Cours de procédure civile : Licence 3 FAD Animateur : Dr.
Thierno Amadou NDIOGOU
PARTIE 2 : LES PRINCIPES DIRECTEURS DE L’INSTANCE CIVILE
Il s’agit des grands principes qui inspirent l’institution des règles de procédure civile.
CHAPITRE 1 : LE PRINCIPE DU CONTRADICTOIRE
C’est sans doute le plus important de tous les principes directeurs de l’instance114. Il
signifie qu’une partie ne peut être jugée sans qu’on puisse l’entendre. Elle doit être avertie de
l’introduction d’une procédure à son encontre et être à même de discuter les prétentions de son
adversaire. En vertu de ce principe, « nul ne peut être jugé sans avoir été préalablement entendu
ou écouté ». C’est l’expression du principe du respect des droits de la défense du droit pénal,
atténué au contexte du droit civil.
Ce principe du contradictoire protège les deux parties aussi bien le demandeur que le
défendeur. C’est un principe moins exigent. Sa satisfaction implique que les parties aient été
appelées à même de présenter leur défense, peu importe qu’elles l’aient fait. Si elles ne se
présentent pas, elles peuvent user d’un recours extraordinaire, l’opposition. Le principe du
contradictoire est dans certains cas mis à l’écart. La loi ne permet pas aux parties de l’invoquer
à tout temps. Il en est ainsi dans la procédure sur requête qui se caractérise par le fait qu’elle
n’est pas contradictoire. Le principe a toutefois un domaine étendu et très exigent. Il se traduit
par un certain nombre d’obligations. Ces dernières situations sont envisageables en cas de 39
communication des pièces du dossier et de notification des actes de procédure115. Il faut faire
remarquer, cependant, que toutes les procédures ne sont pas contradictoires. C’est l’exemple de
la procédure sur requête. Mais encore faudrait-il que le caractère non contradictoire soit
expressément prévu par la loi116.
SECTION 1 : LE PRINCIPE DU CONTRADICTOIRE ET LES PARTIES
Pour les parties, le principe signifie tout d’abord qu’elles doivent être informées du
procès qui leur est fait et ceci clairement. Ce qui explique que soit exigé du demandeur, lorsqu’il
présente sa demande non seulement qu’il en indique l’objet mais également qu’il présente
sommairement les moyens. C’est ce qui explique que la demande doit être portée à la
connaissance du demandeur suffisamment tôt pour qu’il lui soit possible d’organiser sa défense.
Au surplus, les parties doivent se faire connaître mutuellement les éléments de fait et de
droit sur lesquels elles se fondent et les éléments de preuves dont elles entendent se prévaloir
114
A ne pas confondre avec le principe du dialogue.
115
V. Infra : Les règles de notification traitées dans le Titre 3.
116
CPC, Art. 820-1 ; V. aussi Art. 1-6 du décret 2001-1151 du 31 décembre 2001 : « il doit, après avoir provoqué
les explications des parties, soulever d’office les moyens de purs droit, quel que soit le fondement juridique
invoqué par celles-ci ».
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devant le tribunal. Chaque fois que les parties entendent saisir le juge d’un argument, elles
doivent veiller à ce que l’autre partie en ait connaissance. Toutes les pièces invoquées doivent
être de la même façon présentées à l’autre partie. Un délai de communication est aménagé. Si
les parties ont pris un avocat, la communication se fait par bordereau. Le risque est alors grand
si les parties ne sont pas représentées par un avocat.
SECTION 2 : LE PRINCIPE DU CONTRADICTOIRE ET LE JUGE
Pour le juge, le principe se traduit par une double obligation. D’abord, il doit veiller au
respect par les parties du principe et sanctionne toute violation, ce qui signifie qu’il a
l’obligation de refuser tout élément de discussion proposé par une partie qui n’a été soumis à
l’autre.
Ensuite, le juge a lui-même l’obligation de respecter le principe du contradictoire, ce
qui signifie qu’il ne peut lui-même rien apporter à la cause sans avoir préalablement recueilli
les observations des parties.
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CHAPITRE 2 : LE PRINCIPE DU DISPOSITIF
Le principe du dispositif renvoie au fait que les parties sont maîtresses de l’instance.
