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« Le bleu est une couleur chaude ».

La prostitution
masculine et le masochisme féminin chez l’homme
Anne-Valérie Mazoyer
Dans Cliniques méditerranéennes 2019/1 (n° 99), pages 229 à 241
Éditions Érès
ISSN 0762-7491
ISBN 9782749263212
DOI 10.3917/cm.099.0229
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Cliniques méditerranéennes, 99-2019

Anne-Valérie Mazoyer

« Le bleu est une couleur chaude 1 »


La prostitution masculine
et le masochisme féminin chez l’homme

Clinique de la conduite compulsive sexuelle

Dans le cadre d’un soutien thérapeutique en cours depuis près d’une


année, j’ai rencontré Ali, âgé de 19 ans, qui s’adonne à la prostitution, après
avoir été rejeté par sa famille et maltraité par son quartier suite à la révélation
de son homosexualité à l’adolescence.
Ce suivi thérapeutique interroge le sens des conduites sexuelles, traitées
comme des biens consommables (Estellon, 2015). Si la prostitution, comme
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marché du sexe, conduit le politique à légiférer, à punir et à réprimer et le
social à accompagner, comment la psychanalyse peut-elle entendre le sens de
ces conduites compulsives où le sujet se livre à un autre, moyennant finance,
disqualifiant la sexualité, son corps et se disqualifiant ? En raison d’une réduc-
tion fonctionnelle de la sexualité, le sujet est limité à une fonction utilitaire et
marchande, l’usage vénal venant en place de transports affectifs et amoureux.
D’autre part, cette clinique peut être qualifiée d’extrême (Korff-Sausse,
2016) au sens où elle conduit aux limites du symbolisable. L’écoute est
saturée de scènes réitérées, d’images crues où le sensoriel prévaut, d’actualité
sans développement associatif ni projectif. Elle peut à tout moment vaciller
pour ne plus entendre. Le réalisme et la violence des expériences sexuelles
anonymes, proches de la consommation itérative et compulsive, peuvent être

Anne-Valérie Mazoyer, maître de conférences hdr, université de Toulouse II Jean-Jaurès, 29 rue Lakanal,
F-34090 Montpellier ; mazoyer@[Link]
1. Le bleu en référence à la bande dessinée Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, publiée
par Glénat en mars 2010, librement adaptée par Abdellatif Kechiche : La vie d’Adèle - Chapitres 1
et 2, Palme d’or à Cannes 2013.

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230 Cliniques méditerranéennes 99-2019

sidérants et envahissants au point que le clinicien ne puisse plus pouvoir


penser la réalité psychique, les enjeux sous-jacents de telles conduites visant
seulement la décharge des tensions pulsionnelles et privées de fantasmes, de
retentissement amoureux. « On saisit là l’empire de la démoniaque compul-
sion de répétition fixant la temporalité à un présent pur, immobilisé, barrant
l’accès aux ressources du passé comme à celles du futur » (Estellon, 2015,
p. 114).
Face à cette parole proche de l’agir bloquant la capacité de penser du
clinicien, il s’agit pourtant de supporter, de ressentir, et de ne pas se priver
de toute identification avec un patient, disqualifiant son corps, réduisant la
rencontre amoureuse à des « to have sex » tarifiés et expéditifs.
Les premières séances avec Ali ont été marquées chez moi par la sidé-
ration, puis par des éprouvés corporels : gêne, oppression, crispation face
à l’envahissement par la sexualité agie, désubjectivée et non vécue. Puis le
malaise physique laissa place à l’impuissance, au désarroi. Ces mouvements
ont connu une évolution quand l’agressivité, miroir inversé de l’impuissance,
put progressivement s’exprimer chez Ali, traduisant plus de variétés et de
nuances dans sa vie psychique.
En parallèle de notre compréhension de ce qui est engagé dans la pros-
titution masculine, nous proposerons une lecture des enjeux transféro-contre-
transférentiels.

