Seth - Wikipédia
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divinité égyptienne
Seth (de l'égyptien Setesh / Soutekh) est l'une des plus anciennes divinités égyptiennes. Sa représentation, au museau effilé et aux oreilles dressées
mais tronquées, est une composition hybride née de l'imaginaire des Égyptiens des temps prédynastiques. Cette iconographie monstrueuse est
peut-être inspirée de l'oryctérope, un termitivore, fouisseur des savanes africaines. Dans le mythe, Seth est le dieu de la confusion, du désordre et de
la perturbation, ce que souligne l'écriture hiéroglyphique dans laquelle l'animal séthien sert de déterminatif pour des concepts négatifs (autoritarisme,
fureur, cruauté, crise, tumulte, désastre, souffrance, maladie, orage).
Seth
Divinité égyptienne
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) « dieu rouge »
dieu « grand de force » (ˁȝ phty), Set, Soutekh
Nom en hiéroglyphes
ou
ou
Maître du tonnerre et de la foudre, il exerce sa puissance sur les marges de l'Égypte que sont les contrées désertiques, les zones arides et les pays
étrangers à la plaine du Nil. Seth est un dieu complexe. Sa nature brutale se manifeste plus particulièrement dans un comportement sexuel agressif,
tant homosexuel avec Horus qu'hétérosexuel avec de belles déesses qu'il poursuit de ses assiduités. Sa puissance désordonnée contribue
néanmoins à l'équilibre cosmique. Selon la vision égyptienne, les forces destructrices sont en lutte perpétuelle contre les forces positives. En cela,
Seth s'oppose à son frère Osiris, symbole de la terre fertile et nourricière. Dès les Textes des pyramides, Seth est l'éternel rival d'Horus. Au cours d'une
lutte, il arrache l'œil de son adversaire qui en retour le blesse aux testicules. L'antagonisme des deux dieux illustre la double nature de Pharaon qui
unit en sa personne ces deux forces contraires mais complémentaires. Si Horus est le dieu de l'ordre pharaonique, la puissance irraisonnée de Seth
participe à la symbolique royale en tant qu'image de la force violente et déchaînée que le roi déploie contre ses ennemis. Protecteur de Rê, Seth
combat le serpent Apophis et participe donc à la bonne marche du monde. Bien qu'inquiétant et lié à des forces aveuglément destructrices, Seth est
cependant plus un dérangeant fripon qu'un démon maléfique, du moins dans les mythes anciens.
Ce n'est qu'à partir de la Troisième Période intermédiaire que l'image de Seth se ternit durablement, peut-être en réaction aux prises de contrôle
successives de plusieurs peuples étrangers sur le royaume d'Égypte. Seth, associé aux puissances étrangères, devient l'agent maléfique de la perte
du pays. Les mythes relatifs à Seth le dépeignent alors comme ambitieux, comploteur, manipulateur, se concentrant sur l'assassinat de son frère
Osiris. Il est progressivement confondu avec Apophis, le serpent du chaos, malgré l'ancienne tradition selon laquelle il le combattait au nom de Rê. Le
monde grec l'a identifié à Typhon, monstre primordial du chaos et entité maléfique comparable.
Figure emblématique
Animal séthien
Dès les débuts de l'égyptologie, la morphologie générale de Seth sous sa forme entièrement animale a beaucoup intrigué les savants. Pour les
fondateurs de la science comme Jean-François Champollion (1790-1832), Ippolito Rosellini (1800-1843) ou Karl Richard Lepsius (1810-1884), il s'agit
d'un animal imaginaire né de l'esprit humain. Leurs successeurs se sont éloignés de cette thèse et ont tenté de déterminer précisément son identité
zoologique. La représentation de l'animal séthien, telle qu'elle est connue depuis la IIIe dynastie, lui donne un corps de canidé efflanqué. Son museau
est long et courbé, ses oreilles sont droites et tronquées comme aucun animal sauvage n'en est doté. Sa queue est toujours dressée même quand
l'animal est figuré couché sur son ventre. Cet aspect étrange fit naître bon nombre d'hypothèses. Tour à tour, l'animal été identifié à l'âne, l'oryx,
l'antilope, le lévrier, le fennec, la gerboise, le chameau, l'okapi, l'oryctérope, la girafe, le tapir, le lièvre, etc. Il y a cependant toujours eu des
égyptologues pour dire que l'animal était fabuleux tels les Allemands Ludwig Borchardt (1863-1938) et Günther Roeder (1881-1966). Selon le
Néerlandais Herman te Velde, auteur en 1967 d'une monographie sur Seth, le hiéroglyphe de l'animal séthien ne représente aucun animal réel et
vivant. Des indices laissent même avancer que les Égyptiens le considéraient comme un animal fabuleux. Dans une tombe de Beni Hassan datée du
Moyen Empire, des scènes de chasse montrent différents animaux censés peupler le désert. L'animal séthien, nommé Sha, est suivi d'un canidé à tête
de faucon et muni d'ailes et d'un second être, un canidé à tête de serpent. Le débat est cependant loin d'être clos et régulièrement des arguments
sont avancés pour identifier l'animal séthien à tel ou tel animal réel[1].
Okapi.
Tapir.
Seth l'oryctérope ?
En 2005, l'africaniste belge Pierre de Maret, tout en admettant que l'animal séthien soit un être fabuleux et composite, montre que l'oryctérope a sans
doute servi de référent zoologique majeur pour cette construction issue de l'imaginaire humain. Mammifère solitaire et fouisseur efficace,
l'oryctérope ne sort que la nuit de son terrier pour se nourrir. Son régime se compose principalement de termites, mais aussi de pupes d'insectes et
de végétaux divers, dont le concombre sauvage. Glouton, son poids peut varier de quarante à cent kilogrammes selon les saisons et la quantité de
nourriture disponible. Doté d'une très mauvaise vue mais d'un odorat très fin, l'oryctérope renifle bruyamment le sol lorsqu'il se met à quêter les
insectes. Effrayé, ses sursauts sont spectaculaires ; blessé ou apeuré, son cri est sourd proche du hurlement de la hyène. En temps normal, sa
démarche rappelle celle des suidés, saccadée, zigzagante et ponctuée de grognements[2].
De nos jours, l'oryctérope n'est attesté qu'à travers l'Afrique subsaharienne. Dans la vallée du Nil, il faut ainsi descendre dans les régions méridionales
du Soudan pour en rencontrer. L'archéozoologie des sites égyptiens n'a jusqu'à présent pas livré de restes osseux de cet animal. Faute de traces
certaines, il est malgré tout possible de croire que les Égyptiens de la période prédynastique, du moins ceux de Haute-Égypte, ont côtoyé et connu
l'oryctérope. Selon toute vraisemblance, l'animal est figuré sur quelques vases datés des époques Nagada II (3500-3300 avant notre ère) et Nagada III
(3300-3100 avant notre ère)[3]. Il disparaît d'Égypte après cette période à cause des changements climatiques, son biotope, la savane, faisant
progressivement place au désert du Sahara.
Les plus anciennes représentations, certaines et connues, de l'animal séthien remontent à la Dynastie 0[4]. La massue de Scorpion II montre un
animal massif au dos court, muni de courtes pattes griffues, d'une grosse queue dressée, d'un long crâne surmonté de deux oreilles allongées et d'un
museau long en forme de groin. Cette iconographie semble somme toute s'inspirer de l'oryctérope. Avec le temps les représentations évoluent. Au
Moyen Empire, le corps de l'animal séthien devient plus svelte et plus haut sur pattes, sa tête cependant change peu. Durant la période ramesside, il
est hautement probable que l'oryctérope a inspiré l'artiste chargé de peindre le dieu Seth, homme à tête d'animal, qui figure sur le plafond
astronomique du tombeau de Séthi Ier. Le souverain s'est peut-être fait livrer un oryctérope depuis les territoires nubiens les plus reculés ; l'animal
pouvant s'adapter à la vie captive[3].
L'oryctérope, un symbole africain contemporain
Oryctérope.
Si l'identification de Seth à l'oryctérope n'est pas certaine, il s'avère que dans l'Afrique contemporaine, nombre de peuples tels les Bambara ou les
Tabwa l'ont intégré dans leur pensée symbolique. Son apparence étrange et son comportement effrayant ont engendré nombre de mythes et de
croyances à son propos. Une des plus vieilles statues en bois d'Afrique centrale le représente. Datée du viiie siècle, elle a été découverte dans le lit
d'une rivière de l'Angola. Perçu comme un animal hors normes, l'oryctérope est situé à la frontière entre le village et la savane, entre le monde visible
des humains et le monde souterrain des morts. Sa personnalité complexe évoque les couples d'opposition (visible / invisible ; lumière / obscurité ;
bon / malfaisant). Certaines facettes de l'oryctérope le rapprochent des humains et inspirent la révérence. Tel un humain, il peut se redresser sur ses
deux pattes arrière. La femelle, monopare, n'enfante qu'un seul petit, deux plus rarement. Cette fécondité tempérée l'écarte de l'univers sauvage aux
naissances innombrables. D'autres caractéristiques inspirent la peur et la méfiance. Animal fouisseur, ses terriers sont de longues galeries
labyrinthiques où les chasseurs peuvent s'égarer. Quant aux terriers abandonnés, ils accueillent volontiers les plus redoutables serpents. Animal
griffu, l'oryctérope gratte et fouille la terre à la recherche de nourriture. Cette fonction le rapproche des tradipraticiens à la recherche de plantes
médicinales mais aussi des agriculteurs occupés à biner les champs le dos courbé. Lors de l'initiation, les jeunes Bambara doivent séjourner dans
ses terriers pour acquérir son endurance au travail, sa science et sa persévérance. Selon les Nyanga, l'oryctérope possède champs et bananeraies et
emprisonne, la nuit durant, le soleil dans sa tanière. Chez les Tschokwé, une de ses pattes ou pour le moins, une de ses griffes, entre dans les objets
qui composent le panier du devin en tant que symbole du médecin et du passé oublié. Pour ces derniers comme pour les Rukuba, l'animal symbolise
le chef qui régule la fécondité, le garant de l'ordre et de l'harmonie[5].
Dénomination
Hiéroglyphes
Setesh Seth
Setesh Seth
Setesh Seth
Setesh Seth
Zetesh Seth
Setekh Seth
Zetekh Seth
Souty Seth
Les Textes des pyramides sont les plus anciens écrits religieux de l'Égypte antique. Ils apparaissent gravés sur les murs des salles souterraines des
pyramides des souverains des Ve et VIe dynasties. Dans la pyramide d'Ounas, où ils figurent pour la première fois, le nom de Seth est exclusivement
écrit avec le logogramme de l'animal séthien couché sur son ventre. Chez ses successeurs, le théonyme est écrit Setesh avec des signes unilitères.
Plus tard, le théonyme s'écrit aussi avec les logogrammes de l'animal assis et de l'homme assis à la tête séthienne. Au cours de l'histoire égyptienne,
plusieurs formes du nom coexistent : Setesh / Zetesh, Setekh / Zetekh, Soutekh, Set / Souty, etc[n 1]. Toutes ces formes sont des variantes
orthographiques du même nom et ne désignent en aucune manière diverses divinités. À partir du Moyen Empire, la forme Set / Souty tend à se
généraliser à côté de la forme Setesh, plus ancienne et traditionnelle. Après la XIXe dynastie, s'installe la forme Setekh / Soutekh. La forme Set / Souty
est la marque de l'affaiblissement de la consonne finale. Ce phénomène est probablement apparu en Haute-Égypte où la prononciation peut avoir été
Sùt puis Sèt. En Basse-Égypte, la prononciation est restée plus dure sous les formes successives de Sùtekh et Sétekh. Ces variations de prononciation
persistent durant l'époque copte dans les différents dialectes de la langue. Le Bohaïrique conserve la dureté de la consonne finale tandis que le
Sahidique restitue son amoindrissement[6]. Au cours du premier millénaire avant notre ère, lorsque les Anciens Grecs sont entrés au contact des
Égyptiens, ils ont restitué le théonyme sous les graphies Sēth (Σήθ) / Sēt (Σήτ)[7].
Signification
Transcription Hiéroglyphe Traduction
ih maladie
être
inedj
affligé
être cruel,
mer
malade
peryt crise
rage,
neshni
désastre
neqem souffrir
pertuber,
khenen
tumulte
orage,
qeri
nuage
keha rugir
gronder,
nehneh rugir,
tonner
Mythologie
Seth est associé à deux grands mythes. Le mythe héliopolitain le met en scène avec Rê, dont il est l'arrière petit-fils, né de l'union de Geb et de Nout la
déesse du ciel (eux-mêmes nés de l'union de Shou et de Tefnout). Il est ainsi vu comme un dieu bénéfique représentant la force et l'énergie, défenseur
de la barque solaire contre Apophis le serpent, le Mal incarné qui menace l'équilibre du monde. Il s'agit du principal mythe où Seth possède un rôle
bénéfique et positif. Dans le mythe osirien, Seth assassine son frère Osiris pour régner à sa place. Il s'oppose à Isis et au fils qu'elle a eu d'Osiris,
Horus qui réclame le trône et l'héritage de son père. À la suite de la bataille entre Seth et Horus, les dieux examinent la cause et se prononcent en
faveur de ce dernier qui devient alors roi de toute l'Égypte. Dans ce mythe, Rê défend Seth qui lui est encore fortement associé[12].
