Tirailleurs malgaches dans la Grande Guerre
Tirailleurs malgaches dans la Grande Guerre
la Grande Île
dans la Grande Guerre
Soldats et travailleurs coloniaux
de Madagascar face à la violence du
premier conflit mondial
Le soldat RAJAONASY, mort dans le naufrage du Djemnah
Originaire de la région d’Antsirabe, c’est un des 200 tirail-
leurs qui périt lors du naufrage du vapeur Djemnah, torpillé en
Méditerranée par un sous-marin allemand le 14 juillet 1918,
jour ô combien symbolique.
La guerre, les guerres sont omniprésentes et sources de mille et une inspirations à toutes les époques (médiévale, moderne et
contemporaine) et ce dans tous les pays. Elles inspirent écrivains, peintres, musiciens…….
Certes, la guerre occupe une place centrale dans l’histoire des sociétés humaines même si et c’est bien là un PARADOXE elle ne
nous a jamais été à la fois si proche et si lointaine pour la plupart d’entre nous.
La fiche « mort pour la
France » établie à la fin de
La guerre, les guerres ont une place de choix dans les programmes, ceux de l’Ecole, du Collège et du Lycée. Avec l’étude de ces
la guerre ©SGA
guerres on nous invite à étudier par exemple « La manière dont les deux conflits mondiaux du XXe siècle témoignent de l’entrée dans
l’ère de la [guerre totale]. A faire percevoir le basculement dans la guerre totale avec les effets de la violence de guerre sur les sociétés. »
Chaque conflit, chaque guerre doit être abordée en privilégiant « la place des hommes » et en s’interrogeant sur le sort réservé
La carte postale aux combattants mais aussi aux populations civiles.
représentant Rajaonasy En fait, il s’agit de montrer comment l’expérience de la violence de guerre subie par TOUS et TOUTES porte en elle, en temps de
en train de jouer aux
paix, les germes de la transformation des sociétés et des rapports que ces sociétés entretiennent avec l’ETAT.
cartes
Parler de la guerre, des guerres avec des élèves, c’est aussi parler de la PAIX.
On l’aura compris, enseigner la guerre, les guerres aujourd’hui ce n’est plus faire une histoire des batailles.
La vision de la guerre à l’œuvre dans les programmes mis en œuvre en France, est dorénavant une vision anthropologique.
Retrouver les parcours de vie de tirailleurs malgaches doit permettre à nos élèves de percevoir au plus près la brutalité subie par
ces hommes et leurs proches, « au cours de cette guerre qui leur fut si injustement et si cruellement imposée » comme l’écrit, lui-même,
le gouverneur de la colonie, Hubert Garbit.
Les portraits qui suivent sont ceux de tirailleurs qui ont été choisis parce qu’ils sont tous originaires d’un quartier ou d’une ville
où se trouve un des 27 établissements d’enseignement français de Madagascar. Des pistes pédagogiques sont proposées ici et sur le
site internet dédié (tiraera.histegeo.org) ; elles sont collaboratives et évolutives, pour faire partager les avancées des projets inter-
disciplinaires qui seront conduits durant la période du Centenaire de la Grande Guerre. Ecrire l’histoire est toujours un dialogue
ne l’oublions pas.
Faire l’histoire de ces tirailleurs, c’est entrer de plain-pied dans le cycle des commémorations nationales et internationales du
Centenaire de la Première Guerre mondiale.
Extrait du journal
du 13e BTM lors du Que ceux qui vont participer à cette écriture soient ici chaleureusement remerciés.
séjour à La Tremblade
©SGA
Paris, le 29.12.2013
Michel HERON
IA-IPR d’histoire et géographie
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P lus de 40 000 soldats et travailleurs
de « Madagascar et dépendances »
(avec l’archipel comorien) participent
à la Première Guerre mondiale. 10% de ces
hommes ne reverront jamais l’océan Indien.
La lecture des Journaux des Marches
et Opérations nous donne une idée des
activités des différents bataillons. Beaucoup
d’hommes sont employés aux travaux de
construction. Les fonds iconographiques de
du marché d’Ambohimanarina, près d’Alaro-
bia, qui figurent les noms des tirailleurs de la
région morts loin de chez eux, tombent aussi
dans l’oubli. Qui se souvient aujourd’hui,
en France ou à Madagascar, qu’il existe un
L’expérience de la « violence de guerre » la Bibliothèque de Documentation Interna- monument aux morts malgaches de la guerre
pour les combattants mais aussi les civils mal- tionale Contemporaine et de la Médiathèque 14-18 inauguré en 1925 dans le Jardin tro-
gaches reste encore peu connue, à Madagas- de la Défense renferment une trentaine de pical du bois de Vincennes, en bordure de
car comme en France. clichés montrant ces hommes en train de bâ- Nogent-sur-Marne, dans un style inspiré de
tir une route dans la neige du ballon d’Alsace celui des tombeaux traditionnels malgaches ?
La célébration du centenaire de la en 1917. Sur ce mémorial, bâti sur l’emplacement du
Grande Guerre (1914-1918) coïncide avec pavillon détruit de Madagascar pour l’Expo-
une numérisation croissante des archives Pour les Français, on s’en doute, la sur- sition coloniale de 1907, le texte suivant a été
(armée, presse écrite, fonds iconogra- prise est grande. Le journal La Croix consacre gravé : « 1914 – 1918 Au souvenir des sol-
phiques...) permettant un accès direct aux ainsi tout un article à une « histoire vraie : dats de Madagascar ».
informations concernant les tirailleurs. Le l’aumône du tirailleur malgache » (10 juillet
premier convoi quitte l'île le 9 octobre 1915. 1917), récit d’un soldat de la Grande Île allant Les projets qui suivent ont pour objet de
Une plongée dans les fiches nominatives des se recueillir dans la cathédrale de Soissons. Il faire découvrir ou redécouvrir ces tirailleurs
soldats et travailleurs malgaches « morts est aussi possible de suivre le traitement du et travailleurs malgaches, la violence qu’ils
pour la France » nous révèle qu’environ conflit dans la presse de Madagascar, dans ont connue et que leurs proches ont pu aussi
80% des hommes qui ont quitté leur terre des journaux comme La Dépêche malgache ou ressentir, leur expérience de l’« outre-mer »
natale périssent de maladie. Victimes du Le Tamatave. Ces titres sont accessibles dans et d’un conflit aux dimensions mondiales.
froid et des virus européens, 40% des ma- la base numérisée du site Gallica de la BNF. Ces propositions, en rien exclusives d’autres
lades sont envoyés soigner leur pneumonie, projets, concernent aussi bien les élèves de
leur tuberculose ou leur congestion pulmo- La souffrance des hommes impliqués Primaire que de Collège et de Lycée. Elles
naire dans les « centres d’acclimatation » au dans la guerre ne s’est pas arrêtée avec l’ar- s’inscrivent dans un cycle d’au moins deux
bord de la Méditerranée, entre Marseille et mistice du 11 novembre 1918. Près du quart années (2013-2014 et 2014-2015) et pour-
Menton. des victimes décède après cette date, des ront être prolongées durant toute la durée du
suites d’une maladie contractée pendant le Centenaire de la Grande Guerre.