Ali ou la mascarade féminine


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Ali a souvent été l’objet de railleries et surtout d’agressions dans son quar-
tier et sa communauté en raison de ses comportements jugés excentriques et
qui allaient à l’encontre d’une attitude virile attendue. Jean skinny et cheveux
mi-longs et bleus, petit bonnet tricoté, yeux fardés, bijoux fantaisie renforcent
aussi la présentation fragile du jeune homme, chuchotant et mettant sa main
devant la bouche comme pour en étouffer le son.
Dans sa cité, ses attitudes féminines outrancières ont été ressenties comme
des provocations et ont légitimé chez des pairs de sa communauté un appel à
la violence et au passage à tabac, comme si se comporter comme une femme
était vécu comme intolérable et menaçant pour des adolescents qui refusent
toute expression du féminin en eux. En effet, ce qui se joue derrière ce lynchage
homophobe serait à comprendre comme un malaise face à la question du
féminin 2, où prédomine un clivage entre la mère, intouchable et fantasmée
comme exempte de sexualité, et la putain, la femme érotique, celle que l’on
méprise, clivage développé dans Contributions à la psychologie de la vie amoureuse

2. Particulièrement exacerbé en banlieue, à en croire Morhain et Proia (2009).

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« Le bleu est une couleur chaude ». La prostitution masculine et le masochisme… 231

(Freud, 1910, 1912). Déclinant les modalités de l’être amoureux et de la sexua-


lité humaine, Freud montre le destin d’une vie amoureuse divisée entre amour
et désir chez certains hommes. L’attachement sensuel à des figures rabaissées,
censées exciter le désir, masquerait une fixation ancienne, incestueuse pour la
mère ou pour la sœur (soit le courant tendre).
Ici Ali provoque par deux fois : tout d’abord en affirmant son orientation
sexuelle mais en plus, en faisant fortement valoir les voiles et brillants fémi-
nins, censés à la fois attirer, susciter le désir de l’autre, et rassurer l’homme
sur sa puissance phallique. Identifié à un objet suscitant le désir de l’homme,
Ali est quasiment mis à mort par sa communauté, sous le regard maternel,
scène à peine masquée d’infanticide et d’enfant martyr et mort. Le jeune
homme condense des représentations de différence, de féminité et d’homo-
sexualité, insupportables pour le collectif qui vise sa destruction afin de
retrouver un monde lisse et sans différence.
Ici, nous ne sommes plus dans le registre du fantasme de l’enfant battu
(soit le fantasme de séduction, Freud 1919) et de l’enfant mort (Chabert, 2016),
relevant des deux courants de la vie psychique que sont masochisme et mélan-
colie 3, mais dans une scène bien réelle et crue de la réalité. Si les fantasmes
meurtriers partagés entre parent et enfant s’avèrent constitutifs de la subjec-
tivation et du processus de différenciation-séparation à l’adolescence, leur
mise en acte sur Ali participerait d’un déchaînement de violence pulsionnelle
et d’une réalisation des désirs meurtriers (Houssier, 2013).
Face au laisser-faire maternel ne supportant pas l’affichage de l’homo-
sexualité de son fils, voire incitant à l’expédition punitive, Ali, qui est mineur
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à ce moment-là, bénéficie d’un placement judiciaire. Mais très rapidement,
les réactions violentes et le rejet d’autres jeunes confiés dans un établissement
social l’amènent à fuguer, puis à 18 ans, à refuser une aide jeune majeur du
conseil départemental. Sans projet, sans famille ou environnement soutenant,
Ali intègre une association spécialisée dans l’accueil des jeunes homosexuels.
Il m’est adressé par la psychologue de ce service qui témoigne d’un contre-
transfert négatif : elle ne supporte plus son discours qu’elle juge revendicatif
à « faire la pute » (sic). Le manque d’ambivalence du jeune concernant sa
conduite prostitutionnelle se répercute dans l’acte de rupture de la prise en
charge par sa première thérapeute.
Que signifie chez Ali cet accrochage à la figure de la prostituée, payée
pour l’usage de ses orifices ?

3. Chabert (2016) voit l’enfant mort dans le cadre de la cure comme le témoin d’un fantasme
d’une passivité totale, de l’extinction pulsionnelle. Il figure la douleur tragique, le désespoir
extrême et condense des représentations comme celles de l’enfant incestueux et monstrueux par
exemple (p. 92). La représentation de l’enfant mort, figure du narcissisme et de la mort, s’impose
comme contre-investissement de la passivité.

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232 Cliniques méditerranéennes 99-2019

Pourquoi et ce alors que le choix d’objet sexuel masculin ne signifie pas


forcément une évacuation de l’identité psychosexuelle masculine, Ali s’iden-
tifie-t-il à une figure du féminin érotique, fantasmée comme jouissant sans
limite et saturée d’enjeux anaux (rapport à l’argent et possession) ?

