L 'hydrologie tropicale: géoscience el ouül pour le développemeni (ACles de la conférencede Paris, mai 1995).
IAHSPub!. no. 238,1996. 167
Analyse statistique de l'évolution des écoulements en
Côte d'Ivoire
A.AKA,B.KOUAME,J.E.PATUREL,E.SERVAT
Antenne Hydrologique Orstom, 06 BP 1203 Cidex 1, Abidjan 06, Cote d'Ivoire
H. LUBES
Laboratoire d'Hydrologie, Orstom, BP 5045, F-34032 Montpellier Cedex 1, France
J. M. MASSON
Laboratoire Géojluides-Bassins-Eau, URA-CNRS 1767, Université Montpellier II,
Place Eugène Bataillon, F-34095 Montpellier Cedex 5, France
Résumé Les écoulements de quatre stations hydrométriques de Côte
d'Ivoire (superficie comprise entre 5930 et 66 500 km2) ont été analysés
à l'aide d'un ensemble de méthodes statistiques de détection de rupture
dans les séries chronologiques, Les variables étudiées sont les modules
et différents types de débits caractéristiques. D'un point de vue
quantitatif, on note l'existence d'une rupture nette dans les séries de
modules au début de la décennie 1970, date à partir de laquelle les
écoulements diminuent sensiblement. Un examen plus qualitatif des
résultats montre que les basses eaux sont plus affectées que les hautes
eaux par cette variabilité du régime. Cette fluctuation climatique paraît
être en phase avec les phénomènes de sécheresse observés à la même
époque plus au nord, au sahel. Ces variations s'inscrivent probablement
dans une évolution globale climatique de l'Afrique de l'ouest.
Statistical analysis of the evolution of runoff in the Ivory Coast
Abstract The streamflow at four Ivory Coast hydrometrie stations (cover-
ing basins between 5930 and 66 500 km2) was analysed using a set of
statistical methods for the detection of breaks in the time series. The treat-
ment concerned the average annual discharge and different types of
characteristic discharges. From a quantitative standpoint, the existence of
a clear break in the series of average annual discharges at the beginning
of the 1970s is revealed. From this date, a significantdecrease in runoff
is noted. A more quantitative study of the results shows that low flows are
more affected than high flows by this variability of the regime. This
climatic fluctuation appears to be in keeping with the drought pheno-
menon observed further to the north in the Sahel. These variations are
probably induced by the overall evolution of the western African climate.
INTRODUCTION
Dans les régions de l'Afrique soudano-sahélienne, une baisse sensible des écoulements
des cours d'eau est observée depuis la fin des années 1960. Les conséquences de cette
168 A. Aka et al.
perturbation sont souvent tragiques (Sircoulon, 1987; Olivry, 1987): dysfonctionnement
et baisse de la rentabilité des aménagements réalisés à partir de données enregistrées lors
de périodes plus humides, par exemple. De façon similaire, cette tendance est ressentie
dans les pays de l'Afrique de l'ouest en bordure du Golfe de Guinée. Cette région n'a
pas encore suscité l'intérêt scientifique qu'a connu la zone sahélienne. Pourtant,
l'importance de la ressource en eau pour l'économie de ces pays ne fait l'objet d'aucun
doute. En Côte d'Ivoire par exemple, les industries sont alimentées à 60% par l'énergie
électrique d'origine hydraulique (Servat et al., 1993).
La présente étude analyse le comportement de cours d'eau ivoiriens. La méthodo-
logie adoptée a pour objectif de rechercher les éventuels changements intervenus sur
quelques caractéristiques de l'écoulement après détection des ruptures. Des méthodes
statistiques sont utilisées pour rechercher les singularités dans les séries chronologiques.
METHODOLOGIE ET DONNEES UTILISEES
Description de la zone d'étude
Les caractéristiques hydroclimatiques de la Côte d'Ivoire varient progressivement
suivant un axe nord-sud. Le climat, influencé par la mousson et l'harmattan, passe du
climat équatorial de transition au sud au climat tropical de transition au nord. Au niveau
de la végétation, la forêt dense succède à la savane dans le sud du pays. La pluviométrie
diminue du nord au sud et influence énormément les régimes des cours d'eau.
