CHAPITRE II : LA POLICE ADMINISTRATIVE
Depuis la fin du 18ème siècle, l’Etat est investi d’une fonction globale
d’organisation de la société. A ce titre, il doit assurer le respect des règles de
discipline collective exigées par la vie sociale.
La police administrative (PA) désigne l’ensemble des interventions de
l’administration qui tendent à imposer à la libre administration des
particuliers, la discipline exigée par la vie en société dans le cadre tracé par
la loi.
L’accent sera mis sur la notion de PA (Section 1) sur les différentes autorités
compétentes en matière de police administrative (Section 2) et sur le régime
juridique applicable à la police administrative (Section 3).
SECTION 1 : La notion de police administrative
La police administrative peut être définie par son objet (paragraphe 1) mais
pour mieux la comprendre, il convient de distinguer entre les différentes
catégories de police qui existent. Ainsi, il faut marquer la différence entre
police administrative et police judiciaire (paragraphe 2) mais aussi entre
police administrative générale et police administrative spéciale
(paragraphe 3)
PARAGRAPHE 1 : L’OBJET DE LA POLICE ADMINISTRATIVE
La Police administrative a pour objet l’ordre public. Il convient alors de
dire ce que signifie l’ordre public. Il existe une définition classique selon
laquelle l’ordre public recouvre une trilogie (A). Mais la notion connaît
aujourd’hui une extension limitée (B).
A) LA DEFINITION CLASSIQUE DE L’ORDRE PUBLIC
Selon l’article 119 de la loi N° 2013-10 du 28 décembre 2013 portant
Code général des collectivités locales du Sénégal, la police municipale a
pour objet « le bon ordre, la sureté, la tranquillité, la sécurité et la salubrité
publique ».
Ce texte s’inspire de la loi française du 5 avril 1884 selon laquelle l’ordre
public comprend 3 composantes : TRANQUILLITE, SECURITE ET
SALUBRITE.
Ces différents textes évoquent une police administrative municipale, c’est-
à-dire une police administrative générale confiée au maire.
Dans un arrêt célèbre en date du 8 Août 1919, LABONNE, le Conseil d’État
a reconnu des pouvoirs de police administrative générale aux autorités
centrales fondé sur les mêmes composantes.
Maurice HAURIOU remarque que l’ordre public est « un ordre matériel et
extérieur ». L’accent sera mis sur les trois composantes
1) la sécurité publique : elle consiste à prévenir ou à faire cesser les risques
susceptibles de causer des dommages aux personnes et aux biens.
2) La tranquillité publique évoque la lutte contre les désordres ou troubles
liés par ex aux manifestations publiques.
3) la salubrité publique consiste à protéger l’hygiène et la santé publique
par exemple en règlementant le ramassage des ordures ou en édictant des
mesures visant la prévention des épidémies et pollutions de toute nature.
Cette trilogie classique connait un élargissement limité.
B) L’ELARGISSEMENT DE LA TRILOGIE
La jurisprudence administrative a ajoutée aux composantes classiques de
l’ordre public déjà évoquées d’autres éléments.
Dans la décision du CE 18 décembre 1959, Sté LES FILMS LUTETIA, le
juge admet qu’un maire pouvait légalement interdire dans sa commune la
projection d’un film dès lors que la représentation est susceptible d’entrainer
des troubles sérieux.
Il faut noter que ce qui est en cause ce n’est pas l’immoralité du film mais le
fait qu’il puisse causer des troubles sur la voie publique. Ensuite, le juge
administratif a considéré que le respect de la dignité de la personne humaine
fait partie des composantes de l’ordre public (Voir Conseil d’État ass., 27
octobre 1995, Commune de Morsang-sur-Orge).
Cette finalité étendue de l’ordre public permet de distinguer la police
administrative générale (PAG) de la police judiciaire (PJ).
PARAGRAPHE 2 : LA DISTINCTION ENTRE POLICE ADMINISTRATIVE
GENERALE ET POLICE JUDICIAIRE
Cette distinction est établie sur la base d’un critère (A) fondé sur l’objet ou le
but poursuivi et la distinction a une portée importante au plan juridique (B).
A) LE CRITERE DE LA DISTINCTION
La distinction entre PAG et PJ ne peut être faite à partir d’un critère
organique parce que ce sont les mêmes autorités qui peuvent détenir à la
fois les pouvoirs de police administrative et des pouvoirs de police
judiciaire. Dès lors, le critère de distinction entre les deux types de police
est fondé sur le but en vue duquel les autorités de police ont agi.
