ECAMII Rapportprincipal
ECAMII Rapportprincipal
D irection de la Statistique et
de la C o m p t a b i l i t é Nationale
Août 2002
SOMMAIRE
Après l’exécution satisfaisante entre 1997 et 2000 de son premier programme économique et
financier appuyé par une facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR) du Fonds Monétaire
International (FMI), les autorités camerounaises ont conclu en décembre 2000 un second
programme couvrant la période octobre 2000 – septembre 2003. Ce second programme dit de
seconde génération prescrit le renforcement des acquis et la poursuite des efforts pour la
promotion d’une croissance économique forte et de qualité. Il est soutenu par une facilité pour la
croissance et la réduction de la pauvreté mise en place par le FMI.
L’ECAM II réalisée sur le terrain de septembre à décembre 2001, fait partie de la composante
C : amélioration de l’information sur la pauvreté, du projet de Partenariat entre les secteurs
Public et Privé pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (PPPCRP) conclu entre le
Cameroun et la Banque Mondiale en octobre 2000.
Outre l’objectif principal qui est l’actualisation du profil de pauvreté et l’élaboration des
indicateurs de référence, les objectifs spécifiques de l’ECAM II sont :
- La production des analyses précédentes aux niveaux national et régional en isolant les
deux plus grandes villes (Douala, Yaoundé) et en distinguant les milieux de résidence
(urbain et rural) ;
L’indicateur de niveau de vie a été approché par la consommation finale annuelle des ménages
qui, dans une certaine mesure, reflète mieux le niveau de vie de ces ménages comparativement
aux revenus dont la mesure est très difficile. La consommation finale du ménage construite à cet
effet inclut quatre éléments distincts à savoir la consommation monétaire, l’autoconsommation,
les transferts en nature reçus d’autres ménages et le loyer imputé des ménages propriétaires de
leur logement ou logés gratuitement. L'autoconsommation et les transferts en nature reçus ont été
valorisés pendant la collecte. L’autoconsommation a été corrigée des sous-estimations à partir
des productions agricoles non vendues également collectées au cours de l’enquête.
Le seuil de pauvreté de référence utilisé est basé sur l’approche des besoins essentiels. Il s’est agi
de calculer d’abord un seuil alimentaire et d’y ajouter ensuite un montant correspondant aux
besoins de base non alimentaires.
Pour le calcul du seuil alimentaire, un panier de 61 biens représentatif des choix des
consommateurs a été défini à partir des données de l’enquête. Les biens du panier obtenu ont été
valorisés aux prix de Yaoundé, de façon à permettre à un individu adulte d’atteindre une
consommation de 2900 calories. Ce niveau de calories a été choisi pour rester cohérent avec
l’échelle d’équivalence utilisée pour normaliser les dépenses des ménages. En effet, l’échelle
d’équivalence RDA utilisée est construite sous l’hypothèse qu’un adulte consomme 2900
calories par jour, niveau qui décroît avec l’âge. Sur cette base le seuil alimentaire calculé au prix
de Yaoundé se situe à 151.398 FCFA. Pour la détermination du seuil total, la partie non
alimentaire a été calculée de manière à disposer d’un seuil minimum et d’un seuil maximum.
La mise en œuvre de ces calculs a débouché sur un seuil de pauvreté minimum de 232.547
francs, et un seuil maximum de 345.535 francs CFA. Ainsi, les ménages dont la dépense de
consommation annuelle par équivalent adulte est inférieure à 232.547 FCFA sont considérés
comme « Pauvres ». Ceux dont les dépenses sont comprises entre 232.547 FCFA et 345.535
FCFA sont considérés comme « Intermédiaires ». Enfin, ceux dont les dépenses sont supérieures
ou égales à 345.535 FCFA sont « Non pauvres ». Les personnes pauvres sont celles qui vivent
dans les ménages pauvres. Dans la présente étude, les non pauvres regroupent intermédiaires et
riches.
Au regard des seuils ci-dessus définis, l’enquête a permis de noter que 30,1% des ménages
répartis en 12,3% en zone urbaine et 39,7% en zone rurale vivent au-dessous du seuil de
pauvreté. Au niveau des individus, 6 217 058 personnes sur une population estimée à 15 472
557 habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté, soit une incidence de la pauvreté moyenne
nationale de 40,2%, ce qui signifie qu’environ 4 personnes sur 10 au niveau national vivent dans
la pauvreté.
Pour caractériser les régions en fonction de l’incidence de la pauvreté, trois sous-ensembles ont
été repérés : le sous-ensemble contenant les régions que l’on qualifierait de moins pauvres se
compose de Douala, Yaoundé et des strates urbaines des provinces du Sud-ouest, du Centre, du
Nord-ouest, de l’Est et du Littoral. Dans chacune de ces régions, moins de deux personnes sur
dix sont touchées par la pauvreté. A l’autre extrême, le troisième sous-ensemble comprend les
régions qualifiées de plus pauvres où l’incidence de la pauvreté atteint le niveau de 45%. Toutes
les zones rurales sont dans ce dernier sous-ensemble à l’exception des provinces du Sud, de
l’Ouest et du Sud-Ouest.
1
Dans son calcul formel, l’intensité de la pauvreté s’obtient en divisant le gap relatif du revenu par rapport au seuil
de pauvreté avec toute la population des pauvres et non pauvres. Ce faisant, il s’interprète comme la part moyenne
de revenu par rapport au seuil de pauvreté que doit fournir chaque membre de la communauté pour que l’on dispose
de l’enveloppe nécessaire à la résorption de la pauvreté. Pour obtenir le gap nécessaire permettant aux pauvres
d’atteindre le seuil, on doit le diviser par l’effectif des pauvres seulement.
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4. Pauvreté et marché du travail
Par rapport au marché du travail, l’enquête montre que la catégorie de ménages la plus affectée
par ce fléau est celle des exploitants agricoles qui connaît une incidence de pauvreté de 57%, soit
17 points au-dessus de la moyenne nationale. La forte incidence de pauvreté constatée dans ce
groupe ne résulte pas toujours d’une pression démographique excessive puisque la taille
moyenne des ménages y est de 5,1 personnes, presque égale à celle de la moyenne nationale qui
est de 5,0 personnes.
Les exploitants agricoles apparaissent comme la catégorie la plus touchée. La dépense moyenne
par équivalent adulte y est inférieure de près de 34% à la moyenne nationale. Les pauvres y
accusent un gap de 33,5% par rapport au seuil de pauvreté. L’étroitesse des superficies des
exploitations agricoles, les difficultés d’accès à la terre et au crédit, les pratiques culturales
inappropriées, le mauvais état des infrastructures routières sont les principaux obstacles qui
expliquent la faiblesse des revenus de cette catégorie d’actifs.
Après les exploitants agricoles, la catégorie des ménages dont le chef est travailleur pour compte
propre dans le secteur informel non agricole est aussi très affectée par le phénomène de pauvreté.
Il s’agit d’une catégorie de ménages essentiellement urbaine qui enregistre une incidence de la
pauvreté de 34,4%. La dépense moyenne par équivalent-adulte est à peine supérieure de près de
4% à la moyenne nationale.
La catégorie de ménages dont le chef est salarié dans le secteur agricole accuse également une
incidence de la pauvreté très élevée. Parmi eux, plus de deux personnes sur cinq vivent dans une
situation de pauvreté. Contrairement aux ménages d’exploitants agricoles, cette catégorie est
nettement moins représentée dans la population et abrite juste 2% des individus pauvres.
Pour les ménages des salariés non cadres du secteur public, l’incidence de la pauvreté est de
24,9%, à peine inférieure à celle relative aux ménages des chômeurs (25%) et des salariés du
secteur informel non agricole (27,1%).
Les ménages dont le chef est invalide ou malade constitue une autre catégorie où l’incidence de
la pauvreté est forte. La dépense moyenne annuelle par équivalent-adulte de ce groupe accuse un
gap de 33,8% par rapport au seuil de pauvreté. Dans la situation budgétaire actuelle au
Cameroun où les transferts publics sont faibles, les ménages de cette catégorie tirent l’essentiel
de leurs revenus des réseaux de al solidarité familiale ; puisque huit sur dix sont pris en charge
par la famille.
Par rapport au chômage, l’enquête a permis de dénombrer près de 714 000 personnes qui vivent
dans des ménages dont le chef est au chômage et parmi ces personnes, une sur quatre réside dans
un ménage pauvre. Paradoxalement, l’incidence de la pauvreté dans les ménages où le chef est
au chômage est inférieure à celui de plusieurs catégories dont le chef est actif occupé,
notamment les salariés agricoles et les travailleurs à compte propre dans le secteur informel.
Au niveau des individus, le chômage au sens du BIT touche 467 000 personnes, soit un taux de
7,9% dont 18,9% en milieu urbain et 2,3% en zone rurale. Douala et Yaoundé affichent des taux
de chômage le plus élevés de 25,6% et 21,5% respectivement. Si on élargit le concept aux
chômeurs découragés constitués de personnes inactives qui se disent prêtes à travailler si elles
trouvent un emploi, la population des chômeurs s’élève alors à 1 131 000 individus ; ce qui porte
le taux de chômage élargi à 17,1% dont 32,2% en milieu urbain et 8,6% en zone rurale. Une fois
de plus, Douala et Yaoundé avec respectivement 38,3% et 34,5% se placent en tête. Dans un
environnement où le marché du travail est caractérisé par une absence de fluidité de
l’information sur la demande du travail de la part des entreprises, l’offre du travail des ménages
s’exprime beaucoup plus par des canaux informels. Au regard de l’incidence de la pauvreté, ce
fléau touche plus les chômeurs découragés par rapport aux chômeurs au sens du BIT. 30,1% de
chômeurs découragés sont pauvres, contre 23,6% de chômeurs BIT. Le chômage élargi compte
parmi ses 1 131 000 victimes, 290.000 pauvres.
En définitive, trois pôles de concentration de la pauvreté sont ainsi mis en évidence : d’abord les
exploitants agricoles en milieu rural (près de sept personnes pauvres sur dix), ensuite les
travailleurs pour compte propre en milieu urbain (plus de 10% de contribution à la pauvreté) et
enfin les chômeurs qui, sans constituer un groupe particulièrement vulnérable dans son
ensemble, comptent en leur sein 290.000 personnes pauvres parmi lesquelles on peut déceler
l’extrême pauvreté.
5.1.1 Morbidité
Les résultats sur cet aspect indiquent que dans l'ensemble, un peu moins d'une personne sur trois
a déclaré avoir été malade au cours des deux dernières semaines. Ce niveau de morbidité ne varie
pas sensiblement d'une région à l'autre mais reste légèrement supérieur en milieu rural. La
ventilation de la morbidité en fonction du niveau de vie montre que les pauvres ont été malades
autant que les riches. Etant donnée le caractère relatif de la maladie, les individus ne perçoivent
pas l’état de maladie de la même manière ; les personnes pauvres qui, généralement vont moins
se faire soigner, ne se déclareraient malades que dans des cas graves.
L'analyse en fonction de l'âge montre que les jeunes de moins de 5 ans et les personnes de plus
de 55 ans constituent les couches les plus vulnérables. Le taux de morbidité est de 40,9 % et de
52,0% respectivement chez les jeunes de moins de 5 ans et chez les personnes de plus de 55 ans.
Après l’âge de 5 ans, le taux de morbidité croit en fonction de l'âge : 23,1%, 23,2% et 31,7%
respectivement chez les personnes de 5 à 14 ans, 15 à 19 ans et 20 à 54 ans.
Un individu malade choisit en fonction d’un certain nombre de critères personnels ou objectifs,
le service de santé auquel il s’adresse pour ses soins. Les résultats de l’enquête montrent que
trois personnes sur quatre ont fait leur dernière consultation dans un centre de santé formel. Ce
phénomène d’ensemble cache les différences qui existent au niveau des régions. En effet, en
dehors des provinces de l’Adamaoua, du Centre, de l’Extrême-Nord, de l’Ouest et du Nord où le
taux de consultation formelle est faible, il est supérieur à la moyenne nationale dans les autres
provinces. Le recours à un tradipraticien ou au vendeur ambulant de médicaments pour se
soigner est pratiqué par une personne sur quatre. Ce choix pour les structures de santé
informelles est pratiqué par trois pauvres sur dix contre deux personnes sur dix chez les non
pauvres.
Les déclarations des membres des ménages ont permis de se faire une idée du degré de ravage
que causent le paludisme, la méningite, les maladies diarrhéiques et les maladies respiratoires.
Le paludisme apparaît comme étant la pathologie la plus répandue avec un taux de prévalence
moyen se situant autour de 11%. Le paludisme sévit autant chez les pauvres que chez les non
pauvres, et indifféremment en zone rurale et en zone urbaine. Les régions du Centre et du Sud-
Ouest apparaissent comme celles les plus touchées avec des taux de prévalence dépassant les
20%. A l’opposé, l'Est, Yaoundé et dans une moindre mesure le Nord-Ouest, sont les régions les
moins affectées. Pour le reste du pays, les taux de prévalence du paludisme se situent à des
niveaux comparables.
Au total, le taux d’immunisation complète des enfants de 12-23 mois contre les maladies cibles
du PEV reste insuffisant au niveau national (55,3%). Il atteint cependant 7 enfants de cette
tranche d’âge sur 10 dans les régions de Yaoundé et du Sud-Ouest. Chez les non pauvres,
Yaoundé et le Nord-Ouest ont les taux les plus élevés atteignant 80%. En dehors des régions du
Sud-Ouest, de l’Ouest, de Douala, de l’Extrême-Nord et du Centre où les différences entre
pauvres et non pauvres sont modérées, ces dernières sont très prononcées ailleurs.
En outre, près d’un enfant de 12-23 mois sur cinq n’est immunisé contre aucune des maladies
cibles du PEV. Les pauvres, les ménages des provinces septentrionales (Nord surtout), de l’Est et
ceux des zones rurales sont les plus défavorisées en dépit des fréquentes campagnes de
vaccination organisées au niveau national par le Ministère de la santé publique. Les Journées
Nationales de Vaccination (JNV) n’ont pas encore atteint pleinement leurs objectifs.
En moyenne, la dépense annuelle de santé par tête au niveau national est estimée à 22.000
FCFA. Les ménages urbains dépensent trois fois plus que les ménages ruraux, soit en moyenne
39.000 FCFA par an et par personne contre 13.000 FCFA en milieu rural. Outre leur pouvoir
d’achat de 688.000 FCFA de dépense par équivalent-adulte, les populations urbaines ont un
accès physique plus facile aux centres de santé que celles du milieu rural. Les deux métropoles
de Douala et Yaoundé, avec une relative abondance d’infrastructures hospitalières et des
dépenses par unité de consommation les plus élevées, disposent également des niveaux de
dépenses de santé les plus élevés, à savoir respectivement 54.000 FCFA et 45.000 FCFA par
individu et par an.
L’examen des dépenses de santé en fonction du niveau de vie révèle une grande différence entre
les pauvres et les non pauvres. En effet, au niveau national, la dépense moyenne par tête des
ménages non pauvres est environ quatre fois et demie plus grande que celle des ménages
pauvres.
La part des dépenses consacrée à la santé est estimée au niveau national à 7,6% des dépenses
totales des ménages. On note que cette part n'est pas uniforme à travers les régions. Les ménages
des provinces de l'Extrême-Nord, de l'Est et du Nord dépensent beaucoup moins pour ce service
social essentiel par rapport à leur budget (respectivement 3,2%, 5,2% et 5,4%). A l'opposé, les
ménages des régions de Douala, du Centre et du Nord-Ouest sont ceux qui y consacrent 9% ou
plus de leur budget. Le niveau de vie influence également l'effort budgétaire en faveur de la
santé.
L’accessibilité aux infrastructures de santé est appréciée par la distance qui sépare le logement
des ménages des infrastructures sanitaires les plus proches et le temps mis par les populations
pour y accéder, selon le mode de locomotion régulièrement emprunté. Le calcul de la distance
moyenne à parcourir pour atteindre le centre de santé le plus proche est révélateur des
différences plus connues entre milieux de résidence et régions, et celles moins connues entre les
ménages selon leur niveau de vie. Ainsi, au niveau national, les populations doivent parcourir en
moyenne quatre kilomètres pour atteindre le centre de santé le plus proche. La différence est
nette entre le milieu rural où cette distance est de 5 km et le milieu urbain où elle n'est que de 1
km.
En ce qui concerne le temps moyen mis pour atteindre le centre de santé le plus proche, il est en
moyenne de 25 minutes chez les non pauvres et de 40 minutes chez les pauvres. Cet indicateur
favorable pour les pauvres doit cependant être nuancé. Le centre de santé le plus proche ne
correspond pas à celui fréquenté par les personnes interrogées, puisqu’il ne dispose pas
forcément du plateau technique nécessaire pour traiter les principales maladies de sa zone
d’implantation. Dans les régions, les pauvres mettent en moyenne plus de temps que les non
pauvres pour aller au centre de santé le plus proche. Ceci est la résultante du fait que les pauvres
parcourent une distance plus longue que les non pauvres, ou que ces derniers ont plus facilement
accès aux moyens de déplacement rapide (vélo, moto, voiture).
Pour ce qui est de la qualité des soins au niveau national, 69 % des usagers déclarent être
satisfaits des prestations données dans le centre de santé le plus proche. La proportion des
ménages satisfaits n’est presque pas discriminée par le niveau de vie. Ceux qui se montrent
insatisfaits évoquent trois principales raisons, à savoir la qualité des services, le manque
d’équipements appropriés et les coûts.
5.2.1 Alphabétisation
L’alphabétisation formelle rend compte de l’aptitude des personnes âgées de 15 ans ou plus à lire
et à écrire en Français ou en Anglais, au contraire de l’analphabétisme. On note un recul global
de l’analphabétisme dans le pays, le taux d’alphabétisation étant d’environ 68% en 2001 contre
61% en 1996 et en 1987, et 47% en 1976.
Les résultats obtenus confirment les disparités entre régions et milieux. En effet, il apparaît qu’en
2000/2001, sur 10 enfants âgés de 6 à 14 ans, près de 8 étaient inscrits à l’école. On note une
amélioration de cet indicateur au fil des années, celui-ci étant passé de 67,5% en 1976 à
successivement 73,1% en 1987 ; 76,3% en 1996 et 78,8% en 2001. Cependant, les provinces de
l’Extrême-Nord et de l’Adamaoua présentent les taux les plus bas, avec à peine la moitié des
enfants inscrits à l’école en 2000/2001. En milieu urbain, le niveau de scolarisation est plus
élevé, et la sous scolarisation, lorsqu’elle y existe, frappe beaucoup plus les femmes que les
hommes, surtout dans les provinces septentrionales ; cette différence est très peu perceptible
dans la plupart des autres régions du pays, notamment Yaoundé, Douala, Centre, Est, Littoral,
Ouest et Sud-Ouest.
Les dépenses annuelles moyennes d’éducation s’élèvent à 48.000 FCFA par enfant en
2000/2001. En moyenne, ce poste de dépenses représente 5,4% des dépenses annuelles totales
des ménages. Comme précédemment, des disparités suivant le milieu de résidence, la région et le
niveau de vie persistent. L’Extrême-Nord avec 11.500 FCFA de dépenses annuelles d’éducation
par enfant se classe dernière à l’opposé de Yaoundé, où le niveau de dépense atteint 94.000
FCFA. Le niveau de vie entre l’Extrême-Nord et Yaoundé explique leurs positions respectives.
Un autre facteur qui explique la différence entre régions est le type d’établissements fréquentés.
Les dépenses sont plus élevées dans les régions où le taux d’inscription aux établissements
privés est important. C’est le cas de Douala, Yaoundé, Nord-Ouest, Sud-Ouest, Littoral et Ouest.
L’Adamaoua et l’Extrême-Nord comptent respectivement 5,7% et 7,5% seulement de leurs
inscrits dans les établissements privés, contre une moyenne de 27% au niveau national.
S’agissant du milieu de résidence, la dépense d’éducation est 3 fois plus importante dans les
grandes villes que dans les autres zones du pays. Selon le niveau de vie, les parents des ménages
non pauvres dépensent environ 4 fois plus que les parents des ménages pauvres.
En général dans les ménages, la part des dépenses d’éducation par rapport aux dépenses totales
est inférieure à 8%. La propension à investir dans l’éducation est largement tributaire du niveau
de vie du ménage à l’intérieur de chaque région. Cette propension à investir reste plus faible pour
les ménages pauvres. La différence entre pauvre et non pauvre n’est pas du même ordre dans
toutes les régions ; dans l’Adamaoua, la part des dépenses d’éducation dans l’ensemble des
dépenses est presque deux fois plus importante chez les non pauvres que chez les pauvres. Il est
par ailleurs constaté que le montant des dépenses d’éducation croît avec les revenus.
Les dépenses des ménages en matière d’éducation sont globalement affectées à environ 45% aux
frais scolaires, 35% aux matériels et fournitures scolaires, et 20% aux autres dépenses
d’éducation. La différence entre ménages pauvres et non pauvres trouve une explication partielle
dans l’importance des dépenses que ces derniers consacrent aux répétitions (2.700 FCFA),
cantine (6.900 FCFA) et transport (4.400 FCFA) et leur préférence pour les établissements
privés.
La distance moyenne entre le domicile et l’école primaire publique la plus proche varie selon les
régions, le statut de pauvreté et le milieu de résidence, de moins de 1 km à 3 km. Sous réserve
des problèmes d’estimation des distances par les ménages ; ceci témoignerait des efforts
consentis ces dernières années par l’Etat et les partenaires du système éducatif camerounais en
matière de création d’établissements scolaires. Cependant, malgré ces moyennes apparemment
flatteuses, l’on note que ces distances varient de moins d’un Km à 10 dans certaines localités.
Au sein d’un même milieu de résidence (zone urbaine ou zone rurale), les pauvres et les non
pauvres parcourent la même distance pour atteindre l’école primaire la plus proche. On passe
d’une moyenne de moins d’un km en milieu urbain à 2 km en milieu rural. La province du
Littoral se caractérise par des distances parcourues dans le milieu rural comparables à celles
qu’on observe dans le milieu urbain ; cette région qui, rappelons-le, n’inclut pas Douala,
disposerait d’un nombre important d’établissements scolaires de ce niveau.
Le statut d’occupation des logements permet de différencier les ménages propriétaires des
locataires et des ménages ol gés gratuitement. Ce statut est sensé être en relation avec le niveau
de revenus des ménages, qui en tiennent compte pour décider de s’offrir un logement, d’en louer
un ou d’accepter ce qui leur est offert gratuitement.
Indépendamment de leur niveau de vie, les ménages sont en général propriétaires de leur
logement ; ils sont plus de 6 sur 10 à occuper des logements dont ils sont propriétaires. Parmi les
ménages pauvres, cette proportion avoisine 8 sur 10. Deux raisons expliquent cette situation
paradoxale, car on se serait attendu à voir les non pauvres, occuper des logements qui leur
appartiennent. Il se pose un problème du standing des logements concernés et des titres de
propriété. Les pauvres occupent en général des logements peu confortables et moins chers. La
très forte proportion des ménages pauvres propriétaires observée dans les provinces du Nord et
de l’Extrême-Nord s’accompagne de la plus forte précarité des structures habitées. L’analyse du
statut de la propriété foncière au sens formel du droit veut que l’on dispose d’un titre de propriété
pour revendiquer son droit de propriété. De ce point de vue, la proportion des propriétaires
détenteurs d’un titre de propriété est d’environ 21% chez les non pauvres, contre 9% seulement
chez les pauvres.
L’appréciation du standing des logements est ici basée sur la disponibilité d’un WC avec chasse
eau, des murs, d’un toit et du sol en matériaux définitifs.
Les logements des ménages pauvres sont manifestement défavorisés du point de vue du confort
suivant les matériaux utilisés. Les différences de confort sont nettes entre pauvres et non
pauvres, et entre ville et campagne, sauf en ce qui concerne le toit pour lequel la tôle ondulée
s’est largement vulgarisée. Le confort du logement s’apprécie également à travers les modes
d’approvisionnement en eau de boisson, en énergie d’éclairage et de cuisine. Au total, un
ménage sur deux consomme l’eau de la SNEC ou d’un forage, un peu moins de 5 sur 10
s’éclairent à l’électricité fournie par l’AES SONEL et un sur dix utilise le gaz pour la cuisine.
Le gaz est le bien pour lequel la différence entre pauvre et non pauvre est la plus prononcée. Au
niveau national, la proportion des ménages utilisant le gaz est 19 fois plus élevée chez les non
pauvres que chez les pauvres. Le gaz est un produit presque absent de la consommation des
ménages pauvres du milieu rural.
La possession de certains équipements sont de nature à traduire le train de vie des ménages.