Beaucoup de leurs sépultures ont été conflit ou durant la démobilisation ; les fiches
regroupées en 1962 dans la nécropole natio- des derniers « morts pour la France » (Base Projet 1. Opération « Un tirailleur de ma
nale de Luynes, au sud d'Aix-en-Provence. MPF) datent du 31 décembre 1919. La vio- région »
Un autre lieu symbolique est le cimetière du lence du conflit reste longtemps gravée dans
Trabuquet à Menton. les esprits. Le dépouillement des fiches des soldats
malgaches « morts pour la France » et le
Mais le soleil méditerranéen ne saurait Des monuments aux morts sont conçus choix de personnages originaires des dif-
occulter l’enfer des batailles du nord-est de ou remaniés dans les chefs lieux de district ou férentes régions de l’île doit permettre aux
la France. C’est dans les combats de l’Aisne de province : Ambatolampy (1923), Betafo, enseignants qui le souhaitent et à leurs élèves
que s’illustre le 12e bataillon de tirailleurs Fianarantsoa (1923), Diego Suarez, Majunga de faciliter l’étude d’un exemple local.
malgaches, lors des batailles du Chemin des (1927). Le monument du lac Anosy à Anta-
Dames (prise de la tranchée de l'Aviatik le nanarivo est le seul qui honore tous les morts A partir de ce destin individuel et proche,
5 mai 1917), de Rocourt (29 mai - 3 juin français et malgaches de la Grande Île ; mais les élèves peuvent mener des recherches pour
1918), de Dommiers (18-26 juillet 1918) sa construction s’est étalée sur plus de dix trouver des informations sur ce soldat : l’âge,
ou encore de Terny Sorny (2-5 septembre ans, entre 1924 et 1935. le grade, le bataillon et régiment d’incorpo-
1918). Ce n’est pourtant pas le seul front sur ration, la distance entre le lieu de naissance
lequel combattent les tirailleurs. Près d’un Les carrés militaires de l’île conservent ou du domicile et le lieu de recrutement, la
millier d’hommes perdent la vie hors du sol aussi les corps des soldats décédés au cours du cause du décès et sa localisation...
français, disparus en mer lors de torpillages, conflit : 250 noms figurent dans le cimetière
morts sur le front d’Orient ou en Afrique du communal d'Anjanahary, dans la capitale. Le travail des élèves peut prendre dif-
Nord. On trouve des noms malgaches dans Mais peu à peu les traces de la Grande Guerre férentes formes (biographie, exposition, « Un tirailleur de Diego-Suarez
les nécropoles de 18 pays d’Europe et de Mé- s’effacent des esprits et des paysages. A Anta- musée de classe »...) ; il peut déboucher par
diterranée, de l’Algérie à la Russie, de l’Alle- nanarivo, le nom de la rue du 12e bataillon exemple sur un carnet de guerre artistique,
magne à la Turquie. Près de 300 Malgaches malgache (Lalana Foloalindahy Malagasy), à fictif mais basé sur des faits réels, qui retra-
périssent sur le seul sol grec. Besarety, disparaît des mémoires. Les stèles cerait l’aventure du soldat originaire de la ré-
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gion dans laquelle se trouve l’établissement, reposent dans les cimetières d’Antananarivo de la tranchée de l'Aviatik. C’est justement
avec dessins, peintures, poèmes et textes. Les et de Diégo Suarez. L’opération « Une fleur à Soissons, au milieu des combats, qu’il a
classes de Primaire peuvent ainsi participer, de Madagascar » peut bien sûr être couplée passé un « fatidra », un pacte fraternel avec
dans le cadre de ce projet, au concours sco- avec l’opération « Un tirailleur de ma région les deux soldats qui lui ont sauvé la vie : le
laire national intitulé « Les petits artistes de ». vétéran MAHAKOSA, originaire de la région
la mémoire, la Grande Guerre vue par les de Tuléar et le clairon RABELAHY, de Tan-
enfants » organisé par l'Office National des Projet 3. BD : « Les naufragés du Djemnah » jombato. Les trois hommes se sont ensuite
anciens combattants et victimes de guerre retrouvés blessés ou malades à Marseille au
(ONACVG). Pour rappel, la date limite d’en- Le concours consiste à écrire un scénario Dépôt des Isolés Coloniaux et les voilà en
voi des travaux en France est fixée au 15 mai esquissé de bande dessinée (22 planches) route pour la Grande Île. Ils parlent de la
2014. à partir d’un synopsis commun. Il s’agit de guerre, de l’avenir, de leurs contacts avec les
réaliser un « story-board » à partir d’une habitants de la métropole. Le tirailleur RA-
Projet 2. Opération « Une fleur de histoire plausible, fondée sur des recherches, JAONASY, du 13e bataillon, se souvient de
Madagascar » autour d’un événement et des personnages son séjour à la Tremblade en Charente-Ma-
réels. L’équipe gagnante verra son scénario ritime à l’automne 1917. Il est fier de mon-
Le culte des morts est central dans la mis en image par le dessinateur Mamy RA- trer la carte postale qui a été réalisée à cette
société malgache. Comment les familles des HAROLAHY. occasion. Mais les hommes sont inquiets :
soldats morts et enterrés hors de l’île ont- harnachés dans des bouées de sauvetage, ils
elles pu non seulement faire le deuil de leur SYNOPSIS savent que les sous-marins allemands rôdent
proche mais l’honorer comme un ancêtre ? C’est une histoire qui ne se termine pas autour d’eux. Le 14 juillet, en ce jour de fête
bien : c’est l’histoire de toutes les guerres. nationale pour les Français, le UB105 croise
L’opération « Une fleur de Madagascar Mais une histoire peu connue, celle du nau- leur chemin au large de la Libye, au sud de
» a pour but de rentrer en contact avec des frage d’un paquebot qui voit la vie de plus la Crète. Le bateau est torpillé et coule en
élèves vivant près du lieu de sépulture où re- de 200 tirailleurs malgaches engloutie sur quelques minutes. Aucun des 5 hommes ne
pose le tirailleur originaire de la région dans leur chemin de retour. Le 7 juillet 1918, le retrouvera sa terre natale, comme près de 200
laquelle se trouve l’établissement scolaire navire à vapeur Djemnah quitte Marseille de leurs camarades.
pour qu’ils puissent envoyer à Madagascar pour Madagascar. A son bord, plusieurs cen-
une photographie de la tombe qu’ils auront taines de tirailleurs et travailleurs blessés ou Encore un grand MERCI à toutes celles
fleurie (bleuet, coquelicot, pensée...). malades qui regagnent Madagascar, après et ceux qui soutiennent ce projet et y parti-
une halte à Djibouti pour y laisser des soldats cipent actuellement. Leur nom figure à la fin
Là encore, la localisation des nécropoles somaliens. Les hommes de Diégo Suarez ou du fascicule.
et les contacts électroniques des établisse- de Tamatave connaissent bien le bateau qui
ments scolaires environnants (de même ni- les ramène chez eux. C’était un des bateaux
veau d’enseignement) sont fournis aux ensei- utilisés pour relier la France à Madagascar, Arnaud LEONARD
gnants et aux élèves. depuis que la Grande Île était devenue colo- Professeur d’histoire-géographie, Lycée
L’utilisation des TICE s’avère à nouveau nie. C’est même le Djemnah qui avait ramené Français de Tananarive
essentielle. On peut imaginer que les élèves en France le général Gallieni, une fois sa mis- Coordonnateur du projet « TIRAERA,
de la Grande Île préparent un profil Facebook sion de « pacification » accomplie. Depuis la Grande Île dans la Grande Guerre »
du tirailleur choisi, afin d’élargir le champ de que la guerre avait commencé, il servait au
leur travail et, éventuellement, d’entrer en transport des troupes. A bord, les hommes [email protected]
contact avec des personnes souhaitant don- évoquent ces mois passés loin de chez eux.
ner des informations supplémentaires sur le Le jeune RAFILOBERA dit « Rafi », rêve de
soldat. Le cas de certains tirailleurs morts rejoindre son village de Miadana, tout près
hors de France peut permettre aux élèves d’Ambatolampy. Sa fiancée l’y attend. Parmi
d’entrer en relation avec d’autres établisse- les hommes qui l’entourent, il est très impres-
ments à l’étranger, en Europe ou autour de la sionné par les hommes du 12e bataillon,
Méditerranée. Le travail peut alors être mené qui sont allés si souvent au feu ces derniers
dans plusieurs langues. En sens inverse, les mois. Le tirailleur RATSIZA pourrait être
élèves de Madagascar qui vivent près d’un son père. Il s’apprête à fêter ses 37 ans avec
carré militaire où reposent des soldats non les siens, dans son quartier d’Ankorondrano,
natifs de l’île peuvent aussi entrer en contact à Tana. Une fête au goût amer. La guerre l’a
avec les établissements des villes ou villages beaucoup marqué. Il a perdu plusieurs amis
dont sont originaires ces militaires. A titre lors de la bataille du Chemin des Dames au
d’exemple, plus de 50 soldats de la Réunion début du mois de mai 1917, lors de la prise
Portraits de tirailleurs
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L’hôpital complémentaire n°67 L’image du guerrier Sakalava,
baptisé hôpital “Annamite” issue de la conquête, perdure au
car il accueille en majorité des moins jusqu’à la fin du conflit
tirailleurs indochinois.
