ces lacunes :
« Les conventions obligent non seulement à ce qui y
est exprimé, mais encore à toutes les suites que
l’équité, l’usage ou la loi donnent à l’obligation
d’après sa nature »
Loi : pour les contrats les plus courants, la loi définit
le régime juridique de chacun d’eux au moyen de
dispositions supplétives de volonté ; en cas de
silence du contrat, ces dispositions s’appliquent.
Usages : on entend par là les pratiques suivies
dans certains contrats, ou de pratiques suivies dans
certains milieux professionnels.
Equité :il fixe le contenu des obligations de chacune
des parties en s’inspirant du sentiment de justice.
=) sur l’appui de ce texte, le juge va par
exemple ajouter au contrat une obligation à
laquelle les parties n’avaient pas pensé
Exemples : obligation de sécurité ; obligation
d’information
NB : La Cour de cassation contrôle la
dénaturation et la qualification du contrat.
* *
– De plus, les conventions doivent être exécutées
de bonne foi, c’est-à-dire que chacune des parties
doit respecter fidèlement son engagement, et faire
tout son possible pour que son cocontractant
obtienne satisfaction. Les tribunaux sont de plus en
plus exigeants sur ce principe, en mettant le plus
souvent à la charge des parties un devoir de
coopération ou, à tout le moins, une obligation de
loyauté réciproque.
¤ Ainsi, le débiteur qui se met dans une
situation rendant impossible l’exécution de son
obligation, pourra engager sa responsabilité : ex :
Cie d’aviation qui pratiquent le surbooking ou
surréservation ;
¤ L’obligation de loyauté impose
également aux parties d’éviter à leur
cocontractant des dépenses inutiles. Le
transporteur doit choisir l’itinéraire le plus avantageux
pour son client (taxi notamment),
¤ Ce devoir de loyauté s’impose
également au créancier : ainsi, celui qui délivre un
commandement de payer alors qu’il sait que son
débiteur est en vacances, et qu’il ne pourra donc pas
s’exécuter dans les délais.
=) La force du contrat est ensuite marquée par le
caractère immuable du contrat.
Section 2 :
L’immutabilité du contrat
Une fois conclu, il ne peut être modifié ou
révoqué qu’à certaines conditions (art.1134,
al. 2du Code Civil.)
Deux questions : modification ; révocation
§ 1 : La modification du
contrat
A suivre la théorie de l’autonomie de la volonté, le
contrat ne saurait être modifié ni par la loi ni par le
juge. Seules les parties pourraient le faire et elles
ne peuvent le faire que de leur consentement mutuel.
1) le contrat ne peut être modifié
par la loi
=) le principe de non-rétroactivité fait obstacle à ce
que la loi nouvelle revienne sur les situations qui se
sont déjà constituées et modifie les effets qu’elles ont
sortis.
=) c’est le principe de la survie de la loi ancienne en
matière contractuelle
Justification =) respect volonté des parties, sécurité
juridique
Mais exception : lorsque la loi nouvelle exprime
un intérêt social impérieux, on estime que la
stabilité des conventions ne peut y faire échec
Ex : droit du travail et lois sur les congés payés, etc.
2) le contrat ne peut être modifié
par le juge
=) Ainsi, même si il constate un changement de
circonstances qui justifieraient, en équité, un
changement du contrat, il ne peut rien faire
C’est le délicat problème de l’imprévision
contractuelle
=) Principe : refus de la révision pour
imprévision
Illustration : affaire du Canal de Craponne.
Les conventions litigieuses avaient été
conclues en 1560 et 1567. Elles avaient pour
objet la fourniture d’eau destinée à alimenter
des canaux d’irrigation de la plaine d’Arles,
moyennant une redevance de 3 sols par
carteirade (190 ares). Au cours du XIXe siècle,
l’entreprise qui exploitait le canal, faisant état
de la baisse de la valeur de la monnaie et de la
hausse du coût de la main-d’œuvre, demanda
un relèvement de la taxe qui n’était plus en
rapport avec les frais d’entretien. La Cour d’Aix
avait élevé cette redevance à 60 centimes. Sa
décision fut cassée. Aucune considération
de temps ou d’équité ne peut, en effet,
selon la Cour de cassation, permettre au
juge de modifier la convention des parties.
L’article 1134 s’y oppose.
Il existe toutefois des Tempéraments, qui
sont toutefois relatifs :
Ex : en cas de promesse unilatérale de
vente, la lésion s’apprécie au jour de la
réalisation de la promesse et non au jour où la
promesse a été consentie. Par hypothèse le
vendeur n’était pas lésé au moment de la
vente ; il ne l’est qu’au moment de la levée de
l’option.
Article 1152, alinéa 2 : le juge peut, même
d’office, modérer ou augmenter la peine qui
avait été convenue, si elle est manifestement
excessive ou dérisoire
3) le contrat peut être modifié par
les parties
Les parties peuvent certainement convenir de
modifier leur contrat. Mais il faut l’accord des deux
parties.
La pratique a mis sur pied de multiples clauses qui
ont pour objet de permettre leur adaptation, sans
renégociation :
Ex : clause d’adaptation automatique du
contrat : ex : clause d’indexation (ou « clause
d’échelle mobile ») qui fait varier le prix à payer
par référence à la valeur de tel produit ou tel
service
§ 2 : La révocation du contrat
De même qu’une loi ne peut être abrogée que par
une autre loi, de même les parties sont, en principe,
liées par leur contrat jusqu’à ce qu’un nouvel
accord entre elles viennent détruire le premier.
Et, de fait, l’article 1134, alinéa 2 du code civil
dispose que les conventions ne peuvent être
révoquées que de leur consentement mutuel ou
pour les causes que la loi autorise.
1) le contrat peut être
révoqué de leur consentement
mutuel
La convention révocatoire obéit aux règles relatives
aux conditions de validité des conventions en
général.
Principe = accord exprès ou tacite de toutes les
personnes parties au contrat.Les parties peuvent
régler elles-mêmes l’étendue de la révocation.
Exception :Dans certains cas, la révocation peut
être unilatérale, mais à la condition que les
parties l’aient prévu
Il s’agit d’une rétractation unilatérale d’origine
conventionnelle :
Ex : Clause de dédit : le contrat peut conférer soit à
l’un des contractants, soit aux deux, la faculté de se
désengager ; il n’y a pas violation de l’article 1134,
al. 2, car la partie qui se rétracte use d’un droit que le
contrat lui a reconnu.
2) le contrat peut être révoqué
pour les causes que la loi
autorise
En principe les contractants ne peuvent se
dégager unilatéralement du lien contractuel.
Cependant, parfois la loi l’autorise, ou bien, l’une
des parties s’est réservé ce droit dans le contrat
initial.
– droit de repentir
– résiliation unilatérale : les contrats à
durée indéterminée, c’est-à-dire les contrats à
exécution successive conclus sans détermination
de durée, impliquent, en principe, le pouvoir de se
dégager unilatéralement.
Pour sauvegarder la liberté individuelle, les
engagements perpétuels sont prohibés.
Sous-section 2 : Les
personnes liées par le
contrat
En droit privé, le contrat n’a en principe d’effets qu’à
l’égard des individus qui l’ont voulu,
L’article 1165 l’exprime en cette formule : « Les
conventions n’ont d’effets qu’entre les parties
contractantes ; elles ne nuisent point aux tiers, et
elles ne leur profitent que dans le cas prévu par
l’article 1121 ».
C’est ce que l’on a coutume d’appeler le principe
de l’effet relatif des conventions.
Le texte 1165 correspond à 3 hypothèses :
– La première partie de la phrase correspond à
l’hypothèse la plus courante, celle des contrats pour
soi-même : en contractant, les parties n’ont
entendu créer d’obligations qu’à leur charge et à
leur profit.
– La dernière partie, plus rare, correspond à
l’hypothèse des contrats pour autrui. Par leur
contrat, les parties veulent faire naître une obligation
au profit ou à la charge d’un tiers. Ils promettent ou
stipulent pour autrui
– La 3e hypothèse (« elles ne nuisent point aux
tiers ») vise celle de la simulation
Nous envisagerons donc le principe de la relativité
des conventions, puis les exceptions à ce principe.
Section 1 : Le principe
de l’effet relatif des
conventions
Selon l’article 1165 du Code Civil, les conventions
n’ont d’effet qu’entre les parties contractantes.
Elles n’ont point d’effet à l’égard des tiers.
Les tiers proprement dits sont ceux qui n’ont aucun
lien de droit avec les parties (ex : ne sont pas
créanciers de l’une d’elles).
Mais il faut distinguer entre l’exécution du contrat et
son opposabilité
Exécution du contrat
L’exécution des obligations que créent le contrat
ne peut être exigée d’un tiers ni par un tiers
Opposabilité du contrat
En revanche, le tiers ne peut ignorer l’existence du
contrat et la situation de fait qui en résulte.
Ex : les contrats translatifs de propriété créent une
situation nouvelle opposable à tous. Si vous êtes
victime de l’effondrement d’un immeuble, il faudra
vous adresser au propriétaire et donc il faudra bien
tenir compte des divers actes passés sur cet
immeuble.
Ex : le tiers commet une faute s’il aide une partie à
violer son engagement (notamment en matière de
non-concurrence)
Civ. 1re, 17 octobre 2000, Prisma presse c./
Michael O’Mara books, D. 2001, 952, n. M.
Billiau et J. Moury
Relevant qu’un article de presse n’est pas le
résultat d’investigations personnelles, mais la
reprise d’informations contenues dans un
ouvrage à paraître, une Cour d’appel peut,
faisant application du principe d’opposabilité
des conventions aux tiers, retenir la faute de la
société de presse à l’égard des titulaires du
droit d’édition de l’ouvrage
=) affirmation du principe d’opposabilité du
contrat aux tiers
Contrat d’exclusivité entre un éditeur et un
auteur pour publication d’un ouvrage ; or, une
autre société d’édition publie des informations
contenues dans cet ouvrage, peu avant mise
sur le marché
Autres personnes intéressées au contrat :
* Certains deviennent parties : les représentés, les
ayants cause universels (deviennent créanciers ou
débiteurs, par ex les héritiers), (les cessionnaires) ;
* D’autres ne peuvent être indifférents à la
convention :
– créanciers chirographaires : les
créanciers chirographaires ont un droit de gage
général sur le patrimoine de leur débiteur (article
2092 et 2093du Code Civil.). A ce titre ils
subissent les effets des conventions conclues par
lui : contrats translatifs qui enrichissent ou
appauvrissent
– ayants cause à titre particulier = ce sont
les tiers qui viennent à acquérir d’une des parties
le droit ou le bien faisant l’objet du contrat. Le lien
qui l’unit à son auteur est spécial : par
l’intermédiaire de la chose transmise, il peut être
mis au contact d’une convention conclue par
celui-ci.
Section 2 : Les
exceptions au principe de
l’effet relatif
§ 1 : Les contrats pour autrui
L’article 1119 du Code Civil dispose que « on ne
peut, en général, s’engager, ni stipuler en son propre
nom que pour soi-même »
Ce texte signifie qu’en règle générale, la volonté des
parties est inefficace lorsqu’elles ont prévu
expressément que leur contrat ferait naître une
créance ou une obligation à l’égard d’un tiers.
Cependant : 3 limites
1. a) représentation
La représentation est un mécanisme par lequel une
personne agit au nom et pour le compte d’autrui ; elle
permet à une personne physique non présente de
faire un acte juridique
Le principe de la relativité des contrats ne s’applique
donc que si l’on a contracté en son propre nom : on
peut donc contracter au nom d’un tiers ; c’est
l’hypothèse de la représentation. C’est alors le
représenté et non le représentant qui est obligé et
qui est partie au contrat. Ex : mandat
1. b) promesse pour autrui
Elle est en principe interdite par l’article 1119 : nul
ne peut devenir débiteur par un contrat s’il n’y a
consenti
En revanche, l’article 1120 permet les conventions
de porte-fort. Se porter fort pour autrui, ce n’est pas
engager autrui, c’est promettre qu’autrui s’engagera.
1. c) stipulation pour autrui
Enfin, l’article 1121, permet dans certains cas, de
stipuler pour autrui.
Il y a stipulation pour autrui lorsque, dans un contrat,
une des parties, appelée le stipulant, obtient de
l’autre, appelée le promettant, l’engagement qu’elle
donnera ou fera quelque chose au profit d’un tiers
étranger, le bénéficiaire, qui devient ainsi créancier
sans avoir été partie au contrat.
Par exemple un individu stipule d’une compagnie
d’assurances, moyennant le paiement d’une prime
annuelle, qu’elle remettra, lors de son décès, un
capital soit à sa veuve, soit à ses enfants. ; L’assuré
stipule, en son nom personnel, pour autrui.
Dans cette hypothèse, l’atteinte à la relativité des
contrats est certaine, puisque la convention fait naître
un droit sur la tête d’un tiers qui n’était et ne devient
pas partie
§ 2 : Les contrats contre autrui –
La simulation
La simulation est un mensonge concerté entre des
contractants qui dissimulent le contrat qui renferme
leur volonté réelle derrière un contrat apparent. On se
trouve donc en présence de deux conventions:
– l’une, ostensible et mensongère (l’acte
apparent),
– l’autre qui est sincère, mais secrète (la
contre-lettre). (article 1321 du Code Civil)
Le plus souvent, la simulation est un moyen de
fraude : fiscale (prix inférieur au prix réel), aux
créanciers (vente fictive d’un bien pour le faire
‘disparaître’)
Par ailleurs :
La simulation n’est pas, en elle-même, une cause de
nullité. Bien qu’impliquant un mensonge, la simulation
est neutre. Elle ne rend pas nul ce qui est valable,
non plus qu’elle ne rend valable ce qui est nul.
Mais il faut toutefois rechercher lequel, entre l’acte
ostensible et l’acte caché, va l’emporter.
– l’autonomie de la volonté impose de
respecter la volonté réelle (l’acte secret)
– la théorie de l’apparence doit autoriser
le tiers de bonne foi à se prévaloir de l’acte
apparent
– la fraude doit être découragée
=) article 1321du Code Civil. « les contre-lettres ne
peuvent avoir leurs effets qu’entre les parties
contractantes ; elles n’ont point d’effet contre les
tiers ».
Ainsi :
– entre les parties, la simulation est
neutre : l’acte secret est obligatoire entre elles
– Les tiers ont, en quelque sorte, une
option : selon leur intérêt, ils peuvent s’en tenir à
l’acte apparent ou faire prévaloir la contre-lettre.
§ 3 : Les contrats transmis à
autrui
En principe le transfert d’un bien n’entraîne pas que
l’acquéreur soit lié par les contrats conclu au sujet de
ce bien.
Dérogations légales :
– le contrat de bail est transféré à l’acquéreur de
la chose louée
– le contrat d’assurance est transmis à
l’acquéreur du bien assuré (avec faculté de
résiliation)
– le contrat de travail est transmis au nouvel
entrepreneur
En dehors de ces hypothèses d’ordre public (non
exhaustives), les parties peuvent bien sûr prévoir un
transfert aux tiers.
Autres transferts possibles : non plus transfert des
contrats mais transfert des actions :
– actions directes en paiement (ex : bailleur
contre sous-locataire)
– actions directes en responsabilité (ex : dans les
chaînes de contrats)
* *
Il découle enfin du principe de la force obligatoire du
contrat que celui qui n’exécute pas ses obligations
s’expose à des sanctions. C’est que nous allons voir
maintenant.
Chapitre 3 : La violation du contrat
® La loi du contrat doit être respectée.
® Toutes les obligations qui en découlent
doivent être exécutées.
® Toute défaillance constitue un
manquement contractuel :
o qu’il s’agisse d’une inexécution
totale ou partielle
o ou en encore une exécution
défectueuse.
® Cette défaillance expose le débiteur à
plusieurs sortes de sanctions :
o le créancier peut toujours
poursuivre l’exécution du contrat,
lorsqu’elle est possible (article
1184)
Exécution forcée: après
mise en demeure de
s’exécuter adressée
au débiteur, le
créancier pourra
demander cette
exécution en justice.
Ex. : le bailleur peut
exiger la remise des
lieux en état même si
le locataire a apporté
des améliorations.
Limites : abus de droit
et bonne foi.
o Lorsque l’exécution forcée
n’est pas envisageable,
soit parce qu’il s’agit d’une
obligation de faire,
soit parce l’exécution est
devenue impossible ou
inutile.
Ex: la chose à transporter
a péri
Dans ce cas, l’exécution
se fera par
équivalent:
selon les
principes de
la
responsabilité
civile
contractuelle
(1).
Dans le cas des
contrats
synallagmatiq
ues,
l’inexécution du
contrat
emportera des
conséquences
particulières,
liées à
l’interdépendan
ce entre les
obligations
réciproques
(2).
Section 1 : La
responsabilité
contractuelle
® La responsabilité civile désigne
l’obligation faite à une personne de
réparer le dommage causé à autrui.
® Il s’agit ici de réparer un trouble d’intérêt
privé, qui se résout en (di).
® Au contraire, la responsabilité pénale,
qui tend à réparer un trouble d’intérêt
général, se solde par une amende et/ou
une peine de prison.
Lorsqu’on est dans le cadre de la responsabilité
civile, il faut distinguer selon que le dommage a été
causé dans le cadre d’une situation contractuelle ou
délictuelle
® responsabilité contractuelle : Si le
dommage est causé dans le cadre
d’un contrat, la responsabilité sera de
nature contractuelle, et soumise aux
articles 1137 et suivants du Code civil.
® Responsabilité délictuelle : Si le
dommage a été causé
indépendamment de toute relation
contractuelle, la responsabilité sera de
nature délictuelle (on dit aussi extra-
contractuelle), et soumise aux articles
1382 et suivants du Code civil.
® Ces 2 types de responsabilité ont pour
objet la réparation d’un préjudice mais
se distinguent en de nombreux
points :
– La prescription de l’action en réparation est de 10
ans en matière de responsabilité délictuelle, 30 ans
en matière contractuelle ;
– Il est possible de prévoir dans le contrat une clause
limitative de responsabilité contractuelle, alors que
de telles stipulations sont inopérantes en matière de
responsabilité délictuelle.
Conditions de la responsabilité contractuelle et
ses effets
§ 1 : Les conditions de la
responsabilité contractuelle
Trois conditions doivent être réunies :
® un dommage,
® une faute contractuelle
® un lien de causalité entre cette faute et ce
dommage
A/ Le dommage
La responsabilité du débiteur n’est engagée qu’à la
condition que le créancier démontre qu’il a subi un
préjudice.
Il reste à savoir quel type de dommage peut être pris
en compte et réparé.
De nombreux débats ont eu lieu en doctrine et
en Jurisprudence pour savoir quel type de
dommage devait être pris en compte.
Le préjudice peut comporter consister dans la
privation de la prestation attendue ou
comprendre aussi les conséquences de cette
privation
– Le dommage dont le créancier peut faire état
est presque toujours matériel.
Il en est ainsi lorsqu’il peut invoquer le préjudice que
lui a causé l’absence d’une prestation sur laquelle il
comptait. Conformément à l’article 1149 du Code
Civil, réparation est alors due, non seulement pour la
perte éprouvée, mais aussi pour le gain manqué du
fait de l’inexécution de l’obligation.
Ainsi, si un artiste engagé pour une représentation
manque à sa parole, l’entrepreneur de spectacle
pourra obtenir remboursement des frais engagés
(publicité, location de salle), mais également du
bénéfice escompté (prix des billets).
– Le dommage peut également être corporel(si
manquement, par exemple, à une obligation de
sécurité)
– Il est plus rare que le créancier
invoque un dommage moral, mais c’est
finalement possible, notamment parce que
l’article 1148 du Code Civil est assez large pour
englober le préjudice moral.
Ex : atteinte à l’honneur, à la réputation du
créancier qui ne peut assumer des obligations
souscrites auprès des tiers car le contrat initial n’a
pas été exécuté. La JP, après avoir hésité, admet
aujourd’hui que, lorsque ce préjudice est démontré, il
peut donner lieu à réparation.
Toutefois, pour être réparable, le dommage doit
remplir certaines conditions : prévisible, certain
1) il doit être prévisible
L’article 1150 du Code civil limite en principe le
droit à réparation aux seuls préjudices prévus ou
prévisibles lors de la conclusion du contrat.