Sexe contre argent

Ce patient justifie sa prostitution occasionnelle par le besoin d’argent,


servant à acheter drogue et alcool, lui permettant de supporter cette pratique.
L’argent est aussi vite gagné qu’il est flambé et devient un trait identificatoire
du sujet prostitué (Dubol, 2003). Gagné, il devient un équivalent phallique,
dépensé rapidement, il renvoie à un objet chu et jetable, sous-tendu par une
dimension sadique-anale mais aussi mélancolique. Il passe de statut d’objet
de valeur, brillant à celui de déchet, d’objet sale. La sexualité orificielle et
particulièrement anale est le site de ce basculement de l’objet/sujet idéalisé
à l’objet fécalisé.
Lors de mes premières rencontres, le discours d’Ali se base sur une
équation simple : la prostitution répond à un besoin économique au sens
marchand, ce qui évacue la conflictualité psychique et ne permet pas de
questionner les enjeux psychiques sous-jacents à la mise en scène sexuelle
du corps. Il est complexe d’amener le jeune homme à élaborer sa demande
d’aide thérapeutique tant la différence entre sa première thérapeute et moi
semble peu effective, comme si nous étions interchangeables à l’instar de
ses propres clients. Le travail thérapeutique et la différenciation des deux
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psychologues s’amorcent lorsqu’il peut enfin évoquer avoir été chassé de
chez lui par sa mère. Chassé comme il l’a été par la première thérapeute.
Il dira aussi sa honte d’être « né homosexuel », évoque l’idée d’un châti-
ment divin, d’une faute mais ne remet pas en question les graves violences
dont il a été victime, presque les excuse et les banalise. Le sentiment de
honte, affect primaire, est ici mortifère : il ne permet pas à la culpabilité de
se constituer. Le climat d’excitation des rencontres passagères empêche Ali
de ressentir ou de partager des affects ou une quelconque souffrance. Il s’en
exonère, comme si l’émergence d’affects douloureux était dangereuse.
Dès les premiers entretiens, Ali m’entraîne dans son univers en faisant
part de l’organisation que nécessitent ses rencontres. Il utilise de manière
frénétique et compulsive des applications pour smartphone dans une visée
de racolage, de chasse. Le malaise s’empare de moi quand Ali scrute mes
réactions, comme pour mieux se les approprier, révélant un transfert par
retournement (Roussillon, 1999). Cette modalité de transfert 4 a cours chez des

4. On retrouve dans les névroses de transfert plus habituellement le transfert « par déplacement ».

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« Le bleu est une couleur chaude ». La prostitution masculine et le masochisme… 233

sujets, qui, pour survivre à une expérience agonistique qu’ils n’ont pu ni


intégrer ni se représenter, se sont coupés de leur subjectivité. Une partie
éprouve mais ne pense pas, l’autre pense mais sans éprouver ou qualifier
l’expérience. La question qui apparaît, donc, ici est celle du non-advenu
en soi. Dans le transfert « par retournement », le sujet vient faire vivre
à l’analyste ce qui est resté clivé de ses possibilités d’intégration et de
symbolisation. Chez Ali, l’excitation recherchée/trouvée dans des expé-
riences sexuelles répétitives bloque toute expression d’affects d’amour et
de tendresse, seule l’angoisse, contre-transférentiellement, se manifeste.
Le jeune homme peut chercher à m’instrumentaliser, à adopter une position
active en choisissant d’interrompre un entretien pour répondre à des solli-
citations sur son smartphone.
En somme, lui dis-je, presque étonnée par mon association, « vous
cherchez à faire plaisir », montrant par là l’extrême assujettissement (dépen-
dance) au désir de l’autre, à se faire objet de désir pour l’autre mais au prix
d’être sans désir en propre.
Il reste assez saisi, mais l’interprétation insuffle un mouvement psychique
qui autorise une sortie temporaire de l’actuel et favorise une construction du
passé autour d’une scène pornographique téléchargée. Il se rappelle le soula-
gement ressenti à la perception des pénis turgescents comme si elle favori-
sait une récupération de son intégrité, mise à mal par une perte des limites
engendrant une confusion entre soi et l’autre.
À l’exception de ce souvenir d’excitation sexuelle et d’effroi face au
sexe féminin, les séances des premiers mois restent assez centrées sur son
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vécu des passes : il répertorie les difficultés liées à son activité, le besoin de
boire avant toute relation sexuelle, le froid, la peur des rondes policières,
les bandes qui aiment casser de l’homosexuel, les rivalités concurrentielles
entre prostituées sans papiers, transsexuels et homosexuels, parqués dans
des zones de transit, accentuant leur marginalisation sociale. Les sensations
restent coupées du lien intersubjectif ou de toute rencontre objectale. L’autre
n’est jamais investi, la règle étant de ne jamais revoir le client, ce qui évite le
risque de l’attachement.
Progressivement, je tente de créer un cadre contenant empathique,
détoxiqué, puis de tirer quelques fils associatifs autour de l’attente (désirée
et crainte), de la détresse figurée par des sensations (comme le froid), comme
si aucune présence ne pouvait apporter suffisamment de réconfort.
Cette attente a été formalisée par Winnicott (2000) qui a décrit une séquence
subjective traumatique en l’absence de réponses adéquates de l’environne-
ment. L’attente trop longue conduit au désespoir, à l’effondrement.
Je me sens souvent triste et glacée en écoutant Ali et en imaginant
la rencontre de ces corps anonymes, où seul l’argent contre sexe fait lien.

