KF/RAO/GS
REPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE
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COUR D’APPEL DE COMMERCE
D’ABIDJAN
------------------ AUDIENCE PUBLIQUE ORDINAIRE DU JEUDI
N°344/2018 21 FEVRIER 2019
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ARRET
CONTRADICTOIRE
du 21/02/2019 La Cour d’Appel de Commerce d’Abidjan, en son
audience publique ordinaire du jeudi vingt et un février
---------------------- de l’an deux mil dix-neuf tenue au siège de ladite Cour,
1Ere CHAMBRE à laquelle siégeaient :
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Docteur François KOMOIN, Premier Président ;
Affaire :
Madame BAI Zoko Aimée Danielle épouse
1/ Madame SEKLAWI Raïfé épouse SAM, Messieurs SILUE Daoda, JEANSON Jean-
ATIE Claude et ATTOUNGBRE Gérard, Conseillers à la
2/ Monsieur ATIE Afif Cour, Membres ;
(SCPA Paul KOUASSI & Associés)
Avec l’assistance de Maître KOUTOU Aya
Contre Gertrude épouse GNOU, Greffier ;
1/ La société PREMIUM COURTAGE A rendu l’arrêt dont la teneur suit dans la cause entre :
ASSUR,
(Maître TOURE Kadidia)
1/ Madame SEKLAWI Raïfé épouse, née en 1953
2/ Madame Amina EZZEDINE
(Maître TOURE Marame) au Liban, commerçante de nationalité ivoirienne,
------------------- demeurant à Tyr (Liban), Kana, Rue des oliviers ;
ARRET :
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CONTRADICTOIRE 2/ Monsieur ATIE Afif, né en 1945 au Liban, de
------------------------ nationalité ivoirienne, demeurant à Tyr (Liban), Kana,
Rue des oliviers ;
Déclare recevable l’appel interjeté par
Madame SEKLAWI Raïfé épouse ATIE et
Monsieur ATIE Afif contre l’ordonnance RG Appelants représentés par la SCPA Paul KOUASSI &
N° 3496/2018 rendue le 13 novembre 2018 Associés, avocats à la Cour d’appel d’Abidjan, y
par le président du Tribunal de Commerce demeurant, Cocody Cité Val Doyen, Rue de la Banque
d’Abidjan ; Mondiale, près du jardin public, Villa N°85 ; 08 BP
1679 Abidjan 08, tel : 22 44 02 16, tel./fax : 22 48 83
Sursoit à statuer dans la présente cause en
attendant l’issue de la procédure pénale de 58.email :
[email protected] ;
faux initiée par les intimées ;
Réserve les dépens de l’instance ; D’UNE PART ;
ET ;
1/ La société PREMIUM COURTAGE ASSUR,
société à responsabilité limitée au capital de 3.000.000
F CFA, dont le siège social est sis à Abidjan Treichville,
1
Boulevard Valery Giscard d’Estaing face SOLIBRA ,
immeuble les dunes, 2ème étage, 30 BP 985 Abidjan 30,
prise en la personne de son représentant légal,
demeurant au susdit siège social ;
Intimée représentée par Maître TOURE Kadidia,
avocat à la cour d’appel d’Abidjan y demeurant Abidjan
Cocody riviera III Allabra, lot 128 tel : 22 47 68 75, cel :
07 55 20 59, 02 BP 23 Abidjan 02 ;
2/ Madame Amina Nagib EZZEDINE, née le 10
avril 1975 à Tiassalé, gérante de société, de nationalité
ivoirienne, domicilie Abidjan-Cocody Danga, 30 BP
985 Abidjan 30 ;
Intimée représentée par Maître TOURE Marame,
avocat à la Cour d’appel d’Abidjan y demeurant plateau
10, rue du commerce, immeuble l’Amiral, 3ème étage, 01
BP 1246 Abidjan 01, tel : 225 20 32 11 00/fax : 20 32 11
14, email :
[email protected];
D’AUTRE PART ;
Sans que les présentes qualités puissent nuire ni
préjudicier en quoi que ce soit aux droits et intérêts
respectifs des parties en cause, mais au contraire et
sous les plus expresses réserves des faits et de droit ;
La juridiction présidentielle du tribunal de commerce
d’Abidjan statuant en la cause en matière d’urgence a
rendu le 13 novembre 2018, une ordonnance
N°3496/2018 dans laquelle elle s’est déclarée
incompétente pour connaître de la présente action au
profit de la juridiction de fond du tribunal de
commerce d’Abidjan ;
Par exploit du 14 décembre 2018 de Maître BESSE
Shadrack, huissier de justice à Abidjan, Madame
SEKLAWI Raïfé épouse ATIE et Monsieur ATIE Afif
ont interjeté appel contre l’ordonnance susénoncée et
ont assigné la société PREMIUM COURTAGE ASSUR
Madame Amina EZZEDINE à comparaître à l’audience
du 27 décembre 2018 par devant la cour de ce siège
pour s’entendre infirmer l’ordonnance ci-dessus ;
Enrôlée sous le N°344/18 du rôle général du greffe de
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la cour, l’affaire a été appelée à l’audience du 27
décembre 2018 et renvoyée successivement au 10
janvier 2019 pour plaidoirie et retenue, au 17 janvier
2019 pour le même motif, puis au 31 janvier 2019 pour
toutes les parties ;
A cette dernière date, la cause a été mise en délibéré
pour le 21 février 2019 ;
Advenue cette audience, la Cour a vidé son délibéré en
rendant l’arrêt suivant :
LA COUR
Vu les pièces du dossier ;
