Droit communautaire
LDEA 2/2018-2019
Chargé de cours : Mr NDIAYE
Première partie : Notions de base en droit communautaire
TRAITE : accord conclu entre Etats ou autres sujets de droit de la société internationale
en vue de produire des effets de droit dans leurs relations mutuelles.
RATIFICATION : formalité afférente à la réception d’un traité dans l’ordre juridique
interne d’un Etat donné
DROIT PRIMAIRE OU ORIGINAIRE : On appelle droit primaire ou droit originaire,
la partie du droit communautaire constituée des traités qui sont à l'origine de l'ensemble
communautaire et des actes assimilés. Il s'agit des traités "fondateurs" instituant l'organe
(Ohada, Cedeao…), les grands traités modificatifs, les protocoles annexés à ces traités, les
traités complémentaires apportant des modifications sectorielles aux traités fondateurs, les
traités d'adhésion de pays.
DROIT COMMUNAUTAIRE DERIVE : D'une manière générale, un droit dérivé est un
droit qui prend sa source dans un droit primaire ou originaire, situé au-dessus dans la
hiérarchie des normes.
L'expression droit dérivé est principalement utilisée en droit communautaire . Le droit
européen dérivé (ou droit communautaire dérivé) est constitué des actes juridiques pris par
les différentes institutions, dans l'exercice de leur compétence, en application du droit
primaire (traités fondateurs et traités modificatifs).
RENVOI PREJUDICIEL OU QUESTION PREJUDICIELLE : Etymologie de préjudiciel : composée du
préfixe pré-, du latin prae-, avant, devant et judiciel, synonyme inusité de judiciaire, du latin judicialis, relatif aux jugements, habituel dans les jugements, judiciaire.
L'adjectif préjudiciel est un terme de droit qui qualifie ce qui précède ou doit précéder un jugement, ce qui doit lui être préalable.
Exemples : une question préjudicielle, une action préjudicielle, des frais préjudiciaux.
Une question préjudicielle est une procédure qui impose qu'une question juridique apparue
lors d'un procès et qui relève, pour des raisons de compétences exclusives, d'un autre
tribunal que celui saisi pour un litige, soit jugée par cet autre tribunal préalablement au
jugement du litige principal par le tribunal saisi. Le tribunal saisi sursoit à statuer en
attendant que l'autre juridiction ait rendu son jugement.
Synonyme : renvoi préjudiciel.
Exemple : cas de la nullité d'un acte administratif soulevée pour un litige relevant d'un
tribunal civil.
EFFET DIRECT : Pour une norme du droit communautaire , le principe d'effet direct (ou
d'applicabilité directe) est la possibilité offerte à un particulier d'invoquer cette norme
directement devant une juridiction nationale, lors d'un litige. Si cette norme est utilisée
contre un Etat, on dit que l'effet direct est "vertical", si c'est contre un particulier, on dit
que l'effet direct est "horizontal". Pour une norme et lorsqu'il s'applique, l'effet direct
signifie que le droit communautaire s'impose et peut bénéficier aux particuliers sans que
les Etats membres aient eu à transposer cette norme dans leur droit national.
INVOCABILITE : L'invocabilité est la qualité de ce qui est invocable.
En droit, la notion d'invocabilité, pour une norme, est la possibilité qui est accordée aux
justiciables de l'invoquer, d'y avoir recours devant leurs juridictions.
Dans le droit communautaire, l'invocabilité signifie que le justiciable dispose de la faculté
de se prévaloir d'une norme communautaire dans les juridictions nationales sans que celle-
ci ait eu besoin d'être transposée dans le droit interne (ou droit national). Ainsi, le
justiciable peut faire sanctionner par une juridiction nationale, le non-respect du droit
communautaire par le droit national.
Si la norme communautaire est d'effet direct, c'est-à-dire applicable directement dans le
droit national, l'invocabilité peut permettre de substituer le droit communautaire au droit
national (invocabilité de substitution).
Si une norme communautaire n'est pas d'effet direct pas, il ne peut y avoir d'invocabilité de
substitution. Cependant, il est possible, du fait du principe de primauté, de l'invoquer
devant une juridiction nationale afin de faire :
interpréter le droit national, à la lumière du droit communautaire (invocabilité
d'interprétation),
réparer un préjudice dû à la violation du droit communautaire (invocabilité de
réparation),
rejeter l'application d'une norme nationale contraire à celle du droit communautaire
(invocabilité d'exclusion).