Naissance
Dès les débuts de la civilisation égyptienne, une des épithètes les plus employées au sujet de Seth est « fils de Nout ». Utilisée sans aucune autre
précision, elle est connue pour être le synonyme de « Seth ». Les textes n'évoquent toutefois pas d'amour ou de tendre attachement entre la mère et le
fils. Seth et Nout sont deux des neuf divinités de l'Ennéade d'Héliopolis composée d'Atoum le dieu créateur, de Shou et Tefnout (Souffle et Harmonie),
Geb et Nout (Sol et Voûte céleste) et des quadruplés Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Dans les temps primordiaux, Atoum a donné naissance à un couple
mâle et femelle, Shou et Tefnout, en éjaculant dans sa main. À leur tour, ces jumeaux ont donné naissance à un couple divin, Geb et Nout. Dès sa
naissance, Seth perturbe le processus régulier de la création en venant au monde d'une manière hors norme. Selon le grec Plutarque, auteur au
iie siècle d'un traité sur la mythologie égyptienne, Seth, qu'il assimile à Typhon, est né le troisième des cinq jours épagomènes[n 2] :
« Le troisième jour vint au monde Typhon, non pas à terme ni par la voie commune, mais en s'élançant à travers le flanc
maternel, qu'il avait ouvert et déchiré en le frappant d'un grand coup. »
L'affirmation du grec Plutarque semble s'appuyer sur une très ancienne tradition égyptienne. Dès le xxive siècle, dans les Textes des pyramides, le mot
mesi « naissance, être né » est évité quant à l'apparition de Seth. Lorsque l'âme du roi Ounas (Ve dynastie) entame son ascension au ciel, elle est
comparée à Seth, le dieu fort en magie (Our-hekaou) que sa mère enceinte a violemment vomi[14] :
« Tu t'es pourvu de Our-hekaou, celui qui se trouve dans Ombos, Seigneur de la Haute-Égypte. On ne détachera pas à
cause de toi. On ne sentira pas mauvais à cause de toi. Vois donc, tu es un ba, tu es plus puissant que les dieux de
Haute-Égypte et que leurs esprits-akh, toi que la parturiente a vomi, tu as fendu la nuit. Tu t'es pourvu de Seth qui a été
stoppé ! Combien est prospère celui qu'Isis a loué ! »
Provocateur d'avortement
Taouret, la déesse
hippopotame gravide -
Royaume de Napata - Musée
des Beaux-Arts (Boston).
Dans le mythe, la venue au monde de Seth est violente et inopportune. Par superstition, cet épisode a fait craindre aux femmes égyptiennes que le
dieu puisse être une puissance malsaine cause d'avortement et de fausse couche. Une formule des Textes des sarcophages datée du Moyen Empire,
nous informe qu'Isis, durant sa grossesse, était dans la peur de Seth et qu'elle craignait pour la vie de son fœtus, le futur Horus fils d'Osiris. La déesse
se présente devant Atoum-Rê afin qu'il ordonne qu'aucun dieu ne fasse du tort à l'enfant à venir[16] :
« Je suis Isis, plus Bienheureuse et Vénérable que les dieux. Le dieu qui est à l'intérieur de ce ventre qui est mien, c'est la
semence d'Osiris ! » Rê-Atoum dit alors : « Que tu sois enceinte signifie que tu caches aux dieux, ô jeune fille, que tu mets
au monde, que tu es enceinte et que c'est la semence d'Osiris ! Que ne vienne pas cet antagoniste (= Seth) qui a tué son
père pour briser l'œuf pendant sa jeunesse ! Que le Grand de magie-hékaou (= Thot) monte la garde contre lui ! »
« Obéissez à cela, dieux ! » dit Isis puisque Rê-Atoum, le Maître du Château des Voraces, a parlé, et qu'il a ordonné pour
moi qu'on protège mon fils à l'intérieur de mon ventre ! »
— Textes des sarcophages, extrait du chap. 148. Traduction de Claude Carrier[17].
Selon Plutarque, la déesse Taouret est la concubine de Seth mais elle le quitte lorsque Horus entreprend de le capturer afin de pouvoir monter sur le
trône royal (Sur Isis et Osiris, § 19). L'égyptologue néerlandais Herman te Velde[18] explique cette affirmation en avançant que la déesse hippopotame,
toujours figurée comme étant gravide, est la protectrice des femmes enceintes. Elle est par conséquent une puissance divine située à l'opposé de
Seth. Dans le vocabulaire égyptien, le mot hai signifie à la fois « Homme » et « commettre l'avortement » tout en étant l'un des surnoms de Seth. Un
papyrus magique tardif à présent conservé au musée égyptologique de Turin fait d'ailleurs dire à ce dernier[19] :
« Je suis un Homme d'un million de coudées, dont le nom est « jour de malheur ». Pour ce qui est du jour de naissance ou
de conception, il n'y a aucune naissance et les arbres ne porteront aucun fruit. »
Meurtre d'Osiris
Complot familial
« Il s'adjoignit soixante-douze complices, et il fut en outre secondé par la présence auprès de lui d'une reine d'Éthiopie,
qui s'appelait Aso[n 3]. Ayant pris en secret la longueur exacte du corps d'Osiris, Typhon (= Seth), d'après cette mesure, fit
construire un coffre superbe et remarquablement décoré, et ordonna qu'on l'apportât au milieu d'un festin. À la vue de ce
coffre, tous les convives furent étonnés et ravis. Typhon alors promit en plaisantant qu'il en ferait présent à celui qui, en
s'y couchant, le remplirait exactement. Les uns après les autres tous les convives l'essayèrent, mais aucun d'eux ne le
trouvait à sa taille. Enfin Osiris y entra et tout de son long s'y étendit. Au même instant, tous les convives s’élancèrent
pour fermer le couvercle. (…) L'opération terminée, le coffre fut porté sur le fleuve, et on le fit descendre jusque dans la
mer (…). »
Dans cette version du mythe, les quadruplés Osiris et Isis, Seth et Nephtys forment deux couples. Après avoir découvert qu'Osiris et Nephtys ont
commis l'acte d'adultère (d'où Anubis serait né), Seth est au comble de la jalousie. Il décide alors de se venger en organisant un complot au cours
duquel Osiris sera assassiné en étant noyé dans le Nil. Cependant après de longues recherches, Isis, l'épouse d'Osiris, retrouve le corps de son mari à
Byblos et décide de le cacher dans la végétation des marais de Chemnis. Malheureusement, au cours d'une partie de chasse nocturne, Seth tombe
par hasard sur la dépouille. Fou de colère, il dépèce le corps en quatorze morceaux puis éparpille les membres à travers tout le territoire égyptien. Au
cours d'une seconde quête, Isis reconstitue le cadavre et lui insuffle la vie éternelle. Grâce à sa magie funéraire, elle parvient même à concevoir un
fils, Horus. Ce dernier, une fois adulte, fera tout pour devenir le successeur légitime du roi assassiné[22].
Noyade d'Osiris
Dès les Textes des pyramides, les plus anciens écrits religieux égyptiens, des allusions mentionnent le meurtre d'Osiris par Seth. Pour amoindrir la
violence du geste, des expressions comme « jeter au sol » ou « couché sur son flanc » paraphrasent le verbe « tuer » :
« Tu es venu chercher ton frère Osiris, quand son frère Seth l'avait jeté sur son flanc de ce côté-là de la terre de Gehesti »
Il semble toutefois que l'épisode de la mort d'Osiris ait connu des variantes discordantes. D'autres allusions rapportent en effet qu'Osiris fut noyé ou
que Seth laissa le corps de sa victime dériver sur les flots du Nil. Il est aussi permis de penser que la noyade et le meurtre sont deux facettes d'un
même funeste événement[23] :
« Je suis l'Incandescent frère de l'Incandescente, le frère d'Isis. Mon fils Horus m'a protégé, avec sa mère Isis, de ce vil
ennemi qui a fait ce que vous savez contre moi par Seth, quand il sortit du sein de sa mère, et qui a causé sa noyade,
étendu dans les eaux ; ses liens ont été mis à ses mains et ses chaînes à ses bras. Je suis Osiris le plus grand de la
corporation, l'Aîné des Cinq, l'héritier de son père Geb. (…) »
— Textes des sarcophages, formule pour se transformer en Osiris. Extrait du chap. 227. Traduction de Paul Barguet[24].
Mythe originel
Paysage égyptien.
Seth est un dieu complexe attesté dans l'iconographie dès la période protohistorique (≈ xxxive siècle). D'un point de vue mythologique, il est surtout
connu pour être le meurtrier de son frère Osiris et le rival de son neveu Horus pour l'obtention du trône royal. Il apparaît toutefois que la figure d'Osiris
n'est apparue que plus tardivement, durant le xxve siècle. L'intégration de Seth dans la famille osirienne est par conséquent le résultat d'une
reformulation théologique. Dans les Textes des pyramides, les plus anciens écrits religieux disponibles, certaines allusions mentionnent un conflit
entre Horus et Seth. Ces données peuvent être vues comme les traces ténues d'un mythe archaïque pré-osirien. Plusieurs expressions lient les deux
divinités en un binôme en les appelant les « Deux Dieux », les « Deux Seigneurs », les « Deux Hommes », les « Deux Rivaux » ou les « Deux
Combattants ». Le mythe n'est pas exposé en un récit suivi mais seulement évoqué par des bribes éparses[25] :
« Quand aucune colère n'avait encore surgi. Quand aucun cri n'avait encore surgi. Quand aucun conflit n'avait encore
surgi. Quand aucune confusion n'avait encore surgi. Quand l'œil d'Horus n'était pas encore devenu jaune. Quand les
testicules de Seth n'étaient pas encore impotents »
À partir de ces données, il apparaît que bien avant l'apparition du dieu Osiris au cours de la Ve dynastie, existait un mythe archaïque sans doute
élaboré durant la Période thinite (Ire et IIe dynasties) où, déjà, Horus et Seth se chamaillent, se livrent bataille et se blessent l'un l'autre ; le premier
perdant son œil, le second ses testicules :
« Horus est tombé à cause de son œil, Seth a souffert à cause de ses testicules »
Dès les plus anciennes attestations écrites, le dieu Seth est lié à la ville de Nebout[28] (Ombos en grec, Nagada en arabe). À la fin de la période
protohistorique, les cités de Nebout et Nekhen, respectivement patronnées par les dieux Seth et Horus, jouent un rôle socio-économique essentiel.
D'après certains égyptologues comme l'Allemand Kurt Sethe (1869-1934) ou le Gallois John Gwyn Griffiths (1911–2004), le conflit entre Horus et Seth
est d'origine politique et reflète les tensions tribales qui existaient alors entre les deux villes. La lutte des « Deux Combattants » symbolise les guerres
menées par les fidèles d'Horus contre ceux de Seth. Sous le roi Narmer, probablement le légendaire Ménès, ce conflit s'est soldé par la victoire
horienne de Nekhen sur Nebout. D'autres universitaires comme les Néerlandais Henri Frankfort (1897-1954) et Adriaan de Buck (1892-1959) sont
revenus sur cette théorie en considérant que les Égyptiens, à l'instar d'autres peuplades antiques ou primitives, appréhendaient l'univers selon des
termes dualistes fondées sur des paires contraires mais complémentaires : homme / femme ; rouge / blanc ; ciel / terre ; ordre / désordre ; Haute- /
Basse-Égypte, etc. Dans ce cadre, Horus et Seth sont les parfaits antagonistes, les symboles de tous les conflits, de toutes les disputes où finalement
l'ordre soumet le désordre sans jamais pouvoir l’annihiler complètement. En 1967, Herman te Velde estime que le mythe archaïque d'Horus et Seth ne
peut pas entièrement se comprendre à partir des événements survenus à l'aube de la civilisation pharaonique. Ses origines se perdent dans les
brumes des traditions religieuses de la préhistoire. Un mythe n'est pas inventé mais modifié, de nouvelles variantes se greffant sur les motifs plus
traditionnels et anciens[29].