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234 Cliniques méditerranéennes 99-2019

« C’est curieux, rétorque-t-il, par identification projective, mes clients sont


comme vous, tristes. Ils assument pas d’être homo ou d’avoir des fantasmes
d’homo. » Peut-être rassuré par l’expression de mon ressenti contre-trans-
férentiel autour de l’impuissance, il s’engage, dans la séance suivante, à me
livrer une de ses impressions : « Vous, vous ne me demandez rien contrai-
rement à mes clients », amorçant ici une différenciation, contrairement à la
séance précédente. Effectivement, le cadre associatif dans lequel j’interviens
fait que je ne demande pas d’argent aux patients. Être payée par Ali aurait
certainement rendu le transfert plus massif au risque d’une confusion entre
travail thérapeutique et activité prostitutionnelle. Invité à en dire un peu
plus sur ma non-demande, il continue sur un ton plus agressif que je ne lui
connaissais pas : « Je sais pas, vous pourriez me dire d’arrêter, que je me
détruis, me dire que c’est pas bien… en fait, je me demande si vous, vous en
avez quelque chose à foutre de moi… ou si une fois parti, vous ne pensez
plus à moi… »
Mon abstinence (tant en parole ou conseils qu’en demande d’argent)
est assimilée au vide, à l’abandon, voire au rejet. À l’envahissement par la
frustration et la revendication affectives s’ajoutent des sentiments agres-
sifs, générant en moi des mouvements du même type que je contiens,
ce qui m’épuise physiquement. Ali interroge également ma capacité de
symbolisation, à le penser vivant en son absence. Il s’en remet à l’autre, à
qui il donne la responsabilité de son existence, en attendant passivement
d’être réprimandé ou malmené, en rejouant un schéma relationnel familier.
En outre, la haine rageuse à mon égard jusqu’alors tempérée m’amène à
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repérer une faille dans le système prostitutionnel ou dans sa dépendance
aux expériences sexuelles tarifiées. Le système addictif est peu à peu enrayé
par la rencontre avec l’autre. Or, Ali lutte contre la passivité et les éprouvés
générés par l’autre, ce que Chabert (2003) nomme les moments mélanco-
liques dont la sortie se caractérise par la capacité de maintenir chez le sujet
la présence de l’autre et à se représenter vivant dans la psyché de l’autre
(Chabert, 2016). Comme souligné précédemment, l’autre est un support
d’identifications mélancoliques, susceptible de renvoyer une confusion et
des éprouvés dépressifs massifs dont Ali se défend coûte que coûte. D’ail-
leurs, après quelques séances jalonnées par des associations sur différents
deuils et pertes (grands-parents investis, adultes en qui il avait confiance),
Ali ne viendra pas, ce que j’analyse comme un défaut d’investissement
d’objet que pointe la psychothérapie.
Trois semaines plus tard, une voix fatiguée mais connue m’appelle, en
demandant d’urgence un rendez-vous. Ali est encore plus maigre que d’habi-
tude, il tremble. Son absence s’explique par une tentative de suicide sur une
modalité assez féminine (la phlébotomie) après avoir rencontré de façon

