Introduction à la méthode des éléments finis
Introduction à la méthode des éléments finis
DOCUMENTATION
19/09/2008
Introduction à la méthode
des éléments finis
par Pierre SPITERI
Docteur ès sciences mathématiques
Professeur à l’École nationale supérieure d’électronique, d’électrotechnique,
d’informatique, d’hydraulique et de télécommunication de Toulouse (ENSEEIHT)
n a vu dans l’article [AF 503] qu’une équation aux dérivées partielles ellip-
O tique pouvait être exprimée sous diverses formulations équivalentes, en ce
sens que toute solution d’une formulation est solution d’une autre formulation
et réciproquement. La formulation forte du problème présente un intérêt dans la
mesure où l’utilisation de la méthode des différences finies est envisagée pour
effectuer une approximation du problème. La formulation équivalente du pro-
blème basée sur la formulation d’un problème d’optimisation associé à la fonc-
tionnelle v → J ( v ) , avec J ( v ) définie par :
1
J ( v ) = --- a ( v, v ) – L ( v )
2
nécessite que la forme bilinéaire a ( u, v ) soit symétrique, ce qui en soit est res-
trictif dans la mesure où certains phénomènes sont modélisés à partir d’opéra-
teurs non autoadjoints. Cependant, lorsque a(.,.) est symétrique, cette
formulation du problème conduit à la méthode de Ritz ; numériquement, l’idée
est de chercher à minimiser J(.) non plus sur l’ensemble E tout entier, mais sur
un sous-espace de E construit à partir de fonctions facilement calculables ; la
fonction inconnue qui réalise le minimum est représentée comme combinaison
linéaire de fonction de forme (ou de tout autre famille physiquement admissible)
et les coefficients de cette combinaison linéaire sont les inconnues du problème.
J(.) est alors transformée en une fonctionnelle quadratique et déterminer le
minimum de cette nouvelle fonctionnelle revient alors à annuler les dérivées
partielles de celle-ci par rapport à ces inconnues, ce qui conduit classiquement à
la résolution d’un système linéaire. Nous ne développerons pas cette méthode.
L’autre formulation équivalente mise en évidence est la formulation faible ou
formulation variationnelle basée sur le théorème des travaux virtuels ; cette
expression équivalente du problème contient l’ensemble des informations rela-
tives à ce dernier, c’est-à-dire l’équation aux dérivées partielles et les conditions
aux limites ; elle offre, de plus, une grande possibilité de calculs effectifs des
solutions approchées en choisissant des sous-ensembles de l’espace fonction-
nel E bien adaptés au calcul numérique. La méthode de base de l’approximation
est la méthode de Galerkin, qui consiste à choisir la fonction inconnue sous
forme de combinaison linéaire de fonctions de forme de manière à obtenir un
système discret en choisissant successivement comme fonction test dans la
formulation faible ces mêmes fonctions de forme. Bien évidemment, dans le cas
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Remarque
Corollaire 1. La matrice A = ( a ( ϕ i, ϕ j ) ) est inversible.
Si l’on suppose que les hypothèses du théorème de Lax-Milgram
sont vérifiées, c’est-à-dire, E étant un espace de Hilbert, que la forme
bilinéaire a(.,.) est continue et coercive et que la forme linéaire L(.)
Remarque
est continue, alors, par application de ce même résultat, le problème
(3) admet une solution unique ; en effet, l’espace E h étant un sous- La résolution du système linéaire précédent sera d’autant plus
espace vectoriel de dimension finie, c’est un sous-espace fermé de aisée que la matrice A a la structure la plus creuse possible et même
E et, par conséquent, c’est un espace de Hilbert pour la norme possède une structure bande. L’obtention d’une telle structure
induite par celle de E ; on peut donc appliquer le théorème de Lax- dépend essentiellement du choix :
Milgram en remplaçant E par E h . De plus, on peut facilement véri- — du sous-espace E h et, en particulier, de celui de la base
fier que le problème (3) est équivalent à un problème de minimisa- { ϕj } j = m ;
tion de la fonctionnelle J ( u h ) dans E h . On va préciser ce résultat en j=1
donnant des démonstrations plus simples. — de la numérotation des points du maillage.