Elles ont l’impulsion de l’instance et la délimitation de la matière litigieuse. S’agissant de
l’impulsion de l’instance, elle signifie que les parties introduisent l’instance, la conduisent et
mettent fin à celle-ci. La naissance du procès correspond à l’introduction de l’instance qui se
fait par l’accomplissement d’actes de procédure tels que l’assignation, la requête, la déclaration
au greffe et la requête conjointe. Se trouve exclue en principe la saisine d’office du juge.
Ensuite, elles ont la conduite de l’instance. Elle se manifeste par le recours à tel ou tel
mode de preuve, par exemple. Néanmoins les parties doivent accomplir les actes de procédure
dans le respect des délais et formes requis. C’est ainsi que lorsqu’un acte de procédure n’a pas
été accompli dans le délai requis, le juge de la mise en état qualifié de régulateur de l’instance 117
peut demander sa radiation du rôle ou le renvoi de l’affaire devant le tribunal et la clôture de
l’instruction. On aura remarqué qu’en principe l’instance prend fin par un jugement ou dans les
cas prévus par la loi. Cependant, rien n’empêche les parties d’y mettre fin. Ainsi, l’instance
peut prendre fin par un désistement d’action118 ou par acquiescement 119.
S’agissant de la maitrise de la matière litigieuse, c’est aux parties de fixer l’objet du
litige par l’acte introductif d’instance et par les conclusions en défense. Ce faisant, le juge ne 41
peut statuer ni sur des choses non demandées, ni omettre de statuer sur des choses demandées,
ni adjuger plus qu’il n’a été demandé. En outre, les parties doivent non seulement alléguer des
faits, mais apporter les preuves de ce qu’elles avancent. Il s’agit des faits concluants c’est-à-
dire pertinents. Et le juge ne peut introduire dans le débat des faits qui ne résultent pas des
conclusions des parties. Mais le juge n’est pas neutre en matière de faits. C’est pourquoi, il doit
qualifier ou restituer aux faits leur qualification. De plus, il peut inviter les parties à lui fournir
les explications de fait nécessaires à la solution du litige. Enfin le juge peut ordonner les mesures
d’instruction120.
117
BADJI (P. S. A.), Cours de droit judiciaire privé, Licence 3, FSJP-UCAD, 2013-2014, inédit.
118
Le désistement se produit en cours d’instance. C’est l’action par laquelle le demandeur principal ou le défendeur
qui a formé une demande reconventionnelle déclare abandonner ses prétentions à l’encontre de son adversaire. Il
faut avoir la capacité et le pouvoir de disposer du droit litigieux.
119
Il y a deux sortes d’acquiescement : à la demande et au jugement. Il se produit en cours d’instance, par
transaction, prescription, décès d’une partie pour les actions non transmissibles. Il s’agit des modes non volontaires
d’extinction de l’instance. C’est également le cas en matière de caducité.
120
Art. 54-13 du décret 2001-1151 du 31 Décembre 2001, JOS n°6052 du 22 juin 2002, p. 1291.
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CHAPITRE 3 : LE PRINCIPE DE L’IMMUTABILITE DU LITIGE
Il signifie que lorsqu’une instance a été engagée, en principe, elle ne peut pas être
modifiée. Ainsi, lorsqu’une demande a été formée et a été introduite la règle veut que cette
demande ne puisse pas être changée, même pour faire l’objet d’un ajout. Il s’agit d’une
procédure appréciée avec une relative souplesse en première instance.
En appel, le principe s’applique avec beaucoup plus de rigueur parce que si une demande
a été présentée pour la première fois devant le juge d’appel, c’est parce qu’elle n’a pas été
présentée devant le juge de première instance, d’où une enfreinte à la règle du double degré de
juridiction.
L’article 273 CPC ne permet en principe que la formulation des demandes nouvelles
impliquées par l’évolution du litige pour la première fois en appel 121.
De même, l’article 273 CPC autorise le défendeur à formuler pour une première fois en
appel une demande reconventionnelle en compensation en une demande reconventionnelle qui
soit la défense de l’action principale 122. Enfin, l’article 273, alinéa 3 décide que ne peut être
considérée comme nouvelle la demande qui procède de la demande originaire étendant aux
mêmes fins, bien que se fondant sur des causes et des motifs différents 123.