JAO
et ISOJAPALESA
Des Malgaches à Fréjus parmi les Sénégalais et les Indochinois
RALAIVAO
RALAIROA
et RAFIRINGA
et RAFARALAHY Au service du Génie, dans le froid hivernal de la Voie Sacrée
Dans les Balkans, en pleine épidémie de grippe espagnole
B eaucoup des soldats malgaches sont employés
aux travaux de Génie, c’est-à-dire à la construc-
titre exceptionnel, la ration d’eau-de-vie est allouée au
bataillon. A peine arrivé de sa chaude “côte de la Va-
L e 10 mars 1916, le Ministre de la Guerre est originaire lui aussi de la ville d’Ambatondrazaka. tion des infrastructures nécessaires au com- nille” sur cette “Voie Sacrée” si froide en hiver, Ralai-
décide d’envoyer le 1er Bataillon de Tirail- Les deux hommes ont 26 ans : le premier s’éteint le bat (fortifications, constructions ou réparations de vao succombe de maladie le mardi 25 décembre 1917,
leurs Malgaches, stationné en Tunisie, vers le mardi 15 octobre 1918, le second le lendemain. Mais routes, de ponts, de voies de chemins de fer...). Soit le jour de Noël. En janvier 1918, un détachement de
port grec de Mytilène. Les 4e et 5e BTM suivent le la sépulture du second n’est pas identifiée. Ralairoa, ils font partie d’unités de Génie à proprement parler, 100 travailleurs du 23e BTM est mis à la disposition
mouvement. Les Français viennent secourir l’armée lui, repose au cimetière militaire de Bitola. Sa tombe soit ils sont affectés directement à des tâches relevant du 13e Régiment de Chemins de fer américain pour
serbe, attaquée par les Allemands et leurs alliés bul- porte le numéro 2961. du Génie. C’est le cas de Ralaivao et de Rafiringa. Le la construction d’un quai à la gare de Souilly. Rafi-
gares. Le front d’Orient est fatal pour nombre de sol- Le tirailleur Rafaralahy, originaire d’Antsirabe, premier est originaire d’Antalaha, le second d’Amba- ringa est de ceux là. Il n’échappe pas à la maladie, qui
dats. Quelques Malgaches meurent pour la France en province du Vakinankaratra, est atteint par la maladie tobe, à l’est de Tananarive. Leur unité, le 23e Bataillon le terrasse le 28 février. Les deux hommes reposent à
Moldavie, une dizaine en Bulgarie, une douzaine en au même moment. Il repose lui aussi au cimetière de de Tirailleurs Malgaches, formée en octobre 1917, se Rembercourt-Sommaisne, à 10 km au sud-ouest de
Albanie et en Roumanie, une vingtaine en Turquie, Bitola ; une erreur d’orthographe s’est glissée sur sa rend à Souilly (Meuse) le mois suivant. Pendant le Souilly.
une quarantaine en Hongrie, une soixantaine en Ser- tombe, qui porte le n°316 (le h est remplacé par un k). trajet en chemin de fer, douze hommes atteints pour
bie et environ 300 en Grèce. Au total, les Balkans la plupart de paludisme ou d’affection pulmonaire E
cole primaire française d’Antalaha
concentrent plus de 12% de l’effectif malgache décé- Ecole française du lac Alaotra à sont laissés aux gares de Dijon et de Souilly. Les sol- L
ycée Français de Tananarive
dé sur terre. La grippe espagnole frappe durement les Ambatondrazaka dats sont mis à la disposition du service routier pour
armées, avec un pic au mois d’octobre 1918. Ralairoa Collège français Jules-Verne d’Antsirabe l’extraction de la pierre. En décembre, l’état sanitaire
est frappé par la maladie. Hospitalisé à Bitola, en Ma- ne s’améliore pas encore. De nombreuses affections
cédoine, le destin fait qu’il retrouve alité à ses côtés des voies respiratoires sont constatées et le nombre
le tirailleur Ratsivavy, de la même unité que lui et qui de malades est de 246 (sur un effectif d’un millier). A
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Le camp Colonel MEHOUAS, qui, accueillait le 3ème régiment de tirailleurs malgaches,
était situé entre les boulevards Militaire, Sakaramy et Etienne, et l'avenue de France.
Raoul Jules En 1927, deux ossuaires sont érigés à Majunga de chaque côté du « monument
aux soldats de l’expédition de 1895 morts pour la France » bâti sous Gallieni. Ils
MACKAU
accueillent « les ossements des soldats Européens et Indigènes morts à Majunga ».
Les monuments aux morts des soldats de taillon malgache (Lalana Foloalindahy Ma-
Madagascar et les carrés militaires lagasy), à Besarety, disparaît des mémoires.
Mort gazé à 20 ans Les stèles du marché d’Ambohimanarina,
Des monuments aux morts sont conçus près d’Alarobia, qui figurent les noms des
P
ou remaniés dans les chefs lieux de district tirailleurs de la région morts loin de chez
armi les hommes engagés nés à Madagascar, la Visitation reconverti en hôpital auxiliaire. Son lieu ou de province : Ambatolampy (1923), eux, tombent aussi dans l’oubli. Qui se sou-
certains sont d’origine française. C’est le cas de sépulture n’est pas connu ; peut-être le Service des Betafo, Fianarantsoa (1923), Diego Suarez, vient aujourd’hui, en France ou à Madagas-
du sapeur Mackau, né dans la riche plaine agri- Archives Médicales et Hospitalières des Armées en Majunga (1927). Le monument du lac Ano- car, qu’il existe un monument aux morts
sy à Antananarivo est le seul qui honore tous malgaches de la guerre 14-18 inauguré en
cole d’Anamakia, à l’ouest de Diégo-Suarez. Enrôlé a-t-il gardé une trace. Sa nationalité et sa citoyenneté les morts français et malgaches de la Grande 1925 dans le Jardin tropical du bois de Vin-
dans le 1e Régiment du Génie en 1917, l’année de françaises n’ont certainement pas suffi à rapatrier son Île ; mais sa construction s’est étalée sur plus cennes, en bordure de Nogent-sur-Marne,
ses 20 ans, il rejoint le front pour creuser et aménager corps auprès de sa famille. de dix ans, entre 1924 et 1935. dans un style inspiré de celui des tombeaux
Les carrés militaires de l’île conservent traditionnels malgaches ? Sur ce mémorial,
les tranchées ou les infrastructures de combat (obser- aussi les corps des soldats décédés au cours bâti sur l’emplacement du pavillon détruit
vatoires bétonnés...). Les sapeurs sont très exposés Lycée français Sadi-Carnot d’Antsiranana du conflit : 250 noms figurent dans le cime- de Madagascar pour l’Exposition coloniale
à l’artillerie et aux gaz de combat. Quelques mois à tière communal d’Anjanahary, dans la capi- de 1907, le texte suivant a été gravé : « 1914
peine après avoir quitté la Grande Île, il est intoxiqué tale. Mais peu à peu les traces de la Grande – 1918 Au souvenir des soldats de Madagas-
Guerre s’effacent des esprits et des paysages. car ».
et souffre de congestion pulmonaire. Il meurt à Pa- A Antananarivo, le nom de la rue du 12e ba-
ris, rue de Vaugirard, dans le couvent des Sœurs de
12 13
RAKOTO JOSEPH, CHASSEUR DE Ire allongé les bras en croix, la face ensanglan- tion des êtres et des choses... Mais voilà que Le 2e classe RAZAFINARIVO, mort à 23 ans
CLASSE. tée, ne bougeait plus ; et puis, il reconnut le devant ses yeux, surgit une vision incertaine le 21 septembre 1918, enterré à Menton, dans le
caporal vazaha, gisant sur le ventre, qui grif- d'abord, mais se précisant de plus en plus... cimetière du Trabuquet. C’est autour de ce lieu de
Rakoto Joseph, chasseur de Ire classe fait spasmodiquement le sol de ses doigts Cela se passait bien loin, là-bas, à Mada- mémoire qu’a été tourné en 2008 le documentaire
du 12e bataillon de Chasseurs Malgaches, contractés. Plus loin, trois autres chasseurs gascar... Les ramatoa repiquaient le riz dans de Sabine Rakotozafy, Tirailleurs malgaches à
était couché, comme ses camarades de la 2e étaient étendus sans mouvement... la rizière, et le zazakely de douze ans menait Menton... morts si loin.
compagnie, à l'abri d'un petit parapet, vestige Il essaya de se redresser, mais une atroce vers Tananarive la charrette aux roues mas-
d'une tranchée ancienne déjà à moitié com- douleur au ventre l'obligea bien vite à se sives attelée de grands zébus noirs... Rakoto
blée. Ah ! combien il eût été heureux d'enle- recoucher ; sa main droite tenta de palper le souriait à son pays, qu'il revoyait dans son
ver ses « kiraro », dans lesquels ses pieds de point où il souffrait, elle revint toute rouge, inaltérable splendeur... Il murmura par deux
paysan se sentaient si mal à l'aise ! (...) après avoir senti quelque chose de gluant et fois : Tsarabe, Tsarabe...