LA COUR COMMUNE DE JUSTICE ET D’ARBITRAGE : La Cour Commune de
Justice et d’Arbitrage (CCJA) de l’OHADA a été créée par le Traité de Port Louis du 17
octobre 1993 entré en vigueur en 1995 qui prévoit la nomination de 7 juges ressortissants
des Etats membres qui exercent en toute indépendance leurs fonctions au sein de la CCJA
pour un mandat de 7 ans renouvelable une fois.
Les juges sont élus, aux termes de l’article 31 du Traité, pour un mandat de 7 ans
renouvelables une fois, parmi les ressortissants des Etats parties, dans les fonctions et sous
les conditions suivantes : les magistrats ayant acquis une expérience judiciaire d’au moins
quinze années et exercé de hautes fonctions juridictionnelles ; Les avocats inscrits au
barreau de l’un des Etats parties, ayant au moins quinze années d’expérience
professionnelle ; Les professeurs de droit ayant au moins quinze années d’expérience
professionnelle
La Cour de Justice et d'arbitrage de l'OHADA est une juridiction communautaire dont la
mission est déterminée par l'article 14 du Traité.
Elle siège à Abidjan (Côte d'Ivoire).
Les pouvoirs de la CCJA:
La CCJA donne un avis préalable à l'adoption des Actes Uniformes et tranche des
différends entre les Etats quant à l'interprétation ou l'application du Traité.
En outre, la CCJA est compétente pour toutes les questions relatives à l'application des
Actes Uniformes, à l'exception des décisions appliquant des sanctions pénales. La CCJA
bénéficie d’un transfert de compétences anciennement dévolues aux juridictions de
cassation nationales, et contribue indéniablement à assurer une interprétation commune
par les juges du fond de l’espace OHADA d’un même droit substantiel communautaire
La Cour Commune de Justice et d'arbitrage est une Cour de cassation, se prononçant sur
les décisions rendues par les juridictions d'appel des Etats ou sur les décisions non
susceptibles d'appel, avec la particularité de statuer au fond sans renvoi devant une autre
juridiction.
Elle peut être saisie directement par l'une des parties à une instance devant une juridiction
nationale ou sur renvoi d'une juridiction nationale statuant en cassation. Elle organise
l'arbitrage mais n'arbitre pas elle même. Elle nomme ou confirme les arbitres, est informée
du déroulement de l'arbitrage et examine les projets de sentence.
COUR DE JUSTICE DE LA L’UEMOA : La Cour de Justice veille à l'interprétation
uniforme du droit communautaire et à son application et juge, notamment, les
manquements des Etats à leurs "obligations communautaires".
Elle arbitre les conflits entre les Etats membres ou entre l'Union et ses agents,
Elle est composée de juges, un par État, nommés pour un mandat de six ans renouvelable,
Elle siège à Ouagadougou au Burkina Faso.
LA COUR DE JUSTICE DE LA CEDEAO : Compétence contentieuse : La Cour a
compétence pour entendre les causes contre les États membres de la CEDEAO, qui ont
manqué à leurs obligations en vertu de toute loi qui est applicable dans la cour ; elle a
aussi compétence pour interpréter et appliquer les dispositions de la Charte africaine, afin
d’assurer la protection des victimes de violations des droits de l’homme.
La Cour intervient au cas des litiges entre les institutions de la Communauté et leurs
personnels; elle a aussi la compétence de traiter les cas relatifs à la responsabilité pour ou
contre la Communauté.
La Cour adjuge et fait des déclarations sur la légalité des règlements, directives, décisions, et
autres instruments juridiques subsidiaires adoptés par la CEDEAO.
Compétence consultative : La Cour rend un avis consultatif sur toute question juridique qui
nécessite une interprétation du texte communautaire
PRIMAUTE DES NORMES EN DROIT COMMUNAUTAIRE : En droit
communautaire, le principe de primauté est le principe selon lequel une norme juridique de
l'organe communautaire prévaut sur le droit national de chaque Etat membre. Si une norme
du droit national est en conflit avec une norme dudit organe, la première doit être écartée
par l'Etat membre pour que la seconde puisse intégrer le système juridique de l'Etat
membre et prendre effet.
Cette supériorité du droit européen sur les droits nationaux a été établie par une
jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), l'arrêt Costa contre
Enel du 15 juillet 1964. Elle a depuis été réaffirmée par d'autres arrêts de la Cour de
justice.