La Police Judicaire tend à réprimer une infraction pénale et cette tâche
relève de la fonction judiciaire.
La Police Administrative Générale, quant à elle, tend à prévenir les
troubles et à préserver l’ordre public. Toutefois, ce critère, en apparence
clair, peut être difficile à mettre un œuvre pour deux raisons au moins :
D’abord ce sont les mêmes personnels de police et de gendarmerie qui sont à
la fois autorités de PA et autorités de PJ. Ainsi une opération de police
initialement administrative peut sur le terrain se transformer en opération
judiciaire. Dans ce cas, le juge recherchera quelle est l’opération dominante.
Ensuite, si la Police administrative est fondée sur la prévention, et la
Police judiciaire sur la répression, peut-on dire qu’il existe une opposition
fondamentale ?
En réprimant le comportement d’un délinquant, il est possible d’affirmer que
la PJ rejoint la PAG parce qu’elle contribue à la prévention de l’ordre public
qui pourrait résulter de l’absence de sanction pénale. De même, l’interdiction
de certaines manifestations par la PAG pour prévenir des troubles peut
aussi revêtir un caractère répressif.
C’est sans doute à cause de ce lien étroit que le critère de distinction entre
PAG et PJ est donné par le juge en privilégiant une approche casuistique.
Dans l’arrêt BAUD rendu par le CE le 11 mai 1951, une personne a été
mortellement blessée au cours d’une opération de police mise en œuvre pour
rechercher un malfaiteur. Le juge considère que les mesures prises par
l’administration correspondent à des activités de PJ dès lors que les
décisions ou les opérations en cause sont en relation avec une infraction
pénale.
En revanche, dans une seconde décision rendue par le Tribunal des
Conflits le 7 juin 1951, NOUALEK, le juge adopte une démarche a
contrario en indiquant que les opérations qui ne sont pas en relation avec
une infraction pénale déterminée relève de la police administrative.
Cette distinction entre PAG et PJ a une portée juridique utile
B) LA PORTEE DE LA DISTINCTION
C’est surtout au regard du juge compètent pour connaitre des litiges nés des
opérations de PA ou de PJ que la distinction a son importance en droit.
Dans un système de dualité de juridiction, la PA relève, en principe, du juge
administratif.
Dans un système d’unité de juridiction tel que celui adopté au Sénégal, la
police administrative relève du contentieux administratif.
Il revient au juge administratif d’annuler une décision de PA (autorisation
ou un refus de donner une autorisation).
C’est aussi le juge administratif qui est compétent pour connaître de la
réparation des préjudices pouvant résulter des opérations de PA.
En revanche, les litiges issus des opérations de PJ relèvent de la
compétence des tribunaux judiciaires ou du contentieux de droit commun
(Sénégal) devant lesquels sont portés les actions en dommages et intérêts
exercées par les victimes d’opérations de PJ.
Enfin, il faut remarquer que la PJ est une activité exclusivement prise en
charge par l’État tandis que la police administrative est exercée soit au nom
de l’État, soit au nom d’une personne morale de droit public.
Si la police administrative générale se distingue de la police judiciaire, elle se
distingue aussi de la police administrative spéciale.
PARAGRAPHE 3 : LA DISTINCTION ENTRE Police Administrative
Générale ET Police Administrative Spéciale
Rappelons que la PAG consiste en un pouvoir de prendre toute mesure
applicable à l’ensemble des individus présent sur un territoire
déterminé, destinée à préserver l’ordre public.
A l’inverse, les polices administratives spéciales (PAS) n’existent qu’à partir
du moment où un texte les prévoit expressément. Les deux polices ont, en
commun, d’être des activités de surveillance visant le maintien de la paix
sociale.
Mais, alors que la PAG a pour mission la protection de l’ordre public, les
PAS ne poursuivent que les buts qui leurs sont assignés par les textes qui
les créent. Le caractère spécial résulte du fait que le domaine d’intervention
d’une PAS est strictement délimité.
En définitive, deux éléments essentiels permettent de distinguer les deux
types de polices : il s’agit du but poursuivi (A) et de l’organe compétent (B).