La notion de dommage prévisible est une
question d’espèce, qui est appréciée par les
tribunaux au cas par cas.
Ex: Fiche de TD : Passagers qui du fait du retard du
TGV, ratent l’avion charter qu’ils devaient emprunter
dans le cadre d’un voyage organisé, et doivent
acheter le lendemain un billet plein tarif sur des lignes
régulières pour rejoindre leur groupe. La CA Paris
estime que la SNCF doit rembourser le prix des billets
d’avion, car elle devait prévoir que ses clients
empruntent le TGV, réputé rapide et fiable, comme
préalable à d’autres moyens de transport, et que le
retard du TGV peut impliquer l’impossibilité de
poursuivre le voyage comme il avait été prévu.
NB: dommage prévisible sauffaute intentionnelle
du débiteur. Dans ce cas, le responsable doit une
réparation de l’entier dommage, qu’il ait ou non été
prévisible.
L’article 1150 du Code Civil précise que « le
débiteur n’est tenu que des dommages et intérêts qui
ont été prévus ou qu’on a pu prévoir lors du contrat,
lorsque ce n’est point par son dol que l’obligation
n’est point exécutée ».
2) il doit être certain
Cela exclut le dommage simplement éventuel.
Ex: La Jurisprudence a ainsi distingué entre les
différents préjudices subis par une personne
transfusée avec du sang contaminé : – le préjudice lié
à la séropositivité est actuel et certain ;
– le préjudice lié à la contraction du Sida n’est
qu’éventuel, tant que la maladie n’est pas
déclarée (Paris, 26 janvier 1994, D. 1994, IR 75 –
Cass. 2ème civ. 20 juillet 1993, D. 1993, 526).
En revanche, la réparation n’est pas limitée à
l’indemnisation du dommage actuel, déjà réalisé. Le
dommage futur doit également être pris en
compte, du moment qu’il est certain.
Ex: La marchandise n’est pas livrée. Si l’acheteur
avait prévu de la revendre, il subit un préjudice qui,
pour ne pas être encore réalisé, n’en est pas moins
certain.
B/ La faute contractuelle
Généralement, c’est l’inexécution d’une
obligation (totale ou partielle, ou retard) qui
constitue la faute.
Il en résulte que, pour rechercher l’existence d’une
faute, il faut d’abord s’interroger sur l’existence et le
contenu des obligations contractuelles.
Elle suppose : une obligation ; une faute
1°) S’agissant de l’existence de
l’obligation,
Obligations légales ou contractuelles
1°) Les obligations légales
– La loi prescrit parfois des devoirs impératifs
auxquels les parties ne peuvent déroger (toute clause
contraire est réputée « nulle ou non écrite ». Ex :
article 1628 : le vendeur doit garantir l’acquéreur
contre son fait personnel, i.e. qu’il ne doit pas troubler
la possession de l’acheteur : rétablissement du
commerçant dans les environs…
-Il arrive que la loi prescrive de simples
obligationssupplétives, qui ne s’imposeront aux
parties que si elles n’en ont pas convenu autrement.
2°) Les obligations
jurisprudentielles
– Il est de plus en plus fréquent quela
Jurisprudence précise le contenu de certains
contrats, en mettant à la charge des parties des
obligations qui ne sont pas exprimées, mais que les
tribunaux considèrent comme ayant été
tacitement souscrites.
Nous nous contenterons ici de citer les deux
obligations d’origine jurisprudentielle les plus
importantes :
a- L’obligation de sécurité
L’obligation de sécurité impose au créancier de
garantir la sécurité physique du débiteur.
Cette obligation a été initialement créée par la Cour
de cassation à propos des contrats de transports
de personnes (Cass. civ. 21 novembre 1911). Peu à
peu, la Jurisprudence a étendu cette obligation à tous
les contrats dans lesquels la sécurité physique de
l’une des parties est exposée au risque d’un local ou
d’une chose dépendant plus ou moins du contrôle de
l’autre.
=> Ob° de sécurité est considérée comme
nécessairement inclue dans tous les contrats de
fourniture d’un produit (ex : CTS condamnés sur ce
fondement de la violation de l’obligation de sécurité,
qui leur impose de fournir aux receveurs un sang
exempt de vice), les contrats conclus dans l’exercice
d’une activité de sports et loisirs (équitation,
alpinisme, manèges forains, parapente : les
organisateurs du vol doivent garantir le bon état des
voiles et des cordages), contrats d’hébergement et
d’accueil du public (hôtellerie, café, restauration :
La difficulté est de savoir si cette obligation est
une obligation de moyen ou de résultat =>Preuve.
En fait, plus le créancier a une part d’intervention
personnelle dans l’exécution, plus c’est une
obligation de moyen, et vice-versa).
b- L’obligation de renseignement
et de conseil
Ce type d’obligation a peu à peu été intégré par la
Jurisprudence dans tous les contrats pour l’exécution
desquels une partie se fie raisonnablement à la
compétence de l’autre.
Ainsi la Jurisprudence a-t-elle mis à la charge de
l’avocat, du notaire, du médecin, de l’architecte, et
de tous les vendeurs en général, l’obligation
d’informer le cocontractant sur les caractéristiques
du produit ou sur la prestation fournie, et de le
conseiller sur le produit ou la prestation
correspondant le mieux à ses besoins. (=>
Développement de l’obligation de loyauté)
L’intégration par la Jurisprudence de ces différentes
obligations contractuelles fait que les obligations
assumées par les parties ne sont pas uniquement
celles qui sont librement souscrites par celles-ci, mais
également celles qui découlent de la nature du
contrat conclu.
Une fois qu’on a déterminé le contenu des obligations
assumées par le débiteur, il reste à démontrer la
faute contractuelle.
2°) S’agissant de l’existence de la
faute
Le demandeur à l’action en responsabilité devra
démontrer la faute contractuelle pour obtenir
indemnisation. Cette preuve sera plus ou moins
difficile à rapporter selon que l’obligation
inexécutée est une obligation de résultat ou une
obligation de moyens.
1. a) Rappel de la distinction
(déjà vue en intro) :
– Dans d’autres situations, l’objet de
l’obligation est strictement déterminé, car le
débiteur a promis un résultat précis. Le seul
fait de ne pas l’avoir obtenu constitue
l’inexécution de l’obligation ; tenu d’une
obligation de résultat, le débiteur sera considéré
comme fautif aussitôt que la preuve de
l’inexécution ou du retard sera rapportée.
Il n’en est autrement que si celui-ci démontre que
l’inexécution a été causée par la force majeure, le
fait du créancier ou le fait d’un tiers (article 1147/
résultat). On parle alors de « cause étrangère)
« le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au
paiement de dommages et intérêts, soit à
raison de l’inexécution de l’obligation, soit à
raison du retard dans l’exécution, toutes les
fois qu’il ne justifie pas que l’inexécution
provient d’une cause étrangère qui ne peut lui
être imputée, encore qu’il n’y ait aucune
mauvaise foi de sa part ». Ce texte fait état de
l’inexécution et non de la faute mais
– Dans certains cas, le débiteur
s’oblige seulement à utiliser tous les moyens
possibles en vue d’atteindre un résultat
déterminé,sans promettre qu’il y parviendra. Ex ;
médecin, avocat. Ce n’est plus la fin poursuivie,
mais les moyens mis en œuvre qui forment l’objet
de l’obligation.
Ici la seule preuve de l’inexécution ne suffit
pas. Le demandeur devra prouver que la faute du
débiteur, c’est-à-dire que celui-ci n’a pas mis en
œuvre les moyens requis pour atteindre le
résultat.
=> Cette preuve sera parfois difficile à rapporter. Il
faudra en effet confronter le comportement qu’à eu le
débiteur au comportement qu’il aurait dû avoir (1137/
moyen)
« L’obligation de veiller à la conservation de la
chose, soit que la convention n’ait pour objet
que l’utilité de l’une des parties, soit qu’elle ait
pour objet l’utilité commune, soumet celui qui
en est chargé à y apporter tous les soins d’un
bon père de famille ».
L’article 1137 se réfère à la notion de bon père de
famille : le créancier de l’obligation inexécutée doit,
pour obtenir réparation, prouver que le débiteur ne
s’est pas comporté en bon père de famille, c’est-à-
dire a manqué à son obligation de prudenceet de
diligence. La faute consisterait donc en un
comportement anormal
1. b) Les critères de la distinction
La distinction obligations de moyens/de résultat n’est
pas toujours facile à opérer. C’est aux tribunaux que
revient la charge de la qualification. La tendance
dominante est de se référer au caractèreplus ou
moins aléatoire de l’objectif contractuel :
– si le résultat à atteindre dépend essentiellement du
pouvoir du débiteur, l’obligation sera de résultat ;
– si au contraire le but à atteindre dépend pour une
forte part d’évènements extérieurs au débiteur, et
notamment du comportement du créancier,
l’obligation sera de moyens.
=> D’une façon générale, les obligations de
donner et de ne pas faire sont des obligations
de résultat, car leur exécution dépend
principalement de la seule volonté du débiteur.
Les obligations de faire sont souvent tributaires
d’autres éléments, et sont généralement
considérées comme des obligations de
moyens. [Distinguer obligation de moyen avec
ou sans présomption de faute]
1. c) Régime de la distinction
Preuve de la faute
=) si l’inexécution ne suffit pas à engager la
responsabilité du débiteur, et si donc, il faut une faute,
la faute est présumée dans le cas de l’article 1147,
elle doit être prouvée dans le cas de l’article 1137. La
combinaison de ces articles a servi de support à la
distinction capitale entre obligations de moyens et
obligations de résultats.
Gravité de la faute
* Lorsque l’on se trouve dans le cadre d’une
obligation de résultat, la seule preuve de
l’inexécution suffit pour engager la responsabilité
du débiteur.
* S’il s’agit d’une obligation de moyens, et que la
faute du débiteur est établie, la question est de
savoir s’il faut que cette faute revête un certain
caractère de gravité pour engager la
responsabilité de son auteur.
Evolution : L’Ancien droit établissait clairement une
hiérarchie des fautes, qui allait de la faute légère,
voire très légère, à la faute dolosive (intentionnelle),
en passant par la faute simple et la faute lourde.
Chacune de ces fautes était dotée d’un régime
particulier.
Le Code civil ne reproduit pas cette gradation des
fautes : pour lui, toute faute, même légère, constatée
à la charge du débiteur l’oblige en principe à réparer
le préjudice causé.
Maisle droit positif fait tout de même quelques
références à la gravité de la faute. Ainsi la faute
intentionnelle n’est susceptible d’être couverte ni par
un contrat d’assurances (article. L. 113-1 alinéa 2 du
Code des. Assurances), ni par une clause limitative
de responsabilité (jurisprudence).
De même, la loi exige parfois que la faute ait un
certain caractère de gravité pour engager la
responsabilité de son auteur.
Ex: Art. L 521-1 du Code du travail : « la grève ne
rompt pas le contrat de travail, sauf faute lourde
imputable au salarié ».
C/ Le lien de causalité entre la
faute et le dommage
Quelle que soit la nature de la responsabilité, il
doit exister un rapport de cause à effet
convaincant entre la faute et le dommage.
® En ce qui concerne la responsabilité
contractuelle, l’exigence d’un lien de
causalité est posée par l’article 1151
du Code civil : on ne doit réparer que ce
qui est une suite immédiate et directe
de l’inexécution. On ne répare pas le
préjudice indirect, qui aurait
éventuellement pu se produire sans la
faute du débiteur, ou qui est en est une
conséquence trop éloignée.
Ex :(exemple de Pothier) Ainsi, si un marchand a
vendu une bête malade, il devra non seulement en
rembourser le prix, mais aussi celui des bestiaux qui
ont péri par contamination. En revanche, l’acheteur
ne peut réclamer des dommages-intérêts en
soutenant que, par suite de la mort de ses bêtes, il
n’a pu cultiver ses terres, etc., car d’autres
évènements auraient pu l’empêcher de cultiver.
-On ne peut donc aller trop loin dans la chaîne des
conséquences
– système de la causalité adéquate : on
n’indemnise que les dommages dont il est certain
qu’ils ne se seraient pas produits sans la faute
Cette exigence du préjudice direct est connexe à
celle du préjudice prévisible, et souvent les
tribunaux ne font pas bien la distinction entre les
deux.
1. Affaire du TGV :En revanche, la CA refuse de
condamner la SNCF à des dommages et intérêts
supplémentaires pour la perte d’une journée de
vacances, car ce n’est qu’une conséquence
particulière du retard, et que la société ne
connaissait pas l’objet du voyage. En fait, cette
perte d’une journée de vacances n’est pas
imprévisible pour celui qui prévoit le ratage de
l’avion, mais la CA cherche une indemnisation
juste, sans non plus aller dans les conséquences
des conséquences (retard)
Parfois, il apparaît que la faute a directement
concouru à une partie seulement du dommage. Il y
aura alors lieu à un partage de responsabilité, voire
condamnation in solidum des coresponsables.
D/ causes d’exonération du
débiteur
On suppose le dommage et la faute démontrées.
Cela entraîne la responsabilité du débiteur.
Mais, le débiteur peut, dans certains cas, être
exonéré de sa responsabilité
– l’inexécution est imputable à une cause
étrangère (article 1147).
– Le contrat contenait une clause limitative de
responsabilité
Ces causes d’exonération libèrent le débiteur.
1. a) l’existence d’une cause
étrangère
Il s’agit ici pour le débiteur de démontrer que
l’inexécution contractuelle résulte de faits ou
d’évènements indépendants de sa volonté.
Deux catégories de causes étrangères : la force
majeure et le fait d’autrui.
1. la force majeure
– Elle est aussi dénommée « cas fortuit » (article
1148)
– C’est l’événementirrésistible, imprévisible et
extérieur au débiteur et qui apparaît comme la
cause du dommage.
– irrésistible : C’est la condition principale ;
si l’événement pouvait être surmonté, bien
que l’exécution eût été difficile et onéreuse, le
débiteur serait responsable de n’avoir pas
exécuté.
– imprévisible : le débiteur doit prendre
les mesures nécessaires en vue de
contrer un événement prévisible.
L’imprévisibilité est seulement un indice
de l’irrésistibilité. Tout est toujours, dans
l’absolu, prévisible, notamment le pire.
Ex : un cyclone n’a pas le caractère d’un
événement de Force Majeure (période cyclonique,
prévu longtemps à l’avance)
– extérieur : Enfin, l’événement doit être
extérieur au débiteur ; mais le débiteur ne
répond pas seulement de lui-même mais aussi
de tous ceux ou de tout ce qu’il emploie pour
exécuter le contrat. Par exemple, un
entrepreneur ne peut invoquer la défaillance de
son personnel ou de son matériel.
Grève :(ex : coupures de courant car grève à EDF)
n’a pas un caractère exonératoire, parce qu’elle est
prévisible au moment de la conclusion du contrat.
Mais on a admis qu’il y avait force majeure lorsque le
conflit avait été provoqué par une décision
gouvernementale (ex : blocage des salaires) et que
son dénouement dépendait des pouvoirs publics et
non de la direction de l’entreprise (Civ. 1re, 24 janvier
1995, Bull. civ., I, n°54 ; D. 1995, 327, n. Paisant) +
Soc., 11 janvier 2000, SNCF
Les tribunaux restent très sévères pour
apprécier les éléments de la Force Majeure
(not. à propos SNCF).
Si l’évènement se voit reconnaître les caractères
de la force majeure, le débiteur est alors
automatiquement libéré de son obligation
contractuelle, et ne doit donc aucun dommage et
intérêts du fait de son retard ou de l’inexécution. Le
débiteur perd bien sûr du même coup toute possibilité
d’obtenir de son cocontractant la contrepartie
escomptée (la Force Majeure ne doit pas servir
l’injustice).
– 2. le fait d’autrui
Le débiteur pourra également s’exonérer en
démontrant que le dommage résulte du fait
d’un tiers.
Ce tiers pourra être le créancier lui-même, dont le
comportement aura empêché la bonne exécution de
la prestation du débiteur.
La Jurisprudence a ici tendance à distinguer :
– si le fait du créancier est fautif, il peut
constituer une cause d’exonération au moins
partielle, car le créancier ne peut obtenir la
réparation d’un préjudice qu’il a contribué à
causer ; Le fait du créancier exonère totalement
le débiteur lorsqu’il a été la cause exclusive du
dommage (imprudence du voyageur) ;
l’exonération est partielle dans les autres cas
– si le fait du créancier n’est pas fautif,il ne
sera considéré comme une cause exonératoire
que s’il présentait les caractéristiques de la
Force Majeure : imprévisible, irrésistible et
extérieur au débiteur.
– Idem si autrui en question est un tiers au contrat
: seuls les comportements constitutifs de Force
Majeure seront pris en compte. De même pour le
fait d’un tiers.
Conséquence de la condition d’extériorité : le débiteur
ne pourra s’exonérer de sa responsabilité en
invoquant le fait d’une personne dont il devait
répondre.
Ex: l’employeur ne peut invoquer la faute de son
salarié pour s’exonérer de sa responsabilité
contractuelle.
1. b) clause limitative de
responsabilité
Les parties prévoient souvent dans le
contrat quelle sera l’étendue de leur
responsabilité en cas d’inexécution
contractuelle.
Il arrive ainsi qu’elles conviennent que l’une des
parties supportera même le préjudice résultant d’un
cas de Force Majeure. Mais le plus souvent, les
clauses relatives à la responsabilité tendent
plutôt à limiter, voire à exclure toute
responsabilité.
La Jurisprudence reconnaît en principe la
validité de ces clauses, mais à certaines
conditions :
– d’abord, ces clauses ne s’appliquent pas en cas
de dol ou de faute lourde du débiteur ; En effet,
admettre la validité de ces clauses reviendrait à
accepter qu’on puisse être impunément de mauvaise
foi, ou d’une imprudence qui confine à l’inconscience.
– ensuite, les clauses limitatives ou exclusives de
responsabilité sont en principe invalidées lorsque
le dommage est un dommage corporel (atteinte à
l’intégrité physique du créancier)
– plusieurslois spéciales excluent les clauses
de non-responsabilité dans certains contrats
particuliers
Ex. le transporteur n’est-il en principe pas admis à
exclure, ou même à limiter sa responsabilité en cas
de perte ou d’avaries subie par la marchandise
transportée (cf. notamment article 103 du Code de
commerce). Idem transport de personnes. Idem
contrat conclus entre un professionnel et un
consommateur (art. L. 132-1 Code de la conso) ;
Idem clause excluant les indemnités de licenciement
(art. L. 122-14-7 Code du travail).
§ 2 : La mise en œuvre de la
responsabilité contractuelle
Il s’agit ici de déterminer comment le créancier
pourra obtenir la réparation du dommage causé
par l’inexécution ou la mauvaise exécution de
l’obligation par le débiteur.
Si le débiteur admet sa responsabilité et si les
parties sont d’accord sur le montant du
dommage, il n’y a pas de problème : la réparation
est alors amiable, et les parties devront alors
conclure ce qu’on appelle une transaction, qui aura
la même autorité qu’une décision de justice (seul
recours possible : pourvoi en cassation, sur une
question de droit – article 2044 à 2058 du Code civil).
En l’absence d’accord :
– il faudra d’abord constater l’inexécution.
C’est l’objet de la mise en demeure.
– Il faudra ensuite déterminer judiciairement le
montant de la réparation, et dire comment devra
s’effectuer cette réparation.
I- LA MISE EN DEMEURE
L’article 1146 du Code civil impose comme un
préalable nécessaire à la mise en œuvre du droit
à réparationla mise en demeure adressée par le
créancier au débiteur défaillant.
La mise en demeure
= acte par lequel le créancier enjoint le débiteur
d’exécuter l’obligation qu’il n’a pas exécutédans
les délais et les formes prévues au contrat.
= acte par lequel le créancier constate
l’inexécution, et manifeste son intention de ne pas la
tolérer.
= peut prendre la forme d’une lettresous seing
privé avec accusé de réception(LRAR)
= d’un acte extra-judiciaire, c’est-à-dire un
commandement ou une signification dressée par
un huissier de justice.
= L’assignationen justicesur le fondement de
l’inexécution contractuelle est également considérée
comme valant mise en demeure.