"Le juge national chargé d'appliquer, dans le cadre de sa compétence, les dispositions du
droit communautaire, a l'obligation d'assurer le plein effet de ces normes en laissant au
besoin inappliquée, de sa propre autorité, toute disposition contraire de la législation
nationale, même postérieure." (Arrêt du 9 mars 1978 de la CJUE).
DEUXIEME PARTIE : L'APPLICATION DU DROIT COMMUNAUTAIRE
L'espace communautaire ouest africain étant un espace très vaste avec différentes
organisations chacune dotée d'une juridiction commune il sera beaucoup plus judicieux
pour nous de procéder à un choix.
C'est pourquoi notre étude portera sur la cour de justice de l'UEMOA, ainsi que sur la
CCJA de l'OHADA.
En effet, l'UEMOA confie un rôle éminent dans le processus décisionnel à la
commission qui dispose d'un pouvoir d'initiative renforcé par l'obligation faite au conseil
des ministres pour la mise en échec de ce pouvoir d'initiative de statuer à l'unanimité. La
commission dispose ainsi d'un pouvoir essentiel d'initiative « législative »dans l'union.
Au sein de l'OHADA le pouvoir législatif et réglementaire des Etats membres est transféré
au conseil des ministres qui adopte les actes uniformes. L'UEMOA et l'OHADA
produisent, toutes les deux des normes immédiatement applicables (exception faite de la
directive UEMOA) et qui ont des effets directs dans l'ordre interne.
Enfin ces deux institutions affirment explicitement la primauté hiérarchique des
normes produites par l'organisation sur les nomes internes.
Mais la norme juridique n'est parfaite que si elle est assortie d'une sanction efficace
susceptible de dissuader les éventuels contrevenants. C'est pourquoi la part de plus en plus
importante prise par le droit dans les organisations d'intégrations africaines s'est
accompagné de la création d'institutions juridictionnelles chargées d'interpréter de manière
uniforme le droit communautaire
L'UEMOA et l'OHADA ont donc créé des juridictions communautaires dont l'objet est de
contribuer à l'effectivité du droit crée par chacune de ces organisations.
Il faut cependant, relever de très profondes différences entre les juridictions créées au sein
de ces organisations.
La cour de justice de l'UEMOA est une juridiction permanente dotée de fonctions
juridictionnelles et consultatives. Au plan juridictionnel, la cour connaît du contentieux de
la déclaration et du contentieux de l'annulation.
Le contentieux de la déclaration recouvre le recours en manquement des Etats ouverts aux
Etats membres et à la commission et le renvoie préjudiciel en interprétation. Le recours
préjudiciel en interprétation est déclenché par une juridiction nationale ou une autorité à
fonction juridictionnelle statuant dans un litige suscitant l'application d'une norme
communautaire. Il est obligatoire pour les juridictions nationales statuant en denier ressort
et facultatif pour les autres. Le contentieux d'illégalité soulevé lors d'un litige et enfin le
recours préjudiciel en validité d'un acte émanant des instances de l'union.
Au-delà de ces considérations théoriques, il importe de savoir comment œuvrer à ce que
le droit communautaire ne soit pas pour les particuliers une séduisante mais lointaine
abstraction mais une réalité concrète ou tangible et, par conséquent, créatrice de droits. La
réponse à cette interrogation conduit à s'intéresser à la question de l'effectivité du droit
communautaire et partant à celle des garanties, notamment juridictionnelles, aménagées
pour en asseoir son « autorité ».
Face à cette tâche ardue, l'analyste ne dispose pas de beaucoup d'éléments solides et
connus tirés de la pratique judiciaire ouest-africaine.
L'application pose plusieurs problèmes. Deux d'entre eux seront examinés : d'une part, les
relations de collaboration entre juge national et juge communautaire (Chapitre I), d'autre
part celles conflictuelles (Chapitre II).
Chapitre I : Les relations de collaboration entre juge
communautaire et juge national.
Ce serait une grave erreur de penser que l'application du droit communautaire incombe
exclusivement aux juridictions communautaires dont se dotent les Etats membres. Au
contraire, cette application incombe d'abord aux juridictions nationales qui se voient ainsi
reconnaître un rôle essentiel dans la mise en œuvre du droit commun notamment par la
reconnaissance d'une compétence communautaire (Section I). Mais la mise en œuvre du
droit commun par les juridictions nationales auxquelles elles n'étaient pas destinées au
départ doit faire l'objet d'encadrement par les juridictions communes (Section II).