Lumière horienne contre sexualité séthienne
Depuis les plus anciens textes religieux égyptiens jusqu'aux plus récents, l'œil d'Horus et les testicules de Seth, lumière et sexualité, sont deux
symboles contraires appairés. Lorsque l'un domine, l'autre ne peut se manifester et inversement. L'Oudjat (ou Œil d'Horus) est une métaphore
complexe, très couramment utilisée par les lettrés égyptiens pour désigner l'astre lunaire et ses différentes phases. L'Œil désigne aussi les offrandes
livrées aux dieux lors du culte journalier ainsi que toutes les bonnes choses qui surviennent lorsque règne la Maât (harmonie). Les testicules de Seth
représentent la sexualité débridée, les envies sauvages, la confusion des attirances qui doivent être formatées et encadrées avant de pouvoir être
fructueuses. Or Seth est un dieu sans limites, irrégulier et confus qui veut avoir des relations tantôt hétérosexuelles, tantôt homosexuelles. Les
testicules de Seth symbolisent tant les aspects déchaînés du cosmos (tempête, bourrasques, tonnerre) que ceux de la vie sociale (cruauté, colère,
crise, violence). D'un point de vue rituel, les testicules sont la contrepartie de l'Oudjat. Pour que l'harmonie puisse advenir, Seth et Horus doivent être
en paix, départagés. Une fois vaincu, Seth forme avec Horus un couple pacifié gage de la bonne marche du monde. Unies, les deux divinités
symbolisent la fonction royale. Dès la Ire dynastie, le pharaon régnant est un « Horus-Seth » et la reine, à partir du règne de Khéops est « Celle qui voit
Horus-Seth »[30]. L'unification de la Basse et Haute-Égypte sous le terme des « Deux Terres » est plus qu'un processus historique ponctuel. Il s'agit
avant tout de concilier, d'une manière cyclique et renouvelée, les deux pôles opposés de la création en un homme mortel : le pharaon. Pour assurer la
prospérité de son peuple, le souverain intronisé doit à la fois combattre et utiliser la puissance séthienne. Cette violence doit cependant être
maîtrisée pour qu'elle puisse être bénéfique à l'ensemble des sujets. Pour ce faire, tel Horus, le roi chasse la confusion hors du royaume en écrasant
les rebelles, en appliquant les lois coutumières et en apaisant les tensions sociales. Cependant, tel Seth, le pharaon créé le tumulte au sein des
peuples étrangers, les rend inopérants et organise l'accaparement de leurs richesses en recourant à des moyens guerriers (expéditions militaires,
raids punitifs, chasses et pillages)[31].
Appuyé par sa mère Isis, Horus fait convoquer le tribunal des dieux afin de régler le contentieux dynastique en suspens depuis 80 années. Le vieux
Rê, plutôt favorable à Seth préside les débats, tandis que Thot tient le rôle du greffier. Faute de trouver un accord satisfaisant, les dieux confient à
Thot le soin de rédiger une missive à Neith afin de s'enquérir de ses bons conseils. Celle-ci, en réponse propose d'octroyer la couronne à Horus, tandis
que Seth devra recevoir les déesses Anat et Astarté comme épouses.
Estimant Horus trop jeune, Rê s'oppose à cette médiation. En retour il se voit gravement insulté par Onouris. Après quelques débats infructueux, Rê
décide de déplacer le tribunal dans l'île du milieu (Héliopolis) et accepte la demande de Seth d'écarter Isis des délibérations. Avec ruse Isis se
métamorphose en une belle servante, se présente devant Seth et le séduit. Elle lui explique qu'étant devenue veuve, un étranger a profité de sa
faiblesse et s'est approprié le bétail appartenant à son fils. Seth est scandalisé par l'injustice sans réaliser qu'il se juge ainsi lui-même, au regard de la
légitimité d'Horus. Constatant que Seth s'est déjugé, Rê donne la couronne à Horus. Dans une colère noire, Seth propose de gagner la couronne lors
d'un combat sportif : une épreuve d'apnée sous la forme d'hippopotames. Isis lance un javelot qui frappe involontairement Horus. Elle lance l'arme à
nouveau vers Seth mais, émue par ses lamentations, rappelle son harpon. Furieux, Horus décapite sa mère et prend la fuite. Seth retrouve son neveu
puis arrache et enterre ses deux yeux et retourne se présenter devant le tribunal. Aveugle, Horus recouvre la vue grâce à la médecine d'Hathor. Rê
conseille alors à Seth et Horus de se réconcilier lors d'un banquet. Seth invite Horus et, le soir tombé, tente une relation homosexuelle afin de
l'humilier et de discréditer ses prétentions au pouvoir[32] :
« Après le temps du soir, on dressa un lit pour eux, et les deux compagnons s'étendirent. Durant la nuit, Seth durcit son
membre viril et le plaça en écartant les cuisses d'Horus ; alors celui-ci mit sa main entre ses cuisses et recueillit ainsi sa
semence »
Horus déjoue toutefois cet assaut et parvient à berner et humilier son oncle sur les conseils d'Isis qui, entre-temps, a recouvré sa tête grâce à Thot.
Après une ultime joute nautique, la dispute est définitivement réglée par Osiris qui, depuis l'au-delà, menace de mettre fin à la fertilité de l'Égypte.
Dans la crainte de cette éventualité, les autres dieux couronnent Horus. Seth, définitivement écarté du pouvoir, est appelé par Rê à monter sur la
barque solaire et à le défendre contre Apophis. Il devient « celui qui hurle dans le ciel » et ouvre le chemin au soleil. Il remplit alors sa fonction de dieu
des tempêtes en déchaînant ses cris sous forme de tonnerre pour écarter le danger[34].
Homosexualité divine
L'assaut homosexuel de Seth sur son neveu Horus dans les Aventures d'Horus et Seth a d'abord passé pour un trait salace isolé qui témoignerait de la
culture populaire, ipso facto vulgaire, de l'Égypte tardive (la période ramesside étant l'apogée, et les derniers feux de la période pharaonique). L'éditeur
princeps, Alan Gardiner, critiquait ainsi la valeur à la fois littéraire et morale de l'œuvre, qu'il imaginait récitée par un conteur, à la veillée, devant des
auditoires de paysans[35]. De même, on a pu estimer que les Aventures, en raison de cet épisode de promiscuité et d'autres passages scandaleux
comme la décapitation d'Isis, appartiennent à une branche spéciale de la littérature égyptienne[36]. Mais deux autres passages homosexuels
démentent cette conclusion et laissent à penser que l'homosexualité de Seth, tour à tour sexuellement agressif et passif (hemty), doit être un trait de
sa personnalité divine comme figure de la confusion et du chaos[37]. Le premier est connu depuis 1898 et figure dans les fragments du Papyrus de
Kahun daté du Moyen Empire. Là, Seth interpelle son neveu en vantant la belle croupe de ce dernier : « La Majesté de Seth dit à la Majesté d'Horus :
combien belles sont vos fesses ». Désemparé, Horus raconte à Isis que Seth veut le prendre sexuellement et celle-ci explique à son fils comment le
duper durant le rapport :
« La Majesté d'Horus a dit à sa mère Isis… Seth désire avoir des relations avec moi. Et elle lui dit, prends garde, ne
t'approche pas de lui à cause de cela ; quand il t'en parlera de nouveau, dis lui : tout bien considéré, c'est trop difficile
pour moi à cause de ma nature, puisque tu es trop lourd pour moi ; ma force ne sera pas égale à la tienne, dis lui. Alors,
quand il aura constaté ta force, place tes doigts entre tes fesses. Et voilà, ça donnera… et voilà, il jouira excessivement »
Le second passage, plus ancien encore, est connu depuis 1977 et seulement publié pour la première fois en 2001. Il s'agit d'un fragment des Textes
des pyramides, daté de la Ve dynastie et trouvé dans l'antichambre de la pyramide de Pépi Ier. Seth et Horus sont décrits comme se sodomisant
mutuellement, chacun tenant un rôle actif[n 4] :
« Si Horus a amené sa semence dans le postérieur de Seth, c'est que Seth avait amené sa semence dans le postérieur de
Horus ! »
Elle se rend ensuite dans le jardin potager de Seth. Après une discussion avec son jardinier, la déesse apprend que Seth ne mange que des laitues.
Alors « Isis mit le sperme d'Horus sur celles-ci. Et Seth vint selon son habitude quotidienne, et mangea les laitues qu'il mangeait habituellement ! Et
voici qu'il se retrouva gros du sperme d'Horus ». Ignorant tout de la ruse d'Isis et croyant avoir humilié Horus, Seth convoque Horus devant les dieux
afin de se faire couronner pharaon :
« Faites qu'on me donne la fonction de souverain, car Horus que voici, j'ai fait œuvre de mâle contre lui ». L'Ennéade
poussa un grand cri. Ils crachèrent à la face d'Horus. Horus rit d'eux. Horus fit un serment par le dieu en ces termes :
« Tout ce qu'a dit Seth est mensonge. Faites appeler le sperme de Seth, que nous voyions d'où il répondra, et qu'on appelle
le mien, que nous voyions d'où il répondra[41]. »
Thot s'empresse d'appeler la semence de Seth et elle lui répondit depuis le Nil. Il fait de même pour la semence d'Horus :
« Elle lui répondit : « Par où vais-je sortir ? ». Thot lui dit : « Sors par l'oreille ». mais elle répliqua : « Moi, liquide divin, je
ne vais tout de même pas sortir par son oreille ! ». Thot lui dit : « Sors par son front ». Elle jaillit sous la forme d'un
disque d'or sur la tête de Seth. Seth entra dans une rage folle et tendit la main pour se saisir du disque d'or. Thot le lui
enleva et le plaça comme couronne sur sa tête. »
D'après les Aventures, lorsqu’après la ruse d'Isis, Thot appelle la semence d'Horus, elle surgit hors du front de Seth sous la forme d'un disque d'or et
se place sur la tête de Seth. En colère, il veut s'en saisir mais Thot, plus rapide, la fixe sur sa propre tête telle une couronne. Depuis 1962, grâce à une
étude sur les mythes lunaires menée par le Belge Philippe Derchain (1926-2012), nous savons qu'il s'agit là d'une tradition relative à l'apparition de la
Lune[43]. Ce mythe a traversé toute l'histoire religieuse égyptienne. Déjà dans les Textes des pyramides, des allusions indiquent que le disque lunaire
est identifié à Thot et à l'Oudjat, l'Œil d'Horus. D'autres allusions rapportent que l'Oudjat a été retiré du front de Seth, qu'il est à la merci de sa colère,
qu'il peut s'en saisir ou le voler[44]. Le mythe est attesté jusqu'à la période gréco-romaine. À Edfou, une scène montre pharaon offrir de la laitue à Min
l’Ithyphallique tout en rappelant la conception singulière du singe Thot :
« Ô Horus, prends la belle plante sur laquelle tu as éjaculé ta semence, elle s'est dissimulée en elle ; Seth l'Efféminé l'a
avalé, il en a été fécondé, il a accouché d'un fils mâle qui est sorti de son front sous la forme d'un singe lorsque tu as été
légitimé par l'Assemblée divine »
Dans les Textes des sarcophages, Thot s'adresse à Osiris, tel son petit-fils, lui rappelant sa conception : « je suis le fils de ton fils, la semence de ta
semence, celui qui a séparé les Deux Frères ». Dans d'autres textes, le dieu lunaire est appelé le « fils des Deux Rivaux » ou le « fils des Deux Seigneurs
qui est sorti du front ». D'autres allusions montrent que le conflit entre Seth et Horus prend fin lorsque Thot s'interpose entre les deux divinités et qu'il
parvient à les réconcilier après leur longue querelle[46].
Symbolisme de la laitue
La laitue est dans la mentalité égyptienne un légume symboliquement lié à la fertilité masculine. Aussi, n'est-il pas anodin de voir la déesse Isis verser
la semence d'Horus sur un plant de laitue afin de féconder Seth et ainsi le féminiser en l'engrossant. Dans le XVIe nome de Basse-Égypte, la relique
conservée par la ville de Mendès est le phallus d'Osiris. En ce lieu, le mot menehep désigne conjointement ce phallus divin et la laitue sacrée plantée
dans un jardin attenant au temple. Ce terme est un composé issu de la racine nehep « jaillir, saillir, féconder » et du préfixe me « dans »[47]. Toujours à
Mendès, la laitue est mise en relation avec le culte de Banebdjedet, le dieu-bélier considéré comme le réceptacle de l'âme-Bâ d'Osiris. Or, le bélier est
un animal à fortes potentialités génésiques. Dans un papyrus ptolémaïque conservé par le Musée du Louvre, Seth de passage dans cette ville tente
de détruire la laitue sacrée, signe visible et annonciateur de la venue au monde prochaine d'Horus, son concurrent à la succession d'Osiris[48].
La laitue est aussi mise en rapport avec le dieu Min de Coptos. Ce dieu est toujours représenté ithyphallique et, très souvent, avec des plants de laitue
derrière lui. Dans les temples tardifs, à Edfou et Dendérah par exemple, des scènes montrent Pharaon offrir des laitues à Min, un don clairement
assimilé au phallus. Là, le discours royal évoque le mythe de la fécondation de Seth l'efféminé par la salade. En retour de son offrande, le souverain
égyptien attend de Min qu'il favorise la fertilité masculine[45]. Selon une hypothèse avancée en 1924 par l'égyptologue allemand Ludwig Keimer (1892-
1957) l'origine du symbolisme phallique de la laitue résulte du rapprochement entre le lactucarium de la plante et le liquide séminal. Un autre point de
vue est défendu en 1985 par Michel Defossez qui met en avant les potentialités de croissance de la salade qui peut « monter » et atteindre, en Égypte,
une taille dépassant le mètre, voire le mètre cinquante. Ce même auteur signale que dans l'Égypte contemporaine, la croyance populaire paysanne
veut que le fait de manger de la laitue pour un homme le rend susceptible d'engendrer un grand nombre d'enfants[49].