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Le fait de projeter la solution de l’espace de dimension infinie E calculer, à titre d’exercice, les coefficients de la matrice A ; tous
dans l’espace de dimension finie E h a pour effet de faire perdre de calculs faits, on trouve :
l’information sur le problème initial ; en fait, dans cette opération,
1 dϕ
i ( x ) dϕ j ( x )
on commet une erreur dont on peut donner, sans démonstration
(cf. [1]), une majoration :
a ( ϕ i ( x ), ϕ j ( x ) ) =
∫ 0
-----------------
dx
- ------------------ dx
dx
∫
1
Théorème 2. Soit u la solution du problème (1) et u h celle du = ( i + 1 ) ( 1 – x )x i – x i + 1 ( j + 1 ) ( 1 – x )x j – x j + 1 dx
0
problème (3). On a alors la majoration :
soit :
M
u – uh ----- Inf u – v h , ∀v h ∈ E h
E α
E
2(i + 1)(j + 1)
a ( ϕ i ( x ), ϕ j ( x ) ) = -------------------------------------------------------------------------
(i + j + 1)(i + j + 2)(i + j + 3)
∫ ∫
1 du dv 1
a ( u, v ) = ------- ------dx et L ( v ) = f v dx considérant le problème à coefficient variable :
0 dx dx 0
d du ( x )
– ------- c ( x ) ---------------- = f ( x ), x ∈ ]0, 1[
1
pour construire le sous-espace de dimension finie de H 0 ( [ 0, 1 ] ) , on va
dx dx
considérer plusieurs choix de fonctions de base { ϕ j } j = 1 .
j=m
u ( 0 ) = 0, u ( 1 ) = 0
■ Premier choix de base auquel on associe, la forme bilinéaire :
j
Soit E h l’espace engendré par les fonctions ϕ j ( x ) = x ( 1 – x )x ,
∫
0 j m – 1 . Remarquons que, pour tout indice j ∈ [ 0, m – 1 ] , les
1 du ( x ) d v ( x )
a ( u, v ) = c ( x ) ---------------- --------------- dx
fonctions ϕ j ( x ) sont nulles au bord ; de plus, ces fonctions étant 0 dx dx
polynomiales de degré inférieur ou égal à m + 1, elles sont de carré
intégrable ; en outre, ces fonctions sont indéfiniment différentiables les coefficients de la matrice sont donnés par :
et leurs dérivées étant polynomiales de degré inférieur ou égal à m
∫
1 1
sont également de carré intégrable. Donc ϕ j ( x ) ∈ H 0 ( [ 0, 1 ] ) , pour a ( ϕ i ( x ), ϕ j ( x ) ) = ij π
2
c ( x ) cos ( iπx ) cos ( jπx ) dx
tout indice j ∈ [ 0, m – 1 ] et l’on a bien l’inclusion E h ⊂ E . On peut 0
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x – xj
v h ( x ) = v j + -------------- ( v j + 1 – v j ) , ∀x ∈ [ x j , x j + 1 ]
h
xj – 1 xj xj + 1
De manière équivalente, on peut définir l’espace F h comme suit :
F h = { v h, v h [ x j, x j + 1 ]
∈ P 1 , v h entièrement déterminée par ses valeurs Figure 2 – Fonctions de base associées à 3 points successifs
v j aux points v j, 0 j m + 1 }
pour tenir compte des conditions aux limites de Dirichlet homogè- Il convient de noter une propriété très importante dans la
nes. Une base de l’espace E h est composée des fonctions construction des fonctions de base ; en effet dans la méthode des
ϕ j ( x ) ∈ E h , pour i = 1, …, m continues sur [ 0, 1 ] , linéaires sur cha- éléments finis, les fonctions de forme sont à supports disjoints,
que intervalle [ x j , x j + 1 ] , satisfaisant de plus ϕ j ( x i ) = δ i, j ( δ i, j sym- excepté pour les points strictement contigus, c’est-à-dire d’une part
bole de Kronecker). Ces fonctions de base sont appelées dans la ϕ j ( x ) et ϕ j + 1 ( x ) , ainsi que d’autre part ϕ j ( x ) et ϕ j – 1 ( x ) . Cette pro-
littérature les fonctions chapeaux et sont représentées sur les figu- priété permet d’obtenir une matrice A creuse car, en général, on a :
res 1 et 2. On a, de plus, dim ( E h ) = m . On a bien l’inclusion