Section 1 : La compétence communautaire des juridictions nationales
Les juridictions nationales sont compétentes pour trancher les litiges dans lesquels le droit
communautaire est applicable. C'est en ce sens qu'elles ont une compétence
communautaire. Pour une juridiction, la compétence est en effet « l'ensemble des affaires
dont cette juridiction a vocation à connaître ».
Les juridictions nationales connaissent de différends qui ont une dimension
communautaire, en ce sens que le droit communautaire est applicable pour trancher ces
différends.
Les juridictions nationales alors même qu'elles détiennent leur pouvoir de juger de leur
ordre juridique étatique, se voient donc confiées une compétence communautaire qui se
manifeste par l'application du droit communautaire par le juge national (Paragraphe I).
Cette compétence est protéiforme : le doit communautaire peut, soit être la cause de
l'action en justice, soit constituer un moyen invoqué à l'appuie ou à l'encontre d'une
demande fondée sur le droit national. Ce qui réunit ces différentes hypothèses, c'est
l'obligation pour la juridiction nationale de faire appel à la règle communautaire afin
d'apporter une solution au litige d'où une courroie de transmission vers la juridiction
communautaire (Paragraphe II).
Paragraphe I : L’application du droit communautaire par le juge national
L'application du droit communautaire est avant tout et pour tout l'œuvre des
juridictions nationales. Cette observation pourra se vérifier en ce qui concerne le droit
produit par l'UEMOA et l'OHADA. Cette application du droit commun par le juge
national s'est en outre accompagnée d'une reconnaissance de l'autonomie institutionnelle à
l'Etat membre afin de faciliter le travail du juge national mais aussi des justiciables,
cependant il faut noter que pour s'assurer d'une application adéquate du doit commun par
le juge national, cette autonomie souffre d'un certain nombre de limites.
1. Les normes produites par l'UEMOA (règlements et directives transposées dans le
droit national) sont appliquées par les juridictions nationales dans tous les litiges
suscitant l'application d'une de ces normes.
Il en est de même pour les actes uniformes de l'OHADA. Les cours et tribunaux nationaux
sont ainsi les institutions agissant «en première ligne» dans l'application du droit
communautaire. L'UEMOA et l'OHADA reconnaissent ainsi une autonomie
institutionnelle aux différents Etats dans la sanction du droit commun. Cette autonomie
institutionnelle signifie la reconnaissance du pouvoir des Etats membres de répartir les
compétences entre leurs différents organes juridictionnels. En d'autres termes, il appartient
aux différents Etats d'organiser les compétences et les procédures destinées à sanctionner
le droit communautaire ou commun et notamment à sanctionner les droits que les
particuliers peuvent tirer de l'effet direct des normes communautaires. En assurant
l'application du droit communautaire, les institutions juridictionnelles nationales font ainsi
l'objet d'une « communautarisation ». Cette décentralisation de la sanction du droit
communautaire doit cependant être soumise à un certain contrôle, faute de quoi
l'application de ce droit pourrait être compromise. Ceci implique que l'autonomie
institutionnelle relevée ci-dessus a une portée limitée.
2. La première limite tient aux recours et procédures destinés à sanctionner
l'application du droit commun. Certes, les Etats sont libres d'organiser ces recours
et procédures, il ne faudrait pas cependant que cette liberté rende impossible en
pratique la sanction du droit communautaire. La jurisprudence de la Cour de justice
de la CDEAO est à cet égard éclairante. Dans l'arrêt rendu le 29 juin 2018 dans
l'affaire Khalifa SALL, la juridiction communautaire précise que « Sa détention,
pendant la période qui a suivi son élection en qualité de député et s’est écoulée
jusqu’à la date de levée de son immunité parlementaire, est arbitraire ». ».
La deuxième limite tient à la nécessaire application uniforme du droit commun. Il est à cet
effet nécessaire d'organiser un contrôle de l'application du droit communautaire ou
commun. L'efficience du droit commun serait en effet gravement compromise si son
interprétation était intégralement abandonnée au pouvoir d'interprétation des organes
juridictionnels nationaux. Il faut sur ce point, relever que les procédures de contrôle
destinées à assurer l'application uniforme du droit commun dans les Etats membres sont
profondément différentes dans l'UEMOA et dans l'OHADA. Cette divergence trace à notre
avis, la limite entre relations de collaboration et relations potentiellement conflictuelles
entre juridictions nationales et juridictions communautaires. L'implication des juridictions
nationales dans la mise en œuvre du droit commun se manifeste également par le relais
dont ils font office envers la juridiction commune.
