AMIBIASES
I- DEFINITION ET ETIOPATHOGENIE +++
L’amibiase est une infection parasitaire due à un protozoaire spécifique de l’homme :
Entamoeba histolytica. L’amibiase est une maladie liée au péril fécal, donc à l’hygiène
des mains et favorisée par le climat chaud et humide (propice au développement de
l’amibe).
L’agent pathogène de l’amibiase est Entamoeba histolytica qui présente sous 3 formes:
- Entamoeba histolytica histolytica, pathogène,
- Entamoeba histolytica minuta, inoffensive
- La forme kystique de résistance éliminée dans les selles.
La transmission se fait par voie digestive, liée au péril fécale, soit directe par les mains
sales soit indirecte par l’ingestion de boissons ou d’aliments souillés (Rôle des mouches
comme vecteurs passifs qui transportent les kystes des selles vers les aliments).
II- MANIFESTATIONS CLINIQUES
TDD: AMIBIASE INTESTINALE AIGUE TYPIQUE +++
Elle réalise le syndrome dysentérique ou dysenterie amibienne
1- SIGNES CLINIQUES
L’INCUBATION:
Elle est silencieuse et varie de quelques jours, à 3-6 semaines.
LE DEBUT:
Il est brutal, marquée par des troubles digestifs vagues avec une anorexie, des nausées, des
douleurs abdominales, asthénie,….
PHASE D’ETAT :
Signes Fonctionnels :
Ils sont caractérisés par un syndrome dysentérique non fébrile qui se définit comme « une
envie douloureuse, impérieuse et infructueuse d’aller à la selle ». Il se caractérise par :
Les épreintes : Ce sont des douleurs abdominales coliques, constantes, paroxystiques,
violentes, ressenties surtout au niveau de la fosse iliaque gauche, parcourant tout le cadre
colique, pouvant aller du simple endolorissement à des violentes coliques et se terminant
par une envie impérieuse d’aller à la selle.
Les ténesmes : Ce sont des sensations de tension vive, de brûlures au niveau de l’anus
ou de contracture douloureuse du sphincter anal, irradiant vers les organes génitaux
externes et le périnée.
Les Faux besoins : Ils traduisent une atteinte rectale et sont provoquées par les épreintes
répétées et n’aboutissent tout au plus qu’à des évacuations de petites quantités. Le patient
a constamment envie d’aller à la selle mais ne peut s’exonérer.
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Les évacuations anormales : Faites de selles afécales, glairosanglantes émises, en petites
quantités (crachat rectal), plusieurs fois par jour et riches en amibes.
Signes Généraux : Au début l’état général est bien conservé, sans fièvre.
Signes Physiques:
A l’examen clinique,
On note une douleur abdominale diffuse prédominant au niveau des 2 fosses iliaques :
On parle de Colique bipolaire. Le foie est normal
Au Toucher Rectal, le sigmoïde peut être spasmé et tendu : on parle de « corde
sigmoïdienne » et le doigtier revient souillé de selles afécales glairosanglantes.
2- SIGNES PARACLINIQUES
• L’examen Parasitologique des selles reste l’examen fondamental (Selles KAOP) +
++: Il doit être effectué le plus rapidement sur des selles fraichement émises. Il permet
de mettre en évidence le parasite responsable qui est Entamoeba histolytica
histolytica (sa forme hématophage).
• La Rectoscopie met en évidence des ulcérations muqueuses arrondies « en coup
d’ongles » et permet la biopsie qui peut retrouver Entamoeba histolytica au sein des
tissus
• L’Hémogramme et la VS sont normaux.
III- FORMES CLINIQUES ET COMPLICATIONS
1- HEMORRAGIES INTESTINALES: Elles peuvent entrainer un tableau de
Collapsus qui nécessite une transfusion sanguine en urgence
2- PERFORATION INTESTINALE : Urgence chirurgicale et Traitement chirurgical
3- APPENDICITE ET CHOLECYSTITE
4- AMIBIASE HEPATIQUE OU ABCES AMIBIEN DU FOIE : ++++
C’est toujours une complication de l’amibiase intestinale aiguë, mais elle peut survenir à
distance, l’épisode initial étant oublié et surtout chez les alcooliques et les patients ayant une
baisse de leur système immunitaire
Signes Cliniques :
Le tableau clinique réalise la triade de FONTAN avec une « hépatomégalie,
douloureuse et fébrile » :
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• La douleur hépatique est constante, d’intensité variable, augmentant à l’inspiration
profonde. Elle irradie vers l’épaule droite et l’omoplate droites, dite « en bretelle trop
serrée ».