A) LA DISTINCTION FONDÉE SUR LE BUT
Les PAS ont la caractéristique de ne pas avoir pour objet les composantes de
l’ordre public. Elles s’appliquent en effet à certains lieux (monuments
historiques, gares, aérodromes, édifices menaçant ruine), à certaines
activités telle que la chasse (CS, 25 août 2009, Serigne Babacar Seck), la
pêche, le cinéma, l’internet, le spectacle, etc. ou à certains individus tels que
les étrangers, (CS, 13 décembre 2010 Gil Louis Léon Malvielle)
B) LA DISTINCTION FONDÉE SUR L’ORGANE COMPÉTENT
Les autorités compétentes en matière de police administrative spéciale sont
différentes de celles qui ont en charge de la police administrative générale.
Ce sont les textes qui fondent les polices spéciales qui reconnaissent à des
autorités qui ne sont pas compétentes en matière de PAG des attributions
pour exercer des pouvoirs de police spéciale.
En général le ministre chargé de l’intérieur exerce la police des étrangers
tandis que son collègue des transports assure la police des aéroports ou des
chemins de fer.
Section 2 : LES TITULAIRES DU POUVOIR DE POLICE
Rappelons que la police administrative a pour objet de régir le comportement
des particuliers en vue de poser des limites indispensables à la vie sociale.
Les autorités de PA sont alors les autorités qui ont reçu compétence pour
édicter les mesures visant cet objet.
L’aménagement de la police administrative permet de distinguer entre les
autorités chargées de la PAG (paragraphe 1) et les autorités de police
administrative spéciale (paragraphe 2), ce qui donne lieu à des concours de
police (paragraphe 3).
PARAGRAPHE 1 Les titulaires de pouvoirs de police administrative
générale
Les pouvoirs de PAG sont détenus soit par les autorités centrales (A), soit
par les autorités locales (B).
A- LES AUTORITES CENTRALES
Il s’agit au Sénégal des autorités nationales : le Président de la République
(1), le Premier ministre (2) et les ministres (3)
1) Le président de la République
Aux termes de la Constitution de 2001, l’exécutif sénégalais est bicéphale. Le
président de la République dispose d’un pouvoir réglementaire autonome et,
à ce titre, il est investi d’un pouvoir général en matière de PA.
En France, c’est la jurisprudence Labonne, 8 Août 1919 qui reconnait qu’il
« appartient au chef de l’État, en dehors de toute disposition législative et en
vertu de ses pouvoirs propres, de déterminer celles des mesures de police
qui doivent en tout état de cause être appliquées dans l’ensemble du
territoire ». Le président de la République dispose donc d’un pouvoir
réglementaire autonome.
2) Le Premier ministre
L’article 57 de la Constitution affirme que le Premier ministre dispose de
l’administration et nomme aux empois civils déterminés par la loi. Il assure
l’exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire sous réserve du
pouvoir reconnu au président de la République.
La Constitution détermine les domaines de compétence de la loi et du
règlement. Le PM dispose du pouvoir d’exécution des lois et le maintien de
l’ordre public crée les conditions favorables à cet effet.
3) Les ministres
Les pouvoirs reconnus au président de la République (PR) et au Premier
ministre (PM) en matière de police administrative ne sont pas étendus aux
ministres qui ne disposent pas, en principe, de pouvoir autonome pour
prendre des mesures de police ayant une portée nationale. Toutefois, les
ministres peuvent recevoir délégation du PR ou du PM pour exercer des
pouvoirs de police générale.
Le ministre de l’intérieur joue un rôle important en matière de police parce
qu’il est le supérieur hiérarchique des personnels de police et des autorités
déconcentrées (gouverneur, préfet, sous-préfet) qui disposent de pouvoirs en
matière de police.
B- LES AUTORITES LOCALES
Il s’agit d’abord des autorités déconcentrées de l’État (1) ensuite des
autorités locales élues (2).
1) Les autorités déconcentrées :
Il s’agit du Gouverneur de région, du Préfet et du Sous- Préfet. Dans leurs
localités respectives, ces autorités disposent de pouvoirs plus ou moins
étendus en matière de police administrative. Elles exercent leurs pouvoirs au
nom de l’état et le personnel de police en service est placé sous leur autorité.
En cas de carence de l’autorité décentralisée (maire), l’autorité déconcentrée
(préfet) dispose d’un pouvoir de substitution. Ainsi, il peut, après une mise
en demeure restée infructueuse, prendre les mesures nécessaires au
rétablissement de l’ordre.
