Chapitre 1 : Espaces mesurés et applications mesurables
Pr. M. Massar
FSTH, Université Abdelmalek Essaadi
12 septembre 2022
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 1 / 105
1.1. Tribus
Définition 1.1.
Soit X un ensemble. On appelle tribu ou σ-algèbre sur X une famille M
de parties de X vérifiant les propriétés suivantes :
i) X ∈ M ;
ii) Si A ∈ M alors A{ ∈ M (où A{ = X \A est le complémentaire de A
dans X ) ;
S
iii) Si An ∈ M, ∀ n ∈ N, alors An ∈ M.
n∈N
Les éléments de M sont appelés des parties mesurables de X . On dit que
(X , M) est un espace mesurable.
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Remarque 1.1.
1. ∅ = X { ∈ M car X ∈ M. T
2. Si An ∈ M, ∀ n ∈ N, alors An ∈ M car
n∈N
!{
\ [
An = A{n
n∈N n∈N
.
3. M est stable par intersection finie et par réunion finie.
4. Si A, B ∈ M, alors A\B = A ∩ B { ∈ M.
Exemples. Soit X un ensemble.
1. M = P(X ) est la plus grande tribu (au sens de l’inclusion) sur X .
2. M = {∅, X } est la plus petite tribu (au sens de l’inclusion) sur X .
3. Soit A ⊂ X . Alors M = {∅, A, A{ , X } est une tribu sur X .
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Proposition 1.1.
L’intersection quelconque de tribus (Mi )i∈I sur un ensemble X est encore
une tribu sur X .
T
Preuve. Soit M = Mi .
i∈I
1. X ∈ Mi pour tout i ∈ I , donc X ∈ M.
2. Soit A ∈ M, alors A ∈ Mi pour tout i ∈ I , et donc A{ ∈ Mi pour tout
i ∈ I car les Mi sont des tribus. Ainsi A{ ∈ M.
3. Soit (An )n∈N ⊂ M,Salors (An )n∈N ⊂ Mi pour tout i ∈SI , et comme les
Mi sont des tribus, An ∈ Mi pour tout i ∈ I , donc An ∈ M.
n∈N n∈N
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Définition 1.2 (Tribu engendrée).
Soit C une famille de parties d’un ensemble X . On appelle tribu engendrée
par C que nous notons σ(C ), l’intersection de toutes les tribus contenant
C.
Remarque 1.2.
1. D’après la proposition 1.1, σ(C ) est une tribu qui existe bien.
2. Si M est une tribu sur X , alors pour tout C ⊂ M on a σ(C ) ⊂ M.
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Définition 1.3 (Rappel).
Une topologie sur X est une famille T de parties de X telles que :
i) ∅ ∈ T , X ∈ T ;
Tn
ii) Si O1 , ..., On ∈ T , alors i=1 Oi ∈T;
S (Oi )i∈I est une famille quelconque d’éléments de T alors
iii) Si
Oi ∈ T .
i∈I
Les éléments de T s’appellent les ouverts de X . On dit que (X , T ) est un
espace topologique.
Définition 1.4 (Tribu de borel).
Soit (X , T ) un espace topologique. On appelle tribu borélienne (ou tribu
de Borel) sur X la tribu notée B(X ) engendrée par la famille de tous les
ouverts de X : B(X ) = σ(T ).
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Remarque 1.3.
B(X ) est aussi la tribu engendrée par la famille des fermés de X .
En effet, B(X ) est une tribu qui contient les ouverts de X , elle contient
donc la famille F des fermés de X , ainsi σ(F) ⊂ B(X ).
Réciproquement, σ(F) est une tribu qui contient les fermés de X , et par
conséquent B(X ) ⊂ σ(F). D’où B(X ) = σ(F).
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Proposition 1.2 (Tribu borélienne sur R).
La tribu B(R) est engendrée par chacune des familles suivantes :
1) C1 = {] − ∞, a] : a ∈ R};
2) C2 = {] − ∞, a[: a ∈ R};
3) C3 = {]a, b[: a, b ∈ R};
4) C4 = {[a, b[: a, b ∈ R};
5) C5 = {[a, b] : a, b ∈ R};
6) C6 = {]a, b] : a, b ∈ R};
7) C7 = {]a, +∞[: a ∈ R};
8) C8 = {[a, +∞[: a ∈ R}.