Paragraphe II : La courroie de transmission vers la juridiction communautaire
La juridiction nationale a beau être la juridiction de droit commun en matière
communautaire, il n'en demeure pas moins que le juge communautaire joue un rôle
essentiel dans l'application du droit commun. Mais cela n'enlève en rien la compétence
accordée au juge national en matière communautaire car le juge national s'érige en une
courroie de transmission pour atteindre le juge communautaire à charge d'interpréter le
doit commun à travers le recours préjudiciel. Le juge national constitue une courroie de
transmission en ce sens que l'initiative du recours appartient au juge national ou à une
autorité à fonction juridictionnelle. Mais pour un droit commun homogène, les arrêts ou
avis de la juridiction nationale bénéficie d'une autorité renforcée à l'égard des juridictions
nationales.
1. Le recours doit émaner d'une juridiction nationale ou d'une autorité à
fonction juridictionnelle.
L'opportunité de la demande de renvoi appartient à la juridiction nationale qui peut la
refuser malgré la requête de l'une des parties ou qui peut l'introduire malgré l'opposition
d'une partie. De même, il n'appartient pas à une partie de compléter la question qui serait
posée par le juge. Les juridictions disposent donc à la fois d'un monopole et d'une liberté
d'appréciation dans l'exercice du recours préjudiciel. Ceci implique que le recours
préjudiciel n'est pas une voie de recours dont les justiciables peuvent user. Toutefois, dans
la pratique judiciaire européenne, il arrive fréquemment que ce soit les avocats des parties
qui soulèvent un moyen tiré de l'application d'une disposition de droit communautaire, qui
démontrent la nécessité d'utiliser le recours préjudiciel et qui, parfois, formulent ou
contribuent à la formulation de la question posée à la juridiction communautaire. La liberté
dont jouissent les juridictions nationales dans l'exercice du recours préjudiciel est toutefois
limitée s'il s'agit de juridictions statuant en dernier ressort.
Dans un tel cas, la juridiction est tenue de saisir la Cour s'il se pose une question de droit
communautaire dans le traitement du litige dont la juridiction nationale est saisie. Cette
distinction entre juridictions tenues de saisir la Cour et juridictions disposant de la faculté
de saisir la Cour si elles l'estiment nécessaire permet de rencontrer les deux objectifs
suivants : préserver l'unité d'interprétation du droit communautaire et éviter
l'encombrement du prétoire de la juridiction communautaire. L'obligation de saisir la Cour
pour les juridictions statuant en dernier ressort disparaît si la question qui devrait être
posée au juge communautaire a déjà fait l'objet d'une jurisprudence de la Cour. Ceci
suppose qu'un litige identique ou similaire à celui posé devant la juridiction nationale a
déjà fait l'objet d'un recours préjudiciel ayant suscité une question matériellement
identique à celle que poserait la juridiction nationale. De même, le renvoi préjudiciel ne
doit pas être pratiqué si la question d'interprétation du droit communautaire soulevée par
l'une des parties devant le juge national n'est pas pertinente, c'est-à-dire que cette question
ne peut avoir aucune influence sur la solution du litige. La juridiction nationale est tenue
d'exposer les motifs pour lesquels la saisine de la Cour est nécessaire à la solution du litige
et les éléments de fait et de droit du litige. Elle joint au recours les pièces pertinentes du
dossier. La juridiction communautaire peut, dans le traitement de l'instance, demander des
informations et renseignements aux parties, aux Etats membres aux organes de l'Union
mais elle ne peut pas ordonner des mesures d'instruction, lesquelles relèvent du juge
national. Le recours préjudiciel ainsi porté devant le juge communautaire aboutit de la part
de ce dernier à la prise d'une décision dont le juge communautaire ne peut occulter le
caractère de la chose jugée.