Violeur de déesses
La sexualité confuse de Seth ne se limite pas à ses débordements homosexuels avec Horus, son neveu. Si le grec Plutarque fait de Seth l'époux de
Nephtys, les sources égyptiennes, sans contredire ce point, sont cependant assez discrètes. D'après la documentation rencontrée, il serait plus juste
de parler d'un lieu commun qui fait de Seth un mâle violeur. Même la déesse Isis a eu maille à partir avec lui. D'après le Papyrus Jumilhac, reflet des
traditions du nome cynopolitain, lorsque « Seth vit Isis dans cet endroit, il se transforma en taureau pour courir après elle, mais celle-ci se rendit
méconnaissable, en prenant l'aspect d'une chienne, avec un couteau, à l'extrémité de sa queue ». Dans l'impossibilité de la saillir, le taureau souilla de
sa semence le sol du désert d'où poussèrent des pastèques au goût amer[50]. D'après une autre source, Seth a également violé son épouse Anat ; il
« la monta comme un taureau et saillit comme saillit un bélier. Mais la semence vola à son front et ses sourcils et il gisait dans son lit, dans sa
maison ». Malade, Seth se trouve rétabli grâce à la médecine d'Isis. Une légende attribuée au nome tanite par le Papyrus Brooklyn fait de Seth le
violeur de la déesse cobra Ouadjet, dame de la ville d'Imet (actuellement Tell Farâoun/Nebesheh), près de Bubastis ; « Il la viola en s'emparant d'elle,
et elle devint enceinte de sa semence qui est aussi devenue pour lui Thot qui sort du front ». Les viols d'Anat et Ouadjet se présentent comme des
variantes de l'étrange naissance du disque lunaire évoquée par les Aventures. Tous ces récits se basent sur deux jeux de mots majeurs.
Premièrement sur le mot égyptien metout qui signifie conjointement « semence » et « venin » et, deuxièmement, sur la paronymie des mots oupet
« front » et oupty « singe ». Concernant le viol de Ouadjet, lors de l'assaut, Seth est touché au front par le venin lancé par la victime. Il se produit ainsi
un échange de semences, le dieu fécondant la déesse et inversement. Blessé par le venin-semence, Seth donne naissance à Thot qui surgit hors de
son front. La déesse Ouadjet donne quant à elle la vie à un singe prématuré dans les eaux du Nil où il reste immergé. Ce petit être symbolise l'astre
lunaire dans sa période d'invisibilité mais prêt à réapparaître[51].
D'après le Grec Plutarque, la déesse Nephtys est l'épouse de Seth. Celle-ci est inféconde avec lui et une allusion des Textes des pyramides va même
jusqu'à affirmer qu'elle est privée de vagin[n 6]. Cependant, avec Osiris qui croyait s'unir avec Isis, elle conçoit clandestinement Anubis. Dans la peur de
Seth, Nephtys abandonne son fils et le confie aux bons soins d'Isis qui l'élève comme son propre enfant. Depuis lors, Anubis le dieu chacal est le
gardien et le protecteur de sa mère adoptive pourchassée par Seth (Sur Isis et Osiris, § 14)[52]. L'union de Seth et Nephtys est confirmée par des
sources égyptiennes. Dans la ville de Seper-Merou consacrée à Seth, la déesse est ainsi placée à ses côtés en disposant d'un sanctuaire propre à son
culte[53]. Pour Plutarque la stérilité de Nephtys avec Seth est une métaphore destinée à expliquer l'infertilité des sols agraires rendus secs et durs par
un excès de chaleur et un manque d'eau. Cet auteur explique le mythe osirien en faisant des deux frères Osiris et Seth des dieux cosmiques
antagonistes mais complémentaires. À Osiris, il attribue les notions bénéfiques de calme, de justice, de fertilité et d'humidité tandis qu'à Seth
échoient les notions négatives de colère, d'injustice meurtrière, d'infertilité et de chaleur dévastatrice. Osiris est l'eau du Nil qui féconde Isis, c'est-à-
dire l'étroite bande de terre située de part et d'autre du fleuve chargée des limons noirs et fertiles charriés par la crue annuelle. Quant à Nephtys, elle
est le symbole des parties extrêmes de la terre d'Égypte, les terres qui sont proches du désert et de la mer, à savoir les deux zones gouvernées par
Seth. Ces terres extrêmes sous l'influence de Seth sont habituellement desséchées et infécondes. Mais, lors d'inondations plus fortes, elles se
trouvent sous la puissance fécondante d'Osiris. Gorgées d'eau, ces terres stériles deviennent propre à la vie et aussitôt voient croître des plantes. Tel
est le cas du mélilot dont une couronne tressée laissée par Nephtys sur le lit d'Osiris a permis à Isis et Seth de constater l'union du couple illicite (Sur
Isis et Osiris, § 38)[54].
Frère et sœur, Seth et Isis entretiennent des relations basées sur la rivalité et le conflit. La déesse Isis est le personnage principal du mythe osirien,
bien plus que son époux Osiris qui est un personnage essentiellement passif du fait de sa mort tragique. Dotée d'un caractère vif et rusé ainsi que
d'une puissance magique incomparable, Isis devient au cours du premier millénaire avant notre ère, la figure la plus populaire du panthéon égyptien.
Son adoration s'exerce même au-delà des frontières égyptiennes lorsque les cultes isiaques se sont vus se répandre dans tout l'Empire romain. Dans
de nombreux épisodes mythologiques, la déesse joue le rôle touchant de la mère parfaite, prête à tous les stratagèmes afin de venir à bout des
prétentions royales de Seth. Fidèle à Osiris par delà la mort, elle éloigne l'assassin du trône en concevant le malingre Horus, né d'une union posthume
entre elle et la momie d'Osiris. Durant l'enfance d'Horus, la déesse-mère, dans la peur de Seth, est condamnée à l'errance et, cachée dans les marais
de Chemnis, elle élève son fils avec l'aide de quelques proches dont Thot, Anubis et Nephtys. Toujours sur ses gardes, Isis se doit de protéger la vie
de son fils qui est constamment en danger de mort. Débarrassé d'Horus, Seth est le seul prétendant au trône. Durant cette période d'exil, la colère de
Seth se manifeste au détriment d'Horus sous la forme de fièvres, de piqûres de scorpions et de morsures de serpents toutes heureusement guéries
par la magie médicale des dieux alliés. Isis doit aussi veiller à échapper aux assauts sexuels de Seth. Pour ce dernier, violer Isis l'épouse d'Osiris et la
reine d'Égypte revient de facto à contracter un mariage et ainsi à s'emparer définitivement de la fonction royale tant convoitée. Dans les Aventures
d'Horus et Seth, au milieu du récit, un épisode cocasse rapporte qu'Isis a retourné la libido débordante de Seth à son encontre. Tandis que les dieux
s'offrent une pause lors de leurs délibérations pour savoir à qui des deux rivaux doit revenir le trône, Isis se transforme en la plus désirable des jeunes
femmes du monde. Aussitôt Seth remarque la belle et veut la séduire. Voyant que Seth veut lui être agréable, Isis lui expose sa vie dans une parabole :
« Moi, j'étais l'épouse d'un pasteur…, je lui donnai un fils ; mon mari est mort et le garçon a pris la responsabilité du
troupeau de son père. Mais voilà qu'un étranger arrive et s'installe dans mon étable et s'adresse en ces termes à mon
jeune enfant : « Je te battrai, m'emparerai du troupeau de ton père et je te jetterai dehors ». C'est ce qu'il lui a dit. Et je
désire faire en sorte que tu sois son champion ». À quoi Seth répondit : « Est-ce à l'étranger qu'on donne le troupeau,
tandis que le fils du patriarche est laissé pour compte ? »
En entendant cette histoire, Seth tombe dans le piège. Il s'offusque et donne raison à la belle. Folle de joie, Isis raille Seth qui s'est déjugé lui-même de
ses prétentions. Vexé, ce dernier répète la fable à Rê mais en des termes altérés qui nuisent encore plus à sa cause. Halluciné par la bêtise de Seth,
Rê ne peut que donner raison à Horus et ordonne son couronnement[56].
Punition de Seth
Procès
Dans le mythe osirien, la mort n'est pas un état de fait mais une personne, à savoir Seth le meurtrier. Le moment le plus critique, l'acmé du mythe,
n'est cependant pas l'assassinat d'Osiris et son démembrement par Seth mais sa renaissance qui n'est pas garantie par avance. La première étape du
retour d'Osiris est la reconstitution de son corps. Son épouse Isis parcourt le pays et, au bout d'une longue quête, parvient à rassembler les quatorze
lambeaux que le meurtrier avait dispersé. La seconde étape est la lutte d'Horus pour faire reconnaître ses droits à la succession au trône. Sans cette
reconnaissance, Horus n'est rien. Il en va de même pour Osiris, tant que son fils n'est pas conforté dans ses droits, il reste une victime inerte privée de
tout statut. Ce n'est qu'après le couronnement d'Horus qu'Osiris trouve une place sociale dans le cosmos ; celle de souverain de l'au-delà entouré et
protégé par les dieux. L'épisode le plus important, tant pour Horus que pour Osiris, est celui de l'affrontement judiciaire qui voit le fils et le père
triompher de Seth le perturbateur de la Maât. Jugé et puni par ses pairs, Seth (et donc la mort) est éliminé et vaincu. Lors des cérémoniels funéraires,
chaque défunt égyptien, par la magie des rituels et des paroles invocatoires devient un nouvel Osiris et suit la même procédure judiciaire. Comme
chaque décès est une atteinte à la Maât, chaque enterrement devient une procédure visant à s'emparer de Seth. Le but recherché n'est pas de nier la
mort (chaque défunt se doit de rejoindre l'au-delà de la nécropole) mais de rétablir l'équilibre social que Seth a bouleversé en s'en prenant à l'un des
membres du corps social. Par la capture de Seth et le versement de son sang par le truchement d'un sacrifice taurin il s'agit de mettre fin à la
confusion que le trublion divin a semé au sein de la famille et, plus largement, dans l'ensemble de la communauté égyptienne[57].
« [Isis] allaite l'enfant dans la solitude d'un lieu inconnu, l'intronise, son bras devenu fort, dans la Grande Salle de Geb.
Alors l'Enéade est pleinement en joie ! « Bienvenu ! fils d'Osiris ! Horus au cœur ferme, justifié, fils d'Isis, héritier
d'Osiris ! » Le tribunal de justice est réuni pour lui ; l'Ennéade, le Seigneur Universel lui-même. Les Seigneurs de Justice se
sont ralliés à elle, voici qu'ils se détournent de l'injustice eux qui siègent dans la Grande Salle de Geb, pour donner la
fonction royale à son possesseur, la royauté à qui elle revient de droit. On trouve que la voix d'Horus est juste. (…) On a
livré au fils d'Isis son ennemi qui a succombé à sa force. On a fait du mal à l'adversaire. Celui qui attaque le fort, son
malheur l'atteint ! Le fils d'Isis a défendu son père. Son nom devient sacré et bienfaisant. Le respect s'est reposé en sa
place, la révérence est rétablie selon ses propres lois. (…) Le pays est pacifié sous l'autorité de son seigneur. La justice est
établie pour son Seigneur, on tourne le dos à l'injustice. Ton cœur est heureux, Onnofris ! Le fils d'Isis a reçu la couronne
blanche, la fonction de son père lui a été transmise au sein de la Grande Salle de Geb (…) »
Victoire d'Horus
La victoire du jeune Horus sur son oncle Seth est l'un des points essentiels du mythe osirien. Le conte ramesside des Aventures d'Horus et Seth, aussi
dénommé Procès d'Horus et Seth, rédigé aux alentours du -xiie siècle, rapporte un long conflit judiciaire entre deux logiques successorales. En fin de
compte, au bout de 80 ans, Rê le juge suprême donne la préférence à la succession directe (du père au fils) sur la succession collatérale (du frère au
frère)[59]. Cette notion judiciaire est évoquée dès les Textes des pyramides, dans la chambre funéraire de Pépi Ier (xxiiie siècle). Un passage évoque le
procès de Seth devant le tribunal des dieux à Héliopolis dans le Hout-Ser ou « Château du Prince ». Le prêtre ritualiste rappelle à Seth sa défense
maladroite devant ses juges ; ses paroles n'ayant pas convaincu le dieu Geb et l'Ennéade. Le verdict de Geb, père d'Osiris et Seth, en faveur de son
petit-fils Horus est le reflet d'une volonté politique. Il s'agit de privilégier le fils et de rendre le frère illégitime en cas de conflit dynastique au sein de la
famille royale[n 7] :
Geb assurant la protection d'Horus.
Tombe du roi Sethnakht,
XXe dynastie.