La mise en demeure a pour fonction de rendre
l’inexécution officielle,et d’ouvrir le droit à
réparation.
C’est notamment à compter de la Mise en Demeure
que les intérêts moratoires, dus en cas de retard
dans l’inexécution, vont commencer à courir. (Car
dommages et intérêts = réparation du dommage
(intérêts compensatoires si inexécution ou moratoires
si simple retard dans l’inexécution) + intérêts sur cette
réparation, courant à compter de cette MED).
Exception: la Mise en Demeure n’est pas
exigée dans deux cas particuliers :
* Quand les parties ont stipulé dans le contrat que
l’arrivée d’un certain terme ou d’un certain évènement
vaudrait mise en demeure ;
* Quand lanature de l’obligation rend inutile ou
absurde la Mise en Demeure :
– obligation de ne pas faire : le seul fait de la
contravention oblige le débiteur à la réparation sans
qu’il soit nécessaire de le mettre en demeure.
– obligation de faire ou de donner qui ne pouvait être
exécutée que dans un certain temps : la fin de la
période remplace la Mise en Demeure ;
II- LA REALISATION DU DROIT A
REPARATION
Il faut se demander ici sous quelle forme va être
accomplie la réparation et, en cas de réparation par
l’octroi de dommages et intérêts, comment va-t-on
procéder à l’évaluation du dommage.
A- LES PROCEDES DE REPARATION
Deux procédés de réparation sont possibles : la
réparation par équivalent et la réparation en
nature
– la réparation par équivalent, qui consiste en
l’octroi de dommages et intérêts; C’est le mode
de réparation préféré du Code civil (cf. Article
1142) ; Elle peut prendre la forme d’une somme
globale unique, ou d’une rente viagère.
– la réparationen nature, qui entraînera la
condamnation du débiteur qui a perdu la chose à
fournir une chose semblable (remplacement de la
chose), ou la destruction de ce qui a été fait en
contravention avec l’engagement contractuel. La
réparation en nature peut également autoriser le
créancier à faire exécuter lui-même l’obligation aux
frais du débiteur.
La Jurisprudence fait parfois appel à ce procédé de
réparation, qui présente l’avantage de procurer au
créancier exactement la même prestation que celle
prévue au contrat (sauf obligations monétaires), et
d’échapper au problème de la taxation des prix.
B- L’EVALUATION DES
DOMMAGES ET INTERETS
1°) Principe de réparation
intégrale du préjudice
Le montant des dommages et intérêts alloués par
le juge doit couvrir l’intégralité du préjudice par le
créancier, mais ne doit pas le dépasser.
Le principe deréparation intégrale du
dommageest une règle générale de droit commun,
qui s’applique aussi bien en matière contractuelle
que délictuelle. Elle implique qu’on doive inclure
dans la réparation aussi bien le préjudice moral que
matériel, et que l’on exclue le préjudice éventuel. Elle
justifie aussi que la gravité de la faute commise par le
débiteur ne soit pas prise en compte par les juges. Le
dommage, tout le dommage, rien que le dommage.
2°) Fixation des dommages et
intérêts
Conformément aux règles générales applicables en
matière de charge de la preuve, il incombe à celui qui
demande réparation de prouver l’existence et la
consistance de son préjudice. Il doit chiffrer sa
demande, mais le juge restera libre de faire une
évaluation conforme au dommage réellement
subi, et de condamner le créancier au paiement du
montant ainsi fixé.
La liberté du juge pour la fixation des dommages
et intérêts est toutefois limitée dans deux
hypothèses particulières :
– S’il existe une clause limitative de
responsabilité. Si cette clause est valable, le
juge ne peut pas allouer des dommages et
intérêts pour un montant supérieur au plafond fixé
par la clause ;
– S’il existe une clause pénale. La clause pénale
est une stipulation par laquelle les parties
évaluent par avance les dommages et intérêts
dus en cas d’inexécution d’une des
obligations. Les parties fixent donc une somme
forfaitaire, qui sera due en tout état de cause dès
lors que l’inexécution est démontrée, et sans qu’il
soit besoin de démontrer un préjudice particulier.
Le juge conserve toutefois la possibilité de réviser
le montant de la clause pénale pour le cas où celui-
ci serait « manifestement excessif ou dérisoire ».
(Article 1152 du Code civil).
Ce pouvoir modérateur accordé au juge est une
exception au principe selon lequel le contrat fait la loi
des parties, et le juge ne peut augmenter ou diminuer
le montant de la peine prévue par la clause pénale
qu’à la condition de motiver spécialement leur
décision.
* *
Les mécanismes que l’ont vient d’évoquer sont inclus
dans la responsabilité contractuelle de droit commun,
et sont applicables quelle que soit la nature de la
convention inexécutée.
Nous allons voir maintenant que les contrats
synallagmatiques sont susceptibles de recevoir
d’autres sanctions particulières.
Section 2 : Le sort des
contrats
synallagmatiques
— Variété de contrats la plus nombreuse et la plus
importante
— Caractéristique : interdépendance des
obligations réciproques des co-contractants
— En cas d’inexécution contractuelle :
sanctions spécifiques :
– l’exception d’inexécution(1) : si l’un
des co-contractants n’exécute pas ses
obligations, l’autre peut refuser d’exécuter les
siennes
– la résolution pour inexécution (2) : si
l’un des contractants n’exécute pas son
obligation, l’autre peut demander en justice la
résolution du contrat (résolution, résiliation)
§ 1 : L’exception d’inexécution
L’exception d’inexécution – ou exceptio non
adimpleti contractus, ENAC – est le droit qu’a
chaque partie à un contrat synallagmatique de refuser
d’exécuter son obligation tant qu’elle n’a pas reçu la
prestation qui lui est due.
Le Code civil ne mentionne l’ENAC dans aucune
disposition générale, mais certains textes spéciaux le
prévoient.
Ex :Article 1612 du Code civil autorise le vendeur à
ne pas livrer la chose si l’acheteur ne paie pas le prix.
– L’article 1948 du Code Civil permet au dépositaire
de ne pas restituer la chose déposée jusqu’à ce que
le créancier lui ait payé ce qu’il lui doit en raison du
dépôt (NDLR : il s’agit en vérité ici de l’exercice du
droit de rétention mais bon).
La Jurisprudence a étendu le principe de ces
solutions à tous les contrats synallagmatiques.
Avantages de l’EI :
– L’EI permet d’abord au créancier d’éviter de
fournir ce qu’il doit tant qu’il n’est pas assuré
de recevoir la contrepartie de son débiteur.
– L’EI protège donc le créancier contre
l’insolvabilité de l’autre, et le mécanisme est
particulièrement efficace en cas de faillite du
cocontractant. Car s’il s’exécute, le créancier
court le risque de ne pouvoir récupérer sa
prestation, même après la résiliation du contrat.
– fonction comminatoire = qui renferme la menace
d’une sanction légale.
L’ENAC permet au créancier à faire pression sur
le débiteur (dans le bon sens du terme, pour
aboutir à quelque chose de bon : l’exécution du
contrat) Celui-ci, conscient que son partenaire est
déterminé à défendre ses propres intérêts, n’a alors
d’autre issue que de s’exécuter (du moins s’il veut
obtenir la prestation prévue au contrat).
A/ Mise en œuvre de l’exception
d’inexécution
– nature des obligations inexécutées :
obligations interdépendantes, à exécution
simultanée(hôtel, restaurant : on ne paie
qu’après le séjour ou le dîner)
– L’avantage de l’ENAC :
– rapiditéet la simplicité de sa mise en
œuvre
– agit de plein droit : pas nécessaire
d’obtenir une autorisation judiciaire
préalable
– pas de contrôle judiciaire a priori.
– Cependant : possibilité d’un contrôle
judiciaire a posteriori ®Hypothèse où le
cocontractant assigne en exécution forcée
de l’obligation inexécutée.
L’autre invoque la propre inexécution du
demandeur, et se prévaut donc de l’exception
d’inexécution. Le juge va vérifier que la riposte
est bien proportionnée à l’attaque. L’EI apparaît
ici comme une sorte delégitime défense, et est
soumise aux mêmes conditions de
proportionnalité.
Il n’est pas question en effet de permettre à une
partie de retenir l’intégralité de sa prestation, alors
que l’autre partie n’est responsable que d’une
inexécution partielle.
Ex: Un locataire ne peut refuser de payer ses loyers
au prétexte que le propriétaire n’a pas fait repeindre
les volets de la case.
En revanche, il pourra s’abstenir de payer si
l’inexécution du propriétaire le prive totalement
de la jouissance des lieux. Ex : le toit fuit de telle
façon que le maintien dans les lieux devient
problématique. Le propriétaire ne fait pas accomplir
les réparations qui lui incombent.
Entre les deux hypothèses, une inexécution partielle
peut autoriser une EI partielle.
=) L’exercice de l’EI doit être mesuré, et celui qui
fait un usage abusif de l’EI engage sa
responsabilité contractuelle.
B/ Effets
Elle n’entraîne pas la disparition des
obligations mais un simple ajournement de
leur exécution. La solution est provisoire
Les e"ets de l’exception d’inexécution :
– purement défensifs : le contractant qui
l’invoque se borne à refuser de payer sa dette.
– Ils sont aussi temporaires : l’obligation est
seulement suspendue et reprend son effet
lorsque le cocontractant exécute son obligation.
Deux issues sont possibles :
– Soit la crise se résout par l’exécution du
débiteur,
– soit elle persiste, et elle appellera alors la
résolution du contrat.
§ 2 : La résolution des
contrats pour inexécution
Article 1184 du Code Civil.
La condition résolutoire est toujours sous-
entendue dans les contrats synallagmatiques,
pour le cas où l’une des deux parties ne
satisfera point à son engagement.
Dans ce cas, le contrat n’est point résolu de
plein droit. La partie envers laquelle
l’engagement n’a point été exécuté, a le choix
ou de forcer l’autre à l’exécution de la
convention lorsqu’elle est possible, ou d’en
demander la résolution avec dommages et
intérêts.
La résolution doit être demandée en justice, et
il peut être accordé au défendeur un délai
selon les circonstances.
Si la mise en œuvre de l’exception d’inexécution est
un échec, ou si elle est vaine parce que le débiteur
est déterminé à ne pas s’exécuter ou que le préjudice
est d’ores et déjà consommé, le créancier peut
toujours demander la résolution pure et simple du
contrat.
Définition° : La résolution est l’anéantissement,
en principe rétroactif, du contrat pour cause
d’inexécution.
La résolution a les mêmes effets que la nullité mais :
– la résolutionsanctionne l’inexécution d’un
contrat valablement formé,
– la nullitésanctionne l’absence d’une condition
de validité du contrat.
a- Les conditions de la résolution
Le créancier de l’obligation inexécutée
n’est pas tenu de demander la résolution : il
peut préférer des dommages et intérêts, ou
demander l’exécution forcée, si toutefois celle-
ci est possible.
S’il demande la résolution du contrat, il
devra démontrer :
– d’abord, l’inexécution par l’autre partie de
son obligation ;
– ensuite, il devra prouver que cette
inexécution est imputable au débiteur, c’est-à-
dire qu’elle ne procède ni d’un cas de Force
Majeure, ni du fait d’un tiers, ni de celui du
créancier lui-même.
Ex: le vendeur qui se plaint de ce que
l’acquéreur n’est pas venu retirer la chose
vendue. La demande de résolution sera
rejetée s’il s’avère que l’inexécution était
dueau vice de la chose, imputable au vendeur.
En revanche, le demandeur n’a pas
spécialement à établir l’existence d’un
préjudice pour obtenir la résolution. Il ne sera
tenu à cette preuve que s’il demande en outre
des dommages et intérêts : il aura alors à
remplir les conditions de la responsabilité civile
: faute, causalité, préjudice.
La résolution peut être judiciaire ou volontaire. On
verra ensuite ses effets.
A/ La résolution judiciaire
Aux termes de l’article 1184 du Code civil, la
résolution n’intervient pas de plein droit, mais
requière l’intervention du juge, saisi par le créancier
de l’obligation inexécutée.
Le juge n’est jamais tenu de prononcer la résolution.
En effet, 4 autres possibilités s’offrent à lui :
1°) Si les conditions de la responsabilité du débiteur
sont remplies, il peut estimer que le créancier doit se
contenter de dommages et intérêts.
2°) Il peut encore donner acte au débiteur qui
propose de s’exécuter, en laissant au créancier la
possibilité de faire une nouvelle demande de
résolution si le débiteur ne s’exécute toujours pas.
3°) Il peut également, conformément à l’article 1184,
alinéa 3, ajourner la résolution en accordant un délai
de paiement au débiteur.
4°) La jurisprudence s’est également arrogée le
pouvoir de ne prononcer qu’une résolution partielle
du contrat, en réduisant la prestation due par le
créancier en proportion du manquement imputable au
débiteur.
Ex: Réduction du loyer en fonction du trouble de
jouissance subi par le locataire du fait du propriétaire.
Il appartient donc au juge d’apprécier le bien-fondé
de la résolution, et de rechercher éventuellement
des solutions alternatives. Il prendra en compte la
bonne ou lamauvaise foides parties, ainsi que le
coût de la remise en état, et l’utilité que le créancier
peut retirer d’une exécution simplement partielle de
l’exécution.
S’il prononce la résolution, le juge pourra
l’assortir d’une condamnation au paiement de
dommages et intérêts,en réparation du dommage
subi par l’autre du fait de l’inexécution fautive. Il se
peut encore que la résolution soit prononcée aux
torts réciproques des deux parties. Le juge devra
alors déterminer la part de faute imputable à chacun
dans l’inexécution du contrat.
Ex: A fait état de 60.000 francs de préjudice
B démontre pour sa part avoir subi un préjudice de
40.000.
Le Tribunal détermine la part d’intervention fautive de
chacun :
A : 20 %
B : 80 %
Résultat: A devra à B 20 % de 40.000 = 8.000 francs
B devra à A 80 % de 60.000 = 48.000 francs.
Après compensation, B devra à A 40.000 francs.
B/ La résolution volontaire
La résolution judiciaire présente au moins trois
défauts :
– elle est coûteuse ;
– elle prend du temps (12 à 18 mois) ;
– elle est aléatoire.
Pour pallier ces inconvénients, la pratique et la
jurisprudence ont donc aménagé pour les parties la
possibilité d’une résolution sans intervention
judiciaire, à l’initiative d’une ou des deux parties.
1°)- La résolution
conventionnelle
Si clause résolutoire expresse prévue dans le
contrat, (qui stipule que, en cas d’inexécution par
l’une ou l’autre partie), la résolution interviendra de
plein droit, c’est-à-dire sans qu’il soit nécessaire de
saisir le juge.
Cf : Contrat SFR : Article. 11-3 « En cas de non-
paiement par l’abonné des sommes dues, et après
l’envoi d’une lettre de relance (Mise en Demeure)
restée sans effet au terme du délai précisé dans la
lettre, SRR peut suspendre les services auxquels il a
souscrit et résilier le contrat d’abonnement dans les
conditions visées à l’article 12. La suspension des
services entraîne l’exigibilité immédiate de toutes les
sommes facturées à l’abonné ».
La validité d’une telle clause n’est plus contestée
aujourd’hui: l’article 1184, qui prévoit la résolution
judiciaire, n’est pas considéré comme une disposition
impérative, et il est donc possible d’y déroger
conventionnellement.
Le vrai problème est celui des abus qui pourraient
résulter d’une telle clause.
La loi et les tribunaux interviennent pour éviter de
tels excès :
– La loi intervient a priori, en interdisant la clause
résolutoire dans certains contrats (ex : bail rural,) ou
en la réglementant (ct d’assurance).
– Les tribunauxpeuvent intervenir a posteriori,
lorsqu’ils sont saisis par l’une des parties qui
estime que la mise en œuvre de la clause est
disproportionnée par rapport à la gravité de
l’inexécution.
L’examen de la Jurisprudence révèle que les
tribunaux subordonnent la mise en œuvre de la
clause à trois conditions :
* D’abord, la résolution doit impérativement être
précédée d’une mise en demeure, sauf si les
parties en ont convenu autrement, ou si l’obligation
est une obligation de ne pas faire, ou qu’elle devait
être exécutée dans un délai déterminé (cf. supra).
* Ensuite, la résolution ne jouera que si la clause
est invoquée par le créancier de l’obligation
inexécutée. On ne peut se prévaloir de sa propre
inexécution pour échapper à la force obligatoire du
contrat. Le créancier n’est nullement obligé
d’invoquer la clause ; il peut toujours demander en
justice l’exécution forcée, ou la résolution judiciaire.
* enfin, la clause ne peut être invoquée par le
créancier au mépris du principe de bonne foi visé
à l’article 1134, alinéa 3 du Code civil : « Les
conventions doivent être exécutées de bonne
foi ». Donc, lorsqu’il apparaît que la clause n’a pas
été invoquée loyalement par le cocontractant, elle
est judiciairement invalidée, et le contrat est rétabli.
Exemple jurisprudentiel: le vendeur à crédit qui
s’abstient de réclamer pendant plusieurs années la
rente prévue, qui laisse donc croire à l’acquéreur que,
en raison des liens d’amitié existant entre les parties,
rien ne lui sera réclamé, et qui soudainement se
fonde sur le non-paiement des rentes pour invoquer
la clause résolutoire.
Ex2 : Le bailleur qui reproche au preneur le non-
paiement du loyer, fixé à un franc symbolique, alors
que les autres prestations mises à la charge du
locataire avaient été scrupuleusement exécutées (bail
rural).
2°) La résolution unilatérale
Il peut arriver, à titre exceptionnel, que, en l’absence
de clause résolutoire, une partie puisse
unilatéralement invoquer la résolution sans faire
appel à la justice.
–La loi offre une illustration de cette situation : art. L.
113-3 alinéa 3 du Code des assurances : résolution
unilatérale par la Compagnie d’assurance. En cas de
non-paiement des primes, 30 jours après Mise en
Demeure ; Résolution unilatérale par le vendeur de
denrées périssables que l’acheteur ne vient pas
retirer (article 1657 du code civil).
– La Jurisprudence admet la résolution unilatérale
dans le cas où la sauvegarde des intérêts de
l’une des parties appelle l’urgente résolution du
contrat en réaction à l’attitude de l’autre partie : ex
: Expulsion du spectateur indélicat ;
C/ Les effets de la résolution
– disparition rétroactive du contrat.
– On se retrouve globalement dans les mêmes
situations, et devant les mêmes difficultés que
celles qu’on a vues en matière de nullité :
– Si le contrat n’a reçu aucun commencement
d’exécution, le contrat disparaît purement et
simplement ;
– Si le contrat a été exécuté, il y aura en
principe lieu à des restitutions réciproques ;
– Si les restitutions sont impossibles, parce
que le contrat est à exécution successive ou
pour préserver les droits des tiers, on
procédera à une résolution sans rétroactivité,
mécanisme que l’on appelle la résiliation : pas
de restitution, mais les parties sont désormais
dispensées d’exécuter leurs obligations
futures.
(Exception si le contrat est indivisible et ne
supporte pas d’exécution partielle : contrat
d’auto-école/prix forfaitaire : Cour de cassation.
13 janvier 1988. cf. Martin).
NB: La différence entre la nullité et la résolution
apparaît dans le fait que la résolution frappe un
contrat qui a été valablement conclu.
Il en résulte que, si la nullité frappe le contrat dans
toutes ses stipulations, certaines clauses légalement
formées peuvent au contraire survivre à la résolution.
C’est le cas des clauses qui régissaient les
conséquences de la fin du contrat. Tel est le cas de la
clause pénale fixant une indemnité forfaitaire due en
cas d’inexécution, ou de la clause de non-
concurrence, prévoyant que le salarié ne pourra se
faire embaucher chez un concurrent après la rupture
de son contrat de travail. (Ça serait absurde
d’anéantir ces clauses au motif d’une inexécution ou
d’une résolution, alors qu’elles ont précisément pour
objet de régler les conséquences de cette inexécution
ou de cette résolution.)