C’est à dire que B(R) = σ(C1 ) = ... = σ(C8 ).
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Preuve. Soit a, b ∈ R tels que a < b. Montrons que
B(R) ⊂ σ(C1 ) ⊂ ... ⊂ σ(C8 ) ⊂ B(R).
1. Montrons que B(R) ⊂ σ(C1 ). On a
C1 = {] − ∞, a] : a ∈ R},
]a, b[=] − ∞, b[∩]a, +∞[, ]a, +∞[= (] − ∞, a]){ ∈ σ(C1 ),
[ 1
] − ∞, b[= ] − ∞, b − ] ∈ σ(C1 ),
∗
n
n∈N
ce qui implique ]a, b[∈ σ(C1 ). D’autre part, on sait que tout ouvert de R
est une réunion au plus dénombrable d’intervalles ouverts, donc σ(C1 )
contient tout les ouverts de R et par suite B(R) ⊂ σ(C1 ).
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2. Pour montrer σ(C1 ) ⊂ σ(C2 ), il suffit de montrer que C1 ⊂ σ(C2 ).
En effet, on a
C1 = {] − ∞, a] : a ∈ R}, C2 = {] − ∞, a[: a ∈ R},
] − ∞, a + n1 [,
T
] − ∞, a] =
n∈N∗
et comme pour tout n ∈ N∗ , on a ] − ∞, a + n1 [∈ σ(C2 ),
alors ] − ∞, a] ∈ σ(C2 ). Il résulte que C1 ⊂ σ(C2 ) et donc σ(C1 ) ⊂ σ(C2 ).
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3. Montrons que σ(C2 ) ⊂ σ(C3 ). On a
C2 = {] − ∞, a[: a ∈ R}, C3 = {]a, b[: a, b ∈ R}
et [
] − ∞, a[= {] − n, a[: n ∈ N, n > −a} ,
donc
] − ∞, a[∈ σ(C3 ), et C2 ⊂ σ(C3 ).
D’où σ(C2 ) ⊂ σ(C3 ).
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[a + n1 , b[∈ σ(C4 ).
S
4. σ(C3 ) ⊂ σ(C4 ) car ]a, b[=
n∈N∗
[a, b − n1 ] ∈ σ(C5 ).
S
5. σ(C4 ) ⊂ σ(C5 ) car [a, b[=
n∈N∗
]a − n1 , b] ∈ σ(C6 ).
T
6. σ(C5 ) ⊂ σ(C6 ) car [a, b] =
n∈N∗
7. σ(C6 ) ⊂ σ(C7 ) car
]a, b] =]a, +∞[∩] − ∞, b] =]a, +∞[∩ (]b, +∞[){ ∈ σ(C7 ).
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[a + n1 , +∞[∈ σ(C8 ).
S
8. σ(C7 ) ⊂ σ(C8 ) car ]a, +∞[=
n∈N∗
9. Enfin σ(C8 ) ⊂ B(R), car les éléments de C8 sont des fermés, ils sont
donc des boréliens.
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Proposition 1.3 (Tribu borélienne sur Rd )
La tribu borélienne B Rd est engendrée par les pavés de la forme
Qd
i=1 ]ai , bi [, où ai , bi ∈ R avec ai < bi .
Preuve.
Soit T la tribu engendrée par ces pavés. On a T ⊂ B Rd , car ces pavés
sont eux mêmes des ouverts de Rd . Pour obtenir l’inclusion réciproque il
suffit de montrer que chaque ouvert de Rd est dans Q T . Soit donc O un
ouvert de Rd . Soit x ∈ O, il existe r > 0 tel que di=1 ]xi − r , xi + r [⊂ O.