Le réseau hydrographique (Fig. 1) est réparti en quatre principaux bassins (Cavally,
Sassandra, Bandama et Comoé). Ces grands fleuves coulent du nord vers le sud. Ils
BURKINA·FASO
GUINEE
OCEAN ATLANTIQUE
Fig. 1 Réseau hydrographique de la Côte d'Ivoire et stations étudiées.
Analyse statistique de l'évolution des écoulements en Côte d'Ivoire 169
subissent donc l'influence de plusieurs régimes pluviométriques. Ce qui rend difficile
la caractérisation de leurs régimes.
Présentation des données
Cette étude porte sur trois des quatre principaux bassins de la Côte d'Ivoire: Sassandra,
Bandama et Comoé. Le choix des stations repose sur la durée des observations
disponibles et la facilité à reconstituer les lacunes relevées au moyen de techniques
classiques. Quatre stations ont été retenues (Fig. 1).
Le Tableau 1 présente quelques caractéristiques des bassins retenus et la période des
observations disponibles. Les quelques 4% de lacunes journalières observées sur
l'ensemble de ces stations ont été reconstituées au moyen de simples régressions
linéaires. Ces modèles lient le débit journalier à une station expliquée aux débits journa-
liers observés à des stations voisines situées sur le même cours d'eau que la station expli-
quée et!ou de ses affluents. La validation des ajustements ainsi réalisés a été jugée accep-
table au regard des coefficients de détermination et des moyennes des carrés des résidus.
Tableau 1 Quelques caractéristiques des bassins étudiés.
Nom de la station Cours d'eau Superficie (km2 ) Période d'observations Bassin principal
Bafingdala Bafing 5930 1962-1993 Sassandra
Semien Sassandra 29300 1955-1993 Sassandra
Nzianoa Nzi 35000 1954-1993 Bandama
Aniassué Comoé 66500 1954-1993 Comoé
Méthodes de détection de rupture
Une « rupture» peut être définie par un changement dans la loi de probabilité de la série
chronologique à un instant donné (Lubes et al., 1994). Pour l'ensemble des méthodes
utilisées: test de Pettitt (1979), statistique U de Buishand (1982; 1984) et procédure
Bayésienne de Lee & Heghinian (1977), la non-stationnarité des séries chronologiques
est définie par l'existence d'une singularité traduite par un changement de moyenne.
Le test de Pettitt est non-paramétrique et dérive du test de Mann-Whitney. Sa mise
en oeuvre suppose que pour tout instant t compris entre 1 et N, les séries chronologiques
(x) i = 1 à t et t + 1 à N appartiennent à la même population. Elle repose sur le calcul
de la variable Ut,N définie par:
t N
UN = ~ ~
t, LJ LJ D lJ..
;=1 j=t+t
où Dij = sgnïr, - x) avec sgn(z) = 1 si z > 0; 0 si z = 0 et -1 si z < 0, et la
probabilité de dépassement du maximum des Ut n:
La statistique U de Buishand et la procédure Bayésienne de Lee & Heghinian
nécessitent une distribution normale des valeurs de la série. Elle repose sur le modèle
de base suivant:
170 A. Aka et al.
/1 + f i 1, ... ,T
Xi = {
/1+0+f
i
T+1, ... ,N
Les fi sont indépendants et normalement distribués, de moyenne nulle et de variance
dl. Tet 0 représentent respectivement la position dans le temps et l'amplitude d'un
changement éventuel de moyenne. La procédure Bayésienne se fonde sur la distribution
marginale a posteriori de Tet O.
Quant à l'approche de Buishand, elle est basée sur la statistique U définie par:
N-I
L (S,jD )2 x
k=1
N(N+1)
où
k
s, = L (Xi-X)
i=1
pour k = 1, ... , Net D x désigne l'écart type de la série.
Le choix de ces méthodes repose sur la robustesse de leur fondement et sur les
conclusions d'une étude de simulation de séries aléatoires artificiellement perturbées
(Bonneaud, 1994). Elles ne conviennent pas à la recherche de plusieurs ruptures au sein
d'une même série chronologique.