* *
On peut donc conclure ce chapitre en rappelant que
le créancier d’une obligation inexécutée dispose
de différentes options :
– si le contrat est synallagmatique :exception
d’inexécution dans l’attente que son cocontractant
accomplisse sa propre prestation ;
– Si l’exécution forcée est inutile, ou pas
souhaitable, le créancier pourra par la suite, en
même temps que ou à la place de l’exception
d’inexécution :
– agir en résolution du contrat,
– faire jouer une éventuelle clause
résolutoire,
– soit demander au juge de prononcer
la résolution du contrat ;
– Quelle que soit la nature du contrat, le créancier
pourra demander des dommages et intérêts en
réparation du préjudice qu’il a subi.
NB: Il n’y a pas de cumul possible entre l’allocation
de dommages et intérêts et l’exécution forcée de
l’obligation : Exemple : Masseur-kiné à Piton St Leu
engage une assistante – cl. de non-concurrence 10
km/5 ans à compter de la fin du contrat.
Selon la Cour d’Appel : Dommages et Intérêts +
interdiction d’exercer
Selon la Cour de Cassationsur le fondement de
l’article 1184 du Code civil : on exécute OU on
indemnise.
Ces règles, comme toutes les règles que l’on a vues
jusqu’à présent, sont des règles de droit commun, et
sont donc en principe applicables à tous les types de
contrats.
* *
Deuxième Partie :
Les obligations nées d’un
fait juridique : la
responsabilité civile
délictuelle
Au-delà du contrat et de l’acte unilatéral, le Code civil
reconnaît un effet créateur d’obligations à de simples
faits juridiques.
ÞAu terme de l’article 1382, et suivants du Code
Civil., un délit, fait matériel illicite, engendre à la
charge de son auteur une obligation de réparation
du préjudice subi par la victime.
Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui
un dommage, oblige celui par la faute duquel il est
arrivé, à le réparer.
C’est l’un des textes les plus célèbres du Code civil.
Ce texte et ceux qui le suivent, posent les bases de la
responsabilité civile délictuelle.
Nature de la responsabilité
délictuelle
1. a) Distinction des
responsabilités civile et
pénale
Ex : l’auteur d’un coup volontaire peut être
poursuivi pénalement et tenu à indemniser la
victime des conséquences dommageables de
son acte.
Fonctions :
– la responsabilité pénale tend à la punition du
coupable, par le prononcé d’une peine et vise la
réformation de son comportement, le tout dans
l’intérêt général de la société.
– la responsabilité civile, poursuit un but
d’indemnisation de la victime, dans son intérêt
privé.
Rapprochements :
– la victime d’une infraction peut obtenir
réparation de son préjudice devant le juge civil,
mais elle peut également devant le juge pénal,
dans le cadre d’une action civile jointe à l’action
publique.
– lorsqu’un même fait est source de
responsabilité civile et pénale, les énonciations du
jugement pénal ont une autorité absolue de chose
jugée à l’égard du juge civil. C’est ce qu’on
appelle « l’autorité au civil de la chose jugée au
pénal ».
1. b) Distinction des
responsabilités
contractuelles et délictuelles
– lorsque le dommage est causé par l’inexécution
d’un contrat, la victime peut obtenir réparation du
préjudice sur le fondement des articles 1147, et
suivants du Code Civil., dans le cadre d’une
responsabilité contractuelle.
– lorsque le dommage est causé alors qu’aucun
lien juridique préalable n’existait entre le
responsable et la victime, celle-ci peut obtenir
réparation sur la base des articles 1382, et
suivants du Code civil.
Cette dualité est garantie par le principe de non-
cumul posé par la jurisprudence (Civ., 11 janvier
1922, Gr. arrêts n°177) : en présence d’un contrat, le
préjudice né de son inexécution doit nécessairement
être indemnisé sur la base de la seule responsabilité
contractuelle, même si le régime des articles 1382 et
suiv. est plus favorable. En l’absence de contrat, la
responsabilité délictuelle est nécessairement
engagée.
La distinction entre les deux types
de responsabilité est parfois remise
en cause :
– la Cour de cassation refuse parfois de censurer
l’erreur de qualification commise par les juges du
fond ou les parties lorsque l’application des règles
conduit au même résultat.
– depuis un arrêt de la cour de cassation chambre
Criminelle., 15 juin 1923 (DP 1924, 135), le juge
pénal, saisi d’une action civile en réparation,
applique les seules règles de la responsabilité
délictuelle, même lorsqu’un contrat existe entre le
délinquant et la victime. Ainsi, un médecin
coupable de coups et blessures involontaires à
l’occasion des soins prodigués est civilement
responsable sur le terrain délictuel.
– la mise en œuvre des deux responsabilités
n’étant pas toujours facile, certaines lois tendent à
estomper la distinction en soumettant la question
traitée au même régime, que les parties soient
liées ou non par un contrat (ex : responsabilité en
matière de fait des produits défectueux).
Evolution du droit de la
responsabilité délictuelle
La matière (qui trouve son origine dans les écrits de
Domat) a beaucoup évolué depuis 1804, même si les
textes des Codes sont restés inchangés.
Les règles présentaient de forts liens avec la
responsabilité morale. C’est pourquoi la
responsabilité était par principe fondée sur la faute.
C’est la survenance de la révolution industrielle qui a
constitué le tournant de l’histoire du droit de la
responsabilité civile. Le développement du
machinisme et de l’industrialisation a créé de
nouveaux risques, source d’accidents multiples, qui
ont modifié les fondements de la responsabilité civile.
On a, peu à peu, reconnu l’existence de
responsabilités sans faute. Cela a été notamment
rendu possible grâce au développement de
l’assurance de responsabilité civile, permettant de
mieux indemniser les victimes.
La doctrine a cependant du justifier qu’un individu
puisse être déclaré responsable en dehors de toute
faute de sa part.
Deux théories ont été proposées :
1. théorie du risque
La
Elle a été exprimée par Saleilles, à la fin du
XIXe siècle et reprise notamment par
Josserand.
Selon cette théorie, lorsqu’une activité créé un danger
spécial pour autrui, le créateur du risque est tenu, de
ce seul fait et en dehors de sa faute, à l’indemnisation
des dommages causés aux tiers. Par son activité,
l’homme se procure un profit ; il est juste qu’en
contrepartie, il répare les dommages qu’elle
provoque.
Cette théorie a été critiquée, notamment par
Planiol. On lui reprocha notamment, par la
liaison automatique qu’elle établit entre
création d’un risque et responsabilité, de
condamner l’homme à l’immobilité. La théorie
a cependant fortement imprégné notre droit
positif.
2. théorie de la garantie
La
La théorie de la garantie est due aux travaux de
Starck. Pour lui, il faut rechercher les fondements de
la responsabilité du côté de la victime. Lorsqu’une
personne est atteinte dans ses droits essentiels, le
système juridique, garant de ses prérogatives, doit
prononcer une sanction en condamnant le
responsable à la responsabilité des dommages
causés. L’obligation d’indemnisation est fondée sur la
simple nature des droits atteints, indépendamment du
comportement du responsable.
Evolution : le développement des lois
d’indemnisation.
L’interprétation des articles 1382, et suivants du
Code civil ne permet pas d’indemniser
systématiquement les victimes. Seuls la faute, le fait
des choses et le fait d’autrui fondent, dans le Code
civil, une obligation à réparation. Cela ne résout pas
par ailleurs le problème de la solvabilité du débiteur.
C’est pourquoi on a souhaité l’adoption de lois
d’indemnisation, offrant aux victimes des conditions
souples et des garanties financières de réparation.
Ce mouvement de socialisation des risques a conduit
à la prise en charge par la collectivité de dommages
particuliers : la loi du 5 juillet 1985 relative aux
accidents de la circulation et du 19 mai 1998 relative
à la responsabilité du fait des produits défectueux ; la
loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et
à la qualité du système de santé qui reconnaît un
droit à indemnisation au profit des victimes d’un
accident médical non fautif. Lorsque les conditions
seront réunies, la victime pourra obtenir
indemnisation auprès d’un fonds, dénommé office
national d’indemnisation.
Titre 1 : Les faits
générateurs de la
responsabilité civile
délictuelle
Au terme de l’article 1382 du Code Civil « tout fait
quelconque de l’homme qui cause à autrui un
dommage, oblige celui par la faute duquel il est
arrivé, à le réparer ».
Ce texte pose les bases de la responsabilité
délictuelle pour faute, appelée aussi responsabilité
subjective (chapitre 1).
Mais on peut également être responsable du fait des
choses (chapitre 2) et du fait d’autrui (chapitre 3).
Chapitre 1 : La responsabilité du
fait personnel
Les articles 1382 et 1383 du Code Civil fondent
l’obligation à réparation du préjudice sur la faute du
responsable, qui doit être prouvée par la victime.
Nous préciserons les éléments constitutifs de la faute
(1) avant d’en étudier le régime (2) et notamment sa
disparition.
Section 1 : Les éléments
constitutifs de la faute
§ 1 : Définition de la faute
La notion de faute délictuelle n’est pas définie par le
Code civil, même s’il distingue la faute volontaire
(article 1382 du Code Civil – délit) de la faute
involontaire d’imprudence (article 1383 du Code Civil
(quasi-délit).
Planiol a défini la faute comme la violation d’une
obligation préexistante, la doctrine s’accorde
aujourd’hui à considérer que la faute est constituée
de deux éléments : un élément objectif et un élément
subjectif.
A/ L’élément objectif de la faute
1°) la violation d’une norme de
conduite
La faute civile peut résulter :
– d’une faute de commission : violation d’une
règle de droit écrit (code de la route, droit du
travail, droit de la construction) ; violation d’une
règle coutumière (pratique d’un sport et
méconnaissance des règles du jeu)
D’une façon générale, il peut s’agir de tout
comportement apparaissant contraire à l’attitude
qu’un homme normalement diligent aurait dû adopter.
– d’une faute d’abstention : (arrêt Branly du 27
février 1951) : cette faute n’implique pas une
intention malveillante mais elle ne peut être
sanctionnée qu’à la condition que le responsable
ait été contraint à l’action d’une obligation
préexistante.
2°) faute appréciée par le juge
Pour qualifier de faute le comportement du
responsable, le juge doit réaliser une appréciation in
abstracto de sa conduite en la confrontant à celle
qu’aurait eu un individu moyen : le « bon père de
famille ». On ne tient pas compte des particularités
strictement personnelles du responsable.
Ensuite, si la faute est reconnue, peu importe que la
faute soit légère ou grave, peu importe également
que la faute soit intentionnelle ou non. La volonté ne
doit pas être confondue avec l’intention ; la volonté
porte juste sur le comportement fautif.
B/ L’élément subjectif de la faute
La faute délictuelle supposait traditionnellement que
le responsable ait eu conscience de la portée de ses
actes. Cette faute subjective devait être imputable au
responsable, excluant par exemple les malades
mentaux ou les mineurs en bas âge.
Les choses ont évolué vers une faute objective afin
de permettre aux victimes d’être indemnisées.
1°) Les personnes atteintes de
troubles mentaux
Une loi du 3 janvier 1968 a introduit un nouvel article
dans le Code civil : l’article 489-2 :
« celui qui a causé un dommage à autrui alors qu’il
était sous l’empire d’un trouble mental, n’en est pas
moins obligé à réparation ».
Conditions : un trouble mental : cela ne s’étend pas à
des troubles de conscience indépendants d’une
maladie mentale ; en revanche le texte s’applique que
le malade soit mineur ou majeur.
Effets : le texte permet à la victime d’obtenir
indemnisation du dommage causé par l’aliéné dans
tous les cas de responsabilité prévus aux
articles 1382 et suivants du Code Civil.
Cela ne crée pas un régime autonome de
responsabilité. Un comportement peut être qualifié de
faute indépendamment de l’état de conscience de
son auteur. La faute se cantonne à la simple
méconnaissance d’une norme de comportement,
abstraction faite de tout élément subjectif.
2°) L’enfant dépourvu de
discernement (l’infans)
Le Code civil a toujours admis qu’un mineur puisse
être responsable sur le terrain délictuel (article
1310du Code Civil.). La responsabilité pour faute de
l’enfant était en revanche exclue jusqu’en 1984. On
estimait qu’en raison de son jeune âge, l’infans était
dépourvu de réelle conscience.
La Cour de cassation a cependant opéré un important
revirement par deux arrêts Assemblée
plénière. Assemblée Plénière., 9 mai 1984, Derguini
et Lemaire.
ÞPar ces décisions on a abandonné l’imputabilité
comme élément de la faute délictuelle.
Dans ces espèces, les faits laissaient apparaître une
faute d’un enfant victime, invoquée par le
responsable comme moyen d’exonération de sa
propre responsabilité. La Cour de cassation a affirmé
qu’une faute peut être retenue, sur le fondement de
l’article 1382 du Code Civil sans que la Cour d’appel
n’ait à vérifier si l’enfant était capable de discerner les
conséquences de ses actes. Une conception
objective de la faute est donc imposée par la
jurisprudence.
Autrement dit : la capacité de discernement de
l’auteur de la faute est indifférente à l’application de
l’article 1382. L’imputabilité n’est donc plus un
élément de la faute.
Si l’infans est l’auteur du fait dommageable, la victime
peut agir directement contre l’infans sur le fondement
des articles 1382 et suivants. Mais la victime agira le
plus souvent sur le fondement de l’article 1384, alinéa
1 du Code Civil.
Si l’infans est la victime : la solution de 1984 permet
d’opposer à l’infans sa faute pour diminuer son droit à
dommages-intérêts.
La faute de l’infans est appréciée de manière
abstraite, par référence au « bon père de famille »
(Civ. 2e, 28 février 1996).
Section 2 : La disparition
de la faute
Les articles 1382 et 1383 du Code Civil instaurent
une responsabilité pour faute prouvée, dont les
conditions doivent être établies par la victime. Le
responsable peut se défendre en démontrant que,
contrairement aux apparences, son comportement
n’est pas fautif.
§ 1 : Exonération pour cause
étrangère
La cause étrangère est un fait extérieur au
responsable qui, opérant une rupture du lien de
causalité entre la faute et le dommage subi par la
victime, permet son exonération.
La notion se rapproche de celle retenue dans le
domaine de la responsabilité contractuelle.
L’exonération peut résulter :
– d’un événement de force majeure, événement
irrésistible, imprévisible et extérieur contraignant
le responsable à la commission du fait
dommageable.
– du fait d’un tiers ou de la victime, sans que ces
faits soient nécessairement fautifs. Ils doivent
cependant : être à l’origine du dommage et
présenter les caractères de la force majeure.
NB : s’il ne présente pas les caractères de la Force
Majeure, le fait doit être fautif et donne lieu à un
partage de responsabilité et donc à une exonération
partielle, appréciée par le juge proportionnellement à
la gravité des fautes respectives.
§ 2 : Exonération par faits
justificatifs
La notion de fait justificatif est issue du droit pénal et
désigne des circonstances matérielles ou juridiques
dont la réalisation neutralise la responsabilité.
L’auteur du fait dommageable n’est donc pas déclaré
responsable, car l’élément illicite de la faute est
justifié par un élément qui en paralyse la sanction.
Le droit civil retient l’effet exonératoire de tous les
faits justificatifs consacrés par le droit pénal : ordre ou
autorisation de la loi, commandement de l’autorité
légitime, légitime défense, état de nécessité.
La notion est toutefois entendue plus largement en
droit civil :
– acceptation des risques : le responsable peut
tenter de justifier son comportement en opposant
à la victime son acceptation des risques né de
l’activité dommageable : transport bénévole,
activité sportive. Conditions : que l’acceptation
soit libre et éclairée et qu’elle ait porté sur un
risque normal de l’activité envisagée.
– consentement de la victime : sauf pour les
dommages corporels car le corps humain est
indisponible (article 16-1du Code Civil.).
NB : les clauses exonératoires ou limitatives de
responsabilité, déjà exceptionnelles en matière de
responsabilité délictuelle en raison de l’absence de
rapport préalable avec la victime (mais un magasin
peut afficher qu’il décline toute responsabilité envers
les visiteurs), sont sans effet dans le domaine de la
responsabilité délictuelle pour faute, les articles 1382
et 1383 étant d’ordre public.
Chapitre 2 : La responsabilité du fait
des choses
La possibilité pour un sujet de droit d’être
responsable du fait d’une chose n’avait été envisagée
en 1804 que dans des hypothèses limitées. Il n’y
avait guère que les articles 1385 et 1386 (animaux et
bâtiments en ruine).
Cette responsabilité a fait l’objet d’une évolution
historique considérable :
ÞÉvolution technologique
ÞL’arrêt Teffaine (16 juin 1896) et l’arrêt Jand’heur
(Chambres réunies, 13 février 1930) ont découvert un
principe général du fait des choses, fondé sur l’article
1384, al. 1du Code Civil.
La responsabilité du fait des choses résulte donc soit
du principe général posé à l’article 1384, al. 1, soit
des régimes spéciaux prévus par d’autres textes.
Section 1 : Le principe
général de responsabilité
du fait des choses
L’article 1384, alinéa 1 du Code Civil dispose que :
« on est responsable non seulement du dommage
que l’on cause par son propre fait, mais encore de
celui qui est causé par le fait des personnes dont on
doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa
garde ».
§ 1 : Contenu du principe
ÞUne chose sur laquelle une personne exerce un
pouvoir de garde doit avoir causé un dommage à
autrui.
A/ notion de chose
Le terme est vague et peut s’appliquer à tout objet,
quelle soit sa nature physique (ex : onde électrique,
sonore, image de télévision). La nature juridique est
aussi indifférente (meuble ou immeuble).
Exceptions : les choses régies par des textes
spéciaux (animaux, par ex.) ; le corps humain (car il
n’est pas une chose) (sauf quand il forme un tout
avec une chose – vélo, skis – ; exclusion des choses
sans maître (eau de pluie) ou abandonnées (car
personne n’exerce à leur égard de pouvoir de garde).
Cependant l’appropriation, même momentanée de la
chose change la solution (ex de l’adolescent qui
donne un coup de pied dans une bouteille
abandonnée et qui blesse quelqu’un Þil en devient le
gardien).
B/ fait de la chose
Cela renvoie à une exigence de causalité. La chose
doit avoir été « l’instrument du dommage ».
La charge de la preuve de cette condition varie selon
les situations :
1°) chose en mouvement entrée
en contact avec la victime
ÞLorsque la chose est animée d’un certain
dynamisme (chose qui se déplace, qui explose), une
quasi certitude existe quant à son rôle causal. On
présume alors le fait de la chose. La victime doit
seulement prouver l’intervention matérielle de la
chose.
Il s’agit d’une présomption simple, qui peut être
renversée par le gardien (en démontrant, par ex, le
rôle passif de la chose).
2°) autres hypothèses
Lorsque une chose est totalement inerte ou n’est pas
entrée en contact avec la victime (un passant percute
une vitrine et se blesse), un doute surgit : le
dommage est-il dû à la chose inerte ou à l’inattention
de la victime ?
La jurisprudence imposait à la victime de prouver le
fait de la chose (position ou comportement anormal
de la chose). Actuellement, plusieurs arrêts de la
Cour de cassation ont étendu la présomption du rôle
actif de la chose lorsque la victime était entrée
directement en contact (civ. 2e, 29 avril 1998).
C/ garde de la chose
La notion de garde est essentielle à la mise en œuvre
de l’article 1384, al. 1.
La notion a fait l’objet d’une évolution de la
jurisprudence. Elle adoptait une conception juridique
de la garde en considérant que la garde est exercée
par le propriétaire de la chose. La solution était
problématique quand l’intéressé avait été dépossédé
de son bien, suite à un vol, par exemple.
Par un arrêt de principe (Chambres Réunies, 2
décembre 1941, Franck), la Cour de cassation a
adopté une conception matérielle de la garde : une
personne privée « de l’usage, de la direction et du
contrôle » d’un véhicule du fait d’un vol en a perdu la
garde.
C’est ainsi qu’est définie la garde aujourd’hui.
Cette définition implique qu’un préposé ne peut
jamais être gardien, car il n’exerce pas de pouvoir
autonome de contrôle et de direction sur la chose
qu’il utilise dans l’exécution de sa mission (Civ. 2e, 1er
avril 1998).