L’examen du comportement des ménages par rapport aux même équipements analysés en 1996
révèle un fait majeur, à savoir que pour l’ensemble des équipements retenus, les ménages
pauvres sont défavorisés en 2001 comme en 1996, sauf en ce qui concerne la bicyclette. Ce bien
inférieur s’est certainement substitué au vélomoteur dont la proportion de ménages utilisateurs a
baissé d’un tiers dans l’ensemble et de 61% chez les pauvres.
Certains biens permettent effectivement de distinguer les pauvres des non pauvres. Il s’agit de
l’automobile, du poste de télévision, du climatiseur et du ventilateur. En 2001, la proportion des
ménages possédant l’automobile, le poste de télévision, le climatiseur et le ventilateur est
respectivement 13, 8, 5 et 7 fois plus importante chez les non pauvres que chez les pauvres ; en
1996, les différences étaient du même ordre sur les équipements concernés.
Il ressort de l’enquête que 6 ménages sur 10 disposent en leur sein d’au moins un membre qui
exploite en moyenne 3,3 hectares de terre principalement pour la culture et l’élevage. Si l’on
considère le milieu de résidence, la proportion des ménages dans lesquels il existe au moins un
exploitant agricole est en moyenne 4 fois plus importante en zone rurale que dans les villes.
Suivant le niveau de vie, près de deux fois moins de ménages non pauvres exploitent des
superficies de terres au moins aussi égales à celles possédées par les ménages pauvres. Dans les
milieux urbains, près de deux fois moins de ménages non pauvres possèdent des superficies de
terres trois fois plus grandes que celles possédées par les ménages pauvres. Ainsi, dans le milieu
urbain, la discrimination est nette entre pauvres et non pauvres par rapport à l’accès à la terre.
Suivant les régions, l’importance des ménages exploitants agricoles reste en faveur des pauvres,
sauf en ce qui concerne la ville de Douala. Les ménages du Centre, de Yaoundé, du Littoral et du
Sud exploitent à des fins d’élevage ou de cultures, des superficies relativement importantes de
terres qu’ils ont déclarées posséder. A Yaoundé ce sont principalement 12,5% de ménages non
pauvres qui exploitent chacun en moyenne 6,8 hectares de terres. Dans les régions du Sud,
78,2% de ménages pauvres exploitent une superficie moyenne de 4,5 hectares.
L’examen des difficultés d’accès au crédit montre que le principal motif de refus le plus évoqué
a été, quel que soit le statut de pauvreté et dans toutes les régions (sauf au Sud), l’insuffisance
des garanties offertes. 54,7% des ménages ont cité ce motif. Ensuite, vient l’absence d’appui en
terme de relations ou d’aval pour faciliter l’accès au crédit. La troisième raison sur la nature du
crédit tient à la difficulté d’avoir un crédit lorsque ce dernier est destiné à l’investissement,
principalement parce que les délais de remboursement longs accroissent les risques.
L’étude de la source du crédit dont bénéficient les ménages permet d’éclairer davantage la
question. Le crédit de création d’unités de production qui est de loin le plus important provient
principalement d’emprunts auprès des parents ou amis (18,6%), des tontines (18,0%), des
COOPEC (14,3%), des mouvements associatifs (8,2%) et de certains commerçants (7,4%). Dans
tous les cas, 64,0% de ménages s’endettent principalement auprès de structures informelles :
tontines (25%), parents/amis (21,8%), associations (8,5%), commerçants (5,9%) et usuriers
(1,6%). Seulement 18,4% de ménages s’endettent auprès des structures formelles clairement
identifiées COOPEC (11,9%), banques (3,1%) et ONG (3,4%).
La répartition régionale des ménages ayant déclaré avoir une épargne montre une plus forte
proportion de ceux-ci dans les régions du Nord-Ouest (66%), de Douala (59%), du Littoral
(53,7%), du Sud-Ouest (50,1%) et de Yaoundé (42,6%). La plus forte proportion de ménages
disposant d’une épargne est constatée au Nord-Ouest qui accueille pourtant 43,9% de ménages
pauvres. On note en outre qu’une bonne proportion (59,4%) de ménages pauvres de cette région
a déclaré disposer d’une épargne.
En saisissant la proportion des ménages ayant eu à payer involontairement des frais non
réglementaires dans les services de l’éducation et de la santé, et volontairement dans le cadre des
contrôles routiers de police, l’enquête a permis d’estimer la proportion des ménages victimes et
acteurs de la corruption dans le cadre de ces services. La notion de corruption ici concerne
également des dons en nature involontairement offerts.
La proportion des ménages acteurs de la corruption est tout aussi importante. Sur 100 ménages,
18 affirment avoir eu à offrir volontairement des dons aux agents de maintien de l’ordre chargés
des contrôles routiers pour échapper à un défaut de pièces légales non disponibles. Les non
pauvres en sont les acteurs principaux dans les régions du Centre, de l’Ouest et du Sud-Ouest où
ils anticipent parce que cela les arrange, sur les dons à offrir à ceux qui sont supposés émettre des
contraventions à leurs égards. Bien que l’adage « pas de corrompus sans corrupteurs » soit
vérifié, ces déclarations restent subjectives.
Les approches de la mesure du phénomène de la pauvreté sont variées et aussi complexes que le
phénomène lui-même. Parmi ces approches, celles visant l’appréhension de la pauvreté
subjective partent de l'appréciation que les pauvres donnent au contenu du phénomène. Le
caractère subjectif de la pauvreté relève avant tout de la constante notion de relativité que le
phénomène renferme. On est pauvre par rapport aux autres membres de sa société, à la période
que l'on vit, aux normes définies ailleurs et par d'autres, c'est-à-dire par rapport à un critère qui
n'est stable ni dans l'espace, ni dans le temps.
Selon les déclarations des chefs de ménage, la première cause de la pauvreté serait le manque
d'emplois. Plus de 4 chefs de ménages sur 10 estiment que cette cause vient en tête. Cette cause
semble d'autant plus importante que les chefs de ménages qui ont choisi d'autres causes comme
première ont retenu majoritairement la baisse ou l’insuffisance des revenus (16,8%) ou l'absence
des infrastructures routières (11%). La baisse ou l’insuffisance de revenus peut être interprétée
comme une situation de sous-emploi ; l’absence des infrastructures routières comme un obstacle
à la production et à l’accès au marché. Cette tendance d’ensemble est plus proche de celle des
non pauvres que de celles des pauvres.
En fonction du niveau de vie, les priorités des pauvres et des non pauvres diffèrent quelque peu.
Chez les ménages pauvres, 35,5% attribuent d’abord leur situation de pauvreté à l’absence
d’emploi, 18,5% à la baisse ou insuffisance de revenus et 15,7% à l’absence des routes ; cette
dernière proportion est plus importante chez eux que chez les non pauvres (9,0%). Près de 8% de
ménages pauvres estiment que leur faible niveau d’instruction explique leur situation. L’absence
de troupeau et le manque de terre sont cités chez les pauvres deux fois plus que chez les non
pauvres.
Ces propositions d’action, bien que largement partagées par les populations, cachent des
aspirations profondément différentes entre les pauvres et les non pauvres. Les ménages pauvres
réclament davantage un meilleur état des routes, la construction des points d’eau, les justes prix
des produits agricoles et dans une certaine mesure l’accès au crédit et aux services sociaux de
base (santé et éducation). Les priorités particulières des ménages non pauvres concernent la
revalorisation des salaires et la lutte contre la corruption.
Quant à ce qu'on peut tirer de ces déclarations, en s'intéressant aux actions ayant retenu
l'attention d'au moins 11% des ménages, c'est que toute politique de lutte contre la pauvreté doit
nécessairement entreprendre des actions de création des emplois, de désenclavement, de la
protection des prix des produits agricoles, de la facilitation d'accès à l'éducation et aux soins de
santé et à la lutte contre la corruption.
Cette étude de l’évolution de la pauvreté entre 1996 et 2001 a été faite à partir de deux enquêtes
ECAM I et ECAM II réalisées au niveau national à ces deux dates. Pour pouvoir comparer les
résultats des deux enquêtes, des ajustements ont été faits sur les éléments de collecte et les
méthodes de calcul des indicateurs. Les éléments communs aux deux enquêtes permettent ainsi
d’apprécier cette évolution.
Sur le plan monétaire, les résultats révèlent un recul de l’incidence de la pauvreté de 13 points,
une baisse de l’intensité de 5 points et une baisse de la sévérité de 2 points. Ces différentes
baisses sont plus fortes dans les zones urbaines par rapport au milieu rural. Il y a donc recul de la
pauvreté entre 1996 et 2001, et il importe de savoir à quoi l’imputer. La variation des différents
indicateurs décomposée en effets de croissance et de redistribution montre que le recul de la
pauvreté est beaucoup plus liée à la croissance économique ; elle contribue 4 fois plus à la
modification de l’incidence, et la redistribution aggrave plutôt l’intensité de la pauvreté.
Au plan national, deux enquêtes de type budget consommation ont déjà été réalisées. La
première enquête réalisée en 1983/84 sur financement de l'Etat camerounais a concerné un
échantillon de 5500 ménages au niveau national. L’objectif majeur de cette enquête était de
dériver une structure de consommation pour la mise en place d’un indice des prix à la
consommation finale des ménages. Il s’est agi d’une enquête lourde avec quatre passages (un par
trimestre) pour chaque ménage échantillon et une nomenclature de consommation relativement
détaillée. Cette enquête a fourni des données pour l’établissement d’un profil de pauvreté ayant
fait l’objet d’une publication en 1994. Ce rapport indiquait une proportion de 40 % de pauvres
au niveau des ménages2 .
En 1996, une nouvelle enquête nationale disposant d’un volet budget consommation dénommée
première enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM I) a été réalisée. Dans la conception
du document intérimaire, le diagnostic a été réalisé essentiellement à l’aide des données de cette
enquête. Elle a permis de mesurer l’évolution de la pauvreté depuis 1984 et a révélé que un
camerounais sur deux3 était pauvre. Cependant, elle avait des limites importantes, notamment la
faible taille de l’échantillon et des relevés de dépenses sur une période relativement courte (sept
jours dans chaque ménage).
Au regard des constats précédents et dans le souci de poser de nouvelles bases pour le suivi de la
pauvreté dans le cadre de son programme économique en cours, le Gouvernement a entrepris de
réaliser au courant de l’année 2001, une seconde enquête nationale auprès des ménages (ECAM
II). Cette opération fait partie de la composante c “amélioration de l’information sur la
pauvreté ” du Projet de Partenariat entre les secteurs Public et Privé pour la Croissance et la
Réduction de la Pauvreté (PPPCRP) conclu entre le Cameroun et la Banque Mondiale en octobre
2000. Cette enquête a tiré parti sur le plan méthodologique des points faibles de la précédente.
En particulier, la taille de l’échantillon est suffisamment importante (11.553 ménages) pour que
des analyses pertinentes puissent être menées au niveau de chacune des dix provinces que
compte le pays.
2
Cameroun, diversité et croissance, Banque Mondiale, 1994.
3
Conditions de vie des ménages au Cameroun en 1996/ MINEFI/DSCN, décembre 1997.
ECAM II Rapport principal page 19
Sur le plan des objectifs spécifiques, ceux que les autorités lui ont assignés depuis sa conception
incluent entre autres :
• Proposition d’une méthodologie de calcul d’un indicateur de niveau de vie et d’une ligne
de pauvreté admise par la majorité des partenaires au développement et qui servent de
référence pour les études futures et le suivi évaluation du programme de réduction de la
pauvreté ;
• Production des analyses précédentes aux niveaux national et régional en isolant les deux
plus grandes villes (Douala, Yaoundé) et en distinguant les milieux de résidence (urbain
et rural) ;
L’objectif de cette étude est de présenter un profil de pauvreté pour le Cameroun en 2001. A la
suite de l’introduction, le premier chapitre retrace les principales évolutions économiques et
sociales du pays au cours des quinze dernières années. Etant donné que les résultats présentés
sont tributaires d’un certain nombre de concepts, le deuxième chapitre restitue les principaux
choix méthodologiques effectués. Les six chapitres suivants traitent respectivement du profil de
la pauvreté monétaire, de la pauvreté et satisfaction des besoins sociaux, de la pauvreté des
potentialités, de la pauvreté subjective, de son évolution entre 1996 et 2001, et de ses
déterminants.
L'économie camerounaise repose de manière relativement équilibrée sur les trois secteurs
institutionnels traditionnels que sont l'agriculture, l'industrie et les services. De 1994/95 à
1999/2000, ces secteurs ont constamment représenté 25 à 28% du PIB marchand en francs
courants pour le secteur primaire, 30 à 34% pour l’industrie et 40 à 42% pour les services5 . Les
échanges extérieurs du Cameroun reflètent assez bien sa diversité économique, même si les
produits industriels exportés qui représentent régulièrement plus de 20% du total des
exportations sont essentiellement dirigés vers les pays de la sous région CEMAC.
4
Sous l’hypothèse que l’offre des services d’éducation est bien répartie sur le territoire national, l’importance de
l’école semble mieux perçue par les parents qui ont eux-mêmes un bon niveau d’instruction ; la différence
urbain/rural est sans doute à rechercher dans les questions d’accessibilité physique et financière.
5
Cameroun en chiffres 2000, MINEFI/DSCN, 2001
ECAM II Rapport principal page 21
La balance commerciale présente un solde excédentaire depuis l’exercice budgétaire 1994/95.
Néanmoins le taux de couverture global s’inscrit dans une tendance à la baisse, et celui du
commerce hors pétrole structurellement au-dessous de 100.
Malgré ses richesses en ressources naturelles, son capital humain et une situation géographique
idéale qui le prédisposent à un développement économique et social harmonieux, le Cameroun
fait face dans certaines de ses régions à un environnement structurellement hostile. A titre
d’exemple, la province de l’Extrême-Nord située dans la zone sahélienne connaît une
pluviométrie moyenne annuelle inférieure à 600 mm, contre une moyenne nationale qui avoisine
1800 mm. Dans cette même région le spectre de la sécheresse est présent et la désertification une
réalité. Les inégalités sont donc à surveiller de manière à prendre en compte ces disparités
régionales dans le processus du développement du pays.
Jusqu’en 1985, le Cameroun a affiché une bonne santé économique imputable au développement
continu de sa production agricole soutenue par des cours mondiaux favorables, et à l’exploitation
de ses ressources pétrolières. Les taux de croissance réels moyens de 7% l’an ont à cette époque
permis au pays d'investir et d'accroître l'offre des services publics. L’exercice budgétaire
1985/1986 marque un point de retournement de la tendance, avec l’enregistrement d’une baisse
des revenus d’exportations consécutive à la chute des cours tant du pétrole que des autres
produits d’exportations. Evaluée à 329 milliards6 de francs CFA environ au cours de cet
exercice, cette baisse représente près de 8,2% du PIB. En raison de la baisse persistante de ces
cours, la dégradation de l’économie s’accélère en 1986/87 et on assiste à la détérioration des
termes de l’échange et à un taux de croissance négatif (-4,5% en francs courants ).
Tableau 1.1 Variations en % des cours moyens des produits de base exportés
Produits 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 Moyenne
annuelle
Cacao -2,6 -26,9 -17,5 -15,6 -17,4 -12,6 -0,3 -21,3 12,0 -11,3
Café robusta -12,1 -6,2 -40,5 -8,3 -7,2 -39,2 -10,4 -15,9 27,2 -12,5
Café arabica 3,6 9,4 -50,9 12,9 -9,3 -33,6 -2,1 -17,3 9,7 -8,6
Coton -23,0 -37,2 34,3 -14,9 22,9 -6,7 1,3 -33,4 10,4 -5,2
Pétrole -4,6 -48,9 29,0 -20,2 19,0 30,2 -17,7 0,6 -11,5 -2,7
Source : Le Cameroun en chiffres 2000, DSCN / MINEFI, 2001
L’examen des variations des cours des principaux produits de rente exportés présentées dans le
tableau 1.1 ci-dessus est suffisamment révélateur des difficultés financières que le pays connaît
de 1985/86 à 1993/94. Ces fluctuations des cours qu'accentue la baisse du dollar américain et la
dégradation des termes des échanges se répercutent successivement sur les recettes d'exportation
et les finances publiques. Pour faire face à cette situation de crise persistante, le Gouvernement
met en place un certain nombre de mesures d’ajustement interne visant essentiellement à réduire
le train de vie de l’Etat et à alléger le poids du secteur public dans l’économie, notamment à la
réduction drastique de l’enveloppe des subventions. La recherche de l’équilibre budgétaire s’est
également traduite par la réduction de certains avantages payés aux agents de l’Etat et le gel des
effets financiers des avancements de ces mêmes agents de l'Etat.
6
DSRP intérimaire, août 2000.
ECAM II Rapport principal page 22
Toutes ces mesures prises se sont avérées insuffisantes pour redresser la situation. La
consommation par habitant a chuté de 40% entre 1985/1986 et 1992/1993. L’encours de la dette
extérieure qui était de moins de 1/3 du PIB en 1984/85 est passé à plus de 3/4 du PIB en
1992/1993. Le taux d’investissement quant à lui est passé de 27% à moins de 13% du PIB
pendant la même période. La dégradation marquée des finances publiques, caractérisée par de
fortes tensions de trésorerie a contraint le Gouvernement à opérer des baisses7 drastiques de
salaires dans la Fonction Publique en janvier et novembre 1993.
Sur le plan social, la situation de l’emploi et de l’offre des services sociaux s’est
considérablement dégradée. La restructuration des entreprises des secteurs public et parapublic,
en entraînant la fermeture de certains établissements d’une part, le gel des recrutements à la
fonction publique et les mesures d’allégement des effectifs d’autre part, ont engendré une forte
montée du chômage qui affecte principalement les jeunes et les femmes. Les jeunes diplômés
accèdent à un marché de travail complètement déprimé ; les femmes dont la présence accrue sur
ce marché marque leur volonté d'ajustement en période de décroissance de revenus dans leurs
ménages ne s'y insèrent pas facilement. Ces deux groupes trouvent refuge dans le secteur
informel qui connaît un développement subséquent ; le taux d'informalisation des emplois atteint
57,3% à Yaoundé en 1993. Les difficultés financières auxquelles l’Etat fait face ne lui
permettent plus de soutenir l’offre des services de santé et d’éducation. L’arrêt des
investissements, du recrutement des personnels, de la fourniture des matériels didactiques et des
médicaments, et de l’entretien conduit à la détérioration de la qualité de ces services ; le ratio
élèves/maître dans l'enseignement primaire s'est progressivement détérioré, et est passé de 51,0
en 1997/98 à 65,4 en 1999/20008 . Les infrastructures routières, les programmes d’hydraulique et
d’électrification connaissent à peu près la même situation.
Comme l'illustre le tableau 1.2, les variations des cours ont été répercutées au niveau des prix
aux producteurs, malgré la pratique des prix homologués fixés par l'Etat qui n'a pris fin qu'en
1994. L'effritement des revenus des ménages a été douloureux pour les masses paysannes.
Tableau 1.2 Variations en % des prix aux producteurs des produits de base
Produits 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 Moyenne annuelle
Cacao 10,8 2,4 0,0 0,0 0,0 -40,5 0,0 -20,0 -25,0 -8,0
Café robusta 10,3 2,3 0,0 0,0 0,0 -60,2 -11,4 0,0 -35,5 -10,5
Café arabica 9,8 5,6 0,0 0,0 0,0 -47,4 0,0 0,0 -20,0 -5,8
Source : Le Cameroun en chiffres 2000, MINEFI/DSCN, 2001
Pendant cette période difficile, les ménages ont perdu une partie importante de leurs revenus,
surtout que très peu d'entre eux pratiquait en même temps les cultures vivrières à des fins de
commercialisation comme c'est le cas actuellement. La période 1985/1986 à 1993/94 représente
pour les camerounais urbains comme ruraux, une décennie de profonde crise économique et
sociale.
Depuis l’exercice budgétaire 1994/95, la croissance économique retrouvée semble cohabiter avec
une situation de pauvreté persistante.
7
A l'issue de ces deux réductions de salaires de janvier et novembre 1993, les hauts salaires ont subi une baisse de
l'ordre de 60 %.
8
Statistiques générales sur le système éducatif camerounais en 1999/2000, DSCN-MINEDUC, 2000.
ECAM II Rapport principal page 23
1.3 L'espoir des six dernières années : 1995 - 2001
En janvier 1994, l’ajustement monétaire réalisé à travers la dévaluation du franc CFA conjugué
avec d’autres mesures de politiques économiques permettent d’infléchir la tendance. Au cours de
l’exercice budgétaire 1994/95, l'économie camerounaise retrouve ainsi le chemin de la
croissance après une décennie de récession marquée par une forte dégradation des conditions de
vie des ménages. Le tableau 1.3 ci-après dont les données sont tirées de la version SCN 93 des
comptes nationaux permet de comprendre ce qui nourrit la croissance retrouvée.
Les premières améliorations significatives sont enregistrées dans les secteurs d’exportations qui
tirent la croissance dès l'exercice 1994/95. Les effets mécaniques de la dévaluation de janvier
1994 permettent un accroissement considérable des recettes d'exportations, avec une contribution
déterminante de 306,8 milliards pour le pétrole en hausse de 21,1% par rapport à 1993/94, et de
165 milliards pour le bois. Ces deux produits représentent 58,2% de l’ensemble des exportations
de cet exercice, lesquelles ont cru de 34,4% par rapport à 1993/94. Dans le même temps et grâce
à la remontée des prix aux producteurs, la consommation privée connaît une accélération
remarquable. La libéralisation de la filière agricole intervient au dernier trimestre 1993. Les
premiers prix libéralisés pratiqués en 1994 pour le cacao, le café robusta et le café arabica
connaissent des augmentations respectives de 100%, 170% et 175% par rapport à l’année
précédente. Lors de la campagne 1995, les prix aux producteurs continuent leurs courses avec
des augmentations annuelles respectives de 50%, 152% et 64%.
Ce programme économique triennal s'est exécuté avec succès dans un contexte de croissance
économique retrouvée sur laquelle les populations fondent beaucoup d'espoir. Pendant cette
période, les moteurs de la croissance demeurent la consommation et les échanges. Cependant, la
stagnation de la contribution de la consommation privée en 1998/1999 montre bien que la
croissance retrouvée ne contribue pas suffisamment au relèvement du niveau de vie des
populations dont la situation des plus pauvres reste préoccupante. Le pays s’engage alors sur la
voie des programmes économiques dits de deuxième génération axés sur la poursuite de la
croissance économique et la réduction de la pauvreté.
Ce nouveau programme économique triennal aux objectifs en adéquation avec les aspirations des
populations a et continue de susciter beaucoup d’espoir chez les camerounais en général et dans
les couches des moins nantis en particulier. Les multiples espoirs se sont surtout fondés sur :
Le plus grand espoir des populations, notamment celles qui vivent dans la pauvreté réside
actuellement dans l’utilisation effective des ressources dégagées de la mise en œuvre de
l’initiative PPTE pour le financement des projets de réduction de la pauvreté.
C’est dans ce contexte d’espoir que les autorités ont décidé la réalisation de l’ECAM II qui doit
fournir les indicateurs de référence à partir desquels les progrès dans la réduction de la pauvreté
seront mesurés.
L’ECAM II vise à mesurer la pauvreté monétaire et les conditions de vie des populations. Cet
objectif nécessite un certain nombre d’information et est exigeant sur les méthodologies à mettre
en œuvre. Sur le plan conceptuel, les aspects stratification, mise à jour de la base de sondage,
tirage de l’échantillon et méthodologie de la collecte sont parmi les plus importants pour
comprendre et mieux utiliser les données de cette enquête.
La base de sondage utilisée à l’ECAM II est celle du 2ème RGPH d’avril 1987. Compte tenu de
son caractère relativement ancien, un effort de mise à jour a été fait à deux niveaux, à savoir la
remise à niveau des zones de dénombrement (ZD) selon leur taille de 1987 et l’actualisation de
certaines unités primaires (UP) au niveau des arrondissements en nombre de ZD9 .
Dans les sous strates semi urbaines et les strates rurales des provinces, on a privilégié un tirage à
trois degrés, dans la mesure où un tirage à deux degrés aurait entraîné une grande dispersion de
l’échantillon et par conséquent une augmentation des coûts de l’enquête en moyens de
déplacement. Dans le milieu semi urbain, au premier degré, on a tiré les villes (chefs-lieux
d’arrondissement) avec une probabilité proportionnelle à leur taille en ménages en 1987 ; au
deuxième degré, on a tiré les ZD et au troisième degré, on a tiré 18 ménages dans chaque ZD
tirée et dénombrée ; les tirages aux deux derniers degrés se sont faits à probabilités égales. Dans
le milieu rural, le schéma de tirage est le même qu’en milieu semi urbain, à la différence qu’au
dernier degré on a tiré 27 ou 36 ménages dans chaque ZD tirée et dénombrée.