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« Le bleu est une couleur chaude ». La prostitution masculine et le masochisme… 235

inattendue et inopinée sa mère et ses frères et sœur. Elle lui adresse, dit-il, un
regard de dégoût et lui interdit d’embrasser sa fratrie. Cette scène m’évoque
celle de la jeune homosexuelle de Freud (1920), se jetant d’un pont après
avoir croisé le regard courroucé du père qui la rencontre avec son amie dont
elle tient le bras comme un chevalier servant. Ali se sent d’autant plus exclu
de sa propre famille lorsqu’il est confronté à elle. De manière surprenante,
il associe le refus maternel d’embrasser ses frères au fantasme de contagion
de l’homosexualité ou de la prostitution. Freud en 1918 (« Le tabou de la
virginité ») évoque les craintes masculines de la féminisation traduites par
la peur d’être contaminé ou encore affaibli. Encore une fois, son interpréta-
tion paraît infiltrée d’un vécu d’abandon et de persécution. Seule la puni-
tion pourrait « racheter » le jeune homme, comme par exemple en étant
payé par l’autre.
Sous ce regard maternel, Ali se sent défaillir et vacille. Il dira aussi
combien il s’est senti plein de honte et de dégoût pour lui-même, « pire qu’un
crachat à la gueule », illustre-t-il. Cette honte et ce dégoût face au regard
questionnent la réflexivité à l’œuvre chez Ali. Il semblerait que la réanima-
tion de la haine nourrisse l’activité sadique contre le moi se concrétisant
dans la tentative de suicide. L’agressivité échoue à s’extérioriser et retourne
sur soi. Ne plus se vivre comme aimable et aimé pose alors la question de
l’intégrité tant psychique que corporelle. À la faveur de cet acte violent, le
coupant pour lui d’une filiation imaginaire, il évoque alors son enfance entre
une mère emmurée dans une douleur rageuse d’avoir été donnée et mariée
religieusement à un cousin de trente ans plus âgé qu’elle, et son père, depuis
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des années impotent et énurétique. Depuis l’enfance d’Ali, cette mère change
les protections de son mari au vu de tous dans la cuisine, avec un plaisir
semblerait-il sadique à l’humilier.
Ali a entendu des confidences de sa mère, se plaignant d’avoir « été
donnée à un vieux » et combien elle en veut à sa propre mère (la grand-mère
maternelle d’Ali), insensible à ses plaintes des premiers rapports sexuels
douloureux. Le regard méprisant et sans parole de la mère dans la rue rejoue
ce préjudice et, par identification projective, le renvoie à n’être rien, lui aussi
vendu à des « vaut-rien » (vauriens). Ce vaut-rien, c’est le père, figure iden-
tificatoire défectueuse.
Finalement, à qui Ali pouvait-il s’identifier sans risquer de mourir entre
un père défaillant et une mère sacrifiée, appelant à son tour au sacrifice de
son enfant, répétant par lui un deuil indépassable ? On voit ici combien être
en position masochiste chez Ali lui permet de s’acquitter d’une dette à sa
mère, tout en restant addicté à cette relation au maternel, au prix d’une souf-
france renouvelée (maltraitances, prostitution, suicide), en devenant à la fois
le bourreau et la victime.

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236 Cliniques méditerranéennes 99-2019

À l’instar de ce que l’on observe dans la problématique mélancolique,


Ali se montre incapable de traiter la perte 5 et donc de s’éloigner de l’objet.
C’est ainsi que prédomine l’identification aliénante à un objet perdu, détruit,
mal identifié, à l’enfant mort (Chabert, 2003, 2016). Estellon associe lui aussi
hypersexualisation et mélancolie. « Ces solutions autocalmantes – dans
un déguisement par contraire – signent souvent la marque d’un désespoir
mélancolique » (2015, p. 121).
Il existe une menace de confusion qui vise à lutter contre la différence
et contre un éprouvé de perte trop massif, en gommant toute différence avec
l’autre. L’amour pour l’objet est déplacé dans le moi mais l’objet est mort.
On parle alors de mortification du moi.
Le travail psychothérapeutique prend une nouvelle direction après cette
tentative de suicide qui relance l’élaboration psychique autour du regard aux
fonctions polysémiques : regard/séduction de la passe, regard méprisant de
la mère, construction autour d’un regard vide de sens des premiers temps
de vie, sorte d’objet absent. La honte ressentie en miroir de l’horreur qu’il
inspire à sa mère conduit à une désidéalisation d’une féminité phallique,
fondée sur une toute-puissance, censée conforter les assises narcissiques.
À cette désidéalisation répond une dépressivité. Je me sens alors moins
aspirée par le tourbillon de l’excitation et de l’hypersexualisation, ce qui me
permet de repérer les mouvements dépressifs qui émergent en Ali. J’inter-
roge quel objet se cache derrière la conduite prostitutionnelle, activité dont
on a vu qu’elle encourage l’interchangeabilité des objets.
En effet, la relation sexuelle tarifée certes ne veut rien savoir de l’autre,
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mais elle le paie pour satisfaire son plaisir, tout en le limitant à des bouts de
corps, comme autant de pulsions partielles qui peinent à s’unifier. La tenta-
tive d’affranchissement du lien masque assez imparfaitement une confusion
avec l’objet primaire et ce, d’autant plus que ce dernier a échoué à investir
libidinalement le corps de l’enfant. Il reste alors au sujet de rechercher fréné-
tiquement des sensations assez extrêmes, tant pour se différencier que pour
s’identifier, se sentir exister et vivre.