E h ⊂ E = H 01 ( [ 0, 1 ] ) car E h ⊂ H 01 ( [ 0, 1 ] )C 0 ( [ 0,1 ] ) ; en effet les a ( ϕ j ( x ), ϕ j – 1 ( x ) ) ≠ 0 , a ( ϕ j ( x ), ϕ j ( x ) ) ≠ 0 , a ( ϕ j ( x ), ϕ j + 1 ( x ) ) ≠ 0
fonctions de E h , étant polynomiales par morceaux, sont des fonc-
tions de carré intégrable ; de plus, les dérivées premières des fonc-
tions ϕj ( x ) sont des fonctions en escalier, donc de carré intégrable. et
Par ailleurs, comme E h ⊂ H 01 ( [ 0, 1 ] ) , on a ϕ j ( 0 ) = ϕ j ( 1 ) = 0 ,
j = 1, … , m . a ( ϕ j ( x ), ϕ i ( x ) ) = 0 dès que i – j 2
Soit u h ∈ E h ; considérons le développement de u h dans la base
Donc, en général, la matrice A = ( a ( ϕ j ( x ), ϕ i ( x ) ) ) est une matrice
j=m
{ ϕ j } j = 1 ; on a : tridiagonale, dans le cas où les fonctions de base sont linéaires par
morceaux. Plus précisément, on peut calculer exactement les coeffi-
m cients de la matrice A ; auparavant il est nécessaire de déterminer
uh ( x ) = ∑ µj ϕj ( x ) ⇒ uh ( xi ) ≡ ui = µ i car ϕ j ( x i ) = δ i, j l’expression des fonctions de base et de leurs dérivées ; on procède
j=1 par identification en cherchant une fonction ϕ j ( x ) de la forme
donc : ϕ j ( x ) = ax + b (a et b inconnues du problème), vérifiant sur chaque
m intervalle la condition ϕ j ( x i ) = δ i, j ; tous calculs faits, on trouve :
uh ( x ) = ∑ ui ϕj ( x )
j=1 x – xj – 1
--------------------
- sur [ x j – 1 , x j] --1- sur [ x
h j – 1 , x j]
h
et les coefficients du développement de u h dans la base
j=m
{ ϕj }j = 1 dϕ j ( x )
ϕ j ( x ) = 0 sinon , ------------------ = 0 sinon
dx
ne sont rien d’autre que les valeurs de la fonction u h aux points du x x
–
--------------------
j+1
- sur [ x j , x j + 1 ] – --1- sur [ x j , x j ]
maillage x j , 0 j m + 1 . h h +1
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∫ ∫
2
1 xj + 1 1 xj + 1 d f(ξ)
∫ ∫
– u j – 1 + 2u j – u j + 1 xj xj + 1
--- f ( x ) ϕ j ( x ) dx = f ( x j ) + ------- ( x – x j ) ϕ j ( x ) ---------------- dx, x j < ξ < x
-------------------------------------------------- = f ( x ) ϕ j ( x ) dx + f ( x ) ϕ j ( x ) dx, 1 j m h 2h
h xj – 1 xj
xj – 1 xj – 1 dx 2
u0 = um + 1 = 0
car on vérifie facilement que :
∫
1 xj + 1
Remarque --- ( x – x j ) ϕ j ( x ) dx = 0
Il est important de noter que, aussi bien dans le calcul des coeffi- h xj – 1
cients de la matrice que dans celui du second membre du système
Si la dérivée seconde est continue, on a donc :
linéaire, le calcul des intégrales s’effectue sur chaque intervalle
[ x j , x j + 1 ] , j = 0, 1, …, n , c’est-à-dire élément par élément.
2f ( x )
∫
xj + 1 2
1 h
Remarque --- f ( x ) ϕ j ( x ) dx – f ( x j ) ------ Sup d -----------------
h xj – 1 12 0 < x < 1 dx 2
Comme prévu, la matrice A est tridiagonale ; de plus quel que soit
l’opérateur aux dérivées partielles considéré, on obtient une telle
structure de matrice, en particulier si l’on considère un problème or :
monodimensionnel à coefficient variable. Cette propriété provient 2 4 2
du fait que les fonctions de base choisies sont à supports disjoints. d u(x) d u(x) d f(x)
------------------ = f ( x ) ⇒ ------------------
4
= -----------------
On verra, par la suite, qu’il est possible de définir l’espace Eh en uti- dx 2 dx dx 2
lisant des fonctions de base polynomiales par morceaux de degré
plus élevé à supports disjoints sauf pour les fonctions de base atta- et
chées à des points contigus ; dans ce cas, cependant, la demi-lar-
geur de bande de la matrice augmente. Un autre choix de la base de h
2 d 4u ( x )
E j ------ Sup ------------------
6 0 < x < 1
dx 4
l’espace Eh composé de fonctions à supports non disjoints conduit
à une matrice de discrétisation pleine.