La défense de Seth ne consiste pas à nier son geste meurtrier mais de fournir une explication censée le disculper. Afin de pouvoir prétendre à
l'héritage d'Osiris, Seth rejette la faute sur son frère Osiris qui, selon lui, l'aurait attaqué en premier. Seth aurait alors été contraint de riposter en état
de légitime défense. Selon ce dernier, Osiris a été victime de sa propre brutalité. Cet argument ne dupe pas son auditoire et les juges condamnent
Seth. Le discours de Seth permet même la création de deux glorieux surnoms attribués à Osiris. Le terme ik « attaquer » qui peut aussi se traduire par
« secouer » est à l'origine de Ikouta « Celui-qui-secoue-la-terre », tandis que le terme sah « assaillir, atteindre » est à l'origine du nom Sah désignation
égyptienne de la constellation d'Orion, la forme astrale d'Osiris dans le ciel nocturne[61].
Bête de sacrifice
Porteur d'Osiris
Dès l'époque des Textes des pyramides (VIe dynastie), la littérature funéraire déclare que Seth est condamné à porter Osiris sur son dos. À partir de la
dynastie saïte (XXVIe dynastie) ce propos vient à être illustré sur les sarcophages, dans les temples et les tombeaux par le taureau Apis portant une
momie vers son tombeau. D'après le Papyrus de Brooklin, une monographie religieuse rédigée sous Psammétique Ier et traitant des mythes du Delta,
le transport des lambeaux du corps d'Osiris est confié à deux animaux ; les viscères sur le dos du taureau Mnévis, le tibia et l'omoplate sur celui d'un
âne guidé par Isis[64]. Selon un épisode mythique rapporté par le Papyrus Jumilhac (époque gréco-romaine), Seth est capturé au lasso par Anubis,
castré par ce dernier et condamné à porter la momie d'Osiris sur son dos. Depuis sa castration, Seth porte le nom de Bata, le bœuf sacré de la ville de
Saka[65].
Le transport d'Osiris sur le dos de Seth a été diversement interprété par les égyptologues. Pour Hermann te Velde, une allusion des Textes des
pyramides montre que le taureau ou la tête de taureau ont un rapport avec la barque funéraire chargée de convoyer les défunts vers la nécropole. Il
est plausible de penser que la barque d'Osiris ait pu être décorée avec la tête d'un taureau sacrifié. Placé à la proue, le protome représente Seth
portant le défunt en tant que bateau funéraire[66]. Pour Frédéric Servajean, le Papyrus Jumilhac est à mettre en rapport avec le Conte des deux frères,
un texte mythologique ramesside qui narre les aventures d'Anubis et Bata. Dans ce texte, durant la période des semailles, Anubis propriétaire d'une
grande ferme ordonne à Bata, son valet, de porter sur ses épaules une lourde charge de grains, du grenier depuis les champs. Après une étude
structurelle des deux textes, il apparait que le transport de la momie ou des grains par Bata (Seth castré) aurait pour origine un ancien mythe agraire
où Anubis est un dieu civilisateur qui fait passer les animaux du monde sauvage au monde domestique[67].
D'après une tradition égyptienne rapporté par le papyrus Leide I348, Seth tue Osiris alors qu'il s'est transformé en taureau. Il frappe son frère avec sa
patte antérieure, une partie du corps dénommée khepesh en langue égyptienne : « la patte avant, la massue de Seth avec laquelle en tant que taureau
il tua Osiris ». Selon le Papyrus Jumilhac (époque gréco-romaine), Horus s'est vengé de Seth en anéantissant tous ses complices, en détruisant ses
possessions et en mutilant l'agresseur. Il lui coupe la patte et la jette dans le ciel, formant ainsi une nouvelle constellation :
« Après avoir fait cesser le combat et avoir taillé en pièces les rebelles, il anéantit Seth, extermina ses alliés, détruisit ses
villes et ses nomes, effaça son nom dans ce pays ; après avoir mis en pièces ses statues dans tous les nomes et avoir
coupé son khepesh, il l'emporta au milieu du ciel, des génies étant là pour le garder ; c'est la Meskhtyou (= Grande Ourse)
du ciel septentrional, et la Grande Truie (= Taouret) le tient, de telle sorte qu'il ne puisse plus naviguer parmi les dieux. »
Dans les sept étoiles qui constituent la constellation de la Grande Ourse (ou Grand chariot), les Anciens Égyptiens voyaient soit une herminette-
meskhtyou soit la cuisse avant d'un taureau. D'après le chapitre 17 du Livre des Morts, les enfants d'Horus sont quatre des sept divinités chargée de
protéger Osiris d'une ruade de Seth. Dans les scènes astronomiques peintes sur les sarcophages à partir de la Première Période intermédiaire et sur
les plafonds des tombes du Nouvel Empire, les sept étoiles sont figurées soit comme une patte, soit comme un taureau en entier[69]. La dangerosité
de ce dernier est maîtrisée par la déesse Taouret figurée avec un corps d'hippopotame muni de pattes de lion et d'un dos de crocodile (peut-être la
constellation du dragon)[70].
Astronomie égyptienne
La déesse Nout et la constellation Mésekhy (Grande Ourse). Cercueil
du Moyen Empire, Roemer und Pelizaeus Museum de Hildesheim.
Lieux de culte
Tout au long de l'histoire de l'Égypte antique, le dieu Seth a bénéficié de lieux de culte, grands ou petits, disséminés le long de la vallée du Nil mais de
préférence en lisière du désert au débouché de routes caravanières. Les hauts lieux de la croyance ont été le temple de la ville de Noubt (Ombos), le
temple de Seper-Merou et le temple d'Avaris (Pi-Ramsès). Ces trois sanctuaires sont à présent arasés.
Zones désertiques
Dès les débuts de la civilisation égyptienne, Seth a été considéré comme le dieu qui régente les pays étrangers, les espaces désertiques en manque
d'eau, les oasis du désert et tous les territoires extérieurs à l'Égypte. Le dieu Anty, tel Horus, peut être représenté avec une tête de faucon. Sur une
stèle du Moyen Empire trouvée dans le désert du Sinaï, en tant que « Seigneur de l'Est », il est cependant représenté avec une tête de Seth. Dès la
IIe dynastie, le dieu Ach « Seigneur de la Libye » peut être figuré avec une tête séthienne. Durant la période tardive, ce même dieu voit son nom
déterminé par le hiéroglyphe de l'animal séthien[71]. À partir du Nouvel Empire, les sources écrites démontrent que Seth assure la protection des oasis
et des routes qui y mènent depuis la vallée du Nil. L'archéologie a montré que jusqu'à la fin du paganisme, les oasis du désert Libyque ont voué un
culte à Seth. L'égyptologue Hermann Kees a en outre remarqué que le culte de Seth, en Égypte même, était principalement pratiqué en des villes
situées aux portes du désert et d'où partaient des routes caravanières (Ombos, Seper-Merou, etc.). L'implantation de Seth en ces lieux n'est pas un fait
anodin. La construction d'un temple mais aussi son entretien et ses dotations résultent de choix décidés par les pharaons eux-mêmes. Dans le cadre
d'une politique religieuse planifiée, les souverains ont ainsi verrouillé les frontières du pays par le moyen des rites afin d'apaiser Seth, le perturbateur
mythique de la paix, pour qu'il n'envoie pas des hordes bédouines sur le pays du Nil[72].
Oasis de Kharga
À l'ouest de la vallée du Nil, le désert Libyque est une vaste étendue aride qui abrite quelques îlots de verdure due à la présence de points d'eau. Les
oasis les plus importantes sont, du sud au nord, Kharga, Dakhla, Farafra, Bahariya et Siwa. L'oasis de Kharga est un site ponctué de nombreux sites
archéologiques. Parmi eux figure la ville de Hibis (nom grec), en égyptien Hebet « la ville de l'araire ». Cette cité est un carrefour de routes
caravanières ; étape obligée entre la vallée du Nil et l'oasis de Dakhla. Plusieurs pistes y convergent depuis les villes nilotiques de Lycopolis, Diospolis
Parva, Thèbes, Latopolis et Hermonthis. Assez bien conservé, le temple d'Hibis est principalement consacré à la triade thébaine (Amenebis « Amon
d'Hibis », Mout, Khonsou) et à la triade abydéenne (Osiris, Isis, Horus). Le sanctuaire est de taille moyenne, 42 mètres de long pour 20 mètres de
large. Le bâtiment a été construit en plusieurs étapes, la partie centrale remonte à Psammétique II, des éléments de décoration de Darius II et les
portails de l'allée processionnelle de Ptolémée II. Le temple est édifié perpendiculairement au lac de l'oasis auquel il est relié par une allée bordée de
sphinx. Sur cette étendue d'eau, longue de 750 mètres pour 225 mètres de large, naviguait la barque sacrée conduite en procession lors des festivités
cérémonielles ; durant les Mystères d'Osiris par exemple[73]. Dans le temple, un curieux bas-relief met en scène « Seth, grand de force, qui réside à
Hibis » en un personnage anthropomorphe à tête de faucon couronné du pschent. Son corps se double par la silhouette d'un faucon aux ailes
déployées. Entre ses jambes, il est accompagné d'un lion dont la tête est malheureusement perdue. Dans ses mains, Seth tient une lance et, très
vigoureusement, il transperce le serpent Apophis[74].
Oasis de Dakhla
L'oasis de Dakhla est un îlot de verdure, de 80 km de long sur 25 km de large, perdu dans les sables sahariens à quelque 800 km à l'ouest du Caire. Le
culte de Seth était implanté à Mout, la cité principale, sur le site de l'actuelle Mout el-Kharab. Les sources gréco-romaines mentionnent le lieu sous les
toponymes de Môthis et Môthiton polis, la « Ville-des-Môthites ». Les ruines du temple de Seth ont disparu sous la ville moderne mais des fouilles
archéologiques ont démontré qu'il se dressait dans un enclos rectangulaire de 240 m de long pour 180 m de large. Des blocs épars mentionnent le
dieu Seth ainsi que les noms de plusieurs souverains qui lui ont rendu hommage : Thoutmôsis III, Horemheb, un Ramsès et Psammétique Ier. Après la
Troisième Période intermédiaire, les représentations de Seth ne font plus voir l'animal séthien mais une divinité à tête de faucon surmonté du disque
solaire, près proche des représentations d'Horus. Durant la période ptolémaïque, le culte de Seth subit la concurrence d'un dieu nouveau Amon-Nakht
« Amon est puissant » issu de la fusion théologique des dieux Amon-Rê-Horus et doté d'un temple d'importance à Ain Birbiyeh. Seth n'est pourtant
pas entièrement supplanté. Même en ce sanctuaire, un relief du iie siècle un des derniers gravés, fait voir la figure du dieu, preuve de la suprématie
persistante de Seth à Dakhla[75].
Nome coptite
Noubt (Ombos)
(Coordonnées géographiques : 25° 54′ 00″ N, 32° 43′ 36″ E)
Temple de Seth
Le temple, aujourd'hui arasé, fut reconstruit et remanié plusieurs fois au cours de l'histoire. Des fouilles menées à la fin du xixe siècle par les Anglais
William Petrie (1853-1943) et James E. Quibell (1867-1935) ont montré que le dernier état remonte pour l'essentiel au Nouvel Empire. Il est probable
que le culte se soit maintenu jusqu'à la Basse époque. Le temple suivait un axe est-ouest. Le sanctuaire construit en blocs de calcaire était enfermé
dans une enceinte de briques crues longue d'une soixantaine de mètres et ouverte à l'est et à l'ouest par deux pylônes également en briques crues. La
plupart des blocs retrouvés datent de la XVIIIe dynastie et notamment de Thoutmôsis Ier. Le Musée du Caire conserve un linteau de porte au nom de
ce pharaon où l'on peut voir « Seth de Noubt » faisant face à la titulature royale du souverain et lui tendre les signes de la vie et de la puissance.
Certaines indications laissent à penser que le monument fut restauré sous Ramsès II. D'après le Papyrus Harris, un long texte qui résume les bienfaits
de Ramsès III envers les dieux, le roi a procédé à des reconstructions et a doté le lieu en personnels et en fournitures diverses :
« J'ai restauré le domaine de Soutekh, seigneur d'Ombos, et j'ai rebâti les murs de son temple qui étaient tombés en ruine.
j'y ai fondé une maison, vouée à son nom divin, bâtie de manière parfaite (…). Je l'ai pourvue d'esclaves, de prisonniers de
guerre et de gens que j'ai formé ; j'ai constitué en sa faveur un troupeau dans la partie nord du pays, afin d'en consacrer
les bêtes à son alimentation par ration quotidienne ; j'ai nouvellement institué en sa faveur des offrandes divines, en sus
de celle qui y étaient auparavant consacrées en sa présence ; je lui ai donné des champs, des terres qayt, des terres
nékhébou et des îles dans les parties sud et nord du pays, produisant orge et blé amidonnier ; enfin, son trésor est empli
des biens que mes deux bras sont allés quérir, afin de réitérer les fêtes en face de toi, chaque jour. »
Sceptre Ouas
monumental du temple
de Noubt. XVIIIe dynastie,
Victoria and Albert
Museum.
Dans la salle nord-ouest du temple de Seth à Noubt, les fouilleurs ont découvert en 1895 une grande quantité de fragments en émail bleu qui se sont
trouvées être les parties d'un gigantesque sceptre Ouas dédicacé par le pharaon Amenhotep II. Restauré, cet artefact mesure quelque 2,10 mètres de
haut pour 60 kg. Il est depuis conservé dans une vitrine du Victoria and Albert Museum de Londres[78]. La nature de cet objet n’est pas certaine. Il
pourrait s'agir soit d'un ex-voto déposé par le souverain soit de la « statue » à travers laquelle les prêtres rendaient un culte journalier au dieu[79].
