Texte intégral
1 Sur la carte dite atlas catalan, dressée en 1375 par un auteur inconnu, un
souverain noir trône en majesté. Couronne d’or sur la tête, une boule d’or dans
une main, un sceptre dans l’autre, ainsi est représenté « Musse Melly, seigneur
des Noirs de Gineua ». Il est, nous apprend la légende de l’atlas, « le plus riche et
le plus noble seigneur de toute cette partie par l’abondance de l’or qui se
recueille en sa terre ». Il s’agit en fait de Mansa Moussa, un empereur du Mali
mort quarante ans plus tôt, dont le pèlerinage à La Mecque est resté dans les
annales. La Gineua (Guinée) de l’atlas est le bilad al-Sudan, le pays des Noirs des
géographes arabes qui s’étend de l’océan Atlantique à l’ouest au lac Tchad à l’est,
du Sahara au nord à la forêt équatoriale au sud. En un temps où l’on ignore
encore les fabuleuses ressources en or du continent américain, l’Afrique
subsaharienne passe pour un Eldorado. L’or n’y pousse-t-il pas comme des
carottes, nous disent les géographes arabes ?
2 De l’Afrique médiévale, nous connaissons à vrai dire peu de choses. Il est
cependant possible de cerner l’histoire du Mali, de certains de ses souverains en
tous cas. Nos sources se focalisent en effet autour de deux personnages :
Soundiata Keita, son fondateur, et Mansa Moussa, le roi de l’or et du pèlerinage.
Le problème des sources et de
l’historiographie
3 Une idée solidement établie voudrait que les Européens n’aient eu que mépris
pour l’histoire de l’Afrique. Bien au contraire, explorateurs et conquérants
portèrent le plus grand intérêt au passé des populations qu’ils rencontrèrent. La
volonté de connaître l’histoire de l’Afrique fut en effet consubstantielle à la
colonisation. « En Afrique occidentale, écrivait Charles Monteil en 1929, nous
avons à diriger des populations nègres sur lesquelles s’exerce et s’appuie notre
œuvre de colonisation dans ce pays. Pour être efficace et heureuse, notre action
doit obligatoirement s’inspirer du passé qui recèle les éléments de la politique la
mieux appropriée à la conduite de ces peuples1 ».
4 Cette attention portée à l’histoire fut ainsi une constante, les Européens se
mettant à l’écoute des populations qu’ils entendaient dominer. Dès 1912, dans
son Haut-Sénégal-Niger, Maurice Delafosse dressa une fresque majestueuse de ce
qu’il fut le premier à appeler les « empires soudanais » et mit à l’honneur le
Ghana, le Mali et le Songhaï2. Delafosse, dans cet ouvrage de commande
administrative, participait à la création d’une histoire africaine par les
Européens. Comme le note avec raison Jean-Louis Triaud, « Loin de célébrer “nos
ancêtres les Gaulois”, cette invention visait au contraire à doter les nouvelles
colonies africaines, sous contrôle politico-scientifique européen, d’un passé
construit par des mains occidentales et, comme tel, dûment estampillé par la
puissance occupante. »3 Maurice Delafosse fixa ainsi un certain nombre de dates
qui, aujourd’hui encore, sont reprises par tous sans la moindre discussion.
5 L’Empire du Mali devint un sujet d’actualité au moment de l’accession à
l’indépendance des territoires africains. Les Notes africaines de l’Institut français
d’Afrique noire publièrent en 1959 un numéro entièrement consacré à l’empire
du Mali4. L’année suivante vit la publication du best-seller de Djibril Tamsir
Niane, Soundjata ou l’épopée mandingue5, avant que ne paraisse en 1961 le
Tableau géographique de l’Ouest africain6 de Raymond Mauny. Un sentiment
d’urgence se fit rapidement jour pour recueillir des traditions orales dont on
craignait qu’elles ne disparussent à tout jamais. On crut un instant, avec une
certaine naïveté, qu’il suffisait d’être Africain pour produire des recherches de
qualité, les populations acceptant plus facilement de se confier à des
compatriotes qu’à des étrangers. Il fallut rapidement déchanter.
6 Les plus anciennes sources écrites dont nous disposons pour étudier la région
sont les récits des géographes et des voyageurs arabes. Vers 788-793, al-Fazari est
le premier auteur à mentionner « l’État de Ghana, pays de l’or ». Un siècle plus
tard, et en tout état de cause avant 891, al-Yakubi cite les royaumes de Mellal, de
Kawkaw (Gao), et celui de Ghana qui étend son autorité « à de nombreux rois ».