Ouï les parties en leurs demandes, fins et conclusions ;
Après en avoir délibéré conformément à la loi ;
FAITS, PROCÉDURE, PRÉTENTIONS ET
MOYENS DES PARTIES
Par exploit du 14 décembre 2018, Madame SEKLAWI
Raïfé épouse ATIE et Monsieur ATIE Afif ont interjeté
appel de l’ordonnance RG N° 3496/2018 rendue le 13
novembre 2018 par le président du Tribunal de
Commerce d’Abidjan, non signifiée, dont le dispositif
est le suivant :
« Statuant publiquement, contradictoirement, en
matière de référé et en premier ressort ;
Nous déclarons incompétent pour connaitre la
présente action au profit de la juridiction du Tribunal
de Commerce d’Abidjan ;
Mettons les entiers dépens à la charge des
demandeurs » ;
Au soutien de leur appel, Madame SEKLAWI Raïfé
épouse ATIE et Monsieur ATIE Afif exposent que la
société PREMIUM COURTAGE ASSUR est une société
à responsabilité limitée qui a pour objet l’exercice de la
profession de courtier en assurances, constituée entre
Messieurs ATIE Kodor et SEKLAOUI Kamel le 06
septembre 2007 suivant des statuts dressés par Maître
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Clémence LASME-SERIME, Notaire résidant à
Abidjan, et dont Madame AMINA Nagib EZZEDINE
est la gérante statutaire ;
Ils ajoutent que suivant acte reçu en l'étude du notaire
sus indiqué en date du 04 juin 2008, Messieurs ATIE
Kodor et SEKLAOUI Kamel leur ont cédé la totalité de
leurs parts sociales ; de sorte qu’ils sont devenus les
détenteurs exclusifs du capital social à concurrence de
50 % chacun ;
Ils font valoir qu’en sa qualité de gérante de la société
PREMIUM COURTAGE ASSUR, Madame AMINA
Nagib EZZEDINE est intervenue à l'acte de cession
pour marquer l'acceptation de la société,
conformément aux dispositions de l'article 317 de l'Acte
Uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et
du groupement d’intérêt économique, dispensant ainsi
les cessionnaires de faire signifier la cession à la société
pour son opposabilité ;
Que pour tenir compte de la cession, les statuts de la
société ont été mis à jour, et Madame AMINA Nagib
EZZEDINE en est demeurée gérante statutaire par la
volonté des nouveaux associés ;
Ils indiquent que la société a toujours fonctionné avec
eux en qualité d'associés comme l’attestent tous les
documents édités sous la signature de la gérante ;
Ils soulignent que depuis l'année 2016, cette dernière
n'ayant tenu aucune assemblée générale, ils ont exigé,
en leur qualité d'associés, la convocation de l'assemblée
générale comme le leur autorise l'article 317 de l'Acte
Uniforme précité ; la gérante ayant marqué un refus
formel à leur exigence, ils ont saisi le juge des référés
du Tribunal de Commerce d'Abidjan aux fins de voir
désigner tout mandataire qu'il plaira aux fins de
convoquer ladite assemblée générale ;
Au cours de cette procédure, disent-ils, Madame
AMINA Nagib EZZEDINE a laissé entendre qu’ils ne
sont pas des associés de la société PREMIUM
COURTAGE ASSUR et demandé au juge des référés de
se déclarer incompétent pour contestation sérieuse sur
leur qualité ;
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Que vidant son délibéré, ce dernier s'est, à tort, déclaré
incompétent pour ce motif dans l’ordonnance
entreprise ;
Ils font grief au juge des référés de s’être déterminé
ainsi, alors que face aux énonciations d’un acte notarié,
les seules allégations des intimés ne pouvaient
s’analyser en des contestations sérieuses ; celles-ci se
faisant à partir de critères objectifs et d’éléments
matériels versés au dossier ;
Ils ajoutent que l’acte notarié fait foi jusqu’à inscription
de faux ; de sorte qu’une simple demande en
inscription de faux ne saurait en annihiler les effets ;
Qu’ainsi tant qu’il n’a pas été déclaré faux ou nul, il doit
produire ses effets ;
Ils font valoir que le juge des référés devait tirer les
conséquences de cet acte, surtout que, contrairement à
ce qu’il a prétendu dans sa décision, les intimées n’ont
pas soulevé la nullité de l’acte de cession des parts
sociales ; de sorte que se laissant guider par son office
de juge de l’évidence, celui-ci devait déduire de l’acte
notarié produit et des statuts mis à jour , sans
préjudicier au fond, qu’il n’y avait pas contestation
sérieuse ;
Ils concluent dès lors à l’infirmation de la décision
entreprise ;
En réplique, madame AMINA Nagib EZZEDINE et la
société PREMIUM COURTAGE ASSUR sollicitent la
confirmation de la décision entreprise ;
Ils exposent que l’acte de cession en date du 04 juin
2008 et les statuts mis à jour contiennent des vices tels
qu’ils ne peuvent servir de fondement à une décision
rendue en référé, étant nuls et de nullité absolue pour
être des faux ;