2. L'unité d'interprétation du droit communautaire
Cela constitue l'objectif essentiel du recours préjudiciel serait gravement compromise
si les arrêts de la juridiction communautaire ne s'imposaient pas au juge national. C'est la
raison pour laquelle l'arrêt de la Cour de justice s'impose à la juridiction nationale qui doit,
par conséquent, se conformer à la réponse fournie par la Cour et à l'interprétation qu'elle
donne du droit communautaire. La procédure de contrôle de l'application du droit
communautaire par les juridictions nationales au sein de l'UEMOA laisse apparaître une
relation de collaboration entre les juridictions nationales et la juridiction communautaire.
La Cour de justice de l'UEMOA ne dispose pas du pouvoir d'invalider ou d'annuler les
décisions des juridictions nationales, même lorsque l'application du droit communautaire
est en cause. Pas plus qu'elle ne dispose du pouvoir de censurer les décisions des cours et
tribunaux nationaux, la Cour ne tranche les litiges. Les litiges sont exclusivement tranchés
par les juridictions nationales même lorsque le dénouement de celui-ci requiert
l'application d'une ou de plusieurs normes de droit communautaire. La Cour intervient
dans le cadre d'un litige tranché par le juge national pour fournir à celui-ci des indications
sur le droit communautaire auxquelles le juge national est tenu de se conformer. La
relation établie par le recours préjudiciel est ainsi à la fois une collaboration et une
complémentarité. Il n'est pas question pour la juridiction communautaire de contrôler
l'application du droit en se substituant aux organes juridictionnels nationaux par contre elle
veille à travers ce mécanisme de la question préjudicielle à encadrer correctement la
compétence des juridictions nationales.
Section II : L’encadrement de la compétence des juridictions nationales par le juge
communautaire.
En raison de la spécificité de l'ordre juridique communautaire, dont les
caractéristiques ont été dégagées par les juridictions communautaires, l'ensemble du droit
communautaire est en effet non seulement valable en tant que tel dans les ordres juridiques
des Etats membres, il est également supérieur à toute norme nationale contraire. C'est en
fonction de cette spécificité que les juridictions nationales doivent appliquer la norme
communautaire.
Mais dans leur mission, les juridictions nationales se trouvent encadrées à travers la
compétence préjudicielle des juridictions communautaires qui peuvent être amenées à se
prononcer tant sur la validité d'un acte du droit dérivé que sur l'interprétation de toute règle
communautaire. L'encadrement de la compétence des juridictions nationales apparaît ainsi
au service non seulement de l'unité du droit communautaire (paragraphe I), mais
également à la protection juridictionnelle des particuliers (paragraphe II)
Paragraphe I : L’encadrement de la compétence des juridictions nationales au
service de l’unité du droit communautaire.
L'idée d'unité du droit communautaire traverse l'ensemble de la jurisprudence des
cours de justice communautaires et tout particulièrement, celle relative à l'application du
droit communautaire par les juridictions nationales. C'est ainsi que les principes
d'immédiateté et de primauté trouvent un de leurs fondements dans la nécessaire unité
d'application du droit communautaire.
Les renvois en interprétation et en appréciation de validité reposent tous les deux sur la
nécessaire application du droit communautaire.
L'encadrement de la compétence des juridictions communautaires à travers la compétence
préjudicielle des cours de justices communautaires est au service de l'unité du droit
communautaire. Ainsi, en permettant aux cours de justice de connaître à titre préjudiciel
de toutes les normes communautaires, fait de cette dernière une condition de l'unité du
droit communautaire (A). Avec l'obligation de renvoi qui pèse sur les juridictions
suprêmes, cette dernière élève les cours de justice communautaires en garante de l'unité du
droit communautaire devant les juridictions nationales (B).
1. La compétence préjudicielle des cours de justice
Cela constitue une condition de l'unité du droit communautaire, grâce à une
interprétation extensive de la catégorie des normes communautaires qui peuvent faire
l'objet d'un renvoi en interprétation de validité. Il convient ainsi de souligner qu'en vertu
du principe de l'immédiateté du droit communautaire, le renvoie préjudiciel ne peut être
subordonné à une quelconque condition d'effet direct. Le juge national peut donc
demander à la cour de justice communautaire d'interpréter ou d'apprécier la validité d'une
norme communautaire dépourvue d'effets directs.
La compétence préjudicielle des cours de justice semble à cet égard comme une condition
de l'unité du droit communautaire. Mais ce rôle est d'autant plus renforcé qu'il pèse sur les
juridictions nationales statuant en dernier ressort une obligation de renvoi, la cour de
justice sont ainsi garante de l'unité du droit communautaire.