L’homosexualité : un choix d’objet narcissique

Quelques pistes d’analyse peuvent être dégagées de ces rencontres


cliniques éprouvantes sur le plan contre-transférentiel (passivation 6 du
clinicien qui est soumis à des scènes réalistes crues) nous entraînant dans les

5. Merci à S. Missonnier (communication personnelle) d’avoir souligné l’étymologie de la


nostalgie pouvant rendre compte de ces catastrophes de la séparation. Issu des mots grecs
νόστος (« retour ») et ἄλγος (« souffrance »).
6. La passivation, selon Green (1999), serait à comprendre comme ce qui contraint à subir.

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« Le bleu est une couleur chaude ». La prostitution masculine et le masochisme… 237

affres du glauque et aux confins de l’humanité. Nous pouvons comprendre


les conduites prostitutionnelles comme des tentatives de se déprendre de
l’objet pour se protéger des effets de la rencontre et de l’amour, tout en jurant
fidélité à l’objet primaire. De plus, vivre l’autre comme un « coup » (qui plus
est payant) permet de faire l’économie de l’attachement en répétant de façon
compulsive mais sans pour autant les intégrer des expériences de sépara-
tion, de déception et de perte. Celles-ci suscitent des affects d’abandon et de
détresse qui ne sont éprouvés qu’à partir de la honte et du dégoût évacués
dans le passage à l’acte. Tout d’abord, la compulsion à chaque étreinte renou-
velée, dans la prostitution, confronte à une déception, les partenaires mascu-
lins ne pouvant de par leurs propres errements identificatoires et leur propre
malaise dans la sexualité, offrir une surface d’identification à un homme,
assumant d’aimer d’autres hommes.
L’autre, au-delà de ne pas être recherché comme figure d’attachement
ou d’amour, échoue dans sa mission de confirmation spéculaire. Il rappelle
en cela l’échec de l’identification à un père idéalisé, suffisamment viril et non
passivé par les soins, ainsi que la rencontre ratée avec des pairs, amalgamant
identité sexuelle et sexuée. L’identification à un autre masculin, surface
de projection idéale, ne peut avoir lieu et ravive la tentative avortée d’une
désidentification au féminin-maternel 7 par identification à la masculinité
génitale du père, nécessaire pour consolider cette masculinité (Bokanowski,
1993).
La seule façon d’accepter l’homosexualité serait alors d’adopter un posi-
tionnement subjectif féminin, dont le paroxysme se retrouve dans certaines
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demandes de réassignation sexuelle des sujets confrontés à l’homophobie
ambiante de leur milieu. Puisque l’objet sexuel renvoyant à du même est
interdit, le sujet peut aller jusqu’à bouleverser son identité pour qu’elle soit
conforme à son objet d’investissement (devenir une femme qui aime les
hommes).
Aimer un autre homme est perçu par la communauté d’Ali comme un
sacrilège. Il va jusqu’à accepter d’endosser un rôle à la fois réprouvé et fasci-
nant, celui de la prostituée. Le choix d’objet d’amour masculin vient alors
questionner le féminin et le féminin en soi.
Les ratés et les inversions identificatoires (mère active/phallique/
sadique-père passivé/déprécié/sadisé) ont conduit Ali à jouer la mascarade
du féminin phallique, en surenchérissant la féminité par la vulgarité, tout en
se rabaissant comme objet masculin. C’est de l’écart entre un moi déprécié

7. Cournut (1993) voit le refuge dans la position-féminine-par rapport-au père, soit l’identifica-
tion à la mère pénétrée passivement, comme un des éléments caractéristiques du masochisme
féminin. La fixation au fantasme infantile d’être possédé par le père témoignerait d’une position
masochiste féminine dans la relation aux partenaires masculins.