9
Pour plus de détails sur cette question, voir «ECAM II Document de méthodologies, INS août 2002».
ECAM II Rapport principal page 26
La collecte des données quant à elle a duré trois mois dans chacun des trois milieux. Son
organisation et sa durée au sein des ménages retenus étaient fonction des milieux. En milieu
urbain et semi urbain, les relevés des dépenses ont duré 15 jours dans chaque ménage avec six
passages au total ; à chaque passage, l’enquêteur relève les dépenses et les acquisitions des trois
derniers jours à l’aide des carnets de compte tenus par certains membres du ménage et des
compléments d’informations obtenus par interviews. En milieu rural l’enquêteur fait deux
passages dans chaque ménage au lieu de six ; le premier passage permet de relever les dépenses
et acquisitions quotidiennes des sept derniers jours alors que le deuxième passage effectué trois
jours après permet de relever les dépenses et acquisitions des trois derniers jours depuis le
dernier passage. Des relevés des dépenses rétrospectives sur les 3, 6 ou 12 derniers mois selon
les postes de la nomenclature des dépenses ont permis de compléter ces données pour chaque
ménage.
Pour l'analyse des résultats de cette enquête, des choix déterminants ont été faits sur les aspects
indicateur de niveau de vie, unité de consommation, prise en compte des disparités régionales,
ligne de pauvreté et construction des groupes socio-économiques.
L’indicateur permettant de mesurer le niveau de vie du ménage retenu dans le cadre de cette
étude est la consommation annuelle moyenne du ménage par unité de consommation (équivalent
adulte) normalisée par un indice du coût de la vie. La méthodologie pour le calcul de cet
indicateur est explicitée ci-après.
L’enquête ECAM II n’a pas cherché à saisir les revenus, sachant que c’est une approche difficile
à cause surtout des mauvaises déclarations des ménages. L’indicateur de niveau de vie a été
approché par la consommation finale annuelle10 des ménages qui dans une certaine mesure
reflète d’ailleurs mieux le niveau de vie de ces derniers. La consommation finale du ménage
construite à cet effet inclut quatre éléments distincts, à savoir la consommation monétaire,
l’autoconsommation, les transferts en nature reçus d’autres ménages et le loyer imputé des
ménages propriétaires de leur logement ou logés gratuitement. Toutefois, les dépenses de
construction de logement qui sont des dépenses d’investissement n’en font pas partie ; les
dépenses extraordinaires liées à des événements comme mariages, anniversaires, deuils,
funérailles, et autres cérémonies de réjouissance qui en général impliquent les personnes non
membres du ménage tant dans le financement que pour la consommation en ont été exclues. Une
valeur d’usage des biens durables a également été estimée. L'estimation de l’autoconsommation
qui est surtout le fait des ménages ruraux a été améliorée par la prise en compte de la production
non vendue des agriculteurs. S'agissant du loyer imputé, un modèle économétrique qui s’appuie
sur le loyer annuel et les caractéristiques du logement et des chefs de ménage effectivement en
location a permis de procéder à l’imputation des dépenses de loyer aux ménages propriétaires ou
logés gratuitement.
10
Pour plus de détail sur l’estimation de la consommation annuelle, voir le document sur « la méthodologie du
calcul de l’indicateur de niveau de vie et du seuil de pauvreté », DSCN, op c
ECAM II Rapport principal page 27
Il est évident que d’autres facteurs non pris en compte ici influencent le bien-être, notamment la
disponibilité des biens publics et la valeur du patrimoine. Par exemple, l’accès aux biens publics
peut être traité en termes de coût d’opportunité. Le cas d’une personne malade qui désire se faire
soigner permet de préciser cette approche. Si cette personne réside dans une localité ne disposant
pas d’un centre de santé, pour bénéficier de soins, elle se voit contraint d’assurer son transport et
d’autres frais de subsistance en plus des frais médicaux. Dans la définition de la pauvreté
monétaire, on peut tout à fait concevoir d’imputer un revenu fictif aux ménages ayant accès à
des biens publics. Pour que cet exercice soit réalisé convenablement, les données provenant
d’une enquête communautaire sont les plus pertinentes ; ce volet n’a pas fait l’objet de l’ECAM
II.
Etant donné que les ménages sont des entités qui diffèrent par leur composition (taille, nombre
de personnes selon les tranches d’âge, etc.), la dépense de consommation calculée ci-dessus ne
permet pas de les comparer. A titre d’exemple, un ménage d’une personne qui dépense par an
200 000 FCFA n’aura certainement pas le même niveau de vie qu’un autre de deux personnes
dépensant le même montant. Pour comparer les ménages de manière uniforme, une solution
consiste à calculer la dépense de consommation par tête. Cette solution, qui est déjà meilleure
que la précédente n’est pas non plus parfaite. D’abord elle ne tient pas compte des besoins des
individus selon leur âge et ensuite, elle ignore les économies d’échelle existant au sein des
ménages de grande taille (un ménage de quatre personnes n’a pas besoin de deux fois plus de
téléviseurs qu’un ménage de deux personnes). La solution la plus pertinente consiste à calculer la
dépense par unité de consommation.
Pour faire ce calcul, il faut choisir préalablement une échelle d’équivalence. On a testé les
échelles11 d’Oxford et RDA, et le choix a été porté sur l’échelle RDA qui permet de pondérer le
niveau de consommation avec l’âge et le sexe. En effet, cette dernière accorde un poids plus
important aux hommes et fait croître la consommation avec l’âge jusqu’à 50 ans, âge à partir
duquel elle commence à décroître. Le fait que les hommes soient plus nombreux à se consacrer
aux travaux manuels et que cette échelle soit construite à partir des consommations alimentaires
qui sont relativement importantes au Cameroun lui confère un caractère réaliste.
Entre les différentes régions du pays, il y a des différences de prix importantes. Ces différences
sont en particulier inhérentes au coût des transports. En milieu urbain, les produits alimentaires
coûtent en général plus chers alors que les produits manufacturés reviennent plus chers en milieu
rural. Eu égard à ces différences de prix, il n’est pas équivalent de disposer de 1 000 FCFA à
Douala (Littoral) qu’à Pitoa (Nord). Deux alternatives sont possibles pour réaliser des
comparaisons crédibles.
La première consiste à calculer un seuil de pauvreté spécifique pour chaque région qui ne tient
compte que de la structure de consommation et des prix de la région. Cette solution présente
deux inconvénients. D’abord on perd l’attrait de disposer d’un seuil de pauvreté au niveau
national et ensuite, elle ne permet pas toujours de comparer les niveaux de dépenses entre deux
régions différentes.
11
Voir pour plus de détails « ECAM II : Document de méthodologies ; INS août 2002 ».
ECAM II Rapport principal page 28
La seconde consiste à calculer un seuil de pauvreté pour une région de référence et de calculer un
indice spatial du coût de la vie qui sert de déflateur pour les dépenses des ménages ; cette
dernière solution a été adoptée.
Ainsi, un indice de parité de pouvoir d’achat a été calculé à partir des indices régionaux fournis
par le volet prix de l'enquête. Pour cet exercice, les prix ont été relevés sur un panier national
commun d'environ 150 produits présents dans les différentes régions du pays (en milieu urbain
et rural) pendant les trois mois d’enquête. La région de Yaoundé a été retenue comme région de
référence à partir de laquelle on compare les autres, à cause de la bonne représentativité du
panier et de la disponibilité d'une bonne information sur les prix dans cette région. Un indice de
0,950 pour une région donnée signifie que le panier de biens que l’on obtient avec 1000 FCFA à
Yaoundé coûterait dans cette région 950 FCFA.
La méthode de calcul du seuil de pauvreté est basée sur l’approche des besoins essentiels. Il s’est
agi de calculer d’abord un seuil alimentaire et d’y ajouter ensuite un montant correspondant aux
besoins de base non alimentaires.
Pour le calcul du seuil alimentaire, un panier de biens représentatif des choix des consommateurs
a été défini à partir des données de l’enquête, en excluant les populations du premier et des trois
derniers déciles susceptibles d’avoir des consommations particulières. Les biens du panier
obtenu ont été valorisés aux prix de Yaoundé de façon à permettre à un individu adulte
d’atteindre une norme minimale de 2.900 Calories12 . Le panier effectivement utilisé se compose
seulement de 61 produits représentant près de 80% des dépenses de consommation alimentaire.
Les produits absents sont de faibles coefficients budgétaires et en général on ne dispose ni de
leurs prix, ni de leurs différents apports calorifiques. On obtient alors un seuil alimentaire au prix
de Yaoundé de 151.398 FCFA.
Pour le calcul du seuil non alimentaire, à la suite de Ravallion (1996), on a estimé à l’aide d’une
relation économétrique la part α des dépenses alimentaires des ménages dont la dépense par
équivalent adulte est juste égale au seuil de pauvreté. La dépense alimentaire minimum est alors
de 151.398 * (1 – α). Le seuil de pauvreté total définitif (appelé seuil minimum) calculé s’élève
à 232.547 FCFA. Un seuil maximum13 permettant de distinguer intermédiaires et non pauvres a
également été calculé.
La constitution des groupes socio-économiques compte tenu des objectifs de ciblage des pauvres
dont toute politique de réduction de la pauvreté a besoin, cherche à identifier des groupes de
personnes dont les comportements peuvent être relativement homogènes du point de vue du
phénomène. Prenant en considération cette nécessité et le fait qu’un groupe doit avoir un effectif
suffisant pour permettre l’analyse, les ménages ont été classés en quatorze groupes socio-
économiques. Leur constitution est basée sur la situation dans l’activité, le secteur institutionnel,
le secteur d’activité et la catégorie socio professionnelle du chef de ménage.
12
Norme définie pour un adulte dans la construction de l’échelle d’équivalence RDA utilisée dans la prise en
compte de la composition des ménages.
13
Pour le calcul du seuil maximum, voir « méthodologie du calcul de l’indicateur de niveau de vie et du seuil de
pauvreté ». Dans la présente étude la notion de non pauvre a été élargie pour mettre ensemble intermédiaire et non
pauvre.
ECAM II Rapport principal page 29
Ces groupes sont les suivants : personnel de direction et cadres14 du secteur public, autres
salariés du secteur public, personnel de direction et cadres du privé formel, autres salariés du
privé formel, exploitants agricoles, salariés et autres dépendants agricoles, patron de l’informel
non agricole, travailleurs pour compte de l’informel non agricole, salariés et autres dépendants
de l’informel non agricole, chômeurs, élèves et étudiants, retraités, invalides/malades, autres
inactifs (rentiers, femmes au foyer, etc.). Les unités informelles sont celles qui n’ont pas de
numéro du contribuable et qui ne tiennent pas une comptabilité.
14
On parlera de cadre mais en fait, il s’agit de cadres et agents de maîtrise et le secteur public ici comprend
également le parapublic.
ECAM II Rapport principal page 30
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CHAPITRE 3. PROFIL DE PAUVRETE MONETAIRE
Ce chapitre établit un profil de pauvreté monétaire sur la base des informations sur les dépenses
de consommation et apprécie les inégalités régionales. En rappel, le seuil de pauvreté a été
estimé à 232.547 FCFA par équivalent adulte15 et par an. Ce niveau de dépense permet à un
adulte de bénéficier d’une alimentation tout en lui assurant ses besoins essentiels non
alimentaires.
Un ménage est pauvre si sa dépense annuelle par équivalent-adulte est inférieure au seuil de
pauvreté. Les personnes pauvres sont celles qui vivent dans les ménages pauvres. Il est important
de relever que l’unité d’observation lors de l’enquête étant le ménage, la présente définition de la
pauvreté ne prend pas en compte d’éventuelles inégalités intra ménages, c’est-à-dire les
discriminations qui existeraient par exemple entre les garçons et les filles au sein d’un même
ménage. Dans le même ordre d’idée, le champ de l’enquête étant limité aux ménages ordinaires,
les personnes vivant dans les ménages collectifs (orphelinats, malades de longue durée dans les
hôpitaux, population carcérale, élèves en internats, militaires dans les casernes, etc.) et les
populations marginales (personnes sans domicile fixe, etc.) ne sont pas dans le champ couvert
par l’enquête.
La population de ces ménages ordinaires a été estimée à 15.472.559 personnes vivant au sein de
3.120.935 ménages. S’agissant des ménages, l’incidence de la pauvreté est de 30,1%, soit 12,3%
en zone urbaine et 39,7% en zone rurale. Parmi les 15.472.559 individus, 6.217.058 personnes
vivent au-dessous du seuil de pauvreté, soit une incidence moyenne de la pauvreté au niveau
national de 40,2%. Si environ 4 personnes sur 10 sont pauvres au niveau national, la situation est
différente selon le milieu de résidence. En zone urbaine la pauvreté touche moins de deux
personnes sur dix, contre plus de cinq personnes sur dix en milieu rural.
Pour caractériser les régions en fonction de l’incidence de la pauvreté, trois sous-ensembles ont
été repérés. Le sous-ensemble contenant les régions que l’on qualifierait de moins pauvres
comprend Douala, Yaoundé et les parties urbaines des provinces du Sud-ouest, du Centre, de
l’Est, du Nord-ouest et du Littoral ; dans chacune de ces régions, moins de deux personnes sur
dix sont touchées par la pauvreté. A l’autre extrême, le troisième sous-ensemble comprend les
régions qualifiées de plus pauvres où l’incidence de la pauvreté atteint le niveau de 47%. Toutes
les zones rurales sont dans cette catégorie à l’exception de celles des provinces du Sud, du
Sud-Ouest et de l’Ouest.
15
La normalisation de la dépense par équivalent-adulte au lieu de la dépense par tête présente l’avantage de tenir
compte de la composition du ménage et donc de prendre en considération les économies d’échelle existant au sein
des ménages de grande taille (un ménage de quatre personnes par exemple n’a pas besoin de plus de postes de
télévision qu’un ménage de deux personnes).
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Cependant, la classification précédente est encore trop sommaire dans la mesure où elle ne fait
pas intervenir le poids relatif de chacun des sous-ensembles dans la population totale. En effet,
le choix des mesures de politique est guidé par le niveau des incidences de la pauvreté en rapport
avec la densité du peuplement. Il convient alors de considérer la structure régionale de la
pauvreté, structure beaucoup plus à même d’orienter le ciblage des politiques si l’objectif affiché
est d’atteindre le maximum de personnes pauvres. Compte tenu des incidences de la pauvreté
élevées en milieu rural et du fait que la majorité de la population vit dans ces strates, ce sont
finalement un peu plus de huit personnes pauvres sur dix qui y résident. La localisation par
province laisse apparaître qu’une personne pauvre sur quatre vit dans la province de
l’Extrême-Nord, un peu moins d’une sur six dans la province du Nord-ouest, une sur dix pour
chacune des provinces du Nord, de l’Ouest et du Centre.
La pauvreté a été également analysée à travers son intensité. L’intensité de la pauvreté est
l’indicateur qui permet de mesurer le gap moyen de revenu par rapport au seuil de pauvreté. Cet
indicateur aide à déterminer le montant du revenu qu’il faudrait transférer à un individu pauvre
pour le sortir de sa situation. En matière de réduction de la pauvreté, le choix entre l’incidence et
l’intensité de la pauvreté est un choix stratégique. S’appuyer sur l’incidence revient à dire que
l’on se préoccupe uniformément des individus pauvres sans se soucier de leurs différences de
revenus. Le choix de l’intensité de la pauvreté introduit une dimension supplémentaire qui est
celle de l’écart des revenus des pauvres par rapport au seuil de pauvreté.
Deux faits importants méritent d’être relevés : les provinces du Sud et de l’Ouest ont la
particularité de disposer des écarts les moins prononcés entre les parties urbaine et rurale aussi
bien pour ce qui est de l’incidence que de l’intensité de la pauvreté. Ensuite, les taux de pauvreté
des parties rurales des provinces du Nord et de l’Extrême-Nord sont proches de ceux de la
province du Nord-ouest ; ces trois régions enregistrent les plus forts taux d’intensité qui semblent
largement influencés par l’ampleur de la pauvreté rurale. De plus, à l’opposé des provinces du
Sud et de l’Ouest, celle du Nord-ouest a les écarts de pauvreté les plus prononcés entre les
milieux urbain et rural.
16
On rappelle au lecteur que ces dépenses sont normalisées à l’aide d’un indice spatial du coût de la vie.
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L’analyse des données révèle par ailleurs que la pauvreté aurait une ampleur plus importante si
on se limitait strictement aux dépenses monétaires ; de même les écarts entre les strates urbaines
et rurales s’accentueraient. En zone rurale où les dépenses non monétaires représentent plus de
27% des dépenses totales des ménages sans que l’on prenne en compte les loyers imputés, la non
prise en compte des dépenses non monétaires (approche revenu au sens strict) ferait croître
l’incidence de la pauvreté (39,7%) de près de 20 points. Sur le plan régional, il convient de
signaler que la part des dépenses non monétaires est particulièrement importante (supérieure à
20%) dans les régions du Centre, de l’Est, de l’Extrême-Nord, du Nord et du Sud.
Indépendamment de la strate de résidence, l’autoconsommation, les transferts en nature et le fait
de disposer d’un logement, quelle que soit sa qualité, sont de véritables stratégies mises en œuvre
par les ménages à bas revenus pour améliorer leur bien-être.
La situation par rapport à la pauvreté peut dépendre d’un certain nombre de variables parmi
lesquelles le sexe, l’âge, le niveau d’instruction du chef de ménage, sa religion, son statut
matrimonial et la taille du ménage.
L’analyse par sexe montre que près d’un ménage sur quatre est dirigé par une femme ; dans la
plupart de ces cas, cette femme chef de ménage est célibataire, veuve ou divorcée. La situation
de la femme par rapport au marché du travail est affectée par son faible niveau de qualification.
Elle y a moins accès que l’homme et même quand elle travaille, à qualification égale, les femmes
occupent souvent les emplois les moins bien rémunérés. Fort de cet argument, on a souvent
avancé que la pauvreté affecte plus les femmes que les hommes.
L’âge du chef de ménage paraît quelque peu discriminant en matière de pauvreté. Les taux de
pauvreté sont les moins élevés dans les ménages dont l’âge du chef est inférieur à 30 ans, et ils
augmentent régulièrement avec l’âge du chef de ménage. Pour les ménages dont le chef a 60 ans
et plus, on observe le taux le plus élevé de 37,4%. Cette dernière catégorie de ménages sans être
numériquement la plus importante, contribue le plus à la pauvreté ; c’est en son sein qu’on
trouve la plus forte concentration des personnes pauvres (près d’une personne pauvre sur quatre
y vit). Parmi ces personnes qui appartiennent à des ménages pauvres, 74,1% ont moins de 30
ans.
Parmi les caractéristiques du chef de ménage, le niveau d’instruction est assurément celle qui
discrimine le mieux entre les ménages pauvres et non pauvres. La pauvreté affecte plus de quatre
ménages sur dix parmi ceux dont le chef n’a pas été à l’école, un peu moins de quatre sur dix
pour ceux dont le chef a le niveau primaire et moins d’un ménage sur vingt parmi ceux dont le
chef a un niveau universitaire. Malgré les difficultés d’insertion sur le marché du travail
auxquelles font face les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur depuis plus de quinze ans,
le diplôme s’avère être un véritable viatique pour s’affranchir de la pauvreté à condition
évidemment d’arriver à décrocher un emploi. La structure de la pauvreté laisse apparaître une
forte concentration des personnes pauvres dans les ménages dont le chef n’a pas été à l’école ou
est du niveau de l’enseignement primaire ; quatre personnes pauvres sur cinq vivent dans cette
catégorie de ménages.
La prise en compte de la taille des ménages montre clairement que la pression démographique
est source de pauvreté. En effet, l’incidence de la pauvreté croît avec la taille des ménages ; les
ménages d’une personne enregistrent le taux de pauvreté le plus faible, soit 5,8%, contre 52,6%
chez les ménages qui abritent huit personnes et plus. Ces ménages de 8 personnes et plus
concentrent 52% de pauvres et disposent en moyenne de plus de 10 personnes en leur sein. Le
nombre moyen d’actifs occupés de cette catégorie de ménages qui est de 3,2 personnes et le taux
de pluri activité le plus faible (19,5%) présagent du caractère jeune des populations vivant au
sein de ces ménages.
Suivant la religion du chef de ménage, l’incidence de pauvreté est très élevée dans les ménages
dirigés par les animistes. Les ménages dont le chef est musulman enregistrent un taux de
pauvreté de 43,7%. La taille des ménages est forte dans les ménages animistes et musulmans, ce
qui peut expliquer leur situation. Toutes les autres catégories de ménages ont des taux de
pauvreté en dessous de la moyenne nationale. Les ménages dirigés par un chef de religion
catholique qui abritent 40% de la population contiennent 35% de pauvres.
Le statut matrimonial du chef de ménage permet d’isoler les ménages dont le chef est marié
polygame comme ceux qui ont l’incidence de pauvreté la plus élevée (49,7%). Avec 25% de la
population totale, ce groupe compte 30,7% de pauvres. La pression démographique y est très
élevée. En moyenne, 3 actifs occupés ont à leur charge environ 5 personnes en plus d’eux-
mêmes.
Les ménages tirent l’essentiel de leurs revenus de l’exercice d’une activité économique et pour
cette raison, la situation par rapport au marché du travail revêt un intérêt particulier pour l’étude
de leurs conditions de vie.
L’enquête révèle que le marché du travail est caractérisé par des taux d’activité élevés, quatre
personnes sur cinq sont soit actives occupées, soit à la recherche d’un emploi. Ce taux
d’ensemble masque cependant des disparités importantes entre d’une part le milieu urbain où il
est de 73% et d’autre part le milieu rural où il se situe à 84,4%. Le milieu urbain est en outre
caractérisé par un chômage important puisqu’un actif sur trois est à la recherche d’un emploi si
l’on utilise le concept de chômage élargi. Par contre, en milieu rural, le chômage est relativement
moins présent puisqu’il n’affecte que 8,6% de la population active17 . En fait ce dernier milieu est
caractérisé par la prédominance des emplois agricoles accessibles pratiquement à toute la
population.
Dans cette partie, les ménages sont classés en fonction de l’occupation professionnelle du chef
de ménage dans le cadre de son activité principale. Le taux d’activité est élevé parmi les
membres secondaires du ménage, ce qui témoigne de la capacité de ces derniers à contribuer à
l’amélioration du bien-être du ménage. Pour en tenir compte, l’analyse de la pauvreté en relation
avec le marché du travail fait intervenir outre les GSE, le nombre d’actifs occupés dans le
ménage.
Ces diverses catégories sont inégalement réparties au niveau national. Dans l’échantillon18 des
ménages, la catégorie de ménages de loin la plus importante est celle des exploitants agricoles
(33,4% des ménages) et la moins représentée, celle des patrons non agricoles informels (1,2%
des ménages soit un effectif de 134 ménages). En dehors de cette dernière catégorie, les autres
catégories de ménages sont relativement assez bien représentées puisque les effectifs les moins
importants sont ceux des ménages d’étudiants (1,5%), des salariés et autres dépendants agricoles
(1,6%), et des autres inactifs (1,7%). On dénombre également 622 ménages dont le chef est
chômeur (5,6%) et 710 ménages de personnel de direction et cadres du privé formel (6,5% des
ménages). Ces effectifs, sans être trop importants, permettent néanmoins des analyses pertinentes
au niveau national. Par contre au niveau régional, ces analyses deviendraient fragiles puisque
certaines catégories de ménages seraient pratiquement inexistantes dans certaines régions. En
l’occurrence, les ménages dont le chef est exploitant agricole sont à près de 91% des ménages
ruraux et totalement absents des villes de Douala et Yaoundé. A l’autre extrême, les dix régions
rurales réunies ne comptent que 138 ménages dont le chef est chômeur, alors que les deux
métropoles que sont Douala et Yaoundé en comptent respectivement 156 et 124.
17
A titre de rappel, le milieu rural dans cette étude inclut également les petites villes, dans le milieu rural au sens
strict, le chômage est encore moins important.
18
Cet échantillon compte 10 922 ménages.