Comme Q est dense dans R, on peut trouver (a, b) ∈ Qd × Qd tel que
xi − r < ai < xi < bi < xi + r pour n tout 1 ≤ i ≤ d. Donc o
x ∈ i=1 ]ai , bi [⊂ O. Posons I = (a, b) ∈ Qd × Qd : di=1 ]ai , bi [⊂ O ,
Qd Q
S Qd
alors O = i=1 ]ai , bi [. Comme I est au plus dénombrable, on en
(a,b)∈I
déduit que O ∈ T et donc B Rd ⊂ T .
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S
Tribu borélienne sur R = R {−∞, +∞}.
Nous étendons les lois + et × ainsi que la relation d’ordre ≤ de R à R en
adoptant les convention suivantes.
1. −∞ < a < +∞ pour tout a ∈ R.
2. a ± ∞ = ±∞ + a = ±∞ pour tout a ∈ R.
3.
±∞ si 0 < a ≤ +∞
a × (±∞) = ∓∞ si −∞ ≤ a < 0
0 si a = 0.
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Topologie sur R (Rappel). Nous dirons qu’un sous ensemble S U deSR est
un ouvert, si on peut l’écrire sous la forme U = [−∞, a[ ]b, +∞] O, où
a, b ∈ R et O un ouvert de R avec la convention, [−∞, −∞[= ∅ et
] + ∞, +∞] = ∅.
Cette famille d’ouverts définit une topologie sur R et contient les ouverts
de R.
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Proposition 1.4 (Tribu borélienne sur R).
La tribu B(R) est engendrée par chacune des familles suivantes :
1) F1 = {[−∞, a] : a ∈ R};
2) F2 = {[−∞, a[: a ∈ R};
3) F3 = {]a, +∞] : a ∈ R};
4) F4 = {[a, +∞] : a ∈ R}.
C’est à dire que B(R) = σ(F1 ) = ... = σ(F4 ).
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Proposition 1.5 (Tribu image réciproque).
Soit X et Y deux ensembles et f : X → Y une fonction.
1) Supposons que Y est muni d’une tribu T , alors
f −1 (T ) = f −1 (B) : B ∈ T est une tribu sur X que l’on appelle
tribu image réciproque.
2) Pour toute famille C de parties de Y , on a f −1 (σ(C)) = σ f −1 (C) .
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Définition 1.5 (Tribu produit).
Soient (X1 , M1 ) et (X2 , M2 ) deux espaces mesurables. On appelle tribu
produit de M1 et M2 , et on note M1 ⊗ M2 , la tribu engendrée par la
famille des ensembles (rectangles) de la forme A1 × A2 , où A1 ∈ M1 et
A2 ∈ M2 .
On étend facilement la définition de la tribu produit pour un nombre fini
d’espaces mesurables (X1 , M1 ), ..., (Xn , Mn ) en posant
M1 ⊗ M2 ⊗ ... ⊗ Mn = σ (A1 × A2 × ... × An : Ai ∈ Mi , 1 ≤ i ≤ n) .
Proposition 1.6.
Pour tout d ≥ 1, on a B Rd+1 = B Rd ⊗ B (R) .
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1.2 Mesures positives
1.2.1 Définitions et propriétés
Définition 1.7.
Soit (X , M) un espace mesurable. On appelle mesure positive sur (X , M)
toute application µ : M → [0, +∞] vérifiant les propriétés suivantes :
i) µ(∅) = 0;
ii) µ est σ-additive, c’est à toute suite (An ) d’éléments de M
dire, pour
S P
deux à deux disjoints, µ An = µ(An ).
n∈N n∈N
Le triplet (X , M, µ) est appelé espace mesuré.
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Définition 1.8.
Soit (X , M, µ) un espace mesuré.
S On dit que µ est σ-finie s’il existe une
suite (An ) ⊂ M telle que X = An et µ(An ) < +∞ pour tout n ∈ N.
n∈N
Si µ(X ) < +∞, on dit que la mesure µ est finie ou bornée.
En particulier si µ(X ) = 1, µ est dite une probabilité sur (X , M).
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Exemples.
1. Mesure de comptage. Soit X un ensemble. Pour tout A ⊂ X , on pose
card(A) si A est fini
µ(A) =
+∞ si A est infini.
µ est une mesure positive sur P(X ) appelée mesure de comptage
(dénombrement).