Vient alors Al-Bakri, dont il faut cependant noter qu’il n’a jamais quitté son
Andalousie natale et s’est inspiré d’informations glanées auprès de commerçants,
de voyageurs et d’ouvrages aujourd’hui disparus pour écrire en 1068 son Kitab
al-Masalik wa l-Mamalik, (Livre des itinéraires et des royaume). Seuls des
fragments nous en sont parvenus, dont la Description de l’Afrique septentrionale,
qui a pour nous une importance capitale. L’auteur est le premier à donner une
information historique certaine sur le Mali (Malal ou Malel). Il faut alors attendre
un siècle pour disposer d’une nouvelle source d’importance, avec les écrits d’al-
Idrisi (1100-1166). Né à Ceuta, l’auteur s’installe à la cour du roi normand Roger
de Sicile, pour lequel il rédige le Kitab Rudjar (Livre de Roger) en 1154. Les
éléments originaux cependant sont rares chez cet auteur, dont le travail est
essentiellement de compilation. On peut ensuite glaner quelques informations
dans les écrits des géographes qui se succèdent du XIIe au début du XIVe siècle,
mais ce n’est qu’avec al-Umari que l’on dispose enfin d’une œuvre majeure. Né
en Égypte en 1301 et mort à Damas en 1349, al-Umari rédige en 1342‑1349 le
Masalik al-Aasar fi Mamalik al-amsar (Itinéraires des regards sur les royaumes
des pays civilisés). Cet ouvrage capital nous offre de nombreuses informations
sur l’empire du Mali et sur le pèlerinage à La Mecque de son souverain Mansa
Moussa en 1324. Al-Umari, qui n’a jamais visité le Soudan, a recours à des
témoignages de première main. On est ici bien renseigné sur les différents États
de l’Afrique soudanaise, l’or du Soudan, la capitale de l’empire du Mali et la vie
quotidienne des populations locales. La Rihla d’Ibn Battuta est écrite quelques
années plus tard. L’auteur est né à Tanger et accomplit de multiples voyages,
dont le dernier le conduit au Soudan en 1352-1353. C’est là un témoignage
essentiel. Parti de Sidjilmassa en février 1352, Ibn Battuta séjourne dans la
capitale de l’empereur du Mali, Mansa Souleiman, de juin 1352 à février 1353 et
dresse sur le vif un ensemble de tableaux relatifs à la vie du souverain et à la
population de la capitale. Un autre récit domine la fin du siècle, l’Histoire des
Berbères d’Ibn Khaldun. Ce dernier, né à Tunis en 1332, suivit une carrière au
service du sultan avant de mourir en Égypte en 1406. Son ouvrage offre de
multiples renseignements sur l’empire du Mali, dont il dresse une liste des
souverains, tout comme il décrit le pèlerinage de Mansa Moussa. Avec lui s’éteint
la littérature arabe relative au Soudan.
7 Deux écrits relatifs à l’histoire locale rédigés par des Soudanais sont alors pour
l’historien d’importance capitale : le Tarikh al-Fattash et le Tarikh al-Sudan. Le
premier manuscrit du Tarikh al-Fattash, ou Chronique du chercheur, est l’œuvre
de Mahmud Kati, né vers 1468 à Tombouctou, qui en aurait commencé la
rédaction vers 1519, et aurait été définitivement mis en forme par son petit-fils
au milieu du XVIe siècle. Il s’intéresse essentiellement à la dynastie des Askias de
Gao, mais il contient des pages passionnantes sur le Mali et le pèlerinage de
l’empereur Mansa Moussa. Un second manuscrit, le Tarikh al-Sudan
d’Abderaman Es-Sadi, lui est approximativement contemporain (entre 1627
et 1655). Il est consacré au pays songhaï et livre lui aussi quelques informations
sur l’empire du Mali et sur Mansa Moussa.
8 Dans des régions où les sources écrites sont rares et les apports archéologiques
très limités, les constructions de terre résistant mal à l’épreuve du temps et au
climat, les traditions orales prennent tout naturellement une importance
capitale. Un rôle primordial est joué ici par les griots, groupe endogame
spécialisé dans la louange et la déclamation des récits historiques qui font la part
belle aux héros fondateurs et au merveilleux. Ces récits se déclinent en une
multitude de variantes régionales, mais tous se rejoignent sur l’essentiel : la
fondation de l’empire du Mali par Soundiata Keita à l’issue de sa victoire sur
Soumaoro Kanté. Il importe cependant de ne pas oublier que si, aujourd’hui
comme hier, les griots chantent les exploits de Soundiata Keita et de ses
compagnons, il ne s’agit pas tant pour eux de célébrer un ancêtre lointain que de
pérenniser un ordre dont il fut le fondateur et où chacun doit se situer au
quotidien.
Au commencement était Soundiata Keita
9 Du Mali primitif, nous savons peu de choses en dehors des références
constantes aux royaumes de Do et de Kri, indissolublement liés dans les
traditions orales, mais que les historiens peinent à situer avec précision. Les
récits des griots mandingues célèbrent avant tout la geste de Soundiata7. Pendant
longtemps, la vision des choses donnée par les historiens fut des plus simples : au
héros Soundiata s’opposait le tyran Soumaoro. C’est encore aujourd’hui la
version la plus répandue, du fait de la popularité de l’ouvrage de Djibril Tamsir
Niane. Les traditions sont pourtant unanimes pour dire que Soumaoro fut « le
premier roi et le roi le plus authentique » du Manden, « manden masa fôlô ni
masa duguren ». L’apport de nouvelles sources, comme les récits des forgerons
Kanté ou les traditions de Kirina, permet de mieux cerner la réalité. Il n’est plus
contesté que Soumaoro fut le véritable fondateur de l’empire du Mali et on peut
dire que Soundiata ne fut que le continuateur de son œuvre politique, reprenant
à son compte le programme de son ennemi. Les deux personnages sont en fait les
deux pôles d’un même processus, le passage d’un Manden aux mains de
multiples roitelets insignifiants (les mansa) à un puissant empire.
10 Comprendre l’histoire du Mali exige un détour par l’histoire de Sosso. Là
encore, on sait peu de choses sur l’origine de ce royaume, qui aurait détruit le
Ghana au début du XIIIe siècle. La puissance de Soumaoro reposait, semble-t-il,
sur le fait que le meilleur fer était produit au Sosso. Les traditions représentent
Soumaoro comme un roi puissant, qui s’appuyait sur une armée de forgerons
bien équipés et valeureux au combat. Il apparaît aussi comme un thaumaturge et
un maître des forces occultes.