ECAM II Rapport principal page 39
3.3.2.1 Situation des actifs occupés
Par rapport au marché du travail, l’enquête montre que la catégorie de ménages de loin la plus
affectée par ce fléau est celle des exploitants agricoles. On dénombre près de 7.260.000
personnes vivant dans des ménages d’exploitants agricoles et parmi elles, 4.140.000 sont
pauvres, soit une incidence de la pauvreté de 57%. Les ménages d’exploitants agricoles abritent
à eux seuls près de sept personnes pauvres sur dix. La forte pauvreté constatée dans ce groupe ne
résulte pas d’une pression démographique excessive puisque la taille moyenne des ménages (5,1
personnes) y est égale à celle de la moyenne nationale de 5,0 personnes.
Les exploitants agricoles forment bien le groupe le plus défavorisé. La dépense moyenne par
équivalent-adulte y est inférieure de plus de 33% à la moyenne nationale. Les pauvres y accusent
un gap de 33,5% par rapport au seuil de pauvreté. De plus, cette dépense dispose d’une
composante non monétaire évaluée à plus de 40%. Si on enlevait cette composante non
monétaire, la quasi-totalité des exploitants agricoles seraient dans une situation de pauvreté.
L’étroitesse des superficies des exploitations agricoles, les difficultés d’accès à la terre et au
crédit, les pratiques culturales inappropriées, le mauvais état des infrastructures routières
apparaissent comme les principaux obstacles qui expliquent la faiblesse des revenus et donc la
pauvreté de ce groupe. Les exploitations sont en général de petites tailles : deux sur trois ont
moins de deux hectares et neuf sur dix ont moins de cinq hectares. Les pratiques culturales sont
caractérisées par la faiblesse des équipements. La valeur moyenne des équipements agricoles
parmi les ménages d’exploitants agricoles s’élève à moins de 78.000 FCFA, même pas de quoi
acquérir une charrue. Plus grave encore, plus de 50% de ces exploitations disposent d’un
équipement d’une valeur inférieure à 5.000 FCFA. Il est d’ailleurs intéressant de relever que les
activités agricoles réalisées comme activités secondaires par les cadres et patrons du public ou du
privé disposent d’équipements d’une valeur trois fois plus importante. Quant à l’accès aux
infrastructures, les exploitants agricoles déclarent résider en moyenne à 23 kilomètres de la route
bitumée la plus proche, ce qui peut poser un problème d’accès aux marchés.
Et pourtant, ce n’est pas par manque d’initiatives que ces ménages d’exploitants agricoles sont
pauvres. Ils tentent de mettre en œuvre des stratégies qui ne débouchent pas toujours sur des
résultats satisfaisants. D’abord plus d’un chef de ménage sur trois exerce une activité secondaire.
De plus, le nombre d’actifs occupés y est le plus élevé puisqu’il s’élève à 2,4 personnes contre
moins de 2 personnes pour les autres types de ménage. C’est donc près de la moitié des membres
du ménage qui exercent une activité susceptible de contribuer à l’amélioration des conditions de
vie du ménage.
Après les exploitants agricoles, le groupe suivant est celui des ménages dont le chef est
travailleur pour compte propre dans le secteur informel non agricole. Il s’agit d’une catégorie de
ménages essentiellement urbains où l’on dénombre 402.000 ménages abritant 1.886.000
personnes. Ce groupe est numériquement le plus important après celui des exploitants agricoles.
Dans cette catégorie, une personne sur trois vit dans un ménage pauvre. En comptant 648.000
personnes pauvres, ce groupe est également celui qui concentre le plus d’individus pauvres après
celui des exploitants agricoles. La dépense moyenne par équivalent-adulte est juste supérieure de
4% à la moyenne nationale. Celle des pauvres de ce groupe se situe à 72% du seuil.
Le groupe de ménages dont le chef est salarié dans l’agriculture accuse également une incidence
de la pauvreté très élevée. Parmi eux, plus d’une personne sur deux vit dans une situation de
pauvreté. Contrairement aux ménages d’exploitants agricoles, ce groupe est nettement moins
représenté dans la population et il abrite 2% des individus pauvres.
Les ménages les plus protégés contre ce fléau sont de toute évidence ceux dont le chef est cadre
(cadre dirigeant ou simple cadre), qu’il soit du secteur public ou privé. La dépense moyenne par
équivalent-adulte est égale à 2,1 fois celle de la moyenne nationale pour les cadres du public et
2,0 fois pour les cadres et patron du privé. Pour ces ménages, l’incidence de la pauvreté est
respectivement de 6,9% et 11,3%. Le niveau plus élevé de l’incidence de la pauvreté chez ceux
du secteur privé témoigne de plus grandes inégalités au sein de cette catégorie de ménages.
Cependant, que la condition de cadre ne permette pas toujours d’endiguer la pauvreté devrait
néanmoins attirer l’attention, même si les taux de pauvreté sont relativement faibles. En fait,
depuis la réforme du Code du Travail, le marché est devenu flexible et les salaires négociables au
cas par cas. Les salaires des cadres débutants peuvent donc être faibles et ceci peut expliquer en
partie cela. Une autre explication du faible niveau de vie dans certains ménages dont le chef est
cadre notamment dans le secteur public pourrait être la pression sociale qui s’exerce sur ces
ménages puisqu’il s’agit de l’une des catégories qui présentent une taille moyenne du ménage
des plus fortes. Cela étant, ces ménages demeurent par-dessus tout, ceux qui sont le moins à
plaindre. D’ailleurs, ceux d’entre eux qui sont pauvres ne sont pas très éloignés du seuil de
pauvreté. En effet, la différence relative entre ce seuil et le revenu moyen de ces pauvres est de
22,8% ; ce qui équivaut à moins de 52.925 FCFA par an qu’il faudrait transférer à chaque
personne adulte vivant dans ces ménages pour les sortir de cette situation.
Après les cadres, les autres salariés du secteur privé formel et les patrons du secteur informel non
agricole constituent le groupe qui arrive le mieux à faire face à la pauvreté. L’incidence de la
pauvreté est de 16,8% parmi ces autres salariés du secteur privé formel et d’un peu plus de
22,3% pour les patrons du secteur privé informel. Les dépenses par équivalent-adulte de ces
deux catégories restent largement supérieures à la moyenne nationale.
Les salariés non cadres du secteur public constituent un groupe préoccupant. L’incidence de la
pauvreté (24,9%) y est à peine inférieure à celle relative aux chômeurs (25,0%) et des salariés
du secteur informel non agricole (27,1%). On remarque également que cette incidence dans cette
sous population est égale à 3,6 fois celle se rapportant aux cadres du public. Ces résultats
laissent apparaître de profondes inégalités au sein du secteur public entre d’une part, le personnel
dirigeant et les cadres (qui comme on l’a souligné ci-dessus constitue la catégorie de ménages la
moins pauvre) et d’autre part, les autres salariés. En effet, la dépense par équivalent-adulte chez
les premiers est égale à près de deux fois celle des seconds.
Les ménages dont le chef est invalide ou malade constituent une autre catégorie où l’incidence
de la pauvreté est forte. Les 84.000 ménages de cette catégorie comptent près de 389.000
personnes dont 200.000 sont pauvres. Ce faible effectif dans la population a pour conséquence le
fait que ces ménages n’abritent que 3% de l’effectif des personnes pauvres. La dépense moyenne
annuelle par équivalent-adulte de ce groupe accuse un gap de 33,8% par rapport au seuil de
pauvreté. Dans la situation budgétaire actuelle au Cameroun où les transferts publics sont faibles,
les ménages de cette catégorie tirent l’essentiel de leurs revenus des réseaux de la solidarité
familiale ; puisque huit invalides sur dix sont pris en charge par la famille.
Outre les invalides, trois autres groupes de ménages d’inactifs sont considérés : les étudiants et
élèves, les retraités et les autres inactifs. Ces trois groupes sont diversement affectés. Parmi les
étudiants, un peu plus d’une personne sur dix est pauvre ; cette proportion est d’environ une
personne sur cinq chez les retraités et 40,9% chez les autres inactifs.
Les élèves et étudiants constituent une catégorie à part. En effet, avant la réforme universitaire de
1993, la principale source de revenus des étudiants était la bourse. Ces transferts ayant été
supprimés, la quasi-totalité des étudiants, au moins neuf sur dix, sont pris en charge par leur
famille. On retrouve donc dans le microsome estudiantin les inégalités existant au niveau
national, d’autant qu’une proportion non négligeable d’entre eux viennent de milieux
défavorisés. On constate par exemple que le revenu moyen annuel par équivalent-adulte des
étudiants est comparable à celui des salariés non cadres du secteur privé. La pauvreté de la
population estudiantine est souvent qualifiée de transitoire dans la mesure où il est apparu
clairement dans les analyses précédentes que le diplôme est le meilleur viatique contre la
pauvreté. Contrairement donc aux personnes actives qui peuvent être dans une situation de
pauvreté structurelle, celle de la majorité des étudiants ne devrait pas persister au-delà de la
période où ils sont encore à l’université. Toutefois, il faudrait nuancer cette affirmation dans la
mesure où, d’une part il faudrait dans un contexte où les ressources sont rares arriver à financer
leurs études jusqu’à terme, et d’autre part avoir accès à un emploi dès la sortie de l’université.
Ensuite, les retraités constituent une catégorie potentiellement vulnérable eu égard à leur âge.
Parmi les inactifs, il s’agit de la catégorie qui dispose de revenus sûrs et réguliers depuis que la
situation financière de la Caisse Nationale de la Prévoyance Sociale (CNPS)19 s’est améliorée.
On relève qu’en plus de leurs pensions, les retraités vivent dans des ménages où on compte en
moyenne 1,2 actifs occupés. Avec la pension de retraite, ce sont donc deux personnes en
moyenne qui apportent un revenu dans cette catégorie de ménages. Ce résultat met en évidence
la raison pour laquelle l’incidence de la pauvreté est plus faible parmi les retraités que parmi
certaines catégories de ménages dont le chef est encore en activité.
19
La CNPS est l’institution chargée de la gestion des pensions des retraités du secteur privé au
Cameroun
ECAM II Rapport principal page 42
3.3.2.3 Situation des chômeurs
Outre les inactifs, l’autre groupe de ménages ne disposant pas d’emploi est celui des chômeurs.
Près de 768.000 personnes vivent dans des ménages dont le chef est au chômage et parmi elles,
une personne sur quatre réside dans un ménage pauvre. L’incidence de la pauvreté dans les
ménages où le chef est au chômage (25,6%) est donc inférieure à celle de plusieurs catégories
dont le chef est actif occupé notamment les salariés agricoles (54,2%) et les travailleurs à compte
propre dans le secteur informel (34,4%). Cet état de fait mérite quelques explications.
En premier lieu, il y a la méthodologie de l’enquête. En effet, il s’agit dans cette étude d’un
chômage au moment de l’enquête alors que l’indicateur de bien-être est construit à partir des
dépenses de toute l’année écoulée. A cause de ce décalage, une personne au chômage au moment
de l’enquête peut être un ancien actif occupé ayant bénéficié de revenus substantiels et ayant
perdu récemment son emploi. D’ailleurs, près de 13% des chômeurs vivent de leur épargne.
La deuxième raison est liée aux caractéristiques des chômeurs. En effet parmi eux, plus de 7%
sont des retraités qui bénéficient d’une pension et continuent à se présenter sur le marché du
travail. Comme troisième raison, il faudrait signaler que dans certaines situations, les contours
entre le chômage et l’inactivité sont un peu flous, et certains chômeurs sont en fait des personnes
qui exercent de temps à autre des emplois marginaux. Enfin, signalons également que dans les
ménages de chômeurs, il y a en moyenne 0,5 actif occupé. Cela confirme le fait que cinq chefs
de ménages au chômage sur dix déclarent être pris en charge par leur famille.
Au niveau des individus, le chômage au sens du BIT touche 467.000 personnes, soit un taux de
chômage de 7,9% dont 18,9% en milieu urbain et 2,3% en zone rurale. Douala et Yaoundé
affichent respectivement 25,6% et 21,5%. Si on élargit le concept aux chômeurs découragés
constitués de personnes inactives qui se disent prêtes à travailler si elles trouvent un emploi, la
population des chômeurs s’élève alors à 1.131.000 personnes ; ce qui représente un taux de
chômage élargi de 17,1% dont 32,3% en milieu urbain et 8,6% en zone rurale. Douala et
Yaoundé se placent en tête avec 38,2% et 34,5% respectivement. Dans un environnement où le
marché de travail est caractérisé par une absence de fluidité de l’information sur la demande du
travail de la part des entreprises, l’offre du travail des ménages s’exprime beaucoup plus par des
canaux informels. Les chômeurs découragés sont donc à considérer au même titre que les
chômeurs au sens du BIT.
Au regard de l’incidence de la pauvreté, ce fléau touche plus les chômeurs découragés par
rapport aux chômeurs au sens du BIT. 29,4% de chômeurs découragés sont pauvres, contre
21,8% de chômeurs au sens du BIT. Le chômage élargi compte parmi ses 1.131.000 victimes,
290.000 pauvres dont 2 sur 3 appartiennent à la catégorie de chômeurs découragés. L’analyse du
chômage élargi20 et au sens du BIT permet de rapprocher véritablement les comportements de
ces deux groupes.
20
Le chômage est dit élargi lorsque l’on ajoute aux chômeurs au sens du BIT les chômeurs découragés.
ECAM II Rapport principal page 43
S’agissant du chômage BIT, l’incidence de 21,8% au niveau national se décompose en 34% en
milieu rural et 20% en zone urbaine. Malgré le phénomène de la chaîne des solidarités que l’on
dit plus présent en milieu rural qu’en ville, le chômage paraît donc un facteur plus aggravant de
la pauvreté en milieu rural que dans les villes. Sur le plan géographique, Douala, Yaoundé,
l’Ouest et le Sud-Ouest abritent plus de sept chômeurs pauvres sur dix. La pauvreté urbaine bien
connue à Douala et Yaoundé est donc à expliquer partiellement par le chômage ; un chômeur
pauvre sur trois y vit. Alors que les chômeurs pauvres de l’Ouest sont en majorité dans les villes,
ceux du Sud-Ouest habitent majoritairement le milieu rural. Du point de vue de l’enveloppe
budgétaire moyenne nécessaire pour sortir de la pauvreté, elle est la plus élevée dans la région du
Centre (72.000 francs CFA) où les chômeurs pauvres résident à plus de 95% en milieu rural.
En ce qui concerne le chômage élargi, l’incidence de 25,6% au niveau national cache également
des disparités entre strates urbaine et rurale. Elle est de 44,3% en milieu rural et 16,7% en zone
urbaine. Elle atteint 40% dans trois régions à savoir l’Adamaoua, le Centre et l’Extrême-Nord.
Les régions de Douala, de Yaoundé et du Sud-Ouest abritent 42,3% de chômeurs pauvres. Un
regard particulier sur Douala et Yaoundé montre que la pauvreté touche un peu moins les
chômeurs des autres villes des provinces dont ces deux métropoles sont des capitales. Ceci est
vrai tant du point de vue de l’incidence que des effectifs.
En définitive, trois pôles de concentration de la pauvreté sont ainsi mis en évidence, d’abord les
exploitants agricoles en milieu rural (près de sept personnes pauvres sur dix), ensuite les
travailleurs pour compte propre en milieu urbain (10,4% des pauvres) et enfin les chômeurs qui
sans constituer un groupe particulièrement vulnérable dans son ensemble, comptent en leur sein
290.000 personnes pauvres parmi lesquelles on peut déceler l’extrême pauvreté21 . Bien que l’on
constate que ce ne sont pas les ménages dont le chef est sans-emploi (chômeurs ou inactifs) qui
concentrent le plus grand nombre de pauvres, il est prudent de ne conclure définitivement
qu’après examen minutieux des composantes des différents groupes.
21
Alors que par rapport aux GSE, l’intensité de la pauvreté la plus forte est de 19,1 chez les exploitants agricoles,
elle atteint 20,1 % chez les chômeurs pauvres de la province du Centre.
N.B :
Dep = dépenses
Moy = moyenne
Nbre = nombre
Alim = alimentaire
L’enquête a permis de collecter des informations sur la santé des membres du ménage, afin de
s’en servir pour évaluer l’état du capital humain. Si la pauvreté est surtout le manque de revenus
de la part des ménages, rappelons que ces derniers n’ont que leur force de travail comme
dotation initiale en facteur de production pour se procurer un revenu. Cette force de travail ne
peut se vendre que si elle est en bonne santé, d’où l’intérêt d’examiner les manifestations de la
pauvreté sur la santé. Les aspects liés à l'état de santé actuel, à la dernière consultation, à la
vaccination des enfants à bas âge et à l’accessibilité physique et financière aux soins de santé
sont abordés.
Les résultats obtenus indiquent que dans l'ensemble, plus d'une personne sur trois a déclaré avoir
été malade au cours des deux dernières semaines précédant l’enquête. Ce niveau de morbidité ne
varie pas significativement d'une région à l'autre, mais reste légèrement supérieur en milieu rural.
La ventilation de la morbidité en fonction du niveau de vie montre que les pauvres ont été
malades presque autant que les riches. Etant donné l’absence d’expertise des populations dans ce
domaine et le caractère relatif de la maladie, les individus ne perçoivent pas l’état de maladie de
la même manière. De plus, les personnes pauvres qui généralement vont moins se faire soigner,
ne se déclareraient malades que dans des cas de souffrance avancée.
L'analyse en fonction de l'âge montre que les jeunes de moins de 5 ans et les personnes de plus
de 55 ans constituent les couches les plus vulnérables. Le taux de morbidité est de 40,9% et de
52,0% respectivement chez ces deux groupes. Après l’âge de 5 ans, ce taux de morbidité croît en
fonction de l'âge : 23,1% ; 23,2% et 31,7% respectivement chez les personnes de 5 à 14 ans, 15 à
19 ans et 20 à 54 ans.
Les individus choisissent certainement en fonction d’un certain nombre de critères personnels,
collectifs et/ou objectifs, le service de santé auquel ils s’adressent pour leurs soins. Les résultats
de l’enquête montrent que trois personnes sur quatre ont fait leur dernière consultation dans une
structure de santé formelle. Ce phénomène d’ensemble cache les différences qui existent au
niveau des régions. En effet, en dehors des provinces de l’Adamaoua, du Centre, de l’Extrême-
Nord, du Nord et dans une certaine mesure l’Ouest et l’Est où le taux des consultations dans les
structures de santé formelles est faible, il est supérieur à la moyenne nationale dans les autres
provinces.
Les déclarations faites23 par les membres des ménages ont permis de déterminer le niveau de
prévalence de certaines maladies courantes notamment le paludisme, la méningite, les maladies
diarrhéiques et les maladies respiratoires. Suivant les résultats de l’enquête, le paludisme
apparaît comme étant la pathologie la plus répandue avec un taux de prévalence moyen se situant
au-delà de 11%. Le paludisme sévit autant chez les pauvres que chez les non pauvres, et
indifféremment en zone rurale comme en zone urbaine. Les régions du Centre et du Sud-Ouest
apparaissent comme celles les plus touchées avec des taux de prévalence dépassant les 20%. A
l’opposé, l'Est et dans une moindre mesure le Nord-Ouest, sont les régions les moins affectées.
Pour le reste du pays, les taux de prévalence du paludisme se situent à des niveaux comparables.
22
Dans les zones rurales de ces régions, ces distances sont 2 à 3 fois plus grandes que la moyenne nationale qui est
de 3,9 km.
23
La prévalence médicale nécessite souvent des examens de laboratoires pour confirmer qu’un sujet souffre d’une
maladie précise. La déclaration des membres des ménages utilise les symptômes or on sait que la fièvre peut être le
symptôme du paludisme et de bien d’autres maladies. Elle est tributaire de la connaissance et des perceptions que
ces personnes ont des maladies.
ECAM II Rapport principal page 47
Pour ce qui est des maladies diarrhéiques, les régions du Nord, du Sud-Ouest et du Centre se
présentent comme étant les plus affectées avec des taux de prévalence variant de 5 à 6% contre
2,8% au niveau national. Le statut de pauvreté ne permet pas de différencier le degré d'affection.
Par contre, on note une prédisposition légèrement plus forte en milieu rural qu'en milieu urbain.
Ceci ne surprend pas beaucoup lorsqu'on connaît l'influence de l’accès à l’eau potable, de
l'hygiène et de la salubrité sur l'infestation par ce type de maladie. Les régions du Sud, de
l'Extrême Nord, de l'Ouest et du Nord-Ouest sont moins affectées que les précédentes. Pour le
reste du pays, la diarrhée est une maladie peu répandue car elle n'y affecterait qu'environ 1% des
individus.
Les affections respiratoires quant à elles, présentent des taux très disparates à travers les
différentes régions du pays. C'est ainsi que l'on peut observer des pointes se situant autour de
10% dans les régions du Nord, de l'Ouest et du Sud-Ouest, atteignant exceptionnellement 15,5%
dans le Centre. Dans l'ensemble, cette affection est répandue à travers tout le pays même si l'on
peut noter que l'Extrême Nord et dans une moindre mesure la ville de Yaoundé y échappent
avec des taux se limitant à 2 et 3,5% respectivement. Vu sous l'angle du milieu de résidence, les
pathologies respiratoires sévissent plus en milieu rural. Il y a lieu de penser que la relative
meilleure accessibilité aux soins en milieu urbain explique cette différence. Comme pour le
paludisme et les maladies diarrhéiques, le statut de pauvreté ne nous éclaire pas a priori sur la
prédisposition aux maladies respiratoires.
Des quatre maladies retenues pour l’étude, la méningite est celle qui semble la moins répandue,
avec une prévalence négligeable dans toutes les régions du pays. Il s’agit en effet d’une maladie
épidémique, généralement saisonnière24 et dont les symptômes sont peu connus des populations.
24
La collecte s’étant déroulée de septembre à décembre 2001 dans le pays, n’a probablement pas coïncidé avec la
période d‘épidémie dans diverses régions où sévit habituellement cette maladie (Extrême-Nord, Sud-Ouest, …).
ECAM II Rapport principal page 48
4.1.4 Vaccination des enfants de 0 à 35 mois
Afin d’immuniser les jeunes enfants contre les principales maladies de l’enfance, le Programme
Elargi de Vaccination (PEV) entreprend régulièrement des campagnes de vaccination en faveur
des personnes de moins de 5 ans. Dans le cadre de l’ECAM II, l’on a collecté des
renseignements relatifs à l’immunisation des enfants de 0 à 3 ans contre les maladies cibles du
PEV que sont la tuberculose (Vaccin BCG), la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (Vaccin
DTCOQ), la poliomyélite (POLIO) et la rougeole (Vaccin antirougeoleux ou rouvax). Etant
donné qu’en principe, le BCG est administré en dose unique au cours du premier mois de vie de
l’enfant, la dernière dose de DTCOQ et de POLIO à quatre mois, et le vaccin antirougeoleux à
neuf mois, il importe de s’intéresser particulièrement aux enfants supposés déjà bénéficier d’une
immunisation complète.
L’examen des taux de couverture vaccinale des enfants de 12-23 mois estimés à partir des
données de l’enquête révèle quelques disparités selon les types de vaccin. Pour le BCG, 9
régions sur 12 présentent chacune un taux de couverture supérieur à 70% ; les taux les plus bas
sont observés dans les régions septentrionales et l'Est. Le retard que l'on y observe est assez
préoccupant, notamment dans le Nord où ce taux ne dépasse guère 40,5%. Enfin, le fait d’être
pauvre et celui de résider en milieu rural apparaissent comme des facteurs défavorables à l'accès
au BCG. Vu globalement, la couverture vaccinale complète contre la poliomyélite est faible
comparée à celle contre la tuberculose (68,4% en moyenne) ; la configuration régionale est
relativement la même, étant donné que les provinces septentrionales et spécialement le Nord et
l'Extrême Nord présentent une cote d'alerte avec des taux très en dessous de la moyenne (33,9 et
47,9% respectivement). Les non pauvres et surtout les citadins bénéficient plus facilement de la
vaccination contre la polio.
S'agissant du DTCOQ, la couverture reste bonne dans l'ensemble avec une moyenne nationale
dépassant largement les 50%. On note encore que les pauvres se vaccinent moins que les non
pauvres, et que la couverture est de loin meilleure en milieu urbain. Comparativement aux
vaccins cités plus haut, la couverture vaccinale contre la rougeole est généralement plus faible.
La moyenne nationale n'est que de 61,2%. La situation dans le Nord, l’Extrême-Nord et l’Est où
les taux sont respectivement de 14,6 et 21% est préoccupante. Une fois de plus, le statut de
pauvreté et le milieu de résidence déterminent l'accès au vaccin contre la rougeole.
En outre, près d’un enfant de 12-23 mois sur cinq n’est immunisé contre aucune des maladies
cibles du PEV. Les pauvres, les ménages des provinces septentrionales (Nord surtout), de l’Est et
ceux des zones rurales étant les plus défavorisés en dépit des fréquentes campagnes de
vaccinations organisées au niveau national par le Ministère de la santé publique. Les Journées
Nationales de Vaccination (JNV) n’ont pas encore atteint leurs objectifs dans beaucoup de
régions.