2. Mesure de Dirac en un point. Soient X un ensemble et a ∈ X . Pour
tout A ⊂ X , on pose
1 si a ∈ A
µ(A) =
0 si a 6∈ A.
µ est une mesure positive sur P(X ) appelée mesure (masse) de Dirac au
point a que l’on note µ = δa .
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3. Mesure discrète. Soient X un ensemble, a0 , a1 , ..., une suite de points
de X et α0 , α1 , ..., une suite d’éléments de [0, +∞[. Pour tout A ⊂ X , on
pose X
µ(A) = αn δan (A).
n∈N
µ une mesure positive sur P(X ) appelée mesure discrète.
4. Mesure induite. Soient (X , M, µ) un espace mesuré et A ∈ M. Posons
MA = {B ⊂ A : B ∈ M}.
On définit ainsi une tribu MA sur A. La mesure µ induit alors une mesure
positive µA sur A donnée par
µA (B) = µ(B) pour tout B ∈ MA .
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Proposition 1.7 (Propriétés élémentaires d’une mesure positive.)
Soit (X , M, µ) un espace mesuré.
, ..., An ∈ M deux à deux disjoints, alors
1) SiA0 , A1
n
S n
P
µ Ai = µ(Ai ).
i=0 i=0
2) Si A, B ∈ M et A ⊂ B, alors µ(A) ≤ µ(B).
S P
3) Pour tout suite (An ) d’éléments de M, on a µ An ≤ µ(An ).
n∈N n∈N
4) Si (An ) ⊂ M est une suite croissante, c’est à dire,
An⊂ An+1, ∀n ∈ N, alors
S
µ An = lim µ(An ).
n∈N n→+∞
5) Si (An ) ⊂ M est une suite décroissante, c’est à dire,
⊂ A
An+1 n , ∀n ∈ N et si µ(A0 ) < +∞, alors
T
µ An = lim µ(An ).
n∈N n→+∞
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Preuve.
1) On pose Ai = ∅ pour tout i ≥ n + 1, ainsi on obtient une suite
(An ) ⊂ M d’éléments disjoints deux à deux. La σ−additivité de µ entraı̂ne
n +∞
! ! +∞ n
[ [ X X
µ Ai = µ µ(Ai ) = µ(Ai ) = µ(Ai ),
i=0 i=0 i=0 i=0
car µ(Ai ) = µ(∅) = 0 pour tout i ≥ n + 1.
2) Soit A, B ∈ M tels que A ⊂ B, alors B = A ∪ (B\A), et d’après 1)
µ(B) = µ(A) + µ(B\A) ≥ µ(A).
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n−1
S
3) Posons B0 = A0 et Bn = An \ Ai pour tout n ≥ 1. On a
i=0
n
[ n
[
Ai = Bi , µ(Bn ) ≤ µ(An ), ∀n ∈ N et Bi ∩ Bj = ∅ ∀i 6= j,
i=0 i=0
alors ! !
[ [ X X
µ An =µ Bn = µ(Bn ) ≤ µ(An ).
n∈N n∈N n∈N n∈N
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4) Soit A0 ⊂ A1 ⊂ ... une suite d’éléments de M.
Posons B0 = A0 et Bn = An \An−1 pour tout n ≥ 1. On a (Bn ) est une
suite d’éléments de M deux à deux disjoints et
n
[ [ [
An = Bi , An = Bn ,
i=0 n∈N n∈N
donc
+∞ n
! !
[ [ X X
µ An =µ Bn = µ(Bn ) = lim µ(Bi )
n→+∞
n∈N n∈N n=0 i=0
n
!
[
= lim µ Bi = lim µ(An ).
n→+∞ n→+∞
i=0
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 27 / 105
5) Soit A0 ⊃ A1 ⊃ ... une suite d’éléments de M.
PosonsSBn = A0 \AnTpour tout n ∈ N, alors (Bn ) est une suite croissante
avec Bn = A0 \ An . En outre, µ(Bn ) = µ(A0 ) − µ(An ) car
n∈N n∈N
µ(A0 ) < +∞.
Par 2), on a donc
! !