• La fièvre est en général élevée, parfois oscillante au stade de l’ « abcès amibien »,
accompagnée d’une altération de l’état général avec asthénie intense
• L’hépatomégalie est à surface lisse, régulière, de consistance ferme et de volume
variable. Elle est douloureuse à la palpation et à l’ébranlement provoqué (disproportion
entre le faible coup donné avec le poing au niveau de l’hypochondre droit et l’importance
de la douleur). Elle est isolée (ni ictère, ni ascite, ni splénomégalie, ni circulation
collatérale
• A la phase d’abcès du foie, on observe une voussure hépatique à l’hypochondre droit
localisée dont la ponction ramène du pus bien lié, non fétide, de couleur chocolat.
Signes Paracliniques :
• NFS: Hyperleucocytose à Polynucléaires neutrophiles
• VS augmentée > 80 mm à la 1 ère heure et CRP élevée > 150
• Echographie Hépatique : montre l’abcès du foie sous forme d’une ou de formations
liquidiennes anéchogènes ou hypoéchogènes, arrondies, de volume variable (2 à 20 cm de
diamètre), siégeant plus souvent dans le lobe droit.
• La radiographie du thorax : peut montrer une surélévation de la coupole
diaphragmatique droite (image en « dôme » ou en « brioche »).
• Sérologie amibienne : Confirme la nature amibienne avec un Taux d’Anticorps
antiamibiens> 1/100 à l’immunofluorescence
4 - AMIBIASE PULMONAIRE
Avec une fièvre, une toux productive avec une Vomique non fétide et de couleur chocolat
5 - AUTRES COMPLICATIONS
AMIBIASE INTESTINALE CHRONIQUE
AMOEBOME : Forme clinique très rare se traduisant par une pseudotumeur
inflammatoire du caecum.
OCCLUSION INTESTINALE.
Des séquelles notamment à type de COLITE POST AMIBIENNE.
IV- DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
1- DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL AMIBIASE INTESTINALE
• Bilharziose intestinale (Selles KAOP montre des œufs de Schistosomes)
• Shigellose (Syndrome dysentérique fébrile – la Coproculture montre la bactérie)
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• Cancer Colorectal : La Rectosigmoïdoscopie montre la tumeur et la biopsie confirme
le diagnostic
2- DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL AMIBIASE HEPATIQUE :
Abcès à pyogènes: La ponction hépatique ramène un liquide purulent, fétide dont l’étude
bactériologique permettra de trouver le germe responsable ou des polynucléaires altérés et
les hémocultures sont positives
Le Cancer Primitif du foie (CPF): Le taux d’alphafoetoproteine sérique est élevé > 2000
ng/ml et l’anapathologie du produit de biopsie hépatique confirme le diagnostic.
V- TRAITEMENT
1- TRAITEMENT CURATIF +++
MOYENS :
MOYENS MEDICAUX :
LES AMOEBICIDES TISSULAIRES : En per os ou en perfusion. Actifs contre la forme
trophozoïte dans les tissus. Ils ne sont pas actifs contre la forme kystique.
• METRONIDAZOLE (FLAGYL®) : 500 mg×3/jr pour l’adulte et 30 mg/kg/jr en 2 ou 3
prises chez l’enfant pendant 7 à jours
• TINIDAZOLE (FASIGYNE® 500) : 3O à 40 mg/kg en 1 prise par jour) en prise unique
chez l’enfant et de 2 g (4cp) en prise unique chez l’adulte. A répéter pendant 5 jours si
amibiase hépatique.
• SECNIDAZOLE (FLAGENTYL®) : 30 à 40 mg/kg en 1 prise par jour) en prise unique chez
l’enfant et de 2 g (4cp) en prise unique chez l’adulte. A répéter pendant 5 jours si
amibiase hépatique.
LES AMOEBICIDES DE CONTACT, actifs sur les kystes :
• INTETRIX® = TIBROQUINOL + TILIQUINOL : 2 g/jour (2 gélules matin et soir)
pendant 10 jours.
MOYENS ADJUVANTS : Antispasmodiques, Antidiarrhéiques antisécrétoires
intestinaux, Antalgiques, Mesures de réhydratation….
CHIRURGIE : Exérèse chirurgicale (Si Amoebome), colectomie partielle ou totale. La
ponction de l’abcès à titre curatif n’est quasiment plus utilisée, sinon dans de gros
abcès hépatique (ponction évacuatrice).
2- PREVENTION +++
2-1- La prophylaxie individuelle : des mesures d’hygiène de lutte contre le péril
fécal:
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Se laver les mains régulièrement, en particulier après avoir touché la terre et être allé à la
selle, Bien laver les crudités avant de les consommer, filtrer l’eau ou la bouillir avant de la
consommer (consommation d’eau potable).
2-2- La prophylaxie collective
Elle a pour but d’éviter la dissémination des kystes à partir des selles humaines : Installation
de latrines, Traitement des eaux usées et de l’eau de boisson, Interdiction d’utiliser l’engrais
humain pour les cultures maraîchères.