RESULTATS ET DISCUSSIONS
Ecoulement annuel
Evolution du module: l'étude de l'autocorrélation a pour objectif de déterminer la
dépendance linéaire entre les valeurs successives de la série. Cette étude a été réalisée
avec le test d'Anderson (Yevjevich, 1972). La mise en oeuvre de ce test au seuil de 5 %
ne relève pas l'existence d'un effet persistant dans les séries de modules contrairement
aux séries de la .même variable observée dans les régions sahéliennes (Hubert &
Carbonnel, 1987).
Le Tableau 2 présente des caractéristiques du module aux quatre stations. On note
une forte dispersion de l'écoulement annuel traduit par les fortes valeurs du coefficient
Tableau 2 Caractéristiques des modules.
Station Module Coefficient Maximum Année Minimum du Année
int~rannuel de variation du module d'occurrence module d'occurrence
(m S·I) (m3 s' ) du maximum (m3 S·I) du minimum
Aniassué 183 0,64 466 1968 17,2 1983
Nzianoa 68,5 0,80 261 1968 5,8 1983
Semien 207 0,32 366 1957 96,9 1983
Bafingdala 56,7 0,25 84 1968 29,2 1983
Analyse statistique de l'évolution des écoulements en Côte d'Ivoire 171
500
450 I--Module ·······Moyenne 1
400
.:;-- 350
'", 300
:s:Ë 250
200
! 150
100
50
O+----+---+---+---+---jl---+---I---+---+---+--I---+------l
....
00
~
Année
Fig. 2 Evolution du module de la Comoé à Aniassué.
300
j--Module ...... ·Moyenne 1
250
.:;-- 200
'",
:s:Ë 150
..
'
Cl 100
50
0+--+--+--+--+---+---+---+---+---+--~+__-+__-+_______1
M
-o
....
00
....
00
cr- ~ ~
Année
Fig. 3 Evolution du module du Nzi à Nzianoa.
de variation. Il apparaît également un synchronisme dans le comportement des quatre
cours d'eau aux stations étudiées en ce qui concerne l'année d'occurrence du plus faible
module. Il s'agit de l'année 1983 qui, en Côte d'Ivoire, serait le paroxysme de la
sécheresse. Quant au maximum du module, il est observé en 1968 pour les stations
étudiées sauf sur le Sassandra à Semien. Les Figs 2 et 3 représentent quelques évolutions
du module au cours du temps.
A la vue de ces graphiques, il ressort que les modules après 1969 restent, pour la
plupart, inférieurs au module interannuel. Durant onze années consécutives (1969-
1979), les débits annuels sont inférieurs à la moyenne sur le Nzi à Nzianoa. Dans
l'ensemble, le même constat se dégage sur les autres stations après 1970.
Le poids des modules successifs observés dans l'estimation du module interannuel
peut être apprécié à partir du simple cumul. Le simple cumul SCk de l'année k est défini
par la moyenne des coefficients modulaires Ck(Qk/Qmoy) observés depuis l'origine des
observations à l'année k considérée:
172 A. Aka et al.
SC k = ~Ê~
k i=1 Qmoy
où Qi est le module observé à l'année i et Qmoy le module interannuel.
De cette formulation, il découle qu'une pente positive de l'évolution dans le temps
du simple cumul entre les années i et i + 1 implique une supériorité du coefficient
modulaire Ci + 1 à la moyenne du coefficient modulaire des i premières années.
Inversement une décroissance traduit un coefficient modulaire inférieur à la moyenne
des coefficients modulaires précédents.
La représentation graphique (Fig. 4) du simple cumul SCk du coefficient modulaire
Ci corrobore la représentation graphique des modules. En effet, il apparaît une
décroissance quasi régulière en fin de durée d'observation, précisément à partir de 1968
sur le Nzi à Nzianoa et sur la Comoé à Aniassué. On en déduit que la moyenne des
modules observés en fin de période est inférieure à la moyenne de la même variable
observée en début de période d'observation.