Devant le juge du premier degré, le principe de l’immutabilité est apprécié de façon très 42
souple. Toutes les demandes nouvelles recevables pour la première fois en appel le sont pour
la première fois en première instance. Doivent donc être déclarées recevables toutes les
demandes nouvelles qui sont l’accessoire des demandes précédemment formées 124. Aussi, sont
recevables les demandes considérées comme subsidiaires à la demande principale. De façon
générale, doivent être déclarées comme recevable toutes les demandes qui présentent avec la
demande principale un lien suffisamment étroit.
Enfin, il faut retenir que si le principe de l’immutabilité du litige peut faire obstacle à la
formulation de demandes nouvelles, il n’exclut pas celle de moyens nouveaux.
121 L’ajout des intérêts moratoires en plus de la demande de dommages et intérêts.
122 La demande en compensation formulée par le défendeur devant la demande de dommages et intérêts du
demandeur.
123 La demande de nullité pour erreur en première instance, pour dol en appel.
124 La demande d’intérêts moratoire faisant suite à celle du remboursement de la créance
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CHAPITRE 4 : LE PRINCIPE DE CELERITE
Il suppose que le procès doit se dérouler dans un délai raisonnable. Pour dire d’un procès
qu’il s’est déroulé raisonnable, trois critères sont utilisés : la complexité de l’affaire, le
comportement du juge et celui des parties notamment de leurs avocats. C’est ainsi que certaines
procédures ont été instituées pour prendre en compte l’idée de célérité ou de rapidité. C’est
l’exemple de la procédure d’ordonnance sur requête et de la procédure de référé. Récemment
au Sénégal, il a été institué la technique de la passerelle en référé 125. Elle constitue en matière
de référé une des grandes innovations de la nouvelle réforme 126. Le nouvel article 248 alinéa 2
du code de procédure civile dispose que dans le cas prévu par l’alinéa premier de l’article 248
du code de procédure civile, le juge des référés « peut, à la demande d’une des parties ou
d’office, et si l’urgence le justifie, ordonner le renvoi de l’affaire à une audience dont il fixe la
date pour qu’il soit statué au fond ».
Cette technique était déjà prévue dans le cadre de la procédure sociale par l’article L.
258 alinéas 2 à 4 du Code du travail127. Il s’agit d’une procédure par laquelle, d’office ou à la
requête des parties, le juge des référés, constatant l’urgence de la situation, renvoie directement
l’affaire devant la juridiction du fond 128. L’alinéa 3 de l’article 248 du code de procédure civile
précise clairement que l’ordonnance du juge des référés « emporte saisine du tribunal ». Par la 43
magie de la passerelle, une juridiction en saisit une autre. En effet, si la procédure d’ordonnance
sur requête n’est pas contradictoire, tel n’est pas le cas de la procédure de référé introduite
devant le juge par assignation. Il y a plusieurs catégories de référé :
Le référé d’urgence
C’est une procédure en vertu de laquelle le juge est saisi d’une affaire urgente dépourvue
de toute contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
125
TOURE (P. A.), Ibidem.
126
Sur cette technique, J-B. RACINE, « La technique de la passerelle », Mélanges P. Julien, Edilaix, 2003, p. 354 ;
Ph. BENEZRA, « La passerelle devant le tribunal de commerce », Gaz. Pal. 1990, 2, doctr. p. 400 et s. ; S.
GUINCHARD, « L’ambition d’une justice rénovée », D. 1999, chron. 65.
127
V. art. 258 alinéa 2 à 4 du Code du travail : « s’il apparaît au président, statuant en référé, que la demande
excède ses pouvoirs et lorsque cette demande présente une particulière urgence, il peut, après avoir procédé à une
tentative de conciliation en audience non publique, renvoyer l’affaire devant la section compétente du tribunal du
travail. Dans ces cas, la notification aux parties de l’ordonnance de référé mentionne la date de l’audience du
tribunal du travail et vaut citation. Le délai d’appel de l’ordonnance de référé est de 15 jours. L’appel est formé,
instruit et jugé comme il est dit à l’article L.265 ».
128
Sur cette question, S. GUINCHARD, C. CHAINAIS et F. FERRAND, Procédure civile. Droit interne et droit
de l’Union européenne, Dalloz, 30e édition, 2010, n° 2140 ; X. VUITTON, La juridiction du président. Première
instance, appel, cassation. Référé, requête, fond, Litec, Paris, 2010, p. 54, n° 258.