11 Selon la version développée par Wa Kamissoko8, c’est d’abord en ami et pour
proposer une alliance que Soumaoro serait entré au Manden, son objectif
principal étant de mettre fin aux razzias esclavagistes venues du nord.
L’insécurité régnait, les Malinké réduisant d’autres Malinké en captivité pour les
vendre aux Marka ou aux Maures du Sahel, qui introduisaient ensuite les
esclaves dans le réseau d’échanges transsahariens. Les versions divergent sur
l’origine de la guerre entre le Sosso et le Manden : alors que certaines décrivent
une agression sosso, d’autres relatent au contraire des opérations menées
initialement en réplique à une attaque conduite par le demi-frère de Soundiata,
Masa Dankaran Touman. Le conquérant Sosso aurait mené de multiples
expéditions contre le Manden. Selon toutes les traditions, Masa Dankaran
Touman lui-même finit par prendre la fuite pour se réfugier au Kissidougou (la
cité du salut en malinké), même si nous savons que l’implantation humaine dans
cette région est en réalité bien plus tardive que le XIIIe siècle.
12 Le détail de la geste de Soundiata importe peu9. Notons cependant que la
version la plus prestigieuse de l’épopée de Soundiata Keita, celle de Kéla, ne nous
donne guère d’informations sur l’organisation de l’empire au lendemain de la
défaite finale de Soumaoro. Elle se focalise en effet sur la conquête du Djolof et
les campagnes menées contre les mansa du Manden récalcitrants. Djibril Tamsir
Niane, qui fonde sa réflexion sur le récit de Djeli Mamoudou Kouyaté de
Djelibakoro, affirme qu’une grande réunion, le gbara, fut organisée à Kouroukan
Fouga au lendemain de la victoire de Soundiata. Selon lui, Soundiata y fut
proclamé mansa du Manden, les autres mansa devenant gouverneurs (farin) de
leurs royaumes devenus provinces, à l’exception des rois de Néma et du
Ouagadou qui conservèrent leur titre. C’est du moins la version qu’il développe
dans l’Histoire générale de l’Afrique de l’Unesco10, les rois conservant leur titre
mais recevant leur royaume de lui dans son Soundjata ou l’épopée mandingue.
L’assemblée décida que le mansa serait choisi dans la lignée masculine de
Soundiata de frère à frère. À Kouroukan Fouga, affirme Niane, eut lieu le
« partage du monde » où Soundiata codifia les relations sociales et fit connaître à
chacun ses droits et ses devoirs. De même, selon le même auteur, Soundiata
« prononça tous les interdits qui président encore aux relations entre tribus, à
chacun il assigna sa terre, il établit les droits de chaque peuple et il scella l’amitié
des peuples ».
13 Wa Kamissoko, et Youssouf Tata Cissé, qui s’appuie sur ses récits, donnent une
version très différente des choses. À l’issue de la victoire de Soundiata sur
Soumaoro, l’armée se met en route pour Dakajalan pour y sceller l’union de
Manden. Soundiata, désigné comme mansa du Manden, abolit immédiatement
l’esclavage et énonce son programme : « Que ceux qui font la guerre fassent la
guerre ; que ceux qui font du commerce fassent le commerce ; que ceux qui
pratiquent l’agriculture pratiquent l’agriculture ; ainsi le Manden sera agréable à
vivre, le Manden sera prospère ». Il met en place un « grand conseil du
Manden », renforce son armée, décide de soumettre définitivement le Sosso et
d’intensifier la recherche et la production d’or. Il impose à tous les mansa
antérieurs de venir faire acte d’allégeance. Les villages rebelles sont durement
châtiés et leurs mansa mis à mort. Il fallut en effet à Soundiata soumettre
certains rois qui n’acceptaient pas son autorité. Selon Wa Kamissoko, Soundiata
avait pour but de faire cesser définitivement les divisions entre les Malinké et
d’établir la paix et la sécurité sur toute l’étendue de son empire. Les petits rois
esclavagistes du Manden auraient ainsi été éliminés un à un. L’épisode de Niani
Masa Kara, roi de Niani Kouroula, trahi par son épouse préférée et exécuté par
Fakoli Dumbia, est le plus connu. Le destin tragique de ce roi montre en tout cas
la volonté de Soundiata d’instaurer un pouvoir fort et respecté, tout comme sa
décision d’unifier le pays sous son autorité. Tout semble indiquer, en effet, que
Soundiata se montra implacable dans l’exercice de celle-ci.
14 Selon Youssouf Tata Cissé, de retour à Dakajalan, Soundiata convoqua une
assemblée générale des notables et proclama la « charte du Manden » nouveau.
Pour faire régner la « paix mandingue » au sein de l’Empire et assurer sa défense
contre d’éventuelles agressions extérieures, il était nécessaire de disposer d’une
puissante cavalerie. Ce fut, semble-t-il, la raison qui poussa Soundiata à envoyer
ses troupes à la conquête du Djolof (Sénégal actuel). Fakoli Doumbia, pour sa
part, parcourut le Sahel et soumit les Maures en employant des méthodes d’une
rare cruauté. Le Ouagadou et le pays de Nêma conservèrent leurs souverains, qui
firent cependant allégeance à Soundiata. Soundiata se fit alors bâtir un palais à
Dakajalan.
15 L’accession au pouvoir de Soundiata se traduisit par la mise en place de
nouvelles provinces, qui avaient chacune à leur tête un représentant du pouvoir
central.