Rakoto Joseph commençait à réfléchir à de chaud... Un éclat d'obus lui avait ouvert le Tout à coup, un vacarme effroyable se ré-
l'aventure qu'il subissait. Il pensait que le jour ventre... percuta dans le chemin, sursaut de centaines
où il avait troqué son lamba contre une capote Un moment, il entendit des voix qui se de pièces de tous calibres vomissant la mort
kaki, il n'avait certes pas réalisé une brillante rapprochaient de lui : c'étaient les brancar- de leurs gueules de feu... Chasseurs mal-
opération. A vrai dire, on lui avait cependant diers d'un bataillon de la Légion étrangère. gaches, tirailleurs, zouaves et légionnaires - la
payé une prime d'engagement, lui permettant Parmi les gémissements et les plaintes que lui « Marocaine » tout entière - rejetaient pour
de rétablir quelque peu une situation de pay- arrachait la douleur à chaque mouvement, ils la dernière fois la contre-attaque ennemie
san, petit propriétaire, plutôt compromise. emportèrent Rakoto. et gardaient enfin la position si chèrement
L’allocation aiderait la famille en son absence Partout au long de sa randonnée, Rakoto conquise...
; sa ramatoa, avec quatre zazakely vivraient voyait un chemin où une foule de blessés Rakoto subit l'affolante surprise, ainsi
sans ennuis ; il avait aussi sa belle-sœur et ses étaient entassée, les uns couchés sur des bran- que ses camarades blessés... la vision s'effa-
deux petites filles à sa charge... (...) cards, d'autres à même la terre. Une plainte çait. Comme s'il eût tenté de la poursuivre, il
Soudain, un hurlement, un déchirement désolée, un gémissement d'infinie douleur fit un effort pour lever sa tête ; elle retomba
effroyable troua la nue ; la brume commen- montaient de ces corps meurtris ; des panse- inerte sur le brancard...
çait à monter du ravin, et d'un seul élan, der- ments ensanglantés jonchaient le sol, comme Rakoto Joseph, chasseur de Ire classe de
rière un barrage roulant où miaulaient lugu- des fleurs rouges et blanches, horrible flore la 2e compagnie, du 12e bataillon, était mort
brement les 75, les compagnies s'élancèrent... de ce coin d’épouvante... Il y avait là des Sé- pour la France...
Le 2e classe RAZAFIMBAMALAZA est né près
(...) Comme ses camarades, Rakoto courait, négalais, des légionnaires, des artilleurs, des Son esprit, sans doute, a rejoint celui des
de Tananarive, à Ambalavato. A l’âge de 20 ans,
haletant ; les courroies des cartouchières Américains, et des zouaves... (...) ancêtres, et plane maintenant sur la case fa-
il est enrôlé et part pour la France où il rejoint le
lui meurtrissaient les épaules... Ah ! que le Le docteur se penchait sur Rakoto, dont miliale, sur la rizière, où les ramatoa coupent
130e régiment d’artillerie lourde sous le matricule
casque était donc lourd sur sa tête, et ce fusil, on avait à grands coups de ciseaux coupé les toujours le riz, tandis que le zazakely entasse
37528. Malade, il est intégré au dépôt des isolés
qu'il balançait dans sa main droite, il l'eût vêtements. Le pansement ressemblait sur son les gerbes sur la lourde charrette traînée par
coloniaux et soigné dans une annexe du Val-de-
volontiers échangé contre une angady... Et il ventre à une grande ceinture rouge : d'une les grands zébus noirs.
Grâce, l’hôpital du jardin colonial de Nogent sur
y avait aussi ses pieds, ses pauvres pieds, qu'il horrible plaie de l'abdomen la masse intesti-
Marne, ce jardin même qui abrite le Monument
aurait bien voulu tremper comme autrefois nale s'échappait déjà tuméfiée, baignée d'une Docteur R. DARTIGOLLES, Cahiers mal-
au souvenir des soldats de Madagascar. Il repose
dans la rizière proche ! hémorragie en nappe. Le blessé était froid et gaches, Tananarive, 1937
au carré militaire du cimetière communal, à
Soudain, trois marmites arrivèrent sur la n'avait plus de pouls perceptible ; il geignait
l’emplacement noté 48.
section ; deux éclatèrent à droite, mais l'autre sans arrêt. Hochant la tête, tapotant lente-
souleva une immense masse de terre devant ment les joues de Rakoto, le médecin parla
elle. Instinctivement les chasseurs avaient doucement, très doucement : « Comment
courbé l'échine trop tard, les premiers de l'es- t'appeles-tu?
couade étaient happés par l'explosion. - Rakoto Joseph, exhala le moribond.
Rakoto eut une brusque sensation de - Bien, bien, mon vieux, je vais calmer tes
chaleur étouffante ; tout son être sembla s'an- douleurs tout de suite ». Un signe, et le capo-
nihiler... et puis, plus rien !... ral-infirmier pratiquait aussitôt une injection
Lorsqu'il reprit ses sens, le soleil était de morphine... une injection comme pour un
déjà haut à l'horizon, il faisait une chaleur riche !
accablante. En ouvrant les yeux, il se rendit Peu après, Rakoto cessa de se plaindre, il
compte qu'il se trouvait sur le bord d'un im- ressentait comme une grande béatitude après
mense entonnoir. Près de lui, son lieutenant, la piqûre du vazaha. Il perdait peu à peu la no-
14 15
Tirailleur malgache et sa femme Un camp de
travailleurs
malgaches
à la ferme
d’Haeringen.
Date :
juillet 1917.
Photographe
: Jacques Agié
©ECPAD
IMODIDY
Joseph RAKOTO et PELIKA
et BOTOMAZAVA Fauchés par la maladie dès leur arrivée sur le front
Tués à l’ennemi au Chemin des Dames L e tirailleur Pelika est originaire de Mananta-
kasy, au sud-ouest de Manakara sur l’actuelle
RN12, dans le district de Vohipeno. Recruté
à Tamatave, il rejoint en France le 14e Bataillon de
Bataillon de Tirailleurs Malgaches, 4e Compagnie
quitte son cantonnement du Var, à Bagnols-en-Forêt,
le 10 décembre 1917. Elle rejoint par voie ferrée la
Haute-Marne, où elle est mise à disposition du 5e Ré-
L e 12e Bataillon de Tirailleurs ou Chasseurs l’Aisne, puis son corps est exhumé avec d’autres sol- Tirailleurs Malgaches, 4e Compagnie. Son bataillon giment du Génie. Souffrant de pneumonie, le soldat
Malgaches est celui qui, parmi les unités dats au moment du regroupement des défunts de la quitte le camp méditerranéen de Fréjus-Saint Raphaël meurt quelques jours plus tard dans la ville de can-
malgaches, compte le plus de morts au com- région dans le Carré Indigène de la Nécropole Natio- le 12 mai 1917. On peut lire dans le Journal de l’unité tonnement du bataillon, à Saint-Dizier. C’est là que
bat (environ 275 victimes). nale de Champs, en 1934-1935. en date du 22 mai que « l’état sanitaire du bataillon se trouve sa tombe, au Carré militaire du cimetière de
La famille de Joseph Rakoto vit dans le canton Le caporal Botomazava est né à Mananjary, sur laissant à désirer, ont été prescrites diverses mesures "La Noue".