2
.. - "'Nzianoa --Ani~ué 1 .
1.8
1.6
Ü
[/.l
1.4
1.2 :.,
0.8
... r-
s~ a- ..... ... r-
-
0
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<"l N V1 00 <"l
V1 V1 '0 '0 r- r- r- 00 00 00 a- a-
a-
~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~
Année
Fig. 4 Evolution du simple cumul du coefficient modulaire sur le Nzi à Nzianoa et la
Comoé à Aniassué.
~ 0.8
~ 0.7
.g 0.6
a 0.5
~ 0.4
i 0.3
fi 0.2
~ 0.1
o+---ll--l'-t-""l=~~~;q...ot--I-+-+--+--t-+--+-+-+--+-+--I-+-+--+-+-I--+-+-+-i
1962 1965 1968 1971 1974 1977 1980 1983 1986 1989 1992
Année
Fig. 5 Densité de probabilité du moment de rupture sur la série des modules du Bafing
à Bafingdala.
Analyse statistique de l'évolution des écoulements en Côte d'Ivoire 173
Mise en évidence des ruptures: un simple test de comparaison des moyennes des
modules sur les deux sous-périodes, définies à la vue des graphiques précédents, aboutit
au rejet de l'hypothèse d'égalité des moyennes au seuil de 5 %.
La Fig. 5 illustre le résultat de la procédure de Lee & Heghinian pour la station du
Bafing à Bafingdala. Les différentes méthodes utilisées identifient l'existence d'une
rupture significative à la même date pour une station donnée (Tableau 3). Les ruptures
sont détectées à la fin des années 1960. Les variations relatives [(x2 - x 1)/X1] de
moyennes entre les deux sous-séries, 1 et 2, de part et d'autre de la date de rupture sont
importantes et négatives (Tableau 3). Toutefois, elles paraissent moins importantes dans
le grand bassin du Sassandra où elles restent inférieures à 35 %.
Tableau 3 Localisation de la rupture et caractéristiques des sous-séries de modules.
Station Comoé à Bafi?fr (Sassandra) Nzi à Sassandra à
Aniassué à Ba ingdala Nzianoa Semien
Année de rupture 1971 1969 1968 1969
Sous-série 1 Moyenne (m3 S·I) 266,2 71,9 102,7 259
Sous-série 2 Moyenne (rrr' S-I) 114,2 51,7 47,9 173,7
Variation relative des moyennes -0,57 -0,28 -0,53 -0,33
DEBITS CARACTERISTIQUES DE L'ECOULEMENT
L'analyse des séries de module rend compte de la tendance générale de l'évolution des
écoulements. Mais elle n'indique pas, de façon qualitative, les caractéristiques de
l'écoulement qui ont varié considérablement. Le traitement des débits caractéristiques
permet d'analyser le phénomène en recherchant les éléments qui ont été fortement
perturbés.
Les débits ttaités sont le débit caractéristique d'étiage DCE, le débit médian DC6,
le débit caractéristique de crue DCC, le DC1 et le DC11. Ils correspondent
respectivement au débit dépassé ou égalé 355 jours, 6 mois, 10 jours, 1 mois et Il mois
dans l'année.
Evolution: l'étude de l'autocorrélation des senes de ces débits a montré une
dépendance entre les valeurs successives au seuil de 5 %. A l'instar de la Fig. 6, la
représentation graphique de ces débits estimés sur des périodes de 5 ans présente une
tendance perceptible à la baisse sur toutes les stations traitées après la période 1965-
1969. Cette tendance est cependant peu prononcée sur le Bafing à Bafingdala. Il apparaît
également que le DCE décroît plus vite que les autres variables traitées. Le DCE de la
période 1980-1984 est très faible sur la Comoé à Aniassué.Jl est fortement influencé par
la sécheresse qu'a connue la Côte d'Ivoire au cours des années 1983 et 1984. Il apparaît
que l'ampleur des modifications intervenues varie avec le débit caractéristique
considéré. Dans l'ensemble, les basses eaux semblent plus sensibles que les hautes eaux.