16 En fait, « l’empire » du Mali était très différent des formations politiques
européennes du même nom. Pour ce que l’on peut en savoir, il était avant tout
une fédération de royaumes dont certains jouissaient d’une large autonomie,
comme celui de Ghana dont le roi, indique al-Umari, se contentait de verser un
tribut annuel fixe à son souverain. Il est probable que le Mali compta plusieurs
capitales successives dont l’une au moins fut Niani, que l’on identifie aujourd’hui
à Niani sur Sankarani, à proximité de la frontière actuelle entre la Guinée et le
Mali.
17 Comment les choses évoluèrent-elles à la mort de Soundiata ? C’est difficile à
dire. La disparition même du souverain est mal connue. Mansa Wulen succéda à
son père et régna de 1250 à 1270, contrairement à la règle de succession
collatérale qui aurait dû voir le frère de Soundiata prendre la tête de l’empire.
Après un épisode passablement confus, il semble qu’un esclave, Sakoura, se soit
emparé du trône et ait mené une politique de conquêtes, tant vers le nord-est,
avec la prise de contrôle du delta central du Niger, de Tombouctou et de Gao, que
vers l’ouest, avec la soumission du Tekrour jusqu’à l’Atlantique. Sakoura fut
finalement assassiné au retour d’un pèlerinage à La Mecque. Il s’en suivit une
nouvelle période de confusion avant que Kankou Moussa (Moussa fils de
Kankou), dit Mansa Moussa, prince légitime qui était peut-être un neveu ou un
petit fils de Soundiata, ne s’empare du trône et règne de 1307 à 1332.
Mansa Moussa, le roi de l’or
18 Mansa Moussa, tel que l’appellent les chroniqueurs arabes et les auteurs des
tarikhs soudanais, est après Soundiata l’empereur du Mali le plus connu. Les
sources écrites le présentent comme un fastueux et pieux pèlerin, alors que les
traditions orales en donnent une image beaucoup plus négative.
19 Mansa Moussa ne semble pas avoir mené d’expédition guerrière ni effectué la
moindre conquête. Son pèlerinage à La Mecque marque à la fois l’apogée et le
déclin de la puissance de l’Empire du Mali. Au retour de l’empereur, en effet, il
n’y avait plus d’or dans le trésor public et, selon Wa Kamissoko, il n’était plus
possible de se procurer des chevaux pour assurer la paix aux frontières, d’où la
reprise des razzias maures dans les régions nord de l’Empire et la fin de la
sécurité pour les populations.
20 Le pèlerinage de Mansa Moussa (1324-1325) le rendit célèbre en Afrique du
Nord et au Proche-Orient, tant le faste qu’il déploya marqua les esprits. Il
dépensa une telle quantité d’or en Égypte qu’il en fit chuter durablement le
cours. Selon le Tarikh al-Fattash, Moussa entreprit le pèlerinage après avoir
involontairement tué sa mère, mais aucune autre source ne fait allusion à la
chose. Son voyage fut effectué en grande pompe et avec une escorte conséquente,
même si l’on ne peut accorder aucun crédit au nombre parfois annoncé de ses
compagnons (60 000 !), pas plus qu’aux cinq cents « esclaves à canne d’or » qui le
précédaient selon le Tarikh al-Sudan. À son retour des lieux saints, Mansa
Moussa aurait construit la grande mosquée de Gao, celle de Tombouctou et un
palais royal à Niani, avec la fameuse salle d’audience carrée surmontée d’une
coupole décrite par Ibn Battuta. Un certain nombre d’Orientaux accompagnèrent
Mansa Moussa au Mali, et Niani eut dès lors son quartier de Blancs dans lequel
put résider Ibn Battuta en 1352. Jamais l’Empire ne fut aussi étendu, de
l’Atlantique à Tadmekka à l’est, et du Sahara à la zone forestière. Il était
désormais une puissance qui comptait et qui avait toute sa place sur la scène
internationale. Mansa Moussa envoya ainsi une ambassade chargée de présents
au sultan marocain Abdul Hassan à l’occasion de sa victoire de Tlemcen en 1337.
À son retour, le souverain était passé de vie à trépas.
Un empire mal connu
21 Pour les auteurs arabes, le Bilad al-Sudan était peuplé de païens idolâtres qu’ils
qualifiaient de kafir. Il ne faudrait en effet pas tirer de conclusions erronées du
pèlerinage de Mansa Moussa et imaginer un empire du Mali entièrement
islamisé. L’immense majorité de la population avait conservé ses croyances et
seule une infime partie de l’élite sociale s’était convertie à l’islam, qui
apparaissait avant tout comme une religion d’apparat, sinon purement
décorative. L’islam laissa certes des traces profondes dans la société, mais il ne
fut jamais que la religion d’une minorité dirigeante. Il légitimait la hiérarchie
sociale et permettait au système esclavagiste de perdurer. Une conversion
généralisée du peuple à l’islam aurait eu pour conséquence d’en interdire
l’asservissement, ce qui était contraire à l’intérêt des puissants.