Remarque Donc, le schéma numérique obtenu par discrétisation élément fini
Si l’on modifie la numérotation des fonctions de base (c’est-à-dire est donc une approximation de l’équation de Poisson à un terme h 2
des points du maillage), la matrice du système linéaire perd sa près. Cette estimation permet, par des calculs simples, compte tenu
structure tridiagonale. du fait que la matrice A est définie positive, de donner une majora-
tion de la norme discrète de l’erreur. Nous donnerons dans l’article
En général, il n’est pas toujours possible de calculer une primitive [AF 505], § 3.1 des résultats plus généraux de majoration d’erreur.
de l’intégrale
∫ f ( x ) ϕ j ( x ) dx ; dans la pratique, on utilise des formules Exemple 2. Soit le problème aux limites suivant :
∫ ∫
1 xj + 1
f ( x ) ϕ j ( x ) dx = f ( x ) ϕ j ( x ) dx
0 xj – 1 u(0) = u(1) = 0
∫ ∫
xj xj + 1
= f ( x ) ϕ j ( x ) dx + f ( x ) ϕ j ( x ) dx = hf ( x j ) et la forme bilinéaire associée :
xj – 1 xj
∫
1
et, dans ce cas particulier, on retrouve le schéma classique de dis- a ( u, v ) = du
------- ------ + qu v dx
dv
0 dx dx
crétisation obtenu par différences finies. C’est un hasard que l’on ne
notera que dans peu de cas. Pour les fonctions chapeaux définies précédemment, on obtient, en
Remarque effectuant le même type de calcul, une matrice de discrétisation par
Dans le schéma défini précédemment, on obtient, en résolvant le élément fini symétrique, tridiagonale de coefficients :
système linéaire, une solution approchée ; il conviendra d’estimer
2 2qh 1 qh
l’erreur commise. La façon la plus classique est de calculer l’erreur a ( ϕ j , ϕ j ) = --- + ---------- , a ( ϕ j , ϕ j + 1 ) = a ( ϕ j , ϕ j – 1 ) = – --- + -------
de troncature définie par : h 3 h 6
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Cet exemple est intéressant dans la mesure où l’on constate que Le calcul des coefficients de la matrice se déduit des calculs pré-
l’on ne retrouve pas la matrice de discrétisation obtenue par la cédents, et l’on trouve finalement :
méthode des différences finies. On verra dans l’article [AF 505], 1 1
§ 2.1 un moyen systématique de construction de la matrice de dis- a ( ϕ m ( x ), ϕ m + 1 ( x ) ) = – --- , a ( ϕ m + 1 ( x ), ϕ m + 1 ( x ) ) = ---
h h
crétisation par élément fini.
la dernière équation s’écrivant :
Exemple 3. Soit le problème aux limites suivant :
∫
um + 1 – um xm + 1
- =
---------------------------- f ( x ) ϕ m + 1 ( x ) dx
d 2u ( x ) h xm
– ------------------ = f ( x ) , x ∈ ]0, 1[
dx 2 Remarque
L’intégrale intervenant dans la dernière équation peut être évaluée
du ( 1 )
u ( 0 ) = 0 , --------------- = 0 en utilisant des formules de quadrature approchée ; par exemple,
dx l’utilisation de la formule des trapèzes conduit à :
∫
dont la formulation variationnelle est : xm + 1 h h
f ( x ) ϕ m + 1 ( x ) dx ≈ ---f ( x m + 1 ) = ---f ( 1 )
xm 2 2
a ( u, v ) = L ( v ), ∀ v ∈ E
Remarque
avec : La matrice A du système linéaire est symétrique définie positive,
conformément au résultat du théorème 1. Un calcul direct montre
E = { v ∈ H 1 ( [ 0, 1 ] ) , v ( 0 ) = 0 } que :
m
et
∑ ( uj + 1 – uj )
t 2 2 m+1
U AU = u 1 + , ∀U ∈
∫ ∫
1 du dv 1 j=1
a ( u, v ) = ------- ------dx , L ( v ) = f v dx
0 dx dx 0 Exemple 4. Dans les exemples précédents, on a considéré une
approximation par des fonctions linéaires par morceaux sur chaque
Pour discrétiser le problème précédent par la méthode des éléments intervalle [ x j , x j + 1 ] ; on peut considérer également des fonctions qua-
finis, on considère le sous-espace E h de E défini par : dratiques par morceaux, et même plus généralement polynomiales de
degré inférieur ou égal à k par morceaux.