Nous y reviendrons avec le traitement des débits maximum et minimum observés sur
10 jours consécutifs dans l'année.
174 A. Aka et al.
IODCE JtDCl )(DC6 6DCll ODCcl
·.mf
1000 Q li 0
6 0
6 5l
Q
100 )(
)(
)(
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! 10* Jt
0
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Jt
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i!: 0
Jt
1
0.1
0.01
0
0.001
1955-1959 1960-1964 1965-1969 1970-1974 1975-1979 1980-1984 1985-1989
Période d'estimation
Fig. 6 Evolution de quelques débits caractéristiques de la Comoé à Aniassué.
Recherche des ruptures probables: le Tableau 4 regroupe les résultats de la mise
en oeuvre de l'approche de Pettitt sur les séries de DCE, DC6 etDCC. Les valeurs entre
les parenthèses indiquent les probabilités afférentes à ces ruptures. Il se dégage que les
ruptures détectées dans les séries de DCC à Bafingdala et à Nzianoa ne sont pas
significatives au seuil de 5 %. Toutefois, la procédure de Buishand identifie des moments
de rupture au seuil de 10% sur les séries de DCC. Dans ce cas, les ruptures sont
localisées entre 1969 et 1972.
Par contre, l'homogénéité des séries de DCE et de DC6 est rejetée au seuil de 5 %
de façon systématique et la procédure de Pettitt situe la rupture en 1972 sur toutes les
séries de DCE. La Fig. 7 illustre ce constat: de nombreux points sont hors de l'ellipse
de contrôle. Les variations relatives de moyenne des sous-séries de part et d'autre des
moments de ruptures probables sont importantes (supérieures à 31 %).
Les séries de débits caractéristiques sont des données journalières qui sont
susceptibles d'être influencées par la reconstitution des données. Il paraît, alors,
intéressant de compléter cette analyse par le traitement de débits décadaires, plus
consistants.
Tableau 4 Moments de rupture probables selon la procédure de Penin sur les débits caractéristiques.
Variable Station
Aniassué Bafingdala Nzianoa Semien
DCE année de rupture 1972 1972 1972 1972
(10- 6) (2 x 10-2 ) (2x 10-4 ) (3 x 10-4 )
DC6 année de rupture 1969 1972 1969 1972
(10- 5) (9 x 10-3) (10-3 ) (5 X 10-5)
DCC année de rupture 1971 1969 1973 1971
(10- 3) (1,2 x 10-1) (7 X 10-2 ) (2 X 10-2 )
Analyse statistique de l'évolution des écoulements en Côte d'Ivoire 175
200
--Sk ••••• "Ellipse 1
150
100
.................................................................
.
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-100
Année
Fig. 7 Ellipse de contrôle sur la série de DCE du Sassandra à Semien.
EXTREMA DU DEBIT MOYEN CALCULE SUR DIX JOURS CONSECUTIFS
Evolution: les extrema concernés sont le maximum (VCXIO) et le minimum
(VCN10) du débit moyen journalier évalué sur dix jours consécutifs dans l'année. Le
Tableau 5 présente quelques paramètres statistiques de ces variables aux stations traitées.
Deux remarques se dégagent. Tout d'abord, les deux bassins (Bafing à Bafingdala et
Sassandra à Semien) appartenant au grand bassin du Sassandra, très peu aménagé,
présentent de faibles valeurs du coefficient de variation pour une variable donnée.
D'autre part, les coefficients de variations estimés sur les séries de VCNIO sont les plus
élevés. Les caractéristiques de l'étiage paraissent donc moins stables comparées aux
hautes eaux.
La visualisation de l'évolution dans le temps de ces variables montre une tendance
à la baisse pour le Sassandra à Semien (Fig. 8). Mais, la tendance est remarquable pour
le VCNIO à partir de 1972 et moins perceptible sur la série de VCXIO.
Tableau 5 Caractéristiques des séries de VCXIO et VCNlO.