d’Andoharanomaitso, à 20 km à l’ouest de la capitale la côte est. Déclaré apte au recrutement de Tama- d’hygiène et la distribution d’une seconde couver-
du pays Betsileo. L’homme part s’engager à Antana- tave, il rejoint le 12e BTM, 4e Compagnie. Il survit ture aux tirailleurs ». Pelika succombe de « fièvre et Collège La Clairefontaine de Fort Dauphin
narivo. A peine débarqué au camp de Fréjus - Saint- à l’épreuve du 5 mai mais est tué le lendemain, « au délire » le 22 juin suivant à Retzwiller, près de son Ecole primaire française de Manakara
Raphaël, sans véritable instruction militaire, il est combat de la Ferme de la Rivière (nord-est de Vau- campement de Wolfersdorf (Haut-Rhin). Il repose
envoyé au front dans la région de Soissons, en pleine xaillon) ». Lui aussi repose à Champs, dans l’Aisne. dans la Nécropole nationale de Dannemarie, créée en
bataille du Chemin des Dames et en pleine tempête 1920 pour rassembler les sépultures des communes
de neige en ce début du mois d’avril 1917. Le 5 mai, Lycée français René-Cassin de Fianarantsoa voisines.
sa compagnie a pour mission d’enlever à l’ennemi la École Primaire Française de Mananjary Le sort du soldat Imodidy est similaire. « Fils de
tranchée de l’Aviatik. Il meurt dans l’attaque, comme Raimhaze et de Josany », il est né « vers 1891 » à
une vingtaine de compagnons malgaches ce jour-là. Antanamasy, un village à l'embouchure du Manam-
Il repose d’abord dans un cimetière communal de panihy, près de Fort-Dauphin. Son unité, le 15e
16 17
« L'aumône du tirailleur malgache. Histoire petit Malgache et voulut lui expliquer qu'il Puis il se dit. que, tout de même, si tous
vraie » était dans une église. Mais Ifetsy savait bien : les soldats qu'il avait croisés dans les rues, si
il fit un grand signe de croix, dit « catholique tous les hommes et toutes les femmes ren-
Quand les tirailleurs malgaches arri- » comme les Pères de là-bas le lui avaient contrés à travers la France, de Marseille à
vèrent à Soissons, un jour de pluie battante enseigné, et s'agenouilla. Il priait, et le calme Soissons, donnaient seulement un peu, un
qui les glaçait malgré leur lourde vareuse, du lieu, les yeux du vieux prêtre qui le regar- tout petit peu d'argent, on pourrait peut-être
Ifetsy déposa son sac au pied de la tour Saint- daient avec bonté pénétraient son petit cœur rebâtir l'église ruinée.
Jean-des- Vignes, leva la tête et jugea que sauvage et meurtri, l'apaisaient, dissipaient sa Et alors, tout mince et frêle, au milieu de
c'était haut, mais sans trop s'étonner, car de- tristesse. l'immense nef dévastée, le petit soldat mal-
puis son départ de Tananarive, il avait vu tant Puis voyant les soldats suivre une dame en gache extirpa laborieusement de sa poche
de choses bizarres en ce pays d'Europe qu'il noir qui ouvrait une porte dans le fond, il suivit une pièce de vingt sous, puis, rassemblant
avait pris le parti de s'attendre à tout. aussi et se trouva dans la grande cathédrale. tout son français et tout son courage, il glissa
Puis il alla muser par les rues, gêné par ses Tout d'abord, il ne comprit pas : le jour cette fortune dans la main de la dame en noir,
souliers, gêné par les pavés, mais redressant entrait si clair, si cru, qu'il pensa être dehors. et dit simplement : « Pour raccommoder ! »
tout de même son bout de taille pour paraître Puis il remarqua qu'il était bien dans une Pierre de La Devèze, missionnaire de
un crâne troupier. église, une église immense, rendue plus vaste Madagascar, aumônier au ....° d’inf. »
Il coudoyait des soldats de toute allure encore par les déchirures des murs laissant
et de toute tenue, tous pareillement boueux, voir le ciel. Il s'aperçut que les charpentes La Croix, 10 juillet 1917, repris dans Les pe-
lourds sous leur casque et leurs effets trempés seules restaient à la place de la voûte, et que tits cœurs sous les Lambas : Histoires vécues à
d'eau. Ils flânaient aux devantures criblées de les piliers frêles montaient droits dans le Madagascar, 1929.
fange par les automobiles, et Ifetsy roulait, vide, presque vacillants, découronnés. Il vit
au gré de ce flot, terne, cherchant à voir dans les trous d'obus, comme de grandes fenêtres
les boutiques des choses ou des fruits de son déchiquetées au travers des murs, et la dame
pays. Mais il ne vit ni bananes, ni lambas, en noir lui fit remarquer des éclats, logés ici
ni riz, ni poisson sec, et il se sentit soudain ou là dans les boiseries, dans la pierre tendre,
triste, seul, perdu loin de son île, au milieu de ou qui avaient troué les verrières : partout des
tous ces soldats : où est l'église, pensa-t-il, je statues mutilées, des tableaux crevés, c'était
vais aller prier et j'aurai du courage ! une désolation, un squelette d'église. Et le
On lui indiqua la cathédrale. Il cher- cœur de Ifetsy se gonflait : Oh ! avoir fait ça !
cha d'abord à pénétrer par le grand portail, Une si belle, une si grande église, comme
comme à Tananarive, mais tout était clos, et, jamais il n'en avait vu, bien plus belle et plus
sur la placette, parmi les arbres, d'énormes grande que la cathédrale de Tananarive qu'il
pierres, tombées des tours, s'amoncelaient. Il estimait, jusqu'alors, la suprême merveille !
trouva enfin une petite grille ouverte et entra Comme on aurait bien chanté là-dedans ! On La 4e compagnie du 13e bataillon passe l’automne 1917 en Charente-Maritime, à la Tremblade. Une série d’une douzaine de cartes
dans la sacristie ; des soldats étaient à genoux aurait pu y réunir tous les villages de l'Imerina ! postales est alors réalisée, qui montre le séjour des 95 tirailleurs dans cette bourgade. On les voit poser individuellement, à plusieurs, en
devant l'autel sauvé des ruines et installé là ; Et il calculait dans sa tête : comment fe- groupe d’ensemble ou en ordre de marche. S’amuser à chevaucher la monture du capitaine « afin de jouir un instant des prérogatives du
l'un d'eux dormait, affalé sur un banc, car il rait-on pour réparer tout cela ; une église en commandement », jouant aux cartes, « exécutant une danse indigène de leur pays », « fraternisant avec les petits Trembladais ». La légende
faisait tiède comme à la saison du riz. terre, dans les campagnes malgaches, coûte des photographies précise que ces hommes, « n’étant pas dénués d’affection », « ont presque tous des noms un peu longs », « se montrent
Un prêtre très grand, à la figure très douce déjà bien des piastres, mais celle-ci ! Com- en général très dévoués pour la France ».
sous des cheveux blancs, vint au devant du bien et combien !
18 19
L’engagement des zanatany cher, Gabriel Auguste Cazal, Adrien Desprez,
Les Français nés à Madagascar ont été François Durbec, Pierre Georges Eugène
mobilisés dans les mois qui ont suivi le début Hebmann, Antoine Lin), Majunga (Léon
de la guerre et ont rejoint pour la plupart les Claire Bellevenue, Clément Dumont, Marc
fronts européens et méditerranéens. Cer- Estèbe), Nosy Bé ( Joseph Canganapaïk,
tains sont originaires de Tananarive (Henri Eugène Auguste Alix de Cotte, Paul Léon
Camille Bazilique, Pierre Chastanier, Robert Robert) et Sainte-Marie (Henri Bonnemai-
Fergenshon). Mais la plupart vivent sur la son, Gérard Desrosiers). On trouve aussi des
côte, dans les grands ports de l’île. En tout zanatany morts pour la France à Fort-Dau-
premier lieu Diégo Suarez (Pierre Azenor, phin (Robert Bréchard), Mananjary (Pros-
Albert Joseph Augustin de Cotte, Georges per Joseph Nicol), Maintirano (Pierre Fran-
Emmanuel de Lanux, Baptiste Fossard, Fran- cis Tyan), Mahanoro (René Emmerez de
çois Jean Baptiste Harlette, Alexandre Ber- Charmoy), Sambava (Charles Guinet) et
trand Lieux, Raoul Jules Mackau, Georges Foulpointe (Maximilien Sautron).