0
E h = { v h ∈ C ( [ 0, 1 ] ), v h linéaire sur chaque segment Considérons le cas de l’approximation quadratique ; on réalise une
[ x j , x j + 1 ] et v h ( 0 ) = 0 } approximation dans l’espace E h des fonctions continues dont la res-
triction à chaque intervalle [ x j , x j + 1 ] est un polynôme de degré infé-
L’espace E h est engendré par ( m + 1 ) fonctions de base
rieur ou égal à 2 ; pour construire une telle base de l’espace E h , on
j = m+1
{ ϕj }j = 1 où : introduit le point milieu noté x 1 de chaque segment [ x j , x j + 1 ].
j + ----
2
— pour 1 j m , ϕ j ( x ) est une fonction chapeau considérée pré-
cédemment ; Dans le cas de problème avec conditions aux limites de Dirichlet, on
— pour j = m + 1 , ϕ j ( x ) est une fonction demi-chapeau. aura donc ( 2m + 1 ) degrés de liberté au lieu de m ; comme précé-
demment, à chaque point de discrétisation, on associe une fonction de
Remarque base ϕ j ( x ) polynomiale de degré 2 sur chaque intervalle qui vérifie
Dans les exemples précédents, la dimension de E h était m, alors ϕ j ( x i ) = δ i, j et on a dim ( E h ) = 2m + 1. La détermination des fonc-
qu’ici elle est m + 1 ; cela provient du fait que, dans le cas du pro-
blème avec conditions aux limites mêlées Dirichlet-Neumann, seule tions de base s’effectue par identification, ϕ j ( x ) ayant une expression
la dérivée au point x = 1 est connue, la valeur u ( 1 ) ne l’étant pas, analytique du type :
ce qui se traduit par un degré de liberté supplémentaire à détermi- 2
ϕ j ( x ) = ax + bx + c
ner.
Dans ces conditions, on peut développer la solution comme suit : On détermine les inconnues a, b et c par les équations données par
ϕ j ( x i ) = δ i, j . On a donc deux types de fonctions de base :
m+1 — celles attachées aux points x j et déterminées par les conditions :
uh ( x ) = ∑ vj ϕj ( x )
ϕ j ( x j ) = 1 , ϕ j x 1 = ϕ j ( x j + 1 ) = 0
j=1 j + ----
2
et, comme précédemment, le système linéaire se déduit de : qui conduisent à l’expression suivante :
2 2
∫
1 2x 4x j + 3h 2x j + 3hx j
a ( u h ( x ), ϕ j ( x ) ) = f ( x ) ϕ j ( x ) dx , j = 1, … , m + 1 ϕ j ( x ) = ---------
2
- – ---------------------x
2
+ 1 + -----------------------------
2
-
0 h h h
— celles attachées aux points milieux x 1 et déterminées par les
Or, pour 1 j m , les calculs sont identiques à ceux effectués conditions : j + ----
2
dans les exemples 1 et 2, et l’on retrouve les mêmes équations. Il ne
reste donc plus qu’à déterminer la dernière équation du système ϕ = 1, ϕ = ϕ
1 x 1 1 ( xj ) 1 ( xj + 1 ) = 0
linéaire, qui se déduit de l’écriture suivante : j + ---- j + ---- j + ---- j + ----
2 2 2 2
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1,2
18
1 15 16 17
* *
* * *
* * 14
0,8 * * 13
12
* * 11
10
0,6 * * 9
* * 8
6 7
0,4 5
* * 4
2 3
0,2 1
* *
0* *
Cette « triangulation » est représentée sur la figure 4. Lemme 1. Soit un triangle K dont les sommets A i ont les coor-
données ( x i , y i ) , 1 i 3 . Alors il existe un unique polynôme
Remarque p ( x, y ) ∈ P 1 de degré inférieur ou égal à un, prenant des valeurs
On suppose dans la suite que d’un sommet de chaque triangle données arbitraires p i , 1 i 3 , aux sommets A i .
partent toujours plusieurs côtés, la situation représentée sur la
figure 5 étant interdite.
Preuve ♦
Remarque
En effet, il suffit d’écrire p i = ax i + by i + c , 1 i 3 . C’est un
Si Ω n’est pas un polygone, on peut toujours le rendre polygonal système linéaire de trois équations à trois inconnues, dont la
en sous-tendant les arcs de la frontière ∂ Ω par des cordes. On verra matrice C a un déterminant donné par :
ultérieurement que l’on peut « trianguler » le domaine Ω en consi-
dérant les quadrilatères quelconques (carré, rectangle, parallélo- det ( C ) = x 1 ( y 2 – y 3 ) + x 2 ( y 3 – y 1 ) + x 3 ( y 1 – y 2 )
gramme, losange…), ainsi que des triangles et quadrilatères à côté
courbe, ce qui permet de s’affranchir de l’hypothèse concernant sa det ( C ) est différent de zéro dès que les points A i ne sont pas ali-
forme polyédrique et de prendre en compte la courbure de la fron- gnés, ce qui a été implicitement supposé. On peut donc déterminer
tière. de façon unique les réels a, b et c sur chaque triangle.