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238 Cliniques méditerranéennes 99-2019

qui s’offre comme figure de la passivation extrême et un corps investi narcis-


siquement qui la refuse activement, que naît la figure du prostitué.
Le cas Ali est aussi paradigmatique de la difficulté à s’afficher ouverte-
ment homosexuel dans son milieu culturel, reconnaissant une hiérarchisation
clivée des sexes, laissant aux sujets deux rôles acceptés par la communauté :
celui d’être homme, désirant et celui d’être une mère, sacrifiée à ses enfants
et oblative, au risque de refuser l’expression de son féminin et de réprimer
sa sexualité. Une féminité finalement domestiquée sous les arcanes du statut
conjugal et maternel. Pour Ali, la solution de la prostitution, soit s’offrir à
tous les hommes (Ferenczi, 1914 8), viendrait figurer, de manière exagérée et
symptomatique, les souffrances refoulées d’une mère bridée dans son désir
amoureux, se vengeant sur un mari ayant perdu toute superbe masculine,
déchaînant telle une Médée vengeresse une haine sur un fils, lui rappelant
trop la féminisation des hommes là où elle en attendrait une révélation de
son féminin 9 (Schaeffer, 2002) par la relation génitale. Le père, quant à lui,
est le premier miroir brisé sur lequel aucune masculinité ne peut se refléter.
La prostitution, symptôme du masochisme pervers (visant l’humiliation,
la souffrance et la reddition du moi face au surmoi terrifiant [Mazoyer et
coll.]) et témoin d’une identification au féminin, entendu comme démesure
ou excès de l’érotisme chez un garçon (Freud, 1924), viendrait signifier – et
ce quel que soit le sexe du sujet – une relation passionnelle et ravageante à la
mère, car elle n’a pu suffisamment le rêver en garçon ni impulser chez lui le
développement des autoérotismes en sa présence 10.
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En conclusion, les nouvelles formes de la sexualité, du côté du fast love
ou fast sex (Estellon, 2014) et de l’exacerbation des sensations solipsistes,
ne peuvent faire oublier combien la construction d’un désir reste encore
problématique, malgré les demandes et les offres pressant à s’affranchir de la
primauté de l’objet, de la force de l’inconscient et de toute expérience subjec-
tive enrichissante. À ce titre, la phrase d’André (2009, p. 10) nous semble à
méditer : « La liberté actuelle de la vie sexuelle ne se traduit pas de façon
équivalente par une liberté de la vie psychique à l’égard de l’angoisse et de
son cortège éventuel de symptômes. »

8. Ferenczi (1914) retrouve dans l’homoérotisme le fantasme de prostitution où le sujet homo-


sexuel s’offre à tous les hommes.
9. « C’est en créant, révélant son vagin que l’homme pourra arracher la femme à son auto­­
érotisme et à sa mère prégénitale » (Schaeffer, 2002, p. 56).
10. Cyssau (2004) rappelle que dans la conception de Winnicott, c’est le bébé qui crée l’environ-
nement et ce en faisant l’expérience de la solitude avant la dépendance. Lorsque ce dernier a,
de façon prématurée, perçu la dépendance à l’objet externe, deux voies pathologiques de survie
s’offrent à lui : l’addiction à la dépendance et l’effondrement pathologique.

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« Le bleu est une couleur chaude ». La prostitution masculine et le masochisme… 239

L’enjeu de la rencontre thérapeutique n’est-il pas derrière l’étalage de


symptômes polymorphes (hypersexualisation ou addiction sexuelle, prosti-
tution…) que les jeunes adultes puissent assumer une part de leur féminin
et la passivité (au sens d’être attiré par l’autre, de désirer et d’éprouver) et
faire dialoguer les deux polarités masculine et féminine, sous les auspices
du paternel, du maternel afin de pouvoir se réaliser pleinement dans leur
vie amoureuse et leur sexualité ? Ou encore, d’être capable de mieux aimer
en répartissant autrement ses investissements (Parat, 1996) ? Dans le cas de
rencontres avec des jeunes homosexuels, la relation transférentielle permet-
trait d’accéder à une maturité affective et sexuelle, sans pour autant les
détourner du choix d’objet. Ce que Pommier (2002) nomme la relation d’alté-
rité avec un homme ou éthique de la différence.
L’acceptation d’être touché par l’autre figurerait le dégagement d’un
passage mélancolique, autorisant l’investissement libidinal pour l’objet.
Comme l’écrit Chabert (2016, p. 99) : « Lorsque la fin de la mélancolie
advient, c’est la vie qui l’emporte, la vie, donc la libido, donc l’activité. »
Récemment, Ali se montre interrogatif et très ambivalent face à la recon-
naissance et à l’expression de nouveaux éprouvés : « Y a un type au foyer, un
nouveau, son sourire et ses yeux ça me fait kiffer. » Mais il rajoute, décelant
chez moi une esquisse de sourire : « Enfin vite fait quoi, vous emballez pas…
mais quand même je pense à lui », témoignant des traces qui s’atténuent
d’une lutte contre la passivité inhérente à toute situation de séduction.