Blessés, infirmes et « gueules cassées » RAMENA. Le 18 juillet 1918, a été Poirier, Théodore Sautron, Noël Virapin).
grièvement blessé devant Dommiers après Viennent ensuite Tamatave (Luc Ernest Bou-
Nous ne disposons que de peu de sources avoir, avec son fusil mitrailleur, infligé de
permettant d’appréhender le retour des soldats sérieuses pertes à une faction ennemie qui
à Madagascar après la guerre. Mais on peut immobilisait sa compagnie. Amputation du
penser que pour certains d’entre eux, l’après- bras gauche.
guerre n’a pas permis d’effacer les trauma- RAINISALAMA. A été très griève- Les souscriptions à l’arrière journées », celle du 75, celle des orphelins,
tismes subis pendant le conflit. C’est certaine- ment blessé le 20 juillet 1918, en se portant « Lorsque parvint la nouvelle du pre- celle des mutilés de la guerre, la journée Galliéni,
ment le cas de ces infirmes du 12e BTM ayant bravement à l’assaut des positions enne- mier Malgache tué à l'ennemi, les habitants etc., qui produisirent chacune, deux à trois
reçu la médaille militaire pour faits de guerre. mies. Cécité. du village où résidait à ce moment son père cent mille francs de recettes. Les Malgaches
VANONDAHY. Agent de liaison très (Maevatanana), édifièrent, en son honneur, apportèrent chaque fois leur concours le plus
RELAINIARIVO. Le 31 mai brave et d’un dévouement sans borne, une « pierre levée » et, pour commémorer enthousiaste, et les « ramatoas » (femmes
1918 en se portant à l’attaque des ayant assuré la liaison pendant les combats cet événement, glorieux pour Madagascar, indigènes), dans la vente des insignes, rivali-
lignes ennemies, a été très grièvement du 2 au 4 septembre 1918. A été blessé griè- ils ouvrirent une souscription spéciale et sèrent de zèle et de grâce, à la fois délicate et
blessé. Enucléation de l’œil gauche. vement à son poste le 4 septembre. Ampu- m'envoyèrent, immédiatement, une somme indiscrète, avec les femmes françaises qu'elles
tation de la jambe gauche. de 100.000 francs pour être versée aux am- s'efforçaient de prendre pour modèle. »
bulances coloniales, en même temps qu'ils Hubert-Auguste Garbit, L'effort de Mada-
adressaient 20.000 francs au général com- gascar pendant la guerre au point de vue finan-
mandant supérieur des troupes pour l'œuvre cier, économique et militaire, éd. A. Challamel,
RANJAONA
de la Croix rouge française. 1919, pp. 19-20.
Mais, en dehors de cette souscription
principale, il faut citer les nombreuses «
Blessé dans les combats du Bois du Mortier Les Français morts à Madagascar
Près de 80 soldats français sont déclarés
décembre 1883 à la Rivière des Anguilles.
Mais le plus surprenant reste la présence de
« morts pour la France » à Madagascar. La plusieurs Bretons : Eugène Louis Demet
R anjaona est né en 1880 à Majunga, dans le plupart d’entre eux sont originaires de La (Lorient), Yves Guennou (Commana près
Réunion. Une partie a été versée au Bataillon de Brest), Louis Edmond Lacoentre (Quim-
quartier Mahabibo, où se trouve le marché d’Infanterie Coloniale de l’Emyrne, basé à per) et Gabriel Mazeo (Ploumagoar près de
central de la ville. Il a 15 ans quand il voit Tananarive. Ils reposent pour la plupart au Guingamp). Ce dernier repose au cimetière
débarquer dans le port de sa ville natale les deux im- cimetière d’Anjanahary. D’autres ont rejoint d’Anjanahary (Carré militaire, Lot 38bis, al-
le Bataillon d’Infanterie Coloniale de Diégo lée 2, tombe 10), en compagnie de 230 autres
posantes brigades du corps expéditionnaire français Suarez. soldats morts dans cette même période dans
(dont un bataillon malgache), venu conquérir Tana- Les causes de leur mort sont toujours la la capitale.
narive et annexer l’île. L’événement n’a pas du man- maladie : broncho-pneumonie, dysenterie,
grippe septicémique, fièvre typhoïde, ménin-
quer de marquer son imagination. Incorporé dans le
gite cérébro-spinale, malaria...
12e BTM, il survit aux combats de mai 1917 mais est On trouve aussi un soldat de l’île Mau-
mortellement blessé dans l’attaque du Bois du Mor- rice, Lucien Emmanuel Hillarion, né le 8
tier le 21 septembre. Il repose dans la Nécropole na-
tionale de Crouy, à 4 km au nord-est de Soissons.
Collège français Françoise-Dolto de Majunga
20 21
Le monument aux morts Carte postale d’un tirailleur
malgaches de la guerre 14-18 malgache.
inauguré en 1925 dans le Jardin
tropical du bois de Vincennes,
dans un style inspiré de celui
des tombeaux traditionnels
malgaches, sur l’emplacement
du pavillon détruit de
Madagascar pour l’Exposition
coloniale de 1907.
IFRAINA
et Marcel
RAMAMONJY Eugène Auguste
Une longue hospitalisation girondine Alix DE COTTE
R ecruté à Morondava, sur la côte ouest, en
1917, Ifraïna rejoint le 20e Bataillon de Ti-
railleurs Malgaches, créé en août de la même
et l’éloignement du front ne suffisent pas à éviter la
maladie ; l’arrière aussi connaît des problèmes d’ali-
mentation, d’hygiène et de logement. Ramamonjy
Un marsouin mort dans les premiers jours de la guerre
année. Son bataillon est dissous en mai 1918 mais
Ifraïna souffre de « phtisie aigüe », une des formes de
la tuberculose. Il rejoint une autre côte ouest, celle de
l’Atlantique, pour être soigné à l’hôpital complémen-
succombe plusieurs mois après l’armistice du 11 no-
vembre 1918. Il s’éteint à l’hôpital complémentaire
n°63 à Bordeaux-Caudéran et est enterré au carré mi-
litaire du cimetière voisin des Pins-Francs, rue Sou-
L es premiers soldats nés à Madagascar qui
perdent la vie sont les Français qui s’étaient
engagés dans l’infanterie coloniale. Parmi les
4121 victimes recensées pour la colonie dans la base
de données des « Morts pour la France », le premier
du casernement des marsouins de Perpignan. Il est
donc incorporé dans le 24e Régiment d'Infanterie
Coloniale et participe aux combats de la bataille de la
Meuse, au Bois de Jaulnay. Il meurt de ses blessures le
27 août et reste sans sépulture identifiée.
taire 3 de Bordeaux et profiter des bienfaits de l’air biras.
marin. Il meurt en octobre 1918, après de longues mort, Eugène de Cotte, périt le 27 août 1914. Fils de
semaines de souffrance. Il repose au carré militaire du Ecole de l'Alliance à Morondava Jean Ephrem De Cotte (né en 1854 à Saint-André de Ecole primaire française Lamartine de Nosy Be
cimetière Bordeaux-Nord à Bruges. Ecole Bird de Tananarive la Réunion et mort en 1928 à Tamatave) et de Ma-
Marcel Ramamonjy est né « vers 1899 » à Tana- rie Eugénie Anatoline Berthe Robert (née en 1862
narive, dans le quartier d’Ambanidia. Recruté lui aussi à Saint-Benoît de la Réunion), il est né le 10 février
en 1917, son niveau d’instruction lui permet de re- 1890 à Ampasimena, sur l’îlot de Nosy Sakatia, à côté
joindre la 18e Section des Commis et Ouvriers d'Ad- de Nosy Be. A 20 ans, il effectue ses deux années de
ministration, basée à Bordeaux. Deux autres sections service militaire à Madagascar, avant d'être versé dans
accueillent des Malgaches à Marseille (15e SCOA) la réserve d'active. Il se trouve en France métropo-
et Toulouse (17e SCOA). Mais le climat girondin litaine au moment de la mobilisation générale, près
22 23
Destins croisés : Eugène Auguste Alix de Cotte et Louis Simon La bataille de Terny-Sorny (septembre un ordre parfait derrière le barrage roulant.