En moyenne, la dépense annuelle de santé par tête au niveau national est estimée à 22.000
FCFA. Les ménages urbains dépensent près de trois fois plus que les ménages ruraux, soit en
moyenne respectivement 39.000 FCFA par an et par personne contre 13.000 FCFA. Outre leur
pouvoir d’achat (694.000 FCFA de dépense par unité de consommation), les populations
urbaines ont un accès physique plus facile aux centres de santé que celles du milieu rural. Les
deux métropoles de Douala et Yaoundé, avec une relative abondance d’infrastructures
hospitalières et des dépenses par unité de consommation les plus élevées, disposent également
des niveaux de dépenses de santé les plus élevés, à savoir respectivement de 54.000 FCFA et de
45.000 FCFA par individu et par an.
L’examen des dépenses de santé en fonction du niveau de vie révèle une grande différence entre
les pauvres et les non pauvres. En effet, au niveau national, la dépense moyenne par tête des
ménages non pauvres est environ cinq fois plus grande que celle des ménages pauvres. Ce profil
national se retrouve également au niveau des régions ; toutefois, dans les provinces de l’Est, de
l’Extrême-Nord et du Nord, on observe des dépenses par tête relativement faibles qui se situent
en milieu urbain comme rural, au-dessous de la moyenne nationale. La différence entre pauvres
et non pauvres est plus marquée en milieu urbain, en particulier dans les grandes agglomérations
comme Douala où la dépense de santé des non pauvres est près de six fois plus importante que
celle des pauvres. Cette différence est moins importante dans les provinces du Sud, du Nord-
Ouest, de l’Est, de l’Extrême-Nord et de l’Ouest.
S’agissant de la part des dépenses consacrée à la santé, elle est estimée au niveau national à 7,6%
des dépenses totales des ménages. On note que ce comportement n'est pas uniforme à travers les
régions. Les ménages des provinces de Extrême-Nord, du Nord, de l’Adamaoua, et de l'Est
dépensent beaucoup moins pour ce service social essentiel par rapport à leur budget
(respectivement 3,2%, 5,4% ; 5,7% et 5,2%). A l'opposé, les ménages de Yaoundé, de Douala,
des provinces du Centre, du Nord-Ouest et du Littoral sont ceux qui se soucient le plus de leurs
problèmes de santé ; ils y consacrent entre 8,4% et 10% de leur budget. Le niveau de vie
influence également l'effort budgétaire pour la santé. En général, les non pauvres consacrent une
enveloppe plus grande pour résoudre leurs problèmes de santé, mais dans près de la moitié des
régions, ces dépenses ne représentent pas une part plus importante de leur budget comparée à la
part observée chez les pauvres.
En vue de répondre à cette question, des informations ont été recueillies sur la distance qui
sépare le logement des ménages des infrastructures sanitaires les plus proches et le temps mis par
les populations pour y accéder, selon le mode de locomotion régulièrement emprunté. Le calcul
de la distance moyenne au centre de santé le plus proche est révélateur des différences plus
connues entre milieux de résidence et régions, et celles moins connues, entre les ménages selon
leur niveau de vie. Ainsi, au niveau national, les populations doivent parcourir en moyenne
quatre kilomètres pour accéder au centre de santé le plus proche. La différence est nette entre le
milieu rural où cette distance est de 5 km et le milieu urbain où elle n'est que de 1 km.
Au niveau des régions, les populations de Yaoundé, de Douala et des provinces du Littoral et de
l’Ouest parcourent les distances les plus courtes de 1 km, 2 km et 3 km respectivement. A
l'opposé, dans les provinces de l'Est, du Nord et du Centre, les distances moyennes à parcourir
sont les plus longues et sont respectivement 6,5 km, 7 km et 6,4 km. Une analyse par rapport au
niveau de vie révèle qu'aux niveaux national et régional, les pauvres parcourent en moyenne une
distance plus longue que les non pauvres pour accéder au centre de santé le plus proche. En
moyenne le non pauvre, au niveau national, parcourt une fois et demie moins de distance pour se
faire soigner. Cette différence est cependant plus marquée dans les provinces de l’Adamaoua et
du Sud-Ouest, et peu sensible au Nord, dans le Littoral, et dans les métropoles que sont Douala
et Yaoundé.
Tableau 4.5 Accessibilité au centre de santé le plus proche selon le niveau de vie
Temps moyen mis pour y
Distance moyenne en km % de ménages satisfaits
aller en minutes
REGIONS
Pauvres Non Ensemble Pauvres Non Ensemble Pauvres Non Ensemble
Pauvres Pauvres Pauvres
DOUALA 0,89 1,00 0,99 13,9 11,9 12,1 92,4 70,3 72,1
YAOUNDE 1,06 0,92 0,93 10,3 9,2 9,3 86,5 87,4 87,3
ADAMAOUA 6,58 3,61 4,64 47,3 26,7 33,9 70,3 61,4 64,5
CENTRE 7,73 5,61 6,37 73,6 59,0 64,2 51,2 64,4 59,7
EST 5,91 6,80 6,52 29,9 30,1 30,0 51,2 52,9 52,3
EXTREME NORD 4,63 3,58 4,05 39,3 31,5 35,0 69,4 76,9 73,5
LITTORAL 2,29 1,98 2,06 26,8 18,5 20,7 86,9 83,6 84,5
NORD 7,22 7,05 7,11 56,6 48,5 51,4 58,8 67,1 63,8
NORD OUEST 5,39 3,01 4,05 48,6 27,6 36,7 74,0 78,6 76,5
OUEST 2,54 2,94 2,82 27,8 27,6 27,6 58,4 63,1 61,6
SUD 6,77 4,08 4,61 36,6 30,2 31,4 54,4 55,4 55,2
SUD OUEST 7,88 4,75 5,55 25,8 23,0 23,7 57,5 70,7 67,2
Urbain 1,32 1,10 1,13 16,2 12,5 13,0 86,6 81,8 82,5
Cameroun Rural 5,74 4,96 5,26 44,6 36,5 39,7 64,0 65,9 65,1
Ensemble 5,12 3,31 3,86 40,6 26,3 30,6 66,3 70,8 69,3
Source : ECAM II, DSCN/MINEFI
Pour ce qui est de la qualité des soins, au niveau national plus des deux tiers des usagers
déclarent être satisfaits des prestations offertes par la structure de santé la plus proche.
Cette proportion des ménages satisfaits n’est pas assez discriminée par le niveau de vie.
Les trois principales raisons d’insatisfaction sont la qualité des services, le manque
d’équipements appropriés et les coûts d’accès au service.
L’éducation est un besoin social qui a une relation très étroite avec le niveau de vie. En effet, elle
améliore le niveau d’instruction qui, comme l’a révélé le marché du travail, est très corrélé au
niveau de vie. On rappelle qu’au chapitre trois, il a été relevé que le taux de pauvreté est très
élevé chez les ménages dont le chef est non scolarisé, et très bas chez ceux dont le chef a le
niveau de l’enseignement supérieur.
4.2.1 Alphabétisation
L’alphabétisation formelle rend compte de l’aptitude des personnes âgées de 15 ans ou plus à lire
et à écrire en Français ou en Anglais, au contraire de l’analphabétisme. Les résultats de l’enquête
montrent un recul global de l’analphabétisme dans le pays, le taux d’alphabétisation étant
d’environ 68% en 2001 contre 61% en 1996 et en 1987, et 47% en 1976.
Tableau 4.6 Taux d'alphabétisation des 15 ans et plus selon le sexe et le niveau de vie (%)
Régions Hommes Femmes Ensemble
Pauvres Non PauvresTotal Pauvres Non PauvresTotal Pauvres Non Pauvres Total
DOUALA 97,6 97,1 97,2 88,5 90,8 90,5 93,3 94,0 94,0
YAOUNDÉ 92,1 97,0 96,3 89,0 93,0 92,5 90,7 95,0 94,4
ADAMAOUA 44,0 59,0 52,5 15,8 37,7 28,0 29,0 47,8 39,6
CENTRE 89,8 94,0 92,1 76,5 72,9 74,5 82,6 82,6 82,6
EST 72,3 79,1 76,6 42,1 59,8 53,1 56,4 69,0 64,3
EXTREME-NORD 35,6 36,7 36,1 12,9 15,9 14,3 23,5 25,4 24,4
LITTORAL 86,1 91,5 89,9 69,3 74,2 72,6 76,7 82,4 80,7
NORD 40,5 52,3 47,5 14,4 23,3 19,4 26,2 37,2 32,5
NORD-OUEST 80,3 86,6 83,8 62,4 71,8 67,2 70,0 78,5 74,5
OUEST 81,0 88,4 85,8 62,9 71,7 68,3 70,7 79,4 76,1
SUD 90,1 97,0 95,2 78,1 83,3 81,8 83,5 90,0 88,2
SUD-OUEST 80,8 89,6 87,0 64,9 81,3 76,3 72,8 85,6 81,7
Urbain 82,7 94,2 92,4 69,2 85,7 83,1 76,0 90,0 87,8
Cameroun Rural 63,0 69,5 66,5 43,1 49,8 46,6 52,0 58,9 55,7
Ensemble 66,7 82,3 77,0 47,2 66,9 59,8 56,2 74,3 67,9
Source : ECAM II, DSCN/MINEFI
Le niveau de participation scolaire des jeunes de 6-14 ans au cours de l’année 2000/2001 peut
être apprécié à l’aide de plusieurs indicateurs dont le taux brut de scolarisation primaire et le taux
net de scolarisation. L’examen du taux brut de scolarisation primaire, rapport de l’effectif des
inscrits au cycle primaire à la population de 6-14 ans, révèle encore d’énormes disparités de
participation scolaire selon la région, le milieu, le sexe et le statut de pauvreté. Etant donné les
faiblesses de cet indicateur qui est très influencé par la structure par âge de la population scolaire
et qui, de ce fait, est parfois supérieur à 100% en raison de l’inscription au cycle primaire
d’enfants de plus de 14 ans ou de moins de 6 ans, le taux net de scolarisation lui est préférable.
Ce dernier mesure le pourcentage des enfants de 6-14 ans inscrits à l’école par rapport à la
population totale de cette tranche d’âge.
Les résultats obtenus pour cet indicateur confirment les disparités susmentionnées. En effet, il
apparaît qu’en 2000/2001, sur 10 enfants âgés de 6 à 14 ans, près de 8 étaient inscrits à l’école.
On note une amélioration de cet indicateur au fil des années, celui-ci étant passé de 67,5% en
1976 à 73,1% en 1987 ; 76,3% en 1996 et 78, 8% en 2001. Cependant, le Grand Nord en général,
et les provinces de l’Extrême-Nord et du Nord en particulier sont encore particulièrement
défavorisées, avec à peine la moitié des enfants ou un peu plus qui étaient inscrits à l’école en
2000/2001. En milieu urbain, le niveau de scolarisation est plus élevé ; la sous scolarisation,
lorsqu’elle existe en ville, frappe beaucoup plus les femmes que les hommes, surtout dans les
provinces septentrionales ; cette différence est très peu perceptible dans la plupart des autres
régions du pays, notamment Yaoundé, Douala, Centre, Est, Littoral, Ouest et Sud-Ouest.
Tableau 4.7 Taux net de scolarisation des 6-14 ans selon le sexe et le niveau de vie (%)
Hommes Femmes Ensemble
Régions Pauvres Non Pauvres Total Pauvres Non Pauvres Total Pauvres Non Pauvres Total
DOUALA 87,4 97,0 95,9 96,5 96,3 96,4 91,9 96,7 96,1
YAOUNDÉ 91,5 95,2 94,6 86,9 94,9 94,0 89,5 95,1 94,3
ADAMAOUA 55,2 79,4 66,8 48,5 62,9 53,8 51,7 72,7 60,7
CENTRE 89,2 93,0 91,0 94,3 90,1 92,4 91,7 91,7 91,7
EST 79,2 79,3 79,2 75,3 82,9 79,4 77,5 81,3 79,3
EXTREME-NORD 53,9 56,0 54,6 33,9 45,4 38,0 44,2 51,0 46,7
LITTORAL 93,0 96,2 94,7 89,7 97,2 94,1 91,4 96,7 94,4
NORD 57,9 64,8 60,7 35,0 54,3 42,2 46,3 59,9 51,5
NORD-OUEST 87,0 95,2 90,2 84,8 92,2 88,0 86,0 93,7 89,1
OUEST 91,5 95,3 93,5 90,4 96,1 93,5 91,0 95,7 93,5
SUD 95,4 94,0 94,6 85,8 92,0 90,0 91,2 92,9 92,3
SUD-OUEST 89,0 95,4 92,2 81,8 96,8 91,4 86,1 96,2 91,8
Urbain 80,7 94,2 91,1 78,5 92,8 89,9 79,6 93,4 90,5
Cameroun Rural 75,0 80,4 77,1 63,8 77,8 69,6 69,8 79,1 73,5
Ensemble 75,8 86,7 81,3 65,9 85,1 76,2 71,1 85,9 78,8
Source : ECAM II, DSCN/MINEFI
La scolarisation, bien qu’en faveur des non pauvres, reste par région, d’un niveau très
appréciable chez les pauvres. Les régions les moins pauvres sont d’ailleurs celles dans lesquelles
la différence de scolarisation entre ménages pauvres et non pauvres est faible. Ce constat tend à
confirmer que la scolarisation, en renforçant le capital humain, accroît effectivement les
opportunités de générer des revenus chez leurs bénéficiaires.
Au niveau national, les dépenses annuelles moyennes d’éducation s’élèvent à 48.046 F CFA par
enfant en 2000/2001. En moyenne, ce poste de dépenses représente 5,4% des dépenses annuelles
totales des ménages. L’on observe comme précédemment, des disparités suivant le milieu de
résidence, la région et le niveau de vie. L’Extrême-Nord avec 11.536 FCFA de dépenses
annuelles d’éducation par enfant se classe dernière à l’opposé de Yaoundé et de Douala, où le
niveau de dépenses atteint 97.232 FCFA et 94.269 FCFA respectivement. La différence de
niveau de vie entre l’Extrême-Nord d’une part, Yaoundé et Douala d’autre part, explique en
partie leurs positions respectives. Un autre facteur qui explique la différence entre régions est le
type d’établissements fréquentés. En effet, les dépenses sont plus élevées dans les régions où le
taux d’inscription aux établissements privés est important. C’est le cas surtout de Douala,
Yaoundé, Sud-Ouest, Littoral et, dans une certaine mesure, du Nord-Ouest, Centre et Ouest.
L’Adamaoua et l’Extrême-Nord comptent respectivement 5,7 et 7,5% seulement de leurs inscrits
dans les établissements privés, contre une moyenne de 27% au niveau national. S’agissant du
milieu de résidence, la dépense d’éducation est 3,2 fois plus importante dans les grandes villes
que dans les autres zones du pays. Selon le niveau de vie, les parents des ménages non pauvres
dépensent environ 5 fois plus que les parents des ménages pauvres.
En général dans les ménages, la part des dépenses d’éducation par rapport aux dépenses totales
est inférieure à 8%. La propension à investir dans l’éducation varie diversement en fonction du
niveau de vie du ménage à l’intérieur de chaque région. Elle est plus faible pour les ménages
pauvres dans l’Adamaoua, le Nord, l’Est et le Nord-Ouest tandis qu’à Douala, au Littoral, Sud
et Sud-Ouest, on observe plutôt l’inverse. Il apparaît d’ailleurs que le montant des dépenses
d’éducation croît avec les revenus, ce qui confirme la situation des provinces du septentrion où
les dépenses d’éducation sont les plus faibles, représentant moins de la moitié des dépenses
d’éducation par élève au niveau national. Bien plus, les dépenses d’éducation par élève des
ménages relativement aisés de l’Extrême-Nord n’atteignent pas la moitié de celles calculées au
niveau national ni de celles des ménages pauvres de Douala. Les parts de dépenses sont
également les plus faibles dans les provinces septentrionales (moins de la moitié et parfois, du
cinquième de la moyenne nationale), à cause de la contrainte de dépenses incompressibles
d’alimentation.
Les dépenses des ménages en matière d’éducation sont globalement affectées à environ 45% aux
frais scolaires, 35% aux matériels et fournitures scolaires, et 20% aux autres dépenses
d’éducation. Les frais de scolarité représentent généralement le plus grand poste (20 à 42%),
suivi des livres (13 à 27%) et des cahiers scolaires (6 à 20%) selon les régions. Les dépenses en
livres sont en moyenne de 8.500 FCFA par an et par enfant, soit 3.000 FCFA chez les pauvres et
11.500 FCFA chez les non pauvres. La libéralisation du secteur des livres depuis l’année scolaire
1999/2000 peut avoir joué sur ces montants. Les frais de scolarité sont de 14.650 FCFA en
moyenne, soit 3.900 FCFA chez les pauvres et 20.700 FCFA les non pauvres.
La différence entre ménages pauvres et non pauvres trouve ici une explication partielle dans les
dépenses que ces derniers consacrent aux répétitions (2.700 FCFA), cantine (6.400 FCFA) et
transport (4.400 FCFA)
La distance moyenne entre le domicile et l’école primaire publique la plus proche varie de moins
de 1 km à 3 km selon les régions, le statut de pauvreté et le milieu de résidence. Sous réserve des
problèmes d’estimation des distances par les ménages, ceci témoignerait des efforts consentis ces
dernières années par l’Etat et les partenaires du système éducatif du Gouvernement en matière de
création d’établissements scolaires. Malgré ces moyennes d’un niveau apparemment
encourageant, l’on note que ces distances varient de moins de 1 km à 10 km dans certaines
localités.
Tableau 4.9 Distance moyenne pour atteindre l'école primaire publique la plus proche (en km)
Régions Urbain Rural Ensemble
Pauvres Non pauvres Total Pauvres Non pauvres Total Pauvres Non pauvres Total
DOUALA 0,93 0,92 0,92 ///////////// ////////////////// ///////// 0,93 0,92 0,92
YAOUNDÉ 0,69 0,89 0,88 ///////////// /////////////////// ///////// 0,69 0,89 0,88
ADAMAOUA 0,69 0,77 0,75 2,95 1,65 2,14 2,47 1,37 1,75
CENTRE 0,95 0,81 0,82 2,15 2,49 2,37 2,13 2,30 2,24
EST 0,70 0,66 0,66 2,36 2,53 2,47 2,31 2,22 2,25
EXTREME-NORD 0,72 2,42 1,99 2,99 2,21 2,59 2,85 2,24 2,52
LITTORAL 0,93 0,99 0,98 0,89 0,89 0,89 0,90 0,94 0,93
NORD 0,79 0,62 0,66 2,65 2,82 2,76 2,40 2,30 2,34
NORD-OUEST 0,85 0,88 0,88 1,80 1,78 1,79 1,74 1,52 1,62
OUEST 0,84 0,72 0,75 1,28 1,27 1,27 1,20 1,12 1,14
SUD 0,74 0,56 0,59 1,86 1,10 1,25 1,77 1,05 1,19
SUD-OUEST 0,87 1,05 1,03 1,89 1,41 1,57 1,79 1,28 1,41
ENSEMBLE 0,81 0,95 0,93 2,20 1,86 1,99 2,01 1,46 1,62
Source : ECAM II, DSCN/MINEFI
L’habitat entendu au sens du logement et de ses équipements est un domaine privilégié à travers
lequel on peut mesurer les effets de la pauvreté sur les ménages. Les aspects retenus dans cet
exercice concernent surtout le mode d’occupation, le standing du logement et l’équipement du
ménage en biens durables.
Le statut d’occupation des logements permet d’identifier les ménages propriétaires, les locataires
et les ménages logés gratuitement. Ce statut est sensé être en relation avec le niveau de revenus
des ménages qui en tiennent compte pour décider de s’offrir un logement, d’en louer un ou
d’accepter ce qui leur est offert gratuitement (avantage en nature, logement d’astreinte).
Indépendamment de leur niveau de vie, les ménages sont en général propriétaires de leur
logement ; dans l’ensemble, ils sont plus de 6 sur 10 à occuper des logements dont ils sont
propriétaires. Parmi les ménages pauvres, cette proportion avoisine 8 sur 10. Deux raisons
expliquent cette situation paradoxale, car on se serait attendu à voir les non pauvres (supposés
plus riches), occuper des logements qui leur appartiennent. Il s’agit du standing des logements
concernés et des titres de propriété. Les pauvres occupent des logements peu confortables et
donc moins chers ; cette catégorie de ménages habite des structures d’habitat peu confortables.
Deuxièmement, l’analyse de la propriété foncière au sens formel du droit veut que l’on dispose
d’un titre de propriété pour revendiquer son droit de propriété sur un terrain. De ce point de vue,
la proportion des propriétaires détenteurs d’un titre de propriété est de 20,1% chez les non
pauvres, contre 10,2% seulement chez les pauvres. Pour l’analyse du niveau de vie de tous les
propriétaires, on a vérifié l’incidence de la pauvreté selon le statut d’occupation du logement ; il
est apparu que le taux de pauvreté est de 23,8% chez les ménages propriétaires avec titre, contre
40,7% chez les ménages propriétaires sans titre.
L’évolution au cours des quinze dernières années du statut d’occupation dans le graphique 4.1 ci-
dessous montre une dégradation progressive de l’accès à la propriété, en faveur du statut de
locataire et des logements gratuits ou subventionnés qui s’améliorent.
75,0
Propriétaires
50,0 Locataires
Logés gratuitement
25,0
0,0
1984 1987 1996 2001
Années
Cette situation que l’on observe depuis 1984 serait imputable au moins partiellement à
l’urbanisation26 . On observe en effet qu’en ville, plus d’un ménage sur deux est locataire, alors
qu’en zone rurale plus de 7 sur 10 sont propriétaires.
25
Voir tableau 4.11 sur le confort des logements par région.
26
En ville, le mode d’occupation prépondérant est la location, et la réduction de la part des propriétaires s’est faite
sauf en 2001, beaucoup plus en faveur des locataires.
ECAM II Rapport principal page 58
4.3.2 Standing des logements
L’appréciation du standing des logements est ici basée sur la disponibilité d’ un WC avec chasse
eau, des murs en béton, parpaings, briques cuites ou pierres de taille, d’un toit en ciment, tôle ou
tuile et d’un sol revêtu en ciment ou carreaux.
Le choix de ces matériaux qualifiés de définitifs a été fait de manière à pouvoir sans ambiguïté
juger du confort. Ainsi, la planche utilisée pour les murs a plutôt été considérée comme matériau
provisoire afin d’éviter toute confusion. Les logements des ménages pauvres sont manifestement
défavorisés du point de vue confort suivant les matériaux retenus. Les différences de confort sont
nettes entre pauvres et non pauvres, et entre villes et campagnes, sauf en ce qui concerne le toit
pour lequel la tôle ondulée est largement répandue.
Le constat ici est identique à celui fait sur l’utilisation des matériaux de construction des
logements à savoir que les pauvres sont défavorisés par rapport aux non pauvres, ainsi que les
zones rurales par rapport aux zones urbaines. L’utilisation de ces biens est en relation avec le
niveau de vie, mais pas directement avec le standing du logement occupé. Si l’on prend le cas de
l’eau potable, la situation des ménages pauvres est largement améliorée par l’achat de l’eau de
robinet chez les abonnés à la SNEC. L’enquête montre qu’à Douala et à Yaoundé
particulièrement, les ménages pauvres s’approvisionnent beaucoup chez les voisins où ils
achètent de l’eau potable ; 13,4% d’entre eux sont abonnés à la SNEC, contre 30% de ménages
non pauvres. Le branchement des installations d’eau qui fait partie du confort des logements est
donc moins fréquent chez les pauvres.