D'une manière générale, le sceptre Ouas est représenté comme une longue canne raide dont la partie inférieure est fourchue à l'imitation des bâtons
utilisés pour immobiliser les serpents. L'extrémité supérieure représente une tête de canidé stylisée aux longues oreilles rabattues vers l'arrière. Le
sceptre Djam lui ressemble, mis à part le manche qui est ondulé. Selon Alan Henderson Gardiner (1879-1963), la tête de ces deux sceptres est une
figuration de l'animal séthien. Cette identification n'est cependant pas assurée et d'autres propositions ont été avancées (lévrier, oiseau huppé).
Gerald Avery Wainwright (1879-1964) a quant à lui fait remarquer que les deux sceptres Ouas et Djam ont entretenu une relation spéciale et
privilégiée avec le dieu Seth. Il y a d'une part la découverte du sceptre monumental à Noubt et, d'autre part, le fait que l'emblème du XIXe nome de
Haute-Égypte, un territoire voué à Seth, consiste en deux sceptres Ouas, figuration du Ouabou, l'objet sacré local. À l'origine, les sceptres Ouas et Djam
ont d'abord été considérés comme de possibles piliers du ciel[n 9]. Dans la prière figurant sur la Stèle du Mariage de Ramsès II, c'est Seth lui-même qui
est décrit comme soutenant le ciel. Ailleurs, dans le Papyrus Bremmer-Rhind, le dieu est accusé d'avoir laissé tombé le ciel sur terre. Le sceptre Ouas
dont le nom signifie « pouvoir, domination » est souvent figuré tenu dans la main des dieux. Dans le conte mythologique des Aventures d'Horus et
Seth, le dieu Seth se fâche contre l'ensemble des dieux et menace de les tuer tous, un par un, en les assommant avec son sceptre Djam lourd de
4 500 nemes (unité de poids égyptienne). Ces sceptres peuvent donc aussi être perçu comme des symboles du désordre d'autant plus que le verbe
ouasy signifie « détruire, mettre en ruine »[80].
Nome oxyrhynchite
Seper-Merou
Ouabou
Sepet Merou
Le nome oxyrhynchite (XIXe nome de Haute-Égypte), de son nom égyptien Ouabou « les Deux Sceptres » est un territoire entièrement dévolu au dieu
Seth. Sa capitale est la ville de Ouab qui se trouve située le long du Bahr Youssouf, un antique canal qui relie le Nil à la région du Fayoum. De ce fait, la
cité est aussi dénommée Seper-Merou « qui atteint les canaux » ou Sepet Merou « le bord des canaux ». La ville et ses temples n'ont laissé que peu de
vestiges. Durant l'époque ramesside, Seper-Merou est la capitale régionale d'un XIXe nome administrativement autonome. D'après le Papyrus Wilbour
daté du règne de Ramsès V, Seth et sa parèdre Nephtys y bénéficient de sanctuaires et de fondations terriennes vouées au financement de ces
cultes. La plus grande de ces institutions est le temple nommé « Maison de Seth, Seigneur de Seper-Merou ». Le petit temple dédié à Nephtys est
quant à lui dénommé la « Maison de Nephtys de Ramsès-Mériamon ». On ignore l'époque de la fondation du temple de Seth, mais il est toutefois
évident que le temple de Nephtys est une création spécifique (ou pour le moins une rénovation) de Ramsès II de la XIXe dynastie. Le culte de Seth a
probablement décliné après la XXe dynastie, en raison de la diabolisation de plus en plus grande de cette divinité. Après cette époque, l'administration
du nome a été déplacée, plus au sud, à Oxyrhynque. Toutefois, il se peut que le culte de Seth ait survécu sous une forme ou une autre à Seper-Merou,
longtemps après le déclin politique de la ville. En effet, d'après une inscription tardive gravée dans le temple ptolémaïque d'Edfou, (dédié à Horus le
neveu et le rival de Seth), il est toujours fait mention de « Seth de Seper-Merou » mais sous la forme d'une imprécation insultante[81].
Oxyrhynque
Poisson Oxyrhynque.
Le site le mieux renseigné de ce nome est la ville de Per-Medjed connue sous les toponymes grecs de Πέμπτη (Pémptê) et Ὀξύρυγχος (Oxyrhynchos).
Ce dernier nom signifie « nez effilé » et fait référence au poisson Oxyrhynque vénéré par les habitants de cette cité. Ce poisson a la particularité d'être
dotée d'un barbillon en forme de trompe ce qui fait vaguement ressembler sa tête à celle de l'animal séthien. Le lien entre le poisson et Seth ne sont
pourtant pas établis avec certitude[82]. Durant la période gréco-romaine, le poisson a été représenté par une multitude de petites statuettes en bronze
coiffées du disque solaire entouré de cornes bovines. Ce symbole lie le poisson à la déesse Hathor mais une inscription sur une figurine conservée
au Musée d'archéologie méditerranéenne de Marseille indique clairement que l'animal était consacré à la déesse hippopotame Taouret (Thouéris)[83].
À cette époque, la divinité principale de la ville est alors Thouéris assimilée à la grecque Athéna. Toutefois, cette déesse ne fait que remplacer
l'hippopotame de Seth primitivement adoré en cette ville et dont elle est la parèdre. Le culte de Seth n'est pas absent et jusqu'au début du iiie siècle de
notre ère, le temple de la déesse conservait aussi une statuette de Typhon, à savoir Seth[84].
Au iie siècle, alors que l'Égypte est sous occupation romaine, le grec Plutarque rapporte que les habitants de ce nome, sectateur du dieu Seth, étaient
constamment en conflit avec leurs voisins du nome cynopolite (XVIIe nome de Haute-Égypte), sectateurs du dieu chacal Anubis :
« De nos jours, les Oxyrhynchites parce que les Cynopolitains avaient mangé de l'oxyrhynque, prirent des chiens, les
immolèrent et les mangèrent comme victimes. De là naquit une guerre dans laquelle ces deux peuples eurent l'un de
l'autre terriblement à souffrir. Dans la suite, ce différend fut réglé par les Romains, qui les châtièrent. »
Avaris / Pi-Ramsès
(Coordonnées géographiques : 30° 48′ 00″ N, 31° 50′ 00″ E)
Occupation hyksôs
Sous le Nouvel Empire, lorsque le pays fut à nouveau libre, l'occupation des rois Hyksôs fut noircie à l'extrême et ces derniers furent accusés
d'impiété. Dans la région d'Avaris, les occupants imposèrent certes leur civilisation avec des sépultures dans les habitations, le sacrifice d'ânes et le
culte de divinités cananéennes tels Adad et Baal. Toutefois, ces derniers s'approprièrent aussi des éléments de la culture pharaonique comme la
titulature royale, l'architecture et certaines pratiques cultuelles. La présence d'un temple de Seth à Avaris remonte peut-être à la XIIIe dynastie. Une
des premières attestations certaines est sa mention sur l'obélisque du roi Néhési probable fondateur de la XIVe dynastie. Durant l'occupation hyksôs,
le culte de Seth ne cessa pas mais fut encouragé avec son assimilation à Baal, divinité de l'orage et de la fertilité. La vénération des Hyksôs envers
Seth se reflète dans le Conte d'Apophis et Seqenenrê (papyrus Sallier I, British Museum), une histoire consignée durant le règne de Mérenptah. Le roi
hyksôs Apophis y est décrit comme un adorateur exclusif de Seth, une manière de montrer ses origines étrangères et la bizarrerie de ses croyances :
« Alors le roi Apophis fit de Seth un seigneur et il n'a servi aucun des autres dieux du pays, sauf Seth. Et il lui a construit
un temple comme une maison parfaite d'éternité, à côté du palais du roi Apophis. Il apparaissait au point du jour pour
faire les sacrifices quotidien de … à Seth et les grands du palais venaient voir sa présence avec des petits bouquets,
comme il est fait dans le temple de Rê-Harakhty »
Période ramesside
« Chacun a abandonné sa ville et s'est installé dans son territoire. Son Occident est le temple d'Amon, son Midi est le
temple de Seth. Astardé se manifeste en son levant et Ouadjyt en son Nord. »
D'après le Papyrus Harris, et à l'instar du temple séthien de Noubt, le pharaon Ramsès III a fait procéder à des travaux d'entretien et de décoration
dans le temple de Seth à Pi-Ramsès, sans oublier les habituelles dotations (personnels, troupeaux, matières précieuses) et les diverses offrandes
alimentaires destinées au dieu et à ses desservants :
« J'ai fait un grand temple, de haute élévation dans le domaine de Soutekh (…), bâti, revêtu de pierre, paré, illustré de
décorations, muni de montants de porte en pierre de taille et de portes en pin (…) Je lui ai assigné une collectivité de serfs
composés de gens que j'ai formés et d'esclaves des deux sexes et que j'ai ramenés prisonniers de mon bras puissant. J'ai
fait pour lui des offrandes divines, qui ont été versées au complet, ayant été purifiées, afin de les sacrifier pour son
alimentation chaque jour. (…) »
La Stèle des quatre cents ans est une pièce archéologique découverte à Tanis en 1863 par Auguste Mariette et redécouverte en 1931 par Pierre
Montet après désensablement. Elle est à présent conservée au Musée égyptien du Caire. La stèle, en granite rose, haute de 2,20 mètres, fut érigée à
Pi-Ramsès par le pharaon Ramsès II afin de commémorer ses ancêtres : son père Séthi Ier, son grand-père Ramsès Ier, son arrière-grand-père l'officier
Séthi ainsi que le dieu Seth présenté comme le père de cette dynastie. Le décor montre Ramsès II, au centre, en train d'offrir du vin au dieu Seth.
Derrière le souverain se tient un autre personnage, probablement l'officier Séthi. Le dieu est représenté d'une manière inaccoutumé mêlant influences
égyptiennes et étrangères. Tel le dieu cananéen Baal, Seth est couronné d'une tiare conique dotée de deux cornes de taureau munie d'un long ruban
pendant à l'arrière. Les traits du visage sont ceux d'un sémite, sa poitrine est barré par un baudrier et son pagne, exotique, est ornée de glands. Dans
les mains, Seth tient toutefois des attributs typiquement égyptiens, le signe de la vie et de sceptre de la puissance. La stèle remonte dans le temps,
quatre cents ans en arrière, à une époque où la domination, tant abhorrée, des Hyksôs ne s'étaient pas encore exercée. Elle dédouane ainsi la famille
royale de porter des noms séthiens et de rendre un culte à un dieu égyptien jadis récupéré par les envahisseurs. Dans une réécriture de l'histoire,
Ramsès II tente de montrer que le culte de Seth sous sa forme baalienne est déjà vieux de quatre cents ans, qu'il ne s'agit pas d'un syncrétisme
orchestré par les Hyksôs, mais d'une vieille coutume égyptienne en rien répréhensible. Le souverain montre à ses sujets, et plus particulièrement aux
officiers de l'armée égyptienne qu'il ne manifeste aucune objection à ce qu'ils rendent un culte à Seth sous la forme asiatique de Baal, une pratique
alors très en vogue dans cette région jadis occupée par des princes étrangers[91],[92].
Aspects religieux
Un fripon égyptien
Mythes de la transgression
Dès 1928, l'historien des religions norvégien William Brede Kristensen (en) (1867-1953) a rangé Seth parmi les « décepteurs divins » du fait de ses
paroles et actions ambiguës[93]. En 1967, dans une étude magistrale sur Seth « dieu de confusion », le néerlandais Hermann te Velde, a utilisé le
terme anglophone trickster, l'équivalent du français fripon ou farceur, pour illustrer certains aspects de ce personnage divin[94]. L'année suivante, en
1968, le même auteur a développé ce propos dans un article qui lui est plus spécialement consacré : « The Egyptian God Seth as a Trickster »[95]. Le
personnage du fripon ou du décepteur apparaît dans de nombreux mythes africains, amérindiens et océaniens. Sa présence se manifeste aussi, en
Europe, dans le corpus des contes et légendes. Le fripon coexiste avec le Dieu créateur et, par malice, dérange ses plans. Sa personnalité se
caractérise par ses comportements fourbes, comiques, amoraux et tricheurs. Sa morphologie est le plus souvent animale ; il prend les traits du
coyote, du corbeau ou du lièvre en Amérique du Nord, du renard pâle ou du chien blanc en Afrique, du jaguar en Amérique du Sud. Il existe dès les
temps primordiaux lorsque les sphères divine et terrestre sont encore indifférenciées. Guidés par sa ruse, sa sexualité débridée et son appétit
surdimensionné, ses tours mettent en place un nouvel ordre du monde, celui que les humains connaissent actuellement, marqué par la présence du
mal, du chaos et par le cycle de la vie et de la mort[n 11]. En ce qui concerne le continent africain, on peut citer trois exemples de fripons
contemporains. Dans la cosmogonie des Dogon du Mali, Ogo-Yurugu est le Renard pâle criard qui vient à la lumière incomplet et unique. Après sa
révolte contre Amma le dieu créateur, il est en lutte continuelle contre son jumeau androgyne Nommo, le génie de l'eau et de la parole. Chez les
Anyuak, un peuple nilotique désormais partagé entre l'Éthiopie et le Soudan du Sud, le chien Medho s'allie au couple primordial et contrecarre la
mauvaise humeur du dieu Jwok hostile aux humains après les avoir jugé trop imparfaits par rapport aux animaux. Ses ruses et tromperies exercées
contre Dieu, permettent aux humains d'entrer la civilisation en se voyant doté d'années d'existence avant la mort, du feu pour se réchauffer et cuire les
aliments et de lances puissantes pour la chasse[n 12]. Chez les Yoruba (Bénin, Nigeria) le dieu Eshu (ou Legba) est un fauteur de troubles qui
transgresse les interdits. Il couche avec sa belle-mère, sa sœur, sa nièce et la fille du chef. Dans la statuaire, il est souvent représenté comme un être
ithyphallique ou comme un homme aux cheveux tressés en une longue queue terminée soit par un phallus soit par une tête humaine. Il provoque le
désordre et les crises que seul un sacrifice sanguinolent peut résoudre[96].