2) Les autorités locales
L’accent sera mis surtout sur l’autorité municipale. L’article 118 du Code
général des Collectivités territoriales reconnait que le maire est chargé, sous
le contrôle du représentant de l’État, de la police municipale et de l’exécution
des actes de l’état qui y sont relatifs.
Le maire dispose de pouvoir de police qu’il exerce au nom de la commune et
des pouvoirs qu’il exerce au nom de l’état. En effet il est le représentant du
pouvoir exécutif auprès de la population. Il est chargé de la publication et de
l’exécution des lois, des règlements et des décisions du pouvoir exécutif. Le
maire exécute les mesures de sûreté générale.
Il est tenu d’assurer le respect des prescriptions de police qu’il édicte.
PARAGRAPHE 2 : LES TITULAIRES DE POUVOIR DE POLICE SPECIALE
Ce sont les textes qui instituent les polices spéciales qui désignent les
autorités qui en sont détentrices. Les ministres n’ont pas de pouvoir de
police générale mais ils sont les principales autorités de police spéciale.
PARAGRAPHE 3 : LES CONCOURS DE POLICE
L’existence de plusieurs polices (administrative, judiciaire, spéciale) et la
reconnaissance de plusieurs autorités chargées d’exercer les pouvoirs de
police obligent à fixer des règles visant à harmoniser les rapports entre les
autorités ou à concilier les différentes mesures de police.
Il convient de distinguer entre plusieurs situations. Les règles qui régissent
les concours entre PAG et PAS (A) sont différentes de celles applicables en
cas de collaboration entre deux PAG (B).
A) Concours entre PAG et PAS
Il s’agit ici d’un problème qui s’est posé dans le cadre de la projection d’un
film. Un ministre a délivré un visa d’exploitation à un film (police spéciale), le
maire investi d’un pouvoir de PAG pouvait-il interdire la diffusion du film sur
son territoire ? Le juge administratif a répondu par l’affirmative. Il considère
qu’un maire, responsable du maintien de l’ordre dans sa commune, peut
interdire la projection d’un film dont le caractère immoral est susceptible de
créer des troubles à l’ordre public. La portée de la décision réside dans
l’affirmation de la règle selon laquelle l’autorité de police générale peut
aggraver la mesure prise par l’autorité de police spéciale pour tenir compte
des circonstances locales.
Mais il est interdit à cette autorité d’assouplir une mesure de police prise par
l’autorité de police spéciale. Un maire ne peut pas autoriser la diffusion sur
sa commune d’un film interdit par le ministre sur l’ensemble du territoire
national.
B- Concours entre deux polices administratives générales
Il résulte de la jurisprudence administrative qu’une autorité locale (Maire)
investi de pouvoirs de police générale peut aggraver sur son territoire les
mesures de police prises par l’autorité centrale. Dans l’arrêt du CE 18 avril
1902, Commune de Néris-Les-Bains, le préfet avait pris une décision
interdisant les jeux d’argent dans tous les lieux publics mais en admettant
des dérogations. Le maire de Néris-Les-Bains prend un arrêté d’interdiction
des jeux sur tout le territoire de sa commune mais exclut toute dérogation.
Le Conseil d’État considère qu’aucune disposition « n’interdit au maire d’une
commune de prendre sur le même objet et pour sa commune, par des motifs
propres à cette localité, des mesures plus rigoureuses. »
Toutefois il faut préciser que si l’autorité locales peut aggraver une décision
de l’autorité centrale, elle ne peut pas l’assouplir. C’est le sens de l’adage « il
n’existe pas de violation dans le sens de l’aggravation, il n’existe que dans le
sens de l’indulgence ».
La jurisprudence récente en France a précisé les modalités de concours de
compétence entre l’autorité locale notamment le maire et l’autorité centrale.
Quand la réglementation confie un pouvoir de police générale à l’autorité
centrale, le maire ne peut intervenir que dans deux situations.
La première est déjà connue, c’est pour prendre en compte les circonstances
locales que l’autorité centrale n’est pas censée connaître.