Pourtant, un arrêt du 9 mai 1984 de l’Assemblée
plénière, Gabillet, affirme qu’un enfant peut être
déclaré gardien de la chose, sans qu’il soit
nécessaire de caractériser sa capacité de
discernement. Cette solution altère la notion de garde
puisque l’exercice d’un réel pouvoir de contrôle et de
direction sur une chose semble impliquer une
capacité de discernement.
Détermination du gardien
On présume qu’il s’agit du propriétaire. Mais il peut
démontrer qu’au moment des faits, la garde (usage,
contrôle et direction) de la chose avait été transférée
volontairement ou non à un tiers. Ce dernier devient
ainsi gardien de la chose. La jurisprudence est
exigeante dans l’appréciation du transfert de garde,
qui ne doit pas être confondu avec le simple usage de
la chose par un tiers et suppose que le propriétaire lui
a réellement confié des pouvoirs de contrôle et de
direction sur la chose.
Le transfert de garde volontaire résulte le plus
souvent d’un contrat (vente ou louage de chose, mais
moins évident dans le cas du prêt).
Distinction de la garde de la structure et de la garde
du comportement
Depuis l’arrêt Franck, la garde est alternative. Mais la
solution est parfois inopportune.
La personne à qui la chose a été confiée par son
fabricant, pour la vendre ou la transporter, est
considérée comme gardienne et se trouve
responsable alors que la chose était complexe et/ou
dangereuse. Lorsqu’une bouteille de gaz explose
chez un commerçant, il doit indemniser les victimes,
même si l’explosion est due à un défaut de
fabrication.
Certains auteurs (Goldman) ont proposé de
distinguer. Le fabricant est le gardien de la structure
et responsable des dommages dus aux vices de la
chose, le détenteur serait gardien du comportement
et responsable des dommages dus à une utilisation
défectueuse.
Cette distinction a été retenue par un arrêt Oxygène
liquide du Civ. 2e, 5 janvier 1956.
NB : la distinction ne va peut-être plus survivre aux
nouveaux articles. 1386-1 et suivants. du Code Civil.
NB : La garde commune est exceptionnelle (joueurs
de foot gardiens du ballon). Elle entraîne une
responsabilité in solidum des différents gardiens.
Mais si la victime était elle-même gardienne (joueur
de tennis), elle ne peut demander aucune
indemnisation, car la qualité de gardien est exclusive
de celle de victime.
§ 2 : Régime du principe
Depuis l’arrêt Jand’heur, la responsabilité du fait des
choses est une responsabilité sans faute, purement
objective.
La responsabilité du gardien est engagée du seul fait
que la chose sur laquelle il exerçait ses pouvoirs de
garde a causé un dommage à autrui.
Le gardien peut cependant démontrer que les
conditions de la responsabilité n’étaient pas réunies :
rôle passif de la chose, transfert de garde.
Il peut invoquer aussi une cause étrangère.
Section 2 : Les régimes
spéciaux de
responsabilité du fait des
choses
=) fait des animaux, ruine d’un bâtiment, accidents du
travail, incendie de la chose, dommages causés par
les avions, abordages, troubles du voisinage,
accidents de la circulation, fait des produits
défectueux
§ 1 : La responsabilité du fait des
animaux
Prévue à l’article 1385 du Code Civil, la responsabilité
du fait des animaux a été le premier cas de
responsabilité du fait des choses. Ce texte est
applicable, chaque fois qu’un animal est à l’origine
d’un dommage.
Conditions d’application
Elles sont alignées sur l’article 1384, al. 1du Code
Civil.
– tout animal, quelle que soit sa nature
biologique, relève du texte. La seule condition est
qu’il soit approprié (peu importe qu’il se soit
échappé).
– l’animal doit avoir causé un dommage.
– cela entraîne la responsabilité du propriétaire ou
de l’utilisateur de l’animal (l’article 1385 ne faisant
pas référence à la garde).
Régime de responsabilité
C’est une responsabilité sans faute ; la preuve d’une
faute n’est donc pas nécessaire. Le propriétaire de
l’animal peut s’exonérer par la force majeure, le fait
du tiers ou de la victime.
§ 2: La responsabilité du fait de
la ruine d’un bâtiment
Cette responsabilité est prévue à l’article 1386du
Code Civil. Elle s’éloigne du régime de l’article 1384,
al. 1du Code Civil.
Conditions d’application
– bâtiment : toute construction en matériaux
durables élevée par l’homme et fixée au sol. Sont
exclus les ouvrages naturels (grottes, souterrains)
et les constructions provisoires.
– Le dommage doit être dû à la ruine du
bâtiment : il s’agit de sa destruction totale ou
partielle. Cette ruine doit elle-même être due à un
défaut d’entretien ou un vice de construction.
Régime de responsabilité
C’est une responsabilité sans faute dont le
propriétaire ne peut s’exonérer que par la preuve
d’une cause étrangère.
Elle pèse sur le propriétaire même si la ruine est due
à la négligence d’un autre (locataire, par ex, ou
constructeur ; il aura cependant un recours contre
eux).
La Cour de cassation vient de décider que l’action sur
le fondement de l’article 1386, contre le propriétaire,
n’empêchait pas la victime d’agir contre le gardien de
la chose sur le fondement de l’article 1384, al. 1.
(Civ. 2e, 23 mars 2000, R.T.D.Civ. 2000, 581).
§ 3: La responsabilité du fait des
accidents de la circulation
ÞLa loi Badinter du 5 juillet 1985.
Les accidents de la circulation sont la principale
source de dommages corporels d’origine accidentelle.
Or, jusqu’en 1985, aucune loi particulière ne régissait
l’indemnisation de ces préjudices, dont la réparation
devait être recherchée sur le seul fondement du droit
commun de la responsabilité. La doctrine (dont Tunc)
a plaidé en faveur de l’adoption d’un texte particulier.
La loi de 1985 opère une rupture avec le droit
commun de la responsabilité. Le but de la loi n’est
pas la recherche d’un responsable, mais d’un
débiteur d’indemnités solvable et, à travers lui, d’un
assureur apte à garantir l’indemnisation de la victime.
A/ Conditions de l’application de la
loi du 5 juillet 1985
NB : la loi Badinter transcende la distinction des
responsabilités contractuelle et délictuelle.
3 conditions :
1°) la victime doit subir un
préjudice à l’occasion d’un
accident de la circulation
Cette notion désigne tout événement soudain et
fortuit, présentant un lien avec la circulation.
L’accident doit donc avoir eu lieu sur une voie ouverte
au trafic public, et présenter un lien de déplacement
du véhicule. La loi reste applicable si le véhicule est
en stationnement.
2°) l’accident doit impliquer un
véhicule terrestre à moteur
Il s’agit de tout engin ayant une force motrice, apte au
transport des personnes ou des choses et évoluant
sur le sol. Sont donc exclus les moyens de transport
non terrestres (avion, bateau) ou non motorisés (vélo)
ou circulant sur des voies propres (train, tramways).
La notion d’implication permet de condamner à
indemnisation tout conducteur ayant participé à un
titre quelconque à l’accident, même lorsque son
action n’en est pas la cause. Ainsi, lors d’un accident
en chaîne, le passager du premier véhicule peut
demander indemnisation des préjudices à tout
conducteur mêlé au fait accidentel.
Il faut cependant distinguer :
– 1re hypothèse : véhicule entré en contact avec
la victime Þl’implication est établie, que le
véhicule soit en mouvement ou en stationnement
(Civ. 2e, 23 mars 1994, J.C.P. 1994, II, 22292).
– 2e hypothèse : absence de contact entre le
véhicule et la victime Þla victime doit établir la
preuve de l’implication du véhicule. Mais la
jurisprudence se montre peu exigeante quant à
l’établissement de cette preuve. Ex : Civ. 2e, 13
juillet 2000, admettant l’implication d’un véhicule
dont l’alarme s’était déclenchée, effrayant des
chevaux qui causèrent un accident 10 Km plus
loin et 20 minutes après la mise en route de
l’alarme.
3°) le dommage doit être
imputable à l’accident
Cette question a fait l’objet d’une évolution
jurisprudentielle. Jusqu’en 1989, la jurisprudence
n’exigeait pas que le dommage soit imputable à
l’accident. L’implication du véhicule suffisait. A partir
d’un arrêt Civ. 2e, 28 juin 1989, la Cour de cassation a
admit que le conducteur pouvait s’exonérer en
prouvant que la victime était déjà blessée lorsqu’il l’a
percutée. Cela introduisait ainsi une exigence
d’imputabilité du dommage à l’accident que la victime
devait prouver.
La jurisprudence considère aujourd’hui que
l’imputabilité doit être présumée en cas d’implication
du véhicule (Civ. 2e, 19 février 1997, D. 1997, 384), le
conducteur pouvant apporter la preuve contraire.
NB : la victime ne peut agir que contre le conducteur
du véhicule impliqué. S’il agit contre une personne
non conductrice, l’action doit se fonder sur le seul
droit commun.
B/ Moyens d’exonération du
défendeur
Article 2 : « les victimes, y compris les conducteurs,
ne peuvent se voir opposer la force majeure ou le fait
d’un tiers par le conducteur ou le gardien d’un
véhicule ». La seule cause d’exonération admise est
donc la faute de la victime
1°) faute de la victime non conductrice (piétons,
cyclistes, passagers des véhicules).
– lorsqu’il s’agit d’un dommage causé à ses
biens, toute faute de sa part peut lui être
opposée, quelle que soit sa gravité, pour
restreindre son droit à indemnisation
– lorsque le dommage est corporel, l’opposabilité
de la faute de la victime n’est admise que dans
des conditions strictes et variant selon la qualité
de la victime : les victimes âgées de moins de 16
ans, de plus de 70 ans ou titulaires d’un titre leur
reconnaissant une incapacité d’au moins 80%, ne
peuvent être privées de leur droit à réparation que
si elles ont volontairement recherché le
dommage. A toutes les autres victimes, le
défendeur peut opposer, outre la recherche
volontaire du dommage, leur faute inexcusable si
elle a été la cause exclusive de l’accident ; ce qui
limite les possibilités d’exonération puisqu’un
accident a généralement plusieurs causes.
La faute inexcusable est la « faute volontaire, d’une
exceptionnelle gravité, exposant sans raison valable
son auteur à un danger dont il aurait dû avoir
conscience (Civ. 2e, 20 juillet 1997, Gr. arrêts n°223).
2°) faute de la victime
conductrice
Le conducteur est soumis à un régime encore moins
favorable : « la faute commise par le conducteur du
VTM a pour effet de limiter ou d’exclure
l’indemnisation des dommages qu’il a subis » (article
4).
Le « conducteur » est tout individu exerçant une
maîtrise sur le véhicule au moment de l’accident. La
personne éjectée du véhicule a pu perdre cette
qualité.
L’article 4 a été interprété par deux arrêts du 22 mai
1997 et du 28 mars 1997 : « lorsque plusieurs
véhicules sont impliqués dans un accident de la
circulation, chaque conducteur a droit à
l’indemnisation des dommages qu’il a subis, sauf s’il
a commis une faute ayant contribué à la réalisation
de son préjudice ; il appartient alors au juge
d’apprécier souverainement si cette faute a pour effet
de limiter l’indemnisation ou de l’exclure ».
§ 4: La responsabilité du fait des
produits défectueux
La loi du 19 mai 1998 a introduit dans le Code civil les
articles 1386-1, et suiv. Elle illustre la volonté du
législateur de développer des techniques
d’indemnisation des victimes en marge des cas
classiques prévus par le Code civil.
Cette loi constitue la transposition (tardive) de la
directive communautaire du 25 juillet 1985 imposant
une responsabilité sans faute du producteur de
produits défectueux.
A/ Conditions de la responsabilité
du fait des produits défectueux
Les articles 1386-1 et suivants du Code Civil offrent à
la victime une action en indemnisation, dès l’instant
où elle a subi un dommage causé par le fait d’un
produit défectueux, sans qu’une faute du producteur
n’ait à être établie : « le producteur est responsable
du dommage causé par un défaut de son produit… ».
La notion de produit est définie à l’article 1386-3 du
Code Civil comme tout bien meuble, même incorporé
dans un immeuble. La notion est large, car les
éléments du corps humain peuvent y être assimilés.
(Les immeubles restent soumis aux règles spéciales
de la responsabilité des constructeurs).
Le fait générateur de la responsabilité est la
défectuosité du produit (article 1386-4du Code Civil.).
C’est le cas quand celui-ci n’offre pas la sécurité à
laquelle on peut légitimement s’attendre, notamment
lorsque la chose est dangereuse en elle-même du fait
de sa conception, de sa fabrication ou de son
utilisation.
La responsabilité n’est encourue du fait de la
défectuosité du produit qu’à la condition que celui-ci
ait été mis en circulation. Cette notion, voisine de la
commercialisation, implique que le producteur se soit
dessaisi volontairement de la chose. Elle n’impose
toutefois pas un transfert de propriété au profit de la
victime.
B/ Mise en œuvre du droit à
indemnisation
La responsabilité instaurée par les articles 1386-1 et
suivants du Code Civil est une responsabilité sans
faute dont les conséquences doivent être supportées
par le producteur, qu’il soit ou non lié à la victime par
un contrat.
La victime peut aussi se retourner contre toute
personne ayant participé à l’élaboration ou à la
commercialisation du produit.
Il s’agit ensuite de respecter un double délai :
– délai de péremption : c’est la période maximale
pendant laquelle le producteur garantit la sécurité
de son produit = 10 ans suivant la mise en
circulation (article 1386-16du Code Civil.).
– délai de prescription : c’est la période pendant
laquelle la victime peut demander une
indemnisation au producteur du dommage causé
par le produit. Ce délai est fixé à 3 ans à compter
de la connaissance du dommage ou de l’identité
du producteur.
Causes d’exonération : (article 1386-11du Code
Civil.)
ÞNotamment : exonération pour risque de
développement (défaut qu’il est impossible de prévoir,
eu égard à l’état des connaissances scientifiques, lors
de la mise en circulation du produit), à l’exception des
dommages causés par un élément ou un produit du
corps humain (article 1386-12du Code Civil.).
Conclusion : Si les conditions requises sont réunies,
la victime a droit à la réparation intégrale de son
préjudice, à l’exclusion des dommages causés à la
chose elle-même. Par ailleurs, la victime reste libre
d’agir sur le terrain du droit commun de la
responsabilité (article 1386-18du Code Civil.).
Chapitre 3 : La responsabilité du fait
d’autrui
Dans certaines hypothèses, le Code civil reporte la
charge de la responsabilité sur un tiers. La victime
peut obtenir réparation d’une personne qui n’a pas
matériellement causé le dommage, mais qui est
responsable du fait d’autrui.
Ce type de responsabilité n’était prévu dans le Code
civil que dans des hypothèses spéciales. Ces textes
étaient appliqués limitativement par les tribunaux car
ils sont une exception au principe selon lequel on
n’est responsable que de son propre fait (1).
La jurisprudence ultérieure a toutefois dégagé un
principe général de responsabilité du fait d’autrui (2).
Section 1 : Les régimes
spéciaux de
responsabilité du fait
d’autrui
L’article 1384 du Code Civil prévoit 4 régimes
spéciaux de responsabilité du fait d’autrui : celle des
parents du fait des enfants mineurs ; celle des
commettants du fait des préposés ; de l’artisan du fait
des apprentis ; des instituteurs du fait de leurs élèves.
§ 1 : La responsabilité des
parents du fait de leurs enfants
mineurs
L’article 1384, alinéa 4 du Code Civil prévoit que :
« Le père et la mère, en tant qu’ils exercent l’autorité
parentale, sont solidairement responsables du
dommage causé par leurs enfants mineurs habitant
avec eux ».
Lorsqu’un dommage est causé par un enfant, la
victime dispose d’un choix d’action : agir contre le
mineur (1382 ou 1383) ou agir contre ses parents
(1384, al 4).
L’interprétation de ce texte a évolué.
A/ Les conditions de la
responsabilité des parents du fait
de leurs enfants mineurs
L’enfant doit bien sûr être mineur. S’ajoutent d’autres
conditions :
1) les parents doivent exercer
l’autorité parentale (article
372, suivants du Code
Civil).
L’exercice de l’autorité parentale peut être
conjoint (que les parents soient mariés ou non,
qu’ils soient ou non séparés, à partir du moment
où le lien de filiation a été établi à l’égard des
deux (loi 4 mars 2002).
L’exercice de l’autorité parentale peut être
unilatéral (impossibilité de l’un des parents –
article 373 ; 373-1du Code Civil. – ou retrait
autorité parentale – article 378du Code Civil. – ;
séparation des parents lorsque l’intérêt de
l’enfant justifie de ne soient confiées qu’à un seul
parent ; lien de filiation établi tardivement à
l’égard de l’un des parents, sauf déclaration
conjointe)
2) cohabitation avec l’enfant
A défaut de cohabitation, la responsabilité des
parents ne peut être engagée.
On considérait auparavant que toute rupture,
même brève, de la communauté de vie, excluait
l’application de l’article 1384, al. 4.
La jurisprudence s’est ensuite assouplie, excluant
les ruptures brèves de communauté de vie.
Puis : Civ. 2e, 19 février 1997 Bertrand :
interprétation juridique de la notion de
cohabitation : la responsabilité est liée à la qualité
de titulaire de l’autorité parentale. La cohabitation
doit s’entendre comme la résidence habituelle de
l’enfant au domicile des parents. + Dans
l’hypothèse de parents divorcés « l’exercice d’un
droit de visite et d’hébergement (chez celui qui
n’a pas l’autorité parentale, ne fait pas cesser la
cohabitation du mineur avec celui des parents qui
exerce sur lui le droit de garde ». Il fut ensuite
précisé que le fait de confier temporairement
l’enfant à un tiers (centre médical), ne faisait pas
cesser la cohabitation avec les parents.
3) fait de l’enfant
La jurisprudence traditionnelle exigeait que ce fait
soit fautif. Un arrêt Assemblée. Assemblée
Plénière., 9 mai 1984, Fullenwarth) a affirmé
qu’un acte simplement causal de l’enfant suffisait.
Il suffit donc d’établir le rôle causal du fait de
l’enfant dans la production du dommage.
B/ Le régime de la responsabilité
des parents du fait de leurs enfants
mineurs
La nature de cette responsabilité n’est pas précisée.
La jurisprudence traditionnelle considérait que cette
responsabilité était une responsabilité pour faute
présumée dans l’éducation ou la surveillance de
l’enfant. La victime n’avait pas de faute à prouver
mais les parents pouvaient apporter la preuve
contraire. Cependant, l’exonération était devenue très
difficile.
La jurisprudence a ensuite affirmé (arrêt Bertrand)
qu’il s’agissait d’une responsabilité objective
(responsabilité sans faute). Les parents ne peuvent
s’exonérer en démontrant qu’ils ont correctement
éduqué ou surveillé l’enfant, seule la cause étrangère
peut conduire à l’exonération.
§ 2: La responsabilité du
commettant du fait ses préposés
Instaurée par l’article 1384, al. 5du Code Civil., la
responsabilité du commettant du fait de ses préposés
permet à la victime d’obtenir indemnisation d’une
personne qui exerçait une autorité sur l’auteur du fait
dommageable, née le plus souvent d’un contrat de
travail.
A/ Conditions
Trois conditions :
1. un rapport de préposition
Un rapport de préposition entre le
responsable et l’auteur du fait dommageable
= « droit de donner au préposé des ordres ou
des instructions sur la manière de remplir les
fonctions auxquelles il est employé » (Civ., 4
mai 1937, Gr. arrêts n°210).
Un tel pouvoir naît généralement d’un contrat de
travail.
NB : même si l’auteur du fait dommageable
dispose, dans l’exercice de sa mission, d’une
totale liberté intellectuelle, l’article 1384 demeure
applicable. Une clinique est par exemple
responsable du fait de son médecin salarié.
Le lien de préposition peut naître autrement : dès
l’instant où une personne exerce à l’égard d’une
autre un pouvoir d’autorité permettant de lui
donner des ordres lors de l’accomplissement
d’une mission, le lien de préposition peut être
retenu.
2. Fait du préposé
Ce fait est généralement fautif mais une faute
objective suffit.
3. Lien avec les fonctions
Le fait dommageable doit avoir été accompli
pendant les fonctions auxquelles le préposé était
employé.