22 L’empire du Mali était en effet profondément esclavagiste et son économie
reposait en grande partie sur l’exportation des esclaves qui, avec l’or, étaient sa
seule richesse. Le monde musulman, dans lequel l’esclavage était une institution
très fortement ancrée, était au Moyen Âge un grand importateur d’esclaves. Le
Coran, après tout, ne légitimait-il pas l’esclavage tout en recommandant de bien
traiter les esclaves et, éventuellement, de les affranchir ? Les musulmans du nord
ont toujours considéré l’Afrique subsaharienne comme un réservoir d’esclaves
dans lequel il suffisait de puiser. Il est difficile de donner une estimation du
nombre d’esclaves exportés annuellement vers le monde méditerranéen. Les
quelques sources dont nous disposons, et notamment le récit d’Ibn Battuta, qui
fait état de 600 esclaves pour la seule caravane qu’il suivit de Takedda au Taouat,
et une comparaison avec la situation mieux connue du XIXe siècle conduisent
cependant à penser que 20 000 esclaves au minimum étaient exportés
annuellement vers le nord. On notera à titre anecdotique qu’un infime courant
existait en sens inverse : Mansa Moussa rapporta ainsi des chanteuses et des
jeunes femmes qu’il acheta au Caire, et Ibn Battuta rencontra en 1353 une jeune
esclave originaire de Damas.
23 Pour le monde extérieur, le Mali était avant tout le pays de l’or. L’or est en effet
très répandu en Afrique de l’Ouest, sous forme de gisements miniers ou de
paillettes charriées par les cours d’eau. Les gisements aurifères se trouvent en
général dans des vallées recouvertes d’une carapace latéritique de deux à trois
mètres d’épaisseur, que les mineurs doivent d’abord percer avant de traverser
les couches argileuses et d’atteindre les couches aurifères qu’ils convoitent. Il est
à noter que ces mines n’ont jamais été décrites et encore moins visitées par
aucun voyageur avant le XIXe siècle. Avec les esclaves, l’or extrait du Bambouk
(Sénégal actuel), du Bouré (Guinée), et du nord du Ghana d’aujourd’hui était
l’objet principal du commerce transsaharien. L’exploitation des mines du Bouré
était directement liée à la croissance politique de l’empire du Mali. Al-Umari
nous apprend ainsi que l’empereur avait sous sa domination le pays de l’or, dont
les habitants étaient païens. Chaque fois que l’on voulait y implanter l’islam,
disait-il, le rendement s’effondrait. Les souverains décidèrent donc de laisser
leurs croyances aux populations qui exploitaient les gisements, tout en se
réservant un droit exclusif sur l’or qu’ils percevaient à titre de tribut.
24 Il est très difficile d’évaluer la production d’or du Soudan à l’époque médiévale,
tout comme d’en dater les débuts de l’exploitation. On peut cependant penser
avec Raymond Mauny que l’arrivée de négociants arabes et l’établissement de
l’Empire du Ghana furent de puissants stimulants à la production de l’or, qui
connut sans doute un essor important, la demande assurant un débouché à la
production. Les successeurs de Soundiata eurent de gros besoins de métal
précieux, ne serait-ce que pour accomplir des pèlerinages fastueux comme
Kankou Moussa. Celui-ci aurait en effet emmené 12,75 tonnes d’or avec lui selon
al-Umari, et 10,2 selon Ibn Khaldun, ce qui aurait produit, selon al-Umari, une
chute du cours de l’or au moment de son passage au Caire. On peut donc
considérer, sans plus de précisions, que plusieurs tonnes de métal étaient
produites annuellement dans la région du XIIIe au XVIe siècle, dont environ quatre
au Bouré.
Le déclin d’un empire
25 Le fils de Moussa, Maghan, lui succéda brièvement sur le trône. C’est de ce
règne que date la première invasion subie par le Mali, le roi Mossi du Yatenga
pénétrant dans la boucle du Niger et pillant Tombouctou avant de s’en retourner
sur ses terres. À la mort de Maghan, son oncle Souleman s’installa sur le trône.
C’est lui qui l’occupait lors du passage d’Ibn Battuta, qui nous a décrit sa cour
avec force détails. Il s’agissait, semble-t-il, d’un souverain juste, fastueux et
pacifique.
26 La question de la succession, qui ne fut jamais résolue au Mali, se posa de
nouveau à sa mort, et c’est finalement un petit-fils de Kankou Moussa, Mari-
Djata II, qui s’empara du trône à l’issue d’une guerre civile aux alentours de 1360.
Il importe peu pour nous d’égrainer une longue litanie de souverains sur lesquels
nous ne savons que peu de choses en réalité. L’essentiel est que le déclin de
l’empire était désormais amorcé, malgré cependant des retours offensifs qui
permirent par moment de consolider l’ensemble constitué au XIIIe siècle et de
regagner ponctuellement le terrain perdu.
27 L’empire du Mali perdit progressivement le contrôle du grand commerce
transsaharien, ainsi que des marchés de Tombouctou et de Djenné, au profit du
Songhaï. Les sources sont rares, cependant, pour suivre cette évolution. Les
chroniques soudanaises du XVIIe siècle sont ici capitales pour comprendre les
relations entre les deux empires. À partir du XVe siècle, le Mali perdit l’influence
prépondérante qu’il exerçait au Sahel, du fait des Touareg, tout d’abord, qui
prirent Tombouctou, puis des Songhaï. Il se replia peu à peu vers l’ouest et vers le
sud, les incursions ou les expéditions contre les Mossi étant désormais du ressort
des souverains de Gao. Sonni Ali Ber, fondateur de l’Empire songhaï dans la
seconde moitié du XVe siècle, porta un coup décisif à l’expansionnisme touareg,
mais aussi à la puissance du Mali, qui n’était plus depuis longtemps que l’ombre
de ce qu’elle avait été.
L’empire du Mali aujourd’hui
28 Le vieil empire médiéval est présent dans la vie quotidienne d’une partie de la
population malienne, qui y retrouve ses ancêtres et l’origine des relations
sociales actuelles. Les griots, quant à eux, continuent de chanter les exploits de
Soundiata.
29 Les constituants réunis à Dakar en janvier 1959 choisirent tout naturellement
le nom de « Mali » pour nommer l’ensemble fédéral qu’ils portèrent sur les fonts
baptismaux. « Le Mali renaît de ses cendres », écrivait triomphalement Théodore
Monod en avril 195911. Plus encore que l’éphémère fédération de janvier 1959 à
août 1960, la République du Mali allait en effet reprendre à son compte l’héritage
de l’empire médiéval. En 1961 paraissait à Bamako un petit livre qui était
présenté comme « la création d’un enfant du Mali », le « camarade Bakari
Kamian ». Reprenant le titre du journal gouvernemental L’Essor du 22 septembre
1960, Kamian pouvait écrire « depuis le 22 septembre 1960, le Mali a rejoint son
berceau12 ». Il était donc clair, dans l’esprit des officiels de la Première
République, que le Soudan de jadis et la République du Mali ne faisaient qu’un,
même s’il était difficile « d’exposer dans les détails l’histoire de la République du
Mali connue dans le passé sous le nom de Soudan13 ». L’important n’était-il pas
alors d’établir le lien entre le Mali d’autrefois et celui du présent en insistant sur
le pouvoir détenu par les Keita « dont notre actuel président Modibo Keïta est un
descendant14 » ?
30 Le recours à la notion d’héritage est récurrent. Il apparaît clairement dans le
Précis d’Histoire du Mali à l’usage des classes de 5e et de 6e années du cycle
fondamental publié en 196315. Le bref chapitre consacré à la période coloniale
s’intitule ainsi « L’unité malienne » et se termine comme il se doit par l’accession
à l’indépendance : « En choisissant de s’appeler “Mali”, la jeune République
affirme sa volonté d’assumer l’héritage lourd, combien glorieux, de cet empire
des Keita qui, au Moyen Âge, éblouit l’Orient de son faste et qui, pendant un
demi-millénaire, assit son hégémonie sur la plus grande partie de l’Ouest
africain. »16
31 Mais c’est bien plus tard que l’utilisation politique de l’histoire de l’empire du
Mali va atteindre des sommets. En mettant en place une politique de
décentralisation inspirée par les bailleurs de fonds étrangers, la Troisième
République eut recours à la culture mandingue pour faire accepter cette réforme
aux populations rurales qui étaient les principales concernées. Comme l’a bien
montré Jean-Loup Amselle, « la lecture faite par Souleymane Kanté, le fondateur
du mouvement n’ko, des formations politiques médiévales et notamment de
l’empire du Mali, s’est révélée pertinente pour enraciner dans le terroir malien
une réforme qui concernait au premier chef les avatars coloniaux et
postcoloniaux de l’État »17. Souleymane Kanté (1922-1987) est un érudit guinéen
autodidacte qui a écrit de nombreux ouvrages en langue malinké retranscrite
avec l’alphabet n’ko qu’il a inventé en 1949. Kanté s’inspirait des travaux de
Maurice Delafosse, dont il reprit la chronologie, et accordait une importance
capitale à l’assemblée de Kouroukan Fouga. Ses élèves maliens jouèrent un rôle
fondamental dans la mise en place de la politique de décentralisation initiée
dans leur pays au lendemain de la chute de Moussa Traoré en mars 1991. La
politique nouvelle n’aurait ainsi été que la réactivation des principes édictés par
Soundiata Keita à Kouroukan Fouga en faisant « revenir le pouvoir à la maison »
(ka mara lasegin so). La démocratie, que le Mali connaissait pourtant pour la
première fois de son histoire, n’était donc pas importée de l’Occident : elle était
au contraire un principe fondateur du glorieux empire éponyme ! Par un
processus classique, la société malienne écrivait un nouveau chapitre de son
histoire qu’elle projetait dans le passé pour l’en faire revenir auréolé de cette
ancienneté imaginaire.
32 La plupart des traditions historiques sont pourtant muettes sur la fameuse
rencontre de Kouroukan Fouga. La seule référence « scientifique » connue se
trouve en effet dans Soundjata ou l’épopée mandingue, sans que Djibril Tamsir
Niane ne cite ses sources ni ne donne aucun argument convaincant à l’appui de
sa thèse. L’histoire de la « redécouverte » de cette charte du Manden est
édifiante18. L’invention de la charte, au sens que les archéologues donnent à ce
terme, date en effet de mars 1998. Elle eut lieu lors d’un atelier organisé à
Kankan en Guinée. Celui-ci avait pour objectif de favoriser une meilleure
compréhension entre traditionnistes, chercheurs et professionnels de la
communication en vue de la collecte et de la sauvegarde du patrimoine oral
africain, et de déterminer le rôle que les nouvelles technologies de l’information
pourraient jouer dans ce domaine. Lors d’une soirée organisée à l’initiative des
griots, ceux-ci ont déclamé à tour de rôle ce qu’ils connaissaient de Kouroukan
Fouga, et le tout fut organisé en texte constitutionnel sous forme de 44 articles
par Siriman Kouyaté, magistrat originaire de Niagassola et proche parent de
l’actuel détenteur du balafon de Soumaoro Kanté, le Sosso-Bala. Une version
légèrement remaniée du texte initial, qui a connu un succès immédiat, a été
éditée conjointement par la Société africaine d’édition et de communication de
Djibril Tamsir Niane, et les éditions de L’Harmattan à Paris en 200819. De
nombreuses rencontres sur le sujet ont été organisées, comme la conférence de
Bamako du 27 au 30 juillet 2004 ou la Rencontre internationale sur la charte du
Manden qui s’est tenue du 31 mai au 3 juin 2007 à Bamako et à Kangaba20. Cette
rencontre a mis en lumière qu’il existait pour le moins une ambiguïté sur cette
fameuse charte, le chercheur malien Youssouf Tata Cissé promouvant pour sa
part un texte qui aurait été recueilli en 1965. Selon lui, « appelée d’abord Donsolu
kalikan, « Serment des chasseurs », puis Dunya makilikan, « Injonction au
monde », cette déclaration fut solennellement proclamée à Dakajalan, la
première capitale de l’empire du Mali, sous le nom de Manden Kalikan, le
Serment du Mandé. C’était le jour de l’intronisation de Soundjata Keïta, le
fondateur de l’empire du Mali. Nous sommes fin 1222 […] ». Il existait donc deux
chartes du Manden, l’une recueillie en 1965, et l’autre « restituée » en 1998, la
première datée de Dakajalan en 1222, la seconde de Kourukan Fouga en 1236. La
rencontre de 2007 avait en fait pour fonction de créer l’amalgame entre les deux
textes.
33 La quatrième session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du
patrimoine culturel immatériel, qui s’est tenue à Abou Dhabi du 28 septembre au
2 octobre 2009, a inscrit sur sa liste représentative la « Charte du Mandén [sic],
proclamée à Kouroukan Fouga », ce qui lui donne désormais une légitimité
certaine. On est pourtant dans une grande confusion. Il est en effet affirmé dans
la déclaration de candidature qui a servi de base au classement que : « Après sa
victoire sur Soumangourou Kanté, roi du Sosso, lors de l’historique bataille de
Kirina au début du XIIIe siècle, Soundiata Keita fit convoquer en assemblée
générale les cèkun, “hommes de tête” du Mandén acquis à sa politique, afin de
leur soumettre pour approbation, après enrichissement s’il le fallait, la Charte du
Mandén nouveau. […] Au terme de l’assemblée générale qui a enregistré la
présence du “Mandén tout entier” et ses alliés, la Charte fut solennellement
proclamée à Kouroukan Fouga […]. Édictée sous forme de serment, la
proclamation comprend un préambule et sept chapitres sous forme de règles de
conduite de la vie publique au sein de la famille. »
34 Au regard de la description qui en est donnée (un préambule et sept chapitres),
ce qui a été classé n’est pas le texte promu par Siriman Kouyaté et Djibril Tamsir
Niane. Il s’agit plutôt de ce que Youssouf Tata Cissé a appelé le « Serment du
Mandé » (Manden Kalikan) dans un ouvrage de 200321. Or, Cissé est formel : cette
« charte » (ou ce « serment ») a été édictée à Dakajalan. L’Unesco a donc classé,
sans s’être livré à une nécessaire expertise scientifique ou historique, un texte
qui ne lui a pas été communiqué, en amalgamant par un raccourci audacieux les
deux versions concurrentes d’une « charte » dont personne ne peut dire ce
qu’elle est vraiment. L’essentiel, en fait, se jouait ailleurs. Ce qui importait aux
autorités maliennes, dans cette affaire, c’était de prendre de vitesse leurs
homologues guinéennes en « nationalisant » le texte comme élément du
patrimoine malien. Un article du journal L’Essor du 16 octobre 2009 livre ce
commentaire triomphal : « Quant à la « Charte du Manden», son classement au
seul nom du Mali fait qu’elle échappe à beaucoup de convoitise de la part de pays
voisins qui ont tout fait pour en avoir la paternité ». Le classement effectué par
l’Unesco en 2009 marque ainsi le triomphe du Mali sur la Guinée pour la
captation de l’héritage du prestigieux empire médiéval. La charte du Manden est
désormais un passage obligé de tout discours relatif aux civilisations africaines,
tant en Afrique qu’en Europe, et c’est tout naturellement à Kangaba, sur la
fameuse plaine de Kourourkan Fouga, que s’achevèrent en apothéose, dans un
délire de musique, de bruit et de chants de griots, les fêtes du cinquantenaire de
l’indépendance le 30 septembre 2010, en présence du président de la République
Amani Toumani Touré et de son Premier ministre.
Pour conclure
35 En fait, la mise en valeur de l’histoire de l’empire du Mali, histoire à l’origine
régionale dont les gouvernements successifs firent une histoire nationale dans
laquelle chaque Malien était sommé de se reconnaître, conduisit une partie de la
population du pays à se sentir exclue d’un récit national qu’elle ne partageait
pas. Dès 1962, pourtant, le géographe Jean Gallais avait attiré l’attention sur les
problèmes que pouvait poser le fait qu’une bonne partie de la population
malienne relatait sa propre histoire en dehors de toute référence à celle de
l’empire du Mali22. Bobo, Minianka et Dogon ont développé, disait-il, « une
conscience très irritable de leur originalité », même si ces derniers
revendiquaient des liens avec le Mali. « Il y a donc sur le flanc sud-est de l’axe
culturel malien des groupes qui s’affirment différents ou éloignés de la tradition
commune ». Mais le vrai problème se posait au nord, non pas chez les Songhaï,
dont l’encadrement solide par le parti unique semblait être un facteur de
cohésion nationale, mais chez les populations nomades. « Aux limites du Sahel, la
situation politique serait sinon préoccupante, du moins délicate si le
gouvernement malien était imprudent. Les nomades, Maures et Touaregs, sont
étrangers à toute référence historique mandingue. Par contre, leur propre cycle
d’épopée est illustré des luttes contre les Soudaniens, Songhaï, Peuls, et ils
demeurent fixés psychologiquement sur les souvenirs brillants de leur histoire
précoloniale ». Cette analyse conserve malheureusement toute son actualité…
Pour les politiques, peu importe finalement ce que fut l’empire du Mali. Ce qui
compte, c’est ce que les Maliens croient qu’il fut et l’usage qu’ils en font.
Notes
1 Charles Monteil, Les empires du Mali. Études d’histoire et de sociologie soudanaises, Paris,
Maisonneuve et Larose, 1929.
2 Maurice Delafosse, Haut-Sénégal-Niger. Première série : le pays, les peuples, l’histoire, les
civilisations, 3 volumes, Paris, Larose, 1912.
3 Jean-Louis Triaud, « Haut-Sénégal-Niger, un modèle “positiviste” ? De la coutume à
l’histoire : Maurice Delafosse et l’invention de l’histoire africaine », dans Jean-Loup
Amselle et Emmanuelle Sibeud (eds), Maurice Delafosse. Entre orientalisme et
ethnographie : l’itinéraire d’un africaniste (1870-1926), Paris, Maisonneuve et Larose, 1998,
p. 211.
4 Notes Africaines, numéro spécial : « L’Empire du Mali », n° 82, avril 1959.
5 Djibril Tamsir Niane, Soundjata ou l’épopée mandingue, Paris, Présence africaine, 1960.
6 Raymond Mauny, Tableau géographique de l’Ouest africain au Moyen Âge, Dakar, IFAN,
1961.
7 Francis Simonis, « Soundiata Keita et Sumaworo Kanté, fondateurs de l’Empire du
Mali », <https ://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr/upload/docs/application/pdf/2011-
08/div063_simonis.pdf> (consulté le 20 juin 2015).
8 Youssouf Tata Cissé et Wa Kamissoko, La grande geste du Mali. Des origines à la fondation
de l’empire, Paris, Kathala et Arsan, 1988.
9 Pour une description détaillée de la geste de Soundiata, voir Francis Simonis, L’Afrique
soudanaise au Moyen Âge. Le temps des grands empires (Ghana, Mali, Songhaï), Marseille,
SCEREN, 2010, p. 41-45.
10 Djibril Tamsir Niane, « Le Mali, et la deuxième expansion mandé », Histoire Générale de
l’Afrique, IV, Présence africaine, Edicef Unesco, 1991, p. 99-125.
11 Théodore Monod, « Préface », Notes africaines, numéro spécial : « L’Empire du Mali »,
n° 82, avril 1959.
12 Secrétariat d’État à l’Information et au Tourisme, Connaissance de la République du
Mali, sd (1961), p. 4-5.
13 Ibid., p. 76.
14 Ibid., p. 82.
15 Marcel Guilhem et Sylvain Toé, Précis d’Histoire du Mali, 5e et 6e années du cycle
fondamental, Paris, Ligel, 1963.
16 Ibid., p. 160.
17 Jean-Loup Amselle, « Les usages politiques du passé. Le N’ko et la décentralisation
administrative au Mali », dans Claude Fay, Yaouaga Koné, Catherine Quiminal (eds),
Décentralisation et pouvoirs en Afrique, Paris, IRD Éditions, 2006, p. 39.
18 Francis Simonis, « Le griot, l’historien, le chasseur et l’Unesco », Ultramarines, n° 28,
2015, p. 12-31. À lire en ligne sur <http://revue-ultramarines.fr/wp-
content/uploads/2015/03/Le-griot-l%E2%80%99historien-le-chasseur-et-
l%E2%80%99Unesco-par-Francis-Simonis_Revue-Ultramarines-n%C2%B028-2015.pdf>
(consulté le 20 juin 2015). Voir aussi : http://libeafrica4.blogs.liberation.fr/2015/04/15/la-
charte-du-manden-ou-linstrumentalisation-du-passe-africain/ (consulté le 20 juin 2015).
19 CELHTO, La charte de Kurukan Fuga. Aux sources d’une pensée politique en Afrique,
Conakry-Paris, SAEC-L’Harmattan, 2008.
20 L’auteur de ces lignes a participé à la rencontre de 2007. Cette analyse se fonde donc en
partie sur des observations de terrain.
21 Youssouf Tata Cissé, La Charte du Mandé et autres traditions du Mali, Paris, Albin
Michel, 2003.
22 Jean Gallais, « Signification du groupe ethnique au Mali », L’Homme, 1962, tome II, n° 2,
p. 106-129.
Pour citer cet article
Référence papier
Francis Simonis, « L’Empire du Mali d’hier à aujourd’hui », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire
critique, 128 | 2015, 71-86.
Référence électronique
Francis Simonis, « L’Empire du Mali d’hier à aujourd’hui », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire
critique [En ligne], 128 | 2015, mis en ligne le 01 juillet 2015, consulté le 15 décembre 2023. URL :
http://journals.openedition.org/chrhc/4561 ; DOI : https://doi.org/10.4000/chrhc.4561
Cet article est cité par
Steuer, Noemi. (2020) “Murdered Mozarts.” narrative of a previous malian
student generation in the era of the crumbling state. Human Affairs, 30.
DOI: 10.1515/humaff-2020-0039
Auteur
Francis Simonis
Université d’Aix-Marseille, IMAF (Institut d’études des mondes africains)
Droits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations,
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