Aniassué Bafingdala Nzianoa Semien
VCXIO VCNIO VCXIO VCNIO VCXlO VCNIO VCXlO VCNIO
Moyenne (m? s-') 1019 3,3 229 4,8 332 0,7 945 16
Ecart type (m 3
s' ) 604 4,1 65,8 3,9 193 1,1 294 12,7
Coefficient de variation 0,59 1,24 0,29 0,81 0,58 1,7 0,31 0,79
Détection des singularités: le test de corrélation sur le rang a rejeté le caractère
aléatoire des séries de VCXIO à Bafingdala, à Semien et à Aniassué au profit d'une
tendance. On ne présente que les résultats de l'approche non paramétrique de Pettitt afin
d'établir une comparaison de l'ampleur des variations intervenues sur les séries de
VCXIO et de VCNIO.
176 A. Aka et al.
1600 45
1 --VCX10 .... ·VCNlO
00 1
1400
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!= 800
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Année
Fig. 8 Tendance du VCXI0 et du VeNlO sur le Sassandra à Semien.
Seules les séries de VCXlO à Aniassué (plus grand bassin en superficie) et à Semien
présentent une singularité significative au seuil de 10 %. Ces ruptures sont situées entre
1971 et 1972.
Toutes les séries de VCNlO présentent une rupture significative en 1972. On note
également que les variations relatives de moyennes de part et d'autre de la date de
rupture sont supérieures à 60% alors que ces variations restent inférieures à 50% sur les
VCXlO. Les modifications intervenues sur le VCNI0 sont plus importantes .que sur le
VCXlO. Les basses eaux paraissent plus perturbées que les hautes eaux qUX stations
étudiées, comme le traitement des débits caractéristiques l'indiquait.
CONCLUSION
La tendance observée sur les quatre stations hydrométriques traitées ne peut être
expliquée par un artefact lié aux approches stochastiques mises en oeuvre en raison des
différences dans leur fondement. Il paraît également difficile de l'imputer à un fait du
hasard ou à une erreur d'échantillonnage des bassins versants utilisés. Il y aurait donc
eu une modification des ressources en eau de surface en Côte d'Ivoire sensible depuis
la fin des années 1960 et le début des années 1970. Mais la taille des échantillons étudiés
ne nous permet pas de caractériser les nouvelles phases qui s'installent. Il peut s'agir
d'une variabilité « interne» de l'écoulement. Toutefois, on est amené à penser que la
sécheresse qu'a connue l'Afrique sahélienne a été ressentie égalementenCôte'd'Ivoire.:
Cette analyse a été réalisée à partir de l'étude statistique de séries de module, de
quelques débits caractéristiques, du maximum et du minimum du débit journalier moyen
calculé sur 10 jours consécutifs. De façon quantitative, les résultats révèlent que le
volume d'eau écoulé annuellement a fortement baissé depuis le début des années 1970.
Qualitativement, cette modification a beaucoup plus affecté les basses eaux que les
hautes eaux. Si les ruptures détectées sur les séries caractéristiques des hautes eaux ne
sont pas toujours significatives, les variations relatives entre les moyennes des sous
séries définies par la date de rupture ne sont pas négligeables. Elles sont supérieures à
20 %. Il est probable qu'un changement soit intervenu sur cette caractéristique de façon
progressive. Le régime des cours d'eau semble donc être perturbé.
Analyse statistique de l'évolution des écoulements en Côted'Ivoire 177
Cette étude s'est limitée à la caractérisation de la tendance des écoulements sans
rechercher les causes qui ont perturbé les précipitations, facteur principal dans la
formation des écoulements dans la région. Mais, il est apparu une relative atténuation
dans le grand bassin du Sassandra. Ce bassin, peu aménagé, comporte le seul comparti-
ment montagneux du pays. Il est possible que des caractéristiques morphoclimatiques
et/ou le degré des activités anthropiques aient influé sur cette tendance.
Les conséquences de cette tendance peuvent être désastreuses si elle persiste. Leur
prise en compte s'impose dans les projets d'aménagements à venir. Il faut donc identifier
une évolution plausible dans l'espace et le temps de cette modification. Cela suppose que
l'on puisse déterminer convenablement les causes fondamentales ayant pu affecter la
production des écoulements.
REFERENCES
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