Désordres et transgressions séthiennes
Selon l'historien des religions italien Ugo Bianchi (1922-1995), à l'image du Renard pâle des Dogon, les méfaits accomplis par Seth font de lui un
fripon. Pour les Anciens Égyptiens, la Maât est la déesse qui personnifie l'Ordre cosmique et social. Il s'agit aussi d'un ensemble de valeurs éthiques
et de règles de conduite ; en bref, une morale qui constitue un lien puissant entre la sphère humaine et la sphère divine[n 13]. D'après la littérature
sapientale égyptienne, le Silencieux est le sage par excellence, capable de maîtrise, d'écoute, de justice et de retenue. À contrario, le Bavard se perd
dans sa colère, son ignorance, ses bavasseries ineptes et ses comportements indignes[n 14]. Cet être inéduqué et immature apparaît sous le terme
égyptien de shed kherou qui signifie littéralement « élever la voix » et plus généralement « être incorrect, corrompre, attiser les conflits, provoquer
l'agitation ». Très naturellement, les lettrés égyptiens déclarent dans leurs biographies n'avoir jamais commis de pareilles déviances contraires à la
Maât[97]. Parmi les dieux et les hommes, seul le dieu Seth est rangé dans la catégorie des shed kherou. Dans un hymne à Osiris, il ainsi est affirmé
qu'Isis combat grâce à sa magie les « occasions de désordre » c'est-à-dire les troubles causés par Seth et ses complices[98]. Dans le chapitre 39 du
Livre des Morts, Seth lui-même admet être un semeur de confusion et d'orages, des phénomènes qui troublent la paix sociale et le calme du ciel[99].
Sa première transgression est sa naissance volontaire, prématurée et hors norme, craché ou vomi par sa mère Nout. Contrairement au couple Osiris-
Isis, Seth est en dehors de la gémellité, son association avec Nephtys étant inféconde. Incomplet, Seth est lié au monde réel par une classe de mots
qui recouvrent les aspects négatifs de la vie cosmique, sociale ou personnelle (orage, tonnerre, maladie, tumulte, etc.)[n 15]. Le plus notable est le
terme khenen / khenenou qui signifie « troubler, agiter, transgresser la Maât ». Comme d'autres fripons, Seth est à l'origine de la mort. Homicide, il noie
grâce à une ruse cruelle son frère Osiris en l'enfermant dans un coffre-sarcophage. Ce geste funeste conduit à l'invention des rites funéraires par Isis,
Anubis et Thot. Comme Eshu l'africain ou Maui l'océanien, Seth est exubérant sur le plan sexuel. Il viole ou tente de violer plusieurs déesses (Isis,
Anat, Ouadjet) et il est homosexuel avec Horus. Comme les grands fripons amérindiens, Seth présente des traits démiurgiques. Il permet l'existence
du monde en soutenant le ciel de ses bras et libère le soleil en chassant Apophis, la personnification du Chaos primordial. Seth est aussi doté de
traits comiques et d'une naïveté quasi-enfantine. Dans les Aventures d'Horus et Seth, à plusieurs reprises, il se laisse facilement berner par Isis, et tel
un idiot tente de gagner une course nautique contre Horus en se construisant un bateau en pierre alors que son concurrent, plus malin, se fabrique
une barque en bois plaquée de plâtre[100].
Protecteur de la Création
Harponneur d'Apophis
« Je connais cette montagne de Bakhou sur laquelle repose le ciel ; elle est en pierre-ti et a trois-cents perches de longueur
et cent-vingt perches de largeur[n 16] ; Sobek, maître de Bakhou, est à l'est de cette montagne et son temple est en
cornaline. Un serpent est au sommet de cette montagne ; il a trente coudées de longueur, et trois coudées de sa partie
antérieure sont en silex ; je connais le nom de ce serpent : Celui-qui-est-sur-sa montagne-de-feu est son nom[n 17]. Or, c'est
au moment du soir qu'il tourna son œil contre Rê, et il en résulta une pause chez les matelots et une grande surprise
dans la navigation. Alors Seth se pencha contre lui. Discours qu'il dit en magie: « Je me dresse contre toi afin que la
navigation reprenne dans l'ordre ; toi que j'ai vu de loin, ferme ton œil ! Je t'ai enchaîné, car je suis le Mâle. Cache ta tête,
car si tu es valide, je suis valide aussi. Je suis Celui dont le pouvoir magique est grand ; cela m'a été donné contre toi (…) »
D'après le texte de la Pierre de Chabaka, un jugement prononcé par Geb a permis de réconcilier Horus et Seth et de faire du premier le souverain
légitime du royaume :
« (…) Horus et Seth sont en paix et réunis. Ils fraterniseront désormais et cesseront leurs querelles en tout lieu où ils se
rendront (…) »
L'égyptologue Hermann Kees a démontré que dans plusieurs nomes égyptiens existait un culte rendu à une paire de faucons. Cette paire représente
les deux dieux Horus et Seth réconciliés et vénérés conjointement en une divinité unique. Tel est le cas d’Antywy seigneur de la ville de Tjébou
(Antaeopolis) et dieu principal du Xe nome de Haute-Égypte. Sur une stèle datée du Nouvel Empire, à présent conservée à l'Institut oriental de
Chicago, Ântyoui est représenté comme s'il s'agissait de Seth et le texte dénomme indifféremment la divinité sous ces deux noms. Jusque très
tardivement, ce dieu a bénéficié d'un personnel sacerdotal à son service dont le prêtre Sehotep netjerouy « qui réconcilie les deux dieux ». Dans la
littérature funéraire, à la 10e Heure du Livre des Portes par exemple, l'union d'Horus et Seth est représentée par l'image d'un homme bicéphale muni
d'une tête de faucon et d'une tête de Seth. Là, cet être est connu sous le nom d'Horouyfy « Celui qui a deux visages ». Il apparaît donc que si dans le
mythe Horus et Seth sont deux divinités distinctes, dans certains cultes locaux, ils ne forment plus qu'une seule puissance divine. De même, les
défunts lors de leurs voyages souterrains découvrent que les deux forces contraires Ordre / Désordre sont dépassées et transcendées. Cette
réconciliation des contraires dans la Douât (le monde des morts) est d'autant plus importantes qu'elle se produit à la 10e Heure lorsque la Barque de
Rê est stoppée par le terrifiant serpent Apophis. Pour Horus et Seth, il ne s'agit plus de se battre entre eux mais ensemble et uni contre l'ennemi de la
Création[102].
Seth-Montou et Seth-Amon
Statuette de Seth-Amon,
Époque ramesside, Ny
Carlsberg Glyptotek.
Dans la ville de Thèbes et ses alentours, Seth entretient d'étroits rapports avec Montou. Ce dernier, le plus ancien patron du nome thébain, est un dieu
guerrier généralement représenté anthropomorphe avec une tête de faucon. Cependant Montou s'est facilement assimilé au belliqueux Seth sous la
forme de « Montou-Seth, fils de Rê ». Même à la Basse époque lorsque le culte de Seth est proscrit, ce lien ne faiblit pas et l'on trouve des
représentations de Montou avec la tête de Seth. Le taureau Boukhis, hypostase de Montou, indique les liens tenaces entre les deux déités. Une
description tardive du taureau rapporte en effet que « les Deux Seigneurs sont en lui, unis ensemble, car sa nuque est blanche et son visage noir ».
Les Deux Seigneurs en question sont Horus et Seth réconcilés[103].
Le syncrétisme entre Amon et Seth est lui aussi attesté. Une petite statuette en bronze à présent conservée à la Ny Carlsberg Glyptotek de
Copenhague et datée de la fin du Nouvel Empire (époque ramesside) représente Seth coiffé du pschent (couronnes rouge et blanche imbriquées)
dans l'attitude du harponneur d'Apophis, l'ennemi de la barque solaire. La lance qu'il tenait dans la main est cependant perdue. Le dieu est figuré avec
son habituelle tête séthienne mais ses oreilles caractéristiques sont remplacées par les cornes recourbées du bélier d'Amon. Les deux dieux, Amon et
Seth, partagent jusqu'à la période tardive certains traits essentiels. Le nome thébain, tout comme le très séthien nome oxyrhynchite est symbolisé par
le sceptre Ouas. De plus, le territoire thébain (comme les territoires voués à Seth) est lui aussi situé au débouché de plusieurs routes caravanières
menant au désert Libyque. De plus, jusqu'à la période gréco-romaine, les oasis libyques sont considérées comme des zones où les dieux Ammon et
Seth partagent leurs puissances protectrices et divinatoires[104].
Protecteur de la monarchie
Pharaons séthiens
Titulature de
Khâsekhemoui.
Titulature de
Péribsen.
Malgré sa mauvaise réputation, le dieu Seth a réussi à trouver des adeptes dans la plus haute couche de la société égyptienne, à savoir la famille
royale. Sous la IIe dynastie (aux alentours du xxviie siècle), le culte royal jusqu'alors centré sur la figure du dieu faucon Horus connaît un profond
bouleversement. Le pharaon Horus-Sekemib « L'Horus au cœur puissant » abandonne son nom d’Horus et met le dieu Seth au rang de divinité
principale en devenant Seth-Péribsen « Seth, espoir de tous les cœurs ». Ce changement radical de titulature est jusqu'à présent largement inexpliqué.
Il s'agit peut-être d'une victoire des adorateurs de Seth ou le reflet de la division de l'Égypte en deux royaumes concurrents. Sekhemib a peut-être été
chassé du Nord pour trouver refuge dans le Sud où il a changé de nom pour devenir Péribsen. Un de ses successeurs, le roi Khâsekhemoui « Horus-
Seth, les deux puissances apparaissent » incorpore, fort diplomatiquement, les deux dieux à sa titulature, peut-être une manière de symboliser la
réconciliation des deux parties du pays[105]. Selon le Français Jean Sainte Fare Garnot (1908-1963), il n'est nul besoin de faire appel à une
hypothétique guerre entre deux factions rivales. Le nom de Péribsen est une phrase verbale qui signifie « leurs sentiments à tous deux se révèlent » et
fait référence aux dieux Horus et Seth. Ainsi, autant que le nom de Khâsekhemoui, qui parfois se complète par l'expression « les deux seigneurs qui
sont en lui sont réconciliés », le nom de Péribsen fait référence à la réconciliation mythique des deux divinités antagonistes dans la personne du
pharaon. D'après une remarque formulée en 1956 par le Gallois John Gwyn Griffiths (1911-2004), durant tout l'Ancien Empire, dans la titulature royale
composées de cinq noms, le Hor Nebou ou « Nom Horus d'Or » a été interprété comme un « Nom d'Horus et Seth »[106].