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Le référé conservatoire
C’est une procédure en vertu laquelle le juge peut prescrire des mesures conservatoires
ou de remise en état et ce, même en cas de contestation sérieuse soit pour prévenir un dommage
imminent soit pour cesser un trouble manifestement illicite.
Le référé provision
C’est la procédure par laquelle le demandeur peut, lorsque l’obligation du défendeur
n’est pas sérieusement contestable, solliciter du juge l’allocation d’une provision ou somme
d’argent avant que le fond de l’affaire ne soit vidé.
Le référé sur difficulté
C’est une procédure enclenchée lorsque le défendeur éprouve des difficultés à exécuter
une décision de justice ou un titre exécutoire.
Le juge des référés est saisi par assignation adressée au Président du tribunal ou à son
remplaçant. L’ordonnance de référé n’a pas l’autorité de la chose juge au principal, elle est
exécutoire par provision et la seule voie de recours admise c’est l’appel qui est de 15 jours à
compter de la signification de l’ordonnance.
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CHAPITRE 4 : LES AUTRES PRINCIPES DIRECTEURS
Nous pouvons en retenir trois (03) :
SECTION 1 : LE PRINCIPE DE L’ORALITE DE LA PROCEDURE
C’est le principe qui signifie que tous les actes de procédure doivent être faits oralement.
Cependant, ce principe subit des exceptions et qu’il est en déclin pour des raisons qui tiennent
à la rapidité des actes de procédure. De même, il y a des procédures pour lesquelles l’écrit est
nécessaire : le procès en cassation par l'échange de mémoires.
SECTION 2 : LE PRINCIPE DE LA PUBLICITE DES DEBATS
Les débats doivent être publiés. Ce qui signifie que la salle d’audience doit être ouverte
au public. La publicité des débats n’a cependant un sens que lorsque le principe de l’oralité est
respecté. Cette règle est une garantie contre l’impartialité. Il s’agit d’une règle essentielle,
imposée sous peine de nullité.
Néanmoins, il y a un certain nombre de cas dans lesquels la publicité des débats est
écartée. Il en est ainsi des litiges qui intéressent la vie privée des parties 129. Les cas d’exception
sont expressément prévus par les textes. Dans ce cas, les débats se passent dans une salle
attenante à la salle d’audience : c’est la Chambre du conseil.
Dans les cas où il n’y a pas d’exceptions prévues, le principe est la publicité des débats. 45
L’article 60 CPC permet au juge, après audition du Ministère public et après motivation, de
décider que les débats ne seront pas publics lorsqu’une telle publicité serait dangereuse pour
l’ordre public et les mœurs.
SECTION 3 : LE PRINCIPE DE LA COLLEGIALITE
Ce principe désigne le fait qu’une affaire soit jugée par plusieurs juges, siégeant et
délibérant ensemble. Ce mode de composition des juridictions possède de multiples avantages.
Cependant, il trouve dans la pratique une application contrastée. La collégialité présente
plusieurs garanties, tant pour les magistrats que pour les justiciables. D’une part, la collégialité
permet au magistrat de se former et d’enrichir sa réflexion au contact de ses collègues. Elle lui
assure en outre une protection qui garantit la sérénité des délibérés et l’indépendance de sa
décision, et d’autre part, elle assure au justiciable une décision mesurée, peu susceptible d’avoir
été influencée par la partialité d’un juge, et dotée d’une plus grande autorité.
Pour autant, la collégialité ne constitue ni un droit pour le justiciable ni un principe
fondamental du procès. Il s’agit plutôt d’un mode d’organisation traditionnel de nos
juridictions. Les juges y siègent en nombre impair, généralement à trois. Il faut cependant
129
CF, Arts. 171 et 202, (par exemple divorce, contestation sur la paternité).
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distinguer la véritable collégialité de la collégialité dite "cachée", qui permet à un « magistrat
chargé du rapport, si les avocats ne s’y opposent pas de tenir seul l’audience pour entendre les
plaidoiries et d’en rendre compte au tribunal dans son délibéré ». Il faut en outre prendre en
compte les atteintes croissantes au principe de collégialité par le recours massif au juge unique
dans certaines matières130.
PARTIE 3 : LES PROCEDURES DEVANT LES JURIDICTIONS CIVILES
46
130
« Le magistrat unique (…) ne peut avoir lieu que dans un Gouvernement despotique » selon Montesquieu « De
l’esprit des lois », Livre VI, chapitre VII, p. 713 – 735.
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