La deuxième situation, c’est quand il existe un péril grave et imminent qui
constitue un danger démontré ce qui le différencie du principe de précaution
lequel concerne un danger incertain (Voir CE, Ass., 3 octobre 2008,
Commune d’Annecy)
SECTION 3 : Le régime juridique applicable aux mesures de police
Rappelons que la police administrative a pour objet le maintien de l’ordre. A
cet effet, son exercice se caractérise par l’édiction de normes générales
régissant les comportements individuels et collectifs. Dès lors, la mise en
œuvre de la police administrative constitue à la fois une menace pour les
libertés et une condition de leur réalisation La police administrative est alors
entre autorité et liberté.
Un encadrement est nécessaire et il vise à adapter les opérations de police
aux différentes circonstances. On distingue plusieurs régimes : le régime
préventif (1), le régime déclaratif (2) et les régimes d’exception (3).
PARAGRAPHE 1 : le régime préventif.
Il s’agit d’un régime qui repose sur le principe selon lequel « seul ce qui est
autorisé est permis ». Le régime préventif revêt deux formes essentielles :
les interdictions (A) et les autorisations (B).
A) Les interdictions :
L’interdiction fait obstacle à l’exercice d’une activité. Elle est limitative de la
liberté individuelle ou collective. Elle peut être permanente ou ponctuelle
(interdiction d’un meeting, d’une manifestation sur la voie publique).
Le juge administratif a développé une jurisprudence par laquelle il contrôle
l’étendue des pouvoirs de police.
D’abord il considère que les interdictions générales et absolues ne sont
pas en principe admises (voir C.E. 22 juin 1951, DAUDIGNAC).
Ensuite, si l’autorité administrative dispose de la possibilité d’interdire
l’exercice d’une liberté publique, la mesure qu’elle prononce doit être
justifiée. Elle doit être proportionnée à la menace que l’exercice de la
liberté fait courir pour l’ordre public.
Dans l’arrêt du CE 19 mai 1933, Benjamin le juge affirme que pour qu’un
maire interdise légalement une manifestation, il faut que la menace à l’ordre
public qu’elle suscite soit exceptionnellement grave et qu’il ne dispose pas de
force nécessaire pour permettre à la réunion de se tenir.
B) Les autorisations
L’autorisation impose que l’exercice d’une activité ou d’une liberté soit
soumis à l’obtention préalable d’un accord de la part de l’autorité
administrative compétente. L’exercice de l’activité ou de la liberté est
suspendue à l’autorisation. Le principe n’est donc pas la liberté (ex : la
conduite automobile).
L’autorisation peut prendre plusieurs formes : permis, visa, licence,
autorisation etc.
Il faut noter que dans le cadre de l’exercice des pouvoirs de police,
notamment en matière de police spéciale, il arrive souvent que l’autorité
administrative donne, non pas une autorisation, mais une injonction de
réaliser certaines opérations. Il en est ainsi de la police des édifices
menaçant ruine ou encore en matière d’installations classées où une
injonction de réaliser des travaux peut être ordonnée par l’autorité de police.
PARAGRAPHE 2 : LE REGIME DECLARATIF :
Il s’agit d’un régime dans lequel l’exercice d’une activité ne peut être
poursuivie qu’après sa déclaration à l’autorité administrative
compétente. Il faut d’abord analyser la déclaration (A) avant de voir ses
conséquences (B).
A) La déclaration
La déclaration est un procédé permettant d’informer l’administration de
l’existence d’une activité. L’autorité administrative réceptionne la
déclaration. Pour certaines libertés, les textes prévoient des délais pour
procéder à la déclaration (droit de grève soumis à un préavis d’un mois, pour
les manifestations, un préavis de 3 jours). Quand les conditions sont
réunies, l’autorité administrative délivre un récépissé. Elle se trouve en
situation de compétence liée.
B) Les conséquences de la déclaration
La loi peut prévoir que l’autorité de police saisie d’une déclaration oppose
une interdiction. En effet, en matière de manifestation publique, le préfet
informé, peut l’interdire s’il estime qu’il existe des risques de trouble à l’ordre
public.
La déclaration peut avoir aussi comme conséquence d’aboutir à l’édiction de
mesures à mettre en œuvre pour poursuivre une activité (ex : installations
classées).
Enfin, le délai de validité de la déclaration est limité dans le temps. Exemple
pour les libertés de manifestation, l’autorisation n’est valable que pendant
une durée (15 jours) à défaut de quoi elle devient caduque.