2. L'article 12 du protocole additionnel n°1 de l'UEMOA introduit une distinction
entre les juridictions nationales dont les décisions ne sont pas susceptibles de
recours juridictionnel de droit interne et les autres.
Selon cet article « La Cour de justice statue à titre préjudiciel sur l'interprétation du traité
de l'Union, sur la légalité et l'interprétation des actes pris par les organes de l'Union, sur la
légalité et l'interprétation des statuts des organismes créés par un acte du Conseil, quand
une juridiction nationale ou une autorité à fonction juridictionnelle est appelée à en
connaître à l'occasion d'un litige. Les juridictions nationales statuant en dernier ressort sont
tenues de saisir la Cour de justice. La saisine de la Cour de justice par les autres
juridictions nationales ou les autorités à fonction juridictionnelle est facultative ». Outre
cet idéal de garantir l'unité du droit commun, le juge commun s'emploie également à
garantir la protection des particuliers.
Paragraphe II : L’encadrement de la compétence des juridictions nationales au
service de la protection juridictionnelle des particuliers.
L'encadrement de la compétence des juridictions nationales par les juridictions
communautaires s'illustre également par la protection des particuliers. En effet, cette
protection se manifeste par le contrôle de légalité des actes à travers le renvoi en
appréciation de validité mais aussi par le contrôle de légalité à travers le renvoi en
interprétation.
1- Les institutions juridictionnelles communautaires accordent une importance particulière
au contrôle de la légalité des actes communautaires par le biais du recours préjudiciel et
c'est ainsi qu'elles sont reconnues compétentes pour juger de la validité de toutes sortes
d'actes communautaires. Elles se sont également arrogé le droit du monopole de la
déclaration d'invalidité d'un acte communautaire en déniant un tel pouvoir au juge
national.
Ce monopole a été posée par la CJCE dans l'arrêt foto-frost en affirmant que « les
juridictions nationales ne sont pas compétentes pour constater elles mêmes l'invalidité des
actes des institutions communautaires. En rendant une telle décision, la cour de justice
européenne donne une suite favorable aux vœux d'une grande majorité de la doctrine.
Cette compétence conduit à restreindre sensiblement la compétence communautaire des
juridictions nationales. Une des fonctions de la question préjudicielle est selon le
professeur Gautron, « de permettre en quelque sorte en un rattrapage de l'étroitesse des
conditions d'accès des particuliers (personnes physiques ou morales) au recours en
annulation. Il s'y ajoute également le contrôle de légalité par le renvoi en interprétation
afin de garantir l'application de la bonne disposition aux particuliers.
2- L'encadrement de la compétence des juridictions nationales en vue de la protection des
particuliers est également assuré par le renvoi en interprétation devant les juridictions
communes. La possibilité offerte aux juridictions communes de participer indirectement
par le renvoi en interprétation, au contrôle de conformité de la norme nationale au droit
commun a été posé par la CJCE dans les arrêts van Gend en Loos et Costa /Enel.
Lors de l'affaire van Gend en Loos, les deux gouvernements intervenants et
l'administration fiscale néerlandaise avaient soulevé une exception d'irrecevabilité pour
faire constater par la cour les violations du droit communautaire commises par les Etats
membres. De façon analogique, le gouvernement italien avait dénié au juge national le
privilège de procéder à un renvoi en interprétation lorsque se posait devant lui une
question de compatibilité entre le droit national et le droit commun. La cour avait rejeté cet
argument qui conduisait à supprimer toute protection juridictionnelle directe des
particuliers.
En articulant la compétence préjudicielle autour de l'unité du droit communautaire et de la
protection juridictionnelle des particuliers et en démontrant leur indépendance, la cour de
justice a ainsi fortement mis en valeur sa propre compétence. Avec ce mouvement, la cour
de justice a voulu renforcer l'efficacité de son interprétation. Elle ne prétend donc pas être
l'auxiliaire des juridictions nationales dans le cadre de leurs compétences communautaires,
elle entend strictement enserrer cette compétence du juge communautaire de droit
commun dans le cadre du mécanisme préjudiciel. A première vue il apparaît clairement
une tendance très remarquée de collaboration entre les juridictions nationales et les
juridictions communautaires, mais il faut noter qu'avec le mécanisme original de
substitution de compétence imaginé par l'OHADA à travers la CCJA, les relations peuvent
revêtir un caractère conflictuel.