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♦
λ 1 ( M ) = x , λ 2 ( M ) = y et λ 3 ( M ) = 1 – x – y
À partir de ces résultats techniques préliminaires, on peut généra-
À partir de cette notion on établit le résultat suivant : liser à la dimension 2 les résultats obtenus en dimension 1. Soit
donc :
Fh = { vh , vh K ∈ P 1, v h entièrement déterminée par ses valeurs
Lemme 2. Les coordonnées barycentriques du point M,
λ i ( x , y ) , 1 i 3 , sont des polynômes de degré 1 en x et en y, aux nœuds de la triangulation },
vérifiant de plus λ i ( A j ) = δ i, j , 1 i, j 3 . Le polynôme p ( x, y )
de degré un prenant les valeurs données arbitraires p i , l’espace des fonctions dont la restriction à chaque triangle K est un
1 i 3 , aux sommets A i s’exprime au moyen des coordon- polynôme de degré inférieur ou égal à un, les fonctions de l’espace
nées barycentriques de la façon suivante : F h étant entièrement déterminées par leurs valeurs aux sommets
A j , 1 j 3 des triangles K. On alors le résultat important :
3
p ( x, y ) = ∑ pi λi ( x , y ) 2
i=1 Théorème 3. On a les inclusions suivantes F h ⊂ L ( Ω ) ,
et la restriction de p ( x, y ) pour un point M appartenant au côté Fh ⊂ H 1 ( Ω ) , Fh ⊂ C ( Ω )
A j A k est un polynôme de degré 1 qui ne dépend que des 1
valeurs p j et p k . ⇒ Fh ⊂ C ( Ω ) ∩ H ( Ω )
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Preuve ♦
2
1) F h est inclus dans L ( Ω ) , car les fonctions de cet espace sont
des polynômes de degré inférieur ou égal à un et définies par mor-
ceaux sur chaque triangle K ; donc, sur chaque triangle, ces fonc-
tions sont de carré sommable.
ϕ 0( x , y )
2) De même, les dérivées des fonctions de l’espace F h sont des
polynômes de degré inférieur ou égal à un et définies par morceaux
sur chaque triangle K ; donc les dérivées des fonctions de F h sont
de carré sommable.
3) Soit K et K’ deux triangles adjacents le long d’un côté A 2 A 3 ,
(K) ( K′ )
tels que K, K′ ⊂ Ω . Soit v h ∈ F h et notons v h , v h les restrictions
(K)
de v h aux triangles K et K’. La restriction vh sur l’arête commune
ne dépend que des valeurs prises aux sommets de cette arête, de
( K′ )
même que la restriction v h sur cette même arête, conformément A0
au résultat du lemme 2 ; donc pour tout point M appartenant à cette
(K) ( K′ )
arête commune, on a l’égalité v h ( M ) = v h ( M ) ; donc les fonc-
tions de l’espace F h sont continues sur K ∪ K′ . ♦
Remarque
Lorsque l’on passe d’un triangle K à un triangle adjacent K’, les
fonctions v h de F h sont continues sur K ∪ K′ ⊂ Ω . Figure 6 – Fonction de base linéaire par morceaux associée
au point A0
Soit à présent E h le sous-espace de F h des fonctions v h nulles
aux sommets situés sur la frontière ∂ Ω ; ces fonctions sont en fait
1
nulles sur toute la frontière et on a l’inclusion E h ⊂ C ( Ω ) ∩ H ( Ω ) .
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
La dimension de E h est égale au nombre N de sommets non situés
sur la frontière ∂ Ω . Soit A 1, …, A N , ces sommets, c’est-à-dire les X X X X
nœuds de la « triangulation ». On considère les fonctions ϕ j ( x, y ) X X X X X
de E h , représentées sur la figure 6, telles que :
X X X X X
ϕ j ( A i ) = δ i, j , 1 i , j N X X X X
Le support de la fonction ϕ j est formé de la réunion des triangles X X X X
admettant Aj comme sommet. L’ensemble des fonctions { ϕ j } est
une base de E h . À chaque nœud Aj on associe donc une fonction X X X X X X X
de base ϕ j , définie comme en dimension 1 par : X X X X X X X
1) ϕ j ( A i ) = δ i, j , 1 i , j N ; X X X X X X X
2) la restriction de ϕ j à chacun des triangles possédant Aj
comme sommet est un polynôme de degré inférieur ou égal à un ; X X X X X
3) pour chaque triangle K i , n’appartenant pas à support ( ϕ j ) , on X X X X X
a ϕ j ( x, y ) = 0 .