Tableau 4.12 Proportion de ménages avec eau, électricité et gaz selon le niveau de vie
Statut
Eau potable de boisson Electricité d’éclairage Gaz de cuisine
Pauvre Non Total Pauvre Non Total Pauvre Non Total
Régions pauvre pauvre pauvre
DOUALA 74,2 84,5 83,7 87,4 96,3 95,5 14,4 51,9 48,9
YAOUNDE 87,1 94,6 94,0 89,9 97,9 97,2 10,1 47,8 44,8
ADAMAOUA 38,4 41,0 40,1 13,6 24,0 20,4 0,2 4,2 2,8
CENTRE-Yaoundé 10,7 29,3 22,7 44,8 61,6 55,7 0,3 6,8 4,5
EST 4,6 17,1 13,2 5,3 30,2 22,4 0,0 4,5 3,1
EXTREME-NORD 39,2 44,2 41,9 3,3 11,3 7,6 0,0 0,3 0,2
LITTORAL-Douala 36,0 61,9 55,0 39,8 66,8 59,7 0,5 19,6 14,5
NORD 34,7 40,0 38,2 8,4 17,9 14,7 0,0 3,4 2,2
NORD-OUEST 33,3 60,3 48,4 11,8 47,8 32,0 0,2 4,8 2,8
OUEST 13,5 35,3 28,7 39,3 55,2 50,3 0,2 7,5 5,2
SUD 18,5 36,0 32,6 37,6 38,2 38,0 1,1 14,7 12,1
SUD-OUEST 66,7 77,9 75,1 29,9 66,5 57,2 2,8 20,9 16,3
Urbain 71,5 88,3 86,2 68,2 91,0 88,2 6,7 38,5 34,6
Cameroun Rural 28,2 33,4 31,3 14,9 29,0 23,4 0,0 3,2 1,9
Ensemble 34,3 57,5 50,5 22,5 56,2 46,1 1,0 18,7 13,4
Source : ECAM II, DSCN/MINEFI
En ce qui concerne l’électricité fournie par l’AES SONEL, le ménage peut soit être directement
abonné, soit se connecter au réseau à partir du branchement du voisin. Les 46% de ménages qui
sont branchés au réseau AES SONEL sont répartis en 25,9% abonnés et 20,1% de
consommateurs connectés à partir du branchement du voisin. Le phénomène de connexions à
partir du branchement du voisin est plus répandu en zone urbaine, particulièrement à Douala et
Yaoundé. Les taux d’accès particulièrement élevés dans le Littoral et le Sud-ouest s’expliquent
par la proximité des plus grands centres de distribution. Pour les trois provinces septentrionales,
le faible accès est lié à l’éloignement, à la faible pluviométrie pour l’offre suffisante de
l’électricité d’origine hydraulique produite sur place et aux bas revenus des ménages.
Le gaz est le bien pour lequel la différence entre pauvres et non pauvres est la plus prononcée.
Au niveau national, la proportion des ménages utilisant le gaz est environ 20 fois plus élevée
chez les non pauvres que chez les pauvres. Le gaz est un produit presque absent de la
consommation des ménages pauvres du milieu rural.
La possession de certains équipements est de nature à traduire le train de vie des ménages.
Parmi ceux retenus au cours de l’ECAM II, l’on présente le comportement des ménages par
rapport aux mêmes équipements analysés en 1996. La remarque majeure est que pour l’ensemble
des équipements retenus, les ménages pauvres sont défavorisés par rapport aux non pauvres en
2001 comme en 1996, sauf en ce qui concerne la possession d’une bicyclette.
En dynamique statique, il est intéressant de vérifier que certains biens permettent effectivement
de distinguer les pauvres des non pauvres. Il s’agit de l’automobile, du poste de télévision, du
réfrigérateur, du climatiseur et du ventilateur. En 2001, les proportions des ménages possédant
l’automobile, le poste de télévision, le réfrigérateur, le climatiseur et le ventilateur sont
respectivement 13, 6, 9, 4 et 6 fois plus importantes chez les non pauvres que chez les pauvres ;
en 1996 les différences étaient du même ordre de grandeur sur les équipements concernés.
Tableau 4.14 Pourcentage de ménages possédant certains biens selon le niveau de vie
Biens
Automobile Climatiseur Téléviseur Ventilateur Bicyclette
Pauvre Non Pauvre Non Pauvre Non Pauvre Non Pauvre Non
Régions pauvre pauvre pauvre pauvre pauvre
DOUALA 0,0 9,5 0,0 3,9 13,9 48,3 45,6 75,7 2,4 4,6
YAOUNDE 2,3 10,7 0,0 1,2 37,5 53,9 12,1 30,0 0,0 1,7
ADAMAOUA 1,2 2,0 0,0 0,1 4,6 12,2 1,1 6,2 7,1 4,8
CENTRE 0,7 1,7 0,0 0,5 7,3 16,8 2,8 11,2 5,3 4,5
EST 0,0 2,1 0,0 0,1 1,9 14,1 1,1 7,7 0,7 4,6
EXTREME-NORD 0,5 1,8 0,3 0,8 0,7 5,7 1,1 6,4 39,7 42,5
LITTORAL 0,0 4,2 0,3 1,0 1,6 23,6 4,0 29,6 1,2 5,5
NORD 0,0 2,0 0,4 1,5 1,8 7,8 2,5 12,3 43,5 26,4
NORD-OUEST 0,4 5,2 0,0 0,1 2,0 19,3 0,6 2,6 5,5 11,7
OUEST 0,2 3,5 0,0 0,3 6,0 20,2 1,5 3,8 6,7 4,2
SUD 0,0 2,9 0,0 0,4 9,4 19,6 11,3 23,7 5,4 2,8
SUD-OUEST 0,5 5,7 1,7 0,5 8,2 22,7 9,6 26,3 11,8 5,3
Urbain 1,4 9,3 0,1 2,2 17,0 44,1 17,6 43,2 8,0 4,7
Cameroun Rural 0,3 1,6 0,3 0,2 2,4 9,7 1,5 6,2 18,2 15,9
Ensemble 0,4 5,0 0,3 1,1 4,5 24,8 3,8 22,4 16,7 11,0
Source : ECAM2001, DSCN/MINEFI
La situation de la bicyclette comme moyen de transport plus utilisé chez les pauvres que chez les
non pauvres en 2001 comme en 1996 est le résultat de sa popularité dans les trois provinces
septentrionales27 où réside un pauvre sur quatre. Ce bien inférieur s’est certainement substitué au
vélomoteur dont la proportion de ménages utilisateurs a baissé d’un tiers dans l’ensemble et de
61% chez les pauvres.
27
A l’Extrême-Nord, malgré une population de plus de 200.000 habitants, la vile de Maroua qui est la capitale
provinciale a pour système de transport public les moto taxi.
ECAM II Rapport principal page 61
CHAPITRE 5. PAUVRETE, POTENTIALITES ET GOUVERNANCE
La pauvreté est avant tout, essentiellement le fait de manquer des revenus pour satisfaire ses
besoins vitaux. Que ce soit pour l’individu ou la collectivité, il existe des conditions ou
prédispositions favorables ou défavorables à la création des revenus. Ceux qui réunissent les
conditions favorables sont moins vulnérables que ceux qui n’en disposent pas ; on dit aussi qu’ils
ont des potentialités pour ne pas être pauvres. Les facteurs de vulnérabilité sont valables dans
l’espace et le temps ; ceux que l’enquête ECAM II a saisi concernent l’accessibilité à la terre, au
crédit et à l’épargne.
Compte tenu des difficultés à définir clairement le statut de la terre en terme de propriété, la
question s’est focalisée sur l’exploitation des parcelles, même si elles n’appartiennent pas au
ménage. Il ressort de l’enquête que 6 ménages sur 10 disposent en leur sein d’au moins un
membre qui exploite des terres principalement pour la culture et l’élevage. La superficie ainsi
exploitée est en moyenne de 3,3 hectares par ménage. Si l’on considère le milieu de résidence, la
proportion des ménages dans lesquels il existe au moins un exploitant agricole est au moins 4
fois plus importante en zone rurale que dans les villes. Selon le statut de pauvreté, on remarque
globalement que 1,8 fois moins de ménages non pauvres exploitent des superficies de terres au
moins aussi égales à celles possédées par les ménages pauvres ; dans les milieux urbains, près de
deux fois moins (moitié) de ménages non pauvres possède des superficies de terres trois fois plus
grandes que celles possédées par les ménages pauvres. Ainsi, dans le milieu urbain, la
discrimination est nette entre pauvres et non pauvres par rapport à l’accès à la terre qui, dans le
cadre de l’agriculture péri urbaine, semble offrir une opportunité pour échapper à la pauvreté.
Suivant les régions, l’importance des ménages exploitants agricoles reste en faveur des pauvres,
sauf en ce qui concerne la ville de Douala. Les ménages du Centre, de Yaoundé, du Littoral et du
Sud exploitent à des fins d’élevage ou de culture, des superficies relativement importantes de
terres qu’ils ont déclaré posséder.
Les ménages pauvres du Centre, du Sud, du Nord-Ouest et de l’Est exploitent des terres
relativement importantes par rapport à celles exploitées par les ménages pauvres des autres
régions du pays ; ces régions sont celles où les inégalités en terme d’accès à la terre entre
pauvres et non pauvres sont les moins prononcées. Les régions du Centre, du Sud et du
Nord-Ouest ont d’ailleurs la caractéristique particulière d’être les régions dans lesquelles les
pauvres exploitent des superficies nettement supérieures à la moyenne nationale. Les régions de
Yaoundé et du Littoral sont celles où les différences en terme d’accessibilité à la terre entre
ménages pauvres et ménages non pauvres sont les plus sensibles.
La plus grande accessibilité à la terre dans les régions du Centre, du Littoral et du Sud peut être
examinée comme un facteur de potentialités permettant aux ménages de relever leur niveau de
vie, pas seulement en tirant des revenus plus importants, mais aussi en disposant pour leur
consommation28 des produits de leurs exploitations. A l’opposé, les difficultés d’accès à la terre
de la plupart des ménages pauvres et ruraux expliquent au moins partiellement pourquoi du point
de vue des GSE, les exploitants agricoles et les dépendants agricoles informels 29 sont les actifs
occupés les plus pauvres du pays. Ces constats confirment à n’en point douter, l’importance
sinon la priorité à accorder aux actions de réduction de la pauvreté en faveur du travailleur
agricole.
Les crédits susceptibles d’accroître les revenus des ménages sont des crédits d’investissement
saisis lors de l’enquête. La disponibilité d'une épargne, même de précaution, permet de
distinguer les ménages en difficulté de ceux capables de subvenir à leurs besoins de base à court
terme sans emprunts.
Sur près de 3,12 millions de ménages au Cameroun en 2001, 8,7% seulement ont eu à faire une
demande de crédit pour investir. La structure des crédits à l’économie montre bien que les crédits
à la production sont en général très faibles par rapport aux crédits de consommation ; c’est sans
doute la raison pour laquelle les ménages connaissant la réalité sont assez réservés pour formuler
des demandes de crédits d’investissement. A partir de l’ECAM II, on estime les taux nets d’accès
au crédit calculés par rapport aux ménages qui en ont fait la demande à 12,1%. Près de 9
ménages demandeurs de crédits d’investissement sur 10 se voient refuser le crédit. Le tableau ci-
dessous revient sur les principales raisons de refus du crédit demandé.
28
L’importance de la production vivrière par rapport aux produits de rente dans les provinces du Littoral et du Sud
sur des étendues plus vastes explique non seulement le niveau de l’autoconsommation, mais également celui des
revenus réguliers tirés des cultures vivrières par rapport à la majorité des zones rurales du Centre où le cacao reste
très pratiqué par rapport aux cultures vivrières.
29
Près de 7 pauvres sur 10 appartiennent à ces deux groupes (voir tableau 3.4)
ECAM II Rapport principal page 63
Tableau 5.2 :Raisons principales de refus de crédit (en %)
Régions Garantie Nature de crédit Manque d’appui Autres Ensemble
insuffisante
DOUALA 61,9 3,2 25,3 9,6 100,0
YAOUNDE 51,4 4,3 36,4 7,9 100,0
ADAMAOUA 44,3 0,0 51,0 4,6 100,0
CENTRE 51,4 2,4 35,8 10,4 100,0
EST 51,5 10,2 31,4 6,8 100,0
EXTREME-NORD 37,7 2,0 38,7 21,5 100,0
LITTORAL 36,6 15,4 32,7 15,3 100,0
NORD 41,0 2,1 33,6 23,2 100,0
NORD-OUEST 41,3 14,8 21,1 22,8 100,0
OUEST 72,0 1,3 26,6 0,1 100,0
SUD 19,5 0,0 61,0 19,5 100,0
SUD-OUEST 78,8 8,4 7,8 5,0 100,0
Pauvres 58,1 1,7 27,4 12,8 100,0
Cameroun Non pauvres 53,7 6,7 28,0 11,6 100,0
Ensemble 54,7 5,5 27,9 11,9 100,0
Source : ECAM II, DSCN/MINEFI
L’examen des difficultés d’accès au crédit montre que parmi les principaux motifs de refus, le
plus évoqué est, quel que soit le statut de pauvreté et dans toutes les régions (sauf au Sud),
l’insuffisance des garanties offertes. Plus d’un ménage sur deux a cité ce motif. Ensuite, vient
l’absence d’appui en terme de relations ou d’aval pour faciliter l’accès au crédit. La troisième
raison sur la nature du crédit tient à la difficulté d’avoir un crédit lorsque ce dernier est destiné à
l’investissement, principalement parce que les longs délais de remboursement accroissent les
risques. Pour comprendre ces résultats, il importe de s’intéresser aux types de crédits dont les
ménages ont bénéficié. Les crédits obtenus sont essentiellement des crédits de production pour
créer des unités de production, d’achat d’équipements productifs et d’autres types
d’investissement. Quel que soit le milieu de résidence considéré, le profil de la répartition des
crédits selon le type reste globalement le même.
75
50
Urbain
Rural
25
0
Crédit de Crédit d'exportation crédit d'importation Crédit équipement Autre crédit de
production productif production
Type de crédit
Le graphique 5.1 fait ressortir un profil d’accès au crédit comparable entre les milieux urbain et
rural ; on remarque cependant que le taux d’accès est meilleur en zone rurale pour les crédits de
création d’unités de production, alors que les crédits d’équipement et autres crédits de production
sont plus accessibles en milieu urbain.
Le profil régional des demandes de crédit satisfaites n’est pas homogène selon les estimations
fournies par l’ECAM II. La région du Nord-Ouest, identifiée comme celle accueillant la plus
forte proportion de pauvres (52,5%) après l’Extrême-Nord, bénéficie des taux de crédits
satisfaits les plus importants (17,8%) chez les pauvres. A l’opposé, les taux de demandes de
crédit satisfaites de 16,1% dans l’Adamaoua et 15,7% dans l’Extrême-Nord sont imputables aux
crédits majoritairement accordés aux non pauvres. Les difficultés d’accès au crédit qui sont très
prononcées chez les pauvres sauf dans les régions du Nord, du Nord-Ouest et du Sud sont
aggravées en ce qui concerne les pauvres de Douala, Yaoundé et des provinces du Centre, de
l’Adamaoua, de l’Est et du Littoral.
L’étude de la source des crédits dont bénéficient les ménages permet d’éclairer davantage la
question. Le crédit de création d’unités de production qui est de loin le plus important provient
principalement des emprunts auprès des parents ou amis (18,6%), des tontines (18,0%), des
COOPEC (14,3%), des mouvements associatifs (8,2%) et de certains commerçants (7,4%). Dans
tous les cas, 64,0% de ménages s’endettent principalement auprès de structures informelles :
tontines (25%), parents/amis (21,8%), associations (8,5%), commerçants (5,9%) et usuriers
(1,6%). Seulement 18,4% de ménages s’endettent auprès des structures formelles clairement
identifiées : COOPEC (11,9%), banques (3,1%) et ONG (3,4%).
Environ 37% des ménages ont déclaré posséder une épargne. Un ménage pauvre sur quatre
dispose d’une épargne, contre 41,4% de ménages non pauvres. Un peu moins de la moitié des
ménages résidant dans les milieux urbains ont déclaré avoir une épargne, contre un peu moins
d’un ménage sur trois dans les milieux ruraux. Le milieu de résidence discrimine clairement les
comportements entre ménages pauvres et non pauvres du point de vue de la propension à
épargner.
La répartition régionale des ménages ayant déclaré avoir une épargne montre une plus forte
proportion de ceux-ci dans les régions du Nord-Ouest (66,1%), de Douala (59,1%), du Littoral
(53,7%), du Sud-Ouest (50,1%) et de Yaoundé (42,6%). La plus forte proportion de ménages
disposant d’une épargne est donc constatée au Nord-Ouest qui a pourtant un taux de pauvreté de
52,5%. On note en outre qu’une bonne proportion (59,4%) de ménages pauvres de cette région
ont déclaré disposer d’une épargne. Le comportement de ces ménages s’éloigne largement du
comportement moyen observé aussi bien dans le groupe des pauvres que des non pauvres. A
l’exception de cette région, c’est la propension des non pauvres à épargner qui explique les taux
d’épargne régionaux. Par ailleurs, il est possible d’établir une segmentation des régions selon la
proportion de ménages ayant déclaré avoir une épargne (PE) et le taux de pauvreté du ménage
(TPM).
Cette matrice classe les régions selon un rayon de 15% des valeurs moyennes. Elle indique que
le statut de pauvreté du ménage ne permet pas à priori une discrimination selon la propension des
ménages à épargner. En effet, es régions dont une forte proportion de ménages ont déclaré
disposer d’une épargne se retrouvent aussi bien dans les zones identifiées comme très pauvres
(Nord-Ouest), pauvres (Littoral) et non pauvres (Douala, Yaoundé et Sud-Ouest). Par rapport à
ce critère, aucune région n’a le profil moyen. L’accès au crédit est par conséquent un potentiel,
mais qui ne suffit pas à lui tout seul pour impulser le relèvement du niveau de vie.
Les questions de bonne gouvernance sont aujourd’hui intégrées dans les préoccupations de
gestion économique comme facteurs pouvant améliorer les performances économiques à travers
la décentralisation, la lutte contre la corruption et la transparence dans la gestion des ressources
publiques. En saisissant la proportion des ménages ayant eu à payer involontairement des frais
non réglementaires dans les services de l’éducation et de la santé, et volontairement dans le cadre
des contrôles routiers de police, on a estimé la proportion des ménages victimes et acteurs de la
corruption dans le cadre de ces services.
Il s’agit des taux bruts de corruption, dans la mesure où tous les ménages sont pris en compte
dans le calcul, y compris ceux qui ne seraient pas concernés par les services en question. Les
données d’enquête ne permettent pas de se restreindre aux ménages usagers de tous les services
concernés. Comme il peut être utile de comparer les taux pour les différents services, il est
préférable de les calculer sur les mêmes bases, c’est-à-dire sans se restreindre aux ménages
usagers seulement.
La proportion des ménages acteurs de la corruption est globalement comparable à celle des
victimes. Sur 100 ménages, 17 affirment avoir eu à donner volontairement des dons aux agents
de maintien de l’ordre chargés des contrôles routiers pour échapper à un défaut de pièces légales
non disponibles. Au niveau national, les pauvres et les non pauvres y participent à des niveaux
comparables. Suivant les régions et le statut de pauvreté, on distingue deux différents groupes ;
le groupe dans lequel les ménages pauvres sont les acteurs principaux de la corruption se
compose de Douala, Adamaoua, Centre, Nord, Ouest et Sud-Ouest ; les six autres régions font
partie du second groupe. L’anticipation des pauvres dans le premier groupe de régions doit
correspondre aux sollicitations pressantes des agents de maintien de l’ordre, en ce sens que la
pratique de la corruption finit par ne plus permettre de distinguer entre « usagers en règle » et
« usagers en infraction ». Bien que l’adage « pas de corrompus sans corrupteurs » soit vérifié,
ces déclarations restent subjectives.
Le tableau suivant révèle que le niveau d’insatisfaction qui varie selon le milieu de résidence
semble ne dépendre véritablement du niveau de vie que dans certaines régions.
La qualité des prestations est beaucoup décriée en zone urbaine où plus d’un ménage sur deux
estime qu’elle est mauvaise. L’éloignement des établissements est beaucoup ressenti en milieu
rural où plus d’un ménage pauvre sur quatre en souffre. De même, les établissements ruraux
seraient plus défavorisés par rapport aux équipements appropriés si l’on en juge par le fait que
deux fois plus de ménages ruraux s’en plaignent par rapport aux ménages urbains.
Le monnayage des services est un phénomène beaucoup plus urbain que rural; la proportion des
ménages qui s’en plaignent est 8 à 17 fois plus importante en ville qu’en campagne selon qu’on
est pauvre ou non pauvre. Selon les régions, les ménages de Douala et de Yaoundé se plaignent
du monnayage des services plus que ceux des autres régions. Ceci confirme le fait que le
phénomène de monnayage des services serait étroitement lié au niveau de vie pour, rappelons-le,
des raisons liées à la capacité financière de règlement.
Les approches de mesure du phénomène de la pauvreté sont variées et aussi complexes que le
phénomène lui-même. Parmi ces approches, celles visant l’appréhension de la pauvreté
subjective partent de l'appréciation que les pauvres donnent au contenu du phénomène. Le
caractère subjectif de la pauvreté relève avant tout de la constante notion de relativité que le
phénomène renferme. On est pauvre par rapport aux autres membres de sa société, à la période
que l'on vit, aux normes définies ailleurs et par d'autres, c'est-à-dire par rapport à un critère qui
n'est stable ni dans l'espace, ni dans le temps.
Dans le cadre du programme économique en cours, le processus participatif visant à consulter les
populations à la base pour identifier avec elles les causes et les déterminants de la pauvreté, et
rechercher les solutions idoines pour son éradication, vise à impliquer les pauvres à cette
recherche. Les consultations participatives d’avril 2000 et de janvier 2002 ont ouvert des
tribunes permettant aux populations de donner leur perception de la pauvreté et de ses causes, et
de proposer des actions permettant de la réduire. L’ECAM II a fourni l’occasion de revenir sur
quelques aspects de la perception et des solutions, sans pouvoir rentrer dans les détails qui
auraient nécessité des questions ouvertes très longues à traiter. Invités à choisir les trois
principales causes de la pauvreté sur les 8 les plus citées lors des consultations participatives
d’avril 2000, et à citer les trois actions prioritaires qui permettraient d’améliorer leurs conditions
de vie sur les 12 actions les plus citées lors des mêmes consultations, les chefs de ménage ont
donné leurs réactions ci-après résumées.
Selon les déclarations des chefs de ménage, la première cause de la pauvreté serait le manque
d'emplois. Plus de 4 chefs de ménages sur 10 estiment que cette cause vient en tête. Cette cause
semble d'autant plus importante que les chefs de ménages qui ont choisi d'autres causes comme
première ont retenu majoritairement la baisse ou insuffisance des revenus (16,8%) ou l'absence
des infrastructures routières (11%). Ceci peut s'interpréter pour la baisse ou insuffisance de
revenus comme le sous-emploi, et pour l’absence des infrastructures routières comme une cause
empêchant de créer son propre emploi ou d’écouler sa production. Cette tendance d’ensemble est
plus proche de celle des non pauvres que de celle des pauvres.
Selon le niveau de vie, les priorités des pauvres et des non pauvres diffèrent quelque peu. Chez
les ménages pauvres, 35,5% attribuent d’abord leur pauvreté à l’absence d’emploi, 18,5% à la
baisse ou insuffisance de revenus et 15,7% à l’absence des routes ; cette dernière proportion est
deux fois plus importante chez eux que chez les non pauvres. Près de 8% de pauvres estiment
que leur faible niveau d’instruction explique leur situation. L’absence de troupeau et le manque
de terre sont cités chez les pauvres respectivement 2,3 et 2 fois plus que chez les non pauvres.
S’agissant de la troisième cause, 47,6% de ménages penchent dans l’ordre pour la baisse ou
insuffisance de revenus et la corruption ou mauvaise gestion des ressources publiques. Il
convient de signaler que ces perceptions ne semblent pas fondamentalement différentes en
fonction du niveau de vie, sauf en ce qui concerne l’absence du troupeau et la corruption ; alors
que le manque de troupeau semble affecter beaucoup plus les pauvres, la corruption serait un
handicap plus contraignant pour le relèvement du niveau de vie des ménages non pauvres.
En résumé, les difficultés des ménages selon leurs propres déclarations, proviennent
principalement du manque des emplois, de la baisse ou insuffisance des revenus30 et de la
corruption ou mauvaise gestion des ressources publiques. Toutefois et sans distinction du statut
de pauvreté du ménage, le faible niveau d’instruction et les problèmes d’enclavement affectent
également le niveau de vie des ménages. L’importance du différentiel entre pauvres et non
pauvres concernant la cause du manque de troupeau, et le peu de ménages qui retiennent cette
cause montre qu’il s’agit d’une raison qui discrimine bien selon le statut de pauvreté, mais qui
est localisée dans les régions où l’on pratique l’élevage.