1918) Presque aussitôt les mitrailleuses boches se
Louis Simon est le père de l’écrivain Claude Simon. Le 25 avril 1912, il est nommé au révèlent, des hommes tombent, les vagues
2e régiment de tirailleurs malgaches et s’embarque à Marseille avec sa femme à destination « Chaque jour, les communiqués nous avancent au même pas. Chacun n’a qu’une
de Madagascar. Leur fils Claude naît à Tananarive le 10 octobre 1913. En mai 1914, la annoncent une nouvelle victoire. La carte idée : agripper l’ennemi pour ne plus le lâ-
famille retourne en France. Début août, Louis Simon est mobilisé à Perpignan, dans le 24e du front, affichée devant la mairie, marque cher. Sous le feu d’enfilade des mitrailleuses
régiment d’infanterie coloniale, aux côtés d’Eugène Auguste Alix de Cotte. Ironie du sort, de larges bandes bleues les avances quoti- allemandes, les hommes tombent en grand
les deux hommes meurent le même jour au combat dans la forêt de Jaulnay. Leur corps diennes. Le recul de l’ennemi, commencé nombre. La progression continue malgré
n’est pas retrouvé à l’armistice. Claude Simon passe toute la fin de l’été 1919 avec sa famille le 18 juillet, ne doit plus s’arrêter, et chacun tout, la section de lance-flammes du génie
à parcourir la Meuse dévastée, à la recherche de la tombe de son père, sans succès. veut aider le Boche à lâcher le terrain. Du 29 se préparant à arroser de pétrole enflammé
août au 1er septembre les Américains pro- tout Boche qui s’aventurerait à bonne por-
gressent de plusieurs kilomètres et enlèvent tée.
Juvigny ; mais ils sont épuisés et nous les Dans la nuit du 2 au 3, le bataillon reste
relevons dans la nuit du 1er au 2. sur ses positions, soumis dans des tranchées
Nous profitons de la matinée pour nous détruites, à de très violents bombardements
orienter. C’est chose facile, les Malgaches toxiques qui causent, après tant de sang, de
ont passé ici même plus de 6 mois en 1917. nouvelles pertes. Et pourtant la confiance
Pas un pli de terrain qui ne soit familier à n’a pas quitté nos hommes. On croit dur
chaque chasseur, de Juvigny jusqu’à Laffaux. comme fer à la Victoire finale ».
Ceci assure encore les hommes dans leur
confiance et leur certitude de vaincre. D’après l’Historique du 1er Régiment de
A midi, l’ordre d’engagement de la bri- Chasseurs Malgaches (ex-12e Bataillon),
gade fixe l’heure H à 14 heures. Nous de- 1920, Ed. Challamel.
vons enlever Terny-Sorny. La colonne de
gauche sera précédée de 5 chars Renault,
celle de droite disposera du même nombre.
A 14 heures, par une journée radieuse,
le bataillon sort des tranchées et part dans
RASABOTSY
« Toujours volontaire pour les missions périlleuses »
RATSIMBA et RAINIZAFI-
RATSIRAHO- NDRASOA
NAVIA De camps en camps, de Fréjus à Zeitenlick
De Tananarive à Marseille
R ainizafindrasoa est né en 1896 à Tananarive
dans le quartier d’Andranarivo et a ensuite élu
domicile à quelques pas de là dans le quar-
lick, où il succombe le dimanche 8 juillet 1917. Sa
sépulture n’est pas identifiée. Peut-être repose-t-il à
Thessalonique, au carré militaire français de la Nécro-
L es deux hommes sont nés à Tananarive, le arrondissement. Les deux hommes passent de longs tier de Betongolo. Il fait partie du « 4e Bataillon de pole de Zeitenlick.
premier, dans le quartier d’Ampefiloha, le se- mois entre la vie et la mort. Ratsimba décède en juil- Tirailleurs Malgaches subsistant au 18e Escadron du
cond à Ambohibao. Ratsimba intègre le 73e let 1918, Ratsirahonavia un an après. Leurs corps ont Train des Equipages Militaires ». Envoyé sur le front Ecole primaire française B de Tananarive
Bataillon de Tirailleurs Sénégalais tandis que Ratsi- été transférés en 1962 dans la nécropole nationale de d’Orient, il débarque au port de Salonique, qui sert de
rahonavia est versé au Dépôt Commun des Forma- Luynes, au sud d'Aix-en-Provence. base aux Alliés, mais est entouré de dépressions ma-
tions Indigènes. Ratsimba est atteint de tuberculose récageuses infestées de moustiques. Les montagnes
pulmonaire et soigné à Marseille, à l’hôpital com- Ecole primaire française A de Tananarive environnantes sont constituées de gorges difficiles à
plémentaire n°83 de la Rose-Malpassé, dans le 13e Ecole primaire française C de Tananarive franchir. Les étés sont torrides, les hivers glacés. L’in-
arrondissement. salubrité des camps fait des ravages parmi les soldats
Ratsirahonavia souffre d’une autre forme de tu- : malaria, bronchite, typhoïde, scorbut, dysenterie…
berculose, le mal de Pott. Il est interné lui aussi dans Gravement malade, le soldat Rainizafindrasoa se re-
la cité phocéenne, à l’hôpital Michel-Lévy, dans le 6e trouve dans l’immense hôpital temporaire de Zeiten-
26 27
La nécropole Des soldats
nationale de du 3e BTM
Suippes déchargent un
bateau sur le
canal de Bergues
à Dunkerque,
en juillet 1917.
©BDIC
MAHAZOMORA
et RAZANAKO-
RAMIANDRISOA LONA et
RAKADAHY
Des soldats de la Marne
Thomas
RAKOTO RAPATSALAHY
Sur la rive du Rhin
R
Travailler par « 21 degrés au-dessous de zéro » apatsalahy a grandi dans le quartier de Maha- nord-ouest de la ville pour rassembler les corps de
masina, au bord du lac Anosy, à Tananarive. prisonniers de guerre exhumés des cimetières provi-
T homas RAKOTO fait partie du fameux 12e décède le mardi 12 mars 1918 à l’hôpital municipal
BTM. Il est originaire du quartier d’Ambo- de Nogent-sur-Seine puis est enterré au Carré mili-
hijatavo, près d’Ivandry, à Tananarive. Sa taire du cimetière de la ville.
fiche précise bien qu’il est « engagé volontaire pour
la guerre ». Pourtant, il ne fait pas partie de ces sol- Ecole La Clairefontaine de Tananarive
C’est un soldat assez âgé qui foule « le sol ger-
main » en ce mois de décembre 1919. Attaché, avec
une partie du 1e Régiment de Chasseurs Malgaches,
au centre de rapatriement des prisonniers de guerre
soires de camps disséminés sur le territoire allemand
et rapatriés en France.
RASAMIJALY
RADIMY Un artilleur malgache en Belgique
L
Entre Somme et Lorraine e soldat Rasamijaly est né à Tuléar en 1895. Plusieurs tirailleurs du 107e RAL sont tombés en
Il intègre au début de la guerre le Dépôt des Belgique. On peut citer Ralandy et Ramiandry, morts
R adimy a vu le jour dans le quartier d’Ant- militaire du Cimetière du Sud à Vandœuvre-lès-Nan- Isolés Coloniaux et se retrouve dans le 107e le 05/11/1918 à Waddenhock, Raboto et Rainizana-
sahabe mais a ensuite élu domicile dans le cy, avec des compatriotes comme Imb(r)ody (12e Régiment d’Artillerie Lourde, 21e Compagnie. Il suit belo, morts le 15/11/1918 à Iseghem, qui reposent
quartier d’Ambanidia. Recruté en 1916, BTM), Ramarolafy et Ravelonjohany (21e BTM). – voire devance – l’avancée des troupes. On le retrouve dans la nécropole de Chastre.
on apprend même qu’il est « engagé volontaire le donc après l’armistice en Belgique. Malade, il décède à
18/02/1916 ». Incorporé comme sapeur dans le 7e Ecole Alliance française d'Antsahabe à Iseghem, dans la province belge de Oost-Vlaanderen, Collège Etienne-de-Flacourt de Tuléar
Régiment du Génie, il tombe malade et se retrouve à Tananarive le mercredi 11 décembre 1918. Il est enterré dans le
Nancy, dans l’hôpital complémentaire n°23. Il s’éteint Cimetière militaire (Franse militaire begraafplaats) de
le dimanche 20 janvier 1918 et est enterré au Carré Zulte (Machelen), dans la tombe individuelle n°522.