X X X X X X X
Soit u h la solution approchée de l’équation de Poisson en dimen-
sion 2 avec conditions aux limites de Dirichlet homogènes ; posons X X X X X X X
u i = u h ( A i ) . Si l’on développe u h dans la base ϕ j , on aura comme X X X X X X X
précédemment :
X X X X
N
0
uh ( M ) = ∑ uj ϕj ( M ) , ∀ M ∈ Ω X X X X
j=1 X X X X X
où les composantes u i , valeur de u h aux sommets des triangles, X X X X X
sont données par la résolution du système linéaire :
X X X X
N
Les croix représentent des éléments non nuls
∑ a ( ϕi, ϕj )ui = <f, ϕ j > , 1 j N
j=1 Figure 7 – Matrice de discrétisation
Lorsque l’on calculera les éléments de matrice a ( ϕ i, ϕ j ) , ces ter-
mes seront nuls lorsque support ( ϕ j ) ∩ support ( ϕ i ) = ∅ . Donc cette gonaux sont également tridiagonaux, conformément à la représen-
tation de la figure 7.
matrice A sera creuse. La matrice A s’appelle matrice de rigidité du
système. Les points A i auxquels sont attachées les valeurs u i de la Remarque
solution u h s’appellent les nœuds de la « triangulation » ; les côtés On cherchera à minimiser la largeur de la bande de la matrice en
adoptant une numérotation des points du maillage adéquate. De
des triangles sont les arêtes de la « triangulation ». manière générale, la largeur de bande est caractérisée par la diffé-
Si l’on considère le maillage représenté sur la figure 4, par des rence maximale entre l’indice de la dernière et de la première fonc-
considérations sur les supports des fonctions de base, on peut don- tion de base dont l’intersection des supports est différente du vide ;
ner la forme de la matrice de discrétisation (figure 7), où, dans cette il existe des algorithmes automatiques de numérotation qui permet-
représentation les croix représentent des éléments non nuls. On tent une telle minimisation, tel l’algorithme de Cuthill-Mac Kee
remarque que cette matrice est tridiagonale par blocs, les blocs dia- (cf. [2]).
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∫∫
— les fonctions demi-chapeaux pour les points A i ∈ ∂ Ω , ces der- < ∇ ϕ , ∇ ϕ > + q ϕ ϕ dxdy
a ( ϕ 0, ϕ 1 ) =
Ω
nières étant représentées sur la figure 8. 0 1 0 1
6
2.2 Exemples de matrices
de discrétisation
=
i=1
∑ ∫∫ < ∇ ϕ , ∇ ϕ > + q ϕ ϕ dxdy
Ki 0 1 0 1
On examine, dans ce paragraphe, un certain nombre de situations Or la fonction ϕ 1 ( x , y ) n’est différente de zéro que sur les triangles
classiques. K 1 et K 6 et ce terme se réduit à :
2
Exemple 5. On considère le domaine Ω = [ 0, 1 ] × [ 0, 1 ] ⊂ , et
le problème suivant :
0
a ( ϕ 0, ϕ 1 ) =
∫∫ < ∇ ϕ , ∇ ϕ > + q ϕ ϕ dxdy
K1 0 1 0 1
– ∆u ( x ) + q u ( x ) = f ( x ), ( q 0 ) sur Ω 2
ϕ0 ( x , y ) K = ai x + bi y + ci
i ∫∫ Ω
f ( x, y ) ϕ 0 ( x , y )dxdy = ∑
i=1
∫∫ Ki
f ( x, y ) ϕ 0 ( x , y )dxdy
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i=6
interpole la fonction f ( x, y ) dans la base { ϕ i } i = 0 ,
6
pour ( x, y ) ∈ Ki ; on peut donc écrire :
i=1
6
f ( x, y ) = ∑ f ( A i ) ϕ i ( x, y )
i=0
Figure 9 – Maillage élément fini uniforme
donc
6
A5 A6
∫∫Ω
f ( x, y ) ϕ 0 ( x, y ) dx dy = ∑ f ( Ai ) ⋅
i=0
∫∫ ϕ
Ω
i ( x, y ) ϕ 0 ( x , y ) d x dy
∫∫ ∫∫
2 2
2 h h
K5 ϕ 0 ( x, y ) dx dy = ------ et ϕ i ( x, y ) ϕ 0 ( x, y ) dx dy = ------ , i = 1, 2, …, 6