\ [
µ(A0 ) − µ An =µ Bn
n∈N n∈N
= lim µ(Bn )
n→+∞
= µ(A0 ) − lim µ(An ).
n→+∞
T
D’où µ An = lim µ(An ).
n∈N n→+∞
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Complétion d’un espace mesuré
Définition 1.8 (Ensemble négligeable).
Soit (X , M, µ) un espace mesuré. On dit qu’une partie N de X est
µ-négligeable s’il existe A ∈ M tel que N ⊂ A et µ(A) = 0.
L’espace (X , M, µ) est dit complet si M contient toutes les parties
µ−négligeable.
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Remarque 1.4.
1. Il n’est pas toujours vrai qu’une partie µ-négligeable est mesurable,
autrement dit un espace mesuré n’est pas nécessairement complet.
2. Il est évident que si A ⊂ B et B est µ-négligeable, alors A est
µ−négligeable. S
3. La réunion N = Nn d’une suite (Nn ) de parties µ-négligeable est
n∈N
encore µ-négligeable.
En effet, pour tout n ∈ N il existe une partie An mesurable
S telle que
Nn ⊂ An et µ(An ) = 0. On en déduit que N ⊂ A = An , où
n∈N
!
[ X
µ(A) = µ An ≤ µ(An ) = 0,
n∈N n∈N
ce qui prouve que N est µ-négligeable.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 30 / 105
Proposition 1.8
Soient (X , M, µ) un espace mesuré et N l’ensemble des parties
µ-négligeables de X . Soit
Mµ = {A ∪ N : A ∈ M, N ∈ N } .
Alors
1) Mµ est une tribu sur X qui contient M;
2) Si A ∪ N = A0 ∪ N 0 , A, A0 ∈ M et N, N 0 ∈ N , alors µ(A) = µ(A0 );
3) L’application µ∗ : Mµ → [0, +∞] définie par µ∗ (A ∪ N) = µ(A) pour
tout A ∈ M et N ∈ N , est une mesure positive qui prolonge de façon
unique µ à Mµ .
L’espace (X , Mµ , µ∗ ) est appelé le complété de (X , M, µ).
Mµ est dite la tribu complétée de M pour la mesure µ. Les éléments de
Mµ sont appelés des ensembles µ-mesurables.
µ∗ est dite la mesure complétée de µ.
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Preuve.
1) Montrons que Mµ est une tribu sur X .
i) On a X = X ∪ ∅ ∈ Mµ .
ii) Soit E = A ∪ N, où A, ∈ M et N ∈ N . Il existe B ∈ M telle que
N ⊂ B et µ(B) = 0. On a
E { = (A ∪ N){ = (A ∪ B){ ∪ A{ ∩ (B\N) ,
puisque (A ∪ B){ ∈ M et A{ ∩ (B\N) ⊂ B avec µ(B) = 0, c’est à dire,
A{ ∩ (B\N) ∈ N , on obtient E { ∈ Mµ .
iii) Soit En = An ∪ Nn ∈ Mµ ; ∀n ∈ N, avec An ∈ M et Nn ∈ N . On a
! !
[ [ [ [
En = An Nn ∈ Mµ .
n∈N n∈N n∈N
D’où Mµ est une tribu.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 32 / 105
3) Montrons que µ∗ est une mesure positive sur Mµ qui coincide avec µ
sur M. On a pour tout A ∈ M, µ∗ (A) = µ∗ (A ∪ ∅) = µ(A).
i) µ∗ (∅) = µ(∅) = 0.
ii) Soit (En ) ⊂ Mµ telle que Ei ∩ Ej = ∅ si i 6= j, et En = An ∪ Nn avec
An ∈ M et Nn ∈ N . On a
! ! !! !
[ [ [ [ [
∗ ∗
µ En = µ An Nn =µ An
n∈N n∈N n∈N n∈N
X X
∗
= µ(An ) = µ (En )
n∈N n∈N
et par conséquent µ∗ est une mesure positive.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 33 / 105
iii) Soit µ1 une mesure positive sur Mµ qui coincide avec µ sur M.