Après la IIe dynastie, plus aucun pharaon n'a daigné évincer Horus au profit de Seth ou à associer les deux divinités dans une titulature royale. Le nom
et le culte de Seth ont néanmoins fortement profité du soutien royal en de maintes occasions. Durant le Moyen Empire, sur les statues de Sésostris Ier
montré assis sur son trône, le siège royal fait figurer sur ses deux côtés les dieux Horus et Seth en train d'accomplir le rite du Sema-taouy ou
« Réunion des Deux-Terres ». Les deux divinités, debout et les muscles saillants, lient vigoureusement ensemble le lotus et le papyrus (les plantes
héraldiques de la Haute et Basse-Égypte) autour d'un poteau symbolisant le pouvoir politique et pacificateur de pharaon[n 18]. Au Nouvel Empire,
durant la glorieuse XVIIIe dynastie, le pharaon guerrier Thoutmôsis III surnommé « l'aimé de Seth » n'hésite pas à se faire représenter en compagnie
de ce dieu. Sur un bas-relief de Karnak, Seth est représenté tel un instructeur en train d'apprendre au jeune Thoutmôsis le maniement de l'arc. Placé
derrière son élève, le dieu enseigne au roi à bien se positionner en face de sa cible tout en le guidant de la main afin qu'il apprenne à bien viser ses
coups de flèches[107]. Plus tard, durant la XIXe dynastie, Seth est mis à l'honneur par Ramsès II de diverses manières[n 19]. Seth devient un des quatre
grands dieux nationaux avec Amon, Rê et Ptah. À Pi-Ramsès, le roi se fait intituler comme « le taureau de Seth ». Dans une scène qui retranscrit le
déroulement de la bataille de Qadesh, le souverain combat les Hittites, ses ennemis, tel Seth qui est « Baal sur le champ de bataille ». Une fois le
calme revenu, un traité de paix est rédigé en caractères cunéiformes sur une plaquette en argent avec une image de « Seth, souverain du ciel » pour
garantir son application effective[108]. Sous la XXe dynastie, si Ramsès III ne fait plus de Seth un grand dieu national à l'image d'Amon, Rê et Ptah, il
continue toutefois à entretenir ses lieux de culte à Noubt et à Pi-Ramsès. Ces travaux sont cependant bien moins dispendieux que ceux accomplis
pour les trois autres divinités à Thèbes, Memphis et Héliopolis[109]. La période ramesside constitue l'âge d'or du dieu Seth où pas moins de trois
pharaons ont porté des prénoms théophores forgés sur le nom du dieu, Séthi Ier, Séthi II « né de Seth » et Sethnakht « Seth est victorieux ».
De l'ambivalence à la proscription
Martelages rituels
Damnation
Durant le premier millénaire avant notre ère, la plus grande mutation de la religion égyptienne est la montée en puissance du culte d'Osiris au sein des
temples. La dévotion du dieu des morts ne se limite plus aux nécropoles et se diffuse au sein de la population sous les traits d'une religion du salut.
Chaque sanctuaire d'importance (Karnak, Dendérah, Edfou, Philæ, etc.) se voit attribuer des chapelles spécialement dédiées aux rituels osiriens. Les
Mystères du mois de Khoiak sont la plus grande célébration annuelle. Durant plusieurs semaines de petites effigies momiformes sont confectionnées
par les officiants puis rituellement inhumées dans des tombeaux présentés comme le sépulcre mythique d'Osiris. À partir de l'Époque saïte (-664 à
-525), Seth n'est plus montré que sous les aspects négatifs du meurtrier dégénéré. Par divers moyens rituels le dieu est combattu par les prêtres afin
de réduire à néant sa présence mortifère. Sa présence est niée, son nom est omis ou remplacé par celui de Geb ou Thot. L'animal séthien est banni et
remplacé par l'image d'un âne entravé ou lardé de coups de couteau. Dans le Rituel pour renverser Seth élaboré durant la XXXe dynastie Seth est
présenté comme un être exilé en Asie par Rê mais qui revient en Égypte pour détruire les temples divins et massacrer les animaux sacrés avant d'être
à nouveau banni. La démonisation et la damnation de Seth se mettent en place à une époque où l'Égypte doute d'elle-même après une série
d'invasions issues du Proche-Orient (menaces assyriennes puis dominations perses des XXVIIe et XXXIe dynastie achéménides). Pour les prêtres
égyptiens, longuement traumatisés par le pillage de Thèbes en -663 par les troupes d'Assourbanipal, ces présences sémitiques sont perçus comme
des désordres cosmiques et un retour au chaos primordial. Seth, le turbulent dieu des contrées frontalières devient l'étranger, l'ennemi politico-
religieux et l'incarnation des valeurs néfastes des envahisseurs. Tous, Pharaon et sacerdotes égyptiens doivent combattre cet ennemi par les armes
et les rituels magiques d'exécrations sur le modèle mythologique d'Horus, le défenseur de son père Osiris[111].
Rituels d'annihilation
L'assimilation de Seth aux envahisseurs et aux barbares impies fait de lui le prototype de l'être néfaste à éliminer. Son caractère de défenseur de Rê
lui est confisqué au profit d'Horus et, sauf quelques exceptions dans les oasis du désert Libyque, Seth le harponneur d'Apophis est un motif
iconographique qui ne se rencontre plus. Tout au contraire, Seth est maintenant rangé au côté du maléfique serpent Apophis et des rites sont
élaborés afin de l'éliminer magiquement. Dans le Rituel de renverser Seth, le dieu proscrit est présenté sous un portrait parlé des moins flatteur :
« …combattant dans le sein, accomplissant le mal, transgressant le droit chemin, aimant le combat, se plaisant au
désordre, refusant le respect à plus ancien que lui, créant le mal, excitant le malaise par hostilité au père de ses pères,
méprisant les lois, agissant en bandit prêt à tuer et à voler, seigneur du crime, haïssant la concorde, outrecuidant parmi
les dieux, fomentant la guerre, suscitant le meurtre… »
Au sein des temples, chaque jour, dans la crainte de voir le monde disparaître, la présence de Seth est annihilée au moyen de figurines en cire rouge
sous forme de taureaux et d'ânes sur lesquelles son nom était inscrit. Tandis que des chants glorifiaient sa défaite et son émasculation, des prêtres
crachaient sur les figurines séthiennes puis les piétinaient, les tailladaient et les jetaient au feu. Plusieurs rituels nous sont parvenus : le Rituel pour
repousser Seth et ses complices, le Rituel pour repousser l'Agressif, le Rituel pour la conservation de la vie (papyrus Salt 825), le Livre de protéger la
barque du dieu, etc[113]. À Dendérah, dans les chapelles consacrées à la renaissance d'Osiris, le dieu assassiné est protégé de Seth par la présence de
nombreux dieux-gardiens figurés sur les parois. En sus, plusieurs dieux d'importance sont montrés chacun en train d'annihiler Seth en harponnant
rituellement une petite figurine :
« Le couteau est dans ma main, j'occis le Malfaisant, je repousse sa marche vers la place d'Osiris, je suis celle dont le feu
est grand qui s'enflamme dans le ventre de Seth, la flamme de Sekhmet est dirigée contre ses complices. » (paroles de
Ouadjet).
« Je tire contre le Calamiteux, je mets en pièces son corps, tous ses membres sont réduits à néant, je préserve le Temple-
de-l'or de la rebelion et de la destruction, je tue l'ennemi, il ne vient plus, sont corps est réduit en cendres. » (paroles de
Ounet)
« Je massacre Seth lorsque le disque solaire se montre, la cour divine s'en réjouit, je me déchaîne contre l'ennemi, son
corps est anéanti. (…) Je découpe les morceaux des figurines des ennemis, je les livre à l'œil d'Horus (= la flamme), je
supprime le Malfaisant, je porte le feu sur son visage. (…) Je découpe le corps de Celui dont le nom est maudit, ses os sont
livrés au grand feu, les messagers de Sekhmet ont puissance sur ses chairs. » (Paroles d'Anubis). »
Exécution du Malfaisant
Chaque année, lors des Mystères osirien, les prêtres et prêtresses du temple commémorent la renaissance d'Osiris en rejouant les moments cruciaux
du mythe. Entre les 22 et 26 Khoiak deux jeunes femmes tiennent les rôles d'Isis et Nephtys. Longuement, elles se lamentent et chantent des stances
destinées à faire venir auprès d'elles l'âme du dieu assassiné[115]. Cependant, pour que ce retour puisse s'effectuer, Seth en tant que personnification
de la mort doit être exécuté :
Dans les chapelles osiriennes du temple de Dendérah, Seth est montré sous la forme d'un homme à tête d'âne. Sa présence est rendue inoffensive en
le faisant figurer attaché à un poteau d'exécution lardé de coup de couteaux ou en train d'être assommé par une massue brandie par Horus. Chaque
fois que Seth est montré en train d'être rituellement sacrifié, son nom est maudit. Plus d'une trentaine de surnom évoquent ainsi ses aspects
maléfiques : le Calomnieux, le Damné, le Fils-manqué, le Furieux, l’Insensé, le Malfaisant, etc[117].
Hippopotames séthiens
Bandes dessinées
Par ailleurs, dans les comics dédiés à Thor, dieu du tonnerre et super-héros, les éditions Marvel mettent en scène un autre personnage basé sur la
divinité égyptienne. Voulant régner sans partage sur l'Héliopolis céleste, royaume situé dans une autre dimension, le dieu maléfique Seth enferme
Isis, Osiris et Horus dans une pyramide. Mais, en contactant Odin, roi des dieux d'Asgard, les captifs parviennent à faire apparaître la pyramide aux
États-Unis[122],[123].
Dans la bande dessinée Papyrus, Seth est un adversaire ponctuel de Papyrus. Dans la série télévisée dérivée par contre, Seth est l'antagoniste
principal avec son grand prêtre, Aker.
Jeux vidéo
En 1999, les dieux Seth et Horus sont mentionnés dans le jeu vidéo d'action-aventure Tomb Raider : La Révélation finale développé par Core Design et
édité par Eidos Interactive. Dans le cours de l'action, la jeune héroïne Lara Croft libère par mégarde l'esprit de Seth qui veut se venger d'Horus. Elle
parvient toutefois à vaincre le dieu malfaisant grâce à une amulette. La même année, l'entreprise Sierra-On-Line sort le jeu de gestion Pharaon. Un
culte assidu à Seth permet au joueur de bénéficier de son assistance lors d'une invasion ennemie. En remerciement des prodigalités passées
(constructions de temples et chapelles, organisation de fêtes), le dieu guerrier annihile les rangs adverses et renforce le courage des troupes locales.
En voyant les envahisseurs foudroyés par Seth, les défenseurs massacrent allègrement les derniers rescapés ou les mettent en fuite dans une
piteuse débandade. Au contraire, si le joueur néglige Seth, ce dernier se venge en rendant toute victoire militaire quasiment impossible[124].
Dans la série télévisée américano-canadienne Stargate SG-1, diffusée sur la chaine M6 entre 1998 et 2007, Seth est l'un des nombreux Goa'uld — une
race d'extraterrestres parasites — qui sème la mort et la désolation sur les planètes habitées de l'univers. Seth est un ancien Grand Maître qui a trahi
son congénère Râ et qui a emprisonné son frère Osiris. Dans le deuxième épisode de la Saison 3, la Tok'ra (une ligue de Goa'ulds alliés aux humains)
découvre que Seth est présent sur Terre depuis de nombreux siècles et qu'il se fait passer pour un dieu au sein de plusieurs groupes sectaires
violents. Il dirige ainsi une secte lourdement armée dans l'État de Washington après avoir fait subir un lavage de cerveau à ses adeptes avec un
produit dénommé nish'ta. Au cours d'une opération militaire, il est tué par l'officier Samantha Carter avec un gant goa'uld, une puissante arme de tir.
Les miliciens Jaffas aux ordres de Seth portent un casque muni de deux longues oreilles. Cette particularité est un sujet de blague (la blague est faite
à propos du nez des gardes setesh) auprès des Jaffas affiliés aux autres faux-dieux[125].
Bibliographie
Astronomie égyptienne
Généralités
Mythologie
ogical_manual_the_Manual_of_the_Delta_and_related_texts) [archive])
Traductions
Articles connexes
Astrologie égyptienne
Seth, le personnage de la Bible
Liens externes
Notes
Références
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42. Broze 1996, p. 93-97.
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La lune, mythes et rites, Paris, Le Seuil, 1962.
44. Voir entre autres Textes des pyramides,
§ 1407b, 1233b, 73a, 1839c.
45. Cauville 2011, p. 97-98.
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47. Koemoth 1994, p. 39, note 188.
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57. Assmann 2003, p. 114-117,
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60. Carrier 2009, p. 759.
61. Bernard Mathieu, « Un épisode du procès de Seth au tribunal
d'Héliopolis (Spruch 477, Pyr. §957a-959e) », Göttinger
Miszellen, Heft 164, 1998, p. 71 à 78.
62. Assmann 2003, p. 116-119,
Velde 1967, p. 103-106,
Boussac 2006, Préface de Jacques Fabre, Seth, Génie des
ténèbres ? (le même texte figure dans le no 22 de la revue
Égypte, Afrique et Orient).
63. Jean-Claude Goyon, Rituels funéraires de l'Ancienne Égypte, Le
Cerf, 1997, p. 121-122.
64. Meeks 2008, p. 7 et 12-13.
65. Jacques Vandier, Le Papyrus Jumilhac, 1961.
66. Velde 1967, p. 106-107.
67. Frédéric Servajean, Le conte des deux frères (1). la jeune
femme que les chiens n'aimaient pas, ENiM 4, 2011, p. 32.
68. Vandier 1961, p. 129.
69. Velde 1967, p. 94-97.
70. Bomhard 2012, p. 95-97.
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72. Velde 1967, htv, p. 125-127.
73. Aufrère, Golvin et Goyon 1994, p. 88 et passim.
74. Aufrère, Golvin et Goyon 1994, p. 93-94 et p.95 : photographie.
75. Olaf E. Kaper, « La religion égyptienne dans l'oasis de
Dakhla », Annuaire EPHE, Section des sciences religieuses,
t. 113,2004-2005 (lire en ligne ([Link]
e/prescript/article/ephe_0000-0002_2004_num_117_113_12323) [archive]),