PARAGRAPHE 3 : LE REGIME D’EXCEPTION :
On oppose le régime d’exception au régime normal. En période de crise,
les pouvoirs de l’autorité administrative sont accrus et ils dérogent aux
règles et principes qui encadrent traditionnellement les activités de police.
Au Sénégal, la loi 69-29 du 29 avril 1969 relative à l’état d’urgence et à l’état
de siège, récemment modifiée par la loi 2021-18 du 19 janvier 2021,
détermine les conditions dans lesquelles, en cas de menaces graves à la
sécurité publique, l’autorité administrative ou militaire dispose de pouvoirs
étendus pour rétablir ou maintenir l’ordre.
Le président de la République est compétent pour décréter les régimes
d’exception. C’est l’importance des atteintes à l’ordre public qui justifie la
dérogation. Il faut distinguer l’état d’urgence (A) de l’état de siège (B) avant
d’analyser l’émergence d’un droit administratif de l’état d’urgence (C)
A) L’état d’urgence
A la suite de violences graves et répétées, l’état d’urgence peut être déclaré
par l’autorité administrative. Il a pour objet d’élargir très sensiblement les
pouvoirs de police. En effet, L’autorité administrative peut alors procéder à
des interdictions de séjour, des assignations à résidence, des interdictions de
circulation pendant certaines heures, des fermetures de certains lieux
publics, des interdictions de regroupement ou de réunion. Mais les pouvoirs
de police restent entre les mains des autorités civiles et c’est la différence
fondamentale entre état d’urgence et état de siège.
B-) L’état de siège
Il est prévu par la Constitution contrairement à l’état d’urgence. L’article 52
de la constitution sénégalaise du 22 Janvier 2001 affirme que « lorsque les
institutions de la République, l’indépendance de la nation, l’intégrité du
territoire, ou l’exécution des engagements internationaux sont menacées
d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des
pouvoirs publics ou des institutions est interrompu, le président de la
République dispose de pouvoirs exceptionnels ». Il peut, à cet effet, prendre
toute mesures utiles tendant à rétablir le fonctionnement régulier des
pouvoirs publics et des institutions.
La caractéristique principale de l’état de siège est qu’il transfère les
pouvoirs de police des mains l’autorité civile à l’autorité militaire. Il
permet la création de juridictions militaires. Le Président ne peut réviser la
Constitution pendant l’exercice des pouvoirs exceptionnels et le Parlement se
réunit de plein droit dans les 15 jours pour ratifier les mesures de nature
législative mises en vigueur par le président de la République.
C) L’émergence d’un droit administratif de l’état d’urgence
La lutte actuelle menée par certains Etats contre le terrorisme a mis en
évidence les limites des régimes d’exception qui s’avèrent peu adaptés au
contexte de ce qui est qualifié de « terrorisme de guerre ». En effet, les
dispositions constitutionnelles contenues dans la constitution française de
1958 reprises par la plupart des Constitutions des Etats africains
francophones n’envisagent que l’hypothèse d’une menace grave et imminente
qui pèse sur les Institutions, l’indépendance de la nation, l’intégrité du
territoire national, l’exécution des engagements internationaux.
Il s’agit d’une réponse à une insurrection armée, une guerre ou une crise
grave. Aujourd’hui, la situation que rencontrent les Etats en cas d’attaque
terroriste ne correspond pas à ces hypothèses parce que le fonctionnement
régulier des pouvoirs publics n’est pas interrompu et donc le transfert des
pouvoirs aux mains des autorités militaires est difficilement concevable.
C’est pourquoi avec l’évolution du droit administratif dans le cadre de la
lutte contre le terrorisme, on remarque la police administrative cesse de
moins en moins d’être préventive des troubles de l’ordre public pour devenir
de plus en plus prédictive du risque virtuel de commission d’une infraction.
Le juge administratif ne se limite plus à contrôler les mesures prises par
l’autorité administrative au regard du comportement de la personne mais de
plus en plus, il prend en compte le profil, la personnalité, l’environnement
familial, social, professionnel, les fréquentations.
Dans le contentieux des assignations à résidence, le juge prend en compte la
« volonté » du requérant de « rompre ses liens avec le radicalisme » (CE, ord.,
25 avril 2017, n° 409677, Lebon)
Si l’administration agit en fournissant des prestations (service public) ou en
réglementant la vie quotidienne (police administrative), elle utilise des
moyens juridiques pour son action.