Soit E ∈ Mµ , alors E = A ∪ N, où A ∈ M et N ∈ N . Il existe B ∈ M tel
que N ⊂ B et µ(B) = 0. Donc
µ1 (E ) = µ1 (A ∪ N) ≤ µ1 (A ∪ B)
≤ µ1 (A) + µ1 (B) = µ(A) + µ(B)
= µ(A) = µ1 (A) ≤ µ1 (E ),
par suite µ1 (E ) = µ(A) et µ∗ (E ) = µ∗ (A ∪ N) = µ(A), ainsi
µ1 (E ) = µ∗ (E ). D’où µ1 = µ∗ sur Mµ .
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 34 / 105
1.2.2. Mesure de Lebesgue
Théorème 1.1 (Mesure de Lebesgue sur R).
Il existe une unique mesure positive sur (R, B(R)), notée λR = λ, telle que
λ(]a, b[) = b − a, ∀a, b ∈ R, a < b.
Preuve. Admis.
Définition 1.9.
On appelle tribu de Lebesgue sur R, et on note L (R) , la tribu qui
complète B (R) pour la mesure λ.
On appelle mesure de Lebesgue la mesure complétée de λ à L (R) , et se
note encore λ.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 35 / 105
Remarque 1.5.
1. La mesure de Lebesgue λ est diffuse : λ({x}) = 0, ∀x ∈ R.
En effet, on a {x} ⊂]x − ε, x + ε[, ∀ ε > 0, donc
0 ≤ λ({x}) ≤ λ (]x − ε, x + ε[) = 2ε, ∀ε > 0.
En faisant ε → 0, on obtient λ({x}) = 0.
2. λ(]a, b]) = λ([a, b[) = λ([a, b]) = b − a, si a < b. En effet, on a
\ 1
]a, b] = a, b + .
n
n≥1
Soit An = a, b + n1 , alors (An )n≥1 est une suite décroissante et
λ(A1 ) = b + 1 − a < ∞,
\ 1
λ(]a, b]) = λ a, b +
n
n≥1
Pr. M. Massar 1Chapitre 1 1 12 septembre 2022 36 / 105
3. Pour toute partie au plus dénombrable D de R, on a λ(D) = 0, en
particulier λ(Q) = 0.
En effet, écrivons [
D = {dn : n ∈ N} = {dn }.
n∈N
La sous-σ-additivité donne
+∞
!
[ X X
0 ≤ λ(D) = λ {dn } ≤ λ({dn }) = 0 = 0,
n∈N n∈N n=0
donc λ(D) = 0.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 37 / 105
Théorème 1.2 (Mesure de Lebesgue sur Rd ).
Il existe une unique mesure positive sur Rd , B Rd , notée λRd = λ,
Qd
telle que pour tout pavé borné P = ]ai , bi [, on ait
i=1
d
Y
λ(P) = (bi − ai ).
i=1
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 38 / 105
Définition 1.10.
On appelle tribu de Lebesgue sur Rd , et on note L Rd , la tribu qui
complète B Rd pour la mesure λ.
On appelle mesure de Lebesgue la mesure complétée de λ à L Rd , et se
note encore λ.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 39 / 105
Proposition 1.9
1) λ diffuse : λ({x}) = 0, ∀x ∈ Rd .
2) λ est invariante par translation : Pour tout A ∈ B Rd et x ∈ Rd , on a
A + x := {a + x : a ∈ A} ∈ B Rd et λ(A + x) = λ(A);
3) λ est homogène : Pour tout A ∈ B Rd et α ∈ R, on a
αA := {αa : a ∈ A} ∈ B Rd et λ(αA) = |α|d λ(A);
4) λ est régulière : Pour tout A ∈ B Rd , on a
λ(A) = inf{λ(O) : O ⊃ A, O ouvert},
λ(A) = sup{λ(K ) : K ⊂ A, K compact}.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 40 / 105
1.3 Fonctions mesurables
1.3.1 Définitions et généralités
Définition 1.11.
Soient (X , M) et (Y , T ) deux espaces mesurables. On dit qu’une
application f : X → Y est mesurable (pour les tribus M et T ) si
f −1 (B) ∈ M, ∀B ∈ T .