Pb pour certains actes, accomplis pendant les
fonctions, mais étrangers à elles. Ex : un
employé de banque détourne les fonds remis par
les clients. C’est un cas ici d’abus de fonction. Le
problème a donné lieu à une controverse
jurisprudentielle. La jurisprudence a été
finalement fixée par un arrêt de
l’Assemblée. Plénière., 19 mai 1988,
Grands arrêts n°215, qui affirme que l’abus de
fonction est constitué lorsque « le préposé a agi
hors des fonctions auxquelles il était employé,
sans autorisation, et à des fins étrangères à ses
attributions ».
Abus de fonction : 3 conditions cumulatives : acte
du préposé hors de ses fonctions (horaires, lieux,
moyens) ; absence d’autorisation ; fins
étrangères aux attributions (le préposé doit avoir
agi à des fins personnelles, ce qui exclut le cas
où il agit dans l’intérêt de son commettant)
Appréciation de l’abus de fonction : si la victime
ne pouvait légitimement croire que le préposé
agissait dans le cadre de ses fonctions, la
responsabilité du commettant est écartée.
B/ Régime
La responsabilité du commettant est une
responsabilité sans faute, purement objective. Les
possibilités d’exonération sont restreintes : non
réunion des conditions ou cause étrangère.
Action :
Traditionnellement, le commettant se substituait au
préposé dans ses seuls rapports avec la victime, le
préposé demeurant le débiteur définitif. L’action
pouvait donc être engagée soit contre le commettant,
soit contre le préposé ; le commettant disposait d’une
action contre le préposé.
Evolution : arrêt Assemblée. Plénière., 25 février
2000, Costedoat, rendu sous le double visa de 1382
et 1384, alinéa 5 : « n’engage pas sa responsabilité à
l’égard des tiers le préposé qui agit sans excéder les
limites de la mission qui lui a été impartie par son
commettant.
Complété par Assemblée. Assemblée Plénière., 14
décembre 2001, Cousin : « le préposé condamné
pénalement pour avoir intentionnellement commis,
fut-ce sur l’ordre du commettant, une infraction ayant
porté préjudice à un tiers, engage sa responsabilité
civile à l’égard de celui-ci ».
Conséquences :
– la victime ne peut agir contre le préposé que si
celui-ci a dépassé le cadre de sa mission ou a
commis une infraction pénale intentionnelle. Dans
les autres cas, seule une action contre le
commettant demeure possible.
– le recours du commettant est impossible
lorsque le préposé était dans le cadre de sa
mission
§ 3 : La responsabilité de
l’artisan du fait de ses apprentis
Cette responsabilité est instaurée à l’article 1384,
al. 6du Code Civil. Elle a ensuite été rapprochée de la
responsabilité des parents.
Conditions :
L’apprenti doit avoir commis un fait illicite (faute ou
fait des choses) ayant causé un dommage à un tiers.
Il faut donc une relation d’apprentissage : la
responsabilité pèse sur toute personne qui dispense
une formation professionnelle à un mineur dans le
cadre d’une relation de travail. Peu importe
l’existence d’un contrat d’apprentissage valable ou
pas.
Ensuite, l’artisan n’est responsable que s’il exerce à
l’égard de l’apprenti un pouvoir de surveillance. Si
l’apprenti habite avec lui, sa responsabilité est
permanente et peut être engagée même si le fait
dommageable a été commis en dehors des heures ou
des jours de travail et ne cesse que lorsque l’apprenti
retourne chez ses parents. Dans le cas contraire, sa
responsabilité est limitée aux périodes de travail.
Nature de la responsabilité :
On considérait traditionnellement que le tout reposait
sur une responsabilité simple de faute. Depuis l’arrêt
Bertrand, on considère que la responsabilité devrait
être une responsabilité objective.
§ 4 : La responsabilité de
l’instituteur du fait de ses élèves
Dans la version originaire du Code civil, la
responsabilité des instituteurs obéissait à un régime
voisin de celle des parents à laquelle elle se
substituait pour les périodes où l’élève se trouvait à
l’école. La solution, jugée trop sévère a été modifiée
par une loi du 5 avril 1937, qui a posé les conditions
nouvelles de la responsabilité de l’instituteur + une
substitution de l’Etat dans la prise en charge
financière de l’indemnisation.
Conditions de la responsabilité :
Cf. article 1384, al. 6 et 8du Code Civil.
– s’applique à tous les membres de
l’enseignement (surveillants, directeurs
d’établissement), à l’exception des professeurs
d’université.
– 1re condition : preuve de la faute de l’instituteur
(défaut de surveillance, par exemple)
– 2e condition : dommage causé par l’enfant alors
qu’il était sous surveillance de l’instituteur
NB : cela couvre toute la durée de l’activité scolaire
(cours, récréation, activités extérieures…)
Substitution de la responsabilité de l’Etat
– si l’enseignant enseigne dans une école privée,
il est responsable personnellement du fait de
l’enfant, bien que la victime puisse aussi agir
contre l’établissement dont il est le préposé, sur le
fondement de l’article 1384, al. 5du Code Civil.
– si l’enseignant enseigne dans une école
publique, l’Etat se substitue à lui dans
l’indemnisation de la victime. L’action en
réparation doit donc être dirigée directement
contre l’Etat, devant le TGI, dans le délai de 3
ans.
Section 2 : Le régime général de
la responsabilité du fait d’autrui
§ 1 : Evolution jurisprudentielle
vers la reconnaissance d’un
principe général de
responsabilité du fait d’autrui
Jusqu’en 1991, la jurisprudence refusait toute mise
en œuvre de la responsabilité du fait d’autrui en
dehors des cas spéciaux instaurés par le Code civil.
Dans l’esprit de la doctrine traditionnelle, l’article
1384, al. 1, n’était qu’un texte d’annonce.
Par un arrêt de son. Assemblée Plénière.du 29 mars
1991, Blieck, la Cour de cassation a opéré un
important revirement en admettant, sur le fondement
de l’article 1384, al. 1du Code Civil., qu’une
association qui avait accepté la charge d’organiser et
de contrôler, à titre permanent, le mode de vie d’un
handicapé mental devait répondre des faits de celui-
ci. En l’espèce, la personne inadaptée avait mis le feu
à une forêt alors qu’elle effectuait des travaux pour le
compte de l’association auprès de laquelle elle avait
été placée. L’organisme a été déclaré responsable du
dommage causé par le handicapé.
ÞC’est la première fois que la Cour de cassation
admet une responsabilité du fait d’autrui en dehors
des régimes spéciaux du Code civil.
Les raisons du revirement sont exprimées dans les
conclusions de l’avocat général Dontenwille :
apparition d’un risque social, lié aux méthodes de
traitement des personnes inadaptées. Celles-ci sont
de plus en plus souvent laissées dans un régime de
liberté, jugé conforme à leurs intérêts, mais qui est
source de risques accrus pour les tiers.
+ Volonté d’alignement sur le droit administratif qui
offre aux victimes des conditions d’indemnisation
favorables dans des situations similaires (détenus en
liberté conditionnelle…).
Malgré sa nouveauté, l’arrêt Blieck n’a pas posé un
véritable principe général de responsabilité du fait
d’autrui.
L’attendu de la décision subordonne en effet la mise
en œuvre de cette responsabilité à de strictes
conditions : fait d’une personne handicapée ;
existence d’un contrôle permanent de son mode de
vie ; nécessité d’une acceptation préalable de la prise
en charge de la personne handicapée.
Cependant, cet arrêt marque le point de départ d’une
évolution jurisprudentielle importante.
§ 2 : Domaine de l’article 1384,
al. 1du Code Civil.
Le texte lui-même n’apporte aucune précision sur ses
conditions d’application.
La doctrine a alors émis l’idée que l’application du
principe général de responsabilité du fait d’autrui
devrait être limitée aux personnes exerçant une
autorité sur l’auteur du fait dommageable. Ce critère a
inspiré la jurisprudence qui retient aujourd’hui deux
grands champs d’application de l’article 1384, alinéa
1:
A/ responsabilité des personnes
ayant la garde d’individus
nécessitant une surveillance
particulière
1/ application de l’article 1384, al. 1du Code Civil.,
aux gardiens professionnels
Þcf. associations ayant la garde d’adultes
handicapés ; organismes prenant en charge des
mineurs dans le cadre de mesures d’assistance
éducative.
– Personne dont on doit répondre : le critère n’est
pas la dangerosité de l’auteur du dommage mais
le particularisme de sa situation personnelle,
nécessitant une surveillance spéciale.
– Personne responsable : elle doit exercer un
pouvoir d’organisation, de contrôle, et de direction
sur l’activité ou le mode de vie de l’auteur du
dommage. Les sources de ce pouvoir sont
variées (convention, décision de placement).
– Il semble par ailleurs que le pouvoir de garde
doit avoir une certaine permanence ; les pouvoirs
doivent être exercés de façon habituelle car
l’habitude conditionne l’existence d’une réelle
autorité sur autrui. Ex : une baby-sitter ne pourrait
pas, voir sa responsabilité engagée sur 1384,
al. 1, si elle ne vient que de temps en temps.
Exercice d’un pouvoir de garde permanent : la
personne qui l’exerce peut voir sa responsabilité
engagée même si au moment du fait, l’auteur n’était
pas sous sa surveillance effective.
Civ. 2e, 6 juin 2002, 2 arrêts de principe : « une
association chargée par décision d’un juge des
enfants d’organiser et de contrôler à titre permanent
le mode de vie d’un mineur demeure (…) responsable
de plein droit du fait dommageable commis par ce
mineur, même lorsque celui-ci habite avec ses
parents, dès lors qu’aucune décision judiciaire n’a
suspendu ou interrompu cette mission éducative ».
La responsabilité du fait d’autrui semble désormais
liée à l’existence d’un pouvoir juridique de garde sur
le mineur, indépendamment d’une surveillance réelle
au moment où ce dernier cause un dommage à
autrui.
Exercice d’un pouvoir non permanent : dans ce cas,
le gardien n’engage sa responsabilité qu’à la
condition que l’auteur du dommage ait été sous sa
surveillance réelle au moment du dommage (Civ. 2e,
25 février 1998, D. 1998, 315) (responsabilité d’un
centre alors que l’enfant était chez sa mère).
2/ exclusion de l’article 1384, al. 1du Code Civil.,
aux gardiens bénévoles
Ces gardiens occasionnels ne sont ni rémunérés, ni
assurés
exclusion de l’article 1384, al. 1, à l’encontre des
membres de la famille
Civ. 2e, 18 septembre 1996, D. 1998, 315 : la Cour de
cassation a refusé d’engager la responsabilité d’une
grand-mère et d’une tante du fait d’un enfant qu’elles
gardaient pendant les vacances. On peut penser que
le critère de permanence de la garde faisait défaut.
+ La Cour de cassation considère possible la
responsabilité des parents même s’ils n’habitaient
pas effectivement avec l’enfant au moment du fait
dommageable.
application incertaine de l’article 1384, al. 1, à
l’encontre du tuteur de l’incapable
Peu de cohérence. Un arrêt Civ. 2e, 25 février 1998, a
exclu l’application de l’article 1384, alinéa 1 à
l’encontre de l’administrateur légal d’un incapable
majeur. Il n’y avait pas, selon elle, de pouvoir
d’organisation, de contrôle et de direction. +
Caractère non professionnel de la garde et absence
d’assurance du tuteur.
La Cour de cassation a adopté une solution contraire
dans un arrêt du 28 mars 2000 (Chambre Criminelle).
B/ responsabilité des associations
sportives du fait de leurs membres
Il s’agit d’une responsabilité du fait des membres de
l’association pendant la durée des compétitions
(Civ. 2e, 22 mai 1995 ; 3 février 2000, J.C.P. 2000, II,
10316, retenant la responsabilité d’associations
sportives du fait d’un rugbyman ayant causé des
dommages volontaires à l’un de ses adversaires
durant un match).
On peut s’interroger sur la justification d’une telle
responsabilité, le contexte apparaissant étranger à
l’existence d’un nouveau risque social.
De plus, les sportifs ne sont pas des personnes
nécessitant une surveillance particulière. La Cour de
cassation a cependant considéré que l’association
exerçait à leur égard un pouvoir d’organisation, de
direction et de contrôle au cours des compétitions.
La solution paraît alors surtout motivée par une
politique d’indemnisation des victimes.
§ 3 : Nature de la responsabilité
générale du fait d’autrui
Elle n’était pas précisée. Depuis un arrêt de la Crime.,
26 mars 1997, J.C.P. 1998, II, 100015, la Cour de
cassation a clairement affirmé qu’il s’agissait d’une
responsabilité sans faute, dont le responsable ne
peut s’exonérer que par la cause étrangère.
Les principaux régimes de responsabilité du fait
d’autrui reposent donc tous sur une responsabilité
purement objective.
Conclusion : articulation des régimes entre eux :
– régimes spéciaux et principe général de
responsabilité du fait d’autrui : la règle spéciale
déroge à la règle générale.
– responsabilité du fait d’autrui et responsabilité
pour faute : le premier régime est favorable à la
victime puisque ces responsabilités sont
objectives. Mais lorsque les conditions de la
responsabilité du fait d’autrui ne sont pas réunies,
la victime peut toujours agir contre le gardien
(parents, commettants, organismes ayant la
charge de personnes inadaptées), en prouvant sa
faute. L’article 1382du Code Civil., texte de droit
commun, reste en effet applicable en toute
hypothèse. Mais la victime supporte alors la
charge de la preuve de la faute de surveillance du
gardien.
Titre 2 : L’objet de la
responsabilité civile : la
réparation du dommage
SOUS TITRE I : LE
DOMMAGE.
Les mots dommages ou préjudices désignent les
atteintes portés aux biens ou à la personne d’autrui. Il
y a une très grande variété de dommages possibles
en fonction de leur nature ou de leur ordre
d’importance. Par ailleurs, tous les dommages ne
sont pas réparables, certains ne peuvent pas donner
lieu à des réparations.
SECTION I : les
catégories de dommages
réparables.
+ Il existe un principe en droit français qui est
relativement méconnu, qui a peu d’application, c’est
le principe selon lequel le dommage minime,
insignifiant ne sont pas réparables. Cette règle est
l’application d’un principe général, dans un adage
latin « De minimis non curat praetor ». L’idée de
l’adage est que le juge peut débouter un auteur car
l’enjeu est jugé trop minime. Cela suppose qu’on peut
laisser certains dommages sans réparation (justifiée
par l’encombrement de la justice).
+ Si tous les dommages ne peuvent pas être réparés
en droit français, c’est parce que certains d’entre eux
ne sont pas considérés comme légitime. C’est la
question de la légitimité de l’intérêt lesé.
Civ1, le 25 Juin 1991/Dalloz 91, p.566. Affaire « pas
de bébé préjudice ». / Affaire Perruche ?
1 Dommages patrimoniaux.
Pas de difficulté particulière à indemniser un
dommage patrimonial. Le dommage patrimonial peut
être défini comme une atteinte à une valeur qui
s’apprécie en argent. Il faut faire une distinction entre
deux types de dommages qui sont tous deux
patrimoniaux.
– Atteinte au seul patrimoine.
– Conséquences économiques des atteintes à
l’intégrité physique de la personne.
A/ Atteinte au seul patrimoine.
1. a) Le dommage matériel.
C’est la destruction ou la détérioration d’un bien
sur lequel une personne a un droit de propriété.
LA seule difficulté concerne dans certains cas la
situation dans laquelle le bien qui a été détruit ou
endommagé, était un bien déjà usagé. En effet,
s’il n’existe pas un bien du même type dans un
marché d’occasion, il faut offrir à la victime de
s’acheter un bien neuf. La conséquence sera que
la victime recevra le prix pour un bien neuf, on ne
peut pas se prévaloir de la vétusté.
Si le bien n’a pas été entièrement détruit par le
dommage, donc s’il peut être réparé. La victime
n’aura pas le droit au prix d’un bien neuf mais
pourra se faire indemniser un certain nombre de
dommages accessoires causés par
l’immobilisation du bien.
1.
b) Le dommage pécuniaire.
C’est une perte d’argent, c’est donc un dommage
purement économique. Il consiste pour la victime soit
à dépenser une somme d’argent, soit à être privé
d’un gain.
B/ Conséquences économiques
des atteintes à l’intégrité
physique de la personne.
Dépenses occasionnées par des soins, perte de
gains et salaires, dépenses d’appareillage (prothèse
ou fauteuil roulant), travaux d’aménagement et enfin
l’indemnisation des frais funéraires…
§2 Dommages extra-
patrimoniaux ou moraux.
Il s’agit d’atteinte à des valeurs autres que le
patrimoine de la victime. On parle d’atteintes
personnelles pour signifier que ce sont des atteintes
qui ne sont pas simplement économiques. On vise la
souffrance physique et morale
Question d’ordre politique, est-il légitime de réparer
un dommage moral ? Est-ce que ce n’est pas aller
vers une sorte de patrimonialisation de la personne ?
Est-ce que comme le disait George Lupert, d’aller
devant un tribunal pour monnayer ses larmes.
Cette réticence a été dépassée depuis longtemps par
les tribunaux français qui ont choisi d’apporter une
indemnisation à la victime.
L’autre argument utilisé par les personnes qui sont
pour les dommages moraux. 13 Ocobre 1955, civ 2.
L’autre problématique, d’ordre technique
Evaluer poste par poste les dommages précis, les
victimes corporelles se voient attribuer des
dommages et intérêts.
– Diminution de capacité physique, décrite comme
physiologique, déficit fonctionnel. C’est un premier
type de situation personnelle.
– Il s’agit des souffrances des personnes blessées ou
malades.
– Préjudice d’affection. Douleur invoquée par la perte
d’un être cher, ou des souffrances causées à un être
cher.
L’affaire du cheval Lunus car le propriétaire de ce
cheval avait demandé la réparation de son préjudice
moral lié à la souffrance provoquée par la perte de
cet animal. Civ 1, 16 Janvier 1962.
Les juges du fond sont aidés par une nomemclature
d’INTILLAC, ils y trouvent des mesures pour les aider.
Le recours des tiers payeurs, quand on subit un
préjudice, il y a des organismes qui prennent en
charge ces dommages. Le tiers payeur peut se
retourner contre l’auteur.
On peut souligner que le droit français de la
responsabilité civile n’est pas très exigent sur les
dommages. En réalité, c’est plutôt sur la faute et le
lien de causalité que le juge français va se concentrer
pour limiter la réparation. La catégorie des
dommages est plutôt ouverte que fermée. Chaque
semaine, chaque mois, de nouveaux types de
préjudices peuvent apparaître. Exemple, récemment,
le préjudice écologique, naufrage de l’Erika.
Prononcé le 16 Janvier 2008, Chambre
correctionnelle, il a reconnu qu’une faute
d’imprudence avait été commise par deux personnes
morales : La compagnie pétrolière totale et le
certificateur du navire RINA.
1 Qualité de victime
Personne née vivante et viable :
Le jour du dommage, la victime doit avoir une
personnalité juridique, et doit donc être viable. A
priori, aucun problème. Il se pose pour le préjudice
subi in utero (fœtus subit un geste maladroit du
médecin lors d’un examen-accident de la mère).
25 JUIN 2002 : faute du praticien hospitalier = mort
de l’embryon. Il était viable (6mois), et les parents ont
porté plainte devant lecivil. Le médecin a été
poursuivi pour homicide involontaire, coupable pour la
cour d’appel, censuré par la cour de cassation : le
principe de légalité des délits et peines impose une
interprétation stricte de la loi pénale et s’oppose à ce
que l’incrimination s’applique au cas de l’enfant qui
n’est pas né vivant.
La cour de cassation refuse d’étendre l’infraction
pénale à l’mebryon, sans exclure une réparation au
civil. Le préjudice est donc reconnu.
Pour hypothèse d’IVG manquée : la cour de
cassation refuse d’en faire un préjudice, mais la
situation est différente à la suite d’un IVG manqué
pour enfant malformé.
1989 CE : Indemnisation du préjudice propre de
l’enfant qui a subi une atteinte alors qu’il était in
utero : souffrance physique, préjudice esthétique,
troubles dans l’existence.
Le droit français permet une indemnisation au civil
d’une personne qui n’est pas née viable.
L’enfant conçu est considéré comme né toutes les
fois où il en va de son intérêt.