Ω 2 Ω 12
A0 2
Exemple 6. On considère le domaine Ω = [ 0, 1 ] × [ 0, 1 ] ⊂ , et
A4 A1 le problème suivant :
K3 – ∆u ( x ) + q u ( x ) = f ( x ), ( q > 0 ) sur Ω
0
K1 ∂u ( x )
-------------- = 0, sur ∂ Ω
∂n
K2
Discrétisons ce problème en considérant de nouveau une triangula-
tion du domaine par des triangles rectangles isocèles de côté h. Pour
les points internes à Ω , il n’y a aucun changement par rapport à la
A3 A2 situation envisagée dans l’exemple précédent. Les seuls changements
qui interviennent sont relatifs aux points appartenant à la frontière ;
Figure 10 – Support de la fonction ϕ0 associée au point A0 dans ce cas, il faut attacher à ces points frontières des fonctions demi-
chapeaux, de telle sorte que le support de la fonction de base reste
inclus dans Ω ; par conséquent, certains coefficients de la matrice de
rigidité vont diminuer. On suppose, par exemple, que les points A 0 ,
Approximation n° 1 : pour calculer chacune des six intégrales, on A 1 et A 4 sont situés sur ∂ Ω et que, pour un tel point, le support de
utilise une formule de quadrature approchée qui donne un résultat la fonction demi-chapeau est constitué par le polygone A 4 A 5 A 6
exact pour les polynômes de degré inférieur ou égal à un : A 1 A 0 A 4 . Dans ce cas, les contributions de a ( ϕ 0, ϕ 0 ) , a ( ϕ 0, ϕ 1 ) et
a ( ϕ 0, ϕ 4 ) sont diminuées de moitié, les autres a ( ϕ 0, ϕ 5 ) et a ( ϕ 0, ϕ 6 )
3 restant inchangées. Plus exactement, on obtient en effectuant les
∫∫
aire ( K )
K
g ( x, y ) dx dy ≈ ---------------------
3 ∑ g ( Ai ) calculs :
i=1 2 2
h 1 h
a ( ϕ 0, ϕ 0 ) = 2 + q ------ , a ( ϕ 0, ϕ 1 ) = a ( ϕ 0, ϕ 4 ) = – --- + q ------ ,
4 2 24
Par un calcul très simple on obtient :
2 2
h h
a ( ϕ 0, ϕ 5 ) = – 1 + q ------ et a ( ϕ 0, ϕ 6 ) = q ------
∫∫
2
h 12 12
f ( x, y ) ϕ 0 ( x, y ) dx dy ≈ ------ f ( A 0 )
K 6
de plus, pour ce point, la part contributive du second membre diminue
de moitié, et on obtient dans le cadre du premier type d’approximation
donc : de l’intégrale de surface :
6
∫∫
2 2
∫∫
h
∑ -----6- f ( A0 )
2
f ( x, y ) ϕ 0 ( x, y ) dx dy = = h f ( A0 ) h
f ( x, y ) ϕ 0 ( x , y )dxdy = ------ f ( A 0 )
Ω Ω 2
i=1
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Remarque ∂u
nant de la formule de Green. Donc si ------ = g , on aura à tenir compte
On verra dans l’article [AF 505] un procédé de calcul systématique ∂n
qui permet d’intégrer automatiquement la part contributive appor- de l’expression suivante de la forme bilinéaire :
tée par chaque triangle au calcul des coefficients de la matrice et du
second membre. En fait, il suffit de balayer élément par élément et
non nœud par nœud comme on l’a fait jusqu’à présent.
Remarque
a ( u, v ) =
∫∫
Ω
( ∇u ⋅ ∇v + quv ) dx dy =
∫∫Ω
fv dx dy +
°∫
∂Ω
gv ds
Références bibliographiques
[1] RAVIART (P.A.) et THOMAS (J.M.). – Introduc- [2] AXELSON (O.) et BARKER (V.A.). – Finite ele-
tion à l’analyse numérique des équations aux ment solution of boundary value problems.
dérivées partielles. Collection Mathématiques Theory and computation. Academic Press
Appliquées, Masson (1983). (1984).
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