Définition 1.12.
Soient (X , M) un espace mesurable et A ⊂ X . On appelle fonction
caractéristique de A la fonction χA : X → R définie par
1 si x ∈ A
χA (x) =
0 si x 6∈ A.
Remarque 1.7.
Une partie A de X est mesurable si et seulement si sa fonction
caractéristique χA est mesurable.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 41 / 105
Proposition 1.10.
Soient (X , M) et (Y , T ) deux espaces mesurables et C une famille de
parties de Y telle que T = σ(C). Alors une application f : X → Y est
mesurable si et seulement si f −1 (B) ∈ M, ∀B ∈ C.
Preuve.
La condition est évidemment nécessaire. Supposons donc que
f −1 (B) ∈ M, ∀B ∈ C. Alors f −1 (C) ⊂ M, donc σ f −1 (C) ⊂ M, ainsi
f −1 (σ(C)) ⊂ M et par conséquent f −1 (T ) ⊂ M, c’est à dire,
f −1 (B) ∈ M, ∀B ∈ T . D’où f est mesurable.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 42 / 105
Remarque 1.8.
Si X et Y sont deux espaces topologiques munis de leurs tribus
boréliennes, une application f : X → Y mesurable est dite borélienne.
f est borélienne si et seulement si, pour tout ouvert V ⊂ Y , f −1 (V ) est
un borélien.
En particulier si f est continue alors elle est borélienne.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 43 / 105
Corollaire 1.1.
Soit (X , M) un espace mesurable. Une application f : X → R est
mesurable si et seulement si l’une des propriétés suivantes est vérifiée :
1) [f < a] := {x ∈ X : f (x) < a} est mesurable pour tout a ∈ R;
2) [f ≤ a] := {x ∈ X : f (x) ≤ a} est mesurable pour tout a ∈ R;
3) [f > a] := {x ∈ X : f (x) > a} est mesurable pour tout a ∈ R;
4) [f ≥ a] := {x ∈ X : f (x) ≥ a} est mesurable pour tout a ∈ R.
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 44 / 105
Preuve. On montre 1) et les autres se traitent de manière identique.
1) Soit C = {] − ∞, a[: a ∈ R}, alors d’aprés la proposition 1.2,
B(R) = σ(C). Il résulte de la proposition 1.10 que
f est mesurable ⇔ f −1 (B) ∈ M, ∀B ∈ C
⇔ f −1 (] − ∞, a[) ∈ M, ∀a ∈ R
⇔ [f < a] est mesurable, ∀a ∈ R.
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Proposition 1.11.
Soient (X , M1 ), (Y , M2 ) et (Z , M3 ) trois espaces mesurables, et soient
f : X → Y et g : Y → Z deux applications mesurables. Alors
gof : X → Z est mesurable.
Preuve. Soit B ∈ M3 . Alors (gof )−1 (B) = f −1 g −1 (B)
, or
g −1 (B) ∈ M2 car g est mesurable, donc f −1 g −1 (B) ∈ M1 , puisque f
est mesurable. D’où gof est mesurable.
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Proposition 1.12.
Soient (X , M) un espace mesurable et f , g : X → R. Alors f + g , f .g et
|f | sont mesurables. Si de plus f (x) 6= 0 pour tout x ∈ X , alors f1 est
mesurable.
Preuve.
1) Soit Φ : X → R2 définie par Φ(x) = (f (x), g (x)) , alors Φ est
mesurable. En effet, on a
B(R2 ) = σ (]a, b[×]c, d[: a, b, c, d ∈ R, a < b, c < d)
et l’ensemble
Φ−1 (]a, b[×]c, d[) = f −1 (]a, b[) ∩ g −1 (]c, d[)
est mesurable comme intersection de deux ensembles mesurables car f et
g sont mesurbles. En utilisant la proposition 1.10, il résulte que Φ est
mesurable.