Bibliographie
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Puf, p. 1-25.
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nalyse, « La castration et le féminin dans les deux sexes », n° 57, p. 1585-1597.
Chabert, C. 2003. Féminin mélancolique, Paris, Puf.
Chabert, C. 2016. « L’enfant mort », Revue française de psychosomatique, n° 50, p. 89-102.
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sexes », Revue française de psychanalyse, n° 57, p. 1353-1558.
Cyssau, C. 2004. Les dépressions de la vie, Paris, Puf.
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Estellon, V. 2014. « Des dépendances sexuelles à la sexualité addictive », Cliniques,
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sur la mort, n° 147, p. 109-124.
Ferenczi, S. 1914. « L’homoérotisme : nosologie de l’homosexualité masculine », dans
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240 Cliniques méditerranéennes 99-2019

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Freud, S. 1918. « Le tabou de la virginité », dans Psychologie de la vie amoureuse, Paris,
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Winnicott, D.W. 2000. La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques, Paris,
Gallimard.

Résumé
Les rencontres cliniques avec Ali, jeune prostitué homosexuel, rejeté par sa famille et
son quartier en raison de son orientation sexuelle, nous ont permis de questionner
ce que sous-tend l’identification à la figure de la prostituée, saturée en enjeux anal et
phallique et de nous intéresser à la fonction du masochisme féminin. L’assujettisse-
ment au maternel phallique a dévoilé un symptôme familial porté par Ali et construit
autour de coutumes culturelles (mariage non consenti), qui ont affecté la relation
conjugale et par ricochet, son développement affectif. Ali tente de s’acquitter d’une
dette insolvable à sa mère, elle-même bridée dans son désir féminin et amoureux qui
a développé des comportements sadiques agis sur son mari, malade et bien plus âgé
qu’elle. Ayant assisté à des scènes conjugales violentes, Ali s’est trouvé, au moment
de l’adolescence et du choix sexuel qu’il implique, dans une impasse identificatoire

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« Le bleu est une couleur chaude ». La prostitution masculine et le masochisme… 241

tant masculine que féminine laissant place à des identifications mélancoliques. Dans
la relation transféro-contre-transférentielle, des moments mélancoliques sont apparus
et ont permis une amorce de séparation d’avec sa mère et la déconstruction d’un
fantasme de fécalisation du masculin. Le passage de la passivation masochiste à la
passivité féminine (être touché par l’autre) pourrait permettre à Ali d’accéder à une
vie affective et sexuelle sans détournement de son choix homosexuel.

Mots-clés
Prostitution, masochisme féminin, passivité, moments mélancoliques.

Blue is the warmest color—Prostitution and feminine masochism in a man

Abstract
Thanks to the psychotherapy sessions with Ali, a homosexual and a male prostitute
rejected by his family and his social environment because of his sexual preference, we
were able to examine the prostitute fantasy, its anal and phallic features, and feminine
masochism. The phallic maternal complex in Ali revealed family symptoms that were
due to cultural customs (non-consensual marriage), which impacted on his parents’
relationship and, subsequently, on Ali’s emotional development. His mother had
been deprived of love and of sexual desire and developed sadistic behaviors, which
she directed at her husband (Ali’s father), who was completely passive because of
his age (being much older than his wife) and his illness. Violent scenes where Ali’s
father was humiliated by his wife caused the failure of masculine and feminine
identifications (melancholic identifications) in Ali during adolescence, where sexual
orientation is essential. Transference and counter-transference in therapy allowed
“melancholic moments” to appear, which permitted separation from the mother
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to occur and, perhaps, paternal investment instead of “fecalized masculinity.” The
transition from masochist passiveness to feminine passiveness (being touched by
the Other) could enable Ali to gain access to a form of love and sexuality that is in
keeping with his homosexuality.

Keywords
Feminine masochism, melancholic moments, passiveness, prostitution.

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