30
Les déclarations relatives à la baisse ou insuffisance de revenus sont liées aux baisses des salaires et des cours des
produits de base comparativement à la période où ces éléments étaient particulièrement rémunérateurs ; voir chapitre
1
ECAM II Rapport principal page 71
6.3 Perception des actions d’amélioration des conditions de vie
Tableau 6.2 : Répartition des ménages selon les principales actions d'amélioration des
conditions de vie (en %)
Actions d’amélioration des première action deuxième action troisième action
conditions de vie des ménages Pauv Non Total Pauv Non Total Pau Non Total
re pauvre re pauvre vre pauvre
1. créer des emplois 31,6 45,2 41,1 10,9 10,1 10,3 7,7 6,1 6,6
2. faciliter l’accès à l’instruction 8,7 6,2 6,9 11,7 11,5 11,6 9,9 7,1 7,9
3. bitumer les routes 19,5 11,5 13,9 12,2 11,2 11,5 9,4 7,6 8,1
4. faciliter accès aux soins médicaux 7,1 5,8 6,2 15,3 13,4 14,0 12,1 12,3 12,2
5. faciliter l’accès aux logements 1,8 1,0 1,2 1,6 1,4 1,5 0,7 1,6 1,3
6. construire des points d’eau 6,7 4,6 5,2 9,5 6,5 7,4 7,9 5,7 6,4
7. lutter contre la corruption 2,3 4,1 3,6 7,4 13,4 11,6 6,8 10,7 9,5
8. assurer sécurité des personnes et biens 1,0 0,9 1,0 2,4 2,6 2,6 3,4 4,3 4,0
9. garantir les prix des produits agricoles 7,9 5,2 6,0 13,1 10,3 11,1 15,7 12,4 13,4
10. meilleure répartition des richesses 2,0 2,0 2,0 4,1 4,9 4,7 8,2 10,7 10,0
11. revaloriser les salaires 1,7 5,5 4,3 2,7 6,7 5,5 3,6 9,8 7,9
12. faciliter l’accès au crédit 6,6 4,8 5,3 4,8 4,8 4,8 8,8 7,4 7,8
13. autres actions 3,1 3,2 3,2 4,3 3,2 3,5 5,7 4,5 4,8
ENSEMBLE 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Source : ECAM II, DSCN/MINEFI.
Les ménages estiment que la première solution au problème de la pauvreté réside dans la
création des emplois. Ensuite devraient intervenir comme deuxième et troisième actions, la
facilitation de l'accès aux soins de santé et aux médicaments, et la garantie des justes prix aux
produits agricoles.
Ces tendances cachent cependant des aspirations profondément différentes entre les pauvres et
les non pauvres. Par rapport aux ménages non pauvres, les ménages pauvres réclament plus un
meilleur état des routes, la construction des points d’eau, les justes prix des produits agricoles et
dans une certaine mesure l’accès au crédit et aux services sociaux de base (santé et éducation).
Les priorités particulières des ménages non pauvres concernent la revalorisation des salaires31 et
la lutte contre la corruption.
Il reste à savoir ce qu'on peut tirer de ces déclarations. En s'intéressant aux actions ayant retenu
l'attention d'au moins 11% des ménages, la grande leçon à tirer de la perception des ménages
c'est que toute politique de réduction de la pauvreté doit nécessairement entreprendre des actions
de création des emplois, de désenclavement, de la protection des prix des produits agricoles, de
la facilitation d'accès à l'éducation et aux soins de santé et à la lutte contre la corruption.
Quant aux bénéficiaires des actions dans ce cadre, les catégories les plus concernées par rapport
au désenclavement devraient privilégier deux catégories de personnes ; les fournisseurs des
produits d’exportation et les producteurs de cultures vivrières afin qu’ils accroissent leurs
revenus et jouent pleinement leur rôle dans la promotion de la croissance économique.
31
Bien que la revalorisation des salaires soit un élément pour redynamiser la croissance voir consommation finale
privée au tableau 1.3, les salariés les plus concernés dans une politique de réduction de la pauvreté sont ceux qui
touchent de très bas salaires, à rechercher notamment parmi les dépendants agricoles informels où l’incidence de
pauvreté atteint 54,2%.
ECAM II Rapport principal page 72
CHAPITRE 7. EVOLUTION DE LA PAUVRETE ENTRE 1996 ET 2001
Les différentes mesures de politique économique prises depuis 1996, notamment celles adoptées
pour davantage stabiliser les équilibres macro-économiques et consolider la croissance dans le
cadre du programme économique triennal (1997 – 2000) appuyé par la FASR du FMI ont eu des
impacts positifs ou négatifs selon les cas. Au cours des cinq dernières années, les fruits de la
croissance économique retrouvée devraient profiter à toutes les couches de la population et en
particulier aux plus pauvres. Dans ce contexte, l’étude de l’évolution de la pauvreté et des
inégalités au cours de ces dernières années revêt un intérêt particulier dans la mesure où il s’agit
en réalité d’une évaluation de l’efficacité des politiques mises en œuvre en terme de réduction
de la pauvreté.
Les deux enquêtes sur les conditions de vie des ménages réalisées au niveau national en 1996 et
en 2001 ne sont pas directement comparables. Pour rendre comparables les données de ces deux
opérations, un important travail d’harmonisation des données32 et des concepts servant au calcul
des indicateurs utilisés a été réalisé. Une fois ces éléments de comparaison stabilisés, les
analyses ont été orientées essentiellement vers une meilleure compréhension et interprétation des
phénomènes i) de l’évolution des revenus, ii) de la dominance, iii) de la décomposition de la
modification des indicateurs de la pauvreté entre effets de croissance et de redistribution, et iv)
des inégalités.
Dans l’ensemble, les revenus moyens estimés par les dépenses par équivalent adulte ont connu
une augmentation de 14,8% en cinq ans, soit en moyenne une progression annuelle d’environ
3%. Globalement, les dépenses par tête des ménages ont cru pendant cette période plus vite que
la richesse nationale mesurée par la croissance économique réelle par tête qui pendant la période
concernée a connu une augmentation annuelle moyenne de 1,57%. La croissance économique
reste donc fragile et la consommation des ménages partiellement soutenue par cette dernière
pèserait encore sur l’épargne. De manière générale, les ménages ont profité de la croissance
économique du pays pendant les cinq dernières années. Pendant cette période quinquennale sous
revue, les ménages urbains ont connu un accroissement annuel moyen de leurs dépenses par
équivalent adulte de 4,1% contre 1,7% chez les ménages ruraux. La croissance économique n’a
donc pas bénéficié de la même façon à toutes les couches de la population.
32
Pour plus de détails sur les travaux d’harmonisation des deux enquêtes, consulter le document intitulé « Evolution
de la pauvreté entre 1996 et 2001 ; INS - décembre 2002 ».
ECAM II Rapport principal page 73
Tableau 7.1 Indicateurs de revenus et de croissance entre 1996 et 2001
1996 2001
ENQUETES
Dépenses moyennes par équivalent adulte en FCFA 310.494 356.315
Dépenses moyennes par tête en FCFA 246.293 282.765
COMPTES NATIONAUX
PIB réel par tête (1995/96 et 2000/01) en FCFA 270.161 291.421
Consommation finale réelle des ménages par tête en FCFA 224.802 243.377
Les éléments définitivement retenus ou exclus de l’indicateur du niveau de vie sont susceptibles
d’avoir une influence sur les résultats. Dans ce sens, l’exclusion du loyer dont l’importance dans
les dépenses des ménages urbains est avérée peut avoir réduit l’importance de la différence du
profil entre la ville et la campagne.
Les modifications des taux de pauvreté, de l’intensité et de la sévérité entre les deux dates
permettent d’apprécier l’évolution du phénomène sur le plan monétaire. Le recul global de la
pauvreté que traduit la baisse de 13,1 points de son taux est plus accentué en zone urbaine qu’en
zone rurale : ce recul est de 19,3 points en ville contre 9,7 points en zone rurale.
Tableau 7.2 Evolution des indicateurs de la pauvreté monétaire entre 1996 et 2001
Indicateurs Milieu 1996 2001 Variations
Urbain 41,4 22,1 - 19,3
P0=incidence Rural 59,6 49,9 - 9,7
Cameroun 53,3 40,2 - 13,1
Urbain 14,7 6,3 - 8,4
P1=intensité Rural 21,5 18,3 - 3,2
Cameroun 19,1 14,1 - 5,0
Urbain 6,9 2,7 - 4,2
P2=sévérité Rural 10,1 9,3 - 0,8
Cameroun 9,0 7,0 - 2,0
Sources : ECAM I et ECAM II; DSCN/MINEFI.
L’intensité ou la profondeur de la pauvreté qui renseigne sur le gap entre le revenu moyen des
pauvres et le seuil de pauvreté a lui aussi connu une baisse, passant de 19,1% à 14,1% ; en 1996,
les personnes pauvres avaient besoin d’un surplus de revenus correspondant à 19,1% du montant
du seuil de pauvreté pour sortir de leur situation de pauvreté, contre 14,1% en 2001. En nominal,
cela représente un déficit annuel de revenu par équivalent adulte de 35.429 FCFA en 1996 contre
26.154 FCFA en 2001. Globalement, le déficit de revenu des pauvres s’est ainsi réduit de 26,2%
en cinq ans ; et c’est en milieu urbain que la réduction du gap de revenus par rapport au seuil de
pauvreté est la plus forte.
Entre 1996 et 2001, le profil géographique de la pauvreté n'a pas changé. En effet, par rapport à
l'incidence de la pauvreté, les zones agro écologiques ont le même classement en 2001 qu'en
1996. Il est important de relever que la pauvreté a reculé dans toutes les zones sauf dans la zone
rurale savane où elle s'est même un peu aggravée. Les deux grandes métropoles que sont Douala
et Yaoundé ont enregistré les plus grandes baisses, passant de 37,3% et 49,0% en 1996 à 18,5%
et 18,3% en 2001 respectivement.
L’analyse consiste à examiner les fonctions de répartition des revenus des ménages en 1996 et en
2001 tracées dans le même repère. Chaque courbe est obtenue en portant en abscisse les revenus,
et en ordonnée la proportion de personnes ayant un niveau de revenu inférieur à celui-ci. En
situant un seuil de pauvreté quelconque en abscisse, on lit en ordonnée l’incidence de la pauvreté
correspondant à ce seuil.
Les graphiques ci-dessous présentés montrent qu’à partir d’un niveau raisonnable de 90.000
francs CFA par an et par équivalent adulte, la distribution des revenus de 2001 domine 33 celle de
1996. Autrement dit, quel que soit le seuil de pauvreté que l’on considère à partir de ce niveau
minimum, la pauvreté est toujours moins élevée en 2001 qu’en 1996. Le niveau minimum de
revenus moyens de 90.000 FCFA est dicté par les courbes d’incidence comme on le verra dans la
suite (niveau à partir duquel certaines courbes se coupent). Ce niveau est jugé raisonnable car il
correspond à 250 FCFA par jour et un seuil égal ou inférieur à ce montant n’est pas raisonnable.
Les différentes courbes tracées, l’ont été en prenant en compte le niveau global des revenus sur
le territoire national et certains groupes jugés pertinents pour l’analyse. Ont ainsi été pris en
compte : le sexe des chefs de ménages, la situation d’activité, les zones agro écologiques et le
milieu de résidence. Dans la presque totalité des cas, la courbe de distribution des revenus de
2001 domine celle de 1996. Le recul de la pauvreté entre 1996 et 2001 est donc un résultat
robuste qui n’est pas lié au choix du seuil de pauvreté calculé. Les graphiques 7.1, 7.2 et 7.3
permettent d’illustrer les cas du territoire national et des zones urbaine et rurale.
33
Soit A et B deux répartitions de revenu. On dit que A domine B si A est plus égalitaire que B. On distingue ainsi
la dominance stochastique (dominance au premier ordre et deuxième ordre), et la dominance au sens de Lorenz. Au
premier ordre A domine B si ∀x, Fa(x) ≤ Fb(x) . Si les fonctions de répartition se croisent en un point quelconque la
dominance au premier ordre n’est plus valable. On peut alors utiliser la dominance au second ordre : on compare les
aires en dessous de chaque fonction de répartition ; A domine B au sens de Lorenz si la courbe de Lorenz associée à
A ne se situe nulle part au-dessus de celle de B.
ECAM II Rapport principal page 75
Graphique 7.1 Evolution de la distribution des revenus au Cameroun entre 1996 et 2001
1
0.9
0.8
% cumulé de la population
0.7
0.6
1996
0.5
2001
0.4
0.3
0.2
0.1
0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400
Indicateur de niveau de vie (en milliers de FCFA)
Graphique 7.2 Evolution de la distribution des revenus en milieu urbain entre 1996 et 2001
0.9
0.8
% cumulé de la population
0.7
0.6
1996
0.5
2001
0.4
0.3
0.2
0.1
0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400
Indicateur de niveau de vie (en milliers de FCFA)
Ce comportement en début des courbes en milieu rural peut également s’expliquer par la
faiblesse de la taille de l’échantillon en milieu rural en 1996. Cette partie de la courbe où 1996
domine 2001 est tracée pour 0 à 20% d’individus, ce qui n’est pas grand chose lorsqu’on connaît
la taille de l’échantillon des ménages ruraux (628 ménages) en 1996. Il y aurait donc un
problème de représentativité à ce niveau, ce qui rend difficile toute interprétation de cette partie
de la courbe.
Graphique 7.3 Evolution de la distribution des revenus en milieu rural entre 1996 et 2001
1
0.9
% cumulé de la population
0.8
0.7
0.6
1996
0.5
2001
0.4
0.3
0.2
0.1
0
0 200 400 600 800 1000
Indicateur de niveau de vie (en milliers de FCFA)
L’évolution de la pauvreté entre deux dates dans un pays est la résultante d’un ensemble de
mesures de politiques économiques et sociales mises en œuvre par les autorités. Ces mesures
concernent la période prise en compte dans l’évolution, mais également celles adoptées et mises
en œuvre avant cette période. Les deux éléments fédérateurs résumant les effets de ces mesures
et auxquels on impute généralement l’évolution de la pauvreté sont : la croissance économique et
les modifications dans la distribution des revenus. A titre d’illustration, une augmentation du
niveau de vie des individus d'un même montant de revenus, toutes choses égales par ailleurs,
augmenterait le niveau de vie moyen et diminuerait la pauvreté en laissant inchangées les
inégalités (effet de croissance). De même, un transfert de revenus réels des non pauvres aux
pauvres, toutes choses égales par ailleurs, réduirait les inégalités et diminuerait la pauvreté (effet
de redistribution).
34
Il est important de nuancer le jugement car il peut s’agir d’un résultat dépendant des choix méthodologiques
retenus
ECAM II Rapport principal page 77
Ainsi, dans un contexte où la pauvreté a une forte ampleur et où la lutte pour sa réduction est au
cœur des politiques de développement, il faut se poser la question de savoir dans quelle mesure
la croissance est profitable aux plus pauvres et chiffrer sa contribution en terme de réduction de
la pauvreté.
Les résultats obtenus et présentés dans le tableau ci-dessus montrent que, quel que soit
l’indicateur examiné, le recul de la pauvreté est beaucoup plus imputable à la croissance qu’à la
redistribution des revenus. La redistribution n’a contribué ni à la baisse de l’intensité ni à celle de
la sévérité. Ceci présagerait d’une aggravation des inégalités chez les pauvres.
L’effet de redistribution fait reculer l'incidence de la pauvreté urbaine de plus de 6 points alors
qu'il est presque inexistant en milieu rural. Cette modification se justifierait par le fait que la
distribution des revenus urbains est plus inégalitaire que celle des revenus ruraux. Il est par
ailleurs assez satisfaisant de voir que la croissance économique a autant profité aux urbains
qu'aux ruraux puisque pour chacun des deux milieux, elle a contribué pour 11 points dans la
baisse totale.
Le résidu ou élément qu’on ne maîtrise pas s’interprète comme la part de la modification qui
n’est attribuée ni à l’effet croissance ni à l’effet redistribution. Le fait qu’il soit nul pour la
sévérité de la pauvreté en milieu rural signifie que la totalité de la modification de cet indicateur
dans ce milieu est imputable aux deux facteurs que sont la croissance et la redistribution.
Les résultats présentés dans les paragraphes précédents montrent que la pauvreté a globalement
reculé au Cameroun entre 1996 et 2001. En outre, cette dernière présente en 2001 une intensité
moins importante que celle qui existait en 1996 et pour couronner cette amélioration, la pauvreté
arbore un visage moins sévère. Malheureusement, au-delà de cette amélioration globale, se cache
une aggravation des écarts entre les ‘groupes défavorisés’ et le reste de la population. Ces
‘groupes défavorisés’ se définissent par rapport à des considérations géographiques (milieu de
résidence), démographiques (sexe) ou alors socioéconomiques (situation d’activité). Le but de ce
paragraphe est d’étudier l’évolution des inégalités (en terme de répartition des revenus) en
s’intéressant particulièrement à des groupes définis selon les considérations sus évoquées.
La méthodologie utilisée pour analyser l’évolution des inégalités repose sur le calcul de quelques
indicateurs d’inégalité ou de dispersion pour les deux dates considérées. Ce sont
principalement le coefficient de variation, l’indice de GINI et le rapport entre le cinquième et le
premier quintile de dépenses.
Au niveau national, les trois indicateurs utilisés indiquent que les inégalités se sont maintenues et
parfois accrues entre 1996 et 2001. Le coefficient de variation est passé de 1,043 en 1996 à 1,054
en 2001, ce qui correspond à une hausse de 0,011 point de pourcentage. Ainsi, la dépense par
unité de consommation qui est l’indicateur de revenu est un peu plus dispersée au sein de la
population en 2001 qu’en 1996. En d’autres termes, il existe en matière de revenus, plus de
disparités entre les individus en 2001 qu’en 1996.
Tableau 7.4 Evolution du coefficient de variation entre 1996 et 2001 selon quelques variables
Variables d’intérêt Modalités de la variable 1996 2001 Variations
d’intérêt
Urbain 1,112 1,072 -0,040
Milieu de résidence Rural 0,786 0,801 0,015
Masculin 1,059 1,073 0,014
Sexe Féminin 0,921 0,969 0,048
Yaoundé 1,307 1,202 -0,105
Douala 1,082 1,082 0,000
Autres villes 1,009 0,879 -0,130
Strate
Rural Forêt 0,588 0,839 0,251
Rural Hauts plateaux 0,775 0,875 0,100
Rural Savane 0,789 0,696 -0,093
Actifs occupés 1,047 1,081 0,034
Situation d’activité Chômeurs 1,012 0,832 -0,180
Inactifs 1,002 0,838 -0,164
CAMEROUN 1,043 1,054 0,011
Sources : ECAM I ; ECAM II ; DSCN/MINEFI
Tableau 7.5 Evolution de l’indice de GINI entre 1996 et 2001 selon quelques variables
Variables d’intérêt Modalités de la variable 1996 2001 Variations
d’intérêt
Urbain 0,449 0,406 -0,043
Milieu de résidence Rural 0,345 0,369 0,024
Masculin 0,402 0,407 0,005
Sexe Féminin 0,424 0,412 -0,012
Yaoundé 0,487 0,433 -0,054
Strate Douala 0,485 0,410 -0,075
Autres villes 0,397 0,378 -0,019
Rural Forêt 0,287 0,377 0,090
Rural Hauts plateaux 0,346 0,398 0,052
Rural Savane 0,354 0,330 -0,024
Situation d’activité Actifs occupés 0,403 0,410 0,007
Chômeurs 0,424 0,376 -0,048
Inactifs 0,423 0,395 -0,028
CAMEROUN 0,406 0,408 0,002
Sources : ECAM I ; ECAM II ; DSCN/MINEFI
De même que l’inégalité globale au sein de toute la population, celle entre les groupes extrêmes
(en terme de pauvreté) s’est accrue. En 1996, la consommation des 20% des ménages plus aisés
représentait en moyenne 7,6 fois celle des 20% les plus pauvres. En 2001, ce rapport est de 8,3
fois, ce qui montre que les écarts se sont accrus entre les deux groupes au détriment des pauvres.
La croissance économique aurait donc davantage profité aux plus riches.
Tableau 7.6 Evolution du rapport Q5/Q1 entre 1996 et 2001 selon quelques variables
Variables d’intérêt Modalités de la variable 1996 2001 Variations
d’intérêt
Urbain 9,1 8,5 -0,6
Milieu de résidence Rural 5,8 6,8 1,0
Masculin 10,7 10,1 -0,6
Sexe Féminin 9,9 9,3 -0,6
Yaoundé 7,5 6,8 0,7
Douala 4,8 6,5 1,7
Autres villes 6,5 7,2 0,7
Strates
Rural Forêt 5,8 5,7 -0,1
Rural Hauts plateaux 7,5 8,1 0,6
Rural Savane 8,4 9 0,6
Actifs occupés 7,5 8,2 0,7
Situation d’activité Chômeurs 9,2 8,4 -0,8
Inactifs 8,5 9,6 1,1
CAMEROUN 7,6 8,3 0,6
Sources : ECAM I ; ECAM II ; DSCN/MINEFI
A l’intérieur du milieu urbain, la «palme d’or» du recul des inégalités revient à la ville de Douala
qui enregistre une baisse de l’indice de GINI de 15 % ; la distribution des revenus à Douala en
2001 se rapproche donc significativement d’une répartition égalitaire par rapport à celle de 1996,
même si les inégalités demeurent assez importantes par rapport aux autres régions. Dans cette
ville également, l’inégalité entre les groupes extrêmes des plus pauvres et des plus aisés (Q5/Q1)
diminue très sensiblement, par rapport à la ville de Yaoundé où la baisse de cet indicateur est
moins importante. Cette différence entre Douala et Yaoundé, en ce qui concerne l’évolution des
inégalités, traduirait les fortes disparités de revenus à Douala dans le secteur privé et une certaine
homogénéité des revenus à Yaoundé qui a une bonne frange de revenus issus de la fonction
publique et qui ont très peu varié ces dernières années. En termes de niveau et non plus
d’évolution, les inégalités demeurent plus importantes à Yaoundé qu’à Douala ; l’indice de GINI
est de 0,433 et 0,410 respectivement dans ces deux métropoles en 2001. Toujours en 2001, la
consommation moyenne des 20% de la population la plus aisée de Yaoundé représente 6,8 fois
celle de la tranche des 20% les plus pauvres contre 6,5 fois pour la ville de Douala.
Le milieu rural pour sa part présente une plus grande hétérogénéité que le milieu urbain. La
hausse des inégalités est enregistrée en zone rurale Hauts plateaux et en zone rurale Forêt. Cette
dernière enregistre des hausses records pour tous les indicateurs (43% pour le coefficient de
variation, 31% pour l’indice de GINI et 35% pour le rapport des quintiles). En 1996, cette zone
était celle où la distribution des revenus était la plus proche d’une répartition égalitaire (indice de
GINI le plus bas). En 2001, la répartition des revenus y est aussi inégalitaire que dans les villes
du Cameroun autre que Yaoundé et Douala, et devient même plus inégalitaire que la zone rurale
Savane. En plus de la zone rurale Forêt, une autre zone qui s’illustre en milieu rural est la zone
rurale Savane ; c’est la seule zone dans ce milieu à enregistrer une baisse des inégalités (baisse
de l’indice de GINI de 6,8%). La bonne tenue des campagnes cotonnières entre 1996 et 2001, et
le fait que la zone dispose en général de bas revenus seraient responsables de cette évolution.
En considérant les évolutions des inégalités par rapport aux groupes sociodémographiques, on
constate que selon l’indice de GINI, la distribution des revenus dans les ménages dirigés par les
hommes en 2001 est beaucoup plus inégalitaire qu’en 1996, tandis que chez leurs homologues
femmes, c’est le contraire, bien que ce soit chez ces dernières que le niveau de l’inégalité est plus
important. Selon le coefficient de variation, les revenus des membres de ces deux catégories de
ménages sont distribués en 2001 de façon plus dispersée qu’en 1996 ; de même, entre les
groupes de revenus des extrêmes, les inégalités diminuent pour les deux sexes.
L’aggravation des inégalités parmi les ménages dirigés par les actifs occupés vient rappeler sans
doute, l’importance du nombre d’actifs par ménage, des transferts reçus et de la pluri activité du
chef et des autres membres du ménage. Ces éléments sont susceptibles d’avoir une influence sur
les revenus globaux des ménages, atténuant ainsi la seule situation d’activité de leur chef. Par
ailleurs, les ménages dirigés par des chômeurs pour les mêmes raisons que précédemment, n’ont
pas nécessairement de faibles revenus. Même sur le plan individuel, une personne en chômage
peut bénéficier d’importants revenus de rente, la rendant tout à fait comparable à un actif occupé.
Les inactifs quant à eux sont susceptibles d’avoir des pensions de retraite ou des revenus de
transfert dont ils sont supposés vivre.
Pour cela, on a exploré un ensemble de variables afin d’identifier celles qui expliquent le niveau
de vie des ménages. Après avoir précisé les choix méthodologiques effectués, on a décrit les
données utilisées avant d’analyser les résultats obtenus.