32 33
Les Malgaches aux yeux des Européens, lira, dans le rapport du capitaine Bouriaud, ce imprimé, parfois en caractères italiques, dans
entre fascination et rejet qu'il faut penser de ces craintes ; on lira aussi un document officiel, qu'une dame de Lud-
les correspondances amoureuses de Gret- wigshafen pense jour et nuit à lui, l'aimera
« Dans un but de propagande générale chen qu'illustre d'ailleurs la photographie toujours, lui envoie des milliers de baisers et
contre la France, certains Allemands, qui publiée ici même. Notre ami, M. Delafosse, restera fidèle jusqu’à la mort à son unique,
ont peur des troupes coloniales parce que dans un article de La Dépêche Coloniale, du cher et bon Max. »
leurs efforts ne mordent pas sur elles, et qui 29 mars, regrette la publication intégrale de L’Afrique française, vol. 32, 1922. « Madagascar et dépendances » : le cas de l’archipel des Comores
rougissent d'être surveillés par des hommes ce document. Il comprend que le chasseur
de race dite inférieure, mettent en avant leur malgache, Max Robinson, tire quelque gloire La colonie française comprend aussi la province des Comores, avec les
crainte d'atrocités et de contamination. On de ce que tout le monde sache, pour le lire districts d’Anjouan, de Grande Comore, de Mayotte et de Mohéli. Beaucoup
de Comoriens vivent aussi sur la côte nord de l’île (exemples des soldats
N’Driakova et N’Gita). Entre 150 et 200 soldats de l’archipel figurent proba-
blement dans le registre des « morts pour la France » ; leur recensement est en
cours. La plupart d’entre eux sont recrutés soit dans les bataillons malgaches,
soit dans le 1er Bataillon de Tirailleurs Somalis formé à Majunga, le 11 mai
1916 et embarqué en deux échelons à Majunga et à Diégo Suarez. Le premier
recrutement de 1916 comprend, sur les 1700 hommes, 200 Comoriens. En
1918, le Bataillon reçoit les Comoriens du Bataillon Malgache. Comme le note
Jean RALAIMONGO (1884-1943) en valeur des colonies et pour la citoyenneté action sur deux continents, luttant à Mada- l’historique du bataillon, « la communauté de religion (musulmans) permit ce
Né à Antoebe (Madagascar), cet ancien accordée aux "indigènes". Là, il côtoie les "in- gascar et militant par l'intermédiaire de son rapprochement et donna de bons résultats ». Les Comoriens constituent alors
élève de la mission protestante, instituteur en digénophiles" français et les colonisés de tout fils, Samuel Ralaimongo, dans les organisa- une unité spéciale (3e compagnie).
1903, engagé volontaire en 1916, décide de l’Empire, en particulier René Maran, Kojo tions noires basées à Paris.
rester en France après la guerre. En contact Tovalou ou Nguyen Ai Quoc, le futur Hô Chi
avec la franc-maçonnerie et la Ligue des Minh. C'est ainsi que de juillet à décembre Philippe Dewitte, Presse et Mémoire, cata-
Droits de l'homme, Jean Ralaimongo fonde 1921 il se rend à Madagascar. Les résultats logue de l’exposition "France des étrangers,
en 1919, avec son compatriote Samuel Sté- de son enquête sont publiés dans L'Action France des Libertés", éditions Mémoire Gé-
fany, la Ligue pour l'accession des indigènes coloniale et dans Le Paria. Alors que Jean nériques, 1990, p. 127
de Madagascar aux droits de citoyen. Dans le Ralaimongo est déjà réinstallé à Madagascar,
même temps il écrit dans L'Action coloniale, sort à Paris en mai 1923 le premier numéro
journal qui milite pour le "respect de la mis- du journal Le Libéré, dont il est la directeur.
sion civilisatrice de la France", pour une mise A partir de là, Jean Ralaimongo va mener son
Un retour difficile à la vie normale pour les Je vous remercie des bons sentiments que Honorez-les comme il convient et ils au-
tirailleurs vous avez manifestés dans ces circonstances. ront à cœur de vous défendre contre ceux qui
C'est à eux encore que je fais appel en vous voudraient semer la discorde.
« Malgaches, invitant à ne pas comprendre dans une même Conformez vous toujours aux conseils et
Vous vous êtes émus à juste titre des réprobation les vrais coupables et ceux qui, aux ordres que le Gouvernement vous fera
actes de violence très graves dont se sont ren- soucieux du glorieux uniforme qu'ils portent donner par vos chefs européens et indigènes.
Un exemple de quartier comorien sur la côte nord-ouest : Ambanoro à Nosy Be
dus coupables ces derniers temps quelques ou ont porté, sont les premiers à déplorer les Ainsi seront respectées la paix publique
groupes de militaires indigènes permission- excès de leurs indignes camarades. et la justice.
naires et d'anciens tirailleurs. Les violences dont la répression est à Tananarive, le 22 novembre 1919. Le
Rassurés par les mesures immédiates l'heure actuelle rigoureusement poursuivie Gouverneur général p i. Signé GUYON »
que le Gouvernement a prises pour rétablir sont le fait de quelques égarés. N'oubliez pas
l'ordre, vous avez résolu de seconder les pou- que parmi vos enfants, vos frères et vos amis
voirs publics en vous prêtant assistance les revenus de France, il est un grand nombre de
uns aux autres en cas de trouble et d'agres- combattants héroïques et de vaillants ouvriers,
sion. dignes de votre affection reconnaissante.
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Remerciements à toutes celles et ceux qui ont bien voulu jusqu’à présent échanger autour de ces tirailleurs malgaches et apporter leur
éclairage et leur soutien au développement du projet TIRAERA, parmi eux :
Mme Yvette SYLLA, ex-Ministre chargé des Affaires Etrangères, Maître de Conférences, Docteur en Histoire
M. Michel HERON, IA-IPR d’histoire et géographie, AEFE
M. Philippe GEORGEAIS, Conseiller de Coopération et d'Action Culturelle, Ambassade de France à Madagascar
M. le Colonel Nicolas GRAFF, Attaché à la défense, Ambassade de France à Madagascar
M. Laurent POLONCEAUX, Consul général de France à Madagascar
M. Jean-François LLEDOS, Coordonnateur AEFE pour l'Océan indien
M. Denis DEKERLE, Proviseur du Lycée Français de Tananarive
Mme Agnès CARNEL, IEN Madagascar-Comores
Mme Chantal VALENSKY, Professeur agrégé d’histoire-géographie, Vénissieux
M. le Colonel Jacques RAZAFINDRANALY, Direction générale de la gendarmerie
M. Christophe DUPONT, Administrateur du site « Mémoire des hommes »
Mme Catherine SCHWARZ, Pôle Sépultures de guerre
Mme Faranirina RAJAONAH, Professeur d’Histoire, Université Paris-Diderot
M. Célestin RAZAFIMBELO, Maître de conférences, Ecole Normale Supérieure d’Antananarivo
M. Louis ESTIENNE, Professeur d’histoire-géographie, Brazzaville
M. Patrice TRAVERS, Spécialiste d’histoire statistique de la Première Guerre mondiale
M. Albert ZIEBA, Sculpteur et Professeur d’Arts Plastiques, Tananarive
Mme Marthe DAUBORD-TOUZE, Professeur d’histoire-géographie, Tananarive
M. Herifidy RASAMOELINA, Conseiller principal d’Education, Tananarive
M. Lucien RAVELOJAONA, historien, Tananarive
Mme Françoise RADAVIDSON, Professeur des écoles, Tananarive
M. Nirina RALISON, Professeur d’histoire-géographie, Tananarive
M. Franck ALIBERT, Professeur d’histoire-géographie, Antsirabe
M. Paul COUSIN, Professeur d’histoire-géographie, Majunga
M. Olivier DRAULT, Professeur d’histoire-géographie, Moroni, Comores
M. Mamy RAHAROLAHY, artiste dessinateur de BD, Tananarive
M. Alexandre BERTHON-DUMURGIER, Responsable des Systèmes de Formation à l'IECD, Tananarive
Et Mme Anna KOPROWSKA