La victime peut être une PPHY ou PMO. Les PM ont
des particularités : n’ayant pas de corps, elles ne
peuvent pas souffrir des mêmes préjudices que les
PHY, les PM souffrent uniquement de pertes
financières, bien qu’on puisse envisager une atteinte
morale à la réputation.
Pour les PM qui défendent des intérêts collectifs
(assoc, syndicats). On admet que les PM peuvent
agir en justice pour demander réparations pour les
atteintes portées aux intérêts collectifs de leurs
membres.
2 Catégories
A/ Victimes directes
Cas le plus simple : victime « immédiate ».
C’est celle à qui le dommage a été causé en premier,
par le fait générateur lui-même : blessé dans un
accident de la circulation, ou celle dont la voiture a
été endommagée, etc.
B/ Victimes par ricochet
Victime « médiate ». Elle n’a pas subi le fait
générateur. Elle a subi un préjudice parce que c’est
une personne avec qui elle a des liens particuliers,
qui a subi le dommage.
Ce peut être la femme, l’enfant de la victime.
1)Types de dommages subis
La victime peut subir un préjudice pécuniaire ou
moral :
-Pécuniaire lorsque la victime subvenait aux besoins
de la victime indirecte. Le victime a donc perdu sa
source de revenu.
-Moral : préjudice d’affection. La victime par ricochet
souffre de l’atteinte portée à un être cher. La victime
directe est décédée, blessée.
2)Conditions de la réparation
Le droit français admet la réparation du dommage,
mais la jurisprudence afin de limiter les abus, pose un
certain nombre de conditions à la recevabilité de ces
actions.
On a une certaine réticence à l’égard des demandes
en réparations concernant le préjudice moral.
Le droit français exige 2 conditions
Lien direct suffisant
-On exige un lien de droit entre la victime directe et
indirecte ? Le modèle de la famille il ya 30 ans était le
mariage, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Absence
de lien matrimonial et juridique empêchait le lien.
1970Ch mixte : DANGEREUX accident de la
circulation, mort d’un homme. Sa concubine en
demande réparation, est déboutée, puis on lui
reconnait un droit, à condition qu’elle apporte la
preuve d’un lien matériel et a"ectif de sa relation.
17 OCT 2000 Crim : la victime par ricochet était un
enfant, sans lien juridique avec la victime
immédiate, qui était le compagnon de la mère de
l’enfant. L’homme meurt, l’enfant peut il demander
réparation ? OUI : le lien a"ectif prime toujours.
-Notion de ricochet ? Ne pas confondre ricochet et
cascade : on permet aux victimes de réclamer
réparation du préjudice, mais il faut des liens
particuliers avec la victime directe. Au minimum, il
faut l’avoir connue, avoir eu des liens, pas trop
distendus (16 AVRIL 1996 Civ 2 : les juges du fond
ont refusé d’indemniser l’oncle et la tante de la
victime directe au motif qu’ils ne rapportaient pas
la preuve de lien a"ectif avec la victime. La cour de
cassation censure : la seule preuve exigible était
celle d’un préjudice personnel, direct et certain. La
cour de cassation a une tendance protectrice : elle
reproche aux juges du fonds d’avoir voulu limiter
l’indemnisation au motif qu’il s’agissait de l’oncle et
de la tante.)
Gravité du préjudice
Elle est un moyen de restreindre les actions en
indemnisation ouvertes aux victimes par ricochet.
Pour le préjudice moral, on exigeait que la victime
directe soit décédée.
Ensuite, on a voulu que le préjudice soit d’une gravité
exceptionnelle. Civ 2 5 JANV 1973.
Evolution ensuite des juridictions civiles qui
abandonnent le principe pour avoir une meilleure
indemnisation des victimes. 1977 : on voit que la
cour de cassation refuse de tenir compte de la
gravité, même si la victime n’est pas décédée, on
indemnise.
Crim, elle, reste sur la position initiale : 6 MARS
1969 : un texte du Code de procédure pénale,
disposant que l’action civile en réparation du
dommage causé par un crime, un délit ou une
contravention appartient à tous ceux qui ont
personnellement sou"ert du dommage
directement causé par l’infraction. La chambre
s’appuie sur ce texte pour limiter et refuser la
réparation de la victime, lorsque celle-ci n’était pas
dans un état grave.
Divergence : l’ASSP se réunit, et rend une décision le
12 JANV 1979 : elle se range sur la position de la
chambre criminelle.
Toutefois, revirement de jurisprudence : crim, 9 FEV
1989 : accident de la circulation = blessures. La
chambre accepte de réparer le préjudice par
ricochet subi par son entourage, pour le spectacle
des blessures infligées à la victime.
Les positions des chambres restent les mêmes : les
victimes par ricochet demande une réparation devant
toutes juridictions, même si la victime a survécu.
Conditions :
-Dommage financier : si pas assez grave : pas de
conséquence
-Dommage moral : plus compliqué
Si la victime directe est décédée, ses héritiers
peuvent être amenés à agir en justice à 2 titres
différents :
préjudice par ricochet (moral)
à titre d’héritier, on peut agir au nom du défunt
3 Caractères du dommage
Le droit français est peu exigeant s’agissant du type
d’atteinte susceptible d’être réparé. Il est assez
compréhensif ; en revanche, il est plus exigeant au
sujet des caractères que le dommage doit recouvrir.
A/ Certain
Le dommage n’est pas éventuel : il s’est réalisé, je
peux le mesurer.
Il n’exclut pas la réparation d’une part de dommages
futurs, ou de la perte de chance.
1)Dommages futurs
La condition de la certitude n’empêche pas
l’indemnisation d’un préjudice pas encore présent,
mais dont la survenance est certaine.
Civ 1er JUIN 1932 : s’il n’est pas possible d’allouer
des d&i en réparation d’un préjudice éventuel, il en
est autrement lorsque le préjudice, bien que futur,
apparait au juge comme la prolongation certaine et
directe d’un état de chose actuel et comme étant
susceptible d’estimation immédiate. Proprio d’un
terrain se voient imposer une ligne électrique :
demandent réparation du préjudice actuel, mais
aussi futur, lié au fonctionnement et à l’entretien
de la ligne.
Une personne qu’un accident a laissée handicapée
peut avoir des besoins qui aujourd’hui vont être
assumés par sa famille, mais qui dans l’avenir ne le
seront pas. Ces besoins correspondent à un chef de
préjudice futur.
On oppose « futur » à « éventuel ».
2)Perte de chance
On peut la définir : « la perte d’une chance réparable
est la disparition actuelle et certaine d’une éventualité
favorable. ».
Civ 1, 4 JUIN 2007
On se sert d’un calcul de probabilité pour apprécier la
situation qui aurait été celle de la victime si un
dommage n’avait pas eu lieu.
L’incertitude ne porte pas sur l’existence du préjudice
mais sur son évaluation : étudiant qui part pour un
examen, est renversé. Peut il demander la réparation
de la perte de chance d’avoir l’examen ? On a
aucune certitude sur la question…En revanche, on
sait que l’étudiant a perdu une chance de le réussir.
Les juges évaluent d’abord les conséquences
qu’aurait eu la réussite de l’examen, en prenant en
compte les années de salaire correspondant à la
profession. On pondère la somme en tenant compte
de probabilité, et de la chance de réussir le concours.
Pour l’avocat négligent, qui laisse passer un délai
pour faire appel. Il fait perdre une chance à son
client : conséquences financières !
La notion de perte de chance est répandue
aujourd’hui en jurisprudence :
On l’admet aussi dans le domaine délictuel, pas
seulement contractuel. Civ 1ère, 24 MARS 1992. La
cour de cassation précise que la perte de chance
peut être invoquée par toutes victimes immédiates
ou non : Crim, 18 MARS 1975.
Conditions à l’indemnisation : la chance perdue doit
être réelle et sérieuse.
Perte de la chance de gagner un procès = n’est pas
réparée si l’échec du procès était certain. ASSP 3
JUIN 1988
Cette condition permet d’imposer une proximité entre
le moment auquel l’espoir aurait pu se concrétiser et
le moment auquel l’espoir a disparu.
Perte de chance d’obtenir un soutien alimentaire,
alors que la victime est un enfant, mais qui est
censée se constituer beaucoup plus tard… La
jurisprudence fait preuve de sévérité, on n’accepte
pas la perte de chance qui aurait eu vocation à se
réaliser dans un temps éloigné. Les juges regardent
donc si les conditions de l’octroi de la pension sont
sur le point d’être remplies au moment où l’incident
survient.
Civ 2 5 JANV 1994 : refus d’indemnisation du
préjudice de la perte de chance d’obtenir pension
de l’enfant
Autre condition : Il faut tenir compte de l’aléa affectant
la réalisation de la chance perdue.
On dit que la perte d’une chance ne donne lieu qu’à
une indemnisation partielle, que l’on retrouve dans la
jurisprudence.
Elle fait l’objet de critiques récurrentes de la doctrine :
le terme est inopportun, la perte d’une chance
s’applique à un principe de réparation intégrale.
Les juges tiennent compte de l’aléa qui affecte le
dommage ; la réparation ne peut pas être la même si
l’on est privé d’un gain.
La réparation est donc moins importante.
Les juges du fond appliquent souverainement un
calcul de probabilité : la cour de cassation exerce un
contrôle de motivation, qui lui permet de censurer les
juges qui calquent la réparation accordée sur
l’avantage escompté ou qui ne tiennent pas compte
du fait qu’il y avait un certain nombre de cas dans
lesquels la chance avait peu de probabilité de se
réaliser.
B/ Direct
Article 1151 du code contient cette exigence : décrit le
dommage comme étant la suite immédiate et directe
de l’inexécution de la convention. On transpose la
règle dans le domaine délictuel.
Se pose alors la question de savoir où l’on s’arrête
dans la réparation lorsqu’il y a un enchaînement de
dommages provoqués les uns par les autres.
Dans un accident de la circulation, un médecin dans
une voiture est blessé, et empêché de soigner un
patient, qui meurt. On estime que le lien entre
dommage et fait générateur est trop indirect…
Lorsque le dommage n’est pas assez direct, il y a
rupture dans la chaîne de causalité.
Les prédispositions de la victime sont elles de nature
à exonérer le responsable ou a diminuer la charge ?
Prédisposition ? Fragilités, qui peuvent faire que là où
le dommage aurait été moindre sur une personne
plus forte est moins important.
On raisonne par la réparation intégrale.
La cour de cassation l’énonce : le droit de la victime à
obtenir indemnisation de son préjudice corporel ne
saurait être réduit en raison d’une prédisposition
pathologique, lorsque l’affection qui en est issue n’a
été provoquée ou révélée par le fait dommageable ;
10 JUIN 1999 Civ 2
Le caractère direct du dommage vient effacer le fait
que le dommage n’était pas prévisible pour l’auteur
du dommage.
On oblige donc l’auteur à réparer le dommage
entièrement sans tenir compte des prédispositions de
la victime, à condition que le dommage ait participé à
les provoquer.
C/ Intérêt lésé légitime
La méthode du droit français n’est pas de préparer
une liste précise d’intérêts ; la question se pose de
savoir si les préjudices et souffrances doivent être
considérés comme légitimement réparables.
Le Code de procédure civile dit que la légitimité de
l’intérêt est une condition de recevabilité de l’action
en justice.
-Celui qui tient à la réparation du préjudice tenant à
une naissance handicapée
Les juridictions considèrent de longue date qu’à partir
du moment où le fœtus nait avec un handicap, on
considère qu’on est en présence d’un préjudice
réparable.
Les parents sont donc indemnisés.
L’enfant peut il réclamer la réparation d’un dommage
personnel, le fait d’être né handicapé à la suite d’une
erreur d’un médecin.
Le médecin qui suit la grossesse fait une erreur de
diagnostic, et l’enfant nait handicapé.
CE, 14 FEV 1997 : on accepte l’indemnisation des
parents, pas celle de l’enfant.
PERRUCHE, ASSP 17 NOV 2000 : la cour de
cassation admet l’indemnisation du préjudice de
l’enfant. On énonce que lorsque les fautes
commises par un médecin et un laboratoire dans
l’exécution de contrats formés avec une femme
enceinte, ont empêché celle-ci d’exercer son choix
d’interrompre sa grossesse afin d’éviter la
naissance d’un enfant atteint d’un handicap. Ce
dernier peut demander la réparation du préjudice
résultant du handicap, et causé par les fautes
retenues.
Cette jurisprudence a été en partie contrecarrée par
la loi du 4 MARS 2000, relative aux droits des
malades et à la qualité du service de santé.
(=Kouchner)
Avec cette loi, l’indemnisation du préjudice de l’enfant
lui-même a été refusée, et on a renvoyé à la solidarité
nationale.
La cour avait innové en acceptant, mais la loi va
contre la décision.
La jurisprudence française opère un barrage à la loi,
en utilisant les règles sur l’application de la loi dans le
temps pour ne pas barrer les actions en justice des
enfants dont le préjudice est antérieur à la loi.
On place le débat sur la légitimité de l’intérêt lésé :
pour eux, l’arrêt est condamnable : le fait de ne pas
réparer le préjudice d’être né (la vie comme
préjudice).
-Victimes demandant la réparation d’un préjudice
illicite.
En principe, pour le droit français, le fait d’être dans
une situation illicite ne fait pas obstacle à
l’indemnisation. Un toxico blessé par un coup de feu
aura droit à réparation, même si on lui opposera une
faute réductrice de l’indemnisation.
Problème : si on se prévaut de la perte d’intérêts
illicites. On considère que des revenus qui ont été
acquis par une activité illicite, ou des revenus
considérés comme tel car non déclarés.
Une action en justice ne pourra donc pas aboutir. La
cour de cassation a jugé que lorsqu’une victime a
subi un accident, et que dans le préjudice, on a une
perte de revenu, on ne pourra pas prendre en compte
les revenus s’ils étaient non déclarés.
Civ 2 24 JANV 2002 : une victime ne peut pas
obtenir la réparation de la perte de ses
rémunérations si celles-ci sont illicites.
Civ 2 FEV 2007 : un joueur avait pénétré dans un
casino alors qu’il était frappé d’une interdiction de
jeu. Il gagne, et en arrivant à la caisse, le casino
refuse de lui verser ses gains. Il agit en justice
contre le casino, et demande la réparation du
préjudice en reprochant au casino d’avoir commis
une faute : l’avoir laissé entrer alors qu’il y a des
règles précises. Un juge de proximité accueille la
demande, mais censuré par la cour de cassation
(1382 CC). On ne peut obtenir réparation que de la
perte d’un intérêt licite, en l’occurrence le contrat
était nul, le joueur doit être débouté.
L’avantage perdu est-il licite ? On doit veiller à ce que
la responsabilité civile ne permette pas de rétablir des
avantages qui sont prohibés par l’ordre public.
Cette limite sera peut être inscrite au code, si l’avant
projet devient du droit positif.
« Tout préjudice certain consistant dans la lésion d’un
intérêt licite, patrimonial ou extrapatrimonial,
individuel ou collectif est réparable ».
Sous titre 2 Le lien de
causalité
La jurisprudence utilise surtout ce lien pour limiter les
actions en responsabilité. L’exigence de ce lien est
générale, sauf exception pour le droit spécial des
accidents de la circulation.
L’implication vient remplacer la causalité dans cette
loi.
= Relation existant entre une cause et son effet :
neige=glissade sur le trottoir.
Le lien de causalité est caractérisé dès lors que le fait
imputé au responsable a causé le dommage dont il
est demandé réparation.
Difficulté : on peut remonter très loin dans la chaîne
de causalité d’un dommage, et il faut éviter d’arriver à
une solution injuste. Elle n’a pas conduit la cour de
cassation a définir le lien de causalité, mais permet à
la doctrine de discuter, et à la jurisprudence de faire
des choix, en fonction des domaines et de l’objectif.
Notion très doctrinale :
1 Les différentes théories du
lien de causalité et leur
application pratique
A/ Les différents systèmes
concevables
1)Equivalence des conditions :
Un dommage n’est souvent pas la conséquence d’un
fait unique, mais de plusieurs évènements, qui ont
concouru à sa réalisation.
On considère que toutes les causes qui ont concouru
à la production de ce dommage doivent être
retenues, considérées comme équivalentes. On
regarde rétrospectivement le dommage, et on retient
tous les faits qui l’ont rendu possible.
Une personne renversée = transfusée, et
contaminée. Son dommage a deux causes : la
transfusion ET l’accident de voiture.
Toutes les causes du dommage peuvent donc être
considérées comme étant une condition sine qua non
du dommage.
2)Causalité adéquate
On permet de faire le tri entre les différentes causes
du dommage. On écarte donc les évènements qui
n’ont concouru à la réalisation que par un concours
de circonstance.
On identifie parmi ces causes celles qui normalement
entraînent ce type de dommage : donc la transfusion
ici.
Cette théorie est plus restrictive que la précédente,
mais paradoxalement, elle peut avoir 2 effets
inverses.
-Exclure une responsabilité lorsque l’évènement
causal ne produit pas normalement cet effet, par
exemple une personne qui laisse des clés sur sa
voiture, volée ensuite, et qui provoque un accident.
Le fait de laisser les clés ne devrait pas entraîner le
dommage. Donc, le propriétaire de la voiture ne sera
pas tenu responsabilité : on facilite la recherche du
responsable, en établissant une causalité abstraite,
tirée de la normalité des choses.
Dans une hypothèse où une preuve est difficile à
apporter : un banquier envoie un chéquier dans un
courrier simple. Il est déclaré responsable des
conséquences des vols qui ont été commis vis-à-vis
des commerçants qui en subiront les conséquences.
On considère la responsabilité établie, car c’est le
cours normal des choses.
Contrairement à la première impression, le système
n’est pas toujours plus favorable aux victimes, il y a
des contrexemples.
B/ Le système retenu par le droit
positif
On oscille entre les 2 théories.
PERRUCHE : cette décision donne lieu à des
commentaires très techniques sur la définition de lien
de causalité. Le préjudice a pour cause apparemment
la négligence du médecin, mais ce n’est pas ici une
IVG manquée. Si l’enfant est malformé, ce n’est pas
parce que le médecin a commis une erreur = c’est la
nature.
L’enfant, depuis le tout début, était malformé. On
pouvait uniquement la détecter, mais pas l’empêcher.
Sans la négligence du médecin, le dommage ne se
serait pas produit, car la mère aurait choisi d’avorter.
Complexe !
La cour de cassation applique la théorie de
l’équivalence des conditions : à propos d’une
intervention chirurgicale après un accident qui a
provoqué la perte d’un œil, la cour de cassation
considère que la faute de l’auteur est bien la cause
de la perte de l’œil.
Alors que ce n’est pas l’accident qui l’a provoquée.
Civ 2 27 JANV 2000
Civ 2 27 MARS 2003 : une voiture appartenant à un
homme non assuré est rentré dans la devanture d’un
magasin, et a fini à l’intérieur, provoquant de lourds
dégâts. Le commerçant s’est retourné vers son
assureur pour qu’il prenne en charge ses dégâts. Il a
sollicité le fond de garantie pour la partie non
couverte par l’assureur ; le fond a considéré qu’il ne
devait pas prendre en charge la totalité des
dommages, parce qu’une partie des dommages était
liée à une forme de désorganisation dans le
commerce. La cour de cassation juge qu’il y a un lien
de causalité direct entre l’auteur de l’accident, et les
dommages produits dans le commerce. Dans
l’hypothèse où d’autres causes seraient en jeu, cette
pluralité de cause n’est pas de nature à faire obstacle
à l’indemnisation de l’entier dommage par l’auteur
initial. = Le principe de l’équivalence des causes dans
la production du même dommage en matière de
responsabilité délictuelle.
Quand plusieurs évènements sont ainsi retenus par le
jeu de la théorie de l’équivalence des conditions, la
cour de cassation utilise cette théorie pour éviter que
l’un ou l’autre des coresponsables obtienne une
diminution de l’indemnisation mise à sa charge.
Civ 2 8 FEV 1989 : un homme a été grièvement
blessé en 1971 par un accident de la circulation ;
handicapé, il meurt dans l’incendie de sa maison :
on condamne l’auteur de l’accident initial à réparer
le préjudice car le handicap est la seule cause qui a
empêché la victime de quitter la maison. La cour
de cassation censure, 1382 CC : le décès avait pour
cause immédiate l’incendie qui s’était produit, et
pas l’accident.