Les chapitres précédents sur le profil monétaire ont permis de dégager un certain nombre de
constats parmi lesquels la ruralité du phénomène de pauvreté et bien d’autres caractéristiques. A
l’aide des modèles économétriques, il est question de dégager l’existence et la nature des liens de
causalité qui existent entre le niveau de vie des ménages et ces variables. Dans ce domaine, deux
types de modèles sont généralement utilisés : le modèle logit et le modèle linéaire.
Les analyses réalisées dans le chapitre sur le profil de pauvreté confirment la dominance35 de 1er
ordre pour un grand nombre de variables. On peut alors utiliser une régression linéaire par la
méthode des MCO pour expliquer le niveau de vie des ménages. Le modèle logit multinomial
équivalent a été estimé afin de dégager la robustesse des résultats obtenus. La formulation de ces
deux modèles est présentée dans l’encadré qui suit.
Le modèle logit
Dans ce modèle, on suppose que le niveau de vie du ménage est déterminé par une variable dichotomique Y définie
par :
Yi =1 si Wi < Z
Yi =0 si Wi ≥ Z
Où : W i est l’indicateur de niveau de vie de l’individu, et
Z le seuil de pauvreté
Lorsque l’indicateur du niveau de vie du ménage Wi est inférieur au seuil de pauvreté Z, le ménage est considéré
comme étant pauvre ; sinon, il s’agit d’un ménage non pauvre.
Le modèle s’exprime sous la forme suivante : Yi =α'X i +ui (Xi étant un vecteur de variables explicatives du niveau
de vie).
exp( α' X i)
La loi de Y se formule comme suit : Pr ob[Yi =1]=
1+ exp( α' X i )
Le vecteur des coefficients α s’obtient par la méthode du maximum de vraisemblance. Chaque coefficient exprime
le rapport de chance pour un ménage d’être pauvre par rapport à une modalité de référence.
35
En rappel, il y a dominance quand l’indicateur de pauvreté retenu reste en faveur d’une strate ou d’une période
quel que soit le niveau de seuil de pauvreté utilisé pour faire la comparaison.
ECAM II Rapport principal page 83
Pour chaque variable Xi , on dispose d’une modalité de référence. Chacune des modalités de la variable est comparée
à la modalité de référence. Un odd ratio ou rapport de chance inférieur à l’unité signifie que la probabilité d’être
pauvre pour un ménage ayant cette modalité est plus faible que celle d’un ménage ayant la modalité de référence.
Un odd ratio supérieur à l’unité traduit un risque plus élevé d’être pauvre.
Ravaillon [1996] et Lachaud [2001] soulignent que cette approche suppose que seules les variables exogènes et le
statut de pauvreté Yi soient observés. Pourtant, la variable Wi l’est aussi. Ainsi, en attribuant un seul paramètre à
chaque élément de X i , on admet implicitement l’hypothèse de dominance de premier ordre. Pour éviter toute
redondance, il suffit de régresser Wi sur les X i par la méthode des moindres carrés ordinaires (MCO).
Afin de contourner ces critiques, l’on s’est acheminé vers une approche par segment de Wi . L’idée étant à la fois de
prédire l’appartenance des ménages à un quintile de niveau de vie (prédicteurs de pauvreté) et de contourner les
lacunes inhérentes à la subjectivité dans le calcul du seuil de pauvreté. C’est ce qui justifie l’utilisation du modèle
logit multinomial à la place du modèle logit simple. La loi de Y devient alors :
exp( α' j X i)
Pr ob[Yi = j ]= 4
j=1,2,3,4
1+∑exp( α' j X i)
j =0
Le modèle linéaire
L’indicateur de niveau de vie est considéré comme la variable dépendante du modèle. Le modèle linéaire a été
combiné à une équation de sélection (voir Coulombe et Mc Kay [1996] dans l’analyse des déterminants du niveau
de vie en Mauritanie).
Les déterminants de la pauvreté sont regroupés en deux types : les déterminants proches et les
déterminants lointains. Par déterminants proches, il faut entendre l’ensemble des phénomènes
qui agissent directement sur le revenu des ménages, notamment le groupe socioéconomique. Le
système de sécurité sociale 36 peut être également classé comme déterminant proche. En effet, la
politique salariale des entrepreneurs et le niveau du SMIG37 contribuent à déterminer le niveau
de revenu des employés, par conséquent leur bien-être et celui de leur famille. Pour le cas du
Cameroun, l’une des conséquences de la crise économique a été la libéralisation économique.
Celle-ci a conduit à l’instauration du contrat de travail négocié entre employeur et salariés qui,
combinée à la pression du chômage urbain, fragilise la position des demandeurs d’emploi, d’où
la fixation des niveaux de revenus très en deçà de la productivité marginale et du minimum vital.
De même, la suppression du soutien à l’agriculture à travers celui autrefois apporté au secteur
des intrants fragilise les exploitants indépendants.
36
Il sera considéré comme exogène dans le modèle.
37
Au Cameroun, le SMIG est de 23500 FCFA (environ $34 en 2001), très loin de la norme internationale qui est de
$100.
ECAM II Rapport principal page 84
Dans la catégorie des déterminants lointains, on peut regrouper l’ensemble des éléments qui
concourent à la constitution du capital humain et du capital financier. La notion de capital
humain fait référence à l’effectif de la population, à son niveau de qualification et à son état de
santé. D’où l’intérêt de faciliter l’accessibilité à l’éducation, à la santé, à travers la lutte contre le
VIH/SIDA notamment. Au niveau du capital financier, il s’agit à travers la bonne gouvernance,
et l’assainissement du système bancaire, de donner confiance aux investisseurs. Pour attirer les
investisseurs, il faudrait procéder à la construction d’un système de télécommunication et de
transport efficace : faciliter l’accès à la téléphonie (haut débit), construire des routes pour
rapprocher les producteurs des marchés, rendre viables les infrastructures de communication
permettant une plus grande ouverture des marchés des pays voisins (Nigeria, Gabon, Guinée
Equatoriale et Tchad) aux produits camerounais.
L’indicateur de niveau de vie à prendre en compte est d’une importance capitale. En effet, il
existe une causalité bidirectionnelle entre la pauvreté monétaire et la pauvreté en terme de
conditions de vie. C’est en fonction de son niveau de revenu que le ménage peut se doter d’un
environnement vital adéquat (possession d’équipements, qualité de l’habitat, etc.). Par ailleurs, la
pauvreté existentielle (en terme de conditions de vie) utilise un ensemble d’indicateurs liés aux
conditions de vie des ménages. Les ménages pauvres sont ceux faisant face à beaucoup de
difficultés, et la probabilité pour ces derniers de posséder des biens d’équipement (téléphone,
cuisinière, véhicule, chaîne musicale, réfrigérateurs, etc.) est très faible. Par contre, ceux vivant
dans l’opulence vont généralement s’offrir tous les accessoires modernes dont ils ont besoin.
Tableau 8.1 Distribution des revenus annuels selon les quintiles (montants en FCFA)
Quintiles 1 2 3 4 5 Milieu urbain
Limite inférieure 62 245 244 437 343 106 462 758 689 855 62 245
Limite supérieure 244 241 342 946 462 249 689 544 23 647 340 23 647 340
Niveau de vie moyen 187 935 295 895 403 840 566 168 1393807 688 276
Taille du ménage 7,1 6,2 5,4 4,5 3,3 4,9
Proportion de ménages 13,9 15,9 18,2 22,1 29,9 100,0
Proportion d'individus 20,0 20,0 20,0 20,0 20,0 100,0
Seuil de pauvreté 232 547
P0 12,3
P1 22,1
P2 7,8
Quintiles 1 2 3 4 5 Cameroun
Limite inférieure 20 571 120 415 167 999 241 002 371 699 20 571
Limite supérieure 206 136 319 426 459 464 750 222 23 647 340 23 647 340
Niveau de vie moyen 123 647 197 724 273 636 389 096 905 334 461 894
Taille du ménage 7,4 6,2 5,5 4,6 3,2 5,0
Proportion de ménages 13,5 16,1 17,9 21,5 31,0 100,0
Proportion d'individus 20,0 20,0 20,0 20,0 20,0 100,0
Seuil de pauvreté 232 547
P0 30,1
P1 30,0
P2 12,7
Source : ECAM II ; DSCN/MINEFI
Plusieurs modèles ont été estimés, ceci afin de juger de la robustesse des résultats obtenus d’une
part, et d’autre part, afin de prendre en compte les spécificités régionales (milieu de résidence,
régions et strates). Le tableau suivant présente une synthèse des résultats de l’estimation des
modèles linéaire et logit.
N.B : Pour les ménages non concernés par une infrastructure, on leur a imputé la moyenne des
distances et de temps moyens mis dans leur zone de dénombrement (ZD) pour y accéder.
Au niveau des caractéristiques du chef de ménage, les principaux déterminants sont le niveau
d’instruction et le groupe socioéconomique. Les ménages dont le niveau d’instruction du chef est
faible sont les plus vulnérables. Par exemple, un ménage dont le chef a le niveau du supérieur a
environ 6 fois moins de risques d’être pauvre comparativement à un ménage dont le chef n’a
jamais été à l’école. Ceci trouve son explication dans l’idée selon laquelle l’accès aux emplois et
notamment à ceux les plus rémunérés est essentiellement réservé aux personnes disposant d’une
certaine qualification professionnelle. Les stratégies de lutte contre la pauvreté devront donc
mettre un accent particulier sur la formation du capital humain. On peut saluer ici les efforts qui
sont menés depuis quelques années par les pouvoirs publics et la société civile afin de faciliter
l’accès à l’éducation. Seulement, la part belle semble avoir été faite jusqu’ici au niveau primaire.
Pourtant, comme le montrent les résultats du modèle, s’il y avait un seuil minimum à retenir pour
le niveau d’instruction, celui-ci se trouverait entre le secondaire 2nd cycle et le supérieur38 . Donc,
tout en renforçant les actions pour l’accès à l’éducation de base, des efforts doivent être
consentis pour encourager et renforcer la formation de haut niveau.
La situation précaire des agriculteurs découle de la ruralité de cette activité d’une part, et d’autre
part, de la libéralisation des secteurs cacao, café, etc. La faillite de l’ONCPB a aussi une grande
part de responsabilité dans cette situation. De même, le faible niveau d’instruction des
agriculteurs, les difficultés d’accès au crédit, les pratiques culturales rudimentaires ne sont pas de
nature à améliorer les conditions de vie de cette frange de la population.
Les ménages dont le chef est de sexe féminin ont en moyenne un niveau de vie plus élevé que
ceux dirigés par des hommes. Ceci est particulièrement vérifié en milieu urbain. Il faut
néanmoins noter que le modèle logit ne confirme pas l’impact du sexe du chef de ménage sur le
niveau de vie.
38
Ce constat découle de l’évolution des odd-ratios issus de l’estimation des modèles logit. Ces derniers baissent et
se stabilisent à partir du secondaire 2nd cycle
ECAM II Rapport principal page 89
8.3.2 Les caractéristiques contextuelles
L’environnement influence de manière certaine le niveau de vie des ménages. En dehors des
conditions géographiques que l’on suppose exogènes au modèle ici, on peut noter que l’absence
d’infrastructures et particulièrement l’enclavement des villes/villages rendent difficiles les
conditions de vie des ménages qui y vivent. Ceci se matérialise par le coefficient négatif du
temps qu’il faut mettre pour arriver à la route bitumée la plus proche.
Le temps a le mérite de résumer la distance et le moyen de transport que les ménages peuvent
s’offrir. Ce résultat correspond à celui obtenu lors des enquêtes participatives. L’adage populaire
le dit si bien « Là où la route passe, le développement suit ». En effet, l’enclavement des zones
notamment rurales induit des coûts de transactions élevés.
Les ménages vivant à Douala et à Yaoundé sont moins vulnérables que ceux du reste du pays.
Ceci s’explique par l’existence d’infrastructures, et par l’intensité des activités économiques
aussi bien publiques que privées, y compris les plus rémunératrices. En effet, ces deux villes
regorgent plus de 70% des entreprises du pays.
Les ménages ayant obtenu un crédit d’investissement ont plus de chance d’être au-dessus de la
ligne de pauvreté. Il s’agit de ménages qui ont un sens de l’initiative et de l’entreprise, et qui
grâce au crédit obtenu, arrivent à investir dans des créneaux porteurs et à dégager ainsi des plus
values. Seulement, à l’analyse, on se rend compte que les ménages qui ont le plus obtenu de
crédit sont les ménages non pauvres. Ceci traduirait les lacunes du système bancaire qui
privilégie la politique des garanties et non celle axée sur la qualité des projets d’investissement et
de l’encadrement des entrepreneurs.
Comme spécifié au niveau du cadre conceptuel, les ménages disposant d’un cadre d’habitat
décent (toilette moderne, maison en matériaux définitifs, accès à l’eau de la SNEC) sont ceux
dont le niveau de vie est élevé.
39
Voir Deaton [2000] pour plus d’informations sur la théorie de la dominance stochastique
ECAM II Rapport principal page 90
CONCLUSION
Le profil de pauvreté qui a servi à l’élaboration de la version intérimaire du Document de
Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) a été établi à partir des données provenant de
l’ECAM I réalisée en 1996 et de l’EDS de 1998. Les résultats des consultations participatives
d’avril 2000 et de janvier 2002, ceux de l’ECAM II, ainsi que d’autres sources d’information
permettent maintenant d’actualiser ce profil, d’achever l’élaboration de la version finale du
DSRP et d’arrêter la liste des indicateurs de référence pour la mesure des progrès en matière de
réduction de la pauvreté au cours des prochaines années. Le choix de ces indicateurs de référence
doit prendre en compte l’objectif arrêté au niveau international de réduire de moitié la pauvreté
dans le monde à l’horizon 2015.
Les résultats obtenus de l’enquête fournissent un éclairage à tous les intervenants dans le
processus de développement social en général et dans la lutte contre la pauvreté en particulier.
C’est ainsi que le profil de pauvreté élaboré tente, autant que possible, de répondre à six
questions fondamentales concernant les pauvres à savoir : Combien sont-ils ? Où sont-ils ? Qui
sont-ils ? Que font-ils ? Quelles sont leurs potentialités ? Et quelles appréciations font-ils de leur
situation ?
Sur une population estimée à 15,5 millions d’habitants en 2001, près de 6,2 millions vivent au-
dessous du seuil de pauvreté qui est de 232.547 FCFA ; c’est-à-dire qu’ils ne sont pas capables
de disposer de 63740 FCFA par jour et par équivalent-adulte pour satisfaire leurs besoins
essentiels, à savoir se nourrir et subvenir aux besoins essentiels non alimentaires. Il est important
de rappeler ici que cette estimation n’a pas pris en compte les personnes vivant dans des
ménages collectifs au sein desquels il existe également des pauvres. Ces populations particulières
(prisonniers, militaires en casernes, malades, élèves et étudiant en internat, etc.) font l’objet de
traitement particulier, qu’il s’agisse de les identifier, de les caractériser ou d’entreprendre des
actions de réduction de la pauvreté en leur faveur.
40
637 FCFA est le montant journalier correspondant au seuil de pauvreté de 232.547 francs CFA par an et par
équivalent adulte.
ECAM II Rapport principal page 91
Après l’évaluation du nombre de pauvres qui renseigne sur l’étendue du phénomène, une
évaluation de son intensité a été faite pour mieux apprécier le fossé moyen qui sépare les
ménages pauvres des ménages non pauvres. Le choix des politiques à mettre en place pourra
dépendre d’une comparaison entre l’incidence de la pauvreté et son intensité. Un nombre
important de pauvres vivant assez proche du seuil de pauvreté peut être apprécié comme une
situation tolérable par rapport à un effectif moins important de pauvres vivant dans la misère du
fait de profondes inégalités entre pauvres et non pauvres. L’ECAM II situe à 31,8% du seuil de
pauvreté l’enveloppe moyenne dont un pauvre a besoin pour sortir de sa situation. Ceci
correspond à une somme de 74.000 FCFA par an et par personne, soit une enveloppe totale de
près de 460 milliards par an. Cette somme n’est pas importante en soi dans la mesure où aucune
politique durable et efficace de réduction de la pauvreté ne peut consister à distribuer
directement de l’argent aux pauvres. En rappelant que 74.000 FCFA par an et par personne n’est
qu’une moyenne, il importe de préciser que cette somme avoisine 78.000 FCFA chez les
exploitants agricoles considérés comme le groupe le plus pauvre. L’examen de la dépense
annuelle par équivalent adulte montre qu’en moyenne, un ménage non pauvre dépense près de 4
fois plus qu’un ménage pauvre. Si l’on ajoute qu’en moyenne un ménage appartenant aux 20%
les plus riches consomme 8 fois plus qu’un ménage appartenant aux 20% les plus pauvres, on
peut affirmer que les questions d’inégalités ne sont pas étrangères à la situation actuelle de la
pauvreté au Cameroun.
A la question de savoir où sont les pauvres, il y a deux éléments de réponse qui apparaissent
clairement, à savoir que les pauvres sont plus nombreux en zone rurale, et que leur concentration
est plus forte dans certaines régions du pays. Dans le milieu urbain ou ville d’au moins 50.000
habitants, l’incidence de la pauvreté est de 17,9%, contre 52,1% dans la zone rurale. Sur les
6.217.058 pauvres recensés, 5.254.643 vivent en zone rurale, soit plus de 8 pauvres sur 10. La
dépense annuelle par équivalent-adulte dont la moyenne se situe à 461.894 FCFA résume pour
chaque ménage l’ensemble des opportunités de ses revenus. La zone rurale se présente alors
comme offrant moins d’opportunités avec une consommation par équivalent-adulte par an de
340.242 FCFA contre 688.276 FCFA en milieu urbain.
Par rapport à la localisation, les régions où le seuil de pauvreté dépasse la moyenne nationale de
40,2% sont au nombre de 6, à savoir l’Extrême-Nord, le Nord, le Nord-Ouest, l’Adamaoua, l’Est
et le Centre moins Yaoundé. Un pauvre sur 4 habite l’Extrême-Nord qui est la région ayant la
plus grande contribution à la pauvreté, suivie du Nord-Ouest, de l’Ouest, du Centre moins
Yaoundé et du Nord. La prise en compte de l’intensité de la pauvreté donne une priorité
différente selon laquelle la situation est préoccupante au Nord-Ouest, à l’Extrême-Nord, au
Nord, dans l’Adamaoua, à l’Est et au Centre moins Yaoundé. La pauvreté urbaine touche
numériquement peu de personnes à Douala et à Yaoundé par rapport à leur population, mais de
manière très intense par rapport aux inégalités observées : dans ces deux villes, les 20% plus
riches dépensent en moyenne 13 fois plus que les 20% plus pauvres. L’incidence et l’intensité
mises ensemble permettent d’identifier l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Nord comme des
pôles de pauvreté confirmés.
Des incidences de la pauvreté inférieures à 40,2% sont observées dans les régions de Douala,
Yaoundé, Littoral moins Douala, Sud et Sud-Ouest. Les deux villes de Douala et de Yaoundé se
distinguent par le fait que Douala a un peu moins de pauvres que Yaoundé, mais connaît des
inégalités plus prononcées. La région de l’Ouest, avec une incidence égale à la moyenne
nationale, occupe le 3ème rang comme contributeur à la pauvreté avec 12,1% du fait de son poids
démographique.
Outre ces considérations, les régions de l’Ouest, du Littoral, du Sud et du Sud-Ouest doivent
certainement leur situation à un certain nombre d’opportunités qui ressortent des analyses. Si
l’on exclut Douala et Yaoundé, ces régions figurent parmi les plus alphabétisées du pays, et
occupent également les premiers rangs dans la scolarisation après les deux métropoles. Dans les
provinces du Sud et du Littoral, l’accessibilité à la terre en terme de superficie cultivée est
largement au-dessus de la moyenne nationale. Dans les provinces de l’Ouest et du Sud, les
transferts reçus sont plus importants que partout ailleurs. En terme d’inégalités régionales,
Douala est la ville où la distribution des revenus est la plus inégalitaire, suivie par Yaoundé, le
Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Pour savoir qui sont les pauvres, on s’est intéressé à leur sexe, à leur niveau d’instruction, à leur
âge et à leur situation d’activité qui sont apparus comme les quatre variables les plus pertinentes
pour les caractériser. S’agissant du sexe, 51,4% des pauvres sont de sexe féminin. En ce qui
concerne le niveau d’instruction, sur les 6.217.058 individus pauvres, 1.758.658 n’ont jamais été
à l’école. L’incidence de la pauvreté baisse au fur et à mesure que le niveau scolaire s’accroît. Il
apparaît donc que plus l’on a un haut niveau d’instruction, plus on est à même de saisir les
opportunités de générer des revenus. La lutte contre l’analphabétisme devrait s’inscrire comme
une des actions du programme de réduction de la pauvreté. L’incidence de la pauvreté est moins
élevée dans les ménages dont l’âge du chef est inférieur à 30 ans, et augmente de manière
régulière avec l’âge du chef de ménage.
L’action politique de réduction de la pauvreté devrait aussi porter à la fois sur les infrastructures,
le renforcement des capacités humaines et la promotion des activités génératrices des revenus.
Dans ce cadre, l’insertion des populations dans le circuit économique est très importante dans la
mesure où elles y réalisent des activités de création des richesses. En ce qui concerne la situation
d’activité, il a été identifié que près de 7 pauvres sur 10 sont exploitants agricoles. Les deux
autres groupes auxquels on devrait accorder une priorité sont les salariés et autres travailleurs du
secteur agricole informel, et les travailleurs à compte propre du secteur informel non agricole. Le
dernier groupe cible se réfère surtout aux populations démunies du secteur informel des grandes
villes. Les deux autres groupes rassemblent les masses paysannes qui réclament l’ajustement de
la libéralisation de la filière agricole et la promotion du secteur agropastoral.
Du moment que l’on sait ce que font les pauvres, il est important de leur fournir l’encadrement
nécessaire afin qu’ils développent leurs potentialités. Ils sont, rappelons-le, exploitants agricoles
et travailleurs à compte propre du secteur informel non agricole ; ces deux groupes constituent
77% des pauvres. L’inaccessibilité à la terre et au crédit a déjà été identifiée comme entrave au
développement de leurs potentialités. Les pauvres ont moins accès à la terre que les non pauvres,
même si du point de vue des superficies moyennes cultivées, la différence est négligeable.
Il est important ici d’ajouter, parce que les pauvres eux-mêmes en sont conscients, que la terre et
le crédit à eux seuls ne suffiront pas pour changer durablement la situation. L’accès aux facteurs
de production doit, selon eux, s’accompagner des solutions aux autres problèmes de fond qu’ils
évoquent régulièrement41 quand l’occasion leur est donnée. En effet, lors de l’ECAM II comme
pendant les deux phases des consultations participatives, les populations ont identifié de manière
constante les causes de la pauvreté et les actions de lutte envisageables pour sa réduction.
Selon leurs propres déclarations, leurs difficultés proviennent principalement des emplois
précaires, de la baisse ou insuffisance des revenus, de la corruption ou mauvaise gestion des
ressources publiques, du faible niveau d’instruction et des problèmes d’enclavement qui
affectent directement ou indirectement leur niveau de revenus. Quant aux actions de lutte contre
la pauvreté, celles qui ont retenu l'attention d'au moins 11% des ménages incluent la promotion
des emplois, le désenclavement, la revalorisation et la protection des prix des produits agricoles,
la facilitation de l'accès à l'éducation et aux soins de santé, et la lutte contre la corruption.
En définitive entre 1996 et 2001, la situation globale des conditions de vie des camerounais s’est
améliorée grâce à la croissance économique retrouvée. Cette croissance encore fragile, ne profite
pas encore à toutes les couches de la population, notamment les plus pauvres, du fait de la
politique de redistribution des richesses qui reste à parfaire. Les actions de renforcement et de la
consolidation de la croissance doivent, autant que celles visant à assurer une meilleure répartition
de ses fruits, figurer en bonne place dans le programme économique.
Ces différentes actions issues de trois opérations différentes à savoir les deux consultations
participatives et l’ECAM II, méritent une place de choix dans le DSRP. Le présent profil de
pauvreté devrait aider à l’élaboration des stratégies appropriées./-
41
Les déclarations des populations sont comparables à l’ECAM II et aux consultations participatives, preuve
qu’elles savent apprécier le fléau de la pauvreté et les éventuelles solutions.
Anaclet Désiré DZOSSA Chargé d’études assistant à la Division des enquêtes et études
statistiques auprès des ménages
Arouna ANJUENNEYA NJOYA Cadre à la Division des enquêtes et études statistiques auprès
des ménages
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