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D’autre part, les applications
Ψ1 : R × R → R, Ψ2 : R × R → R, Ψ3 : R → R
(x, y ) 7→ x + y (x, y ) 7→ xy x 7→ |x|,
Ψ4 : R∗ → R
et
x 7→ x1
sont mesurable car elles sont continues. On a
f + g = Ψ1 oΦ, fg = Ψ2 oΦ, |f | = Ψ3 of et f1 = Ψ4 of , donc la propositon
1.11 donne le résultat désiré.
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Remarque 1.9.
f : X → C est mesurable si et seulement si Re(f ) et Im(f ) sont
mesurables.
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Suites d’applications mesurables
Définition 1.13 (Rappel).
Soit (un ) une suite à valeurs dans R. Posons
vn = sup uk et wn = inf uk .
k≥n k≥n
La suite (vn ) est décroissante et la suite (wn ) est croissante, elles sont
donc convergentes dans R.
Limite supérieure de (un ), notée lim sup un ou limun , est
! !
lim sup un = lim vn = lim sup uk = inf sup uk .
n→+∞ n→+∞ n→+∞ k≥n n∈N k≥n
Limite inférieure de (un ), notée lim inf un ou limun , est
lim inf un = lim wn = lim inf uk = sup inf uk .
n→+∞ n→+∞ n→+∞ k≥n n∈N k≥n
Pr. M. Massar Chapitre 1 12 septembre 2022 50 / 105
Notations. Soient (X , M) un espace mesurable et (fn ) une suite de
fonctions de X dans R. On note
supfn (x) = supfn (x), inf fn (x) = inf fn (x),
n∈N n∈N n∈N n∈N
lim supfn (x) = lim supfn (x) et lim inf fn (x) = lim inf fn (x).
n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞
Lorsque (fn (x)) converge pour tout x ∈ E ⊂ X , on dit que la suite (fn )
converge simplement dans E .
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Proposition 1.13.
Soient (X , M) un espace mesurable et (fn ) : X → R une suite de
fonctions mesurables. Alors les fonctions supfn , inf fn , lim supfn et lim inf fn
n∈N n∈N n→+∞ n→+∞
sont mesurables. En particulier, si (fn ) converge simplement dans X alors
lim fn est mesurable.
n→+∞
Preuve.
Soit f = supfn , pour tout a ∈ R, on a
n∈N
[
f −1 (]a, +∞]) = fn−1 (]a, +∞]) ∈ M.
n∈N
Ainsi, f est mesurable. Il en va de même de inf fn = −sup(−fn ). En
n∈N n∈N
conséquence lim supfn = inf supfk est mesurable, et il va de même de
n→+∞ n∈Nk≥n
lim inf fn = −lim sup(−fn ).
n→+∞ n→+∞
Enfin, si (fn ) converge simplement, alors lim fn = lim inf fn est mesurable.
n→+∞ n→+∞
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Corollaire 1.2.
Soient (X , M) un espace mesurable et f : X → R une fonction mesurable.
Alors les fonctions f + = sup(f , 0) et f − = sup(−f , 0) sont mesurables.
Les fonctions f + et f − sont appelées respectivement partie positive et
partie négative de f et on a f = f + − f − et |f | = f + + f − .
Preuve. Immédiat par application de la proposition précédente.
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1.3.3. Fonctions étagées
Définition 1.14.
Soit (X , M) un espace mesurable. Une fonction f : X → R est dite étagée
si elle prend seulement un nombre fini de valeurs distinctes α1 , α2 , ..., αn .
Remarque 1.10.
n
P
1. Si Ai = {x ∈ X : f (x) = αi } , 1 ≤ i ≤ n, alors f = αi χAi de plus
i=1
(Ai )1≤i≤n forme une partition de X .
2. f est mesurable si et seulement si Ai est mesurable pour tout 1 ≤ i ≤ n.
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Théorème 1.3.
Soient (X , M) un espace mesurable et f : X → [0, +∞] une fonction
mesurable. Alors, il existe une suite croissante (fn ) de fonctions étagées
mesurables à valeurs dans [0, +∞[ qui converge simplement. De plus si f
est bornée la convergence est uniforme.
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Corollaire 1.3.
Toute fonction mesurable f à valeurs dans R est limite simple d’une suite
de fonctions étagées. De plus si f est bornée la convergence est uniforme.
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