= L’application du principe de la causalité adéquate :
on recherche la causa proxima plutôt que de
remonter dans la chaîne des causalités.
Civ 3 19 FEV 2003 : a"aire d’incendie, le locataire
de l’appartement en est responsable. Le
propriétaire fait procéder à des travaux de
bâchage de la toiture. Un autre locataire s’installe
avant la fin des travaux, mais les bâches se
détachent, et dégât des eaux. Les juges du fond
retiennent la responsabilité du 1er locataire. Cour
de cassation : 1382 CC : on considère que l’incendie
était une cause trop lointaine du dommage, donc
on retient le bâchage défectueux mis en place par
le propriétaire.
Comm, 4 DEC 2001 : dans cette a"aire, une
banque est mise en cause parce qu’elle a rejeté un
chèque d’un de ses clients, et a averti son client
qu’elle rejetait ce chèque, assorti d’une interdiction
bancaire.
On reproche de ne pas avoir mis assez
d’avertissements. A la suite de cette décision, le client
s’est suicidé. Peut il y avoir un lien ? On refuse de
reconnaître l’existence d’un lien de causalité.
Civ 12 MAI 2005 : la cour de cassation se satisfait
d’un lien très indirect entre le fait générateur et le
dommage.
Une personne gravement blessée dans un accident
de la circulation est accueillie et hébergée au domicile
de ses parents, qui agissent en réparation contre un
certain nombre de préjudices dont les frais engagés.
La cour d’appel déboute la demande, car les
blessures auraient pu justifier l’hospitalisation, mais
que le choix avait été fait = pas de réparation. (en
raison de leur initiative personnelle, ils ont rompu le
lien de causalité)
La cour de cassation censure : la victime dont l’état
de santé ne laissait aucune autonomie avait été
accueillie au domicile des demandeurs, donc lien de
causalité directe entre l’accident et le préjudice
allégué.
Ici, théorie de l’équivalence : dommage inexistant
sans l’accident.
La théorie de l’équivalence a pour effet de gommer la
cause intermédiaire = le lien entre la cause initiale et
le dommage n’est pas rompu, même si cause
intermédiaire modifie les choses.
La preuve : appartient au demandeur de prouver
qu’un lien causal existe entre le dommage dont il
demande réparation et le fait générateur.
En fait, la preuve du lien est difficile à apporter = cela
amène les magistrats à se contenter de probabilités.
= Contaminations transfusion sanguine : cour de
cassation admet que lorsque la personne qui
demande réparation avait déjà reçu avant la
transfusion d’autres dérivés de sang, les magistrats
retiennent qu’il y avait une telle disproportion dans la
quantité qu’on pouvait présumer que la contamination
était due à la 2nde transfusion. Civ 1 17 FEV 1993
Dans certains cas, la cour de cassation retient la
responsabilité du centre de transfusion, parce qu’il n’y
a pas d’autres causes possibles de la contamination.
Civ 1 14 NOV 1995
La cour de cassation a posé une vraie présomption
de causalité entre la transfusion et la contamination. Il
s’agit de décisions qui ont retenu que dès lors que la
victime démontre qu’elle a subi des transfusions
sanguines antérieurement à sa contamination, et
qu’aucune autre cause de contamination n’est
probable, il appartient alors au laboratoire de rompre
le lien de causalité présumé entre la transfusion et la
contamination, chose que le laboratoire peut faire en
prouvant que les lots transfusés n’étaient pas
contaminés.
Civ 1 24 FEV 2004
Contentieux de l’hépatite B : 23 SEPT 2003 Civ 1 : on
censure les juges du fond (ca de versailles) qui a
considéré que le lien de causalité était établi parce
que la relation causale entre vaccin et sclérose
était possible. Les données épidémiologiques ne
permettaient pas d’éliminer un tel lien de façon
certaine et absolue. La cour de cassation censure
donc au motif que ces constatations ne permettent
pas d’établir le lien de causalité.
Cette décision a été très critiquée, parce qu’elle est
défavorable aux victimes, et parce que la cour de
cassation a refusé d’appliquer un mécanisme du droit
de la preuve = présomptions du fait de l’homme
(1353 du Code Civil).
Malgré ces critiques, la cour de cassation a rendu
une décision dans le même sens, le 27FEV 2007 Civ
1 : on refuse l’indemnisation : la preuve du lien de
causalité n’est pas apportée, parce que le risque lié
à la vaccination contre l’hépatite n’est pas avéré.
La question fait l’objet d’une évolution initiée par les
juridictions administratives : Conseil d’Etat rend 4
décisions le 9 MARS 2007 : le Conseil d’Etat retient
que le lien de causalité est établi en s’appuyant sur
la grande proximité dans le temps entre l
vaccination et l’apparition des premiers
symptômes de la sclérose.
Cass : 3 décisions le 22 MAI 2008 : ces décisions
retiennent un lien causal entre la vaccination
contre l’hépatite et la survenance d’une sclérose en
s’appuyant sur des présomptions graves, précises
et concordantes, tirées du fait que les études
scientifiques n’excluent pas la possibilité d’un tel
lien ; du bref délai entre l’apparition de la maladie
et la vaccination ; de l’absence d’antécédents, ou
de prédisposition du vacciné ou de toute autre
cause pouvant expliquer la maladie.
Cette solution est confirmée par une décision de la
Civ 1, le 9 JUIL 2009.
Cette affaire est emblématique des raisonnements
des juges : s’il y a difficulté de preuve, on raisonne
par probabilité. On le trouve aussi dans la pratique à
propos de l’affaire des hormones de croissance.
Civ 1 24 JANV 2006 : Le lien de causalité a été
retenu en utilisant des présomptions graves,
précises et concordantes. Les magistrats de la cour
de cassation approuvent les juges, qui se fondent
sur les présomptions.
Affaire du distillben (médicament pour fausses
couches) : effets secondaires graves.
24 SEPT 2009 : Civ 1 : on censure les juges du fond
(1382 du Code Civil- 1315) qui avaient retenu que le
fait que les laboratoires en cause aient mis sur le
marché la molécule à l’origine du dommage n’a pas
de relation directe avec le dommage subi par la
patiente. Les juges du fond se sont déterminés
alors qu’ils avaient constaté que la patiente avait
été exposée in utero à la molécule litigieuse, ils ont
donc violé les 2 textes visés alors qu’il appartenait
à chacun des laboratoires de prouver que son
produit n’était pas à l’origine du dommage.
C’est au laboratoire de prouver que l’exposition à la
molécule n’a pas provoqué le dommage.
2 La rupture du lien de
causalité, les causes
étrangères
Cause étrangère : évènement dont la personne à
laquelle la responsabilité d’un dommage est imputée
cherche à se prévaloir pour démontrer que le fait qui
lui est reproché n’est pas la seule cause, ou n’est pas
la cause principale du préjudice invoqué.
La rupture du lien = évènement extérieur au
défendeur, cas dans lequel le dommage est du en
réalité non à la faute du responsable, mais à une
cause étrangère.
Un entrepreneur chargé de la toiture d’une maison a
effectué ce travail de façon défectueuse : la toiture
s’effondre, mais un jour où il y avait tempête. On
évalue si cette tempête aurait conduit à
l’effondrement si toiture bien réalisée.
La cause étrangère a un effet exonératoire s’il est
prouvé qu’elle était la cause unique du dommage.
Article 1147 du Code Civil : le débiteur est condamné
au paiement de dommages et intérêts toutes les fois
qu’il ne justifie pas que l’inexécution provient de
causes étrangères qui ne peuvent lui être imputées.
La cause étrangère. si elle est la cause exclusive,
écarte la responsabilité. La jurisprudence a appliqué
ce texte par analogie : elle fait de la cause étrangère
un moyen de défense en matière délictuelle.
La cause étrangère recouvre une grande variété de
situations : sous le terme « cause étrangère » on vise
le cas fortuit, le fait d’un tiers, la faute de la victime.
A/ Les conditions
Cas fortuit : vise un évènement de la nature (tempête)
Compris souvent dans la Force Majeure ou la CE.
1)Extériorité de la cause
étrangère
Pour entraîner une exonération du défendeur, le fait
invoqué doit être extérieur au défendeur. Le
défendeur ne peut pas invoquer un fait qu’il a lui-
même provoqué. S’il existe une règle juridique qui lui
impose de répondre du comportement de certaines
personnes, le fait invoqué ne lui est pas extérieur.
Mais la notion d’extériorité n’a pas le même sens en
fonction de l’objet de référence. De manière générale,
l’extériorité est aussi exigée par rapport à la chose
qu’il a sous sa garde, ou par rapport à l’entreprise
qu’il dirige ou par rapport aux personnes dont il
répond.
Pour le fait de la victime ; on l’invoque pour se
défendre. Il ne sera pas jugé extérieur au défendeur
lorsque c’est le défendeur lui-même qui a provoqué
ce fait de la victime.
Civ 2 9 DEC 1992 ; la victime avait fait un geste
brutal, que l’auteur du dommage invoquait, mais il
a été prouvé que le geste n’avait été fait que pour
se protéger d’un coup qu’elle craignait de recevoir.
Pour le fait d’un tiers : il est par définition extérieur,
mais on écarte toutes les personnes dont le
défendeur doit répondre.
Grève : peut-on s’exonérer du dommage de la grève
en se prévalant de celle-ci, comme élément
extérieur ? En principe, non, la grève est interne à
l’entreprise. Dans la majorité des cas, on ne permet
pas au chef d’entreprise d’invoquer la grève
commencé. Pourtant, il est arrivé qu’on le permette :
la cour de cassation admet que le juge du fond doit
rechercher si certaines circonstances ne pouvaient
pas donner à la grève ce caractère d’extériorité. La
cour de cassation rend dont un arrêt le 6 OCT 1993
civ 1 : on reproche aux juges de ne pas avoir
recherché si la grève avait donné lieu ou non à un
préavis.
Civ 1 24 JANV 1995 : les grèves du personnel EDF
étaient extérieures aux dirigeants dans la mesure
où elles se situaient dans le cadre d’un mouvement
de grande ampleur a"ectant l’ensemble du service
public.
Maladie : peut être à l’origine d’un comportement à
l’origine d’un dommage.
En matière délictuelle, il ya une distinction faite entre
la maladie mentale, et la maladie physique. Pour la
maladie mentale, elle n’est plus considérée comme
un évènement extérieur pouvant exonérer une
responsabilité : Objectivisation, on considère qu’un
aliéné mental doit être responsable civilement.
TRICHARD 1964, puis entériné par la loi de 1968.
Pour la maladie physique, la tendance est de
reconnaître que cette maladie est un évènement
extérieur, qui permet donc une exonération. Malaise
cardiaque : Civ 2 4 FEV 1981.
En matière contractuelle : elle a toujours été
considérée comme cause d’exonération : ASSP 14
AVR 2006 : débiteur tenu à la fabrication d’une
machine, atteint d’un cancer, ne peut plus le faire.
Le créancier assigne les héritiers en résolution : les
magistrats rendent une décision favorable à la
cause d’exonération. Débiteur empêché par un cas
fortuit : donc pas dommage et intérêts ; il en est
ainsi lorsque le débiteur a été empêché d’exécuter
par la maladie dès lors que cet évènement
présentant un caractère imprévisible lors de la
conclusion du contrat et irrésistible dans son
exécution est constitutif de Force Majeure. Maladie
= exonératoire + caractère de Force Majeure.
Lorsque l’évènement tient dans un cas fortuit, la règle
est évidente.
2)Revêtant les caractères de la
FM
La Force Majeure exprime l’idée de contrainte,
irrésistible, expression traditionnelle. On évoque une
force supérieure qui dépasse l’homme. En droit
français, la définition est plus précise : un évènement
de Force Majeure est imprévisible et irrésistible.
L’imprévisibilité = caractère d’un évènement auquel
on ne peut pas s’attendre, c’est l’évènement que
l’homme moyen et diligent ne peut pas prévoir.
Irrésistibilité : caractère d’un évènement que l’on ne
peut pas surmonter. L’homme moyen est la référence.
On distingue alors les deux ; mais en pratique, on voit
que les 2 se confondent.
Pendant un temps, la jurisprudence s’est montrée
moins exigeante sur le cumul de ses deux
caractéristiques, où elle s’est contentée de
l’irrésistibilité.
Comm, 1er OCT 1997 : l’irrésistibilité est à elle seule
constitutive de la Force Majeure lorsque sa
prévision ne saurait permettre d’en empêcher les
e"ets sous réserve que le débiteur ait pris toutes
les mesures requises pour éviter la réalisation de
l’évènement.
Si le dommage était prévisible, mais que par son
irrésistibilité, rien ne pouvait l’empêcher de se
produire, peu importe que l’évènement ne soit pas
imprévisible tant qu’il est irrésistible. Le caractère
déterminant de la Force Majeure était donc l’IRR.
La cour de cassation, et surtout la C2, a continué à
faire de l’IMP une condition autonome de la Force
Majeure. C2 23 JANV 2003. Piéton engagé dans un
passage à niveau alors que les barrières étaient
fermées…blessé par le train. La SNCF n’a pas
prouvé qu’elle avait tout fait pour éviter la
présence de piétons. Les juges ont donc dit que la
présence des piétons était prévisible : la condition
n’est pas remplie, et la SNCF ne peut être
exonérée.
Ce que recherchent les juges, c’est de savoir si
l’évènement était ou non évitable. La SNCF aurait elle
pu prévenir ce type d’accident ?
Divergence amène l’ASSP a se prononcer : 14 AVR
2006 : accident dans le métro. La faute de la
victime (suicide) peut elle être considérée comme
IMP & IRR ? La cour de cassation considère que la
SNCF ne devait pas être exonérée, car l’évènement
devait être IRR ET IMP. Si la faute de la victime
n’exonère totalement qu’à la condition de
présenter les caractères d’un évènement de Force
Majeure, cette exigence est satisfaite lorsque la
faute présente un caractère IMP et IRR.
Dans la deuxième espèce, on exige également le
cumul de l’IRR et de l’IMP.
B/ Les effets
L’existence d’un cas de Force Majeure entraine en
principe une disqualification de la faute : la disparition
de l’élément d’illicéité qui conduit à une exonération
totale. Le cas fortuit ou les 3 autres qui revêtent la
Force Majeure exonèrent totalement le défendeur. S’il
manque un des éléments de la Force Majeure, et que
la faute du défendeur peut être retenue, alors le
responsable devra réparer le dommage.
Il y a un flottement doctrinal : la Force Majeure joue
elle un rôle au stade de l’illicéité de la faute. Sous la
plume de certains auteurs, on trouve l’affirmation
selon laquelle l’exonération s’explique par la théorie
de la causalité.
L’existence d’une cause étrangère IMP et IRR
démontre l’absence de causalité entre le fit qui est
imputé au défendeur et le dommage.
Pour d’autres auteurs, la Force Majeure serait une
preuve renforcée de l’absence de faute. Les
professeurs Jourdain et Viney ont proposé de
dépasser cette contradiction apparente en disant que
la cause étrangère démontre à la fois que le
défendeur n’a joué qu’un rôle accessoire dans la
réalisation du dommage et que son attitude n’était
pas critiquable.
La participation du défendeur n’est devenue
dommageable que sous l’influence déterminante de
la cause étrangère.
La Force Majeure a des effets dans tous les régimes
de responsabilité, et c’est seulement
exceptionnellement que le législateur l’a parfois
cantonnée dans certains domaines.
La loi badinter, de 85, la Force Majeure n’a qu’un effet
partiel, seule la faute de la victime qui revêt les
caractères de la Force Majeure est susceptible
d’exonérer l’auteur, ce n’est pas le cas pour le fait
d’un tiers ou le cas fortuit.
3 La pluralité des causes
Aucune d’entre elles ne présentent de caractères de
la Force Majeure : on est en présence d’une pluralité.
On parle de pluralité lorsque ces causes sont sur le
même pied d’égalité pour expliquer la survenance
d’un dommage : ce sont des causes distinctes, qui
ont toutes partiellement concouru à la réalisation d’un
même dommage.
Cette situation se rencontre quand la faute de la
victime ou le fait d’un tiers ont concouru au dommage
SANS Force Majeure.
A/ La faute de la victime
La victime peut avoir contribué à la réalisation de son
propre dommage : à ne pas confondre avec les
prédispositions de la victime. Pour exonérer le
responsable, il faut que cette faute de la victime
revête les caractéristiques de la Force Majeure. Si la
faute n’a pas ces caractères, on exonère
partiellement le défendeur. Pour savoir comment va
se mesurer cette exonération, on estime la gravité
des comportements respectifs de l’auteur et de la
victime :
-La victime comme l’auteur du dommage a commis
une faute : donc 2 fautes en tout. L’auteur est
exonéré à proportion de la gravité de la faute de la
victime. On apprécie la gravité des 2 fautes.
-Aucun des 2 n’a commis de faute ; responsabilité
sans faute (du fait des choses ; responsabilité
objective, pèse sur le gardien d’une chose).
La victime peut être responsable, car son fait a
contribué au dommage : le partage se fait par tête,
l’indemnisation sera divisée par deux, car la victime
est un peu responsable.
-L’un des deux a commis une faute : si c’est l’auteur
du dommage, il supporte la totalité de la
responsabilité, il ne pourra pas se prévaloir du fait
non fautif de la victime. Si c’est la victime, la
réparation sera diminuée en fonction de la gravité de
la faute commise par la victime.
La jurisprudence a décidé depuis longtemps que la
faute de la victime initiale était opposable à la victime
par ricochet. Doit-on diminuer le droit à réparation des
victimes par ricochet ? OUI, on décide que la faute
est opposable à la victime par ricochet, et on applique
les règles ci-dessus.
B/ Le fait d’un tiers
Lorsque le fait d’un tiers a présenté les caractères de
la Force Majeure, il y a rupture du lien de causalité, et
le défendeur est totalement exonéré. Dans ce cas la
victime se retournera contre ce tiers. Mais dans
certains cas, le fait d’un tiers a contribué à la
production du dommage sans constituer un cas de
Force Majeure : le dommage a 2 causes, le fait du
défendeur, et le fait du tiers.
On dit qu’ils sont coauteurs du même dommage. On
est alors en présence d’une responsabilité partielle ;
mais là où le terme est source de confusion, c’est que
la responsabilité n’est pas partielle vis-à-vis de la
victime, seulement entre les coauteurs.
Ce qui permet cet effet, c’est un mécanisme appelé
obligation in solidum : obligation pour le tout.
Il est construit par la jurisprudence, devenu
nécessaire car le principe est que la solidarité ne se
présume pas.
Lorsque la solidarité n’est pas stipulée, elle ne peut
pas jouer. Il a pourtant semblé à la doctrine
inopportun d’obliger la victime d’un dommage de
multiplier. La doctrine applique donc le principe in
solidum : chacun des coauteurs doit réparer pour le
tout (in solidum) 11 JUIL 1892 ;
Le mécanisme joue que ce soit dans une situation où
les coauteurs ont chacun commis des fautes, ou non.
Donc le principe est large, peu importe que l’un ou
l’autre des coauteurs sont puni sur n’importe quel
fondement.
Solution générale : la cour de cassation érige un
principe « chacun des auteurs d’un même dommage
doit être condamné à la réparation de l’entier
dommage ».
L’obligation à la dette : on l’oppose à « contribution à
la dette » : CD vise les rapports des coauteurs entre
eux. Une fois que l’un ou l’autre des coauteurs est
condamné à indemniser l’entier dommage, il doit
régler les rapports des coauteurs entre eux. Celui qui
a payé plus que sa part de responsabilité pourra agir
contre les autres pour lui demander de contribuer à la
dette. Il exerce une action RECURSOIRE.
Si on a 4 coauteurs, celui qui se retourne contre les
autres, doit diviser ses poursuites, il n’a pas
d’obligation in solidum pour cette action.
Le mécanisme in solidum conduit donc à refuser que
le responsable puisse dans ses relations avec la
victime invoquer le fait d’un tiers.
On empêche le coauteur d’invoquer le fait d’un tiers
autrement que si le fait d’un tiers revêt le caractère de
la Force Majeure.
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