Que par ailleurs, une plainte déposée au pénal à cet
effet a fait l’objet d'une ordonnance de consignation et
de paiement de ladite consignation ;
Ils soutiennent qu’en affirmant que madame AMINA
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Nagib EZZEDINE a participé à l’acte de cession des
parts sociales, les appelants ne précisent pas en quelle
qualité cette participation s’est faite, ni l’absence de sa
signature sur cet acte ;
Que par ailleurs, ledit acte n’a pas obéi aux conditions
et modalités de la cession des parts sociales stipulées à
l’article 10 des statuts ; de sorte que la contestation
relative à la régularité de l’acte et à son opposabilité à
la société PREMIUM COURTAGE ASSUR est sérieuse ;
Ils indiquent que l'article 34 de la loi N° 69- 372 du 12
août 1969 portant statut du notariat modifiée et
complétée par la loi N° 97-513 du 4 septembre 1997, de
même que l'article 1319 du code civil disposant que «
tous les actes notariés font foi en justice de la
convention qu'ils renferment, entre les parties
contractantes et leurs héritiers ou ayants cause. Ils
sont exécutoires sur toute l'étendue du territoire de la
République. Néanmoins en cas de plainte en faux
principal, l'exécution de l'acte argué de faux est
suspendu par la mise en accusation », une plainte
ayant été déposée contre l’acte de cession, celui-ci ne
peut fonder une décision de référé ;
Dans leurs écritures subséquentes les intimées, après
avoir sollicité le sursis à statuer pour cause de
litispendance dans l’attente de la décision du juge des
référés de la cour de céans saisi par les appelants sur le
même sujet, ayant obtenu et produit cette décision, ont
sollicité la confirmation de l’ordonnance entreprise ;
SUR CE
En la forme
Sur le caractère de la décision
Les intimées ayant conclu, il y a lieu de statuer
contradictoirement à leur égard ;
Sur la recevabilité de l’appel
L’appel ayant été introduit conformément à la loi, il y a
lieu de le recevoir ;
AU FOND
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Sur le bien-fondé de l’appel
Considérant que Madame SEKLAWI Raïfé épouse
ATIE et Monsieur ATIE Afif sollicitent l’infirmation de
l’ordonnance entreprise motif pris de ce qu’il n’existe
en l’espèce aucune contestation sérieuse ;
Que la société PREMIUM COURTAGE ASSUR et
Madame AMINA Najib EZZEDINE s’y opposent et font
valoir qu’ils ont saisi le doyen des juges d’instruction
du Tribunal de Première Instance d’Abidjan d’une
plainte avec constitution de partie civile, notamment
pour faux contre l’acte notarié de la cession de parts
sociales en date du 04 juin 2008 effectuée au profit des
appelants ainsi que l’acte de mise à jour des statuts de
la société PREMIUM COURTAGE ASSUR ;
Considérant qu’aux termes de l’alinéa 1 de l’article 98
du code de procédure civile, commerciale et
administrative « en cas de poursuite criminelle en faux
principal, il est sursis au jugement de la cause, si le
procès ne peut être jugé indépendamment de la pièce
arguée de faux » ;
Considérant qu’en l’espèce, les appelants se prévalant
de la qualité d’associés de la société PREMIUM
COURTAGE ASSUR, sollicitent la nomination d’un
administrateur provisoire ;
Considérant cependant que les documents sur lesquels
ils fondent leur qualité, en l’occurrence l’acte notarié de
cession des parts sociales et les statuts mis à jour de
ladite société font l’objet d’une plainte en faux devant le
doyen des juges d’instruction du Tribunal de Première
Instance d’Abidjan, à l’initiative des intimées ;
Que, du reste, ce juge a fixé une consignation, payée
par les intimées ;
Qu’ainsi, en application de l’article 98 susénoncé et
pour une bonne administration de la justice, il convient
d’ordonner le sursis à statuer en attendant l’issue de la
procédure pénale, le présent procès ne pouvant être
jugé indépendamment des pièces arguées de faux ;
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Sur les dépens
L’instance n’étant pas vidée, il sied de réserver les
dépens ;
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, contradictoirement et en
dernier ressort ;
Déclare recevable l’appel interjeté par Madame
SEKLAWI Raïfé épouse ATIE et Monsieur ATIE Afif
contre l’ordonnance RG N° 3496/2018 rendue le 13
novembre 2018 par le président du Tribunal de
Commerce d’Abidjan ;
Sursoit à statuer dans la présente cause en attendant
l’issue de la procédure pénale de faux initiée par les
intimées ;
Réserve les dépens de l’instance ;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement les jour, mois
et an que dessus.
ET ONT SIGNÉ LE PREMIER PRÉSIDENT ET